lundi 19 février 2007

festival

J'ai donc pris part, depuis vendredi dernier, à un festival de cinéma (encore! diront certains, un peu excédés) dont je tairai le nom pour ne pas lui faire davantage de publicité, non pas que ce soit un mauvais festival (au contraire je trouve que le niveau qualitatif de la programmation était relativement satisfaisant -pour ce que j'en ai vu en tout cas-) mais pour des raisons strictement personnelles (que les gens qui me connaissent connaissent assez bien pour que je n'aie pas à les exposer ici une fois de plus, ce qui risquerait d'être considéré comme un mauvais procès d'intention. Donc, ne te réjouis pas, Catherine, je ne parlerai ici ni de mêche blonde, ni de couronne d'épines, ni de sourires fallacieux, non, je ne dirai rien. Une vraie tombe de chez tombe. Comme si je n'avais -merci mon ami Philippe- aucun avis sur la question) que je pourrais résumer par "Quand on me chie dans les bottes, je ne l'oublie pas". Mais il me semble avoir déjà dit tout ça, non ?
Il se passe dans ma ville, c'est donc assez pratique, sauf qu'il est comme on dit, victime de son succès, et que par exemple, trouver une place pour se garer sur le -pourtant vaste- parking du bôôô cinéma pour la séance de 20h30 relève chaque fois du prodige. Il vaut mieux arriver pour une séance antérieure et laisser sa voiture pour le reste de la journée.
Il est à présent fréquenté par des festivaliers qui viennent d'un peu partout (ça c'est parfait, tant mieux pour eux) mais aussi par des locaux (Et c'est sur certains d'entre eux que je voudrais faire tomber mon courroux, tel Zeus maniant la foudre et tshshshkrrr (c'est dur à faire par écrit le bruit de la foudre) qu'ils ne soient plus qu'un petit tas de cendre avec juste leur carte d'accréditation au mileu, un peu racornie avec le plastique fondu : oui, oui, ceux-là même qu'on ne voit pas au cinéma le reste de l'année, même quand on projette un film de la même catégorie que ceux proposés au dit Festival, et qui pourtant sont là, vaillants et infatigables, toute la semaine, à se taper leurs six films par jour, en répétant que les paysages sont mêêêêrveilleux,et que c'est tellement dépayyyyyysant, et qui sont là à clamer leur amouuuuuuuur du cinéma, mais qu'on ne reverra plus hélas à nos films pendant les cinquante et une semaines restantes  de l'année cinématographique.)
Oui oui, je sais, on appelle ça l'effet-festival. Je devrais me faire une raison. Mais chaque année à la même période, ça me fait le même effet. Ca m'énerve. Et j'avoue que je ne manque pas une occasion de le faire savoir à mes voisins/voisines d'accoudoir éphémères.
Allez, allez, prends tes gouttes, Chori. Là, làààà, voilà... oui, ça va passer.
C'est déjà presque fini d'ailleurs (plus que deux jours, et encore cinq films, en ce qui me concerne... Liste suivra!)

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dimanche 18 février 2007

tightrope

Last night I dreamed I died and that my life had
been rearranged into some kind of theme park.
And all my friends were walking up and down the boardwalk.
And my dead grandmother was selling
cotton candy out of a little shack.

And there was this big ferris wheel
about half a mile out in the ocean,
half in and half out of water.
And all my old boyfriends were on it.
With their new girlfriends.
And the boys were waving and shouting
and the girls were saying Eeek.
Then they disappeared under the surface of the water
and when they came up again they were laughing
and gasping for breath.


In this dream I'm on a tightrope
and I'm tipping back and forth trying to keep my balance.
And below me are all my relatives
and if I fall I'll crush them.

This long thin line. This song line. This shout.
The only thing that binds me to the turning world below
and all the people and noise and sounds and shouts.
This tightrope made of sound
This long thin line made of my own blood.


Remember me is all I ask.
And if remembered be a task forget me.
Remember me is all I ask.
And if remembered be a task forget me.
This long thin line. This long thin line.
This long thin line. This tightrope.
Remember me is all I ask.
And if remembered be a task forget me.
This long thin line. This long thin line.
This long thin line. This tightrope.

(Laurie Anderson)

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samedi 17 février 2007

rafistolage (vrac)

Je ne vais pas parler de cinéma ouzbek, ni de musiques lithuaniennes, ni de romanciers kazakhs, je vais parler d'amûr. non, pas vraiment, plutôt d'émoi(s). Oui oui je sais ça faisait longtemps que je me retenais, hein ? Z'inquiétez, je serai bref.
Juste des histoires de mecs comme d'hab qui m'ont fait tout chose chavirer languir and tutti quanti. Le dernier dont j'ai parlé (il ya looooongtemps) c'était ***. J'avais décidé que je n'en parlerais plus, et il m'a bien aidé dans ce sens, d'ailleurs. On se salue, on se parle, même des fois on sourit, mais on reste à distance. Et moi donc, avec un petit zeste de déception (oui oui je dois être un peu maso) je constatais que je n'en souffrais pas trop, voire même quasiment pas du tout. Hop, guéri, comme un grand ?Bizarrement, ce qui m'a conforté dans cette attitude, c'est la semaine à Clermont, quand je me suis rappelé dans quel(s) état(s) j'avais pu me mettre l'an dernier en attendant qu'il appelle, qu'il essèmesse, qu'il me dise s'il venait ou pas. Que de l'attente fébrile à surveiller le téléphone et lui crier sonne imbécile! Alors que là j'étais zen. Par comparaison. J'attendais rien.

Surtout quand j'ai croisé certain barbichu rigolard et bouclé le lundi matin devant la machine à café, et qu'après s'être croisés plusieurs fois dans la journée (et que j'ai un peu forcé le destin à la dernière séance) on a fini le soir en fumant un pétard sur le balcon. En tout bien tout honneur. Il avait un prénom impossible  -ça vient du berbère- (le premier jour je n'arrivais pas à me souvenir de son visage, et le deuxième je n'arrivais pas à mémoriser son prénom.) Il avait vraiment une tête et un sourire comme j'aime. Mais je réalisais qu'aussi sec je démarrais sur les chapeaux de roues. Les questions, les messages, les indices, les inquiétudes.C'est pas possible, comme ça, de remettre les pieds toujours dans les mêmes ornières. Ca doit être inscrit dans les gênes. Heureusement je n'aurai eu à me déchirer qu'un jour et demi, puisqu'il est très vite reparti dans son sud-ouest... On s'est connu le lundi, on ne s'est pas vu le mardi, et il est parti le mercredi...

De retour chez moi, voilà que j'ai croisé un soir sur yahoo un jeune homme (à nouveau avec un prénom impossible!) qui disait souhaiter me connaître davantage. A l'écran je lui donnais une petite trentaine (j'ai toujours énormément de mal à donner un âge aux gens) il s'est avéré qu'il en avait 23! et quand je lui ai dit le mien, il a répondu en rigolant "C'est l'âge de mon père" Arghhh... mais bon ça ne nous a pas empêché de faire plus ample connaissance (c'est ce soir-là que j'ai appris le mot wasted)

Et voilà qu'hier soir (retour en quelque sorte à la case départ), j'apprends, par un malheureux  concours de circonstances, que *** a effacé mon numéro de la mémoire de son portable, et ça me fait quelque chose la déception qui m'envahit alors me fait me dire que finalement je ne suis pas si rafistolé que ça...
Mais en y réfléchissant un peu je me dis que finalement j'aurais réagi de la même façon avec n'importe qui d'autre (de mes connaissances, j'entends.) Donc l'affaire est close, et disons que ça a le mérite d'être clair.


Alors ? A nouveau prêt dirons-nous, tel le vaillant petit tailleur, en route vers de nouvelles aventures...

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vendredi 16 février 2007

paroles et musique

Une fois n'est pas coutume, c'est pas souvent que je vous fais de la promo de chanteurs, mais là obligé pas le choix, je voudrais parler un peu d'un monsieur qui s'appelle Florent Marchet.
Il ya quelques temps, Isa m'avait filé son dernier album Rio Baril, que j'ai écouté une fois et que j'avais trouvé plutôt sympathique. (Pour les disques comme pour les livres, j'ai toujours un effort à faire si ce n'est pas moi qui l'ai découvert, ou décidé. Toujours un peu de mal quand on me dit Lis ça ou Ecoute ça...) Quelques jours après, je lis dans les Zinrocks deux pages plutôt élogieuses sur ce même jeune homme (et le même album), où ils évoquent le premier album du même, Gargilesse.
Et le lundi suivant, alors que je mange chez mon ami Momo, fin connaisseur de la chose musicale (même si des fois je trouve ses parti-pris un peu excessifs), voilà que la conversation arrive sur... Florent Marchet, dont il me dit avoir les deux albums, même que -petit veinard que je suis- il a Gargilesse en double, et donc je peux repartir avec.
Ce que je fais, et le soir venu, rentré dans mon humble chaumière, je mets le dit disque dans la maquina ad hoc et ploïnk voilà que ça accroche l'oreille tout de suite. Ce mec a tout pour lui : une voix agréable, des textes intéressants, avec des trouvailles d'écriture, des chansons comme des vraies petites histoires de la vie, des musiques qui sont des vraies musiques avec des vrais instruments, des climats comme j'aime, des belles guitares, des trouvailles sonores intéressantes. Bref je suis accro et ça tourne en boucle.
J'envoie un émail à Momo pour le remercier, et il me répond (je le cite, je trouve que c'est très juste ce qu'il a dit) " Je suis fan de cette pop fraîche qui véhicule tant de douleur au fond." mais que lui écoute en boucle Rio Baril. J'ai toujours un train de retard mais bon. Je ne peux pas avoir deux disques qui tournent en boucle en même temps. Surtout du même. Alors je reste pour l'instant sur Gargilesse :
Levallois / Tous pareils / Mes nouveaux amis / Dimanche / Je n'ai pensé qu'à moi / Le meilleur de nous deux / Avez-vous déjà songé / Gargilesse / Le terrain de sport / Fantôme / Je m'en tire pas mal / Les grandes vacances/
C'est comme avec la médaille d'amûr (aujourd'hui plus qu'hier) : plus j'écoute et plus je découvre des choses qui me plaisent... (là, j'aurais comme dirait un gros faible pour Je n'ai pensé qu'à moi)
(En plus ce jeune homme a un site sympathique, ici)

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jeudi 15 février 2007

neige

LES CLIMATS
de Nuri Bilge CEYLAN

J'avais bien aimé Nuages de mai, j'ai beaucoup aimé Uzak, et là je viens de beaucoup beaucoup aimer les Climats. C'est vrai, je l'attendais. Depuis que j'avais vu la bande-annonce au MK2 Beaubourg, et que la larme à l'oeil m'en était venue (mais c'était peut-être juste la faute de ce piano mélancolique...) j'avais très envie de le voir, (encore plus quand des amis cinéphiles qui avaient eu la chance de le voir en prévisionnement m'en ont confirmé que j'avais raison d'en penser tout le bien que j'en pensais). Je passais devant le ciné à treize heures et j'ai vu qu'il y avait une unique séance quotidienne à 13h50. J'y suis donc allé.
Voilà, c'est très beau. Très beau et plutôt assez triste. Juste un couple qui se désagrège. Trois saisons, trois climats (été, automne, hiver) pour que l'histoire d'Isa (c'est lui, joué par le réalisateur) et de Bahar (son épouse, jouée par la vraie épouse du réalisateur) soit passée (comme chante Florent Marchet -dont je vous reparlerai bientôt-) de l'étincelle aux cendres.
C'est du cinéma comme j'aime, du cinéma qui prend son temps, qui ne gaspille pas ses mots, mais qui n'économise pas la lumière, le cadrage, la composition des plans, pour nous offrir un récit éminemment sensible (mais sans sensiblerie).
Du grand cinéma. Attentif, patient, exigeant, et lumineux parce que tellement simple
Je n'ai pas envie d'en dire plus. C'est à vous maintenant de faire le voyage, en compagnie de Nuri Bilge Ceylan, et revenez m'en dire des nouvelles..

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mercredi 14 février 2007

émeu

CONGORAMA
de Philippe Falardeau

Une bonne surprise et une -ô, si légère légère- déception. Ce film venu de nulle part (ou de partout, ce qui revient un peu au même : belgique, france, québec, congo...) nous était vendu par (un peu) la pub et (surtout) le bouche à oreille comme une comédie un peu foutraque et déjantée. Comédie, yes, mais pas si tant tellement autant déjantée que ça.
La structure n'en est pas si fréquente : la même histoire, vue successivement par chacun des deux personnages principaux pour les part un et part deux, chapeautée d'une troisième partie commune tous les deux. La première fois, "ils" se bousculent dans un aéroport. Au vu de la seconde partie, on comprend -ou on voit d'un autre oeil- ce qui s'est passé vraiment, et on commence à remplir certains vides.
Il est question (à chaque fois, donc, quasiment en double) d'inventeur plus ou moins raté, de recherche d'un père, d'exposition universelle, d'un accident de voiture avec un émeu, d'un moteur révolutionnaire, de diamant(s), de brevet(s)... tout ça moitié en Belgique et moitié au Québec.
Et en plus il y a Olivier Gourmet (message personnel et private joke pour l'ami Hervé s'il passe par là : c'était avant son régime extraordinaire dont tu parles si souvent, donc il a son bedon habituel d'Olivier Gourmet...) : ce mec-là, moi, je n'y peux rien, mais je l'adore... Et il est comme d'habitude, superbe, et, ce qui ne gâche rien, dans un rôle pas spécialement noir noir... Mais les autres, autour de lui, sont sur la même longueur d'onde, dans la catégorie "humain trop humain", ne vous inquiétez pas...
Un film sympa, comme on dirait "un copain sympa", qui vous accompagne pour passer une excellente soirée, et qui en plus finit bien.
Souriez... Ca sentirait presque le printemps!

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lundi 12 février 2007

exercice

La consigne était de "trouver sept cartes qui nous plaisent particulièrement". A l'issue d'un tri draconien, il m'en reste huit, toutes aussi indispensables à mes yeux. Je ne sais pas laquelle ôter.

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Voilà... Je suis toujours aussi perplexe!

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courriers

un) Trois jours de suite sans courrier

(Hypothèses) :
1) On me le vole
2) La Poste est en grève
3) Le facteur est mort
4) Le facteur est atteint de la maladie d'Alzheimer
5) Le facteur a confondu ma boîte avec celle de ma voisine
6) Mon courrier a été perdu
7) Mon courrier est détourné par le contre-espionnage qui veut savoir si je suis un dangereux terroriste

deux) Rangement

Il y a tout en bas des étagères de mon bureau deux caisses en plastique : une bleue (à gauche) où je "range" le courrier "administratif" et une jaune à droite où je stratifie le courrier "perso". Ca fait quelques années que ça s'accumulait, et comme je ne pouvais plus rien y ajouter sans risquer l'éboulement et l'ensevelissement consécutif(s), j'ai résolu de ranger, ou plutôt d'archiver, dans un carton marqué courrier perso 2000/2007.
Ce qu'il y a de bien, quand c'est le bordel, c'est le plaisir qu'on peut (oui oui, même moi) prendre à ranger. avant d'archiver il faut trier, pour que ça se range bien dans le carton : par formats, donc : au fond les "très grandes enveloppes", puis on fait des tas : les "cartes postales" les "allongées", les "standard", les "double format" (A5?) et, fatalement, les "inclassables". Ranger du courrier, c'est voyager dans le temps, voir resurgir des événements, des instants, des mots, des gens, qu'on avait peut-être un peu enfouis/oubliés et c'est vraiment pour moi -qui, vous le savez déjà, cultive la nostalgie- un moment délicieux, émouvant, attendrissant. Bien sûr, on en profite aussi, pour faire un peu de tri, mais juste un peu, à peine de quoi remplir un tout petit sac-poubelle. Et le reste, dans un carton qu'on va ranger sur l'étagère du dessus, dans le placard de la chambre, ne laissant en bas de l'étagère du bureau qu'une caisse en plastoche jaune désormais toute vide et comme désolée et qui à l'air de dire "remplis-moi, remplis-moi..." A ce rythme-là, rendez-vous au moins en 2014!

ps : Pour le courrier "administratif", j'ai juste tassé un peu la caisse pour pouvoir en rajouter encore ; c'est nettement moins glamour à ranger!

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samedi 10 février 2007

11 fois je

- Je me considère comme un genre d'imbécile heureux. Mais les deux en même temps : imbécile tout seul, non, heureux tout seul non plus, mais les deux ensemble oui oui!

- Je viens d'acheter mon nom de domaine ; lieuxcommuns.fr et lieuxcommuns.com étant déjà pris, ce sera donc lieuxcommuns.net. Affaire à suivre, donc.

- J'ai peut-être enfin saisi le sens de "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour." Mais peut-être que je me trompe...

- J'ai du mal à faire mes bagages, mais j'ai autant de mal à les défaire : Tu repars en voyage ? m'a dit mon amie Christine, voyant mon sac de voyage, ouvert, à l'endroit où je l'ai posé il ya une semaine en arrivant de Clermont. Non non...

- Je me sens -en ce moment- extrêmement mou : moitié méduse et moitié chamallow.

- J'ai passé quasiment une heure à faire un joli mix sur CD alors que j'avais certainement un million de choses plus urgentes et plus importantes à faire. (Je suis en train de l'écouter en ce moment).

- Je crois que j'ai perdu définitivement le goût de me faire à manger (j'ai finalisé cette mauvaise habitude pendant cette semaine monacale à Clermont). Je bouffe n'importe quoi n'importe comment. A 150 kilos promis j'arrête.

- Je ne sais fichtre pas par quel bout empoigner la suite de cette année.

- Je lis "Microfictions" donc, un peu le soir et un peu le matin. Mais ça s'efface au fur et à mesure (il est impossible de mémoriser 500 histoires successives d'une page et demie). Expérience étrange. Il n'y a que la page que je suis en train de lire qui existe vraiment.

- Je me suis inquiété parce que je n'ai reçu aucun courrier pendant trois jours consécutifs, mais finalement aujourd'hui le facteur est simplement passé beaucoup plus tard que d'habitude (pour un samedi, en tout cas).

- Je pense que tout le monde s'en fout, et tout le monde a bien raison d'ailleurs.

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vendredi 9 février 2007

déflagration

LE DERNIER DES FOUS
de Laurent Achard

Sonné, K.O, groggy... c'est un peu l'état dans lequel je me trouvais (et je n'étais pas le seul) à la sortie, à l'issue d'un générique totalement (et terriblement) silencieux, blanc sur noir. Le temps de -comme on dit-reprendre mes esprits (c'est drôle comme expression, quand on y pense...) il m'a fallu faire une pause avant de repartir dans la tourmente, j'ai bu un café avec des copines qui, elles, n'avaient pas trop aimé.
C'est vrai que ce n'est pas du cinéma facile, ce tableau de famille très noir, cette famille en lambeaux, dont l'histoire nous apparaît strictement à travers les yeux de Martin, le jeune frère. Tout va se jouer, grosso modo dans cette ferme un peu délabrée, où tous cohabitent (ou tentent de). La mère qui reste cloîtrée dans sa chambre d'où elle promet violemment, à l'issue d'une scène d'anniversaire (et d'anthologie) qu'elle ne sortira jamais, la grand-mère, visage fermé,  qui ne pense qu'à vendre la ferme, le père, perdu entre ses machines agricoles et la porte close de la chambre de sa femme, et le fils aîné, poète raté, homo malheureux et alcoolo (oui  oui c'est peut-être un peu trop...), voilà les quatre pôles de la galaxie noire de Martin. Heureusement, il y a aussi Malika, l'employée de maison, la seule capable de lui apporter un peu d'affect, de chaleur.
Cette chronique d'un début d'été (le film s'ouvre au dernier jour de classe de Martin) n'a rien de bucolique ou de guilleret. Si l'état d'enfance de Martin est évoqué par des détails réalistes et habituels (le sac d'école, les devoirs de vacances, le pain et le chocolat, la grenadine) il est aussi vécu et noté comme celui de l'inquiétante étrangeté (l'enfant a un visage étrange, une démarche étrange, des occupations étranges...) Martin est un observateur qui cherche à percevoir (le film s'ouvre par un trou percé dans une porte et se termine peu ou prou à travers un soupirail), qui cherche à comprendre, à deviner, à donner du sens à ce(ux) qui l'entoure(nt).
Le film se bâtit sur une tension croissante, on est gagné, comme par  contamination, fasciné devant cette déglingue familiale, asphyxiante, un peu comme si on s'enfonçait dans un boyau souterrain qui se rétrécit inexorablement et dont on sait qu'on ne réussira pas forcément à sortir. Pourtant le film s'achève en pleine lumière -mais est-ce bien seulement la réalité ?- dans une scène -encore une fois- anthologique. Il y a ce qu'on voit, ce qu'on croit. Plusieurs fois on croit qu'on est mort (le frère sur la table de la cuisine, la copine dans l'étang), plusieurs fois on y est blessé (la confiture, la bestiole du début), plusieurs fois on a peur (la maison dans les bois, les cris de la mère), plusieurs fois on y manie des armes ou instruments contondants (la hache, la pierre dans la vitre, le révolver, la corde), parfois dans un registre métaphorique et parfois réaliste, mais le réel peut parfois être encore pire que ce qu'on croit ou ce qu'on imagine.
Tous les acteurs sont excellents, chacun dans son registre sans arrêt sur le fil (de la folie, du mutisme, de la douleur, du silence) de plus en plus en plus tendu par la densité de la mise en scène et de la direction d'acteurs, et ne sont pas pour rien dans la force anxiogène du film. Qui continue de résonner dans la tête du spectateur longtemps après le générique. Car il y a un vrai et beau travail, exigeant, de mise en espace, de cadrage, de dégraissage perpétuel de la narration au profit d'une extraordinaire rigueur de l'écriture filmique, qui jamais ne s'apesantira de façon voyante sur le pathos, mais au contraire le rejettera dans les ténèbres extérieures du hors-champ.
Dommage que -comme disent les journaux spécialisés- le film n'ait pas su rencontrer son public (malgré une presse quasi unaniment élogieuse et plusieurs prix dans différents festivals, il semble bien que le chiffre des entrées soit resté assez calamiteusement bas). Néanmoins, je vous le recommande énergiquement ; allez-y un jour d'allégresse et de grand soleil.

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