mardi 26 mai 2015

au galop

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DEAR WHITE PEOPLE
de Justin Simien

Une comédie "SpikeLeeesque", qui, pour l'apprécier pleinement, implique qu'on soit a) américain, b) étudiant, et c) accessoirement, black. (si vous n'êtes aucun des trois, il faudra être attentif). Le portrait croisé de plusieurs étudiant(e)s (black or white or métis, avec toute la gamme chromatique des épidermes certes mais des sentiments y afférant) qui dorment dans certaines résidences et/ou mangent dans d'autres, se rencontrent, se cherchent, s'aiment, se détestent, se battent, se jalousent, se disputent, se méprennent, se réconcilient, deux d'entre eux ayant aussi la particularité d'être chacun le fils d'un des "doyens" (un black, et l'autre white). Un personnage gay et black (celui qui est sur l'affiche, avec une coupe afro) sert un peu de fil blanc (!) entre chacune des chicanes. un film agréable, qui prête à sourire, voire même à éclater de rire (ils ne mâchent pas leurs mots).

 

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LE LABYRINTHE DU SILENCE
de  Giulio Ricciarelli

Contrairement aux apparences, un film allemand. En allemand. Qui raconte l'histoire d'un jeune procureur -allemand- au début des années 60, qui se trouve, de fil en aiguille, amené à organiser le procès de tous les SS qui sont intervenus à Auschwitz. Un film judiciare, un film de procès (enfin, qui s'arrête juste à l'ouverture des portes le jour du procès en question), un film d'époque aussi (cette époque particulière où la jeune génération ignore complètement ce que l'autre (la "vieille" génération) tente de toutes ses forces d'oublier, de faire désespérément comme si rien ne s'était passé, entre 1939 et 1945), avec en filigrane une histoire d'amour (très joliment représentée à la fin comme une veste déchirée). Un film qui sait éviter le voyeurisme malsain (toujours périlleux lorsqu'on évoque la Shoah au cinéma) mais est malheureusement souvent un peu submergé par sa musique mélodramatique un peu chargée.

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BEYOND CLUELESS
de Charlie Lyne

J'étais tout seul dans la salle, au Lucernaire. Un film que j'avais vraiment envie de voir. Un documentaire sur les teen-movies (un genre spécifiquement américain), dont la réalisation a nécessité le visionnage de près de 300 des films en question. Plusieurs chapitres et un épilogue, chacun sur un thème précis (plus ou moins explicite dans son titre), avec la même démarche à chaque fois : on raconte en ouverture la trame d'un film précis (qui est nommé), et on y adjoint beaucoup d'extraits de beaucoup de films qui parlent de la même chose (parfois juste quelques images) (mais tous seront finalement nommés dans le très long générique de fin.) Curieux, sympathique, mais...

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BLIND
de Eskil Vogt

Surprenant. un film où on ne sait jamais exactement de quoi il retourne. Une dame aveugle (une dame qui est devenue aveugle) reste dans on appartement. Un monsieur un peu fort avec une queue de cheval observe la voisine d'en face. Peut-être que la dame aveugle habite avec lui. Ah non, elle habite avec un autre monsieur. Qui a peut-être une maîtresse. Qui est peut-être la voisine d'en face. Qui devient peut-être aveugle. A moins que... Labyrinthique,  Blind l'est, et se complexifie de plus en plus au fil de sa progression. Histoire(s) rêvées, souvenues, imaginées, racontées. Ou bien... ou bien... jusqu'à ce que, à un certain moment, le réalisateur nous laisse en plan. comme s'il avait tellement emberlificoté tous ses fils narratifs qu'il ne sait plus trop où aller. Et qu'il tranche. Couic! "Film pour public averti" dirait Pépin (quelques scènes de pénétrations furtives sur internet) mais pas de quoi fouetter un aveugle un chat. Regret que, finalement, la cécité ne soit ici pas grand-chose de plus qu'un gimmick (ai repensé à Double vue , de Mark Peploe, sur un thème -un peu- voisin, avec Fanny Ardant en mère aveugle).

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TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE
d'Arnaud Desplechin

Vu dans la 6 de l'UGC Les Halles, que je n'aime pas car elle est très pentue. Vertige. C'est un peu le sentiment que procure le film, mais surtout plutôt Desplechin, pour qui j'éprouve des sentiments mélangés depuis que j'ai fini par lire Mauvais génie où Marianne Denicourt épanche toute la bile qu'elle peut ressentir à son égard. je ne peux m'empêcher de repenser -et de retrouver- l'Arnold Duplancher qu'elle y évoque. Gros battage médiatico-cinéphilique (je parle du film), unanimité laudative critique, trompettes, couronnes de lauriers, courbettes, applaudissements. J'y suis allé dès que possible. Récit en trois parties et un épilogue (comme le fait remarquer Arnaud D. la première évoque La vie des morts, la seconde La sentinelle, et la troisième Comment je me suis disputé...) on est donc en terrain connu. Le petit jeune qui joue Paul Dédalus (donc, Mathieu Amalric jeune) est impeccablement bien, idem pour la jeunette qui est la jeune Emmanuelle Devos. Mais tous les autres aussi... La dernière partie, est, toutefois, un peu longuette...

 

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L'ARMEE DES OMBRES
de Jean-Pierre Melville

Une belle surprise, une resortie en copie neuve (impeccable!) de ce film que je pensais avoir déjà vu 356 à la télé, mais non, rien du tout, j'ai du juste rajouter une unité à chaque fois qu'il était programmé, mais je ne l'avais jamais vu. On ressort ces temps-ci du Melville à foison. Celui-là vaut vraiment le déplacement (et le mouillage d'yeux). Centré autour de Lino Ventura (comme diraient Libé ou les irocks, "au-delà des superlatifs" tellement il est bien), une, ou plutôt des histoire(s) de la Résistance : Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel , Christian Barbier (L'homme du Picardie, par la suite, ce fut lui), Paul Crauchet, Paul Meurisse, Claude Mann... Du beau monde, indiscutablement, c'est prestigieux, c'est impérial. Presque 2h30 qui filent à toute berzingue : opérations clandestines, arrestations, sauvetages, tortures, trahisons, solidarité, amitié virile... le grand jeu. Et j'y ai découvert que c'était de là que venait la musique des Dossiers de l'écran (Tsink! Pom Tsink! Pom Lilalilalallala... pour les plus vieux d'entre nous...). Inratable (comme dirait Hervé).

 

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lundi 25 mai 2015

colle forte

GOOD NIGHT MOMMY
de Veronika Franz & Severin Fiala


Un film qui sortait ce mercredi mais ne passe qu'au Luminor Hôtel de ville (anciennement mon Latina chéri-chéri)... Un film autrichien bicéphale. (Ah, ces autrichiens... Que ce soit en littérature ou en cinéma, ils sont toujours aussi chaleureux, aussi expansifs, aussi doués nous déverrouiller les zygomatiques, hein... ) Un film "d'horreur"(?) (les guillemets et le point d'interrogation sont de rigueur), un film qui impressionne. Un film à trois personnages, quasiment : une mère et ses deux enfants, deux jumeaux, blondinets, plein de vie, sauf que... (Bon je ne vais pas vendre la mèche, mais pour qui va un peu au cinéma, les histoires de jumeaux avec un des deux pas gentil, depuis L'AUTRE, de Robert Mulligan, en 70 et quelques, on sait un peu à quoi s'en tenir, et il semble d'ailleurs que les réalisateurs insistent dès le début -deux scènes identiques où l'un appelle l'autre, d'abord dans la grotte très noire, ensuite sur le lac...-) Ils attendent donc leur maman, qui revient de la clinique le visage entouré de bandages, et voilà qu'ils ne la reconnaissent pas, et commencent à se poser des questions...
C'est très bien filmé, froid, puis glacé, puis glaçant. La mise en route est lente, délibérément. Les enfants qui jouent dans la nature (les champs de maïs c'est toujours aussi cinégénique qu'anxiogène). Puis le retour de la mère ouvre une seconde phase plus claustrophobe, puisqu'on ne sort quasiment plus de cette -très belle- maison, décorée avec goût (où, tiens, les photos de la mère qui décorent les murs sont toutes floues...). Dehors, dedans, portes qu'on ferme à clé, et l'angoisse qui monte sourdement. De part et d'autre. Au fur et à mesure que le film part de plus en plus en biais (les gros insectes dégueulasses, le chat mort, les cauchemars).
Les vingt dernières minutes m'ont fait me recroqueviller sur mon siège et me cacher les yeux, comme devant AUDITION de Takaashi Mike... Une surenchère de violence, où on nous pousse impitoyablement de marche en marche.Les réalisateurs jouent avec nos nerfs (les quêteurs de la croix-Rouge) et en rajoutent une louche de trop dans la complaisance sadique, jusqu'à un final presque'aussi dommage que celui de SUSPIRIA. C'est quasiment insupportable, d'autant plus qu'on ne l'a pas vraiment vu venir). On n'était pas obligé d'en arriver là, dommage. Et la toute dernière séquence clôt (suspend) ironiquement le débat sur cette image fixe avec regard caméra qui  nous sourit d'un air faussement candide,"photo de famille" si paisible.... (si autrichienne ?)

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dimanche 24 mai 2015

cocotte-minute

LES TERRASSES
de Merzak Allouache

Sur celle d'Ettore Scola (La terrasse), on revenait sans cesse au même moment de la même soirée, après avoir suivi l'histoire de chacun des personnages. Chez Allouache, il y en a plusieurs, chacune avec ses histoires, qu'on va suivre au cours d'une seule journée, rythmée par la succession des cinq prières quotidiennes qui la découpent comme autant de chapitres. Alger, aujourd'hui. Un homme d'affaires qui fait torturer un homme par ses sbires pour obtenir une signature, une vieillard enchaîné dans une cabane qui dialogue avec sa petite fille, un groupe qui répète de la musique sous les yeux d'une silencieuse observatrice, une équipe de cinéma qui prépare un tournage, un homme qui rentabilise "sa" terrasse en la louant à divers intervenants, une famille composite sur le point d'être expulsée... On va les suivre, en alternance, tout au long des ces vingt-quatre heures. Il y sera -souvent- question de violence (conjugale, sociétale, familiale), de religion (et surtout des accommodements que chacun peut y apporter), de complicité parfois, d'amour quelquefois aussi. 
Les choses ne sont (heureusement ou malheureusement, ça dépendra des histoires) pas toujours ce qu'elles ont l'air d'être, et certaines de ces histoires n'auront pas forcément l'issue qu'on aurait espéré -qu'on aurait craint-, mais cet éventaire de la multiplicité des sentiments humains (l'amour, la colère, la convoitise, l'indifférence, la jalousie, l'hypocrisie) et des effets qu'ils produisent (à moins que ce ne soit l'inverse), s'il est plutôt bien achalandé, a le mérite de tenter de nous présenter une vue "globale", comme on harmoniserait les goûts et les couleurs au moment de cuisiner (cette métaphore culinaire est un peu naze, mais c'est la seule qui m'est venue pour terminer cette phrase qui restait là,  sans terme, désespérément, comme avec une patte en l'air.) Même si dans la gamme chromatique desdits sentiments c'est le rouge qui domine (les hommes ne changeront jamais).

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samedi 23 mai 2015

les paris sont ouverts 2

jeudi

9h15
DEAR WHITE PEOPLE
de Justin Simien
(UGC Les Halles)

en repartant, of course, un petit passage par la Canopée

rdv à 13h à l'appart avec Malou et Alissa 
Malou de retour du Portugal (hier) en partance pour le coiffeur (l'après-midi) puis une conférence (le soir), avant que de repartir, dès le lendemain matin, pour aller désherber à Moulicent... Juste le temps de faire qq parties de scrabble et de manger un peu de chocolat...
Après je pourrais, mais je n'ai plus le courage de resortir...

vendredi

9h15
LE LABYRINTHE DU SILENCE
de  Giulio Ricciarelli
(UGC Les Halles)

puis, grande première, je change de quartier! Direction St Placide, pour aller voir à
14h : BEYOND CLUELESS
de Charlie Lyne
(Le Lucernaire)

retour arrêt à Odéon, j'ai vaguement envie d'aller au cinéma, ais je ne suis jamais au bon endroit ou à la bonne heure pour la bonne séance, je fais donc un peu de Gibert, (j'achète un bouquin édité par les Cahiâis sur Underground, justeparce qu'il y a des photos d'Emir K. et qu'il est très très soldé (c'est la quatrième démarque, mais il est quand même à 3,72...)

avant de reprendre le métro direction Riquet, pour aller voit l'expo Gaumont au 104 (n'ai pu y rester que 45', puisque ça ferme à 19h...
Retour (très long! je vais jusqu'à Opéra parce que je ne voulais changer qu'une fois).

samedi

9h15 : LA LOI DU MARCHE
de Stéphane Brizé
(UGC Les Halles)

11h05 : LES JARDINS DU ROI
d'Alan Rickman
(UGC Les Halles)

j'avais projeté de voir autre chose, au MK2 beaubourg, à 11h05, amis c'était bcp trop juste, alors j'ai cherché dans les films qui démarraient dans pas longtemps : j'avais le choix entre celui-ci et Le talent de mes amis, qui ne me faisaient pas vraiment plus envie l'un que l'autre... J'avais choisi ce dernier, mais - ô hasard - je me suis trompé de salle (méfiez-vous de la 34!) et suis donc entré dans la 35, je pense (à déconseiller, beaucoup de sièges y grincent) et le hasard a bien fait les choses, j'aurais pu tomber sur bien pire!

un dernier repas au petit restau chinois, et je rentre à l'appart
le plaisir de manger mes premières cerises de l'année en remontant le boulevard Davout, au soleil

et maintenant, je vais faire ma valise

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mardi 19 mai 2015

les paris sont ouverts 1

mardi :

Ca fait du bien de reprendre ses marques, de repiétiner dans son triangle d'or favori (Les Halles / Hôtel de ville / St Michel), après avoir validé son pass navigo et repéré ce qu'on avait entouré en rouge sur l'Officiel...

9h : LES TERRASSES
de Merzak Allouache
(MK2 Beaubourg)

11h : HISTOIRE DE JUDAS
de Rabah Ameur-Zaïmèche
(MK2 Beaubourg)

14h : GOOD NIGHT MOMMY
de Veronika Franz & Severin Fiala
(Luminor Hôtel de Ville)

coincé par une grosse averse entre HDV et ST-Michel (et j'étais parti en bras de chemise)
trouvé ROIS ET REINE à 0,99 
rien trouvé chez Gibert (mais je ne cherchais pas grand-chose)

mercredi :

9h05 : BLIND
de Eskild Vogt
(MK2 Beaubourg)

11h50 : TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE
d'Arnaud Desplechin
(UGC Les Halles)

16h50 : L'ARMEE DES OMBRES
de Jean-Pierre Melville
(Luminor)

(entre les deux, Canopée, Boulinier, et comme d'hab' juste à côté sandwich basque avec le verre de vin qui va bien avec, assis en terrasse (minuscule) face au Bvd St Michel)

trouvé ZONE de Mathias Enard et UN REPAS EN HIVER d'Hubert Mingarelli + un troisi§me que je ne connaissais pas : L'ANNEE DU CALYPSO

 

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de bruit et de fureur

LA TÊTE HAUTE
d'Emmanuelle Bercot

Un ado tête à claques sujet à des accès de violence et ses rapports fusionnels avec sa mère immature, tiens tiens on a déjà eu ça l'année dernière, non ?,  avec Mommy de X. Dolan (que j'ai mis du temps à voir mais que j'ai vu quand même.) Là j'ai préféré y aller le plus tôt possible pour que la même chose ne se reproduise pas. Des inconvénients de la surmédiatisation. Le film d'Emmanuelle Bercot (dont j'ai adoré le Elle s'en va, même si vu très tardivement) vient d'en faire les frais. Parce qu'il faisait l'ouverture du Festiwal de Cccânnes, parce que Catherine Deneuve, parce que jeune prodige, parce que choix audacieux pour ce genre de film en ouverture parce que parce etc.
C'est quoi ce "genre de film" ? L'histoire d'un gamin de 7 à 17 ans, un gamin qui est "mal parti dans la vie" (dès la première scène), et qui va affronter successivement  les acronymes de tous les services sociaux, juridiques, pénaux, éducatifs, ou presque, grâce à l'entêtement d'une juge pour enfants maternelle et et compréhensive (Catherine Deneuve, qui a fait quelque chose à ses sourcils) et d'un éducateur aussi cabossé (là je ne pouvais pas échapper à cet épithète) qu'entêté (Benoît Magimel, les cheveux en pétard), qui veulent toujours continuer à espérer, sans fin, avec obstination, au fil des ans, et pourtant il y aurait largement de quoi baisser les bras et lâcher l'affaire. La mère immature est (un peu sur-)jouée par Sara Forestier, et le jeune homme souvent énervé par Rod Paradot, dont c'est le premier rôle et qui est effectivement phénoménal. Tout le monde l'a dit et s'en est extasié, mais c'est vrai. Vraiment vrai. Que ce soit lors de ses accès récurrents de violence (qui surviennent à un rythme quasi métronomique), lors des moments "normaux" ou ceux de calme (ou d'abandon) il est d'une justesse et d'une force qui laissent admiratif.
Un survol des différentes mesures de prévention, de suivi, et de (punition ?), centré autour d'un jeune homme très énervant (autant que très attachant). Heureusement, on ne joue pas exactement sur le même terrain que Mommy (là, en gros, la mère et le fils ne se voient que dans le bureau de la Juge ou ceux des instances socio-éducatives -ou pénitentiaires-). Mais tous les deux restent toujours en contact, tant le lien qui les unit est fort (on dirait un film écrit par un éducateur, quand même, non ?), et même "trop" fort (plus ça va et plus la réalisatrice insiste là-dessus). Je connais peu les juges pour enfants, alors je me garderai bien de juger, mais, hmmm, toute cette compassion, cet attachement, ça n'est quand même pas un peu roudoudou et chamallow ? C'est en cela que tout ça m'a quand même un peu gêné (avec en plus comme dit Marie, "un peu l'impression d'être au boulot", tellement certains de ces acronymes (AEMO, notamment) tintaient réalistement à mes oreilles.) Et que le clou est bien bien enfoncé, que le concept de "famille" ou de foyer est visiblement importantissime aux yeux de chacun (et semble rester la panacée, cf le passage de relais final qui me paraît tout de même un peu honteusement crapoteux).
Contrairement à Polisse (dont elle a co-écrit le scénario et dans lequel elle jouait) où la nécessité d'un "regard extérieur" (celui, doublement, de Maïwenn, en tant que personnage et en tant que réalisatrice) permettait justement de prendre une imperceptible distance par rapport aux choses parfois effroyables du récit ("Oui, c'est du cinéma"), Emmanuelle Bercot se focalise  ici juste sur Malony, et son environnement proche, sur cet unique (j'avais écrit inique) parcours, mais de très près, comme vu de l'intérieur. Sans filtre. Apparemment sans recul ni enjolivures ni effets de matière filmique. Brut. Les faits, les décisions de justice, les placements. Rien que. Et un gamin qui tente de s'en démerder (pas de s'en sortir ou de s'y insérer, il nous est montré à plusieurs reprises comme suffisamment intelligent et roublard pour être -un certain temps- capable de "jouer le jeu", d'être conforme à l'image qu'on attend de lui, d'être acteur -la réalisatrice le fait même s'en vanter ouvertement "je suis un bon acteur..."-) Cinéma social, humain (humaniste ?). Ok. Mais il y a quand même un contraste, un hiatus, un effet de friction, entre le parti-pris du film, ses intentions, et, par exemple, la présence -très forte- de Catherine Deneuve, le battage médiatique, la montée des marches, etc.
Pour parler franchement, ce cinéma-là n'est pas celui qui me convient. L'angle "sociétal", humanitaire, la bonne conscience, la curiosité (oh que ces pauvres sont pittoresques, diantre que ces manants ont de drôles de manières, ciel qu'ils s'expriment de blasphématoire façon) pourraient presque virer malsain, voire obscène. La composition de Sara Forestier irait d'ailleurs dans ce sens. Rosetta, le film, de la même façon, ne m'avait pas convaincu (et pourtant, elle avait, elle (le personnage), à la fois un background et un but qui justifiaient son attitude, et légitimaient la façon de la filmer. Notre Rosetton, là, est moins bien servi scénaristiquement, juste comme un instamatic mental (deux positions : soleil et nuage) et, si le personnage devient à la longue moins intéressant, le jeune acteur qui l'incarne est, je le répète, toujours passionnant.

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lundi 18 mai 2015

je ne suis pas là

Je serai à Paris du 18 au 23
Peut-être que j'écrirai depuis là-bas.
Peut-être pas...

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un américain à paris

MY OLD LADY
d'Israël Horowitz

Je suis allé voir ce film sur les noms de Kevin Kline et de Maggie Smith, et la promesse d'une comédie, je n'en savais même pas le nom du réalisateur (que j'ai confondu avec le Vladimir du même nom, m'étonnant qu'un pianiste passe à la réalisation, mais lorsqu'on lit les petits caractères du générique on comprend qu'il a adapté pour l'écran sa propre pièce de théâtre, et qu'il produit aussi le film... -et, j'ai vérifié en rentrant, le pianiste homonyme est mort depuis des lustres-)
J'ai trouvé sympathique de découvrir qu'il y avait, en plus, Kristin Scott-Thomas (qui est une actrice que j'ai toujours beaucoup aimée), et même Domnique Pinon, et Stéphane Freiss, et, encore une louchette, Noémie Lvosky... Un américain débarque à Paris pour prendre possession de l'hôtel particulier dans le Marais (avec jardin) dont il vient d'hériter de son père, avec l'intention de le vendre rapidement et de repartir idem, sauf qu'il découvre qu'il est habité par une vieille dame anglaise à qui son père l'a vendu en viager... Qui plus est cette dame, qui fut la maîtresse du père de l'américain, vit là avec sa fille.
Ca commence comme une fantaisie immobilière, ça continue en flânerie parisienne, ça fluctue comédie bilingue -les anglicisants parlent un peu en français, les français parlotent en anglais (ils prennent d'ailleurs des cours)- puis ça dévie en comédie sentimentale, avant de passer à des choses plus graves (un peu le genre de ce qu'on se disait devant un feu de cheminée entre frère et soeur, mari et femme, épouse et belle-soeur, dans le Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan), puis  de faire un peu du sur-place cinématographique (il y a un moment, oui, où tout retombe un peu, où on est peut-être un peu fatigué, où on s'ennuierait presque un peu) avant que de se terminer, grosso modo  et pas trop tristement, comme on avait escompté que ça se terminerait depuis un bon moment...
On l'a vu juste après Une femme iranienne, et pour ce film aussi, on peut s'estimer encore une fois avoir été grugé sur la marchandise  (et comme a dit Dominique "il y a toujours un problème avec les films adaptés d'une pièce de théâtre...") Si Maggie Smith et Kristin Scott-Thomas restent égales à elles-mêmes (délicieuses), Kevin Kline (qui a très bien vieilli) quant à lui est vraiment meilleur dans les scènes d'émotion, où il sait rester sobre, contrairement celles où il ne l'est pas, justement, (sobre).

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dimanche 17 mai 2015

taxi(e) téhéran

UNE FEMME IRANIENNE
de Negar Azarbayjani

Hormis l'affiche (qui connote tout de même furieusement celles des films d'Ashgar Farhadi, avec ses 3 bandes photographiques) et la bande-annonce (vue une fois), je n'en savais absolument rien (ah si : que le distributeur en était Outplay, qui est pour moi plutôt et strictement associé aux films LGBT, ce qui m'étonnait un peu, du genre "ah ils ont élargi leur créneau..." mais bon). Je m'attendais donc à voir l'histoire d'une dame dont le mari est en prison et qui doit faire clandestinement le taxi pour pouvoir rembourser les traites du crédit de la voiture, ce qu'est tout à fait le début du film.
Taxi, Téhéran, je vous vois venir... Panahi aurait-il fait des émules (et donc, ici, une Panahette ?) Non non, pas du tout, parce que, d'abord, ce film-ci a été fait quelques années avant (peut-être la délicatitude de son sujet n'a pas incité un distributeur français a prendre le risque plus tôt ? heureusement, Outplay était là, applaudissons encore une fois leur initiative, de toute façon, je les adore) Rien à voir donc, puisque la dame dans le taxi va, assez vite, prendre à son bord une autre dame, qu'on a croisée déjà quelques scènes avant, dont on sait qu'elle s'est fait arrêter par les flics iraniens parce qu'elle conduisait la voiture de son frère en se faisant passer pour lui, que son père en colère est venue la chercher au commissariat, et qu'il souhaite la marier rapidement et contre son gré (là je me frottais les mains... "ah, je me disais bien quand même, si c'est Outplay, il y a forcément du LGBT dans l'air...")
Figurez-vous qu'il y a du I. I comme Intersexuel. (Il faudrait que je me renseigne sur la différence entre intersexuel et transexuel : un début de réponse ). S'il est question d'une histoire d'amour entre femmes (ce qui, a priori, en Iran, ne doit pas déjà être la plus simple des situations), elle est compliquée par le fait que l'une des deux se sent homme à l'intérieur, et voudrait donc faire le traitement et l'opération qui lui permettraient de matérialiser son genre (ce qui, surprise, est beaucoup plus facile en Iran que je n'aurais cru, puisque non seulement la situation est prévue, depuis Khomeyni, mais que le gouvernement facilite même les choses en mettant en place des prêts pour les candidat(e)s à l'opération afin de faciliter les choses...), traitement auquel son père est farouchement opposé. Obstinément, même.
L'histoire entre la dame mariée et son mari en prison (il est adorable et n'a rien fait de mal) va donc passer provisoirement au second plan, tandis que le film va s'attacher à ce qui se passe entre la dame mariée et sa passagère (mais non non vous n'y êtes pas du tout, ce n'est pas entre elles deux l'histoire d'amour), de quelle façon leurs rapports évoluent (d'abord méfiance, incompréhension, rejet (j'avais écrit regrets) puis rapprochement, dialogue, compréhension... Chacun(e) à son tour venant à l'aide de l'autre à sa façon. La quasi-sècheresse documentaire du début vient s'humecter d'une touche de mélodrame.
C'est un film généreux, touchant, sincère, solide, qui parle de l'Iran d'aujourd'hui, mais ce n'est en aucun cas "aux limites de la cocasserie" comme on a pu le lire sur une des critiques affichées à l'entrée du cinéma. (Je pense que le journaliste en question a du voir au maximum les quinze premières minutes du film, et encore, je ne vois pas vraiment ce qu'elles contiennent de cocasse, - ou alors si peut-être, quand la passagère (Adineh/Eddy) va aux toilettes des garçons ? ce qui n'est tout de même pas le summum de la désopilance-).
Un film de femmes (je viens d'apprendre que le réalisateur est une réalisatrice), où, pour une fois, ce ne sont pas les mâles qui agissent -ou se donnent les moyens d'agir- (le mari est en prison, le père est borné, le frère est un dégonflé) ce qui est encore plus original pour un film iranien, mais où ce sont les femmes qui agissent, qui prennent les choses en main, qui font avancer l'histoire (celle du film, hein, avant, on l'espère, de pouvoir un jour faire la même chose avec celle avec un grand H, d'Histoire). un pays où il vaut mieux changer de sexe que d'aimer son prochain comme soi-même (pour parler au sens biblique du terme). Rappelons qu'en Iran l'homosexualité est passible de la peine de mort.
Le film finit comme il a commencé, avec une jolie (et tendre) conversation entre mari et femme, où il est question de thé, de sucre et de cardamome, sauf que les circonstances sont alors très différentes.
Petite(s) précision(s) cinéphile(s) : Shayeteh Irani, qui joue Adineh, tenait le rôle principal dans Hors-jeu de Panahi, et c'était Homayoum Ershadi, qui joue le père, qui conduisait la voiture (et le rôle principal) du Goût de la cerise, de Kiarostami.
Et on peut donc, encore une fois, applaudir Outplay pour cette initiative.
(je viens de fouiller un peu sur le ouaibe, et il se trouve que pas mal de gens (de confession LGBT) ronchonnent sur les choix d'Outplay concernant le changement de titre (le titre original était Facing Mirrors, qu'on peut traduire littéralement par faire face aux miroirs), les approximations de sous-titres (masculin/féminin) arguant que le personnage d'Adineh n'est pas une lesbienne mais un mec trans, bref, ce qui est décrit comme les problèmes d'identité et de genrage*, sujet sur lequel je m'avoue assez mal documenté, au point d'avoir visiblement tout faux dans ce post, où je m'obstine -je viens de le relire- à roucouler à propos "des femmes" et que je devrais peut-être donc entièrement réécrire, mais non. Adineh est joué par une actrice, non ? Je m'en tiens là, et foin des querelles de chapelles.)

* un post très argumenté

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l'affiche du film

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...et trois affiches de films de Farhadi... Troublant, non ?

 

 

 

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vendredi 15 mai 2015

réminiscences

L'ASTRAGALE
de Brigitte Sy

On quitte l'Inde (comme Titli) et on revient aux adaptations littéraires (comme Journal d'une femme de chambre).
Je connaissais, bien sûr le nom d'Albertine Sarrazin, et de son roman L'astragale (on a dû en parler dans les années 70, lorsqu'en était sorti une adaptation au cinéma par Guy Casaril (Les novices) avec Marlène Jobert dans le rôle-titre (pas celui de l'os du pied, hein) ce qui vous date assez précisément un film -ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit-...) mais je ne l'avais jamais lu (et n'avais pas très envie de le lire).
Or, après avoir vu le film de Brigitte Sy, on aurait drôlement envie de pouvoir reprendre le bouquin, parce que ce qu'elle écrit, dans le film, est vraiment magnifique (pfff je n'ai aucune imagination : quand je trouve ça beau et que j'aime bien c'est "magnifique"). Dans le film il est surtout question d'amour, (de désir, d'attente, d'espoir, de déceptions, oh que ce processus (ces processi ?)-là me parle...), d'Albertine pour Julien (et réciproquement). Albertine est jouée par Leila Bekhti, tandis que son Julien d'amour l'est par Reda Kateb. Un critique les qualifie de "magnétiques", et je m'y joins (ce qui me permet d'éviter de replacer un autre "magnifique"). Si je  découvrais, me semble-t-il, la qualité du jeu de Leila Bekhti (ce qui ne veut pas dire qu'avant je la trouvais mauvaise, hein, simplement que je pensais ne l'avoir jamais vue jouer), celle de Réda Kateb venait, ecore une fois, confirmer que ce mec-là, quoi qu'il joue (un gitan énervé chez Audiard, un terroriste torturé chez  Bigelow, un kidnappeur pédophile chez  Videau, un interne bûcheur chez Lilti), m'impressionne à chaque fois tellement il y est bien. Et qu'on y croit. Et toujours en restant simplement lui-même. Sans jamais en faire trop (on pourrait même avoir le sentiment qu'il "en garde toujours sous le pied".) C'est sidérant.
Là c'est un "apache", un marlou, un petit truand dans le Paris (noir et blanc) de la fin des années 60. L'astragale s'emploie à retranscrire (à faire renaître) une époque désormais assez lointaine (le toute fin des années 50), et Brigitte Sy utilise donc à cet effet d'un  très beau noir et blanc (je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours un gros faible pour les films en n&b). Le film ne peut néanmoins être trop précisément daté, sauf dans les intertitres, -on évoque...- et c'est tant mieux qu'il évite aussi de tomber dans l'objet-d'époquisme maniaque qui peut vite devenir plombant dans ce genre d'entreprise.
Brigitte Sy joue avec habileté sur les deux tableaux : l'évocation de la France des années 50/60, mais aussi du cinéma de cette France-là. Un esprit populo parigot, un certain folklore cinématographique (rades où le loufiat vous sert  des ballons de rouge, filles de joie sur un coin de trottoir, chambres d'hôtel de passe) oui ces films où on fume à la chaîne des gitanes sans filtre, où les téléphones pèsent 50kg...). Il y  a  dans ce souci plastique une arrière-pensée de film noir mais aussi de romance, plus ou moins dramatique, un parfum de Gabin et Morgan, d'Arletty, de Piaf, de Prévert et Kosma, (et, pourquoi pas, de Bardot jeune) de Rififi à Paname (non, je viens de vérifier, ça n'est pas ça, c'est plus récent, et Gabin y est déjà vieux, mais le titre est représentatif, dans l'esprit) plutôt de Rififi chez les hommes (le mot Rififi, tiens, ça aussi ça vous date un film...).
Le milieu, Albert Simonin, les "caves", les condés, tout ce folklore, certes, mais aussi un contexte politique précis (la guerre d'Algérie) évoqué en toile de fond -en filigrane- de l'histoire d'amour (elle-même doublée d'une autre, symétrique presque, celle entre Albertine et Marie). Un film que je rangerais pas loin de Nos héros sont morts ce soir (de David Perrault, avec l'impressionnant Denis Ménochet) : même époque, même ambiance, même noir et blanc... S'il s'agissait d'un exercice de style, genre revival réalisme poétique, il est sacrément bien réussi. En "temps subjectif" (la durée supposée, celle qu'on évalue en regardant le film), je l'ai trouvé à peine un peu plus long que sa durée réelle, mais bon, s'agissant d'un film sur l'attente, ça peut se comprendre...
Le carton final (combien d'années de prison, combien d'années d'amour) n'était peut-être pas complètement indispensable, voire même la "vraie" photo ultime... mais peut-être la dernière image du film, le plan sur le visage de Réda Kateb à travers la vitre était-il  -finalement- trop ambigu ?

056060

Posté par chori à 07:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]