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lieux communs (et autres fadaises)
1 décembre 2010

je fais ce que je peux pour survivre

BIUTIFUL
D'Alejandro Gonzales Iñarittu

En Javieroscope et en Bardemvision, c'est dire si on ne voit que lui ou presque. Et qu'il le vaut bien. En tout cas, un des opus les plus convaincants du Monsieur (le réalisateur). Toujours aussi black, mais moins tape-à-l'oeil, moins convulsif, moins "remarque un peu mon montage comment qu'il est virtuose" que les précédents.
Le film s'ouvre une très belle scène chuchotée, suivie d'une autre, tout aussi belle,  dialoguée au milieu d'arbres enneigés, séquences qu'on reverra d'ailleurs, à la fin, replacées dans leur contexte. Et crac alors arrive le titre du film. Qu'on comprendra plus tard aussi. Et on ressent tout de suite ce sentiment de léger déséquilibre, dans le rythme, la façon dont les plans sont montés.
Le film est construit comme un agencement (plutôt qu'une succession) de plaques (tectoniques ?) instables, vacillantes, incertaines, peu sûres, des scènes donc, avec chacune son identité propre (composition des plans, rythme, musique) qui parfois se prolongent, permettant de passer facilement de l'une à l'autre,  et parfois s'éloignent (comme on sauterait d'un toit à l'autre) ou se heurtent, s'entrechoquent, créant des lignes de fracture, des mini-séismes autour d'un épicentre terrassant de beauté parfois mais de mal à l'aise aussi ou de dégoût ou de colère ça dépend.
Soit Uxbal, un mec pas très sympathique ni engageant à première vue. Sa vie, de petits trafics en magouilles diverses. Ses deux enfants et sa femme bipolaire, qui le trompe, comme on l'apprend assez vite, avec son frère (à lui, pas à elle),qui d'ailleurs ne suce pas de la glace (ni ne siffe que de la farine). Uxbal qui "fournit un emploi" à des blacks  (clandestins) qui revendent à la sauvette des cochonneries contrefaçonnées fabriquées par des chinois (clandestins),employés par d'autres chinois  (accessoirement un peu mafieux mais aussi très gays) dans des ateliers (clandestins). Uxbal (Javierchounet) est la cheville ouvrière de ces différents trafics (il ya aussi une histoire de chantier, que je n'ai pas trop bien comprise, avec un entrepreneur utilisant au black les mêmes chinois clandestins...) et fait transiter des biffetons d'un main à l'autre (mais n'oublie pas la sienne.)
Sans oublier des flics ripoux mais pas si odieux que ça, des morts accidentelles,  quelques enterrements, des fantômes aussi.  Et des papillons de nuit au plafond...

Sauf que , -sinon tout serait un peu trop facile- Uxbal apprend qu'il a un cancer, et n'a plus que "quelques mois" à vivre. Et va donc s'employer à, en quelque sorte, organiser sa succession. Le film est long (presque 2h et demie) mis on ne ressent jamais vraiment cette durée comme pénible au ennuyeuse. Au contraire. Iñarittu a sorti tout son (gros) arsenal, et nous enflamme une véritable pyrotechnie cinématographique. Du grand art. Très très noir, mais indéniablement efficace.
On pourra objecter -et regretter- cette prédilection pour le sordide, le destroy, le cracra, cette fascination quasi-masochiste (et complaisante ?) pour le misérabilisme mélodramatique. Et on pourra aussi rétorquer que tout ça, ça existe, partout, pas si loin de nous, parfois, et( que le cinéma ça n'est pas uniquement Mary Poppins meets the Bisounours. Iñarittu se complait peut-être dans la représentation de la fange, mais il s'est donné les moyens de le faire, et, la fange en question, elle clapote, et de plus en plus fort, et de plus en plus près de nous, et le niveau n'arrête pas de monter d'ailleurs.
Le petit plus qui permet de respirer un peu, de sortir la tête de l'eau noire et puante du quotidien d'Uxbal, c'est, -paradoxalement ?-, la pincée de fantastique dont le réalisateur saupoudre son histoire : les rapports ambigus qu'entretient Uxbal avec la mort, avec les morts plutôt ("I see dead people..."), s'extrayant ainsi juste ce qu'il faut du constat social hyper-réaliste, et nous permettant ainsi à nous spectateurs de prendre ce minimum de distance nécessaire pour ne pas se noyer ou s'asphyxier.
Et le "recentrement" des intrigues autour d'un unique personnage  s'avère tout aussi -justement- efficace. Le film a été fait, Iñarittu l'a dit, surtout pour Bardem. Javier est grand et Iñarittu est son prophète (non, il me semble que c'est plutôt le contraire, non ?).

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(Je dédie ce post à manu, marie et catherine, qui auraient dû venir avec moi à cette ultime séance, juste avant la neige...)

11 novembre 2010

joy, pia, kim et les autres...

LES RÊVES DANSANTS
de Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Il pleuvait, je n'avais pas de parapluie, la pièce que j'allais voir ne commençait que trois heures plus tard... Que faire ?
Le film que j'avais vu la semaine dernière allait bientôt commencer quand je suis repassé devant le cinéma. J'y ai vu disons comme un signe et j''y suis entré...
Expérience : Pleure-t-on de la même façon, lorsqu'on revoit, à une semaine d'écart, un film qui vous avait déjà beaucoup fait pleurer la première fois ?
Réponse : non. On pleure, certes ("on" ne se refait pas), mais moins quand même. J'avais les yeux moins rouges, indiscutablement.
Je voulais de toutes façons y revenir, ne serait-ce que pour rendre hommage aux demoiselles qui y ont pourtant autant de mérite que les damoiseaux, mais dont j'avais hélas oublié tous les prénoms (d'où le titre de ce post, symétrique au premier déjà publié.) Je me sentais redevable...
Comme j'avais déjà vu le film, je savais les moments que j'attendais, et je pouvais d'une certaine façon gérer et "surveiller" le surgissement de l'émotion. Avant l'irruption des larmes, il y a ce genre de hoquet, de spasme, indicateur que la beauté (ou autre chose)  vous terrasse. Le premier a surgi lors de la brève séquence où les garçons s'essayent au déhanché (la musique de Chaplin m'est restée dans les oreilles longtemps après le film...) oui, plop!, comme ça, un petit frisson et puis s'en va. Puis les autres (beaucoup plus espacés qu'à la première vision, ont souvent concerné les scènes où apparaissait le dénommé Safet (mais c'était peut-être une coïncidence...), mais plus généralement les moments dansés collectivement (mais bon, c'était bien là le but de l'exercice, non ?), tant il se passe à ce moment là quelque chose, c'est mystérieux, indicible, c'est peut-être ce qui fait dire "ça fonctionne..." au metteur en scène quand on répète au théâtre, c'est ce qui fait sourire Pina Bausch quand elle regarde, par exemple, le petit duo des deux deux qui se déshabillent à distance en faisant des petites mines,  c'est un ensemble, un déclencheur, un génération d'émotions à ce moment précis, au vu de cette grâce, ce mystère, cette justesse, cette richesse, cet engagement...

r_ves_dansants

31 octobre 2010

d'la douceur, d'la douceur...

HOMME AU BAIN
De Christophe Honoré

C'est incontestable, François Sagat a un cul magnifique. Sublime. Et on comprend que Christophe Honoré ait pu ressentir, face à lui, la même fascination que, disons, Abbas Kiarostami face à Juliette Binoche pendant le tournage de Copie Conforme (je ne dis pas ça au hasard, tant, dans les deux cas, ça nous aura donné des films inhabituels, en marge, de la part de leur réalisateur, même si la comparaison s'arrête là. Encore que. (-a film destructuré , post destructuré ?-))
Je m'y rendais plutôt circonspect (les échos et les critiques diverses en avaient été diversement... enthousiastes), il ne passait que 3 fois dans le bôô cinéma (3 séances à 18h en plus!) et nous étions ce soir 6 dans la salle (mais plus que 4 à la fin) -et j'étais le seul mec-.
D'ores et déjà, sans une hésitation, ce film mérite la médaille d'or du FAQV de l'année. Ça fait longtemps que, hormis sur les écrans "spécialisés" , on n'a pas eu droit à un tel... festival. Bon, celle de François, les (a)mateurs la connaissent déjà, sauf que là, elle est "nature", telle que, pas toujours au zénith comme les canons du porno l'édictent (et, en ce qui me concerne, rien n'est plus émouvant qu'une quéquette assoupie...) mais on a aussi celle(s) de quelques autres protagonistes...
Car, pendant qu'Omar (son amant) est parti à New-York présenter un film (avec Chiara Mastroianni quand même , hein) en lui enjoignant d'avoir quitté son appartement avant son retour, Emmanuel (François Sagat, donc)  resté dans la téci, essaie de se consoler, tout seul dans l'appartement (d'Omar). Le film alterne donc les scènes parisiennes et new-yorkaises (celles-ci au caméscope, et pour cause, ayant été filmées par Honoré lors de la présentation de son précédent film avec Chiara M. justement) Omar rencontre un jeune québecois qui ressemble à Al Pacino, et le filme sous toutes les coutures, pendant qu'ici le pôvre Emmanuel se rassasie de tout ce qui lui tombe sous la main (enfin, quand je dis la main...) Vrai-faux reportage, fausse-vraie histoire...
Il y a là-dedans un peu tout et n'importe quoi mais j'ai trouvé ça pas désagréable du tout. Je me suis même plutôt régalé par moments. Esthétique pure : le cul de François (je l'ai déjà dit) mais aussi tous ces corps d'hommes nus filmés amoureusement, spécialement d'hommes en train de dormir. ("Homme en somme" eût été plus judicieux comme titre, "Homme au lit" aurait prêté à confusion...) et oui qu'est-ce que c'est beau un homme qui dort (encore plus s'il est à poil).
Pose auteuriste, parfois, et que je te filme en biais, et que je coupe le son tout d'un coup, et que je remette deux fois le même début de chanson, et que je filme le grillage et tiens ma main pendant que j'allume un clope, et que je te bout-à-boute des morceaux qui n'ont parfois aucun intérêt, et que je te philosophe fumeusement...
Touchant aussi, à d'autres moments, où, alors qu'on ne s'y attendait vraiment pas, un petit quelque chose de très juste, presque de volé, vient furtivement vous ravir, vous émouvoir (le regard d'Emmanuel allongé à côté du couple en train de faire l'amour), comme un instant précieux.
Agaçant aussi à d'autres moments, ou flirtant quasiment avec le grotesque (François Sagat en petit short vert nous gratifie d'une séance de ménage aussi inspirée que celles de Susan dans la saison  7 de Desperate, les aficionados suivront mon regard) mais toujours retombant sur ses pattes, et rebondissant pour repartir ailleurs.
Qu'est-ce qui se dit, exactement ? Qu'il n'y a pas d'amour heureux et qu'on s'en tape ? Peut-être, oui.
Et, c'est vrai, je ne suis pas objectif non plus quand je parle de Chiara Mastroianni. Elle me plaît énormément aussi. Ne ferait-elle rien, comme ici, rien d'autre qu'être soi-même, que je l'aurais encore regardée pendant des plombes sans me lasser.
Voilà, sans conteste un drôle de film, mal fichu, trop court/trop long comme écrivait Zvezdo mais que j'ai envie de défendre. Quand j'aime, je ne compte pas.
Et en plus, ça m'a donné une de ces envie de manger des spaghettis, je vous raconte pas...

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23 septembre 2010

trop de crocodiles

HAPPY FEW
de Antony Cordier

(Message personnel pour Zabetta : dsl, mais j'ai beaucoup aimé!)
Antony Cordier, je l'avais déjà aimé au temps de
Douches froides, et là, je l'aime toujours, en dépit (ou peut-être justement à cause) de la volée de bois vert critique qu'il a -assez injustement trouve-je- reçue pour ce film.
Quatre adultes (deux couples), qui soudain se
partagent. Quatre acteurs superbes et habités (Elodie Bouchez, Nicolas Duvauchelle, Marina Foïs, Rochdy Zem) visiblement très investis dans le projet.
Beaucoup d'affect(s) qui circule(nt).
Love streams disait Cassavettes (que le film n'évoque absolument pas). Histoire de peau, de désir, d'attente, de plaisir, avec un léger voile d'inquiétude, quand on pense soudain à l'autre, qui au même moment est aussi avec l'autre, dans un jeu de miroir et de symétrie. Comme des ados, on se touche, on rigole, on part en vacances, on se chicane on s'embrouille. Si tant est que le sérieux, le conformisme et la normalité soient l'apanage des adultes. Une histoire irréaliste ont dit certains.Peut-être.  M'en fous. A l'époque (il y a très longtemps, la plupart d'entre vous n'étaient quasiment pas né(e)s, Pourquoi pas! de Coline Serreau m'avait fait un peu le même effet. Un genre de nouvelle proposition amoureuse.  En tant que vieux célibataire j'ai vécu ça comme quelque chose de très exotique et d'infiniment touchant. (Plutôt que troublant.) Et la question "Peut-on aimer deux personnes à la fois ?"  m'a rappelé des choses.
Même si le film n'est pas exempt de défauts, en raison même de ses partis-pris (Pourquoi trois voix-off sur quatre ? Pourquoi ces gens ne bossent-ils jamais ou presque ?
Pourquoi , soudain, les filles et pas les garçons ? Pourquoi ça se finit comme ça ? pourquoi c'est cul et pourtant on ne voit rien ? ) il est pourtant terriblement séduisant, par la force sans doute de ses quatre -quasi uniques- protagonistes. Particulièrement les filles (Marina Foïs et Elodie Bouchez sont, décidément, plus que parfaites.)
Chipotons... Pour que le film fonctionne encore mieux, il eut fallu que chacun des deux couples fût, au départ, davantage caractérisé (ça démarre très très v
ite...) Telle que, la situation  oblige parfois (oui oui, je suis vieux et j'ai le cerveau ramolli...) à se demander "et ces deux-là ils étaient ensemble au début ?", tant un couple filmé avec enfants dans une voiture semble, par définition, naturel.
Mais j'aime beaucoup, justement, le naturel et la simplicité de la mise en place des choses, où il ne serait au départ question que de faire l'amour, que la règle soit qu'il n'y ait justement pas de règle, et que c'est lorsqu'on commence à penser et à se poser des questions que ça va commencer à se gâter...
Quand à la pirouette finale, c'est rien de dire qu'elle m'a déçu... mais bon, c'est la vie, au cinéma aussi (surtout!)
Question subsidiaire : Qu'est-ce qui est écrit sur Nicolas Duvauchelle ?
(dont, oui oui tu avais raison Zabetta on n'aperçoit hélas guère plus qu'une demi zigounette...)


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4 septembre 2010

multipropriété

COPACABANA
de Marc Fitoussi

(ouhlala j'ai pris beaucoup de retard, je vais faire bref)

Vu juste avant la pré-rentrée, pratiquement donc le dernier film des vacances.

Huppert, forcément (elle en deviendrait presque énervante, tellement elle est bien, tellement avec juste un regard -cf la scène de maquillage dans le grand magasin- elle réussit à en faire passer plus que d'autres avec trois pages de texte). Et sa fille, en plus (elle a de qui tenir, la jeune Lolita...) Et si on rajoute le plaisir de voir Noémie Lvovsky  en copine bourge (ça devient une habitude, certes, mais c'est tellement agréable) et - cerise sur le gâteau, n'est-ce pas Malou ? - Luis Rego, devenu si rare sous nos latitudes, en vieil ami aussi désenchanté que désargenté, et Aure Atika en executive woman (un peu salope (c'est dommage qu'elle soit toujours honteusement cantonnée dans ce genre de rôle mais bon) non, on n'allait pas se priver de tous ces menus plaisirs accumulés, non ?
Une histoire, sinon, plutôt classique, une étude de cas rapports mère/fille avec mère fofolle et fille sérieuse (d'hab', c'est vrai, ça serait plutôt le contraire), suivant les rails pas forcément rapprochés de la comédie humaine et du constat social (l'univers impitoyable de l'entreprise, et, qui plus est, de la vente d'appartements en multi-propriété, soit le B.A Ba du grugeage de cocos)
Huppert, comme d'hab', est outrageusement bien, même (ou peut-être à cause) avec son maquillage à la truelle, de sa choucroute rousse qui s'éboule, de son franc-parler (on est entre Coup de torchon et Ma mère, pour la crudité et la drôlerie). Sa fille (qui est sa vraie fille dans la vie oh la la les symboliques freudiennes adjacentes...) apporte un contrepoint aussi talentueux que raisonnable à la petite musique farfelue de sa mère.
Bref, on est, jusqu'à cinq minutes de la fin, dans un univers vraisemblable et réaliste (le manque de thunes, les petits boulots de merde, le froid hivernal) un constat social, quoi, jusqu'à ce que déboule du ciel, (et du casino) in extremis une happy end que personnellement je trouve un peu tirée par la tignasse (d'Isabelle, justement) , genre oui oui même les pauvres, ils finissent par être riches , ne perdez pas espoir, que personnellement je trouve un peu démago mais bon...
Ne boudons pas notre plaisir, hein!

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11 septembre 2010

pasta

LE PREMIER QUI L'A DIT
de Ferzan Oztepek

Un film plaisant qui vaut beaucoup mieux que les critiques qu'il a récoltées et surtout que l'a priori que j'en avais. Un film ritalissime réalisé par un Turc exilé, une histoire gay de deux frères, dont le démarrage laisse effectivement craindre le pire, côté grosses vannes et filmage à la truelle (on a l'impression que tout est trop : dialogues trop dits, mouvement de caméras trop virevoltants, intrigue trop prévisible, image trop léchée), et, insensiblement, les choses se mettent en place, et tout va de mieux en mieux. D'autant plus que le réalisateur a eu la bonne idée de tricoter une intrigue amoureuse parallèle, mais décalée dans le temps, et l'encore plus excellente idée de les faire toutes les deux se rejoindre dans une scène finale de bal qui oui oui je l'avoue m'a presque fait venir les larmes aux yeux.
L'idée de départ : un jeune qui veut faire son coming-out lors d'un dîner de famille se fait griller la politesse par son frère (qui annonce le premier à son père qu'il est gay, provoquant ainsi l'ire et l'infarctus concomitant paternel(s).) et se retrouve donc illico à la place dudit frère -chassé par le paternel- , à la tête de l'usine de pâtes familiale, face à une mystérieuse et très belle brunette (...), jusqu'à ce que débarque à la maison la joyeuse -et très gay- équipe de copains du jeune (dont son amant en titre) .
On est en pleine comédie familiale italienne (le père irascible homophobe et butée, la mère qui espère la guérison, la soeur aussi nymphomane que myope, sans oublier la grand-mère, qui est un peu le coeur et le pivot de tout ce joyeux casino (j'ai appris que ça pouvait vouloir dire "bordel" en italien) et -en quelque sorte- son deus ex machina.) ça parle beaucoup, avec ou sans les mains, ça s'engueule, ça se crie dessus, ça se réconcilie très méditerranéennement...
C'est bien fichu, plutôt rythmé, attendrissant, même si le réalisateur n'exploite pas toujours  de la façon la plus convaincante les pistes narratives qu'il amorce, et l'ensemble est donc, je l'ai déjà dit, plutôt  plaisant. Rien de révolutionnaire, mais un bon moment..

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20 mars 2010

le point d'acupuncture sur la cuisse

MOTHER
de Bong Joon Ho

J'avais déjà beaucoup aimé les deux films précédents du réalisateur (Memories of Murder et The host), et suite aux rumeurs plutôt enthousiastes concernant celui-ci, j'y allais sans trop d'inquiétude . Si The Host ressemblait à un film de science-fiction, on peut dire que Mother ressemble à un polar, mais un polar augmenté, amélioré, "élargi", (en anglais j'aurais dit enhanced) tant la mise en images transcende les codes habituels du genre. Le réalisateur use vraiment de tous les possibles de la caméra (du très gros plan "expressif" sur le visage d'un personnage  au plus somptueux des plans d'ensemble) pour nous raconter l'histoire de cette mère d'un fils "attardé" qui va mener sa propre enquête pour l'innocenter du meurtre d'une adolescente dont il est accusé...
La mère, le fils, le meilleur copain du fils, et un flic plutôt attachant, voici le quatuor des personnages principaux entre lesquels va se jouer une sorte de quadrille, autour de la figure mystérieuse et  progressivement dévoilée de l'adolescente assassinée.
Preuves, indices, fausses pistes, reconstitutions, interrogatoires se succèdent, comme dans un polar normal, mais le réalisateur a un certain don pour imaginer des situations saugrenues (la mère cachée dans le placard), dérangeantes (la mère qui regarde son fils pisser),  des environnements très graphiques (le terrain de golf) ou des plans simplement stupéfiants de beauté (celui, par exemple, qu'on verra deux fois, de la mère au milieu des champs)
Le spectateur progresse au même rythme dans son enquête, puisqu'il ne possède aucun indice supplémentaire que les enquêteurs ou la mère, et va finalement où on veut bien lui dire d'aller... Le noeud de l'affaire tient à la reconstitution, qui est liée à la fragilité de la mémoire défaillante du fistion... Et tout est donc possible.
On sort de là ravi, admiratif à la fois de la technique cinématographique (il faut bien ici parler de maîtrise) et du malaise durable que ce récit provoque en nous...

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3 mars 2010

chlorpromazine

SHUTTER ISLAND
de Martin Scorsese

Je n'y peux rien, et je sais que ça va en faire hurler certains comme des putois, mais je n'aime pas (trop) les films de Martin Scorsese (alors que le bonhomme, si) et ses variations  mafieusement viriles (virilement mafieuses ?).
Je ne suis pas non plus fan outre mesure de Leonardichounet Di Caprio.
Mais là, allez donc savoir pourquoi, j'attendais ce film avec impatience. D'abord parce que c'est l'adaptation d'un polar qui m'avait roulé dans la farine comme peu d'autres avaient su le faire, (et dont la dernière page avait suscité avec les amis d'interminables discussions quant à son interprétation...), que la sortie en avait été repoussée de cinq mois, que la bande-annonce en était délicieusement flippante, et que, last but not least, le jour de sortie en était le mercredi après notre retour d'inde.
Bref (mine de rien, je reprends ce post au bout d'une semaine mais vous n'êtes pas sensés le savoir...), même en VF, j'étais prêt! Et je dois dire que j'ai passé un excellent moment, voui voui! Le film tient les promesses de la bande-annonce (flip, orage et coups de cymbales anxiogènes -ceci est un genre de licence poétique-) et aussi celles du roman (thriller paranoïaque -la formule me plaît mais je ne suis pas sur de l'avoir inventée...-) dont il prépare consciencieusement et somme toute assez visiblement -enfin, beaucoup plus que dans le livre- l'étourdissant twist final (même après lu le bouquin, la BD, vu le film, on a toujours envie de ne pas y croire...)
De même que le bouquin se payait le luxe d'entasser les stéréotypes (un asile de fous dangereux sur une île isolée, une disparition impossible, une tempête épouvantable, des messages codés inexplicables) pour mieux s'en jouer finalement, le film de Scorsese revêt, lui,  ses beaux habits de polar des années 50 : paire de tough guys, manteaux, chapeaux, fumée des cigarettes, femme(s) fatale(s), musique qui se revendique en tant que telle, mystère, violence, (je devrais rajouter un s tellement il y est fait référence à ses différentes formes, de la lobotomie aux camps de concentration, de la pyromanie à la noyade, des idées fixes aux hallucinations, des psychiatres aux militaires, bref, un sacré catalogue que Martin S. nous dresse là...) énigme(s) à résoudre, doubles voire triples fonds, pour nous dire en fin de compte  "Méfiez-vous, je suis peut-être autre chose que ce que je parais..."
Et si Di Caprio est plutôt très bon, dans un rôle tourmenté, je dois dire que c'est son acolyte, le toujours cher à mon coeur Mark Ruffalo, qui livre sans doute une encore meilleure performance à mon sens (parce que d'un rôle plus en retrait -ou "moins à effets"- (mais pourtant o combien primordial) il parvient à tirer une interprétation d'une force tranquille et so fifty assez saisissante...)
Si vous n'avez pas lu bouquin (QUOI ? Vous n'avez pas lu Shutter Island ?) je ne peux que vous  inciter à le faire sur le champ (de préférence avant de voir le film...)

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(à gauche l'affiche française, à droite l'affiche américaine : pratiquement la même chose, grosso modo, et pourtant... la simple direction d'un regard peut induire des interprétations radicalement différentes, non ?)


21 février 2010

back...

Yes, on est rentré d'Inde. hier soir, comme prévu, right in time, tout va bien.
La tête et le coeur saturés d'impressions, de sensations, d'émotions.
On est chez soi.
Un peu floconneux, à la fois désormais ici mais encore ailleurs, dans une zone intermédiaire.
On a défait le sac, survolé le courrier, essayé de dormir, chargé les photos, on erre les yeux moitié ouverts et le cerveau moitié conscient, on reprend pied. Demain on sera définitivement dans le réel, les deux pieds dedans, mais pour l'instant on erre, on flotte, on désembarque, on ré-agrège, tant bien que mal...
On a trouvé cette photo, au milieu des autres, on se dit qu'elle n'a rien à voir, mais pourtant qu'elle irait bien là...
alors on la met

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8 avril 2010

des hommes qui s'ét(r)eignent

AJAMI
de Scandar Copti et Yaron Shani

Bon, je sais, j'ai peut-être du monde une vision un peu bisounours, mais, simplement le fait que ce film soit co-réalisé par un juif et un arabe, ça me fait plaisir, genre si tous les gars du monde, et ça me semble être une première et bonne raison pour aller le  voir (le film). Ensuite parce qu'on sait (ce blog ne s'appelle pas "Lieux Communs" pour rien, il aurait pu s'appeler aussi  "Cruchasseries et autres enfonçages de portes ouvertes") que la situation là-bas est plutôt complexe (géographiquement, politiquement, religieusement et tout et tout) et donc que les deux réalisateurs ont fait un film à l'image-même de cette complexité, avec toute une série de personnages en butte en proie en opposition en combat les uns envers les autres (surtout contre les autres, tant il est question de heurts d'affrontements et de chocs divers) dont on ne comprendra, pour certains, qu'à la toute fin ce qui leur est vraiment arrivé.
On démarre par une histoire "simple" de famille, de règlements de comptes entre juifs et arabes il est ici question de bédouins mafieux), puis le récit (divisé en chapitres) va progressivement se complexifier, dans la mesure où deux scènes "centrales' (regroupant les interprètes principaux) vont devenir les centres d'une toile d'araignée narrative avec allées et venues temporelles (les chapitres suivants vont permettre de revenir "avant" pour suivre un personnage -et un point de vue- en particulier), jusqu'à la poignante version intégrale "finale" où le spectateur a enfin en main tous les éléments..
Où comment la petite histoire personnelle de chacun, (ses liens, ses besoins, ses rancoeurs, ses obsessions, ses angoisses, ses joies) qu'il soit flic ou voyou ou même aucun des deux, interfère forcément avec celle du voisin, ce qui ne risque pas de simplifier les choses. Les réalisateurs font pourtant tout (en apparence) pour nous aider : situer précisément les lieux géographiques importants (Naplouse, Jaffa, Ajami dont on apprend que c'est le quartier le plus violent, celui où les flics laissent en général les habitants se démerder entre eux), et préciser -au niveau des sous-titres, quand on parle en hébreu et quand on parle en arabe (les deux langues pourtant me réjouissent idemmement l'oreille:... je crois que je fais une petite fixette érotique sur ces mots heurtés, hérissés, tout autant que le sont (hérissés, il est juste question ici de barbe et de pilosité)  ceux qui les prononcent -et pour lesquels j'éprouve le même genre de fascination euh... érotique.-
La construction en chapitres, si elle est "logique" pour les deux premiers, va ensuite embrouiller suffisamment la donne pour que le spectateur se demande s'il a bien entendu ce qu'il a cru entendre, et vu ce qu'il a cru voir (d'ailleurs il s'avère que des fois oui, et des fois non, comme le film va le le lui expliquer dans les parties suivantes.) Des personnages attachants (le grand frère et le petit frère, le fils qui travaille pour que sa mère s'en sorte, le pote qui voudrait se barrer de là) , d'autres moins en apparence (le "parrain", le flic) mais finalement personne n'est tout à fait ce dont il donne l'apparence. Quoique...
Ajami est -comme les polars en général- surtout un film d'homme(s), qui passent leur temps à se chatouiller leur honneur et leur respect d'icelui, à s'empoigner, à se gueuler dessus, à se faire subir mutuellement leur loi de l'emmerdement maximum (alors que ça serait tellement plus simple s'ils arrêtaient tout et se mettaient plutôt -bisounours united- à se faire des papouilles et des gros câlins, hein, mais bon moi ce que j'en dis, je n'ai aucune autorité, ni politique ni religieuse hein. Remarquez, à certains moments, on se dit qu'il seraient presque sur la bonne voie, avec cette façon qu'ils ont de rester au chaud entre eux, de se serrer, de se toucher, de se tenir les mains, mais, manque de bol, y a toujours une histoire de (cochez la case) famille, fric, came,  rivalité, jalousie, race, religion et paf! ils se foutent sur la gueule c'est plus fort qu'eux.
Un beau film noir donc, où les réalisateurs ont juste assez mis les mains dans le cambouis, tripatouillé la matière filmique, pour en faire un sacré bon film tout court. (Je ne suis pas sûr que le même film, monté "normalement" en suivant scrupuleusement la chronologie, aurait été aussi fort.) Et il ne faudrait pas oublier, dans ces éloges, la totalité de la distribution, surtout quand on apprend que ce sont tous ou presque des amateurs, que les réalisateurs ont fait jouer "au plus près de leur(s) vie(s)".
On sort de là un peu secoué (oui oui j'avais un peu les larmes aux yeux) d'autant plus que ce jour-là le film a eu la bonne idée de casser à 5 minutes de la fin, nous permettant de réaliser, à nous spectateurs, combien on était tendus et haletants, à ce moment-là précisément, et qu'il n'aurait pas fallu que ça reste trop longtemps allumé dans la salle, avant que le film ne reprenne...

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20 février 2011

mystère et balle de golf

TOUS LES SOLEILS
de Philippe Claudel

Tous les gens qui l'ont déjà lu pourront vous le confirmer, Philippe Claudel n'est pas spécialement associé à la grosse rigolade ni au tapage sur les cuisses, et on pouvait donc donc s'interroger sur l'aptitude du même à réaliser une comédie à l'italienne (comme si on apprenait que Dany Boon adaptait Le dialogue des carmélites). On y alla donc, en avant-première et avec une certaine curiosité mâtinée de bienveillante méfiance, puisqu'en plus c'était gratuit.
Un générique sur fond de tarentelle (musique joyeuse et rital s'il en fut) suit le trajet en solex d'un prof de musique baroque, jusqu'au cours où il fait écouter la musique en question à ses étudiants. On apprend qu'il s'appelle Alessandro, qu'il est rital, veuf, qu'il lit dans les hôpitaux, qu'il est chanteur amateur et prépare un concert, et qu'il vit avec sa fille de quinze ans et son frère, rital lui-aussi,qui a décidé qu'il ne sortirait plus de l'appartement tant que Berlusconi n'était pas viré...
Voilà pour la situation de départ.
On est donc indiscutablement dans un registre plus léger que d'hab', aucun drame en vue, et les petites histoires individuelles de chacun, celles à deux (les engueulades entre frangins, les relations orageuses père/fille, les relations complices oncle/nièce, les relations compliquées Alessandro / les femmes) sont les fils conducteurs du récit, vont  s'entrecroiser et s'entasser, parfois un peu au détriment les uns des autres, comme si le réalisateur avait voulu  en mettre le plus possible (la famille, l'amour, le deuil, l'adolescence, les premiers émois, la politique, les copains, la multipropriété, les sites de rencontre internet, l'Alsace, la musique baroque, les soins palliatifs...) et avait du coup  décidément  trop chargé la barque (la mule ?).
Le film est imparfait mais il est attachant. Il est hétérogène (hétéroclite (et même hétéronormé mais bon là c'est une autre histoire...), et pourtant, même si on n'y croit pas tout à fait (comme aux lunettes de Stefano Accorsi), on se laisse porter, sans rechigner. L'interprétation aide : au plaisir de revoir Anouk Aimée, impériale,  dans un rôle touchant, s'ajoute surtout la révélation  grandiose de Nori Marcoré, le frère du héros, (dont la dégaine, le peignoir et la loufoquerie m'ont beaucoup fait penser au Kramer de Seinfeld...) qui vole la vedette, justement, à un Stefano Accorsi que j'ai trouvé un peu anodin  (trop lisse) en comparaison ; sans oublier l'apparition tardive de Clotilde Courau, sobre et joliment tristounette, qu'on a peut-être eu l'habitude de voir dans des figurations plus... légères, mais dont le capital sympathie reste intact.
Comédie à l'italienne ? Certes, c'est justement dans ces moments où les frangins (ou le père et la fille) s'engueulent, et que la langue maternelle réapparaît (et que les voisins frappent au plafond en les traitant de ritals de merde) que l"on retrouve la chaleur et le rythme que la version originale, justement, insuffle.
Mais indiscutablement Philippe Claudel est plus à l'aise dans l'émotion que dans le comique. Question de rythme ? La première scène avec le flic anti-CRS, par exemple, tombe un peu à plat tant elle arrive par surprise, comme un cheveu sur le minestrone. Autrement, c'est  inégal, hauts et bas, drôle et moins, convenu et original, émouvant et nunuche (comme la vie, quoi), on louvoie entre des jolies scènes, très réussies (dans le registre de l'émotion, surtout), et d'autres qui le sont moins, parce que le jeu des comédiens n'est parfois, pas tout à fait juste, ou que les dialogues ne les aident pas, ou que la situation n'a pas été traitée dans l'esprit qui aurait le mieux convenu.
Mais, je le répète, on y trouve son compte. Ne serait-ce que pour le joli duo père-fille dans la voiture, le film vaut la peine d'être vécu.
On passe un moment agréable, le happy-end lyrique (et choral) de la fin est assez finement négocié (même si on a voulu le voir venir à des kilomètres) pour qu'on sorte de là avec le sourire, et ma foi presque une larmichette. C'est quand même le but recherché pour une comédie, non ?

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(Hommage involontaire ? le Stefano Accorsi sur son solex m'évoque immanquablement le Nanni Moretti sur son scooter de Journal intime...)

26 mars 2010

on se fait un turc ou un grec ?

SOUL KITCHEN
de Fatih Akin

Pour son premier soir dans le bôô cinéma, on était bien peu dans la salle. Tant pis pour les autres.
On était prévenu : Fatih Akin avait délaissé sa noirceur habituelle et nous livrait ici une comédie. Et tout ça est ma foi fort sympathique, même si le film ne laissera pas un souvenir impérissable, c'est vraiment très agréable, De la comédie le film emprunte le faux naturalisme, la simplicité de l'intrigue et des ressorts "basiques" (l'amour, la spéculation, les idéaux, la fraternité, sans oublier la cuisine, l'addiction au jeu, le mal de dos) et l'entassement des rebondissements (il faut bien que l'intrigue progresse), tout ça enrobé d'une musique aux petits oignons, faisant un chouette écrin pour cette brochette de personnages attachants (avec un -gros- faible pour les deux frangins, bien évidemment), touchants, agaçants, imposants (c'est selon).
Success story d'un restaurant donc,, (de gargote infâme à restau bobo  branchouille), qui va passer de mains en mains au fil de  hasards divers et successifs (ce qu'on appellera les aléas), qui suit plus ou moins en parallèle celle de son propriétaire, Zinos, tiraillé entre son amour pour la belle Nadine qui part en Chine, son frangin qui sort de prison en pointillés, un nouveau chef aussi tatillon qu'ombrageux,et un mal de dos aussi  inopiné qu'inopérable (le pauvre Zinos n'a pas de sécu) qui ne fera qu'empirer tout au long du film...
Jusqu'à la fin, ou, bien sûr, tout s'arrange. mais vraiment tout tout (on est dans une comédie, donc tout ça reste léger et joyeux.)
Le film, en fin de compte, ressemblerait à son (superbe) générique de fin, une suite de cartes postales arty (entre flashy, destroy, trash and fun : graphisme chiadé, couleurs pétantes, mise en page agressive juste ce qu'il faut...), une par personnage et par technicien quasiment, avec une musique gentiment déménageuse  qui s'amuse derrière tout ça : hyper agréable, plaisamment graphique,"facile", sans prise de tête...
Printanier, quoi! Et on aurait bien tort de s'en priver!

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26 novembre 2010

mets du henné sur mes paumes

LES CHATS PERSANS
de Bahman Ghobadi

Mois du doc, suite et fin. Celui-là ne passait que deux fois dans le bôô cinéma, il fallait donc se décider rapidos. Jeudi 18h, donc.
Au début on se dit qu'il n'aurait peut-être pas dû avoir sa place dans cette sélection exactement, vu qu'il s'agit tout de même d'un film scénarisé, qui raconte une histoire, même si celle-ci n'est finalement qu'un prétexte à nous présenter -et donc nous documenter sur- tous les genres musicaux contemporains (ou presque) co-existant de nos jours  -et clandestinement- à Téhéran, avec aussi toutes les façons d'exister, justement, clandestinement (dans une étable, sur un toit, dans une cave, dans un appart'...) , au nez et à la barbe des flics et des mollahs. Et, in fine, on se dit que, non, finalement, il était parfaitement à sa place ici, malgré ses faiblesses, ses maladresses, inhérentes, justement, à l'argument en question : un jeune couple de musiciens/chanteurs (lui tout juste sorti de prison) cherche à former un groupe et à quitter le pays, et fait appel à Nader, un jeune barbu démerdard et hâbleur, qui leur promet de tout arranger, et leur fait ainsi voir tout ce qu'il connaît de musicos de tous poils (et c'est vrai qu'ils sont -mais je le reconnais ce n'est pas un argument cinématographique-  bien agréables à contempler tous ces jeunes rebelles à poil long, et apparemment si doux qu'ils donneraient illico envie de les caresser) et z'horizons (rock, métal indé, tradi, rap, hard...) pour qu'ils choisissent de quoi monter leur futur -et de plus en plus- hypothétique - groupe... On alterne donc les prestations scéniques et les clips (variant les genres, et passant ainsi, parfois, d'une prestation à la limite du kitschissime - celui avec les danseurs- à un rap farsi musclé et urbain qui m'a personnellement remué -mais bon oui oui peut-être le chanteur n'est pas étranger à l'affaire...-)
Comme on s'en doute un peu dès le début, tout ça finira plutôt dans des tonalités sombres plutôt que rose bonbon, mais bon ça semble l'assez exact reflet de la vie de cette belle jeunesse iranienne, et de l'entêtement dont elle doit faire preuve pour continuer à croître et à exister. Courage!

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12 novembre 2010

effort de guerre

UN HOMME QUI CRIE
de Mahamat Saleh Haroun

Je le reconnais, oui, oui, je ne suis pas très porté sur le cinéma africain. Encore une fois, donc, j'y allais prudemment. Et je dois dire que c'est plutôt une excellente surprise. Que ce film, au résumé somme toute assez "classique" (un père, un fils, un acte ignoble, un pardon)m'a, en quelque sorte réconcilié avec ce cinéma-là, avec ce cinéaste tout du moins, dont le précédent Daratt (sur un thème somme toute assez voisin : la relation père/fils) m'avait mis plutôt de mauvaise humeur pour cause de lourdeurs et de maladresses répétées.
Là, c'est peut-être la simplicité de l'argument qui fait sa force, le portrait conjugué d'un père et de son fils (qui commence et qui finira dans l'eau...) évoque en même temps des sujets aussi éloignés que la guerre (qu'on ne fait qu'entendre à la radio, mais qui reste omniprésente comme toile de fond du récit) et la précarité de l'emploi (le père, ancien champion de natation, est employé dans la piscine d'un hôtel, et c'est lorsque son fils est nommé à sa place que le récit va basculer.)
Simplicité de l'argument et force la réalisation. Le film est, pour une large part, documentaire, et la dose de fiction que le réalisateur a injectée dans ce "reportage" sur une vie au quotidien, un pays "tel que", crée le juste liant nécessaire pour en faire un vrai beau film, qu'on pourrait percevoir comme quelque chose d'exotique et de dépaysant, alors qu'il ne fait que témoigner d'une triste réalité.
Le montage, un peu heurté au début (mais c'est peut-être moi qui ai du mettre un peu de temps pour m'y habituer... Ça me produit de temps en temps cet effet-là, où j'ai le sentiment que le plan n'est pas coupé au moment exact où il devrait, et devient selon le cas, "trop long" ou "trop court" et se heurte parfois ainsi désagréablement avec le plan suivant) se fait heureusement ensuite plus fluide, rendant ainsi la narration beaucoup plus agréable.
Le personnage central (le père) est d'autant plus attachant qu'il n'est pas bavard. Le réalisateur lui confère quasiment la dimension d'un héros de tragédie, dont il a par ailleurs la stature et la dignité.
Il y avait du monde, dans cette salle du bôô cinéma, pour cette séance spéciale à l'issue de laquelle nous devions rencontrer le jeune acteur qui joue le fils. Las! Il doit exister une malédiction ferroviaire pour les acteurs qui veulent nous rendre visite : le  pauvre a vu son train bloqué par ce que , je cite "il y avait des feuilles sur la voie..." et donc quand il est arrivé, a dû repartir illico (sans avoir vu personne, la séance était terminée depuis belle lurette) pour Besançon, où il était invité pour la soirée d'ouverture de Festival "Lumières d'Afrique".
Tant pis pour nous!

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19 septembre 2010

a-dé-mé-chi

THE HOUSEMAID
de Im-Sang-Soo

Une jeune fille "gentille" (oui, comme quand on dit "elle est gentille...") entre dans une maison très bourge comme bonne. Elle se fait quasi illico engrosser par le patron, souhaite garder le bébé, et c'est là que les ennuis commencent... "A-dé-mé-chi" c'est ainsi que lui définit son travail la vieille bonne-en-chef qui régente la maison depuis des lustres : affreux, dégoûtant, méprisable, chiant. Tout est dit.
Des rapports sociaux (" Témoigner du respect prouve qu'on est supérieur." lui dit la petite fille de la maison), du mépris des maîtres pour leurs domestiques, malgré l'apparente politesse affichée ("Qui c'est ? C'est personne..."), de l'argent comme moyen de tout arranger, de la perversité des belles-mères (et des belles-filles aussi), de la veûlerie des maris, et de la noirceur des films coréens en général (et de celui-ci en particulier).
Mis à part le coq de cette basse-cour familiale, le film est essentiellement un film de femmes. Euny, la jeunette. Sa patronne, la mère de sa patronne, la fille de sa patronne, la vieille gouvernante, et la copine d'Euny. Qui dit femmes entre elles... (non non ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit hihi) dit combat de polochons en sous-vêtements vacheries, mots cassants, sous-entendus  paires de gifles et vengeances mangées comme des plats froids.
La jeune fille arrive dans cette grande maison et ouvre ses grands yeux candide, telle une Alice au pays des Bourges, mais l'espace qui n'était au début que luxe calme et volupté (et harmonie noire et blanche)  va devenir progressivement un univers de plus en plus hostile, de plus en plus étouffant (d'autant plus que des cadrages sophistiqués et des mouvements d'appareil chiadés idem fabriquent une curieuse mais fascinante grammaire visuelle et topologique où tout peut -littéralement- basculer à chaque instan.)
Le film qui avait démarré quasiment avec la rigueur et l'esprit d'un documentaire (les cinq premières minutes sont à cet égard exemplaires : quelle richesse, quel foisonnement, chaque plan semble presque receler  trop d'informations, d'autant plus qu'on ne sait pas alors où le réalisateur veut véritablement nous emmener...) évolue ensuite vers le thriller vénéneux, avant que de finir en apothéose  -le mot n'est peut-être pas idéalement choisi- à la démesure quasi-horrifique, puis sur une petite note ambigüe (on ne serait pas très loin alors du cinéma fantastique.
D'Im sang-Soo, j'avais précédemment beaucoup aimé le President's last bang -même si je n'avais pas vraiment tout compris-, qui possédait d'ailleurs, déjà, cette même façon particulière de filmer, avec une prédilection pour les plans en plongée, ce que, si j'ose dire, ne fait que confirmer celui-ci, qui va le mettre parfaitement en pratique, et à deux fois encore.
Un film très noir, très fort, avec des personnages bien posés (celui de la vieille gouvernante étant probablement le plus riche, parce que celui doté de la plus intéressante évolution. C'est elle qui changera le plus radicalement entre le début et et la fin du film.Quoique la jeûnette...
Bref, un film aussi élégant qu'amer. Il serait peut-être intéressant de fouiner pour dénicher l'original de 1960 dont il est le remake.

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22 octobre 2010

fouines

LES PETITS MOUCHOIRS
de Guillaume Canet

Celui-là, je voulais le voir tout de suite, dès la première séance, parce que j'avais peur, après, de ne plus en avoir envie. Comment appeler ça, un pressentiment ? J'ai toujours eu un faible les films de potes, tout en sachant que c'est un sujet qui peut être casse-gueule, j'avais beaucoup aimé le précédent film de Guillaume Canet (même si j'avais plutôt des réserves sur la lourdeur et la maladresse de la fin) avec déjà, François Cluzet (que j'aime beaucoup, et Gilles Lellouche (que j'ai déjà évoqué ici, pour qui j'ai un -gros- faible, mais pour des raisons absolument pas cinématographiques.)
Résultat des courses ? Lellouche confirme tout le bien que je pense de lui (mais, je le répète une fois de plus,  je ne suis pas objectif), dans le registre de l'hétéro bourrin mal rasé grande gueule qui sous son aspect bourru cache devinez quoi, Canet confirme qu'il a du mal à finir ses films (mais pas que), Cluzet déçoit beaucoup (je crois que je l'ai rarement vu aussi pas bon : il joue pendant les trois-quarts du film en calquant quasiment l'évolution de son personnage sur celui que jouait Jack Nicholson dans Shining, -j'exagère à peine.-), et le film, dans son ensemble, peut être qualifié d'hétérogène (sans mauvais jeu de mots), tant il est instable dans les sentiments qu'il procure au spectateur : des petits moments agréables, justes, touchants, sont immédiatement gâchés par des grosses scènes lourdes en gros sabots, avec la grosse musique qui souligne, et les gros effets passés au surligneur fluo des fois qu'on ait pas tout bien compris (la dernière scène est, à cet égard, parfaitement insupportable, et je pourrais même aller jusqu'à injustifiable...)

Un groupe d'amis part en vacances, comme tous les ans, dans la propriété de l'un d'eux, malgré qu'un des leurs ne puisse pas venir, cloué en soins intensifs à Paris qu'il est, après s'être explosé -pas complètement à jeun- en scooter contre un poids lourd au petit matin.
Donc, le groupe de copains, des couples et des célibataires, qui vont vivre quinze jours de vacances au bord de la mer, avec les petites histoires de chacun, couples qui battent de l'aile, en devenir, en souvenir, en promesse, en creux, "normal", on a à peu près tous les cas de figures... Et ceux qui étaient célibataires au début ne le seront pas forcément encore à le fin, et vice-et-versa, mais quoique pas forcément. Scènes de repas, de virées en bateau, de levers et de couchers, sont plutôt sympathiques et réussies, les fou-rires et les coup de sang,histoires de vacances, quoi...
Sauf que. Le ver est dans la pomme. Voilà-t-y pas que, dès le début du film (après que Jean Dujardin  -c'est lui l'ami qui manque- ne parte à l'hosto) un des personnages masculins (Magimel) vient d'annoncer à un autre (Cluzet) qu'il aime ses mains, euh, quoi, qu'il est amoureux de lui mais hé heu attention qu'il est pas pédé, non mais oh hé, et l'autre aussi sec de crisper les sourcils et de rouler des yeux et de commencer à en faire des tonnes, comme Jack N.  Et c'est ce machin qui va servir de fil blanc (et conducteur) tout au long du gâchage de vacances, à grands coups de mâchoires crispées, de regards lourds et de sous-entendus qui ne le sont pas moins. Et, aïe, je crois que c'est ce qui m'a mis le plus mal à l'aise dans cette histoire, la façon dont ce segment est traité : ça me fait mal de le dire, mais je pense que Les petits mouchoirs est un film homophobe, ou, pour le moins, très hétéronormé. Les grosses plaisanteries grasses avec sourires entendus autour du mot enculé, les maillots perdus, tout ça est calibré pour caresser dans le sens du poil le bon public hétéro-bourrin.
On sent bien ce que Guillaume Canet a voulu gentiment faire, une gentille histoire pleine de gentils sourires et d'émotions gentilles, de sourires et de larmes,  genre ouais vous avez vu ils sont trop chouettes mes poteaux hein, mais le décor qu'il nous a planté, avec d'un côté mecs pleins de poils et de verve, et, de l'autre, dames pleines de grands yeux et de sentiment, finit par nous prendre à la gorge tant il est simpliste et -simplement- désolant. Comme qui dirait les quéquettes d'un côté et les cœurs de l'autre, pour faire simple. Mouais. Avec une ligne et demie de scénario pour chacun. Mecs en sur-régime et femmes en sous. Et les personnages "extérieurs" (le coureur hyprazen et l'ostréiculteur hypralucide), censés apporter un autre éclairage, sont du même bois, du même tonneau, et ne sont introduits là , raplaplas, que comme sujet de moquerie  (récurrent et lourdingue) ou comme diseur de quatre vérités (lourdingue et maladroit). Ohlala.
Questions références ciné, on évitera Les copains d'abord, et même Vincent François Paul et les autres, on serait, hélas, peut-être plus près de Camping 2, mais bon, le pire dans tout ça c'est que le film risque de plaire "au plus grand nombre", qui ne pourra que se reconnaître dans ce miroir complaisamment tendu.

Bon, c'est comme ça, c'est planté.Tant pis. Ca aurait pu... mais ça n'a pas été. Quand viendra la fin de l'été...

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20 juin 2010

remous de garonne

DOMAINE
de Patric Chiha

Un film étonnant.
Après un générique superbe (à la simplicité graphiquemnt classieuse) on se retrouve la nuit, à boire du champagne  sur les bords de la Garonne, en compagnie de Béatrice Dalle, en longue robe rouge, et de ses amis, visiblement fêtards et noctambules. Un seul dans cette petite assemblée se tait et observe timidement. C'est Pierre, le jeune neveu de Nadia (Béatrice), visiblement là pour la première fois.
Le film va s'attacher à ce qui se (dé)noue entre ces deux personnages, l'un qui s'allume et l'autre qui s'éteint, aux liens privilégiés de leur relation. Le jeune gay qui sort du bois et la belle mûre qui rentre dans la nuit. Il y a là-dedans des scènes incroyablement bien filmées, des moments qui font frissonner tellement on trouve ça beau (la boîte de nuit, par exemple, avec la deuxième chanson de John "You were my gazoline..." qui m'est tellement restée dans la tête que j'ai commandé illico  la B.O du film -qui n'a été tirée qu'à 500 exemplaires-, et que j'ai trouvé aussi très belle, due qu'elle est à une demoiselle nommée Milkymee...) des mouvements de caméra soudain tout en douceur et en rondeur, une lumière nickel, et puis il y en a d'autres (des scènes) qui vous mettent un peu mal à l'aise, des choses "sur le fil", et d'autres enfin qui gâcheraient presque  votre plaisir, en grande partie à cause des dialogues qui ne sont pas toujours euh... convaincants je dirais.
Tous les critiques semblent avoir porté Béatrice Dalle aux nues (en ce qui me concerne, je l'adore bien mieux dans Les Bureaux de dieu...) bon, c'est vrai qu'elle est plutôt très bien, mais je suis mal à l'aise avec les monologues obscurs souvent qu'on lui a collés (elle joue une mathématicienne...)  et sa façon de les dire. Mais bon elle n'est pas la seule en cause. C'est dur à dire (! justement...) mais je me demande si  le film n'aurait pas été plus fort en coupant quasiment tous les dialogues (laisser juste les chansons...)
Le petit jeune (Isaïe Sultan) s'en sort plutôt très bien aussi (entre le Manuel Blanc de J'embrasse pas et le Johan Libéreau de Douches froides...  Bah, peut-être que je dis n'importe quoi...), jusqu'à cette scène finale et nocturne que j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimée, dans sa simplicité et sa... cruauté ? (est-ce vraiment le terme qui convient ?)
Un film froid, définitivement, poseur aussi sans doute, certes, mais plutôt bien fait, avec dedans sacrément de belles / bonnes choses (même si aussi parfois des gros grumeaux).
Je suis vraiment content qu'on aie pue le passer dans le bôô cinéma (même si ce n'est que trois fois), et ce grâce à l'insistance d'un seul d'entre nous...

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6 mai 2010

pour le poulet périmé et pour finir ta bière

EASTERN PLAYS
de Kamen Kalev

On connaissait déjà au cinéma la Roumanie et son désespoir au quotidien, (heureusement!) tempéré par un certain humour noir, il faudra compter désormais avec la Bulgarie, où c'est quasiment la même chose mais sans humour du tout. Encore mieux! Que du désespoir, garanti 100% authentiquement désespéré.
Certainement pas le bon film pour le bon soir (hier soir). Je suis comme qui dirait passé à côté.
Deux frères à Sofia, aujourd'hui, un ex-drogué en désintox qui a viré alcoolo et un jeune crâne rasé qui fricote avec les néo-nazis du cru. Leur père, la nouvelle amie du père, les fachos, une ex pleurnicharde...  Mieux qu'une génération, c'est tout un pays qui semble -selon l'expression consacrée- ici avoir été sacrifié (c'est vrai qu'ici, on ne parle jamais de ni ne montre la Bulgarie. Et son cinéma alors ?).
Une caméra le plus souvent portée les accompagne, et le parti-pris du réalisateur semblerait quasiment le même que ceux de la Pivellina : une narration minimale, pour une vision documentaire et réaliste à peine fictionnarisée (tout de même à peine plus ici que dans le film italien).
Oui, le désespoir la tristesse le manque de fric la solitude l'incompréhension le racisme et la violence (le nationalisme) au quotidien, la politique... pas grand chose de positif à quoi se raccrocher.
J'ai donc un peu sombré.

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(Bon, il y a bien cette minusculissime et tremblotante lueur de peut-être espoir tout à la fin, mais voilà...)

10 mars 2010

de l'Inde et de la photographie (1)

Finalement, je vais en parler, va, de ce voyage... Oui, il serait temps d'y revenir (à défaut d'en être vraiment revenu, huhuhu).
Pas directement, (raconter, après quinze jours, ça n'aurait plus beaucoup de sens), mais par la tangente, et le biais théorique (et fumeux sans doute) d'une petite digression personnelle sur la photographie (et l'acte de photographier). Tandis donc qu'on a fait le point, d'une certaine façon, par le double moyen de la régurgitation onirique (oui, pendant une dizaine de jours j'ai rêvé d'Inde, et uniquement de ça) et de, justement, le visionnement des photos (de soi, d'abord, et celles des autres).
Chacun entretient avec la photo un rapport personnel -et sans doute significatif-. Ainsi, sur notre groupe de 10 personnes, une seule avait choisi de photographier "seulement avec les yeux" et ne s'était donc encombrée d'aucun autre matériel de prise de vue, une autre avait bien un appareil, mais pourvu d'une toute petite carte et surtout sans chargeur de batterie -et ne pouvait donc prendre qu'un nombre très limité d'images avant que ladite batterie ne soit kaput-, et les huit autres étaient tous joyeusement équipés en numérique (toutes tailles et tous gabarits, du compact première génération au réflex numérique qui impose le respect -avec son vrai gros zoom-)
A partir de là, chacun fait comme il l'entend.

Je m'étais au départ fixé quelques règles simples, énoncées ainsi : "Je ne fais pas les monuments, je ne fais pas les femmes...". Soyons précis. J'ai ainsi peu ou prou continué le long des pistes choisies il y a deux ans :
1) les mecs
2) les murs
3) les machins par terre
4) le trafic

(voilà pour L'inde) et
5) le groupe (parce que, avec le recul, c'est toujours une des choses qui me fait le plus plaisir à regarder...)

J'ai donc regardé les presque 2000 photos que j'avais prises là-bas. Un petit mot à propos du nombre. Paradoxalement, j'ai déclenché moins que d'autre personnes qui pourtant avaient à l'arrivée moins de photos que moi. L'explication de ce paradoxe est simple, elle est due à la position dite "en rafale rapide" où c'est l'appareil qui fait le boulot pour vous, et prends les photos l'une après l'autre aussi longtemps que votre doigt reste appuyé sur le déclencheur. Ca permet de prendre ainsi une centaine parfois de photos d'affilée, dont  il faudra (puisqu'on n'a pas vraiment ni cadré ni choisi) jeter un certain nombre mais parmi lesquelles il est possible de dénicher une authentique pépite (c'est rare mais ça arrive...)

L'inconvénient de la méthode ? Il y en a plusieurs : on ne peut pas vraiment cadrer ni mettre au point, puisque, par définition ça bouge tout le temps (bien entendu, pour photographier un machin immobile, mieux vaut avoir recours à une prise de vue normale!) donc risque de décadrage, d'inclinaison, de flou, de surexposition, de mauvaise mise au point -sur le bitonio du fond plutôt que sur le premier plan qui était tellement plus intéressant- etc. De plus les photos ainsi prises ne pourront pas beaucoup être recadrées puisqu'elles sont plutôt "petites" (enfin, elles font moins d'un méga), et donc, pour la publication, ça sera quasiment du "tout ou rien".

Mais plus ça va et plus je les aime, ces photos. Et plus elles me semblent faire correspondre idéalement le fond (le sujet, l'Inde et les Indiens) et la forme (la rapidité, l'imperfection, la multiplicité, l'urgence, le petit détail qui cloche...) Ca me semble résumer grosso modo le rapport que j'ai avec ce pays et ses habitants. D'abord parce que tout y a déjà été photographié, simplement, amoureusement, artistiquement, touristiquement, académiquement. Et que peut-on faire d'autre alors, que de vouloir simplement, aléatoirement, amateuristiquement, idéalistement, vouloir saisir l'instant. Juste ça. Et de la façon dont un "instant" est fait de milli-secondes successives, et un événement de micro-événements contigus. Le fouillis. La succession. La série. C'est ça qui me plaît, c'est ça qui m'a plu. Et ce n'est pas du tout une tentative de justification quelconque pour expliquer que telle image est floue, et telle autre de traviole, et telle encore, surex. Simplement je trouve, en général, qu'elles "fonctionnent mieux" que la plupart de celles que je me suis efforcé de cadrer, de chiader, de composer...

Le hasard est souvent un allié extraordinaire, me semble-t-il.

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 (par exemple. et là, je n'ai rien "choisi", rien prémédité...)

8 octobre 2011

chiche, on y va ?

ET MAINTENANT, ON VA OU ?
de Nadine Labaki

Un film plaisant. Brinquebalant parfois mais plaisant. Nadine Labaki (dont on avait déjà beaucoup aimé le Caramel) donne la parole aux femmes d'un village dont les maris (la moitié sont chrétiens, et l'autre moitié musulmans) passent leur temps à se foutre sur la gueule (oui, c'est con, un homme, surtout à propos de religion).
Elles en ont marre d'être veuves e familialement endeuillées (le film s'ouvre d'ailleurs sur une jolie chorégraphie de femmes en noir) et conçoivent donc des stratagèmes divers pour tenter d'arranger les choses (en gros, que les mecs arrêtent de se foutre sur la gueule!) : un car de danseuses russes aussi étiques que légèrement vêtues d'abord, puis une invitation à une dégustation de pâtisseries maison, pour finir par l"argument ultimement religieux, mais finalement logique.
Oriental, chaleureux, drôle, touchant, avec des ruptures de ton fréquentes mais pas gênantes (il ya de tout là-dedans, des mouvements de foule et des coups de gueule, des tragédies et des numéros de cabaret, du roman-photo et des pâtisseries, des roucoulades et des caches d'armes, des gamins à lunettes en mobylette avec chariot (un petit côté Kusturica), des foulards et des têtes nues (et / puis inversement), un prêtre et un imam (en costumes, puis défroqués).
Ca chante, ça s'emporte, ça tortille du popotin, ça lance des oeillades...
Typique et dépaysant comme une recette exotique, le film n'en parle pas moins de choses graves, avec une certaine forme de sourire.
Toutes ces femmes qui rivalisent d'ingéniosité, pour que les guerres de religion (entre autres) s'arrêtent,  on a vraiment envie de leur dire : "Allez-y! n'hésitez pas! On est avec vous! " De tout coeur.

 

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21 septembre 2011

mal à mon gulliver

ORANGE MECANIQUE
de Stanley Kubrick

Wouaaaaah ! Mes droughies! Quelle claque! J'y allais je le reconnais avec un peu d'appréhension (je l'avais vu, mais il y a si longtemps, et de plus en VF je pense, et je craignais le vieillissement). Me voilà rassuré! la première demi-heure est absolument éblouissante, j'en avais presque le souffle coupé, tellement c'est bien. La musique y est pour beaucoup, Malcolm mc Dowell aussi, et le filmage de Stanley K aussi. A couper le souffle, vous dis-je.
L'histoire, grinçante et futuriste pour l'époque (1971, tout de même!) n'est somme toute pas si éloignée de notre réalité contemporaine. Adaptée d'un roman d'Anthony Burgess (qui est gentiment et quasi subliminalement remercié en quelque sorte, dans les articles de journaux qui apparaissent à la fin) elle traite d'ultraviolence et de politique (rien de nouveau par les temps qui courent, n'est-il pas ?) j'vais le souvenir d'une histoire en deux temps symétriques (1 : Alex est méchant avec les gens /2 : Les gens sont méchants avec Alex) mais qui n'en sont que les temps impairs (1 et 3), et j'avais donc oublié les deux autres mouvements (Alex est rééduqué / Alex est récupéré, respectivement les 2ème et 4ème de cet opus aussi musical que percutant je le répète.)
Le premier mouvement vole si haut -esthétiquement et narrativement- que la suite ne peut que lui être inférieure, mais c'est logique somme toute puisque l'histoire d'Alex est tout de même celle d'une chute, et il est donc logique que le mouvement en soit descendant... comme si Kubrick débutait son récit en hurlant et le terminait en chuchotant, ou quasi.
Le tout début du film, qui démarre sur le regard maquillé et par en dessous d'Alex, et continue par un travelling arrière est, je l'ai dit, vraiment éblouissant, sur la musique originale -et diablement efficace- de Walter Carlos (qui n'était pas encore devenu Wendy...) encore plus lorsque vient s'y ajouter la voix off du narrateur dont on s'aperçoit assez vite qu'elle est truffée de néologismes ou d'inventions (comme Orwell avait inventé la novlangue pour 1984).
Kubrick s'amuse à inventer une Angleterre futur(ist)e, quoique absolument pas datée, où rien n'a changé à vrai dire : les riches sont riches et se claquemurent, et les pauvres sont pauvres, s'ennuient, et se distraient donc à attaquer les riches (mais pas que, ils s'attaquent même entre eux). Alex est un de ces chefs de bande, et nous allons nous attacher à ses basques l'espace d'une nuit, puis d'une autre. Moi qui suis trouillard comme une gerboise en pleine guerre atomique, je ne me suis pourtant pas caché les yeux ou quasi : il s'agit d'actes de violence, certes, dégueulasses, ignobles, mais la musique produit un curieux effet de distanciation ou, mieux, de déréalisation. il s'agit de spectacle avant tout, et Kubrick n'oublie pas de nous le rappeler.
Après un délit particulièrement crapoteux (et la trahison de ses sous-fifres) Alex va se retrouver en taule (je me souviens que c'était l'extrait qu'ils avaient passé à la télé quand Pierre Tchernia, dans Monsieur Cinéma, avait annoncé la sortie de ce  film "au titre étrange") et va réussir à en sortir plus vite que prévu en acceptant de se soumettre à un traitement "radical" destiné à éradiquer la violence qui est en lui, à ne plus lui donner le choix. (comme le souligne, indigné, l'aumônier de la prison).
Le traitement (qui est quasiment pire que le mal qu'il veut soigner) réussit, Alex sort de prison, et va (re) tomber de Charybde en Scylla, sous la forme de chacune des personnes auxquelles il a eu affaire dans la première partie. Tout va donc aller de mal en pis,et sans que le pauvre puisse répliquer, jusqu'à un final que, je dois le dire, j'avais complètement oublié, mais qui rend encore plus saumâtre tout ce qui a précédé...
Cette deuxième partie est nettement moins intéressante, elle est d'ailleurs traitée moins esthétiquement, plus excessivement, avec forces grimaces et ricanements (de plus en plus, à vrai dire, plus on s'approche de la fin.) On était partis de si haut que ça fait drôle de se retrouver comme ça un peu le nez dans la gadoue...
I'm singing in the rain...

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19 avril 2012

fusil

AURORA
de Christi Puiu

Je n'y peux rien, c'est comme ça, ça doit être dans les gênes : j'adore le cinéma roumain. Ca a commencé avec Lucian Pintilié, ça a continué avec la "nouvelle vague roumaine", et ça ne s'est pas démenti. Christi Puiu avait déjà fait fort avec La mort de Dante Lazarescu (qui restait en 3h strictement dans les limites de son sujet : la dernière nuit d'un vieil homme), et récidive avec ce film dont le titre est certes moins directement explicatif.
Cela s'appelle l'aurore. Mais cela n'est pas ici synonyme de lumière, de chaleur et d'espoir...
Un homme (joué par le réalisateur lui-même) est suivi par la caméra dans ses déplacements (de jour, de nuit, dedans, dehors, dans un appartement en réfection, dans une cour d'usine, dans sa voiture, dans la boutique d'un marchand d'armes, dans une école,c chez sa belle-mère et j'en passe) de façon quasi documentaire, en plans-séquences, et sans qu'on sache vraiment à quoi tout celà correspond. (La lenteur et le "minimalisme" pourraient évoquer Policier, adjectif, de Corneliu Porumboiu, autre roumain que j'affectionne tout aussi chaleureusement). Viorel, donc, un genre d'anti-héros pas très bavard (ni très sympathique d'ailleurs, le réalisateur n'hésite pas à donner de son personnage une vision sans fioritures, pas loin du Yvan Attal de 38 témoins, les crampes aux maxillaires en moins : Puiu ne joue pas la fermeture, il l'est, simplement -fermé-).
Autant dire que ça ne rigole pas, a priori. Mais bon on est dans un film roumain, et donc on a droit à quelques embardées dialoguées (la grand-mère sort-elle à poil, quand le bûcheron ouvre le ventre du loup, à la fin du Petit chaperon rouge ?) ou scénaristiques (la viste du voisin du dessus avec son fils, après l'inondation dans la salle de bain) autant d'accrocs divertissants, de respirations, dans la trame grisâtre et sans concession de ce jusqu'auboutisme filmique.
C'est lent, on pourrait dire "c'est ennuyeux", c'est vrai,  et pourtant c'est tout à fait fascinant. Puiu filme d'une façon absolument magistrale tous les espaces clos (tout particulièrement cet appartement en travaux dans le quel se passe une grande partie du film), il peaufine ses (dé)cadrages, ses cadres dans le cadre, ses plans tordus, d'une façon totalement (merci téléramuche) ju-bi-la-toi-re! Ca c'est du cinéma, nom de dieu, ça c'est du cinéma!
Il a même la gentillesse  de m'adresser un clin d'oeil amical (mais là c'est strictement personnel) avec une scène de douche AQV (qu'il a assez joviale, d'ailleurs, même si un peu à contre-jour), et un autre pour ceux qui ont vu Dante Lazarescu (ça ne vous dit rien, ce sweat-shirt rayé bleu et blanc ?)
Un film glacé comme une nuit d'hiver, sec comme un coup de trique (la dernière scène fait froid dans le dos) et long comme un jour sans pain (enfilons joyeusement les clichés.).
J'oubliais "joyeux comme en Roumanie on sait l'être." Pouèt-pouèt!
Je me suis régalé.

20019215

Le film avec la plus minuscule police de caractères au générique de début de l'histoire du cinéma!

29 juillet 2011

chapelle ardente

LE MOINE
de Dominik Moll

Celui-là, j'y suis allé un peu parce que j'étais obligé, pour des raisons qu'il serait trop long ici d'expliquer (une histoire de carte à 5 places et de date-limite). Le réalisateur, j'aime plutôt bien (j'avais adoré son premier, Intimité) et bien aimé les autres aussi, même si moins.
La bande-annonce m'avait semblé furieusement ... gothique, et Hervé à qui j'en faisais la remarque m'avait répondu que c'était logique puisque c'était l'adaptation du roman du même nom (je n'avais pas du tout percuté ni fait le rapprochement) ce roman dont j'ai vu pendant des lustres la couverture, en collection Marabout fantastique, sans jamais avoir eu envie de le lire, à l'époque je préférais Bob Morane...
Je ne l'ai toujours pas lu, et je n'aurai pas forcément davantage envie de le lire, après avoir vu le film. Précisons tout de suite que les critiques sont cruel(le ?)s et que le film ne mérite pas la volée de bois vert qui l'a accueilli. Le film est efficace, plutôt bien fait, et, pendant la majeure partie tout du moins, il fonctionne.
Du gothique, on en a, et grave : les moines en procession avec leurs capuchons pointus qui dissimulent leurs visages et leurs tourments moraux, les gargouilles menaçantes, avec ou sans visages, les religieuses avec les voiles qui volettent, les moinillons au visage dissimulé par un masque, les couronnes d'épines, les prêches véhéments, les corbeaux menaçants, les insectes maléfiques, les mères supérieures salopes, les bonnes soeurs engrossées, les tombes ouvertes, les crânes fracassés, les bébés abandonnés... tout ça (et bien d'autres choses encore) avec les décors et la musique qui vont avec... Au diapason, quoi.
Encore une histoire de religion et de vierge marie (le 15 août approche, vierges préparez-vous pour l'immaculée procession et le jetage de pétales -ah bon y en a plus ? ), donc, après Lourdes, mais, autant dire le pendant exact, l"opposé, l'autre versant : autant Jessica Hausner a choisi le clinique, autant Dominik Moll choisit le frénétique (et les gros sabots qui vont avec). La reconstitution est soignée, les lumières sont très chiadées, et le film est conforme au cahier des charges présenté par la bande-annonce : un moine zélé, une jeune fille pure (euh en fin de compte il y en a deux, mais l'autre n'est pas si pure que ça...) , les tourments de la chair, la foi, la tentation, et le diable, bien entendu pour faire bonne mesure (j'avais écrit "bonne figure"...)
Je ne suis pas sûr et certain que Vincent Cassel était le plus indiqué a priori pour incarner ce personnage, mais il ne s'en tire pas mal du tout. J'ai eu surtout beaucoup de plaisir à revoir Géraldine Chaplin en abbesse (elle doit à présent avoir un âge canonique) et surtout, surtout, Catherine Mouchet (la Thérèse d'Alain Cavalier) en mère de la jeune fille, sublimissime dans sa première scène (mais elle en a peu, la pauvre)...
La fin est un peu excessive et la toute fin presque grotesque (mais normal, on est dans le gothique!). Le montage en parallèle entre la procession de la vierge et l'irréparable que s'apprête à commettre le moine, sa myrte magique à la main (finalement c'est un genre d'histoire d'Oedipe, encore une fois, sauf qu'il ne tue pas son père et qu'il ne couche pas avec sa mère mais presque, puisqu'on reste tout de même dans le cercle de famille...) est oppressant, avec ses effets appuyés, et, je l'ai dit, efficace (on a in fine, pour se détendre, une vision rapide des fesses de frère Vincent, qu'il a jolies, et encore plus furtive de sa quéquette, qu'il a joviale aussi, même si à ce moment-là on n'a pas trop la tête à ça...)
La dernière scène est dommage (c'est pas français mais c'est la façon la plus simple de le dire) avec Sergi Lopez qui nous fait son diable, et Vincent qui nous  fait son jésus sur le Mont des Oliviers...
On a connu Dominik Moll plus à l'aise dans le film sans costume, et c'est dans cette voie-là que nous lui conseillons de persister...
Bénissez-moi mon père parce que j'ai péché, tiens, et flagellez-moi un peu pendant que vous y êtes...

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23 février 2011

jeunes gens

MEMORY LANE
de Mikhael Hers

Ça pourrait être rien, ou presque. Des mouches dans une boîte, des fourmis qui courent dans l'herbe, des nuages qui s'éloignent, tellement l'intrigue n'a pas vraiment d'importance, tant l'enjeu est ailleurs. Dans une fin d'été lumineuse (août se termine, comme s'éloignerait l'adolescence), un groupe d'amis, d'amis d'enfance même, évolue sous la caméra attentive de Mikhaël Hers.
Simplement. Avec douceur.
Garçons et filles, frères et soeurs, copains et copines, comme filmés  à leur insu : on discute, on boit des bières, on discute encore, on se rappelle, on souffre plus ou moins, on l'exprime ou pas... Sans jamais s'appesantir, la caméra survole, s'approche,  se pose, avec une infinie légèreté et une jolie délicatesse. Tous les (jeunes) acteurs sont au diapason. Didier Sandre en père malade et Marie Rivière en maman solaire jouent le contrepoint adulte de cette jolie musique (la bande-son est assez classieuse).
La lumière est belle, les blessures guérissent-elles ? En tout cas, on se retire sur la pointe des pieds. Joli.
Une scène merveilleuse, de danse (boîte de nuit) filmée d'abord normalement, puis au ralenti, et enfin au ralenti mais avec une autre musique surajoutée. Du grand art.
(Ou comment on peut parler de choses "sérieuses" sans pathos.)

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27 octobre 2010

"j'entends déjà les quolibets..."

POTICHE
de François Ozon

Nous l'avons passé ce soir, très en avant-première (15 jours) dans le bôô cinéma. Les avis étaient extrêmement variés à la sortie : personne n'a détesté, l"une d'entre nous a adoré, les autres étaient contents, à des degrés variables. C'est pas le meilleur Ozon, c'est pas le pire non plus...
C'est, comment dire, un film tellement lisse qu'il pourrait en être botoxé. Un film joliment artificiel, gentiment satirique. Aimablement insignifiant, quoi. On peut juste se demander qu'est-ce qui peut pousser, "de nos jours", un réalisateur à adapter pour le cinéma un succès du théâtre dit "de boulevard", où triompha, en son temps, Jacqueline Maillan (que j'aime d'ailleurs énormément). En faire une œuvre quasiment expérimentale, en fixant sur la pellicule du théâtre filmé comme du cinéma qui revendiquerait son essence théâtrale ? Du soixante-dix-septième degré, quoi.
La reconstitution des années 70, justement, en est plus que consciencieuse, et on frôlerait là alors quasiment l'hyper-réalisme. Attention, toutefois, on n'est pas tout à fait dans Oscar, le rythme est moins hystérique, les portes claquent moins et les coups de théâtre -justement- sont moins claironnés, mais les acteurs assurent assez impeccablement dans le léger surjouage d'un texte très écrit avec juste ce qu'il faut de retenue et de distance à la fois pour qu'on les remarque en train de le faire.
Deneuve est très bien, Depardieu est énorme (et on a du mal à accepter son personnage de maire communiste quand on vient d'entendre ses dernières décalrations tonitruantes -dans la vraie vie- à propos des "trous-du-cul qui manifestent pour leur retraite"), ils sont tous très bien (et j'avoue un léger faible pour Judith Godrèche), dans la partition que, pour une fois, l'affiche du film (avec son "jeu des étiquettes") définit dès le départ assez justement.
J'ai regardé tout ça sans m'ennuyer mais sans en concevoir un enthousiasme excessif non plus.

Me restera cet échange, entre mère et fille :
"- mais... tu as pensé à tes enfants ?
- non, j'ai pensé à moi..."

19502913

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