lundi 18 juin 2018

big and tough

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THE RIDER
de Chloe Zhao

Tout simplement bouleversant.
Poignant, impressionnant. Attendrissant.
Il y a des configurations (j'avais écrit conjonctions par erreur, mais vérification faite ça pourrait convenir) affectives (comme il y en a des astrales), inattendues (inespérées) qui tiennent du miracle. Et la vision de ce film en fut une. J'ai été en larmes quasiment dès le début, comme je l'étais à la toute fin (bon rassurez-vous,  j'ai eu quand même les yeux secs entretemps, mais c'est vrai que c'est remonté plusieurs fois...)
Pourtant les chevaux, ça n'est pas vraiment mon truc, et les rodéos a priori non plus. mais là, allez savoir pourquoi, là, j'ai -vraiment- adoré tout ça. tout du long.  C'est drôle de voir ce film quelques jours après celui de Samuel Collardey, car ils relèvent tous deux, quasiment, de la même démarche : des gens vrais, avec leur vrai nom (ici on a juste changé le nom de famille des trois personnages principaux), et leur vraie histoire, sur leurs vrais lieux de vie, avec les vrais gens qu'ils côtoient. Mais allez savoir pourquoi, celui-ci (The rider) m'a fait fondre, alors que celui-là m'a, si je puis dire, laissé (plus ou moins) de glace.
Le héros, celui qu'on voit sur l'affiche, c'est Brady, un jeune cowboy indien, un jeune espoir du rodéo (qui vit sa vie "huit secondes à la fois"), un jeune homme qu'on trouve au tout début du film amoché, traumatisme crânien après une chute en, justement, rodéo, et qui doit gérer une convalescence pas forcément très joyeuse, lorsqu'il réalise qu'il a gardé des séquelles de sa chute et qu'il ne pourra probablement plus jamais faire ce qu'il aime : rodéer.
Et Brady ne sait faire que ça : dresser (on dit débourrer) des chevaux. On le voit à l'oeuvre, et c'est fascinant. Il va s'agir alors, pour lui, d'abord de continuer à vivre (de trouver les raisons de) , mais de trouver un moyen  de gagner de quoi vivre, un job alimentaire, ou deux, histoire de tenir, tandis que son rêve continue de couver sous la cendre. Et on va l'accompagner, au quotidien, au jour le jour, avec sa famille, avec ses amis, avec les chevaux... c'est juste c'est simple et c'est beau.
Brady est interprété par Brady Jeandreau (de la même façon que sa soeur Lily est interprétée par Lily Jeandreau, et Tim, son père, par Tim Jandreau) d'une simplicité et d'une justesse exceptionnelles (il est pour beaucoup dans la force du film). Rien n'est inventé, il est vraiment dresseur, il a vraiment eu un accident, de la même façon que sa soeur est vraiment atteinte du syndrome d'Asperger et que son ami Lane Scott, est vraiment paralysé suite à une chute de rodéo (taurin, celui-là).
Le personnage et la vie de Brady sont au centre du dispositif (comme le personnage et la vie d'Anders étaient au centre d'Une année polaire) et la réalisatrice nous les retransmet avec infiniment d'attention et de délicatesse. La majorité des personnages sont des indiens de la tribu des Lakotas, vivant dans la même réserve. Là encore, on peut faire le parallèle entre ces deux univers "colonisés"  et la triste façon dont on les laisse survivre (Les Inuits avec le Danemark, Les Indiens avec les USA).
Je suis allé sur le ouaibe pour trouver un peu plus de renseignements sur Brady Jeandreau : des interviews pour la promo, le dossier de presse du film... et ce petit gars-là, il est dans la vie comme il est dans le film : émouvant. Il confirme que l'histoire du Brady du film est bien la sienne (la scène d'accident de rodéo est la sienne, vraie), que la réalisatrice a souhaité la raconter à l'écran (ils s'étaient déjà croisés lors du tournage du premier film de Chloé Zhao, Les chansons que mes frères m'ont apprises) après qu'il lui ait eu raconté ce qu'était sa vie après ce fameux accident, mais il établit une différence entre le vrai Brady et le Brady de cinéma qu'il incarne ("mon personnage a dans le film des réactions que je n'aurais pas forcément eues dans la vie, mais la réalisatrice a bien précisé que, justement, c'était le personnage du film, et pas moi...").
Même s'il est plutôt triste, le film n'est jamais insistant dans le pathos. Les scènes de l'histoire de Brady, filmées bien souvent de très près, contrastent avec les paysages somptueux en plans très larges, cieux, nuages, prairies, comme d'amples respirations qui viendraient adoucir le propos. Et la musique de Nathan Alpern (quoi qu'en dise le tâtillon critique de Libé) participe aussi à cet enveloppement soyeux et mélancolique.
Top 10

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dimanche 17 juin 2018

mais si, tu sais bien... le retour 4

Bon ça va trop vite, c'est un peu frustrant pour moi, donc j'ai un peu corsé la chose, et remis de nouvelles images, pour ce quatrième jour...

la première :

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la deuxième...

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los angeles

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EFFETS INDÉSIRABLES
de Larry Fondation

J'avais déjà lu deux livres du même monsieur (Sur les nerfs et Criminels ordinaires) et je convoitais celui-là, attendant juste qu'il se vende à un pix décent. Merci à PriceMinistruche. J'ai réussi à l'avoir.
On reste dans le même univers, Los Angeles et ses petites gens pourrait-on résumer, simplement l'habillage (du bouquin) change : les deux précédents étaient noirs (Fayard), celui-ci est blanc (Tusitala), mais à l'intérieur, la couleur d'ensemble est restée la même : noir c'est noir (il n'y a plus -vraiment- d'espoir, mais si des fois un peu quand même...).
C'est un grand plaisir de lecture, même si c'est le plus souvent assez désespéré. Petites gens, donc, et petites histoires. Par l'espace occupé. Textes brefs, acérés, une page ou deux le plus souvent, mais parfois juste à peine quelques lignes. Des fragments, des éclats. Cinglants souvent, amers, tendres parfois, comme un chorus de monologues où percerait de temps en temps une note plus aigue. J'adore ces instantanés de vie, saisis, justement, sur le vif, où c'est au lecteur de se faire une idée. Où tout n'est pas forcément donné, ni au début, ni à la fin (quelques fois c'est "à chute" et d'autres fois pas).
Un livre idéal pour poser sur sa table de nuit, (plus on vieillit et moins on lit de pages avant de s'endormir) tellement on peut en picorer à volonté, le soir, avant de s'endormir (non pas que ces histoires, justement, nous aident à faire de beaux rêves). C'est la vraie vie, dans la rue, dans les bars, dans les pavillons miteux, dans les bagnoles, dans les chambres d'hôtel, et, souvent, juste dans la tête des gens. De la violence, souvent, du sang des coups des flingues des couteaux, mais pas toujours.
Une sacrée manière de regarder la réalité en face, une écriture remarquable (dans tous les sens du terme) avec un lyrisme sec capable de vous sidérer au détour d'une phrase.
Du grand art.

 

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samedi 16 juin 2018

mais si, tu sais bien... le retour 3

Et de trois!

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QV

NU
série de Olivier Fox

J'en ai rêvé, merci Orange, Olivier Fox l'a fait.
La première série à quéquette(s) visibles! Et je me suis empressée de la regarder de bout en bout (si je puis dire) gloutonnement, en deux soirs. Dix épisodes, de 20' minutes chacun, avec une fin de dernier épisode qui semble appeler une suite (et, donc, une saison 2).
Bon, c'est un fait, la publicité ne ment pas sur la marchandise : des quéquettes, il y en a. Chaque épisode apporte son quota de birds in the nest (j'ai trouvé cette expression sur un blog américain, même si elle n'a pas été attestée depuis sur beaucoup d'autres, mais elle me plaît, soulignant le côté attendrissant qu'a pour moi la chose en question.)
Le héros se réveille dans une chambre d'hôpital après 8 ans de coma, il a la zigounette (qu'il a fort jolie) à l'air, et apprend que les choses ont changé : contre le terrorisme a été votée une loi "transparence" qui oblige les citoyens à se promener à poil, pour qu'on soit bien sûrs qu'ils ne portent pas d'arme... Le monsieur en question, qui était flic avant de tomber dans le coma en se portant au secours d'une collègue, ne veut pas en entendre parler, (de se promener à poil) il est resté so 2018 dans sa tête, et va mettre quelques épisodes à se décider à l'assumer en public, sa zigounette jolie. Ca c'est le premier fil narratif.
Comme il est flic, il y a en a un second en parallèle, une vague enquête policière (le père de la loi transparence a été assassiné, et retrouvé, vêtu, dans un bois, et on soupçonne les réfractaires, ceux qui n'ont pas voulu se plier à la loi, les rebelles, et vivent camouflés, au milieu des bois justement, emmitouflés du haut jusque-z-en bas, mais bon comme en 2018 les magouilles politiciennes vont bon train...).
Bon, vous me connaissez, je suis bon public. Une série s'annonce "à quéquettes visibles" et donc je vais en profiter, et ne pas me priver, puisque j'aime ça, pour les regarder. C'est vrai  que c'est ce qu'il y a de plus intéressant, visuellement (plastiquement), dans cette série, et que, si elles n'avaient pas été là, j'aurais été très malheureux, et je n'aurais sans doute pas regardé jusqu'au bout... D'ailleurs, ces fameuses, quéquettes, si elles font bien le taf lors des premiers épisodes, il semble que par la suite elle deviennent plus timides, oui, plus épisodiques, plus dissimulées, plus hors-cadre, et c'est un peu dommage.
L'idée est plus que plaisante, mais la réalisation a du mal à suivre. malgré le capital sympathie indéniable que provoquent les acteurs (et pas juste à cause de leurs birds in the nest) et les actrices aussi bien sûr (mais je le redis, désolé, mais les zigounettes c'est mieux!) . Non seulement le format est -un peu- court mais la thématique est hybride : la série est rangée dans la case "comique" sur le présentoir à série d'Orange, je ne suis pas sûr que cela la serve vraiment (personnellement je n'ai pas trouvé ça drôle de voir des gens se balader à poil). La case polar ou anricipation, n'aurait pas tout à fait convenu non plus , c'est vrai que c'est difficile de trouver la case idoine, peut-être aurait-il suffi d'un "décalé", c'eut été plus juste...
Non, ce que j'aime, vraiment, ce qui fait très plaisir (en plus ds QV), c'est l'aspect "égalitaire" de la vision, parce qu'elle donne à voir des gens de tous âges, (et ça c'est culotté!) et agrège des acteurs/trices venu(e)s de quelques séries télé d'horizons divers, de Vestiaires à Scènes de Ménage  (ceux-là j'ai reconnu tout seul) en passant par Caméra Café (là c'est les critiques qui me l'ont appris)... Ils méritent tous des applaudissements, parce que ce n'était pas forcément si simple que ça à faire, je suppose...
Avec une mention spéciale  pour Satya Dusaugey, le personnage principal. Qui paie de sa personne et fait bien le job. En plus d'être plaisant à regarder. Parce qu'en cherchant sur le ouaibe plus de choses sur lui, j'ai appris qu'il avait déjà réalisé un court-métrage, intitulé Tapette, dans le quel il joue aussi -et où il montre déjà sa zigounette, oui oui- mais surtout je suis tombé sur cette image

tapette

qui ne vous dira sans doute rien, mais que j'avais repérée il y a plusieurs mois en couverture d'une programmation de la MJC Les Oiseaux, que je trouvais sympathique mais énigmatique, puisqu'aucun nom n'était cité. Et un mystère de résolu, un ! c'est Satya Dusaugey dans son court! ( court que j'aimerais pouvoir voir!)

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Pour en revenir à NU, (ah oui, au fait, la série est interdite aux moins de 16 ans, si si...) concluons que c'est un premier essai intéressant (les amateurs/trices de QV, allez-y !), une idée, formidable,  dont on espère qu'il prendra un peu plus d'envergure (d'amplitude) dans la Saison 2 que, bien sûr, on espère...

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vendredi 15 juin 2018

mais si, tu sais bien... le retour 2

le deuxième film, donc :

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ton phoque est délicieux, thomasine

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UNE ANNEE POLAIRE
de Samuel Collardey

Soirée de gala dans la salle 12 du bôô cinéma (qui, tiens, cherchez l'erreur, n'en compte d'ailleurs que 10), avec la venue annoncée de Samuel Collardey (pour la quatrième fois!) venu nous présenter son dernier film. Depuis son premier long-métrage (L'apprenti) -et même depuis son court-métrage à l'origine dudit long , Du soleil en hiver, on l'aime on on le suit, cet homme-là.
Déjà parce qu'il est du coin (bisontin) qu'il aime rencontrer son public et n'a jamais donc failli à cette tradition, et puis par la singularité (et la constance) de son univers cinématographique. Samuel Collardey ne fait pas (tout à fait) de la fiction, ni (complètement) du documentaire. Comme quelques autres, il tricote dans le genre "fiction documentairisée" (ou, bien sûr, documentaire fictionnarisé).
Ici, dans le cas présent, il est question d'Anders, un "vrai" instituteur danois, qui a demandé un poste dans un "vrai" village reculé groenlandais de 80 habitants de la côte ouest. Anders joue son propre rôle, il débarque à Tiniteqilaaq (le fameux village en question) et tente de faire son trou (dans la glace hihihi), de trouver sa place, de se faire accepter. On a donc un authentique instit danois en immersion, au milieu de non moins authentiques Inuits. Des gamins insupportables qui goûtent le bordel en classe, et qui ne voient pas véritablement l'intérêt pour eux d'y aller en classe. Des parents qui s'en occupent un peu, et des grands-parents beaucoup. Et le problème de la langue (danois versus inuit, habilement différencié par la couleur des sou-titres, jaune pour ceux-ci et blancs pour ceux-là . c'est rigolo d'entendre l'instit' se faire nommer "trou du cul" à son arrivée par un de ses élèves et de ne pas le comprendre, tandis que nous spectateurs, si). Qui dit inuit pense forcément eskimos, phoques, chasse au harpon, traîneau -et chiens de-, aurores boréales, immensité blanche, chasse à l'ours, icebergs, kayaks, et (forcément, quand on est un peu allé au cinéma ou simplement qu'on ait fait partie du dispositif Ecole & Cinéma) Nanouk l'esquimau et Robert Flaherty (que Samuel Collardey a d'ailleurs évoqué rapidement lors de la discussion).
Le film est magnifique (les paysages s'y prêtent, il faut le reconnaître) et toutes les scènes en extérieur nous en mettent plein les mirettes. A paysage mirifique, récit à la hauteur, et c'est là que pour moi il y a comme un léger décalage. Comme l'a fait remarquer, lors de la discussion, une spectatrice tout celà est tout de même très idyllique (et c'est exactement le mot qui m'était venu en tête pendant la projection). En me posant juste la question : est-ce que le réalisateur filmait ce que Anders faisait, ou bien est-ce qu'il a filmé surtout ce qu'il souhaitait le voir faire ? (ou ce qu'il lui disait de faire ?). Resté sur ma faim, (un chouïa à distance), avec le sentiment que plus le film avance et plus le personnage d'Anders est "sacrifié", se fond dans la masse, disparaît progressivement. C'est un peu le sentiment que j'ai éprouvé tout au long de cette histoire d'apprentissage, de transmission, et de filiation, comme les affectionne -et sait parfaitement les réaliser- Samuel Collardey.
J'ai passé un très bon moment de dépaysement, un magnifique moment de fascination glaciaire, mais pas (en ce qui me concerne) un moment inoubliable de cinéma. Voilà. En précisant que j'ai presque mauvaise conscience de pichenoter ainsi (tous les gens à la sortie autour de moi étaient hyper-enthousiastes, et le syndrome du "je suis sans doute un vieux con..." a donc repointé le bout de son nez.)
Ca m'embêtait presque de ne pas me sentir aussi hyper-enthousiaste que les autres. Quelque chose sans doute dans la manière de faire, ou de dire, qui ne me satisfait pas tout à fait (sans que je puisse vraiment mettre le doigt sur quoi...)
Tout en précisant, pour clore le chapitre que je considère que le film est "parfaitement inattaquable", et que j'applaudis encore une fois à la démarche de Samuel Collardey, à sa belle rigueur, et à ce beau sillon de cinéma qu'il creuse et qu'il retourne avec force et obstination.

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jeudi 14 juin 2018

mais si, tu sais bien... le retour 1

Grâce à la suggestion d'Isa, avec le retour de la Croupe du Monde, voici le retour de notre jeu cinéma...
30 jours, 30 titres de films à retrouver.
Je m'étais dit que je n'aurais pas le temps, et puis si finalement...
Donc on joue comme d'hab
Un peu de tout, du neuf (relativement) et du vieux (relativement aussi)
(entre 2018 et 1946)
Des films que j'ai beaucoup aimés, que même, pour certains, on a dû voir ensemble...
La majorité ont été programmés dans le bôô cinéma, mais pas tous tous tous...
Du trouvable et de l'introuvable, sans doute
Vous connaissez le principe, je mettrai d'abord une image (à 17h, tiens, pour changer, c'était l'heure du premier match...), puis, une deuxième, si ça n'est pas trouvé, des fois une troisième mais pas toujours.
même si le film du jour n'est pas trouvé, le lendemain je proposerai quand même l'image du film suivant
(the show must go on)
donc plusieurs films en même temps peuvent être à trouver...
A vous de jouer,
voici la première image du premier (celui-là, fastochissime)
Allez go! (Et amusez-vous bien):

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pas d'oiseau dans le nid de l'automne passé

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L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE
de Terry Gilliam

Clataclop clataclop, il a fini par arriver. Qui donc ? Eh bien non pas Zorro, mais Don Quichotte (dont j'ai réappris que son nom prenait deux t en français), bien sûr, suivi de son fidèle Sancho Panza (Pança croyais-je aussi). Enfin soyons précis : un certain nombre de Don Q., accompagnés du même certain nombre de Sancho(s).
Disons tout de suite les choses, Terry Gilliam est quelqu'un que j'aime fort et depuis fort longtemps, à qui je dois un certain nombre de grands bonheurs cinématographiques (Bandits Bandits, Brazil, les Aventures du Baron de Munchausen, et, surtout, surtout, FisherKing) et que je continue de suivre assidûment, vaille que vaille, (coûte que coûte), même si les films suivants peuvent parfois prêter à confusion et/ou provoquer (parfois) un peu moins d'enthousiasme. J'aime le bonhomme, point. Et je suis donc depuis un certain temps les rebondissements quichottesques dans sa filmographie (qu'on vit résumés dans Lost in la Mancha, il y a déjà tout de même -déjà- quinze ans! (je tiens le dvd à votre disposition), ce qui dit quand même que ça fait déjà un bail que cette affaire traîne...)
Le barouf médiatique à Cannes 2018 en rajouté une louche (des démêlés un peu compliqués avec Paulo Branco le producteur historique du premier, si j'ai bien compris...) sur, d'abord la projection cannoise ou pas, puis la diffusion en salle idem. Bon le film est donc sorti, avec un carton explicatif en ouverture (mais qui ne clarifie pas vraiment les choses), et le voilà dans notre programmation, dans le bôô cinéma, et nous étions quelques-un(e)s, en petit comité, pour la première projection (à 118h dans la salle 1) et j'étais très content de me retrouver là assis à côté de mes amis Pépin et Régis.
Et nous voilà partis en Espagne. un grand maigre sur son cheval, un petit gros sur son âne, des moulins à vent... Clataclop clataclop, oui, Don Quchotte et Sancho. sauf qu'il s'agit d'un film, tourné par un réalisateur pas extrêmement sympathique (joué par Adam Driver, ce gaillard-là je l'aime aussi, Paterson ne sors pas de ce corps!). On est sur le tournage, et on laisse un instant Quichotte accroché à l'aile du moulin (une image qui reveindra à plusieurs occasions) pour suivre le dit pas très sympathique réalisateur, dont on apprend qu'il a tourné quand il était jeune une autre version de Don Quichotte, dans un village voisin, avec des acteurs non professionnels du cru, qu'il va soudain avoir envie d'aller retrouver (en vrac le village, Don Quichotte, Dulcinée, sa jeunesse enfuie), en moto cette fois, et nous voilà parti (vroum vroum, pas cataclop) à sa suite. Celle du réalisateur du film dans le film, mais aussi celle du réalisateur du film dans le film dans le film, Terry Gilliam himself. Le début est un peu embrouillé, mais, assez vite on est embarqués, et on jubile, de ces incessants allers/retours entre ce qui est vrai dans le film (mais qui, pour nous, est filmé, et donc, déjà,  fictionnel) et ce qui relève de la pure fiction (rêve, fantasme, hallucination, film), et qui est donc, pour nous spectateurs ébahis, doublement ou triplement- fictionnel.
Ca devient du grand Terry Gilliam. On jubile, oui, pendant un grand moment.
Et ça retombe hélas un poil à la fin (la looooongue scène dans le château n'en finit pas de ne pas finir), et c'est comme si soudain Terrychounet ne savait plus trop comment se dépêtrer avec panache de sa narration, et donc l'appliquait juste point barre.
Tous les trois, en sortant (Régis , Pépin et moi-même donc) on a fait la même remarque : que c'était longuet, platounet et un peu inutilement délayé.
Mais bon le sentiment de jubilation qu'on avait ressenti avant était suffisamment puissant pour nous laisser, tout de même, tous les trois, devant le bôô cinéma, avec un large sourire.

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mercredi 6 juin 2018

arrête de toucher ta barbe

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LES RIVES DU DESTIN
de Abdolreza Kahani

Cas de figure pas si fréquent : un film vu par défaut, à la séance de 13h30 (Dominique avait déjà vu Une année polaire, et dans la troisième salle,  Nanouk l'esquimau, merci, on avait déjà donné, en séance scolaire, en plus...). Donc film inconnu, en sortie nationale, réalisateur inconnu, titre et affiche moyennement attractifs, mais bon on y est quand même allés (et on était d'ailleurs les deux seuls spectateurs, et, donc, on ne s'est pas gênés pour faire comme les deux vieux du Muppet Show et commenter à voix haute quand on en avait envie...).
Et une excellente surprise, pour résumer notre expérience en trois mots.
Un film iranien bref (1h15 tout mouillé), résolument contemporain, iranianissime a priori (les femmes sont voilées, les hommes sont velus) mais, on s'en est rendus compte assez vite, puis tout au long du film, un film surprenant. Par la façon qu'il a d'aborder frontalement des choses qu'on ne voit pas si fréquemment abordées dans les films iraniens, justement : tiens des hommes torse-nu qui jouent au foot, tiens deux potes qui piquent un fou-rire en fumant un pétard, tiens le mot "gay" qui est prononcé, même si c'est sur le ton de la boutade, et tiens tiens quelques petits métiers abordés, ancrés résolument dans la technologie et, surtout, l'illicite (récepteurs et paraboles pour "avoir toutes les chaînes"...)
Un beau portrait de femme forte, Samira, dont on comprend assez vite qu'elle a divorcé, qu'elle était partie à la campagne, et qu'elle revient à Téhéran avec sa fille, où dès son arrivée elle est "accueillie" par son ex-mari, Hamed, qui lui prend la gamine et lui annonce qu'il va lui pourrir la vie.
Ca démarre fort. On va donc suivre parallèlement Samira qui fait tout son possible pour s'installer,reprendre sa vie d'avant comme avant, et le hargneux Hamed (mais pourquoi est-il si méchant ?) qui va tout faire pour, justement l'en empêcher (et c'est vraiment un salopard). Le film est ancré dans un quotidien réaliste, bien souvent même de l'ordre de l'intime, et on est notamment, comme Samira, témoin des scènes de ménage du couple qui l'aide, Davoud (lui) et Rezvan (elle) tous les deux formidables. Comme le film, oui, formidablement juste. On suit Samira, mais aussi  les gens qui gravitent autour d'elle, de plus ou moins près, et les démarches, et les tentatives, et les complications. Le film sait n'être pas grave, ou, en tout cas, pas que grave. j'aime beaucoup la proximité et la simplicité avec laquelle les personnages sont traités. On pourrait presque parler de familiarité, et ça c'est bien.
Le seul bémol formel est la "parenthèse" (qui ouvre et ferme le film), genre de pirouette narrative qu'on pourrait qualifier de maladroite ou, mieux, désinvolte, (et dont il est difficile de parler davantage sans déflorer l'intrigue). un peu comme un gamin qui aurait joué avec un truc pendant un certain temps, lui accordant tout son intérêt, puis à un moment le bazarderait parce que ça ne l'intéresserait plus. Comme la place de Samira dans le film. Elle est présentée comme le personnage central, mais, finalement, le réalisateur ne lui accorde pas tant d'importance que ça, elle ne "porte" pas le film, elle n'en est qu'un des piliers, à égalité avec les autres personnages.
Mais bon, semble se résigner le réalisateur, la vie continue à Téhéran, un seul être vous manque mais ce n'est pas pour autant que tout est dépeuplé, hein, la preuve... Et du coup, à défaut d'attendre Les rives du destin 2,  on a très envie de voir tous les films qu'il a fait avant, ce cher Abdolreza Kahani, dont aucun ne semble être sorti en France (voilà une idée intéressante pour un prochain Ficâââ, non ? Moi je dis ça je dis rien, hein...)

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