samedi 6 février 2016

archidiocèse

SPOTLIGHT
de Tom Mc Carthy

Les "hasards de la programmation" font qu'ont été programmés dans le bôô cinéma, la même semaine, deux films évoquant le même thème : des prêtres pédophiles protégés par l'Eglise. A la version malcommode de Pablo Larrain a donc succédé celle, moins surprenante de Tom Mc Carthy, mais tout aussi efficace dans son registre, celui du film d'investigation (des journalistes infatigables, acharnés, mènent l'enquête sur un sujet sensible, jusqu'à la publication du fruit de leur quête -qui en général fait l'objet d'un scandale retentissant- en général ça finit avec des plans de rotatives qui tournenet à toute berzingue et de plans de unes sensationnelles  de quotidiens que les lecteurs, incrédules, s'arrachent, et la vérité et la Justice triomphent, et ce film-là ne faillit pas à la règle.)
Il paraît que c'est aussi bien que Les hommes du président, mais je ne l'ai pas vu. Dans les journalistes infatigables qui se partagent le même bureau, il y a Michael Keaton qui est le boss du bureau (ce sont les journalistes de Spotlight). Michael Keaton je le trouve sympathique, mais je n'en suis pas fouu (en plus il me fait penser à Julien Lepers). Les autres sièges sont occupés par Brian D'Arcy James, Rachel Mc Adams, et, surtout, surtout Mark Ruffalo (qui est toujours aussi bien, hein Zabetta -qui fait aussi partie du fan-club, avec sa fille Catherine, d'ailleurs).
Déjà là, c'est bien.
Mais voilà que débarque le nouveau rédacteur en chef du journal, et ô ravissement (et je mets à ronronner et à fondre d'aise) il à la voix infra-basse (voir impérativement le film en vo) de Liev Schreiber, un acteur qui... m'émeut (tellement il incarne le genre de virilité au quintal qui me tourneboule), et là tout mimi avec ces petites lunettes et sa barbounette jolie...
Là c'est encore mieux.
Surtout qu'intervient un avocat interprété par un autre acteur que j'adore, Stanley Tucci (qui lui, sait changer complètement de look à chaque film)...
Là ça devient parfait.
Ils peuvent bien chercher tout ce qu'ils veulent, je les suivrai, où ils iront j'irai (air connu) ... jusqu'à destination. D'autant que la procédure est un poil complexe et embrouillée, vu que la toute puissante Eglise met tous les batons dans toutes les roues qu'elle peut pour que le scandale, justement, n'éclate pas... Et on va les regarder se démener et mouiller la chemise (bon Liev Schreiber, il reste quand même toujours le cul posé au chaud dans son bureau) pour arriver à leurs fins pendant plus de deux heures (et sans jamais ressentir la moindre lassitude spectatoriale tellement tout cela est bien goupillé.
Et ils vont réussir et la vérité finira par triompher.
C'est solide, c'est bien fait, c'est passionnant, on ne s'ennuie pas une seconde, et, en plus, j'ai trois acteurs que j'adore dans la distribution... (la voix de Liev Schreiber me fait vraiment des trucs, je vous jure!)

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vendredi 5 février 2016

aux intersections de nombreux mystères

LE GRAND JEU
de Nicolas Pariser

Encore une histoire de politique, de manipulation, d'arcanes du pouvoir, de combines absconses, de manoeuvres politiciennes, et c'est Dussolier qui s'y colle (et très bien ma foi) en manipulateur de Melvil Poupaud (très bien en écrivain ex futur espoir), avec des références à différentes salades politicardes plus ou moins récentes et le plaisir de voir, dans une scène hélas trop courte et re-hélas unique, Nathalie Richard-chérie chérie, en femme de pouvoir dans l'ambiance feutrée d'un salon lambrissé assez élyséen.
Dussolier avait déjà ce genre de rôle dans un des Trois souvenirs de ma jeunesse de Despleschin, le mec mystérieux, à l'air sympathique mais pourtant vaguement menaçant, et n'aurait d'ailleurs pas déparé dans le Envoyée Spéciale de Jean Echenoz.
Plaisant, donc, mais, au bout d'une semaine, n'en subsiste dans ma mémoire pratiquement rien (à part que l'intrigue amoureuse ne semblait pas forcément indispensable... Et que Melvil Poupaud est beaucoup plus crédible en écrivain que, disons... Pierre Niney, par exemple, dans ce polar de l'année dernière dont je tairai charitablement le nom.)

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lundi 1 février 2016

bouffer des morceaux de verre

EL CLUB
de Pablo Larrain

Ca faisait longtemps qu'un film ne m'avait pas mis aussi mal à l'aise (pendant, mais aussi après : je me suis retrouvé dans le hall du bôô cinéma, rempli à ras bord par la file d'attente des films de 20h -dans le bôô cinéma on ouvre toujours les caisses très tard, pour avoir un max de gens dans le hall- un peu hagard et essayant de reprendre pied dans la réalité.)

Dès le début, par son traitement de l'image, (comme un voile, une brume qui nous mettrait (im)perceptiblement à distance -protection, garde-fou ?- le réalisateur dit avoir souhaité utiliser des objectifs et des filtres soviétiques des années 60) avec ce simple plan d'un homme sur la plage qui fait courir un chien en rond autour de lui, on est ailleurs. Le chien est un lévrier, et l'homme, on l'apprendra bientôt, est un curé. Qui vit avec d'autres copains curés dans une maison jaune au bout d'un village qui est lui-même au bout du trou du cul du monde, très loin, au bout du Chili. Copains curés qui parient sur le lévrier en question (qui gagne d'ailleurs et leur rapporte pas mal de biffetons) et dont on va progressivement comprendre le pourquoi de cette "joyeuse" cohabitation, surtout lorsque va débarquer chez eux un nouveau candidat, qui ne le restera d'ailleurs pas très longtemps, car l'arrivée quasi-simultanée d'un autre monsieur barbu, qui restera à la porte  mais va se mettre à hurler, à l'adresse du prêtre arrivant, décrivant à la cantonade et par le menu les sévices sexuels que lui a fait subir le prêtre en question, lorsqu'il était encore un tout jeune gamin.

Tous les prêtres qui sont là comme en villégiature ont en commun d'avoir commis des abus du même genre, et ont été déplacés (et "couverts") par les autorités religieuses. Le prêtre, envoyé dehors par tous les autres afin de calmer le réclamant, et muni par iceux d'un pistolet pour l'effrayer, ne trouve rien de mieux, quand il se retrouve face à lui, que de se tirer une balle dans la tête. C'en est fini du calme dans la joyeuse communauté (ils ont même une bonne soeur avec eux, qui leur sert de geôlière) puisque va conséquemment débarquer un jésuite (aux yeux de braise) enquêteur/inquisiteur, envoyé du Vatican, avec le dossier de chacun dans sa mallette, qui vient pour essayer de tirer tout ça au clair (mais avec une petite arrière-pensée, quand même).

Pablo Larrain nous ficelle tout ça (la religion, la pédophilie, le sexe, la prière,  les cantiques, la manipulation du prépuce, les courses de lévrier, la frustration, la mauvaise foi (!), l'homosexualité) en une pelote serrée, de plus en plus inextricable (inexplicable), dont les noeuds (j'aurais peut-être dû filer une autre métaphore...) deviennent de plus en plus compliqués et indéfaisables, au fur et à mesure que les relations entre les personnages se complexifient et s'ambiguïsent. (On a, grosso-modo, le groupe des "locataires", en face d'eux l'enquêteur, et, au beau milieu, celui qui dit s'appeler Sandokan -le barbu qui criait devant la maison au début-). Mais chacun ne fait jamais tout à fait ce qu'on pensait qu'il allait faire (ou, s'il le fait, ce n'est pas du tout ni pour les raisons qu'on pensait, ni avec les conséquences qu'on croyait -redoutait ? espérait ?-). Et du coup on reste toujours inquiet, en alerte, aux aguets, sur le qui-vive, avant de savoir de quel côté ça va tomber. Sur la défensive.

Beaucoup de choses sont en jeu, chacune interférant avec ses voisines, et le réalisateur est très fort pour nous laisser patauger et nous enfoncer de plus en plus. Le scénario, et le montage, ne font que souligner l'enchevêtrement, mais en sachant toujours rester légèrement imprévisibles, et c'est ça qui est bien. Toutes ces solitudes, tous ces non-dits, toutes ces questions, tous ces faux-semblants, nous désorientent, nous font perdre nos repères habituels (et rassurants) de spectateurs. L'originalité de l'approche (liée à la singularité formelle du traitement) nous déconcerte. On navigue à vue entre le thriller catho, le reportage ambigu, la métaphore glacée, la chronique dézinguée, l'horreur ordinaire (ce personnage de religieuse trop perpétuellement souriant est pour moi particulièrement inquiétant). On se raccroche comme on peut dans cet univers inconfortablement instable.

La seule ficelle un peu voyante (puisqu'on est dans les cordages) étant -pour moi- l'utilisation de la musique d'Arvo Pärt (notamment le Cantus in memory of Benjamain Britten, (que j'adore, mais qui n'a plus le bénéfice de la nouveauté), lors d'une scène mémorable.  Très forte, trop, peut-être, justement de par ce surlignage Pärtien du caractère... "biblique" de l'événement.) (mais je chipote)

Jusqu'à cette incroyable scène finale (on y pourrait, à plus d'un titre, se croire chez Buñuel) qui prend des vrais/faux airs de happy-end (ils vécurent heureux mais n'eurent pas beaucoup d'enfants... et pour cause), qui réussit a être en même temps logique, fantasmatique, illuminée, simple, folle furieuse (au choix séparément ou tous ensemble) et dont on peut juste se demander ce qu'elle représente vraiment pour chacun des personnages présents.

Pour moi le meilleur film de Pablo Larrain, incontestablement. Qui mérite des compliments, mais tout autant que chacun de ses interprètes.  (chacun(e), dans son registre, parfait(e), toujours en équilibre, impeccable, au rasoir.)

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dimanche 31 janvier 2016

k2

C'était le numéro de la place que j'avais prise pour Emma avec mon abonnement, pour le spectacle de François Morel que je ne comptais pas aller voir (autant qu'elle bénéficie donc d'un tarif préférentiel).

Et les circonstances ont fait que, Emma ne pouvant finalement pas assister au spectacle en question, m'a fait re-passer la fameuse place (que j'avais achetée pour elle) par Régis pour que cette place ne soit pas totalement perdue et que quelqu'un puisse en profiter quand même. J'y suis donc allé, mais avec un enthousiasme modéré, surtout après qu'on m'ait rappelé qu'il s'agissait un spectacle de chansons, d'un récital, d'un tour de chant.
Ah... (demi-sourire un peu inquiet avant d'entrer).
Surtout que ça attaque jazzy, cabaret, rive gauche, un pianiste, une batteuse, une ventiste, un contrebassiste, après la première chanson j'étais encore plus modérément enthousiaste. Rien d'électrique ni d'électro ni rock ni. Bah, me disais-je, une heure vingt serait vite passée. Mal en patience, bienveillance, etc.
Sauf que François Morel est un sacré bonhomme. Un sacré grand bonhomme. Et que ce tour de chant est très intelligemment conçu. Avec des changements d'humeur à vue, le chanté et le parlé, le drôle et le sentimental, la dérision et l'émotion, les dialogues très écrits (le grand livre du spectacle), les jeux de lumière et de rideaux, et qu'une fois qu'il vous a pris (pour moi c'était  la chanson qui commence par la date de naissance d'Adamo, et tous ces petits machins inutiles qui vous restent dans la tête, "et prennent de la place, la place de quoi ?") il ne vous lâche plus. Jusqu'au bout, du dernier rappel puis du dernier dernier, et du vraiment tout dernier dernier dernier (la salle était archi-comble et archi-conquise, est-il besoin de le préciser), accompagné de ces (ses) quatre musiciens qui sont comme les doigts de la main, larrons en foire, cul et chemise, tellement on les sent bien ensemble et heureux de nous le faire sentir.
On vogue ainsi avec lui, avec eux, pendant plus d'une heure et demie, alternant les rires de bécasse (je parle de moi) et les larmes d'émotion qui poindront (j'utilise le futur de narration, car j'ignore comment conjuguer le verbe poindre au passé simple... poignirent ?), comme ça, plusieurs fois, à l'improviste, et, comme chantait Bourvil "et c'était bien, et c'était bien...". François Morel chante du Morel -voilà une phrase idiote en appparence, mais juste (quoiqu'il faudait que je vérifie si tous les textes sont bien de lui) tant cet univers-là lui va comme un gant- (avec tout à la fin une reprise de Au suivant de Brel). Oui, on est bien avec lui, avec eux, et on en redemande.

Il régnait à la sortie, dans le hall, un genre de brouillard d'euphorie, visages réjouis, yeux qui pétillent, et le ressenti des gens semblait de la même belle unanimité souriante...

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vendredi 29 janvier 2016

Jacques R.

Les mois de janvier sont meurtriers, et celui de 2016 vient encore de frapper en nous enlevant le très cher Jacques Rivette, que j'ai découvert en 1974 grâce au phénoménal (et immense, pour l'époque : 3h13!) Céline et Julie vont en bateau (Julier Berto, Dominique Labourier, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Barbet Schroeder...)

1960 : Paris nous appartient
1966 : Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot
1968 : L'Amour fou
1971 : Out 1 : Noli me tangere (co-réalisation : Suzanne Schiffman)
1972 : Out 1 : Spectre (co-réalisation : Suzanne Schiffman)
1974 : Céline et Julie vont en bateau
1976 : Duelle
1976 : Noroît
1978 : Merry-Go-Round
1981 : Le Pont du Nord
1984 : L'Amour par terre
1986 : Hurlevent
1988 : La Bande des quatre
1991 : La Belle Noiseuse
1994 : Jeanne la Pucelle (film en deux parties : Les Batailles et Les Prisons)
1995 : Haut bas fragile
1998 : Secret défense
2001 : Va savoir
2003 : Histoire de Marie et Julien
2007 : Ne touchez pas la hache
2009 : 36 vues du Pic Saint-Loup

Et comme par hasard les films de lui que j'ai préférés (La bande des quatre et Haut, bas, fragile sont bâtis un peu de la même façon, autour d'un quatuor d'actrices (Bulle ogier, Fejria Deliba, Laurence Côte et Nathalie Richard pour le premier et Marianne Denicourt, Anna Karina, Laurence Côte et Nathalie Richard pour le second), des films au long cours, à la fantaisie intriguante, au plaisir de filmer inoubliable...

rivette

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micro154

"Toi, je crois bien que tu m'aimes trop"
(Rebecca, à Falbala)

*

"Comment envisager une rencontre sexuée quand on est sous terre et qu'on n'a pas de pattes ?"

*

"Les renards font leur soupe..."

*

(station-service autoroute)
la mince trace  de sueur, verticale, rectiligne
sur le pantalon de molleton du jeune homme
lorsqu'il se retourne vers la pompe

*

les trois types de pommes de terre :
fermes / farineuses / fondantes

*

le début de la Marseillaise est une anacrouse

*

"J'ai acheté un mini-four, mais assez gros..."

*

 Le troisième lundi de janvier serait le jour le plus déprimant de l'année ("Blue Monday")

*

 "Ce groupe comprend neuf Algériens, huit Marocains, quatre Syriens, cinq Iraniens,
un Irakien, un Serbe, un Américain, et deux Allemands."

*

Michel Delpech, Michel Galabru, David Bowie, Michel Tournier, Ettore Scola... janvier 2016 dégomme

*

 En rentrant ce soir je roulais derrière deux cyclistes en dessous de la vitesse requise que je m'apprêtais à morigéner en silence  lorsque j'ai vu qu'un des deux avait sorti son téléphone et était en train de photographier à bous de bras la brume qui montait majestueusement dans les champs alentour ce qui m'a fait sourire avec indulgence  quand je les ai doublés

*

Une mère à sa fille, à propos de son beau-fils :
"il vaut mieux qu'il soit sur le canapé plutôt qu'au bistrot..."

*

"Elle attend que les autres fassent les choses à sa place...
... mais c'est peut-être ça, s'en foutre, non ?"

*

"Fatigué j'suis tellement fatigué
Que quand j'commence à rien faire
J'ai la flemme de m'arrêter..."
(Casseurs Flowters)

*

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mercredi 27 janvier 2016

phorie

Et pendant que je savourais Envoyée spéciale, Michel Tournier était mort.

Je l'ai beaucoup lu (et aimé) il y a longtemps.

J'avais emmené Les météores en Scandinavie (74? 76 ?)
J'avais adoré Le Roi des Aulnes, (et je ne me souvenais pas du tout qu'il avait eu le Prix Goncourt en 1970 -hihi j'étais trop jeune...)
et encore avant Vendredi ou les limbes du Pacifique.

puis il y avait encore eu les nouvelles du Coq de bruyère
et nos chemins (littéraires) s'étaient ensuite séparés

Je n'ai pas lu Des clés et des serrures, son livre sur la photographie, ni les romans qui ont suivi, allez savoir pourquoi... mais c'est quelqu'un que j'ai toujours respecté (et dont j'ai gardé tous les romans dans ma bibliothèque, ce qui n'est pas forcément le cas de chacun...)

Je me souviens du choc, de la fascination, éprouvés en lisant Le roi des aulnes, de son héros Abel Tiffauges, ses variations sur le thème de la phorie, de l'imagerie de St Christophe, (sa fascination pour l'Allemagne), et de combien j'avais été déçu par le fait qu'il soit incarné au cinéma par John Malkovich (dont je ne conteste pas le talent, mais qui me semblait manquer de "carrure" pour incarner le personnage que je m'étais figuré en lisant le roman).

Je me souviens du personnage d'Alexandre, le "dandy des gadoues", un personnage d'homosexuel "flamboyant" des Météores (et que le roman traite de la gémellité).

Je me souviens de Vendredi, et de la façon de faire pousser des mandragores...

Je me souviens que plusieurs contes du Coq de bruyère ont été adaptés (illustrés) en albums-jeunesse (Amandine ou les deux jardins, Pierrot ou les secrets de la nuit... et peut-être aussi un autre qui se passe sur/au bord de l'autoroute et dont j'ai oublié le titre)

Il est mort paisiblement, à 91 ans...

 

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Surpris, en allant fouiller dans ma bibliothèque, justement :
- En ont, incompréhensiblement, disparu Les météores
- Le roi des aulnes y est toujours,  non pas dans l'adition Folio dont j'avais le souvenir mais en collection blanche NRF, en très mauvais état (le livre tient à peine debout, tant il a, visiblement, vécu.
- La nouvelle que j'évoquais dans Le coq de bruyère était L'aire du muguet
- Je retrouve, en collection blanche NRF Le vent Paraclet et Le médianoche amoureux , que je n'ai aucun souvenir d'avoir lu(s)
- Plus de traces, non plus, de Vendredi, sur l'étagère des Folio...

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mardi 26 janvier 2016

assez!

En cette année 2016 commençante (et relativement dégommante) année de l'ascèse, donc (c'est la rime la plus riche, mais bon baise n'est pas mal non plus, mieux en tout cas que catéchèse ou diocèse, bien que le terme soit tout de même -par définition- ambigu, de la baise pouvant tout aussi bien s'appliquer à une activité sexuée à but ou non de procréation mais aussi comme dans "t'es de la baise" à un empapaoutage figuré mais néanmoins douloureux...)

Ascèse donc, et j'en ai profité pour aller repiocher la définition dans le Lar*usse :

ascèse :nom féminin (du grec askêsis, exercice)
-  Effort visant à la perfection spirituelle par une discipline constante de vie.
- Manière de vivre de quelqu'un qui s'impose certaines privations

Une seule citation en exemple :
"La révolte est une ascèse, quoique aveugle. Si le révolté blasphème alors, c'est dans l'espoir d'un nouveau Dieu." (Albert Camus , L'Homme révolté , Gallimard)

Ouah ça rigole pas. J'arrive même pas à comprendre ce que je viens de copier/coller.

 

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(vers l'ascèse)

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(vers l'A 16)

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(vers la Cèze)

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(verre la 16...)

On a le choix, finalement...
(et, tiens, tout ça rime avec fadaises!)

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dimanche 24 janvier 2016

les phéromones des éléphantes du chapitre 13

ENVOYEE SPECIALE
de Jean Echenoz

Enfin! Le retour de "mon" vrai Jean Echenoz, avec un bon gros roman (de plus de 300 pages), ce qui nous change un peu de ses dernières livraisons : 3 biographies romancées, Ravel, Tesla et Zatopek, respectivement dans Ravel, Des éclairs, et Courir (je ne suis pas sûr de l'ordre), plutôt courtes et diversement plaisantes, suivies d'un 14 intéressant (touchant) mais maigrichon (124 pages au compteur (chroniqué ), et en large vision : avec la police usuelle on eut compté au max une quatre-vingtaine de pages), tout ça couronné par un Caprice de la Reine qui flirtait avec le foutage de gueule (une compilation de nouvelles moyennement intéressantes) qui m'avait à la fois déçu et irrité...

Je suis pourtant allé acheter celui-ci les yeux fermés, sans rien en avoir entendu dire, juste en en sachant la date de sortie (et je suis d'ailleurs allé presque spécialement à Besac pour ça).
Je l'ai commencé aussitôt. (Et peut-être commis au départ l'erreur de le fractionner, en n'en lisant quasiment qu'un chapitre à la fois -oui j'ai toujours des problèmes d'endormissement quasi-instantané-). Ce qui fait qu'au bout d'un moment, j'ai eu peur de me mélanger un peu dans les personnages (qui sont assez nombreux et portent chacun des noms improbablement délicieux), et j'ai donc été plus attentif, -et raisonnable- en le lisant de jour et par rasades beaucoup plus conséquentes. Chapitre par chapitre, c'était bien, mais en lecture de plus longue haleine ça devient de plus en plus plaisant, voire jouissif.
Je viens de le terminer et j'ai le sourire en le reposant, car ce livre m'a ravi. J'ai retrouvé le "ton Echenoz" qui me plaisait tant et m'avait ravi, enchanté, subjugué, etc., dans Cherokee, L'Equipée malaise, Nous trois, Au piano, Les grandes blondes, Je m'en vais (il n'y a que le tout premier, Le méridien de Greenwich, que je n'ai toujours pas réussi à lire... mais ce n'est pas faute d'avoir essayé). Il y a eu le Echenoz polar-jazzy, le Echenoz aventures exotiques, le Echenoz fantastique, le Echenoz sciences et techniques, là, ce serait plutôt le Echenoz contre-espionnage (mais n'y a-t-il pas eu, déjà, le Echenoz espionnage ?), où les aventures de Constance (le libraire des Sandales ma dit que ça lui avait fait pensé très fort à un film, le seul qui me viendrait à l'esprit serait Nikita, de Luc Besson, mais dans un traitement plus... décalé et beaucoup beaucoup plus drôle.

Oui, le contre-espionnage, c'est très mystérieux. mais, présenté par Jean Echenoz ça devient plaisant, assez drôle voire très drôle, ironiquement réaliste, tendrement cruel, lucidement rêveur, précisément flou, (les paires adverbe/adjectif pouvant chacune se permuter, je vous laisse le faire). Surtout que (si je ne m'abuse) il introduit très vite, et jusqu'au bout, dans son roman, une certaine distance -inédite si je ne me rabuse-, en parasitant régulièrement  le cours de l'action par un commentaire "extra-romanesque",  dans une adresse (un clin d'oeil) au lecteur, qu'il associe et rend complice, en utilisant un "on" (ou un "nous")  plutôt que le "je" qu'on aurait pu attendre. Si le nous est associé à la première personne du pluriel, je me souviens d'avoir appris dans ma jeunesse que "on" c'est "il" (au moins pour les accords grammaticaux). Donc je me suis demandé plusieurs fois qui donc il recouvrait : Lui-même  (Jean Echenoz) ? le narrateur (anonyme ?) le deus ex machina (idem)? le lecteur ? l'ensemble des lecteurs ?

Mais ce procédé littéraire (plutôt plaisant, il faut le reconnaître, une fois qu'on s'y est habitué) donne un peu le sentiment d'être dans une salle de montage, de voir les aventures de Constance à la fois comme un récit en train de se dérouler "normalement", mais aussi  en train d'être écrit, sous nos yeux, ce qui est moins fréquent. Et multiplie au moins par deux le plaisir du lecteur.

Jubilatoire ? Oui, oui, on peut se risquer à l'écrire. Et avoir ensuite envie de tout relire.

envoyée spéciale

 

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samedi 23 janvier 2016

immatriculations

L'ETAGE DU DESSOUS
de Radu Muntean

Oui oui, je sais, je ne suis pas objectif sur le coup. J'adore le cinéma roumain (le "nouveau cinéma roumain", ne connaissant de l'ancien que celui de Lucian Pintilié, qui est quand même celui par qui j'y suis venu, donc...), et on essaye d'en projeter la quasi-intégralité dans le bôô cinéma, et c'est vrai que peu nous ont échappé.

De Radu Muntean, on avait déjà passé le très beau Mardi après Noël, roumainissime. et beaucoup aimé. Et donc celui-là j'en avais plutôt envie.

C'est l'histoire de Pătrașcu, un brave type qu'on découvre prenant un peu d'exercice avec son chien, puis qui, rentrant chez lui, passe devant l'appart' de la voisine du dessous, où il perçoit les bruits d'une dispute. Comme il s'arrête sur le palier, la porte s'ouvre et en sort un jeune homme, celui qui était en train de s'alterquer bruyamment avec la demoiselle (qu'on ne verra jamais), qui le toise d'un air... peu amène tandis qu'il reprend sa montée des marches vers son appartement. Le lendemain, on le suit (notre Pătrașcunet) sur son lieu de travail (et on met un peu de temps à comprendre justement de quel travail il s'agit, mais pas grave) : il reçoit alors un appel qui l'informe de ce qui vient de se passer dans son immeuble (on le comprendra assez vite : la voisine invisible (mais pas muette!) a été retrouvée morte...

Le cinéma roumain a un rapport très particulier avec la réalité. Il est question d'une vie "normale", dans un cadre "normal", avec des soucis "normaux" (mais dans le "normal", il faut bien entendu comprendre "normal roumain", qui n'est peut-être pas exactement tout à fait le même que nôtre normal à nous, parce que les us et coutumes, parce que la mentalité...). Ainsi, le poids du communisme, de la Stasi, de la surveillance généralisée, des pratiques de démerde tout aussi généralisées, ont façonné un certain comportement "normal". Qui produit des conséquences, un déroulement, un traitement, que n'aurait pas forcément produit le même évènement,  survenu dans notre France jolie (mais, surtout, filmé par un réalisateur français tout aussi joli -et normal-).

Car c'est exactement ça que j'adore dans les films roumains (dans leur grande majorité, car tous ou presque -je ne vois pour l'instant qu'Aférim! qui fasse exception- traitent de "l'ici et maintenant, avec les moyens du bord". Cette réalité banale, quotidienne, presque triviale, qui soudain, comme observée de très près (de beaucoup plus près) se transcende, se catalyse, se transmute pour devenir un curieux et surprenant élixir de cinéma. Je suis face à ces films dans un état de sidération : les faits eux-même, le rythme, les interrogations (les suppositions, les doutes, les soupçons), il suffirait de peu pour qu'on puisse taxer ça d'ennuyeux, de minimaliste, d'inintéressant (d'ailleurs certain(e)s ne s'en sont pas privé(e)s), mais, mystérieusement, on reste sur le fil ("la corde raide", que le réalisateur semble avoir tendue de toute ses forces, pour parvenir à ses fins) et on y avance, (et même parfois on y danse on y danse) et on va jusqu'au bout.

Pourquoi Pătrașcu n'a-t-il pas dit au flic ce qu'il avait entendu ? Pourquoi est-il aussi serviable envers celui que, justement, il semble soupçonner ? Pourquoi l'autre, justement, vient s'incruster chez lui ? Pourquoi renoue-t-il soudainement (et sans raison) avec un ancien voisin, commissaire ? Le dénouement, qu'on peut qualifier d'"abrupt" -comme assez souvent chez nos amis Roumains- nous laisse le bec dans l'eau, avec toutes nos questions. Sans réponses. Mais je peux vous dire que ça gambergeait, quand on a discuté en sortant de la salle...

Encore une belle réussite. d'autant plus que c'est un grand plaisir de retrouver Teodor Corban (Pătrașcu), dans un rôle très différent (beaucoup plus taiseux, et beaucoup moins con) que celui qu'il tenait dans le magnifique (et Top10é) Aferim!.

Pupici , românii ! (Merci à Zabetta pour lidéeet à gougueul traduc pour le complément)

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L'affiche est aussi belle que juste...

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