vendredi 21 septembre 2018

masser la carotide

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PREMIERE ANNÉE
de Thomas Lilti

Un petit problème de dates et de chronologie d'abord : en 2014, dans Hippocrate, du même Thomas Lilti, Vincent Lacoste jouait Benjamin, un jeune interne qui effectuait son premier stage dans le service de son père chirurgien (joué par Jacques Gamblin). Dans celui-ci, en 2018, ce même Vincent Lacoste joue Antoine, un jeune étudiant qui retriple sa première année de médecine, et sympathise avec Benjamin (joué par William Lebghil, très bien), fils de chirurgien... Un peu comme s'il se rencontrait lui-même, trois ans avant. Le personnage de Benjamin dans Première année, c'est le même que dans Hippocrate, sauf qu'il n'est pas joué par le même acteur (et que l'acteur qui l'incarnait joue désormais un autre personnage).
Une fois cette petite distorsion de l'espace-temps cinématographique admise, le reste suit sans problème. Thomas Lilti sait de quoi il parle, il est passé par là, et ça ne m'étonnerait pas trop qu'il raconte, peu ou prou (on devrait utiliser cette expression plus souvent), sa propre histoire à lui.
Une histoire de fac, de préparation de concours, d'amphi, mais surtout de bachotage imbécile, tant ce concours est sélectif et l'écrémage radical, à l'issue dudit concours. Et, dans le cas présent, une belle histoire d'amitié entre deux garçons. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'ai dit amitié. Une histoire simple, pour un film qui l'est tout autant. Et agréable.
Les deux jeunes acteurs (Lacoste et Legbhil) sont très bien. On peut juste regretter que tout ça soit très sage. Très raisonnable. On aurait souhaité un peu plus de sel, d'assaisonnement, d'épices, de folie.
Tel que, c'est très bien, mais on a vraiment le sentiment que Lilti aurait pu réaliser quelque chose d'excellent. Alors qu'il n'est que très bon. C'est déjà très bien, d'être très bon (c'est exactement la même chose avec les résultats aux examens de nos deux deux compères...)
Finalement le plus important c'est le duo de comédiens (comme dans Hippocrate, déjà, où Vincent Lacoste faisait équipe avec le très chér(i) Reda Kateb), à côté duquel les autres personnages semblent un peu effacés. Comme si les deux étaient en couleur et tous les autres en noir et blanc.

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jeudi 20 septembre 2018

la baguette, 25 euros

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BONHOMME
de Marion Vernoux

J'ai toujours eu un faible pour Nicolas Duvauchelle, son animalité, son côté rebelle, le phrasé, les tatouages, la barbounette... Là, il est en couple avec Ana Girardot,  (un couple qui rappelle un peu celui qu'il avait avec Mélanie Thierry dans l'impressionnant Je ne suis pas un salaud, d'Emmanuel Finkiel) mais ils ont un accident de voiture, et sa tête (à lui) heurte le pare-brise... Coma, et lorsqu'il se réveille il n'est plus tout à fait  le même. Comme le précisera plus tard le Docteur Rollin devant le juge, "Il a 5 ans là (la tête) et 15 ans là (la bite), et toute la vie devant lui pour se reconstruire..."
J'ai beaucoup de tendresse pour Marion Vernoux dont j'ai suivi assez fidèlement la carrière depuis l'initial -et par moi chéri chéri- Personne ne m'aime (mon dieu 1993 déjà...) et son goût pour les films choraux, avec à chaque fois de très beaux -et attachants- portraits de femmes, fortes le plus souvent (mais pas toujours).
Cette fois le film est un peu moins choral (quoique on a quand même du monde : le couple central, donc, la meilleure copine, le collègue attentionné, et la mère d'elle, qui donne le plaisir de revoir cette chère Béatrice -Dalle-) et plus duel (dans tous les sens du terme). Piotr (Duvauchelle) oscille entre les 5 ans (mentaux) et les 15 ans (testostéronés) et passe de l'un à l'autre sans préavis. Il n'a plus de barrière, plus de notion de "ce qui se fait" ou pas, et donc y va, joyeusement. Surtout que sa copine l'a repris avec elle, à la maison, pour contrer l'envie de sa mère (à lui) de le reprendre avec elle. Il dit et il fait ce qui lui passe par la tête. C'est difficile.
Pendant un moment, j'avoue, j'ai été un peu mal à l'aise, avec le sentiment que ça n'était pas très "moral" de faire rire en évoquant le handicap, que ça partait un peu dans tous les sens, que le film par instant perdait presque le cap et naviguait à vue...Et puis les choses se mettent en place, et Marion Vernoux peut se permettre d'aborder l'aspect comédie de sa comédie dramatique.
Il faut saluer la performance de Nicolas Duvauchelle (mais, bon, ça, je n'aurais même pas du l'écrire, tellement ce bonhomme-là m'épate à chaque fois...) et, parallèlement, même si elle est moins "visible", celle de sa partenaire, Ana Girardot.
Comme ressort de comédie, un mec qui se comporte comme un gamin, et, dans le même temps, ne pense qu'à baiser, c'est un peu mince. Et malaisant. Mais grâce aux personnages (et, surtout à celles/ceux qui les incarnent) on surmonte la gêne qu'on pourrait avoir devant un mec qui ne pense qu'à sa bite (ou ne pense qu'avec sa bite), mais sans penser à mal, juste, comme ça, parce qu'il en a envie. Et Duvauchelle est vraiment parfait dans ce (double) rôle-là, sans jamais en faire des caisses. Sur le fil, avec son sweat rose à capuche, ses tongs, et ce visage à la fois adulte et enfantin (c'est quelque chose de très curieux qu'il a réussi là).
Marion Vernoux fait du Marion Vernoux, elle va jusqu'au bout de son idée, même si ça peut démanger, déranger, ou faire grincer des dents, certaines ou certains, et on en est content.
Même si le film n'est pas parfait (certains personnages sont un peu sous-employés, voire pas utilisés de façon cohérente (je pense surtout à Kevin le collègue/ supérieur/copain/ amoureux d'Ana Girardot, certaines situations sont un peu répétitives, certaines scènes flottantes) on sort de là avec le sourire, beaucoup plus qu'avec les larmes, et c'est très bien comme ça.

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mercredi 19 septembre 2018

imam à moto

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LE POIRIER SAUVAGE
de Nuri Bilge Ceylan

Somptueux.
Je m'étais promis de revenir le voir dans le bôô cinéma, et j'ai bien fait. Certains film sont des chambres de bonne, d'autres des hôtels à petit budget, ou des bicoques de guinguois, celui-ci est une cathédrale. Carrément. Ne nous y trompons pas, le réalisateur en a tout a fait conscience (d'avoir bâti ce genre d'édifice), et ne se prive pas de nous le faire savoir (et, même, il le revendique.)
Je voulais le revoir dans le bôô cinéma parce que j'avais un peu dormi, la première fois, au Victor Hugo, et que j'avais envie de le voir en entier, je voulais qu'il ne m'en manque rien, et c'est chose faite, puisque, si j'ai un peu (re)dormi cette fois-ci, ce n'était pas aux mêmes endroits, et donc tout va bien.
J'ai donc retrouvé avec grand plaisir le jeune Sinan, qui revient chez lui avec l'espoir de faire publier son premier livre, Le poirier sauvage, et affronte son père, à qui il estime avoir pas mal de reproches à faire, dans un récit fait d'amples plans-séquences correspondant chacun à une rencontre et/ou un échange spécifique, jusque'à une scène finale qui m'a bouleversé tout autant que la première fois...
J'avais dormi au début, je ne comprenais pourquoi Sinan avait soudain un bleu sur la figure (j'ai vu la scène de la bagarre de coquelets, et j'ai compris pourquoi). Et Catherine m'avait missionné pour être attentif, et voir si la proposition de réponse qu'elle avait à la question "Avec quel argent a-t-il financé l'impression de son bouquin ?" était vérifiée, et c'est incontestable : quand on le sait et qu'on retourne voir le film, le montage nous indique que oui oui c'est bien ça (mais je ne veux pas spoiler pour ceux qui ne l'auraient pas vu)...
Et pour revenir à la fameuse scène dite "des imams" qui m'avait un peu ennuyé à la première vision (et la quasi unanimité des spectateurs avec qui j'ai discuté m'ont dit qu'eux-aussi l'avaient trouvée longue) j'y ai été, cette fois, spécialement attentif. C'est peut-être une des scènes les plus longues du film, mais, ce qui m'a frappé, c'est le statut particulier qu'elle a, de par le découpage et le montage. C'est la scène la plus découpée du film, celle où le réalisateur multiplie les changements de plan, de focale, d'angle de prise de vue, comme pour mieux l'"aérer", la faire passer...
Et confirmer combien j'ai adoré, encore une fois, la scène finale (qui a provoqué, aussi, la même interrogation chez tous les spectateurs avec qui j'en ai parlé : Ce qu'on voit dans le puits, c'est vrai, ou pas ? Et c'est une vision de qui, du père ou du fils ?)
Bref, encore un grand bonheur de cinéma, et un grand merci à NBC.

 

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mardi 18 septembre 2018

le redon le retour

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DE CHAQUE INSTANT
de Nicolas Philibert

Nicolas Philibert, on l'aime. et on le connaît depuis longtemps, il était venu, il y a très longtemps justement, pour présenter La moindre des choses dans le vieueueux cinéma, et il était reparti très fâché parce qu'il trouvait que l'écran de la 2 était tout pourri (et il avait bien raison) (et d'ailleurs l'écran en question, coïncidence, avait été rapidement changé suite à sa visite...).
Voici donc son nouvel opus, après La maison de la radio, et il est ici question des infirmier(e)s, de leur formation, de leur leurs stages et de leur évaluation. Simplement, comme ça. Trois parties, donc, avec de jolis titres (que je n'ai pas retenus), attentives, filmées tout près des gens, on le connaît, on le sait. Les films de Philibert sont des documentaires doux, sensibles.
Le réalisateur se pose en observateur, pas en attaquant ni en polémiste. Comme chez Depardon ou Wiseman (que j'aime tout autant), la caméra permet au spectateur d'assister à ce qui se passe : la théorie et l'apprentissage (comment se laver les mains, comment faire une piqûre), la mise en pratique (les réalités de la vie hospitalière et le contact avec les "vrais" patients) et le bilan (le faceà-face avec le/la responsable).
Avec, comme très souvent chez Nicolas Philibert, des plans de coupe le plus souvent bucoliques (un petit tour à l'extérieur, un coup de vent, une averse, bref une respiration)  aussi apaisants que bienvenus.
Et ce film-ci résonnait tout particulièrement pour moi, venant comme prolonger la lecture du magnifique livre de Philippe Lançon, Le lambeau, que je venais juste de terminer et qui m'a ô combien bouleversé...)
Le cinéma de Philibert est toujours aussi humain, aussi touchant, aussi efficace.

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lundi 17 septembre 2018

les sangliers c'est des enculés

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GUY
d'Alex Lutz

Une excellente surprise.
J'ai beaucoup de sympathie pour Alex Lutz, et je venais là surtout par curiosité. L'histoire d'un vieux chanteur des années 70, mouais... Un faux documentaire sur un chanteur vieillissant qui n'existe pas, incarné par le réalisateur lui-même. Un documentaire tourné par un jeune homme qui pense qu'il est peut-être le fils caché du vieux chanteur en question. Le jeune homme en question est incarné par Tom Dingler, complice habituel d'Alex Lutz notamment sur sa série Catherine et Liliane (et qui est justement, ô coïncidence, le fils d'un vieux chanteur des années 80 Christian Dingler, de Cookie Dingler ("Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée tu sais c'est pas si facile...") et se cache derrière la caméra (on entendra sa voix et on percevra quelquefois son reflet).
Un objet intriguant, donc, que ce faux-documentaire sur un faux-chanteur. Il faut d'abord saluer la prestation hallucinante d'Alex Lutz dans l'incarnation de ce vieux mec un peu agaçant, un peu pathétique, coincé dans son histoire, son passé, bref  une certaine forme de déni de la réalité (le chanteur has-been coincé dans une bulle des années 70). Puis saluer toutes les partenaires féminines dont il s'est entouré, et qui mériteraient un prix d'interprétation collectif (Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Elodie Bouchez, Dani, Brigitte Roüan, et même, je ne l'avais pas reconnue en blonde mais c'est mon copain jean-Luc qui me l'a dit, Marina Hands...) tellement elles sont bien. Un homme à femmes, donc, et à fans aussi.
Et c'est très malin, et très fort, de la part des réalisateurs (pourrait-on dire, à la fois celui du "vrai" film (Lutz) et celui du film dans le film (Dingler)) que de non seulement réussir à tenir la note de leur chansonnette aigre-douce, mais aussi, mieux, de la prolonger en nous amenant vers des lieux narratifs qu'on n'attendait pas forcément.
Et on y croit.
Et on ressort de la salle en chantonnant des ritournelles de Guy Jamet comme si elles avaient toujours fait partie du paysage variétoche français.
Alex Lutz s'est visiblement fait plaisir en incarnant ce personnage aujourd'hui (vieux, donc), mais, tout autant en recréant tout son passé musical discographique et télévisuel (on a droit à des clips, des extraits de concerts, des émissions de variétoche(s) avec Mimi Drucker, reconstituées avec tout autant de soin.)
Et tout ça fonctionne, incontestablement. Non seulement Alex Lutz réalise un sacré numéro d'acteur (une performance césarisable ?) mais aussi un sacré numéro de film. Tout parait vrai, même si rien n'est vrai. Guy pratique le parler cru (et je ne peux qu'aimer ça) et le filmer juste (j'ai craint un moment l'irruption du lacrymal et de "Je suis ton père..." mais non. Impeccable.
Et c'est... touchant de voir qu'il a donné le rôle de son fils à Bruno Sanchez, (méconnaissable en mec), son/sa partenaire de Catherine et Lilane). Malgré ses aspects parfois rentre-dedans, (l'acidité parfois à la limite de l'agressivité) au fond, Guy est un tendre. Et j'étais tristounet de le voir quitter l'affiche aussi vite (en deuxième semaine il n'avait déjà plus qu'une unique séance quotidienne, en milieu d'après midi) : les vieux chanteurs, ça n'intéresse personne ?

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dimanche 16 septembre 2018

black power!

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BLACKKKLANSMAN
de Spike Lee

Imparable.
Une mécanique implacale, une horlogerie à la précision sidérante, comme les rouages intérieurs d'une bombe à retardement qu'on voit s'assembler sous nos yeux et de laquelle on attend juste le moment où elle va nous péter à la gueule (et question déflagration, on n'est pas déçu). On le sait, les films de Spike Lee sont des films politiques (c'est lui qui avait répondu, il y a longtemps, à un journaliste  "il y aura des personnages blancs dans mes films quand Woody Allen mettre des blacks dans les siens...") et le cinéaste ne se prive pas de le faire savoir à chaque fois.
Ici, on a deux têtes d'affiche : un noir (John David Washington, le fils de Denzel, excellent) et un blanc (l'omni-aimé Adam Driver, qui va commencer à me fatiguer s'il continue à jouer dans des films que j'adore... Paterson, Logan Lucky, celui-ci, n'en jetez plus!) qui incarnent le même personnage : le premier quand il faut parler au téléphone, et le second quand il faut l'incarner en vrai, car il ne s'agit  de rien de moins que d'infiltrer la section locale du KKK.Ron Stallworth (c'est son nom) est donc noir et blanc, et yin et yang, et toutes les autres dualités de la terre qu'on pourrait bien rajouter.
La mécanique tictaque à la perfection, d'autant plus que, parallèlement, il s'agit, au départ, d'abord, pour notre flic black de s'intégrer et trouver sa place dans la police locale de Colorado Springs (qui compte parmi ses subalternes des sacrées têtes de noeud), et que, pour corser encore un peu l'affaire, le réalisateur a un peu déformé la réalité en faisant du personnage joué par Adam Driver un juif (et j'ai appris là que les gens du kkk ne haïssaient pas que les blacks...) Sans compter que Ron Stallworth (notre flic black chéri) s'est amouraché d'une délicieuse activiste black, qui traite les cops de pigs, et à qui il n'ose pas avouer son vrai job. Tout va se compliquer encore (et tictaquer 'achement plus fort) lorsque le président en personne du kkk annonce qu'il va venir à Colorado Springs pour l'intronisation (le "baptême") des nouveaux membres (dont le "vrai-faux" Stallworth, version blanche) et qu'on assigne à sa protection -arghhh!- un flic black (le vrai-vrai Stallworth, cette fois-ci). Et comme il y a de l'explosif, il est normal que tout ça explose...
(Je suis allé voir trop de films ces derniers temps, et j'ai donc du mal à rédiger un post décent sur chacun d'eux, surtout que le temps passe et que les souvenirs s'effacent)
Je me souviens juste que je suis sorti de là en jubilant.
Top 10, sans doute.

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samedi 15 septembre 2018

guêpe pompile

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ZAMA
de Lucrecia Martel

Un film... inoui.
Pour la "nationalité", allocinoche écrit : argentin, brésilien, espagnol, dominicain, français, mexicain, portugais, néerlandais, suisse, américain, libanais et la liste de tous les producteurs associés, au début et à la fin, est vraiment très longue, incroyablement longue... mais elle est vraiment à la (dé)mesure du film.
Lucrecia Martel, on l'aime depuis le début (La Cienaga), et on a programmé tous ses films (même si ce n'est jamais que le quatrième en 17 ans!, ce n'est pas une hyper-activiste), et on est toujours heureux de la voir débarquer avec une nouvelle proposition. Ici, pour la première fois, il s'agit d'un film "en costumes"... Et d'une adaptation, celle d'un roman dont l'action se situe en 1790, dans la région du Gran Chaco (une ancienne colonie hispanique) à cheval sur plusieurs pays. Même si la réalisatrice se défend énergiquement, d'avoir, justement, réalisé un film historique... Alors que, pour un oeil non exercé (le mien) ça y ressemble quand même, au moins question costumes...
C'est l'histoire de Zama, plus précisément du corregidor (c'est son boulot) Don Diego de Zama, qui s'encroûte à Asuncion depuis un moment, qui voudrait bien être nommé ailleurs, dans un truc plus glamour et plus près des puissants (Buenos Aires peut-être), et qui, pour ce, s'emploie à faire tout ce qu'il peut pour que le gouverneur (la sommité locale) veuille bien daigner finir par l'envoyer, cette satanée lettre au Roi qui pourrait intercéder en sa faveur et débloquer la situation en le renvoyant -enfin- plus près des palais et des courtisans. Les gouverneurs se succèdent mais, hélas, le corregidor reste.
Don Zama s'agite, trame, gamberge, fait des courbettes, des ronds de jambes, se rappelle au bon souvenir, mais rien n'y fait (ou presque) à tel point qu'il sera tellement à bout qu'il finira par faire valser la perruque et les oripeaux officiels de sa fonction, pour s'engager dans une troupe qui part à la recherche de Vicuña Porto, un mystérieux bandit, pour changer d'air et voir du pays...
Ca n'a l'air de rien, résumé comme ça, mais le film est à couper le souffle. Dans sa première partie (les trois quarts du film), dont la richesse (des plans, sur tous les plans) mériterait amplement qu'on lui décerne le statut de film de chevet, à poser sur sa table de nuit pour pouvoir en voir et en revoir (et savourer) chaque détail, et l'extraordinaire force sensorielle qui s'en dégage (les personnages, les lieux, les animaux, les mots, les couleurs, les sons, la végétation, tout est divinement composé, intégré, mis en place, chaque plan pouvant être considéré comme un univers plastique unique, singulier). Oui, tout ça est d'une richesse presque effrayante.
Puis nous voilà dans ce fameux dernier quart. Où Zama -et le spectateur accroché à ses basques- bascule(nt) dans autre chose.
Et j'étais vraiment impatient de la  voir, cette fameuse dernière partie, à propos de laquelle les Cahiaîs affirmaient : "La dernière demi-heure, démente, atteint des sommets psychédéliques qui rappellent la fin d’Apocalypse Now, Dead Man ou Jauja. C’est dire où se situe aujourd’hui le cinéma de Lucrecia Martel..." (et je dois reconnaître que pour une fois ils avaient raison et que nous sommes tout à fait d'accord là-dessus.) Personnellement je rajouterais Aguirre de Werner Herzog, pour une certaine qualité de folie furieuse sud-américaine, et, plus tangentiellement sans doute, Les garçons sauvages de Bertrand Mandico, pour la présence de l'eau (lélément aqueux)  et la sensation d'étrangeté organique. On pourrait parler de baroque, de lyrisme, de surnaturel, mais on serait encore loin du compte.
Bref, du grand cinéma qui laisse béat.

 

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lundi 10 septembre 2018

si tu vas à riom... 3

(version floue)

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dimanche 9 septembre 2018

caliméra et caliméro vont jouer à paris

une liste de malheurs, bobos, contretemps, déconvenues et autres contrariétés survenues en moins de 24h :

la veille :
1) l'appareil-photo cassé (Gare besançon-Viotte, 18h, 05/09/18)
(qd je l'ai sorti de l'étui, il ne marchait plus)

2) la  mystérieuse disparition de Catherine P.
(elle prenait pourtant le même train que nous, avec sa cousine et son chien, on ne l'a jamais revue)
3) les "autres" horaires de bus de St Cloud
(qui n'étaient pas censés rouler après 20h)
4) le numéro du bus pas tout à fait le bon
(mais presque)
5) la rue de la porte jaune
(mon ami J-M T. aurait parlé de Golgotha)
6) la machine à dormir inutilisable
(parce que j'ai oublié d'emporter la prise et que j'ai donc transportée pour rien!
le jour-même :
7) les tickets de métro perdus
(8 sur 10)
8) le Quai Carnot dans le mauvais sens
(et donc, aller et retour, et donc re-suée à l'arrivée)
9) la rue du studio est la seule qui n'a pas de plaque
10) la prise de tête avec les fringues
11) le petut-déj minimaliste
12) le cadeau (...)
13) pas de repas de midi
14) la pluie en sortant du bâtiment
15) le retard des trains à cause d'un accident de personne (Gare de l'Est, 16h40, 06/09/18)

... ça fait beaucoup, quand même, non ?

a posteriori (le lendemain) :
16) j'ai laissé dans la chambre la moitié de mon chargeur téléphonique (la prise secteur, en fait)
17) en defaisant ma valise, je m'aperçois que je suis parti avec, en plus de mon jean, un autre, appartenent à notre adversaire, amis que je ne peux pas mettre (il n'est pas gros, lui!)

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samedi 8 septembre 2018

barycentre

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PHOTO DE FAMILLE
de Cécilia Rouaud

Une avant-première + une place à 4,90€ + un ticket orange cinéma = une soirée-cinéma sympathique à 2,45€ en compagnie de ma voisine.
Vanessa Paradis, Camille Cottin, Chantal Lauby pour les dames, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri, Laurent Capelluto et Marc Ruchmann côté messieurs, et voilà campée une jolie famille dysfonctionnelle avec cuisine et dépendances, et cabossages divers à tous les étages. Père, mère, frère, soeurs, grand-mère, conjoints, amants sont mis en place sur un arbre généalogique choral sans oublier les dissonnances inhérentes à chaque famille. Autour de la grand-mère qui "n'est plus étanche..." (dixit jean-Pierre B.) et ne souhaite plus qu'une chose, retourner à St Julien, la maison où elle accueillait des trois petits-enfants en vacances, pour y mourir en paix. Et dont il faut décider de ce qu'elle va devenir...
Film choral, et donc, passant de l'un à l'autre (qui veut un enfant, qui élève son fils seule, qui perd la tête, qui veut aller vivre chez son père, qui n'a pas le goût de vivre) comme les mailloches sur les touches du xylophone pour faire une jolie musique, des fois c'est gai des fois c'est triste, des fois c'est juste et d'autres discordant, on sourit, on est ému, on écrase même parfois une larmichette (être ému par Jean-Pierre bacri, c'est bien...) et on est content de réentendre Cat Stevens (Oh baby baby it's a wiiiiild world) qu'on n'avait pas écouté depuis des lustres (depuis qu'on était jeune, en fait).
Je l'ai déjà dit, les histoires de famille j'adore, tellement ça me semble extérieur et exotique. cela fait suffisamment longtemps que je vis, comme ça, sans parents ni enfants, que ça me procure un certain plaisir (pervers ?) de vivre ça par procuration, au cinéma, en spectateur, oui, juste en observateur.
Le film conforme ce que la bande-annonce laissait supposer : une extrême (tiens encore un mot en ex) homogénéité des interprètes (et du capital sympathie qu'ils générent). Il sont crédibles, ils sont justes, tellement ils ont l'air vrais.
Le film commence par un enterrement et finit -presque- par un autre, et la réalisatrice a la bonne idée de ne pas tout yoplaboumer. Ouf!oui, toutes les histoires ne se résolvent pas in extremis et happyendesquement, et on lui en sait gré, justement,de montrer juste la vie des gens comme elle est ou presque. Et la jolie -et attendrissante- scène finale vient très heureusement parapher tout ça...
Une histoire de famille avec des lézardes des cassures et des morceaux manquants, avec comme une brume légère de mélancolie, mais sans jamais ouvrir les vannes des grandes eaux et du pathos.
J'ai particulièrement apprécié le running-gag des poireaux (et le caméo de Christian Rouaud, le propre père de la réalisatrice (et réalisateur du film sur les Lip, qu'on avait par ici beaucoup aimé...).
Un film plaisant, incontestablement, qu'on a plaisir à suivre (même en étant conscient qu'il ne révolutionnera pas l'histoire du cinéma) idéal en tout cas pour ce 4 septembre, où ça faisait du bien de pouvoir traîner devant le cinéma en parlant, justement, de famille, avec Christine pendant qu'elle terminait sa cigarette...

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