lundi 5 février 2018

tout pour plaire

017
GASPARD VA AU MARIAGE
d'Antony Cordier

J'aime bien ce réalisateur, même s'il produit peu (Douches froides et Happy Few) et donc zou! direct première séance de l'après-midi au Victor Hugo. Oh lala ce casting d'amour! Félix Moati! Laetitia Dosch! Guillaume Gouix! Marina Foïs! Johan Heldenberg (découvert dans Alabama Monroe) et Christa Théret! (la seule que je ne connaissais pas), avec en prime quelques apparitions d'Elodie Bouchez.... Oui, déjà, rien que de voir tous ces gens-là ça me fait fondre...
D'autant plus qu'il s'agit de l'histoire d'une famille atypique, d'une tribu : Gaspard retourne chez les siens, qu'il n'a pas vus depuis longtemps, pour le mariage de son père. Les siens c'est Coline et Virgil. Coline c'est sa soeur, qui se trimbale sous une peau d'ours, et Virgil, c'est Guillaume Gouix, joliment barbu comme je le préfère. Son père, Max, doit épouser Peggy (Marina Foïs, subtilement "normale") mais auparavant se mettre en régle (au clair) avec toutes ses maîtresses. De maîtresse, justement, Gaspard s'en fabrique une via Laura, jeune fille tout juste rencontrée dans le train (Laetitia D.) Et, chose importante, j'ai oublié de préciser que tout ce monde habite au coeur d'un zoo (un vrai) avec des animaux qui se baladent... Et dont certains se font attaquer nuitamment par des chiens...
C'est... fantasque, baroque, surprenant. Et j'ai adoré ça. Antony Cordier nous a déjà montré qu'il est attiré par les structures affectives pas banales (un trio adolescent dans Douches froides, deux couples qui permutent dans Happy Few) ici, ce parti-pris de non-conventionnalité semble avoir contaminé l'ensemble des personnages. Chacune chacun a son propre petit grain de folie, de fantaisie, sa singularité spécifique, et du coup les inter-actions entre les personnages sont souvent comme des réactions chimiques imprévisibles ou des petits chocs électriques provoquant des étincelles plus ou moins conséquentes (des arcs électriques)
Oui, j'ai adoré ça. Parce que sous la légèreté apparente de cette couvée post-soixante-huitarde se niche une délicate mélancolie de fin d'enfance (qui a fait pincer la bouche au critique des Cahiâis. -entre parenthèses ceux-là ils commencent sérieusement à m'agacer je ne renouvellerai pas l'abonnement-), oui, un certain désarroi.Mais sans ostentation.  Et que tous (toutes devrais-je dire) actrices et acteurs sont au diapason de cette chorale pas toujours accordée mais tellement touchante (un mot en passant sur la musique, qui est signée Thylacine et qui tient divinement son rôle, et aussi, tiens une petite chorégraphie entre frères et soeur qui m'a spécialement touché -tiens ça c'est vrai, je n'arrête pas de voir des films avec dedans au moins une petite scène de danse qui m'émeut...).
Cerise sur le gâteau (n'en jetez plus!) le film est à QV (le père puis un des fils...), mais sans ostentation non plus (à l'image du désarroi cité plus haut) et ça aussi ça me touche (ne nous voilons pas la face).
Animal on est mal chantait il y a longtemps Gérard Manset, mais dans le cas présent,  dans le zoo gentiment déglingué d'Antony Cordier on est bien. Tellement bien.
C'est pour ça que je ne pouvais intituler ce post que de cette façon (et le titre m'est d'ailleurs venu très tôt en regardant le film...)

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jeudi 1 février 2018

janvier 2018

lundi 1er (à la maison)
journée pyjama, j'envoie des voeux groupés par sms (la première fournée fonctionne mais la seconde ne veut rien savoir) et je fais un gâteau-cocotte tout à fait raté. Vive la nouvelle année!
mardi 2 (chez des voisins)
invité pour "un repas de restes" qui se révéla encore plus pantagruélique que le réveillon (à tel point que j'ai eu du mal à finir mon assiette et que je n'ai pris ni fromage ni dessert)
mercredi 3 (devant la maison des associations)
le matin, queue de tempête, (ciel noir vent violent) en sortant de la voiture j'ai du mal à marcher face aux bourrasques (comme dans les films)
jeudi 4 (dans mon bureau)
enfin fini par retrouver ce fameux Problemski Hotel que j'avais initialement acheté pour l'offrir en cadeau pour Noël mais que j'ai préféré gardé pour le lire, que j'avais perdu depuis, et que je cherchais frénétiquement : il était posé sur l'imprimante
vendredi 5 (à l'Hermitage)
Pour le repas de Bonne Annè, on a bien mangè, et beaucoup rigolè, en partant de la chanson où Fromet se moque de Damien Saez qui dit des è à la place des é (avec Emma et Dominique)
samedi 6 (Cuse)
résultat des trois parties de scrabble avec Dominique et Catherine : en 2017, j'aurais dit "J'en ai perdu deux sur les trois...", mais  en 2018 je dis "On en a gagné  une chacun..."
dimanche 7 (cam4)
un après-midi assez plaisant en compagnie (virtuelle) d'un nounours hétéro breton plutot rock, qui propose des quizz musicaux (blind tests, plutôt), et donne des récompenses quand on trouve les bonnes réponses...
lundi 8 (rions un peu)
à la maison, avec mon téléphone, c'est un peu comme ma vie : difficile de répondre aux appels. Quand je suis en haut il est en bas, et réciproquement ; et si par hasard je l'ai dans ma poche, soit la sonnerie est coupée soit la batterie est déchargée (ou bien juste personne n'appelle)
mardi 9 (tour du lac)
c'est seulement après l'avoir terminé que Geneviève nous apprend qu'on aurait pu dépenser encore plus de calories si on avait bu de l'eau pendant qu'on marchait
mercredi 10 (à la cuisine)
étrenné ma nouvelle toile cirée blingbling avec Manue, qui, rituellement, a apporté une -rituelle- petite galette (et cette année c'est moi qui ai eu la fêve)

jeudi 11 (entregent)
grâce à Zootrope, j'ai le plaisir de voir en avant-première (et dans mon fauteuil) le très beau Enquête au paradis, de Merzak Allouache (dans un très beau noir et blanc)
vendredi 12 (chez les voisins)
Je suspecte ma voisine (qui commence à grisonner) de m'avoir suspecté de me faire un régé quand elle m'a fait remarquer qu'elle trouvait que j'avais les cheveux bien foncés
samedi 13 (à la cuisine)
c'est très long de décongeler une bouteille plastique d'1,5l remplie entièrement de soupe (ça a pris la journée, et il a fallu, sur la fin,  avoir recours au radiateur)
dimanche 14 (sur l'ordi)
je me récompense pour avoir résolu tout seul un problème de logiciel à remplacer en regardant coup sur coup Logan Lucky et Happy Birthdead (après, du coup, j'ai un peu de mal pour Atlal)
lundi 15 (film)
arghhh! en me rendant le dvd de Princess Bride que je lui avais prêté, Alex m'apprend que la présentation Ecole & cinéma, que nous devons co-assurer, est pour demain soir ("Mais ça te laisse une journée...", conclut-il, optimiste)
mardi 16 (au courrier)
reçu ce jour un marque-pages en érable (véritable) avec imprimé DESSUS TOURNE LA PAGE, et au verso les voeux de Dominique, ce qui m'a touché
mercredi 17  (maison des assoc')
cette mini-tempête de neige, qu'on regarda se déchaîner par la fenêtre durant notre réunion de programmation, mais dont toute trace avait déjà disparu lorsque nous sommes sortis
jeudi 18 (fjt)
ce petit dessert (meringue blonde sur mousse coco avec un trait de chocolat) qui m'avait fait envie mais que, raisonnable, je n'ai pas voulu prendre, et qui pourtant, quand je suis revenu à la table avec les cafés, m'attendait à ma place (merci Catherinechounette)
vendredi 19 (sur la route)
Vécu en vrai une situation dont je rêve assez souvent (et qui donc me panique un chouïa...) rouler sur une route  inondée, (passer au ralenti en serrant les fesses pour que le moteur ne soit pas noyé juste au milieu), mais c'est la faute aux Rodesch' qu'on suivait d'un peu loin, et qu'on avait vus, eux, passer sans encombre (et sans ralentir), faisant fi du panneau l'annonçant...
samedi 20 (au téléphone)
y conversé longuement ce matin (mes amies m'appellent) d'abord avec Malou (surtout de cinéma) puis avec Dominique (qui m'annonce le décès de Claude R.)
dimanche 21 (bibliothèque)
Re-commencé à tenter de la ranger, en mettant au même endroit tous les livres que je n'ai pas lus (il y en a beaucoup), mais il n'y a plus assez de place
lundi 22 (dans la voiture)
une averse violente, la nuit tombée, les  éclairages urbains, autant de bonnes raisons de rester assis là et de photographier les gouttes sur les vitres (avec mon téléphone)
mardi 23 (fjt)
je l'avais demandé au cuisinier, et ce midi il était là, ce tiramisu qu'il affirma avoir préparé spécialement pour moi, et que je ne pouvais pas ne pas prendre (d'autant que Catherine a très gentiment proposé de me l'offrir)
mercredi 24 (au cinéma)
à la séance de Logan Lucky, je rencontre d'abord Jacky, qui change de place pour se rapprocher de moi, puis Régis, qui lui aussi change de place pour venir s'asseoir à côté de moi
jeudi 25 (timing)
en regardant l'heure quandje suis sorti de chez Marie j'ai vu que mon téléphone affichait 15h35, et je me suis souvenu que la séance de Certaines femmes était à 15h45, nickel, j'ai interprété ça comme un signe (et j'y suis allé)
vendredi 26 (au courrier)
je reçois, en réponse à mes voeux, une belle photographie d'inondation de mon ami Philou (pour redoubler l'effet "que d'eau", la carte et l'enveloppe ont été mouillées, par on ne sait quels embruns)
samedi 27 (tarot)
des fois j'aimerais bien que tout soit toujours aussi facile (et jouissif) que cette partie où j'ai pris avec un bout (le 21), j'en ai retourné un deuxième au chien (l'excuse), et pris le troisième en chassant (le petit)
dimanche 28 (zique)
reçu internetesquement de la part d'Emma le dernier cd des Inrocks où se côtoient pas mal de jolies choses qui font du bien aux oreilles
lundi 29 (z'habits)
la configuration la plus incommode pour marcher en ville : un jean un peu trop large (celui qui me fait croire que j'ai maigri, hihi) avec un slip un peu trop court (à chaque pas ou presque on passe son temps à remettre le pantalon en place et à remonter l'élastique du slip)
mardi 30 (csg)
ah les fumiers ah les pourris! ils nous ont augmenté juste pour pouvoir nous prélever encore un peu plus! Les rats! Presque 50€ envolés chaque mois!
mercredi 31 (résolution)
eh voilà déjà tout un mois où j'aurai tenu bon sans acheter de livres (du coup je m'offre trois films d'affilée au Victor Hugo)

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mercredi 31 janvier 2018

festival téléramuche 2018

013
LE GRAND MÉCHANT RENARD
ET AUTRES CONTES
de Patrick Imbert et Benjamin Renner

C'était bien, pour commencer le Festival Téléramuche, d'aller justement voir le seul film que j'avais pas encore vu : un film d'animation "jeune public" que je ne serais pas forcément allé voir autrement (malgré un avis très enthousiaste de Marie). Eh bien j'avais tort (ou plutôt j'aurais eu tort) car ça m'a enthousiasmé : il y avait longtemps que je n'avais pas ri autant (et de si bon coeur) à un film. Tout m'y a enchanté : d'abord la présentation "théâtrale" des trois histoires qui composent le film, ensuite chacune des trois histoires (celle du bébé, celle du renard, et celle du Père Noël), chacun des personnages de chacune des histoires (le trio cochon/lapin/canard pour la première, le renard, la poule, les poussins, et le loup pour la deuxième, un peu tout le monde pour la dernière).J'aime la façon dont c'est fait, le graphisme, la musique, et surtout, surtout l'humour... Un grand moment bienfaisant (pour lequel je vous recommande de rester bien jusqu'à la toute fin du générique...). Du bonheur...

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014
LOGAN LUCKY
de Steven Soderbergh

...qui a été suivi par encore du bonheur puisque j'ai enchaïné avec ce film, que j'avais l'avantage de connaître (je l'avais vu sur mon ordi, mais il fallait que je le vois "en vrai" dans le bôô cinéma... Merci Téléramuche!). J'adore la construction, la façon dont sa démarre tout doux plan-plan (quasi mou-mou) et dont ça met les gaz progressivement. un peu comme un jeu vidéo, où on changerait plusieurs fois de niveau, et où ça serait à chaque fois encore plus réussi, encore plus emballant  que le niveau précédent... Plutôt comme une fusée qui largue successivement ses éléments. C'est intelligent, c'est drôle, c'est malin, et ça réussit même à vous surprendre! (rarement la fin d'un film m'aura autant enthousiasmé!)

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015
CERTAINES FEMMES
de Kelly Reichardt

En parlant de fin enthousiasmante, justement... J'y suis retourné. Et c'est toujours aussi bien. Aussi bien filmé, aussi bien raconté, aussi bien ressenti. J'aime ces trois histoires de femmes (avec un gros faible pour la troisième, qui me semble à chaque fois miraculeuse dans sa concision et ses non-dits parfaits. prace que l'amour c'est ça aussi. Et j'ai la larme à l'oeil, bien sûr, parce que j'aurais bien pu vivre des trucs semblables, même si je ne suis pas palefrenière...) Un regard extrêmement attentif  de la réalisatrice qui scrute une petite ville du Montana...

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016
AMERICA
de Claus Drexel
(en avant-première)

... comme le réalisateur scrute ici une petite ville de l'Arizona et ses habitants, interviewés "sur le vif" dans un dispositif qui rappelle le grinçant/glaçant Safari d'Ulrich Seidl (où des affreux jojos témoignaient face caméra de leur amour de la chasse, de leurs gros fusils et du plaisir qu'ils éprouvaient à tuer). L'Amérique dite "profonde" : flingues, route 66, whisky, rednecks, bikers, les démocrates vs les républicains, et l'ombre menaçante du vautour nommé Donald, attendu par la plupart comme le messie. Terrifiant. Claus Drexel insère entre ces témoignages des images très belles (cadrage, lumière, composition) d'une Amérique qu'on (re)connaît aussi par les photos et dans les films (sans gens, c'est encore mieux), de la même façon qu'il avait déjà magnifié ses rencontres avec des sans-abri dans la nuit glacée parisienne de Au bord du monde, mais de façon ici beaucoup moins forte.

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lundi 29 janvier 2018

que d'eau

(lumière de merde, sorry)

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vendredi 26 janvier 2018

chantier

012
WESTERN
de Valeska Grisebach

Un film d'hommes. Un vrai film d'hommes, les vrais. Testostéroné (tabac, sueur, muscles,  gnôle - bière aussi-, armes) sans conteste. Avec des gros engins de chantier, des 4x4 et des camions pourris, des pick-up boueux, des caïds, des aspirants caïds, des mafieux locaux, des joutes viriles, des combats de oui c'est moi qui ai la plus grosse, des couteaux à cran d'arrêt, des fusils.
Un film d'homme(s), oui, réalisé par une femme (Valeska Grisebach, réalisatrice de Sehnsucht, et co-produit par une autre femme (Maren Ade, la réalisatrice de Toni Erdman). Et on les en remercie toutes les deux. Tellement c'est bien vu.
Etude comparée de spécimens d'homo bourrinus germanicus (les visiteurs) et d'homo bourrinus bulgarus (les locaux), qui ne sont finalement pas si différents que ça, et qui vont s'affronter dans un match aux règles pourtant immémoriales (mais qu'on a du mal à énoncer précisément tant elles relèvent de l'implicite et du non-dit), dans une compétition virile dont on devine  les enjeux, mais dont on a du mal à comprendre les subtilités quand on n'y joue pas (un peu le principe du cricket -quoiqu'un peu chochotte en apparence, le cricket hinhin -, non plutôt un sport de combat bien éclatant (au sens propre), bien relou, genre total fighting, mais qui se jouerait par équipes).
Donc un groupe de travailleurs allemands débarque en Bulgarie pour un chantier (destiné à on ne sait pas trop quoi, il est question d'infra-structures), s'installe à l'écart du village dans son baraquement, et se confronte à la population locale, d'abord de loin en loin (phase d'observation) puis d'un peu plus près (phase de marquage de territoire) puis d'encore plus près (phase de reniflage), jusqu'à l'encore encore plus près (phase de contact -main serrée ou poing dans la gueule c'est selon-).
Le titre Western n'est pas fortuit, il est revendiqué par la réalisatrice (car je le redis ce film couillu est un film de femme), c'est la structure même du genre qui fait l'architecture du film (les lieux les personnages et les actions) : le village, le saloon, l'arrivée des étrangers, (il y a même un vrai cheval -blanc- qui est justement au centre de l'histoire), le poker, le whisky, les outlaws, les bagarres, le duel, le cow-boy solitaire, le sachem, les papooses... (je pourrais continuer la liste).
Se rajoute au récit un élément majeur : la barrière de la langue.
Les allemands parlent allemand et les bulgares bulgare (c'est logique) et si chacun communique -souvent frustement- avec ses congénères, il a beaucoup de mal à échanger avec ceux d'en face.  Le spectateur est ici en position de force, puisqu'il est le seul qui comprenne tout ce qui se dit de part et d'autre, les protagonistes n'en saisissant que la moitié, ou plutôt l'idée principale (même si souvent à contre-sens) (je n'ose pas imaginer qu'il puisse exister une copie en vf de ce film, qui perdait alors tout son sens), le seul ou presque puisqu'il y a tout de même un ou deux bulgares qui baragouinent l'allemand (tandis que,- étonnamment ? - ça ne fonctionne pas dans l'autre sens).
Et je trouve que c'est une idée superbe de décrire (d'écrire) par le détail toute cette (non-)communication. Ces tentatives de dialogues ou chacun essaie de comprendre l'autre, souvent en vain. Il y en a un qui fait plus d'efforts que les autres, parmi le groupe des maçons germains, pour communiquer avec les bulgares, c'est Meinhard (c'est lui le lonesome cowboy), un légionnaire pas très bavard, qui va pourtant réussir le premier à s'approcher des autochtones, et à s'en faire accepter.
La deuxième bonne idée, c'est la façon dont le film est tourné et monté. on assiste, à un moment, à la construction d'un mur de pierres sèches, et c'est exactement le sentiment que donne le film. Chaque plan est un bloc narratif autonome, avec sa taille et sa position propres, on le pose là parce qu'il doit aller là, et il n'y a pas de ciment pour les jointures, on passe de l'un à l'autre, comme ça, il y a des interstices, des vides, des manques, mais c'est comme ça. On n'a pas de moellons bien calibrés bien empilés bien cimentés. Pour un édifice bien d'équerre. Non, on a affaire à une construction instable, mettant en jeu des matériaux (humains) disparates, qui s'agencent tant bien que mal entre eux, un édifice narratif dont on assiste à la mise en place progressivement, sans savoir à l'avance quelle en sera l'apparence définitive.
De la même façon, beaucoup de scènes se déroulent sans qu'on soit vraiment sûrs de la façon dont elles vont finir (et, souvent on ne le saura pas), on est souvent inquiet, la tension monte souvent, on est rarement rassuré (même si, justement le pire -ce qu'on redoute- n'arrive jamais -ou presque-).
Un film fort. (Et encore une scène finale de danse collective qui m'émeut.)



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jeudi 25 janvier 2018

what is boudin ?

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NORMANDIE NUE
de Philippe Le Guay

On l'avait pourtant en sortie nationale, mais l'enthousiasme initial (après le pitch et la bande-annonce) s'est un peu émoussé, puis progressivement ratatiné (surtout quand j'ai su, soyons honnête, qu'on n'en voyait pas le bout de la queue d'une, comme on dit -je veux parler bien entendu de QV-)
Et ce samedi après-midi de temps de merde, après Coco, je me suis laissé tenté (ce sont finalement Malou, le matin, puis Gigis, à midi qui m'ont téléphoniquement décidé). Malou avait plutôt bien aimé, et Gigis beaucoup au début mais pas du tout à la fin. Je suis d'accord avec les deux.
Les habitants de Mêle-sur-Sarthe, en majorité des paysans et des éleveurs sont au bord de l'asphyxie économique (comme la majorité des paysans français, d'ailleurs) et leurs révoltes (et leurs tentatives de faire parler d'eux) n'baoutissent pas. Jusqu'à ce qu'un célèbre photographe américain, qui photographie les gens à poil in situ ne passe fortuitement par chez eux et ne s'entiche photographiquement d'un pré, dans le quel il souhaite prendre en photo tous les habitant(e)s, à poil bien entendu. Dans le village, on est moyennement chaud, mais le maire (François Cluzet -un chouïa en roue libre -de tracteur bien entendu) va faire le forcing pour décider tout le monde. Le champ en question pose déjà problème, puisqu'il est disputé immémorialement entre deux familles dont les descendants (Philippe Rebbot, un chouïa en surjeu, et Patrick d'Assumçao, un poil en sous-jeu) continuent avec obstination de s'entre-détester, et le film continue en se subdivisant en plusieurs histoires (le couple de bobos parisiens venus retrouver la vraie vie à la campagne, le jeune imprimeur- coureur cycliste déçu revenu pour liquider le magasin de photographie de son père, le boucher qui ne veut pas que sa femme (qui fut Miss Calvados) pose pour "la" photo) qui accompagnent ou contrecarrent l'intrigue principale.
Et c'est vrai que ça fonctionne plutôt bien. Jusqu'au dernier quart d'heure du film, qui vire, il faut bien le reconnaître (spécialité du Perche oblige ?) en joyeuse eau de boudin. comme si le réalisateur (ou les scénaristes -ou les producteurs ?-) avai(en)t soudain décidé que, morosité de début 2018 oblige, il fallait absolument que tout se termine bien, Et allez-donc les gros sabots, on prend toutes les lignes, et on coche les cases "youp la boum, hop! ça finit bien" les unes après les autres. C'est dommage. Ca n'apporte rien au film, et ça met juste le spectateur mu (moi, donc) un peu mal à l'aise.
Mais on sort de la salle avec une pensée émue pour tous les acteurs, et, tout autant, pour la beauté des paysages du Perche auxuqels le cinéaste, visiblement, a été sensible...
Et une salve d'honneur pour Grégory Gadebois, qui dans le rôle du boucher sanguin et bourrin, livre -une fois de plus- une interprétation de haut-vol, et toute en demi-teinte, ce qui est encore plus fort (et, tiens, j'ai repensé justement au boucher -et à sa femme- des Habitants, d'Alex Van Warmerdam, que je vous engage énergiquement à voir -ou à revoir-.

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mercredi 24 janvier 2018

ne m'oublie pas

010
COCO
de Lee Unkrich & Adrian Molina

Samedi après-midi, 13h30, allez je me décide et j'y vais. c'est le dernier jour où je peux utiliser mon fameux ticket à 4,90€, et j'ai bien l'intention de ne pas le laisser perdre. Allons-y pour Coco, que je ne serais pas forcément allé voir "de mon plein gré", et entrons-donc dans une petite salle du bôô cinéma , emplie d'enfants et d'adultes les accompagnant...
C'est quand même un film Pixar, il a quand même été nommé meilleur film de l'année pour les lecteurs de Téléramuche, et, vers où que je me tourne, je n'en ai eu que des bons échos.
Direction Mexico, l'histoire d'un petit gamin qui rêve d'être musicien, dans une famille où la musique est farouchement interdite, à cause d'un arrière-grand père qui s'était enfui pour devenir un chanteur/musicien vedette, avait réussi et n'était jamais revenu, abandonnant sa femme et sa petite fille sans jamais donner aucune nouvelle.
Le jour de la Fête des Ancêtres (le seul jour de l'année où les fantômes des morts ont le droit de revenir voir les vivants, à condition que leur photo figure bien sur l'autel dédié à cet effet dans chacune des familles) va se mettre en place le noeud de l'intrigue qui va voir notre gamin transporté au royaume des morts, et avec l'obligation d'en revenir avant le petit matin, sous peine de se transformer lui-même en fantôme (je ne vous dis pas tout des pourquoi et des comment, vous verrez bien quand vous irez le voir, car vous allez aller le voir).
Le film est joyeux, malicieux, coloré, musical, tendre, bon enfant, on regarde ça comme un gamin, avec les yeux écarquillés et des petites lumières qui clignotent dedans (cling cling), mais au bout d'un moment, on se dit que quelque chose cloche, tout va trop bien et une lumière rouge s'allume dans un coin de notre tête : alerte rouge! Pourquoi? Ben tiens, il n'y a pas de méchant! (et pour qu'un film soit réussi, il faut que le méchant soit réussi...). Alors on se demande si tout va continuer à aller comme ça trop bien jusqu'à la fin, quand tout à coup, les scénaristes, malins, nous le déballent, le méchant, et on ne l'avait pas vraiment vu venir de ce côté-là (enfin, en ce qui me concerne...) Ah, quand même, caramba! (soupir de soulagement)
Les choses se compliquent donc un peu, heureusement, (on est dans un conte, c'est normal, il faut bien des épreuves) mais, re-heureusement, tout le monde va y mettre du sien, pour que tout finisse bien, bien sûr. en chansons, bien sûr (j'insiste, car c'est toujours ce que j'appréhende le plus chez les Disnuche...) mais on n'est pas chez Libéré Délivrée, et tout ça reste ici très supportable. Le méchant sera confondu, le gentil retrouvera la place qui lui avait été usurpée, le gamin pourra réaliser son rêve, la familia sera reunida, et on peut sortir, dignement , avec -si si- un peu les larmes aux yeux, quand même (ah les histoires de famille, de papas, de papys...)
Un film, effectivement, enthousiasmant (et, si le héros, le gamin, est très bien, j'aime beaucoup l'idée du compagnon imparfait (un peu raté) qui l'accompagne, je veux parler du clébard, -au début, à chaque fois on a le sentiment qu'il est mal dessiné ou que quelque chose ne va pas- qui est moche, maladroit, mal élevé, mais tellement tellement attachant (vive les moches et les maladroits!).
Et vive les grands-mères acariâtres, les squelettes rigolards, les mariachis roucoulants, les familles aimantes, les morts qu'on n'oublie pas !

"Ne m'oublie pas
c'est à regret que je pars
Ne m'oublie pas
Quand tu entendras une guitare !
Tu ne me vois pas pourtant je suis tout près de toi !
Quand je chante tu es dans mes bras !
Ne m'oublie pas !"

 

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Ils ont fait très fort aussi pour la campagne de pub, je trouve...

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le garçon et le chien raté

 

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mardi 23 janvier 2018

autruches

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L'USINE DE RIEN
de Pedro Pinho

Diable, serais-je en train de tourner casaque, de retourner ma veste hispanique ? Après les trois films lusophones dans mon top 19 de l'année dernière, voici un nouveau film plus que séduisant qui nous arrive du même pays (on s'est mis à 5 pour lui souhaiter la bienvenue, dans la salle 3 du bôô cinéma... mais bon tant pis pour les autres on était là pour se faire plaisir, et ça a marché...). Encore un film long, dense, intense, sociétal, pluriel et personnel à la fois...

Comme une feignasse, tiens, je recopie la rubrique synopsis et détails de allocinoche (parce que ahem j'ai un peu somnolé au tout début) : "Une nuit, des travailleurs surprennent la  direction en train de vider leur usine de ses machines. Ils comprennent qu'elle est en cours de démantèlement et qu'ils vont bientôt être licenciés. Pour empêcher la délocalisation de la production, ils décident d'occuper les lieux. À leur grande surprise, la direction se volatilise laissant au collectif toute la place pour imaginer de nouvelles façons de travailler dans un système où la crise est devenue le modèle de gouvernement dominant."
j'ai toujours été un peu circonspect  a priori à l'égard de ces films d'usine, "militants", ouvriers, de ces belles utopies prolétariennes (au départ, en vrac, Camarades de Marin Karmitz -eh oui qui se souvient qu'il a été à ses débuts un cinéaste militant, "engagé", hein ?-, puis le groupe Medvedkine, plus tard sont venus les touchants Les Lip, l'imagination au pouvoir, de Christian Rouaud, Reprise d'Hervé Le Roux, ou plus récemment Comme des lions de Françoise Davisse) où les camarades ouvriers saisissent la main tendue par leurs camarades cinéastes et font une ronde joyeuse dans un monde idéal aussi beau que la poésie Si tous les gars du monde...), car les bons sentiments -légitimes- et les saines révoltes anti-capitalistes  ne font pas forcément les films forts et/ou réussis...

et voilà que j'apprends, encore sur allocinoche, que le film est un "faux documentaire" mais une vrai fiction, puisque 'je recopie encore comme une feignasse) "En fait la fiction à rejoint la réalité ! En cherchant le lieu du tournage, ils ont découvert l'usine OTIS Portugal qui a été en autogestion pendant 40 ans et qui a accepté que soit tourné le film dans leur usine. Une des forces de ce film est d'avoir un seul acteur professionnel José Smith Vargas (qui joue le rôle principal) et un réalisateur qui joue son propre rôle puisqu'il a fait des documentaires (notamment sur une usine en autogestion en Argentine) Danièle Incalcaterra. Il fait un peu le lien dans le film et en fait on a un film dans le film. Tous les autres acteurs ont été recrutés parmi des ouvriers !!!" (extrait d'une critique enthousiaste de spectateur qui donna ****).

Donc je récapitule : des vrais ouvriers jouent le rôle d'ouvriers en auto-gestion dans une usine qui fut une vraie usine où des ouvriers se mirent (passé simple, mais le présent ma fois pourrait convenir) en auto-gestion. Ils sont filmés par un réalisateur de documentaires qui veut faire un film sur eux. Ca a l'air compliqué comme ça, mais pas du tout. Ça se regarde comme une chronique, tranquille, linéaire et sinueuse à la fois, avec toutes les prises de paroles nécessaires dans ce genre de situation, les discussions, les votes à main levée, les engueulades, les révoltes, les réconciliations qu'implique  le Tous ensemble! (j'aime finalement beaucoup cette image d'ouvriers main dans la main...). Toutes les paroles, mais aussi toutes images, toutes les situations, toutes les propositions... (ah la scène de comédie musicale... maintenant dans un film il suffit que ça chante et que ça danse pour que j'aie les larmes aux yeux. Demy avait-il tout compris ?)

Et je suis embêté (un peu) parce que de ce film que j'ai vu somme toute il y a peu de temps (la semaine dernière, au moment où j'écris) ne me reste quasiment plus rien (si, une scène de comédie musicale, de film dans le film) et le sentiment de l'avoir beaucoup beaucoup aimé. A revoir, donc ?

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et j'aime beaucoup l'affiche

ps : en allant au cinéma, j'ai revu la bande-annonce de l'usine de rien, et pas mal de choses me sont revenues -plop!- : le personnage principal (le seul acteur professionnel si j'ai bien compris) a des rouflaquettes, il était important que ce soit dit, et surtout, surtout, est instantanément remonté à la surface l'énorme plaisir que j'ai pris à voir ce film.
Et le dvd, je l'achèterai.

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lundi 22 janvier 2018

parachute

008
BRILLANTISSIME
de Michèle Laroque

Mouais (en marmonnant, comme la marionnette d'Alain de Greef aux Guignols il y a longtemps)... envie de me changer les idées... ticket à 4,90 à utiliser rapidement... avant-première... capital sympathie M. Laroque (quelqu'un qui a le nom de mon village d'enfance ne peut pas être tout à fait mauvais) ... salle bien remplie... gens qui discutent (et continueront pendant le film)... et ça commence... et on sent dès le début que ça chtrochtrogne (comme dirait Muriel Robin)... une femme qui saute en parachute (la réalisatrice joue aussi le rôle principal et c'est elle qui saute) et commente en voix off, et la voix off continue à nous raconter l'histoire... grand flash-back pour expliquer comment elle en est arrivée là (comme le mec mort dans la piscine qui raconte l'histoire dans Sunset Boulevard), comme ça on peut se repérer et on saura, quand on sera revenu à cet scène, que la boucle est bouclée et le film est fini (bingo)!)... oui e ça démarre mou-mou et c'est moyennement drôle (au début, j'ai souri poliment)... une femme à qui tout un tas de tracas arrivent la veille de Noël... sa fille (sa vraie fille dans la vie), son mari (Pascal Elbé), sa meilleure copine (Rossy de Palma, étonnante en blonde), sa mère (Françoise Fabian, qui reprend le rôle de Marthe Villalonga -qu'on aperçoit d'ailleurs aussi dans le film- dans On ira tous au paradis d'Yves Robert) et son psy (Kad Merad, comme il est en haut du générique, avec Mimi, on sait que c'est dans ses bras qu'elle va finir), plus un marchand des quatre saisons (Gérard Darmon, plutôt pas mal)... et voilà ça se déroule... cahin-caha, boulevardi-boulevarda, ramolli-ramolla... (il m'a été rapportait qu'elle adaptait un de ses succès théâtraux, était-ce vraiment une bonne idée ?)... re-mouais... cette dame s'aime, visiblement, elle aime qu'on sache qu'elle s'aime, et qu'elle aime se filmer aussi... j'ai trouvé ça très auto-complaisant... mais bon dans la salle les gens avaient l'air de rire (du coup ça faisait du bien ils s'arrêtaient de discuter en eux)... je mentirais en disant que je ne l'ai pas fait (rire)... il y a quelques gags qui m'ont fait rire (Pierre Palmade dans la barque)... mais sinon que tout ça est convenu et raplapla et tiédasse... pour un moment réussi par ci par là que d'eau tiède et de mélasse (et même de scènes parfois quasiment... embarassantes : aïe le concert avec sa fille... aïe la scène du sex-shop...)... on est content qu'elle saute en parachute...

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dimanche 21 janvier 2018

gaydamour

LE BOUQUET
d'Henri Calet

Je viens passer une semaine en compagnie d'Adrien Gaydamour, le héros du roman (autobiographique) d'Henri Calet le bouquin n'est pas très gros (même pas 300 pages) mais je lis désormais peu à la fois (surtout le soir avant de m'endormir). Il m'a quasiment sauté dans les mains, ce bouquin, retrouvé en rangeant la bibliothèque de l'escalier (dont je ne suis pas peu fier, merci Gigis!), comme faisant appel à ma pitié, avec sa couverture un peu marquée, ses coins de bas de page cornés sur une cinquantaine de pages... Je l'ai pris sans trop y croire, et je ne l'ai plus lâché.
Me demandant au départ si je l'avais déjà lu ou non. L'auteur raconte sa captivité pendant la guerre (le livre a été écrit en 1942), sa vie de prisonnier avec ses potes de l'époque, en des chroniques  qui présentaient quelques similitudes avec les textes de captivité du très aimé de moi Georges Hyvernaud (à la différence qu'Hyvernaud était gradé, alors que notre narrateur n'est que simple troufion).
J'ai adoré ce bouquin. A cause de l'écriture de Calet, simple mais belle. Avec un accent de titi qui fleure bon la guinguette, le petit vin blanc, la casquette de Jean Gabin... Une écriture que d'aucun diraient fleurie (Calet appartint-il au mouvement des hussards littéraires ?) -il n'est pas fréquent de trouver le mot enculé , en toutes lettres, dans un livre écrit à cette époque-, une écriture riche aussi, avec régulièrement des mots sur lesquels je m'arrêtais, étaient-ce des néologismes pour l'époque (et donc des vieillologismes pour la nôtre ?), et de belles énumérations aussi (ce qui ne peut que m'émouvoir, j'adore les listes), que le réalisme, la lucidité (le désabusement ?) du narrateur venaient encore rehausser.
Calet/Gaydamour nous narre son arrestation, son emprisonnement dans un premier camp, puis un deuxième, calmement, précisément, simplement, en des chapitres en général assez courts, ce qui fait qu'on ne peut plus lâcher le bouquin (et j'étais énervé contre moi-même quand le soir en lisant je sentais mes yeux qui se fermaient et ne me permettaient même pas de lire jusqu'à la fin de la ligne...)
Humour, désenchantement, simplicité, sens du détail, richesse du lexique, naturalisme, font de bouquin une parfaite première lecture pour 2018 (et donnent envie de lire les autres bouquins de Calet, dont il me semble avoir quelques autres disséminés sur mes étagères... à suivre, donc.)

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"Il pleuvait. j'allais dans la ville, tout dépaysé dans ces rues étrangères. J'ai toujours eu du penchant pour les promenades solitaires, à Lyon ou autre part, sous la pluie, dans la froidure et surtout la nuit. Quand tout est contre moi. j'aime alors me faire pitié à moi-même. Et je me parle et je me plains. J'aime aussi aller dans un nuage de pensées confuses, comme cela, sans direction. J'ai repris mon soliloque interrompu, je le retrouvais au fond de mes poches. Je me sentais tout seul après ce grand tohu-bohu. Je reconnaissais ma misère à moi, celle d'avant. Là-bas, dans les camps, on perdait sa misère, on était pris dans la misère collective, on formait une motte de malheur, on languissait en gros, sans approfondir. Tandis que je redevenais un homme seul et travaillant le détail. Je portais ma disgrâce en breloque."
(Henri Calet, Le Bouquet, p290)

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