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lieux communs (et autres fadaises)
19 octobre 2013

semaine belge un

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LA CINQUIEME SAISON
de Peter Brosens et Jessica Woodworth

Un film magnifique. Une mise en images somptueuse pour une histoire sombre, à mi-chemin entre Les saisons (le beau bouquin pluvieux et glauquissime de Maurice Pons) et The wicker man (le film tordu de Robin Hardy). Un film aux couleurs, et au goût, de la terre, omniprésente. Des images saisissantes pour une histoire de pécores subtilement romancée (le printemps ne revient plus, dans un petit village et ses environs, alors que vient justement d'y arriver et de s'y installer un "étranger" apiculteur en camionnette pourrie avec son fils handicapé...) qu'on suit au fils des saisons (annoncées à chaque fois, comme titres de chapitres), ou de la saison, plutôt, celle  annoncée au générique... Avec, en pointillés, la relation entre la fille d'un paysan et le fils de l'épicier...
Une oeuvre (d'art) splendide, ouverte sous le signe de la comédie agreste et pince-sans-rire, pour glisser progressivement vers la noiceur la plus inquiétante. Car les choses vont de plus en plus mal, forcément, quand plus rien ne pousse, que les coqs ne chantent plus, qu'il faut tout rationner. Et se préoccuper surtout, alors, de trouver un bouc émissaire.(Ah la singularité cinégénique -et terrifiante- des rites païens et ancestraux...) pourt tenter de remédier à tous ces malheurs qui s'abattent (comme les arbres, qui tombent tout seuls). Très impressionnant.

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JE SUIS SUPPORTER DU STANDARD
de Riton Liebman

C'est le film, parmi les six qui sont programmés, sur lequel je n'aurais pas  apriori parié une cacahuète, au vu de l'affiche et du synopsis (un bourrin amateur de foot essaie de changer de comportement lorsqu'il tombe amoureux d'une jolie blonde...) mais qui se révèle une agréable et sympathique comédie (je précise que j'ai personnellement horreur du foot) par le biais de son réalisateur scénariste acteur principal, l'attachant Riton Liebman (le film aurait de forts accents autobiographiques) et la galerie de personnages (et d'acteurs) tout aussi attachants dont il a su s'entourer.
Le film vaut incontestablement mieux que la volée de bois vert critique qu'il a reçu. Riton Liebman sous couvert de "comédie romantique" (pas l'aspect le plus probant du film d'ailleurs) nous livre le portrait "social" (aigre-doux) d'un mec "normal" souffrant  d'une dépendance (le foot présenté comme une addiction, j'adore), puis s'empatouille un peu dans différentes strates du récit pour  virer -j'adore- au conte bisounours (avec -en ce qui me concerne- le plaisir ineffable du sous-sous-texte gay (qui n'était peut-être pas l'intention de Riton L.) : "je vais t'aimer jusqu'à ce que tu t'aimes..." dit-il à son jeune ami torse nu avec qui il s'éloigne après l'avoir étreint...) où tous les fils scénaristiques épars se nouent magiquement d'un coup : youp la boum! et que tout va bien partout. Avec en prime un très joli clin d'oeil à La rose pourpre du Caire. Oui, attachant, vous dis-je.

24 septembre 2013

les mariés au dessus du gâteau

MA VIE AVEC LIBERACE
de Steven Soderbergh

Ouaouhh! Hervé évoquait la chantilly, et il était presque en dessous de la vérité. Deux heures de sucre et de crème montés en émulsion, éclaboussantes, jusqu'à satiété et même plus si affinités. Sur l'arc-en-ciel du cinéma, voilà un film qui se place à l'autre extrémité que celle occupée par, disons Michael Kohlhaas, vu juste avant.
Deux heures de strass, de paillettes, de vison, de champagne dans le jacuzzi, de caniches à glaucome, de petits maillots moulants, de chirurgie esthétique... Deux heures à en mettre plein la vue, pour mettre en place le decorum kitschissime qui entoura ce qui n'est, finalement, qu'une histoire d'amour assez banale : je t'aime tu m'aimes on s'aime, puis je ne t'aime plus tu ne m'aimes plus on ne s'aime plus, avec une petite coda émue mais on s'aimait quand même. Deux heures de minauderies, d'oeillades assassines, de popotins qui se tortillent (et d'acteurs qui se lancent courageusement dans cette Cage aux folles ricaine, Michael Douglas et Matt Damon en tête, mais Scott Bakula n'est pas mal du tout dans le genre (j'ai du attendre le générique de fin pour savoir où j'avais déjà vu jouer ce beau clone poilu moustachu...) et autres langues de putes assassines.
Douglas joue tellement bien la vieille folle enamourée qu'on croirait qu'il a fait ça toute sa vie (mais, comme disait Bourvil "quand on est artiste, faut faire tous les genres..."), et la réplique peroxydée que lui donne Matt Damon est tout aussi plaisante, qui annonce à Liberace sa bisexualité sans que, comme celui-ci le lui fera remarquerun peu plus tard, elle n'ait à aucun moment été visible.
Comme me le disait un spectateur assis devant moi "je suis venu le voir parce qu'il était en v.o", et moi je rajouterais "je suis venu le voir parce qu'il a été jugé trop gay par l'ensemble des studios et que c'est HBO qui a osé le sortir...( imbéciles de studios)" osé, alors qu'il n'y a honnêtement pas de quoi casser trois pattes à un canard. mais c'était peut-être juste pour cesouligner le fait que rien n'a changé (ou si peu) face à l'homosexualité : si en 70 une star ne pouvait revendiquer ouvertement dans quelle équipe elle jouait, et, comme dans le cas de Liberace devait s'inventer une idylle avec une patineuse pour rassurer son public chéri se redonner un semblant de vernis de crédibilité, an 2013 le fait de raconter cette même histoire semble en gêner quelques-un(e)s aux entournures.
Le film est agréable, oui, mais c'est un peu dommage si c'est le dernier de Soderbergh, réalisateur habile qui aura su à chaque fois ou presque adapter la forme de son récit à la matière qui le composait. Ici ? Des paillettes, des bulles, de la poudre... Autant en emporte le vent...

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11 septembre 2013

les deux frères

GRAND DEPARTde Nicolas Mercier

J'avais vu la bande-annonce, qui m'avait paru sympathique, j'avais lu l'interview jumelée de Pio Marmaï et Jérémie Elkaïm dans le nouveau TÊTU (qui m'a d'ailleurs quasiment donné envie de m'y abonner) que j'avais trouvée plaisante, j'avais une place à tarif réduit à utiliser avant le lendemain, je n'avais lu aucune critique, et j'y suis donc allé (mon dieu , déjà! comme le temps passe vite) mercredi dernier à 14h, profitant d'un court séjour à Besac avec Pépin.
Alors ? Bof bof mais pas que, pas tout à fait. Dans la salle, à la fin, j'ai juste écrit "avec une scène finale eu mieux maladroite et au pire putassière", parce que c'est vraiment vraiment dommage de finir là-dessus, parc e qu'il y aura eu auparavant tout de même ces deux frangins : le narrateur -Marmaï- bien coiffé bien rasé bien costumé executive (l'hétéro) et son grand frère echevelé bohème et dépressif -Elkaïm- (le gay). L'otarie et le phoque, pour rester dans les métaphores animalières (vous ne connaissiez pas "hétéro comme une otarie" ???). Deux frangins aussi différents que possible, qui se chamaillent et se grognent à la figure, surtout à partir du moment ou leur père -Eddy Mitchell-  se chope une maladie neuro-dégénérative -si j'ai bien retenu le mot- et qu'il faut donc le placer en maison de soins et l'assumer, avec plus ou moins de vaillance. Chacun des frères a son idée sur la conduite à tenir et la façon de réagir. et bien évidemment ils ne sont pas d'accord. il ya des dialogues exquisément vachards, il y a des acteurs qui assurent (qui assument ?) - les 3 déjà nommés et la maman, Chantal Lauby, un peu injustement sous-utilisée (j'allais écrire expédiée), il y a quelques scènes mémorables (la soirée en Zorro et l'entretien avec l'employé des pompes funèbres, notamment), mais bon, tout ça ne suffit pas pour faire un grand film, c'est dommage mais c'est comme ça. Manque de souffle, manque d'audace, manque d'originalité. Vite vu, donc, et, hélas, assez vite oublié.

 

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27 août 2013

MY T.

ROMEOS
de Sabine Bernardi

"My T, nous explique Lukas, au début du film, signifie "Ma testostérone". Il s'agit des injections qu'il prend régulièrement pour se masculiniser. Car Lucas, s'il présente les signes extérieurs qui l'apparentent à un garçon, est en realité transgenre. Il est fille pour l'état-civil mais veut désormais pleinement assumer le statut de garçon qu'il est à l'intérieur, et se trouve, au début du film, en plein milieu de ce processus de transformation. Il est copain avec Eli, qui est lesbienne (avec qui il était déjà copine quand il était encore fille) et va rapidement tomber amoureux de Fabio, un beau macho pédé.
Le film de Sabine Bernardi, qui a déjà raflé pas mal de prix dans pas mal de festivals, sortira le 4 septembre, et nous avons eu la chance de le recevoir en prévisionnement par son gentil distributeur, (car nous commençons à avoir un peu d'entregent.) Je l'ai donc visionné hier soir, alors que je n'avais pas a priori plus aussi envie que ça de le voir (parce que j'ai lu "transgenre", et, oui, je le reconnais, je peux être très con des fois, et me dire dans un premier temps "bah si c'est pas que des mecs-mecs ça va moins m'intéresser..."), et malgré les susdits (et très cons je le répète) a priori(s), je l'ai finalement regardé d'une seule traite, avec attention et, oui je dois le reconnaître, émotion.
Il s'agit finalement, et simplement, d'une histoire d'amour, "banale" pourrait-on dire, même si le contexte : le Köln underground et plurisexué, rend les choses un peu plus complexes et un peu plus ... pittoresques. Boy meets girl, disait la tradition, ici - o tempora o mores- ce serait plutôt Girl/boy meets Boy/boy. Qu'importe le flacon...
Un film de gens, (plutôt qu'un film de genre), comme pouvait l'être celui de Féret (bien que dans un tout autre genre), mais tout aussi attentif en tout cas (et attentionné), avec le dosage adéquat de réalisme et de romance, et extrêmement pudique sur un sujet qui aurait pu faire craindre plus de soufre ou de voyeurisme malsain. Certains critiques diront "gnagnagna .. n'évite pas les clichés" (je le sais, je l'ai lu), mais tel que le film assume courageusement son sujet, en se colletant tout aussi bravement aux clichés inhérents. Même s'ils sont parfois un poil (!) voyants.
J'ai repensé, en le voyant, au superbe Wild side, de Sébastien Lifshitz (peut-être plus dramatique) et au très ricain Transamerica (beaucoup plus humoristique ?). Le premier beaucoup plus fort parce que le personnage principal était joué par un "vrai" transexuel, tandis que le deuxième avait choisi une actrice pour incarner ce personnage de trans. C'est aussi ce que reprochent certain(e)s critiques à la reéalisatrice, d'avoir choisi un acteur mâle pour jouer cette fille qui devient garçon. mais l'acteur en question, Rick Okon, dont c'est le premier "premier rôle" est vraiment vraiment bluffant tant il incarne son personnage avec force et vérité, avec ce qu'il faut de douceur (féminine, bien sûr) et de révolte (virile, tout aussi bien sûr, hihi). Trop mignon(ne) !

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24 août 2013

protocole

TIP TOP
de Serge Bozon

Inutile de tourner autour du pot : une grosse déception. Vu en avant-première au Plazza Victor Hugo (mon cinéma chéri-chéri), après l'excellent Prochain film de René Féret (qui, lui, était bravement en sortie nationale). Passée une première scène tonitruante (François Damiens dans ses oeuvres) dans un bar rebeu, qui peut effectivement être considérée comme drôle , même si / parce que s'y profèrent des horreurs, on déchante ensuite assez rapidement, pour regarder des personnages s'agiter et s'exprimer au fil d'une intrigue mi-polar mi-socio mi-n'importe quoi (trois demis pour faire bonne mesure).
Pourtant le trio de tête (Damiens/ Huppert / Kiberlain) avait de la gueule sur l'affiche et dans la bande-annonce... Deux "super-fliquesses" (Huppert et Kiberlain) débarquent dans un commissariat du nord de la France pour enquêter sur la mort d'un indic maghrébin (Damiens fait le flic).
Syndrome "la fille du 14 juillet" : Cannes et Les Cahiaîs du C. avaient annoncé ça comme le renouveau de la comédie ou quelque chose du genre, et (en ce qui me concerne) c'est désolant : à peine quelque sourires arrachés, des acteurs plus ou moins à côté de la plaque (Huppert réussit même à être pas très bonne, ce qui est exceptionnel et mérite d'être remarqué! -à moins que, comme dit mon ami Hervé, "ça soit fait exprès"...mais bon hum j'ai des doutes), dans une histoire vaguement embrouillée, où, quand le générique de fin commence à défiler, on a l'impression qu'on n'a rien compris du tout (mais y avait-il d'ailleurs quelque chose à comprendre ?). Il y a pourtant Axelle Roppert au scénario, qui est tiré d'un polar dont le nom est cité au générique. il est question de police et d'indics, de trafic(s), de protocole(s), d'Algérie (et d'algériens). C'est confus, brouillon, bancal, maladroit, certes décalé mais je cherche encore où est le "comique" annoncé ; et il faut bien avouer qu'on perd pied et qu'on attend que tout ça se termine.
Reste une très jolie scène de danse dans un bar, (un jeune algérien sur un chanson turque, si mes sources sont bonnes) mais on est triste quand on pense au précédent film de Bozon (La France), qu'on avait vraiment beaucoup aimé, et qu'on se retrouve face à ce gâchis... Dommage, oui, très dommage...

(Bon, je dois être un peu con-con : le film sortant le 11 septembre, il n'a donc pas encore de critiques "officielles", et je me suis donc amusé à faire un survol (critique) de toutes celles qui furent écrites à Cannes, lors de la présentation du film : elles sont toutes ou presque magnifiques et excellentes -télérama, les inrocks, critikat, arte, libé, le monde- et me laissent donc d'autant plus perplexe. Certes, il y a le sous-texte. Il est, visiblement, question de cohabitation (de coexistence) et de mixité dans ce film. Le réalisateur insiste et met le doigt sur les "deux côtés" (la France / l'Algérie) sur les liens qui se tissent et sur les déchirures aussi. Ce qui se passe "souterrainement" est intéressant, et encore plus d'ailleurs lorsqu'on on écoute le réalisateur parler de son film en interview (ce qu'il en dit en passionnant, mais on n'a pas du tout le sentiment qu'il parle du film  qu'on vient de voir...) Comme quoi on peut passer à côté du sujet, avec les meilleures intentions du monde (mais bon, encore une fois, ce qui est valable pour le réalisateur l'est aussi pour moi...) Arghhh!

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16 août 2013

après le 15 août

Comme de bien entendu, et traditionnellement, léger coup de mou post quinze août.
(oui, passé cette date, on peut déjà commence à s'habituer à l'idée que les vacances sont finies...)
Rouvrir les volets du bureau, qui, depuis quelques semaines plongeaient la pièce dans une bienfaisante et estivale pénombre.
S'inquiéter un peu en se disant qu'on n'aura pas le temps de lire les livres pas encore lus, qui attendent sur l'étagère.
Le puzzle estival de Libé (le petit bout qu'on découpait chaque jour et qu'on collait ensuite à l'endroit prévu) est presque entièrement complété.
Le dossier de retraite a été renseigné scrupuleusement et mis dans la boite aux lettres qui l'attendait (passé le délai de rigueur mais qu'importe).
La température de la piscine des voisins doit être plus proche de 25° que des 30 qu'elle atteignit au début du mois, et ce, pour une certaine et bienheureuse durée.
J'ai fait faire des cartes postales de vacances que j'enverrai à certaines personnes (d'abord celles à qui je n'ai pas écrit et qui l'ont fait, ensuite on verra bien), et du coup, je me suis avancé, et j'ai même terminé grosso modo mes voeux pour 2014!
Je n'ai pas encore rangé tout ce que je devais ranger, mais, ça avance doucement (chaaaaaaque choooooose en sooooooon teeeeeeemps...)
Une chose est sûre : il me faudrait d'autres étagères. (Y penser).

 

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(je ne peux pas m'en empêcher...)

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(bleu)

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(trémières de Dominique)

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(tomates à zizi des voisins)

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(joli ciel en rentrant du ciné)

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(les fleurs d'Alissa)

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(le 104)

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(contemporain)

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(rue Beaubourg )

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(Boulevard Davout)

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(au plafond)

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(la remise)

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(comme à cette fleur...)

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(je ne peux pas m'en empêcher 2)

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(rue Beaubourg 2)

9 août 2013

police allemande, avec l'accent

LACOMBE LUCIEN
de Louis Malle

Suis tombé dessus, par hasard, ce matin, (merci les chaînes cinéma) y ai d'abord jeté  un oeil distrait, pour la forme, puis me suis installé un peu plus confortablement, et ne l'ai plus lâché ensuite, jusqu'au bout. Comme une paire de baffes.
Je ne l'avais jamais vu (je n'avais jamais eu trop envie de le voir, ceci explique cela), et, je confirme : il n'ya que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. (Quand je pense à la quantité de merveilles qui me restent ainsi encore  à découvrir...). Oui, cette "histoire d'un jeune garçon que les circonstances poussent à devenir collabo" ne m'avait, ni à l'époque de sa sortie (j'étais trop jeune, et je découvrais à peine le cinéma, et le film avait me semble-t-il fait un peu de barouf médiatique) ni davantage plus tard.
La sidération produite par le film tient à plusieurs choses : le personnage-titre d'abord (et, plus encore que le personnage lui-même, l'acteur qui l'interprète et lui donne corps, Pierre Blaise, un non-professionnel de 18 ans - qui s'est tué dans un accident de voiture deux ans plus tard -), sidérant de naturel, de gaucherie, d'opacité, gamin enfermé dans un corps d'adulte, alternant crises d'autorité et coups de gueule, et, repli sur soi, et, surtout, la plupart du temps, le visage fermé, limite inexpressif (on le verra peu sourire ou rire dans le film), comme si tout ce qui se passait (ou pas) à l'intérieur ne se manifestait jamais au dehors. Face à lui, une autre non-professionnelle (à l'épqoue, mais qui devait par la suite, elle, faire une carrière cinématographique largement estimable) Aurore Clément (à l'époque elle-aussi non-professionnelle) joue une demoiselle, blonde, jeune, et juive, dont Lucien L va tomber amoureux (ce qui va singulièrement compliquer ses affaires).
Autour d'eux, l'essentiel des personnages gravite autour de la police allemande, où des "bons français", comme vous et moi, ont mis leur enthousiasme et leurs capacités au service de l'occupant. Le film se passe en 1944, dans le sud-ouest, et narre donc comment les "circonstances" vont faire qu'un fils de paysans va devenir collabo, tomber amoureux d'une jeune fille juive, et comment ces mêmes "circonstances" (le hasard, l'ironie du sort) vont faire évoluer les choses, entre Lucien Lacombe et la famille de la jeune fille convoitée, mais, aussi entre les membres de cette famille... Plus on avance, d'ailleurs, et plus tout se complexifie, s'opacifie, entre ce que font ces gens et ce pourquoi ils le font (l'itinéraire de la montre en or, est, à cet égard, significatif). Parfois ce sont de petites "mauvaises raisons" qui produisent des actes positifs, et d'autres fois, c'est justement le contraire.
Et ce qui est très fort dans le film de Louis Malle, c'est qu'il suffirait, à chaque fois ou presque, d'un petit quelque chose pour que les choses tournent tout à fait différemment... (parfois mieux, et parfois bien plus mal.).
Par son aspect "reconstitution historique", par l'époque qu'il évoque, par la maestria du réalisateur, le film m'a fait penser au Mr Klein, de Losey (un des meilleurs rôles de Delon) dont le personnage n'est en définitive pas si éloigné de celui incarné par Pierre Blaise. Portrait d'un beau salaud, dans chacun des cas, mais jamais tout d'une pièce (ni tout blanc ni tout noir) chacun gagnant in extremis son statut d'humain (et l'empathie du spectateur qui va avec) par les moyens qui lui sont propres dans le récit de sa vie (Klein Robert par son entêtement à endosser l'identité de quelqu'un d'autre tout en essayant désespérément de prouver le contraire, et Lacombe Lucien peut-être simplement, à partir du moment où il abat le soldat allemand -pour de fausses bonnes mauvaisses raisons ?- et comme elles sont belles  les scènes finales, dans cette nature où, soudain coupé de toute la saloperie environnante, comme abstrait de la réalité,il redevient un jeune paysan qui rêvasse couché dans l'herbe, et qu'il est fort alors cet ultime regard d'Aurore clément, sortant de l'eau... )

 

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2 août 2013

je n'ai rien qui vaille la peine de rentrer

GOLD
de Thomas Arslan

Dans la catégorie "film de genre". Après le western-spaghetti, le western-choucroute. Étonnant d'entendre des cow-boys cracra s'exprimer (assez parcimonisuement d'ailleurs) dans la langue de Goethe. Le point de départ pourrait évoquer La dernière piste, de Kelly Reichardt, où la belle Nina Hoss tiendrait la place de la non moins belle Michelle Williams. Un groupe de pionniers, un guide (plus ou moins honnête et/ou expérimenté), l'attrait de l'or, des contrées inhospitalières, des indiens taciturnes, des incidents de parcours...
Mais là où, me semble-t-il me souvenir, le film de Kelly Reichardt, format carré, plans-séquences asséchés, fin (très) ouverte, nous la jouait "interrrogations métaphysiques et transcendance du western", Thomas Arslan, lui, opte pour une version réaliste (même hyper, pourrait-on dire par moments -scène de la jambe-), très physique (le fatigue la saleté la sueur) mais en même temps aussi graphique et lyrique dans ses images (les "grands espaces") que systématique (le côté "dix petits nègres", ou comptine enfantine à élimination) dans son déroulement. Le cahier des charges est impeccablement tenu à jour : les mecs puent, les chevaux trottinent, tombent ou refusent d'avancer juste ce qu'il faut, les chasseurs de primes sont obstinés, les pièges à ours sont cruels, les bivouacs fument, les caravanes pètent leurs essieux, les pépites d'or brillent dans les petits sacs de toiles et dans les yeux des hommes, et on voit se confirmer au fil du trajet l'histoire d'amour entre celle-ci et celui-là, qu'on avait assez vite vue venir, grosse comme une maison (comme on attend pendant assez longtemps que la piste de "nos amis" vienne à croiser celle des "méchants"...
On suit ça avec intérêt, on a assez vite compris le processus, et le fait qu'il y avait, au début du générique, les noms de deux acteurs en plus gros que les autres. Sept petits colons partirent chercher de l'or, l'un tomba de cheva, il n'en resta plus que six... On suit même ça avec plaisir (jolie musique à la guitare -électrique ?- qui fait dzoïng dzoïng comme celle de Neil Young accompagnant Dead man, de Jarmusch. On suit avec intérêt l'évolution de Nina Hoss (avec chapeau les cheveux tirés, sans chapeau les cheveux tirés, sans chapeau cheveux un peu lâchés, sans chapeau cheveux au vent, au fur et à mesure que les protagonistes sont ejectés du récit par un mouvement centrifuge inéluctable. On suit ça avec bonheur, n'ayons pas peur des mots, en se disant que Gold l'a bien méritée, sa place dans le (petit) pinacle des westerns atypiques et/ou contemplatifs... I am a poor lonesome cowgirl, far away from home...

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3 juillet 2013

dans les cordes

LES REINES DU RING
de Jean-Marc Rudnicki

Oui oui, je sais... la fête du cinéma... le prix attractif... une avant-première... dimanche soir... un instant d'égarement... on se laisse aller... vous savez ce que c'est, non ?
Bref je suis allé voir ce film dont, une semaine auparavant, je n'avais jamais encore entendu parler... Les reines du ring est au catch ce que La grande boucle était au tour de France : une aimable plaisanterie, franchouillarde souvent, drôle quelquefois, noyée dans quelques hectolitres de sentimentalité (familiale et/ou conjugale) lourdaude, mais pourtant, pourtant, grâce à "l'abattage" de ses actrices principales (les 4 catcheuses : Marylou Berry, Nathalie Baye, Audrey Fleurot et Corinne Masiero -qui n'hésitent pas à payer de leur personne -, elles sont vraiment formidables,  plus la délicieusement choucroutée Isabelle Nanty) qui fait passer un assez "bon moment", et éprouver une relative indulgence pour ce qui aurait pu être juste un infâme brouet (et qui l'est, d'ailleurs, parfois, mais les autres spectateurs avaient l'air de vachement bien rigoler tout le temps, ce qui n'a pas toujours été mon cas...)
Partant d'un pitch tire-larmes (la pauvrette qui a passé 5 ans en prison, dont le fils a été placé en famille d'accueil, qui ne le voit qu'en pointillés, et que d'ailleurs c'est triste pasque son fils il l'aime plus, mais bon comme il aime le catch par amour pour lui et pour le reconquérir elle va devenir catcheuse), le film zigzague ensuite la thèse sociale (la vie des caissières qui n'est pas rose mais que ce sont de chouettes copines) la comédie sportive (comment devenir catcheuse quand on n'y connaît rien mais qu'on est des chouettes copines) la comédie sentimentale (x4 puisqu'elles sont quatre chouettes copines, ah non sauf qu'on ne connaîtra rien de celle de la bouchère - impayable Corinne Masiero -) tartinées d'épopée beauf (mater les culs des meufs, faire des concours de à qui boira le plus ou qui pissera le plus loin). Pitch qui sera d'ailleurs plus ou moins bâclé à la fin (comme beaucoup de choses d'ailleurs : elle abandonne enfin son beauf de mari et ose enfin lui dire en face qu'elle ne l'aime plus, , il reste dans sa famille d'accueil parce qu'elle est "cool" mais il viendra quand même la voir le week-end, elles perdent, mais finalement elles gagnent, bref rien n'a , finalement, vraiment de sens ou d'importance...) Avec une grosse baisse de rythme due à une énorme faute de montage : pourquoi ralentir ainsi et "casser" la scène du combat en la saucissonnant de dialogues mollassons et d'actions idem (Dussolier en camionnette, ça n'est pas le summum du palpitant...)
Deuxième cas, donc, et en peu de temps, d'indulgence coupable (et injustifiable diront certains) de ma part : devrais je me condamner, pour le principe, à revoir, par exemple, tout Glauber Rocha, pour la peine ? Arghhhh

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24 juin 2013

elle fait même plus ses racines...

LES BEAUX JOURS
de Marion Vernoux

Oh lala j'avais presque oublié combien Fanny Ardant est sublime et combien j'adore sa voix... Et quel bonheur de la retrouver en plus dans un film de Marion Vernoux (dont j'avais a-do-ré le Personne ne m'aime -ah cette réplique de bernadette lafont : "vous vous aimez vraiment, ou c'est juste pour me faire chier ?" -puis les Reines d'un jour). comme on l'avait en sortie nationale dans le bôô cinéma (à 29 séances par semaine) j'y suis allé vite, avant de risquer de ne plus en avoir envie du tout (cf The bling ring de Sofia Coppola).
Si les premières minutes m'ont fait un peu peur (pas le générique, graphique, textile, et très beau) -voir Fanny Ardant, dans un club-théâtre pour le troisième âge, prononcer "Je ne suis pas actrice, je suis dentiste", on a un peu de mal à y croire, tant on le sait,  justement, qu'elle est actrice, et grande actrice qui plus est.- Mais on se laisse rapidement prendre par la main, et on n'a bientôt plus affaire à Fanny Ardant mais à son personnage de dentiste fraîchement en retraite, et qui a reçu en cadeau de ses filles un passeport-découverte pour "les beaux jours", justement une maison de retraite centre de loisirs (oups pardon!) pour seniors., et qui va tomber amoureuse du jeunemâle qui naime le club informatique (et qui aurait l'âge d'être son fils.) Et déjà, là, on y croit, on continue d'y croire.le machito en question, c'est Laurent Laffite-de-la-Comédie-Française (comme le stipule scrupuleusement le générique), et c'est une belle idée que de l'avoir mis en couple avec Fanny A. Parce qu'ils jouent tous les deux juste et simple. Et vrai (vraisemblable en tout cas, comme dans la vie, puisque j'ai pensé très fort à une amie très proche...)
Ce que j'aime chez Marion Vernoux, c'est cette façon de ne pas rester fixée (figée) sur l'unique ligne principale et directrice de son film (une femme tombe amoureuse d'un homme beaucoup plus jeune qu'elle, que je préférerais résumer en "une femme et un homme plus jeune qu'elle tombent amoureux"), en peuplant son récit d'autres personnages qui existent vraiment, pas juste des silhouettes en papier coloré : d'un côté le mari, d'abord (car il ya un mari, dentiste lui-aussi) Patrick Chesnais (superbe comme dans ses derniers films), et, de l'autre, le petit monde des Beaux Jours : Jean-François Stevenin du côté des hommes -ça fait drôle de voir Stevenin jouer et assumer un rôle de vieux-, et côté "drôles de dames" Fanny Cottençon, Catherine Lachens, Marie Rivière, parfaites chacune dans son registre pour le contrepoint tendre, le clin d'oeil vachard, la réplique acidulée... pour un peu on croirait retrouver le quarteron de copines en vadrouille de Personne ne m'aime...)
Il y a l'histoire d'amour, donc, d'abord, qu'on suivra d'un bout à l'autre, il ya les gens autour, qui interfèreront plus ou moins, il y a les beaux payasges de bord de mer, venteux, pluvieux, il ya des sms qu'on échange, il y a des étreintes, il y a des espérances, des attentes, des déceptions... Le film est très iodé, l'histoire est vivifiante car la réalsatrice sait prendre les choses "légèrement" : il n'y a pas mort d'homme (ni de femme), la vie continue (après une très très jolie scène d'aéroport), le cours des choses aussi...
Et, à l'image d'un autre film que j'ai adoré, Queen of Montreuil, tout se termine par une joyeuse scène de plage (sauf qu'ici, même s'il fait frisquet, ils se mettent carrément presque tous à poil (ou tous presqu'à poil ??) et c'est même Stevenin qui filme (on a même sa QV pendant au moins 1/10ème de seconde... ça méritera, sur le dvd qu'on achètera ultérieurement, un arrêt sur image attentif, tss on est incorrigible...)
On pourrait donc conclure par "une excellente surprise", sauf que ce n'est pas vraiment une surprise, cf les raisons ardant/Vernoux données plus haut.  On est rassuré, et on sourit donc, on ferme les yeux, et on rêve un peu (oui oui on a toujours le droit de rêver, n'est-ce pas ?)

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11 juin 2013

eleazar (fait bien les choses)

POST TENEBRAS LUX
de Carlos Reygadas

Ouhlala! Les critiques l'avaient bien annoncé, depuis sa projection à Cannes 2012, mais j'avais vraiment envie de m'en rendre compte par moi-même. Quatrième film et demi du monsieur (en comptant le court-métrage dans la film Révolucion!) Et, comment dire, euh, ça décoiffe ? ça dépote ? ça dézingue ?, mais grave, en tout cas.
Pendant un grand moment, on ne comprend rien, c'est vrai (c'est là que certains critiques avaient du s'endormir, ou quitter la salle.) une fillette sous la pluie avec des vaches, puis une nuit d'orage, puis un diable rouge (avec cornes, queue fourchues, sabot, et même appareil reproducteur mâle idoinement ballottant) s'introduit dans une maison, la nuit, puis des jeunes rugbymen s'entraînent, puis (je me mélange un peu dans l'enchaînement) un jeune couple mexicain avec deux enfants se réveille joyeusement, puis une scène de repas, puis une de partouze...
On réussit à reconstituer (progressivement, et en étant très attentif) qu'il s'appelle Juan, qu'elle s'appelle Natalia, et leurs enfants Rut et Eleazar. Qu'il y a un autre homme, surnommé Le Sept, avec lui aussi une femme et deux enfants, et c'est à peu près tout. Un cambriolage qui tourne mal, une session locale des Alcooliques Anonymes, un arbre à abattre, des scènes de famille, beaucoup de chien, et beaucoup de violence aussi : envers les chiens, d'abord, envers les autres aussi, et même envers soi-même (une scène de self-décapitation pas piquée des hannetons). Beaucoup de références aussi aux diverses addictions (la boisson, la came, le jeu, le sexe, la pornographie sur internet), et le diable rouge qui passe une deuxième fois... un critique évoquait un discours sur l'omniprésence du Mal, oui, ça devrait assez s'en rapprocher...
A vrai dire, j'hésite entre la critique des inrocks, ici,et celle de Jean-Michel Frodon, là.
Comment dire ? Je pense qu'ils ont tous les deux raison. Que Reygadas est un cinéaste, un vrai (je continue de penser que Batalla en el cielo est un grand film) et qu'il ya dans ce P.T.L des vrais grands superbes moments / morceaux de cinéma mais que la position qu'il prend par rapport à ces spectateurs frôle quasiment le mépris, genre "Non non vous ne pouvez pas comprendre" ou "Ce n'est pas à vous que je parle" ou "Ce serait trop simple si le montage de mon film n'avait pas l'air d'avoir été décidé sur des jets de dés".
Donc on est là, assis, on en prend plein les yeux et les oreilles, on est secoué, ça fait du bruit, ça éclabousse, on passe la sixième (là où le cerveau est en position tout-terrain, au risque de la surchauffe voire de l'accident) et certaines fois on est ébloui, et d'autres on est atterré, et d'autres encore on pense Là il se fout de ma (notre) gueule...
Il faut prendre en compte le fait que Carlos Reygadas est mexicain, et que cela rejaillit indubitablement sur sa façon de voir le monde en général et de nous la restituer à nous autres pobres espectadores, mais il ne faudrait voir pas à pousser le bouchon trop loin. Eros, Thanatos, tout ça, ok... La violence tapie en chacun de nous, ok... Le diable rouge avec la boîte à outils, ok... les arbres qui tombent, ok... mais j'avoue que, par exemple, les jeunes rugbymen anglais, je n'ai absolument pas réussi à les rattacher à l'intrigue, d'une façon ou d'une autre. Et c'est pourtant sur eux que le film se clôt. Et longuement.
Bref, 50% émerveillé et 50% énervé (attention, si ça continue, je vais finir par m'arracher la tête...)
Por favor, Carlito, le mode d'emploi!

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9 juin 2013

gaudriole brechtienne?

LA FILLE DU 14 JUILLET
d'Antonin Peretjatko

Perplexe, en sortant. Sentiments mêlés. Qu'est-ce qu'on vient de voir ? Un film qui, dès les premières séquences du générique (scènes de défilé du 14 juillet, sous Sark*zy, puis sous H*llande, montées en légère avance rapide, avec musique pompière), s'affirme (s'affiche, se revendique) comme comique, et tout aussi vite comme relativement fauché aussi.
On est transporté quelques décennies en arrière, dans un film de Jacques Rozier ou de Michel Lang, voire de (aïe) Max Pécas ou Richard Balducci. On ne serait pas plus étonné que ça de voir apparaître les tronches de Paul Préboist ou de Jean Lefebvre. C'est un film très hétéro : hétérosexué, hétérogène, hétérodoxe (ça existe ?) avec parfois des choses très très drôles, et plus souvent d'autres pas drôles du tout, mais du tout. On pourrait être aussi dans un porno soft (mais sans scènes de sexe) où des demoiselles sympathiques (et des messieurs) joueraient approximativement des dialogues souvent approximatifs, ou, au contraire surjoueraient insupportablement (l'énervant et énervé personnage du Docteur).
On se dit que c'est du cinéma nigaud (benêt), ou qui prétend l'être. (Ou qui fait semblant de l'être ?). On ne sait plus trop.
L'esprit de dérision, un poil d'anar, un brin de situ, une pincée d'Hara-Kiri... N'en jetez plus ? Peut-être n'ai je pas assez de second degré pour l'apprécier pleinement (en tout cas autant que le fond à la fois Les Inrocks et Libé... Tiens je suis curieux de savoir comment vont réagir les Cahiaîs)
La jeune femme est mignonne ("elle est fraîche" a dit Dominique), Vincent Macaigne est, en ce qui me concerne, toujours aussi plaisant à regarder (surtout qu'il est ici en phase "pleine barbe"), les cigares sont gros, les flics sont cons, les bagnoles roulent, le soleil brille... Ah si! en période de crise, le gouvernement a décidé d'avancer la rentrée d'un mois, mais bon. cette originalité scénaristique n'a strictement aucune influence sur le, justement, scénario. Ce n'est pas exactement ma tasse de thé. (Je vais essayer de jeter un oeil sur les courts-métrages précédents du réalisateur...) et je le regrette. mais bon, encore une fois.

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10 mai 2013

festival

LES COQUILLETTES
de Sophie Letourneur

Vu juste après Trance, ça faisait vraiment contraste ! Un générique parlé-bédé-flashy vous met tout de suite au diapason, et hop! en route pour Locarno, et, en même temps pour un appart' où trois copines post-racontent ce qui s'y est passé quand elles y sont allées. Un effet bi-couche, ou goût double, comme la danette chocolat/coco, dont la réalisatrice, Sophie letourneur est assez coutumière (comme dans Le marin masqué, son dernier -et délicieux - opus, qu'elle est justement, ici, en train de présenter, au Festival de Locarno).  On pourrait ranger ça dans la catégorie nouvelle "film de greluches", entre Sex and the city and Desperate french meufs, où, donc, des greluches, entre fous-rires, pâmoisons, coup de speed ou de mou graves, nous content leurs émois, côté coeur, côté cul, ou plutôt commentent les émois qu'elles vivent ou ont vécu sous nos yeux.
Le film, donc, a été tourné sur place, à Locarno, donc, et met en scène la petite faune habituelle de ce genre de festivals (Locarno se revendique comme "le plus petit des grands festivals"), côté VIP, accrédit', happy few, entre réalisateurs, producteurs (?) critiques, mondains etc. qu'on va suivre dans les files d'attente ou entre les projections (un tout petit peu) et dans les teufs et parties (beaucoup beaucoup). Chacune des trois greluchettes (Sophie, Camille, Carole, chacune dans son propre rôle), s'étant entichée d'un spécimen mâle qu'elle poursuit avec plus ou moins de discrétion: l'une a flashé sur Martin, un journaliste (joué par un vrai journaliste de Libé, mais qui ne s'appelle pas comme ça en vrai) l'autre sur Luigi, un acteur italien, et la troisième sur Louis Garrel, oui, le vrai, qui s'appelle comme ça en vrai, qui jouera pendant tout le film les arlésiennes (on le verra juste s'enfuir d'une soirée, tout de blanc vêtu).
Ca boit pas mal, ça danse, ça roule des pelles, et surtout ça téléphone beaucoup, pour se tuyauter ou partager les expériences en cours. et ça finit au petit matin de la dernière nuit, avec des fortunes diverses côté plumard, qui seront d'ailleurs partagées ensuite et commentées.
Comment dit la pub, déjà ? Ah oui "Plus elles sont cuites plus elles sont collantes". Voilà, c'est tout à fait ça. Personnellement (j'avais écrit "péronellement", ce qui sied tout à fait au film), j'adore ça, les coquillettes.

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27 avril 2013

global ment

PROMISED LAND
de Gus Van Sant

Avec Gus, on ne sait jamais... Va-t-on tomber sur de l'hypnotique expérimental sublime ou du mainstream bourrinant claudiquant ? L'incertitude est délicieuse, d'autant plus que Matt (Damon) est associé aux deux extrêmes (Gerry, chéri chéri et Will Hunting, par exemple). Le film est dit "de commande", écrit par Damon qui devait le réaliser mais qui 15 jours avant le début du tournage, a passé la main à son pote Gus, qui n'a pas refusé.

(mine de rien, dix jours ont passé, vacances à paris et tutti quanti...)

Un film agréable, très très joliment mis en image, même si "de commande" (mais tous les films de Van Sant ne sont-ils pas "de commande" ?), même si la fin en est un peu trop angéliquement youp-la-boum (l'industriel sans âme découvrant in extremis que la pollution c'est mal, je caricature à peine) qui vaut surtout (peut-être que je vais citer de mémoire une ou plusiuers des critiques lues depuis ?) par la peinture d'une Amérique bouseuse profonde (les "rednecks") celle des laissés-pour-compte par ces salauds de technocrates, une peinture juste et touchante, et surtout, surtout, par la présence d'une Frances Mc Dormand, elle aussi exceptionnellement juste et touchante (ah, sa scène de karaoké...), qui vient contrepointer agréablement le jeu un peu monolithique de Matt Damon (dont j'aime surtout le postérieur solide de percheron, voilà un argument cinématographiquement i(nco)mparable, n'est-il pas ?).

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7 avril 2013

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LES AMANTS PASSAGERS
de Pedro Almodovar

Dès la première fois que j'ai vu la bande-annonce, j'ai eu envie de le voir. Enfin le retour de l'Almodovar que j'aime, celui de Femmes au bord de la crise de nerf disons. Le réalisateur furieusement pédé et glamour qui raconte des histoires drôlement barrées, et plus tu charges la barque, plus c'est efficace, et plus tu te lâches et plus j'en redemande...
Oui, notre Pedrito, enfin sorti de son ibère nation (ou, plus justement, y revenu), nous offre un huis-clos dans un avion español qui tourne en rond au-dessus du pays (et qui risque de se scratcher pour cause de train d'aterrissage bloqué, tout ça à cause d'Antonio Banderas et de Penelope Cruz sur le tarmac, si si!), un avion dont toute l'équipe mâle est, elle-aussi (!) furieusement pédé (ou sur le point de le devenir), et passe son temps à se siffler des téquilas,  gober divers adjuvants psychotropes, lever les yeux au ciel en faisant des mines, mater les braguettes des jeunes mariés, dire des horreurs avec la bouche en coeur, j'en passe et des meilleures.
Les passagers en classe éco ont été drogués et pioncent joyeusement, ils ne savent pas ce qu'ils perdent (sauf un qui va se réveiller quasi en plein orgasme), pour le reste on navigue entre la classe affaire, la guitoune des stewards et la cabine de pilotage, avec tout un catalogue de personnages almodovariens a donf (une vierge médium, une star des médias parano et branchée sm, un tueur à gages gominé et romantique, un don juan menteur, un financier véreux, un couple de jeunes mariés où elle est somnambule et lui a dissimulé de la dope dans son orifice le plus intime, etc.) Dans la cabine ça ne va pas mieux, le pilote sort avec un des stewards mais n'ose pas en parler à se femme, tandis que son co(-pilote) qui se présente dans un premier temps comme infailliblement hétéro avoue lui avoir taillé une petite pipe, pour ne pas mourir idiot, mais parce que, figurez-vous, il était bourré, n'est-ce pas...
Et tandis que l'avion tourne en rond sans pouvoir atterrir, les petites histoires se font et se défont, les personnages se racontent, s'engueulent, téléphonent avec le téléphone de secours (qui, problème de haut-parleur, laisse entendre à tout le monde la voix du correspondant) pour tenter de régler leurs problèmes, tandis que nos trois stewards follasses machos mais pas trop continuent d'assaisonner de leurs vacheries tout ce petit ballet aérien... Dans cet avion-là il ya du cul, certes, mais aussi de l'amour, des mensonges, des regrets, des coups de foudre et des révélations, dans la grande tradition almodovarienne.
Avec un final assez impressionnant dans un véritable aéoroport véritablement vide (un véritable scandale financier espagnol). mais, sous la mousse, la vie reprend ses droits!
Ca se voit avec grand plaisir, ça s'oubliera sans doute assez rapidement, mais il faut reconnaiître qu'on passe un très très agréable moment à s'envoyer en l'air avec ces zoulous-là. Vous reprendrez bien un peu d'agua de valencia, maricones ?

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8 mars 2013

soulève la poignée et le petit machin va tomber

AU BOUT DU CONTE
d'Agnès Jaoui

La bande-annonce m'avait donné envie, et, habilement, il s'avère qu'elle ne raconte pas exactement la même histoire que le film. Bien vu. J'ai passé un excellent moment, vraiment, mais avec, à la fin, le sentiment que c'est un film qui existe surtout dans les détails. Toutes les références cilns d'oeil et appels du pied à propos du conte du titre. C'est malin, c'est agréable, c'est plaisant, incontestablement. Avec des répliques qui font mouche, sans aucun doute. On est en terrain connu, Bacri bougonne et Jaoui paie de sa personne - des deux côtés de la caméra - et se tisse sous nos yeux de spectateurs un réseau de petites histoires entre les différents personnages, celle-ci tombe amoureuse de celui-là, celle-là vient habiter avec ses deux filles chez celui-ci, celui-ci apprend la date de sa mort prochaine, celle-ci veut prendre des leçons d'auto-école chez celui-là, celle-ci est prise pour la mère, et celui-ci est le père, de celle-ci et celui-là qui vont se fiancer, celui-ci est producteur et va produire la création musicale de celui-là, et lui piquer en même temps celle-ci (sa copine), etc., historiettes dont, au bout du compte, on ne se préoccupe pas vraiment, qui n'ont pas énormément d'importance. Comme des faits isolés, des saynètes dont on pourrait aisément modifier l'enchaînement, la juxtaposition.Tout le monde est moyennement heureux (ou moyennement malheureux), tout le monde est moyennement gentil (ou moyennemement méchant, c'est selon encore une fois) il manque un méchant bien salopard (je pense encore à la marâtre de Blancanieves) pour pimenter un peu l'affaire, assaisonner un peu ce brouet gentiment fade.
Ce qui importe, je le répète se sont tous les petits signes de connivence, et l'on feuilletterait alors avec encore plus de plaisir le livre d'images que constitue le film, en scrutant dans chaque page, (dans chaque plan) comme on chercherait dans une image d'Epinal où sont cachés le loup, ou bien la sorcière. L'exercice est très agréable, je le dis et le répète, mais qu'on ne vienne pas me parler de "message" à délivrer, ne poussons pas trop loin la cuillère dans le petit pot de beurre.
Et, encore une fois, le film est à voir, ne serait-ce que pour la délicieuse scène dite "du loup et du chaperon rouge". (Whououou!)

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26 février 2013

votre inquiétude ne me sert à rien

AMOUR
de Michael Haneke

Donc, j'ai fini par voir Amour, qui passait à Besac à une seule séance quotidienne (à 17h30, alors quer le film est long et qu'il neigeotait), et ce pour plusieurs raisons :
- il me restait une place de ciné à consommer impérativement jusqu'au 23 février (aujourd'hui donc, ceci est ce que nous nommons -private joke - dans notre jargon technique une date butwâr, qui m'aime me comprenne)
- ce qu'on pourrait nommer l'"effet-Césars" (5 tout de même qu'il en a raflés!) et la curiosité qu'il suscite
- le fait que j''adore aller au cinéma avec Emma (oui c'est comme ça)

Donc nous y voilà (dans la petite salle) et ça commence. déjà, ça m'agace un peu, ce générique minimaliste, texte en blanc sur fond noir, aucune musique, comme si ce grand rigolo de Michaelchounet nous poussait du coude en disant "Il est bien austère, hein, mon générique, préparez-vous à souffrir en silence, ach ach ach...". Mais, hop, tout de suite on est dedans (premier plan : une salle de spectacle, où les spectateurs -huhuhu- sont assis et nous font face, parmi lesquels on reconnaît nos deux héros Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, qu'on ne quittera plus, d'ailleurs, jusqu'à la fin du film. Effectivement, après, je n'ai plus du tout pensé à rigoler, juste à penser que cette avalanche de Césars et de récompenses était plus qu'amplement méritée. ils sont tous les deux sublimes, il n'y a pas d'autre mot (et j'aurais bien ajouté quelques lauriers du même métal pour Isabelle Huppert qui joue leur fille) dans le quasi huis-clos de cet appartement aussi étouffant que mortifère (d'ailleurs, on sait dès le début comment ça va finir, et la caméra-scalpel de haneke va s'attacher à retranscrire impitoyablement  l'évolution du mal qui frappe Emmanuelle Riva, des premiers symptomes jusqu'à la mort.
Force est de reconnaître que c'est outrageusement bien filmé (de la même façon j'ai outrageusement bien pleuré -et je voyais bien, du coin de l'oeil, qu'Emma était dans le même état que moi, ô bonheur de la communion lacrymale -), et que, paradoxalement, ce film est sans conteste le plus "doux" de Haneke : pas de verre cassé pour mutiler, de rasoir pour trancher la gorge, de pistolet à tuer les cochons, de porte qui se ferme sur une scène d'inceste, et autres joyeusetés hanekiennes habituelles (je dois préciser que j'ai, par rapport à Haneke, les mêmes réticences que, par exemple, à un moindre degré, pour Jacques Audiard, dans ce rapport fasciné qu'il a avec la violence, mais qui se double , chez Haneke, d'une rigueur, raideur plutôt, de moraliste, qui se (com)plaît à mettre aux spectateurs le nez dans le caca de leurs contradictions (voyeurisme par rapport à ladite violence, notamment : en ce qui me concerne, j'ai décidé que je ne verrais jamais Funny games, par exemple), juste cette ligne tendue qui va de a la vie à b la mort, sans les effets malsains ou sadiques (gore ou trash) qu'il suscite habituellement.
Le film est bouleversant par ce qu'il a d'humain et d'universel, et ce à quoi il nous renvoie chacun. Et lorsque la parenthèse se referme, et que le réalisateur nous refait le coup du générique minimal et sans musique, c'est cette fois-ci plus justifié qu'à l'ouverture, puisque, après la mort, il s'agit de remettre le pied dans la vie. En parlant de musique, il est tout de même très malin, M.H, puisqu'on entend bien, de la musique, mais c'est de la "vraie", en situation, que les gens jouent en vrai, ou des vrais disques qu'ils écoutent, dans leur appartement. De la musique "de l'intérieur".
Un sacré film qui vaut mieux que toutes les postures poseuses et rigoristes que peut prendre son réalisateur.

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19 janvier 2013

un shilling pour le gaz

THE DEEP BLUE SEA
de Terence Davies

Inespéré.
Je pensais ne plus jamais pouvoir le voir, et voilà que le Festival Téléramuche le sort hop! de son chapeau. Terence Davies fait partie de ces cinéastes rares que j'apprécie tout particulièrement (une poignée de films superbes, découverts dans les années 80, Distant voices still life, The long day closes, puis The neon bible, désormais introuvables -en tout cas pas honnêtement) et que j'ai eu donc plaisir à retrouver ici.
Les films de Davies avaient ceci de reconnaissable qu'ils étaient anglais, qu'ils parlaient de famille(s), de "petites gens", plus ou moins heureux, mais surtout qu'on y chantait régulièremement. ici aussi, il ya de "petites gens", du malheur et des chansons. Mais pas que.
Dans un Londres du début des années 50 plus vrai que nature, on va suivre en quelque sorte la journée d'une femme, amoureuse d'un homme (son amant) qui ne l'aime pas vraiment, et aimée d'un autre (son mari) qu'elle n'aime pas vraiment. L'éternelle "chaîne" tchékhovienne. C'est l'adaptation d'une pièce peut-être un peu surannée (son mari est juge, son amant est ex-pilote de la RAF, elle est lady mais préfère se faire appeler par sa logeuse du nom de son amant), la guerre est encore présente, ou plutôt a laissé partout de nombreuses traces, et ce petit théâtre cruel des sentiments - le fameux je t'aime moi non plus en quelque sorte - en résonne encore plus virtuosement.
C'est un film féminin, parce qu'il s'organise vraiment autour de ce personnage central (joué superbement par Rachel Weisz) mais surtout qu'il bourdonne autour d'une problématique (l'amour, le désir, les attentions, le plaisir physique) que les hommes (ces gros ballots ou gros bourrins, au choix) ne seront jamais à même d'appréhender complètement (c'est comme la lune, ils ne peuvent jamais en voir qu'une face à la fois). C'est bien connu qu'en général, quand on parle d'amour, les hommes pensent avec un organe qui n'est pas vraiment prévu pour ça au départ, celui qu'ils tiennent entre leurs doigts quand ils vont pisser, tandis que les dames se servent à ce moment, indifféremment et simultanément de leur cerveau mais aussi de leur petit coeur.
C'est so british (le thé, la logeuse, la mère du juge, le pub, la bière, le radiateur à gaz où il faut mettre des pièces, le flegme, le quant-à-soi) et donc so delicious, avec cette image récurrente d'une femme qui fume à sa fenêtre (et de son reflet aussi, donc), coincée entre ses deux reflets masculins de l'amour aussi, celui, quasiment paternel et cosy, que lui offre son nounours de mari, et celui, physique,  si inconfortable mais si intense  qu'elle tente d'extirper à son beau gosse d'amant.
Tout ça filmé avec une extrême élégance (la présence de la musique est toutefois peut-être un peu trop excessive pour en souligner le caractère mélodramatique, comme le pensèrent certains à la sortie quand nous discutâmes), et j'apprécie particulièrement la structure cyclique du film (qui s'ouvre par un travelling vertical ascendant jusqu'à la fenêtre de notre héroïne, et se clôt par un travelling descendant depuis la même fenêtre)ainsi que sa subtile construction temporelle. L'interprétation (j'ai déjà parlé de Rachel Weisz est parfaite (non seulement les trois acteurs principaux, mais n'oublions pas la logeuse, le voisin médecin, et l'exécrable mère du mari, qui condense en elle-seule tout ce que le terme de "belle-mère" peut avoir de cassant et de détestable.)
Et j'avoue avoir une tendresse toute particulière pour l'avant-dernière scène, dite du "cirage des chaussures", où se joue quelque chose de particulièrement intense, même si totalement retenu (oh le bruit de la brosse sur les chaussures, oh les larmes qui brillent dans les yeux du jeune homme, oh les pauvres  mots, oh la porte qui se referme sans un dernier regard).
Magnifique.

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5 janvier 2013

de ci de là

eh oui, comme le cinéma est en ce moment un peu en berne (mais bon, ça devrait reprendre bientôt!) je compense en... lisant (activité qui m'est chère mais que j'ai tendance à délaisser tellement "en temps normal", j'ai de plus en plus de mal à le faire (à part aux toilettes, et le soir avant de dormir, mais là en général c'est deux pages maxi et j'ai les yeux qui se ferment (j'allais écrire "qui tombent") et bon alors j'éteins)

après 14, de Jean Echenoz, chroniquouillé ici, j'ai lu

la liseuse

prêté depuis l'été dernier par Catherine D., que j'ai trouvé extrêmement plaisant (c'est rigolo, par'ce que ma voisine en a reçu une en cadeau de son mari) au début, et peut-être un tout petit peu moins ensuite, mais c'est dans l'ensemble vraiment délicieux (et oulipien de surcroit). Ca se lit facilement, c'est drôle, on apprend des choses sur le métier d'éditeur, on cherche quelles contraintes supplémentaires l'auteur a pu y glisser (j'ai trouvé un vers de rimbaud qui m'a incité à creuser, mais non, rien d'autre du genre ne m'a sauté aux yeux).
Après j'ai (enfin) attaqué

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que j'avais acquis depuis quelques mois grâce à un chèque-cadeau gylois, et qui, comme dit Pépin, "se lit très vite". Agréablement Jorn Riel nous refait le coup des racontars, mais à propos de sa vraie vies à lui (donc sans nos copains arctiques habituels dont on est quand même un peu orphelins depuis Le naufrage de la Vesle Mari). C'est plaisant, même si vite digéré. Dommage que Gaïa change encore de format et ait abandonné le papier saumon qui rendait ses livres immédiatement reconnaissables aux étals des soldeurs.
Pour lire dans le train (et le soir à Paris), j'avais choisi d'emporter

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acheté à la librairie locale (du temps où il y en avait encore une), mais posé ensuite sur une étagère et laissé là. Je l'ai acheté parce que c'est plein de gros mots, ça parle des juifs, de la guerre, de "l'accueil" américain, d'un mec qui écrit un livre intitulé LE BRANLEUR, que c'est un joyeux bordel, même si le ton du livre change soudainement dans la deuxième partie, et ça donne vraiment envie de lire les deux autres parties annoncés de la trilogie ("le nazi et le barbier" et "nuit"). Fort, acide, couillu.
Celui-là tout juste terminé (pendant le voyage de retour), à peine arrivé à la maison, j'ai enchaîné avec un des trois bouquins acheté à paris chez gibertmuche:

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parce que, m'étant un peu renseigné sur le réalisateur de Rengaine, j'ai appris qu'il avait aussi écrit deux bouquins, et les critiques avaient l'air zélogieuses. J'avais commandé le premier sur le ouaibe, et voilà que je trouvais l'autre en rayon. Une écriture originale, "rigolote", entre jeune, enfantine, poète et je ne sais pas quoi... Un mec prend le rer pour aller à son rdv hebdo chez son psy... Et puis ça devient un peu laborieux (ou bien j'étais mal luné). ça m'est donc tombé des mains. Tant pis!
Heureusement, en fouinant, (et en changeant tout à fait de registre) je suis tombé sur

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un premier bouquin (en réalité c'est d'abord du suivant dont j'ai entendu parler, N'ouvre pas les yeux, mais étant logique, j'ai préféré lire le premier avant, d'autant plus qu'il ne coûtait pas cher sur priceminsiter le ouaibe) que j'ai entamé avec circonspection (les premiers chapitres sont piano piano) mais qui, après, monte en puissance (on se retrouve dans un Dickson-Carr, avec machins inexplicables) et vous fait flipper pour ne plus vous lâcher jusqu'à la fin. Un beau polar d'énigme, avec en plus (et tout autant) le portrait d'un enquêteur qu'on aura plaisir a retrouver dans le deuxième. Brillant!
Je l'ai fini hier soir (dans un certain état de tension), et, pour m'aérer la tête, j'ai continué de lire

l'homme de ses rêves
que j'avais commencé un petit peu auparavant et dont je dégustais nouvelle après nouvelle (le deuxième des trois livres trouvés d'occase à paris); difficile d'être objectif, j'ai une véritable passion pour John Cheever, et j'ai lu tout ce qui a été traduit de lui en français (j'avais même un instant envisagé d'acheter ce qui ne l'avait pas encore été...) Ce sont ses toutes premières nouvelles. Je le lis dans l'ordre, et, même si les deux premières semblent presque schématiques, des esquisses, par leur brièveté, le débit augmente ensuite, et on reconnaît le Cheever qu'on aime. Splendide.
Quand je l'aurai fini, je me longerai avec délices dans

menteurs-amoureux

encore un écrivain que j'affectionne (découvert avec l'admirable La fenêtre panoramique -roman- et le non moins superbe Onze histoires de solitude -nouvelles-), et que j'ai eu le bonheur de trouver d'occase à paris (c'est le troisième et dernier de la liste). Il n'y en avait qu'un dans ce cas, je l'ai pris sans hésiter, et je crois bien que c'est la première fois que je trouve chez Gibertmuche exactement le livre que j'y cherchais, et d'occase - bon c'est pas donné, mais ne soyons pas chien... -

16 janvier 2013

just a fucking business

COGAN : KILLING THEM SOFTLY
de Andrew Dominik

Bonne surprise : voilà que ça passait pour quelques séances en vo dans le bôô cinéma (alors qu'on n'avait même rien demandé!) j'y suis donc allé (s'il n'était passé qu'en vf je n'aurais pas bougé!). Andrew Dominik, c'est (j'ai cherché en sortant du ciné) le monsieur qui a réalisé L'assassinat de Jesse James par le lâche dont j'ai oublié le nom, qui est quasiment au western ce que ce film-ci est au polar : une quintessence, un exercice de style, une métaphore (plus ou moins) roublarde.
On y retrouve Brad Pitt, qui passe ici du rôle de tué à celui de tueur. Un tueur "propre" engagé pour venir faire le ménage sur una sale affaire de braquage par deux idiots coachés par un à peine moins (idiot) d'un tripot clandestin dont la paricularité est que son gérant a eu, quelques temps auparavant, la mauvaise idée d'organiser son propre braquage (par deux autres idiots). Deux fois de suite, ça fait désordre, et il faut donc y en mettre un peu (de rordre).
Le film est un peu longuet à démarrer parce qu'il faut expliquer tout ça. c'est un film qui parle énormément (mais j'adore ça) avec quelques pics de tension, régulièrement (le braquage étant le premier temps fort).  Brad Pitt est très bien (il ne nous la joue pas du tout beau gosse), mais il est entouré d'une distribution (pas la peine de préciser "masculine", il n'y a pratiquement que ça, à part une pute dans une chambre d'hôtel me semble-t-il) tout à fait à la hauteur : Richard Jenkins en comptable mafieux réprésentant des "on" et des "ils", James Gandolfini (mon armoire à glace préférée) sublime en tueur alcoolo et dépressif, Ray Liotta en souffre-douleur (il a pris quelques heures de vol, lui, depuis le temps ou il jeunepremiérait et sexsymbolait...)
Un vaste règlement de comptes, donc, et un film plus que plaisant. Non seulement  les dialogues sont délicieux, mais la bande musicale a été soignée, ainsi que l'intervention judicieuse, à intervalles réguliers d'écrans de télévision qui parlent de politique américaine (on assiste ainsi  entre autres aux discours du sénateur Obama), histoire de bien casser l'ambiance. festival de tronches, dialogues au cordeau, montage plus que malin. Du grand art, donc.
Qu'en restera-t-il alors ?
Trois scènes : une de tabassage,mémorable,  hyper et complaisamment violente (je me cachais un peu les yeux en disant "c'est du cinéma! c'est de l'humour! c'est du deuxième degré!" en pensant à Killer Joe), une seconde, délicieuse, de championnat du monde des faux-raccords, entre Pitt et Gandolfini, à base de verres de bières et de vodka-machin, et une autre, enfin, magnifique,de meurtre (d'une bagnole à l'autre) filmée au ralenti, qui est une des plus belles scènes de meurtre que j'ai vu(e) au cinéma...
Sans oublier cette fameuse dernière phrase de Pitt "America is not a country, it's just a fucking business!"

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21 décembre 2012

bébé perroquet

LES INVISIBLES
de Sébastien Lifshitz

oh le beau le doux film.
Sébastien Lifshitz, dont je suis la carrière avec intérêt depuis le début, nous livre ici un documentaire touchant, sur des hommes et des femmes, à présent "âgés" (ils ont autour de quatre-vingt ans) qui nous parlent de la façon dont ils ont vécu (auparavant, il y a longtemps, dès le début, aux temps héroïques) leur homosexualité, et leur vie (affective / amoureuse / sexuelle) et même comment ils la vivent aujourd'hui. Un film tendre, paisible, ensoleillé, souriant, qui se souvient des troubles et des luttes et des blessures, mais en parle avec sérénité. Avec une première séquence infiniment émouvante, et qui donne le ton (et met dans le bain).
Apaisement, de tout un(e) chacun(e), simplicité et force du constat. Des gens qui parlent, qui se parlent, qui nous parlent,, leur vie au quotidien rejouée ou à peine, avec leurs images (beaucoup de photos personnelles), et celles du cinéaste aussi (beaucoup de "respirations picturales", ciels, murs, champs).
Qu'ils soient seul(e)s ou en couple, ces hommes et ces femmes se racontent, avec simplicité, et bonhomie (on devrait pouvoir écrire bonnefemmie, aussi). Leçon de sagesse, d'optimisme (la fameuse insoutenable légèreté ?) Leçon de vie, et d'espoir, incontestablement.
Un film qui fait du bien.
(J'avais peur d'être énervé par tous ces témoignages de gens heureux (cf Bernadette Lafont, dans ce film de Marion Vernoux dont j'ai oublié le titre : "Vous vous aimez vraiment, ou c'est juste pour me faire chier ?"), moi qui suis passé à côté de tant de choses, mais non, même ça, le fait de ne pas être en couple, le film le présente comme un choix, avec les gratifications que ça apporte, et au bout du compte, le solde positif du constat...) Yesss!

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17 décembre 2012

calendrier d'avent 17 : boîte à trésors

le plaisir de voir
SUR LE CHEMIN DES DUNES
de Bavo Defurne

Un joli (premier ?) film, (Hervé savait qu'il était fait pour me plaire en proposant de me le prêter), l'histoire d'un ado (blondinet) Pim, de son voisin Gino (un brun un tout petit peu plus vieux, et même d'ailleurs, à la fin, carrément pluvieux hihihi)  et de sa jeune soeur Sabrina. Love triangle, subtilement (simplement) tchékhovien : Sabrina aime Pim qui aime Gino qui...
Une attachante reconstitution sixties, replaçant "réalistement" les ados dans le cadre (étouffant ?) de leurs situations familiales respectives  symétriquement cabossées (mères au foyer, l'une -tristounette et médicamentée -  désespérément seule depuis la disparition du mari, et l'autre -grassouillette et choucroutée -, de la même façon, désespérément mal accompagnée...)
Un film sensible, comme on dit un garçon sensible (tout pédé, avoué ou non, se reconnaîtra plus ou moins dans le comportement de Pim, pas forcément lorsqu'enfant, il enfile la panoplie de reine de beauté de sa maman, mais plutôt, plus tard, dans son attitude solitaire, sa façon de regarder les mecs, et la manie qu'il a de conserver dans une boîte à chaussures des souvenirs -fétichistes - aussi dérisoires que brûlants, "il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour", yeah!) sensible et attachant, oui,  (les interprètes sont parfaits, avec une mention particulière pour les deux mamans respectives, preuve que le réalisateur accorde le même respect -et la même tendresse - à chacun de ses personnages.)
Les dunes et la mer sont toujours aussi cinégéniques, autant que le sont les établissements nocturnes avec des enseignes allumées, dans la nuit, justement, qui seraient assez dépaysantes (et plastiquement réussies) pour vous faire vous sentir ailleurs. Genre amérique, pourquoi pas, c'est d'ailleurs sur cette ambiguïté que joue le titre original.
Une promenade attendrie dans l'univers des passions adolescentes, entre acuité et vague à l'âme, avec des bulles de limonade, un air d'accordéon, et le goût du baiser d'un garçon. Un univers délicat mais pas mièvre, d'une grande justesse, auquel on pourrait peut-être juste reprocher parfois sa timidité, à l'image de ses héros... Mais un indéniable beau moment de cinéma, où les gens sont filmés avec la même attention que les paysages y sont cadrés... Des gens comme dans la vraie vie, et des histoires comme les souvenirs qu'on peut avoir, vous ou moi, de ces moments-là...

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A voir avec d'autant plus de plaisir que, si le film est sorti le 5 décembre, il n'est évidemment pas encore projeté dans nos contrées (il s'agit d'un "petit" film par le nombre de copies) et c'est donc grâce à notre entregent (ou plutôt à celui de notre association de cinéphiles) que je dois d'avoir pu voir ce film sans sortir de chez moi... Du bonheur vous dis-je!

18 novembre 2012

partir revenir

MOBILE HOME
de François Pirot

Il y a des moments de bonheur quasiment parfait, comme celui ce soir qui fit s'enchaîner la bande-annonce du prochain film de Valérie Donzelli Main dans la main avec le début de ce film-ci, dont c'est rien de dire que je l'attendais. Posons en préambule que je suis très midinettement tombé en pâmoison pour Guillaume Gouix (depuis Poupoupidou et Hors les murs) c'est comme ça, c'est idiot je sais mais le coeur a ses raisons... vous connaissez la rengaine.
Bref j'ai abordé le film comme un gamin devant un saladier de crème anglaise (qui est une des choses au monde que je préfère) avec une petite cuillère à la main. Avec gourmandise et délectation.
On en avait parlé un peu quand il a été projeté au festival de Locarno, puis encore un tout petit peu quand il est sorti à la sauvette, fin août, et je désespérais de la voir quand un coup de pouce bienheureux d'une bonne fée barbue des Amis du Cinéma a réalisé mon souhait, et le voilà programmé pour trois (oui, 3!) séances dans le bôô cinéma.
J'ai couru à la première, et je retournerai (hihi) sans doute à la suivante. car c'est, nonobstant G.G, un superbe film. Un film simple sur le passage à l'âge adulte de deux copains, sur ce qu'est grandir, sur les choix qu'on a à faire, sur la fin des rêves d'adolescence, un road-movie immobile ou presque, qui parle avec tendresse et simplicité de ces deux gaillards grandis mais pas tout à fait encore sortis de la gangue de l'aolescence rêveuse et de la bienheureuse insouciance...
C'est une sacrée belle paire d'acteurs : Guillaume Gouix (je ne m'étendrai pas davantage), bien sûr, mais son ami (il n'y a pas d'ambiguité, c'est explicité plusieurs fois : ils sont hétéros grand teint, mais c'est plus fort que moi - et tellement délicieux - que de glisser un sous-sous texte gay, et c'est tout de même bizarre, rétrospectivement, que personne n'y fasse la moindre allusion : deux jeunots tout mimi qui habitent ensemble dans le même camping-car, oui oui même qu'on ne voit jamais comme ils dorment, hein, et pourtant visiblement il n'y a qu'un matelas, oh  hé, fermons la parenthèse) aussi (reprenant la phrase interrompue quelques lignes plus haut), Arthur Dupont (que je ne pense pas connaître) mais qui équilibre parfaitement la balance. Mieux que paire on pourrait d'ailleurs couple, tant ils fonctionnent sur le même modèle (mais "entre l'amour et l'amitié tralala...").

Je continue ce post, mine de rien, après avoir revu le film (en excellente compagnie : j'étais entouré de, excusez du peu, Zabetta, Marie et Catherine), et l'avoir autant - et peut-être même plus encore - aimé que la première fois. Quand on connaît l'histoire, on peut faire davantage attention au reste : comment c'est filmé, comment c'est monté (non non je n'ai rien dit, Guigui ne montre pas son kiki), comment c'est cadré, comment c'est musiqué. Et pour un premier film, chapeau. Comment on passe insensiblement de l'insouciance (de la comédie) à une certaine gravité, au fil d'un scénario vraiment bien ficelé, et tout aussi bien filmé. Les références qui me venaient par instant étaient plutôt flatteuses : Old joy pour l'aspect feu de camp et soirées à la belle entre potes, et Bouli Lanners aussi, pour la façon de filmer l'espace, une certaine géométrie urbaine.
Mais François Pirot a une façon qui n'appartient qu'à lui de filmer les gens - d'y être attentif - (il s'agirait plutôt de cercles familiaux, ou mieux de foyers : celui de Julien, celui de Simon, celui de Valérie - oh ce plan sublime où Guillaume Gouix qui l'écoute raconter Max et les maximonstres à son fils - avec, justement ce qui s'y passe ou pas, les flammes les braises ou les cendres. (Je l'ai déjà dit, dès que ça parle du rapport au père ça me touche profondément, et les deux personnages de pères (Jean-Paul Bonnaire et Jackie Berroyer), antinomiques, sont aussi parfaits l'un que l'autre...)
C'est vraiment ce moment particulier où chacun des deux jeunes est au bord du nid, sur le point de prendre son envol (pour filer la métaphore ailée) avec les hésitations, la peur de se casser la gueule, les bonnes mauvaises raisons de franchir -ou pas - le pas, il s'agit de faire des choix, de choisir une voie, de devenir adulte, de grandir, quoi. Et quelle belle image que ce camping-car ("ce n'est pas une caravane..." répètera Simon) posé au milieu du paysage, cet immobile-home ou les deux compères rêvassent leur avenir.
Et j'avoue que le réalisateur aura jusqu'au bout réussi à me surprendre (ou comment, dans un couple le plus fort des deux n'est pas forcément celui qu'on pense...) avec peu de mots et pas mal d'élégance.Oui, un sacré beau film.

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13 novembre 2012

Ben-hur et les sept mercenaires

LA PARADE
de Srdjan Dragojevic

Il faut le reconnaître, ça commence plutôt mal. Lourd le début, balourd, moche, indigeste, bref on s'attend au pire. Un mafieux de Belgrade a fait soigner son chien Susucre par un médecin qui s'avère être l'amant du "metteur en scène" de son futur mariage (au mafieux) avec Perle (une robuste blonde avec du caractère), metteur en scène qui est également un des principaux acteurs (mais ils ne sont pas beaucoup) de ce qui voudrait être la première gay pride serbe. A ce point, même si c'est moche et mal foutu, on se dit qu'au moins ce film a le mérite d'exister, et plutôt deux fois qu'une, qui plus est tourné dans une des régions les plus homophobes d'Europe.
Puis le film prend  la route, dans une minuscule voiture rose bonbon, avec à son bord le parrain et le médecin, pour une voyage où il s'agit en principe de recruter des gros bras pour encadrer la fameuse gay pride, mais où le réalisateur profite des passages de frontières successifs pour, d'une part, parler de l'autre chose qui visiblement lui tient à coeur ; la guerre fratricide serbo-bosniaco-kosovar et j'en passe qui (a) fait rage, et d'autre part entasser dans la petite bagnole rose d'un représentant (costaud) de plus, de chacune des communautés, à chaque passage de frontière, dans un plaisant et fervent (et irréaliste ?) hommage à la "communication non-violente" (ce que la parrain a écrit sur son avant-bras pour le mémoriser, et c'est d'ailleurs comme ça qu'a failli s'appeler ce post.) A ce moment, le film a pris soudain de la vitesse (et de la hauteur) avec des relents de folie (douce ? dure ?) comme les affectionnent ces films dits "des pays de l'Est".
Le retour à Belgrade, une fois la voiture remplie,  occasionne à nouveau hélas quelques baisses de régime et crachotements du moteurs (voire de pétarades scénaristiques), pour redémarrer heureusement de plus belle et nous offrir un dernier quart d'heure somptueux, de toute beauté (et de haute tenue.) Un film donc, au final, qui non seulement a le mérite d'exister, mais qui mérite tout à fait qu'on le défende, pour son message humaniste  de tolérance  et de respect mutuels, et ce malgré les faiblesses (maladresses) patentes.
On s'y attache. Au moins pour le personnage de Lemon, le mafieux, que le réalisateur a le talent de faire passer de l'état de grosse brute caricaturale et ridicule de bande dessinée (ou d'opérette), tellement il est esquissé à gros traits au départ, vers un personnage beaucoup plus réaliste (et, heureusement, ambigu), comme on mettrait au point, progressivement, sur une image floue, et que, débarrassé des outrances et autres clichés, il gagnait alors en profondeur, en simplicité - en humanité -  ce qu'il perdait heureusement en tonitruance et en gesticulations vaines.
On est face à quelque chose d'assez paradoxal : un film qui serait assez bourrin en apparence (et qui le revendiquerait) mais qui aurait comme un double fond, plus malin, plus roublard (ne serait-ce que par le jeu des références cinématographiques, qui ont d'ailleurs donné son titre à ce post), où justement il n'y aurait pas besoin de dire explicitement (et avec des gros sabots) les choses pour qu'elles existent néanmoins, et de les faire passer ainsi de façon beaucoup plus délicieusement ambiguë alors (le personnage de Lemon, bien entendu).
Le message fraternel et égalitaire (les pédés comme minorité sexuelle, au même titre que les Serbes, par exemple), même s'il est empreint d'une certaine candeur, est au bout du compte le ciment qui stabilise (et justifie) l'édifice et représente le "petit plus" (le "supplément d'âme") que, par exemple, les films de Kusturica - par exemple -, bien que jouant quasiment dans la même catégorie "virile" (tronches, gros flingues, fanfares, baffes, bitures) ne possèdent pas forcément (Y a-t-il chez Kustu un seul personnage de pédé ?).
On peut regretter que les personnages d'homosexuels restent cantonnés dans le domaine du cliché à gros sabots (mais peut-être le réalisateur a-t-il voulu justement montrer que même la frange la plus - grossièrement - "visible" de la minorité méritait aussi d'être défendue ? (sous-sous texte gay), et qu'au cliché de l'hétéro beauf velu et gueulard on pouvait accoler celui du pédé sensible, artiste, pleurnichard (et gringalet) - et qui plus est à la coupe de cheveux improbable - ?
Le film serait alors à l'image de sa baston finale (ils sont sept  - hétéros et homos mélangés - pour défendre une parada rikiki, face à des centaines de crânes rasés, et va s'ensuivre un assaut quasiment aussi irréaliste que ceux des films de kung-fu - sauf qu'ils ne sautent pas à cinq mètres de haut -, une bagarre joyeusement bordélique (n'aurais-je pas déjà utilisé cette expression à propos de Gangs of Wasseypur ?) une empoignade cinématographique ou chacun (et chacune) va donner le meilleur de soi-même pour défendre les autres.
Le climax  dramatique (mélo ?) qui s'ensuit n'était peut-être pas indispensable - mais a le mérite d'être inattendu - tandis que la scène finale, elle, l'était vraiment (indispensable) faisant mine de mettre quelques points sur quelques i (mais en laissant quelques autres en suspens...) d'assez intelligente façon.
Un film à défendre joyeusement donc, avec trompettes,  ballons, chars et banderoles... Pride, vous avez dit pride ?

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(euh.. par contre, la référence à La visite de la fanfare, à part la musique, je vois pas bien le rapport...)

ps : le film sortira le 16 janvier prochain.

 

29 octobre 2012

l'aile ou la cuisse

KILLER JOE
de William Friedkin

Oups! Le dernier quart d'heure dépote tout de même un peu trop (mais finalement, comme dans Bug, il ne s'agit que de la cristallisation de la folie dans un lieu clos, relativisons...) à tel point que j'avais légérement envie de vomir... Dans un film presque trop "sérieux" pour être pris au sérieux, qui fonctionne comme un catalogue soigneux (esthétique et narratif) - les scènes d'ouverture sont à cet égard significatives - de polar ricain mettant en scène le "petit peuple" local avec un montage plutôt speed (genre le bruit et la fureur) de vignettes bien cadrées montées enchaînées (avec le son qui va avec, mec qui gueule, chien idem, pluie à seaux, tonnerre et éclairs) et les personnages qu'on découvre comme on feuillette un jeu de cartes, le fils (le très charmant Emile Hirsch d'Into the wild, peut-être le 1% d'angélisme qui lui en reste), la belle-mère, le père, la fille, qui nuisette à ras la foufoune, qui pyjama de cow-boy cracra, qui autre nuisette, qui vire le t-shirt pour se mettre à l'aise torse-poil sur la canapé en sirotant une bière (le fils est le plus sympa du lot, et en plus il est assez mimi sans t-shirt) : voici la famille Lazone (c'est moi qui nomme ainsi, mais vous avez compris le sens général).
Ca continue comme du Coen Brothers, avec coup foireux planifié (tuer la mère pour ramasser l'assurance-vie) et un nouveau personnage qui entre en scène : un flic local ripou qui fait aussi tueur à ses heures, contre rémunération ad hoc. Et c'est là que ça commence à aller de traviole et à se barrer en couilles, puisque le dit killer (Joe, de son prénom) entend se faire payer à l'avance, mais accepte de déroger à sa règle en prenant la benjamine en caution, contre l'avis du frère, (qui l'aime et la protège vraiment beaucoup, mais qui, là, n'a guère le choix...)
Tout va aller de mal en pis, surtout que le film va monter en puissance dans les scènes de tabassage / règlement de compte sanglants (mon amie Marie est partie au début de la scène dite "du pilon" et elle a bien fait, c'était bien plus insupportable ensuite). Et ça ne fait qu'empirer jusqu'à la fin, enfin pas la toute fin, (le dernier plan) qui consiste en une contrechamp tellement inattendu qu'il en deviendrait presque grotesque.
Un film qui commence excellemment et se prend ensuite (finalement) au jeu de sa propre gorerie (les scènes sanglantes sont plus que complaisantes) dans ce qui est probablement un viril deuxième degré (au moins) mais que, chochotte que je suis, je n'ai pas su apprécier en tant que tel (une tête défoncée avec une boîte de conserve en gros plan, pour moi, ça n'apporte rien d'essentiel à l'intrigue mais bon.) D'abord plaisant, puis juste complaisant, quoi.

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