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lieux communs (et autres fadaises)
25 janvier 2019

bague en bois

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LETO
de Kirill Serebrennikov

Ce film m'enthousiasme.
J'y suis allé avec mon ami Philou (qui allait voir un autre film du Festival Téléramuche et que j'ai donc détourné de son droit chemin), et même s'il y a eu un léger cafouillage (ou plutôt une conjonction de cafouillages : dans le bôô cinéma c'est toujours le même cirque : pour la séance de 13h30 le caissier -qui, pour la petite histoire est aussi le propriétaire- arrive, disons, cinq minutes avant la séance, et bien sûr il n'y a qu'une seule caisse d'ouverte sur les trois possibles, et la file d'attente zigzague dans le hall (pourtant vaste) jusqu'aux portes extérieures, eh bien ce jour-là, pas de chance, un groupe d'handicapés, avec leurs accompagnateurs, ralentissait encore le rythme de la progression dudit flot de spectateurs, ce qui fait que, lorsque nous sommes enfin entrés dans la salle, le film était commencé depuis 5 bonnes minutes -car, autre subtilité à connaître dans le bôô cinéma, si le film dure plus de deux heures, la séance démarre directement et aussi sec par le film (alors qu'on a droit d'habitude à d'interminables premières parties), et Leto dure 2h06, mauvaise pioche donc!- J'ai d'ailleurs, à la fin du film eu l'envie de m'ouvrir au caissier-propriétaire à propos de ce double dysfonctionnement, mais en arrivant dans le hall j'ai tout de suite remarqué qu'il n'y avait qu'une file, et qui zigzaguait d'ailleurs jusqu'aux portes de sortie, et que si j'intervenais, je risquais encore de ralentir le flux et peut-être de faire rater le début de leur film qui durait peut-être plus de deux heures - aux spectateurs de la séance suivante, qui n'avaient pas mérité ça (quoique pour certains...) et je me suis donc dit que ce n'était pas le bon moment et que je n'avais pas le coeur ça et ouf fermons la parenthèse) mais la vision du film a généré en moi une telle production d'endorphines que c'était un peu comme lorsque plus jeune je fumais des cigarettes qui font rire, et je suis resté zen et béat, imperturbablement serein et souriant.
Je crois que je l'ai aimé encore plus que la première parce que, exceptées les fameuses cinq première minutes sur lesquelles je ne reviendrai pas (mais dont heureusement je me rappelais) cette fois jai tout vu, tout tout vu, en entier, sans en perdre une seconde, et, je me suis régalé de a à z, voilà, j'adore ce film (et je ne suis visiblement pas le seul dans ce cas).
Je ne suis pas, d'ordinaire très client des biopics (le fait de re-raconter à l'écran la vie d'un "vrai gens" mort en le faisant interpréter par quelqu'un d'autre ne m'intéresse pas plus que ça a priori, mais il arrive, c'est vrai, que l'originalité de la démarche rende -parfois- la chose vraiment intéressante (je pense au film sur Dylan de Todd Haynes, I'm not there, ou au Life d'Anton Corbijn, sur James Dean, ou au Control, du même Corbijn sur Joy Division), finalement le biopic c'est bien quand ça permet de raconter autre chose, ou, tout du moins, autrement, et c'est vraiment le cas de Leto.
Qui peut tout à fait passer pour une fiction jusqu'à ce qu'apparaissent, tout à la fin, les dates de naissance et de mort des deux personnages masculins principaux, les dotant à ce moment-là, paradoxalement, d'une existence "réelle".
Les scènes de concert (les réelles et les "mais ceci n'a pas existé"), les clips comme improvisés, en plus sur des chansons que j'aime et/ou qui me touchent, les relations amicales et/ou amoureuses entre les trois membres de ce trio, le portrait de la jeunesse russe et ses rapports avec le pouvoir, et l'omniprésence de la musique (et de la fascination qu'elle exerce sur ces jeunes gens, encore plus démultipliée que celle exercée sur nous-mêmes quand nous étions jeunes gens).
Leur énergie est aussi démesurée que pourrait bien être notre nostalgie (la mienne en tout cas) mais c'est un film autopropulsé, qui fonce furieusement et joyeusement, que rien n'arrête, où rock'n'roll rime avec humour, qui monte dans l'espoir et redescend sur terre qui dévale et redémarre, qui vibrionne et qui clignote, et qui, la seconde d'après n'est plus que douceur et silence.
Un grand et beau moment de cinéma.

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23 janvier 2019

festival de thann

un prévisionnement "Grand Est" auquel on est invité(s) grâce à l'entregent de notre cher président Hervé

 

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CELLE QUE VOUS CROYEZ
de Safy Nebbou

Un film "à lunettes" (et doublement) : Juliette Binoche y est la patiente de Nicole Garcia. Elle lui raconte son histoire, ce qu'elle a fait à cause de Guillaume Gouix (oui, mon Guigui d'amour, décidément, elle les veut tous, cette Juju! Je vais finir par être jaloux hein...) qui, après l'avoir pourtant plutôt énergiquement besognée, n'a ensuite pas été très gentil avec elle. Elle a voulu le revoir, et une chose en a entraîné une autre... (Après assayas et les ibouques, Nebbou et les fessebouques) Un thriller psy (Safy Nebbou avait débuté avec le dérangeant Comme un homme) d'après un livre de Camille Laurens, un récit qui fonctionne plutôt bien, en plusieurs paliers narratifs (de révélations et de  twists). Ca démarre bien, à un moment ça patine un peu, mais la fin remet un peu les gaz pour boucler habilement cette histoire de fausse identité et de nouvelles technologies. A bientôt Juliette ?
(sortie : 27 février 2019)
chanson suggérée : "Avec le filles je ne sais pas" de Philippe Lavil
"Quand l'une d'entre elles me dit :
"Pour qui vous me prenez ?
Je ne suis pas celle que vous croyez ! "

*

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007
SIBEL
de Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Un couple mixte de réalisateurs (elle turque, lui français) dont c'est au moins le quatrième film ensemble. Le beau portrait d'une jeune fille muette (mais pas sourde) qui s'exprime par sifflements. Une jeune fille un peu sauvage, farouche  (rebelle) parce qu'ostracisée par les autres (un village perdu) à cause de sa différence, et à qui son père a fait cadeau d'un fusil pour lui permettre de battre la campagne. ou plutôt la forêt, dans laquelle elle cherche les traces d'un hypothétique loup. Elle va faire la rencontre d'un fugitif blessé qui se dissimule aux forces de l'ordre dans cette même forêt, et tictac tictac la mécanique s'enclenche (on soupçonne assez tôt que tout ça ne peut pas finir très bien, mais on n'a pas forcément raison), qui va mêler plusieurs fils narratifs (et plusieurs strates temporelles). Amour, matriarcat, émancipation, secrets familiaux... Une jeune fille magnifique (bon l'honnêteté intellectuelle m'oblige à dire que le fugitif n'est pas non plus...) Du très beau travail.
(sortie le 6 mars 2019)
chanson suggérée : "Siffler sur la colline" de Joe Dassin


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C'EST ÇA L'AMOUR
de Claire Burger

Celui-là j'ai pu faire mon malin en disant "Je l'ai déjà vu en avant-première à Belfort/Entrevues..." mais je n'étais pas seul dans ce cas (donc je ne l'ai pas fait). Grand plaisir de retrouver Bouli Lanners en papa largué par son épouse qui lui a laissé leurs deux filles (ado tendance doigt d'honneur, notamment pour la plus jeune) sur les bras, et qui fait tout ce qu'il faut/qu'il peut pour que les choses aillent le mieux possible (mais il rame). Je redis combien Bouli L. y est d'une justesse extraordinaire, sans jamais trop en faire... et combien ce film m'a peut-être encore plus ému à la seconde vision. A partir d'une certaine scène, les larmes sont montées sans prévenir et ont tenu quasiment jusqu'à la fin...
(sortie le 27 mars 2019)
chansons suggérées :
-"C'est ça l'amour" du film Cendrillon
ou
-"C'est l'amour" de Léopold Nord et vous

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FUNAN
de Denis Do

Pour finir, pas le film le plus facile de la journée : un film d'animation (mais pas pour le jeune public) où il  est question du génocide commis par les Khmers Rouges, au Cambodge, entre 1975 et 1979, à travers l'histoire d'une famille qui, comme les autres habitants de Pnom-Penh, est évacuée de la ville et contrainte de partir à marche forcée. On suivra l'histoire de ces gens (principalement un couple qui a été très tôt séparé de son enfant (elle doublée par Bérénice Béjo, que je n'avais pas reconnue, et lui par Louis Garrel, dont j'ai par contre reconnu la voix assez vite), parallèlement à celle de ce peuple, lors de cette période effroyable par les violences qu'ils ont subies. Le réalisateur évoque un sujet qui lui tient à coeur, dans une histoire qu'il a connue de près. Le film a été primé à Annecy (Cristal du long-métrage) et, doublement, à Los Angeles (Grand Prix et Prix du Public), même si l'animation peut paraître parfois un peu "simple" pour les exigeants consommateurs de 3D que nous sommes devenus, mais la force de son sujet le rend inattaquable.
(sortie le 6 mars 2019)
chansons suggérées :
-"Cambodia" de Kim Wilde
ou
-"Mon fils ma bataille" de Daniel Balavoine

15 janvier 2019

camus

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LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE
de Adikhan Yerzhanov

Un plaisir de revoir ce film kazakh, déjà beaucoup aimé à Besac, cette fois en galante compagnie (entre Catherine et Manue), avec Claude W. juste à côté. Non que ça donne très envie d'aller vivre en Kazakhie (je sais je sais on ne dit pas comme ça, mais moi je préfère ainsi) où la corruption semble être aussi naturelle que l'air respiré, où les vieux hommes sont gros riches et corrompus et les jeunes pauvres un peu moins gros (quoique) et corruptibles (pour résumer grosso modo) et les femmes je ne vous en parle pas tellement leur situation n'est pas enviable.
Le constat du réalisateur est sans appel, et le film aurait être juste saumâtre par le récit qu'il fait s'il n'avait pas eu l'excellente idée de le transformer en magnifique objet de cinéma. Je pensais qu'il s'agissait d'un premier film (mais c'en est en réalité un second, le premier The Owners, ayant été présenté subrepticement à Cannes en 2014) vu le plaisir évident que prend le réalisateur à, justement, "faire du cinéma"... Soin apporté au cadrage et à la composition, et surtout exagération des effets sonores qu'on entend régulièrement surgir avec précision  ici ou là dans la salle (et donc presque comme détachés du film), dosage des effets (comiques), choix et utilisation des couleurs (ah la robe et les chaussures rouges de Sultanat), bref tout concourt à nous ravir.

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28 janvier 2019

Eric H.

C'est Dominique qui m'a appris ce matin, par sms, le décès d'Eric Holder.
Et c'était encore un peu de ma jeunesse qui s'en allait.
Eric Holder j'ai découvert ses livres par un ami mail-artist libraire à Rouen, Michel Champendal, dans les années 90.
Il m'avait fait découvrir ses premiers jolis petits bouquins édités au Dilettante.
Le premier que j'avais acheté (et pour lequel j'éprouve sans doute le plus de tendresse) est La belle jardinière (Prix Décembre 1994). Dans ma bibliothèque il est rangé à côté de ses confrères parus au Dilettante, parfois avant, mais tous me semble-t-il achetés après :Les petits bleus (1990), La Chinoise (1987) En compagnie des femmes (1996) Masculins Singuliers (2001) et, bien plus tard, Embrasez-moi (2011) (un recueil "chaud", de nouvelles érotiques)...
J'avais vraiment beaucoup aimé ces petits recueils, à l'époque (avant Priceministruche) ils étaient bien plus difficile à dénicher. Je connaissais peu l'homme, il était du genre discret.
Puis il avait changé d'éditeur et publié des romans (Mademoiselle Chambon, L'homme de chevet) que j'avais achetés aussi, que j'avais bien aimés. Mais moins que ses nouvelles.
En littérature comme en amour, parfois, inexplicablement, les sentiments tiédissent, et j'avais alors, au fil des ans, pris un peu de distance.
L'Eric Holder des romans me touchait moins que celui, plus confidentiel, des nouvelles, qui est toujours resté cher à mon coeur, parce que sans doute rattaché à ces années-là, de jeunesse.
(et c'est lui qui m'a appris le mot dipsomane)
Je pensais avoir aussi dans ma bibliothèque Nouvelles du nord et Les sentiers délicats, mais non.
(Les racheter ?)
Il est mort à 59 ans, c'est son fils qui l'a annoncé, mais sans dire de quoi...

belle jardi

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978-2-84263-015-7

 

 

27 janvier 2019

prévisionnement eldo

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WARDI
de Mats Grorud

Pour commencer, un film d'animation (qui est aussi au programme du FICAÂÂÂ) dont je ne pourrai pas dire grand-chose puisque je m'y suis copieusement endormi et ce dès le début ou presque. Une animation multiple (des figurines -que je trouve assez laides je dois dire- pour le présent et des dessins 2D pour les souvenirs, et aussi des photos -familiales- et des documents d'archive) pour évoquer le drame  des réfugiés palestiniens, chassés de leur terres en 1948, et parqués dans des camps. L'histoire de Wardi, une fillette de 11 ans dont je n'ai vu hélas que quelques bribes éparses...

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SANTIAGO, ITALIA
de Nanni Moretti

Là du coup, je n'ai pas dormi du tout, et j'étais très intrigué par le projet : le retour de Nanni Moretti par le biais du documentaire. Qui nous transporte, au tout début du film, en plein milieu de la liesse populaire, au Chili, juste après l'élection de Salvador Allende, en 1973. Puis du coup d'état qui a suivi, et de la mort du Président (je me souviens précisément quand je l'ai apprise, j'étais en terminale...) intercalant images d'archives et interviews (c'est Nanni Moretti qui les mène). Je me demandais juste pourquoi il y en avait en espagnol, et d'autres en italien, en alternance, jusqu'à ce qu'on comprenne, au fil du film, le pourquoi de ce bilinguisme (le film est construit grosso-modo en trois parties : Le Chili / L'Ambassade d'Italie / l'Italie). C'est très émouvant, encore plus du fait que sur l'écran, justement, à plusieurs reprises, on voit des interviewés être submergés par l'émotion en racontant leur histoire (et Nanni Moretti a à chaque fois l'intelligence de laisser la caméra tourner, de prendre le temps, de leur laisser le temps...) Magnifique.

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GRÂCE A DIEU
de François Ozon

Un nouvel Ozon, d'une "brûlante actualité" puisqu'il y est question du Cardinal Barbarin, et de la position de l'Eglise par rapport aux agissements de prêtres pédophiles. Et d'un d'entre eux en particulier, dont ont été victimes un grand nombre d'enfants, pour des faits qui sont, hélas, en grande majorité prescrits. Ozon met en scène plusieurs d'entre eux, au départ isolés dans une prise de parole difficile (par rapport à un passé qu'ils ont souvent -et douloureusement- enfoui) : un père de famille nombreuse (Melvil Poupaud) catholique pratiquant (et fervent), -celui qui lance l'affaire-, un autre père de famille athée, très remonté, (Denis Ménochet, toujours aussi imposant) -celui qui la médiatise-, et un jeune homme intranquille (Swann Arlaud), tourmenté, dont le cas n'est pas encore frappé de prescription -celui grâce à qui le procès pourrait avoir lieu-. un film fort, choral, mais juste peut-être (nous l'avons reconnu tous les quatre) un peu trop long dans sa démonstration (aussi long, justement que la mise en route de ce procès où l'église freine des quatre fers pour que rien ne puisse se passer).

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LES ESTIVANTS
de Valeria Bruni-Tedeschi

Il y a eu successivement, depuis ce matin, les réfugiés palestiniens, les réfugiés chiliens, les enfants victimes de prêtres pédophiles, et là on change radicalement d'univers : piscine et et cocktails, des gens riches, oisifs, en été, dans une villa. Un film fantasque. parfait pour terminer cette (excellente) journée de prévisionnement. Quatrième film de la dame (j'ai vu et aimé tous les autres, même si j'ai du mal à m'en souvenir précisément), quatrième volume de son "autobiographie imaginaire", et quatrième fois que j'y prends autant de plaisir. Plus encore, même, cette fois. C'est un peu comme elle racontait toujours la même histoire (la famille, sa mère, sa soeur, son frère disparu, sa fille, son amant, dans une grande maison, l'été, avec en parallèle, comme dans La règle du jeu, tout le petit monde des gens de maison, femme de chambre, valet, bonne, cuisinier, gardien, et qu'à tout ce monde se rajoutent encore  des  "invités" -la scénariste, le secrétaire, le comédien, l'ami de la mère-, etc.), comme je me plais à le redire "ni tout à fait la même ni tout à fait une autre", l'histoire d'une jeune femme blonde et jolie (dans ce film, je la trouve magnifique) qui vient de se faire larguer, et a du mal à l'accepter, et a, en même temps, du mal avec l'écriture de son nouveau film. Une distribution chromée super-luxe (autour de VBT, Valeria Golino, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, et, côté messieurs, Ricardo Scammarcio, Pierre Arditi, Laurent Stocker, Vincent Perez, François Negret et, en prime et en fantôme, le magnétique -et hélas trop peu employé- Stefanio Cassetti) pour un film auquel j'ai pris énormément de plaisir. Avec, pour couronner ce marivaudage estival (j'ai pensé au Woody Allen de Comédie érotique d'une nuit d'été) une très jolie scène finale, délicieusement embrumée.

 

 

 

 

13 janvier 2019

cigales aux nombres premiers

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VOYAGE A YOSHINO
de Naomi Kawase

On y allait comme sur la pointe des pieds. La bande-annonce semblait pompeuse, les échos de ceux qui l'avaient déjà vu n'étaient pas hyper-enthousiaste, mais bon, on y alla, à Yoshino.
Ca commence magnifiquement (on est bien tous d'accord là-dessus, Naomi Kawase est très forte pour filmer la nature, ici, en l'occurence la forêt (et, donc, les arbres, et ça tombe bien parce qu'il se trouve que justement, j'adore les arbres).
Mais, dans cette forêt (et, donc, entre ces arbres) voilà qu'elle y installe un certain nombre de personnages, dont les quatre plus importants pourraient constituer une sorte de carré magique : Gaku, une grand-mère aveugle, Tomo, un garde-forestier (interprété par Masatoshi Nagase, qu'on a pas mal vu ces derniers temps : Vers la lumière, Paterson, Les délices de Tokyo), Rin, un mystérieux jeune homme blessé, ... et Jeanne (interprétée par une Juliette Binoche que je ne regarde plus tout à fait de la même façon depuis ses incarnations successives dans Un beau soleil intérieur, et surtout dans High Life), qui vient compliquer le récit sylvestre déjà pas simple, à la recherche à la fois d'une plante rarissime et miraculeuse et du souvenir de son amour défunt.
Oui, le début est magnifique, et je me disais alors que les critiques étaient bien méchants et insensibles et au coeur sec et tout ça, lorsque les choses ont commencé un peu à s'emberlificoter (grosso-modo à partir du moment où Jeanne/Binoche revient à Yoshino -mais pourquoi donc l'avait-elle quitté ?-) et que le récit, déjàs simple, se complexifie encore davantage.
La plante que Binoche recherche et qui ne lâche ses spores que tous les mille ans s'appelle vision. Elle est en quelque sorte le mcguffin de cette histoire d'amour et de mort, (voire de résurrection), qui mêle aussi le passé et le présent, l'orient et l'occident, et culmine dans un final que j'ai malheureusement loupé (un instant hélas de cette chère somnolence qui m'est devenue habituelle) mais dont le peu que j'ai vu m'a paru aussi épique qu'incompréhensible (d'ailleurs à la sortie de la salle chacun des spectateurs (nous y étions quatre) y allait de ses interprétations de ses questionnements et autres supputations...)
Le hasard avait voulu que nous projetassions (? est-ce la bonne conjugaison ?) ce film la même semaine que Sophia Antipolis, de Virgil Vernier, qui lui non plus n'y va pas avec le dos de la cuillère dans l'abscons... Les voir tous les deux à un jour d'intervalle c'est le (double) dépaysement assuré... (et le grattage de tête en se posant des questions sur le sens de telle scène ou de tel détail).
Hervé m'a lu le lendemain au téléphone la "critique" de Pozitif qui était un simple et méchant dézinguage juste pour le plaisir de dézinguer (et c'est vrai que je reconnais que, parfois, l'exercice peut-être plaisant pour celui/celle qui s'y livre) mais je trouve ça vraiment -osons le mot- dégueulasse et excessif pour un vaillant petit film qui n'a finalement que le défaut d'être un peu trop ésotérique, alors que, lyrique, il sait l'être, magnifiquement. (Comme c'est souvent le cas  chez Kawase)

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12 janvier 2019

juste avant la fin du monde

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SOPHIA ANTIPOLIS
de Virgil Vernier

Ah. (Perplexe).
Je ne savais rien du film ou presque (les critiques utilisées pour  la plaquette restaient étrangement vagues et sibyllines). Eh bien c'est exactement ça : le film m'est resté étrangement vague et sibyllin (d'ailleurs si au générique il est fait mention de réalisation il ne me semble pas avoir aperçu le terme de scénario).
Bon j'ai appris tout d'abord que Sophia Antipolis n'est pas le nom d'une dame (je sais, je sais, je peux parfois être extrêmement benêt) mais celui d'une technopole (c'est wikipédioche qui m'en informe et m'a donné le mot exact). Un espace urbain nouveau (comme pouvit lêtre La Défense pour Buffet froid). Et c'est donc là, dans cet espace que je ne réussis pas vraiment à appréhender,  que se passe le film. (Mais bon il y a tout de même dans le film une demoiselle qui porte le prénom de Sophia, parce que, justement, elle y est née, dans cette technopole.)
Voilà pour ce qui est des certitudes. Après les choses deviennent beaucoup plus problématiques. Il est tout d'abord question d'une série de jeunes filles qui veulent subir des opérations de chirurgie esthétique (se faire refaire les seins, c'est ce qu'elles veulent toutes), puis, on passe à autre chose,  d'une jeune veuve et de son fils. Puis de deux vigiles black (un grand, l'ancien, et un petit, le nouveau) qui au cours d'une ronde nocturne (la première pour le nouveau) trouvent, notamment, une plume de paon (après avoir chassé un couple de jeunes venus se réfugier là) puis d'un genre de secte où un genre de gourou hypnotise les gens  puis d'une salle de boxe, puis de ce qui pourrait être une choérgraphie contemporaine mais se révèle être une séance d'entraînement pour les membres d'une milice, puis de la fin d'un repas où on partage un très bon gâteau, puis etc. Et ainsi de suite.
On est très désarçonné pendant un grand moment (enfin, moi). Comme si la caméra était une mouche qui bzzz voletait de ci de là et nous retransmettait ce qu'elle enregistre. Des scènes s'enchaînent, au départ sans grand rapport entre elles, et c'est sur la durée que le film commence à faire un peu sens. On repère des visages déjà vus dans une scène précédente. parfois un enchaînement de scènes est "logique" (mais souvent non ça n'a rien à voir). Parfois la voix-off explicite quelque chose (mais souvent non plus ça n'a pas grand-chose à voir).
Un objet étrange, qui échappe à la logique (j'étais un peu étonné lorsque j'ai lu le synopsis du film : ah bon ? ça parlait de ça ?). un peu comme des lasagnes : une couche de fiction, une couche de documentaire, un chouïa de mysticisme, deux doigts de mystère, une louche de violence, une pincée d'envolée lyrique... Pour raconter quoi, on ne le sait pas trop, mais la façon dont c'est fait rend incontestablement la chose intéressante. Même si frustrante, d'une certaine façon.
Bref, si je suis sorti de là hier soir un peu agacé, il me reste ce matin (après coup, donc) une sensation bien plus agréable.

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10 janvier 2019

castes à nerfs

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MONSIEUR
de Rohena Gera

Un très joli film pour (bien) commencer cette nouvelle année cinématographique (que je vous souhaite d'ailleurs bonne et heureuse, riche en découvertes et chiche en déceptions...), un cocktail assez plaisamment dosé (1/3 d'Inde, 1/3 d'amour, 1/3 de constat social, ajoutez un trait de citronnade et servez bien frais) et un film auquel je souhaite le même succès que The Lunchbox (avec qui il présente d'ailleurs quelques similitudes).
Il est question de Rana, un jeune veuve qui a quitté son village (dans lequel, eu égard de son statut de veuve précoce, elle n'avait plus aucun avenir envisageable) et a été envoyée à la ville (Bombay) pour y travailler comme servante dans une famille plutôt aisée. Plus exactement elle a été chez Ashwin, un jeune homme seul et tristounet, au début du film, juste après un mariage annulé à la dernière minute.
Rana est aux petits soins pour lui, mais rêve d'autre chose pour elle-même : elle veut prendre des cours de couture car elle voudrait devenir créatrice de mode (fashion designer).
Dès le début ou presque on sait ce qui va se nouer (se tisser, pour rester dans les métaphores de saris et de couture) entre ces deux-là. La vaillante jeune fille pauvre mais pleine de projets et le jeune homme riche et triste à la recherche de l'âme soeur. On voit ça gros comme une maison, voui voui. Mais la réalisatrice traite son argument de roman-photo avec une telle élégance qu'on se laisse volontiers emporter au fil de cette romance soyeuse.
Le film prend son temps, s'étire en échanges de regards et en frôlements, dans une progression millimétrique des manifestations amoureuses où ne manquerait que la musique de Michael Galasso pour In the mood for love. Mais la réalisatrice ne s'est pas juste cantonnée à une histoire d'amour (que, je le redis on serait en droit de trouver parfaitement irréaliste -mais en même temps délicieusement idéaliste-), à travers le (beau) personnage de Rana, elle n'hésite pas à convoquer un contexte social précis dont elle ne manque pas de souligner les problèmes (sociétaux) récurrents : poids écrasant des traditions de la famille, des castes, des hommes, statut des femmes, des veuves, difficultés de l'émancipation, mais, encore une fois, avec une  attention délicate, toujours en équilibre sur le fil de son récit qu'un mouvement brusque suffirait à faire basculer.
Oui, Monsieur (Sir, plus significatif, en version originale) est un modèle de retenue (surtout pour un film indien : ramassé dans sa durée, sobre dans sa forme -à peine une bollywooderie le temps d'un trajet en deux-roues (sans le moindre ballet en vue)-, chatoyant dans ses  costumes (India, quand même!), et efficace dans son propos...) et réussit sans effort à nous intéresser jusqu'au bout.
Sans en faire des tonnes.
Oui, vraiment, un joli film réussi,  qui ouvre avec panache la liste des films de 2019.

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4 janvier 2019

émois et mois et moi 2

(sans gens)

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depuis l'autoroute

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bord de fenêtre

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cuisine

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paris

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détonation

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paris

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boulangerie

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montbéliard

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paris

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"Ce qui est intéressant, c'est ce qui n'est pas intéressant."
(P. Soriano)

 

2 janvier 2019

émois et mois et moi...

des gens ici et là, près, plus loin...

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épenoux (?)

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en allant à la boulangerie

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parking du lac

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malans

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au café

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bellême

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détonation

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parking

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pnyap

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musicoul

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france 3

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cuse

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besac

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bussang

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rue claude pouillet

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derrière l'école

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green room

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coupe du monde

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bussang

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entrevues

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parking de bussang

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mont le vernois

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eurocks

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bussang

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berchigranges

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riom

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dans le train pour paris

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brioude

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eurocks

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bussang

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(?)

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eurocks

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fjt

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salle de jeux

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porte-parole

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pnyap

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musicoul

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villebon

(ici une photo a été supprimée
à la demande de l'intéressée)

maisse

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riom

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fjt

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bussang

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clermont

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coulevon

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bellou

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avec le rouge à lèvres de Malou (un peu exagéré)

30 décembre 2018

je peux conduire

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WILDLIFE
de Paul Danno

J'ai vu seulement qu'il  avait droit à deux pages dans le Libé du jour, et le nom de Paul Danno (le réalisateur) m'a remis en mémoire l'adolescent mutique de Little Miss Sunshine... Je ne savais rien du film à part deux lignes de résumé et j'ai donc été agréablement surpris par cette reconstitution soignée d'une amérique des sixties à travers l'histoire d'une famille (juste après celle de Kore-Eda, justement, c'était le jour!) -maman, papa, fiston- racontée par le fiston (d'après un roman de Richard Ford, Une saison ardente, c'est d'ailleurs le sous-titre du film).
Le papa c'est Jake Gyllenhaal et la maman je savais que je connaissais son visage et une petite lumière a clignoté dans ma tête au bout d'un moment et une petite voix a chuchuté mais mais mais c'est peut-être Carey Mulligan, mais je n'en étais pas complètement sûr, et au générique de fin, bingo! c'est le premier nom qui apparaît). Et le fiston, un adolescent au visage poupin, est interprété par Ed Oxenbould (qui -merci allocinoche- tenait un des deux rôles principaux du plutôt flippant The Visit, mais semble avoir  déjà par ailleurs malgré son jeune âge une carrière longue comme le bras).
La famille chez Kore-Eda était recomposée, celle-ci est en voie de décomposition. Dans les premières scènes c'est vraiment la représentation de la famille parfaite américain vintage qu'on voit sur les vieilles pubs (comme je les adore) où tout le monde est souriant, les tables bien garnies, les bagnoles formidables, les maisons magnifiques, bref où elle est trop belle l'américan way of life.
Et plus le film progresse plus cette image initiale se lézarde se fissure se désagrège sous les yeux de ce jeune homme qui voit, en même temps prendre fin son enfance.
Les acteurs sont magnifiques.

(et comme pour le film de Kore-Eda, mine de rien  du temps a passé, des agapes -et des libations- aussi, et ce post s'est interrompu là pendant trop longtemps pour que je l'y reprenne... Sachez juste tout le grand bien que j'en pense...)

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29 décembre 2018

croquettes

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE
de Hirokazu Kore-Eda

Le voilà enfin ce dernier film de Kore-Eda (dont je pense, oui oui, que j'ai vu tous les films) qui a obtenu la Pale d'or à Cannes 2018. Une (belle) histoire de famille dont on apprend assez viste qu'elle n'est pas aussi ordinaire qu'elle n'en donne tout d'abord l'air. On croirait qu'il y a là un papa, une maman, une grand-mère, une fille aînée, un benjamin, mais non non les choses sont en réalité beaucoup plus compliquées. Et le deviennent encore un petit peu plus lorsqu'ils recueillent, un soir d'hiver, la fillette d'un couple de voisins, dont on comprend qu'elle est une enfant battue...
La "famille" vit dans une drôle de petite maison biscornue, bizarrement épargnée au milieu des immeubles, comme faite de bric et de broc, et on va, au cours de la première partie du film, la voir à l'oeuvre, principalement  occupée à chaparder de la nourriture dans les magasins (et c'est une petite entreprise visiblement bien rôdée) pour ses repas, au jour le jour.
Chacun(e) à sa place, chacun(e) à sa tâche, sauf la petite Yuri, la dernière arrivée, qui, dans un premier temps ne fait que les accompagner, les observer. Et va trouver la sienne, au fil de cette première partie attentive (attentionnée) où les choses se mettent en place à leur rythme, où des réponses sont données à certaines questions que se pose le spectateur, mais à d'autres non (ça donne du grain à moudre pour les discussions après la séance dans le hall du cinéma.)
C'est plaisant, les choses semblent tellement simples, le déroulement tellement facile, fluide, que je me suis dit que tout allait presque "trop bien" (je suis un assidu de Kore-Eda et aucun de sesfilms n'est jamais uniquement et simplement joyeux) que le film ne pouvait pas continuer comme ça puisqu'il n'y avait pratiquement aucun enjeu dramatique,,,
Et paf! Ca finit par arriver, une petite chose, qui en entraïne une autre, puis une autre, qui va venir chambouler (bouleverser) cette "organisation familiale" bien rôdée, au cours d'une seconde partie où la "société" (et les services sociaux) viennent pointer leur museau fouineur et réprobateur dans ce terrier qui ne leur semble ni normal ni normé...
Et c'est là que le film prend vraiment toute sa force.
Et sa belle amertume.

(et voilà mine de rien, le temps a passé et je n'ai pas retouché ce post et je vous le livre donc tel quel, en précisant qu'il fera partie du Festival Téléramuche, et donc visible dans le bôô cinéma à la mi-janvier et que je retournerai d'ailleurs le voir et voilà...)

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14 décembre 2018

ne me secouez pas...

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AMANDA
de Mikhael Hers

Oh oh me voilà bien embêté...
J'y suis allé cet après-midi avec Catherine et Marie et voilà qu'à ma grande surprise j'en suis sorti avec l'oeil tout à fait sec, alors qu'elles deux pas. Pourtant d'un réalisateur que j'aime beaucoup, une histoire de deuil, des acteurs excellents (Vincent Lacoste et la petite Isaure Multrier) et, si j'ai suivi le film sans en perdre une miette (on est toujours intéressé par le beau travail sensible de Mikhael Hers), je ne me suis pas ennuyé (la preuve, je n'ai pas fermé l'oeil), mais bon je n'ai pas versé une larme.
(Ca m'interroge).
Peut-être le sujet m'est-il trop étranger (ou peut-être me suis-je inconsciemment protégé, ou mis à distance) toujours est-il que l'histoire de ce jeune homme obligé, après un concours de circonstances parfaitement terrible, de s'occuper de sa jeune nièce, ne m'a pas passionné  (bouleversé) plus que ça. En parallèle ce jeune homme entame une relation avec une jeune fille (Stacy Martin, que je n'ai identifiée qu'au générique de fin, après l'avoir confondue pendant tout le film pour Vimala Pons dont je ne parvenais pas non plus à retrouver le nom, c'est peut-être ça qui m'a chiffonné pendant tout ce temps) elle-aussi victime du même attentat que celui qui a coûté la vie à la soeur du jeune homme (et maman de la petite Amanda), relation pas simple à mettre en place, (c'est d'ailleurs une des  seules scènes qui m'a vraiment ému, le moment où il rentre chez lui et écoute le message téléphonique qu'elle lui a laissé -sur une très jolie musique, Pale saints si j'en crois que le générique-), et, pour couronner le tout, il a aussi des problèmes avec sa mère, qu'il n'a pas connu et s'est sauvée en Angleterre à sa naissance, qui lui envoie des lettres qu'il jette à la poubelle, et qu'il va finit par rencontrer dans un parc à Londres (le film s'achève à Wimbledon devant un match de tennis que j'ai trouvé un peu  lourdement métaphorique...)
Je l'ai déjà dit et re-dit la famille est pour moi une terra incognita, et là je suis comme qui dirait resté malheureusement à la porte de la maison. j'aime toujours autant la façon de filmer de Mikhel Hers, sa petite musique, mais là, allez savoir pourquoi, je suis resté à des kilomètres, comme dans ces vues aériennes de vues qu'il affectionne. Le plus embêtant, c'est que je n'ai rien de précis à lui reprocher, à ce film. j'vais envie d'être bouleversé, comme mes voisines, et je ne l'ai pas été. Déçu dêtre déçu, en somme (ne s'en prendre qu'à soi).
Une rencontre ratée, sans doute de ma faute.

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30 novembre 2018

corégones

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MADAME FANG
de Wang Bing

Réussi à le voir in extremis, dernier jour dernière séance, juste après Amin. Ici il s'agit d'un documentaire, sur les dernières jours de Madame Fang, malade d'Alzheimer, en présence de sa famille. Les premieres images nous la montrent, filmée par le réalisateur, quelques mois avant, une belle vieille dame chinoise, debout,  en pleine possession de ses moyens, bref, vivante. Le plan suivant, qui nous la présente allongée sur son lit, est un choc brutal. Un visage silencieux, en gros plan, une bouche toujours ouverte, comme exprimant un cri muet.
Madame Fang va bientôt mourir, sa famille est autour d'elle et continue à vivre, s'exprimant sans détour sur les prochaines funérailles. Mais il s'agit ici de Wang Bing et donc de l'acuité du regard d'un cinéaste sur ce personnage de femme, sur cette situation.
J'ai un peu de mal à parler de ce film, de cette mort, alors je vais laisser là parole aux Inrocks :

"Tout est très subtil et calculé dans cette fausse absence de mise en scène, alors qu’il n’y a que ça, dans ce film qui ne montre objectivement pas grand-chose, que des petits riens, des voix dans la nuit, des yeux qui ne brillent plus, les étincelles de la pêche des carpes, la fumée des cigarettes, les repas, le temps qui passe, et la mort hors champ, très discrète de madame Fang, qui fut et qui n’est plus.

et au nouvel obs :

"Il y a là, de la part du cinéaste, une humanité poignante, quelque chose de puissant qui transcende les images. Ce n'est pas un film, c'est un poème philosophique."

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29 novembre 2018

Chantier

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AMIN
de Philippe Faucon

Beaucoup de monde ce jour dans la salle 2 (ou 3 je ne suis plus sûr) du bôô cinéma, pour cette dernière séance d'Amin. On aime beaucoup le cinéma de Philippe Faucon, et on a d'ailleurs programmé beaucoup de ses films. Du très beau cinéma, à taille humaine, du cinéma social et politique, et celui-ci, comme le font remarquer les publicitaires sur l'affiche pour battre pendant qu'il est encore un peu chaud le fer du précédent film -succès critique et public- du réalisateur,  vient juste après Fatima.
Un homme et une femme, mais pas vraiment chabadabada. Lui est noir (Moustapha Mbengue, impressionnant et mutique), elle est blanche (Emmanuelle Devos, magnifique comme d'hab'). il est marié et a des enfants en Afrique, qu'il voit trop peu souvent, elle est divorcée et a une fille (et se dispute avec son ex-mari, qui est un "vrai gros connard" comme on l'entend le lui dire au téléphone).
Il est maçon, est employé à construire une tranchée dans la cour de sa maison à elle. Ils vont vivre une histoire d'amour, simplement. Philippe Faucon ne parlera pas que d'amour, il parlera aussi du monde du travail, et du travail précaire (et payé au black), à travers quelques autres personnages secondaires, qui, comme Amin, travillent sur les mêmes chantiers.
J'aime énormément cette façon  de ne jamais insister, cette pudeur, cette délicatesse qui caractérisent Amin (qui m'a beaucoup plus enthousiasmé que Fatima, je dois le dire...).

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27 novembre 2018

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(Journées Exploitants)
on attaquait là le noyau dur de notre participation à Entrevues, ces deux jours de prévisionnement que j'aime tant, où l'on peut non seulement voir les films (très) en amont, mais également entendre ceux qui viennent les présenter, réalisateurs ou, c'est plus fréquent, distributeurs

jeudi 22

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"PEU M'IMPORTE SI L'HISTOIRE NOUS CONSIDERE COMME DES BARBARES"
de Radu Jude

Le cinéma roumain c'est vraiment  pour moi un lieu de prédilection, et j'attendais avec impatience ce nouveau film de Radu Jude (Aferim!, Papa vient dimanche, La fille la plus heureuse du monde... sacré tableau de chasse!), avec lequel nous avons attaqué la matinée, un film indéniablement roumainissime qui m'a fasciné (une jeune metteure en scène répète un spectacle "commémoratif" sur l'attitude (dégueulasse) de la Roumanie en 1941, et sur une figure historique ambigüe) par son intelligence, son sens aigu de la mise en scène (je pense qu'il faut le voir plusieurs fois), par son humour acide et sa façon de poser les problèmes moraux par la confrotation impitoyable entre ce qui se dit et ce qui se fait (ce qu'on entend, donc, et ce qu'on voit). Un grand film, et un choc incontestable.
"La tentative de représenter un événement historique, surtout s’il est abominable, est dès le début vouée à l’échec. Ce sera toujours quelque chose en dehors de l’expérience réelle. En pensant à cet épisode honteux de l’histoire de mon pays, j’ai tout de suite compris qu’on ne pouvait pas le représenter sans le rendre banal, et c’est donc cette banalisation qui est devenue le véritable sujet du film. Et une nouvelle question a émergé : quelles sont vraiment les limites de la représentation ? La réponse appartient à chaque spectateur, tout ce que je peux espérer, c’est que ce problème sera bien posé et de manière complexe." (note du réalisateur)

sortie 20 février 2019

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GRASS
de Hong SangSoo
Hong SangSoo aussi c'est un de mes cinémas de prédilection, même si, comme disait Yves R. "il fait toujours plus ou moins le même film.." et j'avais rajouté "une femme, un homme, beaucoup de soju..." et nous avions conclu d'une même voix "ils se bourrent la gueule et ils parlent beaucoup...", et  le contrat est ici, une fois de plus rempli à la lettre, dans une forme courte (1h10), dans un beau noir et blanc, devant lequel hélas, trois fois hélas, oui, vous avez deviné, je me suis endormi (j'avais tellement lutté pour rester concentré et ne pas perdre une miette du film précédent que là d'un coup mes forces m'ont abandonné...) je ne peux même pas raconter l'intrigue puisque, chaque fois que j'ouvrais les yeux j'avais le sentiment de me trouver en face de personnages différents. A revoir, donc.

sortie 19 décembre 2018

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OTESANEK
de Jan Svankmajer

une pause (une brèche) dans la jounée exploitants, le temps de retrouver la section Une petite histoire subjective de l'animation, avec un film pourtant en prises de vues réelles, du grand Svankmajer. d'après un conte traditionnel, l'histoire d'un couple sans enfant dont le mari trouve une souche à forme humanoïde, qui telle Pinocchio, va prendre vie pour incarner le bébé qu'ils désiraient tant, un bébé en bois, affamé qui va, littéralement, tout bouffer : le chat, le facteur, l'assistante sociale, etc., tout ça sous les yeux d'une fillette blonde qui n'est pas sans rappeler, justement, l'Alice du même Svankmajer. Un conte fantastique et grinçant, où l'on retrouve avec  bonheur tout l'univers inquiétant du big boss Jan (et ses obsessions aussi).

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C'EST CA L'AMOUR
de Claire Burger

retour aux avant-premières, en séance publique cette fois, avec ce film de Claire Burger, qui avait co-réalisé Party Girl, (qui avait beaucoup fait parler de lui à l'époque, même si personnalement je n'en suis pas très fan) et se retrouve ici seule aux commandes et nous embarque pour un film magnifique, avec un Bouli Lanners tout simplement sensationnel, en père un peu largué avec ses deux filles ado, dont la mère est soudain partie voir ailleurs, le laissant se démerder tout seul... La petite est la plus rebelle, et refuse de continuer à vivre avec lui, tandis que la grande est un peu moins à vif, plus conciliante et fait de son mieux pour arrondir les angles familiaux, tout en vivant elle-aussi sa propre histoire. Un grand moment d'émotion et de plaisir cinématographique (et humain). Tout est juste, tout fonctionne, la réalisatrice fait merveille pour tirer le meilleur d'actrices/teurs pour la plupart non professionnels (et voir le visage tristounet de Bouli s'illuminer soudain d'un sourire est le plus grand des bonheurs.)

sortie 27 mars 2019

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NUESTRO TIEMPO
de Carlos Reygadas

c'est pour pouvoir voir ce film en entier (trois heures ou presque) que j'avais pris une chambre à l'hôtel et que j'avais décidé de manquer la soirée-rencontre autour de 7 minuti de notre Settimana italiana. Une séance unique pour cette dernière avant-première de la journée, pour laquelle on a fait la queue longtemps à l'avance, craignant de ne pas pouvoir y rentrer (ce qui m'a donné l'occasion d'échanger avec une adolescente aux airs d'Harry Potter), pour réaliser, finalement, qu'on n'était que très peu dans cette salle 14 (une trentaine) pour ce lôôông opus qui, s'il m'a plutôt bien plu (j'aime beaucoup ce que fait Carlos Reygadas) ne m'a pas autant enthousiasmé que, disons, Batalla en el cielo, et m'a même paru parfois un peu longuet. Une narration un peu moins absconse que d'habitude (le pitch pourrait en être résumé en quelques mots), des plans à couper le souffle tellement ils sont beaux, et d'autres dont on se demande un peu ce qu'ils font là (les enfants qui jouent dans la boue, au tout début)... Reygadas, quoi. d'autant plus que l'ami Carlos est cette fois des deux côtés de la caméra (et s'est attribué le rôle du mari candauliste (mais pas que) -merci Yves d'avoir introduit ce mot précis dans la conversation-.

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26 novembre 2018

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commencé tard cette année (alors que le Festival, lui, commençait une semaine plus tôt) mais bon avec Ecole et Cinéma, avec la Settimana Italiana, il a fallu s'organiser...
parti, mercredi en fin de matinée, avec Dominique et Hervé

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HAUTE PEGRE
d'Ernst Lubitsch

Parfait pour débuter notre festival par cette mise en jambes enthousiasmante, cette quintessence de cinéma, cette comédie parfaite où il est question d'amour, d'escroquerie, (un escroc et une escroque de haut vol qui arnaquent les riches mais se font des taquineries entre eux), où l'on demande au serveur de voir la lune dans sa coupe de champagne, mais où il sera, également, beaucoup question d'amygdales (...). Des dialogues ciselés, merveilleusement équivoques et ambigus. Un bijou de haut vol, donc, dans une édition superbement restaurée (c'était, je l'ai appris plus tard, le film de la soirée d'Ouverture). Du bonheur, donc, à propos duquel je dois remercier Hervé (c'est lui qui avait très envie de le voir).

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YELLOW SUBMARINE
de George Dunning

autant continuer par un classique, lui aussi, dans une édition superbement restaurée, dans la catégorie "Une petite histoire subjective de l'animation", où chaque réalisateur dont on présentait un film en avait lui aussi choisi un autre a présenter : celui-ci avait été choisi par Bill Plympton. Je connaissais la chanson (que j'avais découvert en version française par les Compagnons de la Chanson, Le sous-marin vert), je connaissais auss l'album dont elle est tirée (encore que, pas vraiment toutes les chansons), mais pas vraiment l'histoire ni le film, et c'est un plaisir de les retrouver dans cette joyeuse re-création furieusement psychédélique qui fleure bon les années 70 et Lucy inthe Sky with Diamonds...

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BÊTES BLONDES
d'Alexia Walther et Maxime Matray

ou comment le hasard (ou un résumé sybillin) vous amène à voir un film, juste à la faveur de quelques mots (qu'on interprète à sa guise, ici "jeune militaire romantique"), qui se révèle ne pas être du tout ce à quoi vous vous attendiez... Il est ici beaucoup question de nourriture, mais aussi de tête(s) coupée(s) qu'on promène dans un sac, pour un sacré coq-à-l'âne cinématographique (comme avait résumé la présentatrice "entre comédie et gore"), un genre de jeu de l'oie narratif, avec un héros qui a la mémoire qui flanche, dans ce film plutôt plaisant (attachant) même si inégal (et dont je viens juste d'apprendre qu'il a obtenu le prix Gérard Frot Coutaz attribué à un premier film, la Caméra d'Or de Belfort, quoi)

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SCHOOL DAZE
de Spike Lee

Un Spike Lee rare, un film de jeunesse jamais sorti en France, et on comprend un peu pourquoi en le voyant : une comédie musicale dans le milieu des facs, ou plutôt des fraternités (ou sororités) qui y foisonnent, des rites d'initiation et des rivalités entre bandes... le réalisateur est jeune, enthousiaste, et il a choisi le vecteur des numéros chantés / dansés pour faire passer ses idées. Au début c'est plutôt très sympathique (il s'est confié le rôle de "Half Pint", un jeune homme plus petit que les autres, d'où son surnom, qui veut absolument intégrer une fraternité viriloïde) et se démène autant que son personnage, mais à la langue ça vire plutôt longuet (comme on dit, "à la fin, j'en voyais plus le bout...")

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21 novembre 2018

maman veux-tu ?

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SUSPIRIA
de Luca Guadagnino

(post en 6 actes et un épilogue)

Acte 1 accident
après le séduisant Call me by your name, l'intéressant A bigger splash (réalisé avant mais vu après) et le formidable Amore (réalisé bien avant et vu bien avant aussi), voici, du même réalisateur, le nouveau film, tant attendu, (remake du film du même nom, étiqueté pas moins que parangon de l'épouvante transalpine post-soixantehuitarde), et qui tadam! se révèle être ce qu'on est tout à fait en droit de nommer un accident industriel. Aïe. Oui, carrément, n'ayons pas peur des mots.

Acte 2 séance
Suspiria et moi, c'est une longue histoire... Quarante-et-un ans, rendez-vous compte, que j'ai vu pour la première fois l'original, celui de Dario Argento, dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Parce que vu dans la plus grande salle du défunt Grand Vox, à Besançon, à une séance de 18h (parce que Michel Grisolia en avait fait une critiquette alléchante dans le Nouvel Obs'), salle où j'ai réalisé au bout de quelques minutes (j'avais raté le début du film parce que j'avais beaucoup hésité avant d'y entrer, et j'étais dans le noir, tandis que se déchaînait sur l'écran sur une sauvage scène d'assassinat à coeur ouvert, accompagnée d'une tout aussi sauvage musique paroxystique), après m'être avancé jusqu'au milieu de la salle, (le temps que mes yeux s'habituent à l'oscurité), que j'étais tout seul, au milieu de cette grande salle, ce qui m'a effrayé au point que j'ai changé de place et j'ai reculé pour venir m'asseoir sur le siège juste à côté des portes (ce qui était idiot, quand j'y repense, car si un tueur masqué était entré dans la salle par cette porte, il m'aurait vu immédiatement et donc égorgé illico...).

Acte 3 trouille
Quarante ans et quelques après cette séance inaugurale, Suspiria me fait toujours peur. Mais sans rien d'objectif. Je l'ai revu plusieurs fois par la suite, en entier cette fois (l'ouverture en est quand même un magnifique moment de cinéma) en salle, mais surtout à la télé, voire même sur l'ordi, j'ai acheté le cd de la musique, (qui est vraiment effrayante), j'ai essayé de me vacciner mais il n'y a rien à faire : si je le regarde (juste un bout, même) je sais que j'aurai du mal à m'endormir, après (ça me fait un peu le même effet avec Inferno, du même Dario Argento, découvert à paris quelques années après) parce que je sais que j'aurai la trouille. Irrationnellement. J'ai beau savoir que ça n'est que du cinéma, c'est comme si c'était resté gravé en moi, ce "trauma" initial... Alors ce soir, ça m'a fait drôle quand, après que je me sois aperçu que le film est tout de même interdit aux moins de 16 ans, ce qui m'a déjà mis en condition, j'ai entendu la demoiselle qui scanne les billets me dire "Vous allez peut-être être seul dans la salle...". Ca m'a fait arghhh l'espace d'un instant (non! par pitié! pas encore tout seul dans la salle!), mais ô chance ô bonheur est arrivé juste derrière moi un monsieur qui allait dans la même salle que moi... Ouf! me suis-je dit en y entrant... Et même un troisième (jeune) homme y est venu s'asseoir, quelques instants plus tard. A trois, c'est mieux... La séance pouvait commencer.

Acte 4 remake
Et voilà donc que ça commence, et je me dis que je vais pouvoir comparer, jouer au jeu des 7 erreurs, avec l'original, d'autant plus que le générique mentionne "d'après le script original de Dario Argento et Daria Nicolodi". Ca démarre autrement : Tiens, on est à Berlin, dans les années 70, tiens un vieux psychiatre qui reçoit une jeune patiente un peu agitée qui est danseuse et souffre visiblement de bouffées délirantes, évoquant les sorcières qui sévissent dans son école de danse, et tiens, -enfin ça y est je reconnais quelque chose- une jeune étudiante américaine, Suzy Banner (dans le premier elle s'appelait banner, mais bon), qui débarque dans sa nouvelle école de danse, l'Académie Markos (mais bon je trouve que l'arrivée de Jessica Harper, avec les portes de l'aéroport qui entrecoupent la musique, la tempête, le trajet en taxi, avaient une toute autre gueule...), le réalisateur a gardé pour les demoiselles le nom des personnages féminins d'origine, et, côté profs, on retrouve la fameuse Madame Blanc, mais il a éradiqué quasiment tous les personnages masculins du récit initial, qui étaient certes accessoires mais décoraient joliment (ah le pianiste aveugle avec son chien...), en rajoutant toutefois celui du vieux psychiatre, auquel il va d'ailleurs donner une importance démesurée...

Acte 5 sabbat
Le premier Suspiria, c'était une histoire de jeunes filles assassinées de façon brutale, de préférence la nuit, à l'arme blanche, avec une musique d'enfer, dans des décors baroquissimes aux couleurs pétantes (rien que pour ça, ça valait le coup de voir le film), au sein d'une académie de danse rococo dont toutes les professeurs étaient des sorcières, sous les ordres d'une sorcière-chef, qu'on ne voyait jamais (mais dont on entendait juste le râle) que l'héroïne, Suzy Banner donc, finissait par estourbir, dans un final assez croquignolesquement grotesque d'ailleurs (c'est un peu souvent le problème chez Argento, les fins ne sont jamais à la hauteur : celle d'Inferno est, il faut le reconnaître, tout aussi décevante), tout ça dans des décors insensés, avec des éclairages qui l'étaient tout autant. Luca Guadagnino a conservé sommairement cette trame, mais l'a tripatouillée à sa sauce, et en a fait une histoire  embrouillée que c'est rien de le dire (ah quoi bon ces références incessantes au terrorisme et à la bande à Baader ?)... Mais surtout que c'est moche! Suspiria, ça claquait en couleurs primaires, ça vibrait, ça décollait presque la rétine, rouge profond, bleu pétant, (technicolor, quoi!) jaune, vert, ça avait de la gueule! Ici tout est tristouille, éteint, froid, en verdasse marronnasse beigeasse (et même rougeasse, pour un final qui,lui, a conservé l'imbécillité de son modèle mais en l'étirant et en l'exagérant -le chorégraphiant- jusqu'à plus soif, ce qui n'était pas forcément la meilleure des idées à avoir (aïe aïe aïe un sabbat dont le souvenir me fait mal, tellement la grotesquerie y atteint des sommets).

Acte 6 actrices
Le réalisateur avait tout de même convoqué du beau monde, pour ce qui est de ses actrices : des jeunes (Dakota Johnson, Mia Goth, Chloë Grace Moretz) et des plus aguerries (j'avais écrit moins jeunes mais je trouvais ça désobligeant, alors que ce n'était pas du tout mon intention) :Tilda Swinton, actrice singulière que j'ai toujours trouvée formidable, qui est sa muse, (elle était sublime dans Amore) paye ici doublement* de sa personne -mais à quoi bon lui faire incarner un deuxième personnage auquel est attribué un faux interprète au générique* ?- (il avait été question, tout au début du projet, d'Isabelle Huppert dans ce rôle, et j'avoue que cette perspective m'avait fait saliver, mais visiblement, ça n'a pas pu se faire...), puis un duo d'actrices en hommage au cinéma allemand des années 70: Angela Winkler et Ingrid Caven (de la même façon que, dans la version de Dario Argento, Alida Valli et Joan Bennett jouaient les références au cinéma des années 50), puis un clin d'oeil à l'original, avec Jessica Harper -qui en 77 jouait la nymphette héroïne, apprentie-détective et witch-killer, tandis qu'elle n'est ici que la femme du psy- sans oublier notre Sylvie Testud (que j'aime toujours autant), hélas un peu ici injustement sacrifiée, dans tous les sens du terme, il a d'ailleurs fallu que je vérifie au générique de fin qu'il s'agissait bien d'elle), tout ça pour ça : un gloubiboulga (j'avais écrit salmigondis) indigeste et prétentieux (et peu ragoûtant, enfin de moins à moins, au fur et à mesure qu'on s'approche de la conclusion) et confus). Moralité (psy) en gros : tu es la mère / tuer la mère. Si j'étais une femme, je crois que je m'inquièterais du message délivré par le réalisateur.

Epilogue rêves
De ce naufrage on sauvera la musique de Thom Yorke (qu'il vaut mieux, finalement, écouter sur disque chez soi, au chaud), et quelques scènes aussi, quand même (Luca Guadignino nous a prouvé qu'il ne filme pas avec les pieds), surtout les scènes de "rêve", ces enchaînements très rapides de plans très brefs, parfois presque de l'ordre du subliminal, que j'ai vraiment beaucoup aimées, tout en se rappelant bien d'en oublier quelques autres  (un solo de danse de l'héroïne, concomitant au nouage des membres d'une autre ballerine, en solo elle aussi, que j'ai trouvé tout à fait embarrassant, tout autant que, je l'ai déjà mentionné, le sabbat final). Argento/Guadagnino : 1-0 en faveur de Dariochounet, sans discussion possible.

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l'affiche a une certaine gueule, mais, déjà, avant d'avoir vu le film, il y avait un détail qui me chiffonnait : je trouve cette calligraphie assez laide, et surtout, surtout, vous avez vu ce A immonde ? Injustifiable. J'avais d'ailleurs prévu d'intituler ce post Le A de Suspiria...

* et j'apprends à l'instant (dans Variety et en vo, s'il vous plait, qu'elle en en joue un troisième, lors du fameux sabbat final, celui de la sorcière-chef! (Donc elle figure trois fois dans cette scène!)

 

20 novembre 2018

coquelicots

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PENCHÉ DANS LE VENT
de Thomas Ridelsheimer

Ah, Andy... Pas celui de la chanson des Rita Mitsouko, non, celui du land-art. Cet homme-là je l'adore. Qu'on avait déjà vu à l'oeuvre dans Rivers and tides, du même réalisateur, il y a une dizaine d'années (qui avait été un beau succès-surprise lorsqu'on l'avait programmé, aux débuts du bôô cinéma... on avait presque refusé du monde me semble-t-i!). Un doux bonhomme aux yeux clairs et à la barbounette blanche (soignée, la barbe, option "trois jours" impeccable) qu'on re-voit donc à l'oeuvre, dans la verte et humide campagne brittone, mais plus seulement. Il se déplace partout, le bougre (même s'il garde un faible pour la verte et humide campagne brittone) . Et il n'est plus tout seul : non seulement sa fille l'assiste (pour les projets à taille humaine), mais également toute une équipe de gaillards, avec des gros bras et des grosses machines-outils, pour les projets plus monumentaux (j'avais écrit pharaoniques mais c'est un peu excessif).
Et c'est toujours autant un plaisir de l'entendre parler, de son art, de son rapport à la nature, de ses projets, passés et  actuels. et surtout de le voir faire. il joue toujours avec les pétales et les feuilles jaunes, avec les éléments naturels pour des créations éphémères (dont il garde heureusement des témoignages photo) d'une beauté à la fois simple et puissante, toujours dehors, dans la pluie, dans le froid, dans le vent, laissant son empreinte (dans tous les sens du terme, puisqu'il nous expose un nouveau travail de silhouettage mettant en jeu son propre corps, à la campagne tout aussi bien qu'à la ville) sur/dans le paysage environnant.
Au début le film est un peu morcelé, éparpillé (enfin c'est le sentiment que j'avais) mais très vite on se laisse aller à suivre le fil conducteur plus ou moins lâche tissé par le réalisateur et son acteur/interprète principal. ici, là-bas, ailleurs.
J'aime toujours autant le travail d'Andy Glodsworthy, et c'est, oui je le répète, toujours autant un plaisir de le voir à l'oeuvre.
Penché dans le vent, oui (une fois sur deux, je ne sais pas pourquoi, j'intitule le film Perché dans le vent, ce qui lui conviendrait au moins autant)...

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affiche...

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et photos

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19 novembre 2018

l'égalité, c'est pouvoir dire merde à tout le monde

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LES CROIX DE BOIS
de Raymond Bernard

Quelle meilleure occasion que ce 11 novembre pour voir ce film superbe, à l'occasion d'une programmation spéciale "centenaire de l'armistice" souhaitée par le grand-manitou-en-chef du bôô cinéma.
Oui, un très beau film, en noir et blanc, sur une troupe de mecs faisant partie de la même compagnie, pendant la guerre de 14/18. L'ambiance virile / bidasses / chambrée, j'ai toujours eu un faible, vous devez commencer à le savoir. Hommes entre eux, déjà, ça m'appate (je ne me lasse pas, par exemple, de revoir Stalag 17, un genre de mètre-étalon pour moi dans le genre film de chambrée). Ici les chambrées en question sont sommaires puisque nos bidasses sont au front, dans les tranchées. Au début jouissant d'une certaine inaction -et s'en plaignant- (le film prend son temps pour se mettre en route, et c'est très bien, nous présentant les principaux personnages et prenant le temps de nous les décrire un peu plus en détail qu'une simple esquisse) jusqu'à ce que boum! la guerre la vraie soit soudain là.
Un film tourné en 1931 que j'ai trouvé "d'une étonnante modernité" (comme dirait Téléramuche) et qui m'a même fort ému à certains moments. Le réalisateur, en 1931, dénonçait l'absurdité de la (première) guerre (mondiale), (le début du film est très clair : des soldats en rang, présentez armes!, remplacés progressivement à l'écran par les rangées de croix de leurs tombes, plantées suivant la même perspective, en deux plans tout est dit) sans se douter que, sept ans plus tard, le monde allait remettre ça de la plus effroyable des façons...
Charles Vanel, Pierre Blanchar, Gabriel Gabrio (le patissier, l'étudiant, l'ouvrier) incarnent les trois figures principales de cette compagnie de soldats qu'on va voir se faire décimer progressivement au fur et à mesure du film. Après un début, je l'ai dit, plutôt calme et bon enfant (le quotidien -souvent rigolard- des bidasses désoeuvrés), le film de Raymond Bernard passe à l'attaque, et nous met -avec tous ses personnages- au coeur du combat.
Ces scènes, qui ont été reconstituées avec les moyens de l'époque, sont absolument saisissantes et ont fait de ce film, pourtant resté invisible pendant un long laps de temps, sans doute "le" film de référence sur la guerre de 14. A partir de la scène dite "des dix jours", le film ne va plus nous laisser le temps de respirer, faisant de ses scènes de batailles des grands moments de cinéma.
Quelques scènes ont un peu vieilli, mais font aussi, justement, le charme (suranné) d'un cinéma des années 30, un peu trop expressif (dans le lyrisme et l'idéalisme surtout).
Mais un film que je suis heureux d'avoir enfin pu voir. Merci le général en chef du bôô cinéma, sans qui ça n'aurait pu se faire...

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les croix de bois

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18 novembre 2018

décoller le sparadrap

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GIRL
de Lukas Dhont

Caméra d'or pour le réalisateur.
Prix d'interprétation (non genré) pour Victor Polster
Un sacré beau doublé qui fit effervescer le festival de Cannes 2018.
Et, incontestablement, le film les mérite, toutes ses récompenses. L'histoire de Lara, née Victor, danseuse, sur le point de devenir "tout à fait" fille.
On la découvre, à la maison, avec son père et son petit frère, puis à l'école de danse, où elle travaille dur. Pour y être admise définitivement (au début du film elle est en "observation"). Elle ne s'économise pas (les pointes c'est très dur, encore plus quand on ne les a pas pratiquées dès l'enfance, apprend-on dans le film), pour danser dans le ballet chorégraphié par Sidi Larbi Cherkhaoui.
Elle lutte aussi pour trouver sa "place", suit un traîtement hormonal, et attend avec impatience l'opération qui la transformera définitivement, la délivrant enfin de ce petit bout de chair qui l'embarasse, là-devant, et qu'elle s'acharne a faire oublier (à nier)  par des pratiques de dissimulation contraignantes et pénibles.
Le film est centré sur Lara, sur les choses qu'elle vit, la façon dont elle les ressent, et la caméra tourne autour d'elle (j'ai pensé à Rosetta pour cette façon, justement, de ne pas la quitter de l'objectif). Lara se bat (se débat) avec son père, avec la prof de danse,  avec les médecins, mais en douceur, sans que jamais l'affrontement ne dégénère en bataille rangée. il serait plutôt question de résistance. Pas facile de dire les choses, surtout lorsqu'on n'est pas tout à fait sûre de ce qu'on ressent.
Le film est très attentif à son personnage central, à son corps en souffrance(s) -la danse est une rude école-, et à sa personnalité, en construction (elle est adolescente, ce qui n'est déjà pas une mince affaire à vivre en "temps normal", mais là les choses deviennent encore bien plus cruciales...), et donc à ses rapports aux autres (j'ai déjà parlé de son père, de ses profs, il faudrait rajouter ses alter ego : les filles (et les garçons aussi, mais surtout les filles) avec lesquelles elle danse, et, surtout, ce petit voisin sur lequel elle a flashé, et pour lequel, en bonne adolescente, elle met en place toute une batterie de manoeuvres d'approche...).
Et Lukas Dhont, dont c'est le premier long (métrage) a l'excellente idée de prendre les choses par le petit bout (de la lorgnette) : calmement, simplement, sans pathos superfétatoire, exposant les choses comme elles sont, comme elles viennent, sans que le spectateur obtienne forcément une réponse à toutes les questions qu'il se pose. Il est bien question de souffrance, physique ou morale, mais toujours filmée avec ce qu'il faut de pudeur et d'empathie.
Lara voudrait être une adolescente comme les autres, mais les choses ne vont pas aussi vite qu'elle le souhaiterait. Une grande partie du film progresse ainsi, à petites touches, presque comme un constat, une routine de vie (la maison, les transports, la danse, les transports, la maison) mais jamais filmée juste en tant que telle... C'est bien sa vie à elle, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre...
Difficile d'être plus précis sans spoiler...
Mais je ne pensais pas que le film était aussi dur (pourtant on m'avait prévenu). J'ai fini en larmes, et c'est doux quand le dernier plan revient mettre de la lumière dans tout ça...

Et je suis encore plus sidéré d'apprendre que Victor Polster, l'interprète de Lara,  est d'abord un danseur (ça, effectivement, ça pouvait se deviner) et que ce film consitue son premier rôle d'acteur (j'utilise à nouveau le masculin, puisque c'est le sexe du jeune homme en question, qui explique qu'il n'est pas du tout transgenre mais qu'il a plutôt apprécié de devenir une fille le temps d'un tournage), et qu'il s'agit donc bien d'une interprétation (mais d'une façon tellement bouleversante qu'on a du mal à croire qu'il s'agit d'un rôle de composition).

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15 novembre 2018

comme le mec à la télé

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YOMEDDINE
de A.B. Shawky

Tous les ans on a la chance d'avoir le directeur du Festival Lumières d'Afrique, qui vient de Besançon, pour nous présenter un film en avant-première dans le bôô cinéma. Cette année c'est un film de Cannes 2018, qui sortira en salle fin novembre, et est vraiment... impressionnant puisqu'il a pour héros Beshay, un lépreux, qui prend la route après la mort de son épouse pour tenter de retrouver son père, qui l'avait abandonné jadis à la léproserie en lui promettant de revenir le chercher. Beshay part avec son âne et sa carriole pour un road-movie à travers l'Egypte en compagnie d'un jeune nubien surnommé Obama.
On peut qualifier le projet de culotté, dans la mesure ou Beshay est un vrai lépreux, et que c'est vrai qu'on n'a pas l'habitude, en tant que spectateur occidental chouchouté, d'affronter la vision -frontalement donc- de séquelles de cette maladie sur un visage et sur un corps qui soient des "vraies" cicatrices et non des effets spéciaux de maquillage. Le réalisateur y va progressivement, "en douceur" mais n'hésite pas à nous le montrer, comme n'importe quel acteur principal de n'importe quel film, sous toutes les coutures. Beshay est un sacré bonhomme, doté du sens de la répartie et d'un  humour certain, et la paire qu'il constitue avec son jeune partenaire est tour à tour drôle, attachante, émouvante...
Dans une Egypte dont le réalisateur ne nous épargne rien de la marge (et des laissés-pour-compte), dans un indéniable souci de réalisme. On comprend bien ce qu'il a voulu tenté de dire, (de faire) mais le film n'est pas forcément toujours à la hauteur des ambitions revendiquées par le réalisateur (Elephant man) et sa sélection en compétition officielle à Cannes peut-être un peu (affectivement) surévaluée.
Reste un film juste, simple, respectueux envers ses personnages et les acteurs qui les incarnent.

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11 novembre 2018

ami entends-tu

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Les deux oncles

C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston
L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons
Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts
Moi, qui n'aimais personne, eh bien ! je vis encor

Maintenant, chers tontons, que les temps ont coulé
Que vos veuves de guerre ont enfin convolé
Que l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun
Les étoiles ternies du maréchal Pétain

Maintenant que vos controverses se sont tues
Qu'on s'est bien partagé les cordes des pendus
Maintenant que John Bull nous boude, maintenant
Que c'en est fini des querelles d'Allemand

Que vos fill's et vos fils vont, la main dans la main
Faire l'amour ensemble et l'Europ' de demain
Qu'ils se soucient de vos batailles presque autant
Que l'on se souciait des guerres de Cent Ans

On peut vous l'avouer, maintenant, chers tontons
Vous l'ami les Tommies, vous l'ami des Teutons
Que, de vos vérités, vos contrevérités
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité

De vos épurations, vos collaborations
Vos abominations et vos désolations
De vos plats de choucroute et vos tasses de thé
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité

En dépit de ces souvenirs qu'on commémor'
Des flammes qu'on ranime aux monuments aux Morts
Des vainqueurs, des vaincus, des autres et de vous
Révérence parler, tout le monde s'en fout

La vie, comme dit l'autre, a repris tous ses droits
Elles ne font plus beaucoup d'ombre, vos deux croix
Et, petit à petit, vous voilà devenus
L'Arc de Triomphe en moins, des soldats inconnus

Maintenant, j'en suis sûr, chers malheureux tontons
Vous, l'ami des Tommies, vous, l'ami des Teutons
Si vous aviez vécu, si vous étiez ici
C'est vous qui chanteriez la chanson que voici

Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés
Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées
Des idées comme ça, qui viennent et qui font
Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont

Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas
Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'en ont pas
Que prendre, sur-le-champ, l'ennemi comme il vient
C'est de la bouillie pour les chats et pour les chiens

Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain

Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons
Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb
Ainsi, chanteriez-vous tous les deux en suivant
Malbrough qui va-t-en guerre au pays des enfants

O vous, qui prenez aujourd'hui la clé des cieux
Vous, les heureux coquins qui, ce soir, verrez Dieu
Quand vous rencontrerez mes deux oncles, là-bas
Offrez-leur de ma part ces "Ne m'oubliez pas"

Ces deux myosotis fleuris dans mon jardin
Un p'tit forget me not pour mon oncle Martin
Un p'tit vergiss mein nicht pour mon oncle Gaston
Pauvre ami des Tommies, pauvre ami des Teutons...

Georges Brassens

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12 novembre 2018

singapour vaut bien un bouillon

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LA SAVEUR DES RAMEN
d'Eric Khoo

Celui-là il fallait de la chance et de l'acharnement pour réussir à le choper, vu qu'il ne passait plus qu'une fois par semaine au Victor Hugo. Ce fut fait en ce premier novembre pluvinasseux (vous voyez l'ambiance...). Eric Khoo est un réalisateur singapourien (le premier du genre) et auteur d'un film que j'ai adoré, BE WITH ME, en 2005 (rhhhhhha... souvenirs souvenirs, tout me revient, les bozarts, le jeune homme au t-shirt vert, ma jeunesse...). Puis il y avait eu MY MAGIC qui m'avait moins touché (ce magicien qui croquait du verre me mettait mal à l'aise) et un HOTEL SINGAPORA où il me semble avoir dormi hélas d'un bout à l'autre, et donc j'attendais ce RAMEN en espérant que le miracle BE WITH ME se reproduise. et que je f&asse une petite danse de joie en sortant du cinoche.
Les critiques étaient... mesurées, mais je voulais me faire mon propre avis.(les critiques hein je m'en méfie et je devrais avoir de la corne sur la paume des mains après toutes les fessées que j'ai eu envie de distribuer, qui aux Cahiaïs, qui à Libé, qui aux Inrocks -par ordre de fréquence on va dire-).
Bon, c'est vrai que, par rapport à l'éblouissement de Be with me, le plat ici (puisqu'il sera énormément question de cuisine) est un peu sage, un peu fadasse, un peu lisse... une histoire de famille, de cuisine et de géographie (la Chine, le Japon, Singapour) où un jeune cuisinier très mimi (fils d'un mariage mixte singapourien-japonais) fait le déplacement à Singapour  pour apprendre à cuisiner local, mais aussi pour en savoir plus sur l'histoire de sa mère. Il est spécialiste des ramen et veut apprendre à préparer le bak kut teh, qu'il assimilera, lorsque tous sera arrangé, à sa sauce en ramen tek.
Le film est agréable, se consomme sans déplaisir, mais hélas - reparlons cuisine- on l'a nappé d'une sauce écoeurante de musique violonnante et sirupeuse qui en dénature hélas la saveur. (j'aime le sucroté mais trop c'est trop...)
Tiens, je vais faire le fainéant, et vous renvoyer directos à la critique de Llibé (ici) que j'ai trouvée, cette fois, très drôle et très juste.
On en parlait avec Michèle, à la sortie  (surtout après le film kazakh, la comparaison ne jouait pas vraiment en faveur de Singapour). Un film... honnête, (sans plus), "pas indigne" a-t-on conclu d'une même voix... Mais pour qui se souvient de Be with me, ça n'est pas suffisant.

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17 novembre 2018

tapis volant

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LE VOLEUR DE BAGDAD
de Michael Powell, Emeric Berger, Tim Whelan (et d'autres encore sans doute)

Prévisionnement Ecole et Cinéma 2 : celui-là je ne l'avais jamais vu en salle (et je crois bien même que je ne l'avais jamais vu du tout).
Technicolor flamboyant, féérie moyen-orientale genre Mille et une nuits (les palais ressemblent à des pâtisseries géantes enveloppées de pâte à sucre aux couleurs pastel (ah ce bleu et ce rose layette/loukhoum) doublage fraçais (le film sera proposé en vf) très connoté années 50 (avec chansons ad hoc), transparences attendrissantes, méchant très très méchant, gentils très très gentils, rien n'y manque...
Les deux héros sont l'ex-calife jeune et beau Ahmad qui a été détrôné par le très méchant vizir Jafar, jeté en prison par le même, ensorcelé (il est devenu aveugle), et son copain Abu, un jeune voleur (de Bagdad, d'où le titre du film) qui, lui, a été transformé en chien (d'aveugle, justement, on pourrait dire), parle même Jafar, en colère de ne pas avoir l'amour de la princesse qui, voyez-vous ça justement, est tombé amoureuse d'Ahmad (qui lui aussi a coup-de-foudré pour elle dès la première fois qu'il l'a vue). Jafarchounet (aux yeux inquiétents qui devraient impressionner quelques têtes blondes) a promis à la princesse que les sortilèges qu'il a lancés à Ahmad et Abu seraient levés dès qu'elle aurait accepté qu'il la serre dans ses bras.
Elle accepte, fin du premier acte (qui permettra notamment de préciser la notion de flash-back).
Mais ça ne fait que commencer...
Cheval volant, automate meurtrièr(e), oeil-qui-voit-tout, génie géant enfermé dans une bouteille, tapis volant, araignée géante, cul-de-basse-fosse avec pieuvres y nageant, mais aussi baiser enfiévré, mariage princier, méchant puni, il ne manquera pas un poil de turban ni une paillette de voile arachnéen à cette production délicieusement kitchissime (je redis l'épithète car il est particulièrement bien adapté...) qui a ravi l'esthète pervers qui sommeille en moi (ah cette scène d'ouverture avec les marins torse-nu grimpant dans les haubans, miam!) et le cinéphile admiratif, tout autant.

Jugez plutôt :

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Ahmad raconte son histoire

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l'arrivée en ville de la princesse

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la princesse

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la même, vue par le reflet de Ahmad

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Jafar et le père de la princesse

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Jafar et Ahmad (qui est le gentil, qui est le méchant ?)

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le génie

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le sanctuaire de la déesse

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l'oeil-qui-voit-tout

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accroche-toi à mes cheveux!

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Ahmad et Abu

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*

attention là je vais un peu vous spoiler la fin :

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aaaah....

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arghhhhh...

*

et l'affiche, quand même :

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