moiss-batt'
LA BELLE SAISON
de Catherine Corsini
Louées soient Emma et Dominique qui avaient envie de le voir et qui m'y ont traîné ! Oui, je suis un vieux pédé sectaire, oui je l'avoue, battez-moi je le mérite, et la perspective d'une histoire d'amour entre femmes sur fond d'années 70 ne me titillait pas outre mesure (ceci est un euphémisme)...
La première partie, justement, est une reconstitution de ces années-là, de l'agitation post-soixante-huitarde, ce terreau fertile (et utopique) où avaient germé, entre autres, les revendications féministes. Le groupe des "excitées", Debout femmes escla-aves et brisons nos entra-aves, le manifeste des "343 Salopes", la pilule, le droit à l'avortement, la remise en cause du pouvoir phallocrate, les hétéros-flics, tout était à faire, et tout cela est évoqué, entre AG enfumées, banderoles pour les manifs et duplicateurs à alcool pour les tracts. Une reconstitution à l'image de l'époque qu'elle évoque, agitée, énergique, bruyante (au risque du parfois trop.)
Delphine (Izïa Higelin), une "fille de paysans" qui se sentait à l'étroit dans la ferme parentale (enfin, surtout paternelle) est "montée à Paris", où elle fait un jour la connaissance d'un "groupe de femmes", (en pleine révolte, en pleine ébullition militante et revendicative), et plus particulièrement de l'une d'entre elles, Carole, une bien joliette pasionaria à cheveux gaufrés (Cécile de France)...
Regards, sourires, connivences, affinités, conversations, c'est une histoire qui commence. C'est un beau roman c'est une belle histoire... (rengaine, air connu de l'époque, d'ailleurs, hihihi) mais c'est bien joliment vu, ces sentiments qui naissent et croissent et s'enracinent, avec les complications inévitables (Carole vit avec un homme, qu'elle aime), et les choix parfois difficiles, oui c'est touchant cette histoire d'amour qu'on suit depuis sa semaison jusqu'à sa récolte (pour rester dans le champ des métaphores agricoles), et mon coeur d'indéfectible midinet ne s'y est pas trompé. Ce qui se passe entre Carole et Delphine nous fait passer outre à ce que la reconstitution pouvait avoir d'articifiel et de pittoresque (et parfois de presque pénible). Elles s'aiment, elles sont belles, elles sont filmées amoureusement...
Mais les prémices roucoulantes vont devoir laisser la place à une séparation provisoire des amantes, dans la seconde partie du film, bien plus intéressante à mon goût, qui se redélocalise dans la campagne (et la ferme des parents de Delphine, où celle-ci s'est sentie obligée de retourner apreès que son père ait eu une attaque, pour y aider sa mère - Noémi Lvosky, superbement éteinte-).
La réalisatrice abandonne alors ses vélléités reconstituantes et parisiennes, et le récit en acquiert du coup une certaine intemporalité d'autant plus forte. Ce retour à une simplicité campagnarde et bucolique (la lumière chaude du film est une merveille) se double pourtant pour Delphine d'une complication supplémentaire, lorsque Carole finit par venir la rejoindre, et qu'elle la fait passer pour une "collègue venue pour quelques jours", qui dort dans la chambre de la grand-mère au fond du couloir et veut bien donner un coup de main pour les foins, provoquant une certaine curiosité des autochtones, mais, en ce temps-là (et dans ces endroits-là) des "choses pareilles" (les amours saphiques) ne sont même pas envisageables, ou, tout à peine, exotiquement comme des "saloperies" de "parisien(ne)s".
Mais l'amour est une chose, et parfois on se trouve face à des alternatives qui, on ne le perçoit pas toujours clairement sur le coup, engagent toute la suite de la vie ("carrefour du destin", un peu à la Douglas Sirk en mélodrame doux), et la (dernière) scène de la gare en est un parfait exemple. Delphine est déjà partie une fois, elle est revenue, va-t-elle repartir à nouveau ?
Oui, j'aime vraiment beaucoup ce film, (et je m'en suis senti beaucoup plus proche que de, par exemple, tiens, au hasard (!) La vie d'Adèle, où je ne m'étais pas forcément toujours senti très à l'aise, notamment avec les scènes de sexe, surtout quand, après, les actrices parlaient des prothèses qu'elles avaient utilisé pour ne pas vraiment se toucher lors des scènes de sexe...Peut-être parce qu'ici, les deux femmes sont filmées par une autre femme, qui apporte forcément un regard plus proche), j'aime sa simplicité, cette façon d'avancer calmement, le bonheur la tristesse, en respectant chacun des personnages (autour du couple-vedette, il faut citer Noémie Lvovsky, qui m'a vraiment sidéré je le redis, et Kévin Azaïs (le petit blond des Combattants) dans un rôle un peu ingrat d'amoureux transi qui attend gentiment), pour réussir à faire de cette belle histoire d'amour un film tout aussi beau.






















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