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lieux communs (et autres fadaises)
22 mars 2007

hors-jeu

SUBSTITUTE
de Vikash Dhorasoo & Fred Poulet

Il y a des films, comme ça, que, sans raison particulière, on a très envie de voir. Pourtant je ne m'intéresse pas du tout au foot, encore moins à la Coupe du monde, je ne connaissais pas le réalisateur, mais, je ne sais pas, je voulais voir ça, c'est comme ça.
Voilà, c'est fait, et c'est vraiment un drôle de machin. De par la durée (1h10 à peine). De par le thème (autoportrait d'un joueur qui ne joue pas). De par les moyens (super 8). C'est, comment dire, mal foutu ? minimal ? brut de décoffrage ? rustique ? En tout cas vachement attachant.
Vikash Dhorasoo a une bonne tête (il me fait penser à Prince avec de la barbe. -plus ou moins selon les jours d'ailleurs-) Il fait  partie du groupe de 23 gars (on verra très très peu les autres) embarqués dans l'aventure coupedumondesque, aventure que lui passera - pour des raisons qu'on ne connaîtra ni ne comprendra vraiment- assis sur le banc des remplaçants, ou enfermé dans sa chambre d'hôtel, malheureux de cet état visiblement, mais se faisant une raison.
Il n'aura joué qu'une dizaine de minutes lors des éliminatoires (remplaçant Zidane sous les sifflets et les huées) et puis plus rien. Ce qui laisse le temps de réfléchir, de s'introspecter, de se tirer sur l'élastique (au choix), d'autant plus qu'il est équipé de deux caméras super8 (et d'un magnéto) que lui a filé son copain Fred Poulet. Il filme donc, se filme, l'image est pourrie, y a du grain, mais qu'importe, on l'écoute se parler, on le regarde se regarder. C'est touchant parce que presque agaçant, fragile parce que malhabile. Adroit parce que gauche ?
Mais ça se complique juste un poil niveau filmage puisque le pote Fred est là aussi, régulièrement, pour filmer Vikash en train de filmer (ou de ne pas filmer) : l'intime et le public ? il s'agit plus alors d'une conversation plus que d'un monologue. Certains attendaient Godot, lui juste attend de rentrer sur le terrain. Comme dans le film de Panahi, les matches, on ne les verra pas (on n'est pas dans les yeux dans les bleus) et la majorité des spectateurs en sera comme Vikash : frustré(s).
Oui, on aimerait bien l'avoir pour pote, ce mec, on aurait envie de le connaître davantage (car le portrait, paradoxalement, reste très en surface, prudent, discret, on reste un peu sur sa fin.) L'expérience du spectateur est à l'image de celle que Dhorasoo a vécue : minimale, répétitive, quotidienne, routinière, vue à travers l'objectif de la caméra avec laquelle il s'ausculte dans les miroirs (une très belle scène dans une chambre d'hôtel.)
Mis à l'écart, mais pas vraiment, présent/absent, il se console comme il peut.
Soixante-dix minutes, c'est long mais c'est court (ou le contraire)
Pourtant il y a dans cet exercice de style une poésie indiscutable, sans qu'on puisse très bien expliquer pourquoi. Attendrissant ? (alors là si on m'avait dit qu'un jour j'utiliserais cet épithète pour qualifier un joueur de foot...)
Un vrai objet de cinéma (et de curiosité)

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(ajouté après-coup : mais ne serais-je pas ici sur ce blaugue en train de faire la même chose , de me regarder en train de me regarder en train de ne pas jouer, en me disant que non non j'en veux pas au sélectionneur, il a sans doute ses raisons, oui de bonnes raisons...)

31 octobre 2021

goret

BARBAQUE
de Fabrice Eboué

Quand c'est un peu joli, c'est joliet, quand c'est un peu gentil, c'est gentillet, et quand c'est un peu gore, c'est goret (gorêt, plutôt), ce qui tombe bien ici puisqu'il s'agit d'un boucher qui dégomme des végans ("c'est des herbivores...") au fusil de chasse mais pas que, et les débite pour les servir dans sa boucherie (et les vendre, à des tarifs exorbitants sous l'appelation "porc d'Iran", à une clientèle sur le champ séduite et de plus en plus nombreuse, qui découvre sans le savoir les plaisirs de l'anthropophagie (c'est mieux que cannibalisme). Quelque part entre Hara-Kiri (toute ma jeunesse) et "Ma petite entreprise", le ton est donné...
Lui c'est Fabrice Eboué (qui réalise aussi), son épouse -et complice- c'est Marina Foïs. C'est la bande-annonce, découverte récemment dans le bôô cinéma, qui m'a donné aussitôt très envie de le voir. Et donc j'ai. Le problème, c'est que ladite bande-annonce survend le film, en racontant à peu près tout, et c'est dommage. Un pitch joliment tordu pour un traitement pas complètement à la hauteur (ni assez bête, ni assez méchant, en fait), un développement un peu paresseux (les autre pistes : problèmes de couple chez les bouchers, rivalité avec un couple de "bouchers industriels", semblent n'être là que pour étoffer un peu le propos et sont un peu mollement exploitées) pour un résultat en demi-teinte (et un dénouement un peu vite expédié -qui figure lui aussi dans la bande-annonce, ce qui est une erreur à mon sens-).
Un effet pervers est qu'à la sortie on a sacrément envie de manger de la bidoche (aaaah une bonne côte de boeuf) tout en étant quand même un peu écoeuré...
Devrait être projeté en triple programme avec GRAVE de Julia Ducourneau et l'étrange LES ANIMAUX ANONYMES de Jean-Baptiste Rouveure (découvert à Gérardmer), ce qui permettrait d'avoir trois points de vue (et trois éclairages) différents sur le même sujet : l'amour de la barbaque.

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25 avril 2018

contrefaçon

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THE THIRD MURDER
de Hirokazu Kore-Eda

(Ce post aurait pu aussi s'appeler non ejusdem farinae mais c'eût pu paraître pédant, non ?). Le dernier film de Kore-Eda Hirokazu, réalisateur qu'on suit ici passionnément depuis ses débuts (Ah, les sublimes After Life et Maborosi...) et dont on continue de programmer les films, même si l'on n'y ressent plus toujours le même enthousiasme à chaque fois.
Le film est très long. les critiques l'avaient annoncé, mais je le confirme. En ouverture, un homme, sur un terrain vague, marche derrière un autre, qu'il va frapper à la tête puis sur lequel il va s'acharner. Toute la suite du film, cela va être le procès de cet homme, mais surtout les discussions entre les personnages : l'avocat et son client, l'avocat et son collègue, etc. Et c'est vrai que ça parle ça parle ça parle (on a le sentiment qu'il s'agit plus d'un film parlé que d'un film joué).
J'y étais avec Dominique, et, hélas, je me suis endormi dès le tout début du film. mais pas le gros assoupissement passif, non, le petit endormissement sournois qui vout fait ouvrir les yeux et les refermer (ou le contraire) plusieurs fois par minute, vous donnant ainsi l'illusion que vous voyez le film alors que pas du tout. D'autant plus que, dans ce demi-sommeil, je n'entendais plus que le japonais des dialogues, que me cerveau traduissait approximativement avec les mots français aux sonorités équivalentes et qui n'avaient évidemment aucun sens dans le contexte), et c'est ces phrases idiotes qui me réveillaient.
J'ai -quand même- fini par m'éveiller complètement, au bout d'un (assez long) moment, et j'ai pu suivre alors le film jusqu'au bout. J'ai ouvert l'oeil juste au moment d'une révélation majeure qui vient modifier ce qu'on a vu jusque là, (et qui confirme que la famille reste une préoccupation majeure de Kore-eda : les films cités sur l'affiche sont Tel père, tel fils, et Notre petite soeur), qui sera suivie de plusieurs autres, (c'est un peu le principe de tous les films dits "de procès" qu'en principe j'affectionne plutôt) qui auraient presque pu finir par égarer un peu le spectateur. Mais non.
Et j'aime aussi beaucoup ce jeu autour de la vérité et du mensonge. Qu'est-ce que mentir ? Et à quoi sert de le faire? Le vrai et le faux, et de l'utilisation qu'on en fait (cinématographiquement, s'entend) c'est une mécanique 'une horlogerie) très kore-edaïenne.
Car Kore-Eda, tout de même. Et j'aime vraiment beaucoup toute la partie du film que j'ai vue. Avec quelques interrogations (quid de la carte postale ? quid du juge ? quid des précédentes condamnations ?) en me didant que sil e film avait été beaucoup moins long, j'y aurais sans doute beauvoup moins dormi... Mais bon c'est bien fait pour moi hein...
D'autant plus que je viens d'apprendre qu'on le projettera bientôt dans le bôô cinéma (enfin, fin mai...) et ça me donnera peut-être l'occasion de racheter mes fautes (de réviser mon jugement)...
Car Lao-Tseu a dit "Qui a dormi au film de le critiquer s'abstiendra"

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Un beau personnage charismatique, celui de l'assassin, autour duquel se cristallise une histoire à la fois simple et complexe.

15 décembre 2006

brumisateur

"Le brouillard a tout mis dans son sac de coton
Le brouillard a tout pris autour de ma maison..."

Hier il faisait beau ici et beau là-bas (là où j'allais, d'ailleurs assez stupidement pour voir un film qui ne passait pas à l'heure où je me suis présenté à la caisse) et, entre les deux : rien. Visiblité zéro, because un brouillard comme on dit à couper au couteau (que voilà un alexandrin joliet...), ce qui fait que je me suis arrêté sur tous les parkings où je pouvais pour prendre des photos mais bon que le brouillard en photo (tout du moins avec mon appareil hélas) c'est pas terrib' terrib'...
Bref...
Aujourd'hui, sans avoir besoin de prendre la route : brouillard brouillard idem (on n'en est pas sorti de la journée!) Pour quelqu'un qui est assez crédule et bon public (je), et donc qui a frémi devant Fog de Carpenter, ou en lisant Brume de S.King, le brouillard pourrait  vraiment avoir quelque chose d'oppressant. On étouffe un peu , avec ce couvercle omniprésent. On est aux aguets, face à cette chape d'où pourrait surgir toute abomination à votre choix (mort-vivant, extra-terrestre, jack l'éventreur, marin décomposé avec un crochet à la place de la main... tout, vous dis-je!)

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Let the sun shine, let the sun shine in
The suuuun shiiiiiine in...

13 décembre 2006

end

Non, je n'aime pas les choses qui se terminent (fond de bouteille, dernier chapitre, fin d'une histoire, épitaphe... tiens ça ferait un bon début de liste...) et en décembre, tous les ans c'est pareil je suis servi, mais là, encore davantage : non seulement le trimestre scolaire et l'année civile touchent à leur fin, mais mon année scolaire aussi, puisqu'en janvier je retourne aux bozarts pour 6 mois (pour terminer l'année de formation entamée l'an dernier.)
On voudrait toujours que ça dure toujours, tout le temps, toute la vie, pour les siècles des siècles (amen) et qu'éternellement on verra dans nos yeux le ciel plus bleu. C'est dur de commencer, mais ça l'est encore plus de finir, puisque quelque chose débute, qu'on ne connaît ni ne maîtrise ni n'appréhende vraiment, mais qui va finir par finir, et qu'il va falloir ensuite forcément, à un certain moment, passer à autre chose, autre chose qui va ensuite forcément finir à son tour, and so son. A chaque fois repartir. Dieu que c'est fastidieux.
Oui, j'aime bien être au milieu, en plein dedans, au coeur de. Ni début ni fin en vue. Dans le ventre mou, diraient certains, au chaud, moi je rétorque, en sécurité, quoi.
Dans dix jours, je quitterai mes collègues chéries jusqu'en... pfouhhh! septembre 2007 (ah quand même je repasserai 2 jours début juillet, histoire de voir comment l'année se termine, et de ne pas culpabiliser de partir huit mois d'affilée).
Je ne peux même pas dire que c'est l'appréhension, contrairement à l'an dernier, je sais grosse modo où je mets les pieds, et assez vaguement/précisément (c'est ça les bozarts) ce que je veux/peux y faire.
Je voudrais que ces dix jours soient déjà finis, et en même temps non pas du tout au contraire...
Oh, juste décembre m'afflige (j'ai déjà tartiné d'assez mauvaises pages sur le sujet) tiens je vais aller prendre un peu de magnésium (vieille plaisanterie)...

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ps (qui n'a -pratiquement- rien à voir) : ternissent ne serait-il pas un mot-valise de terminent et finissent ?

30 août 2021

"j'ai vécu avec un monstre..."

FRANCE
de Bruno Dumont

J'y allais (à l'avant-première dans le bôô cinéma) avec prudence. Bruno Dumont pour moi c'est une histoire un peu compliquée, une relation "ça passe ou ça casse" (où souvent ça casse), entre des films d'où j'ai failli sortir en hurlant (L'Humanité, Hadewichj  -voir -, Hors Satan -voir -) et des sommets cinématographiques incontestables (Flandres il y a longtemps, Jeanne dernièrement).
France de Meurs, c'est le nom du personnage central, jouée par une Léa Seydoux plus qu'impressionnante. Une journaliste tévé pleine de morgue,se pavanant avec la même énergie hautaine devant les caméras (sur le plateau de "son" émission, ou sur le terrain dans "ses" reportages) ou dans les couloirs, dans les rues, dans sa maison au luxe et à la déco insensés, bref dans sa vie, partout, tout le temps.

Elle est secondée par une assistante personnelle, Lou, (Blanche Gardin, que j'étais hyper content de retrouver à l'écran) qui la suit quasiment chronomètre en main pour à la fois gérer son temps et flatter son ego, et qui la complimente, la booste, la coache avec une attention aussi maladive que laudative. Bruno Dumont a, dès le début du film, pour cette France (une conférence de presse avec Macron!) poussé tous les curseurs dans le rouge, vers le "trop" : héroïne trop belle, trop blonde, au rouge trop rouge, aux tenues trop voyantes, aux couleurs trop flashy (le film fait presque mal aux yeux par moments, tellement ça pulse, ce rose et ce jaune oh lala).
France de Meurs au zénith, imperturbable dans ses oeuvres, où l'arrogance se conjugue avec le sentiment aigu de l'autosatisfaction (la condescendance, qu'elle semble pratiquer non stop, y compris avec ses proches, son mari, Fred (interprété par un Benjamin Biolay ici un peu décoratif) et Jo son fils, -que j'avais d'abord pris pour sa fille-). France semble être toujours en train de lire son prompteur,  sur le plateau, en reportage, à la maison. Toujours en représentation. Dumont la suit sans cesse, trottinant sans cesse à ses côtés comme le fait Lou, feignant une fascination dont on se dit qu'il n'est pas dupe, mais qui du coup contamine aussi notre vision de spectateurs fascinés  éblouis (à qui on en met littéralement plein la vue), et nous voilà aussi dans nos fauteuils, sonnés, mais trottinant derrière tels des caniches nous aussi énamourés...

Du coup on n'est plus sûrs d'être dans un film habituel de Dumont (il y a tout un monde entre France et Jeanne, par exemple, le seul point commun étant la musique de Christophe -et, tiens, un plan aussi, un regard-caméra en plongée, aussi touchant dans un cas que dans l'autre-) mais on est tellement fasciné par Léa S.  (tiens, ça fait penser à une journaliste télé, justement) en surchauffe médiatique, qu'on se laisse porter et qu'on attend la suite. Ce qui débutait comme une charge corrosive, excessive, brutale,  contre l'univers frelaté des présentatrices-vedettes et des reportages bidouillés va se transmuer (le verbe m'est venu ainsi, je viens de vérifier, ça existe) d'abord en chronique sociale -tout aussi excessive- puis en mélodrame amoureux -tout aussi corrosif-, puis en psychodrame (de réseau) social -tout aussi brutal-, via l'ajout (l'irruption) de personnages dont certains commencent -enfin!- à ressembler à des personnages "habituels" de Dumont (l'accidenté et sa famille, au sujet desquels je me suis à nouveau posé la question de la "sincérité" du regard du réalisateur), tout comme certaines récurrences scénaristiques (lle bellâtre amoureux transi dont le personnage est tellement excessif et décalé qu'on le sentirait presque comme enfoncé au marteau, en force, dans le reste de la narration), pour culminer dans une dernière partie que j'ai trouvée parfaitement admirable (admirablement parfaite) du début jusqu'à la fin (le reportage dans la cambrousse saumâtre sous le vent). Après l'ascension, la chute, la rédemption ? Mais une rédemption à la Dumont (c'est sans doute là que le réalisateur se "ressemble" le plus). Notre Françounette, qui vient de s'en prendre doublement -triplement- plein la gueule, a été roulée dans la boue et les gémonies médiatiques se relève vaillamment et repart à l'assaut des moulins de l'info. Elle fait toujours dans le sensationnel, (on se se refait pas), mais elle a visiblement revu ses ambitions (j'avais écrit ambiances) à la baisse, mis son glamour en berne, passant du Moyen-Orient à la Franchouille profonde, mais avec toujours, apparemment la même conviction (détermination). Je trouve cette partie-là, je le redis, magnifique.

Un film aussi agressif visuellement dans sa première partie que moralement (ou éthiquement ou politiquement) dans la seconde, porté par une Léa Seydoux absolument fascinante. (Personnellement, je l'aurais récompensée pour son interprétation). Un grand film, certainement top 10 (Waouh!) et pour moi un des préférés de son auteur.

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17 juillet 2021

bal des pompiers (et cérémonie de clôture)

TITANE
de Julia Ducournau

De façon plutôt inattendue, nous est tombé du ciel en sortie nationale. Et je dois dire que j'appréhendais un peu. Et j'avais raison. Je suis allé à la séance du soir du mercredi, le film était en salle 1 (la plus petite), c'est dire la confiance que lui prêtait le programmateur, et, de plus, les spectateurs n'étaient pas DU TOUT les mêmes que les spectateurs habituels (on était 7, ce qui, par contre, était plutôt habituel.)
Cinéma donc dit "de genre" ? A voir donc (je gardais un assez bon souvenir de Grave, et de la performance de Garance Marillier, même si les quelques éclats gore m'avaient un peu... affecté). Bon là, aussi, incontestablement performance d'actrice il y a : la nouvelle venue s'appelle Agathe Rousselle, et c'est rien de dire qu'elle impressionne... Mais de la violence aussi (de l'"ultra-violence" même, à la Orange mécanique, avec une série de meurtres, en ouverture ou presque, qui ont d'ailleurs failli me faire quitter la salle illico -ce que j'ai d'ailleurs failli faire plusieurs fois pendant la projection, me disant que "ce film n'était pas vraiment pour moi"-, mais bon, je suis tout de même resté jusqu'au bout, jusqu'au bout du bout, seul dans la salle puisque les autres spectateurs avaient jailli de leurs sièges dès les premiers mots du générique).
Ca commence en voiture, tiens c'est Bertrand Bonnello qui conduit! Avec un enfant à l'arrière (je pensais un garçon, mais il semblerait que ce soit une fille). Et un premier choc. Bam! Ensuite, après un passage à l'hôpital,  un bisou à une voiture, et on enchaîne encore sur les voitures, mais c'est un genre de spectacle underground où des jeunes filles se trémoussent lubriquement contre des berlines plus ou moins customisées (les bagnoles, mais les filles aussi) sur de la musique techno, et on fait la connaissance d'Alexia (Agathe Rousselle, donc), qu'on identifie, (à cause du drôle de machin qu'elle a autour de l'oreille), comme l'enfant de la première scène (et aussi parce qu'on reconnaît son papa (Bertrand Bonnello) quand elle rentre à la maison).
On va la suivre un moment (avec, en route, deux ou trois scènes où il faut s'accrocher) jusqu'à ce qu'elle finisse par croiser la route de Vincent (Lindon, il ne semble pas être nommé dans le film, ou alors je n'ai pas fait attention), qui cherche désespérément son fils disparu... (et, accessoirement capitaine des pompiers -ce qui nous donnera l'occasion de deux scènes -pour moi- extrêmement plaisantes, surtout la première, de teufs chez, justement, les pompiers...) avec qui va se nouer une relation étrange qui donne corps à la seconde moitié du film.
Il sera question (en plus du bruit et de la fureur) de feu, de cambouis, de sang, d'huile de moteur, dans ce qui m'a évoqué une approche cronenbergienne de la représentation du corps et de ses mutations. Deux personnages principaux qui se font mal (à eux-mêmes) et qui nous font mal à nous aussi, spectateurs, mais on est emporté par un tel tsunami de violence qu'on a depuis un moment lâché la rampe, prenant juste le soin de fermer les yeux à quelques moments choisis...
Julia Doucournau a dit avoir tourné ce film pour procurer un choc au spectateur, et pour ça, c'est réussi : c'est comme si on était assis face à une machine à gifles qui, régulièrement,  vous décoche des beignes. Et pif et paf! On sort de la sonné (vraiment), comme après le passage d'un ouragan en cinémascope. Lessivé.
Je n'ai pas regretté d'être resté jusqu'au bout, pour voir ce qu'il y avait à voir, justement, au bout de tout ça, comment la réalisatrice allait-elle réussir à refermer ce paquet-surprise agité, brutal, contondant, délétère, expérimental, foutraque, glauque, halluciné, iconoclaste, (je pourrais comme ça continuer l'alphabet...) qu'elle s'est amusée à nous faire exploser à la figure de multiples façons...

Je suis sorti de là à la fois tétanisé (c'est ça l'effet-Titane!) et perplexe, avec une seule certitude : celle que je ne reverrai jamais ce film. Même si doté d'évidentes qualités de mise en scène. Mais mises au service d'un récit tellement nihiliste et tellement barbelé que toute tentative d'approche (de rapprochement) est quasiment impossible.
Un prix d'interprétation pour la demoiselle ? Elle le mériterait, au vu de la façon dont elle paye de sa personne...

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(correction a posteriori, à 21h18 : Eh bien non... Pas de prix d'Interprétation, le film a carrément obtenu la PALME D'OR! J'en reste sans voix... Julia Ducournau, visiblement très émue, a dit "Merci au jury de laisser entrer les monstres...")

Cette cérémonie de clôture a été carrément bordélique, Spike Lee semblait avoir du mal à comprendre ce qu'il devait faire, les membres du jury potichaient, Doria Tillier ("dans sa robe malabar") ramait mais essayait, en direct et sans filet, de maintenir le truc à flot, il n'y avait qu'une seule palme pour les ex-aequo (Nadav Lapid a dû partager avec Apichatpong Weerasethakul pour le prix du Jury, Asghgar Farhadi avec Juho Kuosmanen pour le Grand Prix), Tahar Rahim a dû jouer les interprètes, il a fini par venir s'asseoir à côté de Spike Lee, qui a fini par poser sa main sur l'épaule de Tahar (mimi...), mais bon quand même, ça fait plaisir, c'est une femme qui a été couronnée (ce qui arrive rarement, Jane campion et c'est tout), et ça c'est très très bien, qui plus est pour un film dit "de genre" (ou de transgenre...) ce qui est encore plus étonnant, non ? Son discours a été magnifique... ("le besoin viscéral qu'on a d'un monde plus inclusif et et plus fluide...")
C'est la première fois de ma vie que je vois la Palme d'Or sans savoir que c'est la Palme d'Or...

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13 décembre 2023

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UN HIVER A YANJI
de Anthony Chen

Ce fut le "film chanceux" de l'après-midi... Comme j'avais beaucoup dormi au précédent, je craignais (j'appréhendais) que cela ne se reproduise avec celui-ci... Eh bien pas du tout. Quel bonheur!
Une "histoire à trois" (ou plutôt l'histoire d'une jeune femme entre deux hommes).  Ce qui complique un peu la situation (et la compréhension du film) c'est que le film se passe en Chine, mais dans une région frontalière avec la Corée, et donc il y a des Chinois et des Coréens, et, donc, des dialogues en chinois et d'autres en coréen (ce que les sous-titres précisent à chaque fois).
Mais les trois personnages principaux sont chinois : Haofeng (le jeune homme qui croque des glaçons ), fait la connaissance de Nana, une guide qui commente pour les passagers (touristes) la visite de la ville, dans oublier les galeries où elle les incite à (ne pas oublier d') acheter des produits locaux. Et Nana a un copain, Xiao, qui fait en particulier la cuisine dans le boui-boui où les voyageurs / touristes du bus sont invités à se restaurer...
Et tous les trois vont passer ensemble une première soirée -arrosée, comme il se doit- (pour ce qui est de la picole, le film n'a rien à envier à, par exemple, les films de Hong SangSoo (le voisin coréen).
C'est un film hivernal, on y parle beaucoup de glace (le titre original et la scène d'ouverture), de neige, de froid, et de conditions météorologiques défavorables, comme quand les trois amis décident de partir en excursion au Mont Changbai, et que, plus ils s'en approchent et plus on les prévient qu'ils ne vont rien pouvoir voir du tout (et j'ai instantanément pensé, bien sûr, à STRANGER THAN PARADISE et son irrésistible visite au Lake Erie, perdu dans une épaisse couche de brouillard qui empêche de voir quoi que ce soit.
Un film chinois beaucoup plus "doux" et tendre que la moyenne des films chinois, une chronique en mineur, bref quelque chose de plutôt doux et apaisant (même si parfaitement mélancolique).
Et j'ai juste un tout petit regret : je dis que je n'ai pas dormi du tout, c'est faux : j'ai juste fermé les yeux une fois, pas longtemps, vers la fin, une des dernières scènes d'ailleurs, mais c'était précisément le moment où le film faisait ses adieux à Haofeng... (je ne sais pas ce qu'il advient de lui)...
Un joli film.

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28 décembre 2023

micro 211

(sur twitter) "Finalement Noël sert à rappeler à ceux qui sont seuls qu'ils sont seuls, à ceux qui n'ont pas de thunes qu'ils n'ont pas de thunes, et à ceux qui ont une famille de merde qu'ils ont une famille de merde."

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(à un chauffeur de bus) "Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois, vous serez en avance sur l'horaire ! " (Les vieux de la vieille)

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"L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux." (Rainer Maria Rilke)

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(flou dans le fond, c'est Baudelaire)

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" Ne nous suicidons pas , il y a encore quelqu'un à décevoir " (Émil Cioran)

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"Depuis toujours, je compte sur mes nuits pour éclairer mes jours… notablement." (Henri Michaux, Façons d'endormi/Façons d'éveillé, 1969)

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"Renoncer, c'est nous libérer. Ne rien vouloir, c'est pouvoir."  (Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité)

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"il vaut mieux qu'il pleuve aujourd'hui plutôt qu'un jour où il fait beau." (Pierre Dac)

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"Ce que les hommes appellent amour est juste une situation bien confortable pour eux." (Baptiste Beaulieu)

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"Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui." (Carlos Ruiz Zafón)

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"Sentimentalité dont je ne puis me départir, qui me neutralise, en quelque sorte, et fait son ravage avant que je puisse en prévenir l'assaut. Non pas faiblesse, mais ouverture des portes, des vannes, laisser-aller général, effondrement de la dignité, au profit d'un larmoyant attendrissement, puéril, désolant. "Lâcher-prise" disent certaines. Foutaise!... Apitoiement, complaisance, autosatisafaction. On n'est jamais assez bon pour soi-même." (Jacques Drillon, Coda)

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Anton Tchekhov (je pense que la photo a été colorisée)

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"Les vieux ne sont pas si à plaindre qu’on croit, fit observer Martin. Ils repensent toujours à dans le temps et les souvenirs, c’est comme le vin, plus ils sont vieux, plus ils sont bons. Et quand ils sont frais, bien souvent, on en a gros cœur. Pas vrai?" (Marcel Aymé, Le vin de Paris)

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"J’ai des rapports assez amicaux avec moi-même, je me supporte, mais je ne me passionne pas." (Françoise Sagan, Répliques)

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"La morale et le bon goût sont un vieux ménage, ils ont pour enfants la bêtise et l'ennui."  (Francis Picabia)

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"Il y a des choses qui ne s'apprennent qu'à condition que nul ne nous les enseigne." (Clarice Lispector, La belle et la bête)

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8 octobre 2023

l'homme de marbre

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LE PROCES GOLDMAN
de Cédric Khan

Un film magistral, il n'y a pas à tortiller. Passionnant -et complexe- dès sa scène d'ouverture. (Tout de suite on est sous son emprise, en ne pouvant s'empêcher de se dire combien tout ça est bien fait...). Venant peu de temps après ANATOMIE D'UNE CHUTE, voici encore un film "de procès" (et on se prend à lui souhaiter la même carrière faramineuse...). Un film de procès de A jusqu'à Z, de l'audition des témoins jusqu'au verdict.
Un film très dense, qui ne sortira pratiquement pas de l'enceinte du tribunal (ou de ses environs immédiats) et qui pourtant vous prend aux tripes sans jamais desserrer la force de son étreinte...
J'avoue que je ne connaissais que de nom Pierre Goldman (au moment du -second- procès narré par le film, j'étais "à la campagne" sans radio ni journaux ni télé, autant dire que je n'en ai rien su...), une affaire qui avait pourtant été pas mal médiatisée, et re, après l'assassinat du même en 1979, jamais élucidé, comme nous le rappelle le carton final.
Pour tout dire, en voyant le film, je ne savais même pas quelle allait être l'issue du procès!
Deux personnages (et, surtout les acteurs qui les incarnent) dominent : Pierre Goldman, l'accusé, (Arie Worthaler, magistral) et Georges Kiejman (un de ses trois avocats, celui qui plaidera en dernier (Arthur Harari, déjà très aimé comme cinéaste, et que je découvre ici comme acteur, et même, excellent acteur).
Il est question de Pierre Goldman, bien sûr, de la France des années 70, de politique, de "gauchisme", de racisme et d'antisémitisme. Le personnage de Goldman est complexe, comme le sont les enjeux de cette histoire, fascinant, et face à lui, nous, spectateurs, sommes mis à la place des jurés (mais sans avoir comme eux la possibilité de parole).

(ce post n'était pas destiné à être publié dans cet état, puisqu'il n'était pas terminé... mais bon les dieux des Limbes en ont décidé autrement...)

Je voulais juste rajouter que j'avais énormément apprécié de revoir, dans le rôle du père de Pierre Goldman, Jerzy Radziwilowicz, (qui incarnait L'HOMME DE MARBRE, d'Andrzej Wajda, en 1977, que je n'ai reconnu qu'au générique) ce qui à mon avis ne doit absolument rien au hasard.

 

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19 novembre 2023

silencieux (mais bavard)

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THE KILLER
de David Fincher

Bon, il y a eu un peu de battage sur tw*tter, et je me suis souvenu que j'avais toujours un abonnement à N*tflix, pour de pareilles occasions... J.'y suis donc allé.
Je l'ai regardé jusqu'au bout, assis sur mon canapé. Un polar, donc, divisé en chapitres, l'histoire d'un tueur à gages qui rate sa cible (chapitre 1) alors que pourtant tout était hyper bien préparé, et va en devenir une à son tour (chapitres suivants, où il va s'agir pour lui de dégommer tous ceux / celles qui veulent le zigouiller parce qu'il a failli. Tilda Swinton sera la dernière sur la liste, et elle racontera une histoire -le chasseur et l'ours- que je connaissais déjà hihi)
Le killer voyage beaucoup, à chaque fois sous un nouvel alias (ce mec a une collection de passeports hallucinante), prend l'avion, dort à l'hôtel, loue des voitures, (j'ai pensé à Isabelle Adjani dans MORTELLE RANDONNEE), fait son petit bizness de mort (il a une collection d'armes tout aussi hallucinante) avant de repartir vers de nouvelles aventures killeuses.
Il est interprété par  Michael Fassbender, qu'on a plaisir à retrouver (comme à chacun de ses films précédents, on sait que ça ne sera pas une partie de rigolade...).
C'est glacé, glacial, glaçant (et autres épithètes frigorifiantes à votre choix). Avec un discours intérieur (une voix off quoi) perpétuel, ressassant notamment son code de conduite (Respecte le plan / Anticipe, n'improvise pas / Ne fais confiance à personne /Demande-toi seulement : quel avantage j’en tire pour moi / Ne mène que le combat pour lequel on te paye -merci wikip*dia et Libé-). Par un mec qui se déguise en touriste allemand pour être sûr qu'on lui foute la paix. Et qui n'épargnera personne (bam bam! y en a un(e) qui clabote à chaque chapitre). Avant de retrouver sa chère et tendre pour prendre un bain de soleil sur sa chaise longue en République Dominicaine.
Un personnage assez déplaisant, mais, comme le précise David Fincher "La sympathie ne m'intéresse pas."

"Œuvre assez radicale, “The Killer” est au film de tueur à gages ce que “Jeanne Dielman” est à la figure de la femme au foyer : la lente et austère description d’un quotidien millimétré mais soudain perturbé par un grain de sable dans la machine, qui débouche sur un progressif et insupportable déraillement." (Les Inrocks)

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18 novembre 2023

calendrier des pompiers

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POUPOUPIDOU
de Gérard Hustache-Mathieu

Normal... Après avoir vu (sur les conseils de Dominique) POLAR PARK sur arte, (avec mon Guigui Gouix d'amour à moi que j'aime (encore un qui fait partie de mon HCV (harem cinématographique virtuel, lol), j'ai éprouvé l'envie de revoir POUPOUPIDOU, du même réalisateur, dont la série est une version étendue (avec des points communs et des différences.
Le plus sympathique, c'est de voir les deux héros (Jean-Paul Rouve et, donc, Guillaume Gouix) avec 12 années de plus au compteur (G.G en avait donc 28 à l'époque) sans qu'ils n'apparaissent trop trop changés.
Le pitch est toujours le même : un écrivain en panne d'inspiration débarque à Mouthe, un crime est commis, il va mener l'enquête, et essayer de commencer un nouveau roman. Bon, après, ça change : Rouve est toujours écrivain, Gouix toujours flix (mais il a pris du galon entre temps... Le film originel traitait d'une unique victime, qui, dans la série, se trouve être la deuxième d'une série (car serial-killer il y a aura...) On retrouve, en commun, Olivier Rabourdin qui, lui, change carrément de personnage : il était flic, le voilà à présent moine...
On retrouve aussi, en commun, (mais c'est moins important hihi) Bobby le chien empaillé avec un bandana jaune autour du cou...
L'intrigue change, prend de l'ampleur, des personnages nouveaux apparaîssent, et il est plaisant de constater que quelques scènes sont reprises quasiment à l'identique d'une version à l'autre...
Une seule petite déception : ne figure plus la scène dite "du calendrier des pompiers de Mouthe" (calendrier qu'on voit -private joke - affiché au mur chez l'ami de G.G) ni la jolie scène à QV (les deux scènes sont quand même très très courtes, hein... Il y a douze ans, je devais sans doute moins avoir l'occasion d'en voir, hihi).
Simplement on peut remarquer dans cette nouvelle version "longue" le soin apporté à la mise en scène (et les clins d'oeil récurrents au corps masculin, qui ne pouvaient pas me laisser indifférent, n'est-ce pas).
Dans la première version c'est Sophie Quinton (une actrice magnifique) qui jouait le rôle de la fausse Maryline, que le réalisateur faisait revivre vie ses carnets, tandis que dans POLAR PARK c'est India Hair (une autre actrice magnifique, mais dans un autre registre) qui tient la dragée haute à notre ami écrivain...

POUPOUPIDOU était un très bel essai (qu'hélas peu de gens ont vu à sa sortie, me semble-t-il) que POLAR PARK transforme (transcende) d'une fort agréable façon...
Et Guillaume G. est vraiment vraiment mimi. (mais j'aime bien aussi son copain, le légiste, et aussi son adjoint barbu qui chante... -dans POLAR PARK!)

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21 juin 2023

ouvrir les placards

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WAHOU!
de Bruno Podalydès

On devait l'avoir en sortie nationale, et tout... et pfuit! il a disparu dans les limbes (de là à penser que le programmateur n'a pas fait le taf... moi je dis ça je dis rien hein)
Je suis donc allé à Besac où il était effectivement en sortie nationale.
(mine de rien, presque deux semaines déjà se sont écoulées depuis que j'ai écrit le titre de ce post, et je m'aperçois que je n'ai quasiment rien écrit d'autre.
Que j'ai encore plein d'autres posts en retard (parce que je vois trop de films, voilà).
Je serai bref donc.
Bruno Podalydès on l'aime, et ce depuis VERSAILLES RIVE GAUCHE (1991), et on a programmé / vu tous ses films qu'on aime tous, certains un peu plus, d'autres un peu moins, d'autres énormément voire à la folie, mais aucun pas du tout. C'est l'amour au beau fixe, avec le cinéma de Bruno Podalydès (et sa troupe d'habitués), et ça tombe bien puisque c'est de ça qu'il parle souvent : l'amour. Souvent, très souvent, sauf que là, paf! un peu moins que d'habitude (ou d'une autre façon), puisqu'il sera (surtout) question d'immobilier, de deux agents de l'agence Wahou!, et de deux bien à vendre : une maison "de cachet" et un appartement flambant neuf dans un immeuble "du triangle d'or de Bougival". Les visites vont se succéder, d'un côté comme de l'autre, et être l'occasion de scènes plus ou moins pittoresques mais toujours bon enfant. Avec donc, comme d'hab' pléthore de comédiens (des habitués et des nouveaux).
Sympathique, très. (Je vais ouvrir les portes des placards, et je vais téléphoner à mon mari... vous comprendrez quand vous aurez vu le film.)

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7 juin 2023

adios adios me voy me voy

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TRENQUE LAUQUEN 1
TRENQUE LAUQUEN 2
de Laura Citarella

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Pour les spectateurs de LA FLOR (Mariano Llinas, 2019; 14h -oui oui- en quatre parties) ce visage ne devrait pas être inconnu, Laura Paredes était une des quatre héroïnes du film. TRENQUE LAUQUEN pourrait d'ailleurs bien en constituer d'ailleurs une cinquième et nouvelle partie. (Qui dit nouvelle partie dit forcément jeu, et on est bien sûr toujours dans les mêmes dispositions narratives). Il s'avère qu'elle était aussi une productrice du film (et qu'au générique de TRENQUE LAUQUEN, on lit que Mariano Llinas, le réalisateur de LA FLOR, a donné un coup de main pour le montage -et la réalisation, me semble-t-il.
Voici donc un film en deux parties, autour de Laura, la jeune femme sur l'affiche, chaque partie étant découpée en plusieurs chapitres, chacun avec son titre. Grosso modo, dans la première partie, deux hommes cherchent Laura, celui qui est son fiancé ("su novio") et celui qui semble être le dernier à l'avoir vu (spoiler : qui est aussi su novio, .mais on le saura plus tard) partent sur ses traces, les dernières qu'elle a laissées, avec le surgissement (le fleurissement hihi d'une autre histoire, d'une autre femme, d'une autre histoire d'amour...) Le deuxième film reprend où le premier s'est arrêté, mais c'est cette fois Laura qu'on va suivre, dans une histoire complètement différente , centrée autour du lac de Trenque Lauquen -dont il avait été vaguement question dans la première partie- racontée sous forme de long flash-back radiophonique (on verra un peu un des novios de la première partie, l'autre aura complètement disparu...) jusqu'à un final un peu déconcertant par sa forme (je n'aime pas trop les changements de format dans un film, surtout quand je ne suis pas sûr d'en avoir vu le moment exact.) mais logique par rapport au récit (je n'en dirai pas plus).
C'était un peu l'ambiance "festival", entre les deux séances. Avec des gens qui restent dans le hall, qui vont voir les critiques affichées à l'extérieur, qui discutent, qui stabulent. C'était plaisant de voir que pas mal de spectateurs avaient choisi l'option "double programme", et attendaient donc pendant l'entracte entre les deux séances (où j'en ai profité pour discuter avec Caroline, la délicieuse caissière projectionniste, qui m'a apporté un éclaircissement capital pour la compréhension du film, après que je lui aie posé une question à propos de "la fille", puisque, malencontreusement, j'avais un peu piqué du nez au début du film. -Pourquoi, d'ailleurs, m'endors-je toujours au début ?-)
Oui, les amateurs de LA FLOR ne seront pas vraiment dépaysés... deux films qui n'en font qu'un, avec la même héroïne, deux hommes amoureux de la même femme, une correspondance amoureuse (dans le premier), une créature mystérieuse (dans le second), des femmes qui s'aiment, aussi, et une femme qui disparaît... De l'amour, du mystère, du romanesque, de la science-fiction et voilà...

30 mai 2023

oglala lakota

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WAR PONY
de Gina Gammell & Riley Keough

Le film est excellent, mais on en ressort... frustré. frustré parce qu'on n'en a vu, finalement, que 75%, grosso-modo. Non pas parce qu'on y a dormi (que nenni point du tout) mais parce qu'on l'a vu dans la salle 2 du Victor Hugo (à Besançon, poussons la délation jusqu'au bout) et que dans cette salle il y a hélas un problème de projecteur (la lampe vient d'être changée, nous a dit la jeune caissière) qui fait que dès que la scène est un peu sombre (ici,c'est le cas de toutes les scènes d'intérieur) on n'y voit plus que couic, et c'est (très) énervant.
Donc on sort en même temps heureux d'avoir vu le film, et malheureux de l'avoir vu dans ces condtions...
Le film de deux réalisatrices qui nous parlent de deux jeunes indiens de la tribu Oglala Lakota, vivant dans la réserve de Pine Ridge (dans les conditions misérables qu'on sait via d'autres films : LES CHANSONS QUE MES FRERES M'ONT APPRISES, THE RIDER, principalement).
Le plus âgé des deux s'appelle Bill, il a 23 ans, deux enfants de deux mères différentes (dont l'une est en prison et lui demande instamment de payer sa caution), pas mal de tatouages et une furieuse envie de s'en sortir. Le second, Matho, a une douzaine d'années, et est doté aussi d'une solide envie de grandir (devenir un homme) en faisant toutes les conneries possibles. On les suivra séparément pendant une grande partie du film, jusqu'à une très émouvante scène de rencontre. Billy a décidé de devenir riche en élevant des caniches, Matho, pour commencer, n'hésite pas à revendre la meth de son père, pour se faire du fric.
Tous les deux sont tenaces, pugnaces, endurcis tôt par la vie qu'ils mènent, sauf que Billy serait plutôt un gentil, tandis que Matho ne rechigne pas à tenter de s'affirmer avec ses poings. Le petit dur et le grand doux. Qui finiront par faire connaissance devant un sandwich au beurre de cacahuète.
Le film, après un traitement simple et plutôt réaliste, finit, par la force des choses, par une scène joyeusement surréaliste, heureusement en plein soleil, ce qui permet d'en profiter pleinement.
Mais mon dieu hélas, auparavant,  que de zones d'ombres dans la projection! Dominique m'avait prévenu qu'elle était énervée en sortant, et je la comprends...
Dommage, mais ça sera sûrement mieux quand on le projettera dans le bôô cinéma...

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8 avril 2023

les mains dans l'eau la nuit

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AMORE MIO
de Guillaume Gouix

C'est vrai, j'ai un peu insisté pour l'avoir, pour qu'on le programme. Avec en même temps un léger frisson : quand on projette le premier film réalisé par un/une acteur/actrice qu'on aime beaucoup, on risque la désillusion, la douche froide, le tombage de haut (je me rappelle avec tristesse le ratage catastrophique du pourtant très attendu MERVEILLES A MONTFERMEIL de la très aimée Jeanne B.)
Bon, mais là, il s'agissait de mon Guigui d'amour, Guillaume Gouix  (comme acteur, je l'ai à chaque fois beaucoup aimé, pour ne pas dire adoré : GASPARD VA AU MARIAGE, LES CONFINS DU MONDE, ATTILA MARCEL, ALYAH, MOBILE HOME...) donc j'étais plein d'espoir, d'autant plus que les critiques lues caressaient plutôt dans le sens du poil...
Un film "de filles", de soeurs plutôt, Alysson Paradis et Elodie Bouchez. Pourquoi donc Alysson ? je n'ai pas eu à googler très loin pour avoir la confirmation de ce que mon petit doigt m'avait soufflé : parce que c'est sa copine, voilà! Et la paire qu'elle consitue avec Elodie Bouchez (qu'on vient juste de voir en tandem avec Adèle Exarchopoulos, dans le très beau JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES) fonctionne du feu de dieu. Deux soeurs qui se retrouvent à l'occasion d'un enterrement (auquel elles n'assisteront d'ailleurs pas) et qui vont partir en vadrouille, dans la voiture de l'une des deux, avec le fiston de l'autre (la blonde avec les racines, jouée par Alyssa P.) après que son jules soit parti ( "avec la participation de" Félix Marithaud, qqu'on verra juste deux fois). Avec une vague destination : "vers le sud"... Se barrer pour (peut-être) se retrouver.
Le film est tout de suite fascinant (j'ai pensé à Cassavetes, que je ne connais pas très bien, mais au Cassavetes dont se réclamait Jean-françois Stévenin) : parce que filmé dans  ce format presque carré comme pas mal de films qu'on aime (1.33 précise Guigui en interview),  parce que filmé très près, voire très très près, avec une caméra très mobile, pour essayer de coller à ce qui se passe, parce que dialogué de façon assez brute ("nature"), parce que filmé aussi à toute vitesse, jusqu'au bout, sans prendre de gants ni souvent le temps de respirer... C'est une virée, et le réalisateur nous entraîne avec lui, à sa suite (on serait les casseroles attachées à une voiture de mariés, ça roule vite, ça saute, ça s'entrechoque, mais on reste toujours accrochés, même si des fois déstabilisés. Caméra embarquée, voilà, c'est ça.
Un film aussi loin des films de deuil habituels que des road-movies tout aussi habituels. Guillaume Gouix prend le contrepied, sale gosse, fait à sa façon et on aime ça. Le film zizague, déjante, éclabousse, freine parfois brutalement. Mais jamais ne nous perd. Et finit par abandonner ses personnages presque "en lieu sûr". Au soleil. Une magnifique scène de pâtes à l'encre de seiche, avant que de les (nous) laisser sur la plage.
Une très belle réussite. (pourtant, avec mon oreille gauche défaillante, il y a plusieurs scènes où je n'ai pas tout à fait saisi les paroles -ç'aurait été du moldave que je n'aurais pas compris mieux...- sans que ça nuise pourtant à l'immense plaisir que j'ai pris au film.)
Une très belle claque.

 

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16 juin 2023

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NUMERO 10
de Alex Van Warmerdam

(sortie prévue 30 août 2023)

(entregent / prévisionnement GNCR 3) Le retour du grand méchant Alex VW., dont on était sans nouvelle depuis LA PEAU DE BAX (2015) et BORGMAN (2013) ce qui commençait à faire un petit bail. Deux opus assez malaisants qui laissaient craindre pour celui-ci, d'autant plus que le réalisateur confie en interview qu'il est "de plus en plus méchant".
On pourrait dire qu'il y a deux films pour le prix d'un : d'abord ce qui se passe sur terre (une histoire très terre-à-terre justement, dont on ne devinera pas le "vrai" héros tout de suite, une histoire de troupe de théâtre (qui monte une pièce "moderne") d'adultère au sein de ladite troupe, de rivalités masculines découlant dudit adultère, avec pourtant des événements -et des personnages- un peu surprenants dont dont on ne saisit pas tout de suite le rapport qu'ils ont avec notre héros (ça y est on l'a identifié c'est le barbu) avant que le film , enfin, le scénario du film, ne fasse un genre de demi-tout au frein à main, en nous embarquant ailleurs, pour nous raconter sensiblement autre chose... Et on peut compter sur la folle imagination du sieur Van Warmerdam pour nous emmener loin (ce qui est une drôle de coïncidence, c'est d'avoir vu ce film pas très longtemps après ON DIRAIT LA PLANETE MARS, avec qui, étrangement, il présente quelques similitudes...) avec une scène finale particulièrement plaisante...

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24 juin 2023

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"Personne ne sait qu'en lisant nous revivons nos tentations d'être poète. Tout lecteur, un peu passionné de lecture, nourrit et refoule, par la lecture, un désir d'être écrivain." (Gaston Bachelard, La poétique de l'espace)

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"Votre vie devient un biopic. Qui dans votre rôle ? Et qui derrière la caméra ?
François Damiens dans mon rôle. Bouli Lanners réalise." (Virginie Efira)

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Odilon Redon

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"Le cinéma, je l'ai adopté pour qu'il m'adopte en retour. Pour qu'il m'apprenne à trouver du regard à quelle distance de moi commence l'autre." (Serge Daney)

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"Au niveau du concret je suis archi-tâche" (Conne, Brigitte Fontaine)

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Question à Oscar Wilde : 
Quelle est la principale cause du divorce ?
réponse : - Le mariage.

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"L'enfance c'est comme un seau qu'on vous renverse sur la tête. ce n'est qu'après que l'on découvre ce qu'il y avait dedans. Mais pendant toute une vie ça vous dégouline dessus, quels que soient les vêtements ou même les costumes que l'on puisse mettre." (Heimito von Doderer)

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"Le problème avec la vie, c'est que l'on ne sait vraiment pas du tout ce qui se passe." (Philip Roth)

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"La plupart du temps, je suis à cheval sur la réalité et l'imagination. Ma réalité a besoin d'imagination comme une ampoule a besoin d'une prise. Mon imagination a besoin de la réalité comme un aveugle a besoin d'un bâton." (Tom Waits)

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la pub pour "l'hygiène intime masculine"

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"Moi, j'avais dans la poitrine ce cœur de glace que février et mars à leur joint se refilent, et pour le faire fondre, celui-là, il faut d'autres brasiers que les alexandrins." (Pierre Michon, La Petite Beune)

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quand je vois ça au début d'un film, je suis sûr que le film va me plaire

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"Nous allons dans les salles obscures chercher le rêve artificiel et peut-être l'excitant capable de peupler nos nuits désertées." (Robert Desnos)

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La bête dans la jungle

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"Fort heureusement, malgré les avis contraires, le monde est assez vaste pour qu'on puisse tous y avoir tort." (Arno Schmidt, interview)

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"On devrait toujours se voir comme des gens qui vont mourir le lendemain. C'est le temps qu'on croit avoir devant soi qui nous tue." (Elsa Triolet)

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"Chacun ne comprend que ses propres paroles." (Peter Handke)

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"Ce qui est indéfectible, c'est cette possibilité d'attendre tout de quelqu'un, à chaque nouvelle rencontre. Idéalement, nous sommes tous vierges et nous espérons, contre toute raison, trouver un destin dans le moindre visage." (Jean Baudrillard, Cool Memories)

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Plus j'y pense et plus je me dis que je suis probablement passé à côté de ma vie (et qu'il est trop tard pour y changer quoi que ce soit).

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"Le printemps revenu semble avoir mué les témérités de la rue en roses trémières." (Nicolas Mathieu)

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"Ce que nous demandons au cinéma , c’est ce que l’amour et la vie nous refusent, c’est le mystère, c’est le miracle." (Robert Desnos)
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 (je ne sais plus du tout d'où vient cette -très belle- image...)

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(Ah si! j'ai fini par trouver! le merveilleurs WILD SIDE de Sébastien Lifshitz!)

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"Je m’éclipse le temps d’un été que je vous souhaite radieux." (Nicolas de Staël)

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17 mai 2023

compagnons

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LE CHANT DES VIVANTS
de Cécile Allegra

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Ce film, c'est aussi, d'abord, une belle soirée. Organisée à l'initiative d'EMMAÜS 70, en partenariat avec notre association. On a démarré à la salle 2 du bôô cinéma, mais il y avait tellement de monde qu'on a dû finalement changer de salle (à la 4) où ont été accueillis plus de 140 spectateurs.
La projection du film était suivie de celle d'un court-métrage, d'une dizaine de minutes, où la réalisatrice, face caméra, s'adressait aux spectateurs pour évoquer les conditions de tournage du film, le projet, et l'association LIMBO à qui on doit ce magnifique projet. Puis d'un ciné débat (ou questions/réponses) en présence des responsables d'EMMAÜS 70. Ce qui est un peu dommage c'est que l'échange à propos d'EMMAÜS  n'a pu avoir vraiment lieu, car les gens étaient encore sous le coup du film, véritablement impressionnant (et, comme on peut le voir sur l'affiche,  soutenu par beaucoup beaucoup de monde), et du coup ont posé davantage des questions sur le film que sur le fonctionnement d'EMMAÜS (qui pourtant avait amené beaucoup de monde, salariés, bénévoles, et compagnons...).
En tout cas, ça a donné l'envie à tout le monde de renouveler l'expérience...

31 décembre 2023

top 10,20,30... 2023

(tout en haut, à part, hors-compétition, sur un petit autel avec des bougies et des fleurs fraîches, une belle claque de cinéma comme on en prend assez rarement... -7h30- Hélas non vu en salle)

SATANTANGO
de Bela Tarr

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(puis le très haut du panier, chronologiquement : des films qui m'ont touché, remué, passionné, enchanté, ému, enthousiasmé, fasciné, émerveillé, ravi, titillé, subjugué, bouleversé et j'en passe...)
Top 13

DAYS
de Tsai Ming-Liang

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JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
de Jeanne Herry

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LE RETOUR DES HIRONDELLES
de Li Ruijun

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CHIEN DE LA CASSE
de Jean-Baptiste Durand

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GRAND PARIS
de Martin Jauvat

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DÉSORDRES
de Cyril Schaüblin

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VERS UN AVENIR RADIEUX
de Nanni Moretti

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LES HERBES SECHES
de Nuri Bilge Ceylan

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SUR LA BRANCHE
de Marie Garel-Weiss

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LE CIEL ROUGE
de Christian Petzold

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ROTTING IN THE SUN
de Sebastian Silva
(sortie Mubi)

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LES FEUILLES MORTES
d'Aki Kaurismaki

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PERFECT DAYS
de Wim Wenders

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*

avec, juste, derrière, les 21 suivants qui m'ont beaucoup plu, à différents titres, ceux pour lesquels j'éprouve, disons, une grande tendresse pour différentes raisons... (chronologiquement aussi)

POET
de Darezhan Ormibayev

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 AMORE MIO
de Guillaume Gouix

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HARKA
de Lotfy Nathan

4077022

ASTRAKAN
de David Dechapelle

0636621

BRIGHTON 4TH
de Levan Koguashvili

2307697

LES ÂMES SOEURS
d'André Téchiné

3336077

SHOWING UP
de Kelly Reichardt

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RIVER OF GRASS
de Kelly Reichardt

2332901

LE PROCESSUS DE PAIX
de Ilan Klipper

3405425

ASTEROID CITY
de Wes Anderson

5000360

YANNICK
de Quentin Dupieux

5180485

ANATOMIE D'UNE CHUTE
de Justine Triet

2411798

UN COUP DE MAÎTRE
de Rémi Bezançon

4520212

FERMER LES YEUX
de Victor Erice

3823758

LA CHIMERE
d'Alice Rohrwacher

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LES DAMNÉS NE PLEURENT PAS
de Fyzal Boulifa

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LA FIANCEE DU POETE
de Yolande Moreau

3361962

UN PRINCE
de Pierre Creton

2034307

RICARDO ET LA PEINTURE
de Barbet Schroeder

3914071

SIMPLE COMME SYLVAIN
de Mona Chokri

2280826-1

LES COLONS
de Felipe Gálvez

3455242

 

19 décembre 2022

siffler empêche de pleurer

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ARIAFERMA
de Leonardo di Costanzo

Le revoilà (après sa découverte en avant-première dans notre SETTIMANA ITALIANA) en programmation "normale" (traduisez "six séances", d'autant plus complquées à voir que sur le tableau récapitulatif des séances à l'entrée du bôô cinéma, il n'y a pas d'ARIAFERMA, mais, à la place, un DALL'INTERNO...)
Je ne sais pas ce qui passe avec ce film, mais c'est comme si j'en étais amoureux... Déjà à la SETTIMANA, je suis venu aux trois séances, et là, simplement de revoir la bande-annonce j'avais déjà les yeux qui me picotaient. Alors j'y suis retourné.
J'aime ARIAFERMA (qui tombe à point, après SAINT OMER) parce que c'est "un film d'hommes", soit l'exact contraire du précité. Des hommes dans une prison, une vieille prison moche, des hommes en petit comité, ensemble, face à face, des détenus et des gardiens. A la tête des gardiens Toni Servillo, et à la tête des détenus, Silvio Orlando, deux superstars du cinéma italien, dont l'affrontement va se passer à fleurets mouchetés, simplement, en douce. Le gardien-chef reste de marbre, rigoureusment dans ses fonctions, tandis que "Don" (le parrain de la petite troupe des prisonniers) la joue mezzo voce, avec un apparent respect (et la même humilité) envers celui qui représente la loi et l'autorité dans ce microcosme mâle où d'ordinaire ça monte vite en pression.
Il y a entre, les deux, (c'est peut-être aussi pour ça que j'aime tant ce film) un jeune détenu, Fantaccini, qui a (re)fait une grosse connerie malgré son visage d'angelot, et revient donc à la prison (où les gardiens semblent le (re)connaître, et notamment le gardien-chef, Gargiulo (Servillo) dans l'attente de son jugement, et qui, étant le plus jeune, devient un genre de mascotte au sein de cette troupe virile et bur(i)née.
J'aime ARIAFERMA pour sa scénographie (tous les détenus ont été ramenés dans une aire circulaire (celle des nouveaux détenus), où vont, "théâtralement", se passer beaucoup de scènes importantes (notamment celle, extraordinaire, du repas, qui incarne, pour moi, ce qui pourrait se rapprocher le plus, au cinéma, du mot "fraternité"), il y a cette aire centrale, "l'agora", avec les cellules distribuées tout autour, et des portes verrouillées, derrière lesquelles des couloirs conduisent on ne sait pas toujours où (dans le film on passe beaucoup de temps à ouvrir, puis refermer, les portes à clé.
J'aime ARIAFERMA pour son sens du détail, concernant la majorité des personnages, leur donnant un peu d'épaisseur supplémentaire par un petit truc qui les caractérise (beaucoup d'acteurs sont non-professionnels, parmi les prisonniers et parmi les détenus), qui l'humanise (cette brute de Bertoni, par exemple, quand il fait semblant d'avaler son cacheton, ou qu'on le voit coudre à la main une genre de poupée de chiffon).
J'aime ARIAFERMA pour le personnage de Fantaccini, qui illustre de façon peut-être la plus forte la dualité de ces personnges, qui sont là parce qu'ils ont commis des crimes (dont, dans la majorité, on ne connaîtra pas la teneur), mais qui ont l'air, comme ça, en majorité "gentils", comme Fantaccini, qui apparaît comme une crème d'homme, alors qu'il a pratiquement tué un vieillard pour lui voler son portefeuille.
J'aime ARIAFERMA pour sa musique, aussi (les chants du début et de la fin, les séquences de percussions, et le magnifique Clapping Music de Steve Reich sur la scène de rangement après le repas, de "retour à la normale", qui culmmine avec cette montée en puissance sur un espace vide et désormais silencieux (et éclairé).
J'aime ARIAFERMA pour toute ses scènes en extérieur, que ce soient les plans sur la prison où les paysages environnants, resituant ainsi ses (petits) personnages dans un contexte géographique précis et démesuré.
J'aime ARIAFERMA parce que j'ai avec ce film un rapport secret (et inexpliqué) qui fait qu'à la quatrième vision j'ai toujours autant les larmes aux yeux (mais des "bonnes larmes", des larmes de joie, pas des larmes de tristesse, au contraire) et qu'il prend sa place sur l'étagère de mes "films de chevet", à côté de FIRST COW, entré l'année dernière (et qui était aussi, tiens, une histoire d'hommes...)

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19 septembre 2018

imam à moto

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LE POIRIER SAUVAGE
de Nuri Bilge Ceylan

Somptueux.
Je m'étais promis de revenir le voir dans le bôô cinéma, et j'ai bien fait. Certains film sont des chambres de bonne, d'autres des hôtels à petit budget, ou des bicoques de guinguois, celui-ci est une cathédrale. Carrément. Ne nous y trompons pas, le réalisateur en a tout a fait conscience (d'avoir bâti ce genre d'édifice), et ne se prive pas de nous le faire savoir (et, même, il le revendique.)
Je voulais le revoir dans le bôô cinéma parce que j'avais un peu dormi, la première fois, au Victor Hugo, et que j'avais envie de le voir en entier, je voulais qu'il ne m'en manque rien, et c'est chose faite, puisque, si j'ai un peu (re)dormi cette fois-ci, ce n'était pas aux mêmes endroits, et donc tout va bien.
J'ai donc retrouvé avec grand plaisir le jeune Sinan, qui revient chez lui avec l'espoir de faire publier son premier livre, Le poirier sauvage, et affronte son père, à qui il estime avoir pas mal de reproches à faire, dans un récit fait d'amples plans-séquences correspondant chacun à une rencontre et/ou un échange spécifique, jusque'à une scène finale qui m'a bouleversé tout autant que la première fois...
J'avais dormi au début, je ne comprenais pourquoi Sinan avait soudain un bleu sur la figure (j'ai vu la scène de la bagarre de coquelets, et j'ai compris pourquoi). Et Catherine m'avait missionné pour être attentif, et voir si la proposition de réponse qu'elle avait à la question "Avec quel argent a-t-il financé l'impression de son bouquin ?" était vérifiée, et c'est incontestable : quand on le sait et qu'on retourne voir le film, le montage nous indique que oui oui c'est bien ça (mais je ne veux pas spoiler pour ceux qui ne l'auraient pas vu)...
Et pour revenir à la fameuse scène dite "des imams" qui m'avait un peu ennuyé à la première vision (et la quasi unanimité des spectateurs avec qui j'ai discuté m'ont dit qu'eux-aussi l'avaient trouvée longue) j'y ai été, cette fois, spécialement attentif. C'est peut-être une des scènes les plus longues du film, mais, ce qui m'a frappé, c'est le statut particulier qu'elle a, de par le découpage et le montage. C'est la scène la plus découpée du film, celle où le réalisateur multiplie les changements de plan, de focale, d'angle de prise de vue, comme pour mieux l'"aérer", la faire passer...
Et confirmer combien j'ai adoré, encore une fois, la scène finale (qui a provoqué, aussi, la même interrogation chez tous les spectateurs avec qui j'en ai parlé : Ce qu'on voit dans le puits, c'est vrai, ou pas ? Et c'est une vision de qui, du père ou du fils ?)
Bref, encore un grand bonheur de cinéma, et un grand merci à NBC.

 

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16 décembre 2022

cette vieille baderne de charles p.

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NOS FRANGINS
de Rachid Bouchareb

Je l'ai vu juste après AUCUN OURS, et ça a sans doute un peu joué en sa défaveur... Rachid Bouchareb évoque deux faits divers quasiment concomittants : la mort de Malik Oussekine, tabassé à mort par des CRS et celle de Abdel Benyahia abattu par un flic saoul et pas en service avec son arme de service. Le nom du premier est resté dans la mémoire collective, tandis que l'autre est resté dans l'ombre.
Le film démarre la nuit de la mort des deux jeunes hommes, et se poursuit sur les quelques jours qui les ont suivies, avec d'un côté les familles respectives, et de l'autre la police, les polices plutôt, avec un personnage d'inspecteur de l'IGS (totalement inventé pour les besoins du film) mais qui aide à comprendre le fonctionnement des services en question (et la saloperie de certains supérieurs et autres hommes de l'ombre).
Le film mélange images d'actualité de l'époque (journaux télévisés, interventions d'hommes politiques, -ah Pasqua / Pandraud les célèbres duettistes...- et récit reconstitué, et l'ensemble produit un curieux effet, de reconstitution un peu appliquée (les maquillages des comédiens notamment) et à la fois un peu brouillonne.
Voilà. Si j'applaudis la volonté de faire un film pour évoquer ces deux histoires, je n'en ai toutefois pas été entièrement convaincu par le résultat final.

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15 septembre 2018

guêpe pompile

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ZAMA
de Lucrecia Martel

Un film... inoui.
Pour la "nationalité", allocinoche écrit : argentin, brésilien, espagnol, dominicain, français, mexicain, portugais, néerlandais, suisse, américain, libanais et la liste de tous les producteurs associés, au début et à la fin, est vraiment très longue, incroyablement longue... mais elle est vraiment à la (dé)mesure du film.
Lucrecia Martel, on l'aime depuis le début (La Cienaga), et on a programmé tous ses films (même si ce n'est jamais que le quatrième en 17 ans!, ce n'est pas une hyper-activiste), et on est toujours heureux de la voir débarquer avec une nouvelle proposition. Ici, pour la première fois, il s'agit d'un film "en costumes"... Et d'une adaptation, celle d'un roman dont l'action se situe en 1790, dans la région du Gran Chaco (une ancienne colonie hispanique) à cheval sur plusieurs pays. Même si la réalisatrice se défend énergiquement, d'avoir, justement, réalisé un film historique... Alors que, pour un oeil non exercé (le mien) ça y ressemble quand même, au moins question costumes...
C'est l'histoire de Zama, plus précisément du corregidor (c'est son boulot) Don Diego de Zama, qui s'encroûte à Asuncion depuis un moment, qui voudrait bien être nommé ailleurs, dans un truc plus glamour et plus près des puissants (Buenos Aires peut-être), et qui, pour ce, s'emploie à faire tout ce qu'il peut pour que le gouverneur (la sommité locale) veuille bien daigner finir par l'envoyer, cette satanée lettre au Roi qui pourrait intercéder en sa faveur et débloquer la situation en le renvoyant -enfin- plus près des palais et des courtisans. Les gouverneurs se succèdent mais, hélas, le corregidor reste.
Don Zama s'agite, trame, gamberge, fait des courbettes, des ronds de jambes, se rappelle au bon souvenir, mais rien n'y fait (ou presque) à tel point qu'il sera tellement à bout qu'il finira par faire valser la perruque et les oripeaux officiels de sa fonction, pour s'engager dans une troupe qui part à la recherche de Vicuña Porto, un mystérieux bandit, pour changer d'air et voir du pays...
Ca n'a l'air de rien, résumé comme ça, mais le film est à couper le souffle. Dans sa première partie (les trois quarts du film), dont la richesse (des plans, sur tous les plans) mériterait amplement qu'on lui décerne le statut de film de chevet, à poser sur sa table de nuit pour pouvoir en voir et en revoir (et savourer) chaque détail, et l'extraordinaire force sensorielle qui s'en dégage (les personnages, les lieux, les animaux, les mots, les couleurs, les sons, la végétation, tout est divinement composé, intégré, mis en place, chaque plan pouvant être considéré comme un univers plastique unique, singulier). Oui, tout ça est d'une richesse presque effrayante.
Puis nous voilà dans ce fameux dernier quart. Où Zama -et le spectateur accroché à ses basques- bascule(nt) dans autre chose.
Et j'étais vraiment impatient de la  voir, cette fameuse dernière partie, à propos de laquelle les Cahiaîs affirmaient : "La dernière demi-heure, démente, atteint des sommets psychédéliques qui rappellent la fin d’Apocalypse Now, Dead Man ou Jauja. C’est dire où se situe aujourd’hui le cinéma de Lucrecia Martel..." (et je dois reconnaître que pour une fois ils avaient raison et que nous sommes tout à fait d'accord là-dessus.) Personnellement je rajouterais Aguirre de Werner Herzog, pour une certaine qualité de folie furieuse sud-américaine, et, plus tangentiellement sans doute, Les garçons sauvages de Bertrand Mandico, pour la présence de l'eau (lélément aqueux)  et la sensation d'étrangeté organique. On pourrait parler de baroque, de lyrisme, de surnaturel, mais on serait encore loin du compte.
Bref, du grand cinéma qui laisse béat.

 

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29 août 2022

best en djinn

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TROIS MILLE ANS A T'ATTENDRE
de Georges Miller

George Miller, pour moi, c'est, d'un côté, la saga MAD MAX (dont je n'ai vu, ou voulu voir, aucun des films) et de l'autre le dyptique autour de BABE LE COCHON (j'ai vu et adoré les deux), un sacré grand écart donc (avec, entre les deux, à mi-chemin, allocinoche me rafraîchit la mémoire, le plaisant LES SORCIERES D'EASTWICK (1987), que j'avais, à l'époque, adoré -même si quand même Nicholson en faisait des caisses).
Au générique, la réunion plutôt intriguante de deux noms : la très chère (et protéiforme) Tilda Swinton (à laquelle MUBI consacre un hommage), dernièrement vue chez Apichatpong, et le -de moi moins connu- Idriss Elba (qui est justement à l'affiche la même semaine dans un autre film très différent, avec ses gros muscles, BEAST, et qui, me montre allocinoche, a joué dans des centaines de films à gros muscles et à fort parfum de testostérone, que je n'ai pas vu, sauf son tout premier (1998), où on a le plaisir de le découvrir en boxer (en caleçon ?), et qui est, étrangement, français, BELLE MAMAN de Gabriel Aghion, dans l'impayable scène dans les toilettes (avec le délicat "comme des abeilles sur un pistil ?"), sur MARCIA BAILA des Rita Mitsouko, visible sur y*utube ici).
Bref ici Idriss joue un djinn. Enfermé dans une bouteille et libéré par une Tilda Swinton parfaite, comme toujours, ici en "vieille fille" universitaire et conférencière. Et seule. Le film est raconté par la jeune femme elle-même, et présenté comme un conte (avec son "il était une fois..." au début et presque son "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" à la fin. Oui, presque.).
Elle l'a libéré et donc il lui offre trois voeux, mais elle sait bien que cette histoire de trois voeux, justement, dans les contes, est toujours source d'ennuis, et, avant de se décider, propose donc au djinn de lui raconter son histoire... ce qu'il fait sans trop se faire prier (ça fait tellement longtemps qu'il est enfermé dans sa bouteille!)
Un conte, donc. Il faut jouer le jeu. Mille et une nuits, sultan, favorite, belles intriguantes, potentats sanguinaires, danse des sept voiles, on a tout ou presque... Tel une Shéhérazade infatiguable, le djinn raconte les différents chapitres de sa vie à une Tilda Swinton captivée, tous les deux en peignoir dans leur chambre d'hôtel devant un somptueux breakfast.
Et je me suis retrouvé, gamin, quand je dévorais la série des Contes et Légendes... mais on est, tout de même, adulte en tant que spectateur, et on voit, plus ou moins vers où le réalisateur va nous entraîner, et on attend, bien sûr, ce premier voeu que Tilda Swinton va formuler... Idriss Elba est magnifique, et on réalise que sous ses oripeaux surchargés et précieux de légende orientalisante, on est face à une bluette sentimentale comme, midinet, on les aime tant, et qu'il va -fatalement ?- être question d'amour, comme si on était face à  des (au hasard) Julia Roberts et Hugh Grant des romcom de la grande époque, sauf que George Miller y met beaucoup plus les formes (les effets spéciaux, je veux dire).
Une friandise (presque) coupable donc, mais à déguster la tête haute, et, éventuellement, des étoiles dans les yeux...

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