Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lieux communs (et autres fadaises)
23 septembre 2005

vendredi

Voilà.
Dernier après-midi de classe. Réunion de parents dans la foulée. J'entends dire des choses gentilles sur notre école et sur ma classe. Petit pot d'adieu avec le personnel de l'école. Pas d'adieu, juste d'au revoir m'a dit Marie en partant. Ca me fait quelque chose pourtant. Mais bon ce n'est que six mois. qu'est-ce que six mois , à peine deux saisons, je les quitte au début de l'automne et je les retrouve au début du printemps...
Pour fêter ça, je me paye un petit cinoche : SHANE BLACK'S KISS KISS BANG BANG. Quand je rentre dans la salle, j'ai un moment d'hésitation : moyenne d'age 12 ans, fous-rires, portables et pop-corn (et coups de pieds dans les sièges) Heureusement ça se calme. Drôle de film, à mi-chemin entre polar années 50 et Tex Avery, avec un Val Kilmer (dans quoi jouait-il déjà j'ai comme un trou) impeccable en détective gay, avec un jeu d'une sobriété étonnante pour composer ce genre de personnage... Deuxième degré (le film, pas Val Kilmer) parfois presque un peu fastidieux, mais ensemble plutôt bien ficelé (mais je ne comprends pas comment on peut envoyer des gosses de douze ans voir ça... Ou peut-être s'y envoient-ils tous seuls ?)
Reste plus qu'à programmer Alias pour Christine, et c'en sera fini de ce dernier vendredi de classe...

imgp1840

14 octobre 2005

la statue

imgp4405(un bout de rêve)
Une statue qui s'anime...
Gros plan sur son sexe (en marbre, donc) de la taille habituelle des teubs de statues grecques : riquiqui. Voilà que la statue se met à bander. Comme une crosse de fougère, le sexe commence à se déplier, mais dans le même temps à se craqueler, puisque la matière (pierre ou marbre) n'en est pas extensible. Craquelures de plus en plus grosses, puis, comme dans les dessins animés, il commence à se désagréger et à tomber en morceaux...

(C'est grave docteur ?)

19 octobre 2005

fatigué

Pfff! Quelle journée!
Ca fait vingt minutes que je suis arrivé à Vesoul (et encore, parce que j'ai écourté la séance! ) Passé donc toute la journée en salle info (face à une photocopie agrandie de bite de cheval si si c'est vrai je vous promets beurk) à tenter de me familiariser avec Illustrator (non non ce n'est pas un super héros c'est un logiciel de dessin vectoriel...) Six ou sept heures d'affilée devant un moniteur, à s'nerver sur le clavier parce qu'on ne se rappelle plus de la manip ou parce que ça ne produit pas du tout le résultat escompté ou... ou... à 18h j'ai donc pété un peu les plombs, et j'ai salué tout le monde à demain matin ! (Mon bonhomme n'aura que la tête alors que tout le monde aura terminé le sien mais tant pis j'assume!)
Mangé tout seul ce midi encore, mais c'était bien. Je pensais que se promener, là (ou ailleurs), avec tous ces gens, djeunz ou moins d'ailleurs, c'était quasiment comme déambuler dans le plus grand musée du monde : plein de choses à regarder, des belles et des moins, des qui touchent et des moins, des devant lesquelles on s'arrête et où on aurait même -comble de l'horreur, ne touchez pas c'est de l'arttt!- envie d'avancer la main et de la pose, oh juste un peu juste pour voir comment c'est. (la nuque de ce petit barbu hirsute au sourcil piercé qui faisait la queue devant moi, par exemple...)
(arghh je regarde par la fenêtre et il fait nuit, et ce matin quand je suis parti il faisait nuit aussi... j'ai même vérifié deux fois que je ne m'étais pas trompé d'heure!! alerte! alerte! arrivée imminente du TEMPS DE TOUSSAINT je répète alerte! alerte!...)) Très naze, n'aurai donc pas la force d'aller au ciléma... Eh bien, j'irai demain!
Et demain deuxième partie de la session Illustrator (vais-je en venir à bout ? vous le saurez au prochain épisode, mais bon, demain soir c'est -DEJA- les ouacances, alors point ne me plaindrai-je...)

imgp5114a

4 novembre 2005

relativité

(temps : un)
C'est drôle : avant, le vendredi, je n'en voyais jamais le bout. C'était loooooooooooooong, la matinée mettait des plombes à ne pas en finir comme une vieille guimauve qui s'étire mais refuse obstinément de rompre, à peine en voyait-on le bout qu'on savait déjà que l'après-midi n'allait pas tarder à se pointer et qu'il allait durer, durer, mais durer... pfff!!!
Et bien, à présent, plus du tout! le vendredi nouveau modèle fait whizzzzzzzzzz, il passe à toute berzingue dans un fracas de train de marchandises (dans quel film déjà le héros descend-il régulièrement dans un tunnel pour entendre passer le train, justement ?), on a à peine le temps de fermer les yeux, de sentir le souffle, et c'est fini! Un nouveau VGV (Vendredi à Grande Vitesse) vient encore de passer, sans qu'on ait le temps de.
Trop tard!
(Tinquiète pas, R., soliloque-je, tu les retrouveras dès la fin mars, va, tes vendredis ancien modèle!)

(temps : deux)
Mais y a pas que le vendredi dans ma chronobiologie perso, il semblerait désormais que c'est tout qui va plus vite, pour tout le monde aussi : avant, les machins de noël, gling gling décorations vive le vent et paix sur la terre aux zhommes de et tout et tout ça commençait bien début décembre , non ? Et bin plus maintenant on dirait (à moins que je ne me sois trompé de mois ? ) Depuis le 2 novembre, on dirait que ça a déjà démarré, dans les magasins, dans les rues, partout (même dans nos têtes ? ) : les chocolats les jouets les papiers-cadeaux, les calendriers d'avent et même les décorations qui brillent (heureusement, pas encore allumées) tout est déjà en place ! Arghh! déjà un mois c'était long, mais si maintenant il faut en compter deux!

(temps : trois)
Vous vous rappelez combien ça durait longtemps, les grandes vacances, quand on était plus petit ? Pour un peu, on avait l'impression que ça ne finirait jamais, que ça continuerait toute la vie. Maintenant, j'ai beau avoir deux mois en été, je ne peux m'empêcher de les découper pragmatiquement en rondelles : c'est juste quatre fois comme les petites vacances (et quand on sait combien c'est brevis : une semaine pour s'habituer à l'idée qu'on est en vacances, et une semaine pour s'habituer à l'idée qu'on va reprendre) donc plus aucune illusion sur le fait que tempus fugit, certes, mais bon comme un vrai salopard!

(temps : quatre)
Quand on est djeun, (ô Rimbaud, ô les poches crevées, quoique now ça serait plutôt ô baggy ô piercing) on pose une "frontière d'age" (certain parlent de fossé des générations) qui peut servir à déterminer qui est "vieux" (et occasionnellement, pour les poètes maudits romantiques z'et échevelés à l'âme tourmentée dont je pensais faire partie -j'exagère à peine- à fixer une date au-delà de laquelle le ticket-vie ne serait plus valable) A dix-huit, je l'avais fixée à trente ans ; à trente, je l'ai repoussée à quarante-cinq, à quarante, entretemps, je l'avais à nouveau reportée à soixante, etc... c'est comme l'horizon, on ne doit jamais y arriver!

(temps : cinq)
Dates d'anniversaire qui font drôle : celui où j'ai réalisé que j'avais l'âge que mon père avait lorsque je suis né. Ou bien quand j'ai eu l'âge qu'avait mon premier amant (j'avais à l'époque 18 ans, il en avait 35, je prenais le train le week-end pour aller à Mulhouse...soupir) et que j'ai réalisé que ce n'était pas vieux du tout, finalement, hein ?

imgp2689


29 novembre 2005

imprévu(s)

Un post rapide parce qu'il est tard et que je suis crevé...
C'était pas prévu que je n'ai pas cours cet après-midi, et que j'en profite illico pour partir à Belfort au Festival EntreVues comme j'en avais envie...
De la même façon que c'était pas prévu qu'à midi on rencontre APP en allant au restau U et qu'on s'arrête pour discuter le bout de gras quelques instants (je l'ai même photographié, et je sais comment le faire rire aussi! Il s'obstine à me vouvoyer mais ça va venir, je ne m'inquiète pas...)
C'était pas prévu qu'entre Besac et Belfort le temps sur l'autoroute soit pourri de chez pourri (neigeouille, neigeasse brouillard ...) et que je manque de me casser la binette en dérapant sur la bretelle de sortie de l'autostrada...
C'était pas prévu que ce film de Rivette que j'avais TANT envie de voir (Noroît, avec B. Lafont et G. Chaplin) se révèle au final un pensum pesant, vieillot, prétentiard, et que j'en quitterais la représentation au bout d'une heure (il en restait encore autant!) Par moment, ça me faisait penser aux pornos soft des années 70.
C'était pas prévu que je vois ce soir un film très fort LA GUERRE D'UN SEUL HOMME, d'Edgardo Cozarinsky (81), un montage de films d'archive et de propagande entre 41 et 44, avec en bande-son des extraits des Journaux Parisiens de Ernst Junger, et que ça me bouleverse autant
C'était pas prévu non plus qu'il se soit remis à neiger pendant la projection, que j'en conçoive un certain désappointement, et que je fasse donc l'impasse sur la projection de O FANTASMA (m'en fous, je l'avais déjà vu!!!)
Et  c'était pas prévu du tout que je ramène Elisabeth à Vesoul, et qu'elle me fasse exquisement et vaillamment la conversation pendant tout le trajet, même quand les flocons devenaient grassouillets et la route blanchette. Encore merci E.!
Et, finalement, c'était pas prévu qu'en rentrant je trouve un courrier de Thierry, avec une cartounette délicieuse et un texte idem...

Mais bon, là, c'est prévu et planifié que j'aille me coucher, juste après ma clic clic tisane du soir! (espoir...)

imgp6139

4 décembre 2005

ponctuations

(well... a bit confused)

Au début, en principe, c'est assez simple : il y a la réalité (que je vais coder par ...) et les films (que je coderai par (  )
Donc ces derniers temps, ça donnait un truc
du genre :
... (   ) ... (   ) ... (   ) ... (   )
Fastoche!
A priori, Car voilà tout d'un coup le sentiment que ça se mélange un peu tout, les frontières deviennent plus floues : dans les lasagnes du quotidien, voilà que la pâte du réel et la sauce de la fiction commencent à interférer. Du coup, tu sais plus vraiment ce que tu manges , où dans quelle zone tu te trouves.Tout n'est plus si clair. Au niveau de la ponctuation, le bel algorithme initial est en train de se barrer un peu en couilles comme si tombé par terre s'était cassé et qu'on avait recollé les morceaux un peu n'importe comment :
... (   ) ..(.  )..) (..... and so on... ça ne va plus.
Ou peut-être plutôt que tout devient ainsi :
(..................)
juste un gigantesque film, une illusion qui serait sans bornes, avec des petits bouts de réalité dedans. Mais pas sûr.
On est -bref- un peu perdu.
D'autant plus qu'on sait que c'est fini pour de vrai là maintenant et qu'il va falloir passer à autre chose. Fermer cette parenthèse belfortaine et contemplative. Et joyeuse et nostalgique. Où s'arrête exactement le cinéma ? ici réel ? et là imaginaire ? Les cinéphiles  (ma famille) sont sous perfusion d'illusions. Fiction addicts. Vrai souvenir ou extrait de film ? Je le vois ou je le vis ? Surtout, par exemple, quand tu es en train de regarder un film avec Bernadette Lafont, et qu'elle est assise dans la salle, justement devant toi. Ou quand tu croises dans un couloir Laslo Szabo, tout seul  l'air tout triste avec son sac en plastoche à la main et que c'est drôle qu'il ne te reconnaisse pas, alors que toi tu le connais si bien... Ou que tu te retrouves devant un flashback dont tu n'es plus certain s'il appartient à ta vraie vie ou ta filmographie privée...
Va savoir!

Enfin, pour la dernière fois, bilan journalier des (   )

-SALAAM CINEMA ( mohsen makhmalbaf / 1h15')
-LA TORTUE SUR LE DOS (luc béraud / 1h50')
-PIEGE (jacques baratier / 38')
-LA VILLE BIDON (jacques baratier / 1h20')
-LE TRESOR DES ILES CHIENNES (f j ossang / 1h48')
-LA FIANCEE DU PIRATE (nelly kaplan / 1h47') (soirée de clôture ... une belle soirée de clôture, avec plein de monde, d'applaudissements, c'est le film de E.Caravaca qui a gagné les deux prix , celui du jury et celui du public...)
Lumières rallumées, salle vidée, on piétine dans le hall, avec Hervé et Dominique...
Voilà, ma gentille caissière préférée m'a dit "à l'année prochaine" avec un grand et chaud sourire...
Oui, à l'année prochaine...
A tout ça je pensais en rentrant. (C'est vrai que j'ai un peu de mal avec les choses qui se finissent.)
Arrivé à Vesoul, il s'est mis à pleuvoir...

imgp6279

(ponctuation musicale du soir, en tapant ce post et en boucle : DANI "laissez-moi rire" la chanson 7: WILD THING)

7 décembre 2005

bourrin(s)

bourrin :
adj. pop. péj.
1)(argot)
Se dit d'un système particulièrement lent, lourd, et qui ne fait pas dans la dentelle. Utilise souvent la force brute
et l'ignorance massive.
2) Se disait à l'origine d'un cheval, mais s'utilise le plus souvent pour caractériser certains hommes.
Être bourrin : ou comment montrer à la personne intéressée qu'on est vraiment super pressé... et qu'on doit donc largement écraser toutes phases préalables pouvant être agréables...


Je voulais commencer "sérieux et officiel", ben c'est difficile de trouver une définition satisfaisante du mot. Mon Petit Larousse 2000 ne l'envisage que comme cheval, tandis qu'une recherche internet ("bourrin définition") ne m'a rapporté que les deux ci-dessus, limitatives, puisque la première se rapporte à un sytème informatique, et que la deuxième se circonscrit au comportement amoureux du bipède à station verticale.
Les autres références à ce mot concernent en général les jeux vidéos, le hard rock, la moto ; ne me demandez pas pourquoi.

Ce mot, bourrin, me titille.
Je dirais presque qu'il me fait... saliver, si si! (Y en a d'autres, dans le genre, remarquez ...tiens, faudra que je fasse une liste rapidos). Je n'en retiens que la connotation... virile, pas du tout le côté "bas de plafond". C'est vrai que j'ai un faible pour les hommes solides, lourds,terriens, enracinés. Percherons avais-je écrit un jour.
Et la récupération, relativement récente il me semble, de ce terme dans le langage djeunz ne fut pas pour me déplaire. Je l'ai adopté illico dans ma fantasmographie intime.
J'aime les bourrins, donc, comme j'aime les "manuels", les ouvriers, les routiers, les mecs de l'équipement, les rugbymen les footeux les paysans... les vrais z'hommes, quoi!
Ceux qui ont des grosses paluches, parfois des tatouages plus ou moins approximatifs, qui partent bosser dans des camionnettes pourraves, bouffent le midi au F.J.T, sont rarement rasés frais du jour, portent des t-shirts bruinés de peinture, des pulls troués, des grosses pompes de chantier, des bobs ridicules, des jeans destroy aux déchirures aussi attendrissantes que non préméditées, qui matent les meufs, font des commentaires grivois, se racontent des histoires de cul, boivent du gros rouge, fument des brunes ou des roulées, conduisent des engins de chantier bruyants et puants, grimpent sur des échelles ou des échafaudages, boivent des bières avec les potes, et puis restent assis dans la bagnole devant le supermarché pendant que leur femme fait les courses, l'astiquent pendant le week-end (la bagnole, of course!) se vautrent devant la télé en regardant le match de foot ou le grand prix de formule 1, et ronflent comme des sonneurs, et jurent comme des charretiers...
Bon, n'en jetons plus la cour est pleine!
Oui, j'aime les hétéros bourrins (mais y a-t-il seulement des pédés bourrins ?), j'aime les regarder, m'en  gaver, m'en repaître,certes avec envie, mais, toujours comme ça, de loin, juste pour le plaisir des yeux.
Ca n'engage à rien et ça fait toujours plaisir. (A moi, en tout cas, c'est sûr!)

"Tu me fais tourner la tête
mon bourrin à moi c'est toi..."

imgp5971

8 janvier 2006

quarante-neuf

(ça vient de chez Tiger....)

7 choses que j'aimerais faire avant de mourir
-
ne pas être à découvert
- le tour du monde
- ouvrir une bouquinerie/salon de thé/galerie d'art
- perdre mon bide
- récupérer mon odorat et mon goût, et ce définitivement
- écrire un vrai roman et être publié chez Minuit (nrf à la rigueur)
- ***

7 choses que je fais bien
- le gâteau au chocolat
- ne rien faire
- mettre en page avec Publisher
- piquer un fard pour un oui pour un non
- l'amuseur en société
- aller au cinéma tout seul
- mater

7 choses que je ne peux pas /sais pas faire
- attendre
- manger au restau tout seul
- rester calme quand on me fait une remarque
- draguer un mec potablement
- mécanique/bricolage
- rouler un pét' sans rouleuse!
- réagir à la violence

7 choses qui m'attirent chez le sexe opposé
-
le sourire
- les yeux
- les petits cheveux dans le cou
- le calme et la patience
- les confidences
- la peau
- leur mari (merci catherine lara!)

7 choses qui m'attirent chez le même sexe
-
le cul
- le kiki
- la barbe
- les yeux
- les avant-bras
- les poils
- allez, va, tout, finalement !

7 choses que je dis souvent
- Putain
- La vie est cruelle ,mais c'est la vie
- Va chier connard
- Ouah zyva, eh!
- Quand on veut on peut (et quand on aime on ne compte pas)
- Les regrets sont stériles
- C'est grave docteur ? (en italique, de préférence)

7 béguins pour des célébrités
-
Emir Kusturica
- Laurie Anderson
- Gilbert Melki
- Hélène Fillières
- Christine Angot
- David Morse
- Dani

imgp4269

19 janvier 2006

pépins

LA SAVEUR DE LA PASTEQUE
de Tsai Ming Liang

Tout d'abord, ne faites pas confiance à l'affiche et à la bande-annonce, qui tentent de vous vendre une comédie musicale juteuse et sucrée. Ben voyons! Ca n'est pas ça du tout du tout. Bon, d'accord, il y a des moments où ça chante et danse  (assez kitschounets, d'ailleurs) et d'autres où vous pourriez à la rigueur éventuellement peut-être  sourire, mais c'est, avant tout, un film de Tsai Ming Liang (réalisateur que j'ai découvert assez récemment mais dont je ne chanterai jamais assez les louanges, notamment depuis GOODBYE DRAGON INN, pour moi un des plus beaux et des plus mélancoliques films que je connaisse) donc, en tant que tel,  pas conçu à priori pour se taper sur les cuisses de rire.

On (je) y retrouve ce qu'on aime : l'enchevêtrement des historiettes (qu'on ne démêle pas forcément toutes), la  lenteur contemplative et sans concession (zen ? ) des plans-séquences (souvenez-vous de la salle de cinéma vide dans GOODBYE DRAGON INN) la dextérité dans l'emploi des focales (des perspectives axiales et fuyantes de longs couloirs rectilignes, avec lignes de fuites impeccables, à celles, anguleuses tordues,  quasi claustrophobiques,  des prises de vues dans les endroits les plus exigus (ascenseur, placard, etc...), et bien sûr (complément du verbe "on y retrouve", placé en début de §) Lee Kang Cheng, acteur "cultissime" (comme disaient télérama ou les z'inrocks) de notre ami Tsai (le réalisateur... vous suivez ou pas ?) ça veut dire qu'il l'a fait tourner je pense dans tous ses films (hmm... pense-je... il n'en serait pas un peu amoureux ? Tss, me réponds-je, ne vois pas de l'amour partout!) mais c'est vrai qu'il le mérite, il est -une fois de plus- très bien.

L'histoire ? Il est question d'une sécheresse (c'est bien la première fois dans une film de Tsai Ming Liang, d'habitude, il est plutôt question d'inondations en tous genres... ) telle que l'eau est rationnée, et remplacée, par exemple, par la pastèque du titre français (qui n'est pas le titre original, qui évoquait plutôt le nuage du plafond, qu'on aperçoit à plusieurs reprises dans le film). Pour se rafraîchir et pour boire, donc, mais aussi pour mille utilisations plus joueuses les unes que les autres (je ne déflorerai pas le sujet, vous laissant ainsi le plaisir de les découvrir par vous-mêmes!)

Il y a le tournage d'un film porno en appartement, au-dessus d'un autre appartement, des clés perdues et retrouvées, une petite amie, une valise qui ne s'ouvre pas, un peu de cuisine, (je pourrais continuer ainsi longtemps l'énumération...) Il n'y a pas ici que la ville qui soit asséchée, le réalisateur a fait subir le même régime à sa narration. Il s'agit plus d'une juxtaposition de scènes que d'une continuité narrative. Il s'intéresse aux lieux (couloirs, ascenseurs, placards) aux objets (la pastèque du titre, les bouteilles en plastique) mais pas davantage que ça aux personnages. Il nous les présente frontalement, de but en blanc, sans background, et c'est au spectateur de tenter de renouer comme il peut tous ces fils un peu épars pour rassembler les morceaux.Ce qui est un peu dommage, d'autant plus que les dits personnages sont au tarif minimum syndical en ce qui concerne les dialogues (il me semble bien que l'acteur principal, par exemple, ne prononce pas un mot de tout le film...)

Tout ça dans une construction un peu paradoxale (pour schématiser, d'habitude, on aurait mis plutôt des inserts porno pour caviarder une comédie musicale, ici c'est l'inverse, on a mis des inserts de comédie musicale, sans rapport aucun avec le fil de(s) l'histoire(s), au sein d'une trame pornographique (même si, je le précise au risque d'en décevoir certains, tout est ici plutôt pudique suggéré, l'interdiction aux moins de 16 ans étant, il me semble, justifiée par la scène finale, mais moins pour des raisons d'obscénité que de malaise.)

On m'en avait beaucoup parlé à demi-mots, de cette scène (mes amis qui avaient vu le film en prévisionnement m'avaient, à ce sujet, et à ma demande, laissé intentionnellement dans le flou...) Je ne savais donc pas vraiment à quoi m'attendre... Et je suis assez d'accord avec ma copine Malou qui trouve que c'est "la suite logique" ou Hervé qui dit "c'est pas gore, c'est glauque..."
Je confirme.
Et le réalisateur aussi, lors de cet ultime climax pathologique. Qu'il est un auteur profondément pessimiste, émotionnellement perturbé (perturbant ? ) pourrais-je dire. Allez-y, on en reparle! Mais j'adore vraiment cette façon de faire des films, ces détails, la géométrie, les couleurs, l'insolite, la provocation, même si on peut se demander, au final, qu'est-ce qui lui manque au juste pour que LA SAVEUR DE LA PASTEQUE soit un vrai grand film...

Bref, comme dirait Christine Je ne sais pas trop quoi en penser.

18439204_1_

18 février 2006

giboulées

Vacances, vacance... cet état bienheureux.

Février s'égoutte, s'écoule, et c'est tant mieux. S'épanche (météo) en dirait-on de violentes averses de larmes suivies d'un déchirement silencieux dans les nuages lorsqu' y apparaît soudain un ciel bleu tout neuf, lavé de frais. Allumé, éteint, et puis ça recommence, couvercle du ciel refermé, plus de lumière, on étouffe, et pluie à nouveau qui tambourine, pluie pluie trop de pluie.
Météo qui souffle le chaud et le froid comme qui dirait.
Plutôt le mouillé et le sec.
Du coup c'est mouillé partout, dans l'herbe et ailleurs (les accotements, bref les bords de route) et voici qu'à nouveau réapparaitrait chez moi comme une collection de chaussures boueuses. Le sol est détrempé, si on ne fait pas attention (et la nuit notamment) on barbote dans les flaques, on s'enfonce dans la boue sournoise, dont on ne parvient à décoller ses chaussures qu'avec des bruits répugnants de limace, de succion (et le lecteur se demande mais que fait-il donc à marcher dans la boue dans la nuit ?)
Avec tant d'eau, j'ai du mal à comprendre qu'on me parle de déficit au niveau des nappes phréatiques.
La pluie, tant de pluie (demander pourquoi tant de pluie ? comme on demanderait pourquoi tant de haine ? et le maître des cérémonies météo, là-haut, nous répondrait peut-être , avec un demi-sourire énigmatique Nothin' personal, you know...)
Bref il pleut, puis pas, puis re, comme des saisons en accéléré, comme des vélléités de printemps, de soleil, de douceur, qu'on tenterait d'étouffer dans l'oeuf non non y a pas de raison, c'est bien trop tôt, faut qu'y z'en chient encore un peu avec l'hiver, hé!
Alors "on" nous en remet une couche.
Mi-février parfois comme fin mars, parfois comme mi-novembre. On apprend la patience. Le bout de ciel bleu rapidement entrevu est comme le chiffon rouge agité sous les yeux du taureau. Une provocation destinée à faire réagir.
Tourner encore un peu dans la cage, alors, et regarder le ciel et se dire que bientôt. Faire comme si.
C'est vrai, j'ai besoin de lumière (...)

imgp2148 imgp7750

19 février 2006

petits bonheurs

En allant faire mes courses dans une grande surface, je passe en bagnole devant le Super U, où le carburant est affiché à 1,10€ le litre, baisse soudaine  de dix cents qui m'étonne et me fait me dire tiens j'en prendrai tout à l'heure. Arrivé à l'autre grande surface, ce même litre est toujours à son ancien prix : 1,19€. Je fais comme j'ai dit, et, en repassant un peu plus tard devant le Super U, je fais donc le plein, en réglant au préalable avec ma carte bleue. 45 litres à 1,10€.
A peine ai-je fini que la dame de la station sort de sa guérite et va à la borne des prix qui surplombe les pompes, modifiant illico le prix des carburants. Qui passe sous mes yeux, tandis que je redémarre, de 1,10€ à 1,19€. J'ai donc économisé (je fais le calcul dans ma tête) 45 x 0,09 = 4,05 €. C'est toujours ça. Pas mal pour un samedi!

*

Tandis que je marchais dans la rue piétonne, mon regard croise, sur le trottoir d'en face, celui d'un jeune homme en bonnet, avec un sourire d'une oreille à l'autre. Je le regarde, il me regarde, toujours souriant. Je m'arrête, il traverse la rue et vient vers moi, toujours le sourire aux lèvres, me serre la main avec un "Salut Bart, alors quoi de neuf ?"
Je ne m'appelle absolument pas Bart, je réalise qu'on ne se connaît pas et qu'il m'a pris pour quelqu'un d'autre. Je pense qu'il le réalise aussi, mais toujours en souriant. On se sépare sur une poignée de mains.

*

Mon ami Philippe m'envoie son courrier du lecteur n°33, et j'y trouve deux extraits qui me donnent envie de lire le(s) bouquin(s) correspondant(s) : ceux de Hubert Mingarelli (Une rivière verte et silencieuse) et de Jens Grøndahl (Bruits du coeur)

*

L'autre soir, lors de cet exquis repas de moules-frites chez des amis, je retrouve le plaisir (un peu adolescent, après deux kirs...) d'écouter au casque, égoïstement, un morceau de musique, pendant que le son des haut-parleurs est coupé et que les autres poursuivent ainsi leurs conversations. Dans ma bulle sonore, il y avait Tombé pour la France version maxi, écouté, bien entendu, très fort.

*

Deux choses qui m'ont beaucoup fait rire, dernièrement :
- la pub pour Canal+, vue deux fois au cinéma, où un mec raconte à sa copine, à la cantine, La Marche de l'Empereur (le film) et où on voit ce qu'imagine la nana par rapport à ce que lui raconte le monsieur. j'ai trouvé ça irrésistible...
- la liste de courses (fake, of course !) des cow-boys de Brokeback Mountain, que j'ai trouvée . J'avoue, j'ai trouvé ça très bête, mais vraiment à pisser de rire...

*

Le jeune monsieur, qui, sur la place, se précipite vers moi en me demandant de lui rendre un grand service. Il s'agit de le descendre en ville, il a un rendez-vous important avec une dame des Services Sociaux,  en face de la Sécu, et il a peur d'être en retard. Il est environ 15h et il me dit qu'il vient de se réveiller... Dans la voiture, il parle beaucoup, il en a besoin, je le sens un peu véner contre sa femme en particulier, et contre le monde en général. Il me demande plusieurs fois mon prénom, l'oublie à chaque fois, tutoie, vouvoie, re-tutoie, et finit la conversation en répétant à voix de plus en plus basse mais c'est pas grave mais c'est pas grave mais c'est pas grave. Il n'arrête pas de me remercier. Je le dépose, poignée de mains, à la prochaine... (J'aime bien rendre service.)

C'est grave, docteur ?

imgp7742

20 janvier 2006

au galop

BROKEBACK MOUNTAIN

d'Ang Lee

(Sur les blogs pédés, ça va devenir aussi incontournable que  la chronique du dernier album de Madonna…)

Comme j'ai zappé ce dernier, il faut bien que j'affronte celui-là ; je veux parler bien sûr de BROKEBACK MOUNTAIN (le secret, on s'en tape!) vu mardi en avant-première (dans une salle quasi-comble, mais - bizarrement ? - pratiquement que des gens "normaux", comme vous et moi (hihi) , pas de follasses glapissantes et/ou emperlouzées ouf!)

Bien que vu dans des circonstances un peu spéciales sur lesquelles je ne reviendrai pas (tant mieux pour vous, ô fidèles lecteurs, qui suivez...) et qui m'ont, au moins un peu au début , un chouïa disturbed, je peux vous dire que j'ai vraiment beaucoup aimé ça.

Quand j'avais lu la nouvelle d'Annie Proulx il y a quelques années (la première du recueil Les pieds dans la boue, livre que j'avais acheté sans rien en connaître, juste grâce à la photo de couverture, et cette première ligne de la quatrième de couv' "l'histoire d'amour de deux cow-boys ", ce que je pourrais nommer un achat d'impulsion...) je m'étais dit que ça ferait un sacré film. Le western est un genre crypto-pédé, c'est bien connu, mais retourner le machin comme un gant et en faire une vraie histoire d'amour, ça n'avait encore jamais été fait à ma connaissance... Et plaf! voilà encore une bonne idée qu'on m'a piqué (je suis le Caliméro des bonnes idées...)

J'ai vu le film, je viens de relire les 37 pages de la nouvelle, et une chose est frappante, la fidélité entre le texte original et son portage à l'écran (ouais, hein, feignasse de scénariste qu'à pratiquement rien eu à faire, juste qu'à recopier...) On y retrouve, quasiment à la virgule près, toutes les lignes de dialogue. Tout est là.

Bon, je ne vous ferai pas l'affront de vous raconter l'histoire (si vous n'en avez pas entendu parler, vous venez peut-être de passer six mois en cure de sommeil...) Ce genre d'histoire d'amour belle-comme-tout-mais-que-fatalement-ça-peut-pas-bien-finir qui ne peut que tournebouler et faire pleurnicher le midinet que je suis (et j'y prenais peut-être ce soir-là un plaisir masochistement encore plus pervers, du fait de la situation particulière d'alors, comme si j'avais eu comme qui dirait un message à faire passer, avec plusieurs i sur lesquels mettre des points. mais ceci est une autre histoire...)

J'avais au départ, je l'avoue, quelques réticences : les histoires gay vues par Hollywood ne sont pas forcément my cup of tea d'une part, et Ang Lee ne fait pas à priori partie de mes réalisateurs de chevet d'autre part. Plus le fait que la salle était comble (ça, ça doit être mon côté snobinard)...

Trois raisons donc d'être méfiant, mais finalement, pas du tout,  ce fut une très agréable surprise (j'étais étonné en sortant, avec mes yeux un peu de lapin russe à trente cinq nuits de chagrin, de voir quelle heure il était : je n'avais simplement pas vu passer ces deux heures et demie...)

Le film est ample, la nature impressionnante, les paysages majestueux, les cieux somptueux, les vieilles bagnoles américaines très photogéniques (je confesse par ailleurs prendre un plaisir pervers à mater des pick-up pourris comme celui de Jack, pour moi c'est ça l'Amérique...)

Les acteurs (faut que je reprenne mon papier, les noms sont inretenables et/ou imprononçables) sont très impeccables : Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, bourrins bourrinant plus vrai que nature. On parle beaucoup du second (notamment pour les oscars) mais c'est l'autre qui m'a vraiment scotché. Une performance d'acteur (un bémol : dommage que tous les deux aient d'ailleurs bien insisté, lors des interviews de promo, sur le fait que c'était vraiment un rôle de composition, et que, ben vous savez c'est 'achement difficile d'embrasser un autre mec pour de semblant, mais, comme dit Bourvil "Quand on est artiste faut faire tous les genres...") assez bluffante, tête baissée, bouche fermée ne laissant échapper qu'un vague marmonnement, comme ramassé à l'intérieur de lui-même et ayant peur de voir ce qui s'y passe vraiment. In the closet. Avec mention encore plus spéciale lors des scènes finales (ça c'est du beau mélo, et pourtant, bizarrement, il n'y a rien de plus que ce écrit dans la nouvelle, mais là ça m'a paru encore plus fort, peut-être justement le contraste entre l'intensité de ce qui se passe à l'intérieur de lui, et le rien qu'il laisse affleurer...)

De quoi pardonner les quelques maladresses du film, des traits parfois un peu schématiques gros sabots (la famille de Jack) et surtout ce parti-pris de pudeur extrême, comme si le fait d'avoir choisi ce sujet était déjà tellement énorme qu'on (Ang Lee) ne pouvait s'autoriser à être un peu plus démonstratif. Pas de kikis à l'air, donc, mais pas non plus énormément de scènes explicites. Hormis la première fois où Ennis et Jack font l'amour sous la tente, et la scène des retrouvailles viriles dans l'arrière-cour, le voyeur potentiel en sera pour ses frais. (J'avoue ne pas avoir été frustré à ce propos, puisque je savais déjà ce que je venais y chercher, et qu'on pencherait davantage du côté du sublime (la passion) que du trivial (the fuck)...)

Amour contrarié, impossible, malheureux, qui se prolonge sur vingt ans, où l'on ne peut voir l'autre que ponctuellement, à la sauvette, de loin en loin, furtivement, où la distance et la durée exacerbent la souffrance de ne pas pouvoir partager davantage avec l'autre, où il faut dissimuler sa vraie nature dernière une couverture sociale conforme et rassurante, où l'on est surtout seul dans sa tête à ressasser ses frustrations et/ou ses espoirs, ça ne pouvait que me plaire, forcément...

Surtout quand on découvre que celui qui aimait le plus l'autre n'était pas forcément celui qui était le plus capable de l'exprimer. La symbolique du placard a l'avantage de boucler la boucle métaphorique (il restera ad vitam aeternam in the closet).

L'amour, c'est peut-être ça, une carte postale punaisée à l'intérieur d'un placard, et une vieille chemise suspendue à un cintre juste en-dessous.

L'amour, la recherche de l'amour, le souvenir de l'amour, (l'illusion de l'amour ?) voui tout à fait dans mes cordes, ça.

Avec,  pour terminer, juste une précision,  pour les spectateurs non-initiés (oui, oui, ceux qui se sont mis à rire -gênés ?- à la première étreinte ou au premier patin) : deux homme qui s'aiment, qui font l'amour, primo ça existe (faudrait voir à vous z'y habituer!) et deuxio ça ne se traduit pas uniquement par des enculades féroces et des grognements de grizzly...

Yep! Le mot tendresse existe aussi dans le dico franco-gay


"Il y avait un espace incertain entre ce qu'il savait et ce qu'il voulait croire, mais il n'y pouvait rien, et quand on ne peut rien y faire, il faut vivre avec." (Annie Proulx)

18444268_1_

20 mai 2006

pouvoir(s)

(vous pouvez sauter directement au dernier paragraphe, c'est là qu'est ce que je voulais dire...)

Je l'ai déjà dit, je suis plutôt du genre petite chose fragile (bon, avec du bedon, d'accord, mais ça n'a vraiment rien à voir, c'était purement métaphorique)
Je suis d'un tempérament plutôt paisible, et ce que je déteste par dessus tout c'est les situations de conflits. Je ferai toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour les éviter, et d'une façon générale, pour éviter l'affrontement (j'ai fait mienne cette phrase de Jules Renard :  "N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda bien d'intervenir.").
Je n'ai aucune ambition professionnelle, aucune aspiration au commandement. (On me l'a souvent reproché, ce fameux "manque d'ambition", mais il est là, et bien là, heureusement.)

Au départ, quand j'étais jeune (il y a longtemps) je croyais qu'on était tous pareils. Et que ça serait toujours comme ça. Que les adultes commandaient et les enfants obéissaient, que le mur de Berlin existerait jusqu'à la fin des temps, que les bébés apparaissaient mystérieusement dans un lieu appelé maternité, que tout ce qui était écrit était vrai, que chaque fois que je passais un examen il y a avait un bon génie qui me protégeait et me faisait le réussir, que si, quand on était petit on n'avait pas d'argent,  quand on était grand forcément on en avait plein, que quand on réussissait moyennement sans se fatiguer, à quoi bon se décarcasser davantage pour réussir mieux, hein ?
Une des choses les plus importantes que mon père m'ait appris, c'est "Ne t'en mêle pas. Reste à l'écart. Ne te fais pas remarquer."
Oui oui, j'avais de qui tenir, hein ? Mon papa était un faible à tendance solitaire qui a collectionné les emmerdes pendant sa vie encore mieux que certains collectionnent les timbres. Je pense qu'il a été malheureux toute sa vie, avec une constance admirable et un entêtement exemplaire.
J'ai donc grandi avec dans un coin de ma tête soigneusement calligraphiées les injonctions paternelles. Et je m'en trouve plutôt bien. J'accorde beaucoup d'importance au respect de l'autre.
Et c'est là que j'en viens à l'objet de ce post (qui devait à l'origine ne faire que trois lignes, et qui a largement digressé...)
Oui quand j'étais petit, je croyais ça, pas de commandant et pas de simple soldat, pas de patron et pas d'ouvrier, pas de chef et pas d'apprenti, pas de moi je sais et pas de toi tu fermes ta gueule. Tous à la même hauteur.
Je sais je sais, j'ai toujours été un doux rêveur...

Et il ya des choses, en ce moment, que j'entends et que je vois et qui me font mal, parce qu'elles m'évoquent des choses personnelles et/ou douloureuses. Il s'agit de personnes de mon âge (avec donc grosso modo la même expérience du boulot) qui ont grimpé avec succés les échelons de la hiérarchie et du pouvoir dans ce métier et se retrouvent donc à présent en position de chef, de commandant, d'oeil du Maître, de moi je sais, et qui prennent soudain très à coeur (comme si la survie de l'espèce en dépendait) de contrôler avec un zèle excessif le sérieux et le bien-fondé du travail de certains débutants dans la même branche, (pas forcément encore formatés, d'ailleurs, et c'est tant mieux) et qui (ces personnes) semblent avoir désormais complètement oublié qu'elles ont (bon d'accord c'était il y a longtemps) été elles aussi un jour des débutants, avec le droit à l'indulgence et à l'accompagnement (plutôt qu'à l'acharnement, à la suspicion, à la sanction. Ca, ça me fait mal. Et c'est en partie pour ça que j'ai -justement- refusé de grimper ces putains d'échelons. Qui suis-je pour juger, hein ?
Oui, je hais le pouvoir. Surtout quand il s'agit de ce pouvoir grenouille qu'on gonfle exagérément en espérant en faire un pouvoir boeuf.

dsc001751

10 juin 2006

filigrane

CINEMA, ASPIRINE ET VAUTOURS
de Marcelo Gomes

Comme dit la pub, y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis,et donc tadaaam! je viens juste d'en changer, au sujet du cinéma brésilien que je ne portais, jusque là, pas précisément dans mon coeur, (je l'avoue oui oui Glauber Rocha ça m'emmerde m'ennuie un peu...) Je remercie donc ici publiquement mon ami Hervé, qui nous a suggéré le choix de ce film dont j'ignorais jusque là l'existence, et grâce à qui donc j'ai pu vivre une heure et trente sept minutes supplémentaires de plaisir.

Le film, assez métaphoriquement, naît du blanc de l'écran, (ou plutôt des paysages très surexposés du sertao brésilien), blanc où il repartira d'ailleurs in fine. Comme dans une image en développement émergent  petit à petit des détails, qui s'avèreront d'ailleurs être des reflets, faisant surgir du néant le personnage de Johann, un jeune allemand barbu qui sillonne les routes du nordeste brésilien dans son gros camion. Nous sommes en 1942, et Johann vend de l'aspirine (et des illusions, puisqu'il leur projette à chaque fois des petits films publicitaires) aux habitants des villages les plus reculés. Toujours sur la route, il rencontre des gens qui profitent de l'aubaine sur roues qu'il représente pour se faire transporter un peu plus loin (et éventuellement discuter le bout de gras.)

C'est ainsi que Johann va prendre à son bord Ranulfo, un brésilien pur jus, aussi noir de poil que lui est clair, et dont ne sait pas très bien d'où il vient ni très précisément où il va. Mais qu'importe, ils vont faire un bon petit bout de route ensemble, en tchatchant pas mal aussi. Les deux hommes, par les villages, vont faire d'autres rencontres, au rythme plan-plan (indolent ?) des déplacements du gros camion. Une demoiselle en fuite, un serpent à sonnettes, quelques boucs, un homme d'affaires, sa femme astronome, quelques putes... et beaucoup de peones, cabossés, recuits, vivotant sans se plaindre au coeur de ces paysages suffoqués. Les deux acteurs (aussi craquants l'un que l'autre, chacun dans son style) sont vraiment très très attachants, à l'aise dans une gamme d'émotions en demi-teintes (c'est un film sans cri, sans colère, sans hargne, et si tuerie il y a, elle est juste imaginée/jouée par nos deux compères au cours d'une joyeuse biture...) et de rebondissements minuscules (minimalistes ? )

Un camion, des projections de cinéma, un road-movie, deux mecs... On en est peut-être loin mais je n'ai pas pu m'empêcher d'évoquer une version brésilienne (et compactée) d' AU FIL DU TEMPS, de Wim Wenders, autre film qui m'avait fort impressionné en son temps (1974) et que je chéris toujours, tiens encore une histoire d'amitié virile.                                              J'ai toujours aimé les histoires d'amitié virile (Tss tss qu'allez-vous penser là, je les aime justement parce qu'il est uniquement question d'amitié, que les choses sont claires, qu'il n'y a aucune ambiguité, aucune anguille sous aucune roche, on est des hommes des vrais non mais sans blague même si rien ne m'empêchera jamais d'y rajouter un sous-texte homoérotique (en dentelle rose ?), mais bon ça ne regarde que moi, hein ?)

Tel quel, c'est parfait. Rien à redire. C'est comme l'aspirine du titre : un produit tout simple, basique,  mais  efficace. J'ai savouré ça paisiblement, joyeusement, (et sans fermer l'oeil une seconde, c'est dire!) en me disant que, oui oui, j'aurais bien aimé me trouver dans ce camion-là, avec ces deux zigotos...

18427713_1_

Oui, Barbara, quelle connerie la guerre...

12 décembre 2015

tous les vents d'espagne

21 NUITS AVEC PATTIE
d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu

"Il m'a retournée, et là il m'a sodomisée..." (dixit Karin Viard -qui, après Lolo enchaîne un autre rôle de chaudasse- dans le seul extrait que j'avais vu du film...) Je n'en savais rien de plus (ah si, "une histoire de cadavre qui disparaît..."). J'y suis allé juste après Les cow-boys (Jean-Luc m'avait préconisé l'ordre de visionnement, et il a eu raison).
Lieu de naissance oblige (Lavelanet, 09300) je suis plutôt attaché aux films pyrénéens des frères Larrieu, que j'ai pratiquement tous vus, depuis La brèche de Roland, sauf l'avant-dernier, je ne sais plus pourquoi.
Il y a du soleil, il fait chaud, Caroline (Isabelle Carré) marche dans une rue et débarque dans une maison où elle salue deux zozos en train de se rafraîchir dans la piscine. C'est la maison de sa mère, qui vient de mourir, et dans la chambre mortuaire où elle est entreposée (avec voilages et ventilateurs, à cause, justement, de la chaleur) elle fait la connaissance de Pattie (Karin Viard) la soeur d'un des zozos de la piscine, et aussi une amie de Zaza, la dame qui est morte.
L'enterrement est prévu pour le lendemain, après quoi la demoiselle rentrera à paris, après avoir mis la maison en vente (elle n'arrête pas de nous répéter qu'elle ne connaissait pas vraiment sa mère et qu'elle ne l'a pas vue depuis des lustres.) Elle prend donc son mal en patience, (elle a l'air un peu tristounette, coinçouillée) écoute les confidences sexuelles de Pattie, fait un peu connaissance avec les autochtones (Denis Lavant, excellent), refuse de participer au premier des trois bals consécutifs prévus dans le(s) village(s). Mais quand elle rentre le soir dans la maison, elle se rend compte que le corps de sa mère à disparu.
Emoi dans le village, gendarmerie, inquiétudes, suppositions, l'enterrement est donc provisoirement suspendu et le retour à Paris ajourné. Et le film va se promener (et nous aussi) le long de ces trois journées suivantes... Arrive un vieux beau (Dussolier) un vieil ami de Zaza, qui est confondu avec JMG le Clézio, tandis que se met en place une chasse au nécrophile (nécrophage ?), que les bals se succèdent, et que l'orage gronde... et se rapproche.
De plus en plus.
J'avoue que je ne savais pas trop quoi en penser, pendant un certain temps (et j'ai d'ailleurs un tout petit peu piqué du nez), le film s'arpente nonchalamment, ruelle au soleil, bord de lac herbeux, table dans le jardin... c'est très agréable mais pas forcément sidérant. Un peu instable. Tout reste encore un peu convenu, sur ses rails : Karin Viard raconte avec gourmandise ses histoires de cul, Isabelle Carré reste vertueuse, Dussolier glose, le gendarme (aux faux airs d'Alexandre Astier) expose sa tactique...

Et on en apprend de belles sur la défunte (qui était plutôt de moeurs légères). Mais il y en a pas mal dans le coin, qui ont le feu quelque part (Ou envie de l'allumer. Ou de l'éteindre.)
Le film donc suit son cours, et on se laisse aller.

Jusqu'à une scène de danse sur la table qui m'a émerveillé. (Je trouvais que c'était vraiment exquisement chorégraphié, et avec raison, le générique m'apprenant par la suite qu'il s'agissait de Mathilde Monnier, tout de même...). Le film alors prend de l'ampleur, de l'envergure, (du vent dans les voiles) et cette troisième soirée (le dernier bal) sera riche en électricité, en découvertes, en déclarations, en espoirs, en déconvenues. La troisième (partie de la) nuit.

La chaudasse découvre l'amour -le vrai- et la vertueuse le cul -le vrai-. Le fantôme de Zaza sera bien allé et venu, jusqu'à un ultime -et disparaissant- plongeon.

Et les frérots Larrieu nous empaquetteront tout ça, et décoreront l'objet avec un épilogue qui se revendique effrontément en tant que tel. (C'est écrit sur l'écran.) Et je réalise, tout à la fin, ce qui m'a un peu gêné dans cette "leçon de vie" made in Montagne Noire : il n'y a pas dans tout ça l'ombre du bout de la queue (!) d'un SSTG (sous-sous-texte-gay), mais alors rien de rien, et c'est dommage. My god que tout estbien  hétérosexué, dans les villages de montagne reculés. Comme le disait Puck, à la fin du Songe d'une nuit d'été, "Chacun reprendra sa jument, et tout ira bien!"

Le film laisse un goût plaisant de soleil, de muscat, joyeux comme une fanfare de fête populaire, et nous vante les plaisirs de l'hédonisme, en sachant rester aussi cru dans les dialogues que pudique dans les images (pas l'ombre non plus d'une QV). C'est agréable comme les vacances, dont on sait tous hélas qu'elles finissent par avoir une fin (private joke).

058028

 

 

21 mai 2008

mexico mexiiiiiiiiiico

LA ZONA
de Rodrigo Pla

... Ce n'est pas précisément ce qu'on a envie de chanter à la sortie du film, et pourtant on en aurait bien besoin, tant tout cela est noir et sans espoir...
Suite à l'irruption dans leur "zona residencial" de trois jeunes, profitant de la chute providentielle d'un panneau publicitaire sur les clôtures électrifiées, pour venir tenter leur chance et piquer deux trois trucs dans une maison lors d'un hold-up qui tourne mal et à l'issur duquel deux des trois djeunos se feront dégommer par la milice locale, les habitants, donc, de ce quartier résidentiel ultra-sécurisé décident de régler l'affaire à l'interne et de faire justice eux-mêmes, en donnant la chasse au dernier des trois.
Réfugié dans la cave de la maison d'un des protagonistes, il ne devra sa survie -momentanée- qu'au fils de celui-ci, un jeune bourge qui vient de fêter ses seize ans et va soudain découvrir que la violence en vrai ça fait mal, et ça peut même tuer, que le mensonge ne fait pas le bonheur, et qu'il y a une vraie vie dehors, au-delà des murs de sa forteresse.
Le film superpose et enchevêtre les fils narratifs : les résidents, leurs enfants, la milice, les "vrais flics" venus de l'extérieur (dont un lieutenant particulièrement obstiné dont on espère un instant qu'il va faire eclater toute la vérité rien que la vérité) les cadavres (soit enterrés dans la chapelle, soit évacués dans des sacs-poubelle), Miguel, le gamin pris en chasse, sa mère, à la porte de la Zona, sa copine, invitée au commissariat local en tant qu'unique témoin, Daniel, l'ado qui se pose des questions... Le thriller du début va basculer soudain, au moment où, en dépit de toutes les preuves accumulées et de tous les flagrants délits, le problème va se régler comme par magie (et un gros paquet de fric). A partir de l'instant où le seul espoir qu'on avait (en tant que spectateur) disparaît, on sait que c'est fini, et le film va suivre jusqu'au bout cette logique du noir c'est noir : mort(s), tabassages divers, mensonge. Comme dans la vraie vie, finalement, c'est le fric qui gagne. Chacun et chacune en prendra ainsi pour son grade joyeusement (! je plaisante)à et inéluctablement. Beurk!
On aurait presque pu se croire dans un film d'anticipation, avec cette communauté repliée sur elle-même et derrière ses kilomètres de barbelés, avec ses règles propres, ses écrans de contrôle, sa milice. privée. Et c'est pourtant ici et maintenant, vingt-et-unième siècle et Mexico. Et ça fout vraiment les jetons (c'est un film qui devrait plaire à ceux que les mots "sécuritaire", "répression", "corruption", "vengeance", font bander... ce n'est pas mon cas, et je ne peux m'empêcher de trouver tout ça un peu ambigu... )

18910345_w434_h_q80

14 mai 2014

magnum

TONNERRE
de Guillaume Brac

En tant que fan de base de Vincent Macaigne, je me devais absolument de voir le premier "vrai" long-métrage de Guillaume Brac (le précédent étant un faux puisqu'on y avait accouplé un moyen -Un monde dans femmes- et un petit  -Le naufragé- métrage(s), tous deux autour du même personnage, joué par le même Vincent M.)
Revoilà donc Vincentchounet, cheveux au vent et barbe bleue, en rocker mélancolique qui vient se ressourcer pour un certain temps chez son père (joué par l'excellentissime Bernard Menez) à, justement, Tonnerre, et y rencontre une très jolie (et jeune) journaliste (la toute mimi Solène Rigot) avec qui schlink! (c'est le bruit du coup de foudre, du love at first sight) vous imaginez aisément la suite...
Sauf que non, pas vraiment tout à fait. Le précédent (film) se passait en été au bord de l'eau, et Vincent y draguouillait gentiment, pataudement, une mère et sa fille. Tandis que si celui-ci se passe en hiver et dans la neige, Vincentchounet y est tout aussi draguouillant et,donc, fatalement (si, si!) malheureux en amour, mais cette fois peut-être de façon plus... démonstrative.
Le film est comme coupé en deux par une balafre inattendue, schlack! (c'est le bruit que ça fait quand ça coupe), et devient  justement peut-être un tout petit poil moins touchant (ou plutôt caressant -dans le sens du poil (que Vincentchounet a plutôt long)- dans cette seconde partie, mais c'est fait exprès, parce qu'il dérape dans une autre direction (genre demi-tour au frein à main) et qu'on n'a pas eu encore beaucoup l'occasion de voir Mister Macaigne dans ce registre-là.
Guillaume Brac l'avait déclaré dans une interview, que Tonnerre se ferait contre Un monde sans femmes, en ce qui concerne notre personnage principal masculin chéri à poils longs, comme pour casser une image de douceur, de gentillesse, voire de maladresse (mais que, somme toute, on finit par retrouver, non ?)
Une jolie chronique hivernale, moitié enneigée, moitié cafardeuse, où finalement il n'est question que de ce qui nous intéresse principalement, nous les midinettes et les midinets (ça m'a fait encore plus plaisir que Vincent Macaigne utilise ce mot pour se définir, dans la réponse qu'il a donnée aux Cahiaîs pour leur n° 700), je veux dire l'amour bien sûr (et pas la baise, non non, surtout pas que). Avec ce personnage de musicien qui n'est finalement pas si éloigné de celui, magnifique, que joue Gustave Kervern dans le tout aussi magnifique Dans la cour, de Pierre Salvadori (à ce propos, Pépin, tu m'énerves, voilà, c'est dit...) chacun des deux réglant à sa manière personnelle son propre probléme.
Il y a dans Tonnerre une petite chose un peu génante, mais c'est tellement systématique que cela ne peut être qu'intentionnel, un parti-pris : hormis les trois personnages principaux (le père, l'amant, la maîtresse) qui sont toujours extrêmement justes, on ne peut pas en dire autant de la majorité des personnages qui les entourent (dont on peut penser sans doute que pas mal d'entre eux jouent leur propre rôle, et ce probablement pour la première et la dernière fois) qui, s'ils n'ont  que peu de choses à dire, le font à chaque fois avec une touchante maladresse (c'est le critique de écranlarge.com qui (me) l'a fait remarquer.)
Mais là n'est pas le plus important (les gens). Il s'agit bien davantage des lieux (l'esprit des lieux), de la réalité (du réel, du solide, du concret) et de la façon dont le corps de chacun s'y inscrit. Et là, la réussite de Guillaume Brac est incontestable. Un excellent fait d'hiver, un récit attentif avec du froid et de la neige (des fois vraie et des fois fausse : je suis obsédé par ce détail dans les films et j'y suis très attentif), et traversé par les chaleurs diverses de l'amour, de la colère, de la vengeance, et peut-être aussi du pardon...
Un film blanc et rouge. Un sacré beau film.

21050900_20131018160525073

2 février 2014

cravache

NYMPHOMANIAC 2
de Lars Von Trier

Oh lala. que s'est-il passé ? on reprend pourtant les choses exactement là où on les avait laissées à la fin du 1 (vraiment le sentiment que le film a été coupé en deux, tchac! par un genre de boucher sans état d'âme qui débite juste -tchac!- sa bidoche et basta, Y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? enveloppé dans ce même papier gras,  ce même carton limite foutage de gueule qu'au début du 1 "ceci est la version censurée de, etc.")
On était resté sur la musique de Bach, et, entre autres, la mort du père, avec, si je me souviens bien, un générique final dépotant hard-rockeux, et voilà qu'on va causer cravache, annuaires, cul nu et plaisir dans la souffrance... Aïe! (et doublement : pour elle, et pour moi : le sado-masochisme m'insupporte, et, au mieux, m'inintéresse, qu'y peux-je, je ne conçois -idéalement- les relations (qu'elles soient sexuelles, affectives, amoureuses ou autres) que sur un strict pied d'égalité, d'une part, et sans accessoires d'autre part) ca n'est pas très intéressant (pour moi) c'est filmé "clinique", grisâtre et moche, et ça dure looooongtemps en plus. Et en plus Shia Labeouf disparaît assez rapidement (et il est tout habillé).
Le film utilise le même dispositif : discussion en chambre, Charlotte tuméfiée en pyjama  (oh que j'adore sa voix, ses modulations, la façon dont parfois elle finit en un souffle) qui parle de cul (et de chatte) et son interlocuteur, érudit et civil, qui fait des commentaires, compare, annote, cite, évoque (Tout l'univers 2, Les belles histoires de l'Oncle Popaul la suite) mais quelque chose a changé, ou quelque chose manque, on ne sait plus exactement (ou, peut-être, il n'y a -justement- absolument rien de plus que dans la première partie ?).
Bref je me suis longtemps ennuyé (et j'ai d'ailleurs un peu piqué du nez), et l'atmosphère de la salle m'a rappelé le bon temps des cinémas pornos (que des mecs seuls dans le public, ne se regardant pas, avec une certaine tension dans l'air, et peut-être une certaine gêne aussi, celle qui va avec).Ca se déroule cahin-caha, ça fouette dur, on regarde d'un oeil, on baille... Mais quand même, à intervalles réguliers, des jolis beaux vrais morceaux de vrai cinéma viennent (vous) mettre un peu de baume sur vos petites fesses de spectateurs à vif que le réalisateur a consciencieusement -délibérément- cinglées et zébrées (-oh la jolie image-).
Autant la première partie m'avait semblée aguichante, attractive, autant celle-ci (c'est peut-être ça, quand on vieillit) n'a plus grand-chose de désirable ni d'attirant. triste à mourir (et justement...) Sans doute à cause de la longueur, du sérieux, et de la complaisance du chapitre SM. Qui plombe grave.
On n'en sait pas beaucoup plus sur la nymphomania qu'en entrant dans la salle (mais y venait-on spécialement pour ça, hein ?)
Certes, il restera l'arbre de Joe, la fillette qui s'envole, la voiture en feu, la jeune fille à l'oreille déformée, sans oublier (huhu) les deux blacks en grande discussion et Jean-Marc Barr  sur sa chaise (les seules QV du film, ah non pardon il y a celle de la toute fin -toute faim ?- mais elle n'est pas très guillerette) mais c'est assez peu, rétrospectivement... (avec "en prime" une énervante auto-citation de Lars Von trier par lui-même : le gamin sur le balcon sous la neige, avec la musique qui pleure).
Ah, et la reprise de "Hey Joe" (peut-être que le prénom de l'héroïne n'a été choisi que pour ça) assez joliment susurré par Charlotte...
Me reste donc un espoir : celui de faire une vraie idée sur le vrai film de LVT, avec la vraie version intégrale.
Attendons, donc...

21062834_20131202154847369

20 octobre 2020

amertume (passagère)

Le monde est plein (de plus en plus je trouve) de merveilleux enculés (ou connards, ou salopards ou empaffés, ou trous-du-cul, ou appelez-les bien comme ça vous plaît) et je voudrais dédier ce post à deux (allez, trois, non allez, quatre) d'entre eux : le premier enculé c'est le policier municipal qui m'a fait coller une prune de 35€ pour "non-affichage du certificat d'assurance" alors que j'étais sûr de l'avoir apposé, mais non après vérification, il m'a été piqué par le deuxième enculé (qui a bien pris soin de laisser en place le périmé, qui était derrière -pour que je ne me rende compte de rien-) profitant du fait que la portière passager de ma voiture est restée inverrouillable pendant trois semaines après que le troisième enculé de mécano m'ait malencontreusement (et inexplicablement) perdu la clé (et donc le "verrouillage centralisé") de ladite voiture, et le temps que son quatrième enculé de patron (dit "mon gros garagiste") se décide -enfin- à la faire refaire à ses frais (ce qui semblait tout de même la moindre des choses). Aujourd'hui ça doit être la St Enculé (ou la St Trou-du-cul, ce qui revient au même), et je me retiens de mettre une illustration (et pourtant ça me démange).
J'ai payé le p-v, rédigé mon chèque, en me retenant de rajouter DE MES COUILLES après avoir écrit TRESOR PUBLIC, j'ai cacheté l'enveloppe, et j'ai même mis un joli timbre (qui me semblait résumer assez bien la situation)

1252236661_ML

10 novembre 2019

casque de boxeur

170
HORS NORMES
de Olivier Nakache et Eric Toledano

L'autisme est un sujet rarement traité au cinéma (j'ai encore des frissons en repensant à l'insupportable Rain Man de Barry Levinson). (En fait, allocinoche m'apprend qu'il existe tout de même pas mal de films sur le sujet, même si beaucoup ne sont pas très connus.) Visiblement le sujet tient à coeur des deux réalisateurs, qui (re-merci allocinoche) en 95/96 avaient déjà réalisé un doc de 26' sur Stéphane et Daoud (les "vrais" gens de la vraie vie dont sont inspirés les personnages de Bruno et Malik), et l'avaient d'ailleurs intitulé On devrait en faire un film. Et c'est tout à leur honneur de ne pas en avoir remis une louche (remis une couche ?) en faisant clignoter le label "d'après une histoire vraie". (On ne l'apprend qu'à la toute fin du film, et encore, plutôt discrètement.)
Oui, Bruno, (Vincent Cassel, étonnant dans un rôle tout en douceur, comme éclairé de l'intérieur -presque un peu trop- un personnage à mi-chemin entre L'Abbé Pierre et St Vincent de Paul, sauf qu'il est clairement étiqueté feuj' ) et  Malik (Reda Kateb, excellent comme d'hab', qu'est-ce que j'aime ce monsieur, Reda donc, qui porte, lui, pour l'équilibre des forces, la casquette rebeu, même si en vrai, dans le film, il n'en porte pas lui, la casquette c'est Cassel qui l'a ...) "gèrent", et bataillent, sur le terrain, infatigablement... Car les deux assoc' qu'ils chapeautent ont pour mission de s'occuper des cas "graves" d'autisme, concernant des patients dont plus aucune institution ne veut, à cause de leur violence.
Le film nous les présente (Bruno et Malik) dans leur travail au quotidien, presque sous l'angle du reportage (caméra à l'épaule), et va s'attacher plus précisément à la relation de chacun des deux avec un autiste emblématique : pour Bruno, il s'agit de Joseph, un grand gaillard qui demande régulièrement s'il peut taper sa mère et qui ne peut s'empêcher de tirer la sonnette d'alarme dans le métro (joué par un "vrai" autiste), et, pour Malik, du jeune Valentin, avec son casque de boxeur, (à cause de sa propension à se taper la tête contre les murs ou quoi que ce soit d'autre qui se trouve alors en face de lui -qui lui est joué par un acteur, Marco Locatelli -le seul qui n'a pas droit à sa photo dans le trombinoscope du film sur allocinoche, que grâce lui soit rendue - qui m'a plutôt impressionné),  quoiqu'ici la situation est un peu plus complexe car elle se joue à deux niveaux : l'Escale est -d'abord- une association de réinsertion de jeunes en difficultés, employés comme référents individuels pour d'autres jeunes, mais autistes ceux-là, et nous suivrons donc aussi le parcours de Dylan, un jeune "en difficulté", chargé de s'occuper de Valentin, et ses premiers pas -pas faciles faciles car le jeune homme est du genre impulsif- dans le job. On suivra donc les progrès (ou pas) de chacun, pas à pas, et l'évolution de son comportement. Au jour le jour.
Tout ça compliqué par une "inspection" des services, par un service qui visiblement ne rigole pas, présenté par Bruno comme "la police des polices"  des services sociaux, et qui vont fouiner auditionner et tâtillonner un peu partout... Mais ni Bruno ni Malik ne vont baisser les bras, comme dans l'histoire du Tonneau des Danaïdes, qui fuit tout le temps et de partout, ils vont se mettre en quatre et vont continuer à s'affairer de tous les côtés, simplement, comme toujours, pour parer au plus presser. Ces deux grands bonhommes méritent l'admiration, et le film qui leur est consacré, à cet égard, est amplement mérité.
Un film que les deux réalisateurs confient avoir porté en eux (et préparé) depuis longtemps, avant même le méga-colossal succès d'Intouchables. Un film toujours touchant, souvent speed, stressant quelques fois, éprouvant à d'autres, et même parfois drôle, (de ci de là les réalisateurs ont glissé quelques scènes qui amènent le sourire et font du bien) mais si les spectateurs qui espèrent un comique à la façon du Sens de la fête  risquent d'être déçus (le sujet ici ne s'y prêtait pas vraiment). Alors en plus de la partie "faire le job", les réalisateurs ont rajouté un background, un récit parallèle sur la vie sentimentale de Bruno qui, je trouve, sonne moins juste que le reste du récit (est moins intéressant)...
Un film donc à recommander, en passant par-dessus les remarques récurrentes de yoplaboumisme et autres sucrerie lénifiante. Empathique et sympathique sont dans un bateau. (J'avoue que pour ma part j'ai suivi, au début, le film un peu schizophréniquement, avec le cerveau gauche qui suivait et s'émouvait et vibrait et réagissait au premier degré -l'ange sur l'épaule du Capitaine Haddock- ,et, en même temps,  le cerveau droit qui tentait de ricaner et de de ronchonner mouais cousu de fil blanc... trop facile... manipulation du spectateur... -le diable sur l'épaule du même- mais à qui étrangement on a vite rivé son caquet et scotché son clapet pour l'empêcher de continuer à grommeler et de nous gâcher notre plaisir, c'est tellement mieux de se laisser aller au bienheureux et affectueux premier degré... Bon d'accord, on voit de temps en temps le fil blanc qui dépasse, mais et alors, hein ?) Nakache et Tolédano ont la chance (et les moyens) de pouvoir faire des films grand public sur des sujets qui les touchent (et desquels, comme ici on trouverait scandaleux justement qu'on ne parle pas davantage) alors pourquoi s'en priver ?
Oui, des films qui font du bien.
(Et une pensée amicale et émue pour Hélène Vincent en maman de Joseph, pour Catherine Mouchet en médecin de Valentin, et -j'ai failli ne pas le reconnaître parce que je n'avais pas vu son nom au générique- pour Alban Ivanov en Menahem..., trois raisosn supplémentaires de voir le film, auxquelles on peut rajouter, tiens, le toujours aimé Frédéric Pierrot dans le rôle -ingrat- de l'inspecteur...)

3866005

l'un

3889406

l'autre

2633779

et les deux ensemble...

27 octobre 2019

ovni

166
BACURAU
de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles

Rare que je me rappelle aussi précisément du début d'un film : d'un générique sur fond ciel étoilé (outer space) on passe à la terre qu'on surplombe et dont on va se rapprocher (on aperçoit au passage un satellite) pour arriver au-dessus du Brésil, puis, encore plus précisément au-dessus d'un camion-citerne déglingué qui zigzague sur une route défoncée...
Le camion va et vient, la route est défoncée, à son bord un homme et une femme, ils croisent un camion qui a renversé son chargement de cercueils, et où des autochtones sont visiblement en train de se servir... Après une halte sur une hauteur qui domine une vallée où l'homme explique à sa passagère une situtation tendue où des salopards limitent l'accès à l'eau pour les habitants de la vallée, et plus précisément d'un village qu'on aperçoit en contrebas (une situation qui m'a rappelé le très aimé Milagro de Robert Redford), village où la jeune fille et le chauffeur finissent par arriver et se séparent,  chacun des deux va vaquer à ses petites affaires lui livre de l'eau et elle transporte une petite valise rouge à roulettes qui semble contenir le saint-sacrement. On les retourvera en on en saura un peu plus sur chacun par la suite.
La mise en place est longue et complexe, fascinante, pendant un grand moment on fait connaissance avec des personnages, (les habitants de Bacurau, et d'autres : un homme politique qui fait campagne, une infirmière (Sonia Braga) qu'a a d'abord découverte en pocharde énervée, un américain (Udo Kier, dans ses grands jours) qu'on découvre dirigeant un groupe de militaires, de chasseurs ou de snipers, on ne sait pas trop (des gros cons ricain(e)s affolé(e)s de la gâchette), un couple de touristes à moto en combinaisons fluo pas si benêts ou innocents qu'ils veulent en donner l'air, un genre d'ermite qui vit à poil avec sa femme au milieu des plantes, plus des chevaux aux galop qui dont irruption dans le village au milieu de la nuit (c'est très beau), et même -oui oui- un ovni, une bonne vieille soucoupe volante qui vole un peu de guingois comme dans les films ricains des années 60, bref une accumulation de gens, d'actes, de situations, une profusion de scènes qui, au départ, ne semblent pas toujours avoir de rapport entre elles (des scènes qui sont fortes déjà par elles-même, indépendamment) mais dont les corrélations vont se mettre en place petit à petit.
Et donc le  spectateur moyen (moi, en l'occurrence) se sent donc un peu perdu, mais en même temps se laisse emporter, impressionné (tétanisé) par ce cinéma violent, baroque, charnel, terrestre, furieux, de plus en plus anxiogène au fur et à mesure que les éléments se mettent en place, et qu'on commence à comprendre la situation... (Avec ces petits cachetons qu'on voit régulièrement glissés dans la bouche des villageois.)
Lorsque tous les pions sont posés, la partie peut commencer. Bacurau est attaqué, et Bacurau va se défendre. (Je me demandais un peu pourquoi allocinoche, dans la rubrique "genre", cochait drame, thriller, western, ce qui faisait beaucoup pour un seul homme, pardon un seul film... En sortant de la salle on se dit que c'est assez justifié, j'aurais même ajouté film d'assaut, si cette catégorie existait.)
"Dans un futur proche..." est indiqué au début du film. Soit donc, ok, un western métamorphé grâce aux nouvelles technologies, mais où le canevas basique reste le même : les méchants arrivent quelque part avec leurs flingues, et ils veulent tuer les gentils (de préférence innocents), et, normalement le(s) bon(s) arrive(nt), et tue(nt) les méchants dans un duel final, et hop, tout finit bien. (avec ripaille villageoise, sangliers rôtis et barde ligoté dans l'arbre... non je m'égare, Astérix sors de ce corps!).
La seule différence, mais de taille, c'est que personne ici ne vient au secours des bacurauiens (ni sept mercenaires, ni sept samouraïs) : au début du film on apprend que le village a soudain disparu des cartes -pfuit!-, les habitants sont coupés du monde, on leur a bien brouillé l'écoute, et donc ils doivent se retrousser les manches, et se démerder tout seuls, avec les moyens du bord, mais, rassurez-vous ils vont faire ça très bien. Aux petits oignons.
Lorsqu'on comprend ce qui se joue vraiment, on est effaré par l'énormité de la dégueulasserie mise en jeu (mais on est au Brésil, n'est-ce pas), et on n'est pas vraiment étonné lorsque les deux réalisateurs dénoncent la collusion entre les politiques locaux et l'hégémonie ricaine, -en ce moment la réalité aurait presque tendance à dépasser la fiction-, et on se prendrait presque à souhaiter que le châtiment réservé au méchant très méchant (il a quand même le temps de gueuler "Et ça ne fait que commencer!") soit appliqué en vrai à certain(s) président(s), qu'ils fussent ricain à mèche platine ou son acolyte (frénétique) brésilien...
Un film grandiose. Bigger than life (je ne sais pas comment ça se dit en brésilien)
Top 10 en tout cas

0155245

4568198

22 août 2019

disfrutemos!

132
ROJO
de Benjamin Naishtat

Et voilà! Une fois de plus, Hervé avait raison! C'est lui qui avait proposé ce film que, personnellement je n'avais pas vu venir (pourtant nous avions déjà programmé -et beaucoup aimé- son précédent Historia del miedo) et qui conclut en fanfare notre programmation estivale (bon, en réalité il y aura encore deux semaines, dans le bôô cinéma, avant le premier septembre c'est les vacances, et donc les cinéphiles et amateurs d'art et essai sont censés voir des bonnes grosses daubes estivales n'ont droit qu'à un film, c'est comme ça...).
La bande-annonce, qu'on voyait depuis un certain temps, raconte un film qui (c'est habile) n'est pas tout à fait celui que l'on va voir. Que j'ai trouvé absolument magnifique. Avec deux acteurs dont on (re) connaît les visages : le premier, Dario Grandinetti (qui joue l'avocat) qu'on a vu dans deux films d'Almodovar et dans Les nouveaux sauvages, mais le second, surtout, Alfredo Castro, vu, lui, au moins dans plus d'une demi-douzaine de films déjà programmés dans notre  Semaine Latino (Mariana (Los perros), Neruda, El Club, Les amants de Caracas, No, Les Soeurs Quispe, Post Mortem... impressionnant, non ?) et qui joue le détective...
Un avocat, un détective, serions-nous dans un polar "classique" ? énigme ? procès ? Mais Benjamin Naishtat est un petit malin, et met en place une histoire instable, pleine de points d'interrogations, de chausse-trapes, de fausses pistes, de hors-champ narratifs, de peut-être et de doutes...
Le spectateur sait qu'une maison a été dépouillée, qu'un homme un peu agité a fait un scandale dans un restaurant devant un avocat, qu'il s'est un peu plus tard suicidé devant l'avocat, que celui-ci, après avoir essayé de l'amener à l'hôpital s'en est finalement débarrassé dans le désert (j'ai repensé à ce sketch affreusement cruel dans Les nouveaux monstres où un fêtard en grosse bagnole, après avoir recueilli dans sa voiture un blessé et fait en vain le tour des hôpitaux et des cliniques pour l'y déposer finit par le redéposer à l'endroit où il l'avait trouvé...), et il sait donc aussi (le spectateur) que beaucoup de questions se posent, à propos de cet avocat, et que  le scénario  ne va plus le lâcher, et tournicoter autour de lui, et de plus en plus s'en rapprocher,  de la même façon que l'annonce (la menace) d'un coup d'état imminent se rapproche elle aussi inexorablement des personnages, projetant une désagréable ombre portée (mais qui restera hors-champ jusqu'à la dernière scène).
Le scénario est virtuosement ficelé, chaque nouvel événement oblige le spectateur à se poser de nouvelles questions, parfois on se demande même carrément que vient faire là cette scène (par exemple, la scène de drague entre les deux ados) mais le réalisateur sait où il va, et c'est un peu comme si les points numérotés se reliaient progressivement les uns aux autres pour former un dessin d'ensemble qu'on n'aurait pas forcément vu venir. Tous les personnages sont argentins, la plupart font partie de la "bonne bourgeoisie" et forment d'ailleurs un groupe d'amis, la seule pièces "extérieure" est le détective (de la télévision), qui, lui, est chilien et qu'on a fait venir expressément pour résoudre le mystère de la disparition du "hippie", qui impacte chacun des personnages de façon plus ou moins directe. Mais ce n'est pas vraiment le travail d'enquête qui intéresse Benjamin Neishtat.  Rojo (titre difficilement prononçable pour beaucoup de gens, et dont on peut d'ailleurs se demander le pourquoi?) est davantage un film de personnages plutôt que d'actions. Une belle étude de caractères (et des différentes manières d'être un beau salaud). Le détective livrera ses conclusions à l'avocat, en plein désert, avant de repartir. Et la vie continuera (presque) comme si rien ne s'était passé...
Un film fort et très bien fait. Glaçant.

3618410

20 août 2019

plus qu'un frère et moins qu'une épouse

131
ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD
de Quentin Tarantino

Dans le bôô cinéma, bien que le film y soit projeté en sortie nationale, il n'y avait -honte!- que 2 (oui deux) séances en VO prévues, dont la première avait lieu cet après-midi, en salle 9, qui attira une foule inconsidérément inhabituelle, qui manqua d'ailleurs de la remplir complètement, -il y avait même des jeunes- comme quoi il y a un public pour les films en VO!
Ça faisait un moment qu'on voyait (et re-) la bande-annonce (en français bien sûr), qui ne semblait d'ailleurs pas donner envie à grand-monde, mais bon là on y était et on s'est laissé aller dans ce qui est (il faut bien le reconnaître a posteriori) une énorme gourmandise hollywoodienne, mais (non moins indéniablement) à la sauce Quintin : nostalgie, références, clins d'yeux, humour,  hémoglobine, logorrhée (quoiqu'après Nuits magiques, vu la veille, -tiens, encore une histoire de cinéma, de références et de meurtre...- celui-ci semblait  du coup un modèle de retenue verbale, quasiment bressonnien dans la mesure de ses dialogues -j'exagère à peine, vous me connaissez-). Et aussi une histoire de vérité et de mensonges (le vrai du faux à démêler, pour faire court).
Bon, Tarantino et moi, ça n'a pas toujours été le grand amour : entre Pulp Fiction (1994) et Inglorious Basterds (2009) il y a par exemple eu comme un sérieux trou d'air dans notre histoire, mais bon là ça faisait trois films d'affilée que j'avais accueillis en applaudissant des deux mains (voire plus si c'eut été possible). Donc je partais pour celui-là plutôt confiant (quoique).
A la sortie, j'étais un peu perplexe. Comment dire... J'ai trouvé le démarrage un peu laborieux, répétitif, anodin, presque mollasson par endroits (peut-être par rapport à ce que j'attendais d'un "film de Tarantino"), tout ça était bien trop calme, le fractionnement des histoires et la multiplicité des points de vue rendant  difficile à appréhender "globalement" le récit en train de se mettre en place.
Deux acteurs en tête d'affiche, et des pointures, Di Caprio est Rick Dalton, acteur de séries télé presque has been (on est en 1969) et Brad Pitt joue Cliff Booth, son pote (et un peu son homme à tout faire) lui aussi du métier puisqu'il est le cascadeur qui le double dans la plupart de ses films). Deux nice guys à Hollywood en 1969, dans une co-existence qui pourrait inciter à convoquer le SSTG* (mais non qu'allez-vous donc penser là il y a autant de chances de trouver un personnage gay chez Quintin, que, comme l'avait dit Spike Lee à l'époque, d'en trouver un black chez Woody Allen...). Et Rick Dalton (Leonardo) a réalisé un rêve de gosse, non seulement en emménageant à Hollywood mais devinez un peu qui habite dans la maison juste voisine ? Roman Polanski (qui vit alors avec la jeune Sharon Tate). Hollywood glamour, mais le spectateur ne peut se départir d'une -légitime- inquiétude lorsqu'il voir apparaître dans le script une bande de hippies pas si cool ni si peace and love que ça, avec parmi eux (à leur tête) un certain Charlie (Manson, et résonne dans la tête, ding ding! comme une sonnerie d'alerte rouge dans un film où il y a un truc qui va exploser...).
Leone (Sergio) avait fait son Il était une fois en Amérique (4h11), Ceylan (Nuri Bilge) son Il était une fois en Anatolie (2h37) Tarantino (Quentin) fait son Il était une fois... aussi, mais à Hollywood (si le titre n'apparaît qu'à la toute fin du film, ça semble tout à fait logique, vu le contexte et la tournure qu'a pris le film) et en 2h41.
Il y a donc Rick, Cliff, et Sharon, et chacun(e) va, dans cette journée, vivre sa petite vie hollywoodienne, avec pour chacun(e) une ou plusieurs choses qui valent le coup qu'on les raconte (ou qu'on s'en souvienne), dont Tarantino nous fait à chaque fois une scène digne d'être étiquetée morceau de bravoure, dans une tonalité la plupart étrangement "calme" (pour "un film de Tarantino"). Des rencontres, à chaque fois, qui génèrent des échanges, drôles assez souvent, émouvants parfois, inquiétants à d'autres, mettant en scène, ensemble ou séparément, chacun des personnages dans sa "réalité" filmique (déprime, coolitude, émerveillement...)
Et plus le temps passe, plus le spectateur s'inquiète (en fait, plus le spectateur a le sentiment que le réalisateur fait en sorte qu'il s'inquiète...)
Ce sale gosse de Quentin T. joue avec nos nerfs, un peu sadiquement (la scène chez les hippies) mais bon on devrait avoir l'habitude. Comme d'habitude, le script avance masqué. Mine de rien. A petits pas.
Et puis arrivent ces quinze dernières minutes, quasiment cartoonesques tant le déchaînement de violence ne déparerait pas dans un Tex Avery, par exemple, et où le spectateur moyen (vous, moi) même s'il se cache un peu les yeux, se surprend soudain à jubiler, oui, devant cette violence, mais surtout devant l'objet sur lequel elle s'exerce (on pourrait presque employer le terme de justifiée, c'est dire dans quelle position il parvient à nous mettre).
Mais, surtout, cette hyperbole est mise en place pour mieux faire ressortir, par contraste, le calme absolu de cette coda qui lui succède, lorsqu'apparaissent les mots du titre, Once upon a time..., et que le seul sentiment qui subsiste alors, c'est celui d'une violente (!) mélancolie qui alors nous envahit, nous submerge, très simplement, oui, un raz-de marée doux, devant ce portail qui s'entr'ouvre... (et la fin d'une autre histoire). Et une preuve supplémentaire que le cinéma est plus fort que la réalité.
Une critique de spectateur particulièrement intelligente sur allocinoche (ce qui n'est, reconnaissons-le, pas toujours le cas) fait le parallèle entre la cigarette trempée dans le LSD de Cliff Booth, à la fin du film, et la pipe d'opium fumée par de Niro à la fin de Il était une fois en Amérique, (qui fit beaucoup gamberger et hypothéser les spectateurs de l'époque...) et les modifications qu'elles induisent (peut-être) sur la perception des événements...
En tout cas, même sans avoir rien fumé du tout, ce film-ci, plus j'y repense et plus je l'aime...

* (pour celles ceux qui prendraient vraiment le train en route) : sous-sous-texte-gay

1019362

Once-Upon-a-Time-in-Hollywood-imoviezmagazine

2059467

once-upon-a-time-in-hollywood

6 février 2022

masques

021
L'ENNEMI
de Stephan Strekker

"Si quand les nègres sont persécutés, tu ne te sens pas nègre, si quand les femmes sont méprisées, ou les ouvriers, tu ne te sens pas femme ou ouvrier, alors, toute ta vie, tu auras été un pédé pour rien." (Jean Genet, L'enfant criminel)

Déjà, à l'issue de la première projection (c'était il y a longtemps, quand j'avais "fait" le Festival du Polar de Reims en ligne) j'avais noté cette phrase citée par le personnage joué par Jérémie Rénier, et j'étais sorti plutôt très satisfait de ce film flamboyant et mystérieux, que j'avais envie de revoir "en vrai" sur grand écran. (Je dois avouer que j'en avais gardé quasiment aucun souvenir, à part qu'il était question de meurtre et de prison (et, je l'avoue humblement, je me souvenais aussi de la QV de Félix Maritaud, que j'avais même immortalisée via copie d'écran, alors qu'on ne la voit qu'à peine une poignée de secondes -mais bon, pour ça, comptez sur moi, j'ai l'oeil). Alma Jodorowski (qui chante très joliment a capella avec regard caméra au début du film) et Jérémie Renier forment un beau couple médiatique (et médiatisé) : lui est un homme politique en plein essor (le film est "inspiré de faits réels") et elle une bien jolie femme, et voici un couple passionné, sauf qu'au petit matin elle est morte dans leur chambre d'hôtel, et lui est incapable de se souvenir s'il y est pour quelque chose... Le voici donc envoyé en prison, en attendant son procès, tandis que s'active son avocate (Emmanuelle Bercot), qui vient lui rendre visite, tout comme son fils (Zacharie Chasseriaud, qui a bien grandi depuis Les géants de ce cher Bouli Lanners)...
Alcool, cachetons, jalousie, soupçons, violence, masques, crises, suffocation(s), caméras de surveillance, cauchemars récurrents, Stephan Strekker utilise toutes les armes du thriller pour dresser ce portrait complexe (et ambigu) d'un homme peut-être plus duel qu'il n'y paraît (tiens, comme les Flamands et les Wallons, par exemple..., qu'on n'arrête pas d'évoquer au long du film -Jérémie Rénier passe son temps à répéter "je ne parle pas flamand..."- et qui auront d'ailleurs leur place dans l'explication finale...). Un film complexe, aux multiples zones d'ombre, mais qui se clôt comme il s'est ouvert, sur le visage lumineux d'Alma Jodorowski, mais sans chanson cette fois...

5634188

2886749

3005309

 

26 juin 2021

youri

(post ciné en retard 1)

GAGARINE
de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

Encore une superbe découverte du Festival Téléramuche d'avant-premières (je suis sidéré par le peu de monde qui semble s'y intéresser, dans le bôô cinéma...), un film sur les petites gens, celles et ceux qui habitent dans la Cité Gagarine, qui doit bientôt être évacuée et détruite pour cause d'insalubrité (dont l'histoire est évoquée dans un prologue spécialemnt réjouissant.
Le jeune Youri (interprété par Alséni Bathily, sensationnel) en fait partie, et est très occupé, au début du film, à récupérer du matos pour un projet qu'on saisit d'abord par bribes. Il est accompagné par son pote rebeu Houssam (Jamil Mc Craven) et sa copine rom Diana (Lyna Khoudry), auxquels va venir s'adjoindre, après un premier contact plus... difficile et frictionnel, Dali, un petit céfran (Finnegan Oldfield, toujours aussi bien) un peu teigneux en apparence mais finalement pas tant que ça...
Un film prenant, surprenant, qui assaisonne le réel le plus prosaïque (le plus terre-à-terre justement) à sa sauce joliment fantastique, et le met en apesanteur. Direction les étoiles, et hop! Et on ne peut pas ne pas verser sa petite larme...
A recommander énergiquement

 

3836848

3822808

3852449

3938253

Archives
Newsletter
Visiteurs
Depuis la création 394 474