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lieux communs (et autres fadaises)
30 avril 2016

entregent (familles et jeunes gens)

(3 dvd reçus en avant-prem')

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LA VISITA
de Mauricio Lopez Fernandez
(Outplay)
sortie le 11 mai 2016

Encore merci à Outplay qui nous envoie ses films régulièrement. Celui-ci j'avais commencé un peu à le regarder, et je m'étais rendu compte que ça risquait d'être une histoire de filles plutôt que de garçons, vu le démarrage (et je suis un vieux sectaire, oui oui, je préfère quand il s'agit d'histoires de garçons...) J'avais vu juste les premières minutes, puis j'étais allé un peu plus loin en avance rapide, et mes craintes s'étaient confirmées. Il était tard j'ai pensé "j'irai demain...". A Hervé qui me demandait le lendemain si je l'avais regardé j'avais répondu que "je préférais les histoires de garçons", et il m'avait dit un "mais justement..." qui m'avait suffisamment intrigué pour que je m'y remette.
Et que je réalise quel imbécile j'avais été au préalable.
Le film est excellent. Et c'est un premier film. Le réalisateur utilise le canevas du "film de funérailles" (le mari d'une domestique est mort, les funérailles ont lieu dans la maison où travaille et vit cette femme, mais avec la famille de ses patrons) en y interpolant une variation de Théorème (la visite du titre est celle d'Elena, annoncée comme la fille de la domestique, mais dont on apprendra assez vite qu'elle se prénomme en réalité Felipe) plus un autre fil narratif - qui serait presque un regard- qui concerne le jeune fils de la maison (un magnifique personnage d'enfant) qui, allez savoir pourquoi, m'a rappelé comme par écho(s) le sublime Cria Cuervos de Carlos Saura.
Un beau film lent et grave, avec un magnifique travail de cadrage, bâti sur des silences, des regards en coin, des effleurements. Des frémissements.

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LE LENDEMAIN
de Magnus Van Horn
(Nour Films)
sortie le 1er juin 2016

Reçu après, mais vu avant le précédent (oui oui c'est une histoire de garçon(s) mais pas l'ombre ici du bout de la queue d'une gaudriole). Un adolescent qui a tué (on n'en saura pas davantage, on ne pourra que supputer) sort de prison et revient vivre avec son père et son jeune frère. il choisit de retourner dans le même établissement pour y poursuivre sa scolarité. mais le retour est difficile, les relations tendues (avec son père, avec le voisinage, avec les autres ados), et les choses ne vont pas aller en s'arrangeant.
Une histoire dont le thème se rapproche aussi bien du Boy A de John Crowley (dont il pourrait être l'opposé) que de la série Rectify (dont il faudra que je dise un jour tout le bien que j'en pense).
Encore un très beau film, aussi glacé que glaçant. Une belle opacité de l'ado personnage principal, une cinématographie rigoureuse (autant que vigoureuse) qui pourrait parfois évoquer un Michael Haneke en (un peu) moins méchant, tout est fait pour nous tenir en haleine (en alerte) dans un certain état de tension, jusqu'à la fin du film. Impressionnant.

 

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BADEN BADEN
de Rachel Lang
(Jour2Fête)
sortie le 4 mai 2016

Celui-ci m'a été transmis par Zabetta. Une chronique  franco-belge douce-amère (mais strasbourgeoise et estivale). Une demoiselle (Salomé Richard) employée sur un tournage à l'étranger oublie de rendre sa Porsche de location à la fin du tournage et revient à Strasbourg, où elle retrouve sa grand-mère (Claude Gensac), son meilleur ami (Swann Arlaud), un peu sa mère aussi (Zabou Breitman)... Du beau monde, hein, et elle fait même la rencontre d'Hamar (Driss Ramdi, le suspect innocenté du beau Je ne suis pas un salaud d'Emmanuel Finkiel). La demoiselle est vraiment mimi, le film est agréable, se modèle un peu à l'image de l'été caniculaire qu'il figure, et qui le pousse à l'indolence. Mais se repose un peu sur ses lauriers, justement, de sympathie. Il manque un petit quelque chose dans la narration pour le rendre un peu plus pêchu, un peu plus passionnant... Sympathique, oui mais. (Un petit mais, hein). Et on y voit des oeuvres de Clément Cogitore.

31 mars 2019

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SYNONYMES
de Nadav Lapid

Premier jour, première séance au Victor Hugo, j'y étais! (Il est programmé dans le bôô cinéma mais pas avant quatre semaines, alors je ne pouvais pas tenir jusque là vous imaginez bien...). Nadav Lapid, on a déjà passé ses deux premiers films  (Le policier et L'Institutrice), il pratique un cinéma pas forcément confortable mais toujours impressionnant. celui-ci nous arrive avec l'Ours d'Or qui l'a couronné à Berlin, et une critique assez dithyrambique dans l'ensemble (quoique souvent un peu absconse).
C'est l'histoire de Yoav, un jeune homme qui fuit son pays, Israel, et débarque à Paris avec l'intention de couper avec ses racines, en ne parlant, par exemple, que le français (et si c'est déjà sexy pour moi d'entendre d'un israélien parler en hébreu, ça l'est encore plus de l'entendre parler en français). le voilà tout seul dans un appartement immense et vide (qu'on lui a visiblement prêté) dans un immeuble cossu, et les choses commencent mal puisque, alors qu'il se lève la nuit pour aller pisser, on lui vole toutes ses affaires : le voilà à poil, en hiver, dans un appartement sans chauffage... Il sera secouru par un couple de jeunes bobos de l'étage du dessous, Emile et Caroline. Lui est joué par Quentin Dolmaire (qu'on a découvert chez Desplechin) et elle par Louise Chevillotte (découverte chez Garrel), et c'est donc comme si Yoav (joué par Tom Mercier, dont c'est le premier rôle au cinéma, et qui se révèle impressionnant à plus d'un titre, j'y reviendrai) était accueilli / recueilli par la (jeune) fine fleur du cinéma d'auteur art & essai français...
Pour apprendre la langue, Yoav s'est acheté (chez Gibert) un "dictionnaire léger", dont il apprend les mots qu'il restitue souvent sous forme de liste de synonymes.
Le film ? Luc Chessel en a fait, dans Libé () une critique que je trouve extraordinairement pertinente (et juste), et que j'aurais pu recopier dans son intégralité (mais que je préfère vous laisser lire). Nadav Lapid fait du cinéma de la même façon qu'il fait exister son personnage : rageusement (pendant la projection, je m'amusais à dresser moi aussi une liste de synonymes à propos du film : désarmant, désarçonnant, dérangeant, perturbant, provoquant, irritant...) mais ce cinéma instable, qui tient du précipité (et de la réaction) chimique a tout d'un vrai choc. Lapid pratique un cinéma peu aimable mais qui dit "aime moi" en vous regardant droit dans les yeux. Et c'est très juste (je me répète) ce que dit Chessel à propos de l'entre-deux dans lequel se trouvent à la fois le film de Lapid et son personnage principal (qui est aussi lui).
Tom Mercier porte le film par son corps d'abord (la scène de l'appartement nous le révèle dans sa splendeur virile, et filmé comme tel par le réalisateur, un corps objet de désir -dois-je préciser que le film est à QV, et que celle de Yoav l'est de façon assez imposante-...) par sa voix (déjà évoquée plus tôt) dont le ton (la déclamation) tirerait plutôt le film vers l'irréalisme, et par sa façon d'occuper l'espace (celui de l'appartement comme celui de la ville) en en restant toujours le centre.
Un film absolument fascinant, peut-être encore plus parce qu'il est difficile de le raccrocher à quoi que ce soit d'autre (et, dans son récit même, d'avoir parfois du mal en tant que spectateur à se raccrocher à quelque chose de sûr, ou de rassurant, ou de etc. ) Un film qui ne raconte pas (une histoire) mais qui parle de. Un film, enfin, qu'il me tarde de revoir dans le bôô cinéma sur un écran de la taille qu'il mérite (clic clic)...
Top 10 ?

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1 novembre 2020

octobre 2020

jeudi 1
"On se doit d’être heureux, et j’arrive à l’être beaucoup de fois dans la journée au cours de très brefs instants. Le bonheur, ce sont des moments imprévus. Une phrase dans un livre, un paysage qui reste imprimé sur ma rétine… Régulièrement j’ai des petites manifestations d’enthousiasme. Mais pour vivre ça, il faut être disponible, accepter de se laisser surprendre." (Erri de Luca)

vendredi 2

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Josep

samedi 3
"J'ai oublié combien je me suis tout de suite reconnue dans la phrase de Marguerite Duras : "Si j'avais le courage de ne rien faire, je ne ferais rien", et pourtant je ne sais jamais si ce courage me manque ou s'il me submerge, car j'ignore si je ne fais rien ou si je travaille, une actrice qui s'interdit de rêver n'existe pas" (Bulle Ogier, J'ai oublié)

dimanche 4

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(jouons un peu entre camarades...)

lundi 5
"Tempête en octobre, t'en chies en novembre..." (Claude M., cité par Philou)

mardi 6

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(l'instant exact)


mercredi 7
"La vitesse leur tirait les larmes et leur montait dans la poitrine. Ils filaient sur la terre éteinte, tête nue, incapable d'accidents, trop rapides, trop jeunes, insuffisamment mortels." (Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux)

jeudi 8

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(reçu de Loulou)

vendredi 9
"Dans les films, les gens avaient des têtes symétriques, des fringues à leur taille, des moyens de locomotion bien souvent. Lui se contentait de vivre par défaut, nul au bahut, piéton, infoutu de sortir une meuf, même pas capable d'aller bien." (Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux)

samedi 10

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(aux Bâties)

dimanche 11

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(François Matton, "J'ai tout mon temps")

lundi 12
"La malédiction vient des hommes, jamais fidèles parce qu'ils n'aiment qu'eux-mêmes." (Christian Petzold)

mardi 13

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(ça semble
académique, mais ça me donne quand même envie de voir le film...)

mercredi 14

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(ce cher Georges...)

jeudi 15

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(boeuf en daube, patates/cancoillotte et crème brûlée aux griottines)

vendredi 16
"Assez de "Nous sommes en guerre", assez de "couvre-feu" : ce vocable guerrier gangrène la pensée et abîme les possibilités d'un combat collectif contre une situation sanitaire, économique, et enfin morale extrêmement violente. Et notre gouvernement devrait se rappeler que sous le couvre-feu couve la braise. Nous avons besoin de la culture. C'est une mesure d'urgence tout autant qu'une vision d'avenir.
À l'instar des lucioles, nous ne nous éteindrons pas."
(Les cinéastes de l'ACID)

samedi 17
aujourd'hui la boîte aux lettres était pleine à ras bord, et tout y était très bien rangé : deux exemplaires de Valeurs Mutualistes
(un qui m'était destiné, et l'autre pas), deux Libé (celui d'aujourd'hui et celui d'hier), le "je me souviens du con(con)finement 1" (que Photob*x avait oublié de m'expédier, j'avais juste reçu les n° 2 et 3), et deux publications des Editions de l'Oeil que j'avais commandées (le livre-dvd de Dieu sait quoi, de Jean-Daniel Pollet, et le carnet "J'avais 20 ans")

dimanche 18

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(Going My Home, épisode 1, de Kore-Eda Hirokazu, sur Mubi)

lundi 19
"On doit tous apprendre à vivre autrement. Une fois encore, le gouvernement nous infantilise, il nous supprime nos jouets d’une semaine à l’autre, sans explication, sans concertation. C’est l’éducation par la fessée. Le couvre-feu doit être le dernier recours." (Vincent Macaigne)

mardi 20
"Je joue pour dire la vérité. Ce n’est pas une question de vanité. Il faut avoir des couilles pour ça." (Nicolas Maury)

mercredi 21
“Personne ne vit assez longtemps pour savoir à quel point personne ne s’intéresse vraiment à personne.”
(Victor Miesel, personnage de L'anomalie, d'Hervé Le Tellier)

jeudi 22

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Vienne" (de Barbara) par Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé, extrait de "Arba", en prélude au nouvel album de BM-K qui sort demain

vendredi 23
soirée tarot chez C&P, événements notables : Manue a gagné, j'ai perdu / Pépin a pris autant de fois que tous les autres réunis / Manue a eu 3 rois au chien, Pépin l'excuse cinquième / à cause de ma mauvaise donne, Marie a terminé sa partie avec 1 carte dans la main, et Pépin 3 -alors que les autres en avaient deux- / j'ai surcoupé le petit de Pépin quand il a fait sa garde sans / j'ai mis 7 cartes à l'écart quand j'ai enfin pu faire une garde / le sept de carreau est peut / la grande bouteile de Corbières (1,5l) de Jacques était délicieuse / (ps a posteriori : ça sera la dernière avant un bail!)

samedi 24
"J'abandonne sur une chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
J'attends qu'elle se réveille et qu'elle se lève enfin
Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent
Cette fois je ne lui annoncerai pas
La dernière hécatombe
Je garderai pour moi ce que m'inspire le monde
Elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais
Déjeuner en paix, déjeuner en paix..."
(Stephan Eicher)

dimanche 25
petits gâteaux à la pistache : 60g de farine / 60g de sucre / 1 pincée de sel / 50g de beurre / 1 oeuf / 50g de pâte de pistaches/ 50g de pistaches non salées (j'ai mélangé 3 recettes différentes) -c'est très bon mais un peu mou, ça manque sans doute un peu de farine...-

lundi 26

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(Deter, un court-métrage vu en décembre 2019, qui m'avait plutôt touché, (il ne m'en restait que deux captures d'écran), et dont j'ai recherché le titre en vain tout l'après-midi de dimanche, titre qui m'est revenu, comme ça, ce matin, il est visible sur le site de Première...)


mardi 27

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(Maison des Assoc')


mercredi 28

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(les plus belles soeurs...)

jeudi 29

"On sera tous bientôt des cas-contacts de cas-contacts de cas-contacts..." (Dominique, citant son médecin traitant)

vendredi 30

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petite composition automnale fortuite par terre, en allant à la pharmacie pour refaire le plein d'Efferalgan (de quoi d'autre pourrais-je bien parler, hein ?)

samedi 31
"Jamais je ne pourrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre." (Groucho Marx, cité par Pascal Comelade)

22 mai 2018

c'est peut-être ça être amis

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MES PROVINCIALES
de Jean-Paul Civeyrac

Un film magistral.
C'est le premier mot qui m'est venu pendant que je le regardais. Mais, attention, pas au sens d'un film docte doctoral (bien qu'il y soit question d'enseignement, et, donc, de professeurs et d'étudiants), non, simplement, comme la définition qu'en donne le Larousse "qui est le fait d'un maître, qui atteste de la maîtrise, remarquable".
Quand on est sortis de la salle, Pépin évoquait Eustache, et moi plutôt Garrel, et c'était comme si se continuaient là, dans la réalité, les fiévreuses discussions cinéphiliques des personnages du film. Fiévreuses, oui, pour ces jeunes étudiant(e)s, à Paris 8, qu'on suit en cours, dans les  soirées, dans les bars, dans les apparts en coloc', ces jeunes gens filmés souvent de très près, dans un noir et blanc adouci, un peu brumeux, délicat, faisant (comme nous même l'avons faite, en notre temps) leur(s) éducation(s) sentimentale(s), (les premiers choix, les premières ambitions, les premieres amours, les premières désillusions...)
Autour d'Etienne, jeune homme "monté" à Paris pour faire fac de ciné (parce que "pour le ciné, c'était Paris ou rien, c'est comme ça") gravitent, en premier lieu, un certain nombre de jeunes filles (ses petites amoureuses hihihi) mais aussi  quelques garçons, en nombre plus restreint (les "amis") : principalement Mathias l'intransigeant, ("le ténébreux, le veuf, l'inconsolé"...) pour qui il va éprouver une véritable fascination, et Jean-Noël, dont on apprendra rapidement qu'il est gay et amoureux (platonique) d'Etienne.
Ce qui frappe tout d'abord c'est l'intemporalité (ou l'atemporalité) de ce cinéma-là (et qui le rend d'autant plus touchant) : le noir et blanc, d'abord, aiguille notre perception vers une autre époque, sans que, pourtant, aucun effort particulier ne soit fait dans la reconstitution, (décor costumes ou accessoires). On aurait pu se croire dans les années 70, pourtant il s'agit d'aujourd'hui. Enfin, les faits racontés se passent de nos jours, mais ils sont en même temps les souvenirs du réalisateur, son histoire, les débuts de son histoire (professionnelle et affective), d'où ce curieux (mais très réussi) effet de décalage (dédoublement) temporel.
Les préoccupations immédiates d'Etienne (formidablement incarné par Andranic Manet, et j'en profite pour souligner l'excellence et l'homogénéité de l'ensemble de la distribution, tous ou presque des visages et des corps encore inconnus) sont grosso-modo le cinéma et l'amour. Qu'il aborde avec le même appétit et les mêmes illusions. Dans un domaine comme dans l'autre, il va être amené à multiplier les expériences, à faire des tentatives, à changer de point de vue. A se remettre en question, aussi (ça c'est difficile.) Ces deux fils conducteurs (les filles / les films) se déroulent/dévident en parallèle, s'entrecroisent, s'embrouillent, se nouent, se dénouent, se cassent aussi, parfois.
La jeunesse de la plupart des protagonistes fait de chaque événement ou presque quelque chose de crucial, de vital, un sujet de discussion passionné (le plus souvent avec alcool et cigarettes), sans véritable hiérarchie des sujets : on parle d'amour comme on parle de cinéma, avec le même enthousiasme, la même véhémence, la même intégrité (la même férocité), et Mes provinciales est définitivement un film parlé, tout autant qu'un film vécu, et c'est pour ça qu'on l'aime si fort. Que ce soit pour le désir physique ou les affinités intellectuelles, ils sont toujours aussi chauds bouillants, et on ne peut s'empêcher de se souvenir comme c'était ardent, la jeunesse (et parfois cuisant aussi)...
Il y a une scène que j'aime tout particulièrement, vers la fin du film, où Etienne lucidement désespéré (ou désespérément lucide) fait un peu le bilan de sa vie affective, face à un sublime coloc' iranien qui, s'ii n'en perd pas un mot et semble très attentif, ne peut lui répondre puisqu'il ne parle pas français, ou presque. "C'est peut-être ça, être amis : écouter l'autre et ne rien comprendre...".
Et s'il est beaucoup question d'amour (et de cinéma), il le sera aussi beaucoup de littérature. Des livres sont tenus, prêtés, offerts. Pascal, Novalis, Nerval, Pasolini, Flaubert. Et si les mots sont forts, on entend aussi des musiques sublimes (Bach principalement, comme souvent chez Civeyrac, mais aussi du Malher, dans une ultime et magnifique scène).
Et merci à Jean-Paul Civeyrac de m'avoir permis de découvrir Marien Khoutsiev, un cinéaste russe dont j'ignorais l'existence, et son film La porte d'Illitch (aussi nommé J'ai vingt ans) l'histoire de trois jeunes "camarades", à la fois dans  (on voit des images du film dans le film) mais aussi en-deça du film, puisque Jean-Paul Civeyrac le revendique aussi dans ses sources d'inspiration.
Top 10.

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8 mars 2018

pêche/abricot

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CALL ME BY YOUR NAME
de Luca Guadagnino

... Et de deux d'affilée! C'est rare d'avoir ainsi l'occasion de voir, deux jours consécutifs, coup sur coup donc (!) deux "cathédrales" cinématographiques gay. Hier soir  l'islande, et cet après-midi l'italie. Hier deux ados en gros pulls et aujourd'hui un jeune et un plus vieux, en maillot de bain. Le film est adapté d'un roman d'André Aciman, Plus tard ou jamais, paru à L'Olivier en 2007 (titre original : Call me by your name), que j'avais à l'époque acheté, sans le connaître, à la librairie Les mots à la bouche (ma librairie chérie de la rue Ste Croix de la Bretonnerie), parce que le libraire le recommandait par un petit papier incitatoire sur lequel clignotait -pour moi- le mot Incandescent... (avec les points de suspension). J'avais dévoré ça bien sûr, et peut-être même l'ai-je chroniqué sur ce blog ? Je rechercherai...*)
Donc, contrairement au film d'hier, je savais cette fois, à quoi m'attendre (J'ai repris le bouquin et découvert que le film lui est extrêmement fidèle : noms des personnages, situations, lignes de dialogue reprises à la virgule près.). Et le film a été scénarisé par James ivory (qui le produit aussi), le cher vieux James Ivorychounet à qui je dois notamment un Maurice qui tourneboula ma psyché (comme on dit) de jeune homme, Maurice avec lequel ce film-ci aurait plus que quelque chose à voir...
J'avais juste un très bref (et très enthousiaste) compte-rendu incitatif de Jean-Luc et je suis donc allé à Besac, (sous un joyeux ciel très bleu) pour la séance de 13h20 avec Dominique.
Un adolescent, donc (le très doué et très mimi Timothée Chalamet), passe l'été dans la maison -luxueuse- de vacances de ses parents (les très très plaisant(e)s et justes Amira Casar et Michael Sthulbarg - ce dernier récemment apprécié dans La forme de l'eau, mais là encore mieux si c'est possible, notamment dans une sublime scène quasi-finale dont je ne me suis pas remis-), "quelque part dans le nord de l'Italie "  (et des années 80), il est en vacances, le jeune homme, un peu comme dans le jardin des Fizzi-Contini ("On est chez les pauvres..." m'a ironiquement murmuré Dominique au début du film), il a entrepris de draguer une jeune fille, avec laquelle il compte bien perdre son pucelage et découvrir les plaisirs de la chair (frémissement...).
C'est alors que débarque alors dans la maison Oliver, un universitaire américain, invité par les parents d'Elio (c'est le prénom du jeune homme) qui va mettre le feu aux poudres (et réciproquement) de l'adolescent attendri(ssant), dans une progressive entreprise de séduction réciproque qui va prendre son temps pour arriver à ses fins. (Ô pâmoison)
C'est... délicieux. Comme pour le Heartstone d'hier bien évidemment je me suis pâmé. Je suis -l'aviez-vous remarqué ?- sensible aux histoires d'amour entre mecs. Et là, tout y est, des prémisses à la conclusion. J'ai savouré ces entrechats de la séduction, ce pas-à-pas (peut-etre mieux approprié que goutte-à-goutte ? Quoique...) du désir, ce parcours du combattant somme tout très bien balisé (un vrai GR de la Carte du Tendre). La sensualité, l'indolence de l'été, les frôlements d'épiderme, les billets doux, les rendez-vous secrets, l'attente, la tension, non, rien n'y manque...
Les larmes me sont venues tard (la prodigieuse scène à la fin,  avec le père, sur le canapé**, qui m'a fait quasiment hoqueter d'émotion -comme Arnaud Rebotini à la cérémonie des César- et pleurer, oui), mais pendant tout le film je suis resté comme un papillon de nuit devant un halogène, fasciné par ce qu'on y raconte (et ce qu'on y montre -ou pas, d'ailleurs- (paradoxalement -mais peut-être est-ce dû à Mister Ivory- il est question de choses assez crues (de l'utilisation d'une pêche mûre à point et dénoyautée à cet effet) mais, comme dans un bon vieux film américain des années quarante, au moment crucial, celui "de l'acte", la caméra -hoooop!- panote tranquillement vers la droite et s'intéresse prudemment (prudement ?) à ce qui se passe par la fenêtre, à la nuit d'été, les grillons, tout ça... Ca ne m'a pas dérangé, ça m'a juste fait sourire.) et (la parenthèse fut longue) par la façon élégantissime dont tout cela est raconté.
Car le filmage est au diapason de cette confusion des sens, l'ébullition, l'incandescence (le libraire avait raison) dans sa façon de sauter d'un scène à une autre via juste un trait d'union sonore, de s'intéresser soudain  à un détail (une nature morte) au milieu d'une action, d'en partir et puis d'y revenir.
Oui, c'est magnifique.
Et magnifique aussi la façon dont le jeune Elio du film (Timothée Chalamet, encore une fois j'écris ton nom)  nous restitue cette effervescence des sens, ce trouble, ce paroxysme, cette indécision.Cette simplicité et cette confusion. Pour qui a été jeune et pédé (ce qui fut mais est encore mon cas) ça ne pourra que raviver des souvenirs -ou des fantasmes-.
Là je placerai une (toute) petite réserve, sur le personnage d'Oliver (et l'acteur qui l'incarne) : c'est dommage qu'il soit un peu trop beau, un peu trop ricain, un peu trop lisse (un peu trop fade, en  fait, à mon goût) mais peut-être conforme au personnage du livre ? Il faudra que je vérifie. Midinet, j'aurais souhaité -préféré- que cet ado s'amourachât d'un mec dont moi aussi j'aurais pu m'.
Mais ça n'est pas très important.
Le film, c'est certain figurera en bonne place dans mon Top 10 de la pâmoison. Peut-être lui manque-t-il juste de la petite pointe d'audace qui aurait pu venir pimenter ce filmage très/trop sage (même chez James Ivory, pourtant, il y a trenteans (!) il y avait, si ma mémoire est bonne, au moins une QV -celle du jeune Scudder, le palefernier, amant de Maurice (la célèbrissime scène, pour moi, du "Scudder do this, Scudder do that!"- eh bien là rien, rien de rien (mauvaise langue : "On voit bien que le film était en lice pour les Oscars***, il a fallu sans doute polir les aspérités, replier -hihi- ce qui dépassait...").
Mais je réalise que le réalisateur (voici un beau début de phrase) ne m'était pas inconnu au bataillon : c'était déjà lui qui avait signé le magnifique Amore (avec la non moins magnifique Tilda Swinton...), chroniqué ici.
Applaudissons, baignons-nous, buvons des citronnades, faisons du vélo, jouons du piano, soyons tourmentés, saignons du nez, espérons, attendons... Oh que tout cela que tout cela est bon!

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* Eh bien non, je viens de vérifier, je n'en ai absolument pas parlé...

** Cette scène, comme beaucoup d'autres, se trouve, quasiment à la virgule près, dans le bouquin (que je vous engage énergiquement à lire). En voici la fin :
"Ecoute, me devança-t-il. Tu as eu une belle amitiè. Peut-être plus qu'une amitiè. Et je t'envie. A ma place, la plupart des parents espéreraient que tout cela passe vite, ou que leur fils retombe rapidement sur ses pieds. Mais je ne suis pas un tel parent. S'il y a du chagrin, chéris-le, et s'il y a une flamme, ne l'éteins pas ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut-être un chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu'on ne voudrait être oublié n'est pas mieux... Nous arrachons tant de nous-même pour guérir plus vite qu'il ne le faut, qu'à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu'un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir quel gâchis !"

plus tard ou jamais


***  Aux Oscars, d'ailleurs, le film n'a obtenu "que" l'oscar de la mailleure adaptation (je le redis, sans vouloir diminuer les mérites de James Ivory : tout est déjà tellement bien ficelé dans le livre qu'il ne restait plus grand chose à faire...)

22 février 2018

madame antelme

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LA DOULEUR
d'Emmanuel Finkiel

Emmanuel Finkiel est un réalisateur passionnant, que j'ai suivi depuis le premier film de lui que j'ai vu, Voyages, en 1999 (je n'ai pas vu son tout premier, Madame Jacques sur la Croisette, même s'il me semble l'avoir quelque part -un coffret Bref ? à vérifier- ) jusqu'au dernier Je ne suis pas un salaud (avec de grandissimes Nicolas Duvauchelle et, déjà, Mélanie Thierry). Mélanie Thierry qu'on retrouve ici, mais là c'est Duras. Elle joue le rôle de Marguerite Duras, jeune, qui attend, en 1945, le retour de son mari, Robert Antelme, des camps.

Le film est éblouissant.

Par ce qu'il raconte, et par la façon dont il le raconte. (Je me suis plongé dans Les Cahiers de la Guerre, achetés à la FAL il y a deux ou trois ans, que je n'avais pas lu(s), et qui contiennent des "ébauches" de La Douleur, - je connaissais déjà le texte de La Douleur vial le spectacle qu'en avait tiré Dominique Blanc, et que j'avais vu sur scène dans botre bôô théâtre- mais en le (re)lisant  je me suis aperçu que, pour  la voix-off de Marguerite, le réalisateur est vraiment parti de ça, de ses mots, de ses phrases, de ses lignes, et, déjà, rien que ça c'est un ravissement, par cette appropriation / retranscription de la petite musica durassienne -dont je précise que je ne suis absolument pas un idolâtre, que cela soit dit-, une justesse, un équilibre, fascinants).
J'ai toujours admiré le travail cinématographique d'Emmanuel Finkiel, sur la matière même de l'image et de son utilisation (même si parfois -rarement- il a pu me sembler un peu trop théorique, comme dans Nulle part Terre promise, que je trouvais si beau qu'il en était presque abstrait, un dispositif fictionnel) . Il est pour moi l'homme des reflets -c'est une chose que j'adore-,  et se rajoute cette fois un nouvel objet de  fascination : celle du flou. (qui est une autre chose que j'adore, la troisième étant les gouttes sur les vitres mais c'est une autre histoire). De la même façon que le personnage de Marguerite est un peu perdue dans son attente, dans sa douleur, dans sa mémoire, dans son espoir, et finalement ne voit que ce qu'elle veut bien voir, le film se permet régulièrement des jeux de mise au point qui nimbent soudain (ou dissimulent ou diffractent) ce qu'il n'est pas facile de voir (ou de montrer).
Le film débute en 1945, opère un long flash-back en 1944, et se clôt lumineusement (mais un peu douloureusement) sur la lumière de cet été 1945quelque part en Italie. Et j'adore la façon dont Emmanuel Finkiel traite un quotidien somme toute réaliste (pragmatique), celui de l'Occupation, (celui des privations, des tickets de rationnement, de l'omniprésence allemande, des rumeurs, des nouvelles qu'on attend) en le reconstituant -via ce que Marguerite en a dit dans ses petits cahiers- à la fois d'une façon conventionnelle (attendue), mais a minima, quasiment en la stylisant, sans jouer la carte de l'hyper-reproduction à hmmm milliers de figurants.
On est à la fois dans cette réalité-là et dans la façon dont Marguerite D. (à ce moment, encore Marguerite A.) la perçoit et la retranscrit. On est en même temps dans la tête du personnage et à l'extérieur, dans le monde vivant, dans le réel.
Il convient de complimenter Mélanie Thierry pour cette incarnation-là, mais Benjamin Biolay et Benoît Magimel sont tout aussi dignes d'éloges (et même Grégoire Leprince-Ringuet, que j'aime bien mais dont les compositions parfois m'agacent un peu les dents, est très bon, dans oublier -quelle émotion de la retrouver ici, après l'avoir vue dans Voyages- la précieuse Shulamit Adar).
Le film m'a vraiment bouleversé (dès le tout début, j'étais dedans, capturé captivé) et m'a laissé en larmes. Bien plus que les bouquins de la Guigitte, d'ailleurs (ainsi l'appelons-nous, entre nous, familièrement)
Top 10

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18 octobre 2017

les élucubrations d'antoine

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L'ATELIER
de Laurent Cantet

Le hasard a fait que c'était justement la bonne heure, et donc allons-y! Entendu le réalisateur en parler dans On aura tout vu samedi dernier (merci Marie!) et c'était plutôt appétissant : un groupe de jeunes "en rupture" participe à un atelier avec une romancière et le projet d'écrire un polar. Les jeunes sont de La Ciotat et Olivia, l'écrivaine (Marina Foïs, excellente encore une fois) de Paris, d'où, au moins au début, choc des cultures, et surtout des accents.
Il y a dans le groupe un jeune homme, prénommé Antoine, qui, dès la première scène, nous est présenté comme " à l'écart" (c'est le seul qui ne courra pas alors avec les autres pour prendre le bus à la fin de la journée). Et c'est le seul du groupe que le film suivra en détail (in et hors atelier) tandis qu'on ne saura rien de plus des autres (ce que je trouve, personnellement, un tout petit peu regrettable mais bon). Antoine est un jeune homme plutôt taiseux, solitaire, ombrageux, qu'on va donc découvrir progressivement, à travers surtout les images qu'il regarde.
Laurent Cantet est un réalisateur très doué, qui réussit à nous amener pas du tout où on pensait justement qu'il allait le faire. Difficile, justement d'en dire plus sans risquer d'en dire trop.
Le film fonctionne un peu comme un steeple-chase, (ou, pour rester français, et à pied, un 400m haies, bref une course de fond avec passage d'obstacles à intervalles réguliers. Il a suffisamment de souffle pour tenir aisément la distance (et on est heureux d'y retrouver au générique, en tant que co-scénariste, le très cher Robin Campillo, réalisateur du récent et brillantissime 120 bpm, mais, tiens, dans ce film-ci, rien de gay clic clic). Et les obstacles franchis sont les écueils (les chausse-trappes, parlons soutenu) de ce genre de récit, évités l'un après l'autre et haut la main  par le réalisateur (et les co-scénaristes).
On croit Entre les murs, mais non (hop!). Puis on croit Corniche Kennedy, mais non (hop! hop!) Puis on pourrait croire Le blé en herbe, ou Le voyeur, ou Chez nous, mais non, mais non, mais non. (hop! hop! hop!)
Le récit est hâché, comme strié de textures d'images multiples (un jeu vidéo, un vieux doc décoloré avec voix lénifiante ad hoc, une vidéo sur y*utube, une autre sur faceb**k), et toujours on suit les trajectoires des deux personnages principaux, Olivia et Antoine, comme deux graphiques qui s'écrivent en parallèle, s'éloignent, se croisent, s'entrecroisent, bifurquent, s'emballent, ralentissent, avec toujours cette faculté à zigzaguer, à nous étonner, toujours nous (at tirant plus loin dans le récit .
Redire la grande qualité des deux interprètes (Marina Foïs, déjà nommée, et le jeune Mathieu Lucci, extraordinaire). Pas sûr, comme Téléramuche qu'il s'agisse d'un "film sur la jeunesse"... Sur un jeune, oui, et la façon dont il cherche sa place, au milieu d'un certain désespoir social ambiant. Pas joyeux joyeux mais bon, nous le savons, on ne vit pas une époque formidable, et il faut bien grandir avec...

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27 mai 2017

l'élan blanc

N'ESSUIE JAMAIS DE LARMES SANS GANTS
de Jonas Gardell

Ce livre, je l'avais acheté dès sa sortie, conjonction d'un reliquat de chèque-cadeau et du fait que j'avais lu tous les romans précédents de Jonas Gardell -dont j'avais même adoré Et un jour de plus-, mais je ne l'avais pas commencé tout de suite. parce qu'il m'impressionnait un peu, par sa taille (600 pages, grand format, écrites plutôt petit) et par son sujet : les premières victimes du Sida à Stockholm, au début des années 80. Etait-il possible, pensais-je, crétinement, d'écrire autant de pages sur un tel sujet ? (oui je vous l'ai déjà dit je peux parfois être, décidément, très con).
Et, finalement, un beu matin, hop!, je me suis lancé.
C'était il y a quelques temps, déjà, mais je viens juste de le terminer. Et les dernières pages sont hallucinantes de force et de beauté. A l'image du reste, d'ailleurs. Je l'ai dit et répété aux gens qui me connaissent, depuis que ma lecture en a commencé, j'ai rarement versé autant de larmes en lisant un roman. Elles surgissent à intervalles réguliers, sans que l'écriture de jonas Gardell soit mélodramatique ou racoleuse ou que sais je encore d'autre. Ce monsieur écrit formidablement bien, et je trouve scandaleux que ce grand -très grand- bouquin soit honteusement passé ainsi à travers les mailles des critiques littéraires et autres décerneurs de prix (mais ils sont, peut-être, simplement, aussi très cons que moi je l'ai été, avant de l'aborder ???)
Deux personnages centraux, Rasmus, qui quitte sa cambrousse natale à 19 ans pour aller faire des études à la capitale (stockholm, en l'occurence), mais avec tout de même quelques arrière-pensées lubriques (il sait qu'il est gay, et veut enfin en profiter), et Benjamin, qui, s'il vit à Stockholm, n'a guère eu encore l'occasion d'en "profiter", puisque
a) il ne le sait pas encore, qu'il est gay
b) il fait partie des Témoins de Jéhovah (comme toute sa famille) et en conçoit d'ailleurs, au moins au début, un immense bonheur.
On va suivre l'histoire de ces deux tourtereaux beaux comme tout, avant, pendant, et après (leur rencontre, qui aura lieu lors d'un réveillon de Noël, chez Paul, un gay flamboyant, une folle d'anthologie, dont on suivra également l'histoire, le reste de la vie, comme celle(s) des autres membres du "collectif gay" qu'il a fondé : Reine, Lars-Åke, Seppo, Bengt...)
J'ai utilisé les mots reste de la vie volontairement car Jonas Gardell ne fait pas que nous évoquer un groupe de mecs gays à Stockholm dans les années 80, il va tout aussi minutieusement nous raconter l'apparition du SIDA, point par point, du début jusqu'à la fin, jusqu'aux fins je devrais dire, puisque du petit groupe de départ, saisi en cette fameuse veille de Noël où tout a commencé pour Rasmus et Benjamin (car il s'agit aussi, et surtout, d'une histoire d'amour merveilleuse), du petit groupe, donc, il n'en restera que très peu à la fin du roman.
Jonas Gardell présente les choses simplement (la vie de famille, "avant", la rencontre, le coming-out, les réactions familiales, la vie commune, les disputes, l'apparition de la maladie, les soins...) et abordera ainsi, successivement, chacun des personnages principaux au cours du roman. dans une approche jamais linéaire, concentrique plutôt,  tricotant passé et présent, tendresse et noirceur, via une écriture fasinante, elle-aussi se déployant entre la sécheresse du constat et le lyrisme de l'incantation.
Six-cent pages, ou presque, en trois parties (L'amour, La maladie, La mort), et, je le répète, j'aurai rarement pleuré autant au cours d'une lecture. Le genre de spasme qui soudain vous étreint et vous coupe la respiration au détour d'une page. J'ai retrouvé tout ce que j'aimais dans Et un jour de plus (la lucidité, l'humour, le lyrisme, l'anticonformisme) mais dans une forme beaucoup plus ample. car la "petite histoire" de Benjamin et Rasmus se niche et s'enracine dans une autre, la "grande", celle des luttes pour la "légalisation" de l'homosexualité, intimement liée, avant, pendant, et après, à celle du SIDA.
On referme le bouquin, sonné, et il reste dans la tête plein de scènes belles et fortes (les cent dernières pages, notamment, en fourmillent, mais on y est peut-être d'autant plus sensibles que'on sait que les personnages vont bientôt nous quitter...)
Un très grand bouquin, à la hauteur de son titre : magnifique.

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3 juin 2016

a.s.e

THEO & HUGO DANS LE MÊME BATEAU
d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Le nouveau Ducastel et Martineau, qu'on a programmé sans même savoir de quoi il retournait (il me semble qu'Hervé l'avait vu au GNCR). Trois séances prévues dans le bôô cinéma, et à la première nous étions trois (avec notamment le gentil monsieur de Lons-le-Saulnier déjà évoqué par ici précédemment...)
Ducastel et Martineau sont pour moi, en tant que pédé de base, strictement inattaquables, pour leur engagement vis-à-vis de la cause LGBT (surtout le G) et dans leur lutte par rapport au SIDA.
Je pensais avoir vu tous leurs films depuis Jeanne et le garçon formidable jusqu'à Nés en 68 (qui est celui qui m'a le moins convaincu), amis je vois sur all*cinépoint freu que j'en ai manqué deux : L'arbre et la forêt et Juste la fin du monde (de Lagarce Jean-Luc, dont on prononça le nom sur la grand-scène Cannoise grâce à / à cause de Xavier Dolan et de l'adaptation qu'il vient d'en faire) que je viens donc de commander illico (puisqu'on ne peut se les procurer autrement...)
Il est souvent question de messieurs dans les films de D&M, et celui-ci ne va pas faillir à la règle. Ca démarre par une scène très hot, dans une boîte gay (un sauna ?), où les messieurs se promènenet zigounette à l'air, et ne cherchent visiblement qu'une chose : une autre zigounette (ou plus si affinités). Tout le monde à poil, musique techno, éclairages bleus et rouges comme dans un film de Dario Argento (ou l'affiche d'un Almodovar), bref chacun cherche son chas, et il y a vraiment beaucoup d'aiguilles dans cette botte de foin. (FAQV). Jeu des regards, puis on se touche, on se caresse, on se goûte, avec toujours la perspective d'autre chose, ailleurs, plus loin. Le fameux "quelqu'un d'autre" qu'on cherche, l'idéal, le suivant, celui qui serait forcément mieux que celui qu'on a sous la main (ou sous autre chose).
Hugo et Théo se rencontrent, se regardent, se rapprochent, se caressent, et finissent par baiser furieusement (façon de parler, c'est juste très sensuel, même si le "très sexuel" n'a provoqué qu'une interdiction aux moins de 16 ans). Ils font l'amour, et ça leur a visiblement plu à tous les deux, et ils se nettoient, se rhabillent, sortent de là, et on sait précisément l'heure qu'il est, puisque le temps nous est conté (on a eu l'heure de début, on aura 1h39 après celle de fin) oui il s'agit de temps réel (oui oui les critiques l'ont dit comme avec Corinne Marchand dans Cléo de 5 à 7). Sauf que Corinne Marchand attendait de savoir si elle avait le cancer ou pas, tandis que, pour nos deux gay tourtereaux, il s'agit de savoir s'il y aura séropositivité ou pas. Car, dans le feu de l'action, l'un a , quelle insouciance, pénétré l'autre sans capote, et l'autre était séropositif.
Le film bascule alors dans sa deuxième partie, une déambulation nocturne dans Paris, (c'est beau une ville la nuit, et c'est beau deux mecs qui se roulent une pelle au beau milieu d'une rue parisienne) d'abord aux Urgences, (questionnaire, protocole, trithérapie), puis dans les rues, et d'autres lieux, avec la palette (l'arc-en-ciel serait ici tout LGTBesquement approprié) des sentiments découlant de cette boulette d'inconscience. La roucoulade initiale vire d'abord à la colère, puis à la réconciliation, puis à la dispute, tandis que ces deux jeunes gens se rapprochent, s'apprivoisent, s'évaluent, pour se dire si ça vaut vraiment la peine (et entendent-ils une petite voix qui leur chuchote "Tu vas encore te faire du mal..." ?)
Cette deuxième partie (la troisième, surtout, celle après les urgences) est parfois moins convainquante, les dialogues en sont quelquefois maladroits, mais, midinet un jour midinet toujours, on prend le temps de les suivre, avec une bienveillante attention, jusqu'au petit matin (et une très jolie scène qui m'a semblée quasiment pompée sur Ida, mais on a déjà vu plus mauvais sujet d'inspiration).
Je m'interroge juste sur la portée du film dans nos lointaines (et bourbeuses) provinces : à quelle réalité peut-il, dans la majorité des cas, faire référence ? (Il n'y avait qu'à voir le nombre de spectateurs, à cette première séance : une dame, le gentil monsieur de Lons et moi...). En ces temps où même les cinéastes roumains craignent que le "cinéma d'auteur ne devienne un cinéma de niche", on peut craindre que le film puisse avoir du mal à trouver son public, que l'aspect "prophylactique" apparaisse trop pédagogique pour certains, et la partie fornicatoire beaucoup trop démonstrative pour d'autres. (Ce qui semble hélas s'être produit).
Je le souhaite pourtant vraiment de tout coeur, que cela puisse faire du bien à quelques-uns, de part et d'autre (le rapport sexuel pour les uns / le centre Info sida service pour les autres), et que le message d'amour soit globalement bienfaiteur pour tous les troisièmes (car c'est bien d'amour dont il est question avant tout...).
Les deux acteurs m'étaient inconnus, et ne font justement que renforcer l'aspect "ça peut arriver à tout le monde" de l'histoire (à la fois l'amour et la contamination), ils sont tout mimis, comme leur histoire d'amour naissante, comme le soleil se lève, à la fin, sur un nouveau jour, de nouveux espoirs, de nouvelles perspectives. De grandes espérances.

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8 mars 2013

cinévzoul (rattrapage)

BLANCANIEVES
de Pablo Berger

Un film "original" certes (noir et blanc, muet, avec des intertitres) qui propose une version inédite de l'histoire de Blanche-Neige (élements connus : le père aimant mais faible, la marâtre, la belle enfant, les 7 nains sont présents, manquerait juste à l'appel le prince charmant...) puisque resituée en espagne et dans le milieu de la tauromachie... Bien qu'espagnol de souche, je dois avoir des gènes déficients puisque ni la corrida ni le flamenco, par exemple, ne m'enflammant -j'aurais disons  plutôt un faible pour la paella et le turron -). L'habit de lumière me laisse de glace, et c'est pourtant le métier du papa de Carmencita (la future blanche-neige), celui des sept nains dont elle va faire la connaissance (il y a même, dans le lot, un nain -une personne de petite taille pour être politcally correct- d'une extrême beauté) et celui qu'elle va choisir pour briller à nouveau en société. Las, la pomme empoisonnée apparaît au bon moment, et hop! (...) Dommage...
Un film curieusement intemporel (ou atemporel) comme avait pu l'être en son temps le cotonneux Télépolis, de délicieuse mémoire, avec une narration très "roman-photo", avec les outrages et déformations inhérents à ce genre d'ouvrage (ah! le papa estropié! ah! la marâtre reine des salopes! ah! l'innocente fillette persécutée ! ah! le nain silencieux transi d'amour! ah! la corrida! ah le traître infâme qui remplace la vachette de 180kg par un toro de 540kg! ! ah! le petit cirque final!) avec un très beau noir et blanc, une musique plaisante et bien adaptée ma foi, des personnages charismatiques et typés (je reviens encore à cette super salope de marâtre), et une très très jolie scène finale qui parvient à surprendre (et attendrir) le spectateur pourtant blasé qui sommeille en vous... Voilà un petit film délicieux (y mucho typico!)

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ARGO
de Ben Affleck

Soyons clair : s'il n'était pas passé en VO dans le bôô cinéma, je n'y serais point z'allé. D'autant plus qu'il a gagné l'oscar, ce qui n'est pas forcément pour moi un signe d'appétissance. mais bon, reconnaissons que, si c'est très ricain, c'est aussi extrêmement efficace. didactique juste ce qu'il faut en préambule (pour poser les choses) puis ouvrant sur une scène très très impressionnante : l'attaque de l'ambassade américaine à Téhéran par des iraniens fous de rage. il est ensuite question de cinéma (d'exfiltration d'abord) puisque c'est sous couvert d'une équipe de ciné que notre ben affleck super-héros va tenter de faire sortir six américains réfugiés à l'embassade du canada pendant sept semaines. tout ça terminant par une lôôôngue scène (mais à nouveau très efficace) où nos "évadés" en partance doivent franchir les trois niveaux consécutifs , et de plus en plus anxiogènes, d'un contrôle à cran et plus que sourcilleux (avec, en parallèle, course contre la montre de la reconstitution progressive des visages pourtant passés au broyeur à papier, mais les enfants excellent à ce exercice) plus ils avancent, chacun de leur côté, et plus la tension monte, jusqu'à ce que les deux actions se rejoignent - arghhh adrénaline! - et que ils arrivent finalement à décoller au nez et à la barbe  - c'est vraiment le cas de le dire - des méchants terroristes anti-américains. Soulagement. s'ensuit une rasade (qui n'était vraiment pas nécessaire) d'hymne américain, de décoration, d'héroïsme, de tagada tsoin tsoin cérémonial autosuffisant et boursouflé et de comment se finit l'hymne américain déjà ? ah oui and the hoooome of the braaaave... oui, c'est tout à fait ça!

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24 mai 2007

auprès de mon arbre

APRES LUI
de Gael Morel

Aïe! Je sors de la salle, dubitatif. Pourtant j'avais envie de l'aimer, ce film de Gael Morel. Au nom des Roseaux sauvages, de clic clic entre pédés on est copains, du capital sympathie qu'il génère. Au final, pourtant,  le sentiment d'un certain naufrage.
Point de départ casse-gueule, scénar flottant, dialogues par moments à chier (réussir à faire jouer faux Deneuve, faut le faire quand même!), maladresses narratives, approximations stylistiques... Oui, c'est ça, on est presque toujours dans le "presque". Déjà, le sentiment pénible (est-ce l'effet Deneuve + jeune homme ?) d'être presque dans un film de Téchiné, presque dans une étude de cas, presque dans un film sur le deuil. Comme si, pétrifié d'admiration pour son actrice, Gael Morel avait voulu élaborer un somptueux costume sur mesure tout exprès pour la Reine Catherine et ne lui avait finalement  taillé qu'un petit tailleur étriqué.
C'est l'histoire d'une dame qui, après avoir perdu son fils dans un accident de voiture, se rapproche de (se polarise se focalise sur) son meilleur ami (meilleur ami de son fils) qui est aussi -arghh!- celui qui conduisait la voiture qui percuta l'arbre qui coûta la vie au fils en question. On suit donc plusieurs pistes : le deuil, la douleur, la folie, la reconstruction, l'amour peut-être, (tout en regrettant  -sincérité oblige- que le côté homo soit complètement gommé du récit) dans un élan à la fois fiévreux et, paradoxalement, retenu. Comme si le réalisateur se cantonnait juste à la surface, ne faisait qu'effleurer, survoler, sans vraiment oser s'abîmer corps et âme dans le gouffre noir de la douleur. On a donc une suite de scènes, certaines qui fonctionnent et d'autres moins, certaines qu'on comprend et d'autres moins, certaines qui mettent mal à l'aise (on frôle parfois les limites du grotesque, je pense aux scènes avec l'arbre) et d'autres qui sonnent juste, et, par là même, touchent.
Car il y a des  quelques moments beaux, peut-être justement ceux où Gael Morel bouge à peine le projo qui donne pleins feux sur son héroïne dans tous ses états : Deneuve dans sa librairie, Deneuve à la fac, Deneuve au concert de rock, Deneuve et son arbre, Deneuve et le scooter...) et s'aperçoit alors qu'il y a d'autres personnages autour d'elle, qu'ils existent et qu'ils ont eux aussi le droit de vivre et d'avoir une épaisseur dramatique : le jeune premier Thomas Dumerchez, joli mal rasé tatoué à gueule d'ange, Guy Marchand en ex, Elli Medeiros en frangine, Luis Rego en papa, Elodie Bouchez en fille aînée sont un peu injustement sous-exposés, parfois juste esquissés, et c'est dommage...
Je ressassais tout ça en sortant de la salle, et je suis quand même allé lire sur allociné ce que disaient les critiques... Surprise, c'était plutôt bon, voire très bon, dans l'ensemble. Dithyrambe et ronds-de-jambes. Ah, ciel, deviendrais-je un vieux con insensible et irascible ? Un peu rassuré heureusement sur mon intégrité mentale en lisant la critique de Libé et celle des Cahiais (tiens tiens, pour une fois...), j'ai le sentiment que j'ai vu le même film qu'eux...
Ouf, merci docteur!

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18 avril 2007

tatouages

ALPHA DOG
de Nick Cassavetes

Drôle d'impression... On sort de là (quasiment deux heures tout de même) un peu perplexe : pas par rapport à l'histoire racontée mais plutôt sur la façon dont c'est. Le sentiment que le réalisateur n'a pas vraiment réussi à décider s'il allait nous la jouer plutôt American Pie, ou Elephant, ou De sang-froid. Il hésite, il hésite, le bougre, et plouf plouf pique nique douille mais finalement ne choisit pas. Et plouf! se vautre.
L'important, quand on a l'histoire (puisque -c'est dit et redit sur l'affiche- tout ça est "basé sur des faits réels") c'est, bien entendu, la façon dont on l'appréhende et comment on va la raconter, le ton et le point de vue, quoi. Ben dans le cas précis on serait plutôt aveuglé, louche ou borgne...
On débute et on finit genre reality show / trash tv par des interviews des adultes, (vieux, avec des -fausses ? - taches de vieux), comme entre parenthèses parentales donc, avec, entre les deux, la chronique de la vie d'une bande de djeunz (friqués, américains, tous blancs ou presque, diversement addict, mais c'est pas de leur faute, eh, c'est la faute à la famille, à la société, au pape, au relâchement des moeurs, au trou dans la couche d'ozone, et que sais-je d'autre encore,  pauvres bichounets va...) comme si vous y étiez, vue de l'intérieur quoi, prise avec un gros téléobjectif, comme dans La vie des animaux.
Johnny est l'alpha dog (le mâle dominant, merci Téléramuche!) de la meute en question. Pourtant il a l'air tout gentil comme ça. C'est le fils de Bruce Willis. Et, comme il deale beaucoup, beaucoup de monde lui doit du fric, notamment Jake (lui, c'est le fils de Sharon Stone!), un nazillon énervé et instable. Pour que Jake lui rende son dû, Johnny enlève, sans vraiment le préméditer, Zach, le petit frère de Jake, dont il va dans un premier temps confier la garde à son pote Frankie, un "joyeux branleur", et tous prennent un peu ça à la rigolade. Au début du moins. Car ça va plutôt dégénérer. Engrenage fatal! Big trouble, deep shit!
Réaliste ? Je ne sais pas vraiment, mais on peut être impressionné par la proportion de tatouages au centimètre carré, la quantité de came(s) diverse(s) consommée(s), et la profusion de gros mots de djeunz (et fuck et suck et cock et shit et bitch et j'en passe) qui fleurissent les plate-bandes des dialogues. En plus, ils sont tous (je parle des mecs, bien sûr, je suis sectaire), chacun dans leur genre, plutôt agréables à regarder. Rien ne manque, baggy, calbute qui dépasse, marcel, casquette à l'envers, grosses baskets, semis de barbe à des niveaux de croissance variés, et  marquages corporels, bien sûr ...(Justin Timberlake fait fort, là, sur le coup -et sur le cou aussi d'ailleurs hihi!-
Mais à la différence de Larry Clark ou de Gus Van Sant, auxquels on ne peut pas ne pas penser, je ne suis pas certain que Cassavetes les aime, ses personnages (objets d'étude, mais pas de son affection ?), cette joyeuse (!) bande d'ados un peu décérébrés tout de même, dont la buvette et la fumette (et la baisette, cela va sans dire) constituent l'essentiel de l'activité...
J'ai failli au début sortir très vite de la salle (mais bon -quel crétin- j'avais tout de même fait 50 bornes pour le voir! et la caissière, comme un ange tutélaire, m'avait dit "Je vous préviens , c'est en VO", visiblement étonnée que je lui répondasse "C'est bien pour ça que je suis là") puis j'ai -comme on dit- pris sur moi et je suis resté jusqu'au bout (j'en profitais pour, quand je décrochais, essayer de deviner quel était le motif du tatouage sur le mollet droit du mec (en short) assis avec sa copine juste un peu devant moi en contrebas -on ne se refait pas-). On a le sentiment, à la fin, d'un gâchis un peu navrant. Polar ? thriller,? chronique sociale ? film à thèse ? popcorn movie ? Rien de tout ça, ou plutôt si un peu de tout.
En plus des maladresses et des lourdeurs,  il y a des scènes que je trouve dégueulasses, inacceptables, surtout avec l'alibi "tiré de faits réels". D'autant plus que des éléments que je considérais joyeusement comme des running gags (le décompte des témoins, par exemple) s'avèrent à la fin ne plus en être du tout. Il me semble qu'il s'est pris un peu au sérieux et les pieds dans le tapis, notre Nick Van Clark, je trouve. Et je le déplore.

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9 août 2006

en bateau

VAGUES INVISIBLES
de Pen-ek Eatanaruang

Etrange, surprenant... quel qualificatif correspondrait le mieux à ce film qui commence et finit comme un polar (deux morts) ironique, mais, entre les deux, nous emmène complètement ailleurs, assez loin des lois du genre et des conventions inhérentes au film dit "noir". Trame de polar ? Esquisse de polar ? Estampe (le héros est japonais) de polar ? Une certitude : les fans de pan pan gros flingues la gâchette facile courses de bagnoles et crissements de pneus vont être très décus... Des bagnoles il y en a, mais elles sont à l'arrêt ; des calibres aussi, mais ils ne tirent pas (ou bien hors-champ) , à une exception près ; de la violence, il y en a, mais elle est toujours elle-aussi hors-champ, exclue, abstraite.

Kyoji (c'est le héros, on va le suivre d'un bout à l'autre du film, et en plus il est facile à reconnaître, il a une queue de cheval) , cuisinier de son état -mais  un peu tueur aussi-, après avoir liquidé la femme de son patron (qui était aussi sa maîtresse -au cuisinier, vous suivez ? -) sur les ordres de celui-ci, part, toujours les conseils de celui-ci (son patron) se "mettre au vert" (= se faire un peu oublier) en Thaïlande (à Phuket). Pour ce, il s'embarque pour une "croisière" plutôt... particulière. Il y rencontre une jeune femme, Noi, avec un bébé, Nid. Ils sympathisent. Quand Kyoji parvient à destination, tout va se compliquer...

Le rythme est lent (on pourrait être quelque part entre Wong Kar Wai et Tsai Ming Liang), les (dé)cadrages réfléchis et posés (poseurs ?), la chronologie pleine de trous, d'ellipses, de brusques accélérations, de brefs flashes-back, avec, toujours chez le réalisateur ce goût du contre-pied (un personnage n'est jamais vraiment ce dont il a l'air, il n'agit jamais de la façon dont nous, spectateurs, nous attendons à ce qu'il agisse ; une scène ne fonctionne que rarement comme nous, spectateurs, serions tentés de penser que)bref c'est plutôt agréable et dépaysant  de se faire ainsi mener  en bateau...


D'autant que le scène de la croisière est un véritable exercice de style, un beau bloc d'humour froid et vaguement inquiétant (un doigt de Tati, deux doigts de Lynch, un zeste de Shining,si si...), comme un petit film à part dans le film, à mon goût le moment le plus intense. Libre à chacun de l'interpréter à sa façon, de le connoter à sa guise (il y a, à ce moment, beaucoup de pourquoi en suspens). A l'arrivée à terre, nouveau changement de cap, on oblique vers une dérive entre Nocturne Indien et Profession Reporter...


Et le réalisateur, qui nous baladait jusque là dans un véritable no man's land, dans son petit foutoir perso,va, par petites touches, comme éprouver le besoin de revenir à une normalité (faussement ?) plus rassurante, pour nous autres spectateurs. De retomber sur ses pattes. Qui est qui ? Qui manipule qui? Qui aime qui ?  Qui trompe qui ? Qui veut tuer qui ? Autant de questions auxquelles il va s'efforcer de répondre l'une après l'autre, alors qu'on n'avait peut-être pas besoin de toutes ces explications et de ces justifications à postériori. Plus on avance, et plus les scènes redeviennent, normales, sans artifices. Comme s'il souhaitait absolument nous faire atterrir en douceur. Un film normal qui finirait normalement...

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14 janvier 2020

au bord de la rivière

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LES ENVOÛTÉS
de Pascal Bonitzer

Sara Giraudeau et Nicolas Duvauchelle... Voilà un joli duo tourmenté dans cette adaptation d'une nouvelle de Henry James, "Les amis des amis". (Mais qui a aussi deux autres titres). Et qui dit James dit fantômes, et qui dit fantômes dit bouh fais-moi peur, dit drap blanc et dit chaîne et boulet, grosso-modo... Mais là non, pas vraiment. Il est (juste) question d'apparitions. De gens qui apparaissent à des gens qui leur sont proches au moment même où ils meurent (ceux qui apparaissent, pas ceux qui sont proches).
Coline (Sara Giraudeau, qui m'a durablement impressionné depuis Le Bureau des légendes) est envoyée pour écrire un article pour sa rédactrice en chef (Josiane Balasko, nickel) chez un artiste bourru (Nicolas Duvauchelle, toujours aussi bien, avec sa façon de ne pas y toucher, de jouer rien ou presque rien...) dans les Pyrénées (magnifique, et je ne dis pas ça parce que j'y suis né) qui a vu le fantôme de sa mère lui apparaître selon le processus décrit plus haut. Or elle (Coline, pas la mère de l'artiste bourru) a justement aussi une copine, artiste elle aussi (et espagnole -très bien donc-) qui vient justement de voir lui apparaître son père, au lavomatic, le jour de sa mort...
Mais tout ça est raconté dans un long flash-back, par Coline à son copain Sylvain, (Nicolas Maury, dont je ne me lasserai  jamais de répéter combien j'adore ce garçon et que je le trouve parfait dans son rôle de "oui, je suis un peu pédé, un peu maheureux, et je vous emmerde..."), après une scène d'ouverture que je me garderai bien de vous décrire, et un conclusion idem.
J'aime beaucoup la première rencontre entre no deux amoureux, et la façon "rustique" dont il la drague in petto un peu à la hussarde (à la deuxième bouteille) simplement après l'avoir regardée en train de dormir (message privé : Nicolas, si tu veux tu peux venir me regarder dormir aussi... hihihi), et j'aime le contraste entre l'apparence de petite chose fragile de Sara Giraudeau et celle de bloc minéral et rugueux de Nicolas D. (alors que le plus fort des deux n'est pas forcément celui qu'on croit...).
Tout ça nous donne un film singulier, enfiévré, convulsif, furieusement romantique, mais comme à contre-temps. Une ambiance gothique dans un univers très contemporain, on ne serait finalement pas si loin des Hauts de Hurlevent, tiens... C'était quand même assez courageux d'adapter Henry James en 2019 (avec toute l'estime que j'ai pour l'écrivain, -pourtant Le Tour d'écrou m'a toujours mis mal à l'aise- il me semble qu'il s'agit d'une écriture un peu surannée, british tasse de thé et tapis du salon... très "belles-lettres", non ?) et Pascal Bonitzer a choisi une approche "minimale" (un peu comme celle adoptée par Bernard et Trividic dans L'Angle mort pour dépoussiérer L'Homme Invisible...) où tout le "fantastique" restera (sagement) hors-champ. Où l'on n'arrête pas de craindre le pire.
Reste une histoire forte d'amour et de jalousie (et toute l'ambiguité du personnage de Coline) à laquelle on pourra peut-être juste reprocher la généralisation du procédé "je meurs / j'apparais à quelqu'un que j'aime", qui alourdit tout de même un peu le propos (pas moins de quatre occurrences, mais dont -habileté- on ne verra, finalement, qu'une...)
Mais bon, moi, dans les films, l'amour vu comme ça, j'aime plutôt bien (Il n'y a pas d'amour heureux et tout ça...)
... (Et je me suis promis de lire la nouvelle -qui, pour les gens intéressés, figure dans le recueil La Redevance du Fantôme-.)

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12 août 2022

double programme "de la semaine"

(deux films surnageaient au milieu de l'océan de caca qu'est la programmation actuelle du bôô cinéma : coup de bol c'étaient ceux de la nôtre -programmation-)

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NITRAM
de Justin Kurzel

Un film australien inconfortable, portrait d'un jeune homme à cheveux longs suivant un traitement pour stabiliser son humeur, élevé par un mère quasiment psycho-rigide (mais ça n'a visiblement pas dû être très facile, de, justement, l'élever, elle a des circonstances atténuantes) et un père bonnasse et bienveillant (ce qui, parfois, ne suffit pas. L'instabilité de Martin (le Nitram du titre étant le surnom que lui ont donné ses "petits copains" à l'école et que désormais tout le monde utilise) provoque (génère) celle du film tout entier, (comme une matière explosive qu'on qualifie, justement, d'instable.)
Caleb Landry Jones a obtenu à Cannes le prix d'interprétation masculine, et la récompense est indiscutablement méritée. Sa composition est saisissante (mais celle de Judy Davis dans le rôle de sa mère -je ne l'ai identifiée qu'au moment du générique- est tout aussi impressionnante.) Des rapports très forts au sein d'une famille, fils instable entre mère froide et père nounours (Anthony LaPaglia y est lui-aussi très bien) qui vient ajouter un peu de rondeur (d'humanité) face aux angles trop vifs de la relation mère-fils.
Caleb Landry Jones est quasiment de tous les plans, la caméra le suit, et le réalisateur, en l'accompagnant,  réussit parfaitement à évoquer la multiplicité des aspects du personnage (de son comportement, avec ses soudaines explosions caractérielles, à son physique, filmé alternativement comme à certains moments très beau et d'autres pas du tout.)
On ne peut pas ne pas prenser à Elephant de Gus van Sant, mais de loin, tant, à partir du même genre de fait-divers sanglant, Justin Kurzel réalise un film complètement différent, où, par exemple, l'essentiel de la tuerie est relégué en off (et on l'en remercie).
Un film très fort.

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L'ANNÉE DU REQUIN
de Ludovic et Zohran Boukherma

Bon, on ne va pas tortiller de l'aileron, c'est une déception. Marina Foïs, à peine remise de AS BESTAS, joue une gendarmette à l'aube de la retraite qui doit se confronter à un requin apparu dans ses eaux territoriales pour boulotter les baigneurs, requin aux mâchoires aussi prédatrices (contondantes) que celles de Marina F. sont serrées/vissées (la pauvre, elles devaient lui faire mal à la fin du film).
Mieux vaut revoir directos LES DENTS DE LA MER, dont le film semble s'inspirer très directemen (Marina Foïs remplaçant à la fois Roy Scheider, mais aussi Richard Dreyfuss, et -allons-y- Robert Shaw, carrément.). Les frères Boukherma, j'avais bien aimé leur TEDDY précédent (et la performance d'Anthony Bajon) qui "décalait" le film de loup-garou et en assaisonnait le mythe à leur sauce, là ils se sont attaqués au "film de requin", (pourquoi pas, hein, on en a connu des qui ont cassé la baraque, hein) et ils s'y sont cassé les dents, à ne pas vouloir choisir sur quel pied ils allaient danser, ou sur quelle chaise leur cul poser...
Le film est, d'entrée, desservi par sa voix-off, une voix de benêt (de beubeu comme on dit par ici), dont on ne comprend pas le pourquoi, et qui rend horripilante(s) chacune des ses interventions. Déjà, ce choix est un mystère. Mais la suite joue à la marelle, une case humour (?) une case action et on continue et on alterne. Et le fait de slalomer sans cesse entre la comédie franchouille et l'épopée maritime (Les Dents de la Mer ne sont jamais loin, que ce soit dans la structure du film ou celle de plusieurs scènes, et on réalise, en repensant au sacré film de Spielberg, combien le projet était ambitieux -et irréaliste- de vouloir s'y mesurer...) place aussi le spectateur en déséquilibre : personne n'y gagnera au change, ni ceux qui venaient voir Kad Merad, ni ceux qui venaient voir un méchant requin, ni ceux qui venaient voir une bonne grasse comédie, ni ceux qui venaient voir de la tripaille et du sang (si si, il y en a...)
Pour ceux et celles qui n'ont jamais vu Jaws (et j'en connais dans mon entourage proche) c'est l'occasion ou jamais de le découvrir (et de se souvenir combien Richard Dreyfuss y était mimi...)

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8 février 2018

prix des exploitants

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DAKINI
de Dechen Roder (sortie juin 2018)

Waouh! Un polar bouthanais! C'est vraiment rare qu'on puisse voir un film de ce pays (on avait passé La Coupe,une jolie comédie, il y a... un certain temps) et, ce qui est encore plus rare, par une réalisatrice. Le film nous a été présenté par son enthousiaste distributeur, le monsieur de Jupiter Films (ce monsieur-là est véritablement passionné par ce qu'il fait). Un polar, dites-vous ? Il faut un certain temps pour en être convaincu (au début ça ressemble plutôt à une histoire d'amour, entre un policier qui mène l'enquête sur la mort d'una abbesse à laquelle serait mêlée une très belle jeune fille, en fuite, et donc soupçonnée de meurtre. Ca se passe au Bouthan, et c'est forcément dépaysant (et oui, les paysages sont grandioses, allez osons le mot "mêêêrveilleux" qu'on entend si souvent accolé à celui de "paysages"dans les couloirs du Ficâââ, et qui finit par me faire penser que la majorité des spectateurs ne viennent là que pour ça, et donc pas forcément pour voir un film, ni encore moins forcément un bon film fermons la parenthèse). Dakini est un film magnifique, et le rythme qu'il adpote (je l'ai qualifié pendant que le le regardais de "joliment languissant") fait intégralement partie de la couleur locale. Une belle fuyarde, un policier en civil qui voyage avec elle -coaché au téléphone par son chef- pour être sûre qu'elle est vraiment coupable et de quelle façon, une abbesse morte, et, plus l'histoire progresse (à pas lent dans la première partie), plus les choses se compliquent (la deuxième partie du film va faire cavaler notre policier de rebondissement en rebondissement, de révélations en questionnements, et on finit par craindre que, comme l'horizon, le dénouement de son enquête ne cesse de reculer au loin, de plus en plus loin. S'autant plus que la réalisatrice inclut dans son récit, régulièrement) (trop?) des scènes de rêves mettant en scène, justement, la mystérieuse et belle jeune fille - et c'est vrai qu'elle est très belle-) qui hachent le récit, avec le dessein d'égarer un peu plus le spectateur). Le film fait 2h10, tout de même, et le spectateur est content que toute la lumière soit faite sur cette ténébreuse affaire dont le fin mot (en hors-champ) serait "corps de lumière"... Vous y voyez plus clair ? En tout cas, régalez-vous!

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021 (à 14h, salle 2)
LES DESTINÉES D'ASHER
de Matan Yair (sortie 28 mars 2018)

Et nous voilà en Israel pour un film beaucoup plus... couillu (et testostéroné) centré sur un lycéen de terminale, Asher (dont la particularité est qu'il s'agit d'un personnage réel et qu'il est joué par lui-même), dans une classe de grands gaillards (il s'agit des Terminale 3, mais ils ont l'air d'avoir 10 ans de plus que leurs homologues français, tous poils barbes et muscles dehors, on se croirait presque dans un film gay, si si. On pencherait plutôt pour les "Fins d'étude", ceux qui ont redoublé assez de fois pour qu'on ne puisse plus les compter, et qui n'attendent que d'avoir passé le bac pour quitter le système scolaire sans regret.)
Asher a un père (divorcé) vieillissant, qui compte bien que son grand gaillard de fils va très bientôt reprendre les échafaudages (c'est le titre original du film, Scaffoldings, plus fort je trouve que le mièvre titre fransouze) et la direction de l'entreprise paternelle, dans laquelle il (le fils) travaille déjà d'ailleurs très régulièrement. On peut dire qu'Asher se partage entre les échafaudages et le lycée, ou plus précisément les cours du prof de littérature, Rami, avec qui il va nouer une relation particulière (non non non on n'est pas dans un film gay, arrière bandes de hyènes lubriques) qui lui fait découvrir autre chose que le goût du ciment et le poids des planches.
Même s'il a le défaut (le jeune Asher) d'être trop hérissé (c'est son prof qui le lui dira) et de péter les plombs pour un oui pour un non, testostérone quand tu nous tiens. Bon je dois avouer que j'ai adoré ça (et hmmm peut-être pas vraiment tout à fait pour les bonnes raisons -smiley avec les joues rouges et qui baisse les yeux-, mais bon il faut le reconnaître, ce jeune homme-là, est, je ne peux le dire autrement, bandant, et ça joue dans hmmm l'appréciation d'un film). Asher est un bourrin, un beau bourrin à qui soudain une imperceptible fissure dans son bloc de certitudes (un beau bloc, je le redis) fait entrevoir autre chose. Le film est réalisé par un prof, qui dit avoir vécu ce genre de situation et avoir souhaité en parler, et, en tant qu'enseignant (même retraité), on ne peut qu'être touché... Cercle des poètes disparus, tout ça... (ici c'est Antigone qui va mettre le feu aux poudres...).
(Et j'étais trop heureux de pouvoir voir enfin ce film qu'on avait raté à Belfort à cause de la neige...)

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022 (à 16h, salle 4)
LA CAMÉRA DE CLAIRE
de Hong Sangsoo (sortie 7 mars 2018)

Et on a terminé cette journée (dite "du prix des explotants") non pas en Corée (Hong Sangsoo oblige) comme on aurait pu le croire, mais dans les rues de Cannes (hors-champ du Festival), avec Isabelle Huppert (à qui appartient la camera du titre, qui est d'ailleurs plutôt, en fait, soyons rigoureux, un appareil-photo) et la belle Min-Hee Kim, la jeune et belle nouvelle copine du réalisateur, avec qui il n'arrête plus de tourner depuis Un jour avec, un jour sans (quatre films, quand même, depuis 2015!). A part le fait qu'on est à Cannes (et donc que le soju y coule moins à flot qu'à Séoul)), le spectateur habituel de Hongchounet ne sera pas déboussolé : un réalisateur en goguette au festival (il s'appelle So Wan Soo! hihihi) est pris en tenaille entre sa productrice (qui en est amoureuse) et l'employée de celle-ci (avec laquelle il a couché). Celle-ci a été licenciée par celle-là au début du film pour malhonnêteté, sans comprendre vraiment de quoi il retournait. Elle aurait du rentrer à Séoul mais est restée à Cannes "parce qu'elle n'a pas pu changer son billet pourri". Et donc ça marivaude, ça rohmérise et bien sûr ça boit. Isabelle Huppert joue la quatrième roue du quadrille, en prenant les photos elle "change les gens" et modifie donc, me semble-t-il, peut-être, d'une certaine façon, le cours des choses, ou pas. Le dossier de presse évoque aussi le rôle du tunnel de la plage (sans que je puisse formellement dire que j'avais compris qu'il avait raison).
C'est très ... plaisant (j'avoue, j'adore Hong Sang-Soo, et c'est surtout pour ce film-là que j'étais venu passer la journée) mais bon "c'est un peu court, jeune homme..." Ok le film a été tourné en quelques jours, à l'arrache, improvisé dans les rues de Cannes, mais bon. Il fait à peine 1h06, et c'est dommage.... c'est comme pour le short de Min-Hee Kim, à propos duquel So Wan-Soo lui fait des reproches, on est en droit de lui dire, que, oui oui, on trouve ça vraiment vraiment trop court.
On est frustré, on voudrait en voir un peu plus, en avoir un peu plus pour ses sous...
Reste à attendre Seule sur la plage la nuit, du même réalisateur, avec la même belle jeunette (mais sans Isabelle H.) que nous passerons dans le bôô cinéma d'ici quelques semaines (la séance était complète -dans la salle 4 pourtant- et je dois dire que je me prépare d'ores et déjà à pleurer de rire  (nerveusement) devant les x pelés et les y tondus qui clairsèmeront l'assistance lorsque nous le passerons, "hors- festivâââl" (tout ces gens qui disparaissent dans leur trou jusqu'au Ficâââ suivant je dois reconnaître que ça m'agace un peu...) oui, je suis prèt à prendre les paris...) et dont j'attends beaucoup.

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3 janvier 2016

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LA VIE TRES PRIVEE DE MONSIEUR SIM
de Michel Leclerc

C'est comme ça la vie. Manue avait envie d'aller au ciné, j'avais mon ticket orange, et on s'était dit qu'on irait peut-être voir l'avant-première de Le grand partage d'Alexandra Leclère, mais on hésitait tous les deux (et j'avais entretemps vérifié que j'avais déjà détesté au moins un des films précédents de la dame : Le prix à payer, et que je n'avais pas eu envie de voir les autres. Malaise... Alors, plutôt que Leclère, on a choisi Leclerc, et on est donc allé voir  "le film avec Bacri", La vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc, dont j'avais plutôt bien aimé Le nom des gens.

On a donc Jean-Pierre Bacri qui monte dans un avion et qui commence à assommer son voisin (Patrick d'Assumçao, le gros débonnaire délicieux de L'inconnu du lac) d'un monologue ennuyeux, ledit voisin trouvant un moyen assez radical pour se défiler. on continue de suivre Jean-Pierre Bacri, qui continue de saouler les gens de sa barbante loghorrée. Son père, son ex-femme, sa fille, un mec dans une cafeteria, etc. Là on a un peu peur que le film prenne modèle sur son personnage principal, et devienne tout aussi ennuyeux. (Comment fabriquer sciemment de l'ennui au cinéma ?)

Heureusement le réalisateur lui fait rencontrer tour à tour une jeune femme moderne dans un aéroport, un voleur de téléphone, un nouveau patron pour un nouveau job (de vendeur de brosses à dents écolo) pour lequel on le dote d'une véhicule -avec gps- et d'une caméra. Le film repart un peu sur une autre trajectoire, comme une planète qui hésiterait à sortir de son orbite et se mettrait un peu à tanguer, et le tanguage s'accentue lorsque le déroulement du film nous fait démarrer une histoire, puis une autre, puis encore une autre (où il est souvent question d'amour), tandis que le personnage joué par Amalric introduit, lui, un personnage encore plus singulier : Donald Crowhurst, (que je connaissais parce que quand j'étais petit, j'étais très attiré par la collection J'ai lu : l'aventure mystérieuse -les livres à couverture rouge-  qui lui avait consacré un volume), un navigateur solitaire mystérieusement disparu (parce que probablement devenu fou...)

(Je reprends ce post après une diazine de jours et tout ça me semble un peu loin... Me restent des images bleu-nuit avec ce personnage qui marche dans la neige, et le sentiment d'avoir bien aimé ça mais d'avoir regretté que le réalisateur ait voulu trop en mettre, et multiplié les fils d'intrigues au point d'en faire vraiment des noeuds -des boulettes ,- et que tout cela finit par un SUR-texte gay (pour une fois!) auquel on n'est pas hélas très sûr de pouvoir croire...)

Comme un bon souvenir, donc.

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l'affiche est juste (et jolie) mais "irrésistible comédie", euh, faut pas pousser, quand même, trop loin
le suppositoire de l'accroche publicitaire dans le fondement délicat du spectateur potentiellement crédule.

2 octobre 2017

tout n'est que sexe 2

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grands coups de boutoir et grands coups de Boudoirs, ça n'est pas du tout pareil

BOUDOIR

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au lycée, quand on disait "lapsus", à chaque fois Fifi R. rajoutait "moi la"...

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Super U : un grand ado, au milieu de son groupe de potes,  montre aux autres comme il sait bien tortiller du cul en marchant  (je suis derrière) : c'est vrai, il le fait effectivement très bien, et j'observe, fasciné, ses fesses qui montent et qui descendent alternativement

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(Libération du 16/09/17)

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(Libération du 18/09/17)

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fête du gland

(copie d'écran)

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"Par suite de manque de protéines et de l'abus d'excitants végétaux, les cas d'impuissance masculine sont nombreux, et tous les jours j'entends les tristes plaintes de nombreux mâles déçus, tandis qu'ils me montrent leur pénis formidable et inutile. La taille de leur organe est vraiment apocalyptique, mais ses possibilités en sont réduites. On ne peut pas tout avoir (réflexion philosophico -physiologique)"
Antonio Lobo Antunes, Lettres de la guerre

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22 janvier 2024

la mère de la mère de sa mère

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LITTLE GIRL BLUE
de Mona Achache

Un film curieux, surprenant, étonnant. En hommage à une mère qui l'était tout autant. Et qui s'est suicidée, laissant une valise de carnets et des milliers de photographies. C'est sa fille, Mona, qui parle de sa mère, Carole Achache, avec une visible fascination, et évoque la façon dont celle-ci était, de la même façon, fascinée par sa propre mère à elle. Où la fascination de la fille pour la mère serait une affaire de famille.
La mère de la réalisatrice a eu une vie qu'on peut qualifier de "trépidante", évoquant notamment (et note amant, hihi) ses relations avec Jean (qui s'avère être Jean Genêt) et Juan (qui s'avèrera être Goytisolo).
Un torrent d'images, de vidéos, de mots, de lignes de carnets, pour essayer de faire le portrait d'une mère qui a fini par fuir.
Le film est dense, multiforme, intense, parfois presqu'indigeste tellement il nous proposé d'éléments à voir, à intégrer, à ingurgiter...
Et puis, il y a Marion Cotillard.
Comme une reine, elle entre, accroche son manteau (qu'on suppose de haute-couture) au porte-manteau, s'assoie sans rien dire en face du bureau de la réalisatrice, qui pose devant elle, alors, les différents effets de sa mère : son jean, son t-shirt, son gilet, ses lunettes, son grand collier, ses bagues, et une perruque frisée. Et la comédienne quitte ses vêtements pour mettre ceux de la mère, et, sous nos yeux, devenir elle.
C'est... impressionnant, la façon, dont, sous nos yeux, elle s'approprie ce personnage, ce moment où le mot incarnation prend tout son sens.
Et ce n'est qu'à la toute fin qu'on comprend pourquoi le film s'appelle ainsi : seulement, il reprend le titre d'une chanson de Janis Joplin (qui n'est pas forcément, je le reconnais, ma tasse de thé).

 

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22 décembre 2023

quessé

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SIMPLE COMME SYLVAIN
de Monia Chokri

Vu hier avec Catherine.(Une "vraie séance" : plus de 12 spectateurs!). Un film plutôt bien chroniqué un peu partout, présenté comme une "réjouissante comédie". C'est canadien, ça parle beaucoup beaucoup (çomme déjà dans LA FEMME DE MON FRERE, le premier long de la réalisatrice, où, tiens, le personnage féminin central se prénommait déjà Sophia). Sophia donc, une intellote qui attend un poste  de prof à l'université de Montréal, mariée à un intello, entourée d'ami(e)s intellos, et fait des conférences sur l'amour (ou les amours, plutôt) devant des papys et des mamies studieux) rencontre Sylvain, un bo barbu charpentier en charge des travaux de rénovation du châlet qu'elle vient d'acheter avec son mari. Et crac! c'est un coup de foudre ! Et crac crac! qui est consommé sur le champ, et crac crac crac! qui se transforme en adultère. Et crac crac crac crac qui va fissurer le couple jusque là en apparence si stable et solide et tranquille (trop ?) de notre héroïne.
Comment aimer, comment s'aimer, quand on est aussi différents , (malgré la loi du " opposite attracts" ?). Et, d'ailleurs, c'est quoi aimer ? Sur la théorie, Sophia en connaît un rayon. Pour ce qui est de la pratique, c'est une autre paire de manches...
J'ai beaucoup aimé le début (midinet un jour...), une histoire d'amour, qu'elle soit de coeur de cul ou les deux ensemble, c'est toujours très plaisant à voir naître. Et c'est d'ailleurs le fonds de commerce habituel du cinéma. Girl meets boys. ("J'entends pas beaucoup l'anglais" comme dira à un moment une des personnages.) Ca ouvre l'appétit.
Mais la suite, ici, ne l'est pas moins (d'une relation amoureuse considérée comme une course d'obstacles...). Tout ça filmé avec une grande intelligence (et un subtil sens du (dé)cadrage par la réalisatrice.) (Comme chez Mouret, il y a les choses qu'on fait et les choses qu'on dit. Et on dit beaucoup (je le redis) et en joual, cette langue virevoltante qu'on adore qu'on décrypte, et qui surprend toujours autant, par sa prononciation, son accent, son vocabulaire particulier, ses injures, et qui se voit ici constamment sous-titrée (comme dans les films de Woody Allen , il y a autant à lire qu'à regarder.) Et cette relation au début idyllique et incandescente, où tout roulait (et roucoulait, où "le corps exultait" (tout le monde à écrit sur l'amour, n'est-ce pas ?), va connaître ses premiers heurts, ses premières tensions,ses premières colères, Chacun(e), à son tour, y mettant du sien (ou de l'huile sur le feu.)  Avec toujours ce regard de la réalisatrice à la fois enjoué et précis (et donc parfois cruellement clinique -cliniquement cruel-). Mais plus on progresse et plus on s'éloigne de la simplicité et de l'évidence de l'embrasement initial. Comme si chacun des deux restait sur son quant-à-soi. Avec, chacun(e) son cercle familial, amical, qui vient encore compliquer l'affaire (la scène du repas quand elle va manger chez lui et sa famille n'a rien à envier avec la scène  terrible, où lui vient manger avec elle et ses amis). L'idéal serait, bien sûr, de laisser les proches en dehors de ça.Jusqu'à cette scène finale qui m'a laissé pantois, et fait dire à Catherine, lorsque les lumières se sont rallumées, "Je ne comprends pas la fin..." (alors que je comprenais chacun des plans qui se succèdent jusqu'à cette image finale), en réalisant juste après que j'aurais plutôt dû dire "je n'accepte pas la fin", ce qui aurait été beaucoup plus juste...(midinet un jour...). J'ai d'ailleurs posé la question au grand Sylvain M. assis quelques rangées devant. Je l'ai carrément apostrophé alors qu'il s'apprêtait à sortir. Ca m'intéressait d'avoir son avis de mec. Il est resté vague (mais concis) et  j'étas plutôt d'accord avec son résumé.
Car c'est cette image finale qui va rester en tête quand on va repenser au film. Qui va effacer, contrebalancer, faire chavirer, court-circuiter etc., l'aspect "comédie irrésistible" du film. Oui, ce qui reste, c'est quand même un goût plutôt amer (cf le, j'exagère à peine,  "dites ces mots : ma vie et retenez vos larmes" de Il n'y a pas d'amour heureux). Oui, j'exagère à peine. Station-service, extérieur nuit, il neige. Cut.
Mais c'était vachement bien, à la fin, de discuter avec Catherine, d'avoir sur le film et son contenu un point de vue féminin (comme celui de la réalisatrice) et de confronter nos points de vues (nos façons de voir) sur ce qu'est, justement, une relation amoureuse...

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26 novembre 2023

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"Je suis toujours un peu fier de mon amour pour le monde. C'est si facile de haïr, en comparaison." (Jack Kerouac)

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sur tw*tter :" étant donné qu'il prend sa raie du cul pour le Tropique du Cancer..."

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"A force d'appeler ça ma vie je finirai par y croire. C'est le principe de la publicité." (Samuel Beckett, Molloy)

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"La rafale amoureuse provoque assourdissement et peur : crise, révulsion du corps, folie : celui qui est amoureux à la manière romantique, connaît l’expérience de la folie." (Roland Barthes)

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(sur tw*tter) "si tu ne joues pas avec mon coeur, promis, je jouerai avec ta bite"

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"J'ai toujours imaginé le paradis comme une sorte de bibliothèque." (Jorge Luis Borges)

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"There is not past, no future; everything flows in an eternal present." (James Joyce)

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"Dire au revoir c’est nier la séparation. C’est dire: aujourd’hui nous jouons à nous séparer, mais nous verrons demain." (Jorge Luis Borges)

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(sur tw*tter) "être célibataire c'est pas facile, souvent je caresse ma cuisse et je me dis bb stp arrête j'ai pas envie"

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"Quand on renonce à l'espoir, tout est possible... " (Damien Marguet, présentation de SatanTango)

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"Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire." (Jacques Derrida)

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Pangramme : n. m. Phrase utilisant toutes les lettres de l'alphabet.
"Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir."
"Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume."
"Voyez le brick géant que j'examine près du wharf."

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"Ma tristesse n’est pas un reproche, vous savez…" (Veronika, La maman et la putain)

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"Qu'il est difficile de se taire quand on a plus rien à dire." (Pierre Etaix)

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"Le dépit n'a jamais guéri une passion ; cette cure doit être l'ouvrage de la séparation et de l'absence : il n'y a point d'autre remède." (Jean-Jacques Rousseau, Pensées d'un esprit droit)

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❝Un jour, je te décevrai, et ce jour-là, j’aurai besoin de toi.❞ (Robert Desnos)
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"On me croit ici, et calme, je suis aussi ailleurs en des régions bouleversantes inconnues de tous." (Robert Desnos)

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9 novembre 2023

trois hommes dans un lit

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UN PRINCE
de Pierre Creton

Et voilà. Contrairement à mes principes, je vais sortir un dimanche soir pour voir un de "nos" films. Pourquoi ? Parce qu'il ne passait pas avant. Eh oui, dans le bôô cinéma, le programmateur a décidé que pendant les vacances scolaires, les spectateurs n'avaient le droit de voir que des courgeries, mais surtout pas les films que nous programmons... Certains films auront droit à entre vingt et trente séances par semaine, tandis que celui-ci n'en aura que trois : une ce soir, une lundi et une mardi, et basta. Même régime (sec) pour le premier film du Mois du Doc, A PAS AVEUGLES, qui n'aura droit lui-aussi qu'à 3 séances, deux le lundi et une le mardi. Et tout ça m'a mis dans un certain état de vénéritude. mais bon, dans le bôô cinéma, il semblerait que ce que le programmateur a décidé, personne d'autre ne peut (ou veut) le modifier...
Donc, UN PRINCE... J'ai chroniqué, il y a quelques temps, (ici), le précédent film de Pierre Creton, LE BEL ÉTÉ (2019), entraperçu à la sauvette (pléonasme, non ?) à Besac, et, un peu plus tôt, celui d'avant, VA,TOTO! (2017) -- que nous avions programmé nous-mêmes avec nos petites mains dans le bôô cinéma... Et je réalise que je pourrais reprendre ce que j'avais écrit sans presqu'en changer une ligne.
Tiens, déjà, il y a une image en commun (lapsus j'avais écrit en copain) entre UN PRINCE et TOTO, et quelle image!  : trois hommes -d'âges divers- couchés dans le même lit (et c'est même un plan-clé dans UN PRINCE : celui où le jeune homme se lève, tout nu, sort du champ, et est remplacé par le réalisateur lui-même, aussi nu mais beaucoup plus velu, qui vient prendre sa place -qu'on imagine toute chaude- sous les draps, tout ça filmé dans le reflet de l'armoire... Et c'est le temps qui passe...
J'avais oublié que dans VA, TOTO! eétait déjà en place  cette pratique des voix-off (et que, déjà, c'étaient certaines de ces voix amies qui officiaient : Françoise Lebrun, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, lui, y ayant été acteur) et qu'on retrouvait aussi déjà au générique Vincent Barré et Mathilde Girard, qui sont intervenus sur les  trois films (et semblent  faire partie de sa garde (très) rapprochée).
Comme Vincent Dieutre, Pierre Creton est un artiste / un bear / un gay / un intello (entourez le terme que vous préférez) qui met dans ses films des morceaux de sa vraie vie (et vice-versa), mais dans une manière encore plus chantournée que celle de Vincent D. (qui est pourtant, au départ le prototype de l'intello tourmenté ++). Histoires d'hommes, de corps, de désir, d'art (l'art et la manière, bien sûr), de culture, de travail de la terre, d'érudition, de pornographie (envisagée "intellectuellement" j'y reviendrai), bref un mélange qui me comble et me ravit. Un terreau fertile. Tout pour plaire (et prendre racine). Un film avec les pieds très dans la terre et la tête très dans les nuages.
Pierre Creton est presque sur tous les fronts. Il filme, mais il écrit (très souvent, le coffret dvd se compose d'un film et du livre qui va avec, du texte en surimpression, un genre de "discours intérieur" accompagnant chacun des personnages principaux (trois ici : Pierre-Joseph, Françoise et Alberto -et il me semble que vers la fin un quatrième a droit aussi à sa voix-off perso). Et j'aimerais beaucoup avoir le texte de ce film-ci : Françoise parle d'abord de Kutta, puis de Pierre-Joseph, Alberto parle de plantes et de Pierre-Joseph, et Pierre-Joseph parle de son rapport -le plus souvent désirant- avec les hommes qui l'entourent (il commence par évoquer la bite de son cousin, puis  celle de son père, dans une évocation aimablement crue qui peut paraître surprenante au premier abord, lorsqu'elle fait irruption dans le "discours intérieur" jusque là plutôt retenu, et des différents homme auxquels il a eu affaire, qu'il a désirés, et avec qui il a fait l'amour (C'est un monde merveilleux comme celui de Guiraudie, où il suffit de désirer un homme pour faire illico l'amour avec lui. Un mon de rêve.)

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Pierre Barray, Pierre Creton, et Vincent Barré


A la deuxième vision, cet après-midi, (j'étais assis à côté de Catherine) j'ai pensé qu'on pouvait (avec elle) tout à fait -vraiment- partager ce film, puisqu'elle aime autant les plantes (le végétal) que j'aime les hommes (le sexué), et que le film serait fait presqu'à 50/50 de l'un et de l'autre.
Un récit singulier, conçu comme un herbier fantasmatique où la sexualité (la sexualisation) viendrait comme par transparence (comme, dans le film, un dessin de plante révèle en-dessous, lorsqu'on le met à la lumière, une vigoureuse pornographie sous-jacente ("une belle plante" commentera Adrien.)
Un univers à la lisière du conte (pas trop au milieu des ronces), comme le précise un des personnages au moment de la construction de la cabane, qui fraterniserait avec celui d'Alain Guiraudie, où les mâles génèrent un genre de désir diffus qui se répand sur la campagne environnante, faisant de chaque autre mâle rencontré, quelque soit son âge (ça fait plaisir, que dis-je, très plaisir de voir qu'enfin les plus de 60 ans, les "jeunes séniors" (et même les un peu plus âgés) ont droit à une sexualisation, oui, une sexualité visible (chez Creton ils s'embrassent beaucoup), un univers où tous les hommes, qu'ils soient professeur de botanique, élève, propriétaire de serre, chasseur, apiculteur, sont tous, à la fois, désirants, désirés et disponibles...
Un récit attentif, polysémique (osons les grands mots, le récit s'y prête), avec des plans sublimes (j'ai déjà évoqué la scène de lit à trois, mais je pourrais évoquer la "disparition" de Kutta, ou même la scène de la battue, simplissime a priori mais d'autant plus fascinante (soutenue par la musique passionnante de Jozef Van Wissem).
Et je ne peux pas ne pas ranger ce film si particulier sur l'étagère de mes bibelots marquée "Top 10"

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ps : (cela me revient après coup) il est extrêmement rare d'entendre citer un extrait de Philippe Jaccottet dans un film qui n'est pas un documentaire sur lui. Philippe J. apparaît par la bande, avec des fleurs jeunes et une voix de chemin de fer, je crois.)

28 octobre 2023

"fils de pute" en roumain

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SECOND TOUR
d'Albert Dupontel

Le film était ce soir en avant-première et j'avais, disons, besoin de me changer les idées. J'y suis allé, sous la pluie. Un drôle de film, à défaut d'être un film vraiment drôle (ce pour quoi je l'avais pris...). Dupontel c'est, au départ, un cinéma iconoclaste, bête et méchant, à la lisière du fou-furieux, et puis les années passant, qui s'est assagi, apaisé, lissé... Que de chemin parcouru depuis BERNIE (1996)...
J'avais adoré NEUF MOIS FERME (2012), j'avais beaucoup aimé AU REVOIR LA-HAUT (2017) pour lequel l'avalanche de César m'avait semblé un peu excessive. Et j'avais aussi beaucoup aimé (post ici) ADIEU LES CONS (dernier film vu avant le conconfinement...). Donc Dupontel c'est plutôt ma tasse de thé.
Et là j'avoue que j'ai été un peu... perplexe.
Le démarrage part un peu dans tous les sens : On comprend que Cécile de France (qui s'est fait un peu la tête de Catherine Deneuve dans AGENT TROUBLE : cheveux frisottés et lunettes) joue une journaliste (qui a été rétrogradée "au foot" à cause de sa grande gueule), et travaille en duo avec un photographe (Nicolas Marié, l'aveugle de ADIEU LES CONS) qui sait lire sur les lèvres, surtout les insultes, en langues étrangères. Dupontel joue un candidat à l'élection présidentielle (un des deux restés en lice à l'issue du premier tour), et voilà que la journaliste et son photographe sont chargés de "couvrir" les derniers jours de la campagne (qui semble d'ores et déjà acquise au candidat -de la phynance- Dupontel) et voilà qu'elle se rappelle qu'ils étaient tous les deux ensemble en 4ème et qu'elle était amoureuse de lui...
Et tout va partir -énergiquement- en sucette : attentat à la voiture bientôt-présidentielle (explosion) attentats divers contre la personne (du futur président) déjoués manu militari par de très physiques blondes russisantes charpentées façon Ilsa la Tigresse du Goulag, mais aussi des tas de trucs bizarres dans cette campagne (de plus en plus), qui mettent une grosse puce à l'oreille de la journaliste...
Et je n'en dirai pas plus.
Le film n'est pas complètement convaincant. J'ai souri quand même à plusieurs reprises (il y a quelques aimables running gags notamment sur Cécile de France qui jure comme une charretière) et le reste du temps je me suis laissé porter par les péripéties en essayant de rester concentré (parce que tout ça est quand même au final assez emberlificoté, et pas vraiment à juste titre), et de ne pas être trop consterné par la naïveté (le simplisme, la nunucherie ?) de certaines séquences...
J'ai trouvé bien que Dupontel ouvre son film en le dédiant à Bertrand Tavernier, à Jean-Paul Belmondo et à Michel Deville (dans cet ordre). Et j'irai voir, c'est certain, le prochain film d'Albert Dupontel.

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19 octobre 2023

parlons d'amour 2

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L'AIR DE LA MER REND LIBRE
de Nadir Moknèche

La soirée d'ouverture, avec une cinquantaine de spectateurs (et un verre offert après, c'était sympathique -et des petits gâteaux de chez Georgette!-), et c'est le producteur du film qui a remplacé le réalisateur qui a eu une défaillance de dernière minute... Un jeune homme va épouser une jeune femme, on sait très rapidement qu'il s'agit d'un mariage arrangé, que les deux familles engagées y trouvent chacune leur compte, la jeune fille a "fait des conneries", et le jeune homme, on le saura très vite, est gay et amoureux d'un autre garçon, Vincent (avec qui il rompt le jour de son mariage). Mariage arrangé, donc, qui finit par se faire, même si le jeune époux a tout fait pour ne pas. Et donc, de la cohabitation qui s'ensuit des tourtereaux dans leur nouvel appartement, lui partant chaque matin travailler dans la boucherie familiale, elle femme au foyer et aux fourneaux dans l'attente d'un hypothétique enfant. Sauf que le jeune homme sort "courir" tous les soirs (il est branché sur un site de rencontres gays) et quand il rentre est trop "fatigué" pour honorer  madame. Une douche et dodo. Ambiance. D'autant plus que belle-maman (sa mère à lui) veille au grain, et pousse à la roue pour qu'enfin l'heureux événement se produise et qu'elle soit enfin "rassurée"... J'ai eu un peu de mal avec le personnage masculin que je ne trouve pas "aimable", mais j'ai plutôt bien aimé, finalement la façon -assez respectueuse- dont les choses se dénouent. Et c'était très bien, vraiment,  d'avoir le producteur pour animer la discussion. (Et les petits gâteaux étaient super!)

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NUIT NOIRE EN ANATOLIE
d'Özcan Alper

Nous voici en Turquie. Et il est de notoriété publique qu'il ne fait pas bon être gay là-bas. Et réaliser un film qui évoque le sujet est encore plus difficile (on se souviendra du récent BURNING DAYS, d'Emin Alper, et de tous les problèmes qu'il a pu rencontrer avec les "autorités", en dépit d'un excellent accueil critique international). Un homme, parti depuis plusieurs années, revient dans son village à la mort de sa mère, et va se heurter à l'hostilité de tous les mâles du cru, en raison de son obstination à vouloir revenir sur une affaire à laquelle il a été mêlé sept ans plus tout, concernant la disparition d'un jeune homme, un garde forestier nouvellement nommé. Le fil suit une double narration (aujourd'hui / il y a sept ans) et heureusement que le héros a désormais les cheveux plus longs pour nous aider à suivre ces deux temps parallèles. Le film est trèèèès pudique quant au SSTG (la scène la plus "chaude" étant une baignade des deux hommes en caleçon dans l'eau glacée, d'une chasteté totale, ce qui la rend encore plus affriolante (pensez, deux jeunes turcs qui font mumuse en caleçon, ça enflamme l'imagination...) où le contact physique le plus poussé est de prendre l'autre par la main pour le tirer sur la berge...) Un beau film finalement aussi noir que la nuit de son titre (il ne fait pas bon être gay en Anatolie, je le redis). En avant-première (le film sort le 24 janvier 2024), il mériterait donc d'être(re)vu à cet occasion.

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LES DAMNÉS NE PLEURENT PAS
de Fysal Boulifa

Et nous voici au Maroc pour mon incontestable -et tout autant qu'inattendu- coup de coeur de ce Festival. Un genre de road-movie, à travers tout le pays, d'une mère et son fils. Deux acteurs non-professionnels absolument éblouissants. Elle, Fatima-Zahra (Aïcha  Tebbae), toute en rondeurs en sourires et en oeillades complices, et lui, Sélim (Abdellah El Ajjouji)  beau jeune homme avec une ombre de moustache et un corps d'éphèbe couleur pain d'épices (c'est vrai je ne suis pas très objectif sur le coup, je m'enflamme assez vite pour le pain d'épices...). Eux vont de ville en ville, trimballant leurs sacs, survivant comme ils le peuvent (avec un très fort sens de la débrouille), vivant une relation très fusionnelle entre engueulades et réconciliations... jusqu'à ce que l'une rencontre un chauffeur de bus qui n'est pas insensible à son charme (et envisage de la prendre comme seconde épouse) et lui idem avec un français (Antoine Reinartz, beaucoup plus "gentil" ici que dans le récent ANATOMIE D'UNE CHUTE) qui finit par l'embaucher dans son hôtel... La force du couple mère / fils l'emportera-t-elle sur les aspirations individuelles de chacun des deux ? La dernière séquence du film, très forte, a l'intelligence de ne pas tout à fait répondre à la question... Un film parfaitement magnifique, dont j'ai regretté qu'il ne soit projeté qu'une fois...

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TROIS NUITS PAR SEMAINE
de Florent Gouëlou

Décidément cette programmation fut comme un escalier de l'enchantement, chaque film étant un peu plus haut que le précédent. j'étais resté sur le gros bonheur cinématographique des DAMNES NE PLEURENT PAS d'hier soir, et voilà que je me prends -et je n'étais pas le seul, vu les réactions à chaud dans la salle après la projection- une encore plus grosse claque avec celui-ci. Dont le pitch (un jeune photographe tombe amoureux d'un drag.) ne m'affriolait pas spécialement au départ. Mais voilà, le photographe est incarné par Pablo Pauly, un jeune acteur que j'affectionne particulièrement (découvert dans la série LES LASCARS, en 2011, puis retrouvé en haut de l'affiche dans le PATIENTS de Grand Corps Malade...) grâce à qui (pour qui) je suis donc allé voir ce film. Il tombe amoureux de Cookie Kunty (Quentin quand il est "en garçon"), incarné par l'excellent nouveau venu Romain Eck), croisé dans le cadre de son job. Il est aussi marié à Hafzia Herzi, toujours aussi délicieusement incertaine dans son jeu (mais c'est désormais devenu un peu sa marque de fabrique). L'amour soudain de Baptiste pour Cookie va être l'occasion, pour tous les deux (et même tous les trois, puisque Samia, femme de Baptiste, est partie prenante dans cette tourmente affective). Au sein d'une ambiance générale qui évoque autant PRISCILLA FOLLE DU DÉSERT que le TOURNÉE de Mathieu Amalric. Mais bon à la fin, tout à la fin, quand la voiture s'arrête et que la portière s'ouvre et qu'on voit qui en sort, on ne peut pas ne pas pleurer... Et c'est bien ce que j'ai fait.

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DES GARCONS DE PROVINCE
de Gaël Lépingle

Je l'avais déjà vu en ligne (le post est ici). On reste dans le thème du film précédent dans le premier segment (et, je l'avais oublié, dans l'épilogue) et j'ai quand même trouvé ça assez cruel (le troisième segment) et, finalement, un peu démoralisant (surtout après l'émotion générée par le film précédent). On peut juste dire que TROIS NUITS PAR SEMAINE était follement romantique, tandis que ces GARCONS DE PROVINCE sont plus... objectivement réalistes. D'une réalité qui n'est pas youplaboum tous les jours (quand on n'habite pas dans le Marais, il faut savoir ramer...) mais plus cinglante, et que, bon, il faut bien vivre, hein. Lucide et attachant. Quand même plein d'amertume. (et je trouve toujours l'affiche aussi laide hélas...)

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14 octobre 2023

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DERNIERE NUIT A MILAN
de Andrea di Stefano

Deuxième film de la DSI. Un polar urbain nocturne et fiévreux (les trois adjectifs vont bien ensemble), avec le viril Pierfrancesco Favino. (clic clic Zabetta). Un polar avec des flics (des intègres et des corrompus), des asiatiques ("très fourbes et très cruels" hihi mais le plus souvent impassibles comme il se doit), des diamants, des gros flingues qui font du bruit, des morts accidentelles dont certaines génèrent beaucoup de chagrin, et d'autres moins), et bien sûr un salopard de traître (comme dans les vieux films de Brian de Palma, c'est, bien sûr spoil l'ami proche mais bon ça le spectateur le moins fut-fut' l'aura déjà compris dès le départ, hein...).
Un bon polar, classique, "sévèrement burné", avec -j'aime toujours bien ça- la même chronologie revécue de deux façons différentes, avec unité de temps et de lieu (c'est dit dans le titre français, tandis que le titre original est volontairement plus ambigu : "ULTIMA NOTTE DI AMORE" ne voulant pas vraiment dire comme on pourrait le croire Dernière nuit d'amour, puisque Amore c'est le nom de notre bo gosse de flic... Donc dès le titre on est sur une fausse piste, comme on le sera plusieurs fois pendant le film).
Beau travail, belle musique aussi, et beau mâle rital (qui plus le le plus honnête de la bande (et le plus gentil aussi)... enfin, jusqu'à un certain point!)

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Amore et son pote...

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