vendredi 27 janvier 2006

humeurs

Toujours de la dent de scie au mental et dans l'air. (Doublement très juste cette image, d'abord à cause de la forme up/down et aussi ensuite de la dangerosité éventuelle : si on est maladroit, on peut se faire éventuellement de un peu mal à très mal.)
Quand je me suis réveillé à cinq heures il avait un peu neigé.
Quand je suis parti aux bozarts à dix heures il avait encore plus neigé. Mais ça ne me dérangeait pas plus que ça (c'est drôle comme, quand on est vraiment motivé, ce qui d'ordinaire aurait pu constituer un obstacle une gêne ou un handicap devient soudain tout à fait supportable, bénin, voire anecdotique...) Il neigeouillait, ok, mais bon la route était presque noire, alors je suis parvenu là-bas sans encombre. Il y avait si peu de monde qu'on aurait pu se croire un dimanche. A l'imprimerie, Pierre avait sa tête sombre des mauvais jours, il n'avait pas l'air bien du tout (début de gastro ?), mais (je n'en ai pas parlé hier) les cartes de voeux bleues (et belles) qu'on avait faites ensemble hier après-midi (il y a des chances que pas mal de personnes qui lisent ce blog, surtout celles qui figurent dans l'expovoeux, en reçoivent une très vite...) étaient sèches, et il les a pliées (oups j'ai oublié le terme technique précis... créné ?) Je les trouve hmm... superbes!
Mangé à midi avec Bernard. (je sentais... en ce moment ça revient de plus en plus fréquemment; faudrait que je reste amoureux tout le temps!!!) Très bien, comme d'hab (Heureusement qu'il est là, celui-là, avec son calme olympien et son humeur égale... il me "stabilise" en quelque sorte.)
L'après-midi a commencé plutôt mal (fatigue, mal au coeur -trop de crème de marron ou début de gastro ?-, quasi envie de gerber) et continue idem. Gens qui font la gueule ou qui vous donnent la main sans vous regarder et ne vous répondent pas quand vous leur demandez ça va ? (je parle au pluriel mais, bien évidemment, il ne s'agit que d'une seul personne...)

Aussitôt bien sûr je me désagrège  ("suddenly turn into a piece of dirt") Arrivent d'autres gens qui me demandent ce qui ne va pas, ça va finir par faire boule de neige cette histoire. Malaise. Je suis sur le point de me casser illico mais tout finit par un peu se dénouer chez Pierre (cette fois-ci, c'est lui qui s'inquiète pour moi) avec quelques explications de part et d'autres sur le fait que certaines personnes perçoivent comme une agression quand d'autres personnes leur demandent ça va ? quand on voit bien qu'elles ne vont pas, alors que ces autres personnes, en disant ça va ? ne voulaient témoigner que de la sollicitude.
Tout ça m'embêtait d'autant plus que je quittais les bozarts pour "un certain temps", et que j'aurais souhaité que ce départ, cette séparation, soient placés sous de meilleurs auspices.

Ce qui s'est passé, heureusement. (...)

Je suis reparti, il neigeait de nouveau, la nuit commençait à tomber, mais j'avais quasiment le coeur léger (allez, osons une petite image nunuche : "quasiment aussi léger que les flocons qui voletaient...")

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jeudi 26 janvier 2006

paroles paroles

(C'était avant-hier. )

Une soirée où on a fêté les 50 ans d'un ami de 30 ans (c'est un des privilèges de l'âge que d'avoir des amis depuis si longtemps!) Le genre de soirée quasi improvisée, (en tout cas goupillée assez rapidement) qui permet au groupe des amis de se retrouver, pour un événement à célébrer en commun. A partager. On a bu du champagne, on a déliré gentiment, on a évoqué des souvenirs communs, on a  ressorti quelques private jokes, on a beaucoup ri... Les amis fidèles, la "garde rapprochée", ceux avec qui on se dit tout ou presque, tellement on se connaît.

Auparavant passé un moment à échanger avec mes collègues, à l'école. J'avais besoin de parler. De déverser un peu le trop-plein émotionnel qui affleure juste au niveau des yeux depuis quelques temps (depuis le temps où je recommence -un peu mieux- à sentir) Me rendant compte que ce que je racontais ici n'était pas tant de l'impudeur que le besoin forcené d'en parler. De pouvoir en parler à quelqu'un. Quand ce genre de choses arrive, c'est trop ... vaste pour pouvoir garder tout ça pour soi. Et toutes les deux (mes collègues), me regardant avec un immense sourire et m'expliquant combien j'ai de la chance de pouvoir être ainsi amoureux. Et moi en face, dans tous mes états, larmes surgissant comme un orage de grêle, irrépressibles mais nécessaires.

Tout ça parti d'un chat sur msn effectué juste avant, une conversation où l'on a tenté (la pose "regarde un peu comme je suis tristounet c'est peut-être qu'il y a une bonne raison, réfléchis un peu...") de faire comprendre des choses à son correspondant, où on s'engage sur un terrain un peu mouvant, avançant avec prudence ses mots et où on réalise finalement que l'interlocuteur ne peut/ne veut pas comprendre ce que précisément vous avez envie de lui faire comprendre... Et que ça ne sert à rien d'insister, d'enfoncer le clou. Que ce n'est pas le bon moment.

Reconsidérer donc la situation (verre à moitié vide/ à moitié plein) au terme de cette journée pleine de mots dans tous les sens, dans toutes les directions, à ras-bord... et en revenir au (même) point de départ : vivre au présent.
Vivre d'abord. Parler ensuite.

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mercredi 25 janvier 2006

comme avant

Arghhh! Quelle horreur!
J'avais pas vu la banderole au-dessus! Toutes mes z'excuses, ô, lecteur(s) (et trice(s) bien sûr)
Je me suis peut-être un peu précipitamment précipité... donc me revoilà "inclassable"...ouf!
... mais pour la petite histoire, sachez que
1) je n'ai jamais eu autant de commentaires d'un seul coup (voui voui!)
2) le nombre de visites quotidiennes a été multiplié par deux.

Moralité : je préfère avoir moins de visiteurs et repartir comme avant! La qualité, comme on dit, plutôt que la quantité.
Bonne nuit à vous et à très bientôt.
Je viens de passer une excellente journée (je pense en tirer un poetit post "de la vie des étudiants" très prochainement sous peu...)

imgp7166 (le hasard fait bien les choses...)

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mise au point

Juste une mise au poiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiint (oh la la une vieille chanson préhistorique qui réapparaît...) non simplement pour expliquer que le changement de catégorie (de "inclassable" à "pour adultes" ) ne changera absolument rien au contenu de ce blog... C'est, suite à maintes conversations avec lez zamis aliiée au zeste (conséquent) de paranoïa qui me caractérise, juste une façon de tirer un petit rideau gris sur un contenu qui pourrait offenser quelques esprits fragiles et/ou mal intentionnés...
That's all folks!

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lundi 23 janvier 2006

batteries

Ironie du destin (comme on dit dans les romans) : tandis que les miennes perso à moi je (de batteries) sont -grosso modo ces derniers temps- plus ou moins chargées à bloc (tout du moins rechargées), voici que celles de mon appareil photo numérique m'ont lâchement laissé en plan, aujourd'hui, à un moment important.
Mon appareil en nécessite deux, et, pendant qu'une paire est en service, la deuxième est soit en charge, soit déjà prête en stand-by dans la poche ventrale de l'étui, prête à remédier illico à toute défaillance. de celle en activité.

Sauf que là, quand j'ai voulu prendre une photo et que l'inscription piles épuisées est apparue à l'écran, j'ai donc effectué la manoeuvre habituelle (enlever les piles déchargées de la main droite, récupérer les neuves de l'autre main et les insérer dans l'appareil) mais quand j'ai appuyé sur on et que j'ai voulu prendre une photo, est soudain apparue sur l'écran de contrôle, soudain redevenu noir, la mention piles épuisées.
Arghhh!
Deux piles épuisées + deux piles épuisées = pas de photo à prendre.

Je n'ai donc pas pris de photo (je vais vous en mettre une vieille pour illustrer ce post! ) et j'ai repensé à ce que m'a dit mon copain M., jeudi dernier, cette remarque à propos d'être acteur de sa propre vie au lieu d'en être spectateur (ce que j'avais moi-même écrit de ma blanche main il ya déjà quelques temps) : ben là c'était pareil, je me suis dit allez,allez, laisse tomber l'enregistrement des images, sois juste , au présent, dedans, bien dedans, bien présent...
Et
à ce moment-là je crois que j'ai dû sourire un peu bêtement...

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idem

Aimer, c'est comme sentir.
(Où plutôt, ne pas aimer, c'est comme ne pas sentir.)


On vit dans un monde clos, lisse, exempt de sensations, agréables ou désagréables, d'ailleurs. Vide et rassurant, justement à cause de ça. Pas de grands bonheurs, mais pas de grands malheurs non plus. Tout est moyen, monochrome, uniforme. Au bout d'un certain temps cette platitude-même devient agréable, confortable, rassurante. C'est là-dedans qu'on vit, le bocal, l'aquarium, au chaud dans l'eau derrière les parois. Qu'on tourne en rond (revenir forcément à l'image du poisson rouge parce qu'elle semble d'une extrême justesse).


Que le nerf olfactif se remette au boulot (Y a-t-il, de la même façon, un nerf pour aimer ? le nerf amatif ?) et voilà qu'on a d'un coup perdu tous ses repères, sa stabilité, ses certitudes. Largué dans le blizzard sans compas ni carte, allez vas-y démerde-toi.
Depuis quelques temps (quand je dis qu'il est temps que j'aille voir un psy, hein...) , voilà que les deux choses sont liées. Voilà que, en même temps que je suis in love, mon odorat, ces dernières semaines, réapparaît en pointillés, de façon tout à fait aléatoire, cinq minutes par-ci, une heure par-là, en même temps que mes sentiments font du yoyo -hop un coup au top un coup au fond-, sans que ça corresponde tout à fait vraiment (ça serait trop facile)
Retrouver donc, brièvement,  les sensations, agréables ou désagréables : le parfum délicieux de ma voisine, le goût du café, le "ptit côtes" du midi, les chiottes du RU qui puent, l'odeur des bozarts tout simplement. En profiter avant que ça reparte. Je sais que ça va repartir, mais je ne sais ni quand ni jusqu'à quand (et là, question heart, c'est idem...)

Aimer c'est comme fumer.
(et je ne parle pas des cigarettes hihi)
Quand je n'ai pas de matos, j'en ai très envie.
Et dès que j'en ai et que je peux m'en rouler un méga comme un gros goinfre, et qu'après je suis en vrac dans mon lit quasiment terrassé parce que vraiment je crois que j'ai un peu trop chargé et que j'ai un peu mal au coeur et que je voudrais redescendre un peu , je me dis mais est-ce que ça vaut vraiment le coup de méfu, hein, si c'est pour se mettre minable comme ça ?

Je sais, je sais, je suis excessif (et c'est pas à mon âge (respectable) que çà risque de changer...

Être amoureux, pareil. quand j'en ai pas, j'en ai très envie, et dès que j'en ai un, que je recommence à faire les mêmes conneries (quand je parle d'aller voir un psy, hein, bis...), à essayer d'analyser d'introspecter de supputer de décortiquer de ne pas savoir de passer du sourire aux larmes (comment dit Lagarce ? "... me mena vers le bord des larmes et j'eus peur d'y sombrer..." ),des fois le soir dans mon lit (ça coîncide des fois avec le terrassage susdit) j'en viens presque à me dire Purée mais c'est plus de ton âge, des trucs comme ça, surtout avec son âge à lui... et peut-être que c'était plus simple, avant.
Comme avec le pét', se sentir presque un peu (trop) malade et avoir envie que ça s'arrête. Redescendre. Le sentiment amoureux pourrait-il donc être assimilé à un quelconque adjuvant psychotrope ? Voire...
En tout cas, high ou down, ce qui est sûr c'est qu'on se sent vibrer, exister, et c'est bien ça qui compte, isn't'it?

Aimer c'est comme parler

Y a ceux qui parlent trop, et ceux qui aiment trop,
ceux qui parlent dans le vide, et ceux qui aiment dans le vide,
ceux qui parlent tout seuls et ceux qui aiment tout seuls,
ceux qui parlent trop fort et ceux qui aiment trop fort,
etc...

Toujours est-il qu'il est par contre difficile de parler aux autres, quand on aime.
Enfin, de parler de ce qu'on ressent. On a beau avoir dans la tête des grands mouvements lyriques, des soubresauts explicatifs, des suppositions rassurantes, des inquiétudes démesurées, des certitudes flageolantes, toujours est-il que lorsqu'on tente de les exprimer, de les expliquer, de les transformer en chose parlée, ça n'est plus ça du tout.
C'est comme les fanons de la baleine qui filtrent, ne laissant passer vers l'extérieur que les brimborions, les petits machins ridicules, alors que tout le reste continue de tournebouler dedans. Oui, on ouvre la bouche pour tenter d'expliquer, et ne parvient à l'oreille de l'auditeur compréhensif qu'une bouillie régurgitée, un bouillon clair où flottent des broutilles que l'on n'arrive même pas à rendre cohérentes...
La montagne de vos pensées a accouché d'une souris de mots. Comme s'il y avait entre votre interlocuteur et vous un genre de grillage de garde-manger qui ne laisserait passer que les miettes les plus dérisoires, alors que le plus important reste à l'intérieur.

Mais de toutes façons on se dit que ce n'est pas la PEINE de parler. On voudrait que tout le monde COMPRENNE spontanément. c'est tellement FACILE A COMPRENDRE....

Alors on se tait.
Ou on essaie d'écrire.

(Pour moi) c'est plus facile.

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dimanche 22 janvier 2006

expovoeux

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(que soient remerciés ici : Marie-H, Régine, Catherine D., Elisabeth, Patricia, Pacoune, Laurent, Mercé & Brendan, Catherine C., Marcello, Dominique, Florence, Isa, Emma & Régis, la Fondation Beyeler, Phil, Fran, Nicolas, Pépin, Anne , Sèverine, Anne et Jean-François, Adèle...)

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samedi 21 janvier 2006

deux ou trois choses que je sais de l'amour

"tous ces mots qui font peur quand ils ne font pas rire
qui sont dans trop de films de chansons et de livres..."

PRINTEMPS AU PARKING (Christiane Rochefort) : "...dans les chiottes du Minus, et même en dégueulant,je me suis entendu dire à moi-même J'aime Thomas..." (un ado en fuite trouve l'amour avec un mec plus agé) ... celui-là je le chéris depuis plus de 30 ans! / POURQUOI PAS (Coline Serreau) (un ménage à trois avec deux mecs et une demoiselle...) / LETTRE D'UNE INCONNUE (Stefan Zweig) (Un homme à la fin de sa vie reçoit une lettre d'une femme qui confesse l'avoir aimé en secret pendant toute sa vie) / LE MARI DE LA COIFFEUSE (Patrice Lecomte) (une hisoire d'amour où l'un des protagonistes se suicide "tant que les choses sont encore belles" / L'AVENTURE DE MADAME MUIR (une dame est amoureuse d'un fantôme, ou le contraire..., enfin à la fin ils partent ensemble) / FISHERKING (Terry Gilliam) (pour deux scènes fabuleuses : la valse à Grand Central Station et la déclaration d'amour à la sortie du restau chinois) / QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT (Mike Newell) (pour le discours d'un mec à l'enterrement de son amant) / FAST FOOD, FAST WOMEN (Amos Kollek) (une histoire d'amour entre papy et mamie) / BROKEBACK MOUNTAIN (Ang Lee) (des cow-boys amoureux et sentimentaux) MAURICE (James Ivory) (pour Scudder... et pour d'autres raisons!) / TRULY, MADLY, DEEPLY (Anthony Minghella) (une veuve fait réapparaître le fantôme de son mari grâce à la  musique...) / IN THE MOOD FOR LOVE (Wong Kar Wai) (pour le frémissement de l'amour impossible) /  LES ROSEAUX SAUVAGES (pour Stéphane Rideau qui propose à Gaël Morel "et si on se branlait...", avé l'assent s'il vous plaît) / L'HOMME QUE J'AIME (Stéphane Gusti) (pour le thème : un homo amoureux d'un hétéro parvient à ses fins...) / BEAU TRAVAIL (Claire Denis) (pour un amour qui n'avouera jamais sa vraie nature) / LA MAISON DU BOUT DU MONDE / DE CHAIR ET DE SANG / LES HEURES (Michalel Cunningham) (définitivement "mon" écrivain de l'amour!) / VRAIS RÊVES (Duane Michals) (idem, mais en photo!!!)

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vendredi 20 janvier 2006

au galop

BROKEBACK MOUNTAIN

d'Ang Lee

(Sur les blogs pédés, ça va devenir aussi incontournable que  la chronique du dernier album de Madonna…)

Comme j'ai zappé ce dernier, il faut bien que j'affronte celui-là ; je veux parler bien sûr de BROKEBACK MOUNTAIN (le secret, on s'en tape!) vu mardi en avant-première (dans une salle quasi-comble, mais - bizarrement ? - pratiquement que des gens "normaux", comme vous et moi (hihi) , pas de follasses glapissantes et/ou emperlouzées ouf!)

Bien que vu dans des circonstances un peu spéciales sur lesquelles je ne reviendrai pas (tant mieux pour vous, ô fidèles lecteurs, qui suivez...) et qui m'ont, au moins un peu au début , un chouïa disturbed, je peux vous dire que j'ai vraiment beaucoup aimé ça.

Quand j'avais lu la nouvelle d'Annie Proulx il y a quelques années (la première du recueil Les pieds dans la boue, livre que j'avais acheté sans rien en connaître, juste grâce à la photo de couverture, et cette première ligne de la quatrième de couv' "l'histoire d'amour de deux cow-boys ", ce que je pourrais nommer un achat d'impulsion...) je m'étais dit que ça ferait un sacré film. Le western est un genre crypto-pédé, c'est bien connu, mais retourner le machin comme un gant et en faire une vraie histoire d'amour, ça n'avait encore jamais été fait à ma connaissance... Et plaf! voilà encore une bonne idée qu'on m'a piqué (je suis le Caliméro des bonnes idées...)

J'ai vu le film, je viens de relire les 37 pages de la nouvelle, et une chose est frappante, la fidélité entre le texte original et son portage à l'écran (ouais, hein, feignasse de scénariste qu'à pratiquement rien eu à faire, juste qu'à recopier...) On y retrouve, quasiment à la virgule près, toutes les lignes de dialogue. Tout est là.

Bon, je ne vous ferai pas l'affront de vous raconter l'histoire (si vous n'en avez pas entendu parler, vous venez peut-être de passer six mois en cure de sommeil...) Ce genre d'histoire d'amour belle-comme-tout-mais-que-fatalement-ça-peut-pas-bien-finir qui ne peut que tournebouler et faire pleurnicher le midinet que je suis (et j'y prenais peut-être ce soir-là un plaisir masochistement encore plus pervers, du fait de la situation particulière d'alors, comme si j'avais eu comme qui dirait un message à faire passer, avec plusieurs i sur lesquels mettre des points. mais ceci est une autre histoire...)

J'avais au départ, je l'avoue, quelques réticences : les histoires gay vues par Hollywood ne sont pas forcément my cup of tea d'une part, et Ang Lee ne fait pas à priori partie de mes réalisateurs de chevet d'autre part. Plus le fait que la salle était comble (ça, ça doit être mon côté snobinard)...

Trois raisons donc d'être méfiant, mais finalement, pas du tout,  ce fut une très agréable surprise (j'étais étonné en sortant, avec mes yeux un peu de lapin russe à trente cinq nuits de chagrin, de voir quelle heure il était : je n'avais simplement pas vu passer ces deux heures et demie...)

Le film est ample, la nature impressionnante, les paysages majestueux, les cieux somptueux, les vieilles bagnoles américaines très photogéniques (je confesse par ailleurs prendre un plaisir pervers à mater des pick-up pourris comme celui de Jack, pour moi c'est ça l'Amérique...)

Les acteurs (faut que je reprenne mon papier, les noms sont inretenables et/ou imprononçables) sont très impeccables : Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, bourrins bourrinant plus vrai que nature. On parle beaucoup du second (notamment pour les oscars) mais c'est l'autre qui m'a vraiment scotché. Une performance d'acteur (un bémol : dommage que tous les deux aient d'ailleurs bien insisté, lors des interviews de promo, sur le fait que c'était vraiment un rôle de composition, et que, ben vous savez c'est 'achement difficile d'embrasser un autre mec pour de semblant, mais, comme dit Bourvil "Quand on est artiste faut faire tous les genres...") assez bluffante, tête baissée, bouche fermée ne laissant échapper qu'un vague marmonnement, comme ramassé à l'intérieur de lui-même et ayant peur de voir ce qui s'y passe vraiment. In the closet. Avec mention encore plus spéciale lors des scènes finales (ça c'est du beau mélo, et pourtant, bizarrement, il n'y a rien de plus que ce écrit dans la nouvelle, mais là ça m'a paru encore plus fort, peut-être justement le contraste entre l'intensité de ce qui se passe à l'intérieur de lui, et le rien qu'il laisse affleurer...)

De quoi pardonner les quelques maladresses du film, des traits parfois un peu schématiques gros sabots (la famille de Jack) et surtout ce parti-pris de pudeur extrême, comme si le fait d'avoir choisi ce sujet était déjà tellement énorme qu'on (Ang Lee) ne pouvait s'autoriser à être un peu plus démonstratif. Pas de kikis à l'air, donc, mais pas non plus énormément de scènes explicites. Hormis la première fois où Ennis et Jack font l'amour sous la tente, et la scène des retrouvailles viriles dans l'arrière-cour, le voyeur potentiel en sera pour ses frais. (J'avoue ne pas avoir été frustré à ce propos, puisque je savais déjà ce que je venais y chercher, et qu'on pencherait davantage du côté du sublime (la passion) que du trivial (the fuck)...)

Amour contrarié, impossible, malheureux, qui se prolonge sur vingt ans, où l'on ne peut voir l'autre que ponctuellement, à la sauvette, de loin en loin, furtivement, où la distance et la durée exacerbent la souffrance de ne pas pouvoir partager davantage avec l'autre, où il faut dissimuler sa vraie nature dernière une couverture sociale conforme et rassurante, où l'on est surtout seul dans sa tête à ressasser ses frustrations et/ou ses espoirs, ça ne pouvait que me plaire, forcément...

Surtout quand on découvre que celui qui aimait le plus l'autre n'était pas forcément celui qui était le plus capable de l'exprimer. La symbolique du placard a l'avantage de boucler la boucle métaphorique (il restera ad vitam aeternam in the closet).

L'amour, c'est peut-être ça, une carte postale punaisée à l'intérieur d'un placard, et une vieille chemise suspendue à un cintre juste en-dessous.

L'amour, la recherche de l'amour, le souvenir de l'amour, (l'illusion de l'amour ?) voui tout à fait dans mes cordes, ça.

Avec,  pour terminer, juste une précision,  pour les spectateurs non-initiés (oui, oui, ceux qui se sont mis à rire -gênés ?- à la première étreinte ou au premier patin) : deux homme qui s'aiment, qui font l'amour, primo ça existe (faudrait voir à vous z'y habituer!) et deuxio ça ne se traduit pas uniquement par des enculades féroces et des grognements de grizzly...

Yep! Le mot tendresse existe aussi dans le dico franco-gay


"Il y avait un espace incertain entre ce qu'il savait et ce qu'il voulait croire, mais il n'y pouvait rien, et quand on ne peut rien y faire, il faut vivre avec." (Annie Proulx)

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jeudi 19 janvier 2006

résolution

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Après avoir mûrement réfléchi, et discuté à midi chez mon ami M., j'ai résolu (mais ça faisait déjà un ptit moment que j'y pensais) de ne plus vous parler de ***.
Ca devient trop... personnel.
A raconter, comme ça, au jour le jour le jour, c'est comme le niveau d'un cours d'eau qui monte qui monte et atteint fatalement le point critique.
Au-delà de cette limite...
Il est question ici de pudeur, de respect.
D'intimité, je pourrais dire...
Alors, chut! (et bonne nuit)

(Ne vous inquiétez pas, tout va  très bien...)

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