vendredi 9 février 2018

après-midi dans la salle 2

Ayant eu la fainéantise d'acheter une carte 5 places et de devoir élaborer  une programmation personnelle digne de ce nom, j'ai juste utilisé les deux entrées gratuites que m'a gentiment fait passer Catherine, surtout pour aller voir 1) le film que nous avions déjà programmé mais que je n'avais pas pu voir, (et dont Jacky me chantait les louanges), et, 2) tiens, le film qui le suivait immédiatement dans la même salle, et qui était en plus, ô joie, un Naruse...

14h
023
UNE FAMILLE HEUREUSE
de Nana et Simon

Oh qu'il est beau ce portrait de femme géorgienne qui décide de prendre un appartement en quittant (celui de) sa famille et de vivre sa vie. Oh qu'elle est touchante cette photo de famille in vivo (j'ai irrésisitiblement pensé au Sieranevada de Cristi Puiu pour la surpopulation de cette chronique  en appartement, il y a régulièrement une douzaine de personnes dans le cadre!). Manana n'en peut plus, en ce jour de son anniversaire, où son mari a invité -sans rien lui demander- une quinzaine de personnes, dans leur appartement où s'entassent déjà ses parents et ses enfants. On l'a vue, dans la scène d'ouverture, visiter un appartement, dans lequel elle va aller s'installer. L'annonce de ce départ provoquera quelques éclats de voix et autres vociférations au sein de la famille, mais Manana, sous ses dehors de petite bonne femme calme et peu bavarde, tiendra bon et concrétisera son projet : aller vivre ailleurs, seule, au calme. Même si c'est difficile de couper ainsi les liens. Ou, du moins, de tenter de les desserrer. Profiter du plaisir simple d'être assise, dans son fauteuil, devant la fenêtre ouverte en écoutant simplement le bruit du vent dans les branches (c'est un bruit extrêmement agréable, et qui reviendra à plusieurs reprises dans le film : y a-t-il tant de vent que ça, en Géorgie ?). Manana respire, elle est enfin seule, elle n'a pas besoin que quelqu'un d'autre veille sur elle (et pourtant ce ne sont pas les candidats qui manquent, le système patriarcal a encore de beaux jours devant lui, que ce soit en Géorgie ou ailleurs...) C'est... magnifique (à l'image du regard final de notre héroïne vers son (ex ?) mari, coupant court à l'interrogation du spectateur : Va-t-elle lui en parler ou pas ?). Jacky avait raison, c'est un film fort, élégant, bien construit, et c'eût été dommage que je ne le visse point...

499317

16h
024
QUAND UNE FEMME MONTE L'ESCALIER
de Mikio Naruse

"Ca n'est pas son meilleur..." a sobrement résumé Catherine lorsque les lumières se sont rallumées. Et j'étais  d'accord avec elle. C'est pourtant un très beau portrait de femme. Elle s'appelle Mama, elle est hôtesse dans un bar, et elle se démène pour pouvoir vivre mieux. l'argent et les hommes sont les deux problèmes principaux auxquels elle doit faire face (le film parle beaucoup, et comme obsessionnellement, d'argent). La copie est magnifique, rien à dire, mais bon j'ai trouvé le film longuet. Les femmes japonaises n'ont pas vraiment de place, et juste le choix entre bobonne à la maison ou femme aux moeurs légères dans un bar (ou ailleurs), mais toujours et partout au service de l'homme. c'est comme ça, seigneur et maître ondit, et malheur à celle qui voudrait s'éloigner un tantinet de la voix qui est toute tracée. J'aime bien la fin, ce défilé de mâles plus ou moins penauds (celui qui lui a fait croire qu'il voulait l'épouser mais qu'elle n'aime pas, celui qu'elle serait prête à épouser mais qui ne veut pas briser son ménage, et d'ailleurs est nommé dans une autre ville, et celui qui aimerait l'épouser mais ne le fera pas...) Oui, pauvre Mama...

268567

 

Posté par chori à 06:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 8 février 2018

prix des exploitants

79-320x450

020 (à 10h, salle 2)
DAKINI
de Dechen Roder (sortie juin 2018)

Waouh! Un polar bouthanais! C'est vraiment rare qu'on puisse voir un film de ce pays (on avait passé La Coupe,une jolie comédie, il y a... un certain temps) et, ce qui est encore plus rare, par une réalisatrice. Le film nous a été présenté par son enthousiaste distributeur, le monsieur de Jupiter Films (ce monsieur-là est véritablement passionné par ce qu'il fait). Un polar, dites-vous ? Il faut un certain temps pour en être convaincu (au début ça ressemble plutôt à une histoire d'amour, entre un policier qui mène l'enquête sur la mort d'una abbesse à laquelle serait mêlée une très belle jeune fille, en fuite, et donc soupçonnée de meurtre. Ca se passe au Bouthan, et c'est forcément dépaysant (et oui, les paysages sont grandioses, allez osons le mot "mêêêrveilleux" qu'on entend si souvent accolé à celui de "paysages"dans les couloirs du Ficâââ, et qui finit par me faire penser que la majorité des spectateurs ne viennent là que pour ça, et donc pas forcément pour voir un film, ni encore moins forcément un bon film fermons la parenthèse). Dakini est un film magnifique, et le rythme qu'il adpote (je l'ai qualifié pendant que le le regardais de "joliment languissant") fait intégralement partie de la couleur locale. Une belle fuyarde, un policier en civil qui voyage avec elle -coaché au téléphone par son chef- pour être sûre qu'elle est vraiment coupable et de quelle façon, une abbesse morte, et, plus l'histoire progresse (à pas lent dans la première partie), plus les choses se compliquent (la deuxième partie du film va faire cavaler notre policier de rebondissement en rebondissement, de révélations en questionnements, et on finit par craindre que, comme l'horizon, le dénouement de son enquête ne cesse de reculer au loin, de plus en plus loin. S'autant plus que la réalisatrice inclut dans son récit, régulièrement) (trop?) des scènes de rêves mettant en scène, justement, la mystérieuse et belle jeune fille - et c'est vrai qu'elle est très belle-) qui hachent le récit, avec le dessein d'égarer un peu plus le spectateur). Le film fait 2h10, tout de même, et le spectateur est content que toute la lumière soit faite sur cette ténébreuse affaire dont le fin mot (en hors-champ) serait "corps de lumière"... Vous y voyez plus clair ? En tout cas, régalez-vous!

 *

002884_1

021 (à 14h, salle 2)
LES DESTINÉES D'ASHER
de Matan Yair (sortie 28 mars 2018)

Et nous voilà en Israel pour un film beaucoup plus... couillu (et testostéroné) centré sur un lycéen de terminale, Asher (dont la particularité est qu'il s'agit d'un personnage réel et qu'il est joué par lui-même), dans une classe de grands gaillards (il s'agit des Terminale 3, mais ils ont l'air d'avoir 10 ans de plus que leurs homologues français, tous poils barbes et muscles dehors, on se croirait presque dans un film gay, si si. On pencherait plutôt pour les "Fins d'étude", ceux qui ont redoublé assez de fois pour qu'on ne puisse plus les compter, et qui n'attendent que d'avoir passé le bac pour quitter le système scolaire sans regret.)
Asher a un père (divorcé) vieillissant, qui compte bien que son grand gaillard de fils va très bientôt reprendre les échafaudages (c'est le titre original du film, Scaffoldings, plus fort je trouve que le mièvre titre fransouze) et la direction de l'entreprise paternelle, dans laquelle il (le fils) travaille déjà d'ailleurs très régulièrement. On peut dire qu'Asher se partage entre les échafaudages et le lycée, ou plus précisément les cours du prof de littérature, Rami, avec qui il va nouer une relation particulière (non non non on n'est pas dans un film gay, arrière bandes de hyènes lubriques) qui lui fait découvrir autre chose que le goût du ciment et le poids des planches.
Même s'il a le défaut (le jeune Asher) d'être trop hérissé (c'est son prof qui le lui dira) et de péter les plombs pour un oui pour un non, testostérone quand tu nous tiens. Bon je dois avouer que j'ai adoré ça (et hmmm peut-être pas vraiment tout à fait pour les bonnes raisons -smiley avec les joues rouges et qui baisse les yeux-, mais bon il faut le reconnaître, ce jeune homme-là, est, je ne peux le dire autrement, bandant, et ça joue dans hmmm l'appréciation d'un film). Asher est un bourrin, un beau bourrin à qui soudain une imperceptible fissure dans son bloc de certitudes (un beau bloc, je le redis) fait entrevoir autre chose. Le film est réalisé par un prof, qui dit avoir vécu ce genre de situation et avoir souhaité en parler, et, en tant qu'enseignant (même retraité), on ne peut qu'être touché... Cercle des poètes disparus, tout ça... (ici c'est Antigone qui va mettre le feu aux poudres...).
(Et j'étais trop heureux de pouvoir voir enfin ce film qu'on avait raté à Belfort à cause de la neige...)

*

252496 

1446797

 

022 (à 16h, salle 4)
LA CAMÉRA DE CLAIRE
de Hong Sangsoo (sortie 7 mars 2018)

Et on a terminé cette journée (dite "du prix des explotants") non pas en Corée (Hong Sangsoo oblige) comme on aurait pu le croire, mais dans les rues de Cannes (hors-champ du Festival), avec Isabelle Huppert (à qui appartient la camera du titre, qui est d'ailleurs plutôt, en fait, soyons rigoureux, un appareil-photo) et la belle Min-Hee Kim, la jeune et belle nouvelle copine du réalisateur, avec qui il n'arrête plus de tourner depuis Un jour avec, un jour sans (quatre films, quand même, depuis 2015!). A part le fait qu'on est à Cannes (et donc que le soju y coule moins à flot qu'à Séoul)), le spectateur habituel de Hongchounet ne sera pas déboussolé : un réalisateur en goguette au festival (il s'appelle So Wan Soo! hihihi) est pris en tenaille entre sa productrice (qui en est amoureuse) et l'employée de celle-ci (avec laquelle il a couché). Celle-ci a été licenciée par celle-là au début du film pour malhonnêteté, sans comprendre vraiment de quoi il retournait. Elle aurait du rentrer à Séoul mais est restée à Cannes "parce qu'elle n'a pas pu changer son billet pourri". Et donc ça marivaude, ça rohmérise et bien sûr ça boit. Isabelle Huppert joue la quatrième roue du quadrille, en prenant les photos elle "change les gens" et modifie donc, me semble-t-il, peut-être, d'une certaine façon, le cours des choses, ou pas. Le dossier de presse évoque aussi le rôle du tunnel de la plage (sans que je puisse formellement dire que j'avais compris qu'il avait raison).
C'est très ... plaisant (j'avoue, j'adore Hong Sang-Soo, et c'est surtout pour ce film-là que j'étais venu passer la journée) mais bon "c'est un peu court, jeune homme..." Ok le film a été tourné en quelques jours, à l'arrache, improvisé dans les rues de Cannes, mais bon. Il fait à peine 1h06, et c'est dommage.... c'est comme pour le short de Min-Hee Kim, à propos duquel So Wan-Soo lui fait des reproches, on est en droit de lui dire, que, oui oui, on trouve ça vraiment vraiment trop court.
On est frustré, on voudrait en voir un peu plus, en avoir un peu plus pour ses sous...
Reste à attendre Seule sur la plage la nuit, du même réalisateur, avec la même belle jeunette (mais sans Isabelle H.) que nous passerons dans le bôô cinéma d'ici quelques semaines (la séance était complète -dans la salle 4 pourtant- et je dois dire que je me prépare d'ores et déjà à pleurer de rire  (nerveusement) devant les x pelés et les y tondus qui clairsèmeront l'assistance lorsque nous le passerons, "hors- festivâââl" (tout ces gens qui disparaissent dans leur trou jusqu'au Ficâââ suivant je dois reconnaître que ça m'agace un peu...) oui, je suis prèt à prendre les paris...) et dont j'attends beaucoup.

*

79-659-1000x1000

79-664-1000x1000

pigumom_pic_(6)

1261433_Scaffolding

094751

095376

 

Posté par chori à 06:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
mercredi 7 février 2018

pyromane

019
WONDER WHEEL
de Woody Allen

Troisième film d'affilée de l'après-midi (enfin, là j'ai eu droit quand même à 20 minutes de battement). Le dernier Woody Allen. Qui ne passera que dans un mois dans le bôô cinéma, alors autant faire affaire ici tout de suite.
Un Allen presque en costumes (les années 50 ? 60 ?) qui parle beaucoup (c'est habituel), avec un narrateur face caméra (interprété par Justin Timberlake, ce qui ne m'a pas paru une très bonne idée tellement je trouve le monsieur lisse et fadasse -on me rétorquera "mais c'est le rôle qui veut ça..." mais ouais n'empêche-). Heureusement il a en face de lui des actrices/teurs plus conséquant(e)s : (c'est un quadrille amoureux pourrait-on dire) Kate Winslet dans le rôle de l'épouse de la mère et de la maîtresse (presque aussi excellente que Cate Blanchett dans Blue Jasmine, allez, aussi bonne on va dire), James Belushi dans le rôle du mari et du père (que j'ai beaucoup aimé et trouvé très juste) et Juno Temple (que je ne pense pas connaître) dans le rôle de la fille, de l'épouse et presque de la maîtresse (ne vous inquiétez pas, ça a l'air confus comme ça, mais vous pigerez assez vite le mécanisme).
Il y a aussi des gangsters (qui cherchent une personne pour la tuer) et, bien au centre de l'histoire, mais en même temps tout à fait à côté, un gamin qui partage fifty fifty son bonheur entre le cinéma et la pyromanie (un très singulier et attachant personnage).
Il sera question de fête foraine (ah le manège -ou ici, la grandre roue- comme métaphore de l'amour et de ses vicissitudes...), mais, aussi,  beaucoup question de théâtre, celui qu'on lit, qu'on a joué, des pièces qu'on aimerait écrire pour devenir célèbre, et d'autres reliées en volume qu'on prête ou qu'on offre, mais surtout, méta-truc (je ne sais pas mieux expliquer : le réalisateur parle exprès théâtralement de la théâtralité - coucou Anton T.- et fait, mine de rien, rejouer à ses personnages des scènes d'un théâtre qu'on pourrait parfois presque reconnaître...
Il y a une lumière très belle, très pétante et très joyeuse (pas l'horrible lumière jaunasse qui m'a rostoboqué les rétines dans quelques précédents opi du Maestro), oui très... intense (parfois presque d'une précision excessive)qui vient donner du peps à toutes ces palabres, ces hésitations, ces mensonges et ces trahisons...
Et il y a surtout ce qui a achevé de me convaincre (alors qu'au début du film ça n'était pas du tout gagné et je commençais à -pffff- soupirer) une fin parfaite, très noire, -plaf!-, brutale quasiment. Sarcastique. Cruelle. Oui, soyez rassurés ça finit mal pour presque tout le monde.

4837171

Posté par chori à 06:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
mardi 6 février 2018

"état émotionnel intense"

018
L'INSULTE
de Ziad Doueiri

Deuxième film de l'après-midi, immédiatement après Gaspard va au mariage. La transition est rude. A Beyrouth, un habitant (qu'on nous a présenté comme garagiste et futur papa), depuis son balcon, se prend de bec avec un contremaître en contrebas, dans la rue, qu'il vient d'arroser malencontreusement à cause d'une canalisation  "non conforme". Suite à la destruction brutale, par l'habitant, de la nouvelle canalisation posée par le contremaître, celui-ci le gratifie alors d'un "Sale con!" qui va être le point de départ du conflit -grandissant- qui va opposer les deux hommes. Toni (l'habitant) veut des excuses et Yasser (le contremaître) les lui refuse. Il se trouve aussi que le premier est un "autochtone", chrétien, tandis que l'autre est palestinien. je pensais naïvement qu'au Moyen-Orient les affrontements avaient lieu surtout entre juifs et arabes. J'avais oublié les chrétiens (je suis nul en histoire, je vous l'ai déjà maintes fois dit et répété, et encore plus en ce qui concerne cette histoire précisément, celle du Liban. Au début du film je ne comprenais vraiment rien de qui était contre qui je l'avoue).
Je trouve que le film est formidablement construit, dans sa façon d'exposer "également" les deux protagonistes (l'irascible et le taiseux) en ne les rendant pas plu sympathiques (ou antipathiques l'un que l'autre), et de conserver cette symétrie au fil du récit. J'aime aussi la façon dont les événements, dérisoires au départ, s'enclenchent irrémédiablement, et l'effet boule de neige générée (chaque action en induit une autre, plus grosse, plus violente, et le grain de sable initial (la canalisation) sera devenu à la fin une énorme chose, comme un rocher de Sysyphe (ou, plus cinématographiquement tiens, un blob, un truc énorme vorace et incontrôlable). De la querelle de voisinage on passe au procès (j'ai toujours bien aimé les films de procès, même s'il s'agit d'un genre très convenu et codifié, à l'image des effets de manche des avocats, des coups de marteau du juge, de l'habileté retorse des plaidoiries, des "Silence ou je fais évacuer la salle!"), procès où s'affrontent deux  avocats, un vieux ténor retors (roublard) pour défendre l'insulté irascible, et une jeune blondinette -sa fille- pour défendre l'insultant impulsif (les qualificatifs de chacun étant interchangeables).
Et le procès, et sa médiatisation, sont l'occasion pour le spectateur (et l'ignare géo-politicien que je suis) d'assister à un cours d'histoire libanaise récente, des horreurs qui s'y sont perpétrées, et de la façon dont, à perpétuité chacun des clans restera à la fois victime et bourreau. Le réalisateur conserve son principe d'équité et de symétrie, exposant les contradictions d'un pays tout entier, et j'aime énormément la façon dont il (re) met en scène le "oeil pour oeil dent pour dent" entre les deux hommes (insultes : un partout, coups : un partout). Et j'aime encore plus la scène finale, comme un infime espoir, l'espoir (idéaliste ?) que, comme dans plusieurs films récents, la possibilité d'une solution, d'un arrangement "à l'amiable" pourrait venir -enfin- des citoyens eux-mêmes, individuellement, et non pas des partis des milices ou des gouvernements (ou des instances religieuses).
Je le redis, c'est très fort, et on le doit aussi aux deux interprètes de ces "belligérants de la canalisation" hissés au rang de héros (des médias) nationaux : Adel Karam et Kamel El Basha.

0036199

Posté par chori à 06:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
lundi 5 février 2018

tout pour plaire

017
GASPARD VA AU MARIAGE
d'Antony Cordier

J'aime bien ce réalisateur, même s'il produit peu (Douches froides et Happy Few) et donc zou! direct première séance de l'après-midi au Victor Hugo. Oh lala ce casting d'amour! Félix Moati! Laetitia Dosch! Guillaume Gouix! Marina Foïs! Johan Heldenberg (découvert dans Alabama Monroe) et Christa Théret! (la seule que je ne connaissais pas), avec en prime quelques apparitions d'Elodie Bouchez.... Oui, déjà, rien que de voir tous ces gens-là ça me fait fondre...
D'autant plus qu'il s'agit de l'histoire d'une famille atypique, d'une tribu : Gaspard retourne chez les siens, qu'il n'a pas vus depuis longtemps, pour le mariage de son père. Les siens c'est Coline et Virgil. Coline c'est sa soeur, qui se trimbale sous une peau d'ours, et Virgil, c'est Guillaume Gouix, joliment barbu comme je le préfère. Son père, Max, doit épouser Peggy (Marina Foïs, subtilement "normale") mais auparavant se mettre en régle (au clair) avec toutes ses maîtresses. De maîtresse, justement, Gaspard s'en fabrique une via Laura, jeune fille tout juste rencontrée dans le train (Laetitia D.) Et, chose importante, j'ai oublié de préciser que tout ce monde habite au coeur d'un zoo (un vrai) avec des animaux qui se baladent... Et dont certains se font attaquer nuitamment par des chiens...
C'est... fantasque, baroque, surprenant. Et j'ai adoré ça. Antony Cordier nous a déjà montré qu'il est attiré par les structures affectives pas banales (un trio adolescent dans Douches froides, deux couples qui permutent dans Happy Few) ici, ce parti-pris de non-conventionnalité semble avoir contaminé l'ensemble des personnages. Chacune chacun a son propre petit grain de folie, de fantaisie, sa singularité spécifique, et du coup les inter-actions entre les personnages sont souvent comme des réactions chimiques imprévisibles ou des petits chocs électriques provoquant des étincelles plus ou moins conséquentes (des arcs électriques)
Oui, j'ai adoré ça. Parce que sous la légèreté apparente de cette couvée post-soixante-huitarde se niche une délicate mélancolie de fin d'enfance (qui a fait pincer la bouche au critique des Cahiâis. -entre parenthèses ceux-là ils commencent sérieusement à m'agacer je ne renouvellerai pas l'abonnement-), oui, un certain désarroi.Mais sans ostentation.  Et que tous (toutes devrais-je dire) actrices et acteurs sont au diapason de cette chorale pas toujours accordée mais tellement touchante (un mot en passant sur la musique, qui est signée Thylacine et qui tient divinement son rôle, et aussi, tiens une petite chorégraphie entre frères et soeur qui m'a spécialement touché -tiens ça c'est vrai, je n'arrête pas de voir des films avec dedans au moins une petite scène de danse qui m'émeut...).
Cerise sur le gâteau (n'en jetez plus!) le film est à QV (le père puis un des fils...), mais sans ostentation non plus (à l'image du désarroi cité plus haut) et ça aussi ça me touche (ne nous voilons pas la face).
Animal on est mal chantait il y a longtemps Gérard Manset, mais dans le cas présent,  dans le zoo gentiment déglingué d'Antony Cordier on est bien. Tellement bien.
C'est pour ça que je ne pouvais intituler ce post que de cette façon (et le titre m'est d'ailleurs venu très tôt en regardant le film...)

0692248

Posté par chori à 06:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 1 février 2018

janvier 2018

lundi 1er (à la maison)
journée pyjama, j'envoie des voeux groupés par sms (la première fournée fonctionne mais la seconde ne veut rien savoir) et je fais un gâteau-cocotte tout à fait raté. Vive la nouvelle année!
mardi 2 (chez des voisins)
invité pour "un repas de restes" qui se révéla encore plus pantagruélique que le réveillon (à tel point que j'ai eu du mal à finir mon assiette et que je n'ai pris ni fromage ni dessert)
mercredi 3 (devant la maison des associations)
le matin, queue de tempête, (ciel noir vent violent) en sortant de la voiture j'ai du mal à marcher face aux bourrasques (comme dans les films)
jeudi 4 (dans mon bureau)
enfin fini par retrouver ce fameux Problemski Hotel que j'avais initialement acheté pour l'offrir en cadeau pour Noël mais que j'ai préféré gardé pour le lire, que j'avais perdu depuis, et que je cherchais frénétiquement : il était posé sur l'imprimante
vendredi 5 (à l'Hermitage)
Pour le repas de Bonne Annè, on a bien mangè, et beaucoup rigolè, en partant de la chanson où Fromet se moque de Damien Saez qui dit des è à la place des é (avec Emma et Dominique)
samedi 6 (Cuse)
résultat des trois parties de scrabble avec Dominique et Catherine : en 2017, j'aurais dit "J'en ai perdu deux sur les trois...", mais  en 2018 je dis "On en a gagné  une chacun..."
dimanche 7 (cam4)
un après-midi assez plaisant en compagnie (virtuelle) d'un nounours hétéro breton plutot rock, qui propose des quizz musicaux (blind tests, plutôt), et donne des récompenses quand on trouve les bonnes réponses...
lundi 8 (rions un peu)
à la maison, avec mon téléphone, c'est un peu comme ma vie : difficile de répondre aux appels. Quand je suis en haut il est en bas, et réciproquement ; et si par hasard je l'ai dans ma poche, soit la sonnerie est coupée soit la batterie est déchargée (ou bien juste personne n'appelle)
mardi 9 (tour du lac)
c'est seulement après l'avoir terminé que Geneviève nous apprend qu'on aurait pu dépenser encore plus de calories si on avait bu de l'eau pendant qu'on marchait
mercredi 10 (à la cuisine)
étrenné ma nouvelle toile cirée blingbling avec Manue, qui, rituellement, a apporté une -rituelle- petite galette (et cette année c'est moi qui ai eu la fêve)

jeudi 11 (entregent)
grâce à Zootrope, j'ai le plaisir de voir en avant-première (et dans mon fauteuil) le très beau Enquête au paradis, de Merzak Allouache (dans un très beau noir et blanc)
vendredi 12 (chez les voisins)
Je suspecte ma voisine (qui commence à grisonner) de m'avoir suspecté de me faire un régé quand elle m'a fait remarquer qu'elle trouvait que j'avais les cheveux bien foncés
samedi 13 (à la cuisine)
c'est très long de décongeler une bouteille plastique d'1,5l remplie entièrement de soupe (ça a pris la journée, et il a fallu, sur la fin,  avoir recours au radiateur)
dimanche 14 (sur l'ordi)
je me récompense pour avoir résolu tout seul un problème de logiciel à remplacer en regardant coup sur coup Logan Lucky et Happy Birthdead (après, du coup, j'ai un peu de mal pour Atlal)
lundi 15 (film)
arghhh! en me rendant le dvd de Princess Bride que je lui avais prêté, Alex m'apprend que la présentation Ecole & cinéma, que nous devons co-assurer, est pour demain soir ("Mais ça te laisse une journée...", conclut-il, optimiste)
mardi 16 (au courrier)
reçu ce jour un marque-pages en érable (véritable) avec imprimé DESSUS TOURNE LA PAGE, et au verso les voeux de Dominique, ce qui m'a touché
mercredi 17  (maison des assoc')
cette mini-tempête de neige, qu'on regarda se déchaîner par la fenêtre durant notre réunion de programmation, mais dont toute trace avait déjà disparu lorsque nous sommes sortis
jeudi 18 (fjt)
ce petit dessert (meringue blonde sur mousse coco avec un trait de chocolat) qui m'avait fait envie mais que, raisonnable, je n'ai pas voulu prendre, et qui pourtant, quand je suis revenu à la table avec les cafés, m'attendait à ma place (merci Catherinechounette)
vendredi 19 (sur la route)
Vécu en vrai une situation dont je rêve assez souvent (et qui donc me panique un chouïa...) rouler sur une route  inondée, (passer au ralenti en serrant les fesses pour que le moteur ne soit pas noyé juste au milieu), mais c'est la faute aux Rodesch' qu'on suivait d'un peu loin, et qu'on avait vus, eux, passer sans encombre (et sans ralentir), faisant fi du panneau l'annonçant...
samedi 20 (au téléphone)
y conversé longuement ce matin (mes amies m'appellent) d'abord avec Malou (surtout de cinéma) puis avec Dominique (qui m'annonce le décès de Claude R.)
dimanche 21 (bibliothèque)
Re-commencé à tenter de la ranger, en mettant au même endroit tous les livres que je n'ai pas lus (il y en a beaucoup), mais il n'y a plus assez de place
lundi 22 (dans la voiture)
une averse violente, la nuit tombée, les  éclairages urbains, autant de bonnes raisons de rester assis là et de photographier les gouttes sur les vitres (avec mon téléphone)
mardi 23 (fjt)
je l'avais demandé au cuisinier, et ce midi il était là, ce tiramisu qu'il affirma avoir préparé spécialement pour moi, et que je ne pouvais pas ne pas prendre (d'autant que Catherine a très gentiment proposé de me l'offrir)
mercredi 24 (au cinéma)
à la séance de Logan Lucky, je rencontre d'abord Jacky, qui change de place pour se rapprocher de moi, puis Régis, qui lui aussi change de place pour venir s'asseoir à côté de moi
jeudi 25 (timing)
en regardant l'heure quandje suis sorti de chez Marie j'ai vu que mon téléphone affichait 15h35, et je me suis souvenu que la séance de Certaines femmes était à 15h45, nickel, j'ai interprété ça comme un signe (et j'y suis allé)
vendredi 26 (au courrier)
je reçois, en réponse à mes voeux, une belle photographie d'inondation de mon ami Philou (pour redoubler l'effet "que d'eau", la carte et l'enveloppe ont été mouillées, par on ne sait quels embruns)
samedi 27 (tarot)
des fois j'aimerais bien que tout soit toujours aussi facile (et jouissif) que cette partie où j'ai pris avec un bout (le 21), j'en ai retourné un deuxième au chien (l'excuse), et pris le troisième en chassant (le petit)
dimanche 28 (zique)
reçu internetesquement de la part d'Emma le dernier cd des Inrocks où se côtoient pas mal de jolies choses qui font du bien aux oreilles
lundi 29 (z'habits)
la configuration la plus incommode pour marcher en ville : un jean un peu trop large (celui qui me fait croire que j'ai maigri, hihi) avec un slip un peu trop court (à chaque pas ou presque on passe son temps à remettre le pantalon en place et à remonter l'élastique du slip)
mardi 30 (csg)
ah les fumiers ah les pourris! ils nous ont augmenté juste pour pouvoir nous prélever encore un peu plus! Les rats! Presque 50€ envolés chaque mois!
mercredi 31 (résolution)
eh voilà déjà tout un mois où j'aurai tenu bon sans acheter de livres (du coup je m'offre trois films d'affilée au Victor Hugo)

Posté par chori à 07:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
mercredi 31 janvier 2018

festival téléramuche 2018

013
LE GRAND MÉCHANT RENARD
ET AUTRES CONTES
de Patrick Imbert et Benjamin Renner

C'était bien, pour commencer le Festival Téléramuche, d'aller justement voir le seul film que j'avais pas encore vu : un film d'animation "jeune public" que je ne serais pas forcément allé voir autrement (malgré un avis très enthousiaste de Marie). Eh bien j'avais tort (ou plutôt j'aurais eu tort) car ça m'a enthousiasmé : il y avait longtemps que je n'avais pas ri autant (et de si bon coeur) à un film. Tout m'y a enchanté : d'abord la présentation "théâtrale" des trois histoires qui composent le film, ensuite chacune des trois histoires (celle du bébé, celle du renard, et celle du Père Noël), chacun des personnages de chacune des histoires (le trio cochon/lapin/canard pour la première, le renard, la poule, les poussins, et le loup pour la deuxième, un peu tout le monde pour la dernière).J'aime la façon dont c'est fait, le graphisme, la musique, et surtout, surtout l'humour... Un grand moment bienfaisant (pour lequel je vous recommande de rester bien jusqu'à la toute fin du générique...). Du bonheur...

412951

*

014
LOGAN LUCKY
de Steven Soderbergh

...qui a été suivi par encore du bonheur puisque j'ai enchaïné avec ce film, que j'avais l'avantage de connaître (je l'avais vu sur mon ordi, mais il fallait que je le vois "en vrai" dans le bôô cinéma... Merci Téléramuche!). J'adore la construction, la façon dont sa démarre tout doux plan-plan (quasi mou-mou) et dont ça met les gaz progressivement. un peu comme un jeu vidéo, où on changerait plusieurs fois de niveau, et où ça serait à chaque fois encore plus réussi, encore plus emballant  que le niveau précédent... Plutôt comme une fusée qui largue successivement ses éléments. C'est intelligent, c'est drôle, c'est malin, et ça réussit même à vous surprendre! (rarement la fin d'un film m'aura autant enthousiasmé!)

1067008-ll_00023jpg

*

015
CERTAINES FEMMES
de Kelly Reichardt

En parlant de fin enthousiasmante, justement... J'y suis retourné. Et c'est toujours aussi bien. Aussi bien filmé, aussi bien raconté, aussi bien ressenti. J'aime ces trois histoires de femmes (avec un gros faible pour la troisième, qui me semble à chaque fois miraculeuse dans sa concision et ses non-dits parfaits. prace que l'amour c'est ça aussi. Et j'ai la larme à l'oeil, bien sûr, parce que j'aurais bien pu vivre des trucs semblables, même si je ne suis pas palefrenière...) Un regard extrêmement attentif  de la réalisatrice qui scrute une petite ville du Montana...

certaines_femmes_4

*

016
AMERICA
de Claus Drexel
(en avant-première)

... comme le réalisateur scrute ici une petite ville de l'Arizona et ses habitants, interviewés "sur le vif" dans un dispositif qui rappelle le grinçant/glaçant Safari d'Ulrich Seidl (où des affreux jojos témoignaient face caméra de leur amour de la chasse, de leurs gros fusils et du plaisir qu'ils éprouvaient à tuer). L'Amérique dite "profonde" : flingues, route 66, whisky, rednecks, bikers, les démocrates vs les républicains, et l'ombre menaçante du vautour nommé Donald, attendu par la plupart comme le messie. Terrifiant. Claus Drexel insère entre ces témoignages des images très belles (cadrage, lumière, composition) d'une Amérique qu'on (re)connaît aussi par les photos et dans les films (sans gens, c'est encore mieux), de la même façon qu'il avait déjà magnifié ses rencontres avec des sans-abri dans la nuit glacée parisienne de Au bord du monde, mais de façon ici beaucoup moins forte.

KEJ9z1A99VgnIxqpOnFAmH19izQ

*

Posté par chori à 06:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
lundi 29 janvier 2018

que d'eau

(lumière de merde, sorry)

DSC03900

DSC03887

DSC03886

DSC03875

DSC03874

DSC03890

DSC03872

DSC03869

DSC03870

DSC03904

Posté par chori à 10:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
vendredi 26 janvier 2018

chantier

012
WESTERN
de Valeska Grisebach

Un film d'hommes. Un vrai film d'hommes, les vrais. Testostéroné (tabac, sueur, muscles,  gnôle - bière aussi-, armes) sans conteste. Avec des gros engins de chantier, des 4x4 et des camions pourris, des pick-up boueux, des caïds, des aspirants caïds, des mafieux locaux, des joutes viriles, des combats de oui c'est moi qui ai la plus grosse, des couteaux à cran d'arrêt, des fusils.
Un film d'homme(s), oui, réalisé par une femme (Valeska Grisebach, réalisatrice de Sehnsucht, et co-produit par une autre femme (Maren Ade, la réalisatrice de Toni Erdman). Et on les en remercie toutes les deux. Tellement c'est bien vu.
Etude comparée de spécimens d'homo bourrinus germanicus (les visiteurs) et d'homo bourrinus bulgarus (les locaux), qui ne sont finalement pas si différents que ça, et qui vont s'affronter dans un match aux règles pourtant immémoriales (mais qu'on a du mal à énoncer précisément tant elles relèvent de l'implicite et du non-dit), dans une compétition virile dont on devine  les enjeux, mais dont on a du mal à comprendre les subtilités quand on n'y joue pas (un peu le principe du cricket -quoiqu'un peu chochotte en apparence, le cricket hinhin -, non plutôt un sport de combat bien éclatant (au sens propre), bien relou, genre total fighting, mais qui se jouerait par équipes).
Donc un groupe de travailleurs allemands débarque en Bulgarie pour un chantier (destiné à on ne sait pas trop quoi, il est question d'infra-structures), s'installe à l'écart du village dans son baraquement, et se confronte à la population locale, d'abord de loin en loin (phase d'observation) puis d'un peu plus près (phase de marquage de territoire) puis d'encore plus près (phase de reniflage), jusqu'à l'encore encore plus près (phase de contact -main serrée ou poing dans la gueule c'est selon-).
Le titre Western n'est pas fortuit, il est revendiqué par la réalisatrice (car je le redis ce film couillu est un film de femme), c'est la structure même du genre qui fait l'architecture du film (les lieux les personnages et les actions) : le village, le saloon, l'arrivée des étrangers, (il y a même un vrai cheval -blanc- qui est justement au centre de l'histoire), le poker, le whisky, les outlaws, les bagarres, le duel, le cow-boy solitaire, le sachem, les papooses... (je pourrais continuer la liste).
Se rajoute au récit un élément majeur : la barrière de la langue.
Les allemands parlent allemand et les bulgares bulgare (c'est logique) et si chacun communique -souvent frustement- avec ses congénères, il a beaucoup de mal à échanger avec ceux d'en face.  Le spectateur est ici en position de force, puisqu'il est le seul qui comprenne tout ce qui se dit de part et d'autre, les protagonistes n'en saisissant que la moitié, ou plutôt l'idée principale (même si souvent à contre-sens) (je n'ose pas imaginer qu'il puisse exister une copie en vf de ce film, qui perdait alors tout son sens), le seul ou presque puisqu'il y a tout de même un ou deux bulgares qui baragouinent l'allemand (tandis que,- étonnamment ? - ça ne fonctionne pas dans l'autre sens).
Et je trouve que c'est une idée superbe de décrire (d'écrire) par le détail toute cette (non-)communication. Ces tentatives de dialogues ou chacun essaie de comprendre l'autre, souvent en vain. Il y en a un qui fait plus d'efforts que les autres, parmi le groupe des maçons germains, pour communiquer avec les bulgares, c'est Meinhard (c'est lui le lonesome cowboy), un légionnaire pas très bavard, qui va pourtant réussir le premier à s'approcher des autochtones, et à s'en faire accepter.
La deuxième bonne idée, c'est la façon dont le film est tourné et monté. on assiste, à un moment, à la construction d'un mur de pierres sèches, et c'est exactement le sentiment que donne le film. Chaque plan est un bloc narratif autonome, avec sa taille et sa position propres, on le pose là parce qu'il doit aller là, et il n'y a pas de ciment pour les jointures, on passe de l'un à l'autre, comme ça, il y a des interstices, des vides, des manques, mais c'est comme ça. On n'a pas de moellons bien calibrés bien empilés bien cimentés. Pour un édifice bien d'équerre. Non, on a affaire à une construction instable, mettant en jeu des matériaux (humains) disparates, qui s'agencent tant bien que mal entre eux, un édifice narratif dont on assiste à la mise en place progressivement, sans savoir à l'avance quelle en sera l'apparence définitive.
De la même façon, beaucoup de scènes se déroulent sans qu'on soit vraiment sûrs de la façon dont elles vont finir (et, souvent on ne le saura pas), on est souvent inquiet, la tension monte souvent, on est rarement rassuré (même si, justement le pire -ce qu'on redoute- n'arrive jamais -ou presque-).
Un film fort. (Et encore une scène finale de danse collective qui m'émeut.)



4588971

Posté par chori à 06:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
jeudi 25 janvier 2018

what is boudin ?

011
NORMANDIE NUE
de Philippe Le Guay

On l'avait pourtant en sortie nationale, mais l'enthousiasme initial (après le pitch et la bande-annonce) s'est un peu émoussé, puis progressivement ratatiné (surtout quand j'ai su, soyons honnête, qu'on n'en voyait pas le bout de la queue d'une, comme on dit -je veux parler bien entendu de QV-)
Et ce samedi après-midi de temps de merde, après Coco, je me suis laissé tenté (ce sont finalement Malou, le matin, puis Gigis, à midi qui m'ont téléphoniquement décidé). Malou avait plutôt bien aimé, et Gigis beaucoup au début mais pas du tout à la fin. Je suis d'accord avec les deux.
Les habitants de Mêle-sur-Sarthe, en majorité des paysans et des éleveurs sont au bord de l'asphyxie économique (comme la majorité des paysans français, d'ailleurs) et leurs révoltes (et leurs tentatives de faire parler d'eux) n'baoutissent pas. Jusqu'à ce qu'un célèbre photographe américain, qui photographie les gens à poil in situ ne passe fortuitement par chez eux et ne s'entiche photographiquement d'un pré, dans le quel il souhaite prendre en photo tous les habitant(e)s, à poil bien entendu. Dans le village, on est moyennement chaud, mais le maire (François Cluzet -un chouïa en roue libre -de tracteur bien entendu) va faire le forcing pour décider tout le monde. Le champ en question pose déjà problème, puisqu'il est disputé immémorialement entre deux familles dont les descendants (Philippe Rebbot, un chouïa en surjeu, et Patrick d'Assumçao, un poil en sous-jeu) continuent avec obstination de s'entre-détester, et le film continue en se subdivisant en plusieurs histoires (le couple de bobos parisiens venus retrouver la vraie vie à la campagne, le jeune imprimeur- coureur cycliste déçu revenu pour liquider le magasin de photographie de son père, le boucher qui ne veut pas que sa femme (qui fut Miss Calvados) pose pour "la" photo) qui accompagnent ou contrecarrent l'intrigue principale.
Et c'est vrai que ça fonctionne plutôt bien. Jusqu'au dernier quart d'heure du film, qui vire, il faut bien le reconnaître (spécialité du Perche oblige ?) en joyeuse eau de boudin. comme si le réalisateur (ou les scénaristes -ou les producteurs ?-) avai(en)t soudain décidé que, morosité de début 2018 oblige, il fallait absolument que tout se termine bien, Et allez-donc les gros sabots, on prend toutes les lignes, et on coche les cases "youp la boum, hop! ça finit bien" les unes après les autres. C'est dommage. Ca n'apporte rien au film, et ça met juste le spectateur mu (moi, donc) un peu mal à l'aise.
Mais on sort de la salle avec une pensée émue pour tous les acteurs, et, tout autant, pour la beauté des paysages du Perche auxuqels le cinéaste, visiblement, a été sensible...
Et une salve d'honneur pour Grégory Gadebois, qui dans le rôle du boucher sanguin et bourrin, livre -une fois de plus- une interprétation de haut-vol, et toute en demi-teinte, ce qui est encore plus fort (et, tiens, j'ai repensé justement au boucher -et à sa femme- des Habitants, d'Alex Van Warmerdam, que je vous engage énergiquement à voir -ou à revoir-.

4754277

 

Posté par chori à 06:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]