apparition
LA VIERGE, LES COPTES ET MOI
de Namir Abdel Messeeh
Sous ce titre pas forcément très... vendeur se cache un drôle de film. Attachant, incontestablement, de par ses faiblesses et ses maladresses même. Un drôle d'objet donc, un film qui prend pour sujet son réalisateur et pour objet le work in progress du film que justement, il est en train de faire , mais qui n'est pas tout à fait, vraiment, le film que vous, spectateur, êtes en train de voir (Hervé me faisait remarquer, très justement, qu'on n'était pas très loin alors, du JE FAIS FEU DE TOUT BOIS , de Dante Desarthe).
Attachant et émouvant, parce que, sur un sujet pas forcément très... affriolant (les apparitions de la Vierge en Egypte) le réalisateur (qui se présente comme égyptien, copte, et athée) réalise (tricote) un vrai-faux documentaire sur un vrai-faux film en train de se faire avec sa caméra, celle avec laquelle il filme les différents intervenants, mais aussi la deuxième, celle qu'on ne voit jamais, celle avec laquelle on est en train de le filmer (il y a quelque chose de pirandellien dans ces différents niveaux de filmage et de fiction, puisque l'existence de la deuxième caméra, si elle est sous-entendue, n'est jamais complètement dite ou explicitée (on ne verra apparaître qu'une perche pour la prise de son, mais volontairement, et revendiquée au sein de la fiction, celle-ci).
J'ai toujours dit que j'aimais les films au sein desquels il y avait un autre film en train de se faire (La nuit américaine, L'état des choses, Ca tourne à Manhattan), mais ici le cas est un peu particulier : puisque les deux (le film et le film dans le film) se confondent quasiment, et assez plaisamment ma foi, étant très difficilement séparables (divisibles ?). Fiction et réalité, huile et eau, miscibles, non miscibles... Pour résumer les choses, le film se compose de deux parties : dans la première (qui est une fiction) le réalisateur tourne un documentaire, tandis que dans la seconde,il tourne une fiction (mais qui est en réalité un documentaire). Le réalisateur filme, il est filmé, des choses sont vraies, d'autres sont vraies mais ont l'air jouées, d'autres sont jouées, d'autres sont rejouées pour avoir l'air vrai, et d'autres encore ne sont ni l'un ni l'autre, ou plutôt, si, justement, les deux en même temps.
Il ne reste plus qu'à accepter de lâcher prise, et à se laisser trimballer, à déambuler, comme à dos d'âne, nonchalamment, autour de la famille de Namir Abdel Messeeh (sa mère, d'abord, qui est un personnage central du film (dans la première partie en tant que témoin dans la seconde en tant qu'intervenante, et de taille), mais aussi la grand-mère, les oncles, les cousins et et cousines (au générique, la famille Messeeh fait aussi fort que la famille Rabeur-Zaïmèche dans les films du même nom!), les voisins, le village, mais aussi la société égyptienne en général, la cohabitation des chrétiens et des musulmans, des hommes et des femmes, des pieux et des incroyants, sans oublier la politique, le gouvernement, la répression, la censure, les bakchichs... dans une narration multiple, foisonnante, ingénieuse, avec bien sûr quelques cahots en cours de route, mais le voyage en vaut incontestablement la peine...
En faisant mine de rester centré sur... son épicentre - familial au départ -, Namir Abdel Messeeh décentre ensuite habilement son discours, de la même façon que dans le "film dans le film" il abandonne son sujet- prétexte de départ - la Vierge - pour se s'attarder sur les retrouvailles avec sa famille, justement (enfin, la famille de sa mère).
Je le redis, le film est très plaisant, vraiment, et ça serait vraiment bien (un miracle ?) qu'il puisse "rencontrer son public", même si l'atypisme de l'entreprise ne laisse pas présager les meilleures conditions pour. En tout cas, nous, on va le passer dans le bôô cinéma!
Un petit regret, toutefois, sur la toute dernière partie du film, où on a l'impression d'un (encore plus) joyeux foutoir (que d'habitude), comme si le réalisateur s'était un peu empatouillé les pinceaux dans la masse d'images et de piste possibles, et nous les livrait un peu en vrac, tel(les) que, en bout-à-bout, comme sans vraiment savoir ce qu'il voulait exactement dire, ou plutôt sans pouvoir vraiment choisir... Le sentiment, oui, qu'il nous laisse un peu en plan, le bec dans l'eau, à repartir ainsi, avec sa mère, vers de nouvelles aventures...
Mais comme dirait Téléramuche, ne boudons pas notre plaisir (tiens, justement, je suis curieux de savoir ce que Téléramuche va en dire, du film, qui sort, précisons-le, le 29 août - et que j'ai donc eu la chance de voir avant les autres, grâce à la gentillesse de sa maison de distribution, Sophie Dulac (qui a eu la bonne idée de nous faire parvenir un dvd, signe que oui oui notre association de ciphiles commence elle aussi à avoir un peu d'entregent , - mais bon, c'est certain bien moins que mon amie Zabetta, que je salue au passage - et fermons là la parenthèse.)






