samedi 26 mai 2007

micro29

"Il faut assumer ses parenthèses."

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La solitude de l'asticot de mite alimentaire emprisonné dans un bocal de sucre.

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Il semblerait que les vrais hommes portent des chaussettes noires.

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Le sentiment de manque est si prégnant que le besoin de contact devient constant.

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"Ces trucs-là, ça guérit jamais."

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"Tout est cinéma. Tout est construction. Et pourtant ça fait mal."

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"Je les ai tous pas vus."

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Ressentir le temps qui passe comme une traînée
(de poudre)

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J'ai su rester à distance respectueuse.

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Bananes au chocolat en papillotes

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J'ai peut-être enfin compris que, définitivement, je ne fais pas partie de sa vie.

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Le mot machicoulis est furieusement moyenâgeux

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vendredi 25 mai 2007

poste it

(les aventures de Chori à la Poste, suite et fin)

Je suis retourné ce matin à la Poste de mon quartier (pour expédier un dvd et rendre compte à la dame du guichet de mon expédition d'hier). Elle m'attendait avec le sourire, et m'a dit "je ne sais pas si c'est une coïncidence, mais j'ai reçu ce matin un papier me précisant les choses par écrit, je vous en ai fait une copie..."
Voilà, j'ai donc servi à quelque chose ici-bas, quelle émotion mon dieuch! pour ceux que ça intéresse (cf Sniv') je vous mets le document en pièce jointe ( résultat des courses : on ne peut plus rien envoyer en lettre, sauf du papier -et encore pas relié!- tout le reste ce sont des marchandises, et donc avec un affranchissement supérieur de 150% minimum... Je suis sûr que c'est encore un coup de l'U*M*P)

circulaire_poste

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poste (et rieur)

Ubuesque ? Kafkaïen ?
j'avais hier soir dans ma boîte un avis m'informant que j'avais reçu une lettre taxée et que je devais par conséquent blabla demain bureau de poste blalblabla.
Ce matin donc je vais au bureau de poste de mon quartier (l'habituel, quoi, la poste de proximité) pour récupérer la lettre en question. La postière a l'air aussi surprise que moi lorsqu'elle revient avec une enveloppe bulle contenant un DVD, affranchi, comme d'hab à 2,11€, sur laquelle une main rageuse a écrit "ce n'est pas du courrier" (rageuse, car le paraphe qui souligne cette constation se termine par un trou dans le papier) accompagné d'un grand T, et pour laquelle je dois acquitter 3,85€ de taxe.
Je paye, mais interroge la préposée sur ce qu'est donc une "lettre", quelle est la définition exacte du mot "documents", et à qui peux-je faire appel pour me plaindre. Elle m'envoie à la poste principale (au centre-ville) mais "pas au guichets, allez derrière au centre de tri et demandez un responsable, et surtout ramenez-moi sa réponse par écrit, qu'on puisse savoir à quoi s'en tenir..."
Au centre de tri, après un certain temps d'attente, je vois passer un monsieur, à qui j'expose mon cas, il tient la fameuse enveloppe contenant le fameux DVD, avec la fameuse taxe, a l'air aussi perplexe que la postière, me dit "pour moi, c'est une lettre..." et l'emporte pour la montrer à un responsable. Au bout d'un certain temps, je le vois revenir avec une responsable, qui me répond assez sèchement qu'un DVD est une marchandise, comme un CD ou un bouquin, et que donc on ne peut les envoyer par lettre (à 2,11€) mais en paquets, dans les emballages prévus à cet effet (à 5€ minimum).
Pour que ce soit un "document" faut que ce soit du papier imprimé, mais un livre n'est pas un document  (le critère semble être "si on peut plier l'enveloppe en deux", bonjour les dégats) J'explique que ça fait longtemps que j'envoie des CD, DVD, livres, au tarif lettre et que c'est la première fois que j'entends parler de taxe. A-t- on changé le règlement ? Auraient-ils reçu de nouvelles directives ? Que nenni répond la responsable, péremptoire, ça a toujours été comme ça, et puis d'ailleurs ici c'est l'accueil pro, et elle est assez bonne de bien vouloir me recevoir pour répondre à mes conneries interrogations et que d'abord c'est aux guichets de l'agence commerciale que j'aurais dû m'adresser.
Très calme et souriant je lui souhaite une bonne journée et, décidant d'en avoir le coeur net, je vais me présenter aux guichets qu'elle m'a évoqués. Je parle avec une gentille dame, je lui montre mon enveloppe, la taxe, lui demande si elle en saurait plus, si c'est écrit quelque part, noir sur blanc, ce qu'on peut envoyer, dans quoi et à quel prix. Son oeil se dilate un peu d'inquiétude, elle ne sait pas trop, elle en parle à une première collègue, puis à un second, chacun expose son avis, ils ne sont pas d'accord, ils me disent qu'ils vont chercher une responsable (je n'ai pas très envie d'avoir à nouveau affaire à la dame du Tri) non non me rassurent-ils, c'est leur responsable à eux qu'ils vont chercher, qui revient avec mon enveloppe et un air perplexe (elle en aura fait des mains cette enveloppe!). Elle est beaucoup plus aimable (et beaucoup moins stressée), que la précédente, et plus perplexe aussi : elle pensait que... les dvd les bouquins et les cd étaient considérés comme des documents... mais peut-être que... finalement...
Arrive un autre responsable (je ne sais pas quel est son grade) qui prend l'affaire -une fois réexpliquée- en main et finit par appeler un "haut-responsable" qui semble que dire que oui... jusqu'ici... il y avait des tolérances... laxisme... et que dorénavant... contrôles... employés zélés... nicht envoyer forbidden prohibido... police menottes prison amende taxe... maintenant tout va changer et les choses vont être reprises en main (j'essaie de donner un sous-texte politique à cette affaire et aux "changements" y afférant, mais tout le monde n'y voit que du feu...) la responsable est désolée de ne pas pouvoir me rembourser, je lui dis que ce n'est pas une histoire de fric, c'est juste histoire de savoir.
Mais personne ne sait vraiment... Résumons donc : dorénavant n'envoyer au tarif lettre que des enveloppes avec des trucs en papier dedans (mais sauf des livres!) pour le reste, les "marchandises" donc, utiliser soit "les "prêt à poster" de la poste (à partir de 5€...) ou le tarif "marchandises" (idem que précédemment, à partir de 5€, grosso modo) Et il semblerait qu'un texte existe à ce sujet et soit prochainement envoyé aux gens concernés. Bonne nouvelle!
J'en profite pour acheter des jolis timbres, histoire de justifier le fait d'avoir passé plus d'une heure là.
Oui, bougez avec la poste!

enveloppe

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jeudi 24 mai 2007

auprès de mon arbre

APRES LUI
de Gael Morel

Aïe! Je sors de la salle, dubitatif. Pourtant j'avais envie de l'aimer, ce film de Gael Morel. Au nom des Roseaux sauvages, de clic clic entre pédés on est copains, du capital sympathie qu'il génère. Au final, pourtant,  le sentiment d'un certain naufrage.
Point de départ casse-gueule, scénar flottant, dialogues par moments à chier (réussir à faire jouer faux Deneuve, faut le faire quand même!), maladresses narratives, approximations stylistiques... Oui, c'est ça, on est presque toujours dans le "presque". Déjà, le sentiment pénible (est-ce l'effet Deneuve + jeune homme ?) d'être presque dans un film de Téchiné, presque dans une étude de cas, presque dans un film sur le deuil. Comme si, pétrifié d'admiration pour son actrice, Gael Morel avait voulu élaborer un somptueux costume sur mesure tout exprès pour la Reine Catherine et ne lui avait finalement  taillé qu'un petit tailleur étriqué.
C'est l'histoire d'une dame qui, après avoir perdu son fils dans un accident de voiture, se rapproche de (se polarise se focalise sur) son meilleur ami (meilleur ami de son fils) qui est aussi -arghh!- celui qui conduisait la voiture qui percuta l'arbre qui coûta la vie au fils en question. On suit donc plusieurs pistes : le deuil, la douleur, la folie, la reconstruction, l'amour peut-être, (tout en regrettant  -sincérité oblige- que le côté homo soit complètement gommé du récit) dans un élan à la fois fiévreux et, paradoxalement, retenu. Comme si le réalisateur se cantonnait juste à la surface, ne faisait qu'effleurer, survoler, sans vraiment oser s'abîmer corps et âme dans le gouffre noir de la douleur. On a donc une suite de scènes, certaines qui fonctionnent et d'autres moins, certaines qu'on comprend et d'autres moins, certaines qui mettent mal à l'aise (on frôle parfois les limites du grotesque, je pense aux scènes avec l'arbre) et d'autres qui sonnent juste, et, par là même, touchent.
Car il y a des  quelques moments beaux, peut-être justement ceux où Gael Morel bouge à peine le projo qui donne pleins feux sur son héroïne dans tous ses états : Deneuve dans sa librairie, Deneuve à la fac, Deneuve au concert de rock, Deneuve et son arbre, Deneuve et le scooter...) et s'aperçoit alors qu'il y a d'autres personnages autour d'elle, qu'ils existent et qu'ils ont eux aussi le droit de vivre et d'avoir une épaisseur dramatique : le jeune premier Thomas Dumerchez, joli mal rasé tatoué à gueule d'ange, Guy Marchand en ex, Elli Medeiros en frangine, Luis Rego en papa, Elodie Bouchez en fille aînée sont un peu injustement sous-exposés, parfois juste esquissés, et c'est dommage...
Je ressassais tout ça en sortant de la salle, et je suis quand même allé lire sur allociné ce que disaient les critiques... Surprise, c'était plutôt bon, voire très bon, dans l'ensemble. Dithyrambe et ronds-de-jambes. Ah, ciel, deviendrais-je un vieux con insensible et irascible ? Un peu rassuré heureusement sur mon intégrité mentale en lisant la critique de Libé et celle des Cahiais (tiens tiens, pour une fois...), j'ai le sentiment que j'ai vu le même film qu'eux...
Ouf, merci docteur!

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de a à z

DSC03450 le déclencheur
DSC03454 le projet
DSC03456 la maquette
DSC03444 le typographe
DSC03445 la compo
DSC03442 le premier passage (noir)
DSC03537 le second passage (rouge)
DSC03538 le bandeau avec le titre
DSC03580 la mise en ordre des pages
DSC03581 la piste de ramassage des feuilles
DSC03593 l'encollage des livrets

(manquent la séparation des livrets au cutter et le massicotage)


DSC03661 un livret

(manque le numérotage)
(manque le pliage du bandeau autour du livret)

DSC03652la mise en boîte

DSC03653 ... le résultat :
partir en fumée / 56 exemplaires / printemps 2007

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mercredi 23 mai 2007

post partum ?

Tiens tiens oui longtemps que je n'avais pas écrit dans cette rubrique spécifique (bien que  ça pourrait aller tout aussi bien dans la rubrique "fadaises"!) Mais aujourd'hui, les événements le méritent bien, à double, voire à triple titre !
Ce matin je partais, guilleret pour suivre, aux bozarts donc, mon cours préféré et pour terminer mon petit livre sur les clopes. En arrivant au café (le premier d'une longue série) je vois débarquer le jeune homme au t-shirt vert, celui qui devait s'occuper de me mettre mes Lieux communs en ligne, que je n'ai pas vu depuis plus d'un mois et dont je supputais qu'il était peut-être mort. Point du tout, il a été malade, et promet juré craché d'honorer sa promesse dès qu'il aura passé son exam (mi-juin, donc). Je suis très content de le voir, je lui offre un café, on papote, il est un peu stressé car il passe son exam blanc cet après-midi... Je lui dis que je viendrai voir. Il acquiesce. Je suis très content de le voir. Vraiment très.

L'après-midi, je continue un peu la manutention des petits bouquins (séparer propremnt au cutter les livrets encollés, ce qui, avec mes deux mains gauches n'est pas gagné!), et puis je vais voir comment ça s'est passé pour le jeune homme au t-shirt vert. Je le croise dans l'escalier. Il a un sourire éloquent, ça s'est super bien passé. Il me montre alors -à ma demande- quelques-unes de ses vidéos, je suis spécialement ému par la dernière, un travail énormément sensible, sur les temps différents, avec une musique d'Arvo Part. Ca me touche  beaucoup. (Comme quand je vois, dans un coin, au milieu de ses "livres", le premier volume des Racontars que je lui avais offert l'an dernier.) Lui est content, et je suis content qu'il soit content...

Je retourne à l'imprimerie, on est désormais dans les finitions ; le premier exemplaire terminé est pour le copain de Pierre qui a fourni les boîtes de cigarillos, le numéro deux est pour la secrétaire exquise des bozarts, et le numéro 3 pour, quel hasard, le jeune homme au t-shirt vert (mais juste parce qu'il est cité dans l'opuscule, qu'alliez-vous donc penser...)

Et il est déjà dix-sept heures, il fait très chaud, je rentre à Vesoul, fier comme bar-tabac (c'est le cas de le dire!) j'ai mon exemplaire perso - non numéroté - de partir en fumée (c'est comme ça qu'il s'appelle, le fameux "bouquin") Je suis, pour diverses raisons, plutôt heureux. Mais, en même temps comme chaque fois que je "termine" quelque chose (un bouquin, un agenda...) nimbé d'une petite tristesse inévitable et habituelle, postnatale, en quelque sorte...

Sur la place où je m'arrête pour acheter Libé, des jeunes gens jouent au foot en plein soleil comme des chiens fous, courses, rires, torse nu et calbute qui dépasse, et ce spectacle fugitif (je n'ose pas sortir l'appareil photo pour fixer l'instant) dissipe (me distrait) un peu cette brume de mélancolie. C'est justement comme dans le film du jeune homme au tee-shirt vert, sauf que c'est en vrai...

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lundi 21 mai 2007

orphelinat

AFTER THE WEDDING
de Susanne Bier

Et de trois! Troisième film, donc, de la réalisatrice Susanne Bier (et de son scénariste Anders Tomas Jensen (connu aussi pour son scénario pour RED ROAD, et ses propres films, dont notamment l'excellent ADAM'S APPLES), oui le Danemark est petit...), après OPEN HEARTS (que j'avais adoré) et BROTHERS (qui m'avait laissé un peu plus dubitatif.)
Il y a incontestablement un style, une patte (une "franchise" ?) Susanne Bier : un cinéma de gens, de visages, de sentiments ; une dramaturgie familiale, avec, à chaque fois, un problème moral, une question d'éthique, un cas de conscience, posé au(x) personnage(s) (là aussi, d'ailleurs, on retrouve souvent les mêmes acteurs, notamment l'intense et polymorphe Mads Mikelsen) ; une caméra attentive, proche, très proche (là, si elle avait été juste un peu plus proche, elle risquait carrément de cogner les acteurs), et, enfin,  une tonalité d'ensemble frémissante mais jamais franchement guillerette, toujours sur le fil du rasoir du (mélo)drame, et servie par une musique parfaitement ad hoc (les airs de Sigur Ros, en début et en fin de film, m'ont carrément -je le reconnais- fichu les larmes aux yeux).
Alors ? Et bien, disons qu'OPEN HEARTS reste toujours mon préféré, de la part de la dame, et BROTHERS le plus faible, et qu'AFTER THE WEDDING vient se ranger entre les deux. Mais, c'est difficile à justifier... Comme si je me disais que, quand même, trop c'est trop, et que, avec un quart d'heure final et un demi-seau de larmes en moins, l'entreprise aurait mieux fonctionné. Oui, sans doute que Trop de pathos tue le pathos, comme dirait un jeune homme que je connais (...)
Les comédiens ne sont pas en cause (des solistes chevronnés qui jouent avec intensité cette marche funèbre, toujours précis, même dans une ou deux scènes que je trouve peut-être too much), c'est juste peut-être la dramaturgie (elle ne nous épargne quasiment aucun rebondissement fille cachée, père alcoolique, adultère juste après le mariage, maladie mortelle, manipulation, l'argent contre l'amour, confiance trahie, I don't wanna die, j'veux pas qu'tu t'en ailles...), sur une trame qui, quand on y pense, évoque quand même pas mal celle d'un certain film d'Isabel Coixet.
Ou c'est peut-être moi, qui n'étais  pas en état de réceptivité maximale. Ou peut-être que l'Inde ne fait pas bon ménage avec le Danemark. Ou que la mort d'un père est un sujet qui me touche tellement que j'avais envie de quelque chose de plus light... Bon, je ne voudrais quand même pas avoir l'air de me livrer à un dézinguage systématique : Ce film, je l'ai aimé, j'y ai même pleuré copieusement (à la fin un peu moins).  Mais bon, comme dirait mon amie Emma. Humain, trop humain, ai-je d'ailleurs coutume d'écrire, mais ne serait-ce pas plutôt ici Humanitaire, trop humanitaire ? En tout cas, on sort de là sonné. C'est sans doute le but recherché.

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dimanche 20 mai 2007

c'était un petit jardin...

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(merci Emma...)

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affaire classée

ZODIAC
de David Fincher

Bon, après m'être gaufré mercredi soir donc, j'ai persévéré, et j'ai fini par le voir (film hélas en VF mais c'était ça ou rien). Là où (c'était dans la même salle) LA FAILLE avait eu tout faux, eh bin notre ami Fincher, il a tout juste.
Et pourtant. Un film de plus de deux heures et demie qui raconte la traque d'un serial killer (syndrome "basé sur des faits réels") dont on vous prévient qu'il n'a jamais été arrêté, a priori ça refroidit un peu, et on se demande ce qu'il va bien pouvoir nous raconter pendant tout ce temps-là. C'est compter sans la patte du réalisateur. L'important, ça n'est pas la simple résolution de l'énigme et le dévoilement de l'identité du meurtrier à 10 secondes de la fin comme on sort un lapin d'un chapeau, non non, l'important, c'est l'enquête elle-même, qui s'étire tout de même sur plus d'une dizaine d'années.
Trois mecs sont sur la piste du tueur : un flic (Mark Ruffalo), un journaliste (Robert Downey Jr) et un jeune dessinateur de presse (Jake "Je n'arrive jamais à écrire son nom"). Tueur qui opère à visage découvert (mais bon ses victimes ne sont plus en état de faire son portrait robot, hein?), qui tue des couples (mais toujours un peu plus la dame que le monsieur), sème des indices (vrais ? faux ?) envoie des lettres et des messages codés à la police, se fait mousser en la ridiculisant (la police), et assassinera un nombre de victimes assez impressionnant (qu'on ne pourra jamais déterminer avec précision : la fourchette est entre 30 et 300).
On verra trois meurtres dans le film (plus le début d'un autre) :  pas de raffinements pervers à la Se7en (Fincher s'est assagi sur le coup, mais je regrette toutefois, le fabuleux générique par exemple - qui est pour moi un des plus beaux génériques de tout le cinéma -) ici, juste du basique : flingue, couteau, du solide quoi! Mais, là non plus, l'important n'est pas là.
Fincher sait donner une épaisseur humaine, une densité véritable, à ses trois personnages principaux (et les acteurs qui les incarnent méritent un coup de chapeau - en ce qui me concerne j'aurais plutôt un faible pour le flic, Mark Ruffalo, déjà apprécié dans le Campion (In the cut) et le Gondry (Eternal sunshine), ici joliment frisé  avec rouflaquettes seventies (le film est d'ailleurs une reconstitution chiadée de cette époque lointaine et révolue : pas de portables ni d'ordinateurs, les mecs fument comme des pompiers, bref : le bonheur) compose un flic basique, genre Columbo mais en plus jeune.
Il y a aussi, pour éclairer un peu cette virile et brune trilogie, le contrepoint de la blondeur toujours aussi angélique de Chloé Sévigny, qui joue la femme de Jake. (cette demoiselle a un visage qui me bouleverse, c'est comme ça)
On suit chronologiquement l'histoire (depuis le premier meurtre "officiel"), avec des notes de bas d'image qui nous précisent le temps "une heure après" "une semaine plus tard" "quatre ans et demi après", au fil d'une action qui monte progressivement en pression et en tension (fausses pistes, soupçons, coups de fils anonymes, détails négligés, recherches obstinées, rebondissements et re-rebondissements (jeu fascinant du c'est lui c'est pas lui mais c'est lui en fin de compte mais non mais si ), recoupements hypothétiques,  déductions faussées,on aura droit à tout, sans qu'à aucun moment on ne décroche. Le film se scinde en deux grands blocs : le temps de l'enquête "normale" qui fait chou-blanc, puis le moment où le dessinateur de presse reprend le dossier - qui a été abandonné -  à son compte pour tenter seul de résoudre l'affaire.
Non seulement c'est passionnant, mais en plus c'est vachement bien filmé (mais ça, on le savait déjà, que Fincher était un cinéaste doué) avec un brio sans tape-à-l'oeil,sans esbrouffe. Tout ça est filmé "simplement" (mais je garde par exemple un souvenir ému de certain plan survolant rigoureusement à la verticale et de plus en plus près un taxi jaune (après Seven, voila Height ?) ou encore d'une certaine visite de cave "il n'y a pas beaucoup de caves en Californie..." où l'on ne sait plus si on doit rire ou hurler), efficacement, virtuosement. Du travail de pro.

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vendredi 18 mai 2007

grande bouffe

NOTRE PAIN QUOTIDIEN
de Nikolaus Geyrhalter

18743256_1_Depuis le temps que j'en avais envie, j'ai enfin réussi à voir ce documentaire, frère de WE FEED THE WORLD, (déjà vu en prévisionnement) mais, lui,  cette fois, sans paroles ni musique. Muet, mais éloquent. Là où WE FEED THE WORLD interviewait, informait, quantifiait, dénonçait, s'emportait, NOTRE PAIN QUOTIDIEN ne fait que montrer. Avec une apparente et silencieuse objectivité. Mais il le fait de façon à la fois belle et terrible. Belle parce que c'est un film d'artiste, plastiquement  et graphiquement  (les images et les cadrages sont toujours rigoureusement composés), utilisant souvent la perspective (lignes de fuite, oui, c'est exactement celà dont il est question, de fuite en avant, de fuite éperdue) et la symétrie axiale pour structurer des images qui deviennent - le montage lui aussi a été extrêmement bien pensé - de plus en plus terribles.
Il est question d'alimentation et, donc, de produits alimentaires. Qu'ils soient végétaux ou animaux, on assiste à la succession immuable des phases : germination (naissance) / croissance (nutrition) / récolte (abattage) / conditionnement (préparation). Qu'il s'agisse d'un concombre, d'un poulet, d'un saumon, d'une vache, ou d'une pomme, l'aliment (puisque tel est bien son nom générique) est traité par l'humain (qui la plupart du temps semble bien minuscule dans ces décors démesurés) avec le même respect et la même indifférence. Pas d'états d'âme. Il n'est question que de production, et en quantité. Remisez au placard ces visions illusoires (je parle encore une fois pour moi) des potagers d'antan, des vergers familiaux riquiquis, des basses-cours et des étables à dimension humaine... et des maraîchers, et des quatre-saisons, et de la criée. Ce monde-là hélas, est caduc. Out! Kaputt!
On est de plus en plus, d'accord, alors c'est normal, il nous faut de plus en plus à bouffer. Mais tant que ça ? Et à quel prix ? Nikolaus Geyrhalter nous parle des nouvelles chaînes alimentaires, celles de l'automatisme et de la démesure, celles de la surproduction et de l'industrialisation, il nous les montre, sans froncer les sourcils, sans se pincer le nez, sans faire les gros yeux. On y apprend beaucoup de choses, (il y en a même qu'on ne comprend pas tout de suite) notamment sur certains métiers pittoresques dont on n'aurait peut-être pas soupçonné l'existence : castreuse de porcelet, récupérateur de sperme de taureau, trieuse de poussin, cueilleur de concombres en hauteur
Au spectateur donc de faire son marché, et de réagir - ou pas - face à ces images industrieuses, la plupart du temps, je l'ai dit déjà, tirées au cordeau, (mais tirant parfois éprouvantes : je me suis voilé la face quelques fois) qui se déroulent, imperturbables, comme une bande de papier pour orgue de barbarie. Avec ouf! des pauses, des respirations, qui  toujours sont humaines. Qui cassent la croûte, sur (ou juste à côté de) leur lieu de travail, seuls le plus souvent, ou en tout petit groupe. Qui tchatchent pendant une pause, un déplacement (je n'avais jamais vu de mine de sel). Il y a encore un peu besoin de l'élément humain dans ce secteur...
Le film s'ouvre et se ferme sur un homme en train de nettoyer, et fait donc comme s'il plaçait entre ces parenthèses hygiéniques l'horreur tranquille et la beauté définitivement déshumanisée (quoique, pas toujours... il y a notamment un petit ramasseur de poivrons jaunes, torse nu avec la combi ouverte jusqu'en dessous du nombril qui, lui, est bien humain très humain miam) qu'il nous aura dépeintes pendant ses quatre-ving douze minutes. Comme pour revenir à la réalité, comme un atterrissage en douceur (en douleur ?), comme pour laver un peu aussi la mémoire du spectateur. (Oups! Qui a dit "kärcher" ?)

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(site du film)

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