Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lieux communs (et autres fadaises)
14 octobre 2012

le problème avec le palmier

WRONG
de Quentin Dupieux

fautif [fém.: fautive]. faux [fém.: fausse]. faussement. inexact. impropre. improprement. incorrect. incorrectement. erroné. mauvais. mal. qui ne va pas. injustifié.

J'avais envie de le voir (après Rubber, normal!), et les avis successivement mi-figue mi-raisin de ceux qui l'avaient vu avant moi n'avaient qu'un peu écorné mon enthousiasme, et j'y suis donc allé quand même (j'ai été longtemps seul dans la salle, avant qu'une copine n'arrive, juste après le début)...
et je dois dire finalement que ceux qui l'avaient vu avant moi avaient raison.
Nous sommes ici dans le domaine du nonsense (ou plutôt du no sense du tout) total : un homme a perdu son chien, il travaille dans un bureau où il pleut continuellement alors qu'il a été licencié depuis trois mois, son jardinier (avec un accent français à couper au couteau) est embêté parce que le palmier dans le jardin est devenu un sapin, son voisin d'en face refuse d'avouer qu'il fait du jogging alors qu'il en fait tous les matins, la dame d'une boîte à pizzas contactée par téléphone veut refaire sa vie avec lui (mais c'est avec le jardinier, en réalité), un gourou qui a écrit un livre expliquant comment communiquer télépathiquement avec son chien est en réalité celui qui a enlevé le chien, a engagé un détective privé pour retrouver le chien en question, tandis que, dans la scène d'ouverture, un valeureux pompier tombe culotte pour faire caca devant ses partenaires tandis que, juste à côté, un camion est en train de flamber, dans la plus grande indifférence...and so on
On passe du coq à l'âne (et du caca au chien) comme ça, désinvoltement, un peu au petit bonheur la chance... ca n'est pas du tout désagréable, c'est juste agréablement vain, sauf quand le réalisateur prend plaisir à répéter ses effets (le radio-réveil, comme dans Un jour sans fin, la pluie...) alourdissant / ralentissant ainsi inutilement le propos...  Certains critiques évoquèrent Bunuel, ce qui n'est pas faux (celui du Fantôme de la liberté), où chacun vit sa réalité perso avec juste quelque chose de wrong dedans (par rapport à lui-même ou par rapport aux autres) qui interfère alors - ou pas - avec la réalité de l'autre.
Tout ça est très gratuit (sans doute parce que très libre, comme au jeu des associations d'idées) et par là-même parfois aussi plaisant qu'assez agaçant. (On se sait pas sur quel pied danser, ni quel est le quantième du niveau de lecture).
Wrong aurait peut-être avoir avec la bande dessinée, dans sa juxtaposition de vignettes (c'autres critiques évoquèrent Roy Anderson, et son Nous les vivants, et ils n'eurent pas tort non plus, rapport autant aux vignettes qu'à leur juxtaposition).
Une seule certitude, en sortant, à savoir que Quentin Dupieux réalise un cinéma singulier (oui, comme quand à la sortie, les gens disent "c'est bien mais c'est spécial...") une expérimentation cinématographique tout à fait personnelle (et qui dit expérimentation dit tâtonnements souvent, parfois erreurs, et quelquefois éclairs de génie.) ce dont on ne peut que le féliciter. Mais s'il y avait dans Rubber la même folie furieuse, elle était "canalisée" (étayée) par une trame scénaristique, lâche certes, mais qui avait au moins le mérite d'exister, ce qui n'est pas vraiment le cas ici puisque même les ébauches de scénario semblent wrong (et n'exister qu'en temps que bribes de scénario qui ne se raccordent pas forcément, ni avec les personnages ni avec l'histoire qu'on raconte (ou qu'on fait semblant de raconter).)
Attendons donc la prochaine éprouvette fumante (j'avais écris "éprouvante", hilare que j'étais en repensant à un film de Woody Allen où celui-ci apporte à la Reine un verre surmonté d'une épaisse fumée en disant "je vous ai apporté votre jus d'orange...") de notre savant fou préféré pour voir un peu dans quels nouveaux chemins de traverse il va nous emmener...

20218638

19 août 2012

apparition

LA VIERGE, LES COPTES ET MOI
de Namir Abdel Messeeh

Sous ce titre pas forcément très... vendeur se cache un drôle de film. Attachant, incontestablement, de par ses faiblesses et ses maladresses même. Un drôle d'objet donc, un film qui prend pour sujet son réalisateur et pour objet le work in progress du film que justement, il est en train de faire , mais qui n'est pas tout à fait, vraiment, le film que vous, spectateur, êtes en train de voir (Hervé me faisait remarquer, très justement, qu'on n'était pas très loin alors, du JE FAIS FEU DE TOUT BOIS , de Dante Desarthe).
Attachant et émouvant, parce que, sur un sujet pas forcément très... affriolant (les apparitions de la Vierge en Egypte) le réalisateur (qui se présente comme égyptien, copte, et athée) réalise (tricote) un vrai-faux documentaire sur un vrai-faux film en train de se faire avec sa caméra, celle avec laquelle il filme les différents intervenants, mais aussi la deuxième, celle qu'on ne voit jamais, celle avec laquelle on est en train de le filmer  (il y a quelque chose de pirandellien dans ces différents niveaux de filmage et de fiction, puisque l'existence de la deuxième caméra, si elle est sous-entendue, n'est jamais complètement dite ou explicitée (on ne verra apparaître qu'une perche pour la prise de son, mais volontairement, et revendiquée au sein de la fiction, celle-ci).
J'ai toujours dit que j'aimais les films au sein desquels il y avait un autre film en train de se faire (La nuit américaine, L'état des choses, Ca tourne à Manhattan), mais ici le cas est un peu particulier : puisque les deux (le film et le film dans le film) se confondent quasiment, et assez plaisamment ma foi, étant très difficilement séparables (divisibles ?).  Fiction et réalité, huile et eau, miscibles, non miscibles... Pour résumer les choses, le film se compose de deux parties : dans la première (qui est une fiction) le réalisateur tourne un documentaire, tandis que dans la seconde,il tourne une fiction (mais qui est en réalité un documentaire). Le réalisateur filme, il est filmé, des choses sont vraies, d'autres sont vraies mais ont l'air jouées, d'autres sont jouées, d'autres sont rejouées pour avoir l'air vrai, et d'autres encore ne sont ni l'un ni l'autre, ou plutôt, si, justement, les deux en même temps.
Il ne reste plus qu'à accepter de lâcher prise, et à se laisser trimballer, à déambuler, comme à dos d'âne, nonchalamment, autour de la famille de Namir Abdel Messeeh (sa mère, d'abord, qui est un personnage central du film (dans la première partie en tant que témoin dans la seconde en tant qu'intervenante, et de taille), mais aussi la grand-mère, les oncles, les cousins et et cousines (au générique, la famille Messeeh fait aussi fort que la famille Rabeur-Zaïmèche dans les films du même nom!), les voisins, le village, mais aussi la société égyptienne en général, la cohabitation des chrétiens et des musulmans, des hommes et des femmes, des pieux et des incroyants, sans oublier la politique, le gouvernement, la répression, la censure, les bakchichs... dans une narration multiple, foisonnante, ingénieuse,  avec bien sûr quelques cahots en cours de route, mais le voyage en vaut incontestablement la peine...
En faisant mine de rester centré sur... son épicentre - familial au départ -, Namir Abdel Messeeh décentre ensuite habilement son discours, de la même façon que dans le "film dans le film" il abandonne son sujet- prétexte de départ - la Vierge - pour se s'attarder sur les retrouvailles avec sa famille, justement (enfin, la famille de sa mère).
Je le redis, le film est très plaisant, vraiment, et ça serait vraiment bien (un miracle ?) qu'il puisse "rencontrer son public", même si l'atypisme de l'entreprise ne laisse pas présager les meilleures conditions pour. En tout cas, nous, on va le passer dans le bôô cinéma!
Un petit regret, toutefois, sur la toute dernière partie du film, où on a l'impression d'un (encore plus) joyeux foutoir (que d'habitude), comme si le réalisateur s'était un peu empatouillé les pinceaux dans la masse d'images et de piste possibles, et nous les livrait un peu en vrac, tel(les) que, en bout-à-bout, comme sans vraiment savoir ce qu'il voulait exactement dire, ou plutôt sans pouvoir vraiment choisir... Le sentiment, oui, qu'il nous laisse un peu en plan, le bec dans l'eau, à repartir ainsi, avec sa mère, vers de nouvelles aventures...
Mais comme dirait Téléramuche, ne boudons pas notre plaisir (tiens, justement, je suis curieux de savoir ce que Téléramuche va en dire, du film, qui sort, précisons-le, le 29 août - et que j'ai donc eu la chance de voir avant les autres, grâce à la gentillesse de sa maison de distribution, Sophie Dulac (qui a eu la bonne idée de nous faire parvenir un dvd, signe que oui oui notre association de ciphiles commence elle aussi à avoir un peu d'entregent , - mais bon, c'est certain bien moins que mon amie Zabetta, que je salue au passage - et fermons là la parenthèse.)

20209180

1 mars 2011

avec du recul

TRUE GRIT
de Joel & Ethan Coen

Alors ? Grande forme ? Fatigue ? Petite forme ? Important ? Mineur ? Majeur (en l'air) ? Les avis divergeaient tellement qu'il n'y avait qu'une solution, y aller pour se faire son opinion (et en VO bien évidemment)

Eh bien (j'en sors) j'ai trouvé ça très bien, et j'aurais du mal, comme ça, à chaud à lui trouver immédiatement une place dans ma filmo Coenienne. Je les aime quasiment tous (certains, bien sur, un peu plus que d'autres...) et celui-là c'est indéniable, je l'aime aussi.
En tant qu'exercice de style, certes, car je n'ai jamais eu pour le western en tant que tel une grande attirance, tant le genre est codifié à l'extrême et la plupart du temps sans grande surprise. le gentil / le méchant, les cow-boys / les indiens, le duel / le saloon, on a tous vu et revu ça les dimanches après-midi (ou soir) en noir et blanc sur la première chaîne, et ce n'est que bien bien plus tard que j'ai commencé -perversement- à en apprécier le sous-texte gay, qui offre certes beaucoup plus de réjouissances à la vision de la chose.
Des tentatives isolées, comme le Silverado de Lawrence Kasdan (où Kevin Kine, entre autres, m'avait fantasmatiquement ému), ou le splendide Dead Man de Jim Jarmusch, m'étaient apparues comme de plus qu'agréables dépoussiérages (ou, plus justement, rempoussiérages) du motif (rétablissant la crasse, la sueur et autres viriles joyeusetés qu'Hollywood  avait consciencieusement gommées, nous livrant en général des cow-boys propres sur eux et sentant bon le savon. Aseptisés. ) On était loin des JohnWayneries (ou même des Leoneries, les westerns dit "spaghetti" ne m'ayant jamais intéressé).
Les western exaltaient les valeurs viriles, mais racontaient, au fond, (ou "chuchotaient en douce") d'indicibles amours entre hommes. Et ce fut peut-être pour ça que Brokeback mountain me combla (enfin un vrai western, comme je l'entendais!) Mais je me souviens d'avoir, un peu plus tard, aussi énormément aimé  L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui n'était pas spécialement gay (mais dont un des acteurs me faisait baver, dont j'ai oublié le nom, fugaces amours de jeunesse...)

Enfin, bref (?) (cette introduction fut plutôt longue!) le dernier film des Coen est un western, remake d'un film du même nom en 1963, avec John Wayne justement, qui a l'avantage de n'avoir laissé aucun souvenir. Pourquoi décider de reproduire ce qui fut oubliable ? Parce qu'on en a envie, pardi, parce qu'on s'appelle Joel et Ethan Coen, et parce que ça va faire glousser tout le monde, en roulant les yeux au ciel.

Il y a une voix-off, celle d'une fille (d'hab', le western est plutôt viril, les gonzesses c'est fait pour y chanter dans les saloons, séduire vipérinement le héros, être roulées dans la poussière ou jetées cavalièrement en travers du cheval  pour être sadisées par tout le camp indien) qui raconte que son père a été lâchement assassiné par un homme qui a pris la fuite, et qu'elle va rechercher pour lui rendre justice (à son père). en compagnie d'un marshall borgne et alcoolique, et bavard (Jeff Bridges, dont toute la critique encense tellement la performance que les pages des journaux en fument) et d'un texas ranger moustachu et éperonné (Matt Damon, plus que parfait dans un rôle de benêt taiseux, qui mériterait au moins autant d'éloges que le précédent). Aventures, péripéties, embuscades, pendu, indien taciturne, balles perdues, chevauchées fantastiques, whisky, feu de camp, serpents à sonnettes, rien ne manque -à part, peut-être, les buissons qui roulent, mais peut-être n'est-ce pas la bonne région pour ça ? je me perds un peu dans les états américains- jusqu'à la rencontre (fortuite ? tiens, justement où ils avaient perdu la trace, ça tombe bien quand même, hein ?) du méchant (Josh Brolin, beaucoup plus sale et barbu que dans le dernier Woody Allen, mais avec la chemise beaucoup moins ouverte aussi, il faut faire des choix...). Et la -moyennement heureuse- happy-end, vingt-cinq ans plus tard.
Si le travail sur l'image est parfait ou quasiment (on a tiqué, avec hervé, sur la même chène de chevauchée qui semblait appliquée et un peu maladroite), celui sur le son ne l'est pas moins. Il faut voir le film en VOI, pour apprécier les voix incroyables de Bridges et Damon. Et, à la musique, on retrouve l'abitué(l) Carter Burwell.
On en a pour ses sous, comme dirait un auvergnat de mes amis. Le cahier des charges westerniensest respecté scrupuleusement, la reconstitution est parfaite, on est captivé (j'avais écrit capturé) d'un bout à l'autre, on détourne même les yeux devant certaines cruautés sanglantes (doigts coupés, tête qui fait sprountch! contre un rocher) on rit, on sourit (les dialogues sont, comme d'hab', aussi aiguisés que percutants) bref, on est comme un gamin qui regarde Zorro, en noir et blanc, un jeudi après-midi, sur sa télé.
L'improbable équipée de cette gamine de quatorze ans (assez chiante et têtue pour mériter des gifles) avec ces deux loulous mérite sans conteste le détour. On en reparlera dans quelques mois pour voir ce qu'il en reste, mais en tout cas ce fut un beau moment.

19592815

23 janvier 2021

poulailler 21

Attention!
Evenement exceptionnel
Cinéma Les 2 Scènes Besançon propose une séance de CITY HALL, le dernier film de l'immense documentariste américain Frederick Wiseman, la projection sera suivie d'une discussion avec Charlotte Garson et Frederick Wiseman en personne, le 24 janvier à 16h (tarif 5€) sur le site de La 25ème heure (ici)
Le film dure 4h32, ceci expliquant l'horaire de début choisi (16h)

2750642

*

Le variant anglais présent dans toutes les régions de France excepté en Bourgogne-Franche-Comté

Au 20 janvier 2021, un ou plusieurs cas confirmés du variant britannique sont recensés dans toutes les régions de France métropolitaine, excepté en Bourgogne-Franche-Comté indique ce vendredi Santé publique France selon son bulletin épidémiologique hebdomadaire. Aucun n’a été rapporté en Outre-mer.
Dans le détail, 141 cas d’infection à des variants émergents étaient recensés en France : 131 cas du variant anglais et 10 cas du variant venu d'Afrique du Sud.
Un ou plusieurs cas confirmés du variant sud-africain sont recensés dans cinq régions de France métropolitaine (Grand Est, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Pays de la Loire, Île-de-France et AuvergneRhône-Alpes) et dans une région d’outre-mer (Mayotte). (Est Répu/Twitter)

*

EsVAT2aXUAIVNyx

*

pas très bien dormi cette nuit (ou plutôt pas tout a fait bien dormi) : je me suis couché assez tôt, endormi sans problème (j'étais en train de commencer à piquer du nez devant la télé) et je me réveille au bout de 2/3 heures comme d'hab', je me relève pour aller pisser, je me recouche avec la satisfaction du devoir accompli et la pensée réconfortante que je vais me rendormir illico comme d'hab' et comme un gros bébé, avec  que vraiment ces angoisses respiratoires c'est ridicule, c'est irraisonné, et ça n'a pas de sens, je replace le masque de la machine à dormir, j'éteins la lumière, et là je ne me rendors pas comme un bébé, je me mets à gigoter, je repense à cette histoire respiratoire, à des trucs médicaux plus flippants entendus ça et là (et retenus au vol) et je commence à me faire tout un cinéma mental qui m'empêche donc de me rendormir et qui fait qu'au bout d'un moment je rallume la lumière (ohala il est 2h), c'est le moment de la nuit où on se sent, justement, particulièrement seul (on pense à tou(te)s les autres, qui, à ce moment, sont en train  de dormir comme des bébés) je suis assis sur le bord du lit, les yeux dans le vague, les pensées aussi, je respire, calmement, et, tiens, j'ai l'idée de continuer de lire Broadway de Fabrice Caro, qui, la journée, me fait beaucoup rire... (en même temps tout en lisant  je surveille ma respiration) bon je ne ris pas beaucoup mais au moins je pense à autre chose, un chapitre, et puis un autre, et je finis par me suprendre à bailler une fois, puis une autre, et je repose le bouquin je remets le masque j'éteins la lumière je pose ma tête et là je me rendors

*

je me souvenais que Zabetta devait se faire opérer aux alentours du 20, alors je l'ai appelé sur son portable, elle m'a répondu d'une voix un peu cotonneuse, me confirmant qu'elle avait été opérée mardi, onze heures d'intervention, qu'ils avaient trouvé certains trucs plus grave qu'ils ne le pensaient, qu'elle était perfusée de partout, qu'elle avait même un tuyau dans la gorge et que ça lui était difficile de parler longtemps, qu'elle pensait qu'il allaient la garder une quinzaine de jours, et tout ça m'a bouleversé, nous avons évoqué mars, le printemps, les jours meilleurs, l'avenir, et là mis tous deux un terme à cette conversation qui me brisait le coeur.

*

soudain, ce soir, réalisé que, excepté Pépin et Philou, je n'étais entouré de (n'étais en contact qu'avec des) filles, ce qui est tout de même assez... paradoxal, non ?

*

(sans rapport avec ce qui précède)

1357689-afp_8yf87njpg

*

(il me semble que Dominique en avait parlé la dernière fois qu'on s'était vus : le site Covid Tracker (). Libé consacrait sa page "portrait" à Guillaume Rozier (24 ans) son créateur :

"D’aucuns diraient que son succès est le symptôme, d’autres le remède, des insuffisances de la communication étatique dans cette crise sanitaire. Covid Tracker, son outil protéiforme permettant de suivre l’évolution de l’épidémie dans le pays sur Internet, est tout ce que la parole officielle n’est pas : didactique, intuitif, digeste, transparent. Projet d’utilité publique : "Mon seul moteur, c’est d’informer les gens."
Guillaume Rozier est data scientist. Il est doté de l’esprit méthodique et du phrasé rationnel de sa profession. Il dit des choses comme : "Covid Tracker n’est pas là pour commenter les mesures prises par l’exécutif, mais pour avertir quand le raisonnement du Premier ministre n’est scientifiquement pas tenable." Guillaume Rozier a 24 ans. Il a la bonhomie et les joies de son âge. "Lorsque Quotidien m’a invité, j’étais trop heureux, c’est mon émission préférée. Je n’en ai pas dormi pendant sept jours !"
(...)
Covid Tracker a germé début mars 2020. La France observe sa voisine italienne sombrer sans réaliser ce qui l’attend. Dans son coin, l’étudiant utilise les données recensées par l’université Johns-Hopkins pour confectionner son tout premier graphique sur le nombre de cas d’infections dans les deux pays. "J’ai envoyé le visuel à ma famille, mes amis, pour leur montrer qu’on suivait la même trajectoire que l’Italie. Au départ, ils me traitaient d’alarmiste." Les courbes sont postées sur Twitter, puis sur une page blanche sommaire perdue sur Internet, avant de bénéficier d’un site dédié. Effet exponentiel : "Plus j’avais de retours positifs, plus ça me motivait à créer de nouvelles visualisations, les plus claires et agréables possible."
De lui, l’épidémiologiste Dominique Costagliola dit : "Les organismes publics s’intéressent à son travail. Il a un talent pour faire parler les données brutes. Il faut le reconnaître et s’appuyer dessus." Hommage béni pour un jeune empli de doutes. "Avant de publier, je demande en privé à d’autres experts de me dire ce qu’ils en pensent, glisse-t-il. J’ai toujours eu cette immense angoisse que Covid Tracker ne soit finalement qu’un château de cartes." Elle s’atténue avec le temps. La notoriété et les connexions réconfortantes tempèrent ses peurs, sans les effacer pour autant. Plaie "naturelle" d’un vingtenaire à la recherche de confiance en soi "depuis l’adolescence". Additionnée à une lucidité désarmante dans un univers de "pontes". "Je suis ni médecin, ni modélisateur, ni professeur de santé publique. Forcément, le sentiment d’illégitimité guette. Mais j’apprends.""(Libé)

*

29 juillet 2009

über sexüel

BRÜNO
de Larry Charles

Juste après le film de Guiraudie, voici un autre film qui parle d'homosexualité, mais d'une toute autre façon. Radicalement différente. J'avais déjà vu -et plutôt apprécié Borat- et je savais donc un peu à quoi m'attendre. Et bien, en fait, je n'en avais aucune idée. Ca démarre fort, ça démarre très fort, tellement fort que j'ai envisagé un instant de quitter la salle si ça continuait comme ça, tellement je trouvais ça de mauvais goût (oui oui ça m'arrive!)... La VF bien sûr n"arrangeait rien, et j'ai commencé à me crisper.
Le film  tire à vue et sans sommation. Grosse artillerie. Au début il s'agit de dézinguer le personnage même de Brüno, une follasse fashionista et autrichienne, et le film met d'emblée le turbo sur l'enfilage (euh... l'épinglage serait plus approprié) du maximum de clichés sur le personnage (et surtout la représentation de sa vie sexuelle). J'avoue que c'est là que j'ai eu du mal tellement j'ai trouvé ça relou.
Et puis Brüno par aux Etats-Unis avec un seul désir : devenir célèbre. Comment faire ? Et c'est là qu'il va marcher sur les traces de son prédécesseur Borat, et que le dégommage va continuer de plus belle, tous azimuths, avec cette forme particulière de vrai-faux cinéma vérité : le show-bizz, le caritatif, les spirites, les enfants mannequins, les shows tv trash, les rééducateurs d'homos déviants, la religion, les chasseurs, les hétéros...  Il y a des séquences qui sont vraiment à pisser de rire, et d'autres ou, justement on est partagé quasiment entre le rire et l'effroi, tant ce sont les gens représentés qui semblent monstrueux (la scène finale, avec les hétéros rétablit un peu l'équilibre avec les scènes d'ouverture...)
Trash donc, très trash. Ca devrait en faire hurler plus d'un / plus d'une, mais quand ça décape, c'est peut-être qu'il y avait quelque chose à nettoyer, et à ce titre on ne peut l'en blâmer tout à fait. Hü hü hü.


19119533_w434_h_q80

20 mai 2009

escargot (de jardin)

COUNTRY TEACHER
de Bohdan Slama

Il est des films qui vous laissent songeur, qui vous désarçonnent, qui vous désarment. Des films qu'on ne peut pas vraiment critiquer, et des films en même temps qu'on ne peut pas ne pas critiquer (ceci n'est pas une coquille). Une drôle d'impression en sortant, donc. Et l'envie de tenter de clarifier ses idées.
Voici donc une histoire qui, si elle est ancrée dans une  ruralité contemporaine (et tchèque), est tout sauf bucolique. Avec, en guise de structure, une mécanique à la Tchékhov : A aime B qui aime C qui aime D etc.
Soient donc une fermière et son jeune fils, dans la cambrousse, et un jeune prof, venu de la capitale,  qui débarque dans cette même tchèque cambrousse (sans raison apparente mais on comprendra assez vite pourquoi) : la fermère craque pour le prof, qui craque pour son fils, qui lui craque pour sa copine, qui craque pour l'ex du prof venu pour tenter de ranimer la flamme d'un amour prématurément éteint... Chacun est aimé et aime, mais pas (par) la même personne. D'ou complication(s) diverses.
Ca ressemble à la vie, me direz-vous. Oui, oui, d'autant plus que le film est délibérément ancré dans une réalité réaliste, sans concession à la joliesse, et en rajouterait même dans le détail naturaliste qui tue : auréoles de transpiration, murges villageoises, rock tchèque, vomi épongé à la serpillère, mise à bas de vache et j'en passe... Poussant la justesse et le souci de vérité jusqu'au bout de chacun des interprètes (les acteurs sont tous excellents, avec une mention spéciale pour la fermière...)
Il est ici question de sentiments qui circulent (on "aime", on désire, on veut toucher, on veut coucher, on n'aime plus, on est blessé, on est sollicité, on résiste, on s'abandonne...) entre les différents protagonistes, tout ça culminant dans une scène très forte, "la" scène, le noeud de l'histoire (si je peux me permettre) où le prof, ayant ramené le djeun' bourré chez lui (ils sont tombés à l'eau tous les deux) l'a douché l'a séché l'a couché (enfin plutôt l'a regardé faire), et se relève soudain au milieu de la nuit (il dort par terre alors que l'autre est dans son lit), pour pense-t-il, seulement remonter sa couette car il s'est découvert, mais reste ensuite, penché sur le lit vers le dormeur, fasciné, dans un long-plan séquence au suspense quasi-hitchcockien (à un moment je vous jure, j'avais caché mes yeux derrière ma main tellement c'était stressant) : Touchera ? Touchera pas ?
Il va toucher, bien sûr, et ce sera la cata, et le début d'une réaction en chaîne qui va constituer toute la deuxième partie du film, partie qui n'est pas  hélas la plus juste du film (parce que bon, eh oh faut pas pousser, après tout, il n'a tout de même fait que lui toucher un peu la zigounette, au jeunôt...), et m'a moins convaincu (ou ému, ou touché, comme vous voudrez) pas parce qu'elle n'est pas crédible (justement si, après tout, c'est bien ça le drame) mais qu'elle devient justement plus convenue dans ses rebondissements (du film dit "d'amour malheureux", fut-il tchèque (off ?) et / ou gay ...)
Le prof / la fermière / le fils / la copine / l'ex, le réalisateur bat ses cartes, les redistribue, puis les rebat, et les redistribue encore, jusqu'à un happy-end pour le moins problématique et maladroitement happy...Le prof était prêt à repartir, finalement il reste :
(scène avec le directeur)
- Notre école à besoin de vous...
- Vous êtes sûrs que mon homosexualité ne vous dérange pas ?
- (riant un peu jaune, après un échange de regards embarrassés avec sa femme) Euh non non, de nos jours tout est admis!
(Ca c'était pour la partie administration. Pour la partie famille, rien de tel qu'un bon vêlage difficile, (avec besoin de six mains pour aiderà tirer le p'tit veau récalcitrant hors du giron maternel) pour resserrer des liens distendus voire brisés, et provoquer d'affectueuses et souriantes embrassades (la mère aimante, le fils prodigue et l'amant repenti ?)
Et youp la boum ?
Je suis sorti un peu flottant,ne sachant trop de quel côté pencher. Et puis, je me suis dit que le réalisateur a eu le courage de faire un film honnête (au bon sens du terme) et juste. On ne peut pas dire que le cinéma tchèque soit en plein boom et donc sa tentative est plus que louable. Et puis le sous-titre est tellement... juste : "On a tous besoin de quelqu'un". Chèvre et chou ? Oui, voilà...

country_teacher_300
l'affiche française (menteuse)

CountryTeacher6_1_1_
et l'affiche originale, bien plus délicieusement sybilline, que j'ai trouvée ici chez mon ami Psykokwak

30 juin 2009

fête du cinéma 2

(deux histoires de famille avec un enfant qui pose problème...)

ANTICHRIST
de Lars von Trier

(un temps d'arrêt... puis raclement de gorge, ou soupir embarrassé, au choix) C'est vrai, ça commençait pas mal du tout, plutôt bien, plutôt très bien même... Un court-métrage bleu et blanc juste chiadé et choquant (il aime ça, la provoc, notre Larsounet) ce qu'il faut en guise de prologue (pendant qu'un couple fait l'amour dans la salle de bains, sur fond de grande musique, le bébé , hop!, tombe par la fenêtre, au ralenti, bien sur) puis quatre parties (chacune avec son titre joliment crayonné à la craie grasse) et un épilogue.

"Elle" est désespérée, anéantie, et lui, en tant que mari et thérapeuthe, veut la consoler et la guérir, en mettant en place, justement,  une thérapie, pour la sortir de là. De quoi a-t-elle  peur ? De fil en aiguille, ils finissent par se retrouver en pleine cambrousse, dans un chalet en bois (sur le toit duquel tombent des glands) au milieu des bois (avec biche, renard, corbeau...), un lieu nommé (huhuhu) Eden. Parties un et deux, ça va, on continue sur la lancée (le travail de deuil, la thérapie, la peur, etc.) , on apprécie la mise en images, le travail sur le son, sur la couleur, la mise en place d'une ambiance efficace de film de trouille, inquiétant, esthétique, avec musique ad hoc, mais on se dit que, quand même les critiques sont un peu chochottes, y a pas de quoi hurler d'horreur tout de même, hein...

Mais quand on arrive à la troisième (pouvez pas la louper, c'est juste après le renard qui parle) c'est là que ça devient carrément effroyable. Effroyablement violent, mais aussi effroyablement grotesque, et surtout effroyablement n'importe quoi. Le film part en sucette, et le spectateur avec. A partir de là, tout va de mal en pis, et même plus encore si c'était possible. Antichrist est un film qui s'effondre  inexorablement sur lui-même, comme un trou noir d'antimatière cinématographique. Un film, comme Saturne dévorant ses enfants, qui se repaît de sa propre substance. Les deux interpètes se donnent à fond (Charlotte Gainsbourg a bien mérité son prix, et Willem Dafoe , comme dirait je ne sais plus quel journal, ne démérite pas.) mais en valait-ce vraiment la peine ?

Ps (note à l'attention des voyeurs éventuels) : ce film est abusivement survendu comme un film de cul,vous risquez d'y être déçus (une seule teub, bandante et en gros plan, certes, mais c'est tout, la deuxième fois quand elle crache du sang, ça ne compte pas...) Par contre, pour les (a)mateurs de catalogues d'outillage...

19102353_w434_h_q80

TELLEMENT PROCHES
d'Olivier Nakache et Eric Toledano

Certes, la vison d'Antichrist ne m'avait peut-être pas mis dans les meilleures dispositions pour voir ce film-ci, qui lui a succédé.Il est ici aussi question de famille, au sens plus large (et plus trivial ?) Zabetta m'a dit que je n'étais qu'un intello parce que je n'avais que modérément ri, ce qui est vrai, je me sentais un peu perdu, désolé, dans une salle remplie de bourjoufles (j'ai appris ce mot aux amis lors de l'apéro du dimanche soir qui suivit) qui s'esclaffaient et gloussaient de plaisir à la moindre saillie, si lourdaude fut-elle, tant il est vrai que sous l'esprit bon enfant du film se cache un genre d'étude systémique de marché du zygomatique attendri...
Un jeune couple, trois enfants, dont un "hyperactif" (je dirais plutôt hyperchiant) elle un peu qui essaie d'assurer, lui ex G O au Club', jeune père laxiste et plutôtagaçant, elle pourvue d'une famille folklorique dont on va suivre les aléas (le frère et son épouse en admiration devant leur gamine, et qui l'inscrivent dans une école juive parce qu'on y réussit mieux,  la soeur qui tombe amoureuse d'un interne noir qu'on prend régulièrement pour un garçon de salle, les parents qui débarquent à l'improviste...) le jeune couple se sépare provisoirement, le temps que tout s'arrange, (car bien sur tout s'arrange) avec en prime ce message horripilant (pour l'enseignant en ZEP que je suis) : parents, laissez vos gamins chiants être chiants, quand ils auront grandi, ils deviendront des comiques célébres! Arghh! Bon, à part ça, reconnaissons que Vincent Elbaz est sympa, qu'Isabelle Carré est toujours aussi mimi, mais que c'est surtout François-Xavier Demaison qui m'a fait fondre...

19099931_w434_h_q80

26 février 2009

cet obscur objet (du désir ?)

EDEN A L'OUEST
de Costa-Gavras

Elias vient, littéralement, de nulle part. Enfin, d'un pays jamais nommé, quelque part à l'est, qu'il fuit clandestinement pour aller voir à l'ouest si les mirages qu'on lui a fait miroiter existent bel et bien. C'est au  récit de ses aventures (on serait quelque part entre l'Odyssée et les aventures picaresques de Lazarilllo de Tormes) que nous convie Costa-Gavras, sur un ton de comédie (sociale) qu'on ne lui avait pas vraiment connu jusque là, et qui surprend plutôt agréablement.
Elias (Riccardo Scamarcio, plutôt mimi) a donc pris un bateau, avec d'autres clandestins, bateau qui va être arraisonné par les forces de l'ordre (omniprésentes d'un bout à l'autre du film). Il saute donc à l'eau et nage toute la nuit. Pour se réveiller sur une plage naturiste. Il laissera donc là ses oripeaux d'origine pour rentrer dans la peau du personnage, personnage qui justement ne va cesser de se transformer en fonction des gens qu'il rencontre, à la fois par les vêtements qu'il porte (ou l'identité qu'on lui prête) et par l'attention (le désir ?) qu'il génère. Clandestin, naturiste, bagagiste, plombier, latin lover, assistant d'un magicien, il change à chaque fois de rôle, il joue à être celui qu'on a envie qu'il soit, lors d'une série de rencontres successives qui vont lui permettre de passer chaque fois au niveau suivant, dans ce looong périple dont l'issue finale clignote au loin comme un eldorado de pacotille : Paris, le Lido...
Elias doit toujours avancer, dans ce grand jeu de l'oie (autant que de loi?) géographique, avec la contrainte perpétuelle de ne pas se faire arrêter par les gendarmes, les policiers, les douaniers, les flics, la maréchaussée, les poulets, bref tout ce qui de près ou de loin évoque la loi (et le respect de) et porte un uniforme,  et il n'arrêtera donc pas, tout au long du film, de jouer à cache-cache avec eux. (Je le redis, le ton du film est plutôt badin).
Et, comme au jeu de l'oie, chaque nouvelle case révèle une bonne (ou une moins bonne) surprise, ce sont les gens qui vont -plus ou moins- l'aider : un directeur d'hôtel, une touriste, un magicien, une paysanne, un couple de nouveaux riches, un couple de camionneurs, un sdf, etc, avec, à chaque fois une idée plus ou moins avouable derrière la tête, et qu'on pourrait nommer le désir (au moins pour le directeur, la touriste, la paysanne, les routiers...), mais sans que celui-ci soit forcément concrétisé. Une gueule d'ange, donc, avec des yeux splendides et un petit cul qui ne l'est pas moins, passe ainsi d'attente en convoitise, de baiser fougueux en contemplation silencieuse et admirative, c'est selon...
Elias est conscient de l'émoi qu'il suscite, et fait pourtant, la plupart du temps, comme s'il ne s'en apercevait pas. Cette fausse candeur est son alibi, tout comme la destination finale de son voyage n'est qu'un leurre. Mais le film est ainsi fait que, plus on se rapproche de Paris et plus l'intérêt qu'on porte à notre héros s'émousse doucettement. On connait le processus. On continue tout de même à sourire. On sait qu'il va être un peu secouru, puis encore un peu roulé dans la farine, puis de nouveau aidé, et de nouveau pas aidé, jusqu'à ce qu'enfin se réalise cette rencontre ultime qu'il avait appelé de tous ses voeux, et qui finalement  lui rapporte  beaucoup moins que ce qu'il avait espéré. A moins que... Ce n'est pas tout de même pas donné à tout le monde de faire pailleter la Tour Eiffel...

19044948_w434_h_q80

3 mai 2009

court-bouillon de poisson-chat

DANS LA BRUME ELECTRIQUE
de Bertrand Tavernier

Le dernier film vu à Paris, dimanche soir, au MK2 Bibliothèque, histoire de boucler la boucle... Une surprise, à la séance de 19h, la salle était quasiment pleine! J'attendais, ayant juste eu un avis de Marie pas très enthousiaste sur le film, et, donc, finalement ce fut plutôt une excellente surprise (j'avoue ne pas avoir lu le bouquin de James Lee Burke, au même beau titre énigmatique -en plus long, avec les morts confédérés- et de ne point avoir donc de point -justement- de comparaison)
D'habitude, les mots Louisiane, cajun, bayou auraient plutôt tendance à me faire fuir, mais là, pas du tout, avec un Tommy Lee Jones plus monolithiquement furibard que jamais, qui mène une enquête à double (voire à triple) fond. Un serial killer contemporain, un crime raciste il y a longtemps, et, pour épaissir la sauce du ragoût, le fantôme d'un général américain mort il y a encore plus longtemps. Rajoutez y un gros mafieux (ou assimilé), un acteur "qui ne suce pas que de la glace", un(e) agent(e) fédéral(e) latino, un flic intègre, un autre qui l'est moins, et perdez les dans la fameuse brume électrique, avec quelques morts violentes et autres armes à feu...
C'est plutôt très bien filmé et monté, tour à tour calme et énervé (comme le Sud profond, nous vanterait une publicité touristique) : parfois le film progresse aussi paisiblement qu'un crocodile en apparence assoupi dans un marigot et parfois -tschak!- voilà qu'il se redresse et il attaque avec une rapidité qu'on n'aurait pas soupçonné(e) (les scènes de violence sont d'autant plus violentes qu'elles sont, surtout la première, parfaitement imprévisibles). Great job!

19070273_w434_h_q80

4 janvier 2009

micro55

*

Ces deux jeunes barbus assis devant moi, dont j'avais envie de caresser les petits cheveux dans la nuque.

*

Le premier janvier, je vais me recoucher, c'est dire avec quel enthousiasme j'aborde cette nouvelle année.

*

"Mais, maman, j'ai pas envie de m'asseoir!"

*

Dans les virages, les camions laissent tomber des paquets de neige qui s'écrasent au sol.

*

Les résolutions, c'est comme les voeux : si on les dit, elles ne se réalisent pas.

*

Dans une conversation, parler des autres m'évite de parler de moi et c'est tant mieux.

*

Gagné toute la soirée, jusqu'à deux parties de la fin

*

En anglais, on utilise le même mot pour dire "dinde" et "Turquie"

*

Pourquoi donc cette année les chocolats de noël ne sont-ils pas soldés ?

*

Cette devinette qui m'a fait beaucoup rire
"Quelle est la différence entre un Turc hétéro et un Turc gay ?"

*

le plaisir de pouvoir de nouveau accéder à ses rêves

*

DSC04270
(genuine urban poetry)

15 février 2009

éléphantesque

JODHAA AKBAR
de  Ashutosh Gowariker

Jodhaa Akbar, c'est un peu comme Louise-Michel. (Le titre, je veux dire, le film, n'a rien à voir!). C'est un nom composé avec les prénoms des deux protagonistes (enfin!) réunis. A ma gauche, donc Jodhaachounette, son oeil de gazelle (rassurez-vous, elle en a deux, c'est juste une figure de style) et son anneau dans le nez, et à ma droite le fringant Jalalchounet (qu'on appellera plus tard dans le film Akbar, parce qu'il est grand), à l'oeil de (comment s'appelle le mari de la gazelle, le gazellon ?) et à la moustachette frémissante.
Le film passait dans le bôô cinéma, dans le cadre du bôô Festival des Cinémas d'asie de notre bonne ville, auquel je n'avais pas envie de me rendre (pour des raisons personnelles mais c'est une autre histoire), mais mon amie Christine a, avec son enthousiasme et sa fougue habituels, organisé une séance commune à laquelle je n'ai pas pu résister,
- parce que c'est un film indien
- parce qu'il a été tourné dans quelques-uns des glorieux palais et sites par où nous sommes passés en février dernier
- parce qu'il sortait justement en Inde quand nous y sommes passés mais que nous n'avons pas réussi à le voir
- parce que j'adore, mais alors vraiment j'adore, les films de Bollywood,
quatre bonnes raisons, en somme, qui ont eu, justement, raison de ma grinchouillerie a priori par rapport au dit Festival.
Alors ? Eh bin ce fut beau comme là-bas, dis : Trois heures trente (yess!) de pure splendeur échevelée, sur un écran d'au moins cent cinquante kilomètres carrés (on était, Festival oblige, plus près que d'habitude, et au début, j'avais l'impression que les images étaient quasiment en relief!), avec musique à donf et tout,  pour nous narrer par le menu l'histoire de nos deux tourtereaux aux yeux rouges (remarquez, ils n'étaient pas les seuls : dans le film, tous les acteurs ont les yeux rouges, quelqu'un connaîtrait-il le pourquoi de cette spécificité bollywoodienne ?), avec en prime un petit cours d'histoire indienne d'il y a longtemps, que nous avait justement déjà prodigué Christine lors du même voyage en février dernier (ce fut elle notre vaillant et infatiguable tour opérator) et dont je n'avais, peu ou prou, dans mon insouciance de cigale culturelle, retenu que deux mots : Mogols et Rajpoutes. Coup de bol, c'était ces deux-là dont il fallait se rappeler.
Au début, donc, comme c'est un peu compliqué, une virile et docte voix off débrouille un peu l'embrouillamini des différents royaumes initiaux, avec les alliances, les trahisons, les coups fourrés, les magouilles, et, bien entendu, les batailles. Et comme on est à Bollywood, on en prend, sur l'écran, plein les yeux. Oserais-je dire que ce ne sont pas des batailles de pédés ? Quantité pharaonique de figurants, de part et d'autre (mais peut-être le numérique a-t-il aidé à multiplier, me demande-je candidement), chorégraphies humaines colossales et insensées, gros plans saisissants de réalisme (membres tranchés, corps écrasé par une grosse patte d'éléphant, ça fait le même bruit qu'une citrouille trop mûre...) Pour arriver à un des premiers noeuds si je puis me permettre) de l'histoire : le mariage (l'arrangement, au départ), entre le sémillant Akbar (qui adore Allah) et la frémissante Jodhaa (qui révère Krishna) : il leur faudra tout de même quasiment deux heures quarante-cinq pour que la flamme soit avouée, reconnue et réciprocée (en partie à cause des fourbes agissements de Maham Anga, la propre mère adotive de Jalal! Mais rassurez-vous l'innocence triomphera de la perversité...)
Vous verriez Jhojho dans sa chambre le soir de ce qui devrait être la nuit de noce, comme ça minaude dur, ça baisse pudiquement les yeux, ça soupire et ça retire sa main quand Jaja veut approcher sa papatte. Genre vierge très effarouchée (alors qu'on l'a vue, au début du film, se battre en duel au sabre avec son frère comme une vraie soudarde.) Comme dit ma copine Elisabeth "Elle avait envie d'être un peu bousculée..." Et notre ami peut donc, comme on dit, se la mettre sous le bras, lorsqu'il quitte la tente nuptiale en promettant qu'il reviendra quand elle sera pleinement consentante (mais elle a eu tort de ne pas lever les yeux, parce qu'il est vraiment mimi mimi). Mais bon, fatalement, l'amour finit par triompher, lors d'une loooongue scène chantée /dansée genre "Ô toi mon amour ma gazelle... Et toi ô mon léopard des sables mon vaillant guerrier n'entends-tu pas mon coeur qui soupiiiiiire?" qui ferait fondre même le coeur de la dernière des brutes insensibles... (vous aimez le sucre, non ?)
On est alors à quarante cinq minutes de la fin du film, et on se demande comment on va tenir jusqu'à la fin (euh, ils ne vont pas roucouler pendant quarante-cinq minutes, hein ?), mais, heureusement les scénaristes avaient, bieeen en amont, préparé quelques rebondissements et autres petites révoltes intestines à mater, qui nous occuperont sans souci jusqu'à la fin, concernant Sujamal, le frérot de jhooda et  Sharifudin, le  fourbe beauf' d'Akbar (ah, la famille...). Ne vous inquiétez pas, ça finit bien, après un suuuper duel de la mort grave ta race qui déchire..
On sort de là tout chamboulé (déjà la durée, on n'a pas l'habitude, mais bon les sièges du bôô cinéma sont doux et accueillants sous nos humbles postérieurs) par la démesure flamboyante des moyens de ce cinéma-là (j'ai déjà parlé des scènes de batailles, mais les scènes dansées / chantées ne sont pas en reste, avec notamment une scène de ballet collectif en hommage de chacune des provinces à la souveraineté d'Akbar qui me restera personnellement comme le morceau de bravoure du film (à côté, Cléopâtre, de Mankiewicz, ça fait un peu Bresson...) tellement tout ça est filmé à une autre échelle.), démesure inversement proportionnelle à la "simplicité" des personnages (on sait toujours, à permière vue, si on a affaire à un gentil ou à un méchant), des situations (si vous n'avez pas trop bien compris, l'expression du personnage insistera un peu plus, pour que vous ne puissiez pas vous tromper, et, si vous êtes vraiment distrait (ou très neuneu) c'est la musqiue qui viendra en remettre une couche, genre "oh la la attention vous avez bien compris, hein, il est très en colère, il va encore faire une saloperie!" ) et, finalement, cette  candeur extrême (pudeur et censure obligent) cette nunucherie attendrissanate et àl'eauderosesque des rapports entre  les  amoureux ne sont, mais vous me connaissez, midinet à fond, pas du tout pour me déplaire...)
Flamboyant.
(Et ça m'a donné très envie d'y retourner, mais, bon, c'est déjà planifié pour février 2010!)

19001308_w434_h_q80

Ce sera donc mon (seul et unique) film du bôô festival 2009, et c'est très bien comme ça. Oui, je sais, je suis un rebelle...

23 juin 2008

casquette rouge

ELDORADO
de Bouli Lanners

Celui-là, on peut dire que je l'attendais!
Une histoire d'hommes, un gros (plutôt format couvre-lit) et un maigrichon (plutôt taille housse de coussin), un pleurnicheur et un ronchon, bref deux a priori mal assortis et qui vont être amenés à faire quelques kilomètres ensemble, pour le meilleur et pour le pire, comme on dit, et pour le reste aussi. Le gros ronchon a chopé le maigrichon pleurnicheur caché sous son lit, après qu'il ait essayé de le cambrioler. Et après quelques atermoiements et tournages autour du pot, les voilà partis ensemble, dans la vieille bagnole américaine du bourru mais gentil, histoire de (prétexte pour) ramener le malingre dans sa famille (et éventuellement le droit chemin.)
Il reste, après coup (je l'ai vu mercredi, le premier jour à la première séance, tellement j'avais envie), des images de ciel (beaucoup) et de route aussi, des paysages horizontaux et chromatiques, sur fond de bonne musique rock pêchue. Le réalisateur (qui joue aussi le role du bourru) a un indéniable sens de l'espace, du cadrage, des extérieurs. Un oeil de peintre (ce qu'il est, d'ailleurs). Il y a dans le film un regard original, une  respiration, un appel d'air bienvenu, même si, finalement,  on ne fait que traverser des friches urbaines désolées. Oui, la Belgique est ici transfigurée, comme elle devrait l'être plus souvent. Elle clinque, elle pimpe, elle caresse l'oeil, et ça fait du bien.
Road-movie belge, (non non, ce n'est pas du tout ironique) donc, où l'on étire les kilomètres pour que ça dure plus longtemps, où l'on fait des rencontres, où on ne fait, justement, que passer, où on continue son petit bonhomme (enfin, plutôt ses petits bonhommes) de chemin, et on va jusqu'au bout. Jusqu'à ce que. Arrivé là, le réalisateur a généralement le cul entre deux chaises, et le choix entre plusieurs séries d'alternatives : on est arrivés, youp la boum la vie est belle ou rhalala rien ne va ? on reste ensemble quand même ou on se sépare ?  ou encore on est bien on reste ici ou on va voir plus loin, repartons ? J'aime plutôt bien, après coup,  l'option qu'a choisie Bouli Lanners.
Cet homme, j'ai déjà dit à plusieurs reprises tout le bien que j'en pensais. Je le connaissais acteur, et j'aimais sa dégaîne de berger briard (à poil long et plutôt emmélé), ses grosses pattes, sa barbe et ses yeux vifs, apparus ça et là dans divers films borderline (j'aurais pu écrire bordelline -belgitude oblige- aussi!), aimés plutôt beaucoup à chaque fois, et j'ai découvert, à l'occasion de la sortie d'Eldorado, qu'il avait aussi déjà réalisé un premier long métrage, Ultranova (cet homme a décidément le sens des titres... ironiques) que j'ai donc acheté (illico et quasiment à prix d'or), et dans lequel j'ai eu d'ailleurs l'immense plaisir de retrouver un acteur dont j'ai déjà parlé (mais que je semble être le seul à chérir), Michael Abiteboul (je sais bien qu'avec un nom pareil il a peu de chances de devenir famous), comme quoi le monde est petit mais cette digression longuette, abrégeons donc.
Donc, deux mecs, une bagnole, et hop ça roule. Et là, ça roule excellemment. La situation (espace confiné et grands espaces tout autour) se prête au contraste. Les deux personnages aussi, que le réalisateur a d'ailleurs choisi de filmer en scope, histoire d'aérer encore le contexte. Je crois bien que, juste eux deux, comme ça, ça (m') aurait suffi, tant leurs échanges, minimalistes, absurdes ou décalés ou déglingués ou enfantins (cocher les cases correspondantes) me ravissent. Alors que  je ne suis pas sûr que les "rencontres" ("Alain Delon", le collectionneur...) soient ce qu'il y a de plus indispensable dans le film. Le goût excessif du "pittoresque", de l'insolite, surtout quand il est humain, nuit un peu à la cohésion de l'ensemble, mais bon, elles sont peut-être nécessaires dans la structuration du récit. La scène chez les parents, par contre, est parfaite et indispensable.
Les critiques ont joyeusement évoqué, pêle-mêle, Kaurismaki, Old Joy, Gerry, j'y rajouterais Wenders, mais le Wenders que j'aime, celui du début, du noir et blanc, d'Au fil du temps...
J'aime énormément ce film, qui, mine de rien, avec humour et humanité, nous promène hors des sentiers battus, à travers le  portrait/parcours  de ces deux hommes. Où il serait question de la marge, ici et aujourd'hui. Apologie des cabossés, mais sans étalage ni exclamations. Et du  mot "ensemble",  celui de la paire, celui du couple, de la famille, comme but (et leurre) ultime. (je viens de voir Ultranova, le premier film de Lanners et il semblerait bien que  la famille (que l'on quitte ou que l'on cherche) soit une thématique importante pour lui).
Il y a des moments très drôles (la scène de la pluie et du camping), d'autres plus graves, d'autres carrément surréalistes (encore une fois, pas forcément les plus réussis à mon goût). Le réalisateur sait faire alterner  les micro-climats fictionnels, soleil nuages averse, on rit on grince on s'émeut, on pleure parfois presqu'un peu, en douce. Mais on aurait vraiment envie de rester dans cette vieille belle bagnole, de se balader avec ces deux zigotos (si Lanners est très très bien, son acolyte Fabrice Adde ne l'est pas moins. Comme pour Vincent Lecuyer dans Ultranova, Bouli Lanners a su dénicher un acteur à la présence singulière, à la singularité attachante.) Et si le voyage est (tourne) court, tout du moins il aura été beau. Très.

affiche_film_eldorado_2511689_39

7 juin 2008

I don't speak hebrew

DESENGAGEMENT
d'Amos Gitaï

Comme je disais avec ma copine Françoise juste avant que le film commence, des fois, Gitaï, c'est chiant. Oui oui, j'assume. Et des fois c'est très bien. mais, c'est sûr, ce mec-là est vraiment un cinéaste. Avec des choses à dire qui lui tiennent à coeur. Des fois ça passe, des fois ça lasse...
Par exemple, cette scène d'ouverture qui (pour moi) confine au sublime : un plan fixe (cinq minutes au moins) sur Nathalie Portman en train de pleurer dans une voiture, au début d'un film dont j'ai d'ailleurs oublié tout le reste, même le titre. Ca c'était du cinéma. Parfois c'est trop compliqué (c'est souvent le cas dans le cinéma israélien, mais arrivera-t-on un jour à véritablement intégrer cette situation ?) parfois trop théorique, ou trop intello.
La scène d'ouverture, encore une fois, est très belle : dans un train italien, un israélien, une palestinienne (ou le contraire, désolé, je ne suis plus sûr) se croisent, il lui demande une cigarette, ils discutent, un douanier tâtillon les titille, et ils finissent par s'embrasser en assurant au dit douanier qu'ils ne font ensemble "rien de politique..."
Le jeune homme, Uli,  vient en France, à Avignon, à l'occasion de la mort de son père, et y retrouve sa soeur Anna (Juliette Binoche), avec laquelle il va passer cette première partie du film. Et avec qui il va repartir en Israel, puisqu'elle a été sommée testamentairement d'aller retrouver là-bas sa fille Dana (abandonnée par elle à sa naissance) pour lui remettre en main propre sa part d'héritage, selon les volontés de son père. Car Uli est aussi militaire et veut rentrer pour participer à l'opération d'"évacuation" des colons juifs de la bande de Gaza. Ce sera donc la seconde partie du film, sous la double marque des retrouvailles  (familiales) et des séparations. Dès leur arrivée, le frère et la soeur sont séparés, puisqu'il est catégoriquement (par un collègue énervé braillard et règlement/règlement) refusé à Anna de monter dans la jeep où son frère s'embarque. Elle sera finalement conduite jusqu'à sa fille par un ami de son frère, joué par Gitaï lui-même, après une mémorable scène de franchissement de check-point (encore une scène forte gitaïesque, peut-être celle qui me restera de ce film, d'ailleurs). Elles tomberont dans les bras l'une de l'autre, jusqu'à ce que, destin cruel...
Le film procède ainsi, dans ce double mouvement d'assemblage / séparation, jusque dans sa forme même. C'est vrai que, tels quels, on a un peu l'impression d'avoir deux demi-films juxtaposés (Frère & soeur à Avignon et Mère & fille à Gaza), dont chacun aurait mérité un traitement particulier, et qui sont appariés juste par la présence des deux personnages principaux, le frère et la soeur, justement. Histoire de famille, donc, de racines et des liens qu'elles génèrent, de déracinement peut-être aussi), c'est idéalement la métaphore pour évoquer la situtation, là-bas, et le dialogue de sourds. Mais cette dichotomie  n'est pas si gênante, finalement, tellement on suit l'histoire avec intérêt et émotion, dans les deux cas.
Oui, je sais que je suis plutôt bon public et que j'ai plutôt -surtout à chaud- la critique louangeuse, mais il me semble que c'est mon Gitaï préféré depuis... un bon bout de temps. Bien entendu, inutile de préciser que la distrib' est nickel : tiens Jeanne Moreau, tiens Barbara Hendricks, tiens Hiam Abbas... Amos n'a visiblement pas mégoté sur la distribution, même pour les petits rôles. Et puis des barbes et des joues mal rasées et des treillis et des kippas... Et s'ils s'arrêtaient un peu de se gueuler dessus et commençaient à se faire des câlins, plutôt que de se foutre sur la gueule, sans arrêt comme ça, hein ? (c'est le message de Boutros Boutros Chori)

18922797_w434_h_q80

20 mai 2021

CMFUBJ 38

covid 18 mai

moins bien que le 16 (pour nous)

*

une sacrée belle (bonne) journée, rythmée par un -énergique- concerto printanier de giboulées

10h : rdv sur la terrasse du Lion (qui a un super store -heureusement-) avec Manue et Catherine, autour de la dernière table  libre (c'était blindé) pour ce premier café "en liberté" (ce furent d'abord trois grands crèmes, suivis une heure après par deux petits noirs et un chocolat) - je me suis essayé pour la première fois au "sans-sucre" (pour le crème ça va, pour l'expresso ce fut plus raide) - heureusement on était à l'abri grâce au "super store" au-dessus de nos têtes, car on a essuyé quelques grains (averse / soleil / averse / etc) et l'immense (et à la fois très simple) plaisir d'être là, ensemble tous les trois (du coup ça avait des petits airs de Bretagne) de retrouver enfin cette situation "normale" : être assis en terrasse (c'est con mais quand le serveur -qui est aussi le patron- a posé les cafés sur la table et glissé la note sous le cendrier, j'ai eu comme une bouffée d'émotion et presque une larmichette)

20210519_105941

13h : rdv au cinéma avec Emma pour aller voir MANDIBULES de Quentin Dupieux (critique suivra), là aussi le plaisir de retrouver ce qui pendant longtemps avait été un geste "normal", je tenais absolument à être là dès la première séance, pour "prendre la température" : même si j'ai trouvé en arrivant que le parking était un peu vide, il y avait tout de même dans le hall pas mal de monde (même si, dans notre salle on n'était que deux!)

20210519_130434

 

14h35 : le film de Dupieux finissant tôt, Emma en profite pour enchaîner sur ADIEU LES CONS, tandis que je profite de ce temps libre pour

- aller à l'Hôpital pour prendre un rdv en diabétologie, mais il faut montrer patte blanche : lettre obligatoire de son médecin traitant et derniers résultats d'analyses... tant pis! je traverse la ville pour aller chez mon médecin (ou au moins parler à la secrétaire) mais le rideau de fer est baissé : j'avais oublié qu'il ne consulte pas le mercredi!
- aller chez Lecl*rc (espace culturel) pour retirer ce bouquin d'Yves Pagès commandé il y a déjà quelques temps et qui vient enfin d'arriver

9782355221705


- repartir vers le cinéma (il y a un embouteillage incroyable entre l'hyper et le grand rond-point, rarement vu autant de voitures cul à cul,-il est 16h et quelques- et une violente averse (avec grêlons) arrive à point pour me distraire et faire passer un peu le temps

16h30 : j'arrive au cinéma et j'y retrouve Catherine qui vient aussi voir DRUNK de Thomas Vinterberg (critique suivra aussi)

16h42 : le caissier (qui est aussi le propriétaire du cinéma) arrive, tranquille, pour délivrer les billets de la séance de 16h45 de DRUNK.  J'avais déjà pris le mien à 13h, mais je suis bloqué au contrôle (la séance précédente se termine juste) où je suis rejoint par Emma. je trouve ça particulièrement agaçant -énervant- que, dès le premier jour, les mauvaises habitudes reviennent, (et avec elles le mépris du spectateur).
Nous sommes à la salle 12 (où on peut allonger son fauteuil en chaise longue), il y a plus de monde que je n'aurais cru (et notamment pas mal de têtes connues des Amis du C., que ça fait plaisir de revoir, enfin, la plupart -no comment-)

DSC09087

19h : A la fin de la séance, nous sommes accueillis à l'extérieur par une très belle lumière d'orage, et, surtout, deux arc-en ciel! Le temps de discutailler cinq minutes puisque le couvre-feu poulailler est désormais repoussé à 21h

20210519_185520

 Je repars donc à la maison, pour cuisiner les asperges des bois que Catherine m'a très gentiment apportées ce matin...

DSC09080

Mais bon, quand on rentre après 19h, les bonnes places de parking sont généralement prises... et elles l'étaient. Direction le petit parking de la rue Serpente...

*

7 décembre 2007

le k.o ?

LE CHAOS
de Youssef Chahine

Première séance mercredi aprèm, nombre de spectateurs : 1 (moi). Je ne pense pas que le film va tenir très longtemps...
D'autant plus que.

Un gros flic (méchamment salopard) est amoureux de sa voisine de palier, une jeune prof d'anglais plutôt prude, (dirais-je nunuche ?), laquelle se consume d'amour pour un jeune procureur intègre et incorruptible, qui, lui, n'a d'yeux que pour une demoiselle plus libérée (elle va en mini-jupe et se fait tatouer un scorpion dans le dos.) que sa mère (à lui) ne peut pas sacquer, mais préfère la belle nunuche (même si elle la trouve aussi un peu nunuche) mais il n'y a pas que de l'amour, loin de là. Emeutes, répression, incarcérations injustifiées,  haut-fonctionnaires corrompus, pots-de-vin, flics ripous, tortures, viol même (qualifié par le médecin d'extrêmement brutal), larmes, colère, impuissance, bref, bakchich et knout (oui oui, j'ai été amateur de scrabble)

Un film qui m'a fait penser aux films des années cinquante, où l'on ne pouvait rien montrer (because la censure) alors on titillait le spectateur mâle avec des cliches interlopes : scènes de douches (mais avec des accessoires aux endroits stratégiques), tortillements de popotin, gorges voluptueuses suggérées, bagarres de femmes en prison,  reniflements de petite lingerie...

Bref j'ai trouvé ça ...vieillot. Et loooong.
Le film ne vaut (ne s'anime) que par une scène (utopique, hélas ?) de soulèvement populaire, où les méchants vont enfin être punis, tous les pouvoirs au peuple, etc. c'est un peu mince, certes.
Dommage, donc.

Je viens de tomber sur l'excellente critique de l'Huma, (là), en cherchant l'affiche. Je trouve ce qu'il dit très juste, et tout à coup mes certitudes vacillent. Serait-ce mon premier degré ? C'est vrai que je me suis juste arrêté à l'enrobage (le mélo à grossissimes ficelles) sans aller jusqu'à la deuxième couche (le message). Mais bon... mais bon...

18836517_w434_h_q80

17 juillet 2007

matelas

I DON'T WANT TO SLEEP ALONE
de Tsai Ming liang

(en guise de prologue) Où il apparaît que la vision d'un film est par définition subjective : alors que je sortais de la salle, après un générique parfaitement silencieux, tout embrumé encore de la vision du dernier plan, sublime, voilà que m'aborde une connaissance, qui me lance, en souriant, "Y en a marre de ces réalisateurs qui ne savent pas comment terminer leur film..." Je le regarde, étonné, pensant qu'il plaisantait, mais non. Je lui ai juste dit "S'il te plaît, ne me gâche pas mon plaisir" et  l'ai salué en tournant vite les talons, de peur qu'il n'en remette une couche...

Les films de Tsai Ming Liang sont lancinants, comme on le dirait d'une douleur, et celui-ci ne faillit pas à la règle. Bien au contraire. Oh, on est dès le départ en terrain connu, avec ces longs plans fixes (et la perfection des cadres qu'ils définissent), plans fixes que certains esprits chagrins pourraient qualifier d'interminables mais dont je dirai juste qu'ils sont pleins, Lee Kang Sheng, le complice acteur de tous les films précédents, est là aussi (et pas qu'un peu) ; on l'a connu mieux coiffé mais on comprendra pourquoi au générique de fin (je ne le suis pas très, fin, moi d'ailleurs!), les dialogues doivent tenir sur un demi-confetti (les trois protagonistes principaux ne s'adresseront d'ailleurs pas un mot de tout le film, où tous les dialogues prononcés sont d'ailleurs accessoires), et ce sont les chansons qui les remplacent (mais attention, on n'est pas chez Demy!), sans oublier l'eau, comme d'hab', (dans les films de Tsai Ming Liang, il est toujours question d'eau, sous une forme une autre : rivière, pluie, inondation, voire même sècheresse!), bref les amateurs (et j'en suis, j'irais même jusqu'à "inconditionnel") de son univers ne seront pas dépaysés...

Kuala-Lumpur, Malaisie. (Je me suis renseigné, vu que ce n'est mentionné nulle part dans le film, il est juste question de langue malaise et de monnaie malaise. Malaise, malaise, oui...) De la même façon que dans le film (et au générique), les personnages ne sont jamais nommés : comment les critiques  ont-il donc deviné comment ils s'appelaient ? ) C'est donc là que prend place le récit des péripéties (!) qui vont réunir sur le matelas de l'affiche un sdf (au centre), un ouvrier bengladeshi (à droite) qui l'a recueilli et soigné, et une demoiselle qui s'occupe de l'entretien d'un homme dans le coma (à gauche, donc). Le matelas a une grande importance, il est en somme le quatrième personnage du film (et, à ce titre, pas plus bavard que les autres) et on le verra d'ailleurs passer et repasser tout au long du film, porté par les uns ou les autres, d'un lieu à l'autre, d'une histoire à l'autre, crade et pesant toujours, comme la réalité.

Tsai Ming Liang possède le sens du cadrage, mais il a aussi, incontestablement, celui du décor, le plus impressionnant ici étant sans conteste ce bâtiment abandonné où vivent les ouvriers, dès le début à demi submergé (et je ne vous raconte pas l'état à la fin!), prétexte à de bluffants reflets architecturaux dans une eau parfaitement immobile, lors de plans d'ensemble qui viennent aérer un récit (plutôt moite et confiné d'ailleurs) en général proche de (et attentif à) ses personnages, mais toujours avec le plus grand raffinement dans la composition. Il nous parle de pauvres (on est vraiment chez les prolos,  comme ceux de Still Life, de Jhia-Zang-Khe) mais dont il transfigure en quelque sorte le quotidien asphyxié et oppressant...

Et il y a l'amour... Sans un mot, sans une déclaration, juste des gestes, des regards, des actes... "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour..." Yes, c'est ça, juste ça.Transporter un blessé, le soigner, le coucher, le nourrir, le laver, le regarder dormir, (j'ai pensé à cette nouvelle de Théodore Sturgeon Parcelle brillante ou un attardé mental recueille une prostituée qui s'est fait agresser, la soigne avec dévotion, et quand, elle est guérie et veut s'en aller, la retape un peu sur la tête pour pouvoir la soigner et l'aimer à nouveau...) L'ouvrier et le sdf, donc. Mais c'est un amour qui reste virtuel (hmm je connais ça, j'ai l'habitude, je suis en terrain de connaissance!), dans l'intention, juste dans la douceur d'un regard ému et bienveillant face au corps de l'autre (j'apprends sur allociné qu'il devait y avoir à l'origine une scène d'amour physique entre les deux mecs mais que l'acteur non professionnel qui interprète l'ouvrier n'a pu accomplir, étant musulman et arguant que l'homosexualité est un péché... Hmmm tout ça me navre un peu) Puis le sdf et la demoiselle. Qui eux feront l'amour. (Masque respiratoire inclus). Puis re-les deux garçons (la scène de la boîte de conserve, où une pulsion de meurtre (jalousie ?) se termine en caresse silencieuse, m'a laissé, vous vous en doutez, les yeux rouges et le coeur chaviré, midinons, midinons...), et finalement tous les trois, endormis en silence, en image fixe. Trois corps sur un matelas.

Car il y a les corps. Tout au long du film. Les corps de mecs, d'ailleurs, (moins réalistement prolétaires que ceux de Still Life, oui j'y reviens encore ) surtout, torses nus la plupart (il fait si moite, je l'ai déjà dit). Je ne voudrais pas avoir l'air de prêcher pour ma paroisse, mais c'est un fait que le réalisateur les filme sacrément bien, amoureusement je dirais, (avec cette prédilection qu'on lui a déjà connue pour les mecs en slip blanc d'ailleurs). Le corps désirant et le corps désiré, mais comme chantait Gainsbourg l'amour physique est sans issue... Le corps est ce qui reste, ce qui subsiste, même quand la conscience l'a abandonné (et que la demoiselle s'occupe de la toilette d'un jeune homme dans le coma répond, comme en écho, aux soins que prodigue l'ouvrier au corps inconscient et meurtri du sdf). Le corps qu'on lave, qu'on soigne, qu'on caresse, et souvent qu'on désire, qu'on appréhende, en tout cas qu'on regarde, à défaut d'oser (mais hmmm je m'emballe je m'emballe et je m'éloigne du sujet) bref l'intime et l'infime (ne l'ai-je pas aussi déjà dit ? je suis bien vieux et je radote...)

Il y a, dans chaque film de ce réalisateur (c'est pénible d'écrire toujours Tsai Ming Liang, d'ailleurs je ne suis même pas sûr de savoir où est son prénom, il semble que le Tsai soit le nom de famille, non ? vaut-il mieux dire Tsaïchounet ou Ming-Liangchounet?) une scène qui met mal à l'aise, une scène difficilement supportable, ou, en tout cas justifiable (dans La pastèque c'était  la scène de la fin, dans The river c'était la rencontre au sauna...) et elle a toujours à voir avec le sexe. Ici c'est celle dite "de la branlette",d'ailleurs, fausse pudeur,  filmée indirectement, un reflet dans un miroir piqueté,  scène dont la "violence" confine au grotesque (mais bon je suis une petite chose fragile...), et où le bruitage en rajoute encore dans le glauque... Mais peut-être finalement votre serviteur n'est-il qu'un moraliste rigoriste et luthérien qui s'ignore ? Chassez le naturel...

Bref (!)  le film est long (d'ailleurs je l'avoue -smiley rosissant- j'ai un tout petit peu décroché à un moment, la mise en place de l'idylle du sdf et de la demoiselle, comme par hasard, Tss tss!), il est exigeant (mais pas d'une exigence prétentieuse comme chez certains), il est sans compromis, il n'est certes pas très facile d'accès, mais recèle en son obscurité humide, en sa désespérance nocturne, en son son mutisme délibéré, des instants fulgurants de beauté, sublime, suffoquante.

18767084_w434_h578_q80

11 octobre 2007

soir

Un soir passé à réécouter des nunucheries après avoir réussi à réinstaller shareaza quasiment comme avant, alors que l'après-midi même on était quasiment prèt à jeter l'ordi par la f'nêtre tellement on n'y comprenait plus rien, oui un soir donc relativement doux où on n'a même pas eu le courage de sortir pour aller au ciné voir un film qu'on n'avait finalement pas si envie de voir que ça, un soir donc où on se dit qu'on pourrait quand même en profiter par exemple pour répondre au mail du jeune homme en t-shirt qui nous avait tout de même fait si plaisir l'autre matin, un soir où on se sentirait, assez  inexplicablement, en paix, pourtant, rien de plus que d'hab' (ah si la satisfaction d'avoir réussi à s'en sortir tout seul) pourtant hein, un soir où les infos parlent de stage punitif à 450€ pour les 'ilains fumeur de shit ouh les cornes (arghh mais je ne me sens pas du tout concerné, je ne conduis JAMAIS dans cet état-là!) mieux vaut s'acheter des stoque opcheunze, un soir où on est habitué aux police menottes prison de plus en plus banalisés sur leschaînes publiques, un soir où on se sait fichtre pas ce qu'on a donc pu faire du courrier reçu ce matin, un soir ni trop froid ni trop chaud, juste comme il faut, et  pourtant un soir avec toujours la vaisselle sale dans l'évier et les journaux en pile, un soir d'octobre, bref, où on va justement se rouler un tit stick avant dodo, un soir où on apprend ouf qu'une entrevue prévue pour le lendemain (qu'on appréhendait un peu) est justement ajournée, et remise à un jour où on ne pourra, de surcroit, hélas y assister, un soir où on ne manquerait de rien, où on n'aurait rien à se reprocher, tout seul peut-être mais peinard, un soir de copines au téléphone pour des messages ou des conversations plus ou moins loufoques, un soir anodin, un soir bénin, bref un soir délicieux...

DSC05737

(non, non, rien d'autre à raconter...)

7 octobre 2007

franchir la ligne

UN SECRET
de Claude Miller

Drôle (!) de film.
Qui commence plutôt bien (très bien, même, les histoires de gosse malheureux, j'ai un faible, Caliméro oblige), tout le premier tiers disons, jusqu'à gling gling! la découverte de l'existence du secret, puis qui ralentit un peu, met ses warnings, et fait du sur-place narratif (le deuxième tiers) avant de finir plutôt mal en fonçant dans le décor, à force d'entasser soudain comme avec frénésie les bévues, les excès, les bourdes et les maladresses, bref badaboum.
C'est du grand public, du sur-mesure, du cousu main, du prêt à pleurer, du casting béton bankable. Qui tendrait à prouver que
1) Bruel a encore de beaux restes, mais de là à lui faire traverser trente ans quasi sans prendre une ride  faut pas exagérer. Pour faire passer la pilule, Miller nous joue in extremis la carte regardez comme je l'ai bien fait vieillir de 50 ans tout d'un coup, mais là non plus hélas ça ne prend pas. Son personnage, Mxime est qualifié par les Inrockchounets d'intéressant. Certes, mais en le voyant on a le sentiment un peu que c'est le personnage de Bruel qui a contaminé le personnage qu'il interprète. Ou c'est moi qui interprète ?
2) Ludivine Sagnier devient un peu agaçante a toujours ainsi gémir etêtre malheureuse, et, osons le mot, calimérer. Non à la victimisation! (Observez tout de même la transformation du cadeau qu'on lui apporte à son anniversaire : hop! il est petit! hop! il est grand! hop il est moyen! Ou c'est moi qui hallucine ?)
3) Cécile de France devient un peu agaçante aussi à, au contraire, jouer les super femmes super belles fortes super moi je. Non à la championnisation! (Ou c'est moi qui me fatigue ?)
4) Julie Depardieu confirme, une fois de plus, avec un joli rôle d'amie de la famille (discrètement lesbienne si je ne m'abuse), sa nature tchékhovienne, et combien elle est une actrice fine et subtile (et hélas trop sous-employée)
5) Nathalie Boutefeu confirme, elle aussi, tout le bien qu'on pensait d'elle depuis les films de Jérôme Bonnel, et que ça fait sacrément plaisir de la voir arriver enfin dans la "cour des grands". Elle est parfaite dans le rôle de la soeur.
6) Claude Miller prouve encore qu'il est doué pour recruter et faire jouer des enfants (on en a ici deux pour le prix d'un : le premier en tout mais sauf en gym, (2,2kg à la naissance) et au contraire le premier en gym mais on ne sait pas trop pour le reste (3,6kg). (A propos d'enfant, son fils, Nathan, qui jouait le petit rouquin à lunettes qui se prenait un ballon en pleine poire dans La meilleure façon de marcher est à présent monteur dans le film de son papa, mais bon, ça n'a rien à voir avec l'histoire qui nous intéresse...)

Histoire de famille donc, racontée par un fils (Amalric) à papa (Bruel) et maman (de France), fils mal-aimé à cause d'un secret (justement celui qui sous-tend le film et qu'on ne peut pas le raconter parce que sinon il n'y a plus de mystère)  mais déconstruite en plusieurs strates, un vrai mille-feuilles narratif. L'histoire d'une famille juive entre 36 et aujourd'hui, où une tragédie mondiale (39/45, ça c'est pour l'Histoire) se double d'une tragédie familiale (le fameux secret, ça c'est pour l'histoire). Et pour qu'on ne se perde pas, Miller nous met des post-it : les années aujourd'hui, c'est en noir et blanc, les autres années c'est en couleur, mais avec un traitement particulier pour les années 50/60 (un super-huitage de l'image, avec des couleurs un peu acidifiées, plutôt très réussi dans le genre gravure de vocabulaire : au bord de la piscine dans les années 60). Au début, la guerre est loin (on est bien après), puis on est avant (36, le Front populaire) et finalement on est pendant.

Au début, on a incontestablement affaire à un cinéaste : dans le choix des images des cadrages, le rythme,  la finesse dans les transitions entre les plans et les strates de temps, voire la gestion des effets spéciaux... Dans la problématique, aussi, avec ce gamin maigrichon pâlichon qui s'invente un frère super balèze, qui fantasme l'histoire de ses parents (entre Amélie Poulain et Toto le héros). Jusqu'à l'ouverture gling gling again! de cette valise au grenier. Et la découverte d'une autre version que la sienne de l'histoire fmailiale. Dommage qu'alors (le ventre mou du film) il laisse un peu tout ça en plan (en planplan, plutôt...) et que, surtout, après (la fin), on se retrouve en plein naufrage narratif, où le raconteur tenterait de nous expliquer qu'il a assez de mal à rassembler tous les fils de son histoire et à retomber sur ses pattes pour abandonner toute vélléité créative.

A la précision de la reconstitution (de la fiction, donc, même si estampillée du label "d'après des faits réels") le réalisateur a hélas cru bon d'ajouter des images d'archives (de la réalité, donc, abominable, insoutenable) dont on finit par ne plus savoir si elles tirent plus vers la maladresse ou l'obscénité. Et était-ce vraiment judicieux d'enfoncer le clou en faisant ce parallèle lourdingue entre un cimetière d'animaux et la liste des victimes de l'Holocauste ? (Les voix d'enfants, tout à la fin, n'étaient pas véritablement indispensables, non ?) Comme cette histoire de chien, qui me semble assez malvenue, mais peut-être suis-je trop sensible et/ou respectueux ?

18805598_w434_h_q80

20 juillet 2007

travaux publics (ou privés)

Après une semaine culturelle (concerts, films, théâtre...) fort enrichissante ma fois, place à la semaine cul tout court. Nettement moins brillant. Mouais.
Un genre de démangeaison estivale (je deviendrais zinzin à force de contempler, sans pouvoir les prendre en photos, tout un nid de mecs de l'équipement en plein boulot (et en plein soleil), torse-nu à en baver (oui oui, c'est drôle, ça doit venir de l'enfance, mais un  mec torse nu a sur moi beaucoup plus d'impact érotique qu'un mec tout nu en entier.) Et le fait de réussir à les prendre en photo (j'ai déjà parlé de l'avantage d'avoir un gros zoom) me permet de me les approprier un peu. Images, précieuses parce que volées, comme s'ils m'appartenaient un peu, sans le savoir. Car c'est le genre de mecs totalement inaccessibles et inapprochables (surtout comme ça, en troupeau), à mon âge et à l'heure qu'il est (je sais, je sais, l'auto-dénigrement est pour moi un sport national). Alors j'essaie. Et je suis comme qui dirait soulagé, lorsque, passant, je constate qu'ils ont fini leur intervention et remontent dans leur camionnette. Ouf! Je n'aurai plus de souci à me faire.
Comme il est dit dans Les affreuses "Mais pourquoi on craque toujours sur les prolos ?". Donc hier, par exemple, je me suis rendu un peu malade (et c'est bête) en me rendant compte, après plusieurs essais infructueux, qu'il m'était vraiment impossible de les photographier, surtout en conduisant, et ça n'a fait qu'exacerber ma frustration, déjà bien amplifiée par le soleil et la chaleur.
D'aller me rafraîchir sur un parking n'a pas franchement arrangé les choses, il n'y avait que des habitués, encore plus vieux que moi, et qui en plus jacassaient, spécialement l'un deux, qui m'énerve, et qui avait  visiblement réussi à s'accaparer le gros chef de chantier que j'avais envisagé (et dévisagé) en vain quelques jours plus tôt, et en gloussait donc d'aise comme un dindon bêta... Pour un peu, il aurait fait la roue!
Et puis j'avais trop soif, et plus rien à boire, je suis donc rentré à la maison, un peu beaucoup agacé syndrome Caliméro plus plus, genre "tiens puisque c'est ça je vais me suicider, et personne ne m'aime d'abord et c'est trop inzuste..." La chaleur, la soif et l'énervement vous conduisent parfois à de tristounes extrémités... La nuit venant, accompagnée d'un semblant de baisse de température (mais n'allant tout de même pas jusqu'à transmuter l'appart en glacière!, juste je suais un peu moins), m'a permis de reprendre mes esprits, et d'accomplir quelques tâches domestiques (manger, dvd, emails, électrocution de mites alimentaires...) pour me changer les idées jusqu'à ce que, très tard et plutôt à la fraîche, après avoir pesé le pour et le contre, j'aille tout de même faire un tour sur le terrain d'éventuels batifolages nocturnes, (histoire de finir en feu d'artifice ce jour tristement idiot).
Lieu qui hélas, contrairement à d'autres soirs, s'avéra quasiment vide, juste un convoi exceptionnel et une voiture de particulier, le premier contenant un chauffeur visiblement torse nu et matant par la vitre ouverte de sa portière, et la seconde vide puisque son occupant était occupé à parader devant la susdite vitre ouverte (sans provoquer la moindre réaction) et me gratifia d'ailleurs d'un peu amène " grmbllbll... pourrais pas aller faire chier ailleurs ? ", comme s'il me rendait personnellement responsable de son infortune. M'en fous, j'étais serein. J'ai donc attendu (il y avait une très belle lune et des étoiles idem) qu'il se lasse et reparte en vrombissant nerveusement. J'y suis alors retourné, pour voir. Las, le mec, immobile, toujours à son poste, semblait une statue de sel. Il ne dormait pas puisqu'il toussait parfois,mais, hiératique, ne répondit ni à mon bonsoir ni à mes petites chorégraphies au clair de lune.
A la fin je me suis dit que ça allait bien comme ça et que j'avais passé l'âge de ces conneries. Et je suis rentré. Il faisait frais. Il y avait un très beau morceau de piano à la radio. Zen.

bscap0000 bscap0001
(hmmm... c'est pas mal, comme ça...)

26 juin 2007

fête du c.

KOMMA
de Martine Doyen

Une curiosité belge, avec Arno qui fait l'acteur, suffisant pour piquer la curiosité, non ? C'est effectivement spécial, le début est plutôt intriguant, la fin est visuellement superbe... Entre les deux, le récit bringueballe tangue et s'étire, va comme la voiture sur la route enneigée : un peu à hue et à dia. Cette histoire de "mort" qui se réveille, sort de son sac en profite pour prendre l'identité d'un autre,(...) et finit par emmener en Bavière une performeuse un peu déprimée est suffisamment atypique pour piquer la curiosité de mon ami Pépin, par exemple. Mais bon, je n'ai pas sa patience angélique, et comme dirait mon amie Dominique "Je me suis presque un peu fait chier..." C'est... étrange. Filmé très souvent de très près, à très courte focale, au plus près des visages et des corps. D'ailleurs François Négret (qu'on avait un peu perdu de vue depuis De bruit et de fureur) nous gratifie  d'un appendice jovial, lors d'une scène  téléphonique matinale plutôt sympathique.

BANDE DE SAUVAGES
de Walt Becker

Comme je n'avais pas envie de rentrer chez moi entre les deux films que je voulais voir, je me suis décidé pour celui-là (c'était le moins pire à la séance de 18 heures). J'ai d'ailleurs annoncé à plusieurs copines rencontrées sur le parvis que j'allais voir "une grosse daube". A laquelle on peut, finalement, trouver quelques coupables excuses. Récit de l'expédition de quatre potes cinquantenaires qui réalisent que leur vie n'est pas si terrible que ça et qui plantent femmes et enfants pour une virée en moto (plus exactement une traversée des Etats unis) entre potes ("avoir un bon copain c'est la meilleure chose au mooooonde..." air connu) Ca ne vole pas très haut (normalement l'humour beauf (aux relents homophobes) aurait dû me faire quitter la salle en hurlant mais bon reconnaissons-le j'ai ri. A part l'épouvantable Travolta, les trois autres tirent relativement bien leur épingle du jeu. Même si le scénario, lui, tire tout de même à la ligne (à peu près un rebondissement et demi, étiré sur une heure et demie, ça finit par faire long feu) Et, bien sûr, tout finit bien. 

FRAGILE(S)
de Martin Valente

Je l'ai déjà dit, j'ai un faible pour les films dits choraux, et celui-là, avec Darroussin en ouverture, ne pouvait que m'allécher, à l'évocation du récent J'attends quelqu'un, du très cher Jérôme Bonnell, de la même catégorie. Sauf qu'ici on a plus de personnages, plus d'histoires, mais que (désolé Elisabeth) je trouve que ça fonctionne (beaucoup) moins bien. Darroussin a un problème de chien jaune et de solitude, Berléand des problèmes de sac-poubelle et de bouchon de baignoire, Caroline Cellier des problèmes de traumatisme crânien et de préservatifs, Marie Gillain des problèmes de dope et de fils, Jacques Gamblin des problèmes de dealer et de coma conjugal, et la jeune Sara Martins des problèmes de père et de transparence. Oui tout le monde a des problèmes, va se rencontrer plus ou moins ( à Lisbonne, notamment) et, à la fin, tout sera résolu ou presque. Si ça commence très bien, ça se gâte un peu en cours de route, et surtout ça force sur les poteaux indicateurs scénaristiques et les bons sentiments gentils oui très gentils. Plus on avance et plus  le terrain devient glissant et de plus en plus casse-gueule. Et la dernière image c'est carrément trop c'est trop. Pourtant les comédiens sont vraiment très bien (une mention spéciale à Berléand) mais faute d'une architecture scénaristique suffisamment originale et étayée, l'édifice vacille. Oui, dommage...

18616539_w434_h289_q8018708547_w434_h289_q8018749136_w434_h289_q80

15 juillet 2007

tutus

LES AFFREUSES
de Pierre Guillois
(Théâtre du Peuple, Bussang)

Je reviens de la première de cette création, qui va se jouer tout l'été (jusqu'au 26 août je crois). Waouh! J'en suis encore tout chose. Comme dit le dicton "première ensoleillée, public émerveillé ! " Et comme par hasard, cet après-midi-là était le premier non-pluvieux depuis au moins... pfouh! C'était un signe...
J'en savais juste un petit peu  à propos de cette pièce, (parce qu'un de mes amis y joue), que c'était la deuxième mise en scène de Pierre Guillois à Bussang (qui avait déjà l'an dernier joyeusement secoué le cocotier avec un Ubu d'assez joyeuse mémoire), que c'était pour la première fois un texte original écrit et monté par le metteur en scène (on n'est jamais mieux servi...), que ça risquait de décoiffer et peut-être de faire grincer des dents aussi, et que rien de tel n'avait été montré auparavant en ce vénérable lieu...

Les affreuses du titre ce sont trois grosses dames, ou plutôt demoiselles, (une rouge une jaune une bleue) qui vivent ensemble et aiment autant s'amuser que faire chier le monde en général , et tout spécialement un petit couple de voisins. Interviendront  aussi plusieurs autres couples, auxquels elles n'auront pas affaire : deux touristes malchanceux, un infirme et sa femme... légère, un père et une mère qui essaient désespérément de voir leur fils, et un trio formé de lui, elle, et de l'ami lourd dont on n'arrive jamais à se débarrasser. Rajoutez quelques nains de jardin à la coiffe équivoque et une flopée de ballerines vaguement inquiétantes, puisque ayant la tête à l'envers (oui, "tu me fais tourner la tête..." ), et vous aurez toutes les cartes en main. Mais pas forcément la règle du jeu.

Au départ, c'est vrai, il faut le temps que les choses se mettent en place, les univers sont très différenciés, découpés très nettement (chaque strate narrative a peu ou prou son espace propre) on passe de l'un à l'autre par des bascules lumière et des éléments de décor qui surgissent / disparaissent sur le plateau le temps des scènes (car, courageusement, tout ça se joue à plateau nu, ledit plateau étant juste délimité par des penderillons à la matière intrigante...). Chacun dans son histoire, certes, comme dans la vie, question de perspective (mais le metteur en scène réussira à en faire coexister jusqu'à trois sur le même plateau.)

Dès le début on rit, (tantôt jaune, tantôt rouge, tantôt bleu ?), devant la verdeur et la crudité (cruauté)  des situations et des dialogues, mais jusqu'au bout on est étonné par la simplicité des éléments, touché par la beauté des images (je ne veux pas en raconter trop pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte des futurs spectateurs), surpris par la agressivité loufoque de certains échanges, et finalement ravi par le contre-pied pris concernant certaines traditions bussenaises, mais surtout émerveillé (je l'ai déjà dit, je sais, mais les qualificatifs élogieux me manquent) par l'extraordinaire homogénéité de la distribution (le Théâtre du Peuple a la particularité de ménager acteurs professionnels et amateurs, et là je vous mets au défi de faire la différence) et de sa parfaite adéquation avec chacun des personnages et leurs (més)aventures.

Pierre Guillois a eu l'habileté de prendre des choses simples, des spécimens humains que nous sommes connaissons tous, que nous avons tous croisés un jour ou l'autre : le "meilleur ami" chiant, les petits amoureux inséparables, les vieux couples où la causticité des échanges a remplacé les roucoulades de jadis, les voisin(e)s insupportables, les maris jaloux, les histoires de famille, la douleur de l'attente, le bonheur de ronchonner, bref, la vie quoi, et de les superposer, entrelacer, entrecroiser, faisant de la somme de ces historiettes, vues chacune  comme à travers un verre grossissant (ou un prisme, plutôt, rapport à la décomposition de la lumière), un portrait social paradoxalement aussi réaliste que décalé, entre poésie burlesque et proximité (intimité ? Impudeur ?) troublante.

Bien évidemment, l'intrigue n'est pas d'une complexité shakespearienne (entendez par là qu'il ne faut pas vous attendre à ce que plop! tout soit à la fin merveilleusement arrangé : les amoureux réunis, les méchants punis, le coupable démasqué, les gentils récompensés...), chacune des vignettes restera dans son écrin, et cette dé-structuration pourra peut-être surprendre et déstabiliser quelques puristes intégristes traditionnalistes du vrai théââââtre, mais, vraiment, je le dis et je le redis, ça fait vraiment un bien fou à regarder... D'autant plus qu'interviennent régulièrement, en contrepoint surprenant tout au long de la pièce, ces bizarres ballerines, en nombre variable (vous comprendrez pourquoi à la fin), animales souvent, parfois harpies et parfois juste éphémères un soir d'été, comme des oiseaux (de mauvais augure ?) qui commenteraient l'action par leurs chorégraphies ironiques mais pas vraiment muettes (juste des bruits, des grincements, à mi-chemin entre  onomatopées et grommelots, lointains cris d'animaux ) et lui feraient écho.


Et croyez-moi ou pas, mais, paradoxalement, de cette pièce où on rit beaucoup (mais pas tous aux mêmes choses ni aux mêmes endroits), je suis sorti les larmes aux yeux : un trop-plein d'émotions, justement (mais ce n'était pas juste la faute de ce soleil nouveau), et pour d'autres raisons (théâtrales, qu'allez-vous donc chercher...) que je n'ai pas envie de vous raconter là, avec les scènes de la fin qui vous chahutent et vous secouent et vous bousculent dans tous les sens, rire, larmes, vacarme, silence, noir, comme la vie, oui un peu comme la vie.

bscap0000a bscap0001a bscap0002a
bscap0003a bscap0004a bscap0006a

11 mai 2007

prévisionnement

18765272
BOXES
de Jane Birkin

Un peu atypique. Une femme à l'accent anglais, dans sa maison, en plein déménagement. (D'où les cartons du titre). Elle a eu trois hommes dans sa vie, dont elle a eu trois filles... (ça vous rappelle quelque chose ?) Les souvenirs et les regrets aussi.Album de photos de famille(s) qu'on feuilletterait par dessus l'épaule de Jane B. Un ballet de fantômes, plus drôlatique que mortifère, s'ensuit et s'organise (plus ou moins).  Haut, bas, fragile (oui il y a la-dedans quelque chose de rivettien, en plus light, peut-être. Des fois maladroit, des fois émouvant.) Attachant, en tout cas, avec une mention spéciale pour le casting haut de gamme. (sortie 06.06.07)

elling
ELLING
de Petter Naess

Encore plus atypique (et norvégien : ceci expliquerait-il celà ?). Deux "accidentés de la vie", (le petit nerveux qui a des problèmes avec sa maman et le gros faussement placide qui n'a jamis baisé), voisins de chambre en hosto psy, se voient proposer de s'installer en ville, dans un "appartement thérapeutique", sous le contrôle d'un éducateur aussi rigolard que mal rasé. Dur dur l'apprentissage de la vie en liberté (et en autonomie), chaque "victoire" (des fois c'est dur) considérée comme un petit pas sur le chemin de la reconquête de soi, mais le résultat en vaudra la peine. Touchant, drôle, juste. Excellent! (sortie 10.07.07)

18761697
CRONICA DE UNA FUGA
d'Adrian Caetano

D'après une histoire vraie : le récit de l'enlèvement, de la séquestration, de la torture de plusieurs argentins (certains "authentiquement" terroristes, d'autres juste là parce qu'injustement dénoncés) puis de leur évasion.C'est très éprouvant (j'ai failli sortir quasiment dès le début du film, me suis retenu, mais ai été obligé d'aller prendre un peu l'air, en plein milieu, lors d'une séquence particulièrement dure). La deuxième partie (l'évasion) aurait -dans un autre contexte- pû être délicieusement émoustillante (quatre barbus à poil qui cavalent sous la pluie...), mais là non, on a juste peur pour eux, peur, jusqu'au bout. (sortie 27.06.07)

5 avril 2007

choucroute

LE PRIX A PAYER
d'Alexandra Leclère

Mais qu'est-ce qui m'a pris donc d'aller voir cette grosse daubasse qui en plus m'a foutu le moral dans les chaussettes (tirebouchonnées ?). J'avais vu (maintes fois!) la bande-annonce, qui a le mérite d'annoncer la couleur, mais j'aime bien Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Géraldine Pailhas ; bon y avait aussi l'abominable Christian Clavier (que -comme on dit- j'achèterais pour le battre). Laissons-lui une chance me dis-je.
Ben c'est raté. J'ai eu le sentiment de voir la première comédie sponsorisée UMP / MEDEF, garantie 100% fric, 100% obscénité (morale), 100% mépris, 100% faux-cul, 100% sexiste, 100% vive les riches et les pauvres sont des cons... Une grosse daubasse immonde je vous dis.  Baye et Lanvin -c'est un comble!- réussissent par moments à être mauvais comme des cochons (surtout dans les scènes de colère et/ou d'hystérie). Clavier reste égal à lui-même (je croyais voir -abomination- Sarko dans son rôle), en plus il a une coiffure genre minivague à remous cristallisés qui lui fait une tête comme avec les cheveux en plastique des Playmobil... Géraldine Pailhas est peut-être la seule à s'en sortir à peu près indemne, peut-être justement parce que c'est la seule à qui on ne demande pas de surjouer des scènes de comédie lourdes comme trente-six enclumes.

Salopé jusqu'au bout, puisqu'on a en plus le sentiment que la réalisatrice ne sait fichtre pas comment elle à envie de conclure, dans une scène finale -au choix, cochez la case correspondante- maladroite convenue malhonnête lourdingue ridicule insignifiante stupide incompréhensible et autres épithètes pesants.
Bref, le bon trip bourrin cinoche pop-corn rires gras main aux fesses du samedi soir (dans la salle d'ailleurs ça réagissait bien dans le sens du poil, le trip pas de cul pas de fric, les rebondissements petite bite ou tiens prend ça salope...on sentait que les mâles dominants s'y reconnaissaient et y barrissaient leur approbation) et dire que c'est une femme qui a fait ça!

Une réplique au moins m'a fait sourire, dans la scène dite "de la choucroute" ("Et après le jarret de porc, vous avez prévu quoi ? un fromage qui pue ?" dans la bouche de Nathalie Baye, c'est goûteux comme du Rohmer)
C'est pas le from, c'est le film qui pue. Et grave!

Bon, Nathalie et Gérard, maintenant que vous avez payé vos arriérés d'impôts (sinon, quelle pourrait avoir été la motivation de jouer là-dedans ?) vous allez peut-être pouvoir revenir à des rôles plus... décents ?

18749698

8 février 2007

feignasse deux

WHAT A WONDERFUL WORLD
de Faouzi Bensaïdi

Un film marocain qui ne ressemble pas aux habituels films marocains, si ce n'est par l'effet qu'il produit et qui peut s'apparenter à celui provoqué par l'inhalation de substances prohibées, mais néanmoins hilarantes, de même provenance. Un tueur à gage, une femme-flic, une copine mi-pute mi-cabine téléphonique, un jeune (et mimi) hacker qui rêve de traverser l'océan... On est quelque part entre Tati (Jacques) pour l'humour poétique et visuel, et Suleiman (Elias) pour le personnage principal pince-sans (mais parfois avec) rire. Bref, un joyeux bordel (ou un sacré souk, ce qui semblerait ici plus couleur locale.) Des hauts et des bas, de l'humour, de l'amour, du sang, du stupre, que demander de plus ? Sans compter que c'est plutôt bien filmé, même si pas toujours complètement à bon escient. A suivre...

18711164

LE VIOLON
de Francisco Vargas

Un film mexicain dans un noir et blanc sublime, avec des paysans opprimés et des saletés de militaires opprimants, et donc des révolutionnaires cachés dans la forêt et poursuivis par les salopards en uniforme, des prisonniers torturés, des villages brûlés, des armes cachées, des résistants qui se font passer en douce des billets pliés en quatre, et surtout, beaucoup de chinga! et de cabron! dans la bande-son (c'est l'équivalent mexicain des shit! et des fuck! de nos américanoïdes polars) Entre ces deux mondes va et vient un vieillard, manchot, Don Plutarco, ratatiné comme un raisin sec, violoniste et mendiant, en compagnie de son fils et de son petit-fils, et il va tenter, avec ses petits moyens (le violon et l'étui à) de jouer son rôle dans cette guerilla, dans un jeu du chat et de la souris avec un militaire en apparence débonnaire... Se acabo la musica sera-t-il dit à la fin. Poignant.

18654587

28 décembre 2006

bush

10 CANOES, 150 LANCES ET 3 EPOUSES
de Rolf de Heer

Qui dit à Paris dit MK2 Beaubourg. Film vu, donc, le 25 décembre, à la séance avant midi. Imaginez : tête un peu dans le cul, estomac tortillé avec le syndrome nuit blanche, poches sous les yeux, bref je craignais un peu l'assoupissement avec gros ronflement de bourrin eh bien pas du tout!
J'ai à peine entrefermé l'oeil quelques secondes, mais mon intérêt était si dense que je n'en ai perdu que quelques miettounettes. J'aime ce réalisateur (du moins le peu que j'en ai vu : La chambre tranquille et Le projet d'Alexandra) pour son univers un peu atypique, des fois genre un peu poil à gratter, un zeste d'inconfortable, mais allociné m'apprend qu'il y en a une sacrée flopée d'autres, notamment The tracker, déjà sur les aborigènes.
10 canoës, 150 lances et 3 épouses (le titre français allonge inutilement le titre original, beaucoup plus sobre, juste ten canoes) a été écrit avec eux, joués par eux, dans leur propre langue. Un narrateur (en voix off) annonce qu'il va raconter une histoire qui s'est passée il y a longtemps (noir et blanc), et dans cette histoire, un des personnages raconte une histoire qui s'est passée il ya très très longtemps (et là on est en couleurs). Dans la première il est question d'un jeune homme qui en pince pour la troisième -et la plus jeune- épouse de son frère, et c'est ce frère qui va lui raconter (pour tempérer ses ardeurs ? ) l'histoire d'un jeune homme qui convoitait la troisième épouse de son frère...
Mais attention on n'est ni dans Connaissance du Monde ni, comme voudraient le faire croire quelques critiques bêtas, dans Les dieux sont tombés sur la tête 3 (je vous préviens charitablement, on ne se tape pas sur les cuisses en hurlant de rire, à longueur de film non non.) Tel quel, c'est vrai, c'est un film difficile à ranger. Ethno ? Docu romancé ? Conte et légende ? Fable illustrée ? Prenons donc le pour ce qu'il est, juste un film. Avec de l'amour, du suspense, un certain humour, des chouettes paysages, des chouettes mecs aussi (je suis désolé, on va encore dire que je suis sectaire, mais c'est un fait avéré : les  aborigènes mâles sont infiniment plus agréables à l'oeil que leurs pendants -c'est le cas de le dire pffff- du beau sexe, je n'y peux rien, c'est ainsi.) car de plus 100% FAQV : les acteurs sont nus tout le temps, mais c'est normal, c'est comme ça qu'ils viv(ai)ent!... Et, ce qui ne gâche rien, avec un vrai discours cinématographique (j'allais écrire "un discours sur le discours"!) entre les différents niveaux de narration, de représentation, sans que jamais tout ceci n'apparaisse comme trop redondant ou hermétique.
C'est... exotique, atypique, bucolique, nostalgique, politique (?) (cochez les cases correspondantes) mais ça m'a ragaillardi, en ce vingt-cinq décembre post et pré agapes. Le bonheur est dans le bush, cours-y vite, cours-y vite ?

18701968_1_

Archives
Newsletter
Visiteurs
Depuis la création 394 470