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lieux communs (et autres fadaises)
17 novembre 2019

tête de pigeon

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HÉRÉDITÉ
d'Aris Aster

Pas vu au cinéma mais à la maison. Ca faisait quelques temps déjà que je l'avais récupéré (même si en VF) et que les diverses critiques (spécialisées, le film est classé en épouvante/horreur par allocinoche) enthousiastes m'avaient donné envie d'y jeter un oeil  (mais comme j'avais peur d'avoir peur, il fallait attendre le moment propice, et là, justement, ça pouvait le faire et donc je me suis lancé).
D'abord, savoir reconnaître quand on se plante : je trouvais que Jessica Chastain était vraiment une actrice intense et surprenante, et comment donc avait-elle fait pour se faire cette tête et qu'on ne la reconnaisse pas ? Normal, ai-je appris en lisant le générique de fin, puisque ça n'était pas elle, mais Toni Collette, une autre actrice  que j'aime bien (Muriel, Little Miss Sunshine, The Hours).
La bande-annonce fait comprendre que le film va faire flipper sa race, et, de ce côté-là il tient plutôt bien ses promesses. Ca commence par un enterrement, celui de la grand-mère, dont on apprend assez rapidement que c'était une drôle de bonne femme (mais vous vous doutez bien qu'on n'a pas fini d'en entendre parler, de la mère-grand..., et que la chevillette va être bientôt être tirée...), puis on va s'intéresser au reste de la famille : la maman (Toni Collette), qu'on pressent un peu tourmentée (et la suite nous prouvera qu'on avait raison), qui construit des maquettes un poil anxiogènes où elle reconstitue des scènes de vie (la sienne) avec des décors et des personnages miniatures, le papa (Gabriel Byrne) qui lui porte sur le front l'étiquette "normal", la jeune soeur Charlie (dont on sait tout de suite qu'elle est bizarre et même plus) et le frère aîné, Peter, aussi joli grand brun (ténébreux), que grand amateur de beuh...
Le film démarre doucement, tranquillement, prend son temps, pose le cadre, y installe les personnages, à la façon de Rosemary's baby, dont le réalisateur évoque l'influence (et ne fait pas que l'évoquer, d'ailleurs...) et est même suffisamment malin (le réalisateur) pour construire une intrigue pleine de zigzags et de demi-tours au frein à main, réussissant d'une scène à l'autre à nous déstabiliser, en utilisant fort intelligemment son décor de maison de poupées, et la musique qui va avec (très très bien, la musique), pour mettre en place un genre d'exercice de style sur la frousse au cinéma, avec montée progressive (par paliers) de l'angoisse (on passe de l'étrangeté à l'inquiétante étrangeté, puis à la très inquiétante étrangeté, puis à la terrifiante etc.) qui culmine, pour moi, dans une scène (flippante sa race comme l'avait promis la bande-annonce) où le fils se réveille en sursaut dans une maison où personne ne répond à ses appels... et avance tout seul dans un couloir de plus en plus sombre (avec, là encore un clin d'oeil manifeste, et pour moi flipantissime, au Rosemary's baby déjà cité).
Le réalisateur est un doué, un roublard, un malin, n'abusant ni des images-choc ni des jump-scares (le bouh fais moi peur! des films d'horreur pour ados, destiné à vous faire sursauter un grand coup sur votre siège - ça je déteste- hélas désormais si tristement banalisés, industralisés...) Même s'il est (souvent) question de têtes coupées (et donc, fatalement, de corps sans têtes), de sorciers, de démons, de conjuration, Aris Aster  utilise pour nous faire flanquer la trouille des choses aussi simples et prosaïques qu'un carnet de dessins ou un claquement de langue (si si! ça c'est vraiment une très bonne idée). Et, bien sûr, les maquettes de Maman... D'expérimentations occultes en livres de sorcellerie avec des passages soulignés au crayon de papier (clic clic Rosemary's baby, hein), de pendentif ésotérique en album-photo révélateur, de cauchemar en cauchemar dans le cauchemar (ça aussi j'aime bien) le film gravit la même pente escarpée que, tiens, Une nuit sur le Mont Chauve, pour culminer dans une scène finale de folie furieuse - la folie, c'est dans la tête que ça bat...- (que j'ai trouvée d'abord un peu too much, puis, finalement, parfaitement réussie et justifiée -et là je claque de la langue à votre égard, en vous regardant dans les yeux, prosternez-vous à mes pieds ô vous misérables lecteurs...-) Efficace donc (j'ai rallumé la lumière dans la pièce à côté, et je suis allé vérifier que la porte d'entrée était bien fermée à clé, avant, justement, cette fameuse scène finale) Il faudra que je voie le Midsommar suivant du même réalisateur...

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noir c'est noir, hein ?

15 novembre 2019

de l'autre côté

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L'ANGLE MORT
de Pierre Trividic & Patrick-Mario Bernard

Deux films acid* la même semaine (avec les jolis documents qui vont avec) vraiment c'est fête! Sauf que, hier soir pour NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE nous étions 3, et là, cet après-midi, j'étais carrément 1, tout seul, séance privée... Ca donnerait presque envie de baisser les bras et de rendre son tablier...
Trividic et Bernard ont réalisé quatre films (dits "de cinéma") ensemble, -plus un documentaire sur Lovecraft pour la télé- depuis l'intriguant Ceci est une pipe, et ce même épithète peut d'ailleurs  s'appliquer à chacune de leurs réalisations.
Ici, ils ont choisi un thème qui a déjà généré quelques classiques du cinéma, avec une imagerie bien spécifique : l'invisibilité. Ici, les deux réalisateurs prennent un peu le truc à rebrousse-poil puisque leur héros a un peu de mal à gérer ce pouvoir dont il semble presque affligé. Contrairement aux autres versions, le jeune homme a deux particularités : il est noir (ce qui n'a rien de rédhibitoire) mais, surtout, on le voit tout le temps, (la caméra l'accompagne) même lorsqu'il est invisible, comme lui même se voit (il a besoin d'un reflet pour savoir s'il est visible ou pas). (Tiens, ça me fait penser qu'un autre et très joli film a récemment abordé ce thème, le lyrique Vif-argent de Stéphane Batut, notamment lors d'une scène "en appartement" quasiment symétrique entre les deux films.)
Dominick (Jean-Christophe Folly, très bien) a quelques soucis car son don a l'air de décliner, de clignoter, de le lâcher, et il est contacté par un autre garçon qui souffre des mêmes problèmes (être doué d'invisibilité et sentir que le pouvoir est en train de disparaître) mais qu'il fuit avec obstination et refuse d'aider (du genre "chacun sa merde, débrouille-toi tout seul comme un grand..."). Dans le même temps il a des soucis avec sa copine Vimeka (isabelle Carré), à qui il n'a pas parlé de son pouvoir, et qui comprend de moins en moins bien sa présence à éclipses, et il fait la connaissance de la très jolie  (normal, c'est Golshifteh Faharani) voisine d'en face,  qui a la particularité d'être aveugle (et qui va donner lieu aux plus touchantes scènes du film).
Le problème récurrent, pour Dominick c'est que, pour être invisible (quand le pouvoir n'est pas défectueux) il faut être nu (ce qui est plutôt plaisant pour le spectateur, même si les réalisateurs n'abusent pas de la situation et ne nous submergent pas sous les QV), et que, quand on marche nu à l'extérieur, en ville surtout, on se fait mal aux pieds... (très bien cette idée d'insister sur les désagréments physiques "concrets" liés à ce qui semble être a priori un pouvoir génial... Comme quoi on n'a rien sans rien).
Le cinéma des deux réalisateurs n'est pas un cinéma forcément aimable mais un cinéma remarquablement intelligent (je le situerais quelque part entre ceux de Claire Denis et Vincent Dieutre), un cinéma qui fait confiance à ses spectateurs, en leur capacité, à, justement (on y revient) leur faire confiance. Une confiance absolue, une confiance aveugle, oui.
S'il y est très souvent question d'amour, juste ce n'est pas celui est dûment habituellement normé étiqueté répertorié  au cinéma, entre bluette et roucoulades. L'amour selon Bernard & Trividic n'est pas forcément ni solaire ni joyeux, il est douloureux, il a les pieds qui saignent. Il est physique et pourtant extrêmement cérébral (ça doit être ça qui me le fait tant aimer).
Un film très intelligemment (sensiblement ?) construit, de telle sorte que plus il progresse et plus il vous fait proche de lui. Irrémédiablement. Fort, ça.

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Même remarque que pour NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE : Si vous êtes intéréssé(e) par des dépliants ACID, il nous en reste encore quelques-uns...

 

11 novembre 2019

je pars

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NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE
de Franck Beauvais

Un choc, une autre perle dans un semaine cinématographiquement anthologique (après J'ai perdu mon corps et avant L'Angle mort). Un "film de mileu", incontestablement, pour lequel, quand je me suis installé, j'étais tout seul dans la salle, et je m'apprêtais donc à une séance privée, quand Claude W. a surgi dans le noir, me faisant bondir de mon siège d'une dizaine de centimètres tant j'ai été surpris quand elle s'est soudain matérialisée derrière moi, puis une autre personne, que je ne connaissais pas (mais c'est quand même très rageant quand je pense aux centaines de documents acid que j'ai déposés à la caisse, au vu du peu de résultat produit...)
Le film est programmé dans le cadre de notre "mois du Doc", même s'il ne s'agit pas vraiment d'un, ou alors un "autodocumentaire", comme le Ce répondeur ne prend plus de messages d'Alain Cavalier, une observation minutieuse de sa propre douleur, une auscultation, sauf que, là ou Cavalier se filmait lui-même (même si le visage entouré de bandages), Franck Beauvais utilise les images des films des autres. Plus précisément des quatre cent films qu'il a visionnés pendant une période donnée, celle qui a succédé à une rupture amoureuse et a duré jusqu'à son déménagement (les derniers mots du film sont Je pars). Une période qu'on peut définir comme dépressive. La bande-son du film n'est constituée que de la voix de Franck Beauvais qui dit, de façon assez neutre, le texte qu'il a écrit (le texte a été édité et peut être commandé pour 8€ chez Capricci, qu'ils en soient remerciés) à propos de cette rupture et de ce temps qui l'a suivie.
Mon copain Philou avait un jour dit  "ce qui est important, c'est ce qui n'est pas important..." (je ne sais plus si c'était à propos de photos ou de textes) et cette formule, mi-sérieuse mi-boutade, que j'ai tant aimée que je l'ai faite mienne, s'applique ici à la perfection.
Il y a donc une voix, et il y a des images (prises dans les 400 films dont la liste exhaustive est donnée dans le générique de fin, dont je ne connaissais d'ailleurs pas la moitié), et c'est à un incroyable travail de titans que se sont livrés le réalisateur et son monteur, pour organiser cette quantité monstrueuse de matière filmique dont ils disposaient. Ahurissant. Le sentiment de sidération était un peu voisin de celui éprouvé à la vision intégrale (24h! je l'ai fait!) du mythique The clock de Christian Marclay, même si l'enjeu n'est pas du tout le même : Marclay montrait le temps qui passe, tandis que Beauvais montre les films qui passent, les extraits, les fragments, les détails. Les à-cotés. Mais il s'agit bien ici d'une symbiose entre ce qui est dit et ce qui est montré. Parfois ensemble et parfois séparément.
Ce film est un incroyable tour de force, partant du plus intime, individuel, personnel (un homme parle de lui) pour aller vers le collectif, le commun, le tout un chacun (et nous permettant, à chacun d'entre nous, spectateurs, de nous (re)faire notre propre film, nos propres films plutôt, d'inventorier les fantômes qui viennent à notre rencontre lorsque nous franchissons le pont, tout ça en soixante-quinze minutes), faisant du cinéma, en tant que tel, tout et son contraire : le poison et le remède, la blessure et le pansement, la souffrance et la jouissance (et bien sûr le souvenir et l'oubli).
Un film important, un film essentiel (au sens propre).
Un film à voir, et à revoir, et à re-revoir.
(mardi, ticket naranja, j'y retourne)
Top 10

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pour celles et ceux que cela intéresse, nous disposons encore, au local de not assoc', d'un certain nombre de documents acid sur le film (et j'aime énormément l'affiche)

J'y suis retourné, ce mardi, avec Catherine (on était, cette fois, au moins 7, dans, allez savoir pourquoi, une des salles les plus gigantesques du bôô cinéma), et je confirme tout le bien que j'ai pu en écrire ci-dessus. J'ai reçu ce jour le petit livre rouge avec le texte intégral (et une préface de Bertrand Mandico) édité par Capricci, et c'est drôle comme en le lisant surgissent (parfois) les images que le film avait accrochées sur certaines phrases. Oui, un film à revoir.

8 novembre 2019

entre cynique et cynophile

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MON CHIEN STUPIDE
d'Yvan Attal

Je n'ai pas lu le bouquin de John Fante (d'ailleurs je n'ai lu aucun autre bouquin de John Fante, mais celui-là en plus avec ce titre  j'aurais spécialement eu pas envie de le lire) donc je n'ai aucune raison de m'aventurer sur le terrain de l'adaptation et de sa fidélité ou pas (mais, du coup, je vais sans doute le lire, après avoir vu le film).
Yvan Attal est quelqu'un que j'aime plutôt bien, en tant qu'acteur et que réalisateur aussi (je regarde sa filmo sur allocinoche et je confirme, oui, plutôt bien), en plus (surtout)  il a le bon goût d'être avec Charlotte Gaisnbourg, que j'aime toujours, depuis si longtemps, depuis tout le temps tiens qu'ils sont ensemble (Aux yeux du monde, d'Eric Rochant, 1990).
Ceci pourrait être le troisième tome de la série "autofictionnelle" (avec les guillemets de rigueur) démarrée par Ma femme est une actrice et poursuivie par Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. On ne sait jamais tout à fait où s'arrête l'auto et où commence le fictionnel, encore plus ici où il est question d'adapter un roman. Là le personnage joué par Yvan Attal est un écrivain en panne d'inspiration, marié depuis ving-cinq ans avec le personnage joué par Charlotte Gainsbourg, femme au foyer, un couple avec quatre enfants, un couple au long cours qui patine un peu, (lui qui n'arrive plus à écrire, elle vin blanc et tranquillisants) et dont la situation planplan, (le statu quo), va être dynamitée par l'irruption en son sein d'un énorme chien moche, le Stupide du titre, justement. Auto, donc, ou fictionnel ? Va savoir...
Les gamins sont grands ont des préoccupations de leur âge (spécifiques pour chacun(e) des quatre, une fille et trois garçons, parmi lesquels je cherchais justement lequel était le "vrai" fils (Ben), tant ils pouvaient tous vraisemblablement l'être), et leur père, dans un discours intérieur qu'il tiendra tout le long du film, les rend responsables de tous ses échecs...
Au début j'ai eu un peu de mal, le film semble en même temps mollasson et brouillon, mais avec des dialogues acérés qui régulièrement me faisaient ricaner (de joie), le genre de dialogues qui, comme disent les critiques "font mouche". Et (au début) on a le sentiment que Charlotte G. n'a pas grand-chose à jouer, en épouse dépressive limite atrabilaire, un personnage étroit, sans nuances, et bon on trouve ça un peu dommage.
Stupide s'est installé dans la maison, et a réussi ce que son propriétaire, d'après ses propres dires, n'a jamais réussi : en chasser l'un après l'autre, tranquillement, mine de rien, chacun des habitants. Henri (Attal) continue de soliloquer en regardant obstinément autour de son nombril, mais il semblerait que sa vision s'élargisse imperceptiblement, jusqu'à -miracle- réussir à s'en détacher. Sans que je sache, à ce niveau, ce qui est plus Attal ou plus Fante (oui, il va falloir que je le lise pour le savoir...).
Le film est acide, désabusé, lucide, ça me plaît, mais va-ce suffire ?
Et voilà qu'Yvan Attal a soudain l'excellente idée de nous démontrer les propriétés thérapeutiques de la beuh, puisque c'est après avoir partagé un petit pétard (offert par un des fistons à son départ) que les deux conjoints vont pouvoir enfin un peu se décorseter et se laisser aller (un scène pour moi fort réjouissante (que certaine critique a trouvé gênante, comme quoi, hein...), une des plus réussies du film,  et où on a enfin le plaisir de retrouver la Charlotte qu'on connaît (ou croit connaître) et qu'on aime (et l'Yvan qui l'aime aussi).
De la même façon, la toute dernière scène du film viendra, bien que sans un seul mot (mais avec des pâtes à la sauce tomate à la place de la beuh) , boucler la boucle narrative (de façon quasi inespérée) et retrouver (pour moi) ce même niveau de plaisir généré.
Le film est tout à fait à l'image du chien : parfois pataud, parfois envahissant, parfois maladroit, parfois obsédé, mais si incontestablement attachant qu'on finit par tout lui pardonner, et, oui, l'aimer...

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Et je ne résiste pas au plaisir de vous recopier l'extrait de critique des Dernières Nouvelles d'Alsace tel que publié dans allocinoche : "Sous ses apparences de film conjugal vachard, l’histoire raconte ce qu’être quinqua génère (...) Yvan Attal joue bien Fante, son cynisme salvateur, trash, barré, insolent, loufoque, bourré de saillies verbales aussi féroces que caustiques. Le chiant et son chien, sous des airs faussement méchants, est une tragicomédie loufoque au poil."

 

24 octobre 2019

brode, brodeuse de vent

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SOUVENIRS D'EN FRANCE
d'André Téchiné

Quand le film a commencé, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux, sous l'effet probable d'une émission d'endorphines. Depuis le temps... Oui, juste comme ça. Il y a des "films de bord" (la grande majorité) et des "films de milieu", et celui-ci était indiscutablement un film de milieu. (Quand je tiens énormément à (voir) un film, je m'installe bien au milieu, au croisement des diagonales de la salle (je me souviens de l'avoir fait pour Ne change rien de Pedro Costa, pour le Faust de Soukourov, pour Good de Patrick-Mario Bernard, pour La porte du Paradis, de Michael Cimino...) et, grâce au départ de deux spectateurs qui s'étaient visiblement trompés de salle, j'ai pu le faire...)
Rendez-vous compte : la dernière fois que le film a été visible, c'était à sa sortie, en 1975, et nul ne l'avait jamais revu depuis... J'avais 19ans, et ça m'avait tellement plu que j'avais acheté le numéro de L'Avant-Scène Cinéma qui lui avait été consacré, un peu plus tard. C'était le début de ma jeune (et déjà vigoureuse) cinéphilie, et j'avais gardé de ce film un souvenir ravi. Mais impossible de le (re)voir où que ce soit, excepté dans le petit cinéma de ma mémoire... Et pourtant j'ai réalisé que j'avais des souvenirs très précis de certaines scènes,  surtout de la première demi-heure, des morceaux entiers de dialogues qui me revenaient, intacts, quasiment, comme si je les avais toujours sus.
Jeanne Moreau, Marie-France Pisier, Michèle Moretti, Orane Demazis, il s'agit surtout d'un film de femmes, et même si les hommes y ont des grandes gueules et/ou des gros bras, ce sont quand même elles qui tiennent les rênes (et font tourner la boutique). L'une (Moreau)  commence lingère et finira patronne, la seconde (Pisier) bourgeoise oisive, deviendra executive women, la troisième (Moretti) débutera aussi lingère et finira bonne mère de famille petite-bourgeoise. La dernière (Demazis) est un peu à part, c'est la mater familias, la régente, la patronne, celle qui gère, son personnage ne change pas (mais ce n'est sans doute pas un hasard que le jeune Téchiné -c'est son deuxième film- ait engagé pour la jouer celle qui, bien des années plus tôt, tiens justement au moment ou presque où le film commence, avait incarné l'Angèle et la Fanny de Pagnol).
J'étais heureux comme un gamin (ou plutôt comme le jeune homme que j'étais, l'année ou je l'ai vu et qui me faisait un peu signe de loin, par-dessus les années), à revoir tout ça, et j'aime  particulièrement la première partie du film, la mise en route de l'histoire : les années 30, la présentation des personnages, leur classification (les riches/les pauvres), de part et d'autre d'un lourd portail en ferronnerie, et la façon dont André Téchiné, dès la première image, nous indique qu'il va traiter son histoire, selon l'axe double du romanesque (l'affiche de Marguerite Gauthier) et du social (une affiche du front populaire, me semble-t-il). De la même façon qu'un seul personnage, Pierre (Pierre Baillot) va symboiliser, à lui tout seul, le prolétariat dans tous ses états successifs. (Je me souviens qu'à l'époque le film avait été qualifié de brechtien, sans que je comprenne vraiment de quoi il était question...)
Devant le portail de l'usine,  Berthe croise Pierre, qui cherche du du travail. L'usine est fermée car c'est jour de mariage chez les Pédret, Régina épouse Prosper, le fils cadet. (Et Victor le fils ainé -ce cher Julien Guiomar- va chanter à la fin du repas...)
Téchiné prend son temps dans cette exposition, (le reste ira plus vite (trop vite à mon goût) survolant l'histoire des personnages autant que celle avec un grand H (on passera par exemple directement de la Libération à Mai 68, peut-être une façon pour le réalisateur de nous dire que ces années-là (les 50/60) n'avaient pas grand chose de mémorable.) C'est la partie du film que je préfère, avec ses partis-pris de mise en scène plutôt théâtraux, ses dialogues très écrits, ses plans très soigneusement composés...
Donc, au début, Berthe est lingère, elle travaille entre autres pour le famille Pédret, et elle est la maîtresse d'Hector, un des fils. Tout va bien jusqu'à ce qu'Augustine, la maîtresse de maison ne lui rende son mouchoir, qu'elle a oublié dans la chambre après un rendez-vous galant avec Hector, en lui signifiant qu'il ne faut pas mélanger son "torchon" avec leurs serviettes. Et lui déclare la guerre. Temps de vaches maigres pour Berthe, dont la publicité d'Augustine auprès des notables locaux, la voit être dépouillée de toute sa clientèle (au profit de sa collègue Pierrette). Mais Berthe va savoir réagir comme une femme forte qu'elle est, en proposant le choix à Hector : ou bien il l'épouse ou bien elle le quitte...
Re-jour de mariage chez les Pédret, Hector épouse Berthe, et Victor le fils aîné va encore chanter... Berthe est dans la place. Mais tout ne fait que commencer.
Moreau est parfaite en femme du peuple et de caractère, et Pisier tout autant en excentrique, Moretti et Demazis jouent les contrepoints à la perfection, chacune dans son registre (la bonne copine / la vieille peau), et je me rends compte que j'ai oublié de parler de la divine Hélène Surgère (décidément, quel magnifique casting féminin!), hélas en retrait dans un rôle un peu effacé (un personnage un peu transparent), Surgère que l'on retrouvera, comme Pisier d'ailleurs, dans le Téchiné suivant, le très cher Barroco (Barocco ?)...

(ça m'énerve, j'avais rédigé une belle suite et conclusion et voilà que j'ai oublié d'enregistrer et pfuittt tout est reparti dans le néant virtuel, bon, je réssaie...)

La première moitié du film, je le redis, est vraiment succulente, faisant se succéder les scènes très réussies et celles dites "d'anthologie" (ah le Foutaises! de la miss Pisier, mais aussi le face-à-face Berthe/Augustine devant le linge, ou bien le monologue de la préparation de l'omelette), avec un sens indéniable du cadrage, de la mise en place. Téchiné a accompli un excellent travail, d'interprétation, d'appropriation (ne pas oublier  de mentionner  l'excellent travail aussi de Bruno Nuytten, qui sera encore de la partie pour Barocco). Le sens du détail, pour les scènes "intimes" comme celle qui relèvent de l'histoire collective (une voiture sur un pont dans la brume pour figurer la Résistance...). Histoire(s) de pouvoir(s),de combat(s). Histoires d'amour, d'argent (la vie, quoi).
Les années passent, les personnages évoluent, les souvenirs restent.
La restauration en 4K est soignée (des parties manquaient sur la copie retrouvée qui a servi de matrice, la scène d'ouverture, le générique de début, il a fallu récupérer celles d'une copie 16mm -si j'ai bien compris-, et cela se sent parfois, à l'image  (une légère pixellisation  délicatement embrumée, déjà visible sur la nouvelle affiche),  et au son (des fois ça grinçouille un peu dans les oreilles) mais, tel que, je le redis, le film m'a ravi (et il me tarde que le dvd soit disponible...) et le moi-même jeune, de l'autre côté, avait un grand sourire plein d'une légitime fierté.
Souvenirs d'en France, oui, sans doute, mais  un peu mes souvenirs d'en France, aussi.

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Encore merci à Carlotta pour cette initiative (reste encore, pour que mon bonheur cinéphile soit complet, à effectuer une restauration et une re-sortie de Qui trop embrasse, de Jacques Davila)

*

 Et je vais aussi -de ce pas- racheter ce fameux Avant-scène Cinéma (mais comment donc ai-je bien pu m'en séparer ?).

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16 octobre 2019

les fils viennent de mars et les pères de neptune

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AD ASTRA
de James Gray

Enfin j'ai réussi à le voir en VO (il a fallu la conjonction d'une séance, donc, en VO, d'un ticket *range cinéday et d'un horaire de bus adéquat, sans oublier la présence requise de Dominique) pour que ça puisse se produire... depuis le temps que j'en avais envie (dans le bôô cinéma il n'est passé -et ne continue d'ailleurs encore de passer- qu'en vf, et donc grrr).
J'ai toujours été un bon client pour ce genre  de film (l'espace infini, les vaisseaux, les cosmonautres / les astronautres, les années-lumière, l'infini et au-delà  et tout ça) et ce depuis belle lurette, depuis Objectif Lune / On a marché sur la lune, et ce que j'appellerais le syndrome du Capitaine Haddock (il me semble que j'en ai déjà parlé, non?) une des images les plus impressionnantes -terrifiantes- que j'ai depuis toujours gardé de mes lectures enfantines.)

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Il est donc bien question d'espace et de de fusées. Brad Pitt joue un super astronaute qu'on charge d'une mission : aller jusqu'à Neptune pour régler les problèmes que semble avoir provoqués son père, astronaute lui aussi, parti trente années plus tôt aux confins du système solaire à la recherche des preuves d'existence d'une intelligence extra-terrestre, et jamais revenu (mais qu'on soupçonne d'être toujours vivant) dans le cadre d'un Projet Lima qui semble responsable d'une émission de plus en plus conséquente d'anti-matière et donc de risque de fin du compte, pas moins que ça...
Il sera surtout question de plusieurs trajets successifs en fusée (Terre/Lune, puis Lune/Mars, puis Mars/Neptune) effectués par le vaillant Brad Pitt (enfin son personnage), jusqu'à ce qu'il -attention je spoile mais tout le monde sait bien que ça ne peut que finir comme ça (ou presque- finisse par retrouver son père (joué par l'excellent Tommy Lee Jones), tout là-bas du côté de Neptune.
Le film progresse spatialement (hihi) par chutes (la très impressionnante première séquence) et décollages successifs. De haut en bas, et inversement. De plus en plus haut, de plus en plus loin.
James Gray a mis le turbo cosmique pour magnifier / démesurer ce qui, finalement, pourrait n'être qu'une histoire assez simple (un fils part à la recherche / à la poursuite de son père), mais devient un genre de cathédrale galactique (à l'image de, récemment Interstellar ou Gravity) aux dimensions terrassantes (j'étais comme un môme face à l'écran, les yeux écarquillés, et je devais de temps en temps remonter ma mâchoire avec ma main tellement j'étais bouche-bée face à ce spectacle grandiose.)
Je faisais plus haut allusion à Tintin, et je lis justement  dans Les Cahiaîs de ce mois-cique le critique a eu la même idée que moi, en rattachant les diverses péripéties de cette épopée à la bd, et, notamment à la fameuse ligne claire, mais je pourrais tout autant le faire avec -autres émois d'adolescent lecteur- disons les volumes de la collection Anticipation Fleuve Noir... (souvenirs souvenirs), notammant dans les approximations et les invraisemblances -surtout en ce qui concerne la dernière partie du récit, celle du retour- qu'on accepte pendant, et qu'on va même jusqu'à pardonner après!
James Gray signe un space opera addictif, avec pourtant au centre, pour "héros", un personnage curieusement inexpressif, à sang froid, (qui commence et termine le film par un bilan psychologique) ce qui, curieusement, nous le rend peut-être plus proche (il est "normal", ce n'est pas un super-héros). Car on sent bien que sous cette apparence de forteresse  infissurable bat un petit coeur presque de midinet, oui (comme vous, comme moi, enfin surtout comme moi). L'impassibilité, à d'autres! (Comme dirait Muriel Robin "Oh détrompe-toi Patricia, je cache ma joie...")
Une histoire de fils et de père, l'espace (où personne ne vous entend crier) en prime, et la belle musique de Max Richter qui vient parfaitement envelopper tout ça... Et le plaisir de retrouver aux côtés de nos héros (Pitt et Lee Jones) même si plus furtivement, Ruth Negga (venue de Preacher, merci allocinoche de m'avoir permis de l'identifier) et Donald Sutherland (venu de ma lointaine jeunesse cinéphile) Tout ce que j'aime bref, le contrat est magnifiquement rempli...
Redescendons  sur terre pour conclure et bémoliser un chouïa : le film est à l'image de son héros, solide, efficace, bien bâti, mais un peu trop sage, consciencieux, pas assez déraisonnable, peut-être.
Mais repartons aussi sec vers l'infini et au-delà (yesssss!) pour y caracoler encore et sans fin de compliments en compliments...

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US, minimaliste

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francais, très intriguant (et très dark)

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français, plus plan-plan, à la Gravity

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la version españole, un peu "clinique" (le vert)
et reprenant l'affiche américaine...

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(avec le même slogan, que,
remontez voir un peu plus haut pour vérifier, 
les publicistes français ont traduit exactement à l'envers...)

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et la version allemande, juste "différente"...
(tout est clair, lumineux, et pas d'espace du tout...)
(Brad Pitt sur le coup semble même en avoir pris un sérieux coup de jeune, non ?)

 

14 octobre 2019

zomzom

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SHAUN LE MOUTON LE FILM : LA FERME CONTRE-ATTAQUE
de Will Becher et Richard Phelan

Un régal, un absolu régal. Vu dimanche matin en avant-première devant une salle "familiale", visiblement tout aussi ravie. On retrouve toute la bande de la ferme (Shaun, ses potes moutons, le chien, le fermier, les trois cochons, le coq) et le nouveau venu s'appelle Lu-La (et vient de l'espace) Il s'est posé en catastrophe et aimerait bien téléphoner maison (et repartir maison aussi. Ca vous évoque vaguement quelque chose ? Bingo! Le film est un festival de citations de références et de clins d'oeilmais peut très bien être vu sans en connaître aucune (et donc un régal supplémentaire pour un adulte qui aime ça : E.T, donc, bien sûr, et Rencontres du troisième type, et Men in black, et Wall-e, et Signes, et 2001 Odyssée de l'espace, et même X-files, et même, tiens, pour les plus pointus Les Daleks envahissent la terre...
Tout ça sans un mot, comme d'hab' Quel bonheur! J'ai beaucoup ri, l'intrigue est très bien ficelée, l'animation aux petits oignons, et on sort de là avec une seule envie : y retourner! Du grand, grand art.

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le titre original Farmaggedon était intraduisible, amalgamant farm pour ferme et armaggedon pour apocalypse
et le jeu de mot au-dessus est lui aussi intraduisible, jouant sur l'assonnance entre third, troisième, et furred, à fourrure
... ça va, je ne me la pète pas trop ?

10 octobre 2019

histoire de fantômes africains

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ATLANTIQUE
de Mati Diop

Je n'avais pas du tout fermé l'oeil à Alice et le Maire, vu juste avant, mais hélas, là, Morphée m'a bien pris dans ses bras et s'est vengé en me faisant piquer du nez assez vite (pas très longtemps, mais suffisamment pour que j'ai le sentiment de ne rien comprendre, et d'avoir besoin à la fin que Dominique réponde à mes questions, sur ce que je croyais avoir compris).
Un film fantastique africain, ça n'est déjà pas courant, réalisé par une femme c'est encore plus rare (et encore beaucoup plus attachant lorsqu'on sait que la réalisatrice en question a débuté au cinéma comme actrice chez Claire Denis, en fille d'Alex Descas dans le très aimé 35 rhums, et on a donc, à l'avance, très envie de l'aimer, surtout après le Grand Prix du Jury à Cannes 2019, et l'unanimité louangeuse -louangeresse ? c'est mieux ça rime avec allégresse- de la critique).
Une chronique sociale (des ouvriers du bâtiments revendiquent parce qu'ils n'ont pas été payés depuis trois semaines) qui vire chronique sentimentale (Ada, Bridget Jones sénégalaise, va se marier avec Omar alors qu'elle aime Souleyman), puis rebifurque (Souleyman embarque de nuit, avec le groupe d'ouvriers du début, vers un espoir de monde meilleur), avant que ne s'ouvrent les yeux (blancs) du fantastique qui va imprégner (impressionner) de plus en plus la texture du film (Ada apprend que Souleyman est revenu d'entre les morts, et pas tout seul...) Bref, un film sénégalais fantastique politique d'amour. Sacré beau programme.
Je ne peux, en l'état des choses, que me joindre au choeur encensant, en promettant d'y retourner voir lorsqu'il sera projeté dans le bôô cinéma (à partir du 23 octobre) pour le voir tout entier.

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9 octobre 2019

modestie

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ALICE ET LE MAIRE
de Nicolas Pariser

J'avais beau avoir vu la bande-annonce beaucoup beaucoup de fois, j'avais toujours autant envie de voir le film. pour les acteurs d'bord : j'ai un gros faible pour Anaïs Demoustier, à laquelle je dois déjà quelques grands bonheurs cinématographiques (Bird People, par exemple) et je connais F. lucchini depuis suffisamment longtemps (ah, Les Nuits de la Pleine Lune...) pour savoir qu'il peut être capable du meilleur (ce qu'il fait, justement, dans ce film-ci...).
La politique et la philosophie... deux thèmes qui sont capables de provoquer chez moi le bâillement, l'inintéressement, voire le tournage de talons pour m'enfuir sans demander mon reste. Alors, imaginez, les deux, traités en même temps, avaient a priori toutes les chances de m'ennuyer deux fois plus (ou au carré). Eh bien non, magie du cinéma, doublement non. Parce que Fabrice Lucchini compose un maire socialiste de Lyon tout à fait plausible, à la fois très investi et, on le découvrira assez vite, de plus en plus démotivé, face à une Anaïs Demoustier, jeune femme complètement étrangère au sérail (politique) recrutée dans la même mairie (d'abord sur un poste qui vient d'être supprimé, mais qu'on recrée immédiatement sous une autre forme, à son intention : faire penser ce maire à bout de course et pourtant aux portes d'un possible avenir de présidentiable, redonner du carburant à ce moteur un peu grippé, du grain à moudre à cette formidable moulin à paroles qu'est Lucchini (mais qui joue, ici, magnifiquement sur l'en-deça et la réserve). La candide et le candidat, voilà qui pourrait presque être un titre de fable...
D'autant que le réalisateur traite cette histoire plutôt subtilement (nous épargnant, par exemple, les affres de l'histoire d'amour qu'on voyait venir grosse comme une maison depuis des kilomètres, et on l'en remercie), traitant d'une relation qui n'en est pas vraiment une (comme a résumé Dominique en sortant "un film sur rien..."), une relation interstitielle, intellectuelle, intime aussi (ton maire en birkenstocks, ou un peu de la face cachée des hommes politiques). Et a l'autre bonne idée d'entourer ces deux personnages principaux d'une galerie de personnages secondaires hyper attachants, qui, dès la lecture du générique, m'avaient ravi : Nora Hamzawi (qui est troisième au générique, mais qu'on ne voit pas assez à mon goût, et aurait dû, dans la distribution, venir après l'impressionnante Léonie Simaga, que je ne connaissais pas, mais qu'on voit passer à peu près dans chaque scène), ces chers Maud Wyler et Alexandre Steiger, comme nous refaisant un clin d'oeil amical depuis le très aimé Perdrix, ainsi que, last but not least, ce très cher Antoine Reinartz, vu beaucoup de fois en peu de temps (et que je trouve ici, lui aussi un peu sous-employé, filmé d'un peu loin).
Un film, donc, qui m'a très heureusement surpris, et où d'ailleurs (c'est un signe) je n'ai pas fermé l'oeil une seconde, et venant apporter de l'eau à mon moulin personnel (ton moulin ton moulin va trop vite, dit la chanson enfantine), comme quoi politique et philosophie seraient comme les deux faces d'un même vent, les deux axiomes d'une même théorie complexe de l'inanité, mais filmée avec une belle tendresse attentive. (Je vous jure que, pour ce qui est des arcanes de la politique, comme celles de la philosophie, quand j'écoute les dialogues du film, j'ai souvent le sentiment d'avoir le QI d'un bulot.)
Un film hyper attachant.

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Tiens, un petit truc qui m'agace, sur l'affiche : si les deux acteurs principaux y figurent fifty-fifty à égalité de surface, pourquoi Luchini est-il net tandis que Demoustier est (presqu'imperceptiblement, mais incontestablement) floue, hein, je vous le demande...

8 octobre 2019

montana

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MICKEY &THE BEAR
d'Annabelle Attanasio

(entregent, encore merci l'ACID!)
Plusieurs personnes qui l'ont vu à Cââânnes 2019 (je ne vais pas et je n'irai jamais à Cannes) m'en avaient dit du bien. Le film n'a encore ni distributeur ni date de sortie officielle (allocinoche annonce juste "prochainement" ce qui parfois signifie juste jamais) et c'est dommage, car, effectivement le film le mérite (d'être distribué)...
Contrairement à ce que le titre pourrait suggérer il ne s'agit pas du tout d'une production Disnuche où une certaine souris gambadant dans la forêt y rencontrerait un plantigrade... Que nenni point du tout!
C'est un  film comme on en voit à Sundance, un film qui montre "l'Amérique du bas", une chronique douce-amère -comme votre vie, comme la mienne, enfin, plus dure quand même je crois) - où une jeune fille (Mickey, c'est elle) vit avec son père (un G.I revenu d'Irak avec ce qu'on pourrait appeler pudiquement un "syndrome de stress post-traumatique", nécessitant un suivi médicamenteux conséquent -lui c'est Hank, et ce pourrait bien être l'ours du titre-), dans une petite baraque, et une certaine précarité aussi. Mais qui, visiblement, a l'habitude de prendre les choses en main (et le taureau par les cornes -l'ours, plutôt ici en l'occurence-). Elle a aussi un genre de boy-friend, Aron, un jeune bourrin affectueux mais lui aussi accro aux médicaments (les mêmes que ceux du papa de Mickey).
L'adolescente fait un peu le grand-écart entre son père qui traîne à la maison et a du mal à se débrouiller tout seul -et ne débrouille même rien du tout, à part passer la journée à jouer sur sa console et se poivrer le museau à la bière (un peu comme un grand ado un peu instable)-, ce qui lui prend beaucoup de son temps (et de son énergie), et le reste de son existence : Aron, mais aussi un autre adolescent dont elle fait la connaissance, et son futur proche : le bac, puis une inscription en fac qui l'intéresserait mais pour laquelle il lui faudrait trouver l'argent nécessaire, et impliquerait de partir (et d'abandonner son foyer -et son père- ...).
Et voilà que Aron a gobé les cachetons de papa, et que Mickey doit se débrouiller pour remettre les choses dans l'ordre. Bref, comme dirait une copine à moi "elle gère..."
La situation se tend...
Le Montana est une terre rude, on le savait déjà par la littérature, mais le ton adopté par la réalisatrice rend son film spécialement attachant, non pas qu'elle fasse quoique ce soit pour édulcorer ce quelle raconte, mais le désir visible qu'elle a (comme son personnage principal) de voir les choses autrement, de positiver. D'adoucir. Et elle le réussit parfaitement, bien que restant toujours strictement réaliste, mais en soignant ses cadrages, la compostion de ses plans, l'utilisation de la couleur, pour faire apprécier au spectateur lambda ce qui pourrait sembler a priori une histoire lambda aussi (comme on en a vu pas mal). De réussir à nous le rendre aimable, (ce que n'était pas par exemple Winter's Bone, qui racontait le même genre d'histoire mais qui m'avait copieusement fait grincer des dents, allez savoir pourquoi...)

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7 octobre 2019

j'ai connu la douleur d'être chef de bataille

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JEANNE
de Bruno Dumont

Il y a dans ce film de Bruno Dumont (que je n'aurais pas forcément envisagé d'aller voir, si Hervé n'en avait pas fait la suggestion pour notre programmation) une scène parfaitement sublime, sans doute une des plus belles, sinon la plus belle, de toutes les belles vues cette année. Un plan-séquence sur la jeune Lise Leplat Prudhomme (qui jouait déjà le rôle principal dans le précédent Jeannette, du même, que je ne suis pas allé voir) où, en armure, elle scrute le ciel comme pour entendre "ses" voix, que le spectateur, lui, va entendre, sous la forme d'une chanson de Christophe (musique de Christophe et parole de Charles Péguy,"J'ai connu la douleur d'être chef de bataille"), un moment... ineffable (la preuve, je me suis mis illico à pleurer, et pas des larmichettes, je vous assure, des vraies bonnes grosses larmes de joie), par l'alliance (la communion, il y a dans ce moment  quelque chose de l'ordre du mystique) de ce visage pur et de ce regard-caméra avec la voix perchée et les harmonies célestes du chanteur. Un moment terrassant de beauté. Et le film après ça pourrait bien continuer comme il veut...
Oui, rien que cette seule scène justifierait de voir le film. Mais d'autres viennent (le ballet des chevaux, le moment où Christophe relève sa capuche et chante Mon Dieu) insérées comme des pics de grâce dans une narration très... dumontienne (comme on dirait durassienne). Acteurs non-professionnels, voix et  tronches pittoresques, déclamations bressonniennes, statisme des situations, tout y est, ou presque comme d'habitude (j'avoue que je n'ai jamais pu faire complètement confiance à Bruno Dumont, sentiment encore confirmé après le -pour moi- ratage industriel de P'tit Quinquin, comme la dame pour la pub des rillettes B-C je pourrais résumer la situtation par "Nous n'avons pas les mêmes valeurs...", en tout cas pas la même façon de voir (les choses),  je me souviens avoir failli quitter en courant la salle 5 du vieux cinéma où était projeté L'Humanité tellement je trouvais ça insupportable...), je suis un gentil -trop bon trop con je sais-, et je suis toujours un peu dérangé ("quelque part"...) par ces réalisateurs que je pourrais qualifier de "méchants" : Dumont, Haneke, Noé, Seidl... mais dont je continue d'aller voir les films bon an mal an, parce qu'ils sont peut-être finalement les seuls qui voient vraiment "juste" (mais ceci est une autre histoire), mais là c'est comme si cette fois la rigueur (la raideur) habituelle du propos (et de la façon de faire) était un peu adoucie, lénifiée, par la conjonction (la fusion) d'éléments  pourtant très hétérogènes : le regard de cette fillette, la voix de Christophe, les mots de Péguy, qui entrent comme miraculeusement en résonnance. Et vous submergent.
Je suis sorti de là parfaitement fasciné, avec le sentiment très fort d'avoire vécu un grand moment de cinéma.

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et l'affiche a, d'ailleurs, l'excellente idée de fixer la fameuse scène dont j'ai parlé plus haut...

 

6 octobre 2019

j'ai décidé de

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LES ARTISTES DE LA VIE
de Pierre Westelynck

Celui-là j'ai carrément oublié de le chroniquer, et le fait est assez rare sur ce blogchounet où mes comptes-rendus cinéphiliques visent à l'objectivité (la transparence) la plus complète, pour être souligné.
C'était un mercredi après-midi de disette ciné, dans le hall du Victor Hugo, il n'y avait rien d'autre à voir, la conjoncture était morose et le moral de la caissière et du projectionniste était en berne, rapport aux chiffres de fréquentation, à la baisse du nombre de films en sortie nationale, et la grise-mine de leur avenir professionnel en ce lieu si ces conditions venaient à persister...
Donc nous sommes allés voir ce film-là, le seul donc envisageable (on avait vu les autres) à cette heure, et dont la bande-annonce vue la semaine précédente nous avait semblé énergisante et joyeuse.
De quoi s'agit-il ? De gens (vous, moi, il, elle, il, on a d'ailleurs le très grand plaisir d'y retrouver la touchante Thérèse Clerc -qu'on avait eu le grand plaisir de recevoir dans le bôô cinéma quand elle était venue y présenter Les Invisibles, de Sébastien Lifshitz-) qui ont pris des initiatives (dans un tas de domaines différents) pour que les choses... aillent mieux, et qui sont interviewés pour nous parler des initiatives en question...
Ils ont tous l'air joyeux, remplis d'une énergie communicative, pleins d'espoir(s), que le film, d'ailleurs nous incite à communiquer autour de nous, en organisant des "ciném'actions" avec projection échanges débats partage mise en commun et tout ça et tout ça...
Malgré le dynamisme et la joie de tous ces interviewés, j'ai quand même trouvé le moyen de m'endormir un peu au milieu...
Et je me suis du coup, en sortant, senti...  interrogatif.
Un film sans aucune critique (cf allocinoche), un film avec un réalisateur au passé "vierge" (re-allocinoche), avec une maison de distribution quasi-inconnue au bataillon (mais allocinoche la connaissait), Kamea Meah, tout ça est un peu... surprenant, et donne envie d'en savoir un peu plus, alors le mieux est d'aller sur le site de l'association On passe à l'acte () dont il est en quelque sorte le porte-parole et l'émanation, la "carte de visite", pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion...

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30 septembre 2019

eurydice

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PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
de Céline Sciamma

Et dire que je n'étais pas sûr d'avoir envie d'y aller...
J'en suis sorti complètement (parfaitement) sous le charme. J'ai toujours trouvé Adèle Haenel exquise, mais Noémie Merlant (que je voyais pour la première fois sur un écran) le lui rend bien. Sans oublier la jeune Luàna Bajrami (vue dans le récent Fête de Famille, de Cédric Khan) qui les assiste (tout aussi exquisement), ni le passage de l'ange tutélaire ("avec la participation de"), Valeria Golino, qu'on aime ici toujours aussi, mais cette fois (inhabituellement) blonde et frisée.
Héloïse (Adèle Haenel) est une jeune fille qu'on a sortie du couvent pour "remplacer" sa soeur, morte avant d'avoir honoré le mariage, organisé par sa mère, avec un riche italien (d'Italie), mariage qu'elle refuse elle-aussi, et donc elle refuse de poser pour un portrait d'elle qui doit être envoyé à son futur époux (un peu pour la présenter -ils ne sont jamais vus- mais en quelque sorte pour "vanter la marchandise".)
Marianne est une jeune fille, peintre, envoyée sur l'île où vivent Héloïse et sa mère (ainsi que Sophie, une jeune bonne) pour faire "en secret" le portrait de celle-ci (on l'a faite passer pour une demoiselle de compagnie, une compagne de promenade pour l'autre demoiselle solitaire et farouche). Marianne accepte de donc de jouer sur les deux tableaux (avec la complicité de la mère et de la jeune servante), pour réussir à peindre un premier portrait d'Héloïse, qui ne la satisfera pas et dont elle effacera le visage avant de le lui montrer (et après lui avoir avoué la vérité).
Va donc se mettre en route un nouveau tableau, tandis que les relations entre les deux jeunes filles évoluent (se décorsettent et se libèrent) elle saussi. La mère d'Héloïse part pour cinq jours, et c'est la date-butoir qu'elle fixe à Marianne pour l'exécution à bien de son nouveau portrait.
Mais c'est davantage d'amour qu'il va être question,  bien plus que de peinture. Oui, comme le chante La Belle Hélène "Il nous faut de l'amour, n'en fut-il plus au monde, il nous faut de l'amour, nous voulons de l'amour..." et c'est bien de ça que traite chaque plan, chaque séquence, avec, d'abord, infiniment de délicatesse et de pudeur  (les regards, les sourires, les non-dits, les effleurements, les frémissements) dans son approche, puis avec davantage de franchise et de réalisme (mais toujours de simplicité) lorsque l'amour se manifeste physiquement entre nos deux héroïnes.
Céline Sciamma filme les choses très simplement (j'ai pensé à plusieurs reprises au Thérèse d'Alain Cavalier, dans cette façon élégamment sobre qu'elle a  d'utiliser à chaque fois le minimum d'éléments nécessaires pour la construction d'un plan, d'une scène), l'aspect "film historique" est réduit presque jusqu'à l'anecdotique. J'aime cette façon de se colleter "légèrement" (en termes de moyens) avec le film dit "en costumes" qui revient chez des réalisateurs/trices que j'aime beaucoup (récemment Rabah Ameur Zaimèche avec son Mandrin ou son Judas, ou Emmanuel Mouret et sa Mademoiselle de Jonquières, ce qui serait en même temps une stylisation et un approfondissement, mais qui, à chaque fois, me ravit.)
La peinture est (presque) un prétexte, et le film pourrait, d'ailleurs être partagé, plutôt qu'en chapitres, en "tableaux" successifs (dans tous les sens du terme). Et j'aime énormément la façon dont Célina Sciamma structure sa narration, avec les différents niveaux qui y interfèrent : les tableaux successifs de Marianne, l'amour entre les deux jeunes filles, mais tout autant une autre histoire, qui sert de fil d'Ariane et court tout au long du film : la légende d'Orphée (et d'Eurydice).
Le tableau sera peint (les tableaux, pour être plus précis), Héloïse et Marianne se seront aimées, chacune reprendra le cours de sa vie, jusqu'à cet épilogue fulgurant (un plan fixe sur un visage qui serait lui-aussi à la fois comme un tableau et une déclaration d'amour). Le seul moment où la musique (Vivaldi) est utilisée en off et comme un paroxysme. Magnifique.

 

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23 septembre 2019

ça brûle

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VIENDRA LE FEU
d'Olivier Laxe

Un sacré film.
Proposé par Hervé (qui oui oui une fois de plus avait raison). Qui s'ouvre par une scène presque fantastique, magnifique, même si on ne la comprend pas tout de suite. Surprenante et magnifique (pour qui aime les arbres, et pour les autres aussi).
Un film exigeant (et certain(e)s illico de traduire "un film chiant", je vous connais!) parce que minimal au niveau de l'anecdote (un homme, condamné pour pyromanie, rentre chez lui -chez sa mère, dans un village en Galice* paumé et loin de tout-, après deux ans passés en prison), mais optimal dans sa façon de filmer (en particulier la nature et les extérieurs).
Les acteurs principaux, Amador (le fils) et Benedicta (la mère) sont des non-professionnels mais (ou, justement, à cause de ça) s'inscrivent avec une incroyable justesse (simplicité) dans les actes du quotidien qui constituent l'essentiel de la première partie du film (celle qu'on pourrait appeler "le retour") : jardiner, s'occuper des trois vaches, saluer les voisins qui retapent une ferme abandonnée en espérant en faire un piège à touristes, faire prendre son médicament à la mère, discuter avec la vétérinaire qui est venue s'occuper d'une vache embourbée, etc. La vie, simple, dans ce village reculé de Galice et presque abandonné (dans la réalité, vraiment abandonné, village où les parents du réalisateur ont passé leur jeunesse), sous l'emprise majestueuse (grandiose) du paysage environnant, magnifiée par le réalisateur et son chef-opérateur (la brume y est sublimement filmée ). J'ai repensé au très beau Ander (2010) de Roberto Caston, autre film beau mais rude parlant d'un homme et de sa vieille mère dans un village paumé (et dont le réalisateur, tiens m'apprend allocinoche, était justement galicien).
Tant qu'il s'agit de filmer les gens, la caméra reste proche et quasiment documentaire, "objective", mais dès que le champ s'élargit et prend les dimensions (la mesure) du paysage, elle devient lyrique, prend une ampleur qui broie un peu le coeur, et c'est magnifique. Avec la musqiue qui va avec.
La deuxième partie du film démarrera brusquement (comme un incendie) sans prévenir, sans explications préalables, voilà soudain le feu, annoncé par le titre. Il est là, sans qu'on sache (et d'ailleurs on n'en saura rien) si Amador y est pour quelque chose, et  la caméra va s'y plonger. Et nous emporter, à sa suite, au coeur de. Ne plus s'intéresser qu'à ça, dans cette seconde partie incandescente, qui suit une équipe de pompiers et leur difficile lutte au coeur du brasier (où on apprend que, pour éteindre un feu, il est parfois nécessaire d'allumer un contre-feu). Et cette longue scène est filmée en immersion, et l'urgence alors y devient aussi importante que l'était le lyrisme dans les scènes précédentes. Et on ne peut alors être que saisi.
Avant un épilogue sec comme un coup de trique, qui laisse le spectateur avec ses questions, mais encore sous le coup de l'intense émotion générée par le film.

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* je suis tellement nul en géo que j'ai dû avoir recours à wikipedioche pour savoir ou c'était exactement, et maintenant je sais : au-dessus du Portugal, avec deux langues officielles : le galicien et le castillan.

24 septembre 2019

ne coupons pas les poils pubiens en quatre

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A RAINY DAY IN NEW-YORK
de Woody Allen

Enfin le revoilà, le vieux Woody, dont ce film a failli ne jamais sortir, emporté par la même tempête médiatique qui a coûté sa carrière (et, justement, la sortie de son premier film) à l'ami Louis CK. On l'a dans le bôô cinéma, en sortie nationale, avec une séance VO par jour, ce qui est bien mieux que rien (question : comment peut-on voir un film de Woody Allen en VF ? rien que de poser la question, mon coeur saigne...) L'avant-dernier, c'était Wonder Wheel, en janvier 2018, dont je n'ai hélas plus beaucoup de souvenirs... Mais bon, le nouveau Woody Allen, depuis des lustres, c'est comme un rituel, un rendez-vous inratable.
Nous voici à New-York, de nos jours ou presque, où le jeune Gatsby (Timothée Chalamet) accompagne pour un week-end sa girlfriend et copine de fac Ashleigh (Elle Fanning) venue là interviewer un réalisateur maître de l'art & essai, Roland Pollard (le très sexy  Liev Schreiber, pour moi un genre de parangon de virilité).
Ce qui ne devait être qu'une petite heure dans l'emploi du temps très chargé que Gatsby avait élaboré pour faire découvrir "son" New-York à sa copine (lui y a vécu depuis son enfance et elle y vient pour la première fois) va, bien entendu, durer plus longtemps, et  provoquer des changements successifs dans le time schedule initial (d'autant plus que Gatsby, de son côté, sera bien occupé aussi...). Et voilà qu'il pleut. Et ça ne fait que commencer...
Une comédie romantique idéale, une mécanique sentimentale parfaitement réglée, dans un New-York pluvieux qui pourrait presqu'être de comédie musicale, avec, comme d'hab' chez Woodychounet, des dialogues qui claquent et font mouche à tous les coups ou presque (avec ce qu'on peut considérer comme des clins d'oeil appuyés du genre de "Ne laissez jamais une jeune fille seule avec un réalisateur célèbre..."), dans un milieu à des années-lumière de ce qui fait notre quotidien (hôtels de luxe, appartements sur la 5ème avenue, réceptions hyper-chicos friquées et alcoolisées chez les gros bourges, soirées mondaines avec tout le gratin du cinéma -tout aussi friquées et alcoolisées que les réceptions dont on parlait précédemment-), bref un univers a priori puant* (pour nous autres les crevards du monde normal) superficiel hypocrite et so boring mais dont le réalisateur (et d'autres avant lui, bonjour Lubitsch, hello Capra, coucou Cukor...) fait une fois de plus ses choux gras avec un plaisir évident.
Qui dit comédie sentimentale dit hésitations quiproquos et chassés-croisés, et le film n'en manquera pas. Ah, les égarements du coeur... La dernière partie est -à ce titre- étourdissante, où chacun des deux "tourtereaux" fait, séparément, face à des déclarations plus ou moins surprenantes (plus encore pour lui que pour elle) mais où Woody n'a pas encore dit son dernier mot (de réalisateur), car l'épilogue est encore à venir (et que je ne l'avais, d'ailleurs, par forcément vu, venir...)
Je ne sais pas si c'est parce qu'il s'agit du retour (en grâce ?) du réalisateur (le film n'est pas sorti aux Etats-Unis, et Woody a été lâché (lynché) publiquement par ses actrices/teurs) mais je l'ai trouvé très très plaisant. Exquis. Avec un mélange subtil de pétillance glamour et de lucidité désabusée.
Doo doo doo doo... I'm singin' in the rain...

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* "une flopée de wasp ploutocrates" comme les définit W.A (merci encore Marie d'avoir été attentive...)

18 septembre 2019

en cure à cabourg

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THALASSO
de Guillaume Nicloux

les rillettes ça se mange avec un dentier
Sacré Guillaume Nicloux. Ah ah ah (genre de rire édenté nicotiné houellebecquien). J'ai longtemps suivi sa carrière de loin en loin (Le poulpe, 1998, Cette Femme-là 2003, Holiday 2010), allant en voir certains et n'allant pas en voir pas mal d'autres... Et voilà que ces derniers temps  je m'intéresse à lui de beaucoup plus près, suivant avec assiduité, le temps de trois films consécutifs, sa trajectoire... singulière (il n'est jamais tout à fait là où on l'attendait) : Valley of love, Les Confins du Monde, et ce Thalasso ci (je n'avais pas en son temps vu L'enlèvement de Michel Houellebecq -l'écrivain ne m'intéresse pas et le personnage public m'agace- et, rétrospectivement je l'ai -un peu- regretté à présent). Houellebecq est de retour dans cette cure-là (de même que Depardieu, présent dans les  films pré-cités).

dieu peut ce qu'il veut
Parlons franc : je ne brûlais pas d'envie d'aller voir ce film-là, j'avais juste une place à 4,90€ dans une main et l'envie de savoir si la passe de trois allait se concrétiser dans l'autre. Et... bingo! Pourtant ça n'était pas joué d'avance : le début (Mimi fait une cure, mais fait bien son Mimi aussi...) distille un certain ennui poli (et on se demande comment le film va pouvoir tenir les quatre-vingt-treize minutes annoncées -et on envisage même de pouvoir bientôt quitter la salle si ça ne continue que comme ça.- Et on se dit qu'en plus on va puer la clope...)

Vous êtes la honte de la France
Puis petit Mimi rencontre Gros Gégé (c'est bien là-dessus que la com' sur le film se construit), on bifurque sur un peu autre chose d'un peu plus drôle (les nourritures terrestres et les spirituelles) et il faut admettre qu'on est déjà un peu plus titillé / hameçonné, et voilà que fait irruption (on est un spectateur malin, on a deviné) un des bras-cassés qui avaient kidnappé Houellebecq, dans le film précédent (celui que je n'ai pas vu il y a cinq ans), ajoutant un ténu brin d'intrigue, auquel, intrigué, on s'accroche (pourquoi Ginette a-t-elle annoncé à Dédé qu'elle le quittait?), puis voilà que débarque carrément toute l'équipe des fameux kidnappeurs, improbabilisant encore un peu plus le récit, (tout ça pendant que tout le personnel s'agite pour savoir si c'est vraiment Sylvester Stallone qu'on a vu tout nu sur la plage de Cabourg), et qu'on a plus du tout envie de quitter son siège, jusqu'à l'arrivée du train en gare de la Ciotat  jour J annoncé depuis le début du film par les intertitres (on a commencé à J-4) et ses élucubrations barrées (bon ils n'ont pas sucé que de la glace, il n'y a qu'à voir ce qui reste sur la table basse), tout le monde serré dans une petite chambre, jusqu'à un étonnant final métaphysico-grand n'importe quoi (lui-même démenti par une fin après la fin au début du générique (et comme on est dans le bôô cinéma, les lumières de la salle se sont -évidemment- déjà rallumées et c'est crispant ) où on se surprend pourtant à jubiler.

"La référance à la vérité est plus importente que la vérité elle-même"
Le ton, les personnages, les situations, les dialogues, feraient pencher mon coeur de cinéphile du côté du Blier de Buffet froid. ce qui est plutôt bon signe. "Bancal, épicurien, clivant, espiègle, virtuose, jouissif, absurde, misanthrope" voilà un petit florilège des épithètes glanés ça et là au fil des critiques. Et auxquels j'adhère (tiens, il manque nihiliste). Et, pour rester dans le ton, la scène que je garderai sans doute du film, paradoxalement, ne concerne ni Depardieu ni Houellebecq. C'est celle où deux mastards, allongés côte à côte en slip noir sur leur lit double immaculé (ils n'ont pas réussi à obtenir de chambre avec deux lits séparés) dissertent sur le sens de cette phrase que l'un d'eux (l'impressionnant Luc Schwartz) a trouvée, dissimulée dans une douille, et qui figure en titre de ce paragraphe (orthographe respectée). Un genre de message de Ginette à l'attention (l'intention ?) de Dédé ? Conjectures. (Conjonctures ?, on s'y perd.)

Tous des Sussex!
Oui, improbable (-issime) mais... séduisant à sa façon (comme le sont à leur façon les corps hors-normes des deux protagonistes principaux). Fascinant serait plus juste. (Je pourrais même pousser le curseur jusqu'à enthousiasmant). Un film qui fera, oui, glousser certains. Et caqueter pas mal d'autres. (Je me revendique de la race des glousseurs).

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Si vous avez l'occasion, allez voir la bande-annonce du film, je la trouve irrésistible!!

Pas de machine à gifles, mais sortons cette fois la machine à caresser la joue, et pour les Cahiaîs tiens, qui résument plutôt bien la chose : "(...) la rencontre entre Houellebecq et Depardieu tient lieu de numéro d’anarchie et de trivialité souvent jubilatoire, entre survivalisme éthylique et délicieuses envolées mystiques."
Tiens, et une fois n'est pas coutume,  décernons la même récompense pour Téléramuche : "Thalasso est un film de zombies. Mais Guillaume Nicloux en fait aussi une fascinante expérience de détox existentielle."

16 septembre 2019

raconte-moi quelque chose

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VIF-ARGENT
de Stéphane Batut

Entregent, merci l'ACID, vu hier soir sur mon écran personnel et domestique le très beau film de Stéphane Batut, que nous programmerons d'ailleurs bientôt, dans le bôô cinéma. Boy meets girl, déjà, en principe, ça le fait, question film d'amour. Dead boy meets girl, c'est déjà moins courant, hormis, peut-être, dans les films de zombies, mais comme je ne vais pas les voir (je n'aime pas du tout les films de zombies), je ne sais pas.
La girl c'est Judith Chemla, que je range depuis un certain temps sur le rayon des actrices qui me sont précieuses, et le boy c'est Thimotée Robart (tiens, qui a changé son h de place), dans un sidérant premier premier rôle (un jeune homme touchant, au beau visage grave et au nez écorché). Et le film parle d'amour. Ou plutôt des intermittences de l'amour, les espaces (les interstices), entre  points de suspension et traits d'union... Calligraphies  sur un papier très particulier. Inhabituel
Il y a des films en papier-journal, des films en papier-cadeau, d'autres en papier gras (et même oui oui d'autres encore en papier-toilette...), la matière de celui-ci est somptueuse, et pourrait être (l'étoffe dont sont faits les songes...) un papier fragile, précieux, frémissant, un genre  de papier de soie gracieux, qui enveloppe les choses, qui laisse un peu voir à travers, qui laisse deviner mais ne montre pas tout. Laisse croire.
Rares sont les tentatives (et, encore plus, celles qui sont réussies) de films français dans le domaine du "fantastique". Juste (c'est le prénom du jeune homme) est un genre de passeur, qui récupère les gens nouvellement décédés et les accompagne pour les aider à réussir leur passage. Et voilà qu'il rencontre une demoiselle (vivante) qui croit le reconnaître, qui le prend (peut-être) pour un autre. Et dont il tombe amoureux.
Un "film de fantômes" épuré, apaisé (dans sa première partie) puis de plus en plus fiévreux (jusqu'à un final que j'ai trouvé flamboyant de romantisme -presque exacerbé- et de mélancolie. L'amour, quoi, toujours l'amour..., dans ce qu'il dit et dans la façon dont la musique l'accompagne. Lyrique.).
Un récit hybride, où l'"excès" de la fiction (le fantastique) est inséré dans un contexte extrêmement réaliste, terrien, au beau milieu de la foule d'un quartier dit "cosmopolite".
Non seulement j'ai aimé ce qui est raconté, mais tout autant la façon dont c'est raconté. Le travail sur la lumière y est, notamment,  enthousiasmant.
Le film sera programmé dans le bôô cinéma à partir du 9 octobre...

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15 septembre 2019

je ne m'énerve jamais

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ROUBAIX, UNE LUMIERE
d'Arnaud Desplechin

Finalement il a été sorti du chapeau  inopinément -plop!- en tant que film A dans le bôô cinéma, comme le lapin qui sort du chapeau (j'avais tenté de mettre en place plusieurs plans successifs pour aller le voir à Besac, -où il ne passait pas, hélas, dans le Victor Hugo chéri habituel- qui tous hélas avaient fait flop).
Me restaient les échos dithyrambiques et lointains consécutifs à son passage Cannois 2019 en sélection officielle (malgré qu'il en soit reparti bredouille) d'aucuns criaient à la Palme d'Or, il est reparti sans rien. Plus ceux, bien plus récents mais tout aussi louangeurs, et encore plus dignes de confiance, de Dominique et d'Emma, qui l'avaient vu à Besac, au prix fort. Bon, alors, on allait bien voir.
D'abord, un peu de machine à gifles pour allocinoche et son "résumé" : "À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…" qui vous livre en deux lignes ce qu'on met, dans le film, un bon moment (la moitié, au moins) à savoir. Et vous pré-mâche ainsi généreusement la comprenette (mais on n'est pas des veaux, non sang!).
Deux duos, donc qui se font face : les flics et les suspectes. Côté flics le vieux et le jeune, Roschdy Zem (sidérant) et Antoine Reinartz (né au cinéma en 2017 avec 120 battements par minutes, mais qui rattrape le temps perdu, et qu'on commence à voir de plus en plus ici et là, Doubles vies, La vie scolaire, et bientôt Alice et le maire, puis Chanson douce..., c'est rien de le dire que ce jeune homme monte en pression), et en face, (comme une réminiscence des Bonnes) les très impressionnantes Léa Seydoux et Sara Forestier.
Ce qui est (très) important aussi, c'est la mention qui apparaît au début du film, dont on ne mesure pas d'emblée la portée, version Despléchine de "d'après une histoire vraie" ou "inspiré de faits réels", qui en général me cabrent un peu quand je les vois (et désamorcent en général mon envie de voir un film), à laquelle répond, à la fin du générique, comme une parenthèse qu'on refermerait,  (je cite de mémoire) la mention -mais perdue au milieu d'une masse d'autres informations, Hervé ne l'avait pas vue- "d'après le film Roubaix, commissariat Central, de Mosco Boucault", dont allocinoche m'apprend (je suis allé fouiner dès que je suis rentré) qu'il s'agit d'un doc diffusé sur arte en 2008, et qui avait visiblement fait sensation à l'époque (et impressionné Desplechin au point qu'il en a porté en lui les images pendant dix ans).
Desplechin donc, a pris du vrai pour en (re)faire un film. un film  enthousiasmant (T. va encore dire que je suis bon public, mais c'est vrai qu'en général quand je vais voir un film c'est qu'il a déjà a priori de grandes chances de me plaire...), qu'on pourrait supposer hors de la zone de confort habituelle d'Arnaud D puisqu'il s'agit  d'un film dit "de genre", un polar, un film d'enquête,  mais en fait un genre de remake d'un documentaire (sur la vie d'un commissariat -c'est vrai que ça donne envie de le voir, ce doc-) en l'accommodant quand même à sa sauce. Sa façon de voir les choses, ou, plutôt de les montrer. Un documentaire dans lequel était évoquée, justement, l'affaire dont Desplechin fait le noyau de son film, disons qu'on serait entre L627 de Tavernier pour le fond et, tiens, Les bureaux de Dieu de Claire Simon -qui n'est absolument pas un polar- pour la forme (la démarche).
Mais c'est un film de gens plutôt que de faits. Dans la première partie (l'enquête), on reste dehors, on s'intéresse surtout aux flics, les demoiselles n'apparaissant que de loin en loin, en tant que témoins (et donc c'est dommage, hein allocinoche, de vendre la mèche comme ça tout de go), tandis que dans la seconde (partie, celle de la garde à vue, l'espace est recentré, clos (huis-clos), la caméra se rapproche, (inspecte) des corps des visages et des mots (les interrogatoires et les dépositions, et bien sûr les aveux).
Et si les assassines fascinent, Roschdy Zem, lui, irradie (du coup le personnage joué par Antoine Reinartz a un peu de  mal à exister face à lui, et c'est peut-être pour lui donner ses chances d'exister davantage dans le film que Desplechin lui a confié le rôle de narrateur, ce qui paraît un peu surprenant au début). Un personnage calme très calme (c'est lui le "je ne m'énerve jamais" du titre de ce post), atone presque. Mais tout aussi opaque. Un genre de "bon samaritain" auquel on pressent de sacrées zones d'ombre (à propos desquelles le spectateur ne sera, d'ailleurs, jamais éclairé.). Et son jeune adjoint (Reinartz) par contre, est le seul à avoir besoin d'une voix-off pour éclairer un peu plus son personnage.
Les deux filles en face d'eux, aussi, sont très fortes. Le contrepoint. Léa Seydoux et Sara Forestier (toutes deux déglamourisées au possible) incarnent leurs personnages au point qu'elles arrivent à faire oublier qui elles sont (Léa Seydoux et Sara Forestier), tant elles font bien le taf (sans en faire des tonnes).
Un film qui sonne juste (un peu trop peut-être, notamment à propos des autres personnages de flics, contraints à faire de la figuration, et souvent justes esquissés comme des personnages de bourrins gueulards), un film de froid et de nuit (l'histoire se passe une nuit de Noël, et ça pourrait en être un, de Conte, contemporain, réaliste, glaçant.), un film qui va jusqu'au bout de son propos (et de ses intentions). Jusqu'en travers de la gorge.

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(tiens, ce qui semblerait conformer ce que je disais plus haut : Antoine Reinartz -pourtant en tête de distribution-, est le seul à ne pas avoir droit à figurer sur l'affiche...)

machine à gifles : palme de la phrase idiote cette fois  pour les Cahiaîs (mais c'est habituel, c'est décidé cette fois je ne me réabonnerai pas) : "Ce qu’il y a de finalement désagréable dans le film : la confusion entre le compassé et la compassion, entre une soi-disant attention minutieuse et bienveillante au « réel » et une forme de surplomb doucereux."

14 septembre 2019

avant-perdrix

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MIAOU MIAOU FOURRURE (2015)
d'Erwan Le Duc

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LE SOLDAT VIERGE (2016)
d'Erwan Le Duc

J'ai renouvelé mon abonnement à Uncut (3,99 par mois pour un engagement annuel, dix nouveaux films proposés chaque semaine, qui restent disponibles chacun un mois, je vous recommande...) et j'en ai profité pour découvrir ces deux courts-métrages du réalisateur de Perdrix, et confirment chacun à sa façon la singularité de l'univers d'Erwan Le Duc (à l'heure où j'écris ces deux films ne sont hélas plus disponibles, ça change le jeudi, et ils étaient -déjà, comme le temps passe- en quatrième semaine))
Dans le premier, il est question d'une famille (presque) tout ce qu'il y a de banal : dans une grande maison, une mère artiste et ses deux enfants , une fille (Maud Wyler, vue dans Perdrix) et son frère (Alexandre Steiger,vu  aussi dans Perdrix) qui passent leur temps à se chamailler. La disparition de la mère (Evelyne Didi) va rendre encore plus instable (fantasque) cet univers chamboulé où le réalisateur pose les bases de son cinéma, de son rapport à la réalité, bref de sa façon de voir les choses.

Le second film, Le soldat vierge, persiste et signe dans cette voie (cette voix aussi) et enfonce encore un peu plus le clou de sa singularité. En pleine campagne avancent deux soldats, au sein d'une guerre qui ne sera jamais précisément nommée ni datée (et qui restera en off d'ailleurs). l'un des deux est blessé, il sait qu'il va mourir, et annonce à son collègue qu'il ne veut pas mourir puceau, et lui demande s'il accepte de lui faire l'amour... il sont observés à la jumelle par un général et son aide de camp, rencontrent un fou -c'est ainsi qu'il est qualifié au générique- (dans la bouche duquel, si j'ai bien compris le générique, le réalisateur mettra des extraits des Journaux de guerre, de Junger) puis une femme (Maud Wyler, encore une fois) qui s'avèrera être un esprit tiré d'une légende chinoise que le copain du soldat vierge lui a raconté...
Un film très vert, toujours ou presque au coeur de la végétation, le long d'une rivière, d'une rive à l'autre. un univers narratif à la fois très simple (rudimentaire) et parfaitement envoutant. Troublant.
En tout cas un cinéma qui me va comme un gant.

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17 septembre 2019

chacun cherche (son chat) 2

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DEUX MOI
de Cédric Klapisch

(dans ma tête, pendant le film, le titre du post a été pendant longtemps "mais qu'est-ce que tu veux que j'aille faire à Vesoul ?"; allez le voir vous comprendrez...)
Cédric Klapisch je le connais depuis... pfouh 30 ans! (je viens de vérifier, merci allocinoche!), depuis Ce qui me meut, son troisième court-métrage (vrai/faux documentaire sur Etienne-Jules Marey) découvert lors de ce qui était peut-être ma première visite au Festival de Clermont. Je l'aimais pour ça, et aussi parce qu'il avait une bonne grosse barbe... je suis allé voir ses films fidèlement pendant dix ans, puis nous nous sommes, comme en amour, séparés d'un commun accord de ma part... Et je dois avouer que, sans Emma, je ne serais pas forcément allé le voir...
Et j'ai (oui, T. tu peux encore rigoler) adoré ça. Le plaisir de retrouver un vieux pote perdu de vu depuis quelques années, avec qui le hasard vous remet soudain en présence.
Je vais reparler de boy meets girl (c'est le sujet du film), à la seule différence que le film de Klapisch fait le contraire, et finit là où les autres, en général commencent, (ou presque). Il s'agit bien d'une comédie romantique, la fille ici, et le garçon là (Ana Girardot et François Civil) qui habitent deux appartement contigus mais, de par la configuration de les lieux, ne peuvent pas se voir, ne se connaissent pas, et (on est spectateur, on est malin, on sait que le propos du film est en principe qu'ils se rencontrent) mettront deux plombes ou presque pour le faire... (et là, c'est vrai, j'ai versé ma larmichette, mais, quand les lumières se sont rallumées, j'ai vu qu'Emma aussi... Midinets un jour...).
Ce qui est très réjouissant dans le film, c'est ce qui entoure nos deux -futurs- tourtereaux. la distribution est éblouissante : François Berléand et Camille Cottin en psys (un pour chacun(e)), Simon Abakarian impérial en épicier de quartier (et, finalement, deus ex machina), Eye Aïdara (la collègue), Rebecca Marder (la soeur), Marie Bunel (la mère), le toujours craquant Paul Hamy (Steevy), et même une "participation amicale" de Pierre Niney en ancien copain d'école un peu exalté.
Chacun des deux (elle c'est Mélanie, lui c'est Rémy) est seul, chacun(e) a des problèmes de sommeil (elle dort trop, et lui pas assez), chacun(e) consulte, chacun(e) se connecte sur les réseaux sociaux, chacun(e) fréquente la même épicerie de quartier (dans laquelle, spectateur, on aurait trop envie d'aller) et chacun(e) rêve de rencontrer "l'autre".
Dans comédie sentimentale, il y a "sentiment" mais aussi "comédie" (waouh, ça c'est de la phrase!) , et le contrat est ici doublement rempli. On peut regretter (j'avais écrit déplorer mais le terme serait un peu excessif) -et certains critiques méchants ne s'en sont pas privés d'ailleurs- un discours un peu simpliste (lissé) à propos de la psychanalyse (mais nous sommes, rappelez-vous, dans le domaine de la comédie, et pas du film à thèse), mais Klapisch en a fait une double construction symétrique et assez réjouissante, avec une évolution inversée (croisée) des deux praticiens -Cottin et Berléand sont, le le redis, absolument parfaits-, en espérant juste que -comédie sentimentale oblige- le hasard fait (fera) mieux les choses que la psy.
Bref, un film très réjouissant.

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ps : La palme de la phrase la plus idiote revient à la critique parue dans Libé : "Le film est plus subtil que son propos, moins bête que son contenu, mieux fait que son discours." Et hop! à la machine à gifles!

8 septembre 2019

poularde en croûte de sel

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FÊTE DE FAMILLE
de Cédric Khan

Cédric Khan, , en tant qu'acteur, je l'aime beaucoup, à chaque fois (L'économie du couple, Alyah, Tirez la langue mademoiselle). Plus irrégulièrement en tant que réalisateur. Et voilà que j'avais adoré son dernier La prière, alors je me demandais à propos de celui-là. Deux de suite ?
Oui oui, deux de suite.
J'ai beaucoup aimé ça (même si pas tout à fait de la même façon que pour La prière.)
Le film appartient à un genre que j'affectionne particulièrement , le FDFAT ("film de famille à table", parce que j'aime les histoires de famille -merci papa merci maman!- et que j'aime beaucoup aussi les histoires de bouffe, un genre qu'on peut qualifier d'ultra-codifié (une table, de préférence à l'extérieur, des gens autour, avec le contrepoint des apartés des mêmes en cuisine, ou dans le jardin, et, bien sûr, des histoires de famille, les secrets, les magouilles, les entourloupes, les récriminations, les révélations...oui ça j'adore... et encore mieux (idéalement) avec un casting de têtes connues (dans le même genre j'ai pensé au Skylab de Julie Delpy, multi-starisé aussi) : ici, Deneuve, Bercot, Macaigne (ah Vincentchounet-chounet, ici avec sa bonne grosse barbe comme je le préfère) et Kahn (des deux côtés de la caméra, tiens d'ailleurs comme l'ont déjà été deux de ses trois camarades ci-nommés).
La matriarche Andréa (c'est plaisant de voir comme la reine Deneuve est restée simple, on la voit abaisser de la pâte au rouleau, ranger des draps, essuyer des verres..., comme une vraie maman de la vraie vie) a réuni toute sa famille autour d'elle pour fêter son anniversaire, ça s'affaire dans tous les coins (l'effet Cuisines et dépendances, qui permet de découvrir les personnages, les lieux (une baraque de rêve), et ce qui se trame (un peu). On prépare le repas, on installe la table dehors, on met un rideau en guise de nappe... Et voilà qu'il pleut et qu'il faut tout rentrer (l'effet Sautet) et qu'on apprend (ça c'est l'effet Rude journée pour la Reine...) via un coup de téléphone l'arrivée d'une invitée supplémentaire (et non prévue), la fille d'Andréa, absente depuis plusieurs années, et qui réapparaît, en même temps qu'un passé familial un peu complexe et houleux. Comme souvent dans les histoires de famille(s), il sera question de gros sous, et (puis) de sentiments aussi (tiens comme dans Frankie, vu il n'y a pas longtemps, où la reine Huppert a réuni sa famille mais au Portugal mais sans formule repas) mais les gros sous ça revient souvent, et c'est même ça qui fait la "force" des personnages (dans le film, c'est frérot Kahn qui est riche)...
Au début le personnage de la mère est le centre du monde de l'histoire, mais celui de la fille va venir perturber ce système solaire bien organisé, et bien dézinguer l'apparent équilibre des choses. Et secouer le trône maternel. (Emmanuelle Bercot impressionnante dans un rôle pas facile).
Comme l'ont écrit certains critiques (méchants), le contexte n'a rien d'original a priori, mais j'aime beaucoup ce qu'en fait Cédric Kahn, avec sa propre petite musique à lui. Au début du film, le spectateur, avec ses gros sabots, pense qu'il va pouvoir les troquer (ses gros sabots) contre des pantoufles tellement on est en terrain connu (et qu'on adore ça, je le redis), mais, progressivement le réalisateur tire la nappe en biais, un peu, beaucoup, puis franchement de guingois, avant de -carrément- tout envoyer valser. Et d'en faire quelque chose de beaucoup plus grinçant. Qu'on n'avait pas franchement vu venir.
Ce qui ajoute encore un charme supplémentaire au film ce sont les différentes formes de  représentations qu'on y trouve (là, j'ai pensé à La petite Lili, de Claude Miller, qui opérait un peu de la même façon, et donc, aussi, par ricochet, à ce très cher Anton -Tchekhov, bien sûr-) : Vincent Macaigne, le fils bohème, est en train d'y tourner un film (dont on n'apprendra que très progressivement le pourquoi et dont on ne verra que quelques images, à la fin), les enfants quant à eux, préparent une pièce de théâtre sur l'histoire de la famille -qui sera regardée avec attendrissement par toute la (même) famille réunie-, on y chante -seule, Mon Amie la rose, à deux voix et à deux fois en voiture L'amour l'amour l'amour de Mouloudji- et on y danse aussi (une délicieuse chorégraphie familiale qui m'a fait penser à l'iconique Marcia Baila dans les toilettes, avec, tiens, la même Reine Deneuve, dans Belle-Maman, encore une histoire de famille...) bref, le spectacle sous toutes ses formes. J'adore voir dans un film les acteurs chanter.
Petits tracas du quotidien, bisbilles, chamailleries, puis problèmes personnels un peu plus conséquents, le tableau familial initial idyllique se lézarde progressivement.
Jusqu'à une scène de climax inévitable mais très impressionnante (je me suis même un peu caché les yeux).
La prière était plus rigoureux, plus ascétique. Celui-ci est plus terrien, "trivial", plus bordélique (plus "grand public"? et c'est tout le bien que je lui souhaite, justement de réussir à le trouver, le grand public...) Un film de combat.

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5 septembre 2019

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LA VIE SCOLAIRE
de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Deuxième film du tandem après le très réussi -et autobiographique- Patients (2017). le premier racontait l'hôpital, et celui-ci l'école. Une année scolaire entière, et le début d'une autre. (le hasard a fait que je l'ai vu pile le jour de la rentrée hihi). Dans un collège du 93 réputé "sensible", sur les pas d'une toute nouvelle CPE. Le film a deux affiches, comme il a deux façons d'escalader la montagne : la face des adultes, et celle des ados, qu'il traite quasiment à égalité, et c'est très bien. La ZEP (ou REP ou je ne sais encore quel nouveau sigle) j'ai un peu connu ça de l'intérieur, dans une autre vie (déjà évoquée) bien que je n'ai connu les bambins en question qu'au rez-de-chaussée de leur vie scolaire...
Le film est positif, les profs professent, les ados adotent, et les conseillers conseillent. Chacun à sa place, gentiment, j'allais dire, humainement serait plus juste. Les deux co-réalisateurs se sont rappelés de leur propre passé d'élèves dissipés (inadaptés) au sein d'un système scolaire toujours en train de se raccrocher aux branches (la dichotomie douloureuse entre l'éducation nationale telle qu'elle est pensée et réglée "d'en haut" par des gens qui n'ont la plupart du temps aucune idée de ce qu'est un "vrai" enfant ou un élève "réel" d'une part, et celle qui est vécue "sur le terrain" dans la vraie vie, par des vrais gens, avec les mains dans le cambouis et, souvent, les yeux pour pleurer, toute la misère du monde, comme dit Bourdieu, on la voit passer là...)
Le film est présenté comme une comédie, mais on n'est pas dans la pantalonnade ou le rire gras (la gaudriole) , plutôt dans un film doux, à hauteur d'homme (de femme), la chronique, (banlieusarde et scolaire) avec certes son quota de ce qui pourrait apparaître comme des clichés folklos sur la vie en banlieue (les capuches, les casques audio, la tchatche, la came, la parade virile, la testostérone, le sens de la répartie, l'insolence) mais qui n'est juste que le lot quotidien -et réaliste- de ceux qui vivent ça au quotidien, des deux côtés des grilles de l'établissement (enseignants/enseignés, fifty/fifty).
Le film est agréable, plus inégal, (moins étonnant) que ne l'était Patients, mais y brillent régulièrement des scènes magnifiques (et vraiment cinématographiques), j'adore celle du parallèle entre la soirée des adultes et celle des ados, ou celle de la "création" en salle de musique, ou encore celle du conseil de discipline -même si plus "traditionnelle" par sa forme-, qui viennent épicer le flot (le flow ?) du récit (parfois) un peu plan-plan mais toujours juste qui suit les deux trajectoires de Samia (la super CPE au coeur gros comme ça) et Yanis (l'élève rebelle  révolté au coeur gros comme ça aussi). Les deux côtés de la médaille (pour l'un comme pour l'autre).
Ca fait du bien qu'un film à propos d'éducation, nationale ou pas, se teinte, comme ça d'espoir, sans tomber dans le gnangnantisme racoleur et fédérateur. La vie (scolaire) comme elle va. Des fois des hauts des fois des bas. Oui, l'espoir, mine de rien.
Et le générique de fin est -vraiment- un bijou, qui justifie à lui seul de voir le film (si si), par son dispositif assumé d'humanité et d'égalité (et donc de fraternité). Et son très beau -et touchant-  single "Je viens de là".

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3 septembre 2019

petit jeu

(le jeu idiot de la fin du mois d'août)

si je vous montre ça :

original

puis ça :

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puis ça :

1300163-Calvados

et encore ça :

183220

allez, et encore ça :

Louis_XIV_of_France

vous me répondez :

 

avez-vous deviné de quoi donc est-ce je voulais vous causer
et ce que vous êtes censés deviner ?

Mmmmh ?

(mais oui, bien sûr!)

et si je rajoute ça :

affiche-La-Fille-du-14-juillet-2013-1

et ça :

carbone14

et finalement ça :

Echenoz-Jean14

le doute n'est plus permis...

Vous avez trouvé ?
ben oui, 14...
mais pourquoi donc ?

... eh bien c'est juste l'âge de mon blogchounet
(dont j'ai oublié de souhaiter l'anniversaire, le 25 août dernier)

bon anniversaire, blogchounet, donc!

(et bon anniversaire, Mariechounette!)

2 septembre 2019

il est pas près d'me rattraper

Ces gens qui courent au grand galop
En auto, métro ou vélo
Vont-ils voir un film rigolo
Mais non, ils vont à leur boulot

(Refrain)
Le travail c'est la santé
Rien faire c'est la conserver
Les prisonniers du boulot
N' font pas de vieux os.

Ils bossent onze mois pour les vacances
Et sont crevés quand elles commencent
Un mois plus tard, ils sont costauds
Mais faut reprendre le boulot

(Refrain)

Dir' qu'il y a des gens en pagaille
Qui cour' nt sans cesse après le travail
Moi le travail me court après
Il n'est pas près de m'rattraper.

(Refrain)

Maint' nant dans le plus p'tit village
Les gens travaillent comme des sauvages
Pour se payer tout le confort
Quand ils l'ont, eh bien, ils sont morts.

(Refrain)

Homm's d'affaires et meneurs de foule
Travaillent à en perdre la boule
Et meurent d'une maladie de coeœur
C'est très rare chez les pétanqueurs.

(tiens... un dernier couplet indédit... alors ça...)

Henri Salvador

Je dédie de tout coeur cette chanson à tou(te)s mes ami(e)s qui travaillent encore (et dont certain(e)s lisent ce blog): Manue, Coralie, Isa T., Christine,  Alex, Sylvain M., Isa, François, Loulou, Marthita, je pense à vous...

 

salvador

 

28 août 2019

réunion de parents

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JOEL
de Carlos Sorin

J'aime le cinéma de Carlos Sorin, dont on a programmé régulièrement les films depuis Historias Minimas (2003, 16 ans d'amour!) qui vont du très bon à l'excellent (j'avais adoré La Fenêtre). Il nous revient, sept ans après Jours de pêche en Patagonie (dont le titre original était juste Dias de pesca, sans Patagonie donc) avec Joel, une enfance en Patagonie (dont le titre original était Joel, sans mention de Patagonie non plus) comme si les distributeurs successifs avaient tablé sur l'exotisme de ce mot pour attirer les spectateurs.
(en Patagonie, c'est vrai, les paysages sont magnifiques, mais il fait aussi très froid). Et, tant qu'à coller un sous-titre, autant qu'il soit juste, et le film aurait plutôt du s'appeler alors Une scolarité en Patagonie (ce qui, je le reconnais, était beaucoup moins glamour.)
Très souvent, les films de Carlos Sorin évoquent le lien familial (parental, filial), et nous faisons la connaissance de Cecilia et Diego (elle est prof de piano et lui bûcheron), un sympathique jeune couple (c'est vraiment la sensation qu'on a, dès les premières images du film, tant ils sont filmés avec bienveillance) sur le point d'adopter un jeune garçon (le Joel du titre), avec juste une petite hésitation à propos de l'âge du bambin en question (ils avaient souhaité 4 ou 5 ans, et voilà qu'on leur en propose un de 8, qui s'avèrera d'ailleurs en avoir 9), mais qui ne durera pas longtemps tant, visiblement, est fort leur désir d'adoption.
Ils vont donc chercher Joel, et le ramènent à la maison, après un ultime entretien avec la juge qui les informe qu'il s'agit d'une période "d'essai" de six mois, avant que soit prononcée l'adoption définitive. Joel est un enfant peu expansif (mais le peu qu'on connaîtra de sa vie "d'avant" explique un peu cela), Cécilia et Diego (le couple est formidable je le redis) font tout ce qu'ils peuvent pour que les choses se passent le mieux possible...
Et le film qu'on craignait un peu (enfant rebelle, difficultés d'adaptation, parents débordés /effondrés) ouf! n'arrive absolument pas. Et Carlos Sorin commence à nous raconter une toute autre histoire. Une histoire d'école, d'instiutrice modèle, de directeur nouvellement nommé, d'inspectrice "serviable", de parents d'élèves inquiets d'abord puis carrément hostiles, qui vont faire monter en chantilly saumâtre l'"intégration" de Joel dans sa nouvelle école... J'avoue que cette partie m'a rappelé une réalité "pédagogique" vécue de l'intérieur, dans un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) où, dans une autre vie, j'ai, justement pratiqué ce métier, et je peux vous dire que le processus que décrit Sorin n'est pas exagéré, et tout ça m'a rappelé assez exactement des situations vécues - de l'emballement des parents face à un problème donné (qu'il soit réel ou imaginaire) au faux-culisme de l'institution, en Patagonie ou en France c'est bien tout pareil-.
Un film qui, ironiquement,  coïncide quasiment avec la fin des vacances (si j'avais encore été en activité, ça m'aurait peut-être un peu attristé...) Un film, enfin, dont la fin grande ouverte m'a laissé, justement, un peu sur la mienne, (de faim).

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