lundi 13 mars 2006

pataugeant

Genre de Twilight Zone.


Interstice entre le réel et le virtuel, entre le je suis au travail et je reste à la maison. Mais z'où donc ? Lundi matin, j'aurais pu aller aux bozarts (à quoi bon puisque j'arrête la semaine prochaine ? ) suivre ce cours d'histoire de l'art auquel je m'étais promis d'assister depuis quelques semaines à présent (mais il y a eu la neige, les vacances, puis re-la neige, etc...) mais finalement je suis resté at home. Un peu inerte un peu mollusque ? pas vraiment : pas d'amertume pas de tristesse non non... mais rien d'autre non plus. Sec. Vide, comme coquille d'escargot abandonnée par son propriétaire (on voit souvent des coquilles sans escargot dedans, mais jamais d'escargot sans coquille autour... Strange, isn't'it ? ). Abandonné, désaffecté. Non, je ne ressens rien de précis, je ne pense à rien de particulier, juste je ne sais pas,  j'ai même du mal ici à écrire quelque chose. M'exprimer (le tube de dentrifice qu'on presse à la pince pour en extraire encore quelques milligrammes de pâte rose et fluorée)
Dehors fait soleil (on va vers le printemps) mais froid (un froid sec est sain). Il faudrait peut-être que je m'habille (on ne traîne pas en peignoir un lundi matin , sauf
a) si on est malade
b) si c'est un jour férié
c) si c'est les vacances...)

et que je sorte.

(plus tard, le même, habillé)
Suis sorti donc un peu (c'est vrai qu'il fait froid). De derrière la vitre le grand soleil/ciel bleu fait illusion mais dès qu'on sort on sait. Ca caille. C'est l'hiver, quoi, pas de quoi en faire un plat.J'ai pourtant bien deux trois choses à faire (bon, rien d'absolument vital primordial) et d'autres choses auxquelles je pourrais penser (idem) mais bon c'est pas pour ça que je vais me bouger hein.
Un deux trois soleil. C'est moi qui m'y colle. Je reste toujours dans cet entre-deux un peu floconneux, planté comme un nain de jardin au milieu de mon carré de gazon synthétique. Aux aguets mais je ne sais pas de quoi. A l'affût d'un signe, d'un présage, de... quelque chose, merde! J'assure pour le quotidien, les affaires courantes : la bouffe le courrier les factures les rendez-vous avec les amis le cinéma la lecture l'ordinateur (ouais finalement, ça en fait quand même pas mal tout ça, non, me fais-je la remarque à demi-voix) et pour le reste... (mais quel reste resterait-il, hein ? rajoute la même voix intérieure) Ouais d'abord, quel reste ?
Bon c'est vrai que j'ai peut-être trop tendance à m'écouter parler, à m'ausculter le nombril, à voyager en rond au bord de ma tête, oui peut-être. Mais c'est le fruit d'une longue (mauvaise ? ) habitude. Pas d'ma faute, eh...

(Manque de magnésium, manque de carburant, manque d'énergie, manque de motivation ???)
Faut juste que je me déplie un peu, que je prenne l'air, que je prenne de l'envergure, que je prenne de l'altitude.
Un peu de recul, aussi.

C'est bientôt la fin de l'hiver !

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dimanche 12 mars 2006

langues

Oh les bastards!
J'ai reçu le DVD de Night on Earth, by Jim Jarmusch, acheté sur le ouaibe (c'est le film où j'étais tombé amoureux de Winona Ryder).
Le descriptif annonce "English, french, italian, finnish language - Includes english subtitles"
La formulation est un peu inhabituelle mais bon...
Je mets le dividi dans le lecteur qui m'informe qu'on ne peut accéder ni à l'audio, ni aux sous-titres.
Tiens tiens...
Je commence à regarder le film : il y a cinq parties : une tournée à Los Angeles, une à New-York, une à Paris, une à Rome, et la dernière à Helsinki. Je commence à comprendre...
Chaque segment tourné dans sa langue d'origine. Ce qui nous donne:
1) en anglais (sans sous-titres)
2) en anglais (sans sous-titres)
3) en français (with english subtitles)
4) en italien (with english subtitles)
5) en finnois (with english subtitles)
...et qui justifie parfaitement la notice citée plus haut.

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samedi 11 mars 2006

terre!

LA TERRE ABANDONNEE
de Vimukhti Jayasundara

Je reviens d'ailleurs.
Un autre espace, un autre temps.
Encore un de ces films-qui-ne ressemblent-pas-à-grand-chose-de-connu que j'affectionne. Si le réalisateur est sri-lankais, le lieu précis de l'action n'est jamais nommé explicitement. Un no-man's-land, quelques bicoques, un peu de végétation, de la poussière... Quelques civils et pas mal de militaires... C'est peut-être la paix, mais ça a sans doute été la guerre...
Quand le film commence, il donne au spectateur l'impression de prendre l(es) histoire(s) en route, que tout ça a déjà débuté sans lui, bien avant le générique. Et le même sentiment  resurgit à la fin, qu'au-delà de cet écran noir avec une voix off qui énumère impavidement sa litanie de disparus, ça va continuer sans nous...
Bon, vous l'avez compris, on n'est pas du tout ici dans Les Bronzés au Sri-Lanka. Ni glamour, ni gaudriole ni popcorn ni bons mots. On est ici dans le noyau central, l'épicentre, l'essence même de ce qu'est le cinéma. Des plans-séquences étirés avec une infinie patience, des dialogues parcimonieux, une lumière somptueuse, un  regard de poète (ou de peintre) de la part de ce jeune réalisateur ; on sort de là, quelque part entre béat et béant.
La chronique naturaliste qu'on voyait s'esquisser dans la première partie du film va progressivement se muer en constat de la violence (militaire ? ) ordinaire, dans tout ce qu'elle a d'absurde er d'injustifié.

On est un peu perdu, au début, face à cette succession de scènes amples à la beauté incontestable, mais au contenu narratif pas immédiatement assimilable, à cette poignée de personnages dont on a du mal au début à définir les liens et les interactions ; on craint que le réalisateur ne nous livre qu'un bout-à-bout de moments beaux (ce qui serait déjà pas mal !), qu'il délaisse la narration au profit de la seule contemplation. Il n'en est rien. Détail par détail, l'édifice va se construire, exigeant il est vrai du spectateur une attention constante (mais comment réussir à ne pas rester fasciné devant tout ça ? ).

C'est peut-être le film lui-même, dans sa globalité, qui  pourrait apparaître au spectateur comme une énigme. Ou plutôt la question, qui serait posée au même spectateur, à savoir s'il accepte de déposer là ses oripeaux d'occidental rationnel, ses accessoires dérisoires, pour oser s'immerger dans le cours d'eau nocturne et bleu (c'est une image du film...) de LA TERRE ABANDONNEE, pour s'abandonner à ce que mon voisin a fort justement nommé une autre temporalité...

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Les personnages esquissés lors des lambeaux initiaux de la fiction (le garde, sa soeur, sa femme, le copain à vélo, l'écolière, le vieil homme, Petit-Oiseau, les militaires...) vont progressivement acquérir épaisseur, densité, netteté (comme dans un labo photo on voit monter dnas le bac de développement l'image en train d'apparaître) mais je ne vous ferai pas croire que vous aurez tout compris à la fin. Certains des personnages du début n'y seront plus, mais il n'est pas question ici de whodunit ni de résolution d'énigme...

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réflexions

Aujourd'hui le temps idéal pour moi : mouillé au sol (la pluie et la neige qui a fondu en grande quantité) et clair au-dessus (par moments! quand le ciel est bleu et que le soleil n'est pas caché par les nuages, tout ça change tellement vite!) Justement, pendant que j'écris, le "beau ciel bleu" s'est barré en quenouille, le soleil a disparu avec armes armes et bagages et tout s'est comme éteint, bah ça va revenir... Novembre ne va pas impunément remplacer mars, comme ça au débotté, non mais!
Un temps idéal ... mais pourquoi donc ? (se demande le lecteur un peu attentif qui ne se laisse pas distraire par les digressions)

Pour photographier des reflets!

J'ai, depuis mon premier appareil photo (un Chinon 35EE je crois, acheté à la fnac de mulhouse avant de partir en scandinavie, en juillet 76) une double passion, pour le flou (surtout le flou dit "de mouvement") et pour les reflets ! Oui, depuis quasi-toujours : j'en ai fait sur diapo, puis j'en ai fait sur papier, en couleur, en noir et blanc, et maintenant, j'en fais en numérique... faut bien vivre avec son temps! ( Celà dit, j'aime bien aussi -vous avez dû vous en rendre compte- les effets de buée, de gouttes, d'opacité/translucidité, de visible/caché, ou plutôt presque visible/presqu'invisible mais ceci nous éloigne du sujet d'aujourd'hui...)

Pourquoi le(s) reflet(s) ?
Peut-être parce que je trouve que c'est le plus joli des mensonges, la plus charmante façon de (faire) prendre des vessies pour des lanternes, ce dosage -parfois aléatoire- de réel/virtuel, de vrai/pas vrai où l'oeil, tout seul, à parfois un petit temps de latence pour interpréter l'image, et se met à siffler désespérément entre ses doigts pour réveiller le cerveau hep là-haut! ouais toi! gros fainéant, eh, tu m'aides à comprendre? On fixe l'image de quelque chose qui n'y est pas vraiment, on invente en disant la vérité. On triche honnêtement, quoi. Simplement ça me fait plaisir (c'est p't'être un peu puéril ? ) d'enchevêtrer deux espaces, de réussir à faire cohabiter dans ce rectangle imagier deux plans qui ne devraient logiquement pas s'y trouver ensemble. Et pourtant...


J'aime ces reflets-ci (les diurnes, les solaires, pour résumer) mais j'ai aussi une grande tendresse pour les mêmes en nocturne (et là, il me semble que ça me vient en droite ligne d'un film de Coppola, que je n'ai d'ailleurs jamais vu, One from the heart, je crois, mais bon, je peux me tromper!) oui, la nuit lorsque la pluie a bien lavé les trottoirs et que s'y reflètent les lumières urbaines, néons, enseignes, vitrines... Je n'en ai hélas que bien peu d'exemples (le numérique devrait un peu remédier à cette lacune, mais encore faut-il avoir l'appareil au bon moment, et surtout pouvoir prendre la photo (ce genre de réverbération étant hélas pour moi le plus souvent visible quand je suis en bagnole...

D'autant plus que ces reflets-là, (les diurnes, donc), présentent un intérêt supplémentaire par rapport à leurs homologues vitrés et durables,celui d'être -modestement, pudiquement- éphémères. Fugaces. Précaires. Encore une fois (oui, oui, je sais je radote un tantinet, désolé pour ceux qui suivent) "ne pas rater l'instant suffit." Ca ne dure que le temps d'un rayon de soleil, conjugué à celui d'un trottoir pluvieux...

J'ai  donc eu le plaisir, cet après-midi, de faire une longue balade urbaine, en ayant le loisir de shooter si j'en avais envie la moindre flaque, aussi minuscule fut-elle. (Parfois, je l'avoue, dans la rue on me regarda...)
En voici quelques réflections.

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vendredi 10 mars 2006

soyons vigilants

C'était il y a une quinzaine d'années, je pense. La première fois que je venais au Festival de Clermont-Ferrand. Le dernier jour, j'en avais profité pour faire un tour à la fnac locale. J'aime beaucoup les livres, alors j'y ai traîné très longtemps (oui oui je suis capable de passer des heures dans une librairie...) J'y reste d'autant plus longtemps, que je remarque assez vite un petit brun barbu qui me mate, d'assez loin mais plutôt intensément, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je me promène dans les rayons, lui aussi, je le regarde, il me regarde... Hmm je suis un peu étonné de provoquer un tel intérêt chez un mec mais, bon, c'est plutôt agréable (et flatteur). Je me dirige donc vers la sortie, je n'ai rien acheté, avec ce pertubateur barbu... A ce moment-là, le mec me rattrappe, je suis un peu ému, et me demande de le suivre dans un petit local, où il me prie de bien vouloir ouvrir mon sac pour qu'il puisse en inspecter le contenu. Ce n'était pas un sentimental lover, non, juste le vigile du magasin... (bruit de coeur qui se brise en mille morceaux...)
En plus, il en a été pour ses frais, puisque j'avais rien volé du tout.
Fin de ma love story clermontoise

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humeur(s)

   

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jeudi 9 mars 2006

expo

Et zou!
Disparue, la neige! Envolée, partie, effacée, quasiment comme jamais existé. A la place, de la bonne pluie, de la belle gouillasse, des jolis nuages gris. (Oui, j'enjolive...)

(...)

Eté (non non, je sais, on est encore en hiver!) , suis allé donc ce soir à un vernissage à l'iufm. Histoire de me remettre un peu dans le bain, de revoir les collègues, de me réhabituer un peu quoi. Et c'était comme un clin d'oeil ironique du hasard : il y avait dans la salle moitié d'enseignants (que je connaissais) et moitié de gens des bozarts (que je connaissais aussi). Fifty/fifty. Pour la première fois (et pt'être la dernière aussi pour cette année) mes deux univers cohabitaient, se superposaient, et je m'en sentais un peu comme le trait d'union. Ceux des bozarts me disant un peu au revoir et les les autres me disant un peu welcome home.
Les photos étaient belles, le buffet délicieux, les conversations amicales. Je me sentais un peu comme avant. Comme s'il ne s'était rien (j'allais écrire s'était bien) passé.
Il ne s'est rien passé.

Je comptais rester là jusqu'à l'heure d'aller au ciné, mais j'ai pas pu.
A 19h, je suis rentré.
Il pleuvait toujours.

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arrêt/essai

Dans Ténèbres prenez-moi la main, de Dennis Lehane, que suis en train de lire (après avoir terminé, du même auteur l'époustouflant Shutter Island -merci Elisabeth !-, que je vous engage à lire immédiatement toutes affaires  cessantes et plus vite que ça, qu'on puisse un peu en parler et que vous me disiez comment vous comprenez les trois dernières pages !), j'ai relevé ces quelques lignes qui m'ont fait sourire, et que je dédie à Tiger, parce qu'elles m'ont fait penser à un des ces comm'.

" Le Coolidge Corner est plutôt tourné vers les films d'art et d'essai abscons, les reprises aussi, ce qui me semble plutôt une bonne chose en cette période de guimauve hollywoodienne. En contrepartie, il y a des semaines où le Coolidge ne présente que des films hyper-réalistes en provenance de Finlande, de Croatie, ou d'un autre pays du même genre, glacial et sinistre, où les habitants, tous plus pâles et émaciés les uns que les autres, passent apparemment leur temps à parler de Kierkegaard, de Nietzsche et des malheurs de leur existence au lieu d'envisager d'aller s'installer dans un coin plus ensoleillé, avec des gens plus optimistes."
(p135)

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mercredi 8 mars 2006

point j'ai

j'ai passé une bonne soirée
j'ai publié par erreur un brouillon, je l'ai donc remis à l'état de brouillon.
j'ai des nuits un peu... hâchées.
j'ai quarante-neuf ans, mais je considère que j'en ai bien perdu dix.
j'ai ouvert l'oeil parce que j'avais un peu mal au bide
j'ai réalisé un opuscule avec seize phrases qui commencent par j'ai.
j'ai regardé le réveil il était à peine minuit
j'ai peu d'attirance pour les activités manuelles.
j'ai eu l'idée alors d'écrire ce message.
j'ai la mémoire des noms.
j'ai pensé que je n'aurais pas dû boire ce café
j'ai beaucoup de mal à donner un âge aux gens.
j'ai eu le sentiment que j'allais avoir du mal à me rendormir.
j'ai un sens de l'orientation assez médiocre.
j'ai repris un peu de mon remède miracle
j'ai passé l'âge de ce genre d'enfantillages.
j'ai été me recoucher
j'ai deueueux amououououours...
J'ai plutôt bien dormi, merci.

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mardi 7 mars 2006

diary

Il ne neige plus (enfin) mais on n'est pas pour autant sorti de l'auberge. Les tas de neige ont gelé, partout les trottoirs bords de routes et chemins divers sont bordés festonnés hérissés de ces moches monticules blanc sale. Attendre, maintenant. Le temps maintenant que tout ça fonde...
Patience.

Reçu aujourd'hui de mon ami Philippe une lettre (oui, oui, j'ai la chance immense d'avoir un ami qui m'écrit des vraies lettres) avec dedans un texte qui m'a mis les larmes aux yeux (tiens tiens un certain temps qu'il n'avait pas été question du bord des larmes... mais ça n'a rien à voir je vous assure...). Il s'agit d'un extrait de l'interview de Pierre Bergounioux au Monde des Livres, à l'occasion de la publication de son Journal.

" J'ai découvert vers 30 ans que l'oubli marchait sur nos talons, qu'il emportait tout. C'est pourquoi j'ai éprouvé le réel besoin de m'en retourner vers le passé parce qu'il y a des instants heureux dont les blandices n'étaient pas épuisées, et puis aussi des événements, pas seulement malheureux, mais qui étaient énigmatiques lorsque je les ai vécus : celui que je suis devenu dans l'intervalle peut, après coup, s'efforcer d'éclairer et de libérer cette partie de lui-même prisonnière des instants révolus. Il me semble que me suivent toutes sortes d'êtres de moi-même : ils sont inconsolés parce que le sens de ce qui leur est arrivé leur a échappé. Imperceptiblement ils me tirent par la manche pour que je leur prodigue par-dessus l'abîme du temps les lumières qu'ils n'étaient pas susceptibles de recevoir parce qu'ils n'avaient pas vécu suffisamment. En celà, oui, un Journal sert à réparer le temps. Celui qu'on est aujourd'hui confie à celui qu'on deviendra demain le soin de dissiper ce qu'il ya de ténèbres, d'incompréhension donc, de douleur, dans le temps présent."

blandices : charmes, séductions (P.L.I 2000) (J'avoue, j'ai recherché le sens de ce mot dans le dictionnaire, parce qu'eh oui, ça m'arrive, je ne le connaissais pas!)

Troublé que ce texte me parvienne précisément aujourd'hui, ce matin où je me suis réveillé avec des images d'oignons épluchés et de strates temporelles successives (ah la la dur pour un petit matin, non ?), pour exprimer un peu la même problématique. En ce qui concerne le passage du temps, d'abord. Si j'ai toujours un carnet sur moi, ce n'est pas pour y relater fidèlement ce qui m'arrive au jour le jour,  c'est juste pour y noter des fragments, des bribes, des citations, des notations, bref des choses éparses dont j'ai envie de garder les traces. C'est cette même envie qui fait que je ne me déplace plus sans mon appareil photo dans mon sac... Daniel Biga écrivait Ne pas rater l'instant suffit.
Il faut que je sois toujours prêt (toujours près ?) à déclencher, à fixer l'instant, à archiver. A conserver. Depuis très longtemps,oui, je m'astreins à faire de la confiture de temps, des pots de tailles et formes diverses avec des dates dessus, écrites à l'encre plus ou moins effacée sur des étiquettes plus ou moins défraîchies. Tenter de conserver (espoir illusoire ? ) la saveur (les saveurs, plutôt, tant ces blocs de passé ne sont jamais homogènes) de ce que furent un instant, un jour, une histoire...
Mots & images sont alors complémentaires pour aider à la tentative de reconstitution.

Quand j'étais petit, je me souviens de la première fois où j'ai voulu éplucher un oignon. On défait l'enveloppe la pellicule extérieure orange et sèche, bruissante, et on dénude un épiderme blanc verdâtre luisant (et qui fait pleurer ! déjà j'aimais ça je suppose), mais qui n'est qu'une nouvelle couche que, si on l'a entamée par mégarde, on doit à nouveau ôter pour rendre à notre oignon sa lisse rotondité originelle. Et on s'aperçoit que sous cette couche, il y en a une autre, et encore une autre, et, si on n'y prend pas garde, on pourrait continuer ça jusqu'à la nudité première : hop, plus d'oignon! (quand je vous disais que ce blog s'appelle lieux communs, hein ?)
Eh bien, je me disais que mes "états mentaux" (ou peut-être "phases de vie" ou "étapes successives", je ne sais pas trop quel terme employer) étaient exactement comparables à ces épidermes consécutifs. A chaque fois, j'ai le sentiment de vivre une certaine période, d'agir d'une certaine façon, de ressentir certaines choses, avec certaines raisons, et tout celà me semble juste, raisonnable, définitif. Jusqu'à ce que, quelque part, un Grand Eplucheur Anonyme décide d'ôter cette couche et de passer à la suivante. Alors je passe à une autre période, où je vis d'autres choses (parfois les mêmes qu'avant) mais avec d'autres raisons, un autre regard, qui me semblent aussi justes, raisonnables et définitifs que l'étaient ceux de la couche précédente. Couche sur laquelle (puisqu'elle est terminée, désormais peau morte, vide, inutile) je peux alors me permettre d'avoir un regard critique. Chaque couche ne peut s'appréhender, se justifier, se comprendre, que par rapport à la/aux couche(s) précédente(s).

(Hmmm ça y est c'est malin, j'ai un peu mal à la tête, à me mettre à réfléchir comme ça, à froid, sans précautions...) Tout ça pour dire -mais bon j'enfonce encore là une porte ouverte on dirait-bien- l'importance pour moi de tous ces machins que je jette -parfois un peu en vrac- sur ce blogchounet (ce n'est pas mon jumeau astral, c'est plutôt mon double en ligne) c'est juste pour me permettre de m'y retrouver (ou de retrouver un autre moi-même) , cf plus haut P.Bergounioux ) d'y voir -rétrospectivement ? - un peu plus clair, et qui sait (mais là j'en doute) d'éviter de refaire les mêmes conneries ? (Non, là, c'est vrai, j'avoue, je n'y crois pas une seconde, vu la régularité et l'empressement et la délectation avec lesquelles je me vautre à chaque fois dans les mêmes ornières comportementales.)
Euh... on se refait pas, hein ?

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(merci à Pablo S. dont je me suis permis de reproduire -sans son assentiment- l'oeuvre originale)

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