mardi 5 juin 2018

le bulldozer et la voiture

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FOXTROT
de Samuel Maoz

Celui-là j'en avais très très envie. Un film israélien, que voulez-vous, je suis incapable de résister... En plus avec le superbe Lior Ashknenazi (celui-là je l'aime depuis son premier film, Mariage tardif, en 2001, et qu'est-ce qu'il vieillit bien...), je fond. Et quand il s'avère in fine qu'on y entend le sublime Fur Alina d'Arvo Part, (qui m'évoque biens sûr Gerry, de Gus Van Sant, mais aussi, et surtout -tiens ça faisait longtemps- le jeune homme au t-shirt vert...) alors là je me liquéfie de bonheur.
Le titre du film n'est pas anodin (et l'insistance du réalisateur à faire, justement, exécuter cette danse au cours du film, non plus). Donc, globalement, on change de position, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à revenir au point de départ. Et c'est très exactement ce que fait le film (la route à travers le pare-brise qu'on voit tout au début étant le point de départ, mais aussi donc le point d'arrivée.)
Et j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça.
Le film est donc divisé en quatre blocs, le premier dans l'appartement ("les parents"), le deuxième au check-point ("le fils") le troisième à nouveau dans l'appartement, la cuisine surtout (re-les parents) et le dernier (l'épilogue) dans la voiture (re-le fils). Quatre moments d'une même danse (même si le réalisateur prend quelques libertés  avec l'enchaînement des pas et place le 4 avant le 3) tous d'une belle force et en même temps forts d'une belle différence.
L'histoire de cette famille évoque en parallèle (en filigrane) celle d'un peuple, comme le souligne le réalisateur dans une interview, et chacune des quatre parties est construite autour d'une erreur (ou d'une méprise). Chacun des segments narratifs, d'ailleurs, pourrait pratiquement être vu seul, tant il a sa thématique propre (et sa propre stylistique aussi). Dans la première, on frappe un matin à la porte d'un couple (les parents, donc), ce sont des militaires qui viennent leur annoncer que leur fils est "tombé au combat", avant que, une demi-heure (de film) plus tard, ces mêmes militaires reviennent pour leur annoncer qu'il y a eu une "épouvantable erreur" et que le Yonathan qui est mort n'est pas leur Yonathan à eux. Dont le père exige alors l'immédiat rapatriement.
D'un huis-clos poignant (comment faire face  à la mort annoncée de son enfant) on va passer sans transition à un ailleurs quasi surréaliste, un unviers qu'on croirait hallucinogène, bref un check-point de trou du cul du monde (ambiance quelque part entre Beckett et le Désert des Tartares, un genre d'absurde kafkaïen où le rire est toujours sous-tendu par une certaine angoisse...) où officient quelques jeunes recrues qu'on croirait presque avoir été oubliées là. Dont le Yonathan du couple vu précédemment. Un Yonathan pas mort du tout, dans un check-point où passent surtout les chameaux, mais de temps en temps des véhicules contenant des civils forcés de se conforter, face à la barrière baissée, à la même procédure anxiogène de vérification des papiers. Jusqu'à ce que ladite barrière se relève pour les laisser passer. Sauf que, en écho à la première partie, les jeunots eux aussi commettent une erreur. Une bévue, une boulette, une bourde, mais de taille XXL. Qui sera pourtant couverte (et recouverte, même) par leur hiérarchie. jusqu'à ce qu'un gradé vienne chercher Yonathan pour le ramener, manu militari (enfin, dans le cas présent jeepu militari) à la maison, comme l'a exigé son père. Avant la troisième partie, où l'on revient dans l'appartement des parents, mais dont je ne vous dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre plaisir... Et donc pas un mot non plus sur l'épilogue (dont on se doute un peu quand même, au vu de la scène d'ouverture et de la troisième partie...).
Un film impressionnant (j'adore entendre parler en hébreu, je ne sais pas pourquoi), formellement hyper-chiadé (tiens, pour chipoter, on pourrait presque lui reprocher ça, au réalisateur, d'être "trop sûr de ses effets", d'abuser de la virtuosité, mais bon ça serait vraiment juste pour le plaisir de jouer le vieux ronchon du Muppet, hein...), qui est aussi brillant et à l'aise dans l'univers du drame, de l'absurde, de l'affectif, bref qui tient sa note et la tient bien, et jusqu'au bout...
C'est le deuxième film du réalisateur après Lebanon, que je pensais avoir vu mais dont je ne trouve nulle place sur ce blogchounet (peut-être ai-je confondu avec Beaufort, autre film que j'adore ?) Et donc à présent la mission que je me suis fixée est bien sûr de dénicher Lebanon et de le visionner...

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lundi 4 juin 2018

de nos jours les victimes se croient tout permis

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THE THIRD MURDER
d'Hirokazu Kore-eda

Il passait dans le bôô cinéma, et l'occasion donc était trop belle d'y retourner, pour voir cette fameuse première heure pendant laquelle, avec Dominique, nous avions copieusement dormi, et donc de pouvoir nuancer sans doute mon jugement initial...
Comme dans le bôô cinéma on n'ouvre qu'une caisse (même le mardi, jour des tickets orange) et que ladite caisse ouvre à 13h25 pour la séance de 13h30, qu'il ya foule à ladite caisse et que le caissier (qui est aussi le propriétaire du cinéma) aime discuter le bout de gras avec chacun, tout en jouant à la marchande, eh bien tout cela a fait que ju suis entré dans la salle 9 au bout de cinq bonnes minutes de film. Et ça m'exaspère. (heureusement, la scène d'ouverture était la seule dont je me rappelais. mais bon, positivons, j'étais merveilleusement éveillé, et le réalisateur a su me mettre tout de suite au diapason pour apprécier pleinement cette fameuse première heure manquante. Si, apparemment, Kore-eda semble avoir changé de créneau (il s'agit principalement des rapports entre un homme accusé de meurtre et le -grand- avocat chargé de le défendre) la très chère problématique "familiale" du réalisateur refait très vite surface. La famille oui, les rapports familiaux, plus précisément, et, avec encore plus d'acuité, les rapports des pères avec leur filles (chacun des personnages masculins principaux -le triangle victime / assassin / avocat- a, justement, unr fille, et chacune de ces filles pose, d'une manière ou d'une autre, problème, justement, à son géniteur, à un moment  du film.
Le film parle beaucoup, c'est toujours vrai, mais il fonctionne surtout grâce à l'affrontement (le plus souvent le face à face, au sens littéral puisuq'ils se parlent à travers une vitre, situation que le réalisateur exploitera assez habilement sous tous les axes possibles) entre l'accusé et son avocat, joute verbale assez impressionnante, où il sera souvent question de vérité, de mobile, (de motivation) et surtout du fait de croire (ou pas) et de comprendre. Comme le dit l'avocat au début du film "pas besoin d'empathie pour défendre un client...". Voire.
Tout celà est assez solide, brillant, même si je pense toujours que, formellement) le film aurait sans doute gagné à être un peu resserré.
Avec une mention spéciale pour ce personnage de meurtrier, à double voire à triple fond.

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vendredi 1 juin 2018

mai 2018

mardi 1er (parking)
eu envie d'aller vérifier s'il y avait quand même des mecs qui travaillaient aujourdhui : il y en a, quelques routiers étrangers, mais qui dorment surtout, et j'en profite pour terminer le délicieux La fonte des glaces (de Joël Baqué)
mercredi 2 (à la cave)
j'ai bien fait de changer de fournisseur de fuel (depuis l'année dernière, grâce à mon voisin) : le livreur qui est venu ce matin est sympathique, rigolard, calme, ça me change de l'insupportable bourrin (et qui gueulait tout le temps) que j'avais dû me coltiner toutes les années précédentes
jeudi 3 (chez la voisine)
expérimenté la dure réalité du concept de "démonter les couches" (suite à l'immobilisation forcée de Jean-Fran, Christine m'a demandé de l'aider) : dévisser, désolidariser, revisser, transporter et ranger les planches desdites couches
vendredi 4 (sur la route)
après avoir (merveilleusement) roulé pendant cinq heures sur l'autoroute (je conduisais), Dominique a réussi à nous concocter, pour les 150 derniers kilomètres, un itinéraire "touristique" via les routes les plus minuscules qu'elle a pu trouver
samedi 5 (Bellou)
comme un avant-goût de Noël, on a mangé des escargots (que Malou et Dominique avaient ramassés l'année dernière), quasiment une douzaine chacun(e)
dimanche 6 (Moulicent)
comme d'hab' le beau temps, comme d'hab le barbeuk' ("Tu sens déjà la fumée...") et comme d'hab' pas assez de lard (et comme d'hab' j'ai calciné les deux pauv'tranches)
lundi 7 (Maugis quelque chose)
une promenade matinale qui m'essouffle et m'assoiffe, heureusement suivie par un repas réconfortant au Café des amis, où nous nous étions entrés juste pour nous désaltérer (Pascal et moi) en attendant les filles, qui, elles,  avaient fait un ultime détour pour "apercevoir un manoir"
mardi 8 (cuisine)
Malou nous a concocté une tarte aux flocons (délicieuse), dont la particularité est qu'on n'en trouve pas la recette sur internet (et que celle qu'elle avait (Malou) était plutôt vague)
mercredi 9 (Bretoncelles)
difficile de trouver sur le ouaibe l'heure exacte d'ouverture de la bonne boulangerie (ici 7h30, là 10h30) devant laquelle on s'est garés juste avant 10h (ce qui était, justement, la bonne heure)
jeudi 10 (sur la route)
rentrés donc un jour plus tôt que prévu, autoroute merveilleusement vide (moins de poids lourds que sur les doigts des deux mains), et heureusement que Dominique était là, puisque c'est elle qui a conduit le plus (un grand moment au départ et un autre à l'arrivée)
vendredi 11 (à la cave)
une journée qui commence mal (chaudière, chauffe-eau, nouveau compteur électrique) mais se termine mieux (le joli chauffagiste me dévoile gentiment -et involontairement- son caleçon jaune imprimé façon BD)
samedi 12 (Besac)
le temps d'un aller-retour pour voir Plaire, aimer, et courir vite de Christophe Honoré (séance à 13h10), difficile de trouver le temps de manger (incident dit "de la ficelle chorizo-comté"")
dimanche 13 (Super U)
après les avoir repoussées pendant deux jours, suis quand même allé les faire, ces courses, et acheté de quoi préparer des épinards à la florentine (une idée, comme ça)
lundi 14 (à la maison)
se rendre à l'évidence : il semble que l'élève a dépassé le maître  (oui Marie est devenue bien plus forte), et donc accepter qu'elle me batte désormais régulièrement au scrabble
mardi 15 (chez le voisin)
Merci à Jean-Fran qui a réussi à sauver les 78 films que j'avais enregistrés sur mon (défunt) graveur (et dont j'étais quasiment prêt à faire le deuil, tellement ça me semblait sans solution)
mercredi 16 (dehors)
un orage qui a pris son temps pour mûrir (comme un abcès), lumière maladive, avant de finir par éclater (pluie très violente) puis de disparaître comme il était venu (retour du soleil et du ciel bleu)
jeudi 17 (au cinéma)
dans la salle 1, ce -pas si courant- moment de silence et d'immobilité qui a succédé à la fin du générique de Mes provinciales, de Jean-Paul Civeyrac
vendredi 18 (fjt)
peut-être fus-je troublé par ce soudain nuage de pompiers au bar, ou par la virile procession lors de la sortie des Rodesch', toujours est-il que j'ai confondu uchronie et dystopie, à propos de Transit, de Christian Petzold
samedi 19 (mms)
tiens, Dominique m'a envoyé hier une photo de l'aile emboutie de sa chère Opel à Ginette, que je n'ai vue que ce matin, et donc je l'ai appelée (à cause d'una attache de caravane me dit-elle)
dimanche 20 (Authoison)
avec Manue, on a pris le café dehors, au soleil, devant la maison, oui, on a lézardé, au milieu des iris, des arums, et des pivoines (encore en bouton mais riches de promesses)
lundi 21 (au pain)
pris en vain la voiture pour aller acheter du pain, espérant trouver ouvertes une de mes boulangeries habituelles (ah, mon "petit épeautre"...), mais non (qui donc m'avait affirmé "mais tout est ouvert ce jour là!" ?) à la troisième j'ai fini par renoncer
mardi 22 (à pied)
marché deux fois ce même jour, la première en fin de matinée (une manif plutôt bon enfant, même si pas assez conséquente) et la seconde en début d'après-midi (un horrible tour de lac en plein soleil sans vent ni ombre ou presque)
mercredi 23 (fjt)
tiramisu(s) : dans la coupelle carrée (que j'avais choisie parce que je pensais que c'était là qu'il y en avait le plus), il y avait, au fond, des morecaux de fraises ; dans le verre (que catherine avait choisi parc e qu'elle pensait que c'était là qu'il y en avait le plus), il n'y avait que du biscuit...
jeudi 24 (plate-bande)
c'est une rude tâche  que d'éradiquer complètement un buisson d'iris (parce que sans couleurs ou presque), je m'y suis attelé à la fraîche, armé du pic prêté par ma voisine (et de la pelle que je lui ai ensuite empruntée)
vendredi 25 (parking)
ça m'a semblé une bonne idée (et quasiment un geste artistique) de venir ici pour  terminer Amours sur mesure de  Mathieu Bermann (POL) tellement la distance était grande entre le contenu du livre (parisien, cultivé, bisexuel, intello) et mon environnement de lecture (routiers en short, familles en camping-car, convoi exceptionnel)
samedi 26 (au jardin)
aidé aujourd'hui ma voisine à planter des haricots (son mari étant toujours immobilisé) ; appris aussi le mot poquet (groupe de 7 haricots, tous les 30cm)
dimanche 27 (piscine)
après l'avoir maintes fois rebâchée, puis, pour la première fois ce jour, débâchée, j'y ai, en fin de journée, "trouvé l'eau si belle que je m'y suis baigné" (24°) pour la première fois de l'année ("au début elle est froide, mais après elle est super bonne...")
lundi 28 (dehors)
juste au moment où je sortais de chez moi pour partir à pied rejoindre Catherine, il a commencé à pleuvoir, et je suis donc rentré pour me changer (et partir au fjt en voiture)
mardi 29 (chez les voisins)
Fabienne m'a donné un gland germé qu'elle a trouvé dans le jardin, (probablement transporté par un oiseau puisqu'il n'y a pas de chênes ici), et j'ai du coup ramené chez moi ce bébé chêne que j'ai envie de replanter (mais où ?)
mercredi 30 (fjt)
ce jeune maçon couleur caramel au beurre salé, (que j'aime tout particulièrement), m'a -involontairement- remercié de lui avoir proposé le dernier pichet à eau disponible (on en avait deux sur notre table) en me dévoilant, au dessus de son short bleu, la naissance de sa raie, avenante comme une fossette
jeudi 31 (rue des ursulines)
j'y ai trouvé une place pour me garer (la dernière) en allant jouer au scrabble chez Marie, et j'en ai profité pour rayonner et joindre l'utile à l'agréable (scrabble donc, rendez-vous impromptu chez la coiffeuse, bière bienvenue  chez Pépin)

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lundi 28 mai 2018

ça faisait longtemps... 3

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parking, gris

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parking, bleu

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tour du Lac

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parking, par terre

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parking, en l'air

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vide-grenier

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la dernière photo de l'ancien appareil

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et la première du nouveau...

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mercredi 23 mai 2018

road to nowhere

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TRANSIT
de Christian Petzold

Un nouveau film de Christian Petzold, sans Nina Hoos, mais toujours sur le thème de l'imposture (ou du changement d'identité). Avec la très charmante Paula Beer (découverte dans le Frantz d'Ozon) et le très intéressant Franz Rogowski (découvert dans le Victoria de Sebastian Schipper), avec, comme narrateur, la voix immédiatement reconnue de notre Jean-Pierre Darroussin préféré.
Tout ça dans une uchronie (et pas du tout une dystopie, comme je l'ai affirmé à Catherine, quoique...) légère : une histoire qui se passe en 1940, filmée et racontée dans une ville de Marseille filmée de nos jours, dans ce qui pourrait n'être, finalement,  qu'une légère accélération de notre réalité contemporaine.
Le personnage masculin principal, Georg, est incarné par un acteur au physique (et au phrasé) tout à fait particulier(s), sans que je puisse portant préciser vraiment en quoi, qui me l'ont rendu attachant dès le tout début du film. L'utilisation de la voix-off (qui plus est, celle de Darroussin), sans que l'on puisse, au moins au tout début, identifier précisément ce narrateur, met en place une certaine distance (après tout, il est question d'un écrivain disparu, et d'un homme qui emprunte l'identité du défunt) "littéraire", un peu mystérieuse, précieuse, et très plaisante. Comme l'est la décision du réalisateur de filmer dans une réalité contemporaine ces faits qui se sont produits il y a bientôt quatre-vingt ans.
L'usurpation d'identité, la fuite vers le Mexique, le consulat, les billets, les visas, tout cela aurait un fort parfum de roman d'aventures (surtout si on y rajourte une histoire d'amour, et triangulaire de surcroit, avec cette femme mystérieuse qui est l'épouse d'un fantôme et la maîtresse d'un autre) sauf que tout cela n'est que le produit d'une sinistre réalité historique. (l'omniprésence des flics, des refles, des contrôles d'identité, des arrestations, des "fachistes" et des "camps").
Le récit qu'a tiré Christian Petzold du roman d'Anna Seghers (que je n'ai pas lu) fait ainsi la part belle au romanesque (littéraire et/ou littéral) avec cet homme et cette femme qui se croisent sans cesse, (et vont mettre un certain temps avant de réaliser qui ils sont), comme mis en scène par le narrateur omniscient, avec ce que cette intention peut parfois avoir de théorique, et donc de mécanique (la fin, notamment, est  comme un petit feuilleté littéraire, avec son empilement d'allées et venues, de départs, de retours, gourmand, sans doute, mais peut-être un -tout petit- peu lourd à digérer.).
Et je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec Mes Provinciales, vu la veille: tant les deux films peuvent être considérés comme symétriques : d'abord par la mise en place ce décalage temporel (aujourd'hui vu comme les années 70 pour l'un, et les années 40 vues comme aujourd'hui pour l'autre) qu'ils ont en commun, par l'utilisation de la littérature (beaucoup de livres pour le premier, et un unique pour le second) et par l'approche de la passion qu'ils ont, de part et d'autre : si Etienne cherchait "la" femme à travers toutes celles qu'il rencontrait successivement, Georg, au contraire, fait de Marie, instantanément ou presque, la seule, l'unique, un objet d'amour fou, (et toutes les femmes à la fois).
(Et ils ont aussi tous les deux en commun de finir par une scène magnifique en plan fixe sur leur héros).

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mardi 22 mai 2018

c'est peut-être ça être amis

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MES PROVINCIALES
de Jean-Paul Civeyrac

Un film magistral.
C'est le premier mot qui m'est venu pendant que je le regardais. Mais, attention, pas au sens d'un film docte doctoral (bien qu'il y soit question d'enseignement, et, donc, de professeurs et d'étudiants), non, simplement, comme la définition qu'en donne le Larousse "qui est le fait d'un maître, qui atteste de la maîtrise, remarquable".
Quand on est sortis de la salle, Pépin évoquait Eustache, et moi plutôt Garrel, et c'était comme si se continuaient là, dans la réalité, les fiévreuses discussions cinéphiliques des personnages du film. Fiévreuses, oui, pour ces jeunes étudiant(e)s, à Paris 8, qu'on suit en cours, dans les  soirées, dans les bars, dans les apparts en coloc', ces jeunes gens filmés souvent de très près, dans un noir et blanc adouci, un peu brumeux, délicat, faisant (comme nous même l'avons faite, en notre temps) leur(s) éducation(s) sentimentale(s), (les premiers choix, les premières ambitions, les premieres amours, les premières désillusions...)
Autour d'Etienne, jeune homme "monté" à Paris pour faire fac de ciné (parce que "pour le ciné, c'était Paris ou rien, c'est comme ça") gravitent, en premier lieu, un certain nombre de jeunes filles (ses petites amoureuses hihihi) mais aussi  quelques garçons, en nombre plus restreint (les "amis") : principalement Mathias l'intransigeant, ("le ténébreux, le veuf, l'inconsolé"...) pour qui il va éprouver une véritable fascination, et Jean-Noël, dont on apprendra rapidement qu'il est gay et amoureux (platonique) d'Etienne.
Ce qui frappe tout d'abord c'est l'intemporalité (ou l'atemporalité) de ce cinéma-là (et qui le rend d'autant plus touchant) : le noir et blanc, d'abord, aiguille notre perception vers une autre époque, sans que, pourtant, aucun effort particulier ne soit fait dans la reconstitution, (décor costumes ou accessoires). On aurait pu se croire dans les années 70, pourtant il s'agit d'aujourd'hui. Enfin, les faits racontés se passent de nos jours, mais ils sont en même temps les souvenirs du réalisateur, son histoire, les débuts de son histoire (professionnelle et affective), d'où ce curieux (mais très réussi) effet de décalage (dédoublement) temporel.
Les préoccupations immédiates d'Etienne (formidablement incarné par Andranic Manet, et j'en profite pour souligner l'excellence et l'homogénéité de l'ensemble de la distribution, tous ou presque des visages et des corps encore inconnus) sont grosso-modo le cinéma et l'amour. Qu'il aborde avec le même appétit et les mêmes illusions. Dans un domaine comme dans l'autre, il va être amené à multiplier les expériences, à faire des tentatives, à changer de point de vue. A se remettre en question, aussi (ça c'est difficile.) Ces deux fils conducteurs (les filles / les films) se déroulent/dévident en parallèle, s'entrecroisent, s'embrouillent, se nouent, se dénouent, se cassent aussi, parfois.
La jeunesse de la plupart des protagonistes fait de chaque événement ou presque quelque chose de crucial, de vital, un sujet de discussion passionné (le plus souvent avec alcool et cigarettes), sans véritable hiérarchie des sujets : on parle d'amour comme on parle de cinéma, avec le même enthousiasme, la même véhémence, la même intégrité (la même férocité), et Mes provinciales est définitivement un film parlé, tout autant qu'un film vécu, et c'est pour ça qu'on l'aime si fort. Que ce soit pour le désir physique ou les affinités intellectuelles, ils sont toujours aussi chauds bouillants, et on ne peut s'empêcher de se souvenir comme c'était ardent, la jeunesse (et parfois cuisant aussi)...
Il y a une scène que j'aime tout particulièrement, vers la fin du film, où Etienne lucidement désespéré (ou désespérément lucide) fait un peu le bilan de sa vie affective, face à un sublime coloc' iranien qui, s'ii n'en perd pas un mot et semble très attentif, ne peut lui répondre puisqu'il ne parle pas français, ou presque. "C'est peut-être ça, être amis : écouter l'autre et ne rien comprendre...".
Et s'il est beaucoup question d'amour (et de cinéma), il le sera aussi beaucoup de littérature. Des livres sont tenus, prêtés, offerts. Pascal, Novalis, Nerval, Pasolini, Flaubert. Et si les mots sont forts, on entend aussi des musiques sublimes (Bach principalement, comme souvent chez Civeyrac, mais aussi du Malher, dans une ultime et magnifique scène).
Et merci à Jean-Paul Civeyrac de m'avoir permis de découvrir Marien Khoutsiev, un cinéaste russe dont j'ignorais l'existence, et son film La porte d'Illitch (aussi nommé J'ai vingt ans) l'histoire de trois jeunes "camarades", à la fois dans  (on voit des images du film dans le film) mais aussi en-deça du film, puisque Jean-Paul Civeyrac le revendique aussi dans ses sources d'inspiration.
Top 10.

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lundi 21 mai 2018

ça faisait longtemps... 2

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depuis chez Marie

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à Gy en promenade

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Open space (Maison des Assoc')

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chez les voisins

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Besançon

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entre Chocolatière et les Vendanges

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au coin du Jean-Macé

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anniversaire du colza

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Bellou

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vide-grenier

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Mortagne

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FJT

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 chez les Soria

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avant d'entrer sur l'autoroute

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Moulicent

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jeudi 17 mai 2018

slips bleus et autres caleçons ou boxers de la même couleur

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PLAIRE, AIMER, ET COURIR VITE
de Christophe Honoré

On devait l'avoir en sortie nationale dans le bôô cinéma, et voilà-t-y pas qu'il a soudain mystérieusement disparu des radars, pfouit! et ce sans aucune explication. Tout le monde étant à Câââânnes, on n'obtiendra aucune réponse à nos questions... J'ai donc pris ma voiture et j'ai filé dès que j'ai pu au Cinéma Victor Hugo chérichéri...
Séance de 13h10 (le film fait plus de deux heures) mais déjà à la salle 3 (la plus petite) et avec visiblement un problème de sous-son (bah, on s'habitue à tendre l'oreille...) un peu comme si le sonotone était débranché.
Christophe Honoré est le papa d'une cinématographie qui, la plupart du temps m'enchante (Dans Paris, La Belle Personne,  Homme au bain, Les Chansons d'amour, Les Bien-Aimés) même si avec  de ci de là quelques baisses de régime affectives (Les malheurs de Sophie, Les métamorphoses, Non Ma fille tu n'iras pas danser, étant, pour moi, "en demi-teinte"...)
Là, on revient tout en haut et ça fait vraiment plaisir. Avec un film plus "simple" (sans chansons), où il sera question de relations (affectives, sexuelles, sentimentales, platoniques, charnelles, romantiques, tarifées, -hétéro, bi, gay, mais gay surtout quand même-) et de la façon dont, comme le résume le titre, elles naissent vivent et meurent. le début, le milieu, et la fin. Un programme simple, que Christophe Honoré fait mine de respecter à la lettre. C'est triste (parfois) mais jamais larmoyant, toujours digne
Une histoire entre la Bretagne et Paris ("Je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie et les crêpes au citron..." chantait Grégoire Leprince-Ringuet dans Les Chansons d'amour). Une histoire (des histoires, plutôt) entre plusieurs hommes : entre plusieurs âges aussi (le plus jeune, le plus vieux, et celui du milieu) : Arthur (Vincent Lacoste, qui me réconcilie ici avec lui) est l'étudiant breton, Jacques (Pierre Deladonchamps, toujours aussi bien depuis L'Inconnu du lac) est l'écrivain parisien malade (on est en 1993), Mathieu (Denis Podalydès, un peu trop rare ici et c'est dommage) est le vieil ami/amant qui vit dans l'appart' du dessus, et Marco (Thomas Gonzales, que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé très touchant, et bénéficie de deux scènes de baignoire, bouleversantes chacune à sa manière) est l'ex, en train de mourir, (puis mort). Jacques et Mathieu se sont rencontrés (dans un cinéma, devant La leçon de piano me semble-t-il), ils vont s'aimer, dans tous les sens du terme, et je n'ai pas pu m'empêcher, à chaque étape, de faire le parallèle avec ma propre expérience, tout ce que j'avais vécu, et, surtout, ce à côté de quoi j'étais passé...
On ne peut ne pas faire le parallèle avec 120 bpm (les années 90, le sida) mais les deux films, même s'ils racontent, finalement, la même histoire (un couple gay / l'un meurt et l'autre pas) ne le font absolument pas de la même façon (et je fois avouer que, si je défends le film de Robin Campillo vraiment de tout mon coeur, celui de Christophe Honoré me touche encore plus), chacun sur son propre chemin narratif, le poing levé ici et la romance là, même s'il arrive qu'ils se croisent quelquefois aux fils de leurs narrations respectives.. C'est très simple, très juste. et donc très touchant. En tant que vieux pédé avec beaucoup de souvenirs (ce qui est mon cas) il est facile de s'identifier et, forcément, de faire des comparaisons (avec ce qu'on a vécu, mais, aussi et bien davantage, ce à côté de quoi on est passé...)
Mais il n'y a pas que des histoires de pédés dans Plaire, aimer et courir vite : il y a aussi, autour du beau personnage d'Arthur, qui "monte à Paris" (et qui doit avoir me semble-t-il quelques traits communs avec le réalisateur), la fin de l'adolescence, l'amitié (une scène magnifique, quand Arthur a réuni, de nuit, ses copains pour leur annoncer son départ, une scène qui sonne magnifiquement -terriblement- juste). L'amour c'est gai, l'amour c'est triste disait un titre de film de Jean-Daniel Pollet (celui-là, je crois que je le sors régulièrement, mais c'est tellement, justement, approprié...) et le film de Christophe Honoré aurait pu s'appeler comme ça (on m'a rapporté avoir entenu lors d'une interview que des pressions amicales avaient été exercées sur le réalisateur pour que le titre originellement prévu soit adouci et politiquementcorrectisé pour Câââânnes...)Bref, un beau moment de cinéma, qui rejoint au Honoré-palmarès mes préférés Les Bien-aimés et Les chansons d'amour. Et qui, justement, en parlant de chansons, a l'excellentissime idée de reprendre Les gens qui doutent, d'Anne Sylvestre, une chanson que j'adore, juste à l'image du film, simple, forte, et bouleversante.

"J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire:
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"
J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons..."

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mardi 15 mai 2018

zeitgeist & polonium

062
9 DOIGTS
de F.J. Ossang

On a navigué encore une fois, dans le bôô cinéma. Sur un bateau, en noir et blanc. Pas de tout repos. Tiens, comme dans Les garçons sauvages. Et on finit aussi par aborder sur une île mystérieuse. Dont tout le monde tiens tiens ne repartira pas non plus. Deux films cousins, par leur atypisme, leur esprit d'aventure(s) leur façon de raconter et de se situer soit à contre-courant soit à la marge d'une cinématographie "ordinaire". Aux confins. Des films ailleurs, des films "autrement".
J'avais vu il y a quelques années, à Belfort me semble-t-il*, du même réalisateur, Le trésor des Îles Chiennes, qui m'avait plutôt enthousiasmé (le même noir et blanc, le même décalage, et la même musique, signée MKB fraction provisoire -le groupe de F.J. Ossang-, qui m'avait d'ailleurs fait remuer ciel et terre et mettre le ouaibe sens dessus-dessous pour réussir à m'en procurer un exemplaire). Et j'avais donc envie de retenter l'expérience.
D'autant plus que la bande-annonce était séduisante. Qui raconte d'ailleurs pas tout à fait le même film au spectateur. Au début j'ai pensé à l'écriture de Jean Echenoz (que j'adore) et à sa façon à la fois réaliste et ironique de se confronter à un genre donné (ici on en aurait plusieurs, et on glisserait de l'un à l'autre : polar, braquage, aventures maritimes, science-fiction (avec, en prime un mcguffin à la hitchcock sous forme de machin radio-actif dans un sac comme dans le En quatrième vitesse (Kiss me deadly) de Robert Aldrich).)
Paul Hamy (L'ornithologue), Damien Bonnard (Rester Vertical), Pascal Greggory (Dans la solitude des champs de coton) et Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde) indiquent ainsi les quatre points cardinaux d'une cartographie cinématographique exigeante (où je me repère de façon assez précise et référencée). Les rôles féminins sont un peu plus stylisés (image-ricochet : j'ai pensé à Véra Clouzot dans Les Diaboliques...) et auraient sans doute gagné à être plus étoffés (les films de F.J. Ossang sont des films d'hommes, qu'y peux-je?)
Le héros à qui surviennent toutes ces aventures est un certain Magloire, qui à affaire à un certain Kurtz, et tout est est téléguidé (les ficelles sont tirées) par un mystérieux et occulte 9 Doigts (dont on n'en saura jamais plus).
Si j'ai adoré la plastique irréprochable du film (oh ce noir et blanc sublime, oh ces cadrages anxiogènes, oh cette lumière réaliste/irréaliste, oh ces personnages comme dessinés façon ligne claire, oh ces intérieurs suffocants oh ces extérieurs fabuleux) j'ai tout de même été un peu gêné par les dialogues (enfin, une grande partie des dialogues) qu'on croirait situatonnistement découpés/recollés d'un autre film, d'une autre histoire (et deviennent à la longue pénibles et sentencieux -pontifiants, oui oui- était-il besoin de convoquer ici Lautréamont et les Chants de Maldoror ?), pièces rapportées, recousues (de fil blanc) de façon un peu voyante et maladroite (et, en ce qui me concerne, déplacée), et je reste persuadé que le film aurait été tout aussi (voire même encore plus) fascinant, avec juste ses images (très fortes, je le répète) et, bien sûr, ses intertitres. Car, comme aurait pu dire Lagarce "car intertitres et rien d'autre"... Avec le curieux sentiment de décalage provoqué par un film qui fait appel (du pied, mais appel d'air aussi) à l'iexpressionnisme et à ce qu'on pourrait nommer "le cinéma des origines", au temps du muet ou presque, donc, et l'alourdit en y rajoutant de la parlotte...
Là, en plus d'être étrange, on rajoute au récit -déjà fort mystérieux- via les mots des personnages, une couche d'abscons, qui charge sérieusement la barque, et risque pour certain(e)s de devenir décourageante et de donner l'envie de quitter le navire (on était 7 au début, et plus que 3 à la fin...)
Mais bon, on a mérité de rester jusqu'au bout, et on en est récompensé, après un mystérieux coup de feu, par un générique en musique très MKB comme j'aime (post-rock ? indus ? électro ? en tout cas y a des guitares qui déménagent) qui nous électrise et, sans doute, frevenir à la réalité  (et m'a fait me tortiller de plaisir sur mon siège...)

* Entrevues 2005, j'ai vérifié...

2812434

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lundi 14 mai 2018

micro179

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"C'était la fin-avril, et je me suis dit "Demain, je m'y mets!"
(Catherine)

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 "Y a le Colisée pas loin..."
(il l'invite à venir prendre un verre)

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ce jeune ouvrier roux est passé devant à moi à trois reprises, me confirmant de visu  que la fermeture de la braguette de son pantalon de travail est cassée, et qu'il porte un slip rouge.

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lieux de drague : l'extrême complexité des circonvolutions du désir (en gros, ça ne va jamais)

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Catherine trouvait que le café avait un arrière-goût de fromage de chèvre.

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"Elle était tellement cool que je me suis demandée si elle avait pas fumé un pétard..."
(réunion pédagogique)

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un peu comme mon appareil-photo : en apparence tout va bien mais dès qu'on veut faire sortir le zoom, on se rend compte qu'à l'intérieur y a un truc cassé, oui qui dysfonctionne...

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découpe du canard de six heures (cuisson basse température)
"C'est ce qu'il y a de moins pas cuit..."

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"Yvonne aime se promener le matin les pieds nus dans l'herbe mouillée
ça évacue l'électricité statique... enfin, en principe..."
(un voisin de Malou)

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"Tu as acheté encore une ortie ?"
(à Dominique, rentrant d'un marché aux plantes)

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le haut ravin et le bas ravin

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Sur le pare-brise, les cacas d' oiseaux du Perche sont plus tenaces et plus résistants que ceux des oiseaux de chez nous.

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