mercredi 15 avril 2015

mettre votre langue dans ma glotte et souffler comme un phoque

CORPS A COEUR
de Paul Vecchiali

Une drôle d'expérience : la première fois que je l'ai vu, j'avais 22 ans, et la seconde, j'en avais 58! Comme le temps a passé vite ("la vie, on l'a comme pas vécue"). J'en gardais un souvenir ébloui, et là, au début, en le reregardant, je n'en voyais plus que les défauts... On ne voit pas un film de la même façon à 20 ans et quelques, et presque 40 ans plus tard...
Il s'agit d'une copie restaurée, dans le cadre d'une rétrospective Vecchiali, et, dommage, on s'en aperçoit dès les premières minutes, le son est pourri n'est pas très bon. Hélas, le Requiem de Fauré qui leitmotive la bande-son en ressort parfois un peu crachotant et esquinté. J'ai eu beacoup de mal à trouver des critiques "actuelles" pour mettre dans notre plaquette de programmation (les critiques, visiblement, ne se sont pas dérangés) et heureusement que j'avais sur mes rayons une exemplaire de la Saison cinématographique de l'époque, que j'ai donc recopié /recollé.

"Il y avait longtemps que nous n'avions vu un film pétri d'une aussi grande sensibilité. Voici un vrai mélodrame, sincère, comme on ne sait plus en oser, un mélodrame dans lequel chaque protagoniste ose, abandonnant toute fausse réserve, aller jusqu'au bout de sa passion, dans lequel les réserves et les conventions habituelles sont bousculées : qu'il s'agisse de montrer nue et heureuse une femme de plus de cinquante ans ou de filmer un homme s'abandonnant sans retenue au désespoir et aux larmes, au mépris de toute "bienséance". une écriture cinématographique intelligente et enluminée (plans de la "découverte" par Pierre de Jeanne-Michèle, scènes provençales), un montage superbe, une musique riche accompagnant avec bonheur le délire des images, donnent à cette œuvre d'auteur une superbe originalité.
(...) Mais il est difficile de parler objectivement de ce film qui ne laisse jamais indifférent et qui s'adresse totalement à la subjectivité et au pouvoir émotionnel de chaque spectateur. Quels que soient ses défauts, il a le mérite, de nos jours immense, d'une totale sincérité."
(critique d'époque : La Saison Cinématographique 1980 )

Je sais que j'avais vraiment adoré le film (j'ai même encore, dans une valise, l'affiche originale et le jeu de photos) et j'essaie de retrouver ce qui à l'époque m'avait tant plu : le couple Silberg/Surgère, probablement, la musique (j'avoue que c'est là que j'ai découvert ce fameux Requiem), la discrète allusion à l'homosexualité (l'amour porté en silence à Pierrot par son patron -et un peu artificiellement révélé par l'ex-femme de celui-ci-) doublée de la façon qu'a Vecchiali de filmer amoureusement la virilité de N. Silberg (mmm ce torse tous ces poils, ohhh et même, à la fin, cette jolie quéquette -oui oui ça aussi avait dû compter-), la galerie des personnages de "la ruelle" qui gravitent autour de Pierrot, les dialogues très écrits (j'avais recopié amoureusement quelques-uns des dialogues d'Hélène Surgère -qui est absolument magnifique, j'en profite pour le répéter, et qui n'a pas eu au cinéma la carrière qu'elle méritait- ) la chronique d'un amour fou non-partagé puis partagé quand même -ça aussi j'avais dû adorer- même si..., et le mélo qui va jusqu'au bout avec spoiler la mort de Jeanne-Michèle... Je crois me souvenir que j'y étais même allé plusieurs fois...

Je continue de penser que la vision de chaque film est unique. A un instant n, un film donné produira un effet e, et à un instant n+1, il produira un effet n+1. C'est pourtant le même film, c'est pourtant la même personne, mais le résultat sera à chaque fois différent, sensiblement ou carrément diamétralement opposé.

Là, par exemple, j'avoue que je suis resté un peu à distance. (Mon moi de presque 60 ans regardait du coin de l'oeil mon moi de 20 ans, avec un petit sourire, en coin aussi, comme s'il avait envie de lui dire "Tsss... tout ça pour ça ?") Je n'ai pas ressenti grand-chose je dois le reconnaître, et pourtant, je suis sûr qu'à l'époque ça m'avait mis la larme à l'oeil. Ce que j'ai le plus apprécié, c'est ce à quoi je ne m'étais pas vraiment intéressé alors : les personnages féminins "secondaires" (Anna, Emma, Mélinda, l'employée de la pharmacie) que je trouve très justes. J'aime aussi la façon de représenter l'obsession, l'idée fixe, que suscite l'amour (ces flashes incessants du visage d'Hélène Surgère qui viennent "hanter" Pierrot.) Le son, je l'ai déjà dit, est un peu pourri, et dès que ça monte en intensité, ça devient pénible, voire inaudible (la séance d'enregistrement de Mélinda est un calvaire auditif), et il semble que c'est pareil pour le jeu des acteurs : tant qu'on est dans un registre "normal", tout va bien, mais dès qu'on "monte" un peu dans la gamme des émotions, ça devient parfois pénible, parce qu'excessif et donc difficilement crédible (les larmes de Pierrot par exemple).

(et je n'arrive pas à terminer ce post que je publie donc comme ça dans l'état.)

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mardi 14 avril 2015

louie louie louie louaaaaaaaaah

Bonne nouvelle! Il est de retour mon gros rouquin préféré... Oui, la saison 5 de Louie vient de débuter sur FX, et je n'ai pas pu résister au plaisir de voir immédiatement le 1er épisode. Ce sera une saison courte (seulement 8 épisodes prévus) mais je trouve toujours ça aussi bien...

Louie-season-5

On retrouve Louie décidé à se rendre à un "repas de parents d'élèves" (potluck en vo), tout seul donc (ni Pamela ni enfants), où il tient, contre l'avis de l'hôtesse, à apporter un plat de son fameux poulet frit. mais, bien entendu, rien ne se déroulera tout à fait comme c'était prévu...
Toujours ce même plaisant système de petits segments narratifs plus ou moins indépendants, reliés entre eux -tiens c'est nouveau- par les images d'un joueur de banjo... L'épisode commence en parlant des aliens et se termine en évoquant les racistes, et toujours avec ce ton aussi inimitable. Funny, not hilarious.  Louie s'est laissé un peu pousser la barbe et n'a pas maigri, mais c'est comme ça, vraiment, qu'on l'aime! Mmmmh...

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lundi 13 avril 2015

qu'il est donc doux de rester sans rien faire

... tandis que tout s'agite autour de soi...
(Jacques Higelin, Poil dans la main)

LIBRE ET ASSOUPI
de Benjamin Guedj

Un joli "petit" film, vu cet après-midi, et que je n'aurais en principe jamais dû voir, mais le hasard a fait que. J'étais sur un site de téléchargement un endroit interdit où on n'a pas le droit d'aller et où donc je n'irai jamais puisque je n'ai pas le droit et donc j'ai vu l'affiche d'un film qui me disait vaguement quelque chose, (j'avais dû la voir au moment de la la sortie du film et je n'avais pas eu plus envie de le voir que ça, d'ailleurs je dirais même qu'il n'est jamais arrivé jusqu'à nos contrées cinéphilement reculées, et donc je l'avais oubliée) mais qui acquérait soudain un intérêt nouveau, puisqu'y figurait Félix Moati (fort apprécié récemment dans A 3 on y va), et, j'ai honte mais je suis franc, l'accroche suivante le concernant :"le kiff pour Bruno c'est d'être en slip, il est slipiste" (oui j'ai honte, messieurs les publicitaires je ne vous félicite pas d'utiliser de si vils arguments et surtout, que ça marche!)
Je l'ai donc téléchargé souhaité très fort et hop! il est apparu miraculeusement sur mon ordinateur au bout d'un certain temps, alléluia, alléluia! et j'ai pu ainsi commencer à le regarder, prêt à zapper sans pitié à la moindre déconvenue...
Et bien, que nenni! Nulle tristesse ni colère ne se lisait sur mon visage au moment du générique de fin, au contraire. C'était plutôt la combinaison d'un sourire attendri et d'un semblant de larmichette pointant, ce qui chez moi est plutôt bon signe...
Le film commence avec un jeune homme (Baptiste Lecaplain) qui parle à la caméra (à moi donc) et m'expose, de but en blanc ses mécaniques intimes masturbatoires ("parce que c'est un sujet délicat pour en parler et comme ça ça sera fait") avant de se présenter, et là, j'ai un moment de trouble : ses envies, ses ambitions, son plan de vie, sont exactement les mêmes que les miens furent : Rien ! Il ne veut rien. Il n'a pas envie de travailler, il veut juste rêvasser, regarder le plafond, oui, il veut ne rien faire (vous saisissez la nuance ?) alors qu'en principe l'âge est arrivé pour lui de se trouver un job, etc.
Le voilà en coloc avec Anna, une ancienne copine de fac (il est bardé de diplômes), et Bruno, un jeune homme  barbichu (voilà Félix Moati, un peu gentiment bourrin et amoureux transi d'Anna -Charlotte Le Bon-). Jeunes gens, appartement, cohabitation, confidences, insouciance, fou-rires, le contexte est familier, et tout à fait plaisant. Les histoires des mecs (qui tournent bien sûr autour des filles, bien sûr), mais celles des filles aussi (qui essayent de comprendre les garçons, c'est un film très hétéronormé, mais ça ne me dérange pas, voyez comme j'ai l'esprit large.) Dans cet appart, entre ces trois personnages, flotte un délicieux parfum d'adulescence, d'inachevé (le désir de Bruno pour Anna, la complicité d'Anna et Sébastien dans le dos de Bruno, la complicité "virile" des deux garçons)  comme si les gamineries, (les palabres et les jeux),  servaient surtout à (se) protéger, à laisser sans réponse des questions trop explicites.
Sébastien (le jeune homme qui ne veut rien faire) va "s'inscrire au RSA", où se lie d'amitié avec son conseiller -enfin, le deuxième-  (Denis Podalydès), qui décide même de le couvrir dans sa quête d'inaction, et la vie continue... Anna bosse (dans une maison d'édition), bruno enchaîne avec vaillance les petits boulots merdiques, et Sébastien ne fait rien, ou presque. Jusqu'à ce que...

Le film est très agréable, parfois un peu indolent (à l'image de son personnage principal) mais plein de petites notations délicieuses, de scènes drôles, surprenantes, attendrissantes. (le musée, l'ours, Valentine Caillou...). Un vrai "film de gens" comme je les aime (qui m'a évoqué lointainement, par sa structure, ce qu'il raconte, et ses fréquentes adresses-public le délicieux 2 automnes, 3 hivers), qui accompagne avec tendresse ces trois jeunes gens dans leur passage à l'âge adulte, chacun à sa manière, et qui laisse, oui, un petit goût agréable, le sucré  dissimulant la légère amertume que pourrait apporter le fait de grandir,  l'"installation", l'entrée dans une certaine norme, la fin des rêves d'adolescence, ou pas, d'ailleurs.
Oui, un joli petit film.

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dimanche 12 avril 2015

et, pourquoi pas ?

A TROIS ON Y VA
de Jérôme Bonnell

Oui, qui se souvient de Pourquoi pas! le deuxième film de Coline Serreau ? Un trio amoureux (deux mecs et une fille : Sami Frey et Mario Gonzalès, et Christine Murillo -dont ma soeur dit que c'est notre cousine mais je ne suis pas sûr...-), dans la France de la fin des années 70, un parfum d'utopie amoureuse, de l'amour, de l'humour, on s'en était bien bien régalé à l'époque, avec les copines et les copains (j'avais arghh à peine 20 ans), on avait même cru d'ailleurs un moment que ça pouvait être un modèle mais on s'était vite rendu compte que non non.
J'ai repensé à Pourquoi pas! en voyant A trois on y va. Par la similarité de la situation amoureuse (ici, on a deux filles pour un garçon, les temps changent), par l'injonction donnée par le titre, par ce ballet des sentiments, ce trouble, cette confusion, oui, qui constitue(nt) l'essentiel de la matière -soyeuse et chatoyante- du film.
Jérôme Bonnell, d'abord, parlons-en un peu. Un réalisateur qu'on aime beaucoup par ici (n'aurait-on pas d'ailleurs passé quasiment tous ses films dans le cadre de notre programmation dans le bôô cinéma ?). Un réalisateur "discret" sans doute, mais pour lequel j'éprouve une énorme tendresse, surtout depuis le magnifique J'attends quelqu'un, (et la révélation que j'en avais eu de la divine Florence Loiret-Caille). Il y a des noms de réalisateurs, comme ça, qui me font éprouver de l'impatience quand je vois qu'ils vont sortir un nouveau film : Bonnell, Ameur-Zaimèche, Weerasethakul, Jarmusch, Porumboiu, Zang-Khe... Tiens ça y est je bave...
Parlons aussi d'Anaïs Demoustier, découverte-en moineau notamment !-  dans l'aérien Bird people de Pascale Ferran (tiens, elle aussi, que j'aime énormément, avec une belle constance...) ; elle "confirme", ici, (plus que dans le film d'Ozon) toutes les raisons qu'elle a de me plaire, mais il faut dire qu'elle est magnifiquement entourée/soutenue par ses deux "partenaires" amoureux : Sophie Verbeeck et Félix Moati.
C'est l'histoire d'une jeune avocate qui vit un début histoire d'amour compliquée avec une autre jeune femme, histoire qui va encore se compliquée quand une nouvelle relation va se nouer entre la jeune avocate et le copain de l'autre demoiselle... Bonnell filme tout ça avec son élégance habituelle, mais sans jamais trop s'apesantir, tout se joue comme une comédie un peu légère, sensuelle, pleine d'élans, de doutes, d'hésitations, de virevoltes, de ressorts comiques parfois presque boulevardiers (Ciel mon mari! cache-toi ma chérie) mais surtout beaucoup de grâce, de tendresse, d'attention(s). Une construction plaisamment (et discrètement) géométrique, avec des parallèles et des symétries, entre autres figures (sans oublier les hyperboles et les tangentes -celles qu'on prend-).
Plus que d'un film choral, il serait surtout question ici d'un trio (à cordes) cherchant l'accord parfait pour jouer le mieux possible la même (vieille) partition. C'est délicieux, c'est drôle, c'est attendrissant. A la sortie, j'ai dit "c'est charmant" comme j'aurais pu dire "ça m'a enchanté".
Et je ne partage pas les réserves de Jean-Luc (et d'autres) sur les fameuses trois dernières minutes. Telles que, ça me va tout à fait, il y a des indices qui pouvaient l'annoncer, me semble-t-il. (j'aurais été un peu gêné au contraire que ça se termine comme ça juste avant sur la plage.) Les happy endings de 2015 ne sont pas ceux de 1977, et c'est tant mieux!

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samedi 11 avril 2015

téléphone cassé / tango raté

(bouts de rêve)

Dominique a cassé mon téléphone...
Elle me le rapporte, et me le lance en me conseillant de le rattraper. Évidemment je n'y arrive pas et il tombe par terre. Le téléphone a l'air intact mais il y a, tombés autour de lui, des pièces et des morceaux qui semblent venir de l'intérieur.
Je la remercie ironiquement d'avoir cassé mon téléphone, elle part en se mettant à pleurer très fort et très exagérément. (on la voit -et on l'entend-  s'éloigner assez longtemps)
Je la regarde partir en pleurant et je réalise que j'aurais pu au moins lui dire que mon téléphone est dans ma poche (je pose ma main dessus) et que je suis en train de rêver. Je la retrouve assise sur des gradins (pour assister à un spectacle ?) et je lui dis en riant que ce n'est pas la peine qu'elle s'inquiète, puisqu'on est tous les deux en train de rêver, on est dans le même rêve!
(et je lui dis que c'est la première fois dans un rêve que je dis à quelqu'un qu'on est en train de faire le même rêve...)
Nous rions tous les deux (et même le monsieur qui était assis juste derrière nous)

*

Je suis dans une pièce avec beaucoup de monde (beaucoup de monde que je connais) Passe une demoiselle, et je l'empoigne pour danser (j'ai ma main droite sur sa hanche, et la gauche qui tient sa main, comme pour une danse de salon traditionnelle. Nous commençons à danser, on avance en se frayant un passage au milieu de tous les gens, c'est difficile de tourner, il n'y a pas beaucoup de place.
Je lui suggère de danser autre chose, la java par exemple, et lui montre le petit déhanchement qu'il faut faire
On essaye plutôt de danser le tango (j'ai du mal à tourner)
Je danse à présent avec Pépin, il m'explique qu'il me faudra "beaucoup de temps et de patience pour apprendre à tourner, de très longues années..."
Je lui réponds que si je n'arrive pas à tourner c'est à cause de lui, qu'il est beaucoup trop lourd
Je dois à présent danser avec Thierry, je lui demande s'il connaît "Savez-vous planter les choux ?" et il me répond très sérieusement que oui c'est son morceau préféré
Je suis face à lui, je suis tout petit et il est exagérément grand (je le vois en contreplongée) comme dans un dessin de Dubout, pensé-je, d'autant plus qu'il y a une personne, puis une autre, qui grimpent successivement sur ses épaules

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à gorge déployée

THE CUT
de Fatih Akin

Non, je plaisante... (le titre).
Finalement, j'ai quand même réussi à le voir (mauvaise semaine pour "nos" films dans le bôô cinéma : il était programmé deux fois seulement -comme le film de Tariq Teguia-, une, justement en même temps que lui -c'est ballot!- et l'autre, heureusement, en ce Mardi de Pâques -ah bon, ça n'existe pas ? -). On avait tenu à le passer, malgré les critiques pas franchement enthousiastes, parce que, bon, c'est quand même notre Fatihchounet chéri-chéri de Head on, de Soul kitchen, et, surtout surtout de De l'autre côté, alors, hein...
En plus, l'affiche annonçait Tahar Rahim (en gros) et Simon Abkarian (en plus petit), deux raisons de plus de ne pas de priver... 2h19 (dont un générique final de plusieurs kilomètres qu'on a suivi jusqu'au bout avec Christine pour voir où ça avait été tourné : Malte et Jordanie!), et des milliers de kilomètres aussi dans le film, puisque notre héros part d'Anatolie en 1915 pour arriver à Minneapolis (et même un peu plus loin) en 1923!
Fatih Akin a visiblement fait péter la tirelire dans une superproduction (il faut voir la liste impressionnante des co-producteurs) qui a dû coûter plus que bonbon (il nous avait habitués à plus simple!), une ample fresque historico-familiale, qui, si elle se laisse voir avec plaisir (je n'ai même pas fermé l'oeil une demi-seconde!) laisse quand même à la fin un léger léger arrière-goût de déception. Jusque là, Fatih, j'adorais sans arrière-pensée (Ah si Polluting paradise n'était -franchement- pas inoubliable mais bon c'était "juste" un doc.)

Là, j'ai pensé "Il s'est pris les pieds dans le tapis de ses moyens" et comme la formule m'a plu, alors je vous la livre telle quelle.

Le début du film est agréable, Tahar Rahim est mimi comme tout en forgeron aux mains noires, sa femme est jolie, ses fillettes adorables, les voisins charmants, et tout et tout. La vie au village, youp la boum. Ca bascule assez vite et tragiquement, puisqu'il est s'agit du génocide des Arméniens par les Turcs (et Tahar, qui s'appelle Nazaret dans le film, est Arménien), sujet toujours tabou en Turquie, d'ailleurs. Le voilà emmené en pleine nuit, avec tous les hommes de plus de 15 ans, puis employés à casser des cailloux pour construire des routes, et finalement emmenés* dans une marche terrifiante qui aboutira à l'égorgement de presque tous les hommes sauf un (Nazaret, gracié par celui qui devait lui trancher la gorge mais en est incapable et ne fera qu'enfoncer son couteau dans son coup, lui causant une vilaine blessure et le privant de la parole, mais produisant assez de sang pour faire croire qu'il est mort.) Je ne devrais pas l'avouer, ça va faire mauvais genre, mais il y a une scène qui pourrait devenir culte dans mon cinéma personnel d'après minuit, lorsque Tahar, mourant, frotte son visage barbu contre le visage barbu de son frère* allongé à ses côtés, mais qui lui est mort. Une scène magnifique.
Puis son "sauveur" revient le chercher à la nuit, et les voilà tous les deux qui crapahutent dans le désert, rencontrent des soldats déserteurs, les suivent, et  là  Nazaret décide, après avoir appris qu'elles sont toujours vivantes, de revenir sur ses pas, pour partir à la recherche de ses deux filles jumelles, Arsinée et Lucinée... Il rejoint d'abord un camp de réfugiés. La reconstitution est tellement colossale qu'elle pourrait avoir coûté la moitié du budget du film, c'est la première scène où on se dit "là, peut-être c'est quand même un peu too much...", surtout que le plus important (l'essentiel) est un plan rapproché sur Nazaret et sa belle-soeur*. C'est là qu'il l'a retrouvée, mourante, et qu'elle lui donne un indice pour retrouver ses filles. Le jeu de piste commence, il durera des années et des milliers de kilomètres. Et de toutes ces années, ce qui gène un peu, c'est que notre Tahar joli ne change pas d'un iota -ou si peu- qu'on a quand même du mal à le croire (bon, vous me direz, huit ans, c'est pas la mort tout de même et ça fait plaisir de voir Taharchounet au naturel, plutôt qu'artificiellement vieilli).
Au cours de son voyage, il va changer de pays, rencontrer des gens, certains l'aideront (un fabricant de savons particulièrement bon, un coreligionnaire attachant -Simon Abkarian-), avec toujours cette obsession : retrouver ses filles, tout ça fait avancer le film à un rythme soutenu, alternant les visions sanglantes (réelles ou rêvées) et les scènes de violence avec des moments plus doux (la séance de cinéma, par exemple).
Un film ambitieux, donc, trop peut-être, mais qui ne mérite pas toutes ces bouches pincées criticatoires qu'il a suscitées (dans les Inrocks, Kaganski le qualifie tout de même de "baudruche académique"!) Peut-être que Fatih Akin a vu trop grand, peut-être qu'il a été parfois maladroit dans le traitement de certaines scènes, peut-être qu'il n'était pas indispensable d'aller aussi loin, mais, il y a à la base de tout ça une envie, une énergie, une sincérité indéniable(s) (qu'on connaît bien chez Fatih Akin), qui, par le traitement du film, pourrait parfois  passer pour de la candeur ; n'empêche, on ne peut qu'être touché par cette aventure humaine, impressionné  l'évocation d'un sujet rarement abordé au cinéma.

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* : corrections apportées suite aux remarques de Christine

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vendredi 10 avril 2015

nous qui désirons sans fin

REVOLUTION ZENDJ
de Tariq Teguia

Le troisième film du monsieur (on a déjà passé les deux premiers dans le bôô cinéma). J'avais mis Rome plutôt que vous dans mes films de l'année. Puis j'avais mis aussi Inland dans mes films de l'année. Et je mettrai encore Revolution zendj dans mes films de l'année. Du cinéma qui m'émerveille, me fait venir les larmes aux yeux et palpiter le plexus , oui, qui m'enchante et me fait ronronner cinéphiliquement de contentement.
Le début, par exemple, est fracassant : du blanc cramé sur l'écran (Tariq Teguia aime les blancs cramés), on devine un homme qui marche (j'ai pensé au topographe d'Inland), qui se rapproche de nous, doucement, flouement (je suis obligé d'inventer des adjectifs) tandis que monte lentement un son de guitare(s) qui lui aussi m'électrise (je n'ai pas réussi à voir au générique de fin de qui il s'agissait) et que viennent s'inscrire sur l'écran les petites polices (Tariq Teguia aime les petites polices) des noms du générique, sur fond rouge-orangé me semble-t-il, jusqu'au très graphique titre, découpé en carré.
On est ensuite dans le film, le même homme qui marche, d'autres hommes, des visages enturbannés, filmés frontalement, cadrés splendide. Qu'est-ce que tu fais là ? lui demandent-ils (et ils semblent alors le faire au spectateur aussi.) Ils le laissent passer. Nous aussi.On le suit, on les suit. (J'avais presque du mal à reprendre mon souffle tellement je jubilais.) Et on passe à autre chose, ailleurs. Oui, la première chose qui frappe c'est l'ahurissante perfection plastique. Tout le temps, à chaque plan, à chaque image. Sans personnages dedans, déjà, chaque cadre (tableau) leur préexiste, de toutes ses forces. Couleurs, textures, composition, angle de prise de vue, focale, chaque plan mérite la contemplation. L'admiration. Le temps qu'on prend.
Passé(e) cette fascination initiale (qui perdurera pendant tout le film, jusqu'à la dernière seconde), le spectateur doit (peut) ensuite être attentif, car y  paraissent des personnages (certains devant, d'autres plus fuyants, parfois même fantômatiques), qui y disent (se disent, nous disent) des choses, et qu'il s'agit alors de reconstruire le propos (ou à chacun de se reconstruire son propos, de par les éléments que le réalisateur nous propose -ou pas-) de tenter d'organiser toute cette fulgurance, -mais est-il vraiment indispensable de vouloir donner du sens à toute proposition plastique  ?- de mettre en place puis de baliser, s'il le souhaite, des petits sentiers transversaux de compréhension. Ou bien d'accepter de se laisser porter, envahir, transporter. De perdre pied, de lâcher prise. D'être voyagé plutôt que voyageant. Ici ou là, quels sens, quelles directions, quels choix. Le film devient alors un atlas fascinant où chacun voyage à sa guise. Mieux qu'un musée, un état des lieux, contemporain,vivant, remué, retracé, distordu, revisité...
Avec ce troisième film, on commence à avoir (un peu) l'habitude de ce que Tariq Teguia nous donne à voir. De ces fragments narratifs, visuels, chromatiques. De ces notes (aussi bien être celles du carnet que celles de la portée.). Propositions, installations, détournements, situations. Il semble que cette fois que le propos se soit -géographiquement- encore élargi. Il est question de l'Algérie, toujours (le "personnage principal" est un journaliste algérien) mais il sera aussi question du Liban, de la Grèce (le deuxième personnage principal est une jeune fille, grecque, qui nous emmenènera d'ailleurs jusqu'à Athènes, dans un final rageusement rouge et noir), de l'Irak (où l'on verra le troisième personnage principal en plein délire de reconstructions commerciales et lucratives) et même des Etats-Unis. Beyrouth Bagdad Bassorah (j'ai retenu les villes en B. même si on finira sur une ville en A).
Question aussi de révoltes, de soulèvements, de répression, de révolution, oui ("La révolution, ça veut dire tourner... " Béjart, samplé par Hugues Le Bars). De foyers de. D'épicentres. d'insurrections qui viennent. Le "zendj" du titre est celui d'une tribu d'esclaves noirs qui se seraient révoltés au XIème siècle en préférant la mort à la soumission, et c'est à leur recherche que s'est lancé le journaliste algérien). C'est dommage, le film ne passe plus (il n'était projeté que deux fois, dont l'une où je ne pouvais pas être là) et je ne pourrai donc pas le revoir dans l'immédiat (peut-être à Paris à la fin du mois ?).
Hervé, me semble-t-il avait émis quelques réserves, historiques peut-être, ou sur la définition de certains personnages, je ne suis plus sûr. Moi, presque rien. (Peut-être juste sur le pourquoi de la nécessité de remettre deux fois la même scène (le "théâtre moderne" des jeunes grecs) filmée quasiment de la même façon.) Je me suis juste laissé allé, comme un bout de bois entrainé par le courant, flottant admirativement, ballotté baladé entre élégie et épopée, me disant, à la fin, ébloui, "oui, pour moi, c'est ça le cinéma, c'est vraiment ça, c'est tout à fait ça."

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mercredi 8 avril 2015

ooooooh

Oui, il a commencé à faire  cho, cet aprèm' :

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servitude

JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE
de Benoît Jacquot

Ah... Jeanne Moreau...  (soupir)
Eh bien, contre toute attente (je partais d'un mauvais pied), Léa Seydoux compose, il faut le reconnaître, une Célestine qui n'a pas à rougir de la comparaison avec son aînée (entre Jacquot et Bunuel c'est peut-être une autre paires de manches. Comme dirait mon ami Philou "Je n'ai aucun avis sur la question...")... Benoît Jacquot dit s'être recentré sur le livre d'Octave Mirbeau, et je veux bien le croire puisque je n'ai pas lu le bouquin en question. Cette Célestine est tout de même bien effrontée, pour une personne qui a "la servitude dans le sang" : elle marmonne des insultes à l'égard de sa patronne (Clothilde Mollet, plus que parfaite dans l'autoritarisme pincé), tient tête aux mains baladeuses (et pire) du mari de la patronne (Hervé Pierre, idéal de veulerie satisfaite et bonhomme), s'entiche du jardinier (Vincent Lindon hélas coincé en position "je ne bouge pas un muscle de mon visage pour montrer quel monstre de virilité je suis"), et va et vient entre différents postes successifs -il y a parfois des temporalités que je n'ai pas bien saisies- mais toujours finissant par revenir chez les Lanlaire, (oui oui c'est leur nom dans le film, je ne sais pas si c'est ça dans le bouquin).
Du Bunuel j'avais surtout gardé la scène des bottines (oui oui le vieux Señor Luis était fétichiste des pieds féminins et des chaussures qui vont avec) et de Georges Géret, grandiose dans la saloperie mâle (et Jeanne, bien sûr). Du Jacquot je garderai surtout Léa et Clothilde. C'est leur affrontement qui m'intéresse, bien plus que les rapports de la demoiselle avec l'ensemble de la gent masculine environnante. Benoît Jacquot est un cinéaste qui aime filmer les femmes, et les place toujours au centre de chacun de ses dispositifs filmesques (avec des résultats parois éblouissants : Godrèche dans La désenchantée, Ledoyen dans La fille seule, Kiberlain et Huppert dans La fausse suivante, et des plantages tout aussi retentissants -je ne donnerai pas de noms pour ne fâcher personne-) il est donc normal qu'il filme sa Célestine avec amour et convoitise (gourmandise) en laissant le spectateur mâle moyen rester sur sa faim : on tourne autour, on regarde vu de l'extérieur, mais on n'en aura guère davantage, ni téton ni lingerie ni ni. et pour moi c'était très bien comme ça. Le film est à ce diapason-là, plutôt class(iqu)e, un peu engoncé, corseté, comme les tenues de l'époque ("Vous avez une bien jolie toilette, lui dit la patronne à son arrivée, vous l'enlèverez de suite."). On tourne autour, oui, on reste en-dehors. Plutôt dans l'illustration que dans la subversion ou la malversation.
Mais bon,oui oui, je crois bien que j'ai adoré Léa Seydoux dans ce rôle, alors que je me préparais à tout le contraire. Chapeau ! (d'époque, et à plumes, s'il vous plait). Et en plus le plaisir de retrouver, dans un second rôle, le touchant Patrick d'Assumçao (de L'inconnu du lac!)

020675
(J'aime beaucoup l'affiche)

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mardi 7 avril 2015

re-mingarelli

LA BEAUTÉ DES LOUTRES
Hubert Mingarelli

Je continue ma lecture chronologique des livres d'Hubert Mingarelli (j'en ai encore 7 ou 8 sous le coude, commandé chez un vendeur chez qui les frais d'expédition étaient gratuits au-delà de 26€, mais peut-être en ai-je déjà parlé...) celui-là est, je crois, le quatrième "pour adultes" (ne traduisez par "pour adultes avertis", mais plutôt "pas publié en collection "jeunesse").
Et c'est sidérant de le lire après ce roboratif Club des policiers yiddish que j'aurai longuement savouré. Je me demande s'il peut y avoir deux bouquins (ou deux styles d'écriture) aussi diamétralement opposés, mais qui pourtant me procurent autant de plaisir (mais peut-être pas exactement le même genre de plaisir ? Y a-t-il, d'ailleurs plusieurs genres de plaisir(s) de lire ??)
Un livre plus petit (en nombre de signes), plus ramassé, plus... simple ? (Je cherche mes mots). Autant chez Chabon on était dans la richesse, l'accumulation, la profusion, la gourmandise, l'excès, autant ici on est dans la sobriété, la retenue, l'épure, l'ascèse presque (sans aucune notion de mysticisme ou de religiosité.)

ascèse
"L'ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d'abnégation." dit wikipedia
(je ne suis pas certain que le mot ici convienne). Il y a juste un adulte (Horacio) et un (très) jeune homme (Vito), assis dans un camion, la nuit. Nuit d'hiver, route enneigée. Dans un camion qui transporte des moutons qu'ils vont vendre. Et ils se parlent, pendant ce trajet  (Horacio a embauché Vito), ils "font plus ample connaissance"...
Chez Chabon on était presque dans le pantagruélique, là, on est quasiment dans le raclé jusqu'à l'os. Des phrases courtes, des mots simples, des situations banales, des faits, et pourtant une indéniable fascination, qui va en s'approfondissant, en s'enracinant, au fur et à mesure que le récit progresse.
Si Michael C. me donnait envie de recopier des passages, Hubert M. serait, lui, capable de me faire venir les larmes aux yeux avec trois fois rien. Vraiment trois fois rien dans ce qui est écrit, mais tant d'espace justement généré par ses blancs, ses manques, ses silences. Tant de latitude. L'univers "habituel" de Mingarelli est là, dans toute sa force et toute sa simplicité. Deux hommes (un adulte et un enfant), un décor, prenant, même si juste ébauché (la nuit d'hiver, la montagne), un but (ici, "franchir le col"), et des échanges entre les deux. Des champss/contrechamps dirait-on au cinéma. Contrechamps de paroles, contrechamps affectifs, parfois le silence, parfois la violence, parfois la complicité. Quelques autres hommes, au fil du récit (celui à la cigarette, celui de la station-service, celui de la dépanneuse), jusquà la très belle -très simple- rencontre finale avec l'éleveur, et, in extremis, dans la grange, sa femme.
On se prend à rêver à ce qui peut bien remplir les interstices, longtemps après avoir refermé le livre...

loutre1

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