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lieux communs (et autres fadaises)
4 décembre 2013

contre toute attente

HISTOIRE DE MA MORT
d'Albert Serra

Oui, contre toute attente, un film absolument magnifique.
J'y allais, disons, sur la pointe des pieds. Pas à reculons, mais presque. J'avais été échaudé plus ou moins par les deux premiers films du réalisateur (Honor de cavalleria, Grand prix du festival Entrevues à Belfort, et Le chant des oiseaux, rebelote re-Grand prix quelques années plus tard au même festival). Deux films en noir et blanc, deux variations sur des personnages connus, Don Quichotte et Sancho pour le premier, et... les Rois mages pour le second, films que j'avais trouvé(s) fatiguant pour le premier et carrément exaspérant pour le deuxième (mais l'environnement de la salle n'était pas propice).
Celui-ci est en "costumes" et en couleurs, et on a deux personnages célèbres pour le prix d'un : Casanova et Dracula (si si!). Un Casanova un peu décati mais toujours poudré -à frimas (comme écrivait mon ami Philou à propos des amandiers)-, qui songe à écrire ses émoires, et parle littérature avec un "poète" (ainsi nommé au générique, on n'en saura pas plus.)
Après une séquence pré-générique d'une beauté et d'une langueur (= "lenteur" + "longueur") saisissantes, qui nous met -plaf!- dans le bain et les points sur les i (à donf "PSPP" : Plan-séquence plein pot, ça dure ça dure juuuuuuuuusqu'au bout... et même comme dirait le boucher " y en a un petit peu plus, je vous le mets quand même?) où l'on présente, d'une certaine façon, les éléments principaux du film : les corps, la lumière, les mots, on entre dans le vif du sujet (ce qui entre, ce qui sort, il sera -tiens!- d'ailleurs plusieurs fois question de caca dans le film...) en écoutant Casanova.
Et, étrangement, cette même "extension temporelle" qui m'agaçait dans les deux films précédents me plonge à présent en plein ravissement. Nous voilà quasiment à la place de ce "poète" anonyme, en train d'écouter parler Casanova, qui discourt tout en mangeant une grenade, patiemment, grain à grain, qu'il croquera (le bruit est très joli) jusqu'au dernier, impitoyablement. Et bien, figurez-vous oui, que j'étais littéralement fasciné, que je buvais ses paroles (même si je n'ai pas tout tout compris) tout en jouissant de l'esthétique très picturale des cadrages et de la lumière. en me disant que si tout le film était du même tonneau, je tenais là, contre toute attente, un de mes émerveillements ciné de l'année (c'est bon, parfois, de se surprendre soi-même, hein ?)
Et la première partie (en Suïsse, pour respecter Serra) est parfaitement et merveilleusement hallucinante tellement tout me semblait parfait (et la musique aussi, donc! qui tient parfois lieu de paroles, autant que parfois la parole, dans le film, servira alors de musique -bizarrement, il me vient sous les doigts des formules dont je ne comprends ni ne maîtrise  toujours le sens, mais qui me semblent coller tellement bien au sujet, d'autant qu'elles y sont nées aussi spontanément que ce serait dommage de ne pas les y laisser.- tandis que la partie transylvanienne m'a moins complètement enchanté. (Là, il faut avouer que, comme d'hab' j'ai un peu dormichouillé -mais sur les deux heures trente, il restait tout de même de la matière cinématographique à se mettre ous la pupille, mais promis juré dès que le dvd est disponible je l'achète ou je le télécharge  me le procure comme je peux.)
(Parce que questions pépettes, comme on s'était engagé avec le distributeur sur un MG de 150€ me semble-t-il, et qu'il y aura eu en tout et pour tout, pour les 2 séances, trois spectateurs (ceux de la séance où j'étais,puisqu'il me me semble bien que la deuxième prévue, le dimanche soir, ait été annulée faute de spectateurs...), on va donc en être de notre poche de quasiment 150€, ce qui fait tout de même chérot de la place de ciné, non ? Alors, monsieur (ou Madame) Capricci, vous pouvez vous fendre d'un petit geste, non ? fermons la parenthèse financière, non sans évoquer la possiblité, montrée dans le film, de transformer le caca en or...)
Albert Serra ne ressemble qu'à lui.
Le film devient alors de plus en plus sombre (dans tous les sens du terme, mais il me semble que j'ai lu ça dans une critique, mais c'est vraiment ça...) toujours aussi pictural, baroque, barré, aussi minimaliste dans la monstration du vampirisme (hormis les cris de Dracula, point trop d'effets de capes) qu'excessif dans le flamboiement de la glose ou ce fameux étirement temporel...
Un film dont il resterait surtout, paradoxalement, des sensations picturales et/ou chromatiques, fabuleusement.
(merci Hervé!)

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(Pour essayer de résumer : le Casanova de Fellini -que je n'ai pas vu-, avec du Dracula à la sauce mi-Bresson mi-Guy Maddin, plus l'esprit du Faust de Sokourov, qu'il ne faudrait pas oublier de saupoudrer d'un chouïa de Peter Greenaway...)

9 août 2012

en zappant...

oui, je passe pas mal de temps sur le ca'pé, principalement pour m'y endormir, je le reconnais (c'est incroyable ce que c'est hypnotisant et infailliblement neuroleptique pour moi! et donc je zappe... Un peu les J.O (mais ce que j'avais le plus envie de voir ne passe pas à la télé, je dois me rabattre sur l'ordi et francetv, qui permet de voir les mêmes choses mais sans coupures pub et surtout sans commentaires idiots, le bonheur! j'ai fait mes choux gras de la lutte, du plongeon, du trampoline, de l'haltérophilie, du water-polo, notamment) mais surtout les films

... je zappe car je suis un grand indécis, et, étant donné que j'ai beaucoup de chaînes cinéma, je n'arrive parfois pas à me décider, et je zapotte ainsi entre deux films ou plus, quelquefois très différents, hélas au détriment des uns et des autres ! Films que j'ai déjà vus, le plus souvent (j'aime beaucoup voir des films, mais ça vous le savez déjà) mais que j'ai souvent plaisir à revoir en pièces détachées, films que je n'adore pas forcément, mais où j'attends une scène particulière (par exemple, je n'arrive pas à chopper le début de Pédale douce, quand Timsit est arrêté à un feu rouge, torse-nu dans sa  voiture, juste à la hauteur d'une voiture de flics, avec du Mylène farmer en bande-son)

de ces derniers soirs ?
30 juillet : entre LA TRAVERSEE DE PARIS (Autant-Lara) et STAND BY ME (Rob Reiner)
31 juillet : deux doigts d'ABYSS (version longue)
2 août : le début de NUS ET CULOTTES (je zappe quand je vois que les zizis sont cachés par une feuille de vigne dessinée dessus) puis entre ZACK ET MIRI FONT UN PORNO (Smith) - ohlala Seth Rogen... - et LE COUSIN (Corneau) et aussi GARE CENTRALE (Chahine), malheureusement sacrifié après en avoir loupé le début
4 août : entre NUIT D'ETE EN VILLE (Deville) - jamais vu en entier - et LE LOUP-GAROU DE LONDRES (Landis) - archi-connu mais trop fort! -
6 août : SIMETIERRE (Lambert) - bouh fais moi peur! mais hélas en vf -, FAIS-MOI PLAISIR! (Mouret) - mouretissime ! -  et FRANKIE ET JOHNNY (Marshall) - que j'adore tout spécialement : Pacino et Pfeiffer in love dans un bouiboui graisseux -, puis, en entier SEPT ANS (Hattu), inconnu au bataillon et qui méritera quelques lignes à part
8 août : POURQUOI PAS! (Serreau) - ou comment nos rêves d'adolescence ont pris un léger coup de vieux, mais les acteurs ( surtout Frey, Gonzalez, Murillo et Aumont) sont impeccables - et I LOVE YOU PHILLIP MORRIS - Carrey in love de Mc Gregor on n'y croit pas une seconde - et , avec un chouïa de CARNIVAL OF SOULS (Harvey) -toujours impec' craspec'

j'ai revu aussi plusieurs morceaux de TRAVELLING AVANT (Tachella) film pour qui j'ai une certaine tendresse, entre Simon de La Brosse, Ann-Gisel Glass et surtout Thierry Frémont, qui est un acteur que j'adore là-dedans, et que je trouve  scandaleusement sous-employé, d'une façon générale...

 

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et aussi reconnu dans un film... pas inoubliable (DEUXIEME QUINZAINE DE JUILLET, avec Zinedine Soualem et Michèle Bernier...) l'acteur qui interprète leur fils neveu (je viens de vérifier) -encore tout tout jeune !- prénommé d'ailleurs Kevin dans le film!

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Vous le reconnaissez, le petit Kevin, là-derrière ?

 

 

20 août 2012

sept à boire à boire à boire...

(air connu)

oui, sept points de détail de ce blog (que vous devez commencer à connaître si vous le fréquentez régulièrement) :

1) les films (quelques chouchous de la saison en cours)

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2) les acteurs (et trices, mais quand même en principe plus teurs)

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3) les mots (tout ce qui s'écrit sur les murs, notamment)

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4) les travailleurs (d'une jolie série aux Halles)

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5) les fleurs (oui oui je suis un midinet, je suis un rose trémier, je suis je suis...)

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6) les livres (des lus, des relus, et des en train de)

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7) les culs (non non, même pas honte, j'assume...)

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... toutes choses agréables s'il en est mais pourquoi donc s'arrêter à 7 dans cette liste ??? Eh eh parce que c'est aujourd'hui le 7ème anniversaire de ce blogchounet! Une pensée émue pour ma bonne marraine de blog Catherine (qu'elle en soit encore une fois remerciée) et des bisous à tous les autres, lectrices (je sais qu'elles sont en majorité, même si ça peut sembler paradoxal -quoique-), lecteurs, cinéphiles ou non, amis, passants, flâneurs, mateurs, amateurs, j'en passe et des meilleur(e)s... à l'année prochaine, hihihi!

 

 

 

27 juin 2012

aactes manqués ?

Le manque d'appareil-photo (je l'ai envoyé en réparation, souvenez-vous), tandis que je déambule dans la rue Georges G.au milieu des mecs de la voirie occupés à casser les trottoirs au marteau-piqueur, me fait tenir le compte des photos que je ne peux pas prendre (mais que je n'aurais -en tout état de cause- certainement pas prises!) Il fait soleil, ce mercredi matin, et la rue que j'emprunte est soudain comme un catalogue (bruyant et poussiéreux, certes,  mais tellement agréable à l'oeil) de mecs à casque en gilet fluo, avec des gros bras bronzés, des gueules pas rasées, des godillots poussiéreux,  dans des positions et configurations diverses (celui-ci, en short, penché sur son engin, tendu dans l'effort -je n'y peux rien, mais leurs culs alors sont spécialement appétissants-, celui-là assis dans sa pelleteuse, les quatre autre, là, accroupis en conciliabule, cet autre plié pour ramasser la caillasse... On dirait qu'ils l'ont fait exprès de se déployer là, parce qu'ils me savant impuissant, que je ne peux que regarder, et tenter de me souvenir. Un plaisant catalogue vous dis-je. Oui, j'aime regarder les mecs qui bossent dans la rue, et je dois, heureusement, aller récupérer ce matin mon appareil-photo...

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16 juin 2012

Bílý Potok

ALOIS NEBEL
de Tomás Lunák

Une merveille.
Je ne suis pas a priori trop porté sur les films dits d'animation, et pourtant chaque année au moins l'un d'eux m'enchante. Valse avec Bachir, Mary et Max, Sita sings the blues... Alois Nebel est le nouveau venu dans ce petit panthéon. Dès le permier instant, le premier son, la première image, j'étais captif, les yeux et les oreilles béants, avides de n'en rien en perdre...
Du noir et blanc, un train qui s'approche, une texture d'image inhabituelle, soulignée d'un grain de voix particulier... Oui, captif. Je suis capable de tomber amoureux d'une voix, surtout au cinéma, et ce fut instantanément le cas de celle du personnage, qui ouvre ainsi le film, à réciter des horaires de chemin de fer tchéchoslovaques (si si!). Je n'y peux rien, j'adore les voix qui chuchotent à l'orée des films (ah, celle de Javier Bardem au début de Biutiful!)
Elle est la clé qui vous ouvre l'univers noir et blanc (magnifique) de ce film. Une histoire complexe (le film est l'adaptation d'une BD en trois volumes) à cheval sur deux époques (1945 et 1989), dont le personnage-titre est chef de gare dans un patelin genre trou du cul du monde.
Un homme taciturne, solitaire, comme prisonnier du brouillard de sa mémoire. Qui va se retrouver, justement, confronté à un personnage issu de ce passé, un personnage en fuite, traqué par les autorités, au sein de l'univers "riant" de la Tchéquoslovaquie, au moment de l'arrivée au pouvoir de Vaclav Havel. Une histoire qui sera progressivement reconstituée (il faut être particulièrement attentif, aux indices visuels autant qu'auditifs).
Un travail titanesque sur l'image (chaque plan a d'abord été filmé "en vrai" puis redessiné à la main) fait de ce premier film de Tomás Lunák un roman graphique d'une beauté sidérante et totalement originale. On est, en tant que spectateur, sollicité (mobilisé) en permanence, à la fois pour comprendre ce qui se joue (quelle histoire, quelles histoires, quels liens, quelles personnes) et apprécier la richesse (plastique, esthétique, graphique) de ce qu'on est en train de voir.
Un pur bonheur de cinéphile.
Top 10

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3 juin 2012

tlès tlès vite

LE POLICIER
de Nadav Lapid

C'est le nom du réalisateur qui m'a rappelé cette vieille blague idiote de potache, et fourni par la même occasion le titre de ce post. Dès que j'entends "israélien", j'y cours. Rien que pour les entendre parler, j'en ai déjà parlé. Là, j'avoue, j'ai eu un peu de mal pendant la projection, j'ai été mal à l'aise plusieurs fois (en me disant "Non là c'est vraiment trop, il ne va pas faire ça..." et si, il le faisait), et je me rappelle l'avoir qualifié (le film) plusieurs fois, pendant ladite projection, de "déplaisant". Maladresses formelles ou volonté de déstabiliser le spectateur, toujours est-il que ça fonctionne (des scènes qui durent ou trop longtemps ou pas assez, des plans qui durent et nous font attendre une chute qui ne vient pas...) Film en deux parties, qui se rejoignent à la fin -dans la troisième !- (en trois parties donc, hihi).
Un : on suit le quotidien d'un beau macho qui fait partie d'une unité d'intervention (un groupe de super-flics, quoi), dans son boulot, et dans sa vie privée. Sa femme est enceinte, il lui masse les cuisses sur le canapé en regrettant (avec ses super-potes), de "ne plus pouvoir la baiser". Avec les super-potes, justement, c'est entraînement à vélo, barbeuqu' parties, bières en terrasse, tout ça en débardeur qui laisse voir les gros muscles, et à grand renfort de claques viriles qui sont comme surlignées dans la bande-son, renforçant la lecture homo-érotique et le côté "pages centrales de magazine gay". (ça tourne -sonorement- à l'entrechoquement d'escalopes).
Deux : on passe, (après une scène-charnière de cassage de bagnole par un goupe de punks) à une demoiselle blondinette et diaphane (genre Julie Delpy dans ses premiers rôles) qui fait partie d'un groupuscule "terroriste " (des gosses de riches qui se mettent à prôner la révolution) qui prépare un mauvais coup, et va d'ailleurs le mettre à exécution. Flingues, otages, revendications, porte-voix... Hstoires de famille et d'affection(s) diverses (un mariage, un père et son fils, A qui aime B qui aime C qui n'aime personne etc.). Des djeunz fragiles, tout freluquets, à la physionomie rimbaldienne (le genre os de poulet) et probalement aux chimères idem. (Le romantisme de la révolte).
Trois : Huis-clos ; c'est là qu'intervient l'unité d'intervention du un et que tout ça s'agence, tergiverse, puis se précipite pour finir (mal, on le pressent). C'est peut-être la partie la plus intéressante. parce qu'à la fois la plus prévisible et la mieux traitée... Le montage, cette fois, alterne les scènes des uns et des autres, jusqu'à l'assaut final (filmé dans le noir), et les quelques minutes qui suivent. Qui permettent au spectateur (moi, en l'occurence) de réhabiliter en quelque sorte tout ce qu'il vient de voir... Le conformisme des uns (on est soldat, on s'exécute, on exécute) faisant écho au nihilisme des autres (à quoi bon tout ça, finalement ?).

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20 mai 2012

opé?

DE ROUILLE ET D'OS
de Jacques Audiard

Vu donc le même jour que les Cannois (sourire bête). A la première séance même (celle de 13h40, à quelle heure était-il donc projeté au Festival ?) A la sortie, étrangement les yeux secs (mais il m'est arrivé de les mouiller pendant le film). J'en connaissais les acteurs principaux, quelques morceaux du pitch, et c'est tout...
J'ai avec les films de Jacques Audiard (excepté Regarde les hommes tomber, pour qui j'ai une immense tendresse -est-ce à cause du trio Yanne / Trintignant / Kassowitz ou du roman de Teri White dont le film est tiré ?- et Un héros très ordinaire, que j'ai complètement oublié) le même problème : pendant la projection, je suis happé, bouleversé, par sa façon de filmer, mais je ne peux m'empêcher d'être gêné aux entournures par ce qu'il raconte, plus précisément  par le rapport qu'il entretient avec la violence, le sang, la force brutale (oui je sais, je suis une chochotte). Audiard fait des films d'homme(s) (ce qui a priori devrait plutôt me plaire voire m'enchanter), des films virils, des films avec des couilles, mais ce rapport à la virilité, justement, sonne parfois pour moi de façon dédagréable, trop prévisible (ou trop stéréotypée ?) Être un homme, ça se traduit,  plus ou moins rapidement, par la baston, par les rapports de force, un peu comme dans ces films de truands des années 50, ultra codés et référencés, avec amitié virile entre mauvais garçons, cigarettes, whisky... et torgnoles pour les nanas (qui étaient en général des putes ou des nunuches).
Audiard, c'est toujours VVV (variations sur les vertus viriles).
Ceci étant posé, le film est, effectivemen,t constamment magnifique dans sa facture (direction d'acteurs, cadrages, lumière, montage), entremêlant destins personnels ("intemporels") et problèmes "sociaux" très contemporains (handicap, chômage, réinsertion, exploitation... "Le droit ? mais t'as vu ça où ?" demande l'un des personnages, qui joue d'ailleurs pour la première fois un salopard et que ça m'afflige un peu mais bon...) en les accommodant -ou les éclairant- avec ce regard particulier qui est la patte du réalisateur.
Marion Cotillard me réconcilie avec elle, et Matthias Schoenaerts confirme l'impressionnante impression qu'il avait provoquée dans Bullhead. mais tout le reste de la distribution est également idoine (comme on dirait dans Libé, mais l'adjectif me ravit).
Une histoire, donc, encore une fois, plutôt très noire (vengeance, revanche, amours, désamour, ramour, (in)dignité, et j'en passe), flirtant à la fois avec le mélo, le film-choc, la chronique sociale, mise en images de façon suffisamment éblouissante pour que j'en aie conçu un plaisir incontestable, tout en me disant, à la sortie, que, comme d'habitude,  je ne reverrais probablement pas le film (comme la majorité des films d'Audiard, à part, je l'ai déjà dit, Regarde les hommes tomber dont je en me lasse pas...). Trop raide, trop dur, trop tendu... Vertus viriles, je vous disais...

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1 mai 2012

absences

LES VIEUX CHATS
de Sebastian Silva et Pedro Peirano

Programmation mensongère (ou film faussement vendu) dans le programme du cinéma : quand en deux lignes vous trouvez les mots "comédie dramatique" et "acteurs truculents" (bon finalement après vérification, ils n'ont fait que recopier une critique...) vous vous préparez  à passer au minimum un bon moment de franche rigolade.
Sauf que pas du tout.
J'ai effectivement souri deux ou trois fois devant ces Vieux chats, mais là n'était visiblement pas le propos des réalisateurs me semblet-il. Le film est AAA : aigre, acide, amer. Un film sur la vieillesse, sur la dégradation physique, sur les rapports familiaux, sur le désamour, sur l'attrait du pognon. La vie, quoi...
Où comment une fille mal-aimée fait irruption chez sa (très) vieille mère pour lui soutirer (encore une fois) du pèze en usant (à plus ou moins juste titre) du chantage affectif : "tu ne m'as jamais aimée, alors en échange tu peux au moins me filer ton appartement...". La mère a un nouveau mari (qui n'est pas le père de la fille) et la fille (lesbienne) a une copine, genre Balasko dans Gazon maudit, qui se fait appeler Hugo.
Et ces quatre personnes, (après un préambule matinal qui nous a fait découvrir le décor et le quotidien des deux vieux), vont se retrouver dans l'après-midi, confinées dans cett appartement vieillot et surchargé, poussiéreux où ont macéré les vieilles rancoeurs et recuit les vieilles haines, pour prendre le thé, regarder des photos de vacances, choisir des savons, et, accessoirement sniffer un peu de coke dans les toilettes (la fille) et signer ou pas cette foutue procuration (la mère, pour la fille).
Une grande partie du film se déroule dans ce fameux appartement (où les vieux chats du titre ont été enfermés dans la cuisine pour cause d'allergie filiale), et le ton monte assez vite, entre la fille et la mère, puis la fille et le beau-père, puis..., avec quelques passages sur le balcon, plus ou moins anxiogènes d'ailleurs, puis dans les escaliers, et, finalement dehors (il était temps, on commençait un peu à manquer d'air) pour une échappée maternelle, où soudain tout le monde est enfin, d'une certaine façon, réuni (réconcilié ?).
Avant de revenir à la case départ.
Un film, qui, comme le Fernet-Branca, vous laisse longtemps en bouche un arrière-goût amer.

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17 mai 2008

impact, impact

BEAUFORT
de Joseph Cedar

Celui-là, ça faisait un moment que je l'attendais. Pour de multiples raisons, certaines, cinématographiques et d'autres plus... personnelles, dirons-nous. J'en sors. Ravi.
Je n'aime pas les "films de guerre", j'ai plutôt un faible pour les "films de militaires" : amitié virile, ambiance de chambrée, intimité entre potes... clichés limite testostérone, mais sans pour cela tomber dans le porno gay (dont ce serait d'ailleurs un fantasme redondant, mais aussi stéréotypé que -quelle horreur!- les mecs y sont bodybuildés, stéroïdés, épilés, poncés, encaustiqués, pouah, mais ceci nous éloigne de notre sujet, revenons donc à nos bidasses...) des mecs normaux, donc, dans une situation (extra)ordinaire, entre la "sécurité" du dedans et le danger à l'extérieur. Quand les mecs en question sont des israéliens, en v.o qui est plus est, tout en accentuations rauques et chuintés doux (hmmm je trouve que -je crois l'avoir déjà dit- l'hébreu est une langue infiniment sexy), en gueules mal rasées et en  (hello Catherine...)  z'yeux de gazelles (j'aime leurs sourcils aussi, quasi de loup-garous), en je fume un pétos au lit et je me doucherai demain, l'intérêt monte encore d'un cran, et l'aiguiille-témoin aurait comme qui dirait tendance à s'affoler...
Où il est question des derniers jours d'occupation par l'armée israélienne (après y avoir passé 18 ans, tout de même) d'un poste avancé en territoire libanais (si j'ai bien compris) tout près de la frontière. On vit le quotidien de ces hommes, confrontés aux attaques imprévisibles -mais souvent mortelles- d'un ennemi qu'on ne verra jamais, entre les dédales souterrains de leurs abris, les écrans de contrôle, les postes d'observation, et le contact téléphonique avec des supérieurs invisibles eux aussi, au bon vouloir desquels ils doivent se plier.
Leur quotidien ? L'attente (on attend les ordres, on attend le feu vert, on attend la relève...), l'immobilité (il s'agit avant tout de surveiller, de subir l'assaut, en sentinelles impassibles, jamais de le donner), l'absurde (juste se dire qu'on est là), le dérisoire (se raccrocher à des signes qu'on est censé protéger : un drapeau, une plaque commémorative), et surtout, la peur, la peur, la peur  à chaque instant, à chaque déplacement, à chaque engin suspect, à chaque sortie, à chaque impact...
La (jeune) garnison cantonnée à Beaufort est placé sous les ordres de Liraz, un (jeune) gradé, personnage autour duquel le film va s'articuler, nous délivrant un bien beau portrait d'homme, jamais idéalisé, au contraire, cristallisant en lui toute cette trouille en des états divers (nul n'est infaillible, nul n'est à l'abri), avec le doute qui petit à petit s'insinue (il ne s'agit au début que d'obéir aux ordres, sans discuter, et progressivement les certitudes de bon petit soldat se lézardent, les questions, et l'incompréhension, viennent affleurer, s'enraciner, et miner les consciences de chacun et leur faire voir, enfin, peut-être, les choses sous un autre angle.)
Un compte à rebours, temporel, jusqu'au jour de l'explosion finale, de l'abandon de la position et du retour au pays, mais aussi  un décompte des hommes qu'on va perdre progressivement au fur et à mesure de cette anti-épopée (la guerre vue par le très petit bout de la lorgnette , mais à la plus grande échelle possible : le très grand écran dans le bôôô cinéma était comme rempli à ras-bord -et pour une fois, il semble que l'image était complète, alleluïa, alleluïa!) dans un genre de comptine funèbre éliminatoire à la 10 petits nègres : Dix petits soldats allèrent se promener, l'un deux voulut déminer un engin suspect, il n'en resta plus que neuf... / Neuf petits soldats montèrent la garde, l'un d'eux... and so on, où l'arbitraire est posé comme contrainte de l'éliminatoire : chaque fois qu'un soldat quitte la sécurité du labyrinthe souterrain et se risque au-dehors, sait qu'il s'expose, et  risque d'être le prochain.
Il s'agit d'un drame humain(s) bien plus  que d'une tragédie militaire semblent nous dire Joseh Cedar, le réalisateur, et son scénariste Ron Leshem (dont le film est l'adaptation du roman du même nom) . Une chronique, bien plus qu'un épopée. On est scotché devant l'écran pendant les deux heures du film, fasciné. Cette façon d'être très près des hommes, ce refus du spectaculaire, ce goût du détail, cette précision et cette rigueur de la mise en scène, font de Beaufort un énorme moment de cinéma. Quoi de neuf sur la guerre ? écrivait Robert Bobert, Quelle connerie la guerre...  chantait Prévert. Les deux titres auraient parfairement pu convenir à ce grand film-là.

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21 avril 2008

à bicyclette

LES TOILETTES DU PAPE
de Enrique Fernandez et Cesar Charlone

Les films sud-américains, c'est plus fort que moi : j'aime ça ! Et ce n'est pas celui là qui va me faire changer d'avis... Celui-là qui nous vient d'Uruguay, qui fut réalisé à deux têtes et à quatre mains, et qui nous narre les effets de la venue annoncée du pape à Melo, un village trou du cul du monde situé à la frontière Uruguay / Brésil dont les habitants subsistent (survivent) grâce à des petits trafics  en vélo pour les commerçants locaux, rapport à la proximité de la frontière, contrebandiers du quotidien à la merci du "douanier volant",  genre de petit commerçant local lui-aussi, et fieffé salopard qui les rackette selon son bon vouloir.
On s'attache ainsi à la roue de Beto, un rugueux mais jovial fièrement moustachu (plutôt craquant, d'ailleurs), dans ses allées et venues de part et d'autre de la frontière (les mecs, ils doivent se choper des super mollets d'enfer de la mort, vu les kilomètres qu'ils se tapent!) et dans sa vie de tous les jours, avec sa femme et sa fille (dont il aimerait bien faire aussi une future contrebandière, mais qui préfèrerait aller étudier le journalisme à Montevidéo, ce pour quoi la maman économise patiemment, peso après peso.)
L'annonce de la venue papesque (et des milliers de pèlerins associés) met les habitants de Melo en ébullition : voilà enfin une occasion rêvée de sortir un peu de la mouise, en vendant, qui des chorizos, qui des quiches, qui des hamburgers, qui des boissons... tous s'endettent grave et se mettent au boulot sérieux en prévision du grand jour.
Mais Beto a eu une meilleure idée encore : il va construire des toilettes, pour ces dizaines, ces centaines de milliers de gens, qui vont venir faire la queue pour s'y soulager. et sa fortune sera faite. Les parpaings, le ciment, la porte, la cuvette.... chaque élément successif est cause de dépenses supplémentaires (et donc d'allers/retours pour  son petit commerce) et les choses ne vont pas aller en s'arrangeant (problème de genou, problème de cuite, problèmes avec la douane, problème de vélo...) Beto finira d'ailleurs à pied, la cuvette sur les épaules (et c'est à ma connaissance la première fois au cinéma qu'une cuvette de chiottes devient un élément de suspense aussi haletant, genre Beto va-t-il arriver à temps pour que les gens fassent caca ? vous le saurez au prochain épisode...)
Mais, faut pas rêver. Les pauvres sont faits pour rester pauvres. c'est fondamental. Le passage -express- du pape à Melo n'amènera finalement qu'assez peu de monde, qui n'achètera d'ailleurs rien à personne, et n'ira même pas faire caca dans les super toilettes de Beto. La papamobile repartira, et les montagnes de chorizos resteront...
Tant pis, on s'en fout, on aura passé un super moment en compagnie de Beto et des autres habitants du village (excepté les trois acteurs principaux, tous les autres sont des non-professionnels, recrutés sur place, ça en rajoute presque un peu trop dans le style défilé de trognes pittoresques, mais bon, faut assumer, on n'est pas à Beverley Hills, hein...). Une comédie joyeusement grinçante où, sous les dehors de la fable, se glissent des éléments de contestation contre l'exploitation, le pouvoir, la religion...
Comme disent les réalisateurs en ouverture :"Seul le hasard a empêché que les faits, par essence réels, se passent comme ils sont relatés ici."

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(je trouve, hélas, que l'affiche est extrêmement laide)

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(et je préfère l'originale...)

15 mars 2008

jeux d'enfant(s)

L'ORPHELINAT
de J.A Bayona

1) version "dans la salle"

Hmmm, je l'avoue, j'ai -c'est atavique- j'ai une faiblesse coupable pour les films où ça parle en español. Et, comme les films bouh fais-moi peur !, je ne déteste pas non plus, il était normal que j'allasse (que je me rendisse ?) voir le film dont auquel j'ai mis le nom au-dessus de cette chronique, couronné de  lauriers (le film, pas moi...) dans divers festivô et qualifié tiroir-caissement de "plus grand succès du cinéma hispanique" (quoi ? plus que Cria cuervos ??? Voix étranglée d'indignation)...
Donc, la séance  initialement prévue mercredi à 11h que nous avions cochée ayant été supprimée, c'est à celle d'un peu avant seize heures que j'ai retrouvé mon amie Dominique. Petite salle, quelques adotes (pendant un certain temps j'y restai le seul spectateur mâle), avec du pope-corne (en barils), du soda aux extraits végétaux, et -nouveauté !- des bonbons, avec des papiers qui font frrschrrt frrschrrt surtout quand on essaie de les dépiauter discrètement -et donc encore plus lentement- Le tout-venant du ciné le mercredi aprèm', je suppose...
Bon, le film finit par commencer (avec, juste avant, la bande-annonce, plutôt drôle,  du film de Samuel Benchetrit Le jour où je suis devenu gangster, que j'ai très envie de voir) et nos ennuis aussi.  d'autant plus que ne cessent d'arriver des groupes d'adotes, dont certaines, notamment, montent jusqu'au dernier rang (le notre) en s'aidant d'une lampe de poche qui s'avéra être celle d'un portable (à la puissance à peu près équivalente à celle du phare de Noirmoutier), lampe qu'elle nous braquèrent joyeusement dans la gueule et sans états d'âme en nous passant devant (et nous piétinant presque) pour aller s'asseoir à l'autre bout du rang, tout en continuant de pouffer et de discuter quasi à haute voix en s'installant (l'installation fut longue), provoquant notre ire, que je ne trahis que par un soupirun peu fort, tandis que Dominique les interpelait d'un virulent "Vous pourriez vous taire ?" auquel elles n'obtempérèrent d'ailleurs pas immédiatement.
La première demi-heure du film se passa ainsi, avec des grappes d'adotes arrivant à peu près toutes les 5 minutes, et nous, essayant stoïquement et tant bien que mal de rester concentrés, quand arriva un tout petit groupe, mixte (ils étaient deux,) s'installant juste un peu en contrebas au bord à droite, et dont il parut assez vite évident, au bazar qu'ils commencèrent à semer, qu'ils n'étaient pas véritablement venus là pour voir le film. Le siège grinçait, aléatoirement aurait-on pu croire au début, puis beaucoup plus rythmiquement... Ca chuchotait, ça faisait je ne sais pas quoi... Z'avaient envie d'un gros câlinou, visiblement, et il avait fallu qu'ils viennent dans notre salle... Argghh.
C'est encore Dominique qui a réagi, en se levant carrément pour aller tancer les apprentis tourtereaux en question (dont l'élément mâle, d'ailleurs, crut ensuite bon de faire son malin en continuant de chuchoter exprès et assez sottement, en commentant le film, mais à qui heureusement la reprise de leurs activités buccales et linguistiques coupa heureusement assez vite le caquet.)
Pendant ce temps, les mangeuses de pope-corne continuaient de popecorner, les mangeuses de bonbons nous prouvaient que leur paquet en contenait extrêmement beaucoup, les celles qui étaient arrivées 20 minutes après le début étaient reparties 20 minutes avant la fin...
On a eu quand même eu droit à un grand moment de calme (ouffff...) où l'on n'a fait que regarder le film (si si, à peine continuait-on d'entendre les frrschrrt frrschrrt ), avant que les lumières ne se rallument. Est-ce par honte, ou par frénésie labiale (j'ai failli écrire "collage intempestif"...), toujours est-il que le petit couple bruyant est resté en place, comme s'il ne s'était aperçu de rien, et n'a pas moufté, elle de dos, allongée en travers de son siège, le string dépassant du jean comme de bien entendu, lui restant invisible, en-dessous affairé comme un pilote de sous-marin avec son périscope...
Nous les avons laissé là de leurs effusions (peut-être y sont-il toujours, d'ailleurs ), et avons traversé la désolation des sièges du bout du rang (ceux des donzelles retardataires au portable) au milieu des pope-cornes renversés et autres détritus picorables et sucrés répandus.
Et c'est Dominique qui a eu le mot de la fin : "C'est la dernière fois que je vais voir un film fantastique un mercredi après-midi dans une salle pleine d'ados !"

2) version "sur l'écran"

Et le film, direz-vous ? Le début est un peu difficile (exposition maladroite, générique idem : Le papier peint déchiré qui révèle les titres est une fausse bonne idée... ) Dans la famille "il y en a des qui cherchent vraiment les problèmes", voici notre héroïne, ex orpheline, (élevée dans ledit orphelinat en séquence pré-générique), qui hmmm années plus tard, revient au même endroit pour y ouvrir un petit "centre d'accueil pour enfants malades",  avec son mari et son jeune fils, lui aussi orphelin (mais qui ne le sait pas encore) et malade, et qui se met à voir des amis imaginaires (dont un certain Tomas) plutôt joueurs, mais à l'humour particulier. Le temps d'expliquer les règles du "jeu" à sa maman, le bambin disparaît, et la voilà qui se lance à sa recherche. Elle n'est pas au bout de ses surprises...
Visiblement le réalisateur connaît ses classiques, et, hélas, nous aussi, alors, forcément ça déçoit un peu. Mi-Le pensionnat et mi-Saint-Ange, avec un zeste de Poltergeist, une pincée de La maison du Diable, sans oublier Les Autres...  Une histoire (classique) de maison hantée et de fantômes enfantins, que le réalisateur a un peu affaiblie inutilement en multipliant les thèmes et les angles d'attaque (orphelins, enfants morts, vengeance de l'au-delà, farce macabre, mélo familial, placard mystérieux, disparitions, spiritisme, présence invisible...) donc, vue sans déplaisir aucun mais manquant hélas un chouïa d'originalité.
J'avoue que j'ai quand même sursauté quelques fois, quand ça fait tsing! tsing!, et qu'il y a quelques personnages qui marquent : tel enfant avec un sac sur la tête, telle gouvernante inquiétante, telle médium historiquement fripée (quelle émotion de revoir ici la Señora Géraldine Chaplin!), mais le récit est tout de même très emberlificoté pour un résultat, et un final sans -au fond- pas vraiment inattendu : et en plus tss même pas de main sortant in extremis de la tombe pour alpaguer le survivant et le spectateur, du même coup. Ca se voit sans déplaisir, mais bon, il manque quelque chose...
Allons-y donc tant que les places ne sont pas chères, et attendons donc le prochain film du señor Bayona pour savoir si... Mais Viva España!

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10 mars 2008

gentil gentil

(deux pour le prix d'une, d'un samedi hautement culturel)

BE KIND REWIND
de Michel Gondry

Caramba ! Me suis encore fait surprendre. Le dernier (La science des rêves), je l'avais trop attendu,, et il m'avait déçu tout autant. Celui-là, qui m'aurait donné plutôt envie a priori de ne pas le voir, (mais,  l'occasion faisant le larron...) m'a procuré de bien agréables sensations. Des méchants critiques disent que ouais c'est vraiment gentil trop gentil (oui oui, à part Sigourney Weaver en cameo, tout le monde n'est qu'exquisitude, douceur, gentillesse and camaraderie -avec l'accent américain-). Deux copains retournent avec les moyens du bord les films d'un vidéo-club menacé de démolition, cassettes qui furent effacées parce qu'un l'un deux a été magnétisé lors d'un attentat (à l'escabeau ?) contre la centrale électrique locale. L'histoire, on le voit, est du joyeusement n'importe quoi, mais on s'en tamponne. Les deux zozos (Jack Black et Mos Def) qui s'improvisent cinéastes (le notion de "film suédé" devrait, à mon avis, perdurer) font idéalement la paire, Morgan Freeman a une bien jolie moumoute, on apprend plein de choses (?) sur Fats Waller, les bricolages de l'ami Gondry sont revendiqués pour ce qu'ils sont -des bricolages, avec du bric à brac recyclé, du carton-pâte, des machins qui pendouillent- et utilisés en tant que tels, et il y a même, à la fin, un vague parfum de La vie est belle oui oui que Mister Capra n'aurait je pense pas renié (la preuve, j'ai même versé ma larmichette, mais vous me connaissez, petite chose fragile et sensible, etc.) Film qui rend, donc, assez joyeux.

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JUNO
de Jason Reitman

... Comme le fit celui-ci (le suivant, donc, chronologiquement, avec le plaisir de repasser devant le même dé-li-cieux nouveau caissier jeune et barbu mais bon c'est une autre histoire...), sans conteste. Une fable (un conte ?) aux allures "réalistes" (mais, encore une fois, tout le monde y est si gentil que ça ne peut avoir que très peu de rapport avec le monde réel) mettant en scène une adote (Juno, 16 ans, qui donne son titre au film) qui n'a pas sa langue dans sa poche (les dialogues font mouche sans cesse) mais hélas un polichinelle dans le tiroir (le troisième test de grossesse de la journée -Mais enfin comment peux-tu pisser autant ? lui demandera sa copine- le lui confirmera) et donc va  apprendre à faire avec et décider (car elle est volontaire) comment gérer tout ça, et les autres avec. Les parents, la meilleure copine, le grand benêt qui servit d'étalon... C'est absolument délicieux (la donzelle n'y est pas pour rien, mais le reste de la distrib' est au diapason -et à l'avenant-) j'ai ri, souri, fait "ooooh", été attendri, bref, tout comme il faut. Donc je vous le recommande aussi. Instamment. Le genre de film (comme Little Miss Sunshine) dont on osrt avec un sourire un peu niais béat et comme qui dirait un regain de foi en l'humanité.

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8 mars 2008

Les indiens ont des jambes comme des bretzelsLes

Les indiens ont des jambes comme des bretzels
Les indiens sont débonnaires
Les indiens love spicy food
Les indiens sont adeptes de la pilosité faciale
Les indiens rentabilisent au maximum chaque moyen de locomotion
Les indiens aiment les couleurs qui pètent
Les indiens aiment les trucs qui brillent
Les indiens parlent anglais sans utiliser le ch, ni le dj, ni le th
Les indiens ne prononcent pas le r
Les indiens utilisent volontiers la station accroupie
Les indiens aiment les gilets sans manches
Les indiens conduisent sans clignotant
Les indiens utilisent le klaxon, à la place
Les indiens sont souriants
Les indiens vous regardent dans les yeux
Les indiens répondent aux gestes amicaux
Les indiens ont des belles dents blanches
Les indiens sont (souvent) maigrichons (les sikhs, moins, par exemple)
Les indiens sont polythéistes
Les indiens sont très très nombreux
Les indiens font caca au bord de la route sans aucune gêne
Les indiens empochent les pourboires sans les regarder
Les indiens sont désinvoltes
Les indiens décorent les éléphants
Les indiens ne sont pas très férus en desserts
Les indiens peignent les maisons en bleu à cause des moustiques
Les indiens se grattent souvent le sac
Les indiens grimpent sur des échafaudages en bambou
Les indiens boivent du masala tea (ou du kashmiri tea)
Les indiens ont des petits balais sans manche
Les indiens se la remettent volontiers en place
Les indiens ont, comme qui dirait, un problème avec les détails (ou les finitions)
Les indiens sont pacifiques
Les indiens se tiennent souvent par la main, ou le bras
Les indiens ne voient pas la lune dans le même sens que nous
Les indiens veulent vous vendrent des postcards pas chères
Les indiens ont des timbres avec de la gomme, et d'autres pas
Les indiens ont des temples (sikhs) délicieusement kitsch
Les indiens ont des douches approximatives
Les indiens font le ménage désinvoltement
Les indiens sont adeptes du petit jet
Les indiens décorent leurs véhicules et les customisent avec des guirlandes...

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27 janvier 2008

tas de sable

LE ROI LEAR
de William Shakespeare
Mis en scène par Laurent Fréchuret

"Il faut être fou pour se fier à la docilité d'un loup, à la santé d'un cheval, à l'amour d'un garçon, ou au serment d'une putain !" (Acte III, scène 6)

"Tais-toi pot de chambre ! Tronche de rat, grumier, pignouf, poussière de chef, pingouin, patate, pinfre, animalcule, rognon, aïoli, lémurien, pruneau farci, tarte du saint esprit, girouette, voilà ce que tu es, une girouette empalée..." (Acte II, scène 2)

"Le seul malheur à craindre, c'est la fin du bonheur." (Acte IV, scène 1)

Rien à voir ou presque avec ce qui suit, mais j'avais envie de les mettre là, ces phrases de Williamchounet. (j'ai tout de même acheté le texte en sortant...) DONC, je pleure très souvent au cinéma, mais par contre très rarement, voire quasi jamais, au théâtre. Et pourtant c'est arrivé, devant cette pièce-là. Je l'avoue, à cinquante balais passés, je le connaissais bien un peu de nom, ce roi Lear-là, mais pas plus. Je déteste lire le théâtre, et je n'avais jamais eu l'occasion de voir la pièce... Là, bien obligé, puisque j'ai pris un abonnement, gloutonnement,  pour la saison entière, avec donc des hauts et des bas (la dernière "pièce" par exemple, nommée Tryptique, fut une cruelle et brutale déconvenue... Autrement dit, quelle merde ! ) Là, je partais, l'esprit quasiment vierge, avec juste cette précision de mon amie Christine concernant la QV* (je devrais même dire la QALV**) qui lui avait fait me recommander de "ne pas me mettre trop loin" (je suis un peu maniaque : je sais qu'ils ouvrent les portes une demi-heure avant, donc j'arrive une demi-heure avant.)

Je ne vais pas vous raconter toute l'histoire, ça serait bien long, sachez juste que c'est très shakespearien : il y a un roi (Lear, donc) qui décide de partager son royaume entre deux de ses trois filles suite à la question "Qui-c'est-y qui m'aime le plus, hein ?" et déshérite la troisième, Cordélia,  parce qu'elle a répondu sincèrement. Les deux premières filles vont s'avérer être de fieffées salopes, et ingrates de surcroît. Il y a aussi Gloucester, un ami du roi, flanqué d'un fils légitime (Edgar) et d'un bâtard (Edmond), et qui va déshériter son bon fils (Edgar) suite aux manigances affreuses du bâtard. et il ya enfin Kent, un noble que Lear chasse parce qu'il a pris le parti de Cordelia, mais qui revient déguisé pour continuer à aider le roi, qui perd un peu les pédales suite aux exactions de ses deux filles susnommées pas si chéries que ça. Il va y avoir de rudes empoignades, des complots, des trahisons, un nombre impressionnant de missives rédigées et distribuées (ou non). Et puis des travestissements divers (Kent, puis Edgar en "pauvre Tom" (c'est lui qui passe un bon moment avec le kiki - qu'il a par ailleurs extrêmement jovial -à l'air), et même Lear, très bucolique...) Et de la violence, verbale (des menaces aux injures, des ricanements aux malédictions), physique (du sang coulera, et  à plusieurs reprises) et même météorologiques (une homérique scène d'orage nocturne...) Jusqu'à une fin toute shakespearienne : beaucoup mourront, de mort violente ou pas, les méchants succomberont, le gentil triomphera (mais hélas la gentille elle ne passera pas l'hiver...)
Trois heures de spectacle, avec des comédiens qui se donnent à fond, où, sur une nouvelle traduction de Dorothée Zumstein, on déguste les mots de William S. Et ça y va, je vous garantis. On passe du trivial au sublime, de la galipette à l'affliction,  de la rigueur à l'exhubérance, de la bluette à la tragédie, comme ça, et ce, jusqu'au bout, sans aucune faiblesse.

La scénographie est exemplaire et minimale : plateau nu. Rien, ou presque (juste trois châteaux de sable) à l'arrivée en scène des comédiens, qui surgissent tous d'un coup comme ça, à vue, woof!, en costumes chamarrés, soudain posés sur scène, face public, immobiles, tout en regards, comme pions d'un jeu d'échec. Mais je ne vous raconte pas l'état dans lequel sera le susdit plateau à l'entracte ! Et quelques mouvements de penderillons. C'est par la lumière - virtuose- que se font les changements de scène, les transitions, impeccables toujours (je dirais "au rasoir"). Entrées, sorties, images fixes, fondus au noir, apparitions, disparitions, substitutions, éclairs, ombres. Fumées aussi. En plus du plateau, les comédiens occupent aussi le premier rang des sièges de la salle, assistant ainsi, de temps en temps, aux aléas de leur propre histoire.

J'ai pleuré, donc, et ce, à plusieurs reprises (une scène sublime et parfaitement silencieuse - personne alors dans la salle n'osait plus respirer - de la mort d'un père dans les bras de son fils, mais aussi, par exemple, plus tard, d'une scène de bataille, simplement figurée par les acteurs tournant en rond sur le plateau... ) mais j'ai pas mal ri aussi (bon, à la fin, tout de même pas trop, c'est quand même plutôt noir !), en tout cas, j'ai été, comme tous les autres spectateurs visiblement (il y avait beaucoup de monde ! plein les escaliers, même !) constamment fasciné, subjugué, émerveillé, par tant de simplicité et donc par tant de force. La mise en scène est admirable (je vous répète que je suis rarement sorti d'une pièce chamboulé à ce point...), et la direction d'acteurs se situe à la même hauteur, au même niveau d'exigence. Et la musique aussi ! (utilisée pourtant assez parcimonieusement). Et les costumes donc ! (le parti-pris de mêler et d'alterner vêtements "classicos shakespearian"  et costumes "normaux" ou "contemporains" (il faut voir, dès le début Kent passer du pourpoint au treillis + doudoune flashy) pouvait sembler a priori risqué, mais, comme tout le reste,  ça fonctionne à merveille.

La distribution est chatoyante, somptueuse, extrêmement homogène, comme un manteau royal déployé autour de la royale présence de Dominique Pinon, très touchant en monarque tour à tour  humain, idiot, violent, injuste, pathétique. les acteurs, il faudrait tous les nommer. Avec le plaisir des mots chevillé au corps (ou le contraire, ou, mieux encore, les deux en même temps.) Tous les treize. Ils sont donc tous . (Vous avez la distribution, les lieux et dates, la bande-annonce...) J'aime Kent, j'aime Le Fou, j'aime Edgar ("Pauvre Tom a froid..." ), j'aime les deux frangines Régane et Goneril (ça fait un peu noms de médicaments, non ?)...

C'était la dernière, et le public ne s'y est pas trompé, (la durée des applaudissements fut éloquente) qui ne semblait plus vouloir s'arrêter  Ils ont même rallumé dans la salle, au nième rappel, pour que les acteurs puissent voir la vibrante et bruyante émotion que manifestait l'auditoire. Et ça faisait plaisir,  l'émotion et la joie, en miroir, dans leurs yeux à eux aussi.

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* : Quéquette visible
** : Quéquette assez longtemps visible

21 janvier 2008

noël au scanner...

24 MESURES
de Jalil Lespert

(raclemnt de gorge un peu embarrassé...) Jalil Lespert, je l'aime bien. En tant qu'acteur, je veux dire. Là, on ne le voit pas, puisqu'il est derrière la caméra. Et je suis allé voir son film, et j'en suis sorti  moyennement emballé.
Il nous a écrit un petit Conte de Noël à sa manière. La nuit du 24 au 25, mais sans sapin, sans dinde (quoique...) sans bûche (re-quoique). Petit Noël des enfants sans joie, et sans joie, c'est rien de le dire... Comme un calendrier d'avent, à chaque séquence on ouvre une nouvelle fenêtre : succession de vignettes pas tout à fait sans rapport entre elles (tiens une prostituée peroxydée (qui veut voir trop tôt son fils en famille d'accueil), tiens un chauffeur de taxi qui pète les plombs (il a un flingue), tiens une lesbienne pas complètement assumée (bon, elle est quand même sapée par Hedi Slimane), tiens un batteur qui fait face à une grande pointure du jazz ("no solos..."), tiens ils se retrouvent plus ou moins tous en boîte, et tiens, à la fin, qui est-ce qui est mort(e), hein ?), sur le principe de marabout de ficelle. A rencontre B, se fait renverser par C et croise D qui vient de se venger de E et a envie de coucher avec C...
Un Catalogue de la Déroute où ce sont les destinées qu'on solde. Noir c'est noir, et à la fin, trop c'est trop. Pourtant les acteurs sont plutôt pas mal (Lubna Azabal que j'ai d'habitude un peu de mal à voir est ici tout à fait supportable, Magimel se tient bien et Bouajila est frisé comme un mouton noir, Archie Shepp ne se la joue pas trop... et on a même droit à des apparitions de Xavier Beauvois, Clothilde Hesme, et Marisa Berenson!)
Comme a dit Nicolas (qui aime bien aussi Jalil L.), "Allez, on dit que pour un premier film, c'est pas mal ; on lui accorde le bénéfice du doute..."

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19 janvier 2008

parapluie bleu

LUMIERE SILENCIEUSE
de Carlos Reygadas

Silencieuse, la lumière, et le film l'est aussi. Pas la moindre note de musique pour l'agrémenter, ni avant, ni pendant, ni après, excepté un extrait des "bonbons" de Brel (chanson que, innocemment, je n'avais crue susceptible d'être taxée d'homophobie, ce que pourtant il s'avéra.)
L'horloge (tictactictac) a tourné (quasiment deux tours et demi) on l'a arrêtée, on l'a redémarrée... Le temps passe, et Reygadas le prend (son temps). Le film s'ouvre sur un lever de soleil (quasi en temps réel) et se clôt sur un coucher du même. (Habile, on peut ainsi se  repasser le film en boucle!). "Entre les deux, mon coeur balance, je ne sais pas laquelle aimer des deux..." (air connu) sauf qu'ici pas question de rigoler. On est au sein d'une communauté genre mormons hollandais installés au Mexique, 50% prière et 50% travaux des champs. Et voilà que Jonas (le héros) doute, entre son épouse (qui lui a donné une ribambelle d'enfants blonds et gracieux) et sa maîtresse (qui lui fournit étreintes torrides et culpabilité). Que faire ?  Aller de l'une à l'autre, (certains ont le cul entre deux chaises, lui a le coeur entre deux femmes)jusqu'à ce qu'un accident cardiaque bienvenu... (mais on ne sera alors qu'à la moitié du film)
Je l'avoue, j'ai somnolé un chouïa, au début (Plans séquences "didactiques" étirés sur le lever de soleil, la prière du matin, la traite des vaches, l'ensilage du maïs. Comme dirait l'autre "C'est beau mais c'est spécial..." Oui c'est beau, très beau, mais...) jusqu'à ce qu'une coupure bienvenue ramène les lumières dans la salle et le sursaut salutaire qu'attendait mon intellect embrumé. On redémarre. Et le reste passe très bien. C'est vrai, après, je ne me suis pas ennuyé une seconde. Peut-être que j'avais pris le rythme.
Les critiques ont exagéré (surtout celui de Libé après la projection à Cannes) ce n'est pas prétentieusement imbuvable, c'est juste sérieusement ambitieux. Et le résultat n'est pas forcément toujours à la hauteur de ces espoirs-là. C'est impeccablement composé, d'accord, et il y a, comme toujours chez Reygadas, des scènes qui en jettent (bien que, par exemple, le voyeur en moi ait été déçu, puisque, hélas, pas la moindre quéquette visible, mais c'est vrai que l'ambiance (surtout dans la deuxième partie) n'est pas vraiment à la gaudriole  et aux chapeaux pointus).
Comme si le réalisateur s'était dit Je vais en remettre une louche : encore un peu plus de beau, encore un peu plus de long, (et de sérieux, et de mystique et d'épure) et avait voulu mettre en place un genre d'hyper-hyper-réalisme. (non, je ne bégaie pas!) On contemple, on admire, mais, comment dire, c'est un peu étouffant parfois... il manque quelque chose.
Tout ça pour dire que j'ai été  moins séduit par celui-ci que par le précédent (Batalla en el cielo) où se passait vraiment pour moi quelque chose de neuf, question cinéma. Là on serait plutôt en terrain plus... connu.  Oui, c'est beau, très beau, mais...

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22 décembre 2007

barbe

MA VIE N'EST PAS UNE COMEDIE ROMANTIQUE
de Marc Gibaja

(smiley aux joues roses de honte) Dès que j'ai vu la bande-annonce, j'ai su que j'irais le voir. Et pour deux raisons complètement non-cinématographiques  : Gilles Lellouche et sa barbe. Voilà c'est dit. Depuis que je l'ai vu dans Ne le dis à personne, ce mec-là me fait bander (désolé, il n'y a pas de mot plus juste). Le genre de bourrin hétéro qui me fait fondre comme un chamallow sur braise.
Marie Gillain est mimi, le film est bofbof (des hauts, des bas), pas désagréable mais absolument pas inoubliable. Le truc sur l'amitié sexuelle est pas mal. Les clins d'oeil à Quand Harry... plutôt sympathiques.
Oui oui, il a vraiment une belle barbe et un sourire craquant (mais il sourit rarement).

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21 décembre 2007

us et coutumes

LA VISITE DE LA FANFARE
de Eran Kolirin

Un bus blanc un peu pourrave démarre. Derrière lui, on découvre, impeccable, la Fanfare de la Police d'Alexandrie, que personne hélas n'est venu attendre à l'aéroport. Voulant se débrouiller tout seuls comme des grands, nos égyptiens vont prendre un bus pour une mauvaise destination, et se retrouver en rade pour une nuit dans un patelin genre trou du cul du monde, où ils vont, tant bien que mal (anglais approximatif), essayer de communiquer avec les autochtones (israeliens, donc) pour que cette brève cohabitation -forcée par le destin- se passe le mieux possible.
Une nuit, donc, pour l'essentiel du film. Les huit musiciens de la fanfare  seront logés à des enseignes diverses, et le réalisateur s'amuse à suivre tel ou tel, dans une suite de tableaux tour à tour (ou simultanément) drôlatiques ou émouvants, à la théâtralité revendiquée.
Entre le rire et les larmes, bref, comme la vie. Un repas du soir israelo-égyptien un peu "coincé", une "leçon de drague" muette dans un dancing où on commence à empiler les chaises,  un concerto qui trouve un développement dans une chambre d'enfant, une conversation dans un fast-food désert, une scène d'adieu entre une femme et huit hommes...
Un film, comme ça, juste avant Noël, qui vient, mine de rien, nous parler de fraternité et d'espoir ça fait du bien (la dernière fois, c'était entre les français et les allemands, d'après une histoire vraie, on a parlé de bons sentiments, ici c'est entre juifs et musulmans, d'après un fait-divers vrai , lui aussi, mais, comme ajoute le réalisateur "qui s'en souvient ?"), ça vient vous dire des choses douces dans le creux de l'oreille sans parler fort ni faire de grands gestes.
On sort de là ravi. Sourire béat :  optimisme, utopie, candeur, qui sait... Un premier film épatant (je reprends le mot de Zabetta), idéal de douceur, de tendresse sous des abords pince-sans-rire, (on ne serait pas très loin de l'univers d'Elias Suleyman) avec la présence solaire et splendide de Roni Elkabetz, impériale,qui irradie littéralement face à tous ces mecs plus ou moins coincés, fragiles, cabossés, maladroits...
Un coup de soleil, un peu de chaleur, ça fait sacrément du bien par les temps qui courent...

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26 novembre 2007

english breakfast

A VERY BRITISH GANGSTER
de Donal McIntyre

Où "la réalité dépasse la fiction". Vraiment (et ce n'est pas un effet de style). Voici Dominic Noonan, un vrai caïd du vrai Manchester de la vraie Angleterre, sa vraie famille, sa vraie vie (ou ce qu'il veut bien en dire.) Au début le film amuse, c'est monté speed, il y a de la bonne musique, et ce bon gros chauve à lunettes plutôt souriant avec ze big gourmette, bagouzes aux pouces blingbling, portable en sautoir, paraît juste trop gentil pour être honnête. Il fait la loi (gentiment) dans son quartier, où il remplace la police, règle les querelles familiales ou de voisinage, etc. Pour un peu, il ferait traverser les petites vieilles...
On sourit déjà un peu moins lorsque le portrait devient plus précis (réaliste ?) : le business, le fric, la "famille", les procès dont il sort toujours innocent et blanchi comme l'agneau qui vient de naître, la taule, la religion (!) et jusqu'à ses préférences sexuelles (il se revendique désormais comme gay -tiens, pour une fois qu'il y en a un qui ose le reconnaître...-, car, comme le souligne délicatement l'interviewer "il préfère la banane à la figue".)
On a sans cesse l'impression qu'on assiste à une fiction plutôt bien goupillée, qu'une armada de scénaristes a peaufiné ce portrait plus vrai que nature, les réactions, les rebondissements, les interviews, et pourtant il semblerait bien que tout cela soit réel, de a jusqu'à z (je pense qu'il faudrait un deuxième alphabet complet pour inclure ce qui a été "omis".) Et ça fait un peu gloups! dans la gorge.
Ce qui fout encore plus les jetons, ce sont les autres membres (mâles) de la famille, notamment son frère Desmond, "exécuteur" addict au crack (la scène où il est interviewé est à la fois drôle et glaçante),  qui finira d'ailleurs au cimetière lors d'une grandiose scène en grande pompe pince moi je rêve c'est Le Parrain ou quoi ? Mais, plus, encore, c'est la jeune génération : les jeunes lieutenants embauchés par Noonan comme garde rapprochée (en tant que bras droit, bras gauche et bras du milieu) qui avouent sans ambages que "les anciens (gangsters) tuaient et détroussaient pour (sur)vivre, se défendre, tandis que eux le font pour l'adrénaline, pour le fun, parce qu'ils kiffent ça...", et, de la même façon les gamins de la vraie famille : le plus jeune fils de Noonan "sur la photo il a l'air d'un ange, mais c'est un sacré petit salopard" (Noonan himself), les cousins, filleuls, tous semblent vivre dans un autre monde que celui des braves gens. Ailleurs, années-lumières. Et semblent trouver ça agréable et plutôt normal.
Comme disait Zabetta en sortant, on se croirait dans du Ken Loach... Mais là c'est du vrai. La Grande-Bretagne des petites gens est sinistrée (Merci Maggie!), la démerde (et donc la violence, ou l'illégalité) sont devenues la norme, question de survie.
Le film a obtenu le Grand prix au Festival du Film policier de Cognac. C'est la première fois qu'un doc l'obtient, mais c'est indiscutablement mérité.

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23 novembre 2007

manifestations

DE L'AUTRE CÔTE
de Fatih Akin

C'est très beau, c'est très fort, c'est très bien fait (et c'est énervant de penser que le réalisateur a à peine trente et quelques années, tant de talent, c'est indécent, c'est agaçant, et en plus il est craquant... tiens me lancerais-je dans la critique blonde ?)
Venant après le très destroy Head-On et le joyeusement bordélique Crossing the bridge, De l'autre côté pourrait, à première vue, ressembler à une respiration apaisée. On pourrait même parler de film de la maturité, s'il n'en avait pas déjà fait preuve, notre Fatihchounet, dans ses opi précédents, de maturité grave.Il est, encore une fois, question de racines, (et de déracinement), d'affection (et de désaffection), de familles (et de défamillement ?),  avec toujours ce très grand écart, géographique, affectif, social, douloureux entre la Turquie et l'Allemagne.
Le film est divisé en trois parties, la première, grosso modo,  met en jeu un père, sa maîtresse et le fils de celui-là, la seconde, tourne autour d'une mère, sa fille, et la maîtresse de celle-ci (qui est la fille de la maîtresse du père du premier segment, mais aucun des personnages ne le saura), ces deux parties "annonçant la couleur" par leur titre ("la mort de Yeter", "la mort de Lotte"), tandis que la dernière partie se décentre sur un autre triangle : la mère, du fils et de la fille, avec à la toute fin (assis,face à la mer, très Barton Finkesquement) l'amorce peut-être d'un nouveau lien (ou plutôt d'un lien renoué, retrouvé). Certains (clic clic Hervé) n'ont pas aimé les coïncidences, moi, ça ne me gène pas, bien au contraire!
Comme je l'ai dit plus haut, c'est très fort, mais en même temps très finement fait. Les personnages, comme tout un chacun, sont doubles (ou tout du moins duels) : Le papa turc est parfois un sacré rigolo et d'autres fois un vrai sale con, (très jolie scène avec son fils, où, mangeant une glace, il lui demande tout à trac "Et en ce moment, tu baises qui ?" sur le ton de la conversation la plus badine), la maman allemande (Hanna Schygulla, retrouvée, après toutes ces années, merveilleuse) est parfois une vieille réac rigide et d'autres fois  profondément humaine...
Ces êtres sont incomplets, en recherche, double ou moitié, bref ce qui manque ce qu'on cherche ce qu'on a perdu... Et leurs trajectoires sinuent, zigzaguent, parfois se brisent ou simplement s'infléchissent, dévient. La vieillesse, la solitude, l'engagement, la sagesse, le savoir, l'amour... Tous ces liens qui nous lient ou délient, qu'il faut parfois avoir le courage de rompre, ou au contraire de renouer... Etre capable d'affirmer un choix, une révolte (d'ailleurs les deux premières parties débutent chacune par une manif'... C'est dans l'air du temps, hein ?)
On sort de là les yeux pas trop secs, le coeur un peu chamboulé, la tête... apaisée ? Merci, Fatih! (j'aimerais de tout coeur être capable de dire merci en turc...)

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12 novembre 2007

étoiles

LES PROMESSES DE L'OMBRE
de David Cronenberg

Trrrès trrès éprrrouvante experrriment (hmmm difficile beaucoup je écrrrire française langue comme dans française verrrsion du filmovitch de Crrronenbergskaïa) oui oui (smiley avec les joues roses de honte mais c'est pas de sa faute parce qu'il n'y a pas dans la région de copie en vo) je l'ai vu hier soir en version française  et je le dis bien haut, cette version française est calamiteuse. C'est bien ce qui m'avait semblé en voyant la bande-annonce (effroyable aussi avec tous ces "russes" qui parlent "français" en roulant des r et en plaçant mal exprès l'accent tonique) mais je me suis fait violence (quelle histoire!) y  amenant même  une copine!) et me suis décidé.
J'ai pensé, dès le départ (couic! un meurtre au rasoir avec   la gorge ouverte et  le sang qui pisse et qui fait bllllglllgllllll à gros bouillons) que j'avais peut-être fait une erreur (oui oui en plus j'avoue j'ai horreur des histoires de mafia, qu'elle soit italienne russe américaine ou même tonkinoise...) et la première demi-heure semblait bien hélas me donner raison : Naomi Watts est blonde et naïve (comme dans Mulholland Drive), Vincent Cassel est énervé et insupportable (comme d'habitude), Armin Mueller-Stahl est un immonde salopard à l'air bon dieu sans confession (comme dans Music Box), Viggo Mortensen est impénétrable et impressionnant (comme dans History of Violence), rajoutez la mafia, la violence omniprésente et, dirons-nous, complaisante, et, indéniablement, on se dit que, oui, ça démarre mal. J'ai d'ailleurs dit à ce moment à ma copine "je déteste ce film", et, à sa proposition de quitter la salle, j'ai tout de même résolu de  laisser au film encore une petite chance...)
Mais cette histoire de mafieux russes in London, de jeune prostituée ukrainienne droguée violée enceinte et assassinée, soignée (en vain) par une infirmière blonde et pure, qui ô hasard tombe sur le journal intime de la pauvrette (journal qui va nous être lu par bribes, en fil rouge et en voix off tout au long du film, mais encore une fois hélas avec ce grotesque accent ukrrrainien, ce qui nuira encore une fois à l'émotion de l'entreprise), et qui, mettant le nez dedans va passer de l'autre côté, dans le monde glauque du crrrime organisé  tovaritch avec beaucoup vodka beaucoup tatouages virils et langage idem (une femme ici ne peut être qu'une salope ou une pute, sauf babouchka, et encore rien n'est moins sûr) tueurs impassibles gorges tranchées  guerre des gangs, et trrrès méchant parrain cruel qui veut rrécupérrer jourrnal pauvrre Tatiana, avec fiston un peu taré sur  borrrds (de la Tamise ou de la Volga?), sans oublier bortsch balalaïka et kazatchok, mais qui (l'infirmière du début de la phrase, vous suivez ?) va trouver peut-être amourrr en croisant les yeux du tueur impassible quand il enlève ses lunettes noires et vient lui rapporter  sa moto qu'il vient de réparer, cette histoire donc, pourrait sembler banale et déjà vue (et convenue ? oui, et convenue) pour qui fréquenta jusque là assidûment la filmographie de David C., (remember Crash, La mouche, Vidéodrome, Faux-semblants...) et serait donc en droit de penser que le susdit a déjà été, dans ses oeuvres, plus original  plus audacieux et plus dérangeant (la violence à l'écran n'étant pas pour moi un signe d'originalité ni d'audace).
On en donc là de ses ronchonneries cinéphiles lorsqu'on réalise que tiens on maugrée un peu moins, tiens on regarde soudain avec un peu plus d'attention, et que petit à petit on s'intéresse à tout ça. Non seulement les faits et les situations, mais aussi comment dire... les articulations souterraines de cette histoire, les muscles et les nerfs mis en oeuvre sous l'épiderme de cette histoire, et, plutôt qu'à ce qui est raconté, on s'intéresse à la façon dont c'est raconté.
Et c'est vrai que Viggo Mortensen y est (de plus en plus) pour quelque chose, dans cet intéressement progressif. La pub, les journaux spécialisés, les interviews promo nous l'ont vendu comme  "un corps mutant" (il fallait bien justifier sa présence, raccrocher son apparence à la problématique des films antérieurs de Cronenberg, qui n'a jamais caché sa fascination pour ces altered states, ces états intermédiaires (homme / machine, normalité / folie, humanité / monstruosité), bref on n'allait pas juste vous dire "Il joue un gros bourrin musclé tatoué de partout").
Je dois reconnaître que j'ai une aversion quasi viscérale pour les tatouages, surtout en aussi grand nombre (il y a longtemps, dans Indian Runner, de Sean Pen, Mortensen jouait déjà un frangin poly-tatoué dont les apparitions me gâchaient un peu le film, oui oui je suis une petite chose fragile) et que le film joue là-dessus, avec un genre de fascination morbide (regardez ce qu'est un homme, un vrai de vrai corps d'homme, un tatoué, et russe bien sûr!) puisqu'il y consacre avec gourmandise tout son générique de fin. Mais cet homme, aussi illustré en surface qu'opaque à l'intérieur est, c'est certain, l'axe central de toute cette machinerie somme toute un peu énervante et vaine. Le pivot, le coeur du mécanisme.
Il sait extrêmement bien rester en-dedans de lui même, rien qui dépasse, aussi expressif qu'un bloc de glace juste sorti du frrrezerrr (plus froid encore qu'ukraine et kamtchatka rrréunis boljemoï ça me reprendrrre) mais, en même temps il a une façon très personnelle d'émettre des signaux infra-émotionnels (dur à expliquer : il fait passer des choses mais parfois sans manifester aucune émotion apparente...) et quand il passe à l'action, alors-là, mamma mia!
Il y a dans Les promesses de l'ombre (quel titre idiot, d'ailleurs!) une scène après laquelle le film entier bascule, vous avez dû en entendre parler, c'est celle dite "du hammam". Doublement sidérante, à la fois par l'extrême violence des combats qui y sont montrés, et aussi par le fait que Nikolaï (Viggo Mortensen) la joue comme on est dans un bain turc, c'est à dire complètement à poil. Je l'ai regardé assez attentivement (évidemment, dès qu'il y a un homme nu quelque part...), mais ma copine qui s'était caché les yeux m'a confirmé que "juste avec le son, c'était aussi horrible".
La deuxième scène forte c'est la scène finale, au bord de l'eau : quatre protagonistes mais avec une quantité de filiations et de liens familiaux possibles : amant et maîtresse, amant et amant, mère et fille, frère et frère, etc. (le sous-texte gay clignotant ici joyeusement) mais finalement rien ne se termine tout à fait comme on aurait pu croire...
Au final, donc, un sentiment mitigé (je suis par curiosité allé voir les étoiles critiques décernées sur allociné point freu et ouh lala tout le monde ou presque y va de son quatre étoiles carrément. Je me retrouverais donc plutôt dans la mouvance l'Huma ou Ouest-France -mais j'assume tout à fait-) de quelque chose qui a très mal commencé et se finirait plutôt très bien (cinématographiquement, je veux dire), sans qu'on puisse exactement expliquer ce qui s'est passé...

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29 août 2010

five

coïncidences...

avec tout ça, j'ai complètement oublié de

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souffler les cinq bougies de ce blog
(j'étais à Paris, ce jour-là, et non seulement j'ai vu le film d'Apitchounet, mais j'ai aussi acheté le dvd de Five, de Kiarostami...)
Mon dieu, cinq ans déjà, bon anni mon blog,  et oui, oui, je persiste et signe...

7 septembre 2015

vuzaparis

(Dans l'ordre chronologique... il était temps!)

1 CEMETERY OF SPLENDOUR (PP) *****

... Que dire de plus ? un de mes films chéri-chéris de l'année

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2 DEEPHAN ****

Un post est en cours de rédaction... Curieusement, je l'ai trouvé plutôt moins dur que les films précédents de Jacquounet Audiard, toujours aussi fasciné (béat d'admiration) par le caïds et les petites frappes...

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3 LES SECRETS DES AUTRES ****
de Patrick Wang

J'ai raté le premier film du monsieur (In the family, et celui-ci pourrait d'ailleurs s'intituler In the family 2) et du coup, j'y allais un peu au petit bonheur, juste au vu de la bande-annonce (qui n'en raconte juste pas assez trop). Petit bonheur, justement, et même bonheur tout court... Une famille "moyenne", le papa, la maman, le fiston (en surpoids) la soeurette (en révolte) et la demi-soeur (en cloque). Il y a encore un autre personnage, absent, dont on va découvrir la présence progressivement, et l'importance qu'il a, en creux, dans l'histoire de cette famille. Un filmage magnifique, utilisant les surimpressions, le flou, le ralenti pour passer d'une strate temporelle à l'autre. Des séquences belles à pleurer (et j'ai pleuré, d'ailleurs). Un grand bonheur de cinéma.

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4 FRENCH CONNECTION ****

J'y suis allé parce que je ne l'avais jamais vu, à lépoque de sa sortie (je n'en avais pas du tout eu envie), qu'il ressort en copie neuve, et que dans la bande-annonce, Gene Hackman est vachement bandant. Le film n'est pas du tout un nième polar des seventies de came et de truands de plus, mais bien la description minutieuse d'une obsession (oui, on est bien chez Friedkin...). Hackman y est effectivement à couper le souffle. Au moins autant que "la" poursuite automobile/métro.

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5 LES ROIS DU MONDE (PP) ***

L'affiche était prometteuse (y jouent trois homme que j'aime énormément : Lopez, Cantona et Gouix, d'autant plus qu'il y en a deux qui se roulent une pelle dans le film je ne vous dis pas lesquels), le film tourne autour d'une Céline Sallette solaire (qui, ô joie n'est ni zonarde ni shootée ni malheureuse, au moins au début...) Dommage que la situation se grippe assez vite, dans ce village de Casteljaloux. Les personnages font du sur-place (Lopez, notamment en fait des tonnes, je devrais plutôt dire des litres, Gouix et Cantona sont résumés à des clichés, quant à Romane Bohringer elle est scandaleusement sous-employée). Et Céline Sallette finit vraiment très malheureuse (et le spectateur aussi).

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6 BOYS ****
Vu un matin au MK2 Beaubourg (ça ne passait d'ailleurs que le matin). Une belle histoire d'amour, de premier amour (l'affiche dit juste) entre deux jeunes gens, qui font partie de la même équipe (!) et s'entraînent pour une course de relais. J'adore ces histoires, les premiers émois adolescents, les tâtonnements, les hésitations, les "- Je ne suis pas gay..." "-Mais bien sûr que non...", et la jolie fin, qu'on espérait bien entendu depuis le début. Aussi jolie que les deux protagonistes. Délicieux.

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7 UNE FAMILLE A LOUER ***

J'ai longuement hésité : Y aller ou pas ? J'étais à l'UGC juste à l'heure de la séance, et j'avais un trou de deux heures. Et puis il y avait Benoît Poelvoorde. Eh bien c'est plutôt une bonne surprise, dans ce créneau a priori sans surprise de "la comédie formatée"... je l'ai préféré  au film précédent de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes, avec, déjà, Benoït Poelvoorde). Le couple-vedette fonctionne bien (lui en rajoutant dans l'engoncé et elle dans la surchauffe), et on voit même une Edith Scob très convaincante en mère désaimante. Les enfants me convainquent moins (on les dirait castés pour une pub l'ami-Ricoré-de-la-famille-recomposée), mais, encore une fois, tout finit bien, exactement comme on l'avait deviné depuis le début, (et François Morel est grand.)

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8 LE BOUTON DE NACRE (PP) ****

J'avais raté Nostalgie de la lumière, et j'ai donc saisi ma chance avec celui-là. Bonne pioche. Un documentaire chilien fascinant, qui démarre en nous parlant de la place de l'eau dans l'univers et se clôt sur les horreurs commises pendant la dictature de Pinochet, en évoquant les derniers survivants des tribus indiennes qui peuplaient le pays avant l'arrivée des conquistadors. Un récit comme au fil de l'eau, qu'on suit en écoutant le voix du réalisateur. Emouvant, impressionnant, bouleversant.

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9 VENTOS DE AGOSTO ****

Failli ne pas le voir (il ne passait qu'à une séance par jour au Luminor). J'ai bien fait d'insister. Encore un film brésilien passionnant (même s'il est très court et quasiment documentaire), construit autour d'un personnage de femme forte, et qui faisait parfaitement le joint avec le précédent, puisqu'il y est aussi beaucoup question d'eau (la mer, surtout). C'est très humide mais très chaud (avec une très jolie QV). Il y est aussi question des cimetières marins , et, accessoirement, d'un cadavre bien encombrant. J'ai vraiment beaucoup aimé ça.

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10 LA NIÑA DE FUEGO ***

Comme pour Une famille à louer, j'ai hésité parce que j'avais deux heures de libres, que c'était pile-poil le début de la séance, mais, surtout que je l'avais déjà vu (et pas trop aimé). J'y avais effectivement beaucoup dormi, et j'ai donc mieux compris certaines choses, et accessoirement un peu tempéré la sévérité de mon jugement initial (c'était le troisième film de la journée, quand je l'ai vu pour la première fois). Je maintiens qu'il se prend vraiment trop au sérieux, mais tout ça est plutôt bien fichu...

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11 LES MILLE ET UNE NUITS 2 LE DÉSOLÉ ****

J'ai vu le deuxième volume tout seul, et c'est celui que j'ai préféré dans la trilogie (même si je me suis un peu assoupi pour la première histoire, le reste est vraiment impeccable). J'adore l'histoire des Larmes de la juge, et celle du petit chien aussi...

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12 LES MILLE ET UNE NUITS 3  L'ENCHANTÉ***

... Et j'ai enchaîné aussitôt sur le troisième, avec Céline et David, cette fois, et je dois dire que si j'ai beaucoup aimé la première histoire (celle de Shéhérazade), je me suis beaucoup ennuyé à la seconde (celle des pinsons), qui aurait pu sans problème durer une heure de moins; (et c'est dommage de terminer, justement là-dessus, il aurait pu juste intervertir les deux.) Ceci confirme que, si Miguel Gomes est un cinéaste talentueux, il ne fait pas partie de mes chéris-chéris préférés.

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13 FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS ***

... Et celui-là, pour fêter mon dernier jour, je l'ai revu avec grand plaisir, ça m'a rappelé ma jeunesse, les actrices sont grandioses, Banderas est tout jeune et tout mimi, les hommes sont des salopards et le gazpacho assaisonné aux somnifères. L'Almodovar que j'aime, celui des débuts, le chauffeur de taxi péroxydé, les doigts joyeusement dans la prise de la Movida...

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15 avril 2006

bozarts

(étudiants)

celle qui collectait les listes de courses
celui qui avait oublié son bonnet dans la salle des 3ème année (que j'ai récupéré et perdu à mon tour)
celui qui collectait les billets de trains
celle qui voulait un zap book à spirales
celle qui collectait les jupes
celui qui collectait le plastique à bulles
celui qui avait un gilet pare-balles
celui qui avait un bonnet péruvien
celle qui faisait des menus pour ses poupées avec Publisher quand elle était petite
celui qui vomit quasiment à chaque soirée
celui qui a suivi une cure de désintox à 15 ans
celui qui est aussi sapeur-pompier
celui qui montre toujours l'élastique de son calbute quand il se penche
celui qui était toujours en train de lire Alice au pays des merveilles
celui qui grave (et sculpte aussi) des petites bestioles (mulots, campagnols, loirs, taupes, etc...)
celle qui est aussi costumière
celle qui travaillait sur les cartonnages de bouteilles
celle qui travaillait sur les boites de poupées
celui qui ne boit jamais de café
celui avec qui on ne manquait jamais de chanter Maréchal nous voilà quand on se croisait
celui qui était fou de spéléo
celui qui se représentait sous l'image d'un rouleau de papier toilette
celle qui a brodé tout un alphabet
celle qui militait aux Jeunesses Communistes
celle qui a toujours l'air malheureuse
celle qui est toujours révoltée contre tout et tout le monde
celle qui a fait une installation avec des picots et des ballons de baudruche
celle qui a écrit "ici" avec de la laine
celle qui, sur son affiche sérigraphiée, se présentait comme "je suis pas ta mère"
celle qui a écrit "QUAND" en lettres adhésives sur le mur, mais dont le D ne tenait pas
celle qui a mis deux photos de cul plutôt hard pour illustrer Carmen et Esmeralda
celle qui a pleuré quand la prof lui a dit qu'il y avait "tant de solitude" dans sa peinture
celle qui avait un rouge à lèvres très rouge
celle qui avait des jambes comme des bretzels
celui qui m'a dit "vendredi je t'apporte un cadeau"
ceux qui m'ont demandé "alors, quand est-ce que tu payes ta bière ? "
celui qui m'a dit "il faudrait qu'on se saoule la gueule avant que tu partes..."
celui qui racontait que dans les concerts qu'il donnait, il finissait souvent à poil, et c'est comme ça qu'il avait perdu son calbute avec des coeurs dessus
celle qui était "la plus grande" marchant à côté de celui qui était "le plus petit"
celui qui n'avait jamais entendu parler de Cézanne
celui qui avait mis des gros bodybuildés comme fond d'écran
celui qui avait été désigné dans le bus par les douaniers suisses comme bon pour la fouille, juste parce qu'il avait des dreads et un piercing
celui qui a créé une association
celui qui était presque toujours pieds-nus
celle qui avait un sourire triste
celle dont le "réveil" (téléphone) sonnait immanquablement en plein milieu du cours
ceux que j'avais surnommé(s) "bourrinet et bourrinou"
celle qui m'a dit "et toi le vieux, va boire ton café..."
celui à qui j'ai payé un ticket de bus parce qu'il avait oublié sa carte
celle qui avait une blondeur et une pâleur de peau que j'avais qualifiées de botticcelliennes
...


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21 avril 2006

bucolique (néphrétique ?)

Oui oui on dirait bien que "ça" y est. Il y a dehors une qualité de lumière (regardez-moi un peu ce ciel indiciblement bleu, avec juste un peu de nuages blancs bonnasses moutonnant comme on aime) qu'on avait oublié que ça pouvait encore exister, depuis quelques semaines (mois ? siècles ?) tant on s'était habitué à avoir cette saleté de ciel aussi bas qu'on avait le front, tant on avait peut-être fini par se résigner, par se dire que ça durerait toujours le gris le gris le gris oh oui qu'on continuerait indéfiniment avec nos pardessus en poils de muraille et nos bonnets en peau de malheur.
Les jours passaient, indistincts, comme dans un dessin de Francis Masse (pour les ancêtres chenus qui, comme moi, s'en souviennent), on couraillait comme des taupes, on s'était habitué à cet hiver de galeries souterraines de vapeurs humides de bouillasse qui colle aux semellles...

Et là, ô merveille, tout à changé. Oh ça n'est pas tombé du ciel, comme ça, ex abrupto, non non, ça s'est comme installé en coulisses d'abord, pour ménager ses effets. On guettait les branches, mais c'était dans l'herbe que ça se passait. Paquerettes, pissenlits, St georges, coucous, primevères, c'est les gosses qui s'en sont aperçus les premiers, normal, question d'altitude.

Puis ça à commencé à ramer  (le verbe ramer ici se rapporte au substantif "ramage", et non pas à l'activité sportive qu'on pourrait aussi dénommer aviron) dans les branchages , les haies, les buissons, bref tout ce qui est muni d'un tronc et va très prochainement se doter de feuilles. Certes, les premiers ramages furent timides : des initiatives isolées, de loin en loin, ici ou là, timides, puis il y a eu comme une contamination : ils étaient revenus, les passereaux, et ça sautillait, et ça pépiait, et ça voletait... et le voilà revenu le bonheur (pour l'instant, pour l'instant) d'être réveillé (à une heure encore raisonnable, vous verrez ça rigolera moins à 5h du mat' en juillet...) par un oiseau qui s'égosille dans l'érable qui est juste devant la fenêtre de la chambre. Siffle, siffle beau merle (malgré que ça n'en soit pas un du tout!)

La pluie, la neige fondue, les giboulasses, les cumulo-nimbi, les gelées blanches, les nuits frisquettes ont été plus difficiles à déloger... Mais bon, ils savaient que leurs jours étaient comptés, que ça ne durerait pas toute la vie, ils se préparaient psychologiquement depuis quelques temps, mais sans en avoir l'air, ils continuaient de prendre leurs aises, de faire suer tout le monde, jusqu'à ce que on leur signifie soudain leur congé sans préavis, et avec exécution immédiate ; en ronchonnant, bon an mal an, ils ont rassemblé leurs sales affaires, refait leur baluchon, et se sont mis en route, en traînant un peu des pieds, sacrée équipe de bras cassés et de joyeux drilles!  Ils n'ont pas oublié, tout de même de ricaner "à très bientôt, hein ?"

Le soleil avait commencé à faire de timides apparitions, emprunté, maladroit, avec la gaucherie inhérente aux poulains qui se mettent sur leurs quatre pattes pour la première fois, mais, bon, pas besoin de lui dire deux fois, il a pigé le truc, et il semblerait bien qu'il ait débarqué avec armes et bagages, bien décidé à prendre ses quartiers d'été. (Je sais, je sais, j'anticipe, mais si peu...)

Et là, ce matin, en passant devant la fenêtre de la cuisine, ping, un coup de soleil dans l'oeil! Et par terre une grande trainée de lumière que, bon d'accord on voit la poussière dedans mais c'est pas important, hein (ce qui me fait penser que, dans pas si longtemps, faudra penser à fermer les contrevents dès le matin pour conserver la fraîcheur... mon appart est comme ça : froid en hiver et chaud en été!) ça veut juste dire que la matinée va être bonne, et ensoleillée, et claire, et douce, bref, ça vous met de bonne humeur dès potron-minet (je vous l'avais bien dit que j'étais photosensible !)

Et cet aprèm, quand je suis allé en ville, le doute n'était définitivement plus permis : j'ai vu des manches retroussées, des tee-shirts réjouis, des mollets pâles à l'air, des vitres de voitures baissées, des demis en terrasse, des lunettes de soleil...
Youpee!  les beaux jours sont en route!!!

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