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lieux communs (et autres fadaises)
2 juillet 2009

fête du cinéma 4

(un Woody le matin et un Allen le soir...)

WHATEVER WORKS
de Woody Allen

Quel bonheur de voir ce film-là à 10h du mat! parce que c'était la première séance, parce qu'il était en VO, parce que j'étais avec Marie, et tout simplement, parce que c'est un excellent film!
On retrouve le Woody Allen qu'on aime, le "première version", (ça y est, il est enfin rentré au bercail!) avec ses problèmes d'ego, de libido, d'intello juif new-yorkais, ses questions existentielles, ses doutes, ses interrogations métaphysiques, et ses répliques qui font mouche, qui font pschiiiiit, qui font whiiiizzzz!, qui éclaboussent, bref, qui fonctionnent, quoi, et à plein régime! On se régale, de la première à la dernière minute.
Le vieux maître doit désormais se trouver trop chenu pour apparaître dans son film, il a donc délégué un porte-parole pour la circonstance : un certain Boris Yellnikoff, (Ed Begley Jr) scientifique, génie (il a frisé le nobel) solitaire (un mariage et un suicide au compteur) et misanthrope (mais doté d'un sacré sens de l'humour et de la répartie, puisque ledit Ed Begley Jr est scénariste de Seinfeld... QUOI, vous ne connaissez pas Seinfeld ?) Le Boris en question nous prend à parti dès le début du film, puisqu'il apostrophe le spectateur directement, les yeux dans les yeux si je puis dire, (dans un réjouissant clin d'oeil à Manhattan et La rose pourpre du Caire) au grand dam des copains avec qui il est en train de discuter (qui, eux ne nous voient pas...)
Boris a une opinion de lui aussi haute qu'est grand le mépris qu'il éprouve à l'égard du reste de l'humanité, et une vision globale (c'est lui qui le dit) du sens de la vie aussi nihiliste que réaliste. Après son petit one man show urbain et introductif, on va suivre notre vieux ronchon jusque devant chez lui, où il va faire la rencontre d'une jeune sdf de fraîche date (et de frais minois aussi, et tiens tiens, se dit le spectateur, une blondinette à la Scarlett Johansen, qu'est-ce à dire...) , une blonde nunuchette venue de son Texas natal et profond pour tenter sa chance à New-York, une oie blanche pleine de candeur et d'illusions, une écervelée qui ne sait presque rien de la "vraie" vie, lacune(s) que Boris va s'employer à combler, dans son appartement un peu miteux (ah... satisfaction, ça change des lofts de la 5ème avenue!) où ils vont cohabiter, deux minutes, puis une nuit, puis une année entière, jusqu'à ce que résonne le début de la 5ème de Beethoven (tatatatam! tatatatam! le destin frappe à la porte...) pour introduire dans le film, d'assez théâtrale -mais ainsi revendiquée- façon des nouveaux-anciens personnages (c'est dommage de tout vous raconter...) , un par acte, pourrait-on dire.
De même qu'il revendique la théâtralité, (l'appart de Boris Y comme lieu scénique, les adresses au public, les apartés et les bons mots) Woddy Allen assume (et rentabilise) totalement la notion de conte (de faits plutôt que de fées ? La jeunette amoureuse du vieillot, la paysanne qui devient une artiste mainstream, le vieux plouc réac qui fait son coming out, la mère qui complote pour mettre sa fille dans les bras du prince Charmant, le solitaire qui rencontre in extremis -et de quelle façon- la femme de sa vie, etc.) avec son discours introductif et sa conclusion happy-endinguesque : une scène finale comme chez Shakespeare, tout le monde se retrouve, un couple de jeunes, un couples de vieux, un couple gay, même un ménage à trois, et tout le monde s'y congratule et s'embrasse de la plus joyeuse des façons...
Oui, voir ce film à 10h du mat, ça fait sacrément du bien ("ça vaut une séance chez le psy..." résuma assez justement Marie), une bouffée de plaisir paradoxalement aussi réaliste qu'idéaliste  (l'amour n'est qu'une affaire de hasard, il faut profiter de sa chance, le bonheur est épéhéère, etc.), et le revoir le même soir, entre Manu et Hervé (qui sont parfaitement synchrones, et riaient, en stéréo, exactement aux mêmes moments) ne fut que la confirmation que, au cinéma comme dans la vraie vie, l'important c'est que ça marche...


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14 juin 2009

distributeur de bananes

LES BEAUX GOSSES
de Riad Sattouf

Ouah le film! Je suis sorti de l'école à 20h et j'ai filé directos au bôô cinéma, sans même manger. J'avais trooop envie! En plus j'avais l'aval de l'avis d'Hervé et je pouvais donc même y entrer la tête haute... Riad Sattouf, j'aime vraiment beaucoup : j'ai déjà parlé ici de son Pascal Brutal dont je suis, comme tous les garçons sensibles, (même pas) secrètement amoureux, mais il a dessiné plein d'autres trucs sur cette race à part : l'ado (Manuel du puceau, les années-collège, etc...) qu'il a l'air de plutô bien connaître, puisque là, il remet le couvert, mais en images qui bougent, sur grand écran et avé le dolby. Pour nous narrer les aventures d'une sacrée paire, d'un duo comme on les aime : le grand un peu trop mou et le petit un peu trop speed, bref l'union improbable de la méduse et du moustique. Et bien entendu ça fonctionne grave, pour nos deux pieds-nickelés (quoique, dans le cas présent, il vaudrait mieux parler de chaussettes dans cet état!)
Parce que Hervé et Camel sont ados, et donc avec un look d'ado, un langage d'ado, une problématique d'ado et des obsessions d'ado... Mais Riad Sattouf a l'extrême intelligence de ne pas forcer le trait, de rester toujours dans le vraisemblable, même si pas toujours très politiquement correct. Bien entendu, comme leurs homologues américains, tous les deux ne pensent (pratiquement) qu'à une chose, qu'on pourrait résumer globalement par "le cul" (avec toutes ses déclinaisons et ses sous-classes : la branlette, le baiser, l'érection, la pipe, la chatte, le rendez-vous, les teufs, etc.) et pratiquent la stabulation en groupe avec leurs homologues (dits "les potes"), pour faciliter l'observation, en restant à distance respectueuse, du groupe du sexe dit opposé. Les filles, quoi... Bon c'est surtout un film "de garçons", mais on voit bien que les lolitas sont aussi dans la démangeaison affectivo-sexuelle (pour elles c'est plus bien sûr dans l'affectif, elles sont plutôt du genre à se recoiffer en soupirant, alors que les p'tits mecs c'est plutôt branlette dans les chaussettes en matant la voisine d'en face ou à défaut le catalogue de la Déroute à la page des dessous)
Oui, Riad Sattouf y va franco (le film s'ouvre sur un super roulage de pelle en très gros plan, genre bernard-l'hermite(s) échangeant leurs habitacles, avec le bruitage mouillé ad hoc et la quantité requise d'acné juste à point suppurant, sous le regard médusé et jaloux de nos deux compères) et pourtant ce n'est jamais complaisant ni condescendant. Genre documentaire, quoi. D'autant plus qu'il a pris soin de ne situer précisément le film ni géographiquement, ni temporellement, lui conférant ainsi une sorte d'universalité.
C'est incontestablement drôle, mais c'est plus que ça. Je n'ai pas encore parlé des adultes, avec qui cohabitent / contre qui défendent leur territoire nos lascars à boutons et à appareil dentaire : bien entendu, ils se subdivisent en deux espèces, les "profs" et les "parents", également insupportables pour nos têtes dites "blondes", avec encore une fois tout un panel finement observé et tout aussi tendrement vachard (et je voudrais encore une fois parler ici de l'excellente Noémie Lvovsky, surprenante dans un rôle de mére "dépressive" (c'est elle qui le dit) mais incontestablement à la ramasse) dont le réalisateur semble dire que, finalement, au niveau des envies et besoins, ils ne sont pas si éloignés que ça des fistons et fifilles, hein...
Le résultat n'est pas non plus très éloigné des bandes dessinées de notre réalisateur : en y regardant de très très près, on peut quand même parvenir à déceler le bâti, la structure, qui fait de chaque scène prise individuellement un genre de strip en une page (auquel on pourrait donner un titre), avec (généralement) une chute, mais que tout ça est très finement bout-à-bouté, cousu avec des points tellement minuscules qu'on ne s'en aperçoit même pas. Oui c'est du cousu main. Disons, pour pinailler,  que que le réalisateur a fait montre de plus d'acuité dans son observation que d'originalité dans sa mise en scène. Mais bon pour un résultat répétons-le à cent coudées au-dessus de ses coreligionnaires, qu'ils soient français ou américains.
Je n'ai pas de gamins, mais ils me semble que si j'en avais, j'aurais pu les reconnaître là-dedans (j'y reconnais bien ceux des autres!)... et le plus rigolo c'est lorsque les lumières se rallument dans la salle et que les spectateurs se lèvent ; j'ai eu soudain l'impression, très Quatrième Dimension, qu'ils venaient de descendre de l'écran et avaient pris forme humaine : c'étaient les mêmes! Vous reprendrez bien une banane, au distributeur ?

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1 mai 2009

peshmergas

A TRAVERS LA POUSSIERE
de Shawkat Amin Korki

Il ya des films fragiles, des petits machins un peu malingres, ayant réussi à pousser à force de volonté, d'énergie, et qu'on a donc -paternellement- envie de protéger, de défendre. Ici, nous avons affaire à un road-movie minuscule, d'un réalisateur kurde irakien, narrant les aventures tragi-comiques de deux soldats (les peshmergas du titre de cette notule) et d'un gamin arabe perdu (malheureusement pour lui prénommé Saddam, malheureusement en ces temps de chute du tyran en question, figurée par la chute de la statue d'icelui télédiffusée, ne laissant sur le socle que ses bottes -c'est pour ça qu'on dit rester droit dans ses bottes ?-).
Deux caractères opposés (le grand barbu rigolard, et le petit trapu grincheux), tous deux désemparés et tiraillés,  autour de ce gosse dont personne ne veut. Le grand voudrait bien l'aider, mais le petit trapu n'arrête pas de lui crier dessus et de lui coller des baffes à la moindre occasion.
Un camion militaire déglingué, quelques cantines de bouffe, une douzaine de rues dans une ville bombardée, et voilà de quoi nous tenir en haleine (le terme est peut-être un peu fort), nous larmaloeiller, nous faire sourire et nous attendrir (d'autant plus que les sous-titres semblent avoir été traduits à la tronçonneuse, genre je ne pas très bien le france langage parler je -j'exagère à peine...-).
Dans le même temps, les parents du petit Saddamchounet (qui donc n'est pas du tout l'orphelin qu'on avait pu craindre) ont entrepris de le chercher, et suivent sa piste, avec toujours quelques centaines de mètres de retard. C'est un peu le foutoir,  des soldats américains débarquent, des hélicoptères survolent, des tireurs tirent, on n'est sur de rien...
Un film certes modeste mais, comme le précise l'affiche "couronné de nombreux prix dans de nombreux festivals". Incontestablement attachant, même si parfois maladroit.

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3 avril 2009

intérêts et principal

ELEVE LIBRE
de Joachim Lafosse

On me l'avait annoncé dérangeant, je l'ai trouvé, comme mon copain Zvezdo plutôt... déprimant.Un angelot blondinet qui ahane fort au tennis mais a des problèmes en classe est pris en main par un trio (deux hommes et une femme) d'amis de sa mère (prédateurs ? manipulateurs ?) qui vont  s'attacher à parfaire son éducation : en maths, en philo et en allemand, certes, mais d'autres domaines bien plus... physiques aussi.
Jonathan Zaccaï est très bien dans un rôle casse-gueule et plutôt déplaisant (mais, finalement le blondinet ne l'est-il pas moins, déplaisant ?) Fort heureusement, (et c'est ce qui le sauve) le film ne joue pas sur le voyeurisme et tout se passe en off. Pensé au terme de petite pute, utilisé dans Le plaisir de chanter. En suis sorti très mal à l'aise. C'était le but, je pense.

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8 mars 2009

le candidat

HARVEY MILK
de Gus Van Sant

Délaissant pour un temps ses expérimentation filmiques que j'aime tant (surtout Gerry) Guschounet nous livre ici la biographie mainstream d'un homme émouvant : Harvey Milk, le premier homme politique ouvertement gay des Etats-Unis (et qui a fait beaucoup pour la structuration de la communauté gay) assassiné politiquement en même temps que le maire de San-Francisco par un de ses pairs. La reconstitution est touchante (beaucoup de documents d'époque et quelques reconstitutions épiques), on y retrouve des noms et des dates qui ont fait mouche/tâche dans l'histoire du mouvement gay (la tristement célèbre Anita Bryant notamment), Sean Penn est très très bien (et ses copains/pines aussi) mais, étrangement ?, je suis un peu resté à distance, alors que, par exemple, mes voisins (hétéros) ont a-do-ré et l'ont fait d'ailleurs savoir à la sortie de la salle (à leurs copains qui les y avaient envoyés et s'excusaient de ce que le film fût en VO et qu'ils ne les en eussent pas prévenus).
C'est très bien, mais ce n'est pas très très bien,(vous saisissez la nuance ?) en ce qui me concerne. Utile, documenté, inattaquable, mais restant dans les limites du biopic.

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3 mars 2009

"puceau suréduqué de 27 ans"

GRAN TORINO
de Clint Eastwood

Vacances cinochement intenses. Trop riches! A quelques jours d'intervalle, un second coup de coeur, dans un genre on ne peut plus diamétralement opposé à la jeunette Maïwenn : le vieux Clint himself ! Je l'aimais bien , jusque là, même si je n'étais pas un fan inconditionnel comme certain(e)s (...) mais là je dois dire que je suis béat : j'ai passé deux heures d'intense bonheur cinématographique, entier, total, sans recul et sans me poser de questions, juste à fond dans le film, avec des émotions jusque là. D'un bout à l'autre j'ai été dedans, sans faillir.
Et pourtant, au début, le vieux Clintounet, il nous charge bien la mule. Portrait d'un vieux con intégral, facho, grincheux, asocial, dont les seuls plaisrs sont de tondre sa pelouse, d'astiquer sa vieille (mais rutilante) bagnole et de ronchonner sur le monde en général et ses voisins en particulier. Il est l'un des derniers blancs à vouloir rester dans un quartier habité par les minorités ethniques, latino mais, en majorité, asiatique. Et le Clint acteur n'hésite pas à en faire des tonnes pour charger le Clint personnage : sourcils broussailleux, machoire serrée, oeil noir très noir, s'exprimant par borborygmes voire par grognements, rien ne manque au primate garanti 100% "gros con".
Le film démarre avec l'enterrement de sa femme, d'abord à l'église puis à la maison, occasion(s) d'un réjouissant tour d'horizon (sur sa famille) et du propriétaire (sur ses humeurs), dont le climax est l'arrivée du jeune prêtre qui a fait le sermon à l'église et qui souhaite confesser Clint (Walt, pardon), conformément à la promesse qu'il a faite à sa défunte femme avant son décès, et qui va se faire envoyer sur les roses, et pas de la plus civile des façons.
Walt a fait la guerre de Corée, et y est, comme qui dirait, resté coincé : autour de lui, à le croire, ce ne sont que niaks, bridés, faces de citron, et autres joyeusetés (allez, je vous en prie, boir le film en VO!). Car il tient bon, à son carré de pelouse racho et à sa terrasse défraîchie où il peut boire à loisir des bières (ricaines) sorties de la glacière (ricaines) en contemplant sa Gran Torino (ricaine) tout en ratiocinant tout son soul sur ces voisins qui lui pourrissent la vie par le seul fait d'être là. Le monde entier le fait chier, à commencer bien sûr par sa propre famille, alors ne venez pas lui parler de celle des voisins.
C'est pourtant ce qui va se passer lors d'un fâcheux concours de circonstances : la voisine, veuve, tente d'élever ses deux enfants : il y a Sue, une gamine délurée (qui n'a pas sa langue dans sa poche, on le verra assez vite), et Thao, en principe le futur mâle de la famille, en réalité un adochounet timide et mal dans sa peau qui passe son temps à jardiner (un "travail de fille" chez les Hmongs), à "faire ce que dit sa soeur", et à se faire embêter par son gangster de cousin, qui fait partie d'un gang et voudrait bien que Thao fasse comme lui... Donc, un soir, les gangsters font irruption chez les voisins en essayant de redonner une deuxième chance à Thao (qui a raté la première, où il était chargé de voler la Gran Torino dont nous avons déjà parlé, tentative qui s'est soldée par un échec cuisant) et où la soirée dégénère alors en bagarre rangée avec toute la famille, jusqu'à ce que ces insensés mettent le pied sur la pelouse de Walt, ce qui va le faire sortir illico de ses gonds et de sa baraque, le fusil en joue, et pas content du tout du tout. Il fait fuir les méchants, et, manque de bol, acquiert aussitôt auprès de la communauté un statut de héros, de demi-dieu vivant qu'ils se mettent à couvrir de cadeaux et d'offrandes, ce qui le fait encore plus râler... sans compter que le petit cureton à l'air angélique (qui donne le titre de cette chronique) ne s'avoue pas vaincu et revient sonner à sa porte...
La situation est posée, pas spécialement originale a priori, donc... Un vieux con, une jeune asiatique délurée, son frère un peu jeune et nunuchon, les méchants gansters, le gentil curé, on voit assez bien tout ce que tout ça risquerait de donner... Sauf que pas du tout. Je ne sais pas comment Clint Eastwood nous goupille tout ça, mais on reste scotché sur son siège, les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, les larmes aux yeux ou les zygomatiques chatouillés, ça dépend, mais, en tout cas en état de sidération, de fascination... C'est incroyablement bien fait, mais j'aurais du mal à vous expliquer pourquoi.
A cause du personnage, sûrement. Entre ce qu'il est lors de la première scène (un enterrement) et la quasi dernière (un autre enterrement), et la façon dont chacun des autres personnages a grandi. Par le message, aussi, sûrement. Pas du tout violemment réac comme l'état initial du personnage (et la bande-annonce et l'affiche) pouvaient le laissait craindre (ou espérer, pour certains), bien au contraire. Mais c'est vrai qu'au début il charge tellement (et délibérément) que ça en devient très drôle: il se regarde jouer au vieux con et il se moque de lui. Un vivant catalogue des valeurs américaines. Patriotisme, racisme et sectarisme. Arghhh!
Les rapports de Walt avec ses voisins, avec les asiatiques en général, puis avec les deux jeunes, les rapports de Walt avec le curé, les rapports de Walt avec sa propre famille... bref ses rapports au monde, finalement,vont s'infléchir, se gauchir, prendre une direction inattendue pour le vieux machin plein de certitudes rances qu'il était devenu, et le message est clair : "Même si vous êtes un vieux con, ne perdez pas espoir, ça peut toujours changer!"
Et puis, (on se refait pas) j'aime bien les films où on aborde le concept de virilité (rien que le mot est plein de poils et sent l'homme, non ?), bien évidemment dans l'éducation de Thao,  où il serait question d'une certaine moralisation du concept (et ce n'est pas fait du tout pour me déplaire!) mais aussi, tangentiellement, par exemple dans les deux big scènes avec le coiffeur (des scènes que j'ai vraiment trouvées formidables, humainement (et comiquement) parlant).
Etre un homme ça s'apprend, et le sens de l'expression peut varier, entre celui qui a fait la guerre de Corée, celui qui défend sa propriété, celui veut faire partie d'un gang, celui qui veut apaiser sa conscience, celui qui veut se racheter... Eastwood nous donne à la fois une grande leçon d'humanité et une autre, de cinéma. La rigueur et la richesse formelle du matériau filmique s'allient à l'intensité des émotions (je l'ai déjà dit, on est inextricablement pris entre deux feux, entre le rire (entre humour plutôt noir  et distance ironique) et la violente et très riche mélancolie de cet autoportrait.

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20 février 2009

aramis

SLUMDOG MILLIONAIRE
de Danny Boyle

JR m'avait prévenu qu'il valait mieux lire le bouquin, mais, comme je l'avais déjà lu, (avant de partir là-bas en février dernier, sur les conseils de mon amie Christine) et que j'avais bien apprécié l'histoire, et qu'on le projetait en VO (sur notre suggestion presque) dans le bôô cinéma, je m'y suis rendu d'assez bonne grâce. Ca m'a déjà agacé, en arrivant, qu'on ne soit que dix pelés dans la salle, alors que, quelques jours auparavant, le même film eut fait salle comble...
Effectivement, le film est moins bien que le bouquin, qu'il trahit d'une certaine façon (même si mes souvenirs de lecture n'en sont plus de première fraîcheur), surtout en ce qui concerne le personnage du frère.
Le principe en reste le même (bon je connaissais l'histoire, parce qu'au début, sinon, c'est un poil confus) : Jamal, un jeune slumdog (habitant des bidonvilles) qui participe à qui veut gagner des millions de roupies en a justement gagné dix millions, et, à l'interruption de l'émission, est arrêté et copieusement tabassé par des flics qui veulent savoir comment il a triché... Il leur raconte son histoire, et explique comment (pourquoi) il connaissait chacune des réponses...
Tout ça mis en images par Danny Boyle, en Inde donc, dans un style vaguement Bollywood, en tout cas un peu le cul entre deux chaises. Je me souvenais d'une scène dégueulasse de toilettes dans Trainspotting (que je persiste à ne pas aimer), eh bien ici l'ami Danny nous remet si j'ose dire le couvert, dès la scène d'ouverture... Ce mec là serait-il un maniaque des lieux d'aisance ?
A part ça, ça se regarde sans déplaisir, le jeune Jamal est mimi, sa copine Latika (dont - il - est - amoureux - depuis - toujours - et - dont - il -a - perdu - la - trace - et - qu'on - se - demande - bien - s'il - va - un jour - la - retrouver mais à Bollywoodland l'amououour finit toujours par triooooompher...) toute mimi aussi, et tout ça se finit en plus par une très sympathique scène de danse collective sur le quai de la gare de Mumbai...
Me reste le plaisir d'avoir revu des images d'Inde, et d'avoir eu une pensée spécialement émue pour mon amie Christine qui est à Delhi depuis jeudi, et puis voilà...
ps : et encore et toujours in India puisque reçu aujourd'hui le cd de la musqiue de Jodhaa Akbar qui la semaine dernière fort m'enchanta...

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31 janvier 2009

thé glacé

BETTER THINGS
de Duane Hopkins

Ma copine Zabetta ayant désormais des relations dans le milieu ciné m'a prêté le dvd de la boîte de prod pour un visionnage canapé. Les échos a priori étant variés, je savais juste que ce n'était pas joyeux joyeux. Et c'est rien de le dire! C'est bien simple, tout le monde ici  est malheureux, l'affiche et le revendique : jeunes et vieux, filles et garçons, moches et beaux/belles, oui, tous les anglais sont malheureux, et tristes, et tirent la tronche (à juste titre, on les comprend), du début à la fin. Il me semble qu'il y a une esquisse de sourire, et bout d'une heure et douze minutes, mais comme il est à contre-jour, on n'est pas vraiment sûr.
Question mouise, on serait quasiment chez Loach, question yoplaboum entre Bresson et Dreyer, autant dire que ça vous frigorifie sérieux les zygomatiques (et qu'au bout d'un moment, on se dit, que, quand même, ça finit par bien faire). Ados junkies, overdose, enterrement, histoires de cul et d'infidélités, baises tristes, traitement psy, rapports inter-générationnels difficiles, couple qui bat de l'aile, hôpital, mort, disputes, autre overdose... Et basta! Ah si, quand même, une toute petite lumière minuscule, une des histoires semble-t-il, se finit bien. (mais bon, pour le peu qu'il eur reste à vivre...)
C'est, bien sûr, un choix délibéré du metteur en scène, comme le fait de ne choisir que des non-professionnels, comme celui de filmer souvent la campagne britannique, comme celui d'avoir choisi une musique étrange et atmosphérique. Mais (surtout au début), le filmage déstabilise : tout est uniquement frontal (alternance personnes / objets/ paysage, avec le sous-texte "mais il s'agit toujours d'une nature morte" ), le montage semble raide, hâché, faisant souvent s'entrechoquer  des plans successifs plutôt que de les enchaîner.
On sort de là, incontestablement le moral dans les chaussettes. On a envie de dire, pas "pourquoi tant de haine?" mais plutôt "pourquoi tant de désespoir ?". C'en serait presque complaisant de noirceur et de glauquerie.

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13 janvier 2009

micro56

Il fait vraiment très froid : quand j'ai sorti mon zizi pour faire pipi, j'ai eu soudain le sentiment d'avoir à nouveau douze ans.

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Un homme, croisé maintes fois, qui passe visiblement ses journées à faire le même trajet en stop, dans un sens puis dans l'autre, inlassablement.

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"Mehmet loves Baris*

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photographier des objets célibataires et gelés

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"refus d'obtempérer"

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Aires de pique-nique sous la neige

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Des murs en papier à cigarettes et des fenêtres en cellophane (mon appart)

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Commencé agréablement l'année en réalisant un fantasme : mon premier routier turc.

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Ici, qui dit redoux dit pluies verglaçantes (si c'est pas malheureux)

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un kleenex froissé dans la poche, comme si c'était un genre de lettre d'amour

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Remplacé une addiction par une autre

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12 janvier 2009

notre pain quotidien

Faire la queue au super-marché (à la caisse dite "rapide" mais pas tant que ça finalement vu qu'une mamie a décidé de tout payer en petites pièces orange), derrière un jeune homme en tenue de travail qui achète beaucoup de baguettes (quasiment une dizaine), et, histoire de passer le temps, faire mentalement, le temps d'un lent travelling oculaire (...), la liste de tous les détails qu'on photographierait si on en avait la possibilité : la barbe de trois jours, les petits cheveux dans la nuque, le blouson plâtré, le trou au genou dans le jean  qui laisse apercevoir le blanc d'un caleçon long, les grosses baskets grises uniformément bruinées  de plâtre.
Sortir finalement mon téléphone et photographier effrontément son cul, mine de rien. (avoir un chouïa la main qui tremble tout de même ; si jamais il se retournait et m'en collait une, hein ?) Avoir l'impression que le voisin de derrière (qui achète aussi du pain) a repéré mon manège. N'être néanmoins pas sûr que ça a marché, et le prendre à nouveau en photo (il s'avèrera, par la suite, au visionnage, qu'on l'a en réalité filmé.)
Payer mon pain rapidement, et le suivre tandis qu'il sort du magasin, être attendri en le voyant mettre la capuche de son sweat plâtré (il fait très froid), tandis qu'il monte dans sa bagnole, immatriculée 93, et avoir une pensée pour ses copains, à qui il va apporter toutes ces baguettes...

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(voilà la  photo en question, qui n'a, bien évidemment, pas le moindre intérêt...)

1 janvier 2009

poulain sous l'eau

HUNGER
de Steve Mc Queen

Un grand choc. Quand les lumières se sont allumées dans la salle (j'étais pourtant dans l'épouvantable salle 6 du Mk2 Beaubourg, grande à peine comme mon salon) je suis resté assis, comme sidéré. Silencieux. Il m'a fallu un petit moment pour reprendre mes esprits. J'étais pourtant prévenu, la copine avec qui j'étais aussi, que ça risquait d'être dur. Une seule certitude, en sortant,celle d'avoir vu un grand film. Où tout est pensé, maîtrisé, où tout fait sens.
J'avoue (à ma grande honte) que je n'avais jusque là jamais entendu parler du réalisateur (je me souvenais juste qu'il avait obtenu la Caméra d'or, parce que je suis un midinet et que je rate jamais la cérémonie de clôture du festival). Dès les premières images, on sait que ce gars-là est un cinéaste, un créateur, un vrai. Cadrages, composition et organisation des plans, mouvements de caméra, rien n'a été laissé au hasard.
Le film se découpe en trois parties, indissociables, et, dans mon esprit, je lui donnais la forme d'une pyramide (ou, mieux, d'un toit). Le premier pan, ascendant, est la "grève de l'hygiène et des couvertures" des prisonniers irlandais, et la riposte des (gardiens) anglais. Elle grimpe, impitoyablement, jusqu'à la pointe, sur laquelle on se tient en équilibre, pour la deuxième partie, un long plan fixe (le temps exactement de fumer trois cigarettes), entre Bobby Sands et le prêtre, l'instant où on bascule de l'autre côté, pour redescendre ensuite, tout aussi inexorablement, vers le point final, la mort de Bobby Sands.
Chacune des trois parties a son rythme et sa façon de filmer propres. Au début, il est question de violence, du corps dans ses manifestations les plus  terre à terre, les plus physiques : la crasse, la merde, la pisse des prisonniers, auxquelles viendront s'ajouter le sang les blessures et les coups provoqués par les gardiens  d'abord, par les flics ensuite. C'est très dur, à la façon d'un coup de poing dans le ventre, plusieurs fois j'ai cessé de regarder, mais je me raccrochais mentalement à "ce n'est que du cinéma, ce n'est pas vrai...". La caméra est comme affolée, elle va vient virevolte, tressaute. La violence est physique, visible, à travers la multiplicité des corps, tandis que très peu de mots sont échangés.
Après le meurtre du gardien (je n'ai pas pu m'empêche de penser à l'original d'Elephant)  on change de registre. La caméra s'immobilise quasiment, pour le long échange entre deux hommes assis, face à face, l'un torse-nu et l'autre en habit sacerdotal, de part et d'autre d'un cendrier qui va se remplir progressivement. La conversation n'est pas violente dans les faits, elle l'est juste par ce qui est annoncé, la détermination avec laquelle est exposée la décision de Bobby.
Quant à la troisième partie, la plus forte, la plus extrémiste, elle montre cette grève de la faim qui va mener Bobby à la mort. D'autant plus insupportable qu'elle est traitée avec une certaine "douceur" (je mets des guillemets à dessein, je ne sais pas si le terme convient vraiment). Où ce corps va progressivement s'affaiblir, s'amenuiser, s'anéantir (au sens strict) sans que cette fois, plus aucun mot ou presque ne soit prononcé. On a rarement vu une telle attention portée (au cinéma) au processus qui mène à la disparition d'un corps. La mort est décrite ici comme un processus clinique (à travers ses effets visibles), dans la lumière bleue froide et crue de cette chambre d'hôpital. Et dans une extrême solitude. L'extérieur devient abstrait, le corps s'efface, seule la mémoire reste vivante, jusqu'au dernier moment. Avec la rage en dedans.

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31 décembre 2008

prise multiple

LE PLAISIR DE CHANTER
d'Ilan Duran Coen

Comme l'a résumé Malou en sortant : "une comédie délicieuse". Pas inoubliable, non, mais délicieuse, ça c'est sûr. Ilan Duran Coen continue son entreprise de "réhabilitation" de la bisexualité, et ma foi ça n'est pas déplaisant. J'y allais pour Jeanne Balibar, et voilà qu'on me rétorque Nathalie Richard et Dominique Reymond, sans compter Marina Foïs (qui nous montre ses petits dessous) et Lorant Deutsch, parfaits en improbable (et le mot est faible) paire d'agents secrets en immersion dans un cours de chant, à la recherche d'une mystérieuse clé usb que d'autres espions aussi recherchent. Notamment, un nounours (très barbu et très poilu) et une petite pute (c'est comme ça qu'on l'appelle dans le film, et que lui-même aussi d'ailleurs) un tantinet exhibitionniste d'ailleurs, (je ne vais pas m'en plaindre) qui se promène à maintes reprises la quéquette à l'air (qu'il a, d'ailleurs, très agréable à regarder).
Tout le monde cherche cette clé, tout le monde couche un peu avec tout le monde, tout le monde essaie de tuer tout le monde, mais, surtout, tout le monde chante, tandis que passe au milieu, évanescente, évaporée, énamourée, la divine Jeanne B. (en chanteuse lyrique qui rêve de faire de la variétoche).
C'est très plaisant, avec des dialogues  très écrits (on a envie de dire "parfois trop"), les situations un peu moins mais ça n'a pas vraiment d'importance, (dans cette comédie d'espionnage, on serait plutôt à 3/4 de comédie pour 1/4 d'espionnage, et c'est très bien comme ça) même si le rythme s'essoufle un poil (un poil ? non, dans le film il y en a un sachet entier, de poils!) vers la fin et que la coda s'étire un peu, mais bon, c'est peut-être dur de tenir la note juste jusqu'au bout sans reprendre sa respiration, hein...

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31 décembre 2008

furoncle

SERBIS
de Brillante Mendoza

Enfin réussi à le voir, après un sacré parcours du combattant (1 cinéma / 1 jour / 1 séance, merci le Hautefeuille!) J'avais beaucoup aimé John-John, j'ai encore plus aimé celui-là, parce qu'il est encore plus dans mes cordes.(...)
Un cinéma à Manille, le Family (!), au nom qui pourrait sembler menteur étant donné le caractère des films qui y sont projetés, mais qui finalement se justifie plutôt puisque c'est toute une famille (multi recomposée) qui y vit et le gère. Et le film oscille entre ces deux pôles, ou plutôt imbrique ces deux trames, ces deux mondes, malaxe ces deux réalités jusqu'à ce qu'elles en soient étroitement entortillées. Le portrait de famille est un peu complexe (on a du mal parfois à rétablir les liens de parenté), en contrepoint idéal au dédale labyrinthique du lieu, un vieux cinéma porno délabré où tout ce petit monde se promène, se croise, se poursuit, se chasse.
J'ai toujours aimé les films qui se passent dans un cinéma (ah, Goodbye Dragon Inn...) et tout spécialement dans ce genre de cinéma (ah, la nostalgie...). C'est quelque chose de tellement particulier, ces mecs solitaires qui baisouillent en douce, à tâtons, dans l'obscurité. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre si vous ne l'avez pas vécu. Le clandestin, l'intime, l'organique, juste à deux pas de la bruyante réalité sonore de l'extérieur. Le sexe furtif, un peu honteux, mine de rien. Au Family, il y a, en plus, des jeunes gens qui proposent leurs services (d'où le Serbis du titre) tarifés aux clients esseulés.
Brillante Mendoza persévère sur la voie entreprise dans John-John : un "cinéma-vérité", une caméra à l'épaule, mobile, fluide, comme aux aguets, qui ne perd pas une miette de ce qui se passe autour d'elle. Qui ne se détourne pas, qui ne se voile pas l'objectif, bien au contraire, sans fausse pudeur mais sans voyeurisme excessif non plus (que ce soit côté pile ou face, on n'ignorera ainsi rien de l'anatomie du projectionniste...)
On suit ainsi plusieurs histoires entremêlées, (d'inégale importance mais justement traitées sur le même pied d'égalité) sur l'espace d'une journée, en suivant les différents protagonistes, (le procès entre le père et la tante, le furoncle du projectionniste, le nettoyage des toilettes, le défilé des clients, l'irruption de la chèvre) jusqu'à ce que, finalement, le réalisateur décide, en quelque sorte, de retirer l'échelle, pour nous laisser là, en plan, orphelins dans le noir...
La bande-son, très travaillée, nous plonge dans un vacarme urbain de klaxons, de véhicules, de discussions, quasiment ininterrompu, comme si le cinéma, l'intérieur était devenu perméable aux manifestations sonores extérieures, comme si l'extérieur, prosaïque, venait constamment contaminer le désir, le fantasme. Et c'est bien le sens de cette image ultime, ou la réalité vient, littéralement, annihiler la fiction. Clap de fin et noir.

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(l'affiche est inutilement racoleuse me semble-t-il)

11 décembre 2008

bêtes et méchant(e)s

BURN AFTER READING
de Joel & Ethan Coen

Bon d'accord, c'était en v.f dans le bôô cinéma, mais tant pis j'avais envie, alors... Y avait du monde dans la salle, et  sur l'écran aussi y en avait. Une sacrée brochette. Après un générique très gougueul eurf (avec de la musique qui tape de Carter Burwell),on attaque avec John Malkovich (un peu alcoolo), qui vient de se faire virer de la CIA,se fait engueuler par son épouse Tilda Swinton (un peu salope frigide, c'est le film qui le dit), dont on sait très vite qu'elle le trompe avec Georges Clooney (un peu bellâtre avec la chaîne en or). Premier triangle. Ailleurs, dans un club de gym, batifolent Frances Mc Dormand (peroxydée) qui rêve de chirurgie esthétique, Brad Pitt (qui bénéficie d'une création capillaire assez mimi) en moniteur de fitness gentiment neuneu, et Richard Jenkins en balourd aux yeux tristes secrètement amoureux de la blonde. Second triangle.
Ces deux univers qui n'avaient à priori aucune chance de se télescoper vont pourtant le faire, sous le prétexte d'un cd qui contient les codes bancaires (et les mémoires) de John Malkovich. Et bien entendu, chez les Coen, il est toujours question d'engrenage, où, quand on y met le doigt, on est sûr que c'est au minimum le bras, sinon tout le reste, qui va y passer. Et ça ne manque pas. Il y a un effet de contagion assez plaisant dans le film. Comme si les frérots avaient trouvé deux graines, qu'il les avait plantées, et filmé ensuite leur croissance anarchique, sans se départir de leur calme apparent même en s'apercevant qu'il s'agissait de plantes carnivores Sans s'émouvoir particulièrement, en observateurs, quoi.
Le spectateur feuillette ce catalogue de blaireaux, de loosers, de menteurs (et de menteuses), de naïfs, d'abrutis (et e), et d'imbéciles (c'est unisexe), qu'il refermera, comme la chemise contenant ces documents top secret (burn after reading) lors de l'échange final et assez irrésistible entre les deux mecs de la CIA  visiblement dépassés par les événements, sans avoir forcément tout compris  (parce qu'il n'y a justement rien à comprendre...)
Le filmage est, comme toujours chez les frangins, à la fois simplissime et très élaboré. Prosaïque mais narquois. Avec cette distance ironique, sans être lourdingue, qui introduit de-ci de-là un genre de travelling coudé, un cadrage zarbi, une accélération inattendue, une transition hasardeuse... Bref, c'est peut-être un "Coen mineur", mais ça passe plutôt bien, pour un mercredi soir.

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30 novembre 2008

tu sais traire ?

L'APPRENTI
de Samuel Collardey

En avant-première régionale (le film sort en franche-comté une semaine avant le reste du monde) et en présence du réalisateur et de deux acteurs, dans une salle (pleine quasiment!) du bôô cinéma. On avait déjà reçu le monsieur pour son court-métrage Du soleil en hiver (qu'on avait, par ici mais pas seulement, beaucoup apprécié) et voilà qu'il nous revient (le preuve qu'il a de la suite dans les idées) avec son premier long-métrage, distingué par le prix de la semaine de la critique à Venise (pour une première participation, on pourrait rêver pire), qui raconte la même histoire : les relations entre un jeune en formation (à tous les sens du terme) et son maître de stage, un paysan du Haut-Doubs.
Un film entier (comme on dirait fromage au lait entier, pour filer la métaphore laitière), mais plutôt rayon "au lait cru" que "pasteurisé". On est là, une nouvelle fois, à faire le grand écart (hihi j'avais écrit grand écran) entre le documentaire et la fiction : les acteurs jouent tous leur propre rôle, portent leur vrai prénom, habitent leur vraie maison, le tournage suit chronologiquement l'année de stage en alternance de Mathieu, (de septembre à juin), chaque scène est saisie dans une prise unique, mais est-ce bien pour autant du vrai réel pris sur le vif ? Samuel Collardey explique qu'il n'a jamais voulu voler aucune image, au contraire, il en revendique le statut cinématographique : débarquant avec sa grosse caméra, ses projos et tutti quanti, il apportait à chaque fois à ses acteurs une situation qu'il leur proposait de jouer (ou rejouer) en impro, en fonction de ce qui avait été filmé la fois précédente. Et il laissait la caméra tourner jusqu'au bout. En reconnaissant que ce mode de tournage n'aboutissait pas toujours à une "bonne" scène, et acceptant sa responsabilité dans ce choix ("ce n'était pas le bon moment", "ce n'était pas une situation adaptée", etc.)
Et tout ça donne un sacré film. Qui a fait jubiler des critiques qui ont situé le réalisateur comme un rejeton du couple Pialat/Depardon (huhu l'idée du couple me fait sourire). A mon sens, s'il a bien l'acuité documentaire et le sens du cadrage d'un Depardon, Collardey a surtout de Pialat  la rigueur du constat social, l'observation méticuleuse et en gros plan des relations humaines, sans en avoir (heureusement) conservé l'âpreté (l'amertume ? le nihilisme ?).
Des engueulades, il y en a, et des prises de bec et des remontages de bretelles, mais il y a surtout le reste (la vie) : l'apprentissage du métier (rentrer les vaches, ça n'est pas si facile que ça en a l'air), la vie à l'internat, les soirées avec les potes (à aligner les  bières et à parler cul et teubs), les premiers émois amoureux (car c'est  bien d'apprentissages(s) qu'il est question), du chat internet au premier baiser,  certaines  retrouvailles et certaines confessions (prononcées ou écoutées), sans oublier de sacrées parties de rigolade.
Le film est complètement dans l'instant, dans la captation immédiate (d'une situation, d'un paysage -ah ces panoramiques noyés de brume...-, d'un échange, ou même d'un silence) plutôt que dans l'élaboration d'une intrigue, et jamais cette succession de scènes parfois montées très cut n'apparaît comme une juxtaposition gratuite (artificielle) de vignettes folkloriques. Bien au contraire. Car au fil de ces instants (derrière chacun d'eux ?) on sent que quelque chose se crée, s'élabore, se met en place, que ce soit au niveau de "l'architecture interne" de Mathieu ou des interactions entre lui et Paul. Sans que rien ne doit vraiment précisé, défini. (Pourtant Collardey avait au départ écrit un scénario, qu'il a dès le début du tournage complètement abandonné), ce que d'aucuns lui ont d'ailleurs reproché, et dont il est d'ailleurs conscient, ayant regretté lors de la discussion d'avoir peut-être été trop timide avec la fiction. La question la plus cruciale étant "Mathieu aura-t-il son BEP ?", autant dire que le spectateur n'est pas vraiment  torturé par le suspense ou  l'attente du dénouement. Le plaisir est ailleurs.
Pourtant, à bien écouter le réalisateur, ce qui se joue sur l'écran n'est pas tout à fait du vrai vrai, puisqu'il  reconnaît avoir suggéré (provoqué, induit) les éléments-clés de certaines scènes (les remontrances de la femme de Paul en épluchant les pommes, l'apprentissage de la chanson à la guitare, le chant dans l'étable, etc.) Là où Claire Simon faisait du faux à partir du vrai (en faisant rejouer par des actrices des entretiens qui avaient vraiment eu lieu), Samuel Collardey adopterait peut-être le dispositif inverse : faire du vrai à partir du (peut-être un peu) faux ?  Mais tout ça reste théorique, et on s'en fiche, au fond, parce que tout ça est simplement passionnant.
Malgré ses maladresses, malgré les faiblesses que certains lui reprochent, on ne peut que se réjouir, se dire que les bonnes fées du 7ème art se sont penchées sur le berceau de ce nouveau venu (hmm si c'est pas du lieu commun et du cliché, ça...) Allez, Samuel, au boulot!

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10 octobre 2008

jumelles

MY NAME IS HALLAM FOE
de David Mc Kenzie

Lors de l'unique séance du film (la copie n'est arrivée que le lundi matin), dans le bôôô cinéma, il régnait dans la salle une ambiance quasi familiale, puisque j'y connaissais quasiment tout le monde... Bon enfant, donc, ce qui tombait bien pour savourer cet original bonbon anglais (écossais, plutôt), tout à tour acide, amer, piquant, doux... Saveurs multiples pour un film qui commence à mi-chemin entre Le voyeur et Des journées entières dans les arbres, et qui finit entre Qui a tué Harry et Dearest Mom (à ne pas prendre au pied de la lettre). Sous influence(s) ? Non, pas tant que ça, le film adopte un ton vraiment personnel, singulier, pour raconter l'histoire de cet ado dont la mère est morte et qui veut prouver que c'est sa belle-mère qui l'a assassinée.Tour à tour thriller psy, chronique sociale, portrait d'un voyeur, histoire d'un amour, et tout ça a la fois, avec le jeune (et excellent) Jamie Bell (mais c'est qu'il a bien grandi notre Billy Elliott!) comme axe central autour duquel s'organise ce récit.
Que ce soit dans la première partie (où il passe sa vie dans sa cabane au milieu des branches, espionne les ados qui baisent champêtre à la  jumelle, se fait des pientures tribales au roge à lèvres de sa maman et se trimbale affublé d'une casquette à tête de (vrai) blaireau) où dans la suite (plus réaliste ou sociale, où il fait la plonge dans un grand hôtel au milieu d'une grande ville) il assure vraiment comme un chef (allant même jusqu'à s'auto-citer dans une scène de dance avec des valises).
Bon, si le dénouement est un peu en-deça, on ne va quand même pas chipoter et chercher des poux dans la casquette en tête de blaireau... D'autant plus que le film a eu l'intelligence de réquisitionner une bande-son (vous verrez au générique de fin, la liste fait quelques kilomètres...) du Feu de dieu... Y a tellement de belles choses qu'on pourrait se dire qu'il y en a presque trop. (Mais, eh oh il a fini de ronchonner et de bouder son plaisir et d'ergoter, non mais hein ...)

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(affiche anglaise)

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(affiche allemande)

(la française est fort laide)

1 octobre 2008

retour à

MICHAEL TOLLIVER EST VIVANT
de Armistead Maupin

C'est mon amie Christine qui me l'a conseillé, et quasiment mis entre les mains : "Ca devrait te plaire, c'est très pédé...". J'avais lu, il y a quelques siècles, que dis-je lu, il s'agissait plutôt de dévoration, tous les tomes des Chroniques de San Francisco (un été à Perpgnan...) , j'avais adoré ça, mais je dois dire qu'avec le temps, il ne m'en est  resté rien, ou si peu...
On retrouve donc Michael, un des personnages principaux, mais trente ans après... un pédé cinquantenaire moyen, séropositif, à bedon et à viagra, qui a épousé Ben, un mec adorable de vingt ans plus jeune que lui (qui craque pour les daddies, les mecs plus âgés) avec qui il vit une histoire d'amour tellemnt simple, ordinaire, et merveilleuse qu'elle ne pourra faire soupirer tout un chacun des midinets qui sommeillent en nous...
Au début, c'est comme si on abordait un héros anonyme et nouveau, mais, au fur et à mesure, on va se rappeler des choses, l'auteur réussira à évoquer plus ou moins fugitivement, tous les personnages de la saga, tous les anciens de Barbary Lane, et c'est comme retrouver un vieux complice. Une bonne façon de raviver les souvenirs des pauvres lecteurs aux neurones engourdis.  Histoire de famille(s), surtout en ce qui concerne Michael (son mari, sa mère, son frère, sa belle-soeur...). C'est un roman en pente douce : ça démarre effectivement plutôt très cul, très pédé, très acide, très drôle, et, au fil des pages, ça s'assagit et ça se calme, doucement.
Ca se lit donc avec grand plaisir, on rigole souvent (il ya chez Maupin, comme chez Mc Cauley, un sens très pédé de la formule qui tue...) et j'ai ai été tenté plusieurs fois de recopier des passages, tellement ça me plaisait. Je pense que dans quelques temps j'auraipeut-être tout oublié, mais, ça ne fait rien, ça valait la peine, c'est tout...

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4 septembre 2008

y a d'la joie

LE SILENCE DE LORNA
de Luc et Jean-Pierre Dardenne

C'est chaque fois pareil, avec chacun des films des frères Dardenne : je vais le voir, je l'apprécie, mais je sais bien, à la fin, que je n'aurai pas envie d'y retourner. Peut-être parce que, à chaque fois, ils me confirment que le monde dans lequel je vis n'est pas celui des Bisounours, mais bien celui qu'ils décrivent. Ce qui s'appelle enfoncer le clou.
Là, pourtant, j'étais prevenu, question noirceur et désespoir. J'ai, bien entendu, fini les larmes aux yeux et le moral au fond des chaussettes. Au fin fond. Un beau, un très beau portrait de femme, incarnée par la débutante Arta Dobroshi (superbe). Un personnage moins opaque et buté que leur précédente Rosetta, plus complexe (plus humain ?) mais au destin pas forcément plus enviable, d'ailleurs. Mariage blanc, liasses de billets, travailleur clandestin, mafieux russe, junkie paumé, hôpital, coups et blessures... Portrait(s) de salauds plus ou moins ordinaires, et de victimes idem, sur fond de profonde désespérance urbaine, filmés au plus près, au plus juste. Réaliste et sans concesssion. Mais sacrément bien filmé. Concis et âpre (âcre ?)

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ps : Et la rentrée? me demanderez-vous. Euh, qui est-ce qui a parlé de Bisounours ???

23 août 2008

tonton, pourquoi tu tousses ?

GOMORRA
de Matteo Garrone

Celui-là, je l'appréhendais un peu. Je dois avouer que, d'ordinaire,  les "films de mafia" me font prodigieusement chier ne m'intéressent pas vraiment, a priori. Mais là, mais là mais là, oh la la, quelle force, quelle puissance, j'en suis resté quasi sans voix. C'est violent et teigneux comme un chien enragé, et une fois que ça vous a chopé (le mollet ou ailleurs) ça ne vous lâche plus jusqu'à la fin (ça faisait longtemps que je n'avais pas éprouvé un tel étonnement (quoi ? déjà ? je croyais que ça durait plus de deux heures...) en voyant apparaître le générique de fin (qui nous offre -ô petit bonheur supplémentaire- un morceau inédit -à ma connaissance- de Massive Attack), à l'image des personnages (et même de leurs interprètes).
Un choc comparable, quoique peut-être à un autre niveau, à celui provoqué par Valse avec Bachir. Le réalisateur se sert du véhicule cinématographique pour  nous livrer un état des lieux mafieux quasi-documentaire : oui, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur ces salopards (car c'est bien d'eux dont il est question) sans jamais oser le demander.
Plusieurs histoires y courent donc, s'enchevêtrent, se repondent, se chevauchent : du plus jeune (Toto), un gamin qui fait les courses pour les voisines, jusqu'au vieux chef de clan (celui qui pour parler doit mettre sa main sur la gorge), en passant par deux jeunes cons désireux de s'élever dans la hiérarchie (dont l'un a une voix de Donald sous amphètes), un tailleur clandestin qui aide en douce les chinois (oui, oui, même la haute-couture), un comptable (celui qui apporte à chaque "famille" "méritante" son "salaire"), un autre jeune, "à l'essai" (Roberto), qui se pose des questions, et un enfouisseur de déchets toxiques qui, lui, ne s'en pose pas tant du tout ("C'est grâce à des gens comme moi que ce pays est entré dans l'Europe...") Mélangez énergiquement, remuez dans tous les sens, et vous n'avez plus qu'à attendre que ça vous pète à la figure. Il y est question de clans (sans qu'on comprenne forcément toujours qui est qui, qui est contre qui et pourquoi donc), de "famille", d'honneur, et, finalement, de virilité (et de la façon dont on l'exprime / l'exhibe).
Il n'y a quasiment pas de personnage féminin important dans le film : juste un plein vivier de ces spécimens de race mâle, plus ou moins pourvus, plus ou moins puissants, plus ou moins sûrs d'eux. La problématique se résume à c'est moi qui ai la plus grosse (ou les plus grosses, puisqu'il est plus souvent question des balloches que de l'instrument attenant), ni plus ni ni moins. Sans oublier ces autres métaphores viriles,  objets de vénération et instruments de puissance que sont le fric et les armes,  avec toute la fascination qu'elles impliquent (les "apprentis mafieux" s'entraînent en répétant les dialogues de Tony Montana, dans Les Affranchis...)
Finalement, tous ces gros machos poilus à grosses bagouzes et à grosses chaînes en or (et même les petits teigneux qui ne sont encore ni gros ni bagouzés, mais déjà testostéronés grave) passent leur temps à dégommer, (et donc pénétrer métaphoriquement) leurs rivaux (ou supposés tels), histoire de prouver qu'ils sont bien le mâle alpha du clan. Trous de balles et gros calibres : "Maintenant tu es un homme..." dit un des parrains au p'tit jeûnot qui vient de passer avec succès le test du gilet pare-balles.
Tout ça est -on le savait- finalement plutôt nauséabond, (Woody Allen a écrit un jour, peu ou prou "Les méchants ont compris quelque chose dont les gentils n'ont même pas conscience."), on est en plein dedans ;  mais, comme je me le disais en sortant, si le fond est vraiment à gerber, la forme, par contre est enthousiasmante. C'est presque paradoxal puisque si le réalisateur revendique avoir joué la carte du "réalisme" (on est davantage dans une approche documentaire qu'hollywoodienne),  il le transcende par  un sens certain de la mise en scène (la scène d'ouverture dans le solarium, la scène des deux mecs sur la plage qui défouraillent en slip...) autant que par  une  esthétique plutôt chiadée. Et une énergie incroyable. Car  le film est véritablement d'un bout à l'autre sous pression, jamais ça ne s'arrête, et il tient la distance, haut la main, sans jamais laisser le spectateur reprendre sa respiration. Toujours à donf, vous dis-je.

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18 juin 2008

bocaux de cerises

CIAO STEFANO
de Gianni Zanasi

Ah, ces ritals... C'est comme ça qu'on les aime, râleurs, hâbleurs, teigneux (les va fan culo, ça fleurit dru!) mais avec un coeur comme ça. Le Stefano du titre en est un spécimen pur jus. Après quelques désillusions musicales et conjugales, voilà que notre future ex rock-star décide de quitter Rome pour retourner un peu à la campagne pour se faire dorloter chez papa mamma (qu'il n'a pas vu depuis bien longtemps). Avec aussi la sorella, le fratello et la belle-sorella (sans oublier les bambini!).
Stefano va faire un peu son Théorème, et se mêler d'aider, souvent contre leur gré, chacun des  membres de la famille. Son frère, qui a repris et laissé péricliter l'usine de cerises paternelle, et dont le couple bat sérieusement de l'aile, sa soeur qui est folle de dauphins et qu'il croit lesbienne, son père qui joue au golf, inconscient du désastre imminent, sa mère qui s'est entichée d'un gourou transcendental  je ne sais quoi, ses neveux qui le trouvent zarbi, sans oublier quelques amis d'enfance et de jeunesse (dont l'un, très dépressif). Stefano voudrait faire le bonheur de chacun et de tous, mais c'est mission impossible.
C'est gentiment bordélique, filmé avec un bel entrain, avec de la musique de bel canto à fond les ballons et à contre-emploi plus rital tu meurs, les historiettes familiales se succèdent et/ou s'entrecroisent (c'est très agréablement tricoté), et c'est en général le personnage de Stefano qui fait le lien. Mais comme dans tout film familial/choral, il y a des hauts et des bas, des scènes puissantes et des trous d'air, des choses plus intéressantes que d'autres, chacun pouvant trouver son compte dans cette comédie finalement tout aussi grinçante et désabusée qu'elle pouvait de prime abord sembler guillerette et insouciante.
Dommage qu'à la fin le réalisateur semble changer d'avis tout à coup et laisse un peu tout en plan, genre "il vaut mieux que chacun se mêle de ses affaires", et expédie un peu la sortie de scène de Stefano, le laissant en l'air et nous le bec dans l'eau.

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15 octobre 2016

l'un ou l'autre (par surprise)

De concert hier soir à Scey/Saône.
J'y suis allé avec Catherine, invité par Manue que je n'avais pas vu depuis longtemps, revoir Pépin et Coralie (avec qui j'étais déjà hier soir chez Claude W. pour du théâtre en appartement) mais surtout pour voir GRAND BLANC, qu'on avait beaucoup apprécié (et découvert en même temps) avec Manue justement, aux Eurocks il y a deux ans (déjà!). Il y avait une "première partie", JESSICA93 (prononcez jessica neuf trois) que je ne connaissais absolument pas. Dont je n'attendais rien.
Quand on est arrivé, ça venait juste de commencer, et je dois dire que ça m'a fait illico dresser l'oreille... "C'est très fort" a prévenu Manue. Oh oh. On y est donc allé, (c'était effectivement très fort mais ce très fort là n'était pas du insupportable, au contraire), et j'ai été surpris de voir un mec tout seul sur scène, et qui puisse produire une telle intensité sonore. Une déflagration sonique sidérante à mes oreilles dès la première seconde, et ce pendant toute l'heure que dura le concert. Un petit  barbichu à casquette et à t-shirt noir dont je suis tombé aussitôt musicalement & sonorement amoureux (J'étais tellement bien dans ses morceaux que j'en ai presque regretté d'avoir arrêté de fumer des pétards en 2006...) avec juste guitare, basse, et boucles magnétiques commandées au pied. C'est comme si je venais de rencontrer "ma" musique, celle qui correspondait exactement au moment, à l'intensité, au plaisir. Immersion, fascination. Un gros choc. Un ÉNORME coup de coeur. Aussi énorme que la puissance du son que je sentais vibrer dans mon ventre et tout le reste. J'en ronronnais d'aise, en secouant la tête et en battant du pied. Avec certains morceaux plus addictifs que d'autres, même si on ne comprenait rien aux paroles. J'étais dedans, j'étais bien (et pourtant ça n'avait rien à voir avec mathieu Boogaerts, hormis le fait qu'ils étaient seuls en scène tous les deux, avec un dispositif scénique "minimal". Et plus c'était fort plus j'aimais ça. (j'ai quand même fini par mettre mes bouchons oragne dans les noreilles).

Il a fini son set assez brutalement, a posé la guitare (ou la basse, je n'y (re)connais rien), puis fait un geste de la main pour dire au revoir c'est fini, et les lumières se sont rallumées et c'était effectivement fini. Pas de rappel ? Non. Et j'étais triste que cela soit fini. j''en aurais bien repris une lichette. J'ai profité de la pause pour aller acheter le cd du"onemanband" qui était en vente, sans même savoir si ce qui venait d'être joué y figurait ou pas... j'écouterais plus tard.

Du coup j'ai eu un peu de mal à rentrer véritablement dans le le concert de GRAND BLANC (pour qui, rappelons-le, j'étais venu, tout de même). J'ai trouvé ça au début un peu froid,timide, faiblard, (la sono était impitoyable pour les voix qu'on ne discernait pas toujours) et il n' y a que dans les moments forts que je m'y retrouvais, les belles montées un peu épileptiques, stroboscopiques, les déchaînements où je reconnaissais enfin avec plaisir le groupe qui m'avait enthousiasmé à Belfort. Mais j'avais du mal à apprécier pleinement, c'est comme si j'avais la tête et les oreilles encore un peu ailleurs ailleurs, -du côté de JESSICA93 par exemple-. D'autant plus que ça a été plutot bref, torché rapidos, une petite heure, le concert a fini par Samedi la nuit  -qui il faut le reconnaître a tout à fait tenu ses promesses-, puis Petite frappe en rappel. Oui, juste un morceau et c'est tout. Et c'était fini. Déjà ? Oui, un peu frustrant, oui.

Jlus tard j'ai décellophané le cd et j'ai commencé à l'écouter en rentrant, de chez Catherine à chez moi. Et j'ai retrouvé instantanément le même plaisir. Je suis allé fouiller un peu sur le ouaibe pour en savoir un peu plus sur ce jeune homme à casquette dont la musqiue me séduisait autant. j'ai atterri sur le site de Et mon cul c'est du tofu où on pouvait télécharger gratuitement leur album précédent ainsi qu'un maxi... A deux heures du mat' j'étais encore en train de les écouter...

 

des images trouvées de Jessica93 sur le ouaibe... :

http://www.journalventilo.fr/wp-content/uploads/2014/11/Jessica-93.jpg
(hier soir, il n'était pas à capuche mais à casquette...)

et de grand blanc aussi :

http://file.concertsenboite.fr/wp-content/gallery/grand-blanc-cargo-de-nuit-arles-18-04-2015/Grand-Blanc-Cargo-de-Nuit-Arles-18-04-2015-8.jpg

https://static1.squarespace.com/static/5162ddf1e4b0b72aa9510001/56e1618f2eeb812f6332ec96/56e1621320c64780c251dbfe/1457611291181/DSC_2094.jpg
(la très jolie chanteuse/clavièredu groupe)

 

 

1 novembre 2016

bakchich et mcguinn

"Le chien se payait du bon temps.
Le fait est, quand on est un labrador retriever - c'est qu'on est né pour le fun. Il est rare que votre mental loufoque et indépendant s'encombre de méditation transcendentale et jamais, au grand jamais, d'idées noires ; chaque jour c'est le pied. Que demander d'autre à la vie ? Bouffer, c'est la fête. Pisser, un délice. Chier, la joie. Et se lécher les couilles ? La félicité suprème. Et où que l'on aille, plein d'humains crédules vous caressent, vous serrent dans leurs bras, tout à vos petits soins.
Donc le chien s'éclatait un max à marauder en break avec Twilly Spree et Desirata Stoat. Son nouveau nom ? Super. Mcguinn, c'était super. Bakchich, c'était bien aussi. A vrai dire, Le chien n'en avait rien à battre de comment on l'appelait ; il aurait répondu à n'importe quel nom."Viens voir ici, Face de Cul, c'est l'heure de la bouffe!" - et il aurait été en extase, sa queue en matraque frétillant tout autant. Il ne pouvait s'en empêcher. Les labradors sont mus par la philosophie que la vie est trop brève pour la passer à autre chose que s'amuser, faire des bêtises et se livrer à leurs pulsions charnelles spontanées.
Palmer Stoat lui manquait-il ? Impossible de le savoir, la mémoire canine est plus avide de sensations que sentimentale ; plus approvisionnée en odeurs et en sons qu'en émotions. Le cerveau de Mcguinn porterait à jamais l'empreinte des cigares de Stoat, par exemple, et des cliquetis résultant de ses difficultés avec la porte d'entrée quand il rentrait tard, fin soûl. Tout comme il se rappelait ces aubes frisquettes dans l'affût aux canards, quand Stoat essayait encore d'en faire un retriever digne de ce nom - le volettement affolé des oiseaux, le pan-pan-pan des fusils, le timbre des voix d'hommes. Logés aussi dans la banque de mémoire de Mcguinn, on trouvait le moindre sentier qu'il avait parcouru, le moindre matou qu'il avait coursé jusqu'à un arbre, la moindre jambe qu'il avait essayé de tringler. Quant à savoir si la compagnie de son maître lui manquait pour de bon, qui aurait pu le dire ? Les labradors ont tendance à vivre l'instant présent, exclusivement, joyeusement, en oubliant tout le reste.
Et pour le moment Mcguinn était heureux. il avait toujours aimé Desie qui, chaleureuse, l'adorait et dont l'odeur était absolument grandiose. Quant au jeune costaud, celui qui l'avait emporté de chez Palmer Stoat sur ses épaules, il était amical, attentionné, et, sur le plan fumet, tolérable. Quant à l'épisode morbide du chien dans la malle-cabine - eh bien, pour Mcguinn, l'incident était déjà clos. Loin des yeux, loin du coeur. Tel est le credo du labrador."

(Carl Hiaasen "Mal de chien")

Je n'ai pas pû m'empêcher de vous recopier ces deux pages, juste pour vous donner une petite idée du héros noir et poilu (et à quatre pattes) de ce roman de Carl Hiaasen (le neuvième, déjà!) que je viens juste de terminer, et qui m'a tout autant réjoui que les précédents... Ce mec, vraiment, je l'adore. Enfin, plutôt, ses romans, je les adore (et encore un immense merci à Jean-Marc Laherrère et à son blog Actu du noir, sans qui je serais à jamais passé à côté de ces bonheurs de lecture!)
Il doit m'en rester encore quatre à lire (L'arme du crocodile, Strip-tease, Presse People et Fatal song), alors, savourons...

https://pictures.abebooks.com/isbn/9782266119061-fr-300.jpg

18 janvier 2015

saindoux

UN REPAS EN HIVER
de Hubert Mingarelli

il n'y a pas que les films dans la vie...
Emprunté hier à Philou, ce petit (124 p) livre, qui m'a attiré l'oeil car il était posé en travers sur les autres livres du rayonnage de la bibliothèque dans l'entrée, comme une invitation, et dont le titre et le résumé m'ont donné l'immédiate envie de le lire, ce que je viens de faire, et qui me pousse  à en toucher quelques mots à mes lecteurs potentiels.
Philou m'avait offert, il y a quelques années, du même auteur, le très beau Quatre soldats (Prix Médicis 2003). Ici, ils ne sont que trois. Trois soldats allemands, qui demandent au commandant de pouvoir sortir du camp pour "en" ramener, plutôt que de devoir y rester  pour "en" exécuter. C'est l'hiver, un hiver très rigoureux, le froid est partout, les trois hommes partent dans la neige et la glace,  plutôt contents s'avoir "gagné" cette journée dehors, même s'il y fait un froid mortel. Presque par hasard, ils vont découvrir un jeune Juif, caché dans un trou en lisière de forêt, qu'ils prennent donc avec eux pour le ramener au camp. Ils vont s'arrêter dans une maison polonaise abandonnée, où ils vont tenter de préparer de quoi manger, un "repas", qui constitue toute la deuxième partie du roman (et lui donne, très justement, son titre).
Un univers uniquement masculin (et donc, me concernant, un éventuel sous-sous-texte gay, de la même façon, toujours dès qu'il s'agit d'un groupe d"hommes), des mecs qui doutent, la relation entre un père et son fils... Autant de points communs (de passages obligés) dans les différents romans d'Hubert Mingarelli que j'ai pu lire (ou simplement les quatrièmes de couv', ces belles menteuses). Une simplicité d'autant plus frappante qu'elle est au service d'une émotion particulière. Où l'économie des mots génèrerait une émotion inversement proportionnelle, et, s'il est assez rare tout de même que les larmes me viennent aux yeux en lisant (bien moins souvent, en proportion, qu'au cinéma par exemple), là, elles étaient au rendez-vous. Comme au terme d'une décongélation lente et progressive. Au début du roman tout est dur, froid, sec, cassant, brutal. Congelé à coeur. Et c'est comme si, en faisant monter lentement la température des corps, le feu allumé dans cette maison polonaise moche (et sa problématique : comment l'entretenir ?) réchauffait aussi les pensées de ces hommes, en train d'attendre devant le fourneau que la soupe cuise, dégelait par là-même leur humanité, à feu doux, et, c'est normal, l'émotion du lecteur.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51O5XyYdgQL._SY344_BO1,204,203,200_.jpg

27 décembre 2014

eau ferrugineuse

A GIRL AT MY DOOR
de July Jung

Oui oui, je le reconnais, je l'assume aussi : je suis un vieux gros pédé sectaire, et à ce titre je revendique que les films "de lesbiennes" m'ennuient souvent (aïe ma soeur va me taper), comme les films africains m'ennuient souvent (Zabetta va m'arracher les yeux), comme les films de mafia m'ennuient souvent (là tout un tas de zélés afficionados du Parrain et autres Affranchis vont me tomber sur le râble), et j'en étais donc un peu là de ces ronchonnages intérieurs à la moitié de A girl at my door. (le titre est assez juste, puisqu'il s'agit en quelque sorte d'un running gag, la girl en question venant souvent frapper à la door en question.)
Ca commençait plutôt bien (une policière from Séoul est mutée à la cambrousse, on découvre assez vite qu'elle est alcoolique et lesbienne, et elle recueille chez elle une fillette, qui est régulièrement battue par son père et sa grand-mère, eux aussi assez férocement alcoolos (dans les films coréens, c'est rien de dire que ça picole dur, on a l'impression que à tout instant, il y en a qui sont bourrés), qui est venue frapper chez elle la nuit, terrorisée, après un accident de moto qui vient de coûter la vie à ladite mère-grand.
elle héberge donc la gamine "pendant les vacances". Manque de bol, le père (bourré pratiquement d'un bout à l'autre du film) qui emploie des sans-papiers -et s'est fait à ce titre remonter les bretelles et taper sur les doigts par la policière alcoolique lesbienne- la dénonce aux autorités compétentes en l'accusant d'avoir abusé de sa fille. Et hop! La voilà coffrée. Et la gamine auditionnée par les "autorités compétentes" ne va rien faire pour arranger les choses...
Mais, paradoxalement, c'est à ce moment là que ça a commencé à devenir intéressant (en ce qui me concerne, hein, les critiques ont plutôt l'air de dire que le début c'est mieux, et la suite c'est moins bien...)

... et je suis désolé mais je retrouve beaucoup plus tard ce post commencé il y a longtemps et que je ne sais plus trop comment continuer (si c'était un pot de confiture, je n'aurais eu qu'à ôter les petits trucs de moisi, mais là, non, vraiment je ne sais pas...)

alors je publie tel que (ce qui n'est pas très professionnel, mais je ne le suis, justement, pas alors ça tombe plutôt bien) ce qui m'arrange plutôt bien finalement parce que je me souviens que je n'avais pas su, en sortant, exactement quoi en penser

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/f/f8/A_Girl_at_My_Door_poster.jpg

21 octobre 2013

grands chaperons rouges

LE GRAND'TOUR
de Jérôme Le Maire

Un film jupilatoire.
C'était programmé dans la semaine belge, et j'aurais pu attendre la 2ème projection, celle de la soirée de clôture, à 20h30 en présence du réalisateur, avec la bière offerte à la fin, mais un pressentiment m'a poussé à aller à la première, au cas où... et le cas était bien là. Plaf! le genre d'évidence qu'on se prend en plein dans la tronche. Un film qui démarre comme une bonne blague potache : les membres d'une fanfare, tous habillés en rouge, décident de couper à travers bois pour rejoindre un carnaval, à 20km de là. "Passer par les bois". Le début du voyage est très festif, très alcoolisé, très fêtard, très cocaïne et autres adjuvants psychotropes. Imaginez dix mecs qui s'en vont, qui lâchent tout pour partir comme ça, faire la fête, entre potes, à pied. C'est bien, c'est tellement bien qu'ils décident de ne pas s'arrêter en si bon chemin, et vont donc continuer vers Munster, où les rencarde un fêtard germain croisé par hasard dans une rue la nuit. Lorsqu'ils y arrivent, pas de teuf mais un symposium d'art contemporain. Pas grave, ils vont alors profiter des ressources locales. Puis de là repartent vers un autre carnaval, dans le village natal d'un d'entre eux. Et repartent encore. Et ainsi de suite.
Le film m'a enchanté (au sens propre, comme dans les contes). Parce que ce qui se présente au début comme un documentaire, (des mecs témoignent face caméra et a posteriori sur ce que l'on peut (re)voir, en même temps, en live (une joyeuse troupe braillarde, enrougée, une fanfare dissonante, des litres de bière...) il me faut là une deuxième parenthèse de fermeture...) va se révéler au final un projet bien plus malin -et grandiose- qu'il n'en a l'air.
Où est-on, où en est-on ?
Au début, nulle part. Pour vous donner une vague idée, euh... sur la forme, on pourrait évoquer une version rigolarde  du Projet Blair Witch (des gens sont filmés en train de crapahuter dans les bois, mais c'est filmé vrai/faux) avec énormément de tout à fait autre chose qu'on aurait du mal à nommer (oh cette folie, cette folle liberté, cette simplicité et à la fois cette justesse, non, vraiment, ça ne ressemble à rien de connu ou presque) ou bien -tiens- une version à la fois enfantine et alcoolisée de Dix petits nègres pour le fond et la structure (le groupe initial va progressivement et inéluctablement se réduire) ou bien le début de Monty Python Sacré Graal (les mecs qui marchent en cognant les noix de coco) sauf que pas du tout.
Sous des dehors fêtards, sous les oripeaux -rouges- de fiction à la va-comme-je-te-pousse (ou plutôt comme je te filme), le réalisateur met en place une fausse/vraie histoire autour d'une communauté virile (hmmmm), qui part comme ça sans savoir où ni trop comment et surtout sans se demander jusqu'à quand (comme chez les AAA : juste un jour à la fois) qui, s'élaborant hors des sentiers battus , sort ainsi d'une réalité rassurante et réglée, et dérègle aussi par la-même la mécanique de la fiction et du film qu'on aurait pu attendre, ou qu'on aurait cru qu'on allait voir.
Et il s'agit peut-être bien finalement d'un doc, mais pas sur ce groupe d'hommes qui marchent, ou plutôt d'un genre d'état des lieux de la masculinité (j'allais écrire masculinitude, tant il faudrait peut-être créer un terme pour désigner cette condition d'homme(s), ce que Jérôme Le Maire nous montre, nous donne à voir, ou veut nous dire.) Des hommes normaux, comme vous et moi (encore que) qui à un instant donné font un pas de côté. Puis un autre. Et un autre encore. Hommes qui marchent, mais, surtout, qui marchent ensemble, "dans l'amour et l'amitié", comme le dit Pinard. C'est cet état qui m'a particulièrement séduit et fait gamberger, cette collectivité mâle rêvée, fantasmée, pourtant à partir d'éléments disparates et banals
Au départ, ils vont d'un point à un autre. Mais "en passant par les bois". Cette dénomination devient presque une contrée fantasmatique à elle seule, tandis qu'ils sillonnent la Belgique en laissant autour d'eux (derrière eux) des traînées de confetti comme des petits poucets fanfarons et vacarmeurs. Et c'est vrai que ce sont pour moi les moments les plus forts du film, les crapahutages, les campements sylvestres (aussi joyeux qu'utopiques), les instants de vie commune, idéalisés quasiment (oh ces attendrissants réveils enchevêtrés), les bivouacs, les rencontres, les discussions...
Car, mine de rien, le film prend soudain une nouvelle respiration (et la façon de filmer aussi), lorsque Vincent annonce qu'il arrête la présidence et qu'il "continue son Grand'Tour", et que certains décident de le faire avec lui. On est moins dans la grosse rigolade, la poudre aux yeux et la fanfaronnade. On repart, mais pour quoi ? On y va, mais où ? Les conversations se font plus posées (la caméra aussi), et les questions aussi, que justement chacun se pose, à sa manière, comme s'il faisait le point -personnel- sur ce fameux Grand'tour (sur soi-même et un peu plus loin.) Il y a alors un genre d'épuisement progressif. Plus rien à sniffer/fumer, plus rien à boire ou presque, de moins en moins de certitudes... C'est à ce moment que les personnages sont de moins en moins filmés de près, mais de plus en plus comme insérés dans un cadre naturel qui prend de plus en plus d'ampleur de respiration et de majestueuse beauté (de réalité), au fur et à mesure qu'eux rapetissent dedans...
Et certains continueront jusqu'au bout, même si d'autres s'arrêtent. A la presque fin, ils sont encore trois (hirsutes et barbus) et s'engueulent pour une histoire de carte, de direction à prendre, de détour, de délais. Deux routes, trois mecs. A ce moment, chacun a fait ce qu'il avait à faire, changé, un peu, beaucoup, ça dépend des gars, et chacun finissant par trouver quelque chose qu'il n'avait pas forcément cherché...
Oh le beau, le délicieux, le merveilleux film
(à suivre, probalement, après la soirée du 22)

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