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lieux communs (et autres fadaises)
16 novembre 2018

tondeuse

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SHAUN LE MOUTON
de Richard Starzac et Mark Burton

Prévisionnement Ecole et Cinéma 1:
Quel bonheur de revoir "en vrai", sur grand écran, dans le bôô cinéma,un mercredi matin, les sensationnels moutons de ce film qui me fait toujours autant rire (comme une baleine même parfois).
C'est drôlissime, sans pourtant un seul mot de dialogue intelligible, et toutes ces bestioles (mais les humains aussi) en pâte à modeler (une animation fabuleusement minutieuse -ou minutieusement fabuleuse ? -) se démènent, à la campagne comme à la ville,  pour le plus grand bonheur des spectateurs.
Oui, c'est drôle, c'est malin, c'est plein de références et de clins d'oeil que chacun à son niveau (le film est entré dans le dispositif Ecole et Cinéma) percevra ou pas, c'est très british (et cet humour très spécifique dont je raffole), bref c'est absolutely fabulous!
Une réussite totale.
Si vous ne l'avez pas vu, allez-y, et si vous l'avez déjà vu, retournez-y!

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une des affiches...

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... et quelques photos

9 novembre 2018

c'est la première fois qu'on me dit que j'ai raison d'avoir tort

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EN LIBERTÉ!
de Pierre Salvadori

Enthousiasmant!
J'adore sortir comme ça d'un film (et ce n'est pas si fréquent). Radieux, comme flottant au-dessus d'un petit nuage. Avec Catherine et Marie, on y est allé le premier jour, dès la première séance, dans le bôô cinéma. Et on en est sortis tous les trois dans le même état. Ce qui est plutôt bon signe.
Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Damien Bonnard composent le quadrille de choc de cette histoire (avec Vincent Elbaz en joker dans sa propre bulle fictionnelle, son film dans le film). Soient Yvonne, une fliquette veuve depuis deux ans de Jean, un flic qu'elle croyait modèle, Antoine, un innocent tout juste libéré après après huit ans de prison, Agnès, sa femme qui l'a attendu pendant huit ans, et Louis, flic aussi, collègue d'Yvonne, ex-collègue de jean et amoureux d'Yvonne. Yvonne  qui apprend accidentellement que Jean n'était pas le superflic dont elle raconte les aventures à son fils chaque soir pour l'endormir, mais un sale ripou, qui a notamment envoyé un innocent en prison. Elle décide donc de tenter de réparer un peu les choses (de veiller sur Antoine et de lui venir en aide...) mais les choses ne vont pas être aussi faciles...
Le film démarre pleins gaz, avec une scène d'action survitaminée (et surenjolivée), une intervention policière pétaradante comme un quatorze juillet (qui reviendra plusieurs fois dans le film, avec de jouissives variations sur le motif) introduisant le personnage de Jean, puis enchaîne sur une scène de comédie dans un commissariat (présentant Yvonne et Louis, au milieu de toute une pittoresque faune encuirée et masquée raflée dans un bordel sm), avant de poursuivre (bifurquer) sur Antoine sortant de prison et revenant chez lui, pour une scène sublime d'émotion avec Agnès, sa femme (qui m'a mis oui oui la larme à l'oeil). Avant de redémarrer à fond les manettes en zigzaguant, en vrombissant (mais je ne vais pas tout vous raconter hein.). Ca ne va plus s'arrêter. L'"action", l'humour, l'émotion, Pierre Salvadori va jouer (superbement, subitilement) de ces trois curseurs, qu'il poussera plus ou moins loin, pour construire son histoire.
On a vu à peine dix minutes de film et on est déjà passé par tous les états. Et ça ne fait que commencer...
Pierre Salvadori (qu'est-ce qu'on l'aime cet homme) a façonné un bijou de comédie noire, ciselé les dialogues, poncé les situations au papier de verre double zéro (le plus doux) au petit poil, pour "mettre le spectateur dans un état de bonheur permanent" (c'est lui qui l'évoque dans une interview).
Et on l'est (et on le reste : ça faisait des lustres que je n'avais pas eu envie comme ça  de retourner voir un film juste quelques heures après l'avoir vu...). Plaisir, euphorie, jubilation, devant un scénario millimétré qui ne laisse pas une minute de répit, ni à ses personnages ni à ses spectateurs. Et les acteurs, tous, sont à la hauteur du film. et ça vole très haut je vous assure. Le "couple-vedette" (Adèle Haenel / Pio Marmaï, mamma mia, magnifiques) fait des étincelles, pyrotechnique, pétarade, mais toujours avec le (grâce au) contrepoint -aimant-, indispensable de leurs "moitiés" respectives (Damien Bonnard et Audrey Tautou re-mamma mia, tout aussi excellents). Le contrepoids. Chacun est indispensable à l'équilibre de l'histoire. Mais tout se joue (comme très souvent chez Salvadori) à coup de mensonges (ou de pas tout à fait la réalité) dans une galopade scénaristique où le spectateur a juste un peu d'avance sur chacun de ses personnages -et en profite d'autant plus-.
Le film est un cataclysme, un tsunami, mais qui ne vous veut que du bien. Un genre de train fantôme, comme celui, d'ailleurs qu'on y voit dedans. On s'y installe, ça démarre, on est emporté, ça fonce dans le noir, ça zigzague, ça virevolte, on sait que tout ça, même ce qui est censé faire peur, c'est pour de rire, mais on y va, on est transporté, on hurle quand il faut hurler, on reprend sa respiration au cours des pauses, on éclate de rire et on a les larmes aux yeux, et des fois tout ça en même temps... En liberté! est bien le plus juste des titres, pour qualifier le film lui-même, et son réalisateur.
Un manège coloré, bariolé, qui tourne joyeusement dans la nuit et vous laisse redescendre, étourdi et chancelant, la tête remplie d'étoiles...
A la sortie, avec Catherine et Marie on partageait notre bonheur, on échangeait les répliques, les situations. J'avoue qu'une de mes scènes préférées est celle des vigiles contemplant sur leurs écrans la scène du braquage. tout y est parfait. (mais je pourrais en dire autant de tout le reste du film).
Jamais un film n'aura mieux mérite ce qualificatif de perché. Et très haut.

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6 novembre 2018

rain and tears

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CHACUN POUR TOUS
de Vianney Lebasque

Tiens! Encore un film qui parle de sport,  et d'une équipe masculine, et qui se termine sur une compétition internationale, et avec une médaille d'or pour l'équipe en question... (je ne spoile rien du tout). Ici le sport c'est le basket, l'entraîneur c'est Gérard Darroussin et l'équipe est celle de déficients mentaux qu'il souhaite présenter aux Jeux Paralympiques de Sydney. Sauf que, plusieurs de ses joueurs habituels lui ayant fait défaut, le voilà bam! qui conçoit un stratagème : engager des faux handicapés mentaux pour que l'équipe puisse figurer à Sydney (et assurer la pérennité de la subvention pour sa fédération qu'on menace de lui retirer.) Et va donc procéder à un casting pour constituer sa nouvelle équipe.
Dans l'équipe définitive (qui passe avec succès l'épreuve de la visite médicale grâce à un coaching intenif) ne figurent plus que deux "vrais" déficients mentaux (Freddy et Yohan, joués par de "vrais" acteurs déficients mentaux), tandis que tous les autres jouent : notamment la paire-vedette, Stan (Ahmed Sylla) et Pippo (Olivier Barthélémy), deux amis d'enfance, un black et un grand balèze barbu, peut-être un peu con-cons, dans la bonne moyenne quoi, mais pas déficients (enfin, mesurés officiellement en tant que tels). Evidemment, il sera question au début du film de moralité et de scrupules,vite repoussés sous le tapis, évidemment ils vont tous partir à Sydney, évidemment ils vont aller jusqu'en finale, et, évidemment ils vont la gagner, cette finale... On est, une fois encore, dans un feel good movie, donc on feel good, et ça fait plaisir de revivre, à quelques jours d'intervalle après Le Grand Bain, une finale victorieuse pour nos héros, avec tout autant d'émotion (j'ai même versé ma larmichette, si si...) même si les enjeux sont tout à fait différents.
Une comédie qui évoque le handicap, c'est un dosage délicat à réussir a priori. Du genre nitroglycérine.Il s'agit de faire rire avec et non au détriment de. Précisément. Encore plus lorsqu'il s'agit de mecs "normaux" censés simuler la déficience. Corde raide. Et ma foi Vianney Lebasque s'en sort plutôt avec les honneurs. A la paire-vedette "déficients" (Freddy et Yohan) répond l'autre paire-vedette "efficients" (Stan et Pippo), dans un certain souci d'équité (chacun ses qualités, chacun ses problèmes), de leur confrontation naîssent les étincelles -les crépitements- de la comédie, avec le toujours bon Darroussin entre les deux. L'ensemble des personnages secondaires rajoute encore du baume au coeur de la fiction (à quoi ça tient d'être "normal" ou presque, hein ?) et contribue à la réussite -et à la justesse- du film. Bon, on peut regretter que le casting féminin joue un peu sur le banc des remplaçantes (Camélia Jordana dans un rôle un peu joliment "décoratif", et deux "esquisses" : une splendide athlète jamaïcaine en chaise roulante pour une idylle avec Pippo, et une jeune fille surnommée Paprika par Freddy, qui lui aussi a droit à son idylle...) dans ce qui est surtout, comme Le grand bain encore une fois, une histoire d'hommes (mais qui roule un peu plus des mécaniques que le film de Lellouche, ce qui n'est pas forcément une bonne chose).
Le film a un peu de mal a démarrer (histoire de ton, d'abord, ce qui serait comme un échauffement un peu laborieux) puis trouve son rythme, à partir de l'arrivée au village olympique, les choses vont de mieux en mieux (le dosage déconne/émotion), en même temps que la cohabitation déficients/efficents s'affine et s'approfondit, jusqu'à cette fin en point d'orgue (jamais je n'avais été aussi ému par une chanson de Démis Roussos promis juré...) et le retour (de bâton) à la réalité qui suit. (Le film est inspiré d'une histoire vraie, la même grosso-modo, qui est arrivée à l'équipe d'Espagne (où 10 joueurs sur 12 n'étaient pas déficients mentaux, et ont perdu leur médaille d'or, que seuls les vrais déficients ont pu conserver...))
I feel good... (un cran en-dessous du Grand bain, mais feel good quand même...)

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5 novembre 2018

radio-cassette rose

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THUNDER ROAD
de Jim Cummings

Il y a des films comme ça, que, dès le résumé sur allocinoche, on a envie d'aimer, de défendre, de poupouner, et puis, le soir où on le voit (gaffe! juste trois séançounettes dans le bôô cinéma) rien ne se passe comme prévu, et finalement on est triste que la rencontre attendue (espérée) n'ait pas vraiment eu lieu.
Oui, c'est comme l'amour, ça ne s'explique pas. Ce monsieur, Jim Cummings, a pourtant tout fait ou presque (il écrit, il filme, il joue, il produit, il musique...) et on avait trop envie de l'aimer. Et à la fin du film on est déçu, c'est normal, parce qu'il nous agace (au mieux) nous exaspère (au pire). Nous dérange peut-être aussi, avec son personnage de flic un peu borderline, un peu psychorigide d'apparence, genre bon élève bien peigné, mais prompt à péter les plombs à la moindre occasion. Un colérique un peu enfantin, qui taperait juste un peu plus fort du pied, et surtout aurait un flingue. et des occasions de péter les plombs, le film ne manque pas de lui en procurer, qu'elles soient familiales, affectives, ou professionnelles...
Mais on est un peu embêté parce que tout ça vire un peu au one-man-show, un peu forcé souvent. C'est difficile à la ois de jouer et de se filmer en même temps.
Bon c'est vrai, j'étais fatigué, j'ai piqué du nez de temps en temps, mais j'étais réveillé en sursaut à chaque fois ou presque par ce mec qui gueulait et j'avoue que ça m'a gavé (doublement, à la fois parce que je m'endormais et parce que ça me réveillait.)
J'ai un peu mal au coeur de critiquer "un peu", parce qu'on a le sentiment que c'est le genre de film où le type a vraiment mis tout son coeur, toutes ses tripes, toute son énergie (et ses économies, aussi, me semble-t-il). Quelque chose de vital. Qui mérite le respect, en même temps.
Alors je ne le dis pas trop fort.
C'est vrai que la première scène est anthologique (d'ailleurs, à l'origine, c'était un court-métrage à elle toute seule). Mais même cette scène-là, à la longue, elle me met déjà mal à l'aise...
Voilà, on avait envie d'aimer, on n'aime pas vraiment, on est déçu...
Mais peut-être que la prochaine fois que je le verrai je serai dans de meilleures dispositions. (Qui sait ?)

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4 novembre 2018

le téléphone pourra sonner (il n'y aura plus d'abonné)

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NOS BATAILLES
de Guillaume Senez

Je l'ai enchaîné directement après Le Grand Bain et l'écart de température(s) était saisissant. Romain Duris en père courage, que sa femme a laissé seul avec leurs deux jeunes enfants, partie pour "faire le point" (où on ne sait trop quoi d'autres), et qui donc se démène, se démerde pour assumer le quotidien, son boulot, ses fonctions de syndicaliste, en butte à une DRH spécialement impitoyable... bref, après le feel good movie, c'était le feel pas très good movie.
La qualité d'interprétation de l'ensemble des acteurs est vraiment remarquable (Duris en tête, bien évidemment, dont je pense -et je ne suis pas le seul- qu'il trouve là un de ses meilleurs rôles, mais aussi les enfants -le garçon, Basile Grunberger, est sidérant-, sans oublier les partenaires féminines, Laure Calamy plus que parfaite dans le rôle de la collègue syndicaliste, bonne copine, et plus si affinités, et la toujours aussi enthousiasmante Laetitia Dosch dans le rôle -trop court- de la frangine intermittente du spectacle), et ce sentiment d'extrême justesse de la part de chacun(e) rend le film encore plus attachant.
Le pauvre film hélas ne passait que 3 fois dans le beau cinéma, et j'étais obligé de le voir à cette séance-là, mais, bonne surprise, le public était au rendez-vous (une trentaine de spectateurs dans la petite salle 1 du bôô cinéma pour cette séance de 18h, mais bon tous les films n'ont pas les mêmes chance face au public, hein : par exemple Le Grand bain était, lui, programmé plus de 30 fois la même semaine, hein, les inégalités parfois sont criantes...)
Un beau (et complexe) personnage masculin, des personnages féminins tout aussi fouillés et attachants, un éventail de thématiques (et de problématiques) plutôt dense (le couple, l'amour, le travail, le syndicalisme, la famille, l'engagement, l'honnêteté) -peut-être même un peu trop ?- font de Nos batailles un beau film fort. Irréprochable, mais, allez savoir pourquoi, je n'ai pas adoré autant que j'aurais dû. Je m'y suis même, à un moment, presqu'un peu ennuyé.  La proximité immédiate du Grand bain, sans doute.
Il y a pourtant toute une série de scènes magnifiques, qui me touchent, par exemple toute celle sur Le paradis blanc de Michel Berger, (chanson qui me touche depuis que je suis petit) et toute la dernière partie (avec le vote familial -"La démocratie c'est nul..." "Oui mais il vaut mieux qu'il y ait un déçu plutôt que deux..."- et la peinture sur le mur) plus légère(s) que le reste...
Le film finit sur une note plutôt optimiste, et ça c'est bien. Feel presque good movie, in extremis. Les histoires d'amour finissent bien en général (surtout quand le héros est doté d'une conscience politique). oui, vraiment, un magnifique personnage, entouré d'autres, tout aussi magnifiques...
Je précise qu'à la sortie, tous les autres spectateurs avec qui j'ai discuté étaient unanimes (et enthousiastes), et le film le mérite. Si vous avez l'occasion, vraiment, allez-y (mais pas dans le bôô cinéma, il ne passe déjà plus).
(je tente de m'absoudre de ma mauvaise conscience).

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29 octobre 2018

bienvenue aux lendemains

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COLD WAR
de Pawel Pawlikowski

J'étais resté sur le souvenir de l'émerveillement produit par Ida (), en 2014. Et j'ai donc couru voir celui-ci dès la première séance, sans en rien savoir du tout, avec les copines Emma et Dominique, dans la salle 3 de notre cher Victor-Hugo. Tranquilles, au dernier rang (pour ne pas recevoir des coups de genoux dans le dos) même si quelques vieilles sont venues en ribambelle perturber notre quiétude en voulant s'asseoir aussi en ce même dernier rang. Mais passons sur les fâcheuses.
Plastiquement, le film provoque la même sidération qu'Ida (même format, même sens du cadrage, de la composition) pour un sujet un peu différent (quoique). L'histoire est cette fois centrée sur un couple (une chanteuse blonde et un musicien brun, Joanna Kulig et Tomasz Kot, tous les deux délicieusement délicieux) du genre que je préfère, celui  du "ni avec toi ni sans toi", qu'on va suivre de de 1949 (le moment de leur rencontre) jusqu'à quasiment quarante ans plus tard, quand la boucle est bouclée. En Pologne, puis à Berlin, puis en France, puis re-en Pologne. Un couple dont le réalisateur affirme que l'histoire est inspirée de celle de ses parents (à qui le film est d'ailleurs dédié).
Un film qui chante beaucoup (toutes les premières scènes, par exemple, j'en étais très étonné) et qui danse (presque) tout autant, et même qui jazze (même si, justement, vous devez commencer à le savoir, ce n'est pas là mon genre musical préféré...), et c'est drôle (et attendrissant) de voir comment les temps changent (et les lendemains qui (dé)chantent) avec l'évolution d'un chanson (celle qu'on peut appeler "Oy oy oy", qui démarre à l'ouverture du film en refrain folklorique pour choeur de vierges aux joues rouges au grand air pour finir (à la presque fin de l'histoire) en standard vinylique germanopratin (voluptueux  et enfumé.)
Le réalisateur parle d'amour, mais, comme dans Ida, il parle -d'abord-  de la Pologne, du communisme, de la guerre froide, de l'histoire, de la politique, c'est la trame de ce qui aurait pu être un mélodrame étriqué (convenu) mais qui par son sens de l'ellipse et par la grâce de sa mise en scène épurée (sans esbrouffe) devient une grande et belle et touchante chronique (le dernier plan est beau à tomber, et il y aurait d'ailleurs tout un beau travail à faire sur les sorties de cadre dans les films de P.Pawlikowki...) au lyrisme tenu (ténu ?). L'Amour , l'Histoire avec un grand H, mais aussi, surtout, celle d'un couple qui se forme, se déforme, se distend, s'éprend et se déprend, au fil des ans et des lieux, et des élans de chacun des deux.
Et puis ne boudons pas le plaisir de retrouver, dans la partie française, "la" Balibar (notre Jeanne -cocorico- Nationale, que je n'ai d'ailleurs pas identifié à sa toute première scène), mais, également, Cédric Khan (dont j'ai dû attendre jusqu'au générique de fin pour retrouver le nom) que j'aime décidément beaucoup comme acteur même si j'ai du mal à reconnaître.
Le film est bref (moins d'1h30, générique compris) et c'est juste parfait comme ça. On ne pourra pas l'accuser d'en faire trop.
Avec Dominique et Emma, nous sommes sortis tous trois  parfaitement ravi(e)s.
Une incontestable perfection formelle (même si l'histoire est peut-être un peu en deça de celle d'Ida)
Je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un oeil sur les critiques, dont j'étais certain que quelques-un(e)s allaient m'énerver. Bingo. Une fessée pour le nouvel *bs, d'habitude mieux inspiré ("Un film de misanthrope drapé dans un romantisme factice") et une pour les Cahiaîs -j'allais dire "bien sûr", tellement ils ont le don, à chaque numéro, de m'énerver plusieurs fois- ("Cold War fait partie d’une vague « rétro » fleurissant actuellement en Pologne marquée par un retour quelque peu nostalgique à la période de la guerre froide. Ce cinéma vintage met l’accent sur la reconstitution soigneuse de l’atmosphère de l’époque d’avantage que sur l’analyse politique. Le film de Pawlikowski ne déroge pas à la règle.")
Pffff...

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Ah tiens, si... Si je peux me permettre, j'en aurais bien une petite, de critique : quelle idée de traduire "en français" le titre polonais original par Cold War... A mon avis, il y avait mieux à faire...

22 octobre 2018

comme si le coeur sortait

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LE GRAND BAL
de Laetitia Carton

C'était la soirée d'ouverture de saison, avec le film qu'on offre à nos adhérents (mais qui nous est facturé par l'esploitant, faut pas rêver non plus...), avec, cette année, une fois n'est pas coutume, un doc. Mais quel doc... Et si le bonheur était dans la salle, sur l'écran, il le fut aussi, après la séance, dans le hall du cinéma, puisqu'un groupe ami (Akan) s'y était installé pour, lui aussi, (nous) proposer un grand bal, et donc ça guinchait, ça tournait, ça virevoltait, avec un plaisir manifeste et des sourires grands comme ça.
J'avoue que j'étais, avant le début du film, un tout petit peu sceptique sur l'intérêt de la chose : un documentaire sur des gens qui se réunissent tous les ans, à 2000, pour passer une semaine à danser ? Mouais me disais-je... Et j'ai d'ailleurs continué à avoir un (tout petit) peu peur, au tout début du film : on y voit, effectivement, des gens qui dansent, la logistique du festival, les cours, les bals, les boeufs... Des gens qui parlent de ce festival, de la danse, de la façon dont ils vivent l'événement.
Et, comme une danse, justement, ça se met en route, tout doucement, à petits pas, mine de rien, et puis ça prend de l'ampleur, de l'espace, de la vitesse. De la force. Tiens, comme Le beau Danube Bleu, au début c'est calmos et riquiqui, comme si les musiciens (comme si les danseurs) prenaient le temps de s'accorder, de se mettre dans le bain, et puis ça prend de l'ampleur, ça accélère et ça tourbillonne majestueusement, à profusion, de plus en plus, comme si ça n'allait jamais s'arrêter.
Et c'est comme ça que Laetitia Carton a construit son film. Plus on avance, plus on danse, et plus ça devient passionnant. Moins il y a de mots et plus il y a de corps, de mouvement, d'énergie. Et de cinéma. Il y a dans ce Grand bal des scènes sublimes, ma préférée (la première) étant peut-être -paradoxalement- celle qui est centrée sur un couple, quasiment immobile au milieu de la piste, enlacé, les mains de la femme tenant le dos de son cavalier, tandis qu'au fond, en flou, ça s'agite joyeusement. autour d'eux, d'abord sur une musique "rapportéé", puis le son descend progressivement jusqu'au silence complet -un moment éblouissant- avant que la réalisatrice ne rende à la scène son son d'origine, et c'est comme si, à partir de ce moment, le film (pour moi) avait véritablement pris son envol. Oui, à partir de ce moment le pari est gagné, j'étais conquis, séduit, enthousiasmé. Une danse où ne sont filmés que les pieds, En surface par Etienne daho et Dominique A, un monsieur qui signe les consignes d'une danse, un gros plan sur deux mains jointes d'un couple en train de tourner follement, un grand cercle collectif avec des pas en avant puis en arrière, qui pourrait ne jamais s'arrêter, tout passionne, attendrit, émerveille, ponctué (accompagné) par la voix-off de la réalisatrice qui vient presque chuchoter à notre oreille des choses douces et tendres...
Ce qui est frappant (et qui s'est ensuite vérifié dans le hall, "en vrai") c'est la joie qu'on peut lire sur tous les visages de ces danseurs, l'incroyable sentiment de communauté, de partage, qui se dégage de ces corps en mouvement. Ca donnerait presque envie de s'y lancer, de les rejoindre (et le film m'a permis d'éclaircir un peu le rapport compliqué que j'ai personnellement avec la danse (celle qu'on pratique, pas celle qu'on regarde) : danser c'est toucher, accepter d'être touché, et c'est sans doute pour ça que je n'y suis pas très à l'aise...)
Un beau moment de liesse cinématographique à regarder, en tout cas.

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14 octobre 2018

amende honorable

j'étais tout à l'heure
Et ça m'a fait un drôle d'effet.
J'ai, comment dirais-je..., un peu "culpabilisé"...
J'ai détesté le dernier film de ce monsieur, Climax, et je me suis laissé aller au plaisir de le descendre.
Et là je tombe sur un homme qui ne ressemble pas vraiment à son film (ou plutôt à qui son film ne ressemble pas vraiment), un bonhomme attachant et qui parle de films et de réalisateurs qui le touchent, et qui me touchent aussi (en gros, ça va d'Alain Cavalier à Harmony Korine). Ce mec est cool...
Alors je suis un peu embêté, jeme dis que j'ai peut-être un peu chargé la mule, ou qu'il y a un truc que je n'ai pas compris, ou que je suis passé à côté de quelque chose...
Bref, ça me perturbe un chouïa... Et j'ai envie d'en savoir un peu plus sur lui.
Histoire de me (re)faire une idée...

gaspar noé


Dans la même série, on trouve Jacques Audiard (), plutôt plaisant et Quentin Dupieux () qui lui au contraire, même s'il a une belle grosse barbe, l'est moins (plaisant), hélas (il est très cassant avec pas mal de films que j'aime, mais bon, il avoue quand même "chialer devant Totoro...")...

11 octobre 2018

faux-semblants

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SOFIA
de Meryem Benm'Barek

Une semaine cinématographique forte et âpre. Après le lyrique et speedé (et marseillais) Shéhérazade, voici Sofia, sa soeur marocaine. Film qu'on pourrait classifier "de femme(s)" tant est prépondérante la place d'icelles au casting. Les mâles ici n'ont pas vraiment le beau rôle, et ils le méritent bien...
Le film débute à la fin d'un repas de famille, où des alliances financières sont en train de se conclure autour d'un projet agricole commun. Sofia, la plus jeune, plutôt effacée, se plaint soudain de violentes douleurs au ventre, et sa soeur qui l'ausculte (hors de la vue des autres) lui annonce qu'elle est enceinte, et d'ailleurs la voilà qui perd les eaux. Sa soeur l'emmène à l'hôpital, où on refuse de s'en occuper, un bébé hors-mariage et sans père étant considéré comme illégal. Elle aura quand même une chambre pour accoucher en douce, grâce à la complicité d'un camarade médecin, mais doit la quitter l tout de suite, "avant le passage du chef de service". Voilà Sofia avec un bébé, et dans l'obligation de "régulariser" la situation. Qui est le père ? Il doît reconnaître le bébé et épouser la jeune fille. Elle désigne un jeune homme, Omar, qu'elle n'a vu qu'une fois, qui vit dans un quartier pauvre de la ville. Les parents de Sofia sont anéantis, et vont rencontrer la famille du jeune homme, qui lui nie les faits dans un premier temps, puis finit par les reconnaître. Après un bref passage en cellule, puis un consécutif graissage de patte du commissaire chargé de l'"affaire", voilà que soudain "tout est arrangé"...
Sauf que. Ce n'est que le début de l'histoire.
La réalisatrice, dans un récit beaucoup plus complexe qu'il n'apparaît au départ, dénonce l'hypocrisie de la société marocaine, le poids -écrasant- des traditions, le pouvoir de l'argent, la différence des classes, et l'importance de l'apparence. Surtout, toujours, sauver les apparences. Pour parvenir à ses fins. Chacun(e) des personnages féminins  y a eu affaire. Et chacune a réagi à sa façon propre. Elles sont toutes magnifiques. Sofia, d'abord, butée, fermée, qu'on ne verra souriante (et transfigurée) qu'à la dernière minute du film (et tant de choses alors se seront passées). Et sa soeur, et sa mère, et sa tante, et la mère de son mari. Toutes, elles font ce qu'elles peuvent, à leur façon, à leur niveau. Le film ainsi oscille entre l'intime (les scènes entre femmes) et le sociétal. Avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Se marier, pourquoi ? Dire la vérité, pourquoi ? Où le verbe "aimer" se conjugue de bien étrange(s) manière(s), et ce depuis tellement longtemps...

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10 octobre 2018

le diable, probablement ?

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L'HEROÏQUE LANDE, LA FRONTIERE BRÛLE
de Nicolas Klotz et Elizabeth Perceval

Il y a des événements, comme ça, que j'aurais du mal à laisser passer : un documentaire sur la Jungle de Calais (et ses habitants) d'une durée de 3h45, c'était tentant, et c'était l'occasion ou jamais... De Nicolas Klotz j'avais déjà vu La question humaine (avec Mathieu Amalric), aussi impresionnant que glaçant, mais qui était une fiction, et je ne connaissais que de nom ses documentaires.
La Jungle de Calais a été un sujet suffisamment fort pour intéresser d'autres cinéastes (notamment Sylvain Georges pour Qu'il reposent en révolte -que j'étais d'ailleurs quasiment sûr qu'on avait fait venir dans le bôô cinéma mais dont je ne retrouve aucune trace dans mes archives hélas-) et donc j'ai décidé d'y aller en ce beau samedi ensoleillé, facteur qui hélas avait du influer sur la baisse du nombre de spectateurs potentiels (nous étions peu, trop peu en tout cas).
Nicolas Klotz et elizabeth Perceval ont filmé la Jungle et ses habitants pendant plus d'une année, au fil des saisons, et c'est donc d'une énorme masse d'images et de témoignages dont ils disposaient, et le film s'est d'abord construit là-dessus, à partir de ce matériau. Mais à l'image de son sujet, il s'est  construit, reconstruit, a proliféré, comme vivant sa vie propre de film libre, et a adopté donc une forme changeante au fils des jours et des mois (et des minutes et des heures, dans la matière du film). A partir des lieux (les "baraques", le plastique qui claque, les tôles, les bâtiments de fortune) et des gens qui y vivent, qui espèrent, qui attendent, qui tentent et re-tentent leur passage vers cet eldorado idyllique : "UK"... deux lettres auxquelles ils se raccrochent comme une alternative encore plus forte que les trois (lettres) de God, dont il est souvent question. Gens qu'on voit vivre, et qui témoignent, face caméra, et auxquels on ne peut que s'attacher. Fim-phare, film-gyrophare, film-témoin, film-balise, L'héroïque lande (un titre que j'ai eu énormément de mal à retenir) est tout ça, mais, en restant pourtant toujours objectif, bien plus que ça aussi. Une matière filmique somptueuse, multiple, qui fascine et fait rêver. Certains critiques ont fait aux réalisateurs un (mauvais) procès sur l'esthétisme du film. Ils ont tort, bien sûr. Ce n'est pas parce qu'il filme la boue que le film doit être boueux. Bien sûr, il y a le réel filmique, mais aussi -et surtout-  sa "part des anges" (ce qui s'évapore, ce qui s'en échappe, ce qui le sublime, au sens propre). Ce qui est filmé, ce qui est montré (ce qui est monté), et l'interstice entre les deux. La longue scène finale, presque abstraite (sur la plage un homme danse seul tandis qu'au loin un bateau passe (et part, de droite à gauche, c'est le code) est posée comme une longue respiration (comme, après avoir crapahuté, on reprendrait soudain son souffle), un temps suspendu sublime, un ailleurs rêvé, une lumineuse illusion.

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8 octobre 2018

polydore, fils de priam

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CE QUI NOUS UNIT
(THE BREAD FACTORY Part 1)
de Patrick Wang

C'est chouette d'avoir de l'entregent, et, grâce à l'ACID, de recevoir, deux mois avant sa sortie, un dvd d'un film qu'on était impatient de voir,  et de pouvoir le regarder, tranquillou au chaud, sur son ordi (bien que le monsieur de l'ACID ait recommandé de le voir sur un support le plus grand possible, hein...). Un film de Patrick Wang dont on avait déjà beaucoup aimé In the Family et adoré Les secrets des autres, deux "histoires de familles", déjà. Ce qui nous unit, est, lui aussi une histoire de familles,  construite autour de deux beaux personnages de femmes, Dorothea et Greta, qui ont crée un lieu vivant, entre le centre d'art et la maison de quartier, dans la petite ville de Checkford, après avoir racheté une bread factory (usine à pain) désaffectée. Ce lieu est un genre de coeur battant, social, artistique pour les habitants de Checkford et leurs kids. Rencontres, échanges, créations (cinéma, théâtre, poésie), bref un lieu autour de la création, un lieu qui fait réver...
Or voici qu'est arrivé en ville un couple d'artistes performers chinois, May et Ray, qui non seulement ont fait construire un gigantesque bâtiment en plein coeur de la ville (qui fait donc de l'ombre à la bread factory) mais manoeuvrent pour effectuer une sournoise captation de subventions, un sino-siphonnage de pépettes qui, s'il était voté, empêcherait la bread factory de continuer à fonctionner.
Et donc Dorothea et Greta vont faire leur possible pour faire basculer en leur faveur le vote des décideurs de subventions... C'est à la fois très simple et très complexe : Patrick Wang nous présente un grand nombre de personnages, au départ sans notice explicative, et c'est à nous spectateurs d'être attentifs et de relier entre eux (dans l'ordre) les points narratifs numérotés pour réussir à avoir une vue d'ensemble, reconstituer les familles (réelles ou pas, qui est parent de qui, qui aime qui, qui travaille avec qui, et pour qui) mais pas besoin d'être inquiet, il le fait avec beaucoup d'attention, de tendresse et d'humanité. Ce sont les petites histoires de chacune et chacun qui vont progressivement s'agencer pour tenter de nous montrer ce qu'est vraiment ce lieu, et tout ce qui s'y vit.
C'est un film centré sur la parole, le temps de parole de chacun(e), sur les différentes façon de la donner et de la prendre. De s'exprimer, d'échanger. Non seulement via les différents intervenants et ateliers de la bread factory (y compris les enfants), mais aussi lors de la longue séance finale (précédant le fameux vote) où les deux parties en présence (la bread factory vs May & Ray, le petit peuple américain affrontant l'art institutionnalisé, le David du do it yourself opposé au Goliath du profit et des montages financiers) vont, successivement, défiler à la barre les témoins de chaque parti(e), pour tenter de faire pencher les votants en leur faveur...
Et c'est délicieux.
Car le film est beaucoup plus qu'un simple bout-à-bout de prises de parole (individuelles ou duelles). Bien plus fort, plus touchant, plus humain. Deux vieilles dames, d'autres plus jeunes, un très jeune projectionniste, un très vieil acteur, un apprenti journaliste, un poète timide, une cinéaste rentre-dedans, une traductrice pas sûre d'elle, etc., sont donnés  à voir. Se croisent, s'affrontent, se cherchent, s'évitent, se trouvent...Et le titre français, Ce qui nous unit, me semble (pour une fois ?) plutôt bien trouvé. Patrick Wang a réalisé un film sur les rapports (humains) sous leurs différentes formes1, qu'ils soient affectifs ou conflictuels, familiaux ou administratifs, intellectuels ou quotidiens, mais sans jamais être un film théorique, juste un film... juste. Le genre qui peut simplement servir à vous redonner de l'espoir.
Fascinant, attachant, bouleversant même, avec parfois des émerveillements de lanterne magique  (je pense à la lecture par le jeune Max du rôle de Polydore), comme l'était déjà, de façon aussi forte,  Les secrets des autres (où le titre françait modifiait, cette fois,  l'original, The grief of others). The grief of others (le chagrin des autres) , ici, il y en a aussi,bien sûr, mais des bonheurs tout autant. Et j'adore la façon qu'a le réalisateur de nous présenter tout ça sur le même plateau, au même niveau. Une répétition, un conseil d'administration, une séparation amoureuse dans une voiture, un repas en famille, un début de discussion après projection d'un film, un échange autour d'un verre de lait, tout est jeu, tout fait sens, tout émeut.
Et lorsque s'inscrit sur l'écran "end of part one", on est désolé de les quitter, comme ça, (oui, c'est, justement, ce qui nous unit), surtout sans avoir encore de date française de sortie pour la "part two" (mais en même temps on est très heureux de savoir qu'on va les retrouver bientôt...)
Très très hautement recommandé.

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15 juin 2021

clafoutis

FIRST COW
de Kelly Reichardt

Pour parler franchement, il y a des films que je vois avec plus de ferveur que d'autres, (presque de religiosité), et celui-ci fait partie de ceux-là. Au départ parce que Kelly Reichardt, qui est sans doute devenue une de mes réalisatrices préférées, statut acquis patiemment, progressivement, au fil des années et des films. Le dernier, Certaines femmes, m'avait fait plus que forte impression (voir ). Par symétrie, celui-ci pourrait s'appeler Certains hommes, (First Cow, il faut le reconnaître, n'est pas a priori très vendeur) et, tout aussi symétriquement, je le porte aussi haut dans mon coeur que son prédécesseur.
Après un début qu'on pourrait presque reconnaître comme un clin d'oeil à Wendy et Lucy (une jeune fille avec son chien, qui découvre par hasard une tombe clandestine), on sait déjà comment tout ça va se terminer, et pourtant les deux heures suivantes vont passer comme un rêve. Dès le début on y est bien. Comme à la maison (enfin, la maison de Kelly Reichardt). Ecran presque carré, ambiance wild wild west crasseux boueux, le décor est posé. Comme semblerait le souligner la citation en exergue

(" A l’oiseau le nid, à l’araignée la toile, à l’homme l’amitié."
William Blake 1757-1827)

une histoire d'amitié, qui pourrait être comme un nouveau clin d'oeil amical, mais cette fois à Old Joy (ma porte d'entrée dans la filmographie de la dame). Deux mecs, deux "laissés pour compte" ("Personne ne veut de moi..." dit Cookie) de la rutilante et viriliste (et puante, dans tous les sens du terme)) légende américaine du Far-west, un cuisinier doudounet un asiatique poursuivi, qui s'associent (se donnent la main) pour rêver ensemble (parce que l'un a sauvé la vie de l'autre) et vivre dans une cabane de guinguois jusqu'à ce que fortune soit faite. En faisant des beignets.
Comme dans La dernière piste, (troisième clin d'oeil ?) Kelly Reichardt dégraisse le western jusqu'à l'os, et on ne l'en aime que d'autant plus pour ça. Encore une épure sidérante. Une histoire simple, re-composée en un album somptueux dont on tournerait les pages avec précaution, avec émerveillement. L'histoire de Cookie Figowitz et de King Lu  (et de "la" vache de Chief Factor, car vache il y a, l'affiche ne ment pas). La pâtisserie va jouer, à deux reprises, un rôle important dans l'histoire des deux amis (les beignets d'abord, puis le clafoutis). Et les rêves aussi, bien sûr.
C'est une chronique rurale et douce (et c'est incroyable de réussir à faire un film doux, avec ce qui s'y raconte), qu'on a beau savoir déjà bouclée d'avance, et pourtant on prend le temps de s'y poser, s'y reposer (je ne suis sans doute pas objectif, mais chaque plan, chaque cadrage, chaque éclairage frôlait pour moi une sorte de perfection), d'y... flâner. De s'y attarder.
"Less is more", ça n'a jamais été aussi vrai, jusqu'à cette ultime élégance de s'arrêter juste avant l'inéluctable. non pas par un arrêt sur image, en plein mouvement, comme dans Butch Cassidy et le Kid, (Kelly Reichardt n'en a même pas besoin), non, juste un endormissement, et c'est d'autant plus sidérant, que de finir ainsi sur un moment de repos (comme on se retirerait sur la pointe des pieds, le soir, après avoir éteint la lumière dans la chambre des enfants).
Je suis vraiment resté envouté par la magie simple (et forte) de ce film, et il me tarde d'être au 9 juillet pour avoir l'immence plaisir de le retrouver sur MUBI (avant, curieusement, sa sortie en salle le 27 octobre, ce qui veut dire sans doute qu'hélas on n'aura pas le bonheur de le reprogrammer dans le bôô cinéma mais bon, comme Cookie et son pote, on peut toujours rêver...)
Top 10, bien évidemment.

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deux affiches

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 et une photo que j'adore

*

et , pour celles/ceux intéressés (et anglophones), le script original du film, par Jon Raymond, auteur du roman original (il avait déja signé la nouvelle dont a été tiré Wendy et Lucy), et Kelly Reichardt, tapé à la machine, et tout, que j'ai commencé à lire (c'est passionnant de lire ce qui est écrit et derepenser à ce qu'on a vu dans le film...)
et où j'ai retrouvé la citation du début du film en vo :

The bird a nest,the spider a web,man friendship.
WilliamBlake,Proverbs of Hell

29 septembre 2018

chirurgie lowcost

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I FEEL GOOD
de Benoït Delépine et Gustave Kervern

Mouais...
Je vais commencer par la fin.
Heureusement qu'il y a la fin, oui, pour sauver le film. Allez, disons le dernier quart d'heure, qui est excellent. Avant, hélas, c'est un peu moins attachant. Delépine et Kervern, pourtant, on connaît bien, on les suit depuis le début (Aaltra me semble-t-il), la dérision, l'esprit Groland, l'humour rentre-dedans (à sec et sans gants), l'insoumission, la révolte, bref ce genre de corrosion salutaire qu'on adore. Je crois les avoir tous vus ou presque (sauf Le grand soir,  pour cause de problème personnel avec les crêtes) et les avoir tous aimés, plus ou moins, mais bon pour moi celui-là c'est moins...
Jean Dujardin est le petit nouveau dans cet univers et partage l'affiche avec Yolande Moreau, qui en est, elle,à sa troisième participation avec le tandem de réalisateurs (Louise-Michel, avec Bouli Lanners et Mammuth avec Gros-Gégé) et qu'on sent mieux rompue, du coup, à l'exercice.
Un frère en peignoir blanc et claquettes de curiste  débarque pour voir sa soeur, qui s'occupe d'une communauté Emmaüs. Un frère branleur qui n'a qu'une idée : avoir une idée simple qui lui rapporte un maximum de fric. Comme tout nouvel arrivant dans la communauté, (sa soeur lui a dit "Il va falloir bosser...") il va passer par divers postes (la menuiserie, la cuisine, les livres, etc.) et rencontrer ceux qui y bossent, afin de trouver celui qui lui convient le mieux. Mais son idée fixe, c'est toujours d'en avoir une, qu'il finit par trouver : la chirurgie low-cost, pour "rendre beaux les petites gens".
Le film a été tourné dans une "vraie" communauté Emmaüs, mais les personnages les plus importants sont de "vrais" acteurs, les Compagnons faisant surtout office de silhouettes ou de background. C'est à la fois la posture (des réalisateurs et des personnages qu'ils ont créés) et la structure (c'est très répétitif, pas très drôle, et ça s'étire) qui m'ont gêné. Jean Dujardin compose un raté cynique et assez détestable et Yolande Moreau (que j'ai toujours adorée et que je défendrai toujours) fait hélas ici un peu du sur-place (et presque du sur-jeu) dans la candeur ébahie qu'on lui connaît bien.
La première partie (à Emmaüs) est décevante, la deuxième (en Bulgarie) pas totalement aboutie, mais la fin -enfin- est parfaite, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation. A partir de la scène dite "du crash" le film (re)démarre et met les gaz. Jusqu'à la fin.  Heureusement. J'adore l'idée de tous ces regards-caméra (comme quand on photographie les gens, en Inde, et qu'ils vous regardent autant que vous les regardez, droit dans les yeux) adressés par l'ensemble des  personnages "vrais" du film, les Compagnons d'Emmaüs, même si je l'avais déjà adorée, cette idée, et de la même façon, dans Carnets de voyage (Diarios de Motocicleta) de Walter Salles.
C'est dommage que le film ne prenne vraiment corps -et toute sa force- que lors de ce dernier quart d'heure, mais, en même temps c'est malin d'avoir gardé le meilleur pour la fin, et de nous faire sortir de la salle sur cette impression-là, qui efface un peu le délayage (la dilution) et (souvent) la faiblesse de ce qui a précédé...

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25 septembre 2018

13 bougies

Oups!
Comme aurait dit mon ATSEM en 94 : "Passée la fête, adieu le saint..."
D'habitude j'y pense, mais là, allez savoir pourquoi, avec ce foutu mois d'août, j'ai complètement zappé...

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et de une

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et de deux

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et de trois

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et de quatre

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et de cinq

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et de six

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et de sept

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et de huit

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et de neuf

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et de dix

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et de onze

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et de douze

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et de treize!

... Oui le 20 août,j'aurais dû fêter les 13 ans de ce blog!

Bon anniversaire, mon blogchounet!

28 septembre 2018

mandarine

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BURNING
de Lee Chang Dong

A la base un grand film, et doublement (par la durée : 2h28, et par le format, la taille de l'écran). A la sortie, on peut même rajouter triplement, par le plaisir qu'on y a pris. Lee Chang-Dong, pour moi, c'est d'abord (et surtout) Peppermint Candy, vu en 2000 dans le vieueueux cinéma, avec Zabetta à côté de moi, et le souvenir qu'on pleurait tous les deux à la fin.
Un film, donc, somptueux, car somptueusement filmé (le réalisateur a le sens (et le goût) des détails qui me ravissent : amples plans-séquences (sur l'écran gigantesque du bôô cinéma l'effet en est encore démultiplié), scènes au crépuscule ou entre chien et loup (d'ailleurs parfois au sens strict du terme) prolongées jusqu'à la pénombre, changements de focale dans un même plan avec variation des effets de flou) tout me ravit dans sa façon de filmer une histoire somme toute simple dans son énoncé : boy meets girl, enfin, au moins au départ, et adaptation d'une petite (par la taille) nouvelle de Murakami : Les granges brûlées (dans le recueil L'éléphant s'évapore, en 10/18, dont je me suis aperçu que je l'avais mais que je n'avais pas lu, et je vais donc le faire illico de ce pas...)
Un jeune homme coréen, donc, rencontre une jeune fille coréenne, ils sympathisent, elle lui demande de passer chez elle nourrir son chat pendant qu'elle part faire un voyage en Afrique, dont elle revient accompagnée d'un autre jeune homme coréen... Triangle amoureux coréen, assaisonné d'un discret parfum de lutte des classes (le premier jeune homme est fils de paysan et roule en pick-up pourri tandis que le mystérieux deuxième jeune homme  roule, lui, en Porsche et ne semble pas avoir des fins de mois trop difficiles) pas tout à fait ça ?  (jeune homme 2 a un hobby un peu surprenant, dont il va faire la confidence(la confession ?)  à jeune homme 1...).
Le trio triote, donc, bon an mal an, (...), jusqu'au jour où, brutalement, Haemi (la jeune fille) disparaït. "Comme une fumée..." est-il même dit dans le film. Et Jongsu, le premier jeune homme, désemparé, cherche désespérément à la revoir où, au moins, à comprendre ce qui s'est  passé, et s'intéresse plus en détail au deuxième jeune homme, Ben (et à son curieux hobby).
C'est un film qu'on peut qualifier de lent, mais les 2h28 passent sans qu'on s'ennuie une seconde. A partir du moment où Haemi disparaît, le spectateur remonte ses manches de détectitve amateur et devient attentif à la moindre piste, au moindre détail de cette comédie dramatique qui s'est soudain muée en thriller, aux indices dont le réalisateur parsème son récit ici et là, mais les choses sont rendues plus compluquées par les recherches superposées de Hongsu : une histoire de puits, une histoire de serres, une histoire de chat, et une histoire de tribunal aussi (son père y passe, accusé d'avoir frappé un représentant de la loi avec une chaise), et on court avec lui, à sa (pour)suite, jusqu'à la très forte scène finale, qu'on n'attendait pas forcément sous cette forme.
Burning est sans doute le plus intense des films de Lee Chang-Dong, de par sa perfection formelle incontestable (enfin, ce que moi je nommerais une perfection formelle incontestable, ce qui n'engage que moi) sa forme ample, contemplative, sa volonté de refuser les effets, et celle, in fine, qu'on pourrait trouver frustrante, de ne pas livrer toutes les réponses à toutes les question que le récit a générées.

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PS : je viens de lire la nouvelle Les Granges brûlées, c'est étonnant de voir de quelle façon on la retrouve dans le film : plusieurs scènes y figurent quasiment à l'identique : celle ou Haemi mime l'épluchage d'une mandarine, celle de l'aéroport, celle où Ben avoue son hobby a Hongsu, mais une grande partie du film (tout le reste) a été "rajoutée" par lee Chang-Dong (tout ce qui concerne Haemi, notamment). Les granges sont devenues des serres (Corée oblige, explique le réalisateur dans une intéressante interview parue dans Les Cahiaîs). Pas de chat, pas de montre, pas de recherche d'Haemi par Hongsu, et pas de scène finale...

22 septembre 2018

"comme c'est cruel..."

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MADEMOISELLE DE JONCQUIERES
d'Emmanuel Mouret

Oui, comme c'est cruel... Une belle histoire de vengeance, la vengeance d'une femme (jouée par Cécile de France), marquise de son état à l'égard d'un homme, marquis lui aussi (Edouard Baer) qui a commis la faute de cesser de l'aimer (de se lasser d'ele, plutôt).. Titres de noblesse car film en costumes (le premier pour Emmanuel Mouret), tiens encore un quelques temps après l'autre premier film en costume de Lucrecia Martel (Zama). 
Châteaux, gens de maison,  vaisselle raffinée, langage châtié, courbettes, perruques, robes échafaudées comme des pièces montées, jardins à la française, lettres cachetées, aucun détail n'y manque... Mais sans excès ni affectation.
Dans un premier mouvement, le marquis courtise (en vain) la marquise qui lui résiste, dans le second (vous devriez bien un peu vous en douter) elle finit par lui céder mais ça ne dure pas toute la vie, et dans le troisième acte, le plus long, elle va se venger de ça... (oui, assez cruellement), avant que l'affaire ne soit close dans un épilogue "apaisé" (pour qui ?).
On n'est pas très loin des Liaisons Dangereuses et du triangle Merteuil / Valmont / Cécile de Volanges, puisque, ici aussi, c'est une jeune fille d'apparence pure et virginale qui va servir d'appât (de proie) dans la machination ourdie par Madame de la Pommeraye.
C'est comme un petit théâtre raffiné qui se joue devant nous, Emmanuel Mouret joue la carte historique mais comme avec retenue, juste ce qu'il faut de costumes d'accessoires et de décor. L'important ce sont les mots, ceux que s'échangent les divers(es) protagonistes, ceux qu'ils s'écrivent aussi (spontanément ou sous la dictée) mais qui ne seront pas forcément lus par la destinataire prévue, ce beau langage (c'est adapté de Denis Diderot, tout de même) courtois et policé, qui nous narre avec une certaine délicatesse les égarements du coeur et de l'esprit. Beau monde, beaux atours, et beau langage. Plumage et ramage. Avec esprit et pudeur, sans vraiment oser appeler un chat un chat.
Et, donc, les personnages en question, aussi, Cécile de France en maîtresse d'oeuvre d'une vengeance impitoyable envers le pauvre Edouard Baer, idéal en libertin séducteur amoral (et manipulé, sous les yeux d'une Laure Calamy mi-confidente mi choeur), utilisant la jeune et diaphane Alice Isaaz (qui m'a rappelé avec émotion la porcelaine fine de la jeune Michèle Pfeiffer lorsqu'elle incarnait Cécile de Volanges) suivant le vers de Corneille "Et le désir s'accroît quand l'effet se recule..."
Tout ça aurait pu paraître artificiel, poseur, empesé... il n'en est rien. Ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites... Mouret nous régale avec son joli conte (a)moral, servi par des comédien(ne)s superbes, un quintette à cordes parfaitement accordé(es), à l'image de celles du Giardino Armonico, qui viennent réveiller Vivaldi dans l'alerte bande-son. qui finit d'emballer parfaitement l'ouvrage (Décidément, Bach la semaine dernière, Vivaldi cette semaine, un vrai rbonheur pour les oreilles. Et pour le coeur.)
Comme le dit in fine Mme de la Pommeraye : "Mon coeur est en paix...".
Le nôtre aussi, assurément.
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16 septembre 2018

black power!

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BLACKKKLANSMAN
de Spike Lee

Imparable.
Une mécanique implacable, une horlogerie à la précision sidérante, comme les rouages intérieurs d'une bombe à retardement qu'on voit s'assembler sous nos yeux et de laquelle on attend juste le moment où elle va nous péter à la gueule (et question déflagration, on n'est pas déçu). On le sait, les films de Spike Lee sont des films politiques (c'est lui qui avait répondu, il y a longtemps, à un journaliste  "Il y aura des personnages blancs dans mes films quand Woody Allen mettre des blacks dans les siens...") et le cinéaste ne se prive pas de le faire savoir à chaque fois.
Ici, on a deux têtes d'affiche : un noir (John David Washington, le fils de Denzel, excellent) et un blanc (l'omni-aimé Adam Driver, qui va commencer à me fatiguer s'il continue à ne jouer que dans des films que j'adore... Paterson, Logan Lucky, celui-ci, n'en jetez plus!) qui incarnent le même personnage : le premier quand il faut parler au téléphone, et le second quand il faut l'incarner en vrai, car il ne s'agit  de rien de moins que d'infiltrer la section locale du KKK. Ron Stallworth (c'est son nom) est donc noir et blanc, et yin et yang, et toutes les autres dualités de la terre qu'on pourrait bien rajouter.
La mécanique tictaque à la perfection, d'autant plus que, parallèlement, il s'agit, au départ, d'abord, pour notre flic black de s'intégrer et trouver sa place dans la police locale de Colorado Springs (qui compte parmi ses subalternes des sacrées têtes de noeud), et que, pour corser encore un peu l'affaire, le réalisateur a un peu déformé la réalité en faisant du personnage joué par Adam Driver un juif (et j'ai appris là que les gens du kkk ne haïssaient pas que les blacks...) Sans compter que Ron Stallworth (notre flic black chéri) s'est amouraché d'une délicieuse activiste black, qui traite les cops de pigs, et à qui il n'ose pas avouer son vrai job. Tout va se compliquer encore (et tictaquer encore 'achement plus fort) lorsque le président en personne du kkk annonce qu'il va venir à Colorado Springs pour l'intronisation (le "baptême") des nouveaux membres (dont le "vrai-faux" Stallworth, version blanche) et qu'on assigne à sa protection -arghhh!- un flic black (le vrai-vrai Stallworth, cette fois-ci). Et comme il y a de l'explosif, il est normal que tout ça explose...
(Je suis allé voir trop de films ces derniers temps, et j'ai donc du mal à rédiger un post décent sur chacun d'eux, surtout que le temps passe et que les souvenirs s'effacent)
Je me souviens juste que je suis sorti de là en jubilant.
Top 10, sans doute.

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7 septembre 2018

tous les garçons et les filles de mon âge...

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CONTES DE JUILLET
de Guillaume Brac

Délicieux (avec un s après le x). C'est bien le terme qui convient à ces deux courts-métrages réunis dans un à peine long-métrage (1h10). Le titre est comme un clin d'oeil au Conte d'été de Tonton Rohmer et le contenu (et la forme) m'ont évoqué Quatre aventures de Reinette Et Mirabelle du même (ah, toute ma jeunesse... je me souviens que j'avais écrit un truc qui parlait de pieds nus dans la rosée et d'orteils roses comme des petits radis...). Deux histoires estivales : L'amie du dimanche (Prix jean Vigo) où deux copines vont passer la journée à la base nautique de Cergy-Pontoise (la même qu'on découvre avec ravissement dans L'île au trésor, du même Guillaume Brac, vu dans le bôô cinéma la semaine dernière) et Hanne et la fête nationale, où une jeune norvégienne visite Paris le jour du 14 juillet...
Deux chroniques qu'on pourrait qualifier "de marivaudage" (dans le premier film, les deux copines, très différentes, rencontrent chacune un garçon, chacune à sa façon, dans le second, ça marivaudera à cinq personnages, deux filles et trois garçons, et autant de nationalités -et d'identités) toutes en douceur, en fraîcheur, et en simplicité. Incarnés par de jeunes comédiens, (chacun(e) porte le prénom de l'actrice/teur qui l'incarne), les personnages évoluent (ou plutôt volettent, il y aurait là-dedans  la légèreté la grâce et l'indécision des papillons) dans des récits élaborés à partir d'ateliers d'improvisations.
Et c'est passionnant. Histoires de filles et de garçons, de corps et de mots, où parfois les sentiments vont plus vite que les corps, et parfois c'est l'inverse. D'amour courtois où ça banderait pourtant quelquefois dans les shorts... Où on tourne autour du désir (cet obscur objet...) sans en être très sûr(e), où le chemin affectif pour aller d'un point a à un point b n'est pas forcément le plus simple ni le plus direct.  Les égarements du coeur et du corps. Dans une forme apparemment très simple Guillaume Brac met en place (et raconte) bien plus de choses qu'il n'en a l'air (avec la complicité de ses jeunes personnages).
Et on sort de là ravi.
C'est magnifique. Absolument.

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8 septembre 2018

barycentre

103
PHOTO DE FAMILLE
de Cécilia Rouaud

Une avant-première + une place à 4,90€ + un ticket orange cinéma = une soirée-cinéma sympathique à 2,45€ en compagnie de ma voisine.
Vanessa Paradis, Camille Cottin, Chantal Lauby pour les dames, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri, Laurent Capelluto et Marc Ruchmann côté messieurs, et voilà campée une jolie famille dysfonctionnelle avec cuisine et dépendances, et cabossages divers à tous les étages. Père, mère, frère, soeurs, grand-mère, conjoints, amants sont mis en place sur un arbre généalogique choral sans oublier les dissonnances inhérentes à chaque famille. Autour de la grand-mère qui "n'est plus étanche..." (dixit jean-Pierre B.) et ne souhaite plus qu'une chose, retourner à St Julien, la maison où elle accueillait des trois petits-enfants en vacances, pour y mourir en paix. Et dont il faut décider de ce qu'elle va devenir...
Film choral, et donc, passant de l'un à l'autre (qui veut un enfant, qui élève son fils seule, qui perd la tête, qui veut aller vivre chez son père, qui n'a pas le goût de vivre) comme les mailloches sur les touches du xylophone pour faire une jolie musique, des fois c'est gai des fois c'est triste, des fois c'est juste et d'autres discordant, on sourit, on est ému, on écrase même parfois une larmichette (être ému par Jean-Pierre bacri, c'est bien...) et on est content de réentendre Cat Stevens (Oh baby baby it's a wiiiiild world) qu'on n'avait pas écouté depuis des lustres (depuis qu'on était jeune, en fait).
Je l'ai déjà dit, les histoires de famille j'adore, tellement ça me semble extérieur et exotique. cela fait suffisamment longtemps que je vis, comme ça, sans parents ni enfants, que ça me procure un certain plaisir (pervers ?) de vivre ça par procuration, au cinéma, en spectateur, oui, juste en observateur.
Le film conforme ce que la bande-annonce laissait supposer : une extrême (tiens encore un mot en ex) homogénéité des interprètes (et du capital sympathie qu'ils générent). Il sont crédibles, ils sont justes, tellement ils ont l'air vrais.
Le film commence par un enterrement et finit -presque- par un autre, et la réalisatrice a la bonne idée de ne pas tout yoplaboumer. Ouf!oui, toutes les histoires ne se résolvent pas in extremis et happyendesquement, et on lui en sait gré, justement,de montrer juste la vie des gens comme elle est ou presque. Et la jolie -et attendrissante- scène finale vient très heureusement parapher tout ça...
Une histoire de famille avec des lézardes des cassures et des morceaux manquants, avec comme une brume légère de mélancolie, mais sans jamais ouvrir les vannes des grandes eaux et du pathos.
J'ai particulièrement apprécié le running-gag des poireaux (et le caméo de Christian Rouaud, le propre père de la réalisatrice (et réalisateur du film sur les Lip, qu'on avait par ici beaucoup aimé...).
Un film plaisant, incontestablement, qu'on a plaisir à suivre (même en étant conscient qu'il ne révolutionnera pas l'histoire du cinéma) idéal en tout cas pour ce 4 septembre, où ça faisait du bien de pouvoir traîner devant le cinéma en parlant, justement, de famille, avec Christine pendant qu'elle terminait sa cigarette...

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2 septembre 2018

si tu vas à riom...

détails

(version téléphonée)

J-1

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l'itinéraire (rien de trop)

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la chambrette (rien de trop non plus)

J

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des préparatifs

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le cake à quoi déjà ?

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le brie truffé

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des invités

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un luminaire

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le dessert

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le feu d'artifice

J+1

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le petit-déjeuner

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le debriefing

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la mère, la fille aînée et la rose trémière

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la photo des deux soeurs

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la leçon ?

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les jeunes gens

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après le repas (1)

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après le repas (2)

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le vernis à ongles

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la piscine

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la grenouille

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le repas du soir (à gauche)

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le repas du soir (à droite)

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le tarot dans le grand salon

J+2

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le saint dans sa niche

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les glaïeuls

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l'apéritif

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malou et pascal

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 chez noz (flou)

J+3

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le siège rose avec des feuilles

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la porte de l'église de brioude

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l'apéro chez gillou

20 août 2018

le bleu

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UNE VALSE DANS LES ALLÉES
de Thomas Stuber

Le dernier film qui me restait à (que j'avais envie de) voir, et donc vu avec Emma. J'avoue que j'ai été un peu surpris. D'abord par la durée (j'avais -mal- lu que le film faisait 1h38, il en fait plus de deux). ensuite parce que je m'attendais (j'avais -mal- lu le résumé du film) à une bluette gentillette, genre l'amour au supermarket, Ich liebe dich roucoulons, eh bien pas vraiment. Non non pas vraiment du tout... Ce film exhale une incontestable -et persistante- mélancolie. Les tourtereaux ? Au rayons confiserie, Marion (Sandra Hüller, from Toni Erdmann) et, au rayons boissons,  Christian (Franz Rogowski, from Transit, où j'avais déjà beaucoup  apprécié son visage et sa voix -son phrasé- singuliers), et, s'il s'agissait d'un conte, il y aurait une marraine bonne fée qui préside à leur rencontre, ici elle s'appellerait Bruno, serait un ancien routier de RDA reconverti dans le chariot-élévateur à la tombée du Mur, et serait le vieux briscard aguerri à qui on confie le nouveau venu (Christian) pour le former, à son arrivée au magasin.
Le film, pendant un grand moment, se cantonne uniquement sur le lieu de travail, en sortant uniquement quand les personnages en sortent, le quittant quand les personnages le quittent. Puis la caméra (et le scénario) vont, progressivement, se hasarder à prendre un peu de champ pour nous sortir, de temps en temps, de cet univers confiné. Prudemment, délicatement, comme Christian avec Marion.
Christian, Marion, Bruno, trois beaux personnages, chacun donnant son nom d'ailleurs à une partie du film, dans une "histoire simple" qui prend son temps, et même tout son temps puisqu'elle ne sera pas encore parvenue à l'issue qu'on espérait (qu'on attendait, midinet(te)s un jour, midinet(te)s toujours) lorsque le film s'arrête, et figurez-vous que c'est très bien comme ça...
Marion et Christian se cherchent dans les rayons du supermarché, entre les boissons et la confiserie, le travail et les pauses, les manoeuvres d'approche et celles de retraite, et la progression de leur histoire est quasi-millimétrique, même si vue avec bienveillance (et encouragée / entretenue, d'une certaine façon) par celles/ceux qui les entourent (de mille précautions). Christian n'est pas bavard (euphémisme), il a ses raisons. Marion se protège (idem), et Bruno, lui aussi, (re-idem) saura, en temps utile, à sa façon, faire part au spectateur d'un certain mal-être qui le ronge.
Il sera, finalement, beaucoup question de solitude (celle, ultra-moderne, que chante Souchon) dans chacun des trois volets (oui des trois temps) de cette histoire..
Un beau film lent, ample, un peu amer, mais un peu doux aussi, un film attentif aux petites gens (Emma a évoqué Kaurismaki, et ma foi c'est vrai il y a de ça..., comme ont dit les critiques "entre humanisme et poésie"), un film juste. Profondément. Avec une belle mise en route /  ouverture majestueuse même si Kubrick l'a déjà utilisée en d'autres temps e d'autres lieux...) qui donne d'ailleurs son titre français au film, et sait nous faire entrer lentement, progressivement dans ses eaux sombres.
Une histoire d'amour qui pourrait être lambda, si elle n'était pas filmée avec autant d'attention, de précision, bref, une belle découverte estivale.

petit jeu des 7 différences

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entre l'affiche originale...

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... et la française

16 août 2018

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samedi 11 :
LES MOLIERE DE VITEZ
mise en scène de Gwenaël Morin

Originellement ça n'était pas prévu, mais c'est ce diable de Pépin qui nous a mis suffisamment l'eau à la bouche, et donné diablement envie de  voir l'intégrale des spectacles, présentée en continu le samedi à partir de 14h. Quatre pièces de Molière en enfilade (si je puis dire), chacune jouée en 1h30, sans déco (plateau nu et une ou deux chaises en plastoche), sans costumes (venez comme il vous plaira), sans accessoires ou presque (juste un par ci par là : canne, perruque, bouquet, seau, extincteur)..., sans lumière (pleins feux sur scène et dans la salle) et sans effet non plus (fond du théâtre ouvert tout le temps.
Tambour battant et montre en main, L'École des femmes, Tartuffe, Don Juan, et Le Misanthrope (dans cet ordre). 14h, 16h, 18h, et 20h, avec trente minutes (un peu moins ou un peu plus) entre chaque. Un marathon Molière, quoi.
Les textes de chaque pièce sont disponibles sous forme de grands journaux (certains spectateurs prendront plaisir -paradoxalement- à plutôt lire le texte qu'à suivre ce qui se passe sur scène -effet supplémentaire -et involontaire- du bruit dans le public des pages qui se tournent simultanément schhhhrffff-.) On avait apporté les coussins (pour les fesses), les petites laines (pour le soir), les pommes (pour l'entracte) et les bouteilles d'eau. on était parés. En CC4 (troisième rang du balcon, bien centré), j'étais hyper bien.
Neuf jeunes comédiennes/diens (là exceptionnellement ils étaient dix, le surnuméraire étant un nouvel arrivant destiné à  remplacer un autre comédien pour la prochaine -et dernière- semaine de représentations. Et reprendre tous ses rôles. Rôles qui ont été, dit-on, distribués par tirage au sort, dans trois pièces sur les quatre, la distribution de la dernière ayant été fixée, re-dit-on encore, par le metteur en scène lui même pour "rééquilibrer" les rôles. Et cette fameuse quatrième pièce, c'est justement l'Ecole des femmes, celle qui ouvre le bal. Qui met le feu aux poudres. Feu d'artifices, vous dis-je. 
Bam bam bam trois coups de grosse caisse portés par une jeune fille assise sur une chaise (de jardin) en jardin, justement. "L'école des femmes, premier acte!" Et c'est parti. Tagada tagada. Molière est revitalisé, comme après une piqûre de vitamines, ou, mieux, d'adrénaline.  Et tous les actrrices/teurs sont au diapason. Le texte est dit dans son intégralité (à quelques -délicieux- lapsus et autres rajouts près), trois pièces en alexandrins sur quatre, tout de même, mais pas forcément à un rythme dit "classique" ou "habituel". Du théâtre de Molière ne reste que l'essence : le texte et le corps. Mieux, la quintessence, la substantifique moëlle comme on dit.
Un débit parfois joyeusement fou-furieux, pour des pièces dont, si j'en (re)connaissais le plus souvent les personnages, et les grandes lignes, voire grosso-modo l'intrigue ou même quelques répliques, je n'avais jamais me semble-t-il eu le plaisir d'en voir la continuité jouée.
Si le texte est à l'honneur, le corps l'est tout autant. L'exercice est très physique : courses, pirouettes, chutes, escalades, bousculades, bourrades, poursuites, tout comme l'est le dévoilement régulier des corps (les masculins surtout, pour mon plus grand plaisir : dans chaque pièce ainsi il y aura au moins un moment où un des personnages se fout à poil, et je mentirais en disant que cela ne faisait pas partie du grand plaisir qu'on prend à ce(s) spectacle(s)) des corps disais-je régulièrement dans le plus simple (et le plus ravissant) des appareils.
Il faut être attentif au texte, puisque la distribution est aléatoire, au petit bonheur, et l'on réalisera par exemple que tel grand gaillard vociférant en jean et t-shirt rayé est en réalité la mère d'Orgon, et que, si Dorine est joué par un mec (excellent) et porte une robe jaune, l'acteur qui joue la fille est lui en short et baskets, et Sganarelle, dans une autre pièce est joué par une femme en robe rouge (Marion Couzinié, époustouflante), ou même Tartuffe, par une femme aussi, mais en pantalon... Il faut être toute ouïe, pour ne rien manquer, et, en même temps, on ne peut qu'être tout oeil, tellement ça galope ça pétarade ça rue ça vibrionne. Et emballe son monde la plus exquise des façons. Et régulièrement, des seaux d'eau viennent rafraîchir et moduler les ardeurs de quelques personnages en crise(s). En surchauffe. Qu'on nettoiera ensuite à la serpillère, toujours en jeu.
C'est du grand art.
Tous ces jeunot(te)s ne gaspillent pas leur peine, pendant quatre fois quatre-vingt-dix minutes, et ils doivent, à l'issue de ces quatre pièces, être complètement sur les rotules. Mais quel bonheur pour les spectateurs! A part quelques pisse-froid arc-boutés sur leurs vieux principes poussiéreux (j'en ai entendu un pérorer lors du premier entracte "C'est n'importe quoiii! Ca n'a plus rien à voiiiir avec Molièèèère!") le public y a visiblement pris grand plaisir, et la grande majorité en est restée jusqu'au bout...
La construction de la jounée est aussi astucieusement pensée : L'Ecole des Femmes pour démarrer en trombe, puis Tartuffe pour calmer un peu le jeu (c'est la plus "raisonnable" des quatre), ensuite Don Juan pour remettre les gaz (ce fut ma préférée) et enfin Le Misanthrope en guise d'apocalypse (ce fut la préférée de Dominique). le Misanthrope avec son quart d'heure de -vraiment- folie furieuse (le spectacle est dans la salle, et je peux vous assurer que ça déménage grave), son bouquet déniapé (comme on dit chez nous) que j'ai tant aimé et son "trois quarts d'heures à cracher dans un puits" qui a tellement plu à Pépin...
Bref, du bonheur, du bonheur, du bonheur et du bonheur. (Oui, quatre fois, c'est bien le minimum qu'on puisse faire, et c'est rien de le dire...)
Merci à Michaël Comte, Marion Couzinié, Lucas Delesvaux, Chloé Giraud, Pierre Laloge, Benoît Martin, Julien Michel, Maxime Roger, Judith Rutkowski, Jules Guittier

molieres de vitez

...et merci à Gwenaël Morin...

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13 août 2018

sinan reste qu'un...

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LE POIRIER SAUVAGE
de Nuri Bilge Ceylan

3h08, la chaleur à l'extérieur, la digestion, les mauvaises nuits précédentes, tout semblait jouer contre ce nouveau film de NBC, que j'attendais depuis Cannes 2018. Comme il était à craindre, j'ai (un tout petit peu) dormi, étrangement, surtout au début. J'avais précédemment tout à fait adoré Il était une fois en Anatolie et juste un petit peu moins le palmé Winter Sleep (que je trouvais parfois très bavard, même si tchékhoviennement bavard).
Et bien c'est un peu le même cas de figure avec ce Poirier, centré autour d'un jeune homme, Sinan, et de son père. Sinan revient régulièrement "au bled" (c'est traduit ainsi dans le film) où il retrouve sa chambre, sa famille, ses habitudes. il vient de réussir ses exams et ambitionne de devenir écrivain. Écrivain publié, puisqu'il a déjà écrit un livre, Le Poirier sauvage, qu'il souhaiterait faire éditer. Le film, comme Winter Sleep, est constitué de blocs narratifs successifs, autour de chacune des rencontres que fait Sinan (il est de tous les plans du film), avec, à chaque fois, les dialogues qui vont avec. Dialogues hyper-écrits (c'est le réalisateur qui le dit) mais pourtant, toujours sonnant hyper-juste. On parle d'édition, de religion, de société, de souvenirs, d'ambitions, d'écriture, d'addiction(s), de retraite, le spectre est hyper-large, et le film aussi donc. mais, heureusement, avant d'être un (beau) parleur, Nuri Bilge Ceylan est un cinéaste, et nous le prouve régulièrement dans des plans, des compositions, sublimes, oui, d'une beauté à couper le souffle, et la magie, hallucinatoire ou presque, opère à chaque fois comme dans les films précédents.
J'ai donc un peu dormi, et le pire c'est que je ne l'ai pas vu venir. A un moment, je découvre que Sinan a une ecchymose sur le visage, je m'étonne, et j'ai donc demandé pourquoi à Dominique, réalisant qu'il me manquait cette scène-là. J'ai eu deux ou trois alertes de ce genre, en début de film, mais les deux dernières heures, nickel. Et c'est un bon signe, c'est que j'ai énormément envie de revoir le film, ce que je ferai dans le bôô cinéma (pour la sortie nationale, j'avais quand même bravé la chaleur pour aller le voir au Victor Hugo à Besac) où nous le programmons bientôt (à partir du 5 septembre).
Le poirier sauvage est un film riche. Très riche. Trop riche sans doute, trop de choses à assimiler (ce qui se dit, ce qui se joue, ce qui se dit vraiment, ce qui se joue vraiment) et il aurait été possible de l'alléger un chouïa (je pense notamment à l'interminable la très longue scène dite "des deux imams", où je ne comprenais ni ce qui se disait, ni, non plus ce qui se jouait -je n'avais en tête que les deux pièces d'or que l'imam avait empruntées -et jamais rendues- au grand-père, et je me demandais quand Sinan allait oser lui en parler, ce qu'il ne fit jamais-. Le réalisateur prend un malin plaisir à la faire durer, en la mont(r)ant sous toutes les coutures (une continuité dialoguée qui passe par une quantité de changements d'échelle de plan -de près de loin ici là-bas du haut du bas- qui aèrent la scène mais ne la rendent pas plus digeste (la religion est je le redis un sujet qui m'inintéresse) et qui prouvent une fois de plus que Nuri Bilge Ceylan est un réalisateur sacrément doué. Mais que j'apprécie d'autant plus quand il arrête de s'écouter parler et qu'il préfère se regarder filmer. Moi aussi c'est ce que préfère.
Le film serait comme un escalier aux 5000 marches dont la vision finale, lorsqu'on est parvenu tout en haut (la scène finale est belle à pleurer), justifie les difficultés et les essoufflements qu'on a pu ressentir de temps en temps pendant la grimpette, et c'est d'ailleurs ce qui restera dans la mémoire, cette splendeur, une fois que le film sera fini.
J'ai vu la bande-annonce dans le bôô cinéma, le lendemain de l'avoir vu, et ça m'a doublement re-donné envie de (re)venir l'y voir, très bientôt, quand nous l'y programmerons. Pour voir ce que j'ai manqué, mais, aussi, pour pouvoir le faire dans des conditions optimales (d'installation et de taille d'écran).
Top 10, hop!

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5 août 2018

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LE CIEL ÉTOILÉ AU-DESSUS DE MA TÊTE
d'Ilan Klipper

Un film dont j'avais raté l'avant-première l'année dernière à Entrevues, pour cause de visionnage d'une autre avant-première, et dont je n'avais obtenu que des echos plutôt tièdes de la part de Dominique et de son collègue Laurent (dominique qui reconnaîtra plus tard, tout de même, qu'ils étaient les seuls à être de cet avis, et que tous les autres avaient aimé). Eh bien je suis plutôt de l'avie des autres.
Déjà on a cette affiche, que je trouve magnifique et intriguante (c'es la dernière image du film). C'est l'histoire d'un homme, cinquantenaire, qui reste cloîtré dans son appart, le plus souvent en sous-vêtements, à la recherche de l'inspiration pour un deuxième roman, qui ferait suite au premier , Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, publié des lustres pultôt et salué par une critique unanime et louangeuse. sauf qu'il n'a rien réussi à écrire (ni donc, à publier) depuis.
Un appartement un peu bordélique, à l'image du film, à la topologie un peu complexe d'utant que se mêlent, sans prévenir, des images oniriques à celles, réelles, filmées dans l'appart' en question (cet homme a quand même une affiche de Cosmodrama au-dessus de son lit!, qu'on s'en émerveille!).
Il vit en coloc' avec une jeune et mignonne femen, qui fait "des trucs en haut avec ses potes", mais il va soudain recevoir la visite de toute une série de gens, parents, amis, relations, qui vont débouler les uns après les autres : papa et maman en tête, accompagnés d'une jeune blonde qu'il va prendre pour un futur parti que lui présentent ses parents, mais pas du tout, qui va se révéler être une psy, venue là spécialement pour lui, mais pour quoi, vous le saurez plus tard, puis un vieux pote, puis son ex, ça commence à brasser beaucoup d'air, ça se bouscule au portillon ça discutaille ça s'interroge voire s'invective, ça se fait des câlins de groupe jusqu'au fin mot de l'histoire : tout le monde s'inquiétant pour notre héros est venu demander un internement d'office "pour son bien". Aïe...
Mais on est plutôt dans le registre de la comédie foutraque que celui du film à thèse (et prise de tête). Quoique. La construction du film, qui met sur le même niveau de narration "vraie choses" et fragments oniriques prend un malin plaisir, justement, à embrouiller les choses dans la tête du spectateur, et jusqu'au bout du bout on se posera des questions : c'est-y-vrai ? ça l'est-y pas?
Je n'ai qu'un regret, c'est d'avoir piqué du nez pendant les dix dernières minutes, plof! comme ça tout d'un coup, et, donc d'avoir dû me poser encore plus de questions que les autres (merci Catherine d'avoir répondu à quelques-unes).Je laisse donc le mot de la fin à la critique de Libé, qui, cette fois, me semble très juste :
"Singulière, surprenante, de bon ton, cette comédie française arrive à point nommé pour marquer son territoire. Elle se démarque, sans grande prétention ni dérision déplacée, à travers une histoire qui grossit, grossit, grossit - de l’anémie jusqu’au débordement épanoui. Et la comédie noire finit bien, ou presque. Dans la nuit, deux âmes se retrouvent. On ne sait plus très bien qui perd les pédales ou si tout cela est vrai - et après tout on s’en fout, car les deux s’embrassent déjà, finalement sains et saufs d’esprit."
Joli, non ?

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23 juillet 2018

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PARVANA
de Nora Twomey

La question était : en VO ou en VF? On avait le choix, dans le bôô cinéma, pour ce film, classé Jeune Public (on a eu droit aux bandes-annonces des prochains Dysnuche), mais finalement pas tant que ça, du simple fait qu'il existe une VO. Je m'étais déjà posé la question pour d'autres films d'animation, ceux notamment de Miyazaki et je m'étais dit que oui oui on peut les voir en VF. Là j'ai opté, en bon puriste, pour la VO. Ce film se passe en Afghanistan, avec des personnages afghans donc, et, (en bon puriste) j'ai eu la surprise d'entendre tout le monde y parler en anglais (mais avec l'accent afghan, donc), et me suis alors dit que j'aurais très bien pu le voir en VF (où j'aurais eu le plaisir d'entendre la jolie voix de la jolie Golshifteh Farahani).
C'est l'histoire, donc, d'une fillette prénommée Parvana, vivant à Kaboul, avec sa famille (papa, maman, une grande soeur et un petit frère). Et les talibans. Omniprésents. Dont la violence et l'imbécilité sont clairement montrées. De la même façon que la violence et l'imbécilité des diktats par eux imposés aux femmes, transformées, dès qu'elles sortent de chez elles, en tristes tentes monoplaces avec juste un judas grillagé à hauteur des yeux. Tout ça pour "passer inaperçues". Quelle tristesse...
Un certain concours de circonstances fait que le père de Parvana est arrêté et emmené en prison et que la vie, déjà pas facile (la faim et le manque d'argent sont clairement évoqués) devient quasiment invivable (puisqu'une femme seule ne peut rien faire : on n'a pas le droit de la servir au marché, par exemple, puisque les talibans (sur)veillent). La mère de Parvana en fait l'amère expérience lorsqu'elle tente d'aller avec sa fille jusqu'à la prison, pour rendre à son mari handicapé (qui a perdu une jambe au combat) la canne dont il a besoin, où elle va va se faire jeter à terre et violemment frapper par un garde spécialement hargneux et violent (mais tous les talibans sont hargneux et violents).
La seule solution trouvée par Parvana pour que sa famille puisse survivre est de sacrifier sa chevelure et de se déguiser en garçon, au moins pour pouvoir aller faire les courses... Elle va alors entreprendre d'aller elle aussi voir son père à la prison, pour lui donner cette fameuse canne. Plusieurs fois. En vain. Les forces en présences sont trop inégales. Et le film a la bonne idée de mettre en parallèle l'histoire de Parvana avec les aventures d'un petit garçon nommé Soliman, héros d'un conte qu'elle (Parvana) raconte à son jeune frère Zaki,  un jeune villageois qui s'oppose à d'affreux tigres aux yeux rouges commandés par un dieu-éléphant qui ont volé les semences pour son village et qu'il entreprend de récupérer. Le conte de Soliman (dont on comprendra à la fin du film le pourquoi du choix de ce prénom) et l'histoire de Parvana avancent ainsi en alternance, chacune des séquences de l'une permettant de se remettre des émotions générées par les séquences de l'autre. A la dimension très mythologique des aventures de Soliman répond celle, plus "terre-à-terre" (réaliste) mais tout aussi mythique des aléas de Parvana.
Bien sûr les deux histoires (on est en Jeune Public, mais pas au Tombeau des Lucioles) auront -chic!- des fins heureuses, et ça fait du bien. Tout ca redonne comme qui dirait de l'espoir. Un très beau film, (doublement récompensé à Annecy) à défendre toutes griffes dehors.

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