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lieux communs (et autres fadaises)
cinema
13 mars 2012

graine pourrie

ELENA
de Andreï Zviaguintzev

Vu en enfilade (!) du précédent le deuxième film dont j'avais vu la bande-annonce au moins 74 fois dans les diverses salles parisiennes.  Ladite bande-annonce racontait d'ailleurs à peu près tout assez précisément, Russie, image bleu glacé, violons de Phil Glass, portrait de femme, affrontements familiaux et sociaux. Amertume, malaise. Après Portrait au crépuscule, on nous confirme que la vie en Russie n'est pas spécialement youp la boum, et que cela a visiblement peu de chance de s'arranger, dans l'état des choses (et des gens).
Un film sec mais en même temps lyrique. Depuis longtemps un premier plan  n'avait pas  aussi bien exprimé la notion de durée -et donc de malaise-. Des fenêtres, un arbre, un corbeau. (immobilité, croassement). Puis un autre. A mi-chemin entre Angelopoulos et... Hitchcock, par exemple.
Portrait d'une femme qui se dédouble, d'un côté épouse d'un vieux riche russe pas très sympa (on ne sent pas leur couple véritablement ruisseler d'amour), dans leur grande maison impeccable et glacée, et de l'autre mère d'un chômeur qui vit en HLM pourrave avec femme et enfant(s) et qui passe son temps à zoner sur son canapé en attendant que sa chère maman, justement, lui ramène un peu de sous pour pouvoir aller refaire le plein de bière et de cacahuètes. entre les deux, elle prend les transports en commun.
Evidemment il lui en demande plus, et elle fait en sorte que, et ça continue en escalade mortifère et désabusée. Glacé, vous dis-je. Un thème unique (et bien choisi) de Phil Glass vient à point pour donner un genre de contrepoint répétitif (et lyrique) à ces existences fangeuses (et répétitives). Qui attend le générique de fin pour se laisser un peu aller, plus loin que les quelques premières notes qu'il aura répété pendant tout le film.
Sans concession, comme avait pu l'apparaître en son temps, disons La fille aux allumettes, de Kaurismaki. Noir. Même plan à la fin qu'au début, et il n'y a même plus d'oiseaux. un sacré porttrait de femme. Nadezhda Markina, multi -récompensée (une flopée de prix d'interprétation dans différents festivals) n'est pas tout à fait la Mère à l'enfant toute de douceur et d'amour suggérée par l'affiche (ou peut-être que si, justement...)
Intensément sombre.

 

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13 mars 2012

el cielo

HASTA LA VISTA
de Geoffrey Enthoven

Premier film de l'après-midi, à la bande-annonce vue et revue maintes fois, mais suffisamment accrocheuse pour me donner envie (c'est le but, direz-vous...) Trois mecs handicapés (un aveugle et deux paralytiques, pour faire bref) décident de partir en espagne dans un vieux bus déglingos pour ne pas mourir idiots (entendez "ils sont puceaux et ne souhaitent pas le rester ad vitam aeternam", puisqu'au moins un des trois est  promis à une mort proche. )
Le réalisateur met tout ça en place, sous la bannière de la comédie, dont on perçoit tout de même le mal-être et le désespoir sous-jacent(s), mais sans apitoiement, complaisance,  ni pathos (un peu vers la fin, tout de même, ok, mais c'était écrit dans le contrat depuis le début, d'une certaine façon...) excessifs.
L'intérêt étant, au début, l'affrontement entre les trois lascars qui font bloc contre leur chauffeur, Claude, dont ils ne s'aperçoivent qu'au moment du départ qu'il s'agit d'une femme, et même d'une maîtresse femme. Le voyage commence donc plutôt mal, nos trois zozos voulant la jouer macho et "on est assez grands pour se débrouiller tout seuls, on va pas se faire aider par une femme en plus" (le réalisateur épinglant au passage -savoureusement- le problème de la communication entre wallons et flamands.)
Road-movie en bus pourri et en fauteuil roulant, buddy-movie acerbe et vachard, feel good-movie mais avec une bonne dose d'amertume, avec des comédiens à saluer unanimement (les trois Pieds-Nickelés et leur fameuse Claude). Encore un excellent moment, décidément,  qui nous vient de Belgique.

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9 mars 2012

l'insurrection qui vient

LES CHANTS DE MANDRIN
de Rabah Ameur-Zaïmèche

Mettons les choses au point. Rabah Ameur-Zaïmèche figure parmi les plus doués des cinéastes français contemporains, je le redis et le répète, et je ne suis pas tout seul. C'est pourquoi j'étais un peu chagriné de ne pas avoir reçu son dernier film dans des conditions optimales. On a beau dire, mais les écrans du MK2 Beaubourg font quand même singulièrement riquiqui à côté de deux du bôô cinéma (même le plus grand de ceux-là est ridicule par rapport au plus petit de ceux-ci.) Grâce à Marie, je l'ai donc pu revoir en grandes pompes (et -ce qui a son importance- sans autre film adjacent.)
Encore une fois (comme pour Drive), le sentiment de ne pas avoir vu tout à fait le même film. La taille de l'écran le remet à sa juste place, et les qualités  indéniables du cadrage, de l'éclairage, des mouvements de caméra, sont enfin restituées à leur juste valeur.
Rabah Ameur-Zaïmèche fait des films à hauteur d'homme, des histoires de vrais gens, avec "sa" tribu (comme Guédiguian a la sienne) dans lesquelles il se met en scène, avec sur le visage la même paradoxale douceur que celle dont il enveloppe ses personnages et son son récit. D'aucuns critiquent ce qu'on pourrait nommer cette complaisance à se mettre ainsi en scène, à jouer des deux côtés de la caméra, personnellement, ça ne me dérange pas du tout, bien au contraire (R.A.Z est quelqu'un de plutôt agréable à regarder, et vraiment cette douceur fait du bien je le répète...)
Après une trilogie "contemporaine" (Weh wesh, Bled number one et Dernier maquis) voilà qu'il nous raconte encore peu ou prou la même histoire, précarité, révolte, solidarité, espoir, désespoir, pouvoir et contre-pouvoir, en l'habillant d'oripeaux historiques. R.A.Z fait un film en costumes, je dirais, une épure de film en costume, tant il se concentre sur l'essentiel, et ne dépense pas des millions de pépètes dans la reconstitution de la vérité historique accessoirisée et figurantée.
Les acteurs ? Jacques Nolot incarne, souverainement, un  jubilatoire marquis (le film aurait pu s'appeler Dernier marquis, pour rester dans la continuité, hihihi), qui vient rejoindre, à pied, descendu de son carrosse,  la joyeuse troupe de traînes-savates (les contrebandiers) qui gravitent autour de Belissard, leur chef-même-s'il-n'y-a-pas-de-chef (Rabah Ameur-Zaïmèche, très bien comme d'hab dans le registre de l'humanité bonhomme). Soyons franc, le niveau d'interprétation n'est pas toujours idoinement homogène (des textes parfois maladroits, des acteurs parfois moins convaincants, des scènes parfois moins justes) mais l'énergie et/ou la beauté de l'ensemble emportent le morceau. Haut la main.
Jusqu'à la scène du "marché" (où les contrebandiers convient les villageois), le film, est, pour moi, une réussite totale, parfaite. Chacun des plans, leur conception, leur enchaînement, tout est bon. Pas une faute de goût ni de rythme. On est au plus près des corps, des visages, de l'affrontement ( "tueur de flics" dès les premières minutes, marquis contre colporteur ensuite) puis pris dans une structure où l'encerclement ("tourner autour du pot") devient une figure de style et ce mouvement de caméra une écriture significative (le cheval qui tourne autour du marquis, les torches enflammées autour du même...) Menace ? Pas vraiment, il s'agirait de faire connaissance, de juger sur pièces, de s'apprivoiser. Le film juxtapose des moments vécus "au plus près".
A partir de ce moment là, où la caméra prendrait un peu de champ, et le scénar aussi, c'est comme si le récit était repris en main pour une narration peut-être plus "normalisée", et perdait alors un peu en force de suggestion ce qu'il gagne en pittoresque villageois. Et le récit va continuer d'alterner ces moments superbement plastiques (les chevaux sur fond de ciel, la construction de la barricade), et ces autres moments simplement "joués", et donc plus anecdotiques.
Le travail de R.A.Z est d'autant plus admirable et percutant qu'il oeuvre dans le signe, dans le détail, le fragment, dans la sensation, plutôt que dans la narration proprement dite.  On a un peu le sentiment que le film se laisse aller un peu dans sa dernière partie, se débraille, se détricote, joue un peu sur la redite, mais c'est peut-être  pour solliciter du spectateur une autre complicité (celle que Zvezdo appelait la connivence ?). Le message est ambigu, et le propos reste un peu flou, mais qu'importe, à l'image du superbe plan final, nocturne, lumineux, et mystérieux. Quid de l'instant présent, et quid de l'avenir ?
Top10, probablement...

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(l'affiche est vraiment superbe)

9 octobre 2011

le petit robert qui fait que des conneries

LE SKYLAB
de Julie Delpy

J'aime beaucoup cette nana-là : Déjà, il ya longtemps, lorsque, diaphane, elle faisait de la motocyclette dans Mauvais sang de Léos Carax, jusqu'à plus récemment, un Two days in Paris de plus que réjouissante mémoire. J'avais fait l'impasse sur La comtesse, mais, celui-là, j'avais très très envie. Parce que Julie Delpy, justement, parce qu'une histoire de (repas de) famille, parce que la bande-annonce m'avait alléché, parce que la distribution était longue comme le bras,et voilà. (La promo avait, semble-t-il, bien fonctionné en ce qui  me concerne.)
En plus on est dans les années 70, et toute la famille se retrouve pour fêter l'anniversaire de la grand-mère. (En réalité, il y en a deux, de mamies, Bernadette Lafont et Emmanuelle Riva, joli pan de cinéma s'il en est...).Et on va suivre toute la famille pendant cette journée (et même la suivante), et comme ils sont beaucoup, ça fait plein de petites histoires, qu'on suit, qu'on devine, qu'on surprend, qu'on essaye de démêler, et donc de situations, de dialogues, d'échanges, de polémiques, d'engueulades, de fou-rires ou de crises de larmes.
Tout ça encadré par une pré- et une postface qui, hormis le plaisir d'y voir Karin Viard, ne me semblaient pas du tout indispensables, mais bon, -l'apologie de la famille a été suffisamment faite pendant le film sans qu'il ait besoin en plus qu'on la justifie...- qui nous permet de re-situer les choses...
Voilà, une grande famille, une petite fille, Albertine (n'aurait-elle rien à voir avec notre Julie D. quand elle était petite ?) enfin, pas si petite, elle a onze ans, tout de même! Qui va être un peu le pivot de toute cette histoire, puisque c'est de ses souvenirs dont il est question. Ses parents (Eric Elmosnino et... Julie Delpy!) ressemblent aux vrais parents de Julie Delpy (qu'on avait pu voir jouer leur propre rôle dans le Two days in Paris précédemment évoqué) sont les "brebis galeuses" de la famille : comédiens, gauchistes, soixante-huitards, alors que tous les autres semblent bien ancrés dans une droite franchouillarde et gaulliste...
C'est très plaisant à suivre, toutes ces bribes de conversations (encore une fois c'est très écrit, et les dialogues font souvent mouche), ces histoires de familles -petites ou grandes, et c'est simplement filmé. On peut dire que c'est un film mineur (comme quand on n'a pas encore dix-huit ans, qu'on est encore dans l'enfance, l'insouciance,  délicieusement irresponsable), sans enjeu scénaristique énorme (le skylab du titre on s'en tape un peu, contrairement aux personnages, et il ira d'ailleurs s'écraser bien... ailleurs), mais ça fait du bien. Comme on regarderait en douce des vieux films de famille en super huit. (Il y a la même chaleur dans les images, d'ailleurs ; bien que bretonnant, c'est un film tout à fait solaire). Les adultes, certes, mais on a aussi toute la troupe de gamins et gamines, du plus petit jusqu'au grand benêt de 17 ans qui ronchonne parce qu'on l'a encore mis à la table des mômes... avec notamment un Robert, qui donne son titre à ce post, que je n'aurais pas aimé avoir en classe...)
Et quelques sujets de satisfaction supplémentaires
- c'est un FAQV (hihi, merci Marie), avec une jolie scène, fugace, mais sympathique (et ce n'est pas celle chez les nudistes, comme on aurait pu croire...)
- une double interaction entre la fiction (sur l'écran) et la réalité (de la salle) : quand l'oncle Hubert (joué par le père de Julie Delpy, Albert) oublie les paroles de La balade des gens heureux (oui, oui, il y a aussi des chansons, comme dans tout repas de famille qui se respecte!), j'ai entendu distinctement -quoique en sourdine- ma voisine de gauche qui lui soufflait les paroles, et, de même, quand ma voisine -de devant cette fois- s'est levée et s'est mise à se trémousser dans l'allée sur Born to be alive, comme si elle était en discothèque...
- le fait que, encore une fois, ne connaissant pas les joies de la famille (ni nombreuse, ni rikiki), j'ai vécu tout ça avec grand bonheur, quasi comme une vraie expérience, (re)vécue et intime!
- le plaisir de revoir Jean-Louis Couloc'h (tout habillé, mais bon, avec un joli bouc poivre et sel)
...et le fait que, encore une fois, ce sont les femmes qui tiennent la dragée haute : Bernadette Lafont et Emmanuelle Riva que j'ai déjà citées,  Julie Delpy, Aure Atika, Valérie Bonneton, Sophie Quinton, et, tout spécialement, Noémie Lvovsky (dont je ne m'étais jamais aperçu qu'elle avait autant de conversation...)

Le Figaro (dommage) a parlé d'un film-doudou, (oui, dommage que ce soit eux qui aient trouvé l'expression, mais rendons à César...) je trouve ça très juste. (bon c'est la première et la dernière fois que je cite ce journal dans ces colonnes, j'espère, hihihi!). Comme dans les repas de famille, ne parlons pas de politique!

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8 octobre 2011

chiche, on y va ?

ET MAINTENANT, ON VA OU ?
de Nadine Labaki

Un film plaisant. Brinquebalant parfois mais plaisant. Nadine Labaki (dont on avait déjà beaucoup aimé le Caramel) donne la parole aux femmes d'un village dont les maris (la moitié sont chrétiens, et l'autre moitié musulmans) passent leur temps à se foutre sur la gueule (oui, c'est con, un homme, surtout à propos de religion).
Elles en ont marre d'être veuves e familialement endeuillées (le film s'ouvre d'ailleurs sur une jolie chorégraphie de femmes en noir) et conçoivent donc des stratagèmes divers pour tenter d'arranger les choses (en gros, que les mecs arrêtent de se foutre sur la gueule!) : un car de danseuses russes aussi étiques que légèrement vêtues d'abord, puis une invitation à une dégustation de pâtisseries maison, pour finir par l"argument ultimement religieux, mais finalement logique.
Oriental, chaleureux, drôle, touchant, avec des ruptures de ton fréquentes mais pas gênantes (il ya de tout là-dedans, des mouvements de foule et des coups de gueule, des tragédies et des numéros de cabaret, du roman-photo et des pâtisseries, des roucoulades et des caches d'armes, des gamins à lunettes en mobylette avec chariot (un petit côté Kusturica), des foulards et des têtes nues (et / puis inversement), un prêtre et un imam (en costumes, puis défroqués).
Ca chante, ça s'emporte, ça tortille du popotin, ça lance des oeillades...
Typique et dépaysant comme une recette exotique, le film n'en parle pas moins de choses graves, avec une certaine forme de sourire.
Toutes ces femmes qui rivalisent d'ingéniosité, pour que les guerres de religion (entre autres) s'arrêtent,  on a vraiment envie de leur dire : "Allez-y! n'hésitez pas! On est avec vous! " De tout coeur.

 

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7 octobre 2011

"tu aimes les glaces, canard ?"

SHINING
de Stanley Kubrick

La version longue (director's cut), que j'avais déjà vue plusieurs fois. Comme la version courte d'ailleurs. C'est peut-être ça le problème, que je le connais trop, ce film. Plutôt qu'un film d'horreur, c'est un Festival Jack Nicholson auquel on assiste. Même au début, quand il est "gentil", il fout déjà les jetons. Quelque chose dans le regard, ou un sourire un peu trop appuyé, ou on se sait pas trop quoi, mais c'est sûr, il fout la trouille, et je n'irais pas passer l'hiver avec lui dans un hôtel perdu dans les neiges... Brrr!
Le roman de Stephen King m'avait vraiment fait peur aussi (je l'ai lu quand j'étais jeune!), et j'avoue que j'avais été un peu déçu quand j'avais vu le film, car, il ne fait pas "vraiment" peur. il s'agit d'autre chose, une tension, une intellectualisation de la trouille, une terreur "abstraite", cérébrale, que la musique tonitruante (pour une fois, je ne suis pas sûr que les choix musicaux aient été parfaitement judicieux : à part le thème de Shining, pompé d'ailleurs honteusement par Wendy Carlos sur Berlioz mais bon passons, et la chanson "Home" de la fin, c'est un gloubiboulga électronico-vocalo-contemporain plutôt éprouvant pour les nerfs et les oreilles), que la musique disais-je souligne et paraphrase lourdement.


A part ça

Ça m'énerve toujours autant que le pauvre Halloran passe la moitié du film à venir jusqu'à l'hôtel pour se prendre une hache en plein coeur à peine arrivé
Ça m'agace que Jack Nicholson arrive inexplicablement à sortir de la chambre froide alors que sa femme l'y a enfermé (c'est le seul effet vraiment surnaturel du film, finalement)
Ça me plaît toujours autant ce plan fixe grossissant sur la photo, à la fin (même si c'est un poil insistant)
Ça me fait toujours autant plaisir que Kubrick ait choisi Shelley Duvall, qui, hormis ses rôles chez Altman, n'a pas eu la carrière qu'elle méritait.
Ça m'interroge toujours autant que le monsieur de la VF ait choisi de traduire "Doc" par "canard" (à part l'assonnance en anglais, le sens n'a rien à voir, ni le mouvement des lèvres pour le prononcer.
Ça me fait toujours autant frémir délicieusement lorsque Jack défonce la porte de la salle de bains à la hâche en faisant le grand méchant loup...
Ca me semble toujours aussi esthétiquement réussi, le sang qui sort au ralenti des ascenseurs
Ca me semble toujours aussi inquiétant, les plans du gamin qui fait du vélo dans les couloirs

mais bon ça ne fait pas (tout à fait) peur, hein ?

 

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6 octobre 2011

paquets de couches

UN HEUREUX EVENEMENT
de Rémi Bezançon

(Mettons tout de suite les choses au point : je ne serais pas du tout opposé, moi non plus, à avoir un bébé de Pio Marmaï, fermez la parenthèse).
Je l'ai vu mardi soir, pour 5€, je me sentais l'âme indulgente et bon enfant du mardi soir, et je dois dire que j'ai plutôt passé un agréable moment. Je serais donc tenté d'être plus indulgent que mon amie Emma qui m'a dit avoir vu un film "épouvantable". Certes, la féminitude, l'enfantement et la maternité sont pour moi de virginales terrae incognitae, et j'ai donc suivi tout ça, le processus de a à z, depuis la rencontre au vidéo-club (une scène que j'ai vraiment beaucoup aimée), jusqu'à la fin des haricots avec... curiosité. C'est une femme qui est la voix off (le personnage incarné par Louise Bourgoin, mimi comme tout, certes, mais... philosophe ? Wittgenstein ?), qui tombe amoureuse de Pio Marmaï (je le redis, oui, on peut comprendre...), est enceinte des oeuvres d'icelui, et hop, la vie continue, plus ou moins bien dans cet état de choses...
Certes, il ya là-dedans sans doute beaucoup de clichés et de lieux communs, (mais c'est le nom et l'essence même de ce blog, les clichés et les lieux communs, et je ne peux donc m'en désolidariser tout à fait.) D'autant plus -je serais malhonnête de renier mon plaisir- qu'il m'est arrivé a maintes reprises d'éclater de rire (le film est mieux dans le rigolos que dans le pathos).
Soyons indulgents, donc. On a vu pire! On a vu mieux, certes, mais aussi bien plus pire!
(Allez, viens dans mes bras, mon petit Pio, et raconte-moi ce qui ne va pas, que je te console...)

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2 octobre 2011

vaporetto

IMPARDONNABLES
d'André Téchiné

Tombé amoureux illico de la canzonetta du générique (que j'ai d'ailleurs cherchée ensuite désespérément -et en vain- sur Internet : je sais juste que c'est une chanson vénitienne, mais je n'ai pas pu choper le nom au générique...). Je suis fidèle à Téchiné depuis le début (depuis Barocco, le deuxième film, à vrai dire), et j'apprécie toujours son cinéma, ce qu'il raconte et la façon dont il le fait. Ici, il a, bizzarement ?, renouvelé son casting, et tourne avec deux têtes d'affiche nouvelles, André Dussolier en écrivain en panne d'inspiration qui vient se ressourcer à Venise, et Carole Bouquet en agente immobilière qui va lui louer une maison dans laquelle elle va ensuite habiter avec lui.
Adapté d'un roman de Philippe Djian, l'histoire est dense, peut-être trop : la fille de Dussolier qui vient puis disparaît avec un jeune narco-trafiquant rital, une ancienne maîtresse de l'agente immobilière est engagée par le même Dussolier pour la filer et la retrouver, le fils de ladite détective, qui sort de prison, est engagé par le même pour filer sa femme qu'il soupçonne d'infidélité, avec laquelle il aura d'ailleurs une brève liaison... Tout ceci se met en place, interfère, et complexifie la lecture du récit, dans une Venise curieusement filmée sans le folklore habituel, ni gondoliers ni carnaval, pour faire court.
Disparitions, filatures, coups de foudre, étreintes, violence, variations sur l'amour, le début de et la fin de. Tout ça est furieusement romanesque, j'adore.  Carole Bouquet est magnifique (hmmm ses petits cheveux), dans un rôle de femme mûre et belle qui ressemble à son image "publique" : " Tu fais bander tout le monde, mais toi tu bandes pour personne..." lui confie son ex-amante) et Dussolier est tout aussi bon, même si, me semble-til il a parfois tendance à un peu surjouer -de ses yeux et de ses sourcils notamment.
Les élans du coeur, la confusion des sentiments, les souvenirs et les regrets aussi, bref, qoui, l'amour toujours l'amour, selon Téchiné (même si ici aussi -surtout ?- selon Djian). Avec pas mal de métaphores aquatiques (embarcation, traversée, moteur en panne, à la rame, etc.) Et des jumelles, pour pouvoir surveiller. (Ou avoir l'illusion de).
Ce que je garderai  de ce film ?  Sans doute l'image de la mort -aussi violente que soudaine- d'un petit chien. Eh oui!


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(l'affiche est menteuse, puisque c'est Dussolier qui se sert des jumelles)

1 octobre 2011

déguisé en mouton

LE COCHON DE GAZA
de Sylvain Estibal

Eh bien, disons-le bien fort, de temps en temps, un film-bisounours, ça fait du bien. Une histoire entre Palestiniens et Israéliens qui se déroule aussi joyeusement et se termine aussi idylliquement (angéliquement ?), on en a bien besoin, de temps à autres, il faut le reconnaître.
Un pécheur palestinien pêche... un cochon, animal impur s'il en est, pour lui, (et pour ses compatriotes, et même les autres, de l'autre côté des barbelés), et va tenter de s'en débarrasser, (vous vous doutez bien qu'il n'est pas au bout de ses peines!), tout en réalisant qu'il peut aussi en tirer profit (un cochon est aussi un mâle reproducteur, et son sperme est donc négociable pour quelqu'un qui en fait l'élevage - en l'occurence une demoiselle jolie comme un coeur, qui vit et travaille justement de l'autre côté du grillage-) ce qui ne va pas aller sans problèmes : allers et retours entre le bateau (où il séquestre le cochon) et le grillage, avec échantillons séminaux d'abord, puis avec le cochon himself, en catimini pour ne pas éveiller les soupçons ni des voisins ni des soldats qui patrouillent alentour (dans la rue, sur le toit de la maison du pécheur, et même viennent utiliser ses propres toilettes!) ni des jihadistes intégristes, ni etc.
Prudence, subterfuge, déguisements, quiproquos, mensonges, tout est prétexte à gags et à sourires. La première partie du film est exquise, et les choses se compliquent un peu lorsqu'il est soudain question d'utiliser notre cochon chéri pour un attentat-suicide, que les choses deviennent plus réalistes (jamais très facile de concilier l'humour et les kamikazes -souvenez-vous de We are four lions, qui fit grincer maintes dents). Le film ne sait palus trop exactement sur quel pied danser, et les choses flottent un peu, en un enchaînement de rebondissements de plus en plus improbables, jusqu'à un dénouement tellement naïf qu'il en devient touchant.
En tout cas, je trouve que le goret est extrêmement photogénique (et le réalisateur a su utiliser le potentiel comique du bestiau), et puis c'est bien connu que les hommes aiment les films cochons.
Pour la suite ? Qui vivra verrat...

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29 septembre 2011

duel(s)

BARRY LINDON
de Stanley Kubrick

Un gros morceau. dans tous les sens du terme. La durée, l'histoire, la musique. Je l'avais vu il y a vingt ans un soir vers minuit sur une petite télé ridicule, et j'en gardais très peu de souvenirs. Imposant, majestueux, Bluffant.
Une grande beauté plastique et cinématographique, paradoxalement (?) au service du portrait d'une crapule, encore une fois magnifiée par les choix musicaux.
Ryan O Neal, Marisa Berenson devarient bien remercier Stanley, car c'est tout de même un peu grâce à lui qu'ils resteront dans l'histoire du cinéma!
(je serais malhonnête d'en écrire davantage car figurez vous, que, fatigue oblige, j'ai surtout vu la deuxième partie, m'étant fâcheusement et par intermittences un peu endormi à la première, sans que ce soit du tout un sommeil hostile, bien au contraire ! C'était du genre "tiens je me suprends à rouvrir les yeux, ça veut dire que je les avais fermés auparavant, et oh, tiens, je sens qu'à nouveau ils se referment", où on ne peut absolument pas lutter, et j'ai donc vu tout ça saucissonné par des micro-coupures soporifiques de durées variables). Comme dans Orange mécanique, on a grosso modo une structure bipartite (l'ascension / la chute) et je suis -curieusement et heureusement- resté tout à fait éveillé pour la deuxième (tout se casse la gueule), juste après l'intermission -qui n'existe pas, en fait : les gens de 2011 ont-ils moins envie d'aller aux toilettes que dans les années 70 ?-.
Le film est parsemé de duels, le dernier, et le plus éprouvant (Kubrick joue vraiment avec nos nerfs) opposant, vers la fin du film, Barrychounet et le fils de la femme qu'il a épousée (et ruinée et rendue folle) : là, c'est vraiment du grand art. il prend son temps, dilate l'action, nous fait mariner dans notre jus jusqu'à l'issue, imprévisible.
Je me suis rendu compte que je connaissais absolument la musique par coeur (j'ai des ami(e)s qui devaient posséder le disque et le passer en boucle, il n'y a pas d'autre explication). Et qu'elle est 'achement bien.

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