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lieux communs (et autres fadaises)
14 décembre 2017

alouette

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CARRÉ 35
d'Eric Caravaca

Eric Caravaca signe un film poignant mais tout en retenue sur un "secret" (un non-dit, en tout cas) de l'histoire de sa famille : la mort de sa soeur aînée Christine. Il interviewe sa mère, son père, son frère, sur cette mort tue, cachée, niée, pendant toutes ces années, et reconstitue patiemment l'histoire, avec honnêteté, simplicité, humilité. Il s'agit pour lui de remettre un visage, oh, juste une photographie dans le cadre vide sur la stèle posée sur la tombe de sa soeur, qui figure un livre ouvert, avec un poème qui parle d'alouette...
Il est beaucoup (surtout) question de famille, et, bien entendu, ça m'a d'autant plus touché. Les histoires de familles compliquées, les choses cachées, les mystères, les enfants morts, les souvenirs et les regrets aussi, je connais "un peu"...
C'est bouleversant ces fouilles archéologiques familiales, ce que le réalisateur parvient à exhumer, à mettre à jour, le formidable déni opposé par sa mère, très gentiment, très poliment, (très sincèrement, même) tandis que les autres témoignages aident, petit à petit, à reconsituer, en creux, le portrait fragmenté d'une enfance disparue...
Beaucoup de documents d'archives, qui rendent les choses encore plus intimes et passionnantes : photographies, films super 8, vidéos (dans un double mouvement, Eric Caravaca montre les films tournés par ses parents, mais aussi ceux qu'il a lui-même tournés, son fils Balthasar, son père mort à l'hôpital). Oh la violente et douce mélancolie qu'engendrent ces images un peu floues, un peu décolorées... (je dis sans doute ça parce qu'il ne me reste rien de ce genre ou presque...)
Le film a été co-écrit avec Arnaud Cathrine, et c'est Florent Marchet qui en a fait la musique, qui elle aussi accompagne les images avec tendresse, simplicité, et beauté. Une réussite.

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3 novembre 2017

biche ô ma biche

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CORPS ET ÂME
de Ildikó Enyedi

J'ai bien ce genre de film, qui apparaît tout à coup sur les écrans et à l'affiche -plop!- comme un champignon magique. Ni répertorié, ni attendu, ni connu. Et qui vous produit un tel effet. Un film hongrois, donc, d'une réalisatrice dont le nom m'évoque un pépiement d'oiseau exotique. Allocinoche m'informe qu'elle a réalisé quatre films depuis Mon XXème siècle, qui avait obtenu la Caméra d'or à Cannes en 1989 (soit grosso modo un film tous les dix ans) inutile de dire que je vais chercher à en savoir plus sur la dame et ses oeuvres, après avoir vu ce film-ci, que j'ai beaucoup beaucoup aimé.
Une histoire d'amour (?) entre un homme et une femme (pas trop chabadabada) : lui est patron d'un abattoir, et elle en est la nouvelle "contrôleuse-qualité". Ils se côtoient d'abord professionnellement, mais, aussi, et surtout, oniriquement : ils se retrouvent toutes les nuits, dès qu'ils s'endorment, sous la forme d'un cerf et d'une biche, dans la forêt enneigée...
On suit en parallèle leurs deux parcours : le nocturne, bucolique et forestier, et le diurne, beaucoup plus... terre-à-terre (les tueurs des abattoirs ne sont pas précisément réputés pour leur légèreté et leur finesse).
Lui est plus âgé, taciturne, handicapé (il a perdu l'usage d'un bras), elle est blonde, timide, mal à l'aise avec les autres (on apprend qu'elle continue de consulter le même pédopsychiatre que lorsqu'elle était enfant), pendant le film j'avais envisagé d'intituler ce post "Je suis in, inadaptée" comme la chanson de Brigitte Fontaine, tellement Maria (c'est son prénom) semble avoir des problèmes : elle est à mi-chemin entre l'autisme et le personnage d'extra-terrestre que jouait Scarlett Johanssen dans Under the skin, c'est dire son inquiétante étrangeté...
C'est la venue d'une psychologue dans l'entreprise, (pour faire des bilans psy de chacun des employés pour trouver le coupable d'une histoire d'aphrodisiaques) qui va permettre (elle leur demande de raconter leurs rêves) à Endre et Maria de réaliser qu'ils se rencontrent ainsi chaque nuit, dès qu'ils s'endorment. Et je trouve le postulat de départ magnifique. Et Maria/biche se comporte plus en "vraie biche" que Maria/femme en "vraie femme". C'est beaucoup plus simple la nuit, dans les rêves, que dans la réalité. D'autant plus que le contexte professionnel en rajoute dans le terre-à-terre et le sanguin, et on a, ainsi, droit au portrait de quelques joyeux bourrins qui y officient.
Avec une maladresse touchante (je devrais dire deux maladresses touchantes) nos deux tourtereaux -oups pardon cervidés- vont tenter de se rapprocher... La réalise entrelace avec soin (avec délicatesse) les deux niveaux de l'histoire, le trivial, boulot, cantine, collègues, et l'onirique, sous-bois enneigé, herbe qu'on broute, museaux qui se frôlent, et on se demande bien comment tout ça va finir... Et Dominique m'avait bien prévenu que c'était "pour public averti, mais pas celui que je pensais...", et j'ai compris lorsque, dès le début, j'ai vu les scènes d'abattoir, dont je n'étais absolument pas au courant, mais qui donnent au film une dimension documentaire, réaliste, "vitale", supplémentaire.
Cette idéalisation de l'amour ne pouvait bien évidemment que me toucher (vous me savez midinet plus que de raison, surtout à mon âge, où l'on est censé n'être plus qu'un vieux braconnier endurci, cuirassé de cicatrices et couturé de certitudes) et je me suis senti dans cette histoire (et son traitement) autant en terrain de connaissance que biche en sous-bois.
J'ai presque trouvé la singularité de Maria à peine un poil (de biche) trop excessive, mais me suis aussi un peu reconnu dans cette fameuse inadaptation, et j'aime aussi que les autres personnages (la psy, le collègue à queue de cheval) soient, eux aussi, à peine exagérés (dans la féminité ou dans la bourrinitude).
Un film, pourtant froid, où, allez savoir pourquoi, je me suis senti bien...

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l'affiche hongroise

 

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et la française

 

20 juillet 2017

un corbillard ne fait jamais demi-tour

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GRAND FROID
de Gérard Pautonnier

On a vu beaucoup beaucoup la bande-annonce dans le bôô cinéma, mais il y avait toujours des choses qui m'y plaisaient ou me faisaient encore sourire : Bacri, Dupont, Gourmet, Duquesne, des acteurs que j'aime bien, dans des rôles certes sans surprise mais grâce auxquels on se laisse porter et trimballer sans trop rechigner. Pourtant c'est en corbillard, et il fait un froid de gueux. Nos trois compères (les premiers de la liste) sont croque-morts, les deux premiers sous les ordres du troisième, patron d'une entreprise plus guère florissante. Située au milieu de nulle part, en face d'un restau chinois -tout aussi déserté, tenu par des belges.
Dès le départ, on baigne dans une ambiance pince-sans-rire, décalée, très réjouissante (et les dialogues, écrits -au petit poil- par l'auteur-même du roman que le film a adapté, Joël Egloff pour Edmond Ganglion & cie, en rajoutent encore à ce petit bonheur, certains répliques méritant de devenir cultes). Certes, pendant un certain temps temps, il ne se passe pas grand-chose, mais ce presque rien  suffit à notre plaisir, même si on sent derrière tout ça une certaine nonchalance, un certain relâchement, mais làcher ainsi ces quelques personnages au milieu de ces quelques décors (deux intérieurs : les pompes funèbres et le restau, mais le reste, en extérieurs tout aussi  splendidement hivernaux -ils ont été tournés en Pologne-) est absolument plaisant, dans un esprit de stylisation bd/ligne claire. Le spectateur prend possession des lieux, des personnages, des situations.
La deuxième partie du film est amorcée par "un redémarrage des activités" : il s'agit d'un défunt que ses proches (sa femme et son frère) souhaitent enterrer à un certain endroit (qui ne figure, hélas pas tout à fait sur les cartes dont disposent les conducteurs du corbillard. s'ensuit un trajet dans la neige et la glace de plus en plus congelé et surréaliste (qu'on avait deviné quand on a vu soixante-dix-huit fois la bande-annonce) où les choses ne se passeront pas vraiment comme c'était prévu, jusqu'à une troisième partie qui, elle, n'était pas absolument pas figurée, pour notre plus grand bonheur, dans cette fameuse bande-annonce, et où le film aborde un virage narratif supplémentaire.
Un film attachant, agréable, dont la nonchalance narrative joue peut-être un peu en sa défaveur. On ne s'y ennuie pas, on y sourit beaucoup, on apprécie l'humour à (grand) froid, bref on passe un bon moment. (J'allais écrire "juste un bon moment", mais, au milieu des comédiasses à la française thermoformées et interchangeables et lugubrement reproduites à la chaîne, c'est déjà énorme, non ?). (Et comme disait Quentin Tarentino, ou presque, "C'est trop cool un film avec des mecs en costard noir et chemise blanche...")

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12 juillet 2017

vertiges (de l'amour)

ASCENSIONS
de BABX

Il y a des disques qui vous prennent au dépourvu.
Parfaitement par surprise.
Je l'avais dans un coin de mon disque dur, et comme ce mercredi après-midi se prêtait à l'écoute (à l'ombre, à l'abri, au hasard...) et j'en avais alignée , une petite flopée d'albums disparates sur mon lecteur wind*ws media.
Il s'est retrouvé juste après Rodolphe Burger et Glenn Branca.
Juste la voix, le piano, Omayma repose sous les mandariniers..., (je suis très sensible à la formule piano/voix, tiens comme chez mon ami Bachar Mar-Khalifé) et j'arrête ce que je suis en train de faire, suspendu, j'écoute encore, et il y a quelque chose qui se passe...
je vais voir la liste des titres, je continue d'écouter
je vais lire un peu sur le ouaibe l'histoire de cet album, j'apprends qu'il a été composé après l'attentat du 13 novembre au Bataclan, il est question d'Omayma, la jeune fille qui donne son nom au plus beau (triple) titre de l'album, de Werner Herzog, d'Archie Shepp
que ce qu'on entend, ce sont les maquettes voix piano qui ont été composées, à l'origine, au studio, comme ébauche,
mais dont Babx n'a pas pu ensuite tirer autre chose, l'émotion initiale, sa tension, sa fragilité, sa force,  n'étant pas modélisables (reproductibles), "enjolivables"
et nous le restitue donc ainsi, brut, dans sa simplicité, son dénuement

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et c'est beau comme tout
et plus j'écoutais le disque, plus j'avais envie d'y rester, de m'y plonger, et replonger
et  les larmes aux yeux, la première fois, puis une autre, et une autre encore...
un grand grand moment de musique et d'émotion pour moi

31 juillet 2017

lapin blanc

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TOM OF FINLAND
de Dome Karukovski

Troisième et dernier film de la journée dans la salle 3 du Victor Hugo (21h40). J'avoue que j'étais un peu affriolé par le titre et le sujet (je connais plutôt bien les dessins de l'artiste en question, les sujets qu'ils traitent et le genre d'émois qu'ils procurent...) De plus, comme un clin d'oeil amical, le film précédent se terminait (ou presque) au sauna Finlandia,  la transition me semblait logique, et m'engageait à y aller. A cette séance (la dernière), il n'y avait (tiens donc) que des mâles dans la salle, tous solitaires avant le début de la séance, sauf un qui fut rejoint in extremis par deux copines (clic clic) dont je craignis aussitôt qu'elles ne jacassassent pendant toute la séance mais heureusement non.
Peut-être commençais-je à être fatigué mais
1) Je n'ai pas tardé à papillonner et à somnoler
2) Je me suis même demandé si je n'allais pas quitter la salle avant la fin, pour, justement, pouvoir rentrer chez moi plus tôt (et m'endormir idem).
Je dois avouer que la déception était patente, d'abord, avouons-le, parce qu'il ne s'agit pas du tout, contrairement à ce que pouvait laisser présager son sujet, d'un FAQV (même les dessins sont assez soigneusement émasculés) et c'est dommage. Ensuite parce que le biopic est ici trop soigneusement repassé et amidonné, assagi, affadi, mettant surtout l'accent sur l'importance du lien dudit Tom avec sa soeur, elle-aussi artiste.
D'un plat a priori sauvage et épicé (fantasmatique) le réalisateur a tiré un plat joliet mais singulièrement fadasse. Un documentaire sociétal sur les gays, sur l'ostracisation et le harcèlement (la persécution, l'charnement) dont ils ont fait l'objet jusqu'à une date relativement récente, sur le sida aussi, bref un survol peut-être bienvenu pour rafraîchir certaines mémoires, mais je suis sûr que le prochain 120 bpm de Robin Campillo le fera de plus énergique façon.
(A noter la coïncidence minutieuse entre certaines scènes (notamment celles nocturnes de drague dans les parcs) avec les mêmes scènes, mais écrites cette fois, dans l'ahurissant Histoires parallèles de Peter Nadas, que je viens de reprendre...)
Oui, oui, je sais, peut-être n'était-ce pas très raisonnable, non plus, de m'enquiller, comme ça, trois films d'affilée, je sais je sais...
-Fin de la journée dans la salle 3 du Victor Hugo-

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29 juillet 2017

au revoir hervé

Hervé Le Roux, un cinéaste discret qui s'est éteint tout aussi discrètement (le 26 juillet 2017 mais je viens seulement de l'apprendre par une notulette de Libé que je n'avais pas pris le temps de lire hier...)

 

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Trois films, ce n'est pas beaucoup, mais, ici, on l'aimait, justement beaucoup... On en passé deux, me semble-t-il (et il me semble me souvenir qu'à la séance de Reprise, qui était justement une séance de reprise, dans le vieux cinéma, on n'était que deux dans la salle : Hervé (l'autre) et moi... Et peut-être que On appelle ça le printemps on ne l'a vu qu'à... Luxeuil (?) en présence du réalisateur aussi, me semble-t-il...

 

2 août 2017

tout le monde, applaudissez bien!

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NOTHINGWOOD
de Sonia Kronlund

Bigger than life. Il y a des personnages, comme ça. Salim Shaheen en est un. Un réalisateur (et acteur) afghan, auteur de 111 films (au moment où celui-ci -un documentaire à lui consacré- a été tourné). 111 films! Et tout ça sans un kopeck*(je ne sais pas quelle est l'unité monétaire de l'Afghanistan) mais avec beaucoup d'ingéniosité (j'ai failli écrire ingénuité, et on n'en serait, finalement, pas si loin...) de sens des affaires, de roublardise, (la liste pourrait s'allonger encore).
Sonia Kronlund (une dame de France-Cu, que donc je ne connais pas puisque je n'ai plus la radio depuis belle lurette) a décidé de tourner un film sur ce monument national à côté duquel , nous explique-t-elle en ouverture, elle avait le sentiment d'être passée, après avoir couverts maints reportages auparavant sur maintes choses épouvantables du quotidien afghan. Car Salim Shaheen est une véritable méga-star là-bas (enfin surtout chez les hommes, car de femmes on ne verra quasiment figurer à l'écran que la réalisatrice, quand même dûment foulardée, "Mais toi tu es un homme!" lui tonitruera d'ailleurs Salimchounet, qui provoque l'enthousiasme des masses partout où il passe, et sait l'entretenir, dans un savant mélange d'exhubérance et de sens-du-poilisme.
C'est un véritable ouragan, qui gesticule, danse, vocifère, boude, roucoule, interpelle la caméra, rabroue les acteurs, soulève les voitures, bref produit beaucoup de vent, sous ses multiples casquettes de réalisateur, d'acteur, mais aussi, surtout, de personnage central du film que lui consacre Sonia K.
Et le film nous entraîne sans nous laisser le temps de dire ouf, et tourbillonne lui aussi, entre les films que S. a déjà tournés, ceux qu'il est en train de tourner (quatre en même temps, nous précise la réalisatrice, au moment de son tournage à elle), entremêlant de jubilatoire façon (l'adjectif est ici parfaitement mérité) la réalité de l'illusion et l'illusion de la réalité. Comme un délirant tricot afghan, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, récit, conte, allégorie, hagiographie, témoignage, tout ça enchâssé dans la (dure) réalité du pays. Oui, dans ce pays ahurissant a germé ce personnage abracadabrant, qui ne pouvait donner qu'un film tout aussi esbaudissant (l'adjectif n'existe pas, mais le film le mérite). Un film qui ragaillardit d'autant plus que le gaillard, justement, a su s'entourer de personnages à sa hauteur, entre un co-scénariste dialoguiste mais acteur aussi au look de Sébastien Tellier local et un acteur principal... qui joue à merveille les personnages efféminés ("Même un soldat efféminé ne saute pas comme ça..." lui fera remarquer, lors d'un des tournages, un vrai gradé du cru). Moi je dis ça je dis rien, et d'ailleurs rien n'est dit.
Un film "viril", donc, où tout un chacun semble traîner tout naturellement sa kalachnikhov (ce sont d'ailleurs de vraies armes qui sont utilisées sur les tournages), dont on est d'autant plus content (et fier) qu'il ait été réalisé par une femme.
Avec en prime, cet omniprésent fatalisme à l'afghane ("Je n'ai pas peur de mourir. A quoi ça sert d'avoir peur d'un truc dont on sait qu'il va arriver ?"), entre insouciance et inconscience.
Bref, un (gros) bonheur de film. (Qui ne sera hélas projeté que 3 fois dans le bôô cinéma).

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* ca y est, je le sais, je viens de chercher, c'est l'afghani!

29 mars 2021

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 (tiens je m'auto-cite d'il y a quinze ans!)

"Angoissé, moi ? non, je serais plutôt inquiet.
Inquiet comme une caille, un dindon, une poule qui court (c'est plus léger, entre volatil et volatile...) , vous voyez bien, ce genre d'animal un peu stupide, gallinacé ou avoisinant, à l'oeil rond, avec ces petites pattes ridicules pas vraiment faites pour la course. Qui fait des effets de jabot, cou plus ou moins déplumé, émet des sons bizarres si on lui court après ou qu'il s'affole un peu.

Une inquiétude vague, imprécise, sans objet nommé, comme partant du principe qu'il devrait forcément arriver une catastrophe, que la personne là en face devrait vous vouloir forcément du mal, que vous ne serez forcément pas à la hauteur de vos ambitions, que vous n'arriverez forcément pas au bout de votre projet, que vous serez forcément lamentable...
Alors vous trottinez sur vos petites pattes ridicules, sans trop savoir exactement où vous allez, vous vous penchez en avant pour picorer ou faire semblant de, vous vous gratouillez les plumes dans le double espoir d'en ôter ce qui vous y démange et d'en accroître le volume pour éventuellement impressionner un adversaire... éventuel!

Oui, vous tournez en tous sens votre petite tête d'oiseau, avec dedans votre petite cervelle d'oiseau, guettant de quel côté ça pourrait bien vous tomber dessus.
Le renard, la fermière, le coq, le blé empoisonné, l'usine à oeufs, la grippe... on ne sait jamais, les sujets d'inquiétude potentiels sont tellement nombreux que vous pourriez sans souci (!) y consacrer jusqu'au dernier instant de votre courte vie (de bestiole emplumée s'entend)"

(je / 29 mars 2006)

*

(Toulouse)
SANTUARIO (SANCTORUM)
de Joshua Gil

J'ai été sidéré par ce film mexicain, pourtant vu en trois fois (le début hier soir le mileu ce matin et la fin ce soir), qui partant sur la situation inextricable de paysans qui font pousser de l'herbe dans des zones  inaccessibles, parce que c'est tout ce qu'ils sont capables de faire pour (sur)vivre  et se retrouvent pris en tenaille entre les narco-trafiquants et l'armée (et les politiques), pris dans une spirale de violences d'agressions et de menaces perpétuelles (doubles et sans issue), dans un contexte au départ très réaliste (le début pourrait faire penser à un documentaire (le réalisateur a fait appel à des acteurs non-professionnels, il a d'ailleurs été l'assistant de Carlos Reygadas sur Japon) mais le film prend une incontestable ampleur, visuelle et narrative lorsque le réalisateur convoque dans son récit des forces et des puissances qui sont au-delà de l'humain (et du registre de l'au-delà, justement), en utilisant des effets spéciaux parfaitement à la hauteur...). Fascinant.

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*

c'était un beau dimanche après-midi avec du ciel bleu et du soleil, un temps parfait pour prendre la route et aller à Besac (c'était la première fois depuis au moins vingt ans je pense que ladite route était complètement "sans travaux" d'un bout à l'autre...), chez Dominique, qui nous avait invités (Emma Gigis et moi) à manger la Forêt Noire qu'elle avait confectionnée hier avec ses petites mains, dans un atelier de pâtisserie avec une cheffe qui lui avait été offert par d'autres amis en cadeau d'anniversaire...
Forêt-Noire, donc (excellente)

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puis café, on a piapiaté (c'est bien de piapiater "en vrai", c'est mieux qu'au téléphone!) on est parti de là

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et deux heures plus tard on était là...

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Allez savoir pourquoi... Entre-temps on a joué, comme au bon vieux temps, d'abord au 6 qui prend, (où je ne suis décidément vraiment pas doué), puis au Okey où je me suis un peu mieux débrouillé...
Et 17h30, il était déjà temps de repartir, because poulailler.
(et la route était toujours aussi belle -et le mix que j'écoutais toujours aussi joyeux-).

*

 

 

 

28 mars 2021

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chez le boulanger ce matin il y avait des petits kouign-ammans individuels

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vue de dessus

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vue de dessous

(à moins que ce ne soit le contraire)

la boulangère m'a assuré que ça n'était pas plus calorique qu'un gâteau "normal"

*

"Certains livres donnent le vertige. Surtout quand ils viennent remettre en cause ce qui paraissait évident, au cœur même de notre routine. La Grande Transformation du sommeil, de l’historien américain Roger Ekirch est de ceux-là : en analysant comment nos nuits ont évolué au cours des siècles, il vient ébranler ce qui semblait si naturel qu’on n’y réfléchissait même pas. Quoi de plus normal que de dormir d’une traite, la nuit ? En accumulant les archives - tableaux et gravures, romans, procès-verbaux policiers et judiciaires, Ekirch a eu une intuition : longtemps, le sommeil des Européens a été scindé en deux temps. "Premier sommeil" et "second sommeil", d’une durée à peu près égale, étaient séparés par une période de veille. Aux alentours de minuit, pendant une heure ou un peu plus, "les membres de chaque foyer quittaient le lit pour uriner, fumer un peu de tabac ou encore rendre visite à leurs voisins, écrit l’historien dans son article A la recherche du sommeil perdu, publié en anglais pour la première fois en 2001 et reproduit dans le livre sorti ces jours-ci en France. De nombreuses personnes restaient au lit et faisaient l’amour, priaient ou, plus important encore, méditaient au contenu des rêves de leur "premier sommeil"". Le poète George Wither (1588-1667) écrivait ainsi : "A minuit quand tu t’éveilles du sommeil…", et quelques années plus tard, John Locke (1632-1704) assurait : "Tous les hommes dorment par intervalles." "L’immense majorité des témoignages qui nous sont parvenus, assure Ekirch, indique que se réveiller spontanément était habituel, qu’il ne s’agissait pas de la conséquence d’un sommeil perturbé ou agité. Les livres de médecine, du XVe au XVIIIe siècle, recommandaient bien souvent, afin de faciliter la digestion, de se coucher sur le côté droit au cours du "premier sommeil" et "après le premier sommeil" de se tourner sur le côté gauche."" (Libé)

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(jeune aussi, il était très beau je trouve... mais si, regardez le petit barbu au milieu...)

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(Toulouse, Toulouse, à mi-parcours...)

UN ANIMAL AMARELO
de Felipe Bragança

Encore une très belle surprise venue du Brésil. Un film ample, somptueux, ambitieux, baroque, avec une voix off et des dialogues très écrits, sur un cinéaste qui veut faire un film à la mémoire de son grand-père et n'embrassera rien moins que l'histoire du Brésil en passant par le Mozambique et le Portugal, dans un film en quatre parties, quatre mouvements dont le héros (le cinéaste) a des faux-airs de Jeff bridges dans The Big Lebowski (sans qu'il y ait quelque rapport que ça soit, excepté peut-être la crédulité (la candeur ,) dudit personnage....) un film historique, exotique, et en même temps très ici et maintenant.

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19 mars 2021

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(que dire ?)

*

"Il y a un an, au soir du 15 mars 2020, alors que la soirée de premier tour des municipales virait à la cacophonie tant tout le monde se foutait des résultats et voyait bien que le pire était devant nous, j’ai envoyé un mail à la rédaction de Libé.

"L’épidémie s’étend, le confinement arrive. Tout va changer dans la façon de gérer. Comme tu le sais peut-être, je me suis intéressé à ces questions de pandémie depuis des années, mon adolescence avec les romans de SF, plus récemment avec H1N1 et mon blog. Ma proposition ? Un Journal au temps du corona en première ligne, en médecine générale, en sachant que tout est possible et qu’on ne sait pas quelle forme ça prendra. Dans nos cabinets ? En réquisition avec l’armée ? En soutien à l’hosto ? En visite ou en consult dans des tentes à l’air frais ? On ne sait rien. Mais on va apprendre et faire jour après jour. J’ai les connaissances médicales, la culture littéraire, les infos médicales sur les réseaux sociaux et sur mon réseau perso (réanimateurs, urgentistes, généralistes, régulateurs Samu, membres de la team de gestion de crise), pour faire ça. Ainsi que les compétences pour donner des infos simples et compréhensibles sur les questions médicales, Ains [Anti-inflammatoire non stéroïdien, ndlr] ou pas, chloroquine, etc. C’est ma proposition, parce que j’ai adoré bosser avec vous. Si ça vous dit, tu me dis le nombre de signes au quotidien, on en discute. Dis-moi vite, la “guerre”, c’est demain."

Je relis ce mail et je me souviens que nous ne savions rien de ce que serait demain. Des confrères avaient peur de mourir. Ils n’avaient pas tort. Ce fut le sort de certains de mes amis. D’autres imaginaient que nous serions abandonnés complètement, que le chaos régnerait si les morts s’accumulaient, si on nous demandait, en ville, de prendre en charge sans moyens des patients ingérables parce que l’hôpital était submergé.

Galaxie de gens perdus

Nous ne savions pas que le confinement casserait la dynamique de l’épidémie et aplatirait la courbe des contaminations. Nous ne savions pas non plus, comment aurions-nous pu l’imaginer, que de l’angoisse et de la frustration de l’isolement naîtraient les germes du complotisme, une galaxie de gens perdus et d’escrocs incompétents dont ce serait l’heure de gloire, qui enchaînerait vidéos débiles et appels à la haine sur les réseaux. Nous ne savions pas que le narcissisme exacerbé d’un seul homme pourrait coûter tant de temps perdu à la communauté scientifique. Nous ne savions pas que Donald Trump laisserait mourir 400 000 de ses concitoyens et serait applaudi pour cette démonstration de masculinisme exacerbé. Nous ne savions pas que notre propre gouvernement enchaînerait les artifices et les offuscations pour couvrir son mensonge originel sur les masques.

Nous ne savions pas que «Monsieur déconfinement», qui n’avait rien préparé du déconfinement, deviendrait le fusible du Président. Nous ne savions pas que ce dernier, dont l’intelligence céderait comme souvent à l’hubris, tenterait de se réinventer en protecteur d’un pacte social qu’il avait passé trois ans à mettre à mal, puis en épidémiologiste décryptant le Lancet et le New England Journal of Medecine mieux que le Conseil scientifique sur lequel, dès le début, il avait essuyé ses escarpins pour maintenir un premier tour des municipales d’une criminelle incohérence. Nous ne savions pas que personne au gouvernement ne prendrait le temps d’expliquer clairement le risque de contamination par aérosol, parce que cela aurait trop crûment mis à terre les protocoles inopérants mis en place.

Pari insensé

Nous ne savions pas que l’été serait doux, et bon, et une simple parenthèse. Nous ne savions pas que des guignols passeraient à la télévision en boucle juste pour dire ce que chacun voulait entendre, que c’était fini, qu’il ne se passait rien à Barcelone ou à Namur, qu’il n’y aurait jamais de seconde vague. Nous ne savions pas qu’un ministre de l’Education nationale trouverait à s’appuyer sur des sociétés savantes infoutues de lire des données scientifiques internationales, pour envoyer élèves et enseignants dans une étuve virale sans leur donner les moyens de se protéger. Nous ne savions pas que les vaccins arriveraient aussi vite, ni que nous vaccinerions aussi lentement. Nous ne savions pas ce que la pandémie, et le confinement, et les restrictions nous coûteraient, en vies, en souffrances, en dépressions, en faillites, en renoncements, en distance entre nous. Nous ne savions pas qu’il était possible, dans un pays civilisé, de se satisfaire de 400 morts et 30 000 contaminations par jour pour ne pas perdre un pari insensé.

Je ne sais pas ce que nous aurions fait si nous avions su ce qui nous attendait. Si nous avions su que ce serait si long, si terriblement long. Ce monde du sans-contact, ce monde dans lequel nous ne rêvons même plus de s’asseoir à une terrasse pour boire une bière avec des amis.

Et moi, je ne savais pas, quand la réponse est tombée trois heures plus tard – "Ok, on tente le coup. Tu nous envoies quelque chose comme deux feuillets (3 000 signes) demain ?" –, que nous y serions encore aujourd’hui."
(Christian Lehmann / Journal d'épidémie)

*

"Il y a un an, on s’était promis d’aller acheter un four. Pour remplacer le souvenir tenace de l’ancien tellement cabossé par le temps qu’il nous aurait sans doute valu la correctionnelle si on avait été restaurateur. Pensez donc, on avait trouvé l’engin à côté d’une poubelle il y a une vingtaine d’années. Genre modèle de célibataire endurci, d’étudiant attardé qui avait dû le lourder sur le trottoir à force d’enfourner les reproches sur son état délabré. On avait récupéré ce tarare plus par pitié que par envie mais aussi un peu comme un défi pour le remettre en état. Mais en fait, la bête avait le cuir épais puisque au premier tour de thermostat, il se mit en chauffe. Un petit bonheur vite assombri par la méchante claque de ses mauvaises odeurs.

Paille de fer

C’est que notre four était plus craspouille que le carburateur d’un T-55 soviétique égaré en Tchétchénie. Il lui fallait un ramonage. Et du sévère. A la poudre à récurer et à la paille de fer à s’en éclater la pulpe des doigts pour en faire un sou presque neuf. C’est qu’on ne plaisante pas avec l’électroménager tricolore. Remis en état, l’intéressé reprit vaillamment du service pour les quiches, tartes aux pommes et autres poulets grillés. Non sans quelques caprices quand il faisait de la résistance au préchauffage mais une petite tape sur son carter le remettait vite d’équerre.

Souvent, les objets sont comme les êtres aimé(e)s : ils se carapatent sans crier gare. On croyait que notre four en avait pris pour perpète dans notre cuisine mouchoir de poche. Mais il nous fit le coup de la panne éternelle un matin où on lui demandait de faire briller nos œufs au plat en position gril. Sur le coup, cela nous sembla trop anodin pour être vrai. Et pourtant, en dépit de maints coups de manivelles, la bête ne repartit jamais. Ce qui provoqua en nous une profonde sidération.

Canard sans tête

On finit par se résigner à le remplacer le week-end précédant le confinement de mars 2020. Mais comme on est du genre chaland indécis, on tourna en rond comme un canard décapité dans les rayons du Darty du coin. Ce n’est pas qu’on ait des oursins dans les poches mais un four, c’est du sérieux à l’achat. Et donc, on revint bredouille dans la kitchenette perchée quand la première réclusion pour cause de Covid s’abattit sur nous comme la vérole sur le bas clergé.

Il ne s’agit pas de fanfaronner mais ce satané virus n’a pas provoqué de panique dans notre cambuse. Tout juste avons-nous acheté quelques paquets de pâtes, riz et autres légumes secs, un sac d’oignons et de patates pour des mijotages domestiques. Ce temps de guingois, cette béance dissonante que nous subissons depuis un an n’a pas bouleversé non plus nos menus et notre cahier de recettes chiffonné. Il s’est toujours trouvé un primeur, un boucher, un épicier sur notre route incertaine pour nous ravitailler dans l’étroite fenêtre de tir de la sortie petit bol d’air camouflée en "achats essentiels"."
(Jacky Durand / Bouffons la vie)

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22 février 2021

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(encore une belle journée ensoleillée)

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pour la deuxième nuit consécutive j'ai rêvé d'école, plus précisément que j'étais à nouveau dans "ma" classe de maternelle, au sein d'une école, et ça n'avait rien de pesant ni d'angoissant, c'était même plutôt sympathique (même si les autres enseignants et les lieux ne m'évoquaient rien de précis), voilà, c'était "normal", j'étais dans ma classe

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au marché,

- j'ai rapporté à ma crémière mon petit panier de pots de yaourts consignés et je les ai renouvelés (et ça faisait un sacré bail parce qu'il me semble que la dernière fois que j'y suis allé, aucun de nous n'était masqué!)

- j'ai acheté les trois petits kougelhopfs (je viens de vérifier, on peut écrire plus simplement kouglof) qui restaient (puisqu'il n'en restait plus de gros), j'ai mis le sac en papier que me tendait la boulangère dans mon sac de courses en plastoche fleuri (j'y suis attaché sentimentalement depuis le premier confinement, c'est dire!) sans y faire spécialement attention (j'étais en train de parler avec Isa de Coulevon et de lui dire combien j'étais content de la voir), mais quand je l'ai ouvert en arrivant à la maison (je l'ai trouvé inexplicablement bien gros) j'ai découvert que la boulangère y avait rajouté trois parts de brioche (la moitié d'une brioche ronde, en fait), que je vais idonc llico mettre au congel (ah les dimanches soir de chocolat chaud et de brioche, n'est-ce pas, Dominique?)

- je suis passé chez D*ng, mon traiteur asiatique préféré (bon en fait y en a qu'un), que je ne retrouvais plus parce qu'il avait changé de côté, et la patronne a rajouté dans mon sac "petit souvenir" (à prononcer avec l'accent chinois de pacotille que j'affectionne tout particulièrement), dont je me suis demandé l'utilité, et quand je l'ai déballé j'ai compris, il s'agit d'un ruban à passer autour du cou, avec au bout une petite pince, pour mettre au bout un... passeport de festival par exemple (et j'ai souri en pensant, après coup au ficââââ), et qui donc cette année ne serait d'aucune utilité

- pendant que je choisissais mes asiatiques denrées, mon oreille a été attirée par une voix, au stand de spécialités régionales charcutières mais pas que, juste à côté, qui prononçait les mots magiques de "lard de jambon" (j'ai pensé à Faucogney, j'ai pensé à Thierry G., et je m'en donc suis payé quelques tranches)

- puis je suis parti à la fromagerie (un des deux, celle de l'Aubrac) où François (le mari d'isa) faisait la queue et j'en ai profité pour discuter un peu le bout de gras (et lui (leur) redire combien j'étais content de le(s) voir...), il m'a parlé de l'expérience dite "de la grenouille", à propos de l'accoutumance des gens au couvre-feu en général et à la privation progressive de liberté(s) en particulier

- enfin je suis sorti de la halle, et je suis allé jusqu'à la boulangerie du théâtre, où j'ai fait la queue sur le trottoir pour le pain avec mes tickets de rationnement comme pendant la guerre

(et j'avais encore la même gêne à la jambe droite, et j'ai encore marché comme un papy)

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(des images, à la volée, qui m'interpellent)

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(ça pourrait être une chorégraphie, mais non)

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(c'est bien une scène de victoire)

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(nos amis du scrabble)

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11 janvier 2021

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hier soir ce que j'ai mangé, ce n'était pas simplement du saumon fumé mais du "Grandes Origines / Saumon fumé des Highlands d'Ecosse avec notes maltées" , ça en jette non ? (pourtant produit Monop' "étiquette orange", à prix réduit, hein)

j'ai appris, en parcourant l'emballage, qu'il existait un profil gustatif pour le saumon (comme pour le whisky ?), du plus mild au plus strong :

délicat :
notes végétales
notes florales
équilibré :
notes fruitées
notes douces
corsé :
notes torréfiées
notes maltées
brut :
notes iodées
notes tourbées

Incroyable, non ?
Instructif, en tout cas...
(et ledit saumon était excellent...)

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(c'est la vie)

*

qu'est ce que j'ai fait de beau aujourd'hui (de pas comme d'habitude ?)
j'ai pris la voiture pour aller à Cuse chez Catherine (où je retrouvais Dominique) pour une formule raclette / scrabble / galette parfaitement adaptée pour un retour / poulailler prévu avant 18h, et ça tombait bien ce rendez-vous pris il y a quelques jours, puisque Catherine était un peu tristounette parce qu'elle venait juste de perdre Erika, sa petite chienne noire (que moi aussi j'aimais beaucoup).
On a respecté le programme prévu, et même plus, puisqu'après le scrabble et avant la galette les filles ont réussi à interpoler une promenade dans le village (que j'ai remplacée par une bien plus reposante -et méritée- siestounette postprandiale (c'est Catherine qui m'a rappelé le mot) près du poêle, dans le fauteuil d'Erika, justement...)
JE N'AURAIS PAS DÛ boire trois verres de ce jus de pomme (bio pourtant) qui m'a, lorsque je suis arrivé à la maison, révolutionné les entrailles dans les grandes extrémités (mais, à l'heure où j'écris celà, tout semble être rentré dans l'ordre (et la révolution matée).

*

"Le vrai pessimiste sait qu'il est déjà trop tard pour l'être."
(Victor Miesel / Hervé Le Tellier, L'Anomalie)

*

 

 

 

 

 

22 mai 2017

taille de guêpe et gros pétard

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LA VENGERESSE
de Bill Plymton & Jim Lujan

Je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, et il s'est hélas déjà presque évaporé. Vu à une séance de retraité (jeudi, 13h45), seul dans la salle, et j'y ai hélas copieusement -et irrémédiablement- dormi, mais pas le sommeil de plomb boum! qui vous assomme pour une plombe, non, le petit sommeil sournois, exaspérant, clic je regarde clic tiens j'avais fermé les yeux clic je re-regarde clic oh mondieumonideu je re-dormais encore.
J'adore le graphisme excessif de Bill Plymton, ces visages et ces corps hypertrophiés, distendus, malmenés, ces personnages improbables, ces méchants d'anthologie.
je me souviens de la scène d'ouverture, ou un méchant retranché dans une chambre d'hôtel se fait arrêter grâce à un faux room service de clopes, de bières, et de magazines de cul
Je me souviens d'une belle brune (la vengeresse du titre) qui conduit des bolides et tire à l'arc
Je me souviens d'une mémé qui manie le taser
Je me souviens d'un ancien catcheur qui n'est pas le philantrope qu'il prétend être
Je me souviens d'un faux réparateur de wc
je me souviens d'un biker qui fait exploser la cuvette tellement il pousse fort
et je vous mets plein d'images tellement je suis morfondu de honte d'avoir si copieusement dormi.

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Revegeance

20 juin 2017

"ça n'a rien à voir avec le réel..."

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LE JOUR D'APRES
de Hong Sang-Soo

Allé à Besac tout spécialement pour le voir, quand j'ai appris qu'on ne pouvait pas l'avoir aux dates prévues dans le bôô cinéma. J'vais prévu de voir sans doute un autre film à la suite, mais j'étais tellement ravi en sortant de celui-ci que j'ai préféré rester sur le goût délicieux qu'il m'avait laissé.
Soyons clair : avec HSS, il s'agit d'une belle histoire d'amour qui dure... Avec, ça et là, des sommets, et parfois aussi, re-ça et re-là des petites baisses de forme. Là, on est au-dessus. Tout au-dessus.
D'abord parce que j'étais avec Mimichounette, qui a changé de film pour m'accompagner *, ensuite parce que je n'y ai pas -ô, prodige!- dormi une seconde, ce qui prouve à quel point j'étais captivé. Le film est dans un trés beau noir et blanc (j'ai pensé à Nuits calmes à Séoul, que j'avais adoré), utilise peu de décors (une cuisine, le bureau d'un éditeur, une restaurant chinois), et consacre beaucoup de plans (fixe) à des champs/contrechamps sur des hens qui parlent, qui discutent, qui échangent... voire qui philosophent (c'était justement le jour du bac de philo, et vous devez savoir la sainte horreur que j'ai de, justement, la "philosophie"), il sera successivement question de l'adultère, de la lâcheté, du réel, de Dieu, même (si, si), et, forcément, d'amour, et, forcément, de mensonge, d'échec et de tristesse aussi. Mais tout ça est léger et craquant et délicieux comme la plus fine et la plus exquise des gaufrettes.
Il est surtout question, finalement, de la pusillanimité (ce mot n'est pas dans la film, mais il me semble plutôt juste pour le décrire) du personnage masculin principal, qui tente (mollement) de se débattre, entre son épouse qui le soupçonne d'avoir une maîtresse, sa maîtresse, justement qui l'a quitté pour un autre, et la remplaçante de sa maîtresse, qui, le premier matin de son nouvel emploi, va être prise par l'épouse pour la maîtresse en question.
C'est un régal, il n'y a pas d'autre mot.
Comme d'hab' ça a l'air tout simple, fait avec deux bouts de ficelle et trois coups de cuillère à pot, ça ne paye pas de mine, mais c'est admirable. je vous l'ai déjà dit, je n'en ai pas perdu une miette.
Au début, comme d'hab' aussi j'étais extrêmement attentif, essayant de dénombrer avec précision combien il ya avait de femmes et combien d'hommes, et qui faisait quoi. Et le film progresse, finalement, d'une façon plutot linéaire (avec comme d'hab' des ellipses assez brutales, qui font croire parfois, à tort qu'il s'agit d'un souvenir, ou d'un fantasme, ou de je ne sais pas moi... mais non c'est juste l'histoire qui suit son cours, et les acteurs qui expérimentent diverses choses. l'impression très nette de déjà vu qui se dégage de l'avant-dernière scène se justifie, , en fin de compte, à la perfection. Et c'est la deuxième fois qu'on voit, dans le dernier plan d'un film d'HSS, une demoiselle qui s'éloigne, de dos, sous la neige... (petit jeu -dont je ne connais pas la réponse : c'était dans quel film, l'autre fois?)

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(et j'aime beaucoup l'affiche, en plus...)

* (même qu'au début nous étions seuls dans la salle et que nous avons chanté "les fiancés d'Auvergne")

11 juin 2017

batticuore

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MISTER UNIVERSO
de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Oh le beau le fort le simple le touchant le délicieux l'adorable film...
On y suit Tairo, un jeune dompteur, (qu'on avait déjà rencontré, plus jeune, dans La pivellina, le film précédent des deux realisatrice/teur, situé dans ce même univers des forains), Tairo qui est très embêté lorsqu'il s'aperçoit qu'on lui a volé son fer à cheval porte-bonheur, que avait offert, lorsqu'il avait cinq ans, un hercule de foire, (le Mister Universo du titre), juste après l'avoir plié (le morceau de fer) sous ses yeux. Et sans son porte-bonheur, Tairo ne peut assurer son numéro...
Le voilà donc qui prend quelques jours de congé, sa vieille bagnole, et part sur les routes italiennes pour retrouver le fameux Mister Universo en question. Passe chez sa mère, puis sa tante, pour dire un petit bonjour mais surtout tenter, mine de rien, de retrouver la trace du monsieur (pas question de perdre la face en avouant qu'il est désormais sans porte-bonheur). Pendant ce temps, Wendy, la fiancée de Tairo, une jeune contorsionniste (on l'apprendra à la fin du film en la voyant accomplir son numéro) fait ses recherches de son côté, pour venir en aide à Tairo...
Comme dans La pivellina, la part belle est faite au documentaire (la vie des forains, de Tairo, de Wendy, du petit cirque, d'une Italie "réelle") qu'on a, pour l'occasion, juste un peu entortillé avec le mince fil doré de la narration. Tairo et Wendy, les personnages principaux, sont vraiment Tairo et Wendy, à qui les réalisateurs ont fait jouer une histoire qui aurait pu leur arriver "pour de vrai"...
C'est vrai que Tairo est, au départ, un personnage magnifiquement attachant, juste en étant lui, pas besoin d'en faire des caisses, et dès les premières secondes du film, la magie opère. On est emporté, on n'y peut rien, on se laisse aller et c'est délicieux. il y aurait là-dedans sans doute une magie mystérieuse, rudimentaire, comme celle qui fait monter une route qui a l'air de descendre (à moins que ça ne soit le contraire) ou transporter les offrandes déposées au fil de l'eau à l'envers du courant.
C'est le film entier, comme ça, mine de rien, qui serait une offrande magique.
Quand les lumières se sont rallumées, on avait, tous les trois, les yeux brillants même si un peu rouges, de cette belle et bonne émotion qui vous laisse, béat, sur votre siège, à prendre le temps de reprendre vos esprits devant cette belle histoire de porte-bonheur.
Top 10, et voilà.

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4 mai 2017

le congélateur, le tas de charbon, et le doigt coupé...

(pourquoi va-t-on revoir un film ?)

(-parce que l'occasion fait le larron...)
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ORPHELINE
d'Arnaud des Pallières

Revu dans le bôô cinéma en compagnie de Coralie et Pépin. Ce qui changeait c'est que l'écran cette fois-ci était vraiment gigantesque (on était pourtant un peu au fond) et qu'il s'agissait presque de fournir un effort pour faire un balayage oculaire complet gauche/droite (et presque donc d'avoir à tourner la tête, si si!) heureusement, il n'y avait pas de sous-titres.
Le film m'a fait (un peu) moins d'effet qu'à la première vision (j'étais surtout impressionné par cette histoire de taille d'écran), mais les actrices sont toujours aussi bien, chacune dans son registre et dans sa partie. Et j'aime toujours autant cette forme de déconstruction "en arrière toute!" et la quantité d'interrogations et de doutes qu'elle génère (qu'elle suggère).

 

(-parce qu'on l'a tellement aimé la première fois qu'on a envie de vérifier si on l'aime toujours autant la seconde...)
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L'AUTRE CÔTE DE L'ESPOIR
d'Aki Kaurismaki
"Rouges sont les baies du sorbier comme si elles étaient en sang...". Toujours autant une merveille, toujours pour moi le même effet de sidération (qui se traduit par ce truc au niveau du plexus et cet autre machin qui coule des yeux) : tout est simple, tout est juste, tout est magnifique, tout est émouvant. Et tout est soigneusement composé, entre impossible et impassible, avec ce tempo si particulier, cette inexpressivité soigneusement surjouée, cette humanité glacialement bienveillante, cette économie de mots qui contient l'intensité et la profondeur des sentiments. Si, comme il l'a annoncé, c'est effectivement le dernier film de Kaurismaki, c'est parfait de quitter la scène sur cette note-là. Comme ce film, oui c'est... parfait.

 

-pour rendre service (parce qu'on est serviable)
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GRAVE
de Julia Ducournau
Où il était question d'accompagner au cinéma une demoiselle qui avait peur d'aller le voir seule (ce fut exprimé en LSF). Je l'avais déjà vu, ce savais à quoi m'attendre. Encore une fois, passer de l'écran moyen de Besançon à celui gigantasquissime du bôô cinéma s'accompagna de l'effet de transmutation (ce n'est plus tout à fait le même film), déjà ressenti pour le précédent Orpheline. J'avais deux spectacles pour le prix d'un : les aventures de Justine, sur l'écran, et celles de Marie, à côté de moi, qui se cachait régulièrement les yeux derrière (voire même sous) son manteau. Le film est toujours aussi efficace, la jeune Garance Marillier toujours aussi impressionnante et le jeune Rabah Nahit Oufella toujours aussi bandant. (et j'ai toujours un peu vaguement la nausée en sortant de la salle.) Tentavice (réussie) de mutation, d'hybridation des genres. Où le film, dit "de genre", justement ne serait peut-être qu'un oripeau, un déguisement, un argument publicitaire.

 

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14 avril 2017

regarder la vie tant qu'y en a

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ET LES MISTRALS GAGNANTS
d'Anne-Dauphine Julliand

Je l'avais déjà vu à Besac, et ça m'avait déjà beaucoup touché... Là, on le passait pour une séance unique dans le bôô cinéma, dans le cadre du Festival Diversité, en présence de la réalisatrice (qui avait préféré annuler les autres soirées prévues dans la région, pour raisons personnelles).
Et on avait donc un minimum d'appréhension, concernant la venue du public (ayant déjà été échaudés plusieurs fois dans ce genre de soirée par la faible mobilisation d'icelui). Mais le bouche-à-oreille, le relais des associations, les énergies personnelles investies(merci Zabetta) ont fait que les effots de chacun ont été récompensés : 150 spectateurs sont venus pour voir le film, les enfants qui y jouent (qui y vivent plutôt) et échanger ensuite avec la réalisatrice. Un petit bout de femme souriante, une brindille en apparence, mais dont on devinait la force au travers de son discours extrêmement posé, simple, touchant. Juste.
Tout à fait à l'image de son film.
J'avais déjà vu le film donc je savais les moments que j'attendais (la partie de cartes, la séance de jardinage) et ceux qui me faisaint toujours aussi mal (la scène du bain). Ils sont tous magnifiques, ces minots, mais j'avoue que j'avais (et j'ai toujours) un faible pour  Camille.
Camille est mort peu de temps après la fin du tournage, nous a appris la réalisatrice, qui nous a donné des nouvelles de chacun chacune (on ne les voit que pendant une heure vingt, mais ils vous impressionneent durablement).
Un film joyeux, énergétique, lumineux.

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Charles et Imad

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Camille

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Ambre

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Tugdual

 

24 décembre 2016

carnet secret

PATERSON
de Jim Jarmusch

J'avais parlé, à propos de Tombé du ciel, des films dont on sait dès la première image qu'ils font "partie de la famille". Qui vous font signe. Même chose avec Paterson. (Dès la bande-annonce, j'étais conquis). Mais il y a manière et manière de signifier. De montrer sa reconnaissance. Tombé du ciel le faisait virilement, sonorement, physiquement (c'est le côté "latin" de la chose), alors qu'avec Jarmusch ça se produit d'une toute autre manière, toute en douceur, en silence, en tendresse.
Onzième film, je crois. j'ai presque tout vu (excepté le film sur Neil Young et Crazy Horse), et la quantité de bonheur produite (et re) à chaque film fait que J.J fait partie incontestablement des mes 10 cinéastes chéris (voirl ).
(tiens il faudrait que je fasse un classement des films de Jim J.). Mais revenons à Paterson. Il se définit comme chauffeur de bus, à Paterson, il vit avec sa femme et son chien, il a une petite maison, avec une boîte aux lettres de guinguois qu'il remet d'aplomb chaque soir quand il rentre... De traviole / d'équerre. Comme ci ou comme ça.
Le film est en huit parties, du lundi matin au lundi matin suivant (chacune des parties commence avec un plan du couple dans leur lit, au réveil ou juste avant, avec l'indication du jour).
Et c'est incroyable comme c'est beau. Comme c'est simple et beau. Comme c'est simple et beau et apaisant. Bien que Paterson ne veuille pas l'admettre, il est aussi poète. Il a un "carnet secret" dans lequel il écrit des textes (des "poèmes" qui ne riment pas mais que sa femme trouve fantastiquement beaux, et qu'elle l'encourage a photocopier pour en avoir au moins un double au cas où...) Et nous spectateur sommes conviés  à l'écriture des ces poèmes, en temps réel et directement sur l'écran. et le réalisateur se laisse contaminer (il est poreux) par cet état de poésie. Paterson est un film amniotique, bienfaisant, un film tiède et confortable où on se sent bien, où on se niche, on se love, on s'installe. Un film simple et douillet. la simple répétition des actes quotidiens de Paterson (le réveil, le breakfast, discuter avec le collègue indien, conduire le bus, rentrer à la maison en flânant plus ou moins, partager le repas avec sa douce, sortir promener le chien et aller boire une bière au bar du coin, et rentrer se coucher), avec les incidents plus ou moins minuscules qu'apporte chaque nouvelle journée, les conversations prises au vol, les rencontres, les échanges... Avec la musique de Sqürl (qui officiait déjà sur Only lovers left alive) qui nappe et nimbe et enveloppe tout ça. En douceur. Même lorsque survient un incident qui pourrait générer chez tout autre réalisateur un peu beaucoup de bruit et de fureur, il est traité a minima. Désamorcé. Paterson n'a pas l'air d'être une ville terrible, mais Jarmusch donne envie d'y vivre...
Les gens dans les films de Jarmusch se parlent. ils se parlent, comment dire, vraiment. parce que tout simplement. Des conversations banales, ordinaires, normales. Mais uniques. A chaque mot est rendue son importance.
Je m'en doutais un peu, de tout ça, de l'effet que le film allait produire sur moi. De la façon dont j'allais le recevoir. Et j'avais une petite idée derrière la tête je pense, lorsque j'ai commencé à mettre en forme mon top ving et quelques de l'année 2016. J'avais laissé une place vide, avec un petit panneau "welcome" pour notre ami Paterson. J'avais bien flairé le coup... Bienvenue dans le top, Paterson...

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17 janvier 2017

le diadème, la trompette et la tumeur

(Semaine Belge 3)

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NOCES
de Stephan Streker

Film d'ouverture -en avant-première- de notre Semaine Belge 3. Une jeune fillee, Zahira, d'origine pakistanaise, vivant, de nos jours, en Belgique, est soudain confrontée à plusieurs problèmes, concernant son avenir proche et sa condition de jeune fille indépendante et libre. La famille, le poids des traditions, les apparences, les mensonges, la révolte. Jusqu'où tout ça peut-il aller ? Ses parents pensent que, elle pas du tout, le grand frère fait tampon et voudrait aider chacun(e). Ce qui est touchant, c'est que le réalisateur donne à chacun de ses personnages toutes ses chances. Même si la "discussion" a peu de chances d'aboutir : parents, frère, soeurs, copine, père de la copine, chacun a son opinion, sa vision des choses, et y reste cramponné. Avec ses justifications. Ses "bonnes raisons". Et  la demoiselle aimerait pouvoir toute seule de se débrouiller pour tracer sa route... Un film fort et touchant, juste, avec des acteurs magnifiques (avec une mention spéciale pour la jeune Lina El Arabi, parfaite).
On a déjà commencé des Semaines Belges avec des films plus joyeux, mais bon... Sobriété (sans musique ni au début ni à la fin, juste une scène musicale d'un Bollywood à un moment-clé qui le nécessitait) et simplicité sont payantes pour une histoire poignante, où, finalement, tout le monde pense avoir raison (et c'est ça qui fait peur)...

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008
LA VIE EST BELGE
de Vincent Bal

Deuxième séance, on a changé de ton. Une comédie musicale belge, qui finit par une grande et belle et joyeuse scène de réconciliation musicale entre deux fanfares (de chacune des deux communautés : flamande et wallonne), et qui justifie à elle-seule de voir le film. Le réalisateur tente le pari risqué (casse-gueule) d'un film à la Demy, ou plutôt à la Honoré (Les Bien-Aimés), mi-parlé mi-chanté. Parfois ça passe (et c'est très réussi), parfois ça lasse (c'est maladroit, ou malvenu) , et parfois carrément ça casse (certaines scènes sont presque euh... embarrassantes, tellement elles ne fonctionnent pas). Un film en dents de scie, dans lequel le réalisateur a voulu mettre trop de choses, mais sans aller jusqu'au bout, et du coup s'éparpille un peu, voire fait carrément le grand écart et n'arrive plus à se relever. Plein de petites choses plaisantes, drôles, touchantes (tout ce qui a trait à l'humour). Ce qui a trait à l'émotion, par contre, est beaucoup plus téléphoné, et ce qui touche aux sentiments quasiment insupportable (un désolant roman-photo). Un trompettiste entre deux fanfares, une jeune fille entre deux prétendants (une caricature de bellâtre -Arthur Dupont a déjà été meilleur-  et une esquisse de businessman dilettante amateur de golf)... Moitié-moitié, donc : mi-flamand mi-wallon, le message, mais mi-réjoui et mi-déçu, le spectateur...

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009
JE ME TUE A LE DIRE
de Xavier Seron

Troisième opus (Celui-ci me tenait à coeur, allez savoir pourquoi).
En un mot : belgissime! La quintessence de la crème de la "belgitude cinématographique". Tout ce qu'on y aime. (Mais voilà que j'ai vérifié sur allocinépointfreu et que le réal est... français. Ca veut dire qu'il est très fort et/ou qu'il a tout compris).
Oui, un film enthousiasmant, dans un noir et blanc magnifique (premier bon point). Un doux barbu (Jean-Jacques Rausin, parfait, deuxième bon point) se fait du souci pour sa mère (Myriam Boyer, qu'on adora maintes fois chez Blier, troisième bon point) qui est atteinte du cancer, et va se mettre à somatiser au point de se persuader que lui aussi est atteint de la même affection (cancer du sein, donc) que sa mère. Un film à l'humour salutairement sans pitié (quatrième bon point) aux dialogues (et à la voix off)comme dirait Téléramuche "qui font mouche" (cinquième bon point),et qui sait tenir sa note singulière, crânement,  jusqu'au bout.
Il s'appelle Michel Peneu, et sa mère Peneu Monique. Il travaille avec son pote (Serge Riaboukine, sixième bon point) dans une grande surface électroménagère (l'occasion d'une petite chorégraphie à trois impayable). Il s'inquiète (tout au long de cinq chapitres rangés dans l'ordre décroissant), donc, pour sa supposée tumeur mammmaire, fait des examens, se fait palper dans les vestiaires (septième bon point), tout en s'occupant du présent & de l'avenir de sa mère (du mousseux, des chats, et lui), rencontre une copine, se fait jeter (s'ensuit une longue scène jouissive  urbaine et nocturne de spleen bituré, huitième bon point)... Pour (je ne vais pas tout vous raconter) -presque- s'achever par une très jolie scène AQV (neuvième bon point).
Et le dixième bon point ? Il serait justifié par la bande originale et les morceaux qui y figurent. Les chansons aussi (rien que C'est l'amour chantonné à deux voix devant un ouvre-porte, c'est magnifique...)
Dix bons points = une image :

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(Et j'arrête là ma distribution, mais il y aurait largement de quoi en distribuer encore plein d'autres. Ce film a pour moi tout pour devenir culte. Belgement culte. Je vais tacher de voir le premier court-métrage de Xavier Seron, avec -déjà- le même interprète principal masculin (ou masculin principal ?). En attendant, (en espérant), bien sûr, son deuxième long-métrage...)

 

12 janvier 2017

le royaume du miel

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MAI MORIRE
de Enrique Rivero

Entregent, suite. Un film qui sortira fin mars 2017, visionné sur viméo grâce à un lien gracieusement envoyé par le distributeur. En prévision de notre Semana latina 6, à venir elle-aussi.
J'avais déjà vu, du même auteur, Parque Via, en août 2009, à L'Espace St Michel (critique -succincte- ) (et c'est vrai quand même  ce que disait Zvezdo à propos des films vus à l'Espace St Michel...). Il s'agit, ici encore, d'un film plutôt très triste (de la même très tristesse que celle du clip de Twist in my sobriety, de Tanita Tikaram)
Un beau matin, une femme revient chez elle, en barque (il y a beaucoup d'eau de cours d'eau de canaux de rivières et de barques dans le film, l'occasion de maints plans sublimes de reflets divers). Chez elle où elle retrouve sa fille et son fils, sa mère, et sa grand-mère. On ne sait pas pourquoi elle rentre, ni pourquoi elle était partie. Elle reprend sa vie là exactement où elle l'avait laissée, un quotiden plutôt paisiblement tristounet -ou tristounettement paisible- (Twist in my sobriety otra vez) entrecoupé de rêves pas franchement plus joyeux mais plastiquement superbes (où il est à plusieurs reprises question de chaussures). La grand-mère va avoir cent ans, le fiston a peur de la vache, le papa dort à côté, la fillette questionne, et il y a dans la tôle du toit des déchirures/ouvertures très graphiques. Chayo (c'est le nom de dame qui revient) gère tout ça, simplement, comme elle peut. Elle abien une idée derrière la tête, mais elle n'est pas du genre expansive.
Comme le réalisateur, adepte des plans très amples (dans l'espace -et c'est somptueux- mais aussi dans le temps, avec la tentation qu'on sent poindre de temps en temps d'"épuiser" le plan dans sa durée - on n'est pas encore chez Tsai Ming Liang mais bon...-) mais jamais trop loquaces. La vie, l'eau, la nuit, le jour. Les mots, c'est en plus.
Un beau portrait de femme silencieuse, pour un beau film languide, sans enjeu (narratif) apparent, mais sur lequel on se plait à glisser comme les barques lentes le long de ses plans très horizontaux (longitudinaux ?). Oui, un film très "latéral".
Et iens, enfin un film mexicain quieto, se dit-on en repensant aux Escalante, Reygadas, Del Toro, autrement plus de bruit et de fureur. Nous restera ce beau visage de femme face caméra, et toutes les choses qui resteront non dites, derrière ses yeux attentifs.
Parque via avait été récompensé par le Léopard d'Or à Locarno, Mai morire n'a obtenu "que" le Prix de la Meilleure Contribution Technique (Arnau Valls Colomer pour la photo) au festival de Rome 2012, et le Prix spécial du Jury au Huelva Latin American Film Festival 2012. On peut juste se demander pourquoi il aura fallu autant de temps (cinq années, tout de même) pour qu'on se décide à le distribuer en France!

MAI+MORIRE_POSTER

28 octobre 2016

foyer

MA VIE DE COURGETTE
de

Une excellente surprise.
Vu juste après Le teckel (bonjour l'ambiance, cet après-midi là!). Un film d'animation d'après Autobiographie d'une courgette, scénarisé par Céline Sciamma. L'histoire d'un gamin qui a tué sa mère sans faire exprès et est placé dans un foyer accueillant des enfants comme lui. Gloups! On n'est pas chez Disnuche (ou Disnouille) hein ?
Chacun des autres gamins qu'il va y rencontrer est lui aussi en délicatesse avec son statut "normal" d'enfant : parents morts, emprisonnés, drogués, violents, incestueux, non, on n'est pas du tout dans le familialement correct.
Et notre héros qui veut qu'on l'appelle Courgette même si ce n'est pas son vrai prénom, parce que c'est comme ça que sa mère l'appelait va devoir prendre/trouver sa place au sein de ce petit groupe de mômes (j'avais tapé de mêmes, ça fonctionnait aussi) dans ce pas si vert paradis des amours enfantines.
Les personnages sont en pâte à modeler, ils ont tous des grosses têtes, des grands yeux, des pifs et des oreilles spécialement colorés. l'animation est soignée, et les couleurs contrebalancent ce que le propos pouraait avoir d'angoissant.
Il y a aussi l'univers des adultes, aussi bariolé et à grosse tête que celui des gamins : les éducateurs/trices du foyer, un flic spécialement attachant (doublé par Michel Vuillermoz, le seul dont j'ai reconnu la voix), et un personnage de fausse gentille pas très loin des tantines Médusa ou Cruella disneyuchement connues.
Tout est très chiadé, autant l'animation que les dialogues (les choses sont dites, franchement, crûment parfois, mais rien n'est jamais gore). Chacun des enfants est spécialement attachant, chaucun avec sa singularité, sa personnalité. Et le constat presque documentaire (la vie dans un Foyer) se double (se nuance) d'un ou deux intrigues parallèles : la méchante tante parviendra-t-elle à ses fins ? Notre héros sera-t-il adopté ? nos tourtreaux vont-ils réussir à roucouler ? où, chacun y mettant du sien, les choses vont finalement -on l'espérait de tout notre coeur- s'arranger.
Du très très beau travail.

230428

21 janvier 2017

jouvence

"Je voudrais que tout revienne alors que tout est passé
et je chante à perdre haleine que je n'ai que des regrets..."
(Alain Souchon)

Où la nostalgie, chez moi en tout cas, aurait quelque chose à voir avec la musique...
Quelques rééditions (et quelques téléchargements récupérations, aussi) ces denières semaines, n'auront fait qu'aviver un peu plus ce sentiment.
Le coffret "Isabelle Mayereau" offert à Gigis ce nouvel an (mais dont amaz*n m'avait gentiment fourni les droits de la copie numérique), puis le coffret "Catherine Lara : les années CBS 72-80", et quasiment en même temps un gentil quidam qui met à disposition les premiers albums de David Mc Neil en version FLAC (que je suis d'ailleurs obligé de demander à Emma de me rencoder en mp3).
Tout ça, c'est un bout de mon adolescence qui rebourgeonne et refleurit.
Des flashes -plop!- qui resurgissent : Bernard Schu un soir sur RTL dans la cuisine de la maison rue de Villersexel présentant La pierre tombale, Anne-Marie me faisant écouter Tu m'écris dans sa chambrette aux Angles, les après-midi chez mon copain et voisin Michel V. à écouter en boucle Fleur de sommeil, Alain me rachetant un jour de disette les deux premiers albums (version disque noir) de Catherine Lara, les deux albums de David Mac Neil écoutés aux Bâties, chez Pat P., le Discorama où Denise Glaser présentait, justement, Catherine Lara, Hash écouté à Vaux  -d'ailleurs, en le réécoutant à Gy ce 31 décembre, nous avons eu avec Emma tous les deux les larmes aux yeux illico..-.
Oui ces morceaux, ces chansons, découverts, écoutés, aimés quand j'avais 16, 17, 18 ans (et la suite) et qui me sont restés chers (il faudrait rajouter les disques de Véronique Sanson et ceux de Gérard Manset -sans oublier Françoise Hardy chérie-chérie !- pour compléter ce premier socle franco-français de mon univers musical perso naissant) et que je continue d'apprécier, peut-être justement parce que.

Il y a des morceaux que je ne peux pas rattacher à un instant précis mais qui ont sur moi un effet extraordinaire. Papa jouait du rock'n roll de David Mc Neil est de ceux-là. Peut-être parce que je ne l'avais pas écouté depuis longtemps (et que n'ai appris que très récemment qui était son vrai papa de David Mac Neil, et qu'il ne jouait absolument pas du rock'n roll). La petite intro quitare/banjo (?) et la voix qui attaque "A deux kilomètres à travers la fenêtre on pouvait voir St Paul..." c'est plus fort que moi, je fonds. j'ai à nouveau 20 ans dans ma tête et ça fait du bien... J'associerais ce morceau indéfectiblement à Philou, sans pouvoir davantage préciser (peut-être lui avec sa mémoire de stasi d'éléphant pourra-t-il m'aider ?)

david mc neil

"Au-dessus du lit ils affichaient des filles et des joueurs de foot-ball
Moi c'était Péguy, Frison-Roche et De Gaulle, Papa jouait du rock'n roll..."

20 décembre 2016

danse, danse!

deux spectacles de danse, deux jours consécutifs, déjà c'est bien, deux spectacles qu'on adore, c'est encore mieux

PIXEL
de Mourad Merzouki
Compagnie Käfig

On avait déjà vu ici son Boxe boxe, qu'on avait beaucoup aimé (un quatuor à cordes et des boxeurs, dans les cordes aussi), et les échos étaient plus qu'élogieux  à l'égard de ce Pixel, plus ancien. Justifiés, les échos qu'ils étaient. Rarement j'ai eu, dans un spectacle de danse, le sentiment d'avoir en permanence la mâchoire tombante, comme un gamin (dans les gravures de vocabulaire) devant les vitrines de Noël. Bouche bée, oui. De par la danse, d'abord. Dix danseurs (dont une danseuse) plus une contorsionniste.  Du hip-hop virtuosissime (bonheur 1) , sur une musique belle à pleurer d'armand Amar (bonheur 2) avec une création numérique de Adrien Mondot et Claire Bardainne (bonheur 3). Des "projections en 3d" dont on se demande souvent comment ça fonctionne (notamment l'interaction entre les "pixels" (les trucs électroniques qui bougent) et les danseurs) et qui provoquent souvent le même émerveillement qu'on pouvait ressentir, par exemple, devant les effets des premiers spectacles de Philippe Genty (mais sans doute, aussi, historiquement, celui qu'avait pu provoquer sur ses premiers spectateurs la projection de L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat. Première image animée ici, et première ninteraction réel/virtuel là. Montalvo et Hervieu, en leur temps, nous avaient déjà émerveillés avec l'intercation réel/vidéo, mais à l'époque c'était "juste de la 2d". On pouvait comprendre. Tandis que là...).
Mais ce qui est encore plus fort, c'est que cette virtuosité techinque est au service des danseurs. Comme la musique. Danse, musique, création numérique, on a toujours au moins une bonne raison d'être émerveillé. En plus j'étais avec Emma, juste à côté, et c'était bon de se sentir ainsi en communion lacrymale et émotionnelle. Oui, y a avait toujours une raison d'avoir la machoire qui se décroche et le coeur qui cogne... Tout était vraiment au diapason. Visiblement le spectacle a produit le même effet sur l'assistance entière (la salle était complète, et emplie par le "mieux-disant-culturel" de la ville voire de la région. Un grand moment.

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BADKE
Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Les Ballets C de la B / Hildegard De Vuyst - KVS

Le lendemain, à Besac, une autre salle complète de chez complète, pour un spectacle qui était au départ plein d'interrogations. ballets C de la B ? ceux qui nous avait proposé, sous la direction d'Alain Platel, le fanfaramineux En marche, l'année dernière, au Théâtre Ledoux , Mais cette année, pas de Platel, pas de fanfares. Il est question de danseurs palestiniens... Le temps que la salle se remplisse à donf et que les derniers arrivants aient fini de tourner pour trouver leur place, ça commence. Noir ("très noir" me précise Dominique) et ça commence. Toujours dans le noir, un cri de femme, des pieds qui frappent le sol, des frappés de main. Ça continue, comme ça, black is black, pendant quelques minutes, les spectateurs sont un peu désarçonnés, puis la lumière finit par monter doucement. Ils sont là, dix, six hommes et quatre femmes, et ça commence doucement timidement presque, une des danseuses s'avance (tout le monde est en fond de scène) et fait sa petite chorégraphie, sans musique, accompagnée de ci de là par frappés de pieds et de main, puis une autre s'avance, fait de même, les autres regardent... On est un peu sur son quant-à-soi, on se dit mouais, et soudain la musique déboule, forte, entraînante, joyeuse, énergique, et les voilà tous qui s'y mettent aussi, avec des sourires grands comme des bananes et des yeux qui pétillent. Et une énergie! ça n'arrête plus, traversées, sauts, farandoles, sarabandes,  c'est ahurissant tellement c'est intense.  Ces gens-là mouillent vraiment la chemise (c'est visible) et ils ne s'accordent que très peu de temps de récupération (personne ne quittera le plateau). Jusqu'à ce qu'un genre de panne de courant (de coupure d'électricité) interrompe brutalement tout ce splendide remue-ménage. Juste une veilleuse, tout là-haut, et ça redémarre, doucement, on sifflote, on chantonne, on gigote. un peu d'inquiétude, peut-être, on fait avec les moyens du bord, et soudain tout redémarre, et musique, et lumière et farandoles et énergie... C'est sidérant. ces jeunes gens réussiront à nous raconter beaucoup de choses de leurs vies, la violence, les femmes, le foulard, la mort... Un spectacle beaucoup plus "nu" que Pixel mais au moins aussi efficace. Et j'ai re-adoré ça

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10 décembre 2016

un mardi chargé

à 14h L'OLIVIER
(dont j'ai déjà parlé)

à 18h
CAPTAIN FANTASTIC
de Matt Ross

Une excellente suprise. Je n'en avais pas plus envie que ça à la lecture du sujet (l'équivalent français avec Mathieu Kassowitz, Vie sauvage, m'avait laissé sur un sentiment plus que mitigé) Et puis les histoires d'éducation ne me passionnent pas tant que ça. Mais Viggo Mortensen est grandissime! Ce père qui a élevé à la dure ces cinq (six ?) enfants, au milieu de la forêt et en dehors de toutes conventions et normes sociales (en cultivant en même temps leur corps et leur esprit, soit un physique de guerrier avec un mental d'astrophysicien / philosophe / humaniste) est soudain confronté à la dure réalité lorsque son épouse, bipolaire et suicidaire finit par passer à l'acte.
Le grand-père refuse qu'il assiste à l'enterrement (par lui décidé) alors que l'épouse souhaitait, selon ses dernières volontés, une crémation et que ces cendres soient versées dans les toilettes pour y disparaître.
Après une exposition très Boorman nous montrant in situ le quotidien de la famille (l'inititation du fils ainé qui tue son premier chevreuil au couteau de chasse), nous voilà assez rapidement dans le vieux bus déglingos conduit par le papa pour s'en aller à la ville, plus précisément à l'église, pour chahuter un peu les funérailles de maman, et tenter de faire respecter ses dernières volontés.
Mais le grand-père est têtu comme une mule, d'où choc frontal. Encore plus violent du fait qu'un des frangins (on avait déjà remarqué qu'il était rebelle parmi les rebelles, et que forcément moins par moins ça allait finir par faire plus) annonce qu'il souhaite rester chez les grands-parents ("à la ville"), occasionnant maints affrontements verbaux, constatation du fossé entre "les bons sauvages" et "les méchants civilisés", mises au point diverses, argumentations et interrogations qui le sont tout autant.
C'est passionnant, d'un bout à l'autre.
Si Viggo M. est (comme d'hab') magnifique, les enfants le sont tout autant (du plus âgé -celui qui voudrait aller en fac- au plus jeune -dont on mettra d'ailleurs un certain temps pour savoir s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille-) composant cette fratrie sauvage, sylvestre, arboricole, FTS (fuck the system) -et utopique- donnant à chacun de nous spectateurs  des regrets de robinsonnades à jamais enfuies.
La dernière partie (allez savoir pourquoi j'ai pensé soudain à Little Miss Sunshine) est vraiment bien. (Et les critiques que j'ai lues après sont, encore une fois très très agaçantes... Je devrais arrêter de les lire, même a posteriori...)

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à 20h30
MERCENAIRE
de Sacha Wolff
J'en avais eu deux avis plutôt mitigés, mais je souhaitais me faire mon opinion comme un grand. Je l'ai donc vu dernier soir dernière séance (nous fûmes 4 dans la salle). Et peut-être était-ce le film de trop de la journée. (ou le contratse avec le Captain Fantastic qui l'avait juste précédé).
Ce jeune Wallisien de 120kg envoyé en France par un compatriote -qu'on soupçonne d'emblée véreux-, pour être pilier dans une équipe de rugby, et qui part en bravant le refus (et la violence) d'un père terrifiant, se retrouve à l'aéroport sans valise (son père l'a jeté sans rien), "en short et en tongs", et est refusé aussi sec (et laissé en plan) parce qu'il fait 20kg de moins que les 140 attendus. Il va devoir se démerder tout seul (il a juste en poche une adresse, d'un compatriote susceptible de l'aider, et un peu d'argent donné par sa grand-mère).
Quotidien d'un "petit" club de rugby de troisième zone, difficultés d'intégration, hostilité des locaux, bungalow pourri, petit boulot de merde, rien ou presque ne fait fléchir notre jeune mastodonte. Les choses, qu'on a vues d'abord sensiblement s'améliorer pendant un moment, vont commencer à mal tourner, et ce de plus en plus. Le film est dur, la France est froide et humide, les gens assez déplaisants.
Et l'extrême violence de certaines scènes m'ont mis encore plus mal à l'aise. C'est vrai qu'en métropole nous ne sommes pas très au fait des us et coutumes wallisiens, mais ce qu'on en voit ici ne donne pas forcément envie d'en connaître davantage (en sus des tatouages, du gôut pour l'alcool et de l'importance du rapport au père).
J'en suis sorti moy-moy, quoi (et en plus il fallait gratter le pare-brise!)

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4 décembre 2016

à se faire

MAUVAIS SANG
de Leos Carax

(Il le lui a dit,
il a dit "veux-tu ?"
elle n'a dit ni oui ni non
c'est une fille avec un garçon...)

C'est à désespérer...
Quatre, oui, on était quatre dans la salle, mercredi soir (bon, d'accord, il faisait froid dehors, mais tout de même...) pour cette reprise de Mauvais sang, le deuxième film de Carax, qui, en 86, nous avait fort ébloui(s). Et quel bonheur de les retrouver, tous, Lavant, Binoche, Delpy, Piccoli, tous si jeunes et si beaux. Et d'une certaine façon, c'est à notre jeunesse aussi que le film nous renvoyait.
La copie remastérisée est magnifique (le film l'était aussi, certes, au départ). Et c'est réconfortant de voir combien le film a bien vieilli (il nous semblerait d'ailleurs être encore meilleur que dans notre souvenir). L'histoire par contre est toujours aussi brinqueballant, mais on s'en fout. Un peu de polar, un peu de s-f, un peu de b-d, un peu de romance, mais tellement de beauté. Le film bouillonne, comme un laboratoire de cinoche, un coeur qui palpite, un cerveau qui carbure. A la fois comme une mémoire vivante (les hommages) et un rêve esthétique (les propositions). Expérimentations, tentatives, audaces, effets, codes, références. Carax se fait plaisir, caresse ses acteurs (et nous par la même occasion), nous embrase les pupilles et titille les synapses.
Certains grincheux certainement objecteront que le mieux est l'ennemi du bien, et que du très, on risque hélas de basculer dans le trop. L'histoire trop confuse, la musique trop forte, le maniérisme trop appuyé. Certes, mais, du bonheur, peut-on jamais en avoir trop?
Insensé, sublime, ineffable.
Inoubliable, comme nous.

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mais à quoi bon m'égosiller puisque personne ou presque n'est venu ?

 

ps : et j'ai découvert -en plus- qu'il y avait dans le film -jeune lui aussi- cet acteur que j'adore -et que personne ne connaît-, Philippe Fretun, ("découvert" plus tard dans Nadia et les hippopotames, de Dominique Cabrera) dans le petit rôle du gardien de l'hôtel...

 

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