mercredi 7 octobre 2015

elle, il, tu, je

La une de Libé en pleine page,
+ 4 pages à l'intérieur
pour évoquer la mort de Chantal Akerman

akerman libé

Une cinéaste dont le premier long-métrage Je, tu, il, elle (1974) avait accompagné la naissance de ma cinéphilie "pointue". Nous nous sommes tant aimés, ensuite, régulièrement, jusqu'au début des années 90 (News from home, Les rendez-vous d'Anna, Toute une nuit, Golden eighties, Nuit et jour), puis nos rencontres se sont espacées jusqu'aux années 2000 (2000 : La captive, pas aimé, 2004 :  Demain on déménage, beaucoup aimé, 2007 : La folie Almeyer, pas vu)
Je n'ai vu presqu'aucun de ses courts-métrages ou de ses documentaires, et je n'ai découvert que très récemment le magnifique Un jour Pina m'a demandé (1983) et, surtout, Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, avec la sublimissime Delphine Seyrig, qui lui a valu, semble-t-il, les hommages attendris de Todd Haynes, Gus Van Sant, Apichatpong Weerasethakul, Claire Denis, dans ce même Libé...
Une théoricienne, une expérimenteuse, une forte tête, une "politique", ayant donné le jour à une oeuvre impressionnante par sa variété, foisonnante dans la forme et l'étendue du répertoire, mais toujours gravitant finalement autour du même (épi)centre : aimer, être aimé, ne pas l'être, ne plus l'être. Un cinéma exigeant mais touchant, un cinéma de peau et de sucre en poudre, de nuit d'été, de taxi(s), de femmes amoureuses, et/ou malheureuses.

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conga

LIFE
d'Anton Corbijn

De la bande-annonce je n'avais, en gros,  retenu qu'une chose : qu'ils avaient affublé Ben Kingsley d'une prothèse nasale, justement ("en gros"), maousse. Et je n'avais pas fait attention au nom du réalisateur, abîmé que j'étais dans la contemplation de cette péninsule. Ben Kingsley joue jack Warner, et on doit le voir trois fois en tout dans le film, mais, à chaque fois, son tarin crève l'écran. (la bande-annonce, en plus n'est pas très attractive je trouve.)
Je ne suis pas très "biopic", en général les reconstitutions m'emmerdent. Sauf si, comme c'était le cas ce soir, je ne connais pratiquement rien de la personne biopicisée. Vous allez rire, mais à part le fait qu'il est mort jeune et qu'il n'a fait que 3 films, je ne savais quasiment rien d'autre de James Dean. (Est-ce que c'est le même dont on parle dans ce vieux film d'Altman que j'avais beauvoup aimé, Reviens Jimmy Dean Reviens ? Oui oui me semble-t-il me rappeler).
Et si Jack Warner a un drôle de nez, James Dean a une drôle de voix. J'avais à chaque fois l'impression que le personnage était doublé par le chanteur d'Anthony and the Johnsons. Ah oui je précise encore que je n'ai vu aucun des trois films de James Dean, ceci explique peut-être cela. Je l'imaginais avec une voix de cow-boy, râpée à la clope et au bourbon, et voilà qu'on me le (re)présente avec une voix de diva... Déstabilisant. Donc j'ai regardé ce film comme s'il y était question de personnages imaginaires, dés héros de fiction, des silhouettes de celluloïd, et ça fonctionne plutôt bien.

Les histoires d'amour j'aime bien. Si en plus, c'est entre deux mecs c'est encore mieux, et si, par-dessus le marché, ils n'en ont pas tout-à-fait conscience, alors, bingo. Le sous-sous-texte gay (SSTG) n'a plus besoin d'être si sous-sous que ça, et tout roule. j'aime les garçons comme ça qui se cherchent un peu, pas trop, mais si finalement, juste un peu plus que ça... avec des kilomètres de points de suspension.
Robert Pattinson semble être une superstar (mais hormis Map to the stars je n'ai vu aucun de ses films, (Twilight pouah! plutôt mourir) par contre all*-ciné nous l'annonce pas moins de 5 fois sur les écrans prochainement, sous la direction de James Gray, Harmony Korine, Claire Denis, Werner Herzog, Olivier Assayas, Ben & Josh Safdie... ça n'est plus le vent qu'il a en poupe, c'est un bon gros cyclone!).

Il est donc question de gens connus (ou qui vont le devenir), de cinéma et de photographie (et même un chouïa de musique, puisque Jimmy D. a un instrument de prédilection qu'il trimballe partout avec lui, et sur lequel il aime à tapoter). Il est question de gloire (naissante), et des règles mises en vigueur auxquelles on est censé se conformer si l'on veut qu'elle perdure. Par le parallèle posé entre les deux personnages : Jimmy, l'"acteur ombrageux", qui semble s'en désintéresser, ou avoir un peu de mal à faire avec, et Dennis le photographe ambitieux qui rêve d'y accéder, le réalisateur nous pose le cul entre deux chaises putatives : la prendre ou la laisser ? Les paillettes les soirées de gala et les couvertures de magazines (et les photographes) ou bien le benedicite en famille, les balades dans la neige et les lectures d'illustrés au coin du feu (et les photographies qui vont avec) ?

La relation entre les deux hommes, l'artiste débutant et l'aspirant artiste, est assez bien vue, reviens/va-t-en, ni avec toi ni sans toi, oui mais non, (avec quand même ce qu'il faut de copines pour ne pas trop faire affleurer le SSTG ni effaroucher le spectateur médian (c'est plus joli que moyen, non ? et c'est aussi plus ambigu, comme "hétéro flexible") hihihi) pour faire sonner tout ça assez juste. A propos de sonner, il faut préciser que c'est un film avec des bruits (plus de bruit que de fureur, d'ailleurs) récurrents (il commence d'ailleurs par un son un peu désagréable qui monte dans le noir, dont on réalise qu'il s'agit d'une ampoule rouge de labo -joli gros plan de filament comme entrée en matière, interprétez-le comme ça vous chante-, et continuera en alternant, pour faire bref,  les frappés de conga de Jimmy et les déclencheurs d'appareil-photo de Dennis -c'est un bruit que j'adore-), pour un film d'ex-photographe (de stars), c'était important de le signaler.

On pourrait dire que finalement chacun des deux a besoin de l'autre, mais qu'ils n'arrivent jamais à partager les choses comme il faut au même bon moment. Jamais synchrones. Mais ça donne deux heures très plaisantes, pas ennuyeuses mais parfois sur le fil de l'indolence, pour un film pas vraiment attaquable (ça se rapprocherait même de l'irréprochable -oui qu'est-ce que je pourrais bien lui trouver à redire ?-) mais pas non plus inoubliablement parfait (ou parfaitement inoubliable ?)
Des moments justes, des acteurs attachants, et pourtant, pourtant... (je n'y ai pas dormi une seconde, ce qui me semble pourtant d'excellent augure). Peut-être trop "classique" (académique ? appliqué ? non, pas vraiment) ou juste trop... prudent. Oui c'est peut-être le mot qui s'en rapprocherait le plus. Ou sage ?

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L'affiche aussi est impeccable....

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lundi 5 octobre 2015

petits moulins à eau

sans ponctuation tiens

CEMETERY OF SPLENDOUR
d'Apichatpong Weerasethakul

une fois à paris une fois à Besançon il était logique de terminer par cette fois dans le bôô cinéma  séance de 18h, jeudi nous sommes deux dans la salle, F est là je vais m'asseoir à côté d'elle c'est une copine de copine une cinéphage que j'apprécie d'autant plus pour son assiduité à nos films

nous discutons le bout de gras à propos d'Apichatpongounet avant le début de la séance  je suis juste un peu inquiet parce qu'il ne me reste dans ma boîte que deux pastilles contre la toux et que j'ai justement très peur de tousser pendant le film 

le film commence et comme d'hab j'aime cette entrée par un écran noir duquel va monter progressivement le son des pelleteuses que l'on verra ensuite au loin juste avant les soldats beaucoup plus près

nous sommes alors rejoints dans l'obscurité par un mystérieux jeune homme brun et barbu qui va s'asseoir derrière nous, tout en haut et dont je ne réussirai pas à voir ni savoir davantage

c'est la première fois que je verrai le film dans son intégralité sans aucun fermage de zyeux ni endormissage intempestif et autant pour la deuxième partie je suis capable de me souvenir de l'enchaînement des séquences après le milieu du film avec les scènes qui changent de couleur autant pour la première moitié je suis très souvent ou presque surpris par l'enchaînement des séquences

lorsqu'arrive la scène où la dame a les yeux grands ouverts devant les gosses qui jouent au foot dans les tas de terre avec la brume qui monte je sais que c'est la fin et je suis étonné et presque déçu que tout se soit passé si vite

ces deux heures comme un rêve agréable apaisant nous discutons pendant le générique le mystérieux jeune homme s'est éclipsé et F m'avoue qu'elle a un peu piqué du nez par instants mais que c'était très agréable

contrairement aux fois précédentes je n'ai eu les larmes aux yeux qu'une seule fois au moment où la dame va avec son gros fiancé américain dans le temple des deux déesses et qu'elle y fait déposer trois animaux miniatures en offrande un singe un tigre et peut-être un serpent

oh ces petits moulins à eaux comme je les aime

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dimanche 4 octobre 2015

de l'autre côté

(rêve de fièvre, extrait)

c'est comme si je faisais de l'analyse de texte (ou de la critique littéraire) à propos du bouquin de Georges Hyvernaud L'ivrogne et l'emmerdeur : il ne s'y passe rien en apparence, en surface, mais il faut s'intéresser à ce qui se passe de l'autre côté, s'intéresser à l'inintéressant -avec l'image d'un boulevard, peut-être parisien, peut-être de la belle époque, complètement vide, où, justement il ne se passe rien-, mais c'est à cela qu'il faut s'intéresser, mais d'une autre façon, regarder les choses autrement, et le nouveau point de vue éclairera d'une façon nouvelle ce  "rien en apparence" (très obsessionnel, et répété longuement, et avec jubilation) en rapport avec cette phrase de Philou, notée il y a longtemps "ce qui est intéressant, c'est ce qui n'est pas intéressant") oui regarder de l'autre côté du vide (c'est très confus, mais dans le rêve c'était extrêmement clair)

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bande de filles

MUCH LOVED
de Nabil Ayouch

Second film de l'après-midi, que j'avais très envie de voir mais comme ça (dont je n'attendais pas forcément grand-chose : j'étais surtout venu pour le Garrel, et les histoires de filles entre elles m'ennuient un peu en principe -oui oui je suis un gros phallo sectaire de pédé-).
Ce ne fut pas une bonne surprise, ce fut carrément un éblouissement.

Quelle énergie, quelle liberté, quelle force, quel courage, quelle émotion, quelle merveille!

J'en suis resté béat. Un film de reines. Quatre filles, Noha, Randa, Soukaïna et Hlima, qui se prostituent et qui habitent ensemble (quatre à la fin, pendant un grand moment elles ne sont que trois), à Marrakech. La vie de ces filles entre coups de gueule, coups de blues, coups de sang, (et quelques coups de putes aussi...).

Un film où  les mecs ressemblent à ce que sont tous les mecs (ou presque) dans la réalité : des beaufs, des menteurs, des queutards, des coqs, des salauds, des faux-culs, des frustrés (le catalogue est assez exhaustif, de la masculine condition,  et ne sont finalement épargnés, dans le film, que deux personnages masculins : le chauffeur et le "clochard".)

Des soirées "avec les Saoudiens" (alcool, coke à tous les étages, danse du ventre et techno à donf) où tout va très/trop vite et fort, mais en alternance avec le quotidien, ses combines et ses crêpages de chignon - Qui s'est servi de mon mixeur ? Qui a pris mon parfum ?  -(et ses coups de téléphone avec roucoulades déclarations et battements cils de gazelle) avec, entre les deux,  de bien beaux trajets en automobile, souvent nocturnes, à travers la ville, qui montrent simplement que Marrakech by night n'est pas si glamour ni teufesque que ça...

Avec, en contrepoint (et en filigrane) les allers-et-retours, beaucoup moins tonitruants, que fait Soukaïna (habillée et enfoulardée très sagement) pour aller voir sa famille (sa mère, ses frère et soeur, mais également son fils, qu'elle semble avoir laissé là en dépôt, ce que lui reproche régulièrement sa mère.) et leur démontrer son affection avec des biffetons.

Un film magnifique, énerg(ét)ique, solaire, solidaire, salutaire. un film

Un film fort, incontestable, immanquable. (toutes les épithètes devraient d'ailleurs être au féminin, tant elles le méritent, les héroïnes de Much loved, tant elles sont dignes, d'éloges, bien sûr, mais dignes aussi, tout court.)

Allez-y! Elles le méritent.

Femmes, femmes / La cité des femmes  / Femmes de personne / Femmes au bord de la crise de nerf...

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samedi 3 octobre 2015

sérénade à trois

LES DEUX AMIS
de Louis Garrel

Golshifteh Farahani + Louis Garrel + Vincent Macaigne = Oh oh oh (voix de Père Noël)

les deux amis

Cette photo-là (plus l'affiche) c'est tout ce que je savais du film. Et rien que ça me donnait énormément envie de le voir.
Louis Garrel, pour moi, c'est surtout lié aux films de Christophe Honoré (que j'ai a-do-rés : surtout  Les Chansons d'amour et Les bien-aimés). Il semblerait qu'il énerve beaucoup de monde, parce qu'on a l'impression qu'il joue toujours le même personnage (ou qu'il a toujours le même jeu) mais, à chaque fois, je craque. Je l'aime comme ça. (dans le St Laurent de Bonello, il est parfait)
Golshifteh Farahani est sublime, et sa filmographie ne l'est pas moins (My Sweet Pepper Land, Syngué Sabour, Si tu meurs je te tue, A propos d'Ely... ) à chaque fois elle subjugue, mais pas uniquement par sa beauté, par la qualité de son jeu, aussi...
Vincent Macaigne, pour moi, c'est pareil.
Je le trouve tout aussi beau, avec sa barbe sa tignasse et ses yeux de chien battu (plus il a de barbe et plus beau je le trouve, autant dire qu'ici il est sublimissime.) Pour la filmo, idem (Un monde sans femmes, Les Lézards, Tonnerre, La Bataille de Solférino, Deux automnes Trois hivers...), beaucoup de choses qui m'ont donné beaucoup beaucoup de bonheur. (je mettrai à part La fille du 14 juillet, qui m'a -vraiment- exaspéré). Mais comme pour Garrel, certains commencent à lui reprocher de toujours jouer le même personnage, de "faire son Macaigne". Moi ça ne me gêne pas, il peut continuer tant qu'il veut (et allo-ciné vient de me mettre l'eau à la bouche...).

En plus c'était un film réalisé par Louis Garrel, avec l'aide de Christophe Honoré au scénario, et donc j'étais curieux. J'avais déjà beaucoup aimé son court-métrage Petit tailleur. Donc je me suis installé, ronronnant, dans mon siège (je devais presque briller dans le noir tellement j'étais content.). Dès le  début, Garrel nous surprend par une scène qu'on ne s'attendait pas vraiment à trouver là (une douche, une prison, une prisonnière qui va prendre le bus pour aller bosser), tant on supposait rester dans le registre de la comédie-sentimentale-parisienne-bobo-etc, et nous appâte donc hop! fort habilement. D'autant plus que lui fait suite la première apparition de Vincent M., en casquette rouge derrière un poteau, tout à fait irrésistible. Et Louis Garrel a la délicatesse de ne pas se faire apparaître tout de suite.

Il s'avère que la suite du scénar n'est pas tout à fait non plus comme on l'attendait (ou le craignait) : il ne s'agit pas d'une rivalité amoureuse entre deux hommes pour la même femme au début, tout du moins). Il s'agit de deux amis (comme dans la fable de La Fontaine, dont l'un est amoureux d'une femme magnifique qui ne l'aime pas, et demande donc à son ami (à lui) de l'aider.)
La journée passe, Gare du Nord et environs (c'est là que Mona -Golshifteh- vend des viennoiseries). Et un train qu'on prend (ou pas) prend, soudain, une importance vitale.
 Elle ne le prend pas (ça va barder pour son matricule) Les deux zozos ne savent pas pourquoi elle est obligée de rentrer ainsi tous les soirs. Et ils vont donc passer une nuit tous les trois (pas tout le temps ensemble, d'ailleurs), dans Paris. Une belle nuit, une nuit agitée, avec des aléas, des incidents, des quiproquos, des mensonges,  des déclarations péremptoires, des disputes. Une bien belle nuit. Où on déambule, où on parle (beaucoup) aussi. Mais où rien n'est, finalement si grave (ni si pris au sérieux.) C'est filmé avec élégance et  finesse (avec beaucoup de soin apporté à a lumière et aux cadrages. Non seulement le récit tient ses promesses (tient sa parole ?) mais il sait régulièrement nous surprendre par quelques bienvenus accrocs dans la trame : des excès burlesques (Macaigne et Garrel s'y entendent -ou pas justement, hihihi!- à la perfection) qui éclatent ça et là comme des feux d'artifice joyeux et incongrus dans cette (froide) nuit parisienne. Et tout ça très plaisant.
Abel, Clément, et Mona. Et pourtant, les amis ne sont que deux dans le titre du film. Garrel, mine de rien, ne l'a pas choisi par hasard, en en ôtant l'élément féminin perturbateur (l'amitié est une chose, le désir en est une autre, et l'amour une troisième). Et on y va! Car  on ne se fait pas prier pour marcher avec eux  la nuit, aller nourrir un oiseau bleu, danser dans un bar désert, dormir en cellule menotté(s) à un banc, se faire des bisous pour se souhaiter bonne nuit (toute la partie hôtelière est délicieuse). D'autant plus que le sous-sous-texte gay n'est pas si sous-sous que ça (il est presque à la surface pour les deux camarades, et il affleure même carrément avec le veilleur de nuit de l'hôtel.) On sent que cette problématique bi est assez familière -et récurrente- à notre ami Loulou. Mais je précise (pour les amateurs éventuels) : ici pas de QV (ce n'eût été ni le lieu ni l'heure). Mais tout le reste est tellement agréable qu'on (on c'est je ici) n'en aura même pas ressenti le besoin, c'est dire.

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En fouinant sur all*ciné, j'ai découvert que Louis Garrel avait fait trois courts-métrage, et je viens de regarder La régle de trois, sur y*utube, avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne (avec un tout petit peu de barbe ) et Louis Garrel... deux amis (Vincent et Louis, qu'ils s'appellent), la fiancée de Louis (qui elle n'a pas de prénom), et une promenade parisienne où l'on parle de l'amour et de l'amitié (on voit même les deux amis marcher dans la rue en se tenant par le petit doigt, pour faire comme les mecs au Maroc, et trouver que c'est "très étrange"...), qui peut-être vu comme une postface (ou un prélude) à ce film-ci.

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jeudi 1 octobre 2015

services sociaux

ZANETTA
de Petr Vaclav

J'avoue, j'ai hésité. Après ma diatribe contre "les films soci(et)aux avec des enfants malheureux" je craignais de l'être  aussi (malheureux) à nouveau. Et puis je me suis souvenu qu'Hervé l'avait très chaudement recommandé (ne l'a-t-on pas programmé, d'ailleurs, parce que c'est lui qui nous en a parlé ?) et j'ai plutôt tendance à lui faire très confiance.
Je me suis donc fait violence (ou presque) pour m'extirper de chez moi et aller jusqu'au bôô cinéma. Pile poil à la bonne heure. on était 4 dans la salle (puis 5, Claude est arrivée juste un peu plus tard.)
L'héroîne s'appelle Zanetta (avec un petit bitonio au dessus du z en VO qui fait que ça se prononce "j" ou presque) et elle vit, au début du film, avec son compagnon, David, sa fille, et sa soeur (à elle, pas à la fille, sinon j'aurais dit "son autre fille") au prénom inécrivable (et imprononçable). Ah j'oubliais le plus important : tout ça se passe en Tchéquie. Et aïe aïe aïe ça ne donne bigrement pas envie de vivre en Tchéquie. mais alors pas du tout.
Car ce qui complique encore plus la vie de toute cette famille, c'est qu'il font partie de la communauté Rom. et qu'il ne fait spécialement pas bon être Rom en ce moment et en Tchéquie. (Le film pourrait être le prolongement actuel de la version "historique" qu'on en avait vu, au XIXème, dans Aferim!). Le nationalisme exacerbé, le racisme, la violence, les insultes, l'ostracisation, non non rien n'a changé. Et c'est le troisième film que Petr Vaclav consacre à cette communauté (après Marian (1996) et Les Mondes parallèles, (2001), un film par décennie...), sans en faire partie, mais après l'avoir longtemps côtoyée.
Immédiatement, dès le début du film, on réalise qu'il ne s'agit pas de reconstitution plus ou moins consciencieuse et appliquée (Rosetta, La tête haute, Une enfance), mais qu'on est en pleine réalité sociale (les personnages, les lieux, les mots, les gestes) à peine fictionnée, remise en forme cinématographique. Et, par cette volonté-même, d'une force et d'une justesse remarquable(s). Parce que l'énergie et la volonté de Zaneta se sont pas systématiquement montées en épingle (et, par exemple, filmées de dos, je ne citerai personne suivez mon regard) et cinégétisées (ça n'existe pas, mais vous voyez bien en gros ce que je veux dire). C'est comme ça, c'est juste. Il n'y a pas de bluff, pas de frime, pas d'insistance. La vie est là, comme elle est,et  tellement que ça nous bouleverse. Mais juste vue, et restituée, par un vrai, un incontestable cinéaste. Moments doux, moments moches, moments inattendus, moments insupportables, moments redoutés. Peter Vaclav  nous montre juste son amour et son respect pour elle, pour lui, pour eux.

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(et en fouillant sur le ouaibe j'ai trouvé ça, que jai trouvé aussi juste que le film, et que je vous livre tel quel :)

C’est une histoire d’amour, l’amour de Zaneta et de David. Zaneta, longue tige fière arpente le film de Petr Vaclav sur ses bottines à talons, David, ronde boule métisse encaisse les coups. Il y a aussi leur bébé et la petite sœur. Ces quatre là pourront-ils faire une famille ? Se faire une bonne vie ? Qu’est-ce qu’une bonne vie ? La question vaut pour nous aussi qui regardons leurs visages vibrer. Hors champ, des voix les interrogent, leur intiment des ordres, les assignent à leur place de Roms dans la société tchèque d’aujourd’hui. Quel amour seront-ils capables de faire vivre depuis cette place là ? C’est la force du film de s’en tenir à ce modeste programme. Vivre un amour, rester une personne digne, se faire une bonne vie quand les portes se ferment et que la violence règne tient de l’exploit. Comment garder son humanité quand on vous parle mal, qu’on vous traite mal, qu’on vous relègue ? Le film ressemble à Zaneta et à David. Déterminé et fragile, violent, parfois naif, il se fraie avec obstination un chemin entre la vie modeste, la vie morale, le chaos et la vie possible comme Zaneta et David qui se battent, se débattent, trimbalent des sacs, reçoivent et donnent des beignes, dansent beaucoup, boivent trop, rangent encore, déménagent une fois de plus, cassent tout, explosent et recommencent jusqu’au bout du bout. Parfois, ils fument une cigarette accroupis contre un mur, ferment les yeux dans un lit, ils s’étreignent maladroitement, chantent un peu, leur beauté palpite, la paix semble proche et le film nous émeut. Il repart immédiatement sur les chapeaux de roue car la guerre est déclarée, la route est longue et Zaneta sait ce qu’elle veut, c’est ce qui nous touche tant et les sauvera peut-être...

Dominique Cabrera, cinéaste

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mercredi 30 septembre 2015

micro 149

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cette tentative de cake tomate/courgettes/feta fut un véritable accident industriel.

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 un tableau représentant un voilier avec, dans un coin du cadre,
une étiquette portant le nom du tableau : "Voilier".

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Avec tous ces flageolets mangés à midi, j'étais étonné de ne pas avoir commencé à péter plus tôt (17h30)

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plutôt que de "super-lune", il vaut mieux parler de périgée-syzygie

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 changer de dizaine sur la balance, c'est comme changer de dizaine pour un anniversaire

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 les gens, on les regarde rarement de très près

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Je ne dors pas très bien dans mon lit, mais au cinéma, si.

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Gérard Lefort écrit en caméra subjective.

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J'aime beaucoup le titre du Best of de R.E.M :
Part lies, part heart, part truth, part garbage

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Mathieu Riboulet nous apprend qu'en turc Murat  se traduit par désir

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avant la mizenplis

tablo prog

Ca ne m'arrive pas si souvent... De me réjouir comme ça ! Oh que je la trouve alléchante cette programmation. Vous ne trouvez pas ?
* Trois films que j'ai déjà vus mais que j'adore (et que je reverrai encore : Cemetery of splendour, Les secrets des autres, Que viva Eisenstein!)
* Deux que j'ai déjà vus mais que je ne reverrai pas forcément (l'Almodovar, parce que je viens juste de le revoir, et, qu'en plus, j'ai le dvd, et le Gomes, parce que, si j'adore la première partie de ce troisième volume, je n'aime pas autant la deuxième...)
* Et les sept restant, j'ai tous envie de les voir :
-très très très pour Les deux amis, Asphalte, et L'autre rive
-très très pour Les chansons... et Much loved
-très pour  Une histoire de fou et Life
Voilà donc un joli mois d'octobre ciné qui point, ne trouvez-vous (point)?

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mardi 29 septembre 2015

le renard qui dort sous la branche

L'ANNEE DU SOULEVEMENT
de Hubert Mingarelli

Lu après La promesse, et celui-ci a un peu souffert de la comparaison.
Deux hommes (un plus âgé, Cletus, et un plus jeune, Daniel), des "insurgés", qui se sont révoltés contre l'armée, dans un pays indéterminé, ont la charge d'un prisonnier (un militaire) nommé San-Vitto. Ils l'escortent jusqu'à un endroit, dans la montagne, où d'autres viendront le chercher pour l'interroger, et, probablement, l'exécuter.
Les voilà tous les trois dans la montagne, à côté d'une maison abandonnée à moitié écroulée, à attendre que "les autres" arrivent. La nuit tombe. En attendant, ils parlent...
Aucun personnage féminin (sauf une, dans un souvenir -ou dans un rêve ?-) ici pour venir distraire les relations et les tensions (et parfois aussi les apaisements) entre ces trois hommes. (Et beaucoup moins de sentiments "positifs" entre eux aussi que, par exemple, dans La promesse). Il y a les deux qui sont du "bon côté du fusil" qui s'asticotent (c'est surtout Daniel, le jeunot, qui revient régulièrement à la charge.) et, en face San-Vitto, dont on ne saura finalement pas grand-chose.
Cletus est celui des trois que l'auteur détaillera le plus précisément (des mots, des souvenirs, un rêve), il est le centre de gravité du livre, et on peut regretter que les deux autres restent assez flous, quasiment à l'état d'esquisses.
La maison au toit cassé évoque celle du Voyage d'Eladio (et, finalement, les "insurgés" recomposent, avec San-Vitto, le même genre de trio que celui du poignant Un repas en hiver). Mais se jouent entre eux des choses moins fortes, moins vitales.
Un fusil, un fauteuil, un paquet de cigarettes. voilà pour les accessoires. et pour ce qui est des animaux, une jument dans la nuit et un renard (dans un souvenir). Et des sapins, dans le même souvenir
Le petit théâtre de Mingarelli est prêt à fonctionner (il y aura, comme d'habitudes, des moments magnifiques qui font résonner à l'intérieur de vous on ne sait trop quelle corde sensible, et on aime le son que ça produit et la façon dont ça se répercute.) Ce qu'on demande, ce qu'on a fait, ce qu'on ne dit pas, ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on refuse... les mots vont et viennent entre les trois. je crois que le souvenir de La promesse était encore trop frais, son ombre portée encore trop présente pour que je puisse complètement me laisser aller à celui-là.
Il y a le présent, entre les trois hommes, qu'on suit linéairement, et parfois, accidentellement, des bribes de passé. Des fragments ciselés, , magnifiques, mais comme posés là. Le sentiment diffus que les différents morceaux ne "s'emboîtaient pas" vraiment.
Et la fin de l'histoire (enfin, l'avant-fin, puisque le tout dernier chapitre ne relève pas de la même chronologie) est à la fois très touchante et très frustrante, à la façon dont elle escamote subrepticement deux personnages sur trois.
On reste sur sa faim légèrement, peut-être, mais, ce Cletus, on aurait envie de le connaître mieux, de l'accompagner (comme beaucoup de personnages de Mingarelli.) De regarder les sapins, de penser à la neige, d'allumer une cigarette avec lui sous la pluie, même si on a depuis bien longtemps arrêté de fumer...

images

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