mercredi 5 avril 2017

sueur de calamar

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NERUDA
de Pablo Larrain

Sacré Pablo Larrain. Juste après Jackie (certes, une commande) le voilà qui sort en enfilade (dans la foulée) Neruda, un autre biopic dont le sujet donne son nom au film. Neruda je connais son nom, même si je n'ai jamais lu sa poésie, et je le connais surtout tangentiellement via Une ardente patience, d'Antonio Skarmeta (un roman que j'adore) dont il est un des deux principaux protagonistes (l'autre étant son facteur), et donc je ne connais pas grand chose de plus de sa "vraie" vie (et donc pablo larrain pourrait bien m'en raconter ce qu'il veut, j'aurais envie de le croire.)
Mais Larrain est malin, et livre ici un travail très différent par l'approche qu'il a de la notion de biopic. Dans Jackie, celle-ci (se) racontait à un journaliste, sur les trois jours ayant suivi l'assassinat de JFK. Ici, Pablo N. est saisi à un moment particulier, celui où, bien que député, il est poursuivi pour ses affinités communistes, et cherche à s'enfuir, à quitter le pays, tandis qu'"on" lâche à ses trousses un fin limier, Oscar Peluchoneau, qui a donc pour mission de l'arrêter. Apparemment tout à l'air simple, et sur ses rails. Sauf que Neruda pourrait inaugurer une nouvelle variété de biopic, le "méta-biopic", puisque le récit en est commenté en voix-off par ledit policier lui-même. La reconstitution de l'histoire est commentée par un de ses protagonistes, comme s'il avait lui aussi son mot à dire sur le cours des événements, sa façon de voir les choses, en filigrane. Un petit je-ne-sais-quoi d'oulipien et d'intrigant.
Et plus le film avance, plus la surface du récit devient fragile, y apparaissent d'imperceptibles lézardes, plus les choses se décalent, plus la frontière devient poreuse entre le réel et le fictionnel (les deux personnages, le fugitif et le poursuivant, communiquent, par exemple, au moyen de romans policiers que Neruda laisse à intervalles réguliers à l'attention de Peluchoneau). Et plus la voix-off, le commentaire, le discours intérieur du policier s'étoffe, prend de l'ampleur, d'importance, jusqu'à finir par toucher au sublime (la scène dans la neige).
C'est un fascinant jeu intellectuel. Qui zigzague entre ludique à lyrique, qui passe du trivial à l'immatériel, tricote le fait-divers à la poésie pure, tout en interrogeant la notion de personnage. Et ça en devient quasiment vertigineux (métaphysique ?) sous des dehors bonhommes et rassurants (comme la bonne tronche rondouillarde de Luis Gnecco qui incarne Neruda).
On jubile.
Ne pas oublier non plus de mentionner un travail que je trouve exceptionnel sur la lumière, avec cette ambiance "vieillotte" revendiquée haut et fort (l'image un peu décolorée, délavée, qui est celle qui sied à la reconstitution), qui évolue progressivement vers des ambiances plus franche et réalistes (la neige, encore une fois).
Une incontestable réussite (peut-être pour moi le meilleur film de Larrain, même s'il me fait écrire ça presque à chaque fois!)

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mardi 4 avril 2017

sac à dos

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PARIS PIEDS NUS
d'Abel et Gordon

Une question de proximité. Des fois, ça ne fonctionne pas. Comme gustativement (par exemple, boire du jus d'orange après avoir mangé du fromage de chèvre). Le fait de voir un film juste après un autre modifie l'appréciation qu'on en a. Ainsi, sortant fort  enthousiaste d'Orpheline, je n'ai, du coup, peut-être pas autant apprécié que j'aurais pu ce nouveau film d'Abel et Gordon,...
On est, chez eux, toujours dans le même univers ou presque, entre poétique, lunatique, drôlatique (et autres mots en -tique), presque muet (économe de mots en tout cas), graphique, millimétré (le ga exige souvent la plus extrême précision). Ces deux-là se sont bien trouvés, et nous le prouvent en se retrouvant, ainsi, de film en film. La grande bringue longiligne et le grand machin tout aussi long. Burlesque a minima, avec pas mal d'idées vraiment hilarantes (quel journal parlait donc d'une idée par plan ?).
Fiona, une bibliothécaire canadienne et Dom, un sdf parisien assez mal léché, vont se chamailler assez longtemps avant de s'avouer leur amour (comme toujours). Entre les deux, une mamie fantasque et fugueuse (où l'on a un très très grand plaisir à revoir Emmanuelle Riva, dans ce qui fut son dernier rôle) qui fait tout pour éviter l'a maison de retraite. Chassés-croisés autour d'un sac à dos rouge, d'un téléphone, et d'un appartement.Pierre Richard fait un petit passage (c'est Pierre Etaix qui devait initialement jouer le personnage, mais il a eu la mauvaise idée de mourir) pour une très jolie chorégraphie de pieds. 
On a la Tour Eiffel et la Statue de la Liberté pour le même prix  -et même in fine dans le même plan- (dans un endroit qui existe vraiment et que je ne connaissais pas). Des lieux récurrents (une bibliothèque, un appartement, des quais), des personnages idem (un voisin serviable, un officer de la police montée canadienne qui ne l'est pas moins, un chien têtu, un portier de restaurant) et quelques accessoires (un sac à dos, une tente, un téléphone, des bouteilles de champagne...) auront aussi leur mot à dire, et tout rentrera dans l'ordre abelgordonien, après un scène vertigineuse -et un magnifique plan perché à la Harol Lloyd (même si le mystère des chaussettes du voisin ne sera jamais éclairci)-.
Un film tendre et rêveur, pas si loin, finalement d'un Iosselliani. Qui m'a plu, mais pas enthousiasmé.

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lundi 3 avril 2017

congélateur

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ORPHELINE
d'Arnaud des Pallières

Des films et de la façon dont on les reçoit... J'ai assisté à la première séance, mercredi 13h20, avec mon amie Dominique. Au générique de fin, elle s'est tournée vers moi et m'a dit "Je n'ai pas du tout aimé ce film...", alors que j'avais la langue levée pour lui dire que moi,  je l'avais vraiment beaucoup aimé. a la sortie d'un film, j'ai du mal à me lancer dans une grande discussion / analyse, avec arguments et justifications et réfutations. j'aime rester encore un peu dans les limbes du film. je n'ai donc pas argumenté quand elle m'a dit "j'ai trouvé ça très glauque...", j'ai juste répondu "et moi j'adore la façon dont c'est réalisé..." Et fin de la discute.
Arnaud des Pallières ? finalement, je n'ai pas vu grand chose de lui, excepté Michael Kohlhaas, que j'avais aimé mais pas à la folie, mais surtout un moyen-métrage, Dysneyland mon vieux pays natal, qui m'avait, lui, fort impressionné (je m'étais évoqué David Lynch à son propos, c'est dire...).
Références. Des Pallières, ici, utilise le même procédé stylistique que François Ozon dans son (très aimé) 5x2. Une histoire racontée à rebours, centrée sur un même personnage féminin, en quatre "épisodes", sauf qu'ici ce même personnage est interprété par quatre actrices différentes (par ordre "décroissant", Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos, Solène Rigot et la fillette Vega Kuzytek). Le casting féminin, déjà chromé, étincelle encore plus, accompagné -réfléchi- qu'il est des mâles présences de Jalil Lespert, Sergi Lopez, Nicolas Duvauchelle et Karim Leklou qui leur prêtent main forte (pour certains d'entre eux, c'est vraiment très fort.)...
Le film est sans générique de début et sans coupure (couture ?) entre les différents segments. Et nécessite donc d'être très attentif lors des premières scènes, afin de ne perdre aucune information sur ces deux femmes qu'on suit en parallèle. Celui qui se lèvera au début du générique de fin (et c'est souvent le cas dans le bôô cinéma) ne verra pas le titre du film (et c'est logique, puisque le film avance à rebrousse-poil, que le tout début se retrouve à la toute fin).
Oui, j'aime vraiment beaucoup comme c'est fait, et l'attention active qu'il nous impose.
Remercions le réalisateur de ne pas nous prendre pour des cons, de ne pas nous prémâcher l'intrigue, de ne pas nous dispenser de la violence quand elle est "justifiée" dans son récit (de la façon dont un texte peut l'être, même si certains critiques ont pu y voir une certaine complaisance), mais d'avoir aussi l'intelligence de nous la mettre en off à un moment précis, important, primordial, puisque c'est de là que découle tout le reste du film). Et de montrer comment s'enracinent un comportement, une façon d'être, d'accepter les évènements (ou pas).
Et redire enfin le plaisir qu'on a à voir jouer ces quatre actrices (de la plus "vieille" à la plus jeunette), auxquelles il ne faut pas oublier de rajouter la piquante Gemma Arterton -qu'on vit il n'y a pas si longtemps amatrice de la baguette du boulanger Lucchini, oui oui...- Dire aussi que les personnages masculins qui leur font face n'ont pas forcément le beau rôle (tiens! je viens de voir aborder de magistrale façon dans le Neruda de Pablo Larrain, la notion, justement, de "personnage secondaire"... fermons la parenthèse) et représentent finalement un éventail assez... réaliste des divers comportements masculins (le père, l'amant, le mari, le compagnon, le client, l'ami) sans toutefois les cliver strictement (c'est là qu'il est très fort, le réalisateur).
Oui, elle peut paraître glauque la vie de cette femme (quand on apprend que le scénario est inspirée de la vraie vie de la co-scénariste du réalisateur, ça n'en devient que plus impressionnant), mais la mise en scène d'Arnaud Des Pallières réussit, en nous mettant presque tout le temps le nez dessus, à justement à nous en tenir à la bonne distance  (oui, il est très fort).
Je reste persuadé que, racontée linéairement, dans le "bon" sens, l'histoire aurait perdu beaucoup de sa force.
De la très belle ouvrage (revenons donc ici au féminin et restons-y).
Top 10 ?

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l'affiche, que je trouve moyennement réussie, mais qui m'a évoqué -peut-être à tort-  celle de

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dimanche 2 avril 2017

rien n'est jamais parfait 4

(appareil-photo)

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un douillet ?

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le rideau de la salle de jeux

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le nouveau revêtement de la cour par la fenêtre de la cuisine

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vague reflet, parking du FJT

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"Ma vie vue d'ici"

 

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samedi 1 avril 2017

poutou je t'aime

poutou macron

 

...Merci Phiphi!
:o)

 

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mars 2017

1er mars (à la Poste)
Une lettre postée à Vesoul, à destination de Vesoul, qui met cinq jours pour aller à Dijon, puis cinq autres pour en revenir (délivrée, donc, 10 jours plus tard)
2 mars (Saulon)
J'entends parler pour la première fois du "familistère de Guise", duquel tous les autres, autour de la table, semblent pourtant familiers
3 mars (Grattery)
Comme les enfants qui rentrent de l'école, j'ai bâclé les devoirs (langue des signes) pour pouvoir jouer
4 mars  (au Super U)
Le monsieur devant moi avait acheté une splendide orchidée fuchsia qu'il avait posée sur le tapis roulant et qu'il était obligé de maintenir de la main pour éviter qu'elle ne bascule à chaque avancée du tapis.
5 mars (TLMVPSP)
Les quatre candidats (trois filles et un garçon) ont répondu à la question, en dessous de chacun d'eux apparaît sa réponse : soit "dinde" en dessous de chacune des trois filles, et "dindon" en-dessous du seul garçon du groupe.
6 mars (avec Marie)
le fait de gagner la dernière partie de scrabble génère suffisamment de dopamine pour faire aussitôt oublier les trois tôles que je me suis prises avant.
7 mars (en rentrant des Baties)
le plaisir d'entendre soudain Will you dance par Rodolphe Burger, Philippe Poirier et Julien Parrenaud, et de trouver ces guitares caressantes parfaitement en accord avec le moment
8 mars (au téléphone et par mail)
Difficile à finaliser, elle fut, cette Semaine Latino 6 (toujours un petit détail qui coinçait)... Adios Mai Morire (heureusement Zabetta était là...)
9 mars (chez moi)
Pépin a dit "jonquilles" j'ai répondu "narcisses". Il avait peut-être raison, finalement.
10 mars (en voiture entre Frotey et Coulevon)
Soleil. Baisser la vitre côté chauffeur, pour la première fois de l'année, parce qu'il fait "trop chaud".
11 mars (à la boulangerie)
La vendeuse m'a demandé si je préférais "en grandes tranches" (latéralement) ou en petites tranches (longitudinalement), pourtant je réalise  après coup qu'elle a finalement opté pour "tranches moyennes" (obliquement).
12 mars (panneau électoral)
Depuis ma fenêtre, j'ai vu ce jeune barbu arrêter sa voiture juste devant et en sortir des affiches qu'il colle, rapidement. Je me demande de quel parti il est question. Je l'apprend un peu plus tard : il a collé pour le Forum des Migrants. Très bien, ce jeune homme...
13 mars (cuisine)
J'ai fait une soupe que j'ai trouvée pas bonne : endives, oignon, patates et betteraves (je n'avais plus de fenouil) : à la fois sucrée et amère (beurk)
14 mars (parking)
Le livreur de patates a encore changé de remorque (mais se laisse faire toujours d'aussi bonne grâce)
15 mars (à l'Espace)
A la fin du spectacle, sur scène, tout se démantibule, l'écran, la rampe de projos (mais c'est fait exprès)
16 mars (en sortant du cinéma)
Le soleil et la chaleur "en vrai" étaient raccord avec ceux du film (Corniche Kennedy)
17 mars (Grattery)
Tirer le brigand au dernier coup et proposer "chimie" parce qu'on a composé le mot méthylène (cette phrase ne peut être comprise que par assez peu de gens, je pense)
18 mars (chez moi)
Un très joli sac, offert par Emma, qui représente un ours blanc vautré sur le mot DEMAIN, en majuscules, avec au dessus de lui les mots Je le ferai (elle me connaît bien...)
19 mars (printemps du cinéma)
Le hall était plein. Vraiment plein (il y avait même des gens qui faisaient la queue dehors). A 16h05, n'ayant pas avancé d'un pouce, j'ai pensé que je ne pourrais jamais être dans la salle à l'heure de début du film, et j'ai donc, fort dignement, fait demi-tour pour repartir, la tête haute.
20 mars (dans la cave)
Le nouveau livreur de fuel (intercepté au vol chez le voisin d'en face) ne gueule pas tout le temps ni n'émet d'opinions racistes. Deux bonnes raisons de le garder!
21 mars (dans la cuisine)
Le jean troué du jeune chauffagiste venu réparer la chaudière, vu de dos pendant qu'ils se lavait les mains, attendrissant
22 mars (sur cam4)
Ces deux mecs qui retapent un appartement moscovite (papiers, peinture, plancher, éclairage) et qui finissent par bosser à poil, ce que je trouve presque hypnotisant
23 mars (dans le frigo)
Un peu d'odorat (et de goût) tout à coup réapparus me font apprécier le chou-fleur aux épices que je mangeais pourtant depuis hier sans en distinguer pourtant les saveurs
24 mars (?)
Il me semblait pourtant bien avoir écrit quelque-chose, le 24 au soir, mais le lendemain  je n'ai plus rien retrouvé, peut-être ai-je juste oublié de l'enregistrer (mais peut-être aussi de l'écrire)
25 mars (plates-bandes)
J'ai à peine désherbé une petite heure, et je me sens moulu comme si je venais de courir le marathon de New-York
26 mars (dehors)
le plaisir de voir le premier bourdon de l'année, bourdonnant avec insouciance alors qu'il n'y a encore pas grand chose à boulotter pourtant
27 mars (LSF)
Ca y est! On a appris à signer pipi et caca (passage obligé de tout apprentissage linguistique)
28 mars (parking)
Un vieil homme apparaît, et vient se superposer avec le personnage de vieil homme dans la nouvelle de Lorrie Moore qu'on est justement en train de lire
29 mars (dans le tram à Besac)
Mon jeune voisin de gauche laisse entrapercevoir par la déchirure de son jean slim noir un genou droit de sauterelle
30 mars (au bar du ThéV')
Philippe Z. m'avait dressé, à la fin du spectacle, un topo succinct sur la carrière du musicien live (que je ne connaissais pas du tout) que j'avais beaucoup apprécié sur scène, topo qui m'a été fort utile lorsque j'ai eu l'occasion, quelques instants plus tard, de féliciter ledit musicien et d'évoquer sa carrière...
31 mars (devant chez moi)
Suite de la série "observation scrupuleuse des plates-bandes" : aujourd'hui la première tulipe

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jeudi 30 mars 2017

bestioles

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AMERICAN HONEY
d'Andrea Arnold

2h43, séance à 20h30... Comme a dit Romain à la caisse "Vous n'êtes pas couchés...". Et sans doute la durée a-t-elle effrayé quelques clients potentiels car on était peu dans la petite salle 1 du bôô cinéma. C'est le quatrième film d'Andrea Arnold, et le quatrième qu'on programme (après Red Road, Fishtank, et Wuthering Heights). Le film est passé à Cannes 2017, y a raflé le Prix du Jury (le troisième pour la réalisatrice!) et une critique... partagée, disons (de ***** à *, tout l'éventail de notes y est, de façon assez équilibrée).
Dans ses deux premiers longs métrages, la réalisatrice a été repertoriée "cinéma social britannique" : histoires de prolos, de familles dysfonctionnelles, de grisaille, de fins de mois difficiles et de de bières et de clopes... ici on est de l'autre côté de l'Atlantique, donc moins de crachin et de fish and chips, mais question familles dysfonctionnelles et white trash, on n'est pas vraiment dépaysé.
Une jeune fille, Star, que la scène d'ouverture nous présente fouillant dans les poubelles de supermarché pour y récupérer de la bouffe, en compagnie de deux enfants, qu'on suppose être les siens, ou (on en a discuté à la sortie) ceux de sa mère, mais qui s'avèrent être ceux de sa soeur. Qui danse la country en compagnie de son copain tatoué. A qui elle va les refiler (même si l'autre n'est pas très chaude) avant de se barrer rejoindre Jake, un type chelou qu'elle a croisé la veille, dans un minibus surpeuplé, et dont elle est tombée amoureuse. (On la comprend un peu, le Jake en question étant joué par Shia La Beouf, dont je suis toujours incapable de prononcer le nom, et dont on a du mal à distinguer les frasques dans la vraie vie et celle de ses personnages dans les films mais que je trouve assez, disons le mot... bandant).
Star se barre, et le film démarre vraiment, pour moi, à ce moment-là (le prélude family life étant légèrement indigeste pour moi) à partir du moment où on monte avec elle dans le van. On s'est déjà habitué au format inhabituel du film (celui qu'aime aussi Kelly Reichardt, presque carré), à la musique (la bande-son est très impressionnante) et on fait la connaissance des jeunes gens bruyants et rigolards qui y cohabitent (et vont de ville en ville pour faire du porte-à-porte (en vendant des magazines) sous les ordres d'une chef des ventes qui n'a pas l'air commode.)
2h43 juste pour ça ? Oui oui, et on ne les sent pas passer (ou si peu). C'est vrai que ça pourrait très vite être répétitif (le bus le matin, les clients la journée et la teuf le soir) mais c'est filmé de telle manière qu'on y reste scotché. Andrea Arnold a un certain génie pour glisser régulièrement une image, un plan, sublimes, dans ce qui pourrait n'être qu'un récit somme toute planplan de road-movie un peu déjanté dans une Amérique qui l'est tout autant. C'est un film de gens, essentiellement, et le qualificatif - bateau- d'entomologiste à propos du regard que la réalisatrice porte sur ses personnages se justifierait ici, et même à double titre, puisqu'apparaissent, tout aussi régulièrement que la bite qu'un des personnages se plaît à exhiber, des insectes, papillons et autres hyménoptères, dont la jeune fille, Star, se plait à faciliter la vie (voire la sauver).
On était peu dans la salle, je l'ai dit, mais presque tous nous sommes dit, à la sortie, combien le film nous avait plu, combien il nous avaient touchés, fascinés, émerveillés... American Honey fait partie de ces films où ce qu'on raconte est moins important que la façon dont on le raconte. De l'amour amer (à défaut de l'être à mort), des kilomètres, des rencontres (la scène dite "des texans" ou celle de l'ouvrier du pétrole) des  biffetons qui changent régulièrement de main,et même... des cris de loup (Wououououh!). Saluons donc le film comme il le mérite : en hurlant à la lune tout en regardant deux abrutis alcoolisés se flanquer une peignée (si si, à la lueur d'un bon feu de camp, je vous assure, ça a son charme...)

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mercredi 29 mars 2017

rien n'est jamais parfait 3

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Grande Rue

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devant le cinéma

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panneau électoral

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au-dessus de la boulangerie

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mardi 28 mars 2017

rien n'est jamais parfait 2

(au téléphone)

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avant la Grande Lessive ®

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devant chez le boulanger

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à l'entrée du village

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vieille banane un jour de pluie

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encore en longeant l'immeuble

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lundi 27 mars 2017

d'accord mais de mort lente

(je voulais en extraire un quatrain pour les "événements minuscules", mais c'est trop bien d'un bout à l'autre, et je vous l'y mets donc en entier)

Mourir pour des idées
L'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue
Car tous ceux qui l'avaient
Multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus

Ils ont su me convaincre
Et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Jugeant qu'il n'y a pas
Péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure
Il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain

Or, s'il est une chose
Amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu, c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Les Saint Jean bouche d'or
Qui prêchent le martyre
Le plus souvent d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées
C'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas

Dans presque tous les camps
On en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire
En aparté, "Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

Des idées réclamant
Le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose
Aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles?

Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir
Avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant
Tourne autour du tombeau,
"Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

Encore s'il suffisait
De quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre, on y serait déjà

Mais l'âge d'or sans cesse
Est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort
Toujours recommencée,
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Ô vous, les boutefeux
Ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu!
Laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas

Car, enfin, la Camarde
Est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre
Autour des échafauds,
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente.

Georges Brassens

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