mardi 13 octobre 2015

le grand inquisiteur

SANGUE DEL MIO SANGUE
de Marco Bellochio

J'ai une relation tumultueuse et instable avec le cinéma de Marco Bellochio, passant sans cesse du j'adore au je déteste, du encore encore! au plus jamais ça. Comme quoi cet homme me surprend toujours, et il y réussit parfaitement, une fois de plus. Sangue del mio sangue fait partie de la frange encore encore!
Je précise que je ne savais rien de rien du film, ni résumé, ni bande-annonce, juste une affiche floue et bleue et plutôt plaisante à l'oeil.

Tiens, nous voilà plongés dans un film en costumes, avec un gentilhomme qui se rend dans un cloître pour s'indigner des raisons qui ont fait que son frère jumeau a été enterré "comme un âne". Justement, on lui explique que c'est parcequ'il s'est suicidé, à cause d'une femme (une nonne, qui plus est), et que si la femme en question avoue qu'elle a pactisé avec le diable, la faute n'en sera plus imputée au défunt, qui pourra alors reposer en cimetière consacré. On va la torturer un peu, et elle va avouer...
Et hop! nous voilà dans un bon vieux film d'inquisition avec les épreuves successives (l'eau, puis les larmes, puis, brrr le feu) que subit la nonne en question, sous l'oeil tourmenté du jeune homme, inquiet du curé et allumé de l'inquisiteur, car elle les remporte l'une après l'autre, haut la main, jusqu'à ce qu'on finisse par décider de l'emmurer vivante (avec juste une brique manquante par laquelle on peut voir ses yeux).
Cette première partie est à la fois très gothique et gaillarde (le jeune homme loge chez deux soeurs "bonnes catholiques" avec qui les soirées le deviennent de moins en moins, (catholiques), et que je t'enlève tes bottes et ton pantalon, et que je défais ma chevelure et que je viens traîner en liquette, et que je viens me coucher dans ton lit une de chaque côté...), à mi-chemin entre Le Moine et Le Décaméron... Bellochio semble prendre tout ça tellement au sérieux qu'on ne peut s'empêcher d'être un peu surpris et de se demander s'il ne nous mènerait pas un peu en bateau (on se réjouit de la charge contre la religion, catholique surtout, mais on s'interroge...).
Car, sans prévenir, deuxième partie il va y avoir. "Tiens, j'ai cru apercevoir une voiture rouge par l'interstice de la porte de la maison..." ai-je pensé soudain, et il y avait bien une voiture rouge, appartenant à un nouveau-riche russe, qui vient pour acheter la fameuse prison (le fameux couvent), accompagné d'un Inspecteur du trésor dans lequel on reconnaît tiens l'acteur qui jouait le gentilhomme dans la première partie. Car nous voilà transportés dans une Italie contemporaine, sur les mêmes lieux mais des siècles plus tard.
Le pouvoir n'est plus entre les mains des instances religieuses, mais celles d'un vieux comte assimilé "vampire", (qui occupe d'ailleurs les lieux clandestinement depuis huit ans), qui dirige le village par l'intermédiaire d'un groupe de mystérieux conspirateurs à sa botte  qui se réunissent chez lui la nuit en cachette... Là on perd un peu pied, on se demande ou Marco B. veut bien en venir, il y a de la liesse populaire, un défilé de personnages bruyants et pafois énervants, on ne sait plus qui trompe qui ni qui cherche quoi, d'autant plus qu'il nous remet conclusivement une lichette de voyage dans le temps en nous racontant la fin de l'histoire de la nonne emmurée, où il fait jouer l'évêque par l'acteur qui joue le vieux vampire fatigué, et le curé qui l'accompagne par l'acteur qui joue le gardien du site (et le valet du vampire) dans la partie contemporaine.
Et la nonne emmurée, elle sort de sa geôle dont les maçons aveuglés viennent de briser les murs, toute nue, fraîche et attirante comme une Vénus, magnifique...
Moralité ? Non lo so*. (et je ne suis pas certain que Bellochio aussi -ou non plus- inoltre*...)

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* merci gougueul traduc

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lundi 12 octobre 2015

foire aux livres 2015

étranges loyautés  bigman
deux polars de William Mc Ilvaney (2,50€ + 2,50€)
(une édition originale et une réédition)

ce-que-jappelle-oubli_laurent-mauvignier v_2707300950
deux bouquins de chez Minuit (1,50€ + 3€)
(un plutôt récent et un très vieux)

sur la mer 1508-1
deux tout petits livres (0,50€ +1€)
(un inconnu et un connu)

l'assujetti
un roman qui m'a sauté dans les mains (2€)
(un pas cher vu l'état impeccable)

Francais-chose-couv
un vieux manuel de lecture et de leçons de choses (1,50€)
(un qui avait l'air en meilleur état qu'il ne l'était réellement)

total : 14,50€

j'ai reposé Naissance d'un pont (de Maylis de Kérangal) à 6€ (trop cher!) Chien (de Samuel Benchetrit) à 11€ (trop cher!) et un recueil de nouvelles de Lawrence Block (12€, trop cher!)

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comme un bruit

ASPHALTE
de Samuel Benchetrit

J'avais adoré son J'ai toujours rêvé d'être un gangster au cinéma, j'ai commencé à lire ses Chroniques de l'asphalte (5 volumes), et voilà que me tombent sous les yeux l'affiche, puis la bande-annonce, puis l'avis enthousiaste d'Hervé...
Whaouuuh! Huppert, Kervern, Bruni-Tedeschi, Michael Pitt, du beau linge, dans cette cité crasseuse. Mais on n'est ni dans Dheepan, ni dans La haine, ni même dans Fatima. (pas de guerre de gangs de dealers à la kalachnikov, pas de charge anti-flics, pas de chronique sociale et humaine, non, ici c'est autre chose.). Pourtant on est bien là, banlieue, faubourgs, logements sociaux, friches industrielles... Samuel Benchetrit reprend le ton de ses Chroniques de l'asphalte, et le regard aussi. J'ai juste reconnu le début de la première nouvelle des Chroniques de l'asphalte (une histoire d'ascenseur, de réparation, et de prix à payer) mais ça part vite ailleurs. (Il en reprend aussi la toute dernière). Trois histoires parallèles de "rencontres de voisinage", trois histoires plus ou moins improbables : un sociopathe et une infirmière, un adolescent et une vieille actrice, et une maman arabe avec un cosmonaute américain tout juste tombé du ciel.
On retrouve l'humour (souvent acide) qui assaisonnait déjà J'ai toujours rêvé... et la tendresse d'un regard bienveillant sur des personnages  qu'on peut qualifier de seuls (ou de solitaires). De leurs tentatives de rapprochement. De prise de contact. Des difficultés de communication, de compréhension, qu'ils rencontrent.
Comme dans les films susnommés, la représentation de la cité fait l'objet d'une stylisation, mais pas pour en faire une zone de non-droit ou un terrain d'affrontement (ou de revendications sociales). Un terrain de jeu ? On est juste "autre part", dans un non-lieu, plutôt moche, presque abstraitement, un microcosme observé de très près, quelques mètres carrés à la fois, sans jamais vraiment s'apesantir, à mi-chemin entre le poétique et l'absurde  (un toit, une entrée d'immeuble, un escalier, un couloir).
Benchetrit, avec ses trois histoires, sait très bien aller de l'extérieur (l'histoire de Kervern et Bruni-Tedeschi) vers l'intérieur le plus intime (Madame Hamida et Michel Pitt). La troisième histoire (Huppert et Jules Benchetrit) fait fonction d'entre-deux : l'appart' de l'un, l'appart' de l'autre, et le couloir entre les deux.
C'est très plaisant cette approche minimaliste, sans effets ou presque, à bas bruit. Les trois histoires coexistent mais restent indépendantes, alternées  en rondelles de couleur dans un tian estival qui donnent un équilibre visuel à l'ensemble (c'est peut-être le petit reproche qu'on pourrait faire, mais bon... ça n'est pas gênant dans la continuité narrative, au contraire, c'est bien plus intéressant, question de goût, que s'il avait fait 3 chapitres successifs et disjoints). Les silences affleurent, comme des appels d'air où passeraient les anges. (Oui, il y a de l'angélique, du candide, de l'attendrissant par ci, par là, la, dans la bouille blonde de Michael Pitt, dans la posture de Valérie Bruni-Tedeschi,  dans la façon de boire du lait de Jules Benchetrit, dans le verre de vodka de Huppert, dans le vieux polaroïd et les non moins vieux flashcubes de Gustave K., mais surtout, surtout, chez Madame Hamida, dont l'humanité et la tendresse pourraient servir de contrepoids à toute la méchanceté du monde. Ca pourrait bien être une cousine pas si éloignée de la fatima de Philippe Faucon.
Et, puisqu'on est dans les parentés et les cousinages,  cette histoire de bruit récurrent entendu par tous les personnages, qui est le seul point commun à ces trois histoires, pourrait bien figurer dans Nous les vivants, de Roy Anderson, autre observateur "décalé". Oui, que voilà donc un fort aimable film.

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dimanche 11 octobre 2015

le cake et le quatre-quarts

L'IVROGNE ET L'EMMERDEUR
de Georges Hyvernaud

Georges Hyvernaud fut une grande découverte, grâce au bouquiniste de V. qui en avait deux en rayon (La peau sur les os et Feuilles Volantes) que j'achetai illico et qui me marquèrent suffisamment pour que je me mette en chasse pour dénicher l'oeuvre complète en quatre volumes (la réédition, au Dilettante, avec une jaquette atroce, mes phynances ne me permettant pas l'édition précédente chez Ramsay) Me restaient donc deux volumes de lettres. J'ai acheté Lettres de Poméranie il ya un certain temps déjà (lettres de captivité), et ne me manquait plus que celui-ci, les lettres à sa femme avant la captivité (39/40) quand il vient d'être mobilisé comme lieutenant pour superviser des creusages de trou et des faisages de route.
Deux ans de lettres quotidiennes (parfois même plus d'une par jour) envoyées à son épouse Andrée (c'est d'ailleurs elle qui en a supervisé l'édition). (On n' y a que ses lettres à lui, c'est donc une demi-correspondance) mais dont la précision permet de combler les vides (on n'a que les questions, et on doit deviner les réponses -parfois  le contraire-) et tout ça est extrêmement touchant.
La séparation géographique, parfois comblée lors des permissions (où la trame épistolaire subit des accrocs), la relative inaction le soir dans sa chambre (les gradés sont en effet, visiblement privilégiés et bénéficient de logement -plus ou moins agréables- chez l'habitant) donnent à Hyvernaud l'occasion d'écrire de longues lettres détaillées, attentionnées, décrivant ses journées, son hébergement, les gens qu'il côtoie, mais renvoyant aussi à son épouse des éléments de sa vie à elle, qu'elle lui a écrits ou qu'ils ont vécu ensemble lors de ces fameuses permissions entre parenthèses.
La guerre est là, mais presqu'à la périphérie, elle gronde en sourdine.
L'ivrogne et l'emmerdeur du titre n'ont rien à voir avec le couple Hyvernaud (comme j'ai pu le craindre tout au début) mais sont les surnoms donnés à deux supérieurs successifs d'Hyvernaud lors de ces deux années de travaux publics. Sur lesquels il s'acharne avec délectation (le deuxième est "Bouvard et Pécuchet à lui tout seul"). Il nous évoque les lieux, les gens, les événements, qui l'ont fait sourire, ou agacé, ou indigné. Il y a un aspect pourtant très british dans les lettres de Georges H. (sa femme est prof d'anglais, mais cela n'explique pas tout), ambiance five o'clock tea, où le flegme et la retenue créent une imperceptible distance.
Les conditions ne sont pas aussi affreuses que celles de la captivité ultérieure telle qu'elle sera décrite dans  les Lettres de Poméranie, ou "romancée" dans La peau et les os (un bouquin essentiel, je le répète) : Hyvernaud souffre du froid, de l'éloignement avec se femme et sa fille, de l'obéissance dûe à des supérieurs imbéciles, de la dégradation des conditions de vie, mais il est, pour l'instant, encore libre. Ses soucis majeurs concernent les dates des prochaines permissions, les souhaits pour le contenu des prochains colis, il s'agit quand même d'une situation très favorisée, par rapport au quotidien des poilus dans la gadoue (ce qui n'enlève aucune valeur à l'ouvrage, je dois le préciser). C'est très émouvant de percevoir , sur et entre les lignes, autant d'amour, au quotidien, répété jour après jour au fil de ces lettres qui étaient devenues pour l'un comme l'autre quelque chose de primordial, d'essentiel, de vital.

hyvernaud

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jeudi 8 octobre 2015

le chat et le réceptionniste

LA VANITE
de Lionel Baier

Après ses plaisantes Grandes ondes qui nous avaient conduits(s) au Portugal dans une camionnette suisse (avec à son bord, entre autres, Michel Vuillermoz et Valérie Donzelli), Lionel Baier nous ramène en Suisse, une Suisse froide, enneigée, hivernale, et nocturne. Un vieil architecte débarque un soir dans un motel au milieu de nulle part, il y est bientôt rejoint par une espagnole qui vient conclure avec lui  le protocole d'euthanasie auquel il a souscrit.
Il y a aussi , à la chambre 7 (juste à côté) un charmant prostitué russe à toison apparente (oui, charmant) duquel il va bientôt demander l'aide puisque le protocole implique obligatoirement la présence d'un témoin et que son fils vient juste de lui refuser de jouer ce rôle.
Pendant une grande partie du film, on ne va guère bouger de ce périmètre : le hall, la chambre, l'espace devant les chambres et la boîte  de nuit juste à côté. on rentre, on ressort, côté chambre et côté cour,une géographie minimaliste pour une théâtralité affirmée, mais plaisante parce que jamais surjouée. Le vieil architecte voudrait en finir, l'accompagnatrice tente de l'en dissuader (comme c'est écrit dans le protocole), le prostitué reçoit ses clients. Chaque chose à sa place. Le triangle des protagonistes est posé. mais il est instable et fragile en cette nuit glacée, et les choses ne vont pas se passer, évidemment, comme elles auraient dû le faire.
Les grandes ondes était joyeux, énergique et bordélique (j'y ai vraiment ri de bon coeur, et c'était un FAQV si je me souviens bien -avec quéquettch portouguèch me semble-t-il-), celui-ci est, de par son thème, moins propice au départ à se taper sur les cuisses d'hilarité. Pourtant on n'est jamais non plus dans le lacrymal. Une certaine gravité digne (le postulant au suicide) mais non dépourvue de vachardise, avec le(s) contrepoint(s) bienvenu(s) de l'ironie tendre (le prostitué) et de la romance acidulée (l'accompagnante).
Inutile de préciser que les trois acteurs ( Carmen Maura, Patrick Lapp et Ivan Georgiev) sont parfaits.
Il m'a fallu un certain temps pour comprendre que le titre du film ne se rapportait pas (tout à fait) au sentiment, mais faisait plutôt référence à un  type de tableau particulier (que l'on voit dans le film) :

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C'est une "vanité" (je vous renvoie à la définition de wikipédioche, ) quoique, finalement le tableau n'en soit pas vraiment une, puisque l'élément le plus remarquable en est le machin, au milieu, en bas, qui semble flotter de traviole, et qui se révèle être un crâne, (mais élément habituel, par définition, des vanités ouf on y revient) et qui s'appelle une anamorphose, et peut-être que le film aurait du s'appeler comme ça mais ça faisait quand même molto prétentioso d'appeler un film L'anamorphose, non ?)

Le film y fait plus ou moins référence, au tableau, au thème du tableau, à ce qu'il évoque et/ou connote. Il est tout de même question d'avoir fait le choix de mourir. Le passé, la mémoire, finissent fatalement par se pointer, d'autant plus que ce motel miteux où il a décidé d'en finir, c'est lui-même et son épouse qui en avaient dessiné les plans, dans les années 60. Narrativement, le film se tient droit pendant un moment, mais, dans la chambre il y a quand même une lourde tenture rouge qui bouge à peine et nous fait presque des clins d'oeil lynchiens. Le film se met alors un peu à zigzaguer, comme sortant de l'orbite de son petit théâtre confortable et douillet (même s'il y fait frisquet) pour aller un peu à côté. Le triangle central d'Au théâtre cette nuit se défait, tangue, se déséquilibre puis se recompose d'une manière, ou d'une autre.

Car aucun des trois n'est, vraiment, tout à fait le personnage qu'il (le réalisateur) nous a présenté au début du film (mais ça on s'en doutait). Chacun ment, se ment, plus ou moins. Les choses non plus ne sont pas forcément ce qu'elles ont l'air d'être. Par exemple si je rajoute cette photographie, ça ne risque pas de simplifier les choses...

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Même si le film  s'empêtre (puis retombe) un peu, sur fin, je continue d'apporter mon indéfectible affection cinéphile à Lionel Baier et à son cinéma ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Singulier, vous avez dit singulier ?

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Je précise que le film n'est sorti ni à Besançon ni dans le bôô cinéma et que je l'ai vu chez moi en dvd "propriété de hapiness" grâce à l'ACID... Merci l'ACID!

 

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mercredi 7 octobre 2015

elle, il, tu, je

La une de Libé en pleine page,
+ 4 pages à l'intérieur
pour évoquer la mort de Chantal Akerman

akerman libé

Une cinéaste dont le premier long-métrage Je, tu, il, elle (1974) avait accompagné la naissance de ma cinéphilie "pointue". Nous nous sommes tant aimés, ensuite, régulièrement, jusqu'au début des années 90 (News from home, Les rendez-vous d'Anna, Toute une nuit, Golden eighties, Nuit et jour), puis nos rencontres se sont espacées jusqu'aux années 2000 (2000 : La captive, pas aimé, 2004 :  Demain on déménage, beaucoup aimé, 2007 : La folie Almeyer, pas vu)
Je n'ai vu presqu'aucun de ses courts-métrages ou de ses documentaires, et je n'ai découvert que très récemment le magnifique Un jour Pina m'a demandé (1983) et, surtout, Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, avec la sublimissime Delphine Seyrig, qui lui a valu, semble-t-il, les hommages attendris de Todd Haynes, Gus Van Sant, Apichatpong Weerasethakul, Claire Denis, dans ce même Libé...
Une théoricienne, une expérimenteuse, une forte tête, une "politique", ayant donné le jour à une oeuvre impressionnante par sa variété, foisonnante dans la forme et l'étendue du répertoire, mais toujours gravitant finalement autour du même (épi)centre : aimer, être aimé, ne pas l'être, ne plus l'être. Un cinéma exigeant mais touchant, un cinéma de peau et de sucre en poudre, de nuit d'été, de taxi(s), de femmes amoureuses, et/ou malheureuses.

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conga

LIFE
d'Anton Corbijn

De la bande-annonce je n'avais, en gros,  retenu qu'une chose : qu'ils avaient affublé Ben Kingsley d'une prothèse nasale, justement ("en gros"), maousse. Et je n'avais pas fait attention au nom du réalisateur, abîmé que j'étais dans la contemplation de cette péninsule. Ben Kingsley joue jack Warner, et on doit le voir trois fois en tout dans le film, mais, à chaque fois, son tarin crève l'écran. (la bande-annonce, en plus n'est pas très attractive je trouve.)
Je ne suis pas très "biopic", en général les reconstitutions m'emmerdent. Sauf si, comme c'était le cas ce soir, je ne connais pratiquement rien de la personne biopicisée. Vous allez rire, mais à part le fait qu'il est mort jeune et qu'il n'a fait que 3 films, je ne savais quasiment rien d'autre de James Dean. (Est-ce que c'est le même dont on parle dans ce vieux film d'Altman que j'avais beauvoup aimé, Reviens Jimmy Dean Reviens ? Oui oui me semble-t-il me rappeler).
Et si Jack Warner a un drôle de nez, James Dean a une drôle de voix. J'avais à chaque fois l'impression que le personnage était doublé par le chanteur d'Anthony and the Johnsons. Ah oui je précise encore que je n'ai vu aucun des trois films de James Dean, ceci explique peut-être cela. Je l'imaginais avec une voix de cow-boy, râpée à la clope et au bourbon, et voilà qu'on me le (re)présente avec une voix de diva... Déstabilisant. Donc j'ai regardé ce film comme s'il y était question de personnages imaginaires, dés héros de fiction, des silhouettes de celluloïd, et ça fonctionne plutôt bien.

Les histoires d'amour j'aime bien. Si en plus, c'est entre deux mecs c'est encore mieux, et si, par-dessus le marché, ils n'en ont pas tout-à-fait conscience, alors, bingo. Le sous-sous-texte gay (SSTG) n'a plus besoin d'être si sous-sous que ça, et tout roule. j'aime les garçons comme ça qui se cherchent un peu, pas trop, mais si finalement, juste un peu plus que ça... avec des kilomètres de points de suspension.
Robert Pattinson semble être une superstar (mais hormis Map to the stars je n'ai vu aucun de ses films, (Twilight pouah! plutôt mourir) par contre all*-ciné nous l'annonce pas moins de 5 fois sur les écrans prochainement, sous la direction de James Gray, Harmony Korine, Claire Denis, Werner Herzog, Olivier Assayas, Ben & Josh Safdie... ça n'est plus le vent qu'il a en poupe, c'est un bon gros cyclone!).

Il est donc question de gens connus (ou qui vont le devenir), de cinéma et de photographie (et même un chouïa de musique, puisque Jimmy D. a un instrument de prédilection qu'il trimballe partout avec lui, et sur lequel il aime à tapoter). Il est question de gloire (naissante), et des règles mises en vigueur auxquelles on est censé se conformer si l'on veut qu'elle perdure. Par le parallèle posé entre les deux personnages : Jimmy, l'"acteur ombrageux", qui semble s'en désintéresser, ou avoir un peu de mal à faire avec, et Dennis le photographe ambitieux qui rêve d'y accéder, le réalisateur nous pose le cul entre deux chaises putatives : la prendre ou la laisser ? Les paillettes les soirées de gala et les couvertures de magazines (et les photographes) ou bien le benedicite en famille, les balades dans la neige et les lectures d'illustrés au coin du feu (et les photographies qui vont avec) ?

La relation entre les deux hommes, l'artiste débutant et l'aspirant artiste, est assez bien vue, reviens/va-t-en, ni avec toi ni sans toi, oui mais non, (avec quand même ce qu'il faut de copines pour ne pas trop faire affleurer le SSTG ni effaroucher le spectateur médian (c'est plus joli que moyen, non ? et c'est aussi plus ambigu, comme "hétéro flexible") hihihi) pour faire sonner tout ça assez juste. A propos de sonner, il faut préciser que c'est un film avec des bruits (plus de bruit que de fureur, d'ailleurs) récurrents (il commence d'ailleurs par un son un peu désagréable qui monte dans le noir, dont on réalise qu'il s'agit d'une ampoule rouge de labo -joli gros plan de filament comme entrée en matière, interprétez-le comme ça vous chante-, et continuera en alternant, pour faire bref,  les frappés de conga de Jimmy et les déclencheurs d'appareil-photo de Dennis -c'est un bruit que j'adore-), pour un film d'ex-photographe (de stars), c'était important de le signaler.

On pourrait dire que finalement chacun des deux a besoin de l'autre, mais qu'ils n'arrivent jamais à partager les choses comme il faut au même bon moment. Jamais synchrones. Mais ça donne deux heures très plaisantes, pas ennuyeuses mais parfois sur le fil de l'indolence, pour un film pas vraiment attaquable (ça se rapprocherait même de l'irréprochable -oui qu'est-ce que je pourrais bien lui trouver à redire ?-) mais pas non plus inoubliablement parfait (ou parfaitement inoubliable ?)
Des moments justes, des acteurs attachants, et pourtant, pourtant... (je n'y ai pas dormi une seconde, ce qui me semble pourtant d'excellent augure). Peut-être trop "classique" (académique ? appliqué ? non, pas vraiment) ou juste trop... prudent. Oui c'est peut-être le mot qui s'en rapprocherait le plus. Ou sage ?

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L'affiche aussi est impeccable....

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lundi 5 octobre 2015

petits moulins à eau

sans ponctuation tiens

CEMETERY OF SPLENDOUR
d'Apichatpong Weerasethakul

une fois à paris une fois à Besançon il était logique de terminer par cette fois dans le bôô cinéma  séance de 18h, jeudi nous sommes deux dans la salle, F est là je vais m'asseoir à côté d'elle c'est une copine de copine une cinéphage que j'apprécie d'autant plus pour son assiduité à nos films

nous discutons le bout de gras à propos d'Apichatpongounet avant le début de la séance  je suis juste un peu inquiet parce qu'il ne me reste dans ma boîte que deux pastilles contre la toux et que j'ai justement très peur de tousser pendant le film 

le film commence et comme d'hab j'aime cette entrée par un écran noir duquel va monter progressivement le son des pelleteuses que l'on verra ensuite au loin juste avant les soldats beaucoup plus près

nous sommes alors rejoints dans l'obscurité par un mystérieux jeune homme brun et barbu qui va s'asseoir derrière nous, tout en haut et dont je ne réussirai pas à voir ni savoir davantage

c'est la première fois que je verrai le film dans son intégralité sans aucun fermage de zyeux ni endormissage intempestif et autant pour la deuxième partie je suis capable de me souvenir de l'enchaînement des séquences après le milieu du film avec les scènes qui changent de couleur autant pour la première moitié je suis très souvent ou presque surpris par l'enchaînement des séquences

lorsqu'arrive la scène où la dame a les yeux grands ouverts devant les gosses qui jouent au foot dans les tas de terre avec la brume qui monte je sais que c'est la fin et je suis étonné et presque déçu que tout se soit passé si vite

ces deux heures comme un rêve agréable apaisant nous discutons pendant le générique le mystérieux jeune homme s'est éclipsé et F m'avoue qu'elle a un peu piqué du nez par instants mais que c'était très agréable

contrairement aux fois précédentes je n'ai eu les larmes aux yeux qu'une seule fois au moment où la dame va avec son gros fiancé américain dans le temple des deux déesses et qu'elle y fait déposer trois animaux miniatures en offrande un singe un tigre et peut-être un serpent

oh ces petits moulins à eaux comme je les aime

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dimanche 4 octobre 2015

de l'autre côté

(rêve de fièvre, extrait)

c'est comme si je faisais de l'analyse de texte (ou de la critique littéraire) à propos du bouquin de Georges Hyvernaud L'ivrogne et l'emmerdeur : il ne s'y passe rien en apparence, en surface, mais il faut s'intéresser à ce qui se passe de l'autre côté, s'intéresser à l'inintéressant -avec l'image d'un boulevard, peut-être parisien, peut-être de la belle époque, complètement vide, où, justement il ne se passe rien-, mais c'est à cela qu'il faut s'intéresser, mais d'une autre façon, regarder les choses autrement, et le nouveau point de vue éclairera d'une façon nouvelle ce  "rien en apparence" (très obsessionnel, et répété longuement, et avec jubilation) en rapport avec cette phrase de Philou, notée il y a longtemps "ce qui est intéressant, c'est ce qui n'est pas intéressant") oui regarder de l'autre côté du vide (c'est très confus, mais dans le rêve c'était extrêmement clair)

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bande de filles

MUCH LOVED
de Nabil Ayouch

Second film de l'après-midi, que j'avais très envie de voir mais comme ça (dont je n'attendais pas forcément grand-chose : j'étais surtout venu pour le Garrel, et les histoires de filles entre elles m'ennuient un peu en principe -oui oui je suis un gros phallo sectaire de pédé-).
Ce ne fut pas une bonne surprise, ce fut carrément un éblouissement.

Quelle énergie, quelle liberté, quelle force, quel courage, quelle émotion, quelle merveille!

J'en suis resté béat. Un film de reines. Quatre filles, Noha, Randa, Soukaïna et Hlima, qui se prostituent et qui habitent ensemble (quatre à la fin, pendant un grand moment elles ne sont que trois), à Marrakech. La vie de ces filles entre coups de gueule, coups de blues, coups de sang, (et quelques coups de putes aussi...).

Un film où  les mecs ressemblent à ce que sont tous les mecs (ou presque) dans la réalité : des beaufs, des menteurs, des queutards, des coqs, des salauds, des faux-culs, des frustrés (le catalogue est assez exhaustif, de la masculine condition,  et ne sont finalement épargnés, dans le film, que deux personnages masculins : le chauffeur et le "clochard".)

Des soirées "avec les Saoudiens" (alcool, coke à tous les étages, danse du ventre et techno à donf) où tout va très/trop vite et fort, mais en alternance avec le quotidien, ses combines et ses crêpages de chignon - Qui s'est servi de mon mixeur ? Qui a pris mon parfum ?  -(et ses coups de téléphone avec roucoulades déclarations et battements cils de gazelle) avec, entre les deux,  de bien beaux trajets en automobile, souvent nocturnes, à travers la ville, qui montrent simplement que Marrakech by night n'est pas si glamour ni teufesque que ça...

Avec, en contrepoint (et en filigrane) les allers-et-retours, beaucoup moins tonitruants, que fait Soukaïna (habillée et enfoulardée très sagement) pour aller voir sa famille (sa mère, ses frère et soeur, mais également son fils, qu'elle semble avoir laissé là en dépôt, ce que lui reproche régulièrement sa mère.) et leur démontrer son affection avec des biffetons.

Un film magnifique, énerg(ét)ique, solaire, solidaire, salutaire. un film

Un film fort, incontestable, immanquable. (toutes les épithètes devraient d'ailleurs être au féminin, tant elles le méritent, les héroïnes de Much loved, tant elles sont dignes, d'éloges, bien sûr, mais dignes aussi, tout court.)

Allez-y! Elles le méritent.

Femmes, femmes / La cité des femmes  / Femmes de personne / Femmes au bord de la crise de nerf...

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