LE SKYLAB
de Julie Delpy
J'aime beaucoup cette nana-là : Déjà, il ya longtemps, lorsque, diaphane, elle faisait de la motocyclette dans Mauvais sang de Léos Carax, jusqu'à plus récemment, un Two days in Paris de plus que réjouissante mémoire. J'avais fait l'impasse sur La comtesse, mais, celui-là, j'avais très très envie. Parce que Julie Delpy, justement, parce qu'une histoire de (repas de) famille, parce que la bande-annonce m'avait alléché, parce que la distribution était longue comme le bras,et voilà. (La promo avait, semble-t-il, bien fonctionné en ce qui me concerne.)
En plus on est dans les années 70, et toute la famille se retrouve pour fêter l'anniversaire de la grand-mère. (En réalité, il y en a deux, de mamies, Bernadette Lafont et Emmanuelle Riva, joli pan de cinéma s'il en est...).Et on va suivre toute la famille pendant cette journée (et même la suivante), et comme ils sont beaucoup, ça fait plein de petites histoires, qu'on suit, qu'on devine, qu'on surprend, qu'on essaye de démêler, et donc de situations, de dialogues, d'échanges, de polémiques, d'engueulades, de fou-rires ou de crises de larmes.
Tout ça encadré par une pré- et une postface qui, hormis le plaisir d'y voir Karin Viard, ne me semblaient pas du tout indispensables, mais bon, -l'apologie de la famille a été suffisamment faite pendant le film sans qu'il ait besoin en plus qu'on la justifie...- qui nous permet de re-situer les choses...
Voilà, une grande famille, une petite fille, Albertine (n'aurait-elle rien à voir avec notre Julie D. quand elle était petite ?) enfin, pas si petite, elle a onze ans, tout de même! Qui va être un peu le pivot de toute cette histoire, puisque c'est de ses souvenirs dont il est question. Ses parents (Eric Elmosnino et... Julie Delpy!) ressemblent aux vrais parents de Julie Delpy (qu'on avait pu voir jouer leur propre rôle dans le Two days in Paris précédemment évoqué) sont les "brebis galeuses" de la famille : comédiens, gauchistes, soixante-huitards, alors que tous les autres semblent bien ancrés dans une droite franchouillarde et gaulliste...
C'est très plaisant à suivre, toutes ces bribes de conversations (encore une fois c'est très écrit, et les dialogues font souvent mouche), ces histoires de familles -petites ou grandes, et c'est simplement filmé. On peut dire que c'est un film mineur (comme quand on n'a pas encore dix-huit ans, qu'on est encore dans l'enfance, l'insouciance, délicieusement irresponsable), sans enjeu scénaristique énorme (le skylab du titre on s'en tape un peu, contrairement aux personnages, et il ira d'ailleurs s'écraser bien... ailleurs), mais ça fait du bien. Comme on regarderait en douce des vieux films de famille en super huit. (Il y a la même chaleur dans les images, d'ailleurs ; bien que bretonnant, c'est un film tout à fait solaire). Les adultes, certes, mais on a aussi toute la troupe de gamins et gamines, du plus petit jusqu'au grand benêt de 17 ans qui ronchonne parce qu'on l'a encore mis à la table des mômes... avec notamment un Robert, qui donne son titre à ce post, que je n'aurais pas aimé avoir en classe...)
Et quelques sujets de satisfaction supplémentaires
- c'est un FAQV (hihi, merci Marie), avec une jolie scène, fugace, mais sympathique (et ce n'est pas celle chez les nudistes, comme on aurait pu croire...)
- une double interaction entre la fiction (sur l'écran) et la réalité (de la salle) : quand l'oncle Hubert (joué par le père de Julie Delpy, Albert) oublie les paroles de La balade des gens heureux (oui, oui, il y a aussi des chansons, comme dans tout repas de famille qui se respecte!), j'ai entendu distinctement -quoique en sourdine- ma voisine de gauche qui lui soufflait les paroles, et, de même, quand ma voisine -de devant cette fois- s'est levée et s'est mise à se trémousser dans l'allée sur Born to be alive, comme si elle était en discothèque...
- le fait que, encore une fois, ne connaissant pas les joies de la famille (ni nombreuse, ni rikiki), j'ai vécu tout ça avec grand bonheur, quasi comme une vraie expérience, (re)vécue et intime!
- le plaisir de revoir Jean-Louis Couloc'h (tout habillé, mais bon, avec un joli bouc poivre et sel)
...et le fait que, encore une fois, ce sont les femmes qui tiennent la dragée haute : Bernadette Lafont et Emmanuelle Riva que j'ai déjà citées, Julie Delpy, Aure Atika, Valérie Bonneton, Sophie Quinton, et, tout spécialement, Noémie Lvovsky (dont je ne m'étais jamais aperçu qu'elle avait autant de conversation...)
Le Figaro (dommage) a parlé d'un film-doudou, (oui, dommage que ce soit eux qui aient trouvé l'expression, mais rendons à César...) je trouve ça très juste. (bon c'est la première et la dernière fois que je cite ce journal dans ces colonnes, j'espère, hihihi!). Comme dans les repas de famille, ne parlons pas de politique!
