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lieux communs (et autres fadaises)
15 février 2024

wasabi sauvage

017
LE MAL N'EXISTE PAS
de Ryusuke Hamaguchi

Lion d'Argent / Grand Prix du Jury à Venise 2023. (Ah bon…)
J'avais adoré DRIVE MY CAR, c'est vrai, puis un peu moins aimé CONTES DU HASARD, et donc là, pour mon unique film de cette édition 2024 du Ficâââ, j'étais rempli d'espoir… (dans de très bonnes dispositions). Et puis ça commence, des vues d'arbres et de branches vus en contreplongée sur une musique "intelligente", longtemps, et voilà déjà une entrée en matière certes jolie mais un peu indolente (et, donc, oui, longuette), soudain interrompue un peu sèchement (l'effet se reproduira plusieurs fois dans le film) pour entrer dans le vif du sujet : une fillette qui regarde un arbre, puis un homme qui remplit à la louche des jerrycans dans l'eau claire d'un gai ruisselet (on craint de le voir remplir in extenso, car avec une louche ça ne va pas vite...), puis un autre homme qui coupe du bois, d'abord à la scie puis à la hache (on craint aussi de voir le débitage in extenso car là aussi ça dure loooongtemps…)
On se dit que tout ça est quand même très très mou, même si joliet je le répète, quand enfin arrive un peu d'action : une réunion organisée entre les gens d'un village (dont les deux hommes déjà rencontrés, qui remplissant, et qui débitant) et deux sous-fifres (un homme et une femme) d'une quelconque entreprise, venus présenter (envoyés au casse-pipe) un projet de glamping sur le site dudit village… Ouf! On a le sentiment que le film démarre, un peu schématiquement certes (les gentils villageois paisibles qui vivent en accord avec la nature, connaissent le nom des arbres, regardent passer les cerfs et boivent de l'eau si fraîche et si pure, vs les méchants industriels sans scrupules et sans états d'âme, qui veulent surtout s'en mettre plein les poches, au détriment du respect de la nature, des villageois, et de la belle eau si pure -et des cerfs aussi-) mais on est content de voir les choses bouger, et les personnages évoluer d'une façon qu'on (pour certain(e)s) n'avait pas forcément anticipée…
Le film devient de plus en plus intéressant, (et moins simpliste qu'on n'aurait pu le craindre), puis va bifurquer dans sa dernière partie sur une péripétie (la disparition d'un personnage) que votre modeste serviteur avait  anticipée, mais se terminant de façon fort fort mystérieuse et inexpliquée (ce que tout le monde a ressenti, certes, mais bon la dame qui a présenté le film nous avait un peu avertis).

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18 février 2020

zen

018
MERVEILLES A MONTFERMEIL
de Jeanne Balibar

A la séance de 13h45, avec Catherine, on était deux... Séance privée ? Ok, on pouvait mettre les pieds sur les sièges de devant... On était un peu interggogatifs tous les deux, face aux résultats critiques... mitigés (de la part des critiques professionnels) et franchement mauvais de la part des "spectateurs" (comme si une armée entière de trolls étaitent venus épancher leur bile et leurs humeurs mauvaises...) On s'était donc, plus ou moins (in) consciemment, préparés au pire... Et, bien sûr, on était curieux.
Jeanne Balibar, elle fait partie de nos stars chéries-chéries, de façon incontestable et inconditionnelle. On l'aime comme actrice, on l'aime comme chanteuse (apparue chez Desplechin en fofolle avec des bois de cerfs sur la tête, on a suivi avec fidélité chacune de ces diva-gations successives, sans que jamais elle ne nous désappointât ni déçût, -avec justement, au contraire, des pics de bonheur cinématographique : J'ai horreur de l'amour, Ne change rien, Dieu seul me voit, Le Dos rouge, Barbara ...-dans chacune de ses incarnations, plus ou moins fantasque...
Et c'est donc, déjà, un plaisir de la retrouver à l'écran (au milieu d'une belle troupe de gens qu'on aime bien), avec tout de même au coeur cette petite appréhension (Dominique m'a annoncé avoir quitté la salle au bout d'une heure, mais bon on n'aime pas toujours les mêmes choses). Mais bon voilà ça commence, et dès la première scène je tique un peu (l'avocate qui fait une réussite), et à la suivante je tique encore un peu (entre ce qui se dit à la table du conseil municipal et ce qui se passe dans la salle -la séance de yoga- les choses ne sont comme qui dirait pas raccord, il ya quelque chose qui ne fonctionne pas...
Le sentiment d'un peu n'importe quoi, de foldinguerie pas toujours maîtrisée, de roue-libre pour cet OFNI qu'on aurait pourtant adoré adorer...
Le fil conducteur est, grosso modo, celui d'une comédie de remariage (j'ai appris ce terme il n'y a pas si longtemps) entre jeanne balibar et Ramzy Bedia (vu il n'y a pas très longtemps dans Terminal Sud, de Rabah Ameur-Zaimèche, pour la petite histoire originaire de Montfermeil et remercié au générique par la réalisatrice, comme son camarade Ladj Ly, lui aussi originaire de et remercié), une autre partie concernant les agissements des conseillers municipaux, et une troisième (celle que je préfère) concerne un duo d'enfer : Bulle Oogier et Anthony Bajon, qui montent un commando pour libérer un black (je n'ai pas vraiment compris de qui il s'agissait) dans un Formule Un en prenant soin de prévenir anonyment le GIGN pour que les choses ne soient pas trop facile (et en prenant soin de se déguiser en buisson(s)... Si tout le film avait pu fonctionner aussi bien j'aurais été le plus heureux des spectateurs...
Mais bon, c'estJeanne balibar, et donc on lui pardonne.
On lui pardonne tout (et on se rappelle d'elle en commissaire, dans le puissant Les misérables, dont j'espère bien qu'il va rafler le plus de César possible à la fin du mois...) en attendant de la revoir, bientôt (ô ravissement) dans le prochain film d'Apichatpong Weerasethakul (si si!)

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12 février 2020

reporter

015
HISTOIRE D'UN REGARD
de Mariana Otero

Je l'ai vu parce qu'il passait juste avant Jojo Rabbit, et parce que le nom de Gilles Caron me disait vaguement quelque chose. En fait je me souvenais surtout de sa photo de daniel Cohn-Bendit jeune face à un CRS. C'est un jounaliste / reporter / photographe qui travaillait chez Gamma, et qui a disparu en 1970 au Cambodge. A 30 ans. Raymond Depardon se souvient qu'il l'a accompagné à l'aéroport, alors qu'il ne le faisait jamais. Et puis plus rien. parce que personne à l'Agence n'était disponible pour partir au cambodge ce jour-là.
1970 / 2019, ça fait un bail. Comme dit Dominique "C'est un photographe d'une autre génération..." et le réalisatrice, Mariana Otero en dresse un portrait sensible, en s'intéressant aux milliers de planches-contacts que Gilles Caron a laissées, en évoquant les différents pays où il s'est rendu pour photographier, pour rendre compte. Le Biafra, l'Irlande du Nord, la Tchécoslovaquie, le Tibesti... Voyage en noir et blanc, itinéraire entre des images fixes, certaines devenues iconiques, la plupart extrêmement poignantes (cette terrible photo de Raymond Depardon en train de photographier un enfant biafrais...).
La réalisatrice fait oeuvre de mémoire, notamment lorsqu'elle retourne en Irlande du Nord pour retrouver certains protagonistes qui figurent sur les clichés que Gilles Caron avait pris alors (cette confrontation est particulièrement touchante).
Un filmassionnant, et très émouvant.

 

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4 février 2020

contagem

014
AU COEUR DU MONDE
de Gabriel Martins & Maurilio Martins

Sensation un peu étrange de voir, à quelques jours (ou semaines) de distance deux films brésiliens qui se passent dans la même ville (Contagem) et avec la même actrice principale... Comme si l'un était le décalque de l'autre. Sauf que pas du tout. Celui-ci commence par une fête d'anniversaire et une balle dans la tête, et finira presque de la même manière (mais pas dans la même tête).Beaucoup de flingues et de balles tirées (comme si les brésiliens -les habitants de Contagem en tout cas- se promenaient aussi souvent avec un flingot que nous, français, le faisons avec la baguette, le camembert -et bien sûr, le bérêt basque). guerre des gangs où ça s'entretue joyeusement et loi du talion.
Le film a été encensé par Kleber Mendonça Filho et on comprend pourquoi en le voyant (question rage et munitions, on est quasiment au niveau de Bacurau). C'est le premier film de Gabriel Martins et Maurilio Martins (qui, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne sont pas frères, mais se sont rencontrés en école de cinéma) et ça donne vraiment envie de voir ce que va donner le suivant.
(En plus, la bande-son est particulièrement plaisante et soignée et donne, notamment l'occasion d'entendre du rap brésilien...)
Je suis désolé de ne pas être plus prolixe, mais je l'ai vu il y a déjà quelques temps et je n'avais, bêtement, rien noté sur le coup...
Simplement constater que le cinéma brésilien est en train de me devenir de plus en plus cher...

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29 janvier 2020

camphrier

013
SEJOUR DANS LES MONTS FUCHUN
de Gu Xiaogang

C'est un peu surprenant lorsque, à la fin d'une film chinois de 2h30, on voit, juste avant le générique de fin, apparaître la mention "fin de la première partie"... Ni Dominique ni moi n'étions au courant de la chose...
Un beau et ample film chinois (une histoire de famille comme je les aime, (quatre frères, leur mère, leurs épouses et leurs enfants) avec des thématiques chinoisissimes (démolition / reconstruction, politique nataliste (ou pas) du gouvernement, tripots et jeux clandestins, recherche du jour parfait pour célébrer quelque événement que ce soit, étalages de plats qui font saliver, fêtes familiales avec distributions obligatoires de cadeaux à des gens qui disent "Il ne fallait pas" mais qui les prennent quand même, difficultés de communication entre parents et enfants, grand-mère qui s'achemine lentement vers Alzheimer et la maison de retraite qui va avec, oui, tout ça et surtout surtout SURTOUT l'argent, le flouze, les yens, les pépettes, les ligatures de sapèques (avez-vous lu le Juge Ti ?), l'oseille l'artiche la fraîche, qui semble être le centre d'intérêt, le moteur (et le sujet de conversation)  de tous ces gens-là...). L'argent est omniprésent comme le fleuve Fuchun, semble nous dire le réalisateur.
Avec un  traitement de l'image idem (se rapporte à "chinoisissime", quelques lignes plus haut), avec la bonne nouvelle que ce film-ci est non seulement moins désespéré que les quelques précédents vus auparavant (Le lac aux oies sauvages, An elephant sitting still) mais semblerait presque... guilleret par rapport aux susdits (je ne sais pas pourquoi, ça m'a quasiment plutôt fait penser à un film japonais, une histoire de famille à la Kore-Eda).
On suit avec attention (avec intérêt, avec bienveillance) les histoires de ces gens, avec l'intérêt supplémentaire de profiter régulièrement des paysages dont le réalisateur a su régulièrement illustrer son propos (le fleuve Fuchun y a une place prépondérante), d'autant plus intéressants qu'ils sont filmés au fil des saisons (j'entends déjà à l'avance s'extasier certain(es) spectateurs-trices sur les mêêêrveilleux paysâââges, dans les files d'attente, quand le film sera projeté au FICÂÂÂ, ce qui serait d'ailleurs amplement mérité, et ils auront raison...).
Bref (...) Les deux heures trente s'écoulent comme une rivière tranquille, paisiblement, superbement.
Oui, ce qu'on appelle un "beau film". Très beau (et très doux, ce qui est somme toute relativement rare pour un film chinois). Encore plus fort lorsqu'on sait qu'il s'agit d'un premier film. (Et que le réalisateur a à peine trente ans!)
Et donc on attend la suite...

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26 janvier 2020

festival téléramuche 2020

Cinq films 2019 non vus, + une avant-première
Hormis ladite avant-première, l'humeur n'était pas vraiment à la rigolade...

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MARTIN EDEN
de Pietro Marcello
(2h08)
On avait failli le choisir comme avant-première pour notre Settimana Italiana, mais finalement ç'avait été Le Traître. Qui m'a infiment moins intéressé que ce film-ci. Un film passionnant, d'après Martin Eden (que je n'ai jamais lu) de Jack London qui transporte, avec une grande intelligence, l'histoire en Italie. Un film "historique", une biographie imaginaire brillammant illustrée, où on ne sait jamais vraiment quand et où on se trouve. La vie d'un homme, d'un écrivain, qui part de rien ou presque pour accéder à la solitude flippante des stars... Un très beau travail sur l'image, l'aspect "grenu" très caractéristique, ainsi que toutes les "incrustations" que le réalisateur y insère. Une splendide chronique historico-onirique.

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008
LE LAC AUX OIES SAUVAGES
de Diao Yinan
(1h50)
On devait le programmer, mais comme c'était trop près du festival téléramuche, on l'a remplacé par Et puis nous danserons. Un film brillant, ultra-chiadé pour ce qui est de la technique (quasiment tout se passe la nuit -sauf les derniers plans me semble-t-il-), une Chine nocturne et mortifère, qui complèterait parfaitement la dernier partie du Grand voyage vers la nuit. Chaque plan est chiadé, et les cadrages, et les éclairages, heureusement la complexité du récit vien un peu moduler toute cette perfection... Très violent, et très impressionnant, un polar baroque, un exercice de style avec des couleurs que n'aurait pas renié le Dario Argento de la grande époque...

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009
LA BONNE ÉPOUSE
de Martin Provost
(1h48)
Le bôô cinéma, pas très fûté, avait programmé cette (unique) avant-première, dimanche à 16h, dans la plus petite salle, et a donc dû refuser du monde (Manue a vu le film assise au fond sur les escaliers) pour cette apologie "douce" du féminisme (et aussi un peu du saphisme), soutenue par son trio d'actrices (Binoche en directrice bourgeasse et coincée, Yolande Moreau en adolescente prolongée fan d'Adamo, et surtout, surtout, Noémie Lvovsky en bonne soeur à fusil), dans ce qu'on craint, au début, être une gaudriole un peu embarassante, mais qui, vaillamment,  gagne ses galons au fil des minutes... Le début était too much dans un sens, et la fin l'est aussi, mais dans l'autre... Plaisant (quoiqu'ait pu m'en dire à l'avance Pépin). Avec le toujours parfait Edouard Baer (qui donne la recette du strudel agrippé à une gouttière)

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010
UNE GRANDE FILLE
de Kantemir Balagov
(2h17)
Enchaîné aussi sec après la Bonne Epouse, avec un effet de chaud et froid indéniable : nous voilà en Russie en 1945, à suivre les aventures de deux copines, une grande bringue blonde à la Tilda Swinton et sa copine brune (et de taille normale). Le réalisateur avait débuté par le très aimé ici Tesnota, le film bleu (déjà un portrait de jeune fille rebelle) et continue dans les mêmes traces. C'est un vrai film de metteur en scène, du cinéma précisément pensé, avec des scènes fortes, des personnages forts, et un sens puissant du cadrage et de la composition, qui vient remettre une couche par rapport à la Russie de 1945, qui n'est pas tellement différente de celle d'aujourd'hui... Froid dans le dos, et ce n'est pas juste une histoire de température...

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011
AN ELEPHANT SITTING STILL
de Hu Bo
(3h54)
Le clou du Festival, pour moi, par l'attente démesurée que j'en avais. (On n'avait pas osé le programmer à cause de sa durée monumentale, et je me dois de remercier télérama pour ça)... Retour en Chine, dans un univers aussi noir que celui du Lac aux oies sauvages, presqu'aussi violent, et beaucoup beaucoup plus désespéré. (Par opposition à l'autre ce film se passe presqu'entièrement de jour, sauf la dernière scène, qu'on pourrait qualifier de plus "apaisée" (j'ai failli écrire joyeuse) qui se déroule de nuit.) Une oeuvre forte, encore plus lorsqu'on sait qu'elle a été réalisée par un jeune homme (et encore plus quand on sait qu'il s'est suicidé juste après, à 29 ans...). Comme dans Une grande fille, on a affaire à un (grand) réalisateur, qui sait précisément ce qu'il veut. Me resteront cette lumière blafarde, éteinte, atone, et ce goût de jouer avec la profondeur de champ. Inoubliable. (Et Capricci annonce que le coffret dvd, qui était épuisé, vient d'être réédité...)

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012
POUR SAMA
de Waad al-Kateab & Edward Watts
(1h35)
Tout le monde en parlait comme d'un film très dur, et le hasard a fait que c'est avec lui que nous avons terminé cette édition 2020 du festival téléramuche. Un film documentaire réalisé sur le vif par une journaliste syrienne sur sa ville, Alep, et sur la guerre qui va avec.
Le film est dédié à sa fille, Sama, qu'on voit naître et grandir, et se pose comme un journal filmé, un témoignage sur cette guerre terrible, vécue de l'intérieur, où chaque bruit violent est un le signal qu'il faut descendre se mettre à l'abri, où on comptablisie les morts, où on essaye de soigner les blessés, tandis que le périmètre de "liberté" se réduit inéluctablement, jusqu'à l'évacuation finale... Waad al-Kateab et Eedward Watts nous mettent aux toutes premières lignes, et parfois c'est difficile de continuer à regarder...  Très impressionnant.

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25 janvier 2020

dengue

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TEMPORADA
de André Novais Oliveira

C'est Hervé qui l'avait suggéré pour notre programmation, et j'y suis allé, ric-rac, dernière séance mardi après-midi...
Quel film enthousiasmant ! (Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, n'est-ce pas, et c'est vrai, et je le reconnais, que j'ai pu avoir, par le passé, quelques... réticences à propos du cinéma brésilien (mais c'est sans doute la faute à mes gènes hispaniques), réticences qui, plus le temps a passé, ont eu tendance à  rapetisser régulièrement, jusqu'à disparaïtre complètement.
En voici un nouvel exemple, dans ce film, pourtant, en apparence du moins, complètement opposé au cinéma de Kleber Mendonça Filho (qui me ravit tant, et qui est peut-être celui qui a changé la donne... ). Un film qui ne paie pas de mine. Un portrait de femme, Juliana dite Ju (incarnée par Grace Passô, absolument formidable). Un film tout en douceur, tout en rondeur, en simplicité. Qui pourrait presque (se faire) passer pour optimiste. Mais un film qui, incontestablement fait du bien. Comme quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois : au début on se salue de loin, on s'observe, on est sur la réserve, on ne se connaît pas encore, et puis, plus ça va et plus on devient proches, complices. Non seulement on s'est rapporchés, mais on ne veut plus se quitter...
Malheureusement, à mon corps défendant, j'ai un peu ratouillé le début (c'est l'heure terrible où l'horloge interne déclare que c'est la sieste et puis point barre) et j'ai donc manqué le démarrage (j'ai vu que l'héroïne et le groupe de gens avec qui elle travaille allaient de porte en porte frapper chez les gens, mais je ne savais pas très bien pourquoi... Je l'ai compris ensuite : elle travaille dans les services municipaux relatifs à la santé publique, et elle fait le tour des habitants pour tenter d'éradiquer la dengue, ou tout au moins limiter au minimum les risques de propagation et de contamination...
Cette Ju, elle est magnifique, même si sa vie ne l'est pas tant que ça (sa vie privée surtout, elle a déménagé, elle attend des nouvelles de son mari, qui tardent à arriver...) et le film ne la quitte pas d'une semelle, dans son job, hors du job, et plus le film avance plus on s'y attache, on s'y enracine...
Encore un grand bonheur de cinéma brésilien, dans un constat qui, s'il reste toujours dénonciateur d'un système à deux vitesses de plus en plus terrifiant, ne tombe jamais dans la violence de la guerilla urbaine ou de la revendication à la machette (pour faire simple). Mais qui pourtant, à chaque instant (le film) sait montrre qu'il n'est pas dupe...
Un portrait de femme splendide, avec une dernière scène parfaitement réjouissante dans sa simplicité, sa gratuité, sa liberté...

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13 janvier 2020

vincent, alain, jean et les autres...

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JE NE SAIS PAS SI C'EST TOUT LE MONDE
de Vincent Delerm

Celui-là (et pourtant ce ne fut pas faute d'avoir insisté) je n'ai pas réussi à le faire programmer dans le bôô cinéma (disons qu'il a suscité certaines... réticences présidentielles, je me demande bien pourquoi d'ailleurs...) et je fus ma foi très content de savoir qu'arte le programmait un mercredi soir en deuxième partie de soirée, et que, donc, il était dispo en rediffusion...
On a déjà pu un peu se faire une idée des rapports de ce cher Vincent Delerm avec la chose filmée (lors un spectacle ici que j'avais beaucoup aimé),j'aime bien l'esprit (super 8, films de vacances, souvenirs de famille, réminiscences, nostalgie...) et donc j'avais envie de voir ce que ça donnait sur la durée. Sauf que la durée, justement, c'est ça qui (me) pose un peu problème. Le film dure un peu moins d'une heure, et on reste un peu sur sa faim. Le projet (faire parler des gens, connus ou inconnus, de ce qu'ils sont vraiment, enregistrer -et mettre en forme leur(s) confession(s)) pouvait faire espérer une forme plus ample (j'aurais bien tenu au moins le double), peut-être, se dit-on, Vincent D. a-t-il eu peur de lasser le spectateur ?
J'aime beaucoup cette forme hétérogène, à la fois dans l'élaboration de chaque témoignage individuel (des gens qui parlent, qui se confient), des images qui correspondent (ou pas tout à fait) à ce qui se dit) mais aussi dans la façon dont chaque pièce s'agence avec les autres... L'alternance de la couleur et du noir et blanc (tiens, Souchon, Dedienne, Rochefort -dont ce fut, selon sa volonté, le denier tournage- sont tous trois filmés en noir et blanc...)
Un film sensible, poétique, intime, qu'on ressent comme presque chuchoté. Oui, à voix basse, sans esbrouffe, mais avec une indéniable élégance.
Avec ce regret qu'une demi-heure de plus aurait été la bienvenue.

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18 janvier 2020

take a chance on me

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ET PUIS NOUS DANSERONS
de Levan Akin

C'est Zabetta qui l'avait proposé parce que (entregent oblige) elle l'avait déjà vu et beaucoup aimé, elle avait l'air de beaucoup y tenir, et, finalement, grâce au festival Téléramuche (un film que nous avions programmé et qui s'est avéré y avoir été choisi et a donc été déprogrammer pour laisser la place à un autre), il a réussi à intégrer in extremis notre programmation.
Quel bonheur!
Zabetta me connaît bien, et elle s'est bien doutée que, comme je le lui ai écrit par sms à la sortie de la salle, "c'est le genre de film qui ne pouvait que me tournebouler..." Un film géorgien, déjà, pas si fréquent (et ceux que j'ai déjà vus m'ont en général beaucoup plu), situé dans le milieu de "danse géorgienne" (une discipline virilissime), une des grandes spécialités du pays, avec les chants géorgiens, sans oublier l'ultime spécificité locale (mais c'est le cas pour beaucoup d'autres pays) : figurez-vous que l'homosexualité n'y existe tout simplement pas. Si tu nais géorgien tu nais forcément hétéro et viril. Rendez-vous compte, un pays peuplé d'hommes, des vrais... Trop beau pour l'être, justement, vrai.
Merab est un jeune danseur qui répète d'arrache-pied alors que le maître de ballet semble s'acharner sur lui et lui répéter qu'il est trop ceci, pas assez cela, bref le fait tourner en bourrique. Alors que lui semble prêt à tout donner (tout accepter) pour réussir. On comprend que 1) c'est lui notre héros et 2) qu'il peut être étiqueté "jeune homme sensible" (j'adore cette expression), même s'il a une "copine officielle" et qu'il fait tout pour s'intégrer ressembler aux autres co-religionnaires. Il est, de plus, doté d'un frangin, danseur lui aussi, mais qui passe ses nuits à boire (et, on le suppose, à forniquer) et rentre tous les matins avec la gueule de bois, juste avant de repartir pour les répétitions. un homme, un vrai, quoi.
Les deux frangins s'asticotent mais se soutiennent. QUAND SOUDAIN (je mets en majuscule parce qu'il faut que ça sonne, que ça tonne) tadam! arrive dans la troupe Irakli, un nouveau danseur ("un vrai"), duquel Merab, notre héros (tadam!) va tomber amoureux. Commence alors (pour moi) la partie la plus délicieuse du film : oh l'amour! (J'ai toujours conservé, vous avez dû vous en rendre compte si vous me lisez, ce genre de candeur adolescente dans ma conception des rapports amoureux, le style crapaud amoureux d'une étoile, vous voyez bien, non...)
C'est merveilleux de voir ce qui se noue entre ces deux jeunes gens, comme ça progresse à petits pas, tranquillou, vers la cristallisation du rêve, le climax, amour courtois et chevaleresque (d'abord un délicieux baiser, cachés tous les deux derrière une grosse pierre), puis on passe à la suite (plus "virile") une étreinte fiévreuse (et très interdite, puisqu'elle n'existe pas officiellement...) toujours derrière la même grosse pierre.
Bon ils se sont rencontrés, ils se sont reconnus, ils ont concrétisé, et donc comment va-ce se continuer ? J'ai pensé à Maurice, de James ivory, qui m'avait, en son temps (74? 75 ?) tout autant tourneboulé, par la similitude des thèmes, une histoire d'amour naissante entre deux garçons, les carcans et les interdits - victoriens ou géorgiens c'est kif-kif, mais peut-être bien encore pire qd c'est géorgien -il y avait dans la salle une jeune fille géorgienne, justement, qui m'a expliqué que le film, lors de sa projection là-bas, avait créé un énorme scandale, à cause de sa remise en cause des standards de virilisme locaux, et que les spectateurs avaient tout cassé pour exprimer leur désaccord... Aïe!-).
Merab aime Irakli (et visiblement c'est réciproque) mais les choses ne sont pas si simples (et c'est là que se confirme(nt) le parallèle avec Maurice, et toutes les craintes que je nourrissais sur la suite de cette relation). D'autant plus qu'il est question d'une audition pour une place dans le Ballet National où tout les prétendants se retrouvent au coude à coude (au corps à corps -de ballet bien sûr!-), mais, qui, étrangement passe au second plan vu la tournure que prennent les choses...
Merab va sortir grandi de cette histoire, (littéralement) il va passer du statut de vieux gamin à ce celui de jeune adulte, de la désillusion à l'affirmation de soi. Les scènes de la fin sont toutes plus fortes et plus réussies les une que les autres (avec le maître de ballet, avec la "copine" avec le frère -là j'ai carrément pleuré-) et il semblerait envisageable que nous repassions le film à l'occasion de notre semaine LGBT à venir...
Un film touchant, à la fois viril et tendre, documentaire et romancé, fort et doux (non ce n'est pas incompatible), doudou mais pas mièvre (pas de ça en Géorgie, eh oh, de la mèvrerierie, et puis quoi encore?) bref à hyper recommander...

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le réalisateur...
(ce monsieur est -clic clic- très MIMI, non ?)

2 janvier 2020

mouette

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THE LIGHTHOUSE
de Robert Eggers

Celui-là, soyons franc, j'appréhendais un peu... d'une part à cause de ce que les critiques annonçaient, et d'autre part parce que je n'avais pas vraiment aimé son premier film THE VVITCH -chroniqué ici- (malgré une critique unaniment laudative), et que j'avais donc un peu peur de renouveler l'expérience...
Dominique m'y a gentiment accompagné...
Et alors ? Le film est halluciné, et Robert Pattinson hallucinant (mais le contraire est aussi vrai) -Willem Dafoe, on a plus l'habitude, ça ne fait pas le même effet...- Mais Robert P., waouh!!! J'aime de plus en plus le gaillard (et l'audace de ses choix cinématographiques : High Life, Good Time, Maps to the stars...). Filmé, en plus ici , par le réalisateur (je n'ai pas eu la berlue) comme un objet de désir, et, en même temps, parfaitement méconnaissable.
Le film est "vendu" comme un film d'"épouvante-horreur" (dixit allocinoche), un peu abusivement je trouve (les gens qui y vont pour du "bouh! fais moi peur" risquent d'être déçus), mais j'aurais du mal à définir exactement de quel genre le film relève, (film excessif ? film barré ? film cintré ?) mais c'est en tout cas vraiment efficace dans le foutage de jetons. Plastiquement, déjà, c'est grandiose : c'est en noir et blanc, dans un format presque carré (j'appréhende déjà que le bôô cinéma ne dispose pas de l'objectif adéquat, comme ça s'est déjà vu par le passé...), avec une bande-son surpuissante, et un récit... "tourmenté" dirons-nous, qui grimpe en spirale comme l'escalier dans le phare où se situe le plus gros de l'action, et des vraies rabasses de tempête furibardes (ce sont les rabasses qui sont furibardes) qui viennent assez régulièrement éclabousser le scénario et le secouer furieusement, avant, météo marine oblige, la prochaine accalmie, qui permet de reprendre son souffle mais ne sert qu'à nous faire appréhender le déchaînement suivant.
C'est très impressionnant (beaucoup plus que ne l'était -ou ne prétendait l'être- THE VVITCH). On ne comprend jamais vraiment tout à fait ce qui se passe, ce qui se dit, on n'est jamais sûr de rien, comme si le socle de la narration était instable, mouvant... Deux mecs dans un phare, à la fin du XIXème siècle, un vieux (Dafoe), habitué des lieux, qui éructe et qui pète, et un petit nouveau (Pattinson) qui vient juste de débarquer, et n'en finit pas d'astiquer (de s'astiquer aussi), et tous deux sont censés passer quatre semaines ensemble avant la prochaine relève. L'ancien prend le jeunot pour son larbin, et, surtout, lui interdit l'accès à la lumière, le tout dernier étage du phare, auquel il a décidé qu'il était le seul à pouvoir accéder, ce qui rend le jeune homme fou de rage. mais pas que ça. Ni que pour ça.
La mer est omniprésente, tout comme les références au monde marin, à ses légendes, à ses abysses, à ses créatures, ses divinités, et tout ça se mêle en un furieux maelström dont le fameux phare constituerait l'oeil du cyclone... Comme dans la série des Contes et Légendes... que je lisais quand j'étais plus jeune.
Mythes, mytho, mythologie... Autant dire qu'il va y avoir, sérieux, du tangage et du roulis... De la violence et de la folie. Furieuse. Comme l'a dit Dominique en sortant : "Heureusement que c'était en noir et blanc..." tellement certaines giclures ou éclaboussures auraient été beaucoup plus saisissantes (effrayantes) en couleurs, c'est vrai.
La narration aurait quelque chose à voir avec la tempête (ou, du moins, la météo marine) avec des pics d'une violence (d'une intensité) éprouvante(s), et on a parfois la sensation d'être à l'intérieur de tambour de machine à laver en position "essorage furieux" tellement ça part dans tous les sens, et le récit et le cadrage et la bande-son, et puis le calme revient, on reprend un peu pied , on avance prudemment, jusqu'au coup de grisou suivant.
Le réalisateur fait ça très bien, et on en redemande encore de son train-fantôme maritime, surtout quand c'est Robertchounet Pattinson qui conduit...
Et c'est un film qui, forcément, bous donnera envie de discuter à la sortie, au moins pour confronter ce que vous aurez pensé en avoir compris (et qui n'est pas forcément, du tout même, ce que votre voisin(e) aura pensé... Tout est possible, oui.

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"Le noir et blanc est à la fois charbonneux et éblouissant, l’image, au format carré, rappelle l’expressionnisme muet, ça suinte la crasse, la sueur et les pulsions libidinales. « Quand deux hommes, résume le réalisateur, sont laissés seuls dans un phallus géant, cela n’augure rien de bon. »" (nouvelobs.com)

20 décembre 2019

plus de caresses sur tes fesses

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NOTRE DAME
de Valérie Donzelli

La miss Donzelli, on la suit depuis qu'elle est toute petite quasiment (2009, La reine des Pommes, puis La guerre est déclarée, 2010,  Main dans la main, 2011) on l'a quasiment vue grandir (de donzelle à Donzelli il n'y a qu'un pas d'ailleurs) et on est toujours aussi charmé par cette gamine fantasque... Qui sait faire des films "de fille" avec ce qu'il y faut de fantaisie, d'espièglerie, de malice... Une bonne petite diablesse, qui nous revient ici en réalisatrice, scénariste, et actrice principale de ce que ma voisine de fauteuil a qualifié de "fantaisie", je rajouterais d'aimable fantaisie. A la légère chantait Jeanne Birkin, et ainsi filme Valérie Donzelli.
Nous sommes tous sortis avec le sourire, devant l'histoire de Maud Crayon, mariée, deux enfants, séparée de son mari qu'on retrouve pourtant dans son lit à la première scène du film (petit matin, chttt lève toi, habille toi sans bruit et pars , que nos enfants ne sachent pas que tu as dormi là...), et qui a beaucoup de mal à s'empêcher d'y revenir (Thomas Scimeca, parfait, souvenez-vous, c'était un des deux zozos qui partaient au Groenland, dans le film de Sébastien Betbeder, et aussi un des trois d'Apnée, des Chiens de Navarre qui y faisait des étincelles). Maud Crayon est architecte stagiaire non stagiarisée dans la boîte d'un Samir Guesmi odieux (une des premières fois que je le vois dans ce contre-emploi) mais avec pour voisin de bureau un Bouli Lanners délicieux tout en sucre et en douceur. Elle rame, elle arrive en retard, elle est harcelée par sa banquière, aïe aïe aïe...
Maud Crayon dont l'histoire incroyable (on peut parler de conte) va débuter par une maquette qui s'envole une nuit de fort vent, et va atterrir vous ne devinerez jamais où... Mettant notre Maud Crayon sous les projecteurs, les feux de l'actualité, les trompettes de la renommée, et les Ors de la République -et même la une des journaux- pour le meilleur et pour le pire. Maud Crayon, elle n'a pas fini de courir, de déraper, de tomber, de s'évanouir...
Un film choral, très agréable, rempli de fantaisie, de running gags (j'aime beaucoup celui de la gifle) même si, ça et là, parfois un chouïa inégal (le personnage de l'avocate, par exemple, est beaucoup trop "en force", et nuit à l'équilibre du récit, et c'est un peu dommage).
Un beau portrait de jeune femme d'aujourd'hui (elle a un très joli rouge à lèvres très rouge), un joli petit catalogue sur les relations hommes / femmes, (qui seraient d'ailleurs plutôt ici les relations femme / hommes, et c'est très bien comme ça -le mari, l'amant, l'amour de jeunesse, le copain, le père des enfants-), avec en plus une scène chorale de chant délicieuse dans les bancs d'un tribunal, et, cerise sur le gâteau si je puis dire, une charmante QV (celle de Thomas Scimeca), c'est donc normal qu'on sorte de là joyeux, et c'est très bien comme ça...

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17 décembre 2019

zorro et amandine

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SEULES LES BÊTES
de Dominik Moll

D'après le roman de Colin Niel (que Catherine et Dominique connaissaient et avaient lu, l'une s'en rappelant et l'autre pas). Un film que je suis allé voir d'abord pour sa distribution (Denis Ménochet, Damien Bonnard, Laure Calamy, Valeria Bruni-Tedeschi, Bastien Bouillon) et son réalisateur (j'ai découvert Dominik Moll il y a très longtemps, avec le -pour moi- mythique (parce que'invisible) Intimité (1993!) , et son affiche avec une casserole de lait sur le feu).
Je ne savais absolument rien du film, sauf, à travers une interview du réal lue en diagonale, le fait que l'action se partageait entre Abidjan et le Causse (Méjean ?), et que le film était construit en plusieurs parties donnant chacune la "parole" à un personnage, et traitée donc, selon sa vision subjective (ce qui, finalement était quand même plutôt pas mal d'informations).
On commence, effectivement, avec un jeune homme en mob qui porte une chèvre sur son dos, en Afrique. Qu'on ne reverra pas avant un long moment (comme si le réalisateur, exprès, faisait en sorte qu'on l'oublie). Chacune des cinq parties du film porte un prénom, et ce sera en effet à chaque fois le personnage central du chapitre en question, suivant une construction aussi complexe que bluffante. Si les parties 1 et 2 se complètent très bien (la même histoire vue de deux points de vue), il n'en va pas de même pour la 3 (avant) et la 4 (ailleurs) et le spectateur qui n'a pas lu le bouquin (moi) ou qui ne s'en souvient pas (D) se demande bien comment les histoires vont bien pouvoir finir par se "raponcer" (comme on dit par ici...) Et non seulement ça raponce (et tout s'explique) mais on a, en plus, une, puis deux assez belles surprises dans la coda (que je n'avais pas vraiment vues venir).
C'est un polar, il y a un cadavre, il y a un assassin, mais c'est aussi beaucoup plus que ça. D'abord par la façon dont le réalisateur traite le sujet, et nous délivre certaines informations parcellaires (que les personnages (et, donc, les spectateurs) interprètent (à tort) et par la façon dont le hasard -et c'est dit dans le film- est plus grand que les hommes.
Et aussi, surtout, parce qu'il s'agit d'un film d'amour. D'un film sur l'amour. Des différentes manières d'aimer. Et, bien sûr, des différentes façons aussi d'être seul, et de gérer ladite solitude, car chacun(e), dans le film, est seul(e), à sa façon. Et on ne peut que féliciter chacun(e) des acteurs pour l'intensité avec laquelle ils ont incarné leur personnage.
Impressionnant.

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et j'aime bien la façon dont l'affiche nous entraîne -à tort- sur les pistes de Fargo...

 

12 décembre 2019

vacance

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LE BEL ÉTÉ
de Pierre Creton

Waouh! (Hervé, lui, dit plutôt Wouah!) : j'en vois pas mal, dans une année, des films étranges, des films singuliers, des films atypiques, des films "c'est bien mais c'est spécial...", mais là, carrément, je dois dire, celui-là, je lui décernerais sans hésiter ma palme pour cette année !
Le réalisateur est coutumier du fait, puisque en 2017 il nous a ravis avec l'inclassable et délicieux  Va, Toto! (que j'avais mis en bonne place dans mon Top quelque chose). Heureusement que Jean-Michel C. en a parlé à Dominique, qui m'en a parlé, sinon je n'aurais jamais su qu'il passait (je ne savais même pas qu'il existait!). Nous étions donc deux pour le voir à cette séance de 14h (dans la salle 2!), et, comme je le supputais -et me l'a confirmé le relativement peu amène cerbère (qui bloquait stratégiquement la porte donnant accès au couloir des fois qu'on ait envie d'aller mater un autre film en faisant croire qu'on voulait aller aux toilettes)-, nous avons été effectivement les deux seuls spectateurs pour l'ensemble des séances de ce film sur la semaine (même s'il y en a peu, de séances).
Le film ? D'abord un générique maritime (s'il m'en souvient bien) avec une jolie musique de guitare, dont ledit générique nous apprend qu'il s'agit de celle de The Limiñanas... Comme dans Va, Toto!, on avance esnuite  à petits pas sur la ligne fine qui zigzague entre, d'un côté la fiction, et de l'autre, le documentaire, sans pouvoir jamais être sûr (ah si! quand on voit apparaître Mathieu Amalric en mécanicien réparateur de mobylette et remetteur en place de chakras, on pense "fiction!") de dequel côté on se trouve, mais le reste du temps, on se sera laisser porter de plan en plan, de séquence en séquence, comme un voyageur curieux arpentant les limbes (mais sans avoir forcément cartographié au préalable son itinéraire, il ne sait même pas d'où il part et où il va bien pouvoir arriver, mais c'est là tout le charme du préiple...) : deux garçons (d'une certain âge, ce ne sont plus des jouvenceaux), Simon et Robert, en couple, et leur copine Sylvie. Ils habitent en Normandie, et ils accueillent Nessim, un migrant (d'un certain âge aussi). Et Nessim va  faire venir Ahmed et Mohamed, ses fils, migrants eux aussi... On va comprendre tout ça progressivement, et même, parfois, a posteriori (merci allo-cinoche). Tout ce monde va passer ensemble le temps d'un été... Voilà ce qu'on peut dire...
On pourrait tenter de résumer en disant que ce pourrait être un documentaire tourné comme si c'était un film de fiction... (ah se dit le lecteur). Ou plutôt le contraire, mais oui, bien sûr. C'est une fiction tournée comme si elle était un documentaire.
Il y a un aspect délicieux, éthéré, dans cette histoire (ces histoires) ces personnages ces scènes qui s'agencent sous nos yeux (et parfois s'imbriquent parfaitement, et d'autres coq-à-l'ânent) comme un très plaisant cahier de vacance (peut-être ce que j'ai souhaité toute ma vie être capable d'écrire). Avec en plus de temps en temps une voix-off féminine et assez durassienne (dont il semblerait qu'elle soit celle de Sylvie). Ah la musica du discours intérieur...
Le film n'est pas très long (1h22) mais il m'a semblé durer, certaines fois, beaucoup plus longtemps (et d'autres pas du tout au contraire. mais ça donne envie d'en connaître encore davantage sur son réalisateur Pierre Creton (qu'il me semble bien qu'on avait reçu à Vesoul pour présenter son très atypique premier long Secteur 545, en 2006, mais peut-être rêve-je?) et qu'on peut (clic clic Pépin) qualifier d'atypique (ou d'excentrique, en tout cas), et du coup je n'ai pas résisté et je me suis commandé le coffret de sa Trilogie du pays de Caux...
Qu'est-ce que je garderai de ce film ? (je n'y ai pas dormi une seconde, je le précise), des gens qui parlent, des -magnifiques- scènes de plage, trois hommes endormis dans un lit, un chien gourmand et une tarte aux pommes...
Pleins et déliés de l'écriture du quotidien, de l'intime, de la vie, juste, quoi... Comme un livre de chevet qu'on aimerait avoir posé sur sa table de chevet...
Affaire à suivre donc.

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8 décembre 2019

wondercash

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GLORIA MUNDI
de Robert Guédiguian

Oups! j'ai réalisé hier avant de m'endormir que j'avais oublié de parler du film... Oui, Robertchounet m'a tellement mis le moral dans les chaussettes que je l'ai carrément zappé! Tout de même, il mérite un peu plus d'égards, hein... On retrouve la bande habituelle , la Guediguian Team, les vieux (on les adore, Ascaride Ariane, Darroussin Jean-Pierre , Meylan Gérard) et les jeunots (Demoustier Anaïs, Leprince-Ringuet Grégoire, Stévenin Robinson, et Naymark Lola -qui a bien grandi depuis Brodeuses-)
En sortant du film on se dit, que, finalement, il vaut mieux être vieux (chez Guédiguian). Les trois en ont vu déjà de toutes les couleurs dans les précédents films du réalisateur, et leur personnages, sont, d'une certaine façon, aguerris (même la situation de chacun n'est pas brillantissime, loin de là : Gérard sort de taule après de longues années et a du mal à trouver ses marques, Ariane fait des ménages la nuit et va se mettre ses collègues à dos en refusant de faire grève, Jean-Pierre conduit les bus et va se faire mettre à pied.. Ils morflent, il sont fatigués, mais ils tiennent bon. Debout. Encore. Et c'est d'ailleurs d'un(e) des trois que viendra le plus beau geste du film (bon, on peut en reparler quand vous l'aurez vu).
Mais en face, les jeunots, ah la la. Aïe aïe aïe. Tout commence pourtant tout doux tout coton tout pastel (comme les teintes de l'affiche) : Anaïs accouche (c'est la première scène du film, avec vrai bébé et tout) d'une jolie petite Gloria, et, comme dit ce cher Victor H.
"Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
(tiens je vais mettre la suite)
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux."

(Oh oh on dirait que Robert G a relu le poème de Victor, car effectivement, dans cette chambre de maternité, il va s'en trouver, des "tristes fronts" et même des "plus souillés peut-être"... deux couples, celui de la jeune mère (en stage de vendeuse) et son mari (qui s'est endetté pour acheter en un million de mensualités une voiture chicos pour trimballer les touristos, et, en face, un autre couple qu'on pressent détestable et qui va le confirmer très vite et dans toute sa splendeur...)
Très vite il s'avère que la petite Gloria elle ne démarre pas dans la vie avec toutes les chances de son côté, et qu'elle devient assez vite comme un petit objet encombrant dont il faut gérer l'existence et la garde, en fonction des catastrophes diverses qui vont s'abattreassez vite  un peu sur tout-un(e)-chacun(e)...
Le film a démarré par une naissance, et je ne vous étonnerai sans doute pas en disant qu'il se clôt sur un décès. Le film sort peu de temps après Sorry we missed you de Ken Loach avec qui il partage une thématique et un désespoir plus que certains...

Si vous enchaînez avec, au hasard disons Les Misérables et, re au hasard, disons Terminal Sud, je vous souhaite un bon courage pour garder la volonté de survivre... Vous ne devirez plus avoir ni moral ni chaussettes d'ailleurs. (Et, en même temps, on ne peut que se mettre à flipper que ces quatre films n'inventent rien, ils ne font que nous montrer ce qui est en train de se passer, de nous mettre, parfois un peu énergiquement, le nez dedans, les films sont violents et sans illusions parce que le monde, autour de nous, est exactement comme ça... comme chante -lucidement- Vald "Ce monde est cruel....")

Un bon Guédiguian, mais un sacré constat uber démoralisant...

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10 décembre 2019

météorite

(ohlala quel bazar dans les post-ciné... je m'aperçois que celui-là j'avais carréement oublié de le publier!)

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DEBOUT SUR LA MONTAGNE
de Sébastien Betbeder

Ah, Sébastien Betbeder... Je lui dois - tout d'abord- un grand bonheur cinématographique : 2 AUTOMNES 3 HIVERS, sorti le 25 décembre 2013 (Bastien Bouillon, Vincent Macaigne, Maud Wyler, j'en parle ), suivi par d'autres plaisirs (LE VOYAGE AU GROENLAND et ses deux corollaires) plaisants, même si pas tout à fait antant que le premier...
Ici encore un trio (re-bonjour Bastien Bouillon, coucou Izia Higelin, salut William Lebghil), trois amis amis d'enfance qui se sont perdus de vue pendant longtemps et se retrouvent par hasard dans ce même village de leur enfance, pour l'enterrement du frère de l'un d'entre eux... Il y a toujours (enfin ULYSSE ET MONA je ne peux pas dire, puisqu'on ne l'a pas passé, pourquoi donc d'ailleurs ?), chez Betbeder une façon bien particulière de déambuler, de se balader, un certain plaisir de l'errance, de la vadrouille, une certaine désinvolture amicale (liée à une nonchalance narrative)  qui à chaque fois me touche et me ravit.
DEBOUT SUR LA MONTAGNE appartient à la famille des "films de campagne" (comme pouvait l'être récemment, le délicieux PERDRIX) et, rien que ça, ça me plaît, qu'il se donne la peine de laisser de côté la jungle des viiiilles (comme aurait pu le chanter Michel Berger) pour aller respirer l'air pur de la cambrousse. Dans ce village, il y a des gens, des autochtones, mais on y voit aussi, entre autres, de temps en temps, passer un zèbre, un lama et un lémurien à gros yeux comme des soucoupes dont je ne me rappelle plus le nom (mais je suis sûr que ce cher Hervé, ou autre bonne âme encyclopédique friande de googlemuche me le précisera bien dans les commentaires, non ?).
Donc un film de village, mais de village un chouïa décalé (tout comme PERDRIX, oui oui). Où tous les adultes ou presque (les seuls gamins qu'on y verra, d'ailleurs, seront ceux des flash-backs) ont vécu / vivent une histoire d'amour malheureuse, compliquée, inaboutie, et tous ces liens affectifs tissent donc la narration, parfois se nouant, parfois se dénouant, se tressant, s'emberlificotant, et tout ça fait plein de petites plaques (plages ?) de récit qu'on aura le droit de trouver, au moins au début, un peu disjointes. Comme on sauterait d'une pierre à l'autre pour traverser une rivière.  Mais on prend vite goût à cette déambulation champêtre, sur les traces de nos trois Petit(e)s Poucet(te)s (qui eux non plus ne savent d'ailleurs pas forcément où ils vont...).
Bouillon est excellent, comme d'hab', Lebghil idem, et Izia n'est pas mal du tout non plus (même si son personnage semble parfois un peu trop composé). Et j'ai oublié de vous préciser qu'il y a aussi Jérémie Elkaïm (dans le rôle du frère mort) et André Wilms (dans celui du curé amateur de films d'horreur), eux-aussi aux petits oignons. Et un jeune et joli barbu (Guillaume Labbé, que je ne connaissais pas) ex candidat de télé-réalité, malheureux en amour. Et ce très cher Esteban qu'on voit beaucoup, de plus en plus, en deuxième rôle où il excelle, aussi dans un rôle de coeur brisé. Et, last but not least, en suicidaire au bord de la falaise parce qu'amoureux transi (décidément...), le très mimi Rabah Nahit Oufella (Patients, Nocturama, Grave) que je retrouve chaque fois avec autant de plaisir (dans le famille "cils de gazelle" il fait très fort...)
Mouloudi chantait "l'amour, l'amour, l'amour...", il n'y a pas très longtemps dans un film (lequel, d'ailleurs ?) , moi jai pensé à Lio :

"Eh toi, dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Et qu'on n'a pas une chance
La vie est si triste
Dis-moi que tu m'aimes
Tous les jours sont les mêmes
J'ai besoin de romance
(...)
Amoureux solitaires
Dans une ville morte
Amoureux imaginaires
Après tout qu'importe !
Que nos vies aient l'air
D'un film parfait !

La la la la la..."

Plus le film s'avance et plus il se "structure", plus les vides dans la narration se comblent, les liens se resserrent. J'aime la façon dont, à la fin, tout rentre dans l'ordre (ou à peu près), mais avec toujours le plaisir du grain de folie, de l'étincelle fantastique.
Vraiment, oui, vraiment j'y ai pris beaucoup de plaisir...

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1 décembre 2019

calendrier d'avent 2019.1

1er décembre

(comme l'an dernier, le calendrier d'avent sur le blougchounet sera juste composé d'affiches de films, de films tous vus cette année, que vous avez peut-être vus (l'an dernier j'aurais écrit "que vous auriez dû voir", mais à quoi bon...), de films qui m'ont (beaucoup) plu, touché, impressionné, ravi... il n'y a rien à gagner, juste le plaisir (éventuellement) de retrouver le vrai titre... bon mois de décembre à vous!)

3 décembre 2019

baguette d'angle

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68, MON PERE ET LES CLOUS
de Samuel Bigiaoui

Et voilà déjà le dernier film de notre Mois du Doc (que j'ai trouvé cette année vraiment d'un excellent niveau), un film que je n'avais pas repéré (qui avait été suggéré par Hervé). Le réalisateur filme son père dans la boutique, Brico Monge, un magasin qui vend du bois mais pas que, qu'il tient depuis plus de trente ans mais qu'il vient de mettre en liquidation... Tout le film se passe dans ladite boutique (ou ses environs immédiats), on fait connaissance du papa, du magasin, des vendeurs (eux aussi là depuis plus de trente ans, les clients, les habitués, et c'est très émouvant. déjà le sujet (un fils filme son père) ne pouvait que me toucher, mais là en plus il est question de quelque chose qui est en train de s'arrêter, qui disparaît irrémédiablement, un petit commerce de proximité, mais aussi une certaine idée de la vie en général et du rapport aux gens en particulier... Il est question de bois, de moulures de voliges de corniches, mais aussi, et surtout, d'humanité. c'est doux, c'est tendre, c'est émouvant, c'est bouleversant. Le père est un personnage d'autant plus touchant qu'il fait tout ça comme il l'a toujours fait : simplement, sans esbroufe (il évoque aussi, de la même façon, sa jeunesse soixante-huitarde).
Un film qui fait du bien (comme a dit Marie à la sortie).
Pudique, subtil, intime, affectueux, tendre, sont les qualificatifs qui fleurissent au long des critiques, et c'est très juste.
Et je terminerai, une fois n'est pas coutume, en citant le Moônde  via allocinoche) : "Le fils filme le père avec ce que leur relation implique de non-dits pudiques et de rugueuse tendresse."
Je n'aurais pas mieux dit.
(En plus, avec Marie, on s'est fait la même réflexion : on a tous les deux pensé plusieurs fois à Coralie : elle aurait été malade en voyant tous les jolis meubles à tiroirs qu'on voit dans le magasin du papa...)

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1 décembre 2019

ouzbek dans l'eau

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AU BOUT DU MONDE
De Kyoshi Kurosawa

Un film qui tombait pile poil pour faire tomber la pression, après avoir vu les Misérables et Still recording. Un film de Kyoshi Kurosawa pourtant, qui nous a jusque là habitué à des ambiances autrement plus anxiogènes (pathogènes). Et bien là non. Ou pas vraiment. Ou, en tout cas, beaucoup moins. Faut-il chercher l'explication dans le fait que le cinéaste s'est délocalisé en Ouzbekistan ? Peut-être.
L'héroïne s'appelle Yoko, elle est présentatrice d'une émission très populaire, et la voici donc qui découvre l'Ouzbékistan et ses merveilles avec une équipe de tournage. Ce qui plait instantanément c'est la dualité entre Yoko devant la caméra (qui dès que ça tourne devient une enthousiaste et rigolarde poupée) et Yoko quand ça ne tourne plus (la même mais en version éteinte et tristoune. Les rapports avec l'équipe ne sont pas folichons, et tous les gars ou presque ont vraiment l'air de cacher leur joie.
Comme dans la série des Martine, on assiste au tournage d'une série de vignettes (Yoko à la recherche du Bramul (le poisson qui n'existe pas), Yoko goûte le plat national (dont le riz n'est pas cuit), Yoko à la fête foraine (qui vomit en descendant de l'attraction), Yoko relâche une chèvre -pardon un bouc- (que ses propriétaires s'empressent de vouloir récupérer dès que la séquence est terminée) où la jeune fille fait vaillamment bonne figure face à la caméra, surjoue l'enthousiasme, quitte à éclater ensuite en sanglots.
Une visite de Tachkent nous donne l'occasion de découvrir le rêve secret de Yoko (que je vous laisse la joie de découvrir), puis une autre du marché couvert qui donne lieu à une scène de poursuite (Yoko et les gendarmes ouzbeks) qui va occuper une longue séquence, clôturée avec bonhommie dans un commissariat local par un commissaire tout aussi bonhomme ("quand on se comprend, tout va mieux!").
A la fin du film, je cherchais la petite bête en me disant que le film ressemblait quand même un peu à un joli guide touristique vantant toutes les ressources locales et beautés autochtones de l'Ouzbékistan (qui l'a cocproduit), mais bon je me suis repris depuis en me disant que ce jugement était quand même un peu cruel et lapidaire, et ne tient pas compte de la qualité de la mise en scène de K.K, qui en fait, même si bluette il y a, un sacré bel objet de cinéma. Et que comme il est peu ou prou dit dans le film, tu aimeras ton prochain comme toi-même (surtout si tu ne comprends pas ce qu'il dit).
Surprenant (et agréable). Comme du plov quand il est cuit comme il faut ? (Mais bon la deuxième version de la chanson, tout à la fin, n'était peut-être pas indispensable in extenso...)

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30 novembre 2019

drone de drame

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LES MISÉRABLES
de Ladj Ly

Dans le bôô cinéma, à la séance de 16h15, ils avaient décidé de le programmer dans la plus petite salle : résultat, des gens assis jusqu'au premier rang ou presque, et vu la taille démesurée de l'écran, risque de dénuquage si on veut suivre ce qui se passe d'un bout à l'autre du scope. Deuxième trop bonne idée : le projectionniste (toujours facétieux) a fait démarrer la séance direct, sans pub (alors que d'hab' on s'en tartine une bonne vingtaine de minutes), et donc c'est pas tout à fait de bonne humeur que je me suis assis, à tâtons, dans le noir, devant un film déjà commencé...
HEUREUSEMENT
tout ça s'est évaporé tout de suite, tellement le film vous embarque et ne vous lâche plus, instantanément... En plus au bout de quelques minutes, qui vois-je débarquer sur l'écran ? Jeanne Balibar en... commissaire (?) (cest comme ça que s'appelle le chef, chez les keufs, non ?) tout à fait plausible... Bonheur mais bon on ne la reverra plus (au générique c'est bien précisé  "avec la participation de").
On assiste donc à l'arrivée d'un nouveau keuf, qui fait connaissance avec des deux partenaires (équipiers? ) de la BAC. Lui c'est Stéphane (Damien Bonnard, vraiment excellent), aussitôt baptisé Pento par Chris, le chef de meute, un peu bourrin juste ce qu'il faut (Alexis Manenti, plus vrai que nature). Le troisième pied-nickelé de cette team, c'est Gwada, un grand black débonnaire (Djebril  Zonga, parfait). Le nouveau, le cow-boy et le coolos, voilà notre trio parti dans la téci  dans sa voiture de patrouille...
Ca démarre plutôt décontracté, roulage de mécaniques en prime, et on va les suivre, (c'est le premier jour de Stéphane dans sa nouvelle affectation, et ses collègues ne se privent pas de le chambrer gentiment, en lui faisant découvrir sur le tas tous les intervenants de cette "zone sensible" : les adultes, chacun avec son territoire de pouvoir, les ados (les adotes), les parents, et les gamins aussi -ça m'a rappelé quelques petites choses-).
Chris fait le cow-boy devant quelques "responsables" du quartier qu'il présente au petit nouveau, puis effectue un contrôle un peu rentre-dedans pour des beurettes en train d'attendre le bus, bref se la (sur)joue un chouïa en expliquant, entre autres, 1) qu'un flic a toujours raison, 2) qu'il ne doit jamais s'excuser, et autres axiomes de "savoir-vivre" urbain du même tonneau... D'autant plus que la situation semble perpétuellement instable (explosive) entre les différents âges et les différents clans (et même au sein de chacun d'eux).
Les esprits vont commencer à s'échauffer à cause d'un lionceau qui a été chouré (dans un cirque qui vient de débarquer) par un ado, les mecs du cirque débarquent énervés avec des battes de base-ball et des gros muscles, et jouent à qui criera le plus fort, en promettant de revenir tout casser si la bestiole n'est pas retrouvée d'ici le soir, et voilà nos trois "baqueux" lancés sur les traces de Johnny (c'est son petit nom)...
A partir de là une chose va en entraîner une autre (je ne vais rien vous en dire de plus) puis une autre encore, mais en même temps que le ton monte et que les choses s'aggravent, le film lui-aussi se tend de plus en plus,  va monter encore en puissance, inéluctablement, et démarrer comme une fusée (il en a vraiment la puissance) jusqu'au point d'orgue d'une dernière partie quasiment apocalyptique...
Un film fort, que son distributeur a souhaité sortir dans un grand nombre de salles (beaucoup plus que pour une sortie "normale" de film d'auteur) mais visiblement, le public a suivi... Un film qui a la bonne idée de prendre pour héros (à la fois ogres et petits poucets) nos trois flics dans leur bagnole (le parallèle avec La haine est justifié, le film en est le symétrique). Un film qui m'a laissé comme désemparé quand les lumières se sont rallumées, tellement cette dernière partie est sidérante (c'est seulement à ce moment-là que les larmes sont montées).
Un film surpuissant (polar, thriller, constat social, drame).
Top 10.

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je ne comprenais pas le sens de cette affiche, jusqu'à ce que Marie m'explique que c'était la première scène du film, que donc j'avais ratée (merci le projectionniste facétieux!)

 

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29 novembre 2019

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(c'était le tout dernier jour, et je n'ai pas pu m'empêcher d'y revenir, pour en profiter encore un peu maintenant que c'est plus calme. Je suis venu avec Jacky, nous avons très bien roulé et nous avions donc trois quarts d'heure d'avance sur le timing que nous nous étions fixé, d'autant plus qu'il n'y a presque plus besoin de faire la queue tellement il reste peu de monde...)

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CLEO DE 5 A 7
d'Agnes Varda
depuis le temps qu'on voyait cette image sur l'écran(Cléo descendant les esacliers avec son boa) , il fallait quand même que je finisse par voir ce film, dont j'entends parler depuis si longtemps. Qui commence en couleurs et continue en noir et blanc. Une femme Cléo -une chanteuse- (Corinne Marchand) marche dans Paris, en "temps réel", (le film est divisé en chapitres numérotés, qui donnent l'heure -le minutage- et le nom de la (ou des) personne(s) qu'on y voit), en attendant le résultat de ses analyses (savoir si elle a le cancer ou pas). Nouvelle vague, liberté,Varda, années 60, bref tout une époque (on y voit même Michel Legrand jeune, c'est dire!) pour un film plaisant.

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(je voulais initialement voir le film de Lumet dans la section Chasse à l'homme, mais Michelle D. et Jacky m'ont fait hésiter en évoquant ce film est-allemand magnifique qui était projeté en même temps, et en utilisant le fait que j'avais beaucoup plus de chance de revoir le film sur les chaînes cablées que cet incunable (en copie restaurée) venu de la Cinémathèque et y retournant inexorablement après cette ultime projection... après avoir (un peu) hésité, je suis leur conseil)

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LES ASSASSINS SONT PARMI NOUS
de Wolfgang Staudte
Le film a été tourné en 1945, à Berlin, en décors réels (la ville bombardée). l'histoire d'une jeune fille qui, rescapée des camps de concentration, revient dans sa ville, et trouve son appartement occupé par un "Docteur" visiblement assez tourmenté, fuyant dans l'alccol un passé qui nous sera progressivement reconstitué... Les voici qui cohabitent, les choses s'apaisent un peu jusqu'à ce que le Docteur se retrouve face à une figure qui le ramène à ce passé qu'il souhaite fuir... Un beau mélodrame avec de l'amour, de la culpabilité, de la guerre, de la vengeance (ou pas), dans une copie magnifique (très beau travail sur la lumière les contrastes et les cadrages) et magnifiquement restaurée. (Le titre original est le même que celui de M le Maudit).

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COPS/ FIANCES EN FOLIE
de Buster Keaton
Bonne idée de réunir dans un même programme ces deux films emblématiques de l'art (et de la folie froide) de Buster Keaton : dans le premier il est poursuivi par des dizaines, des centaines, des milliers de flics, et dans le deuxième par des dizaines, des centaines, des milliers de mariées!

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(et c'était très bien, pour la dernière séance, de finir en beauté avec ce film-ci que j'avais trèsenvie de voir, mais que je n'avais pas pu voir le prmeier jour pour cause de séance de 14h complète)

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J'AI ENGAGÉ UN TUEUR
d'Aki Kaurismaki
Londres (ce qui n'est pas si courant chez Kaurismaki), un Jean-Pierre Léaud grandiose, qui vient de se faire licencier (un job comme celui des fonctionnaires qu'on voir à l'oeuvre dans Brazil), qui essaie vainement de se suicider, et, comme l'indique le titre, finit par engager un tueur pour qu'il fasse le boulot à sa place. Sauf qu'entretemps il a fait la connaissance d'une jolie british girl blonde à lèvres rouges (qui vend des roses dans les bars le soir), et donc n'a plus vraiment envie de mourir, mais le tueur qui doit se charger de lui est singulièrement obstiné (en plus il ne lui reste plus non plus beaucoup de temps à vivre...) et donc les choses se compliquent, mais... simplement, comme toujours chez Kaurismaki.  Un film superbement kaurismakien (personnages, décors, dialogues, couleurs, musiques et chansons) une gourmandise, bref, on se régale d'un bout à l'autre...

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(et puis voilà  Entrevues 2019, c'est finito!)

28 novembre 2019

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(deuxième journée, un peu effrangée des rencontres exploitants : un film le matin, puis une table ronde ouverte au public  avec des réalisateurs et des exploitants et des distributeurs sur le thème "Qu'est-ce qu'un film qui marche ?" et les organisateurs sont malins puisqu'e, à la même heure, ils n'ont mis aucune autre séance, ce qui fait que la salle était plutôt agréablement remplie, et la table-ronde s'est avérée très intéressante)

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SOLO
de Artemio Benki
Le "coup de coeur de l'acid" à Cannes 2019, un film extrêmement touchant (franco-argentino-tchèque) autour d'un personnage que Thomas Choury (programmateur de l'acid que j'étais très content de rencontrer "en vrai" avoir beaucoup échangé par mail) définit comme "bigger than life", martin, musicien, pianiste et schizophrène. le personnage est véritablement très impressionnant, et le façon de le filmer qu'a choisie le réalisateur aussi, alternant les moments d'enthousiasme et ceux d'abattement. Martin n'aspire qu'a une chose "tocar el piano" et c'est fort émouvant la façon dont il le fait. Un film qui parle de maladies mentales, et de malades mentaux, montres "in situ" (lieux de vie collective et de soins) mais aussi lorsque Martin vole de ses propres ailes (pas toujours de la plus joyeuse des façons, il faut le préciser)... Plusieurs fois j'ai eu les larmes aux yeux... Merci l'acid! (et merci Thomas!)
(pas de sortie prévue pour l'instant, parce que pas de distributeur!)

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ABOU LEILA
de Amin Sidi-Boumediene
De ce film je ne savais absolument rien, et ça a donc été une belle claque. Un film en scope à la croisée de plusieurs genres, qui débute par une scène d'attentat (un terroriste flingue à bout portant un notable dans sa voiture, les flics arrivent et des coups de feu sont échangés de part et d'autre), continue en road-movie (deux mecs dans une bagnole, dont on nous fait comprendre que l'un des deux au moins ne va pas très bien dans sa tête, et qui ne sera d'ailleurs jamais nommé dans le film, juste par S.), puis bifurque vers le fantastique via des scènes successives de rêves et/ou d'hallucinations et/ou de souvenirs qui s'enchaînent comme les dunes dans le désert( désert très présent dans le film,et, comme souvent, extrêmement cinégénique), s'imbriquent et se mélangent de plus en plus (j'adore ce système de rêve dans le rêve dans le rêve ou le spectateur est de plus en plus égaré). Un vrai bonheur de cinéma, même si de temps en temps un peu trop... démonstratif.
(sortie prévue le 4 mars 2020)

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ADOLESCENTES
de Sébastien Lifshitz
On change complètement d'univers et de genre avec ce très beau film d'un réalisateur que j'aime énormément et dont j'ai vu presque tous les films (depuis Presque rien, en 2000), qui a réalisé des films documentaires et d'autres de fiction, toujours avec la même acuité (etn pour moi, avec le même bonheur). Sébastien Lifshitz est un cinéaste précieux parce qu'attentif. Ici, document, puisqu'on s'intéresse, comme le titre l'indique, à deux demoiselles, Anaïs et Emma, deux "meilleures amies", qu'on va suivre de la quatrième à la terminale. Deux jeunes filles assez différentes, par leur physique et par leur milieu (et aussi leur façon de vivre les choses même si elle sont saisies à un moment -l'adolescence- où le rapport avec les autres (la famille surtout) vire généralement à la guerre de tranchées.) Un film d'autant plus touchant que le réalisateur, ayant opté pour un déroulement linéaire et chronologique, insère l'histoire de ses deux héroïnes dans la "grande", nous permettant de revivre quelques moment particulièrement marquants de l'histoire de france de ces dernières années. Et un film (paradoxalement ?) d'une grande douceur, idéal pour clôre en beauté cette journée. C'est juste c'est simple, c'est tendre, c'est drôle...
(sortie prévue 29 avril 2020)

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(et peut-être aussi, pour moi, cette édition d'Entrevues. Je n'ai pas voulu rester pour le film suivant, ni même -je le regrette un peu, -finalement je n'étais pas à cinq minutes- la discussion avec Sébastien Lifshitz -Le bonhomme a l'air adorable (et il l'est effectivement, comme me le confirmera plus tard une des organisatrices.)- tellement j'appréhendais le retour de nuit et en voiture. heureusement, pas de pluie, presque pas de brouillard, presque plus de travaux, mais un trajet plutôt éprouvant (je n'y vois bien qu'en plein phares, je déteste rouler de nuit...)

25 novembre 2019

entrevues 2019.2

(Deux films hier, aujourd'hui ce sera au moins quatre si tout va bien, en fait ce sera trois et demi. Comme je suis très en avance pour la séance de midi où j'ai rdv avec Michelle, je vais voir la première moitié du film de Rohmer.)

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LE BEAU MARIAGE
d'Eric Rohmer
Béatrice Romand, Arielle Dombasle vraiment jeune, idem André Dussollier, pour un marivaudage très rohmérien : une jeune fille décide soudain qu'elle va se marier , sans savoir encore avec qui, mais sa meilleure amie (Arielle D.) joue les entremetteuses en lui présentant un jeune avocat... (Je suis sorti au bout de quarante-cinq minutes, pour pouvoir faire la queue pour L'amour à la mer, mais presque à regret, tellement le film -encore une belle copie remastérisée- fonctionne à merveille et donne envie de revoir tous les films d'Eric R.)

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L'AMOUR A LA MER
de Guy Gilles
C'est Mimi qui m'en avait parlé, et j'ai suivi son conseil. De Guy Gilles je ne connaissais que Le jardin qui bascule -quel beau titre- et je ne suis même pas certain de l'avoir vu, et donc je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Encore le début des années 60, et si, hier, le héros d'Adieu Philippine partait pour la guerre d'Algérie, le héros de celui-ci en revient... Mon gros coup de coeur découverte pour cette édition d'Entrevues. Un jeune marin un peu déboussolé (de retour, donc, de cette fameuse guerre non dite) sympathise avec une jeune fille et ils passent un peu de temps ensemble, mais il doit partir pour Brest pour sa dernière année de service. Les jeunes gens vont s'écrire, sauf que, si Geneviève aime Daniel, Daniel n'aime pas vraiment Geneviève. Intervient alors dans le récit Guy (joué par Guy Gilles) un autre marin, camarade de Daniel, qui raconte un epu de son histoire... Une forme très libre, flottante, graphique, alternant très simplement (naturellement) les prises de vues en noir et blanc et celles en couleur, riche d'une violente mélancolie mais d'une poésie tout aussi intense. Splendide. (avec le petit bonheur supplémentaire de voir passer en coup de vent le jeune Jean-Pierre Léaud).

 

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(Je n'ai pas pu voir J'ai engagé un tueur, avec pourtant le même Jean-Pierre Léaud, car la séance était complétissime, et, surtout, c'était un sacré beau bordel dans le hall... donc j'en ai profité pour faire une pause sandwich/bière, assis à côté d'un couple de jeunes tourtereaux qui picoraient elle une gaufre chocolat-chantilly et lui un café gourmand...)

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LE BONHEUR
d'Agnès Varda
Autre film suggéré par Mimi, que je ne connaissais que de nom -je suis venu à Varda assez tard- vu à la 15 ce qui était plutôt bon signe car je n'ay ai vu que des choses excellentes, qui, à ma grande surprise est en couleur (je le croyais en n&b), et a pour vedette Jean-Claude Drouot (l'interprète de ce cher Thierry la Fronde) qui est venu dans le film avec armes et bagages (sa vraie femme et ses vrais enfants de la vraie vie. Un film en couleurs, donc, et c'est tant mieux, un film solaire qui s'ouvre sur des tournesols (le film sera très champêtre et fleuri) et de la musique "classique" (adagio et fugue en ut mineur de Mozart) et une famille (papa maman les enfants) qui vient vers nous main dans la main à travers les sous-bois. La même famille (ou presque, le détail à son importance) repartira dans le même mouvement, à la fin du film. Car entretemps le papa menuisier aura fait la connaissance d'une jeune et blonde postière (et du bonheur -"ajouté"- d'une relation extra-conjugale). Un film qui pourtant à sa sortie fut interdit aux moins de 18 ans pour immoralité (ce qui fait doucement rigoler). Un film où fait merveille l'oeil de photographe d'Agnès V. et son sens du détail "juste". Encore une excellente découverte.

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(j'avais tellement peur de louper le film suivant que j'ai fait la queue une heure à l'avance, et c'est d'ailleurs là que j'ai retrouvé Hervé, et fait un peu plus ample connaissance avec le jeune et sympathiquement barbu Vincent, le -gentil- cerbère (il en faut bien un) de ces lieux), celui qui gère l'accès aux salles (le paradis du premier étage))

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LES SIFFLEURS
de Corneliu Porumboiu
Le cinéma roumain, pour moi, c'est une longue histoire d'amour (et tout particulièrement Corneliu Porumboiu) et donc c'est dire si je frétillais à l'annonce de ce nouveau film. C'est extrêmement roumain (le héros est un impassible -on pourrait le supposer atteint de paralysie faciale- flic, qui va vite se révéler -ah, Roumanie!- archi-archi-pourri plus corrompu que lui tu meurs) pris dans une spirale de film noir très noir, avec flics, mafieux, femme fatale, tueur mystérieux, gros flingues) et pourtant totalement surprenant dans la manière dont le réalisateur met en place -et en chapitres, chacun avec son intertitre coloré- cet gangstèrerie (le flic corrompu, la mafia, la femme fatale, les grosses bagnoles, les gros flingues, le tueur mystérieux) en lui adjoignant une autre singularité scénaristique : ledit flic est amené -mais il n'a pas vraiment le choix- à apprendre la langue sifflée qui se pratique sur l'île de la Gomera (c'est même le titre original du film), la même langue sifflée pratiquée dans le film Sybil, vu en début d'année, ceci dit pour la petite histoire... Un flic pourri siffleur communiquant ainsi (entre autres) avec sa dulcinée... Un polar à la fois roumain et exotique, donc, doté en plus d'un final quasiment apocalytique à Singapour (mais ça j'ai a-do-ré!)

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(trois films et demi, pas mal pour cette journée, je pouvais donc ce soir rentrer à l'hôtel la tête haute...)

24 novembre 2019

entrevues 2019.1

Entrevues a été avancé, Entrevues a été un peu ratiboisé aussi (moins de jours, moins de films, moins de séances) et comme l'an dernier je me suis pris trois nuits d'hôtel (à l'ibis Budget aux chambres petites mais au petit-déj' copieux, ceci compensant cela).Mes amis n'arriveront que demain.
On commence par la Journée du Pôle Image (de Montbéliard) qui fête ses vingts ans, avec un spectacle sympathique Silence on tourne! pour deux acteurs et une table mashup (avec notamment des trucages aux petits oignons).
J'arrive juste à l'heure (10h15) de début du spectacle, pour cause de fort et long ralentissement à cause d'un accident mortel (2h pour faire 60km)

Repas ensuite en groupe au Bistroquet, puis

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UN FILM DRAMATIQUE
d'Eric Baudelaire

un film qui a priori ne me faisait pas forcément envie mais que Sacha a su me vendre (et il a fort bien fait) : le réalisateur a suivi un groupe d'élèves du collège Dora Marr de St Denis (de la 6ème à la 3ème), dans le cadre d'activités plastiques extra-scolaires hebdomadaires, (une heure en plus après les cours) autour du cinéma, du film, de la caméra, de son maniement, et de tout ce qu'on peut bien faire avec. Au début ils sont petits, (on se demande un peu ce que va devenir le film sur la distance) et, pendant les presque deux heures du film, on va les voir grandir, s'approprier l'outil, filmer, se filmer, et faire apparaître, comme dans l'obscurité d'un labo-photo, dans le premier bac (celui du révélateur) apparaître progressivement ce je ne sais quoi de mystérieux qui s'appelle l'identité... Au sein des jeunes gens, un certain David (qui m'a fort rappelé un de mes anciens élèves) crève vraiment l'écran lors de plusieurs séquences pourtant fort différentes (le racisme, le son disparu, l'auto-portrait) mais tout aussi touchantes. Le film était suivi d'une discussion avec la productrice du film et deux des jeunes gens du film, avec souvent des poses et des maladresses de faons. Oui, touchant. Le film a obtenu le Prix Marcel Duchamp.

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(Je ne vais pas à la séance suivante pour pouvoir aller m'installer à l'hôtel, où je suis cette année dans une chambre encore plus minuscule que l'année dernière, mais au rez-de-chaussée...)

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ADIEU PHILIPPINE
de Jacques Rosier

Je ne l'avais jamais vu, c'était l'occasion. surpris de voir qu'il s'agit d'un film en noir et blanc alors que je le pensais en couleur. Un jeune homme qui va bientôt partir en Algérie pour son service militaire, un titi parigot assez gouailleur, qui vient d'acheter une voiture avec trois autres godelureaux pour aller frimer et draguer les minettes... Elles sont deux, justement, Liliane et Juliette, rencontrées à la porte du studio-télé où lui n'est que machiniste, mais se fait mousser devant elles pour les mettre dans sa poche. Les voilà qui partent en vacances (ou, pour mon plus grand bonheur, en vacance, c'est beaucoup plus troublant) avec des histoires de coeur, de draguouille, de disputes, de jalousies, des dialogues et des situations très authentiquement sixties, très nouvelle vague (avec, assez loin derrière en filigrane mais tout aussi omniprésente, la guerre d'Algérie...). Comme un Jules et Jim, mais en négatif (un homme et deux femmes). Un film libre. Touchant, frétillant, revigorant, et qui plus est dans une copie restaurée magnifiquement... Sensass, quoi!

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(pas pu voir ensuite Coming out, film est-allemand dont la séance -unique- était archi complète, et donc retour à l'hôtel, après avoir mangé une salade dans le seul truc qui était encore ouvert, un peu la queue basse mais bon ce n'est que le premier soir...)

*

Dans l'ouvrage (coordonné par Emmanuel Burdeau), qui lui est consacré en 2001, Jacques Rosier évoque la genèse du projet : "Ce qui me frappait, c'était la ligne de séparation existant alors entre ceux qui avaient vingt ans, concernés par la guerre, et le reste de la population française qui semblait ne pas trop d'en soucier. A ce décalage s'ajoutait, vers 58, l'apparition des premiers "bienfaits" de la société de consommation. Mais pour mon histoire de conscrit, j'avais très peu de documentation sur ce que représentait l'arrivée dans une caserne. Je me suis dit en plus qu'il n'y avait aucune chance d'obtenir l'autorisation d'y filmer. Donc lorsque je rencontre Georges de Beauregard, mars-avril 60, je songe à faire plutôt une comédie frivole, avec un titre provisoire de comédie américaine légère, Embrassez-nous ce soir. L'histoire d'un garçon avec deux filles : il sort avec l'une, avec l'autre, à la fin elles restent toutes les deux, seules. J'ai soudain réalisé, en me demandant où pourrait partir ce garçon, qu'il pouvait fort bien être appelé sous les drapeaux, et croiser ainsi les deux idées, le film léger et le scénario plus grave." (merci allocinoche)

19 novembre 2019

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LITTLE JOE
de Jessica Hausner

Oh oh l'étrange film... De la dame j'avais déjà vu Lourdes -chroniqué ici-) et aussi, avant, l'étrange Hotel dont je me souviens juste que la fin m'avait rendu plus que perplexe). Ici nous sommes dans un centre de phytogénétique (on s'emploie à créer de nouvelles plantes) dont rien que le décor nous transporte ailleurs : ambiances curieusement colorées (un critique a évoqué du Dario Argento en plus glacé, et c'est tout à fait juste) scientifiques en blouses vert pâle (parfaitement assorties au roux des cheveux de notre héroïne), et musiquette horripilante genre opéra chinois (enfin, musique qui tape sur les nerfs, et c'est tout à fait fait pour).
Notre héroïne donc, a fabriqué une plante, qu'elle a nommée affectueusement Little Joe, une plante rouge qui est censée apporter, via les phéromonoes incluses dans son pollen, le bonheur à son propriétaire, pourvu qu'il s'occupe bien d'elle : l'arroser, lui parler, la bichonner. Elle en a même rapporté une à la maison, en douce, pour offrir en cadeau à son fils, justement prénommé Joe.
On effectue les dernières analyses sur les éventuels risques allergènes du pollen de Little Joe, avant sa présentation à une Grande Foire des fleurs où on espère que sa présentation pourrait créer l'événement (et consacrer la réussite du labo).
Or voilà que vont commencer à se produire quelques phénomènes curieux qui vont amener Alice (la maman de Joe -et de little Joe-) à se poser des questions...
Paranoïa ? Un film qui évoque furieusement, (mais, dans les faits, très calmement) un classique des années 50, le fameux Invasion of the bodysnatchers (idiotement traduit en français par profananateurs de sépultures hihi), si vous connaissez vous avez saisi l'allusion, sinon je préfère vous laisser le plaisir de la découverte...
Un film d'horreur light à feu très doux (sans aucune image horrible), un film glacial/glaçant, tout en retenue, comme à distance, où pourtant l'inquiétude grandit à chaque plan ou presque. Et finit par du trop beau pour être vrai.
Comme il est dit à très juste (sous) titre sur l'affiche Le bonheur est contagieux.
A mi-chemin entre Le meilleur des mondes possibles (d'Aldous Huxley) et Un bonheur insoutenable (d'Ira Levin), pour vous donner une petite idée...

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la jolie affiche

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et la jolie fleur

 

18 novembre 2019

frontières

BÂTARDS / DÉPLACEMENT

la dernière fois que j'étais venu voir de la danse à l4espace, je n'avais pas été conquis (le coup des plaques de placo), là je le fus, et doublement. Deux enthousiasmes, pour le prix d'un. Deux "petites formes" (30' chacune) juxtaposées, avec juste un entracte technique au milieu (10) pour installer/ désinstaller le plateau.
D'abord un duo, Michel Schweizer et Mathieu Desseigne, un qui parle et un qui danse, qui, dans BÂTARDS nous font un genre de mini-conférence sur... le barbelé, qui commence, drôlement, hors-plateau par un speech du danseur (on croit que c'est un nouvel intervenant de l'Espace, qui, papier à la main, nous évoque un projet culturel d'envergure impulsé par l'actuel ministre de la culture, mais également jacques Wingler, le fondateur de l'Espace justement... On est d'abord étonné, ému, puis débarque, hors-plateau aussi, l'autre zigoto, pantalon de cuir et urne funéraire sous le bras, tout sourire, qu'il pose (l'urne, pas le sourire) sur le rebord de la scène (et dont on ne connaître la finalité qu'à la toute fin, justement), et que se mette en place leur dialogue clown blanc / Auguste, avant qu'ils ne montent tout deux sur scène.
Mathieu Dessaigne est danseur et acrobate (son cv précise qu'il est passé par la Compagnie C de la B. d'Alain Platel) et joue de son corps virtuosement (c'est même au-delà de ça...) pendant que Michel Schweizer, imperturbablement ou presque, nous fait un exposé sur l'histoire du fil de fer barbelé...
C'est... juste parfait. Le corps de l'un, les mots de l'autre se répondent et s'accompagnent. Ce que fait Mathieu Dessaigne est proprement époustouflant, et agit comme un contrepoint drôle, surprenant, aux propos de plus en plus fumeux, ampoulés, et vides (bref, amphigouriques)  de notre imperturbable conférencier en pantalon de cuir. les deux se complètent à merveille : on n'a d'yeux que pour le danseur, et on prête l'oreille au disserteur.
Jusqu'à l'image finale, d'une douceur et d'une tendresse qu'on n'aurait pas vraiment pu soupçonner. Un grand moment.

(à l'entracte, les machinos, dans la pénombre, vident la scène, ôtent (déscotchent et renroulent) les tapis de sol juxtaposés qui faisaient un espace immaculé et ne laissent qu'un espace vide, plateau nu nu avec juste deux enceintes sur pied au fond et une paire de bottes).

Déplacement, le solo du chorégraphe Mithkal Alzghair. Dans un silence religieux, il entre sur scène portant un drap blanc plié qu'il pose au sol (et auquel il ne touchera plus), puis marche jusqu'au centre du plateau pour enfiler les bottes, avec lesquelles il se mettra à marcher sur place, d'abord martialement, puis à danser, à rythmer, à marcher, dans un solo très physique (et pendant très longtemps sans musique, juste le bruit des bottes et la respiration du danseur) et, dans son dépouillement, très impressionnant, où le chorégraphe, avec très peu de choses (une paire de bottes, une chemise) parvient à évoquer/recréer son pays, la Syrie, et surtout la guerre, dans une chorégraphie asphyxiante de beauté (les pas traditionnels, les danses, puis  la violence, le conflit, la souffrance, et même la mort). On est scotché. A chaque nouvelle étape (quand il enlève sa chemise, quand il ôte les bottes, quand il se dépêtre de son pantalon) l'émotion grandit. c'est très fort. Une proposition a priori très éloignée, par le ton et la manière (tout ça sans un mot, juste le corps) des Bâtards de la première partie, mais qui, pourtant, rejoint son propos et le complète parfaitement. Yin yang. Oui, complémentaires.

Je suis sorti de là ravi.

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