samedi 7 mars 2009

mobile home

FROZEN RIVER
De Courtney Hunt

Passer sans transition comme nous l'avons fait des moiteurs turques (ah, les papas en marcel blanc...) aux -35° annoncés de la frontière américano-canadienne pourrait s'avérer problématique pour tout être normalement constitué, mais c'est encore une fois la magie du cinéma qui nous a permis de nous en sortir indemnes.
Encore un polar, une histoire plutôt sombre, un film pas très guilleret (non décidément, ce n'était pas une soirée chapeaux pointus et langues de belle-mère!) mais deux approches très différentes de la narration. Autant Nuri B.C fait, d'une certaine façon, dans le lyrique (et, je le répète, j'adore ça), autant Courtney Hunt fait dans l'efficace, l'essentiel, le vital.
Dans un récit droit et sec (une blanche abandonnée par son mari joueur et qui a besoin de sous pour offrir à ses deux enfants le mobile home de leurs rêves collabore avec une jeune mohawk myope pour faire entrer  clandestinement et illégalement des immigrés aux States dans le coffre de sa voiture, mais la police veille...) qui file comme une bagnole sur un lac gelé (on n'a pas le temps de s'apesantir), la réalisatrice fait la part belle aux personnages, à leurs actes (à leurs choix et à leur conséquences). En plein hiver, en pleine mouise, mais avec une sacrée énergie qui fait chaud là. Et ça finit pratiquement plutôt bien d'ailleurs! Et puis la neige et tout ça, c'est tellement photogénique (on ne peut pas ne pas penser à un Fargo de sublime mémoire...)

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vendredi 6 mars 2009

au plus près

LES TROIS SINGES
de Nuri Blige Ceylan

Quand j'avais vu la bande-annonce, il y a déjà longtemps, elle m'avait tiré quelques larmes tellement j'avais trouvé ça beau. Et le film le confirme. Plastiquement, esthétiquement, c'est une merveille. J'ai vu chacun des quatres films de Nurichounet (depuis Nuages de mai) , et je l'ai donc vu, en quelque sorte, grandir, cinématographiquement parlant. D'aucuns, esprits chagrins, lui reprocheront l'aspect pénible de cet esthétisme excessif. La tonalité d'ensemble, le grain de la pellicule, la composition des plans, tout participe à l'extrême beauté du film. Qu'ils lui reprocheront (les esprits chagrins) de privilégier au détriment d'une histoire somme toute banale et d'une intrigue plutôt mince.
Nuri Bilge Ceylan fait certes office de photographe, voire de plasticien (quand il filme les paysages en plan large autant qu'un corps au contraire en plan très rappoché), mais n'hésite pas à affirmer des choix tranchés en ce qui concerne la narration, privilégiant l'ellipse (son récit est plein de trous béants, de failles, qui obligent le spectateur à en reconstituer la trame, à être attentifs, et pas seulement à l'extrême beauté des images.), et sacrifiant sans état d'âme les "scènes à faire", au profit des "petits moments" qui les précèdent ou leur succèdent.
Un papa turc accepte d'endosser le crime de son patron. Pendant son séjour en prison, sa femme le trompe avec le patron en question. A sa sortie de prison, son fils règle le problème...
Un film lourd, tendu, orageux, avec heureusement une pluie bienvenue juste avant le générique de fin, alors que, ironiquement, l'histoire se répète...

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mercredi 4 mars 2009

apocalypse no(uille)w

WATCHMEN (lES GARDIENS)
de Zach Snyder

Smiley au sourire un peu gêné : ben oui, euh... on ne peut pas aller voir des films géniaux tous les soirs, hein ? Donc, hier soir, justement, vu, en avant-première (et en VF of course) cette... joyeuse bourrinade de chez bourrin. Enfin, pas exactement tout à fait que, mais presque. Adaptée d'un roman graphique (on ne dit plus BD ou comic) de deux mecs, dont l'un refuse absolument qu'on évoque son nom tellement il a été heureux des précédentes adaptations de son oeuvre, voici une uchronie (on est en 85, mais Richard Nixon en est à son cinquième mandat), à propos de super héros à la retraite que quelqu'un commence à décimer (violemment) l'un après l'autre. Avec une menace de guerre atomique et de fin du monde.
Le mélange années cinquante/science-fiction (la ville est mi celle de Batman et mi celle de Dick Tracy) est assez intéressant. La violence graphique extrêmement BD en (et très réaliste question bruitages et ralentis) ravira certains (ça commence par une scène de bagarre puis meurtre plutôt sportive) mais devient un peu fatiguante à la longue (et le film fait 2h40!).
A part ça, ça en jette : décors chiadés, effets spéciaux peaufinés en Inde, structure narrative à double couche pour... ce qui restera pour moi comme le seul (et l'unique, sauf s'il y a un Watchmen 2) FAQBV (film à quéquette bleue visible, car un des personnages a cette teinte -non non ce n'est pas Super Grand Schtroumpf!-), et passe presque tout son temps à oilp (des fois il a un ptit slip moulant, mais quand il devient géant c'est un peu ridicule...) avec la zigounette (étirée façon image de synthèse ?) à l'air (mais bon il est souvent pudiquement cadré jusqu'au nombril, hein...). 
En plus le super-méchant (qui est en fait un super-gentil) s'est fait une tête de Lambert Wilson péroxydé, et se rend ridiculos dans un final grave tartignole.
Voilà, ça ne m'a pas enthousiasmé grave, mais, vous savez, bien , je ne suis qu'une 'tite chose fragile...

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mardi 3 mars 2009

"puceau suréduqué de 27 ans"

GRAN TORINO
de Clint Eastwood

Vacances cinochement intenses. Trop riches! A quelques jours d'intervalle, un second coup de coeur, dans un genre on ne peut plus diamétralement opposé à la jeunette Maïwenn : le vieux Clint himself ! Je l'aimais bien , jusque là, même si je n'étais pas un fan inconditionnel comme certain(e)s (...) mais là je dois dire que je suis béat : j'ai passé deux heures d'intense bonheur cinématographique, entier, total, sans recul et sans me poser de questions, juste à fond dans le film, avec des émotions jusque là. D'un bout à l'autre j'ai été dedans, sans faillir.
Et pourtant, au début, le vieux Clintounet, il nous charge bien la mule. Portrait d'un vieux con intégral, facho, grincheux, asocial, dont les seuls plaisrs sont de tondre sa pelouse, d'astiquer sa vieille (mais rutilante) bagnole et de ronchonner sur le monde en général et ses voisins en particulier. Il est l'un des derniers blancs à vouloir rester dans un quartier habité par les minorités ethniques, latino mais, en majorité, asiatique. Et le Clint acteur n'hésite pas à en faire des tonnes pour charger le Clint personnage : sourcils broussailleux, machoire serrée, oeil noir très noir, s'exprimant par borborygmes voire par grognements, rien ne manque au primate garanti 100% "gros con".
Le film démarre avec l'enterrement de sa femme, d'abord à l'église puis à la maison, occasion(s) d'un réjouissant tour d'horizon (sur sa famille) et du propriétaire (sur ses humeurs), dont le climax est l'arrivée du jeune prêtre qui a fait le sermon à l'église et qui souhaite confesser Clint (Walt, pardon), conformément à la promesse qu'il a faite à sa défunte femme avant son décès, et qui va se faire envoyer sur les roses, et pas de la plus civile des façons.
Walt a fait la guerre de Corée, et y est, comme qui dirait, resté coincé : autour de lui, à le croire, ce ne sont que niaks, bridés, faces de citron, et autres joyeusetés (allez, je vous en prie, boir le film en VO!). Car il tient bon, à son carré de pelouse racho et à sa terrasse défraîchie où il peut boire à loisir des bières (ricaines) sorties de la glacière (ricaines) en contemplant sa Gran Torino (ricaine) tout en ratiocinant tout son soul sur ces voisins qui lui pourrissent la vie par le seul fait d'être là. Le monde entier le fait chier, à commencer bien sûr par sa propre famille, alors ne venez pas lui parler de celle des voisins.
C'est pourtant ce qui va se passer lors d'un fâcheux concours de circonstances : la voisine, veuve, tente d'élever ses deux enfants : il y a Sue, une gamine délurée (qui n'a pas sa langue dans sa poche, on le verra assez vite), et Thao, en principe le futur mâle de la famille, en réalité un adochounet timide et mal dans sa peau qui passe son temps à jardiner (un "travail de fille" chez les Hmongs), à "faire ce que dit sa soeur", et à se faire embêter par son gangster de cousin, qui fait partie d'un gang et voudrait bien que Thao fasse comme lui... Donc, un soir, les gangsters font irruption chez les voisins en essayant de redonner une deuxième chance à Thao (qui a raté la première, où il était chargé de voler la Gran Torino dont nous avons déjà parlé, tentative qui s'est soldée par un échec cuisant) et où la soirée dégénère alors en bagarre rangée avec toute la famille, jusqu'à ce que ces insensés mettent le pied sur la pelouse de Walt, ce qui va le faire sortir illico de ses gonds et de sa baraque, le fusil en joue, et pas content du tout du tout. Il fait fuir les méchants, et, manque de bol, acquiert aussitôt auprès de la communauté un statut de héros, de demi-dieu vivant qu'ils se mettent à couvrir de cadeaux et d'offrandes, ce qui le fait encore plus râler... sans compter que le petit cureton à l'air angélique (qui donne le titre de cette chronique) ne s'avoue pas vaincu et revient sonner à sa porte...
La situation est posée, pas spécialement originale a priori, donc... Un vieux con, une jeune asiatique délurée, son frère un peu jeune et nunuchon, les méchants gansters, le gentil curé, on voit assez bien tout ce que tout ça risquerait de donner... Sauf que pas du tout. Je ne sais pas comment Clint Eastwood nous goupille tout ça, mais on reste scotché sur son siège, les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, les larmes aux yeux ou les zygomatiques chatouillés, ça dépend, mais, en tout cas en état de sidération, de fascination... C'est incroyablement bien fait, mais j'aurais du mal à vous expliquer pourquoi.
A cause du personnage, sûrement. Entre ce qu'il est lors de la première scène (un enterrement) et la quasi dernière (un autre enterrement), et la façon dont chacun des autres personnages a grandi. Par le message, aussi, sûrement. Pas du tout violemment réac comme l'état initial du personnage (et la bande-annonce et l'affiche) pouvaient le laissait craindre (ou espérer, pour certains), bien au contraire. Mais c'est vrai qu'au début il charge tellement (et délibérément) que ça en devient très drôle: il se regarde jouer au vieux con et il se moque de lui. Un vivant catalogue des valeurs américaines. Patriotisme, racisme et sectarisme. Arghhh!
Les rapports de Walt avec ses voisins, avec les asiatiques en général, puis avec les deux jeunes, les rapports de Walt avec le curé, les rapports de Walt avec sa propre famille... bref ses rapports au monde, finalement,vont s'infléchir, se gauchir, prendre une direction inattendue pour le vieux machin plein de certitudes rances qu'il était devenu, et le message est clair : "Même si vous êtes un vieux con, ne perdez pas espoir, ça peut toujours changer!"
Et puis, (on se refait pas) j'aime bien les films où on aborde le concept de virilité (rien que le mot est plein de poils et sent l'homme, non ?), bien évidemment dans l'éducation de Thao,  où il serait question d'une certaine moralisation du concept (et ce n'est pas fait du tout pour me déplaire!) mais aussi, tangentiellement, par exemple dans les deux big scènes avec le coiffeur (des scènes que j'ai vraiment trouvées formidables, humainement (et comiquement) parlant).
Etre un homme ça s'apprend, et le sens de l'expression peut varier, entre celui qui a fait la guerre de Corée, celui qui défend sa propriété, celui veut faire partie d'un gang, celui qui veut apaiser sa conscience, celui qui veut se racheter... Eastwood nous donne à la fois une grande leçon d'humanité et une autre, de cinéma. La rigueur et la richesse formelle du matériau filmique s'allient à l'intensité des émotions (je l'ai déjà dit, on est inextricablement pris entre deux feux, entre le rire (entre humour plutôt noir  et distance ironique) et la violente et très riche mélancolie de cet autoportrait.

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dimanche 1 mars 2009

hmmm

... ça sent l'printemps ?

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samedi 28 février 2009

film dans le film dans le film

LE BAL DES ACTRICES
de Maiwenn

Oh la bonne, l'excellente, la délicieuse, la divine surprise! (surtout que je l'ai vue juste après -zzzzzzz- le Chabrol!). J'avais raté son premier (que je n'avais à vrai dire pas trop envie de voir, mais dont les échos plus qu'enthousiastes de ceux qui l'ont vu me l'ont presque fait regretter...) mais celui-là, depuis que j'en ai vu la bande-annonce, j'ai su que je ne le raterais sous aucun prétexte.
Et bien m'en a pris. Je l'ai vu avec mes copines Marie et Véro, et en sortant on a croisé un autre copain (qui venait de voir -zzzzzzz- le Chabrol) et, s'étant étonné de nos mines unanimement réjouies, s'est enquis du film que nous venions de voir et qui provoquait cette douce et béate hilarité. On n'avait rien fumé de psychotrope, non, on avait juste vu Le bal des actrices.
A vrai dire, c'est quand même un drôle de machin. Où l'histoire d'une jeune réalisatrice (Maiwenn herself) qui se fait filmer en train de filmer soi-disant un documentaire sur les actrices (enfin sur des actrices, le panorama n'en étant pas exhaustif, manquent quelques pointures, la plupart de celles qui sont ici semblent être ses copines, et on comprend très tôt qu'on ne verra ni Cécile De F., ni Marion C., ni Audrey T., qui ne semblent pas du tout faire partie des copines en question...), pour en faire un "film", work in progress qu'on est justement en train de voir (on la voit filmer, et on voit ce qu'elle est en train de filmer, il y a  un caméraman qui la filme en train de),  qui est donc en train de se faire, et dont un producteur affirme pourtant, à la fin, qu'il ne sortira jamais. (après L'homme à la caméra, de Dziga vertov, voici La femme à la caméra, par Maiwenn ? L'un filmait une ville russe faite de  plusieurs villes russes, l'autre filme une actrice faite de beaucoup d'actrices... mais bon la seconde est plus rigolote que le premier!)
On est à nouveau -tiens donc- dans la fameuse problématique "entre documentaire et fiction" qui nous fit tant gloser l'année dernière : qu'est-ce qui est vrai/réel et qu'est-ce qui ne l'est pas ? le mélange des genres est assez étourdissant. Chaque actrice joue un personnage qui porte son vrai nom, mais dont on n'est pas trop sûr que ce qu'on lui fait jouer soit véritablement elle.Ou peut-être un peu si quand même ?
Et finalement, on s'en fout, et on se laisse emporter par ce joyeux bordel, gentiment iconoclaste, où on prêche le faux pour savoir le vrai, à moins que ce ne soit le contraire. Où la réalité (du filmage) deviendrait fictionnelle et la fiction (des personnages) presque réelle. un genre d'univers parallèle.
Un peu comme des sales gamines qui joueraient à "on dirait que je serais..." et où, à partir d'un certain point, tous les repères seraient abolis, du sacro-saint réalisme, de la comédie, de l'auto-portrait, de la comédie musicale (pas forcément ce que je préfère mais bon c'est fait avec tellement de conviction que ça passe, alors qu'on serait parfois à un fil du ça casse), de la chronique de couple (ouah la vie de famille de Maïwenn! on aimerait bien avoir le Jojoey Starr à la maison plus souvent, ça met vraiment de l'ambiance, ça mâche pas ses mots, ça ronchonne au pieu, ça éructe joyeusement à l'anniversaire du gamin...), du film de femmes (ohlala elles ont fumé quoi les copines ?), de la sincérité du bidouillage, du reportage animalier sur Nos amis les bêtes du monde merveilleux du cinéma...
Tout y passe,  du cours d'art dramatique (Karole Rocher, la maman dans Stella, y est grandiose face à Christine Boisson, dans une scène où se disent des choses sur le fait d'être une has-been qu'il faut avoir suffisamment de force et de recul pour être capable de les accepter)  au casting (là aussi, Romane Bohrinher est tout de même sur le fil...), des cours de langue à la retraite mystique, de la chirurgie esthétique au saphisme, de l'angoisse de vieillir aux metteurs en scène chiants, enfin, tout tout est joyeusement dynamité concassé pilé mixé dans un  gloubi-boulga qui a l'air d'autant plus bordélique qu'il a été je pense écrit au cordeau. Au rasoir.
Elles sont toutes nickel, parfaites, attachantes touchantes troublantes énervantes aussi parfois dans cette bulle légère qui réussit le prodige d'être à la fois branchouille et popote, sincère et roublarde, profonde et toc, individuelle et universelle, inconséquente et philosophique, inoubliable et vite oubliée, en nous faisant perdre je le disais plus haut tous nos repères habituels de spectateurs formatés.
Oui  vraiment j'ai adoré ça...

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vendredi 27 février 2009

popote

BELLAMY
de Claude Chabrol

Ca commençait plutôt bien. Depardieu en mode mineur, à mots mesurés et voix posée, joue un commissaire en vacances. Un commissaire célèbre (le Bellamy du titre) et physiquement très impressionnant : cet homme-là est devenu un véritable éléphant. Il déborde de partout, et ce pif mon dieu ce pif! quand il est filmé de face, je ne pouvais en détacher mon regard tellement il est phallique et démesuré.
Il est en vacances avec son épouse, jeune, charmante, solaire, radieuse (Marie Bunel, excellente).Il somnole un peu devant la télé, fait ses mots croisés, libidine un peu avec sa moitié... Débarquent chez lui coup sur coup un homme mystérieux (Monsieur Gentil, joué par Jacques Gamblin, que d'ordinaire j'adore mais qui là m'a laissé un peu coi) qui recherche sa protection (et attire son attention), et son jeune frère (à Depardieu, pas à Gamblin) un "petite frappe" mal rasée (mmhh) et alcoolo (Clovis Cornillac, plutôt pas mal)...
Bellamy va plus ou moins mollement mener l'enquête (d'après une histoire réelle d'arnaque à l'assurance) et tenter de régler les problèmes avec son jeune et gueulard frérot. Mollement, très mollement. Pas désagréablement, certes (c'est un Chabrol plus doux, moins acide que d'habitude...praradoxalement, je trouve que c'est plutôt mieux filmé que d'hab', qu'il y a plus de matière...) mais sans véritable intérêt. (Claude ne se foule pas plus que Gérard). Chabrol se réclamait de Simenon, on serait plus proche de Derrick... Au terme d'une heure cinquante d'assoupissement progressif, tout est rentré dans l'ordre : l'arnaque est réglée, l'histoire avec le frangin est close, Gamblin a remisé tous ses postiches (il joue trois rôles) et Bellamy a toujours un nez aussi faramineux.
Une seule question reste en suspens pour Tyranosaurus Gégé : est-ce que sa (délicieuse) femme l'a trompé ou pas ? Question dont on n'aura hélas jamais la réponse (sauf en cas de Bellamy 2 huhuhu...)

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jeudi 26 février 2009

cet obscur objet (du désir ?)

EDEN A L'OUEST
de Costa-Gavras

Elias vient, littéralement, de nulle part. Enfin, d'un pays jamais nommé, quelque part à l'est, qu'il fuit clandestinement pour aller voir à l'ouest si les mirages qu'on lui a fait miroiter existent bel et bien. C'est au  récit de ses aventures (on serait quelque part entre l'Odyssée et les aventures picaresques de Lazarilllo de Tormes) que nous convie Costa-Gavras, sur un ton de comédie (sociale) qu'on ne lui avait pas vraiment connu jusque là, et qui surprend plutôt agréablement.
Elias (Riccardo Scamarcio, plutôt mimi) a donc pris un bateau, avec d'autres clandestins, bateau qui va être arraisonné par les forces de l'ordre (omniprésentes d'un bout à l'autre du film). Il saute donc à l'eau et nage toute la nuit. Pour se réveiller sur une plage naturiste. Il laissera donc là ses oripeaux d'origine pour rentrer dans la peau du personnage, personnage qui justement ne va cesser de se transformer en fonction des gens qu'il rencontre, à la fois par les vêtements qu'il porte (ou l'identité qu'on lui prête) et par l'attention (le désir ?) qu'il génère. Clandestin, naturiste, bagagiste, plombier, latin lover, assistant d'un magicien, il change à chaque fois de rôle, il joue à être celui qu'on a envie qu'il soit, lors d'une série de rencontres successives qui vont lui permettre de passer chaque fois au niveau suivant, dans ce looong périple dont l'issue finale clignote au loin comme un eldorado de pacotille : Paris, le Lido...
Elias doit toujours avancer, dans ce grand jeu de l'oie (autant que de loi?) géographique, avec la contrainte perpétuelle de ne pas se faire arrêter par les gendarmes, les policiers, les douaniers, les flics, la maréchaussée, les poulets, bref tout ce qui de près ou de loin évoque la loi (et le respect de) et porte un uniforme,  et il n'arrêtera donc pas, tout au long du film, de jouer à cache-cache avec eux. (Je le redis, le ton du film est plutôt badin).
Et, comme au jeu de l'oie, chaque nouvelle case révèle une bonne (ou une moins bonne) surprise, ce sont les gens qui vont -plus ou moins- l'aider : un directeur d'hôtel, une touriste, un magicien, une paysanne, un couple de nouveaux riches, un couple de camionneurs, un sdf, etc, avec, à chaque fois une idée plus ou moins avouable derrière la tête, et qu'on pourrait nommer le désir (au moins pour le directeur, la touriste, la paysanne, les routiers...), mais sans que celui-ci soit forcément concrétisé. Une gueule d'ange, donc, avec des yeux splendides et un petit cul qui ne l'est pas moins, passe ainsi d'attente en convoitise, de baiser fougueux en contemplation silencieuse et admirative, c'est selon...
Elias est conscient de l'émoi qu'il suscite, et fait pourtant, la plupart du temps, comme s'il ne s'en apercevait pas. Cette fausse candeur est son alibi, tout comme la destination finale de son voyage n'est qu'un leurre. Mais le film est ainsi fait que, plus on se rapproche de Paris et plus l'intérêt qu'on porte à notre héros s'émousse doucettement. On connait le processus. On continue tout de même à sourire. On sait qu'il va être un peu secouru, puis encore un peu roulé dans la farine, puis de nouveau aidé, et de nouveau pas aidé, jusqu'à ce qu'enfin se réalise cette rencontre ultime qu'il avait appelé de tous ses voeux, et qui finalement  lui rapporte  beaucoup moins que ce qu'il avait espéré. A moins que... Ce n'est pas tout de même pas donné à tout le monde de faire pailleter la Tour Eiffel...

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mercredi 25 février 2009

préparatifs de noce à la campagne

AU DIABLE STALINE, VIVE LES MARIES!
d'Horatio Malaele

J'adore le cinéma roumain (j'allais écrire "nouveau cinéma roumain" mais  je ne sais pas s'il y en a eu un ancien... pour moi, Pintilié -l'ancêtre- en fait partie aussi. Avant, c'est terra incognita), je ne me souviens pas d'un film qui m'ait (aie ? ça fait drôle, écrit comme ça...) vraiment déçu. J'y trouve toujours  cet élan vital, cette envie de faire, même sans moyens, cette énergie furieuse et bordélique, cette pulsion de vie, où le rire n'est jamais trop loin des larmes (et vice-versa) qui caractérisent souvent les cinémas dits "d'europe de l'est" (ou d'europe centrale,? ohhh je suis nul en géo), et on ne peut pas ne pas penser aux fanfares débraillées et tonitruantes et autres envols d'oies ou de mariées de l'ami Emir (du regretté temps où il était encore barbu et ne se la pétait pas...)
On est donc à la campagne, en 1953, en Roumanie donc (après une introduction "contemporaine", qui reviendra, de la même façon, clore le film) dans un village typique (on fait connaissance avec les protagonistes par une scène -off- d'accouplement juvénile et champêtre au milieu des blés doublement observée). Le fils de machin et la fille de truc, qui forniquent  joyeusement, et dont les pères respectifs (Machinu et Trucu, donc, chacun 150 kilos, la faconde et le profil de Shrek) vont faire en sorte  que la situation soit rapidement régularisée, par un mariage c'est à dire, illico fixé au jeudi suivant.
Sauf que, manque de bol, le jour-même, "on" (un officier soviétique à peine moins glaçant  que Ralph Fiennes dans La liste de Schindler) vient signifier à tout ce petit monde que, le Grand Camarade en chef Stalinechounet venant de casser sa camaradesque pipe, toute manifestation populaire et/ou de liesse est prohibée pendant une semaine. Arghh!
Mais comme machin a tué deux cochons et deux veaux pour l'occasion et que "dans sept jours tout sera foutu", ils décident de passer outre les injonctions des "camarades" et vont quand même faire la noce, en catimini, en prenant toutes les précautions possibles pour que ça ne s'entende pas... Après les pétaradances bucoliques et alcooliques de la première partie, ça fait un sacré contraste, je vous jure! C'est une scène quasiment d'anthologie, et c'est d'ailleurs le titre original du film (Nunta muta -j'ai fait des recherches- signifie "la noce muette" et est beaucoup plus adapté que le bêta titre français...)
Jusqu'à ce que... (mais là, c'est la troisième partie, et je n'en dirai pas plus!) à cause d'une gamine...
C'est un premier film, et je peux vous assurer que tout ça est délicieusement culotté. Pas tellement dans l'anecdote (quoique... il semblerait -et c'est un doux euphémisme- que le communisme n'ait pas laissé que de bons souvenirs en Roumanie), mais surtout dans la façon de filmer. Le mélange des genres, alternant chronique villageoise, comédie satyrique, drame politique, burlesque attendrissant, nous fait danser sur plusieurs pieds, la verdeur (et le fleurissement) des dialogues (on pourrait dire que c'est leste), sans qu'à aucun moment ça devienne lourdingue, nous (me) ravit les oreilles. Et l'insertion de petits effets poético-fantastiques fait sous la langue l'effet d'autant de pépites (de chocolat ou autre) dans la pâte d'un gâteau déja riche, grâce à la maîtrise du montage et des changements de rythme, entre l'accélération la plus slapstick (la scène du cinéma) au ralenti, voire carrément l'image fixe (on sent bien dans ces moments-là que le réalisateur est un théâtreux) les plus surprenants. L'ensemble crée un objet hors-normes, un mélange étonnant de candeur, de roublardise, de canaillerie, d'humour, puis d'émotion, définitivement séduisant. Un régal.

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mardi 24 février 2009

carnet de croquis

LES INSEPARABLES
de Christine Dory

Un joli film, tout chargé d"affect. Centré sur (et quasi uniquement sur, peu d'autres personnages parviennent à y exister vraiment et n'y sont tout au plus que des silhouettes) lui (Guillaume Depardieu, très bien, mais on en avait -je parle hélas à l'imparfait- l'habitude) artiste, camé, écorché vif, asocial, complexe, énervant, insupportable, et elle (Marie Vialle, une nouvelle venue, excellente dans un registre étendu), employée dans une agence immobilière, candide, charmante, souriante, prête -dans un premier temps- à toutes les concessions, complexe elle aussi, et parfois énervante aussi, et même insupportable...
Esquisse d'un couple typiquement NAT/NST (ni avec toi, ni sans toi), histoire de deux personnes qui s'aiment mais ne peuvent s'empêcher de faire du gâchis (bon, surtout lui tout de même reconnaissons le), état des lieux d'une relation en même temps banale mais pas si simple,  comme dans une chanson de Gainsbourg que chantait Jane Birkin il y a longtemps :
Nous nous sommes dit tu
Nous nous somme dit tout
Nous nous sommes dit vous
Puis nous nous sommes tus... ("Vie mort et résurrection d'un amour-passion")
(c'est drôle, je m'aperçois en recherchant sur le ouaibe que pas mal de personnes utilisent sur leur blog et autres cette formule que j'ai eu pourtant un peu de mal à reconstituer...)
Il dessine, il l'attend à la maison toute la journée, elle fait visiter des apparts, ils se retrouvent le soir... Mais il a besoin de se shooter pour créer, et malgré tout l'amour qu'elle lui porte (on pourrait dire qu'elle aussi est dépendante, mais de par cet amour-même) va se mettre en place une sorte de contamination de cette relation au reste de sa vie à elle (par rapport à son travail, à ses amis, son père, son enfant) qui est devenue leur vie à eux... La came fait tâche d'huile, et on assiste au processus de propagation, de diffusion...
Mais paradoxalement le film n'est pas traité sur le mode dramatique et grandes orgues lacrymales, et est plutôt joyeux, solaire (surtout dans sa première partie). C'est rien qu'une histoire vécue... La force des sentiments d'un côté et tout ce qui leur fait obstacle en face. On a quand même tous unanimement constaté, en sortant, que c'était quand même un petit peu long (surtout dans la dernière partie, peut-être un peu trop systématiquement crises et engueulades...)
Et Guillaume Depardieu, dans un rôle qui peut s'avérer systématique et parfois agaçant, réussit encore une fois à nous attendrir, à nous toucher (et quand, à la scène avant l'enterrement, il se met à dire de la poésie, il m'a carrément tiré des larmes...)

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