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lieux communs (et autres fadaises)
21 août 2015

porque no lo tengo

LA NIÑA DE FUEGO
de Carlos  Vermut

Troisième film de ce marathon-ciné bisontin et pluvieux du 15 août.
Peut-être celui en trop...
Je suis rentré dans la salle sans rien savoir du film. A part qu'il était español (ce qui suffisait comme argument). La mise en route en est étrange mais plutôt attractive : un père célibataire au chômage (avec sa petite fille leucémique), qui aurait besoin de beaucoup d'argent pour permettre de réaliserle voeu le plus chert de la fillette (oh oh ça sent le mélo, ça...). On passe sans transition à une femme quasiment séquestrée par son mari (jaloux ?) et mystérieusement abrutie de médicaments (là on serait plutôt genre thriller glacial). Ah ah serait-ce un film à sketches qui n'ose pas dire son nom ? D'autant plus que nous voilà soudain face à un papy qui fait des puzzles et reçoit un mystérieux coup de téléphone... Serions-nous chez un Roy Anderson ibérique, empilant des segments sans rapport les uns avec les autres sur l'inanité de l'humaine destinée ? Flottements et interrogations. Que nenni. Par l'intermédiaire d'un trait d'union/jet de vomi, voilà qu'on réalise que les trois histoires n'en font qu'une seule.

(et là je m'endors un peu, pour la première fois de la journée, d'ailleurs! Pas dormi devant Bouli Lanners ou Grégory Gadebois!)

Quand je me réveille, la situation s'est un peu compliquée : le papa barbu fait chanter la bourgeoise médicamentée, (après avoir fait l'amour avec elle et tout enregistré sur son téléphone) qui va voir une copine parce qu'elle souhaite franchir la porte du lézard noir (dans une maison où, peut-être avant, elles sont allées se prostituer de luxe pendant que je dormais), tout ça raconté devant la copine en peignoir qui trempe des churros dans son chocolat chaud matinal. Puis la revoilà (la dame aux cachetons)de retour derrière la porte au lézard, recroquevillée dans la cage d'escalier... devant chez le papy puzzleur.
On retrouve un personnage bien amoché et recouvert de bandages sur un lit d'hôpital, qui, depuis ce lit d'hôpital va parachever une vengeance en téléguidant un des autres personnages pour lui faire assassiner un troisième personnage (et quelques autres supplémentaires pour que "tout soit réglé"), tout ça pour que se joue en fermeture, devant le lit d'hôpital, une scène qui est l'absolue symétrique de la scène d'ouverture, dont je ne vous ai absolument pas parlé (il me  faut bien, aussi, ménager des surprises).
Tout se passe comme si le réalisateur n'avait conduit tout son film (2h09 tout de même, quasiment deux fois Hill of freedom!) que pour, ouvrant sur un escamotage de la gauche vers la droite), fermer sur un autre escamotage (un commentateur de foot aurait dit "la réponse du berger à la bergère..."), et que tout le reste n'était, finalement, que du remplissage. ("No puedo... porque no lo tengo* ")
Le problème de ce film c'est son impitoyable sérieux (sa prétention), que la volonté de complexification gratuite et d'embrouillage de la narration accentue encore (en dépit du talent des acteurs, il faut le dire). La niña de fuego est un film qui se la pète (de la Isla Peta...), qui vous regarde un peu de haut.
Almodovar déclare avoir adoré le film et le promeut (sur l'affiche) "la révélation espagnole de ce siècle". Mmmphhh, quel enthousiasme, ça me rend perplexe. Pedro a sûrement repéré en Carlos Vermut un admirateur, un fils spirituel, un disciple. Mais ce que j'aime (j'aimais) chez Almodovar, et qui fait cruellement défaut ici, c'est l'humour, la dérision, la folie iconoclaste, le nième degré, l'esprit Movida (toutes choses qu'il a d'ailleurs perdu(s) progressivement, notre ami Pablito, jusqu'au coup de rein salutaire des Amants passagers qui m'a -enfin- réconcilié avec lui). J'adore Femmes au bord de la crise de nerfs (qui pourrait d'ailleurs servir de sous-titre à celui-ci) parce qu'il ne se (ne nous) prenait pas au sérieux. Alors qu'ici, très. Trop (beaucoup trop). La Isla minima, autre film español vu récemment, fonctionne, parce que le réalisateur a su rester juste à la bonne hauteur (de là-haut c'est très beau, mais d'en bas c'est caca, pour faire court), il a choisi son angle d'attaque (je vais faire un thriller esthético-sociétal) et s'y tient. Alors que là, dans cette Niña de fuego, tout est disproportionné (entre hors de proportion et hors de propos, un appartement modèle qui se rêverait basilique) tant la mise en scène (et le montage) chichitent, tout finit par sonner creux et vain (encore une fois, les comédiens sont pourtant excellents et se donnent de la peine). Dans La Isla minima, on avait le sentiment de voir de vrais gens, alors que là on voit juste bouger des personnages, des silhouettes, presque, qui font ce que le scénariste a décidé qu'ils devaient faire (et dont le monteur va salement saucissonner la destinée). Oui, je me suis ennuyé (et certains argueront que c'est bien fait, que je n'avais qu'à pas aller trois films de suite), et je n'y ai pas cru. Et j'ai trouvé la fin particulièrement saumâtre (à partir de la scène du bar). Avec une mention particulière pour un meurtre quand même assez injustifiable (le dernier, dans l'appartement) montré/pas montré -la bonne vieille technique théâtreuse du présent/absent- d'autant plus qu'il est tout à fait gratuit.

036988

* "Je ne peux pas, parce que je ne l'ai pas..."

 

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