samedi 17 mai 2008

impact, impact

BEAUFORT
de Joseph Cedar

Celui-là, ça faisait un moment que je l'attendais. Pour de multiples raisons, certaines, cinématographiques et d'autres plus... personnelles, dirons-nous. J'en sors. Ravi.
Je n'aime pas les "films de guerre", j'ai plutôt un faible pour les "films de militaires" : amitié virile, ambiance de chambrée, intimité entre potes... clichés limite testostérone, mais sans pour cela tomber dans le porno gay (dont ce serait d'ailleurs un fantasme redondant, mais aussi stéréotypé que -quelle horreur!- les mecs y sont bodybuildés, stéroïdés, épilés, poncés, encaustiqués, pouah, mais ceci nous éloigne de notre sujet, revenons donc à nos bidasses...) des mecs normaux, donc, dans une situation (extra)ordinaire, entre la "sécurité" du dedans et le danger à l'extérieur. Quand les mecs en question sont des israéliens, en v.o qui est plus est, tout en accentuations rauques et chuintés doux (hmmm je trouve que -je crois l'avoir déjà dit- l'hébreu est une langue infiniment sexy), en gueules mal rasées et en  (hello Catherine...)  z'yeux de gazelles (j'aime leurs sourcils aussi, quasi de loup-garous), en je fume un pétos au lit et je me doucherai demain, l'intérêt monte encore d'un cran, et l'aiguiille-témoin aurait comme qui dirait tendance à s'affoler...
Où il est question des derniers jours d'occupation par l'armée israélienne (après y avoir passé 18 ans, tout de même) d'un poste avancé en territoire libanais (si j'ai bien compris) tout près de la frontière. On vit le quotidien de ces hommes, confrontés aux attaques imprévisibles -mais souvent mortelles- d'un ennemi qu'on ne verra jamais, entre les dédales souterrains de leurs abris, les écrans de contrôle, les postes d'observation, et le contact téléphonique avec des supérieurs invisibles eux aussi, au bon vouloir desquels ils doivent se plier.
Leur quotidien ? L'attente (on attend les ordres, on attend le feu vert, on attend la relève...), l'immobilité (il s'agit avant tout de surveiller, de subir l'assaut, en sentinelles impassibles, jamais de le donner), l'absurde (juste se dire qu'on est là), le dérisoire (se raccrocher à des signes qu'on est censé protéger : un drapeau, une plaque commémorative), et surtout, la peur, la peur, la peur  à chaque instant, à chaque déplacement, à chaque engin suspect, à chaque sortie, à chaque impact...
La (jeune) garnison cantonnée à Beaufort est placé sous les ordres de Liraz, un (jeune) gradé, personnage autour duquel le film va s'articuler, nous délivrant un bien beau portrait d'homme, jamais idéalisé, au contraire, cristallisant en lui toute cette trouille en des états divers (nul n'est infaillible, nul n'est à l'abri), avec le doute qui petit à petit s'insinue (il ne s'agit au début que d'obéir aux ordres, sans discuter, et progressivement les certitudes de bon petit soldat se lézardent, les questions, et l'incompréhension, viennent affleurer, s'enraciner, et miner les consciences de chacun et leur faire voir, enfin, peut-être, les choses sous un autre angle.)
Un compte à rebours, temporel, jusqu'au jour de l'explosion finale, de l'abandon de la position et du retour au pays, mais aussi  un décompte des hommes qu'on va perdre progressivement au fur et à mesure de cette anti-épopée (la guerre vue par le très petit bout de la lorgnette , mais à la plus grande échelle possible : le très grand écran dans le bôôô cinéma était comme rempli à ras-bord -et pour une fois, il semble que l'image était complète, alleluïa, alleluïa!) dans un genre de comptine funèbre éliminatoire à la 10 petits nègres : Dix petits soldats allèrent se promener, l'un deux voulut déminer un engin suspect, il n'en resta plus que neuf... / Neuf petits soldats montèrent la garde, l'un d'eux... and so on, où l'arbitraire est posé comme contrainte de l'éliminatoire : chaque fois qu'un soldat quitte la sécurité du labyrinthe souterrain et se risque au-dehors, sait qu'il s'expose, et  risque d'être le prochain.
Il s'agit d'un drame humain(s) bien plus  que d'une tragédie militaire semblent nous dire Joseh Cedar, le réalisateur, et son scénariste Ron Leshem (dont le film est l'adaptation du roman du même nom) . Une chronique, bien plus qu'un épopée. On est scotché devant l'écran pendant les deux heures du film, fasciné. Cette façon d'être très près des hommes, ce refus du spectaculaire, ce goût du détail, cette précision et cette rigueur de la mise en scène, font de Beaufort un énorme moment de cinéma. Quoi de neuf sur la guerre ? écrivait Robert Bobert, Quelle connerie la guerre...  chantait Prévert. Les deux titres auraient parfairement pu convenir à ce grand film-là.

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mercredi 14 mai 2008

pas touche

Des fois, toutes une coordination de hasards fait qu'on prend -par hasard- une photo qu'on trouve, après coup, assez juste. C'est l'effet que  m'a produit celle-ci, au visionnage...

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Oserais-je dire que je n'en suis pas trop mécontent ?

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lundi 12 mai 2008

cluedouille

LE GRAND ALIBI
de Pascal Bonitzer

D'ordinaire, je ne chronique pas les films que je n'ai pas  aimés. En principe, me semble-t-il. Donc celui-ci, que j'ai vu il ya une petite quinzaine, je ne l'avais pas chroniqué. Mais au hasard de mes lectures bloguesques, je tombe d'abord , puis , et je commence à me poser des questions... Serais-je passé à côté de ? J'ai trouvé ça lent, mou, filandreux, poussiéreux, convenu... Ah, c'est du deuxième degré ?
Miou-Miou en bourgeoise chiante était mille fois plus intéressante dans Milou en mai, Lambert Wilson m'agace, Arditi m'insupporte, Mathieu Demy prend l'apparence et le rôle de Thomas Chabrol, Anne Consigny sous, puis sur-joue, et les deux jeunettes font tâche dans la distribution puisqu'elles sont inconnues, on a collé au pauvre Bénichou des cheveux gras et un rôle de faire-valoir très stéréotypé, mais heureusement, Valeria Bruni-Tedeschi est très bien (c'est mieux, sa nouvelle manière, calme, sans folie, sans dépression sans crises...) En plus c'est filmé moche et plat, le clind'oeil à Hitchcock final m'a à peine arraché un demi-sourire... Pourtant il ne me semble pas avoir été ce soir-là spécialement de mauvaise humeur, me semble-t-il. Bon, passons...

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dimanche 11 mai 2008

sol y sombra

ANDALUCIA
d'Alain Gomis

Oh que voilà un curieux mais passionnant film. enervant aussi mais ce n'est pas de sa faute : figurez-vous que dans le bôôô cinéma, avec ses pourtants bôôô z'écrans, il ya un big problème, plus ou moins criant suivant les films : il manque un bout au-dessus. Oui oui, les écrans sont gigantesques, mais, y a pas, il manque toujours au-dessus de l'image une bande de hauteur variable. Et là c'était criant (et à hurler) à chaque plan d'ensemble, le héros Yacine (qui est grand mais ce n'est pas une excuse) avait systématiquement la tête coupée au niveau des yeux (on ne voyait donc que la moitié inférieure de son visage). la première fois on soupire, puis ça devient très vite exaspérant. Et qu'on ne me répond epas "c'est le film qui a été tourné comme ça" (ce qui eut déjà lieu par le passé) manque de bol, au générique de début, le titre du film était inscrit dans l'angle supérieur droit, et, tant pis pour lui, ça donnait à peu près ça :

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Enervant, non ? On a eu beau aller se plaindre, un autre spectateur, puis moi-même : rien n'y a fait, le pauvre Yacine a eu la tête coupée, en plan large, jusqu'à la fin du film... C'est donc dommage, d'autant plus que ce film, original dans sa forme, réclame de la part du spectateur une attention aimante et une concentration... attentive.
Portrait de Yacine, donc, un beur comme vous et moi, from bits and pieces comme dirait un critique anglo-saxon, en vrac traduirait un critique agacé, entre collage et bricolage re-traduirais-je, tant on doit se raccrocher au pinceau des images puisque le réalisateur semble avoir facétieusement retiré l'échelle de la narration habituelle. Un autre film, vu il y a très très longtemps (et que je n'ai d'ailleurs jamais revu nulle part, d'ailleurs) fonctionnait un peu comme ça me semble-t-il : Le sourire vertical, de Robert Lapoujade.
Mais revenons à notre Yacine. Un grand dadais, tant pis pour lui (s'il avait été moins grand on aurait pu voir toute sa tête, hein...) avec des envies, des regrets, des rêves, des souvenirs, bref, plein de choses dans sa tête, suscitées par les gens qu'il rencontre, qu'il côtoie, qu'il aime, et le réalisateur traite tous ces affects sur un pied d'égalité, malaxant donc une pâte iconique et narrative plutôt hétérogène, mais diablement réjouissante. Une imagerie plurielle, à la façon des multiples images punaisées aux murs de la caravane de Yacine. Il s'agirait plutôt d'une collection, d'une juxtaposition de moments (de bonheur, de plaisir, de surprise, de rage aussi par fois), une genre d'exposition, quoi. A travers les rencontres de Yacine, on regarde les différentes facettes d'une même image,  qu'on aurait tort de réduire  à : "qu'est-ce qu'être rebeu aujourd'hui et maintenant ? " : la cité, le rap, la zone, les baskets, le langage et la caillera attitude, les embrouilles, le scooter, la famille, la religion (quoiqu'ici un peu à contrepoil, cf le personnage du père), et qui pourrait donc s'élargir à "qu'est-ce qu'être Yacine aujourd'hui ?" (trouver un boulot, trouver sa place, trouver l'amour, trouver des réponses) et, par extrapolation à "qu'est-ce qu'être vous ou moi aujourd'hui ?" (et là ce sera à vous de remplir la parenthèse...)
Tout ça partagé entre un Paris plutôt sombre et nocturne et froid et une Espagne (oui oui le titre a un rapport avec l'histoire, tout de même) solaire surexposée et calorifère (encore que je ne sois pas entièrement convaincu par la toute toute fin mais bon...)
Et puis un film qui vous expose amoureusement la cinégénie du goudron ou de l'enduit ne peut pas être foncièrement mauvais, non ?

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(et l'affiche est assez juste...)

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samedi 10 mai 2008

prendre le soleil

Certains moments, comme ça, sont privilégiés.
Jeudi (j'avais écrit "dimanche"...), j'ai mangé avec mon amie Evelyne dans son petit jardin, près de la rivière. Il fait partie d'une série de jardins dits "jardins ouvriers", petites parcelles adjacentes avec petite maison de bois pour y ranger les outils. Il faisait grand soleil, tout était parfait. Il ya des jours, comme ça, où je photographierais tout parce que je trouve que tout est beau. Donc j'ai photographié à droite à gauche des fleurs, de l'eau, de l'herbe, du ciel, des branches (j'ai même failli avoir deux jeunes gens qui se promenaient torse-nu sur l'autre berge, mais le temps que je réagisse et que j'aille chercher l'appareil, hop! ils avaient disparu.) il y avait un côté Renoir, le déjeuner sur l'herbe, (manquaient les canotiers et la guinguette...) ce je ne sais quoi de poésie bucolique, familiale, dominicale (on était pourtant jeudi). Pique-nique, vin rosé, chaises-longues, siestounette, lecture, feuilles qui bougent, bord de l'eau, odeurs de barbecue, bruits d'arrosage, familles en balade... hmmm les beaux dimanches au bord de l'eau...

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vendredi 9 mai 2008

barbe de deux jours

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Ca faisait un moment que je voulais en parler... A présent que j'ai terminé les deux recueils de nouvelles, je peux vous dire tout tout tout le bien que je pense du monsieur et de ce qu'il écrit (il me reste encore un recueil de textes, "Orphelins", mais que je ne vais pas lire tout de suite car il s'agit d'une autre veine...) J'ai, je l'avoue (et je le répète) un penchant coupable pour les écrivains de nouvelles, américains de surcroit, et surtout avec des tronches pas rasées de trappeur du Montana ou assimilé. D'Ambrosio est tout cela (même si son patronyme évoquerait tout autre chose). On sait juste de lui qu'il a été charpentier, avant, et ses nouvelles, justement, évoquent ce patient travail du bois, cette solidité de l'ensemble, cette robustesse, avec en même temps ce goût de la beauté, ce poli, ce raffinement dans les finitions. Et cette façon de ne jamais finir pif paf bien carré et rassurant, ni virtuose coup de théâtre. Juste ouvert, open, grand air, respirant, à vous de voir...
Les thèmes évoquent une Amérique moyenne, avec des gens moyens, des problèmes moyens, le plus souvent histoires de couples, de familles, comme chez Carver, mais ici l'écriture n'a pas cette sècheresse minimaliste de l'ami Raymond, ce côté autant droit au but que brut de décoffrage. Elle a cette richesse, cette élégance, cette poésie (j'ose le mot), ce moëlleux, qui vous fera revenir en arrière pour relire une phrase ou un passage, ou avoir soudain juste les larmes aux yeux, comme ça, tellement c'est juste, tellement soudain ça retentit.
Dans le premier recueil, "Le Cap" (que j'ai lu en deuxième) m'est ainsi restée tout particulièrement la nouvelle Nostalgie, avant-dernière du recueil, récit en deux parties (Octobre et Décembre) de la désagrégation d'un couple, où il est d'abord question d'un homme en train de pêcher, puis du même homme en train de se promener la nuit avec deux pommes de terre dans ses poches... De la même façon, dans Le musée des poissons morts, celle nommée Drummond et fils, où il est question de machines à écrire et des rapports entre un père et son fils schizophrène. Beau à faire fondre les pierres...

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arts appliqués

(bribes de rêve)

Avec Malou et (?) nous marchons dans Paris, pas sur les toits mais presque : ruelles, arrière-cours, corniches, nous arrivons dans l'entrée de l'appartement de (? un célèbre cuisinier), je regarde ce qu'il y a sur le meuble, et j'exulte : est posée sur la table une carte de visite de Madame Varinhard, notre pâtissière locale, mais lorsque je l'explique et veux la montrer à Malou, ce n'est plus la même chose qui est écrite. N'y a-t-il pas alors quelqu'un qui monterait sur ce meuble, y marcherait et provoquerait mon embarras ? D'autant plus qu'arrivent des gens dans le couloir. Les maîtres des lieux ? Non, des invités, il semble qu'il va y avoir une fête, la pièce se remplit, une dame blonde passe et distribue des verres de champagne, certains gros comme des chopes de bière (mais sans poignée) et d'autres nettement plus petits (comme les verres à patisserie). Bien sûr j'ai un petit, et je n'en suis pas très content. D'autant plus que je dois le poser sur le bord d'un plateau, en équilibre instable (pour faire je ne sais plus quoi) et, bien sûr, il tombe et se brise sur le sol, alors que je n'ai même pas pu y goûter.

On est à présent assis à des tables, arrivent des serveurs en livrée, l'un d'eux tend la main, je me méprends sur son geste et pense qu'il veut me saluer, et je lui serre la main. Je comprends que ce n'était pas vraiment son intention. Ils commencent à énoncer le menu, une suite de plats aux noms sophistiqués, je m'interroge sur le pourquoi de ce grand repas, et on me répond, que, mais bien sûr, c'est Josette qui fête (sa promotion ? son emploi ? sa retraite ?)

Trois jeunes gens font une représentation, face au mur du gymnase où nous sommes. C'est assez simple, voire simplet. Deux garçons et une fille, se déplacent le long du mur, la fille disparaît sur la droite, dans l'obscurité, suivie par un des garçons, l'autre garçon reste seul un moment, puis part aussi. Je me demande pourtant comment est réalisé le changement de taille, dû à la perspective, du dernier garçon (il devient à un instant beaucoup plus petit.) Je réalise alors que c'est un film (qu'ils ont réalisé sur le mur du gymnase et qu'ils projettent sur le même mur), d'autant plus qu'à la fin intervient sur l'écran Chloé, qui critique vertement et le film et ses interprètes. Elle est d'ailleurs assise à ce moment-là "en vrai" à côté de moi, (nous sommes dans une salle de spectacle ou de ciné) et je lui demande si elle a l'habitude de ne pas mâcher ses mots comme ça, et comment les autres ont réagi en voyant qu'elle intervenait dans leur film.

Chez Domi et Alain. Alain me fait rentrer dans sa "salle de musique" c'est un ancien gymnase (ou ancien garage) d'un ancien appartement où j'ai habité. Je m'émerveille de la taille et du nombre de baffles, d'enceintes qui sont installés partout le long des murs.

C'est une manifestation culturelle, je ne sais pas exactement laquelle. Je prends, le long d'un mur, un rouleau de papier (aussi haut que moi) sur lequel sont inscrits des mots, des phrases, manuscrits, en couleurs diverses. Tout celà a été écrit par mon ami Philippe (c'est peut-être lui qui est à l'honneur) Je m'aperçois qu'en posant le rouleau sur le mur et en le faisant tourner doucement, les mots écrits sur le rouleau s'impriment sur le mur. J'en fais l'expérience plusieurs fois, c'est rigolo. Je réalise que j'imprime des mots de Philippe sur un panneau où sont écrits déjà d'autres mots de Philippe (au stylo-plume noir). Philippe arrive alors, peut-être, et ça le fait sourire..
.
Une assemblée assez nombreuse, comme dans un hôtel, une ambiance de gens sur le départ, chacun fait ses valises, j'en ai une noire, en plastique, très grosse (une "valise-coque" ?) A un moment, Christine me prend à part et commence à me faire des reproches, de longs reproches, sur ma tenue vestimentaire, qui n'est visiblement pas en accord avec le lieu et ses occupants : mes habits sont moches et pauvres. Ca me met très en colère et je m'éloigne sans me retourner, je l'entends qui continue de parler dans mon dos, mais plus sur le même ton : elle semble désolée, essaie de se faire pardonner, je ne comprends que des bribes, elle me propose, entre autres,  de me donner une (étoile ?) que je pourrai utiliser pour mon prochain agenda. Rien n'y fait, je reste fâché, d'autant plus que je m'aperçois que seule ma valise noire et mon sac sont restés en bas, sur le quai, au bord de l'eau, et d'ailleurs une vague vient de les emporter. L'eau est vredâtre, boueuse. Je crie pour que quelqu'un aille les chercher. Ils sont emportés par le courant, d'abord vers la gauche. Je vois quelqu'un qui court dans l'eau derrière les bagages, il me semble reconnaître Jacques. Mais non, quelques secondes plus tard, je vois le même Jacques, souriant, dans l'eau, mais plus à droite de la scène, levant les bras en signe d'impuissance. Les bagages sont partis dans l'autre sens, toujours emportés par le courant, mais vers la droite à présent, ils passent sous un pont (sous le bâtiment, en fait) avec des arcades, et se retrouvent, de l'autre côté dans un canal beaucoup plus calme et moins profond où quelqu'un, les cheveux ruisselants (Jacques, encore ?) peut alors les sortir de l'eau.

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jeudi 8 mai 2008

double

Puisque ce jour est doublement férié, voici une image doublement sympathique :

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(Ce n'est pas porno, isn't'it, puisque c'était dans Libé du 3/4 mai 2008)

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jour férié

Encore un jour férié, (et double, même, tiens, d'ailleurs!),  encore un faux dimanche au milieu de la semaine (puisque demain c'est vendredi, et que nous travaillerons -nous serons bien les seuls d'ailleurs semble-t-il- plus, donc, mais pour ne rien gagner davantage (avec le métier de fainéants qu'on a, et les jours de vacances, et le salaire royal, et les conditions de travail idéales...) fermons-là cette parenthèse humoristique tellement je n'en peux plus de rire ; d'autant plus que j'apprend que
a) on nous annonce que les retraites vont être réévaluées de 0,8 % (Byzance, Byzance...)
b) "on" nous annonce aussi que la retraite pourrait être cumulée avec un emploi (re-Byzance...)
si c'est pas ce qu'on appelle nager dans l'opulence... arrêtez de me faire rire j'ai les lèvres gercées...), où il fait un temps estival (et doublement chez moi, puisque dans mon logement -ex "de fonction" pour lequel je paye désormais un loyer - le chauffage est produit par des radiateurs dont je ne peux moduler le débit pour cause de boutons irrémédiablement grippés, voire soudés dans la masse -j'ai des radiateurs préhistoriques- ni la production, puisqu'elle est assurée par une chaudière alimentant également l'école, donc je prends mon mal en patience (il doit faire à peu près trente degrés dans mon appartement (chaud en été, froid en hiver, telle est sa devise) toutes fenêtres ouvertes, car mon amie Emma m'a rappelé que l'an dernier, dans les mêmes conditions, lorsque j'avais supplié la municipalité de couper enfin ledit chauffage, et qu'elle avait d'ailleurs aussi sec ouf merci  répondu à ma demande, dans les heures qui suivirent -on est caliméro où on ne l'est pas- la température, jusqu'alors estivale, avait soudain chuté d'une quinzaine de degrés  et que j'avais dû illico ressortir braséros, laines polaires, bonnets péruviens et autres mitaines, car, si cet appartement se réchauffe très vite, il se refroidit également idem. Donc, je ne dis rien, et j'attends, en tenue légère et toutes fenêtres ouvertes...
D'autant plus (et c'était là me semble-t-il le but initial de ce post) que depuis quelques temps voilà-t-y pas que mon vieux corps commence à présenter des signes véhéments et simultanés de délabrement (comme ma bagnole d'ailleurs, vous savez bien, pendant des années tout roule bien, pas un pépin, pas un accroc, pas besoin d'aller chez ce voleur de charmant garagiste, et tout d'un coup, plaf, patatras, crac et boum, voilà que soudain ça se met à faire des bruits bizarres, se déglinguer, se démantibuler, à tomber en quenouille...) problèmes de dos d'abord, et autres machins divers et plus ou moins faciles à glisser dans la conversation (oui oui je suis quelqu'un de pudique de prude et de timide) qui ont nécessité (et vont encore nécessiter) quelques visites au médecin dont je me passerais bien. Oui oui, je sais, dès qu'il y a le moindre petit truc qui ne va pas chez moi, la moindre vétille, le moindre pet de travers, oui, dès que je suis un peu malade, que j'ai un truc, alors aussi sec tout s'écroule, le monde vacille sur ses bases,  je suis effondré et je voudrais mourir (et les autres aussi, ne mégotons pas). Voilà donc pourquoi je pourrais en ce jour radieux me sentir légèrement (légitimement ?) grognon.
Me croirez-vous si je vous avoue que je suis en nage, simplement d'avoir cogité et tapé ces quelques lignes ? Je vous l'avais bien dit, je me liquéfie...

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lundi 5 mai 2008

langue pâteuse

JULIA
d'Erick Zonca

Décidément, c'était la semaine... Après un film chinois beau mais moral dans les chaussettes, voilà qu'on en remet une couche dans le démoralisant avec ce film-ci : un genre de tunnel noir noir noir avec quand même (ouf!) in extremis une toute petite lumière minuscule au bout. Erick Zonca est parti filmer aux USA, mais l'ange à la chute duquel il s'attache ici n'a, encore une fois, pas vraiment une vie rêvée...
Portrait sans maquillage d'une alcoolique "ordinaire", la première partie est tout simplement épouvantable de glauquerie. Scènes de bars, de biture(s), de réveils misérables, de réunions des AA, de clopes allumées à la chaîne, de verres descendus idem. Julia se tape des mecs anonymes (commes les alcooliques du même nom) chaque nuit, et a du mal à assurer chaque jour qui suit. Elle galère, perd son job, se prend la tête avec son agent de probation (pourtant nounours genre crème des hommes, le seul personnage "positif" , en tout cas, auquel on puisse se raccrocher dans le film), et finit par concevoir un plan très foireux de hold-up de gamin avec l'espoir de ramasser un gros paquet de fric. On descend encore d'un cran dans le glauque et le malaise. Evidemment, le kidnapping ne se passe pas de la meilleure façon du monde, quand elle enferme dans son coffre de bagnole un gamin terrifié en maillot de bain, on sait de suite que ça ne va pas aller en s'arrangeant, bien au contraire... La suite d'ailleurs nous le confirme, qui n'est qu'une fuite en avant, avec collectionnage de toutes les catstrophes qui étaient susceptibles d'arriver. Et ça se termine à Tijuana, de part et d'autre d'une artère très passante, et voilà.
Tilda Swinton assure, tant dans le registre de la pochetronne échevelée que dans celui de la dame propre sur elle et tout et tout (quand elle se donne la peine, elle est capable de se ressaisir un chouïa...), mais qu'on ne compare pas s'il vous plaît, comme je l'ai vu faire ici et là par des critiques fatigués, au Gloria de Cassavetes. Ca n'a rien à voir, excepté le fait qu'il s'agit dans les deux cas d'une femme et d'un enfant. Et d'une fuite, d'accord. Et d'un genre (oui j'ai bien dit genre) de polar, re-ok. Bon, peut-être, finalement. Gena Rowlands était... touchante, forçait l'émotion, suscitait l'admiration. Le personnage de Julia, pendant les neuf dixièmes du film ne suscite que la répulsion, la pitié, la colère.
Tant de noirceur tout de même intrigue. Zonca se spécialiserait-il dans le paumé, comme Bruno Dumont le fait dans le bourrin, ou Cronenberg dans le violent ? Ne flirterait-ce point avec la complaisance ? Je crois qu'hélas je ne suis pas objectif, je reconnais que j'ai un problème avec les personnages d'alcooliques, autant au cinéma que dans la vie réelle, d'ailleurs... En tout cas, je n'ai cessé de me tortiller sur ma chaise. Et j'étais mal. A chaque instant, on se demande quelle décision encore plus stupide va-t-elle prendre, quelle catastrophe va encore lui tomber sur le râble, qu'est-ce qui pourrait lui arriver de pire. Trop c'est trop. Sans compter que le gamin, n'est, finalement, pas plus attachant que ça, hein...

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