j'étais dans mon hamac et j'attendais que la pluie vienne
HAMACA PARAGUAYA
de Paz Encina
Un film ultime, hypnotique, en même temps minimal et plein à ras bord. Ou comment avec quasiment rien on peut parvenir à raconter une histoire forte et émouvante. Candida et Ramon, deux vieux, attendent. Le matin, ils installent leur hamac entre deux arbres, la journée ils s'y asseyent, seuls ou à deux, entre deux occupations, et le soir ils dépendent le hamac et s'en vont.
Le cadre est fixe, en patients plans-séquences où la parole des deux époux est souvent le seul élément un peu mobile. Il est question d'une chienne qui aboie sans cesse, d'un fils parti à la guerre, d'une chemise trouée, de la pluie qui n'arrive pas, d'un papillon mort, lambeaux suspendus sur le fil d'une patiente édification du récit.
Pas plus de musique que de mouvements d'appareil. Juste quelques lieux (le plus souvent c'est le hamac du titre), quelques cadres choisis, la présence insistante de l'environnement sonore (insectes, oiseaux, aboiements, grondements de tonnerre) constituent tout l'univers de ces deux êtres. Si le dispositif peut paraître aride, l'émotion pourtant finit par sourdre, goutte à goutte peut-être, comme de ce ciel chargé de nuages gris noirs, suspendu entre les plans, d'où viendra enfin la pluie (on ne la verra pas).
Sans espoir (ou presque) mais absolument fascinant.
(surtout quand, comme ce fut le cas, le film démarre ex abrupto juste après la bande-annonce de T4xi !)





