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lieux communs (et autres fadaises)
11 novembre 2009

porte-clés

LIVERPOOL
de Lisandro Alonso

Les Inrockchounets parlaient me semble-t-il de "cinéma courageux", cela me paraît être un pudique et optimiste euphémisme... C'est du cinéma pointu pointu, du cinéma raidos, du cinéma pas aimable (quel est le contraire de aimable ?) du pur et dur, du sec sec... Après un générique comme j'aime (lettres rouges sur fond noir, avec une belle guitare électrique nerveuse... tiens comme Los bastardos), nous voici à bord d'un bateau, à partager un peu du quotidien (minimal et répétitif)  de Farrel, un marin mutique (c'est lui le héros).
Farrel profite d'une escale à Ushuaïa (c'est -est-il besoin de le préciser- à l'ultime bout de la Patagonie) pour demander deux jours -et aller voir sa vieille mère- à pied. Il marchera beaucoup, donc, dans la neige de plus en plus présente (et omni-), il arrivera, il séjournera, et il repartira.
C'est un euphémisme (encore! , je dois avoir besoin de douceur -stylistique s'entend-...) de dire que le film n'est pas bavard. Il en deviendrait presque autiste (quant à Farrel, quant à son retour, quant à son départ, quant à sa famille (sa fille ? sa soeur ?)...) tant le réalisateur en dit le moins possible (et encore moins si cela pouvait se faire.)
Il ne reste donc qu'à regarder, essayer de deviner, se reconstituer sa propre histoire, s'introduire un peu de force dans ce récit, et plaf! quand les lumières se rallument, se sentir un peu sonné, groggy, exténué peut-être par tant de rigueur formelle (la neige est cinégénique, c'est bien connu) mais un peu agacé de s'être senti autant mis à l'écart de toute cette histoire...
Un film incontestablement froid.

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31 octobre 2009

prévisionnement

YUKI ET NINA
de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot

LA DOMINATION MASCULINE
de Patric Jean

SAMSON AND DELILAH
de Warwick Thornton

KERITY
de Dominique Monféry

soi(en)t, successivement : un film franco-japonais (dans tous les sens du terme), un documentaire bien monté (!), une Caméra d'or Cannes 2009 aborigène et, en dessert, une charmante animation livresque.
Très bien tous les quatre (et je ne fus pas le seul à le penser)
Une très belle journée, donc, de prévisonnement...
Je reviendrai sur chacun des films en temps utile...

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21 mars 2008

carton

GAFF AFF
de (et avec) Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot

Les meilleures choses font souvent partie des plus imprévues (et toc! à graver dans le marbre!).
Il n'y avait aucune raison pour que j'aille voir ce spectacle, vraiment aucune, je ne savais même pas que ça existait, mais ma copine Evelyne l'avait pris dans son abonnement, et voilà qu'elle ne pouvait y aller, et qu'elle a pensé à moi. Gentil, non ? Je suis donc parti ce soir, pour aller voir je ne savais absolument pas quoi.
Le papier distribué à l'entrée n'était pas beaucoup plus explicatif : "chorégraphie keatonienne", "cirque", "musique"... et pourquoi pas "théâtre d'objets" aussi, tant qu'on y est, hein ?
Deux mecs sur scène, parfaitement dissemblables et complémentaires : côté corps, un hurluberlu plutôt hyper speedé, et, côté son, à l'opposé, un dj placide, impassible quasiment, qui mixe et qui scratche et qui crée du son avec parfois quasiment rien (un grésillement de vieux 33 tours) pour une heure et quelques d'extrême plaisir,  sans répit, d'une énergie, d'une inventivité, d'une richesse, invraisemblables. Celui-ci restera assis, bougeant juste pour changer les disques qu'il scratche et mixe (je ne suis pas sûr d'utiliser les bons termes, mais j'ai en tout cas adoré cette musique-là), tandis que celui-là passera son temps sur le (double) plateau tournant, à danser courir se tordre apparaître disparaître, construire et détruire des trucs et des machins (tout est en carton, sauf la valise!)... Il se passe toujours quelque chose, à voir, ou à entendre, ou les deux en même temps, c'est un tourbillon enthousiasmant, il n'y a pas d'autre mot!
Naissance, vie et mort d'un homo industrialus (costard cravate attaché-case) pourrait être le résumé ou le sous-titre (quoique j'aime vraiment beaucoup le titre original : Gaff Aff), mais avec beaucoup beaucoup de cartons, de musique créée, dansée, de folie, sans cesse  entre furieuse et douce, de mouvement circulaires (la platine, le(s) plateau(x) tournant(s) concentrique(s) et de solutions de continuité, mais sans un mot. Bref tout ça tourne tellement bien, et vite, et fort,  qu'on est déçu que ça s'arrête...

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31 janvier 2007

festival (deux)

Cinéphagie, malbouffe, files d'attente, allers et retours, prévisions et  ajustements divers, machine à café, échanges d'impressions en faisant la queue, recommandations diverses... le Festival suit son cours ! Mercredi déjà, nous (me) voilà à la mi-parcours, le moment où il faut commencer à faire des choix pour pouvoir voir tout ce qu'on a envie de voir. Les catalogues se gribouillent, se raturent, en fonction des lieux et des dates (comme un gros fainéant je n'ai fait cette année que quatre lieux de projection (les plus proches géographiquement) , il faut désormais pla-ni-fier! (d'autant plus que je me tourne à une moyenne de quatre séances/jour).
Suite à mes bonnes résolutions de socialisation, je parle avec des gens dans les files, les troquets, à la machine à café... Bon le plus souvent c'est juste de l'affabilité de proximité; Le plus souvent aussi d'ailleurs  c'est avec des dames (comme d'hab'), le seul monsieur véritablement sympathique avec lequel j'ai échangé étant hélas déjà reparti vers Toulouse (nous avons échangé nos cartes... faudra peut-être que j'en reparle à mots couverts (ou dans le blog secret ?)
Allez, j'y retourne!

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26 décembre 2005

micro3

(de retour d'un Noël à Paris qui fut -o combien- délicieux...)

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Willy Ronis photographiait avec un Pentax ME super, comme moi.

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Puces de Montreuil : tous ces hommes, on se frôle comme à Marrakech ou à Istanbul.

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L'agenda du bonheur 2006 était déjà en solde, je l'ai acheté.

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Dans le métro, à 19h, un vingt-quatre décembre.

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"Monsieur, vous avez de très beaux avant-bras..."

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Elle croyait que c'était la sonnerie d'un portable, mais c'était moi qui respirais.

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Un pot-au-feu de riches (ou de noël)

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Vichy St-Yorre, j'en bois et j'adore! (pub)

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Etre mélancolique, c'est avoir la tête appuyée sur la main.

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Parmi les quatre messieurs pas rasés debout autour de moi, un sentait la vanille.

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Nous avons voyagé avec un groupe de bulgares (roumains ? albanais ?) volubiles et sonores.

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Rient-ils des mêmes choses que nous ?

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23 décembre 2005

paquetage

J'ai horreur de faire mes bagages.
Mais alors vraiment horreur. Plus difficile encore à faire que le ménage par exemple alors pensez!
Donc je repousse je repousse (le syndrome "j'irai demain...") mais là on est jeudi soir et je pars demain matin vendredi aux aurores donc pas le choix. Au boulot. Voyager léger, je ne prends ni mon vison ni mes cuissardes pour aller à la pêche, ni mon déshabillé en cygne rose avec les mules à pompons assortis, ni la salopette en cuir avec les clous à l'intérieur, ni ma guêpière et mes longs jupons, ni mon sombrero ni mon déambulateur, bref, le strict mini : chaussettes calbutes téchouirts mouchoirs + une chemise + un jean et basta.
Pour 3 jours, le sac "glacière" devrait suffire. Je bourre les trucs, parfait. SAUF que la trousse de toilette, idiot. OK c'est plein. SAUF QUE je vais à Paris pour passer noël chez ma copine malou, et qui dit noël dit cadeaux. LES CADEAUX! (oeil dilaté d'horreur) Tss! ils sont là, sagement assis sur le canapé, attendant en silence que je daigne m'intéresser à eux...
Ben ya plus qu'à tout recommencer depuis le début, unpack, then pack tel est notre destin. Restons calme. On vide sur le ca'pé, et on range rationnellement. Ergonomiquement.
Et on y arrive, finalement, et on est content, le sac est bouclé, près de la porte de sortie, on le sent joyeux, comme un clebs prêt pour sa balade (sauf qu'il ne remue pas la queue). L'âme sereine je peux donc me diriger d'un pas léger vers l'ordi où j'ai l'intention de rédiger un petit post sur le faisage de bagages.
Petit détail en suspens, bon sang mais c'est bien sûr! mon sac à dos (mais ça j'aime bien faire par contre) y faire un peu de ménage : le zap book bozarts pas la peine, le chéquier des amis du cinéma pas la peine, le programme du festival du court-métrage de clermont-ferrand pas la peine le cd d'installation de studio 8 pas la peine les cartes postales de marcel miracle pas la peine mais les billets de train par contre bonne idée et des timbres autocollants pour les cartes postales aux amis bonne idée aussi...et ça, et ça aussi
Et voilà, il est déjà minuit, mais tout est prêt.
Je respire...

(rendez-vous le 26 ou 27 dans ces eaux-là en principe...)

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27 février 2024

qu'est-ce qui se passe ?

Un petit mot pour mes habitué(e)s, lectrices et lecteurs : Canalblog est actuellement en phase de transition (de "synchronisation", disent-ils) , l'interface a changé, il faut s'y habituer...
Pour le moment j'ai récupéré tous mes anciens messages, mais jusqu'au 16 février inclus, mais au-delà, plus rien...
Pareil pour mes messages "en cours" : par exemple, mon éphéméride habituel, quotidien, est, pour l'instant bloqué au 16 février (et j'espère que les jours manquants vont finir par réapparaître...)
Espérons!
Par contre il ne semble y avoir aucun problème pour publier de nouveaux messages...

 

21 janvier 2024

physique

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SI SEULEMENT JE POUVAIS HIBERNER
de Zoljargal Purevdash

Un film mongol, déjà c'est rare, réalisé par une femme, ça devient carrément rarissime! Alors on y court (puisqu'on n'est pas certains que nos amis du FICÂÂÂÂ l'aient programmé...). Résultat un joli film "familial", à la lisière du documentaire, dont le héros est un jeune homme qui est très doué en physique, et serait visiblement apte à entrer en fac s'il n'avait pas des problèmes bien plus urgents -et vitaux- à régler, au quotidien : sa mère (alcoolique) est retournée dans son village natal, pour gagner un peu d'argent, laissant le jeune Ulzii avec ses deux frères et soeurs dans une yourte sans bois, sans charbon, et sans nourriture... Ulzii a sa fierté et ne veut pas "apparaître comme un mendiant", donc, sous la yourte on ne se chauffe (ni ne mange) pas tous les jours. Heureusement il y a les voisins (attentionnés) et le prof de physique d'Ulzii (idem), qui vont réussir à aider -malgré eux- la fratrie.  Et même (la séquence est grandiose)  des membres des services gouvernementaux (parfaitement ridicules) qui interviennent chez les gens "en-dessous du seuil de pauvreté" pour installer gratuitement un dispositif permettant de brûler le charbon jusqu'au bout (chez des gens donc, qui n'ont ni charbon à brûler ni électricité pour faire fonctionner le machin en question.
(Renseignement pris, le film sera bien diffusé par nos amis du FICÂÂÂ, et je parie d'ores et déjà que moult spectateurs ne manqueront pas de défaillir d'émotion(s) devant les mêêêêrveilleux paysages...).
Un joli film, touchant, émouvant, avec un message in fine positif (ce qui n'était pas joué d'avance, vu la situation des personnages au début du film, et devant lequel il n'est pas interdit d'écraser une furtive larmichette...
Un beau titre, une belle affiche, une belle histoire simple... oui, on a le droit dêtre ravi

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4 janvier 2024

dernière séance 2023

(deux films " initialement pas prévus")

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VERMINES
de Sébastien Vanicek

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Vu à prix d'or (8,50! le jeune caissier ne m'a pas fait de cadeau, mais il n'est pas là pour ça non plus), mais bon, j'en avais très envie... Un film qui fait peur, avec des jeunes de banlieue et des araignées (avec beaucoup plus de celles-ci que de ceux-là, et plus le film avance et plus le rapport de proportion augmente en défaveur des jeunes... Il s'agit d'un premier long, et j'ai trouvé ça très bien fait... et très efficace! Un film d'horreur avec un sous-texte politique, (dans la lignée des MISERABLES de Ladj Ly, si si) dont j'ai craint un instant qu'il ne se termine avec le même nihilisme jusqu'auboutiste que LA NUIT DES MORTS VIVANTS, mais, heureusement, non). Un "film de genre" très bien construit, aux effets bien dosés (j'adore l'effet "Rosemary's baby", utilisé à plusieurs reprises, -quand le spectateur voit, en fond d'écran, des choses que les personnages ne voient pas-), bref une réjouissante réussite (et la critique ne s'y est pas trompée, le film ayant été très bien reçu tous azimuths).

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LES COLONS
de Felipe Gálvez

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Dominique m'en avait dit beaucoup de bien (l'ayant vu à Besac au Kursaal) , confirmé par Hervé (qui l'avait vu à ENTREVUES) et nous l'envisagions pour notre prochaine semaine Latino, mais voilà qu'il nous tombe tout rôti, en sortie nationale! (On ne va pas se plaindre, mais bon)
Un film chilien, dont l'action se situe au début du siècle dernier, où un propriétaire terrien (dans lequel j'ai reconnu ce cher Alfredo Castro) charge un militaire anglais d'aller jusqu'à la limite de ses propriétés, pour, entre autres choses, régler leur compte aux autochtones qui y vivent (les indiens mapuche). Le militaire anglais a choisi pour l'accompagner un métis, peu bavard mais excellent tireur, tandis que le propriétaire lui a adjoint d'office un ancien marin américain (c'est le trio qu'on voit chevaucher sur l'affiche.)
J'ai pensé au JAUJA de Lisandro Alonso (le personnage du militaire, sans doute), et, encore plus à LA LEGENDE DU ROI-CRABE, des sieurs Rigo de Righi & Zoppis. C'est un film magnifique et violent (magnifiques, les paysages, et violents, les protagonistes). Un "film d'hommes" (qu'on aurait pu tout à fait sous-titrer Affreux, sales et méchants), dans lequel il faut attendre l'épilogue ("sept ans après") pour voir apparaître des personnages féminins (dont celui, grandiose, d'une indienne, dans un plan aussi simple qu'inoubliable), permettant de prendre une certaine distance, même si cruellement ironique, avec l'aspect bas de plafond et bourrin (et testostéroné) -et puant- des personnages de la "première partie" (de presque tout le film, en fait).
(Rajouté in extremis dans mon top 2023)

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8 décembre 2023

eye contact

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VINCENT DOIT MOURIR
de Stéphan Castang

Une sacré bonne surprise. J'y allais quasiment les yeux fermés, sur le seul nom de Karim Leklou (bon, j'aime bien aussi Vimala Pons) et les quelques lignes du pitch (sans oublier la bande-annonce plutôt... contondante). Le film démarre plutôt tranquillement (le générique est magnifique).On rentre assez vite dans le vif du sujet (et la joue du personnage principal, avec un bon coup d'ordinateur assené au Vincent du titre par un jeune stagiaire qui pète soudain les plombs. Et ça n'est que le début... mais pouquoi donc tout le monde s'acharne sur le pauvre Vincent, et ce dès le premier regard échangé ? Le spectateur est aussi étonné que lui, se pose des questions, émet des hypothèses, mais bon ça agresse méchamment, n'importe qui, n'importe quand, de tous les côtés, et par tous les âges...
Et le pauvre Vincent (Karim Leklou est, dans ce rôle, une fois de plus parfait) doit faire face et se méfier de tout un chacun, et finit par deviner ce qu'il doit faire (ou plutôt ne pas faire) pour rester indemne.
Une ambiance très particulière, un peu fantastique, un peu science-fiction, dont on craint perpétuellement qu'elle ne vire à l'épouvante, au gore, et voilà on est tendu pendant toute la projection.
Le récit s'infléchit un peu lorsqu'apparaît le personnage de Margaux (Vimala Pons on l'aime toujours autant, même quand, comme ici, elle sort de sa zone de confort des comédies brindezingues...) et que, oui oui, mais ne serait-il pas question... d'amour? ca permet de respirer un peu (oh, pas énormément, juste de quoi ne pas s'asphyxier sur son siège, hein...) car le propos du film, est globalement, plutôt négatif... Sans que tout ne soit vraiment expliqué méticuleusement, mais on a compris le processus, grosso modo...
Avec une habileté diabolique de la part du réalisateur, qui réussit à faire sortir de la salle chaque spectateur en lui mettant dans la tête une rengaine qu'il n'aura qu'une envie : celle de la chanter à tue-tête (alors qu'on est à des kilomètres de ça hein, quand on sort, justement de la salle...
Très malin. Et redoutablement efficace.

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20 décembre 2023

plaine centrale

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SATANTANGO
de Bela Tarr

Alors là...

(sur une musique d'accordéon un peu souffreteux, la caméra imaginaire de mon blog effectue un travelling circulaire (de 360°, donc), trèèèèèèès lentement, revient à son point de départ, revient sur mon visage comme médusé, les yeux dans le vague...) Ca m'a pris comme ça, l'autre après-midi : "Tiens, et si je regardais -enfin- SATANTANGO ?" Et hop!
Surtout que j'avais acheté la nouvelle édition du film (restauré en haute définition, dans un joli coffret, chez Carlotta, (les gens de Carlotta  sont décidément des gens de goût).
Il m'a fallu quelques jours pour le voir en entier (7h20, quand même), le film est partagé en trois parties, chacune conclue par un entracte (et donc trois dvd) -et il est ressorti en circuit commercial en trois films distincts aussi-  et je suis vraiment heureux et fier d'avoir réussi à le voir en entier (ça n'est pas toujours facile sur l'écran de l'ordi, et j'ai eu quelques fois les yeux qui piquaient, mais heureusement j'ai fait beaucoup de copies d'écran (quelle merveilleuse invention, décidément) ce qui me permettait de rester concentré...).
On avait programmé LE CHEVAL DE TURIN (2011) dans le bôô cinéma, et ça avait déjà été un sacré choc.
Et on y retrouve exactement le même univers.
(Je viens d'acheter le bouquin que Béla Tarr souhaitait "recréer" (plutôt qu'adapter) à l'cran. Je me rends compte qu'il a conservé toutes les têtes de chapitre, même s'il a partagé le film en trois parties alors que le bouquin n'en comporte que deux.)
Le film a mis une dizaines d'années pour être tourné, et l'iamge en noir et blanc en est toujours d'une beauté -d'une force- sublime. Béla Tarr utilise -parcimonieusement- une voix-off, citant des passages du roman (le tout début et la toute fin, -c'est important, soyez attentifs...- ainsi que des interventions en début de chapitre(s), parcimonieuses, et ne comptez pas sur elles pour vous éclaircir sur le sens de tout ça...
C'est un film grandiose, grandiosement sombre, opaque, gris, mouillé, désespéré, qui utilise de façon récurrente le motif du cercle, avec une alternance de plans-séquences reprenant parfois les mêmes évènements, mais vus d'une autre façon, via un autre personnage. Alternant les scènes en extérieur  et les éléments naturels (la boue, le vent, la pluie, la brume) qui les configurent, et d'autres scènes en intérieur, sidérantes, hypnotiques, chorégraphiées (les gens qui dorment dans la nouvelle maison, la soirée de beuverie et de danse au café), avec même une séquence -pour moi- insupportable (celle dite "du chat") avec toujours cette musique souffreteuse et minimaliste (le musicien joue un des personnages principaux).
Je n'en dirai pas plus, et je vous laisse avec les images (des copies d'écran) de la très belle version remastérisée sortie il y a peu par Carlotta (j'adore ces gens...).

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Voilà, vous avez les captures d'écran chronologiques (du tout début à la la presque toute fin... A vous de vous construire votre (vos) propre(s) histoire(s)... Je tiens à la disposition des gens qui le souhaitent le coffret 3dvd... Et je viens même d'acheter le roman (Tango de Satan) que je vais lire pendant cette période -propice à la rigolade- du "temps des fêtes"...

10 novembre 2023

ça a eu lieu

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A PAS AVEUGLES
de Christophe Cognet

Le premier film de notre rituel Mois du Doc (dont je trouve la programmation cette année particulièrement soignée). Trois malheureuses petites séances hélas pour lui (j'ai déjà évoqué le triste effet "vacances" produit chez le programmateur).
Un sujet particulièrement sensible (l'évocation de photos prises clandestinement dans les camps de concentration). Un film puissant et implacable, très intelligemment construit (on progresse de la périphérie vers le centre de l'horreur) qui s'ouvre et se clôt sur l'image de ce qu'on croit être des petits cailloux, mais qui se revèle être des fragments d'os de détenus qui remontent à la surface chaque fois qu'il pleut.
Un film sidérant. J'ai senti au début monter comme une crise d'angoisse, ça m'a atteint physiquement, (j'ai toujours été très éprouvé par tout ce qui a trait aux camps), et dans les dernières scènes, j'ai sentir monter la nausée, j'ai cru que j'allais vomir, tant ce qui est évoqué est insoutenable. Car il ne s'agit que d'évocation. Comme dit un intervenant à propos de photos qui viennent presque à la fin "Si une de ces femme avait un visage identifiable, cette image serait inregardable..."
Le film est très calme, à chaque scène des gens manipulent et commentent ces fameuses photographies, où ne figurent que des détenue(e)s, avec une gradation dans ce qui est montré (et l'endroit du camp où l'image prise se situe.)
Souvent il est question de reconstitution, de tenter de retrouver avec le plus de précision possible comment chacune de ces photographies a été prise...
Et chacune de ses séquences est "commentée" par des intertitres, en blanc sur fond noir, chacun apportant des précisions nécessaires.
Un film insupportablement fort. Nécessaire.

"Le film peut aussi être vu comme une série de dialogues à trois, où aux échanges entre le cinéaste et les historiens tente de répondre la cheffe opératrice s'interrogeant à son tour sur l'endroit où placer sa caméra ; filmé en pellicule, A pas aveugles insiste sur l'importance matérielle de situer ces images, alors que non seulement rien ne subsiste de ce qu'elles ont saisi, mais surtout rien de ce qui y figure ne nous est tout à fait concevable. Des bouleversantes photos de trois femmes dites "lapines" (cobayes) montrant à la caméra de Joanna Szydlowska les blessures qu'elles ont subies, aux terrifiants clichés pris par Alberto Errera depuis une chambre à gaz, Cognet et Bozon s'acharnent à reconstituer ces traces et à les mettre en place parce que le faire, comme l'affirme un carton final, équivaut à exprimer leur substance même : "ça a eu lieu"."  Cahiers du Cinéma

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5 septembre 2023

entre le 15 et le 18

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UNE ANNÉE DIFFICILE
de Eric Toledano & Olivier Nakache
(sortie le 18 octobre 2023)

Hier soir c'était "ze" événement au bôô cinéma (prévu en salle 4, a ensuite été déplacée en 5, la plus grande) l'avant-première du nouveau film des deux réalisateurs, en présence d'iceux et de Pio Marmaï, annoncée depuis des semaines, que dis-je des mois, bande-annonce projetée quasi à chaque séance, et donc le "public était au rendez-vous"...
Bon, c'était sympa, cette soirée annoncée "en présence de" et tout, mais bon un peu publicité mensongère puisque la soirée a été tout de même plus rikiki que prévue, les trois ont présenté le film pendant un quart d'heure, ensuite ils filaient à Remiremont, faire la même chose, puis encore ensuite à Epinal! (et ils venaient de Gérardmer... ça c'est de la tournée de promo, hein...)et nous ont d'ailleurs annoncé que c'était leur soirée de reprise...
Quand on a vu 45000 fois la bande-annonce on a un peu compris de quoi il retourne (et on se rendra compte d'ailleurs qu'il y a des trucs qui sont dans la bande-annonce et pas dans le film...) et on sait grosso-modo à quoi s'attendre : deux losers surendettés (Marmaï et Cohen) font connaissance, un peu par hasard, et aussi celle d'une militante écolo). Et quoi ? Leurs coeurs balancent, mais "même s'il ne doit rien se passer entre eux" c'est Pio (dit "Poussin") qui a la préférence et Jonathan (dit "Lexo", mais c'est provisoire) qui devra se la mettre sous le bras.  Et c'est tout! Oui à peu près, encore grosso-modo...
Une comédie (hihihi) romantique (boy meets girl) et sociale ("tous ensemble tous ensemble!") voilà le programme (commun, bien entendu). Paroles paroles ? Pendant un certain temps, je me suis senti vaguement mal à l'aise, face à ces deux mecs qui ne pensent qu'à leur(s) gueule(s) et bien moins sympas que ce qu'ils se donnent de la peine à vouloir paraître. Face à ces manifestants écolos relativement caricaturés, ou du moins dépeints avec une certaine condescendance j'ai trouvé. Même si le début, très réussi, m'a évoqué celui de l'excellent NOCTURAMA de Bonnello. Et (je reviens aux "deux mecs" de quelques lignes plus haut) à leurs aventures somme toutes pas très intéressantes. Qui les amènent, par hasard, à avoir soudain un semblant de prise de conscience. Et pourtant (comme je l'écrivais à Emma après coup) "ça n'est pas très drôle, ça n'est pas très réussi, et pourtant j'ai envie d'être indulgent"...
C'est comme un pavillon-témoin, tiens. C'est sympa, pimpant, bien décoré, "joli" : rassurant, quoi. (même si c'est pourtant un peu vide, que ça fait juste mine d'être habité.) On sait qu'il va y avoir une rencontre amoureuse (ça fait immanquablement partie du cahier des charges), peut-être deux, qu'il va y avoir su "social", des luttes, que ça ne va pas être très facile de parvenir à ses fins, mais qu'on va quand même y arriver, etc.
Un peu de la façon dont les réalisateurs ont traité leur public ce soir-là, avec gentillesse, certes, mais non sans une certaine désinvolture : "Bon, vous êtes gentils, on vous trouve très beaux, mais là on a autre chose à faire, on doit filer à Remiremont..."
Et le générique de fin est délicieux, il faut le reconnaître.

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Une Année difficile

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1 septembre 2023

les sardines parlent

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LES MEUTES
de Kamal Lazraq

Un film marocain "noir c'est noir" (et il n'y a effectivement plus d'espoir). Unité de temps : une nuit, unité de lieu une grande ville marocaine (Casablanca), unité d'action : un père et son fils galèrent avec un gros cadavre (il n'était pas mort au début, ça n'est pas "tout à fait" de leur faute s'il a claboté) dans le coffre de la vieille camionnette rouge ("couleur de la poisse" a commenté le padre) qu'on leur à prêtée pour la nuit pour régler leutr affaire (qui consistait simplement, au départ, à ramener le gros bonhomme à leur boss).
Et, pour galérer, ils galèrent (c'est le principe du film, qui commence, brutalement, avec un combat de chiens, chose dégueulasse s'il en est, et se clôt sur d'autres chiens, errants, qui -aïe- en fouillant dans des sacs -poubelles, relancent une histoire qu'on pensait -espérait- close pour nos deux héros. Moralité : dans la mouise un jour, dans la mouise toujours...). Un film quasi-entièrement nocturne, un genre de doc sur "Casa by night", un défilé de trognes et de crapules, avec un seul personnage féminin (la mère) et un rituel funéraire qui est comme une petite respiration. A l'image de ses héros, c'est un film qui n'a pas eu de chance, dans le bôô cinéma : programmé en "film A", donc non annoncé dans notre programmation-papier, il a été programmé pour 5 petites séances, à la sauvette, un mois après sa sortie, sans pub, sans affiche, sans rien... Dommage !
Le film a obtenu le prix du jury Un certain Regard à Cannes 2023.

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30 juillet 2023

allez-y poussez poussez

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BEAU JOUEUR
de Delphine Gleize

Les hasards du zapping on fait que, en arrivant (depuis mon canap') sur la chaine de L'Equipe, j'apprends qu'y sera diffusé à 21h le film en question (que je connaissais de nom, puisque je l'avais mis dans ma short list pour le Mois du Doc en 2019, en sachant qu'il n'avait pas la moindre chance...). Après avoir un peu fouiné sur allocinoche, je ne peux m'empêcher de vous recopier la critique de Téléramuche mentionnée : "Un remarquable film au féminin singulier sur le masculin pluriel."
Oui, c'est exactement ça : la réalisatrice fait le portrait "de l'intérieur" d'une équipe de rugby, celle de l'Aviron Bayonnais Rugby (déjà, drôle de nom pour une équipe de rugby, non ?), entrée au Top 14 en 2016, et ayant aligné un nombre conséquent de défaites au cour de la saison. Ce qui est intéressant, c'est qu'elle (la réalisatrice) s'intéresse au rugby un peu à ma manière : surtout ce qui se passe hors du terrain. Et elle tient cette position jusqu'au bout : on ne verra aucune scène de match sur le terrain. juste les remplaçants et l'entraîneur assis au bord. Mais on verra tout le reste (enfin presque tout le reste, pas de joyeuses scènes de douches hélas comme je l'avais espéré). Un doc sur les hommes plutôt que sur les matches. A l'entraînement surtout. Dans les vestiaires. Et au quotidien aussi, dans ce qu'on pourrait nommer "l'intimité".
Le film dure 1h45, et c'est un poil (de rugbyman, car la majorité de ces gaillards sont justement très pileux) trop longuet. (C'est un peu ce que je reproche à pas mal de films vus ces derniers temps, d'ailleurs). Si Rimbaud n'avait pas déjà pris le titre, Une saison en enfer aurait tout à fait convenu, tant la succession de déculottées prises par l'équipe est impressionnante (si on ne voit pas les matches, on voit par contre les scores, qui le sont tout autant -impressionnants-). Le film est sans doute un peu répétitif : score calamiteux, abattement, discours du coach, remontée de bretelles, bonnes résolutions, entraînement, re-score calamiteux, re-abattement etc.
La douce voix-off de la réalisatrice nous laisse espérer, au début, un conte de fées, avec victoire éclatante, sunlights, équipe en liesse, numéro un du Top 14, trompettes, embrassades... Plus modestement, ils gagneront un match, et la caméra s'arrêtera pudiquement juste avant le dernier match de le saison, contre un des oges, justement dudit Top 14...

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j'avais tenté de faire des photos depuis mon canap', mais il s'est avéré que la plupart des moments intéressants figuraient dans la bande-annonce, alors autant faire des captures d'écran...

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... mimi, non ? (je vous avais bien dit qu'ils étaient pileux...)

27 juillet 2023

histoires d'o

(je vais voir trop de films, ou bien je n'écris pas assez, en tout cas j'ai un sacré retard...)

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IL BOEMO
de Petr Vaclav

C'est parce qu'Hervé et Zabetta l'avaient évoqué en réunion de programmation (alors que je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait) que je suis allé le voir au Victor Hugo (un bus pour deux films!)
Josef Myslivecek. Je n'avais jamais entendu le nom de ce compositeur du XVIIIème, aujourd'hui bien oublié, que Mozart, pourtant, révérait (leur rencontre est une des belles scènes du film...). L'essentiel du film se passe à Venise, et on sait, dès le début, dès la première scène, que tout ça ne va pas très bien finir. Le musicien porte un masque, pour cacher son visage ravagé (il n'a plus de nez). Il n'est plus non plus en odeur de sainteté à la Cour...
Le réalisateur nous raconte sa carrière, sa popularité grandissante au fil des femmes qui le prendront comme protégé (et comme amant aussi, bien sûr). Myslivecek et autant compositeur doué qu'homme à femmes. Et donc, bien sûr après l'envol la chute.
Un film en costumes et en décors d'époque (J'ai pensé aux LIAISONS DANGEREUSES, le très beau film de Stephen Frears, il y est aussi question de lettres et de duplicité). Le film estbien construit, impeccablement réalisé,  annoté (on a, à chaque chapitre, les lieux et les dates) mais bon un peu longuet tout de même.

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LIMBO
de Soi Cheang

Je n'avais qu'une poignée de minutes pour changer de salle (et passer au toilettes!) et changer aussi complètement d'univers. Passer de Venise, des perruques, des froufrous, des musiquettes joliettes sur instruments d'époque, à Hong-Kong et ses bas-fonds, en noir et blanc -splendide- sous la pluie, à la recherche d'un sérial-killer qui tue des femmes et leur coupe la main gauche "avec un instrument émoussé". Deux flics mènent l'enquête, dissemblables, un vieux briscard et un débutant plein d'illusions (oui, on a déjà vu ça mais on sait que ça fonctionne...) et vont utiliser une jeune femme comme appât (qui n'est pas n'importe quelle jeune femme, d'ailleurs, le scénario en a rajouté une louche, vous comprendrez à la fin). Là aussi j'ai trouvé ça un peu longuet (le récit est un peu complexe -confus-), surtout pendant l'affrontement final qui dure des plombes, sous une pluie insensée -mais tellement cinégénique-, qui s'arrêtera d'ailleurs pile-poil quand le problème sera résolu. Mais on ne peut que s'incliner, le noir et blanc est vraiment sublime.
Je ne connaissais pas non plus le film (ni le réalisateur) une semaine avant : c'est juste la bande-annonce qui avait sû immédiatement m'appâter... Bon c'est (très) impressionnant mais quand même un tout petit peu décevant, au bout du compte...
(J'ai pensé, bien sûr, à SEVEN, tout autant qu'à MEMORIES OF MURDER, mais aussi, plus lointainement -le noir et blanc et les ordures- à IL EST DIFFICILE D'ÊTRE UN DIEU).

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12 septembre 2023

à la source

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LES HERBES SECHES
de Nuri Bilge Ceylan

Revu dans le bôô cinéma, à l'unique séance prévue de tout début d'après-midi. En compagnie de Manue, arrivée à l'improviste (j'avais d'abord cru que ce serait une séance privée, mais nous y fûmes finalement une dizaine -et j'étais le seul garçon-)
L'image -et la séquence- d'ouverture sont toujours aussi sublimes (un de mes plans préférés parmi les films de cette année). Mais j'ai vu ensuite, progressivement, le film d'un autre oeil que la pré&cédente fois. Et j'ai trouvé que Samet (le "héros") est, en fin de compte, un type pas très attachant, pour parler gentiment, surtout dans la deuxième partie du film, le triangle Samet / Nuray / Kenan, où il accumule les actes "pas très sympas" (pour continuer de parler gentiment).
A propos de "parler", justement, j'ai trouvé le film beaucoup plus "bavard" que la première fois (peut-être, justement, parce que je l'avais déjà vu), notamment lors de la loooongue scène entre Samet et Nuray, qui tourne vraiment très -trop- longtemps autour du pot (si je puis dire), avant d'arriver à sa fin (et Samet aux siennes), avec, heureusement, juste avant, cette "sortie de route" surprenante -et bienvenue- en plein milieu (Samet ouvre une porte et se retrouve comme expulsé de la réalité du film, déambule quelques instants dans un vaste hangar où des hommes (des machinos ?) s'affairent, avant de re-pousser la même porte et de réintégrer le récit, à l'instant et à l'endroit où il l'avait quitté...
Et voilà qu'une discussion au marché avec Claude W. m'apporte une clé supplémentaire que j'avais complètement oubliée, alors que, me dit-elle, elle l'a lue ("après") dans la critique du film que j'avais copiée / collée dans notre dernière prog :
"Le plus beau, dans ce voyage au bout de la psyché, concerne cette intensité qui fait tellement défaut aux deux hommes au début du film – à tel point que le personnage principal, cœur à marée basse, est comme foudroyé par la lettre d’amour d’une élève à un condisciple." (Télérama, Cannes 23) Ah bon ? Vraiment ? Vraiment vraiment ? Il me semble que ça n'est jamais formulé dans le film... Mais ça donne à toute la seconde partie un éclairage nouveau... on comprend mieux certaines réactions et certains questionnements...
En tout cas, la Turquie sous la neige c'est vraiment troooop beau, et voilà...

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(je ne me lasse pas de cette image...)

11 septembre 2023

jaune comme le poison

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UN COUP DE MAÎTRE
de Rémi Bezançon

Je suis allé jusqu'à Lure pour le voir. le programmateur nous l'avait annoncé en sortie nationale puis pfiouh! le film avait soudain (à la date dite) disparu des radars, et disparu dans les limbes sans qu'on ne l'en vît jamais ressortir...Pourtant, un film starring Vincent Macaigne et Bouli Lanners, vous l'imaginez bien, ça ne pouvait que me faire saliver... Il s'agit du remake d'un film argentin qu'on avait failli projeter dans notre semaine du ciné latino (mais qui était , lui aussi, tombé dans les abysses des films non programmés).
Donc, on le sait via l'affiche, il s'agit d'une histoire de peinture. De peinture et d'amitié. Entre un peintre (Bouli) et un galeriste (Vincent). Deux vieux amis très très amis depuis longtemps. mais ces derniers temps ça ne va plus très bien pour le peintre (en manque d'inspiration) et pour le galeriste (dont la dernière exposition, celle des oeuvres de son pote, a été un flop retentissant : zéro toile vendue!).
Le duo Macaigne / Lanners fonctionne à merveille. Même si le film met un peu de temps à démarrer, une fois qu'il est lancé, ça va devenir une véritable locomotive à jubilation. d'autant plus qu'on a (que j'ai) le plaisir d'y voir débarquer, en plus du duo susnommé, le jeûnot Bastien Ughetto, en apprenti transi  d'admiration devant le "maître" Bouli (c'est comme ça qu'il l'appelle, d'ailleurs, "maître", ça m'a fait rire). C'est un comédien que j'aime beaucoup (d'enfant dans DANS LA MAISON jusqu'à un premier rôle de jeune adulte dans HABIB, LA GRANDE AVENTURE, en passant par une double casquette d'acteur et réalisateur dans la série L'EFFONDREMENT -où il gère avec maestria une scène très impressionnante dans un EHPAD-).
Mais bon c'est surtout les deux cocos qui font le numéro. Et à partir de la scène du cimetière, je me suis régalé sans arrière-pensée, avec plein de moments savoureux (le café : boira-t-y ou boira-t-y pas ?, la prison, etc.) des situations qui ne le sont pas moins, des dialogues affutés... Oui, les deux lascars rayonnent dans le film, et s'en donnent -visiblement- à coeur joie, et Rémi Bezançon, encore une fois fait le job (et j'adore vraiment le bob de Bouli Lanners...)

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ps : ce n'est pas très objectif, je sais mais je ne pouvais pas ne pas mettre dans le top 10 de l'année un film avec mes deux chéris-chéris, voilà (midinet un jour...)

18 août 2023

double séance... ascensionnelle

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ZONE(S) DE TURBULENCE
de Hasteinn Gunnar Sigurdsson

Un film islandais, mais en coprod". (co-british, ça on ne pourrait pas ne pas le remarquer, et co-teuton, là c'est plus subtil et moins facile de le deviner), sorti comme ça sans prévenir des limbes de la production cinématographique, comme -justement- un avion sortirait sans crier gare d'un nuage. Ou y rentrerait plutôt, car avis de tempête. Un film qui traite de l'aérophobie (non, non, vous n'y êtes pas, vous confondez avec l'aérophagie...), avec un groupe de voyageurs  souffrant de cette pathologie (les "Fearless flyers") qui se retrouvent embarqués dans un vol mouvementé, puis déroutés vers l'Islande où ils devront prendre leur mal en patience dans un hôtel où ils sont accueillis temporairement jusqu'à ce que les conditions météo leur permettent de repartir. Qui dit groupe dit panel représentatif d'individus : l'héroïne (british), d'abord, censée aller retrouver mari et enfants au Cap vert, puis un vieil anglais à tics irascible et belliqueux (british aussi, une tête connue), une (jeune) influenceuse (tête à claques) et son ami photographe barbu à bonnet (joli, donc, et, tiens, islandais), et l'accompagnateur du groupe, qui fait le job pour la première fois (et n'est donc pas forcément au maximum de l'efficacité requise), auxquels se joindra, à l'hôtel, Dries de Vries, un "célèbre investisseur" intéressant à plus d'un titre. Plus un autre homme, qui prendra notre héroïne en stop, mais aura ensuite son importance dans le dénouement.
Le film est sympathique mais bon un peu mou-mou. Looong à démarrer. Comme disent les Fiches du Cinéma "on y sourit plus souvent qu'on y rit"... On a connu l'humour islandais plus acide et plus contondant...

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LA VOIE ROYALE
de Frédéric Mermoud

J'ai ensuite retrouvé Dominique à la salle 3 pour ce film "pédagogique". L'histoire d'une jeune fille de souche paysanne (ses parents sont éleveurs et sont joués, quel plaisir par Antoine Chappey et Marylin Canto) qui aide ses parents dans l'entreprise familiale, mais va aussi en cours. Et dont le prof de mathsdétecte qu'elle est douée, et incite donc ses parents à la laisser s'inscrire en prépa. Immersion de la jeune fille (Suzanne Jouannet, excellente) dans cet unvers nouveau pour elle (bosser bosser bosser) et, pour le spectateur, qu'il connaît déjà (par expérience personnelle ou parce qu'il a déjà vu les autres films qui parlent de ça), un genre de "parcours-Sup'" bien balisé, très bien réalisé (sans doute peut-être un peu trop proprement), dont on connaît la plupart des éléments (la bonne copine, le bizuthage, la prof sévère, le démarrage difficile, les mauvaises notes, les examens blancs, le découragement, la colère), et la question : va-t'elle réussir à intégrer Polytechnique ? (dont vous, allez vous avez vu l'affiche, connaissez déjà la réponse hihi) L'autre question que je me suis posée, pendant tout le film, c'est "mais qui donc joue la prof - sévère- mais- finalement - juste - qui - sous - son - aspect - revêche - cache - finalement - un coeur - d'or ? et dont je n'ai eu la réponse qu'au générique : c'est Maud Wyler, une actrice que j'aime énormément (et qu'on a donc ici du mal à reconnaître dans cet emploi inhabituel.)  Qui dit pédagogique dit didactique (c'est vrai je le reconnais j'ai souvent des problèmes avec les films péda), mais, dans le cas présent, plutôt aimablement didactique (et tous les jeunes gens sont vraiment très bien...)

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31 juillet 2023

hémérocalles, cosmos et soucis

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MASTER GARDENER
de Paul Schrader

J'avais bien aimé son CARD COUNTER.
Je me suis laissé tenter par celui-là sur deux noms au générique : Joël Edgerton (que je tiens en haute estime depuis la toute première fois àù je l'ai vu à l'écran, dans MIDNIGHT SPECIAL, en 2016) et Sigourney Weaver (que j'ai eu énormément de plaisir à (re)voir). Elle , ici, c'est la patronne, et lui c'est son jardinier (en chef). Et ça rigole pas, elle mène son monde à la baguette, mais ça tourne bien, et ça jardine dur (j'ai bien aimé le jardinier commence le film en parlant des hémérocalles et des cosmos, qui sont deux fleurs que j'adore) et tout roule, donc. Quand un beau matin, en buvant le café sur sa terrasse, la boss demande à son employé une faveur : celle d'engager sa petite nièce (la fille de la fille de sa soeur) comme apprentie dans le bôô jardin. Et c'est bien sûr là que les ennuis vont commencer (ou plutôt que les choses vont changer). Dès que la jeune femme, Maya, débarque dans le jardin.
Le film commence excellemment, on en apprend vite un peu plus sur Narvel (le jardinier), puis sur sa relation avec Mrs Haverill (la patronne) et idem pour la jeune Maya. Personne n'est vraiment tout à fait ce qu'on a pu en penser au départ. Et c'est ça qui est bien...
On découvre le passé de Narvel, on rencontre son agent de probation,puis le "petit copain" de Maya, par qui la catastrophe va arriver, et le réalisateur construit amoureusement son film comme un jardin à l'anglaise, plante ses graines, les regarde pousser, plante après plante, bosquet après bosquet, nous laissant gamberger un certain temps à le regarder travailler avant de pouvoir en deviner (percevoir) le dessin général. Ca a l'air naturel, à la va-comme-j'te-pousse, mais tout ça est en réalité méticuleusement agencé. Impressionnant. On est chez Paul Schrader, tout de même, scénariste et réalisateur plutôt austère et moral(iste).
Ce qui est frappant (je l'ai constaté après coup), c'est que le film ne génère pas le moindre affect, la moindre empathie (je suis resté l'oeil sec comme un vieux crocodile empaillé), alors que pourtant tout ça se regarde avec grand plaisir.
Et c'est dommage que la fin soit tout de même un peu gnangnan, convenue,  ronronnante, sans âme quasi (inexcusable presque). Du youp la boum chez Schrader ? On a du mal à y croire...
Et même de l'humour! J'ai adoré la réplique "Vous pouvez me tirer dessus, je le mérite... mais vous devez d'abord enlever le cran de sécurité, et en plus il n'est pas chargé..."

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5 juillet 2023

charte

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LE PROCESSUS DE PAIX
d'Ilan Klipper

Une excellentissime surprise (plus j'y repense et plus je l'aime, même si pendant tout le film j'ai confondu le réalisateur, Ilan Klipper, avec un autre réalisateur, Ilan Duran-Cohen, dont j'avais adoré le fou-furieux (non, c'est excessif, plutôt le brindezingue  LE PLAISIR DE CHANTER, en 2008).
Soit un couple : elle (Camille Chamoux) anime une émission "féministe" à la radio, Point G., lui  (Damien Bonnard) est prof de fac (où il ne semble donner des cours que sur les relations entre Israel et la Palestine). Et quand il rentre le soir à la maison, rituellement, ils s'engueulent. Des films sur des couples qui se déchirent, on en a vu des palanquées, du plus tristounet au plus violent, donc on s'interroge sur le ton du film, de son angle d'attaque, et on est vite rassuré, le réalisateur (Ilan Klipper) et sa co-scénariste (Camille Chamoux) ont choisi celui de la comédie. Ouf! Mais pas de la comédie plan-plan, "habituelle", proprette et gentillette, non. Puisqu'il est question de guéguerre, autant y aller franco. (Attention ce n'est pas non plus LA GUERRE DES ROSES, autre grand film pour moi sur le même thème). A fond les manettes (c'est pour ça que la confusion avec LE PLAISIR DE CHANTER était compréhensible...)
Ca part dans tous les sens, des fois dans celui du poil, des fois pas du tout, des fois au ras des paquerettes et des fois perché-perché et le pire c'est qu' à tous les coups ça marche. D'autant plus que le reste de la distribution y met son grain de sel : Ariane Ascaride en belle-maman fumeuse et acariâtre, Laurent Poitrenaud (qui était le personnage principal du précédent -touchant- film du réalisateur LE CIEL ÉTOILÉ AU-DESSUS DE MA TÊTE) en patron (de radio) borné, Jeanne Balibar en ainmatrice (radio) amatrice de sexy jeunots à t-hirt et catogan( c'est Quentin Dolmaire qui s'y colle en sex-symbol), Sofian Khammes en beau-frère angélique et séraphin, etc. Ca jubile à tous les étages.
Avec, en plus, le plaisir d'entendre du Christophe (Tangerine, dans une jolie scène de boîte de nuit). un film qui, étrangement (et quel dommage) ne semble avoir eu aucun écho (tous les gens à qui j'en parlais ouvrait de grans yeux étonnés...)
Oui, dommage!

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17 mai 2023

famille (d'accueil)

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LA FILLE D'ALBINO RODRIGUE
de Christine Dory

Celui-ci (vu juste après HAWAII) nous est un peu tombé du ciel, dans notre programmation, je n'en connaissais rien à part que la jeune Galatea Bellugi en partageait l'affiche (la tête d'affiche, plutôt, car sur l'affiche elle est seule) avec l'excellente Emilie Dequenne (dans un rôle... inhabituel).
Une jeune fille, Rosemay, avec son sac à dos, débarque à la gare de Metz, s'étonne que son père ne soit pas venu la chercher ni ne réponde au téléphone, se débrouille (en bus / à pied) pour rallier la maison paternelle (on apprend que son père est brocanteur), où elle entre par la porte de derrière (elle sait où est cachée la clé), ne trouve personne, s'installe, causant au milieu de la nuit une belle frayeur à sa mère qui vient de rentrer avec son frère... Le frère disparaît assez vite, et la mère est d'abord évasive à la question "Où est mon père ?" posée par Rosemay, avant de lui annoncer qu'il a eu un malaise et a été hosptalisé...
La jeune fille va mettre toute son énergie pour répondre à cette question et aller "jusqu'au bout de ce qu'elle pouvait faire...". Un film dans une ambiance très dardennesque (les services sociaux, les familles d'accueil, le besoin d'argent, les rapports compliqués avec la famille, avec la justice, avec la société en général), plutôt glaçant, mais extrêment solide dans sa démonstration et ses propos.
Le personnage de Rosemay n'est, d'ailleurs, pas sans rapport avec celui, en son temps, d'une certaine Rosetta, de par la puissance de sa détermination et l'utilisation qu'elle fera de tous les moyens possibles pour parvenir au but qu'elle s'est fixée : retrouver son père.
Et, face au couple de lionnes mère/fille, il ne faudrait pas oublier Romane Bohringer et Samir Guesmi, excellents en parents de famille d'accueil (et le contrepoint chaleureux et affectif qu'ils représentent).
Dommage que le film soit sorticomme ça un peu à la sauvette, sans tambour ni trompette, un peu désespérément, on peut dire, il méritait mieux. (Le titre n'en est pas non plus follement attractif).

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25 mars 2023

chaussures neuves

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POET
de Darezhan Ormibayev

Deuxième film du Festival Diversité, en tandem cette semaine avec DAYS (3 séances chacun). Ca fait plaisir d'avoir des nouvelles de ce réalisateur kazakh qu'on suit depuis son tout premier film (KAÏRAT, 1992), mais qui n'en avait plus donné depuis L'ETUDIANT (2014, presque dix ans, donc). Le cinéma kazakh est cher à mon coeur, nous envoyant régulièrement des perles comme, récemment, LA TENDRE INDIFFERENCE DU MONDE ou A DARK DARK MAN.
Le film évoque deux vies (deux époques aussi). D'abord Didar, le héros "contemporain", un poète (qui écrit et a publié plusieurs recueils) et  Makhambet Utemisov, un autre poète, assassiné en 1846 (mais qu'on suivra davantage à titre posthume).
Ils sont rares, les films à parler de poésie (ou de poète) de façon réaliste (je pense bien sûr au splendide PATTERSON de Jim Jarmusch, et allocinoche parcouru me donne soudain très envie de voir UN JEUNE POETE, de Damien Manivel), sans pathos ni misérabilisme ni lyrisme exacerbé (le poète maudit, les ailes de géant, tout ça...)
Didar est de ceux-là. Il écrit, et il partage ses mots avec ceux qui le veulent (et, ne nous leurrons pas, ils sont peu...) Didar écrit par besoin, dans sa vie "habituelle", il galère un peu, petit employé, il a des chaussures en mauvais état, et voilà qu'on lui permet d'en racheter de nouvelles (et même, tiens, une voiture -il se déplace à pied-, séquence assez drôle où il va essayer une Cadillac, et où le vendeur lui dit "Vous reviendrez quand vous aurez de l'argent..."), en rédigeant la biographie d'un "homme de pouvoir" local (c'est un point commun des films kazakhs, le constat sur la corruption endémique des potentats locaux, qui ne pensent qu'à une chose : le fric). En même temps que les scrupules de Didar, on suit l'odyssée de la sépulture du poète assassiné (et les tribulations de la caisse contenant ses ossements). 
Comme dans la plupart des films kazakhs (je vais parler comme au ficâââ) si les petits chefs sont pourris, les paysages sont mêêêrveilleux, sans pourtant que ceci ne compense forcément cela...) d'ailleurs mon petit doigt me dit (et j'ai des raisons de le penser) qu'il risque fort d'y figurer, l'année prochaine, au programme du prochain...
Encore un film qui m'a énormément plu (et faisait donc bien la paire avec DAYS), avec dedans un petit plus qui me touche tout particulièrement : les rêves que fait Didar, et que le réalisateur nous livre.

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12 mars 2023

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THE RIVER
d'Emir Baigazin

Via MUBI, je découvre un nouveau film de l'auteur (kazakh) du malaisant DES LECONS D'HARMONIE (2013). Un film minimaliste, par son décor et sa thématique : une famille, père, mère (qu'on voit assez peu) et cinq garçons, dans l'ordre décroissant (dont une paire de jumeaux) dont le père a confié l'éducation à l'aîné de la fratrie. Ca rigole pas (et il y a même parfois des coups de fouets, mais hors-champ. ) Frangins qui travaillent (chacun semble avoir sa tache assignée), mais qui jouent aussi (chaque chose en son temps), comme des garçons, selon les principes d'une éducation (paternelle) assez stricte. Ils sont tous habillés pareil, couleur sable, et l'univers autour d'eux est de la même couleur, minéral et très sec. Et au milieu coule une rivière... La rivière semble un endroit très attirant, d'autant plus qu'a priori interdit (mais on n'en est pas sûr).
C'est très pictural, minutieusement cadré,  théâtral aussi (souvent ils se parlent, immobiles, sans se regarder), plutôt hiératique.
C'est un jeune cousin qui va venir semer un peu la zizanie au milieu de cette fratrie, bouleverser cette routine quodienne bien établie, en apportant avec lui, lors d'une visite, une tablette...
Au début du visionnement, j'ai noté "un film qui n'a d'autre horizon que sa propre étrangeté".
C'est fascinant, et en même temps un peu décevant, dans cette manière de tenir le spectateur à distance. L'intrigue est mince, mais elle fonctionne.
Magnifiquement distant.

 

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10 mars 2023

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SHOWING UP
de Kelly Reichardt

Quel bonheur mais quel bonheur de voir, comme ça, en avant-première (le film sortira début mai) le nouveau film de Kelly Reichardt!  (merci le GNCR, et merci Memento). Après le western (le sublime FIRST COW) Kelly Reichardt (toujours assistée de Jon Raymond) au scénario) aborde l'art et ses environs. On suit Lizzie, une céramiste (Michelle Williams, qui réussit la prouesse de ne pas se ressembler, surtout après THE FABELMANS), qui prépare une expo prochaine de ses oeuvres, de touchantes sculptures féminines. Elle bosse aussi dans un genre d'école d'art qu'on surprend dans son fonctionnement quotidien. Et Lizzie donc, est montrée dans son environnement proche et les soucis qu'il suscite, de tailles et de formes diverses (un chat roux, une logeuse qui met de la mauvaise volonté à réparer la chaudière, un pigeon à l'aile cassé, un frère "instable") qu'elle est amenée à gérer (de façon plus ou moins éfficace).
Le film est à l'image des créations de Lizzie, fragile, délicat, exquis. Avec, en plus, (mais c'est très personnel) l'immense plaisir de revoir John Magaro (l'inoubliable et doux Cookie Figowitz de FIRST COW) dans le rôle de Sean, le frère de Lizzie (qui lui, a quasiment gardé la même apparence que dans son film précédent, la barbe, en tout cas, qui lui va si bien...)
En plein Ficâââ, ça fait du bien, un soir, comme ça de changer d'air. Mon Dieu que cette femme est touchante. Et que son portrait est réussi.

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