dimanche 11 juin 2017

batticuore

107
MISTER UNIVERSO
de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Oh le beau le fort le simple le touchant le délicieux l'adorable film...
On y suit Tairo, un jeune dompteur, (qu'on avait déjà rencontré, plus jeune, dans La pivellina, le film précédent des deux realisatrice/teur, situé dans ce même univers des forains), Tairo qui est très embêté lorsqu'il s'aperçoit qu'on lui a volé son fer à cheval porte-bonheur, que avait offert, lorsqu'il avait cinq ans, un hercule de foire, (le Mister Universo du titre), juste après l'avoir plié (le morceau de fer) sous ses yeux. Et sans son porte-bonheur, Tairo ne peut assurer son numéro...
Le voilà donc qui prend quelques jours de congé, sa vieille bagnole, et part sur les routes italiennes pour retrouver le fameux Mister Universo en question. Passe chez sa mère, puis sa tante, pour dire un petit bonjour mais surtout tenter, mine de rien, de retrouver la trace du monsieur (pas question de perdre la face en avouant qu'il est désormais sans porte-bonheur). Pendant ce temps, Wendy, la fiancée de Tairo, une jeune contorsionniste (on l'apprendra à la fin du film en la voyant accomplir son numéro) fait ses recherches de son côté, pour venir en aide à Tairo...
Comme dans La pivellina, la part belle est faite au documentaire (la vie des forains, de Tairo, de Wendy, du petit cirque, d'une Italie "réelle") qu'on a, pour l'occasion, juste un peu entortillé avec le mince fil doré de la narration. Tairo et Wendy, les personnages principaux, sont vraiment Tairo et Wendy, à qui les réalisateurs ont fait jouer une histoire qui aurait pu leur arriver "pour de vrai"...
C'est vrai que Tairo est, au départ, un personnage magnifiquement attachant, juste en étant lui, pas besoin d'en faire des caisses, et dès les premières secondes du film, la magie opère. On est emporté, on n'y peut rien, on se laisse aller et c'est délicieux. il y aurait là-dedans sans doute une magie mystérieuse, rudimentaire, comme celle qui fait monter une route qui a l'air de descendre (à moins que ça ne soit le contraire) ou transporter les offrandes déposées au fil de l'eau à l'envers du courant.
C'est le film entier, comme ça, mine de rien, qui serait une offrande magique.
Quand les lumières se sont rallumées, on avait, tous les trois, les yeux brillants même si un peu rouges, de cette belle et bonne émotion qui vous laisse, béat, sur votre siège, à prendre le temps de reprendre vos esprits devant cette belle histoire de porte-bonheur.
Top 10, et voilà.

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jeudi 1 juin 2017

mai 2017

1er mai (Gy)
quelques légères tensions, me sembla-t-il, vers la fin de cette partie de Mixmot.  Peut-être faudrait-il préciser davantage cette notion de champ lexical ?
2 mai (devant le cinéma)
quel plaisir de voir à vingt deux heures et quelques, tant de visages connus, sortant, souriants, du film de Kaurismaki (nous étions trois à sortir de Grave) et partageant alors leurs émotions
3 mai (parking)
ce long camping-car qui démarre, avance au ralenti, et s'interpose, juste au moment où le routier descendait de son camion,  m'empêchant ainsi de le photographier
4 mai (dans ma bibliothèque)
trouvé sur le rayon ce livre que ne me souviens ni d'avoir acheté ni d'avoir lu, Le jardinier de Sarajevo, et dont je savoure ensuite chacune des nouvelles
5 mai (Super U)
acheté -parce qu'il était soldé- un légume dont je ne connaissais pas le nom, et qui s'avéra être du céleri-rave, dont les tiges n'avaient pas été coupées
6 mai (à droite du portail)
Mon premier (et rituel) bouquet d'iris, sur la table de la cuisine (je ne coupe que ceux qui sont à terre)
7 mai (Orange City)
Quelle excellente idée de diffuser Pater, d'Alain Cavalier, juste au moment de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle!
8 mai (insomnie)
J'en ai profité pour me plonger sérieusement dans N'essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell, bouleversant
9 mai (parking)
ce camarade de jeux d'antan, que je n'avais pas vu depuis un certain nombre d'années, m'a fait remarquer que j'avais pris du ventre de façon conséquente (oui,il avait raison, que pouvais-je répondre ?)
10 mai (parking, encore!)
Grand soleil. Le travelo est sorti de sa camionnette et s'est installé à l'ombre. Assis à la table de pique-nique, il est en train de cirer ses bottes...
11 mai (mail)
Sleep well beast, le nouvel album de The National, sortira le 8 septembre prochain. Le groupe jouera au Festival Pitchfork, les 2,3 et 4 novembre à Paris (unique date française)
12 mai (magasin bio)
Suivant les conseils de Nelly (très en forme ce midi-là) suis allé acheter des citrons bio et du cumin, bio lui aussi
13 mai (à table)
il m'a semblé voir une fourmi se carapater dans le fond de l'assiette de fraises que j'étais en train de manger
14 mai (sur la table du salon)
observer la façon dont le bouquet d'iris se délite progressivement : comment les fleurs se fanent puis quasiment se liquéfient
15 mai (blender)
parmi toutes les cerises dénoyautées congelées de ce paquet, il en resta pourtant une qui ne l'était pas, et que  j'identifiai au bruit de son noyau  se cognant contre contre les parois de l'appareil
16 mai (dans la maison)
un inquiétant surgissement de grosses mouches bleues que j'éradique l'une après l'autre sans pitié avec ma raquette électrique
17 mai (cinéma)
aller voir le film de Desplechin à la séance de 20h30, en même temps que celle (d'ouverture)  du Festival de Cannes
18 mai (dehors)
la nouvelle météo : un jour où il fait trois fois plus chaud suivi de trois jours où il fera une fois moins froid (grosso-modo)
19 mai (marchand de primeurs)
Pastèque, tomates, abricots : faire des courses quasiment estivales (alors que le temps ne s'y prête plus vraiment)
20 mai (cuisine)
boire, au réveil, un citron chaud & réaliser, bien plus tard, qu'on avait oublié d'y mettre le jus de citron
21 mai (Echo System)
Un magnifique concert de H-Burns, groupe dont chacun des quatre musiciens a le look d'un style de musique différent (batteur chevelu hard-rockeux, bassiste barbu à casquette façon rock sudiste, claviers gominé à t-shirt rouge new-wave, et chanteur tout simplement )
22 mai (chez la voisine)
un apéro dépaysant : écouter des descriptions de temples de l'Inde du sud écrites par Pierre Loti tout en croquant des chips d'algues des mers de Corée (au prix prohibitif)
23 mai (vpc)
Vendu "Les meilleurs de titres de Libération" à une certaine Madame Libération!
24 mai (Besac)
retrouver, à quelques heures d'intervalle le tremblement qui secouait (violemment) le corps d'Emily Dickinson, au cinéma, dans le corps d'un des danseurs de Wormhole, à L'Espace
25 mai (Noz)
un cadeau idéal pour la Fête des Mères : 2 éponges à gratter, une argentée et l'autre dorée (0,99€)
26 mai (Echo System)
J'ai pris plusieurs vidéos sur mon téléphone du (très bon) concert de God is an astronaut. La qualité d'image est parfaite, mais j'ai oublié de mettre le son. Des vidéos de concert (bruyant) silencieuses. Pffff...
27 mai (Grattery)
comme pour parapher la partie de scrabble que nous étions en train de terminer, une hirondelle (c'est plus élégant qu'un moineau) m'a chié sur le bras. Plitch!
28 mai (table de la cuisine)
visiblement les fourmis raffolent de la pastèque : sur ce quart  y laissé  pendant la nuit, pourtant emmailloté de  film alimentaire, elles grouillaient ce matin, par centaines
29 mai (dans l'entrée)
une pause-détente inattendue pour, donc, "détendre" cet autre camarade de jeux, débarquant à l'improviste (en short et en sueur), pour souffler après un petit trot de 10km...
30 mai (cinéma)
Claude W. découvre qu'il n'y a effectivement aucun nom pour définir un film qui n'est ni un drame, ni une comédie.
31 mai  (parking)
c'était bien un signe de connivence que m'adressait ce routier, depuis derrière son camion, mais je ne l'ai compris que trop tard

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mercredi 31 mai 2017

je suis votre kangourou

106
EMILY DICKINSON, A QUIET PASSION
de Terence Davies

J'aime beaucoup Terence Davies, depuis fort longtemps,  je le dis et le répète, et je continue de penser que c'est un grand cinéaste très injustement mésestimé. Je l'ai découvert avec ses premiers films prolo/brittons (Distant voices, The long day closes), où j'avais été émerveillé par les personnages qui si souvent chantaient. du cinéma social, mais avec des gens qui chantent. ensuite, il a adapté des romans (oh la sublime adaptation de La bible de néon, avec Gena Rowlands et des reflets partout...) avant d'aborder une troisième époque, celle des films "en costume" (House of Mirth, The Deep blue sea).
Comme son titre (français) l'indique, il s'agit d'un biopic de la poétesse en question (que je connaissais juste de nom sans l'avoir jamais lue), et ce qui est rigolo, c'est que, connaissant Terence Davies et vu le style du film, des décors et ses costumes, j'ai cru pendant un certain temps qu'il s'agissait d'une poétesse anglaise, alors que pas du tout, elle est américaine et le film se passe aux Etats-Unis.
Des son jeune âge Emily affiche ce qu'on peut définir comme une forte personnalité (voir la première scène dans le pensionnat de jeunes filles virginales et pieuses), et, par la suite, des choix de vie qui le sont tout autant.
Bien que revenue chez papa/maman, elle obtient de son père l'uatorisation de se relever la nuit pour écrire des poèmes, et vit donc ces moments de création nocturne (que le réalisateur fait partager au spectateur), tandis qu'elle vit le jour d'une façon qui lui est tout aussi personnelle : elle semble refuser en bloc à peu près tout : la vie d'une demoiselle, les conventions sociales, la place de la femme au foyer, elle fonce, obstinée. Elle a même décidé qu'elle n'était pas assez belle pour être courtisée et donc se détache des visites de galenterie et de courtoisie codifiées pour la circonstance (alors qu'intérieurement, elle n'est que désir et incandescence). On a donc droit à une scène sublime, où, après avoir -sans l'avoir autorisé à la voir, juste à l'entendre- éconduit un damoiseau particulièrement joliet qui venait la solliciter pour une promenade, elle s'abandonne à une rêverie délicieuse (accompagnée d'un chant tout aussi particulièrement magnifique, que je n'ai hélas pas identifié au générique).
Plus le film passe et plus Emily intransige (avec son frère, notamment), au fil des deuils et souffrances divers qui viendront émailler le récit.
Et le réalisateur a la terrible -mais délicieuse- idée de terminer avec  Question without answer de Charles ives, qui m'avait déjà fait pleurer dans Valley of love (il s'agit là d'une version juste pour cordes, sans vents, me semble-t-il) et donc ça n'a pas loupé : encore une fois les larmes me sont montées aux yeux.

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il semblerait qu'il n'y ait que dans la salle de cinéma qu'il porte le nom d'Emily Dickinson...

 

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mardi 30 mai 2017

taxi téhéran

105
UN JOUR NOUVEAU
de Reza Mirkarimi

Tombé dessus tout à fait par hasard (et sans rien en connaître) par le biais d'un lien de visionnement viméo gracieusement envoyé par le distributeur (merci Zootrope). Le héros, un délicieux papy iranien (à la barbe rase et à l'oeil de gazelle) est un -peu bavard ni amène- chauffeur de taxi iranien. Une jeune femme, visiblement mal en point, lui demande d'abord de l'emmener à l'hôpital pour y accoucher, ensuite de l'accompagner pour y entrer car il n'est pas envisageable qu'elle puisse le faire toute seule (là-bas ça ne rigole pas avec les "droits" de la femme et la toute-puissance de leurs maris, une femme ne peut entrer seule à la maternité pour y accoucher sans être accompagnée de son mari, c'est comme ça). Younes (le chauffeur de taxi) s'exécute donc, et l'enchaînement des circonstances va le faire prendre pour le mari de la jeune femme. il va alors s'agir d'attendre, pour les formalités, pour la paperasse, pour les différents examens et interventions qui vont suivre. Younes est pris pour le mari, joue le jeu et ne fait rien pour détromper ses interlocuteurs. Le film restera vague et peu explicatif sur les pourquoi et les comment (ce qui est arrivé à la jeune femme, mais, tout autant à propos de Younès, du reste de sa vie, en dehors de l'hôptal et de son taxi, qui restera, de la même façon presque complètement hors-champ), et se concentre sur le maintenant, la succession des instants présents et des lieux qui les contiennent (beaucoup de portes qui s'ouvrent et se ferment, de vitres, de parois, de reflets).
Le film est centré sur un personnage féminin, qui est comme un écho d'un regard plus vaste, sur la condition féminine en Iran aujourd'hui (c'est le titre original du film), condition qui n'est pas la plus souriante qui se puisse envisager. On les verra ainsi toutes, dument enfoulardées (pas un cheveu qui dépasse), à la fois victimes des institutions et donnant parfois l'impression de perpétuer  elles-mêmes cette oppression. L'autre rôle féminin principal du film est d'ailleurs celui de l'infirmière-chef, que le réalisateur sait plutôt subtilement nuancer et faire évoluer tout au long de son film.
Un film sur les non-dits : non seulement à propos des personnages principaux, mais bien aussi ceux d'un pays tout entier, aujourd'hui, où la liberté des réalisateurs ne tient d'ailleurs bien souvent qu'à un fil (ou un poil de barbe d'imam).

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lundi 29 mai 2017

cannes17

(je ne manque jamais la cérémonie de cloture du festival de cannes -otons les majuscules ça va plus vite- et hier soir donc j'étais sur mon canapé, en tenue légère, à l'heure dite...)

Laetitia Casta oups pardon Monica Bellucci ouvre la cérémonie, en finissant son allocution sur la condition féminine dans le cinéma.
Caméra d'or : Sandrine Kiberlain a une tenue très fermée à l'avant, évoque "son" jury et "son" gouvernement
La réalisatrice de Jeune Femme est très émue et monte sur scène avec Laetitia Dosch à qui elle fait quasiment une déclaration d'amour
Palme d'or du court-métrage :
Christian Mungiu est tout petit  à côté d'Uma Thurman
Le grand réalisateur finlandais croit que c'est lui qui a gagné, se lève, remercie, mais n'a qu'une mention spéciale, il se rassoie
Le jeune réalisateur chinois à cheveux longs, primé pour Une nuit douce, dit juste "fucking amazing" avant d'aller se faire photographier
Benjamin Biolay vient chanter, avec piano et bandonéon (et plans de coupes sur plusieurs membres du jury qui ont l'air de se faire poliment chier)
Prix du scénario : deux ex-aequo
Lynne Ramsay pour You Were Never Really Here (qui sera assez brève), avec plan de coupe sur Joaquin Phoenix, impassible
Yorgos Lanthimos pour  Mise à mort du cerf sacré (qui sera très bref) avec plan de coupe sur Ariane Labed, rayonnante
Prix du Jury : Faute d'amour
Guillaume Galienne fait de la lèche à Almodovar
Zviaguintziev remercie le jury, et en particulier Will Smith ("qui existe vraiment..")
Prix d'interprétation féminine : Diane Kruger
Irène Jacob parle des actrices et cite Michel Berger (la groupie du pianiste)
Fatih Akin fait "yessss!" avec ses poings dans la salle.
Diane Kruger remercie "Fatih, son frère", qui acquiesce depuis la salle
Prix d'interprétation masculine : Joaquin Phoenix
Jessica Chastain n'a pas dit quelque chose qu'aAlomdovarchounet attendait qu'elle dise, il le lui fait remarquer
Joaquin Phoenix met du temps à réaliser que c'est lui
Il s'excuse de ne pas parler français et de n'avoir pas prévu ça du tout , la preuve : il montre qu'il est en baskets, et pas en chaussures vernies
Prix de la mise en scène : Sofia Coppola
(qui n'est pas là, mais Maren Hade lit un petit texte de sa part, où elle finit en remerciant son pôpa)
Grand prix du Jury : 120bpm
Costa-Gavras prend toute la place et évince quasiment Agnès Jaoui du micro
il finit son laïus par "on sait se cabrer"
Standing ovation pour Robin Campillo qui fait un speech très émouvant (on se demande comment va être l'ovation pour la Palme!)
Prix spécial du 70 ème anniversaire : Nicole Kidman
(qui n'est pas là, mais minaudera ensuite en vidéo depuis Nashville)
Will Smith (d'une couleur étrange) viendra cabotiner en son nom, l'imitera, puis proposera qu'on le prenne quand même, lui,  en photo
Palme d'or : The Square
Juliette Binoche ne laisse pas Pedro parler, "elle a un truc à dire avant" :
elle prononce le mot lumière dans plein de langues différentes
Le réalisateur (suédois) est très joyeux, esquisse un entrechat sur scène, remercie son producteur qui est le seul producteur à avoir dit que "le film aurait pu être plus long", et fait pousser à la salle entière un cri de joie, selon la tradition suédoise

J'aurai attendu en vain, pendant toute cette cérémonie , que soit prononcé le nom de Hong Sang-Soo...

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samedi 27 mai 2017

l'élan blanc

N'ESSUIE JAMAIS DE LARMES SANS GANTS
de Jonas Gardell

Ce livre, je l'avais acheté dès sa sortie, conjonction d'un reliquat de chèque-cadeau et du fait que j'avais lu tous les romans précédents de Jonas Gardell -dont j'avais même adoré Et un jour de plus-, mais je ne l'avais pas commencé tout de suite. parce qu'il m'impressionnait un peu, par sa taille (600 pages, grand format, écrites plutôt petit) et par son sujet : les premières victimes du Sida à Stockholm, au début des années 80. Etait-il possible, pensais-je, crétinement, d'écrire autant de pages sur un tel sujet ? (oui je vous l'ai déjà dit je peux parfois être, décidément, très con).
Et, finalement, un beu matin, hop!, je me suis lancé.
C'était il y a quelques temps, déjà, mais je viens juste de le terminer. Et les dernières pages sont hallucinantes de force et de beauté. A l'image du reste, d'ailleurs. Je l'ai dit et répété aux gens qui me connaissent, depuis que ma lecture en a commencé, j'ai rarement versé autant de larmes en lisant un roman. Elles surgissent à intervalles réguliers, sans que l'écriture de jonas Gardell soit mélodramatique ou racoleuse ou que sais je encore d'autre. Ce monsieur écrit formidablement bien, et je trouve scandaleux que ce grand -très grand- bouquin soit honteusement passé ainsi à travers les mailles des critiques littéraires et autres décerneurs de prix (mais ils sont, peut-être, simplement, aussi très cons que moi je l'ai été, avant de l'aborder ???)
Deux personnages centraux, Rasmus, qui quitte sa cambrousse natale à 19 ans pour aller faire des études à la capitale (stockholm, en l'occurence), mais avec tout de même quelques arrière-pensées lubriques (il sait qu'il est gay, et veut enfin en profiter), et Benjamin, qui, s'il vit à Stockholm, n'a guère eu encore l'occasion d'en "profiter", puisque
a) il ne le sait pas encore, qu'il est gay
b) il fait partie des Témoins de Jéhovah (comme toute sa famille) et en conçoit d'ailleurs, au moins au début, un immense bonheur.
On va suivre l'histoire de ces deux tourtereaux beaux comme tout, avant, pendant, et après (leur rencontre, qui aura lieu lors d'un réveillon de Noël, chez Paul, un gay flamboyant, une folle d'anthologie, dont on suivra également l'histoire, le reste de la vie, comme celle(s) des autres membres du "collectif gay" qu'il a fondé : Reine, Lars-Åke, Seppo, Bengt...)
J'ai utilisé les mots reste de la vie volontairement car Jonas Gardell ne fait pas que nous évoquer un groupe de mecs gays à Stockholm dans les années 80, il va tout aussi minutieusement nous raconter l'apparition du SIDA, point par point, du début jusqu'à la fin, jusqu'aux fins je devrais dire, puisque du petit groupe de départ, saisi en cette fameuse veille de Noël où tout a commencé pour Rasmus et Benjamin (car il s'agit aussi, et surtout, d'une histoire d'amour merveilleuse), du petit groupe, donc, il n'en restera que très peu à la fin du roman.
Jonas Gardell présente les choses simplement (la vie de famille, "avant", la rencontre, le coming-out, les réactions familiales, la vie commune, les disputes, l'apparition de la maladie, les soins...) et abordera ainsi, successivement, chacun des personnages principaux au cours du roman. dans une approche jamais linéaire, concentrique plutôt,  tricotant passé et présent, tendresse et noirceur, via une écriture fasinante, elle-aussi se déployant entre la sécheresse du constat et le lyrisme de l'incantation.
Six-cent pages, ou presque, en trois parties (L'amour, La maladie, La mort), et, je le répète, j'aurai rarement pleuré autant au cours d'une lecture. Le genre de spasme qui soudain vous étreint et vous coupe la respiration au détour d'une page. J'ai retrouvé tout ce que j'aimais dans Et un jour de plus (la lucidité, l'humour, le lyrisme, l'anticonformisme) mais dans une forme beaucoup plus ample. car la "petite histoire" de Benjamin et Rasmus se niche et s'enracine dans une autre, la "grande", celle des luttes pour la "légalisation" de l'homosexualité, intimement liée, avant, pendant, et après, à celle du SIDA.
On referme le bouquin, sonné, et il reste dans la tête plein de scènes belles et fortes (les cent dernières pages, notamment, en fourmillent, mais on y est peut-être d'autant plus sensibles que'on sait que les personnages vont bientôt nous quitter...)
Un très grand bouquin, à la hauteur de son titre : magnifique.

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mardi 23 mai 2017

laszlo szabo forever

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LES FANTÔMES D'ISMAËL
d'Arnaud Desplechin

Ça c'est étonnant : la bande-annonce raconte un film, mais qui n'est pas celui qu'on va voir. Enfin, pas exactement. Qui n'en serait qu'une petite moitié. On savait qu'Ismaël avait des fantômes (enfin, un(e), surtout), mais on ignorait qu'il réalisait un film sur son frère (c'est une des autres moitiés du film). Et, comme souvent chez Desplechin (surtout dans les derniers films), il y a autant de choses qui me fascinent que de choses qui m'agacent.
Dès le début, si on connaît la bande-annonce, on est désarçonné puisqu'on est embarqué dans l'autre moitié du film (le film, donc, que tourne Ismaël, mais on ne le sait pas encore) avec des diplomates, suppose-t-on, qui parlent d'un autre diplomate, et de son protecteur. Question acteurs, je suis content, puisque je reconnais au milieu du groupe un acteur que j'aime beaucoup, Philippe Fretun, (qui je trouve, vieillit merveilleusement), puis en la personne du protecteur un autre acteur qui m'émeut, le grand Jacques Nolot, très "Ors de la République" en patron matois du Quai d'Orsay.
On découvre que (le jeune) Dedalus est joué par un fringant Louis Garrel avec les cheveux razibus (on n'a pas l'habitude, ça lui va bien). On croit encore qu'il s'agit d'Ismaël, jeune, mais on apprendra plus tard qu'il s'agit de son frère. Ledit ismaël (Amalric, bien sur, on n'est pas chez Desplechin pour rien) nous est présenté avec son amie Sylvia (Charlotte Gainsbourg, divine), et commence alors le film qu'on avait pressenti dans la bande-annonce. Un portrait de Carlotta (hmm hmm) nous apprend que sa femme a disparu 20 ans auparavant et qu'elle a été déclarée morte. On fait alors la connaissance de son vieux père (joué par un exquis Laszlo Szabo qu'ici on révère, n'est-ce pas Pépin?), un vieux cinéaste, qui est le meilleur ami d'Ismaël (qui n'hésite pas à se rendre à son chevet lorsqu'il le réveille en pleine nuit à cause de ses cauchemars). On aura entre-temps entamé le premier d'une série de flashes-back (intitulés "deux ans auparavant", où on apprend comment Ismaël a fait la connaissance de Charlotte (qui est astrophysicienne), qui (les flash-backs) réapparaîtront régulièrement par la suite.
Puis nos tourtereaux sont en villégiature sur une île (Charlotte à la plage, Ismaël dans son bureau) et voilà-t-y pas que réapparaît, surgissant quasiment des ondes (c'est très réussi) la fameuse Carlotta (jouée par une Marion Cotillard qui m'a plutôt surpris, tellement elle a la faculté de ne pas se ressembler du tout, par moments), qui fond sur Charlotte, se présente, et se fait ramener à la maison. laquelle Carlotta a une petite idée derrière la tête, concernat Ismaël, mais ne sait pas trop quoi faire avec son père (laszlochounet) : quand on réapparaît au bout de ving ans, on assume, et on ménage les vieux coeurs fatigués.
Et, comme dans la course de chars de Ben-Hur, tout ça va se mettre à galoper, de plus en plus vite, à se poursuivre, à se rattraper, à se mettre des bâtons dans les roues, à déraper, à s'emballer, à déballer, à remballer... et il est conseillé d'attacher soigneusement sa ceinture si on ne veut pas finir largué comme un vieux paquet soudain tombé d'une malle-poste mal fermée, et abandonné au beau milieu de la chaussée en pleine nuit.
Plusieurs histoires, plusieurs époques, plusieurs conflits... On a l'impression qu'il manque des trucs, que le montage est mucho eliptico (attention, je n'ai pas dit epileptico!) mais  il semblerait que Thierry F. soit intervenu auprès d'Arnaud D. pour lui faire raboter un peu la durée de son film, le faisant passer sous la toise des deux heures alors qu'il en faisait au départ un peu plus, et que cette autre version (orininale) aurait été également distribuée en même temps que celle-ci, dans quelques salles qu'on supposes parisiennes et élitiquement (?) choisies).
Enfin, tel que, ça fait un peu trop chantier cérébral à mon goût, avec connivences universitaires et cinéphiliques (à qui donc peut-ce faire une belle jambe que celui-ci s'appelle Bloom et l'autre Dedalus, hein ? Quelqu'un aurait-il écrit une thèse sur Joyce lorsqu'il était plus jeune ?), ça part dans tous les sens, mais Desplechin oblige, tous les critiques ou presque a-do-rent et révèrent et se prosternent. C'eût été signé de quelque moins panthéonique nom que, j'en suis sûr, des tomates auraient volé (j'exagère à peine) et que des bouches se seraient sans doute  davantage pincées (le "C'est bordélique!" que d'aucuns n'auraient pas manqué de crier se mue alors "C'est un feu d'artifice", par exemple. Et tiens, justement, d'artifice(s), on pourrait d'ailleurs en parler...)  .
On passe un excellent moment, on reconstitue les histoires sur son bloc-note mental, on comble les failles, on colmate les interstices, on surligne les citations, oui, c'est plaisant. On se dit que certaines scènes (de colère, notamment) semblent un poil excessives et surjouées et, pas justes, convaincquent donc moins, mais bon. Dialogues bien écrits, bien mis en place, acteurs excellents (ah je n'ai pas mentionné Hyppolyte Girardot, ni Alba Rohrwacher, ni Bruno Todeschini, qui pourtant le méritent.). On se dit que le traitement de la fin est spécialement désinvolte (plutôt qu'un déroulant nous informant des ultimes péripéties personnelles, il a été jugé plus intelligent de faire lire le prompteur -et faire le boulot- par Charlotte G., assise face caméra, ce qui constitue le comble de l'audace nôôôn ?)
Et on sort, quand même en se disant qu'on préfèrerait un cinéma peut-être moins brillant (clinquant) certes, mais qui se regarderait beaucoup moins complaisamment le nombril...

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lundi 22 mai 2017

taille de guêpe et gros pétard

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LA VENGERESSE
de Bill Plymton & Jim Lujan

Je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, et il s'est hélas déjà presque évaporé. Vu à une séance de retraité (jeudi, 13h45), seul dans la salle, et j'y ai hélas copieusement -et irrémédiablement- dormi, mais pas le sommeil de plomb boum! qui vous assomme pour une plombe, non, le petit sommeil sournois, exaspérant, clic je regarde clic tiens j'avais fermé les yeux clic je re-regarde clic oh mondieumonideu je re-dormais encore.
J'adore le graphisme excessif de Bill Plymton, ces visages et ces corps hypertrophiés, distendus, malmenés, ces personnages improbables, ces méchants d'anthologie.
je me souviens de la scène d'ouverture, ou un méchant retranché dans une chambre d'hôtel se fait arrêter grâce à un faux room service de clopes, de bières, et de magazines de cul
Je me souviens d'une belle brune (la vengeresse du titre) qui conduit des bolides et tire à l'arc
Je me souviens d'une mémé qui manie le taser
Je me souviens d'un ancien catcheur qui n'est pas le philantrope qu'il prétend être
Je me souviens d'un faux réparateur de wc
je me souviens d'un biker qui fait exploser la cuvette tellement il pousse fort
et je vous mets plein d'images tellement je suis morfondu de honte d'avoir si copieusement dormi.

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Revegeance

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samedi 20 mai 2017

qu'angola que l'amour...

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LETTRES DE LA GUERRE
d'Ivo M Ferreira

Un film dont j'ignorais tout avant qu'hervé n'en parle. Antonio Lobo antunes je connaissais juste de nom, mais je n'avais jamais fait l'effort de m'y plonger. Il s'agit ici des lettres qu'il a envoyées à se femme alors qu'il était médecin militaire en Angola. J'avoue que le résumé ne m'en avait pas fait plus frémir que ça et que je m'y suis rendu, cet aprèm', dans le bôô cinéma,  moitié par curiosité et moitié par politesse.
Et vlam! (c'est le bruit d'une claque (ou plutôt vlam! vlam! plutôt le bruit d'une bonne paire) dans la figure, pour figurer à la fois la surprise et l'intensité de celle-ci).
Ivo M. Ferreira a réalisé un film qui m'a mis doublement (voire, triplement) sur le cul. Lettes d'amour, donc D'Antonio Lobo Antunes à son épouse, lettres d'amour quotidiennes, tour à tour lyriques, embrasées, splendides, incandescentes, débordantes. Rien que ça pourrait justifier d'aller voir le film (elles sont lues le plus souvent par une voix féminine -celle de leur destinataire- mais quelques fois, aussi par une voix masculine (celle de l'expéditeur).
Et ces lettres viennent se poser sur les images de la vie de notre médecin épistolier en Angola, au sein d'une guerre où personne en comprend grand-chose. La vie militaire, quotidienne, au ras des paquerettes, filmée dans un noir et blanc à la fois simplissime et grandiose. Et le décalage entre ces deux formes narratives (au terre-à-terre de la vie des bidasses répond le ciel-à-ciel des lettres lues) produit un effet de sidération qui grandit plus le film progresse. Je m'en suis déjà expliqué plusieurs fois auparavant ici même, bien qu'étant un pacidiste convaincu je suis pourtant... séduit, très souvent au cinéma dès qu'il est question des bidasses, troufions et autres piou-pious, mais bien plus dans leur quotidien (le camp, les chambrées, l'inaction, les chaussettes sales, bref le prosaïque) que lors des attaques, représailles, et autres opérations logitisques et guerrières qui ne me passionnent pas vraiment.
Et (la référence m'avait fait peur car je n'avais pas vraiment aimé le film) le sublime noir et blanc à la Tabou (de Miguel Gomes) cisèle à merveille des ambiances à la fois triviales et lyriques (on suit le traintrain d'Antonio, le narrateur, au jour le jour, dans la rusticité moite de son camp à Chiunge, avec sa routine, ses incidents, ses rencontes) que la perfection des cadrages, des contrastes, des angles de prises de vue, viennent encore magnifier.
Et plus encore le texte de ces lettres d'amour, toujours fascinantes, mais dont quelques-unes sont carrément sublimes, tant l'écriture se fait incantation (je pense à une, notamment, qui n'est qu'une longue liste de qualificatifs de l'aimée).
Je m'en suis d'autant plus voulu d'être un tout petit peu tombé en somnolence au tout début du film, et j'ai dû me pincer avec la plus grande énergie pour, par la suite, ne plus en perdre une miette.
"Une splendeur" dit l'affiche, et c'est tout à fait juste.
Encore une fois merci, Hervé.
Top 10, probablement.

043650

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mardi 16 mai 2017

tasse de thé

101
GET OUT
de Jordan Peele

Un petit film sorti d'à peu près nulle part, et exploité en France parce qu'il a rapporté beaucoup de pépètes aux USA. Affiche noir et blanc, simple, efficace (gros plan sur les yeux d'un mec), titre simple (dont on ne sait pas toujours exactement comment le traduire) tout à fait à l'image du film, puisqu'il est question de Noirs et de Blancs (faut-il une majuscule ou pas ?) Le film est en couleur (normal, pour une histoire de noirs et de blanc) et plutôt malin.
Sans surprise dans les surprises, que, justement, il distille à intervalles réguliers, ni dans la construction, (on croit deviner grosso modo ce pourquoi on est venu) mais incontestablement efficace. Après une scène d'ouverture "classique" (mais nocturne et inquiétante), un genre de mise en appétit, on fait la connaissance du héros (le black du regard de l'affiche) et de sa copine (blanche) qui partent en week-end dans la famille de la dulcinée. Comme c'est la première fois, il s'inquiète de savoir si elle a prévenu ses parents qu'il était black, et elle lui assure qu'ils ne sont absolument pas racistes. Ils ont l'air, effectivement, très sympathqiues et ouverts et accueillants et décontractés et souriants. Trop, peut-être, se dit le spectateur habitué à la structure des films "inquiétants".  D'autant plus qu'il hébergent chez eux deux personnages énigmatiques, qui font office de personnel de maison multicasquettes, qui ont la particularité d'être tous les deux noirs et un peu étranges... Le héros se relève la nuit pour fumer discrétos dans le jardin, il va expérimenter diverses choses, toutes aussi étranges.
Car, bien entendu, le week-end ne va pas se passer DU TOUT comme prévu, et je ne peux hélas en révéler davantage, mais il faut reconnaître que c'est bien goupillé, la montée progressive de l'angoisse, les détails mystérieux, les choses qu'on ne comprend pas sur le coup mais qui trouveront une explication ensuite... Vous vous doutez bien que personne ou presque n'est vraiment ce qu'il a l'air l d'être au début du film et que le héros va passer de Charybde en Scylla, et aura besoin de ruser grave (mais bon, normal, c'est le héros, il est fait pour ça , hein) pour réussir à s'en sortir.
Une bonne surprise, donc. (le film passait dans le bôô cinéma, mais uniquement en vf, j'ai préféré ne pas tenter l'expérience, et j'ai préféré attendre que quelqu'un de gentil le mette à dispo sur le ouaibe et en vo, pour le regarder sur mon ordi, samedi bien soir, et j'avoue qu'à la fin j'avais tout de même un peu les pétoches, dans le noir, je suis d'ailleurs descendu voir la fin de l'eurovision pour me changer un peu les idées...).
Un film beaucoup moins anodin qu'on aurait pu le croire à première vue (on pourrait même le qualifier de "politique", si si, à la façon dont le sont les films de John Carpenter, de Georges Romero, ou de Wes Craven) et qui a le mérite de finir "proprement" (il est plus question ici d'éthique que d'hémoglobine, sur ce dernier point, il faut reconnaître qu'il est très salissant), en nous épargnant, en plus, l'habituel et insupportable rebondissement hyperfinal qui vous fait sursauter dans votre fauteuil alors que vous croyiez que tout était fini. Non, là, quand c'est fini, c'est fini. (quoique, en y réfléchissant bien, un petit Get Out 2, non ???)

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affiche américaine

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affiche française

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