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lieux communs (et autres fadaises)
8 mai 2019

les yeux de la momie et la toxine du scorpion

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LA FLOR PARTIE 1
de Mariano Llinás

Il est parfois des événements qui quand vous êtes un chouïa programmateur(s) (on peut dire qu'on est ça à notre toute petite échelle) vous tiennent particulièrement à coeur. Et ce film en fait partie. Un incontestable événement cinématographique : rendez-vous compte, on programme dans le bôô cinéma ce film-monstre de quatorze heures (annonce la publicité, en réalité il ne s'agit QUE de 13h35!), distribué en quatre parties de 3h30 environ chacune.
Et là, c'était la semaine de la première partie (3 séances, deux à 20h et une à 13h30), et, ce vendredi, à 13h30 donc, dans la salle 3 du bôô cinéma, nous étions tout de même une quinzaine (et mes copines étaient là...), attendant, et je vous jure que quand le film a commencé, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir les larmes aux yeux (ça commence par un plan où le réalisateur explique ce qu'est son film, et oui, pfouit! c'est monté, tellement je me sentais à la fois ému fier et content...).
Le film annonce 4 parties et 6 épisodes, et nous avons donc vu dans cette première partie les épisodes 1 et 2 : celui avec une momie et celui avec des scorpions, pour résumer grosso-modo (sans gâcher aucun plaisir)...
Quatre filles... des histoires mystérieuses... des groupes secrets... On ne peut pas ne pas penser à Rivette, à sa Bande des Quatre, et c'est très très agréable. Un cinéma joueur (et bien joué, c'est un plaisir de voir, d'une histoire à l'autre, les quatre actrices changer de rôle et de personnage) qui prend son temps, c'est vrai, pour mettre en place chacune des histoires racontées, et prend un certain plaisir (mais ça c'était annoncé depuis le début) à ne pas les terminer.

(la bande-annonce est . Je vous invite à la visionner parce qu'elle donne très envie je trouve...).

C'est un film qui a (beaucoup) à voir avec le plaisir. Le plaisir du jeu, le plaisir de la connivence, le plaisir du cinéma, le plaisir du spectateur (parce que visiblement  celui des acteurs). Il faut être un minimum joueur (et ouvert un minimum à ces spéculations narratives) pour accepter de se laisser aller dans ces montagnes russes (argentines dans le cas présent) cinématographiques. Un peu de train fantôme, aussi, sans doute. Et puisqu'il est question de train, un je-ne-sais-quoi de cinéma des origines (de l'arrivée d'un train en gare de la Ciotat on serait passé à l'arrivée d'un train argentin pas train-train en gare de la Cinématographie). Mais qu'est-ce c'est agréable de tchoutchouter avec ces quatre lutines (Pilar Gamboa, Laura Paredes, Elisa Carricajo, Valeria Correa) et leurs comparses masculins, d'arpenter avec elles des territoires un peu mystérieux, un peu instables, un peu inquiétants, un peu nunuches, aussi parfois, (tout à la fois parfaitement reconnus, et dans le même mouvement, parfaitement inconnus ; ordinaires et insensés, réalistes et chimériques, bref, paradoxaux, comme ce que nous avait appris notre metteur en scène, la notion de présent/absent), bref, tout et son contraire, en tout cas  tout ce qu'il faut pour être heureux avec elles lorsqu'on est spectateur, comme un gamin à qui on raconte son histoire du soir... Et on n'en a encore vu qu'une partie ! Le réalisateur définit l'épisode 1 comme une série B, et le second comme un mélodrame avec des chansons et un peu de mystère... Mais chacun des épisodes est ça, mais pas seulement, ou autrement, et échappe, heureusement,  à la caractérisation et à l'étiquetage auxquels certains esprits formatés étroits auraient bien aimé pouvoir les réduire.

La Flor est juste un énorme bonheur de cinéma, je ne saurais pas mieux dire!

«Je fais partie d’un groupe qui s’appelle El Pampero [société de production fondée en 2002, ndlr]. Il y a dans ce groupe une fable originelle, qui nous est constitutive. Avec mon associé Alejo Moguillansky, à une époque où nous travaillions, très lentement, sur un de nos premiers projets qui était très mal payé, nous passions notre temps à aller manger. Un jour, Alejo arrive et me dit : "Là-bas, au coin de la rue, ils font un gâteau au chocolat qui a tout le bon du gâteau au chocolat, et rien du mauvais." Vous savez que dans les gâteaux au chocolat, il y a toujours une partie ennuyeuse, avec plus de pâte, plus farineuse. Nous y allons, et en effet : il n’y avait absolument rien de bureaucratique dans ce gâteau, c’était le plaisir intense du chocolat. Je crois que ce moment de communion a influencé notre manière de faire des films. Seulement le bon ! Seulement le chocolat ! Et pas seulement dans nos films, en évitant toutes les scènes stupides de transition ou de narration au profit de scènes divertissantes, mais aussi dans la manière de faire, sur le tournage. Si on a passé dix ans à faire ce film sans presque jamais s’arrêter, c’est que ça a été un plaisir permanent, qu’on a su éviter tous les moments bureaucratiques. Ça vaut aussi pour la production. Le film s’est fait avec 250 000 ou 300 000 euros, donc avec très peu d’argent. Il est financé de façon conventionnelle, mais ce qui est moins conventionnel, c’est ce qu’on a fait avec l’argent, en le dépensant seulement pour ce qui se verrait à l’écran, pour ce qui ferait du bien au film, jamais pour des choses superflues.»
(extrait d'un entretien avec le réalisateur, Locarno 2018)

l'entretien en entier est ici

et je piaffe déjà en attendant la semaine du 8 mai (deuxième partie, dans le bôô cinéma)

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6 mai 2019

l'eau à la bouche de cannes

Des noms qui m'ont fait saliver à l'annonce de Cannes 2019...

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en première ligne :

1) en compèt'

BONG JOON-HO (Parasite)
JIM JARMUSCH (The dead don't die)
KLEBER MENDONCA FILHO (Bacurau)
CORNELIU PORUMBOIU (La Gomera)
ELIAS SULEYMAN (It must be heaven)
YINAN DIAO (The wild goose lake)
QUENTIN TARANTINO (Once upon a time in Hollywood)

2) un certain regard

KANTEMIR BALAGOV (The Beanpole)
CHRISTOPHE HONORÉ (Chambre 212)
ALBERT SERRA (Liberté)

3) séances spéciales

ALAIN CAVALIER (Etre vivant et le savoir)
ABEL FERRARA (Tommaso)
PATRICIO GUZMAN (La Cordillère des songes)
GASPAR NOE (Lux Aeterna)

4) la quinzaine des reéalisateurs

QUENTIN DUPIEUX (Le daim)
LAV DIAZ (The halt)
BERTRAND BONELLO (Zombi child)

juste après :

PEDRO ALMODOVAR (Douleur et gloire)
LUC & JEAN-PIERRE DARDENNE (Le jeune Ahmed)
ARNAUD DESPLECHIN (Roubaix, une lumière)
XAVIER DOLAN (Mathias et Maxime)
JESSICA HAUSNER (Little Joe)
KEN LOACH (Sorry we missed you)
TERENCE MALIK (A hidden life)
LADJ LY (Les Misérables)
IRA SACHS (Frankie)
CELINE SCIAMMA (Portrait de la jeune fille en feu)
JUSTINE TRIET (Sybil)

7 mai 2019

chapeaux

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SUNSET
de Laszlo Nemes

Complexe. Oppressant. Complexe par ce que le film raconte. Et oppressant par la façon dont il le raconte. Déjà on avait ressenti ça (et bien plus encore) devant Le fils de Saül, précédent (et premier) film du réalisateur. Où la caméra suivait obstinément, aveuglément, un personnage, au coeur d'un camp de concentration. Le suivait de très près, ne faisant le point que sur lui, ce qui permettait d'éviter de montrer frontalement l'immontrable, ne cantonnant l'alentour du personnage que dans le flou où le hors-champ. Saul cherchait son fils, qu'on pouvait supposer être, d'une certaine façon, chimérique, Irisz, ici, cherche son frère, dont le spectateur pourra tout autant douter de la réalité pendant un certain temps.
Et le réalisateur applique strictement la même façon de filmer, qui peut paraître, ici, beaucoup moins justifiée. Plastiquement, pourtant, c'est sublime (j'ai toujours eu une fascination certaine pour le flou) et ce qui pouvait paraître agaçant pour un certain nombre de spectateurs, m'a, quant à moi, secrètement rempli le coeur de joie. Oui, j'aime le flou. Quitte à paraître (je veux parler du réalisateur) un chouïa maniériste : Soit un plan d'ensemble parfaitement, donc, flou, où évoluent pendant un certain temps des personnages qu'on distingue mal, en des lieux qu'on ne devine pas mieux, jusqu'à ce que surgisse cling! Irisz, l'héroïne, parfaitement nette au centre de l'écran, sur laquelle , bien sûr, le point avait été fait auparavant.
Irisz est au centre d'une intrigue extrêmement complexe : revenant à Budapest après avoir passé des années en orphelinat, la jeune fille voudrait être embauchée comme modiste dans une chapellerie dont on apprendra successivement qu'elle est la fournisseuse officielle de la reine d'Autriche, Sissi (oui oui!), qu'elle a appartenu à ses parents (ceux de la jeune fille), qu'ils ont péri dans l'incendie qui ravagea ladite chapellerie, qu'elle a été rachetée par un certain Brill, et qu'elle a un frère, qu'elle ne connaissait pas, et que ledit frère a essayer de tuer brill, et que, et que...
Il faut être extrêmement attentif pendant la première demi-heure pour n'en pas perdre une miette.
Mais même ainsi, on ne comprendra pas tout. Ce qui se joue, s'est joué, va se jouer.
On est en 1913, tout juste, donc, avant la guerre. Et le film, en fin de compte, ne traite que d'affrontements et de rivalités, entre personnes, entre classes sociales, entre villes. Avec Irisz au centre géométrique de tout ça, qui tourbillonne et pétarade, entre son frère fantomatique, un cocher dépenaillé, un hôtelier inquiétant, un jeune manoeuvre qui en sait beaucoup sur tout, l'Impératrice qui voudrait savoir si on a retrouvé son épingle à cheveux, Brill le coursier devenu patron, les employées qui se chamaillent avant la nomination de l'Elue, une comtesse malade, des conspirateurs, des notables, des incendies, des explosions, des pugilats, des gifles, des coups de rame sur la tête, comme une valse (de Budapest plutôt que de Vienne) déglinguée qui ne s'arrêterait jamais, ne vous laisserait jamais le temps de reprendre votre respiration, (oui, la démarche asphyxiante est exactement la même que dans le Fils de Saul) mais, pas le choix, on est obligé de suivre le rythme imposé, c'est un peu marche ou crève... (comme le manège devenu incontrôlable dans l'Inconnu du Nord-Express, d'Hitchcock). On est en droit d'avoir un peu mal au coeur, on a le droit de fermer de temps en temps un peu les yeux pour éviter le vertige, mais on sait que lorsqu'on les rouvrira la caméra sera toujours fixée sur la belle nuque et les petits cheveux (j'ai toujours aimé les nuques féminines et leurs petits cheveux, ça ça tombe plutôt bien...) et que ça repartira  pour un tour...
Beaucoup de personnes à la sortie, discutaient, perplexes,  et chacun(e) (se) posait beaucoup de questions... (au moins le film aura servi à ça). Les deux heures vingt du film étaient quand même un chouïa excessives (et même les farouches défenseurs de l'esthétique -dont je suis- pouvaient légitimement se sentir à la limite de l'indigestion, et donc à deux doigts du commode "trop d'esthétisme tue l'esthétisme")...

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Juli Jakab, qui incarne ici -magnifiquement- Irisz (et qu'on avait déjà entraperçue dans Le fils de Saul) possède un étrange et beau visage (et un charme fou).

18 juin 2021

CMFUBJ 67

(ceci est -en principe- le dernier post sur ce blog jusqu'au 24 juillet) juin!
(quel idiot fais-je! je me suis cru déjà en juillet)

*

commencé la journée (heureusement je me lève tôt) avec des trucs qui prennent du temps pour rien et qui énervent :

* (hier soir) sfr qui m'informe qu'après 5 tentatives d'accès mon compte a été bloqué, impossible d'accéder à mes mails, ce matin je tente la procédure de secours de récupération du nouveau mot de passe, ça ne fonctionne ni par mail avec adresse de secours ni par sms, je parcours des forums, en vain, j'envisage de devoir aller me faire suer à la boutique sfr je peste et je rage mais finalement je compose le 1023 où une voix de dame synthétique, après plusieurs appuyages sur la touche truc et tapages de numéro machin demandés, finit par m'informer qu'un nouveau mot de passe m'a été envoyé par sms (et je verifie, c'est vrai!) et donc hop! tout remarche

* prise de glycémie (ça faisait un certain temps) : 127 à jeun (ce qui est exactement le taux de glycémie trouvé il y a quelques semaines lors des analyses de sang demandées par mon médecin, et qui avait conduit à la confirmation de mon statut de diabétique, et donc comme si tout ce que j'ai fait depuis, question alimentation -et boisson-  et effort physique quotidien semble n'avoir servi à rien)

*passé un long moment à chercher dans l'appart' une paire de baskets (des adid*s bleues) achetées il y a quelques semaines, que j'avais rangées tellement soigneusement que je n'arrivais plus à les retrouver, d'autant plus que j'ai sur mes rayonnages et dans mes placards plusieurs boîtes siglées adid*s, justement, mais qui contiennent tout autre chose... Ai fini par les retrouver, mais dans une boîte neutre (j'aurais pu chercher encore longtemps...)

*

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on y est presque!

*

(fin de matinée)
préparatifs de voyage : choses qui font plaisir :

* chez GEM*, j'ai enfin rapporté ce pantalon en lin que j'avais acheté impulsivement sans l'essayer et qui ne m'allait pas, et avec les sous j'ai acheté des nouvelles savates (pour le Perche) et il me restait encore 12€!

* chez INTERSP*RT non seulement j'ai trouvé un pantacourt qui m'allait (je l'ai essayé!), mais il était soldé à 32,90, en caisse il est passé à 29,09, et la caissière m'a annoncé que grâce à ma carte de client, comme c'était bientôt mon anniv', j'avais droit à un bon d'achat de 10€, qu'elle a appliqué illico : donc, 19,90 le pantacourt (pour un prix initial de 59,90!)

* au S*PER U, j'ai acheté une nouvelle trousse de toilette, une nouvelle brosse à dents en bambou, une petite bombinette de gel à raser, et, last but not least, un étui à brosse à dents en plastoc rose

* au parking de la rue Serpente qui était archi archi plein, au moment où j'arrivais et m'apprêtais à repartir, une voiture a reculé pour quitter son stationnement, me libérant ainsi une place

30 avril 2019

le pouvoir protège le pouvoir

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EL REINO
de Rodrigo Sorogoyen

Lundi de Pâques, j'ai pris le bus pour aller voir ce nouveau film du réalisateur qui nous avait donné le couillu -et malaisant- Que Dios nos perdone, en 20107, avec déjà, en vedette le même Antonio de La Torre (qu'on vient de voir récemment - Semaine latino 8- en prisonnier futur président de la république dans l'impressionnant Compañeros), film, donc, vivement conseillé par Dominique, et dont je n'étais pas sûr qu'il passerait encore la semaine suivante......
L'acteur incarne, cette fois Manuel López-Vidal,  un homme politique espagnol qui va se retrouver pile-poil dans l'épicentre d'un tsunami politico-financier-médiatique impliquant les membres du parti dont il fait partie (hihi) mais la quasi-intégralité de la classe politique espagnole... Un film sur les nantis en costume trois pièces, qui mangent des choses chères dans des restaurants chers, roulent en grosses bagnoles et mettent de côté le plus de fric possible au fil de magouilles quotidiennes, habituelles, rituelles, petites ou beaucoup plus grosses... Au début du film c'est un autre qui est collimateur, mais au fil des dénonciations, révélations, et trahisons diverses et successives (la théorie des dominos) Manuel López-Vidal semblerait devenir le bouc émissaire idéal, et, donc, l'homme à abattre (au sens figuré pour les tribunaux juges et média divers, au sens propre pour les méchants très méchants qui préféreraient effacer toutes les traces de leurs malversations).
J'ai beaucoup aimé le film, je dirais même que je l'ai aimé de plus en plus, cinématographiquement, de par sa construction. Construction oui, il m'a fait penser à ces jeux où il s'git d'empiler des choses, chacun son tour, jusqu'à ce qu'un morceau ultime fasse s'écrouler tout l'édifice (et perdre le joueur qui l'a posé)... Pendant un long moment on est dans le stable, on regarder s'agiter frénétiquement (et se tirer dans les pattes tout en faisant mine de se donner des grandes claques dans le dos) tous ces margoulins (et margoulines), puis l'empilement des pièces commence à devenir un peu anxiogène (pour le spectateur) et chaque nouvelle scène (ou pièce empilée) commence à faire vaciller l'ensemble du récit, qui devient du coup de plus en plus passionnant. La dernière demi-heure est à couper le souffle.
D'abord la scène sur le balcon, puis celle dans la maison d'un de ses "amis", (occupée par sa fille en train d'organiser une teuf en cachette de son père, maison où il doit récupérer des documents, malgré l'hostilité croissante des participants à ladite teuf), puis une scène (pour moi) anthologique, hitchcockienne "a minima", celle de la station-service la nuit (peut-être ma préférée du film), suivie d'une autre scène avec des voitures la nuit (qui, je ne sais pas trop pourquoi, m'a évoqué Fargo), et, hop on pose enfin l'ultime pièce, la scène du débat télévisé... Tombera, tombera pas ? Le réalisateur, joueur, nous laissera là en suspens (...) sans pitié, mais on ne peut qu'applaudir à l'intelligence de la progression dramatique du récit.
Et Viva España!

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27 avril 2019

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(du lard ou du cochon)

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(tag,mur, peinture blanche, panneau routier, marqueur)

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(voie, bidons, panneau)

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(encoignure, rubalise)

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(paillasson synthétique, pétales de cerisier du Japon, chaise de jardin, béton)

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(journal, acronal, craies grasses, feutre fin)

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(herbe, fenêtres en pvc, fleurs de pissenlit)

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(film, sous-titre, recadrage)

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(couennes de jambon (de porcelet truffé), barquette de polystyrène)

17 avril 2019

sophia

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EMBRASSE MOI IDIOT
de Billy Wilder

Billy Wilder, réalisateur de deux films que j'adore (Certains l'aiment chaud et Stalag 17) et responsable, un dimanche soir, d'un de mes premiers questionnements métaphysico-cinématographiques : Mais comment un monsieur qui est mort et qui flotte dans une piscine peut-il raconter une histoire ? (Sunset Bvd), à l'honneur dans ce nouveau Play it again Festival, pour un film que je ne connaissais que de nom...
Ni l'affiche ni les acteurs principaux (Dean Martin et Kim Novak) ne me semblaient particulièrement attractifs, mais bon, Billy Wilder, quand même, et Play it again festival aussi, deux bonnes raisons, donc.
Tiens, le film est en noir et blanc! (première surprise) Tiens le format est gigantesque ! (dans une petite salle du bôô cinéma, même en étant au dernier rang, on a le sentiment que c'est presque "trop grand", une question de rapport non respecté, me semble-t-il entre la taille de l'écran et celle de la salle...) Tiens mais où est donc Kim Novak , (elle met un certain temps pour apparaître, à peu près le même que mettait attention spoiler ? Janet Leigh pour disparaître (dans Psychose, bien sûr).
Nous sommes donc à Climax (orgasme, en anglais, traduit par Jouy dans le film), petite ville américaine dans la cambrousse  par laquelle passe Dino, chanteur à succès et homme à femmes (Dean Martin, bien sûr, dans un rôle qui ressemble à celui de sa vraie vie) avec sa grosse et belle décapotable, et s'arrête pour prendre de l'essence dans une petite station-service dont le gérant est aussi auteur de chansons dont le compositeur, Orville, est son ami. Orville est professeur de piano et marié à une femme qu'il couve jalousement (et paranoïaquement). Les deux auteurs-compositeurs échafaudent un plan pour immobiliser Dino (en trafiquant sa décapotable pour provoquer une panne) et lui faire passer la nuit sur place (chez Orville) pour lui faire écouter -et acheter- une de leurs compositions, et devenir riches. Or il s'avère que la femme du pianiste est une fan de Dino et que le mari jaloux devient fou de jalousie à l'idée que quelque chose pourrait survenir entre son épouse et Dino, et les deux compères (le pianiste et le garagiste) décident d'envoyer l'épouse chez ses parents en simulant une discute conjugale (à base de jet de pamplemeousse, tout de même!) et de la remplacer par une fausse épouse, une serveuse / entraïneuse incendiaire qui travaille au Nombril (belly Button), une boîte voisine (La serveuse en question étant la somptueuse (et charnelle) Kim Novak) qui jouera une épouse peu farouche prête à payer de sa personne avec Dino afin de lui faire acheter une ou plusieurs chansons.
La mise en place, comme on peut le voir, est assez complexe, (laborieuse ?), Billy Wilder mettant en place méticuleusement chacun des éléments de cette réaction en chaîne, pour aboutir, finalement, à une situation savoureuse -et explosive!- de doubles quiproquos matrimoniaux (ou non) qui se mettent en place dans le dernier tiers du film.
Billy Wilder a toujours ce sens millimétrique de l'impact des dialogues et des situations, et, effectivement, le film est drôle, même si grinçant, et parfois même cruel. Amoral, en tout cas, et délicieusement.
Et tout le monde sort de la salle en fredonnant Sophia, la chanson que Dino a choisie... Qui aime qui, qui a aimé qui, qui a cru aimer qui... Kiss me stupid!
(et le projectionniste - toujours aussi facétieux- du bôô cinéma a rallumé la salle -clic!- juste avant cette fameuse et ultime réplique, l'a réteinte, - devant les grognements et ronchonnements dans la salle ?-, pour finalement la rallumer à nouveau définitivement quelques instants plus tard... Décidément il y en a qui s'y entendent pour vous gâcher votre plaisir!)

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13 avril 2019

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MAUVAISE PRISE
d'Eoin Colfer

Il était dans ma pile de polars achetés à bas prix chez Gibertuche (via priceministruche, évidemment), je pense suite à la recommandation d'un de mes deux blogs polars préférés (Actu du noir), je n'en savais pas plus que ça, et j'ai donc lu la quatrième de couv' (je sais bien qu'il vaut mieux ne jamais lire les quatrièmes de couv', ils doivent embaucher des gens spécialement vicelards spécialisés uniquement dans cette tâche : gâcher le plaisir du lecteur potentiel).

Un peu peur tout au début : je l'ai commencé trois soirs de suite et à chaque fois je m'endormais au bout d'une page et demie, mais sans que ce soit dû à l'auteur, non, juste que j'étais incapable d'en lire davantage...

J'ai donc renouvelé l'expérience de jour, et là tout s'est bien mieux passé...

Un énorme plaisir de lecture.
(parce que un énorme plaisir d'écriture, y a pas de secret...)

(Juste un bémol pour commencer : ce bouquin est une suite, et il vaut mieux donc lire le premier, PRISE DIRECTE, du même monsieur, et publié aussi en Série Noire (grand format), parce qu'il vous le raconte un peu beaucoup (surtout au début), mais bon ça n'a pas vraiment beaucoup d'importance, parce que ce que raconte Eoin Colfer est moins important que la façon dont il le fait.)

Le roman a pour héros Daniel Mc Evoy, un Irlandais pur jus, ancien militaire, qui se retrouve propriétaire d'un club suite à ce qui s'est passé dans l'épisode précédent. Il se trouve être aussi le narrateur du roman, qui écrit comme il parle -jouissivement-, et est entouré dune série de personnages plus ou moins barrés (tous au moins autant que lui en tout cas) : Zeb son vieux pote de l'armée qui est plus ou moins médecin (et tout aussi queutard), Sofia sa copine, une bi-polaire qui le confond régulièrement avec son mari disparu, Evelyne sa tante alcoolo qui avait disparu pendant des années et refait soudain surface, Mike Madden, un mafieux Irlandais à qui il a fait des misères dans le premier volume, plus tout un tas de flics d'un côté, et de truands de l'autre (des fois on ne sait plus vraiment de quel côté ils sont vraiment).

J'ai retrouvé le même plaisir que celui éprouvé à la lecture des aventures de Hap et Léonard par Joe R. Lansdale, c'est dire... C'est très noir, très violent, et très drôle (et très improbable aussi, tout ce qui lui arrive -ne lisez pas la quatrième de couv' par pitié).

Et donc une lecture "virile" jubilatoire hautement recommandée

mauvaise prise

(C'est bon signe lorsque, en lisant un roman (et, à plus forte raison, un polar) il y a des phrases que je trouve drôlissimes, que j'ai envie de relire, voire de recopier, (voire même -horreur!- de corner la page pour pouvoir la retrouver plus facilement). Eh bien là c'était le cas, et souvent en plus!)

4 avril 2019

négliger les frottements

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TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION
de Judith Davis

D'abord j'ai confondu avec l'actrice américaine qui a quasiment le même nom, mais non non, rien à voir, Judith Davis est (parfaitement ?) française, elle joue dans le premier film qu'elle réalise, s'attribue comme soupirant Malik Zidi et comme maman de cinéma la divine Mireille Perrier (qu'on ne verra que très tard dans le film pour causes de scénario).
Une jeune fille donc, (parfaitement) révoltée, comme le titre l'indique. Fille d'un couple de militants maoïstes purzédurs qui avaient décidé de sauver le monde en commençant d'abord (pléonasme ?) par nos frères opprimés les ouvriers. Des vrais maos, intransigeants et doctrinaires, dont elle a visiblement hérité du patrimoine génétique alors que sa soeur pas vraiment. Elle a perdu depuis des années tout contact avec sa mère, qui du jour au lendemain a décidé d'abandonner sa famille et le militantisme, mais est contrainte, au début du film, de revenir vivre chez son père, qui lui est resté mao mais  tendance adoucie bohème et babos...
Une comédie politique, tirée (merci allocinoche) d'une pièce de théâtre que Judith Davis avait précédemment créée (à laquelle on doit peut-être cette belle qualité d'écriture des dialogues).
Angèle veut tout changer, est contre tout (surtout en ces consuméristes et egoïstes années 2010), mais refuse aussi en bloc toute proposition de rapprochement affectif (le fameux Courage, fuyons!). Avec sa copine elle crée des actions qui s'apprentent autant à la performance qu'un geste politique, crée un groupe de discussion (la partie la plus savoureuse du film) où il est surtout question de théoriser, justement, cette discussion, en libérant la parole de chacun.
Parallèlement s'esquissent deux trames narratives, deux axes, qu'on pourrait nommer Angèle et sa mère (par ici) et Angèle et Saïd (par là) qui pourraient presque finir par se rejoindre.
Un film délicieux, dont j'ai beaucoup aimé les dialogues et les situations -j'y ai beaucoup gloussé- (même si la pénultième partie  (le repas en famille) est, à mon sens, un peu moins convaincante que le reste - surtout la scène du beau-frère, j'ai du mal avec la violence, même si -et peut-être surtout- verbale-). heureusement le dernier plan (le retour du groupe d'échanges) vient remettre tout ça d'équerre.
Un film que, sans savoir vraiment pourquoi, j'aime vraiment beaucoup, à ma grande surprise...

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25 mars 2019

ma pétroleuse fait yeah!

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REBELLES
de Allan Mauduit

Après la déception du Blier, j'avais encore une chance de profiter du PDC (mais cette fois sans ticket orange), et Dominique avait enve de voir celui-ci, alors, fort du conseil donné la veille par Zabetta (qui l'avait beaucoup aimé), j'ai décidé de l'y accompagner.
Un film drôle et noir, et cette fois-ci pas avec un duo de mecs mais un trio de nanas, jouées par Cécile de France, Yolande Moreau, et Audrey Lamy. Qui sont ouvrières dans une conserverie de poisson à Boulogne (sur mer), et qui, par un certain concours de circonstances vont se retrouver avec un mort sur les bras, plus un gros sac plein d'argent (sans oubler un gland coupé -oui vous avez bien lu- enveloppé dans un mouchoir en papier). Trois pétroleuses : la blonde, la rousse et celle avec les racines apparentes, qui vont faire tout ce qu'elles peuvent (et même davantage) pour garder le fric et sauver leurs fesses. Car tout le monde le cherche ce fric, et d'abord Simon Abkarian (oh que je l'aime toujours autant  lui, toujours aussi à l'aise dans son rôle de mafieux-maquereau-dealer-gangster-etc.), mais aussi le "gang des belges" (une bande familiale  à gros flingots et plafonds bas) à qui cet argent appartient, et qui entend bien le récupérer illico.
Et c'est parti! Le scénario est lancé, met le turbo, et file à toute berzingue, laissant rarement au spectateur l'occasion de reprendre son souffle.  C'est très drôle, très noir, et on adore ça. C'est filmé un peu désinvolte, un peu cracra, mais c'est normal, pour un film qui sent le poiscail. On a assez vite compris qu'il va beaucoup changer de mains, ce sac avec des biffetons... Tout le monde le veut, tout le monde le cherche, tout le monde court après tout le monde, chacun(e) veut flinguer chacun(e), et les rebondissements pleuvent comme, justement, les poissons sur le tapis-roulant de la conserverie... Non, ça n'arrête pas de défiler.
Cécile de France est sidérante de naturel en bimbo (ex "Miss Nord et pas-de-Calais") qui rentre au bercail avec un cocard sous ses grosses lunettes noires (on a du mal à la reconnaître dans la première scène), pleine de hargne et prête à tout pour s'en sortir. Ses copines ne sont pas en reste (Yolande Moreau fait sensation en Ma Dalton, ou plutôt en Hulkette, tellement elle change de rôle et de statut quand la colère la gagne, et Audrey Lamy ferme la marche en nunuche pas si nunuche que ça (mais peut-être si finalement ?), ce qu'elle sait très bien faire...) et la belle équipe au féminin nous entraîne à sa suite (et sa poursuite) sans jamais faiblir ni mollir, bien au contraire. le scénar en rajoute dans les coïncidences et les révélations, mais jamais le spectateur n'est pris pour un con (ou, dans le cas présent, un gland...)
Il y a beaucoup d'armes à feu, de flingues qui vont pas mal changer de main aussi (évidemment chacun(e) est à l'aise pour manier ça comme s'il/elle avait fait ça toute sa vie) avec, notamment, comme dans tout western urbain qui se respecte, une scène de canardage en intérieur assez apocalyptique pour figurer dans le top 10 des scènes de canardage en appartement! D'anthologie!
Et nos trois héroïnes feront mentir l'adage : Telle n'est pas prise, justement, qui croyait prendre, et le film ira jusqu'au bout de sa joyeuse amoralité. Yes, pour une fois, c'est les filles qui gagnent, c'est bien fait, et c'est tant mieux!
Très très très plaisant.

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20 mars 2019

trois-gorges

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LES ÉTERNELS
de Jia Zhang-Ke

Expédition à Besançon en bus à 1,50€ pour aller y voir ce film avec un ticket orange avec Dominique... (du coup la place à 4,25€) mais le film la mérite amplement (l'expédition).
Un nouveau voyage en compagnie de Jia Zhangke (le dixième, si j'ai bien compté), à nouveau en compagnie de son actrice fétiche Zhao Tao (Dominique qui est très people m'apprend que c'est parce que c'est sa femme!), qu'on va suivre pendant plus de deux heures (et quasiment vingt ans!), dans un film en plusieurs parties, distantes à la fois dans l'espace et dans le temps.
On y reverra des lieux déjà évoqués dans certains de ses films précédents (dont le fameux Barrage des trois-Gorges), via l'histoire de cette femme, Qiao, amoureuse d'un malotru (il a beau être mafieux et patron de la pègre, au début, il mérite en premier chef ce qualificatif de malotru (ou butor ou goujat, ou mufle, ou, plus simplement, gros con).
Elle l'aime en 2001, elle continue de l'aimer quand elle va en prison à sa place pour avoir tiré des coups de révolver (de son révolver à lui) -alors que c'est interdit d'avoir une arme-, au cours d'une scène à la violence insoutenable (du vrai de vrai Jia Zhangke), elle l'aime toujours à sa sortie de prison, cinq ans plus tard, et elle continue de l'aimer indéfectiblement, même s'il n'est pas venu l'attendre à la sortie, et qu'il en a profité pour prendre une nouvelle maîtresse (et refuse donc de la reprendre), et elle l'aime tellement qu'lle ira jusqu'à

(et vous, vous irez jusqu'à voir le film pour savoir la suite, non mais, hein mais...)

Le réalisateur comme à son habitude, depuis son premier long-métrage (Xiao Wu artisan pickpocket découvert, tiens, grâce au Ficâââ) a enchâssé l'histoire de son héroïne dans celle de son pays, que le film s'attache à nous faire (re) découvrir, les lieux autant que les gens... Elle sonne terriblement juste cette Chine de Jian Zhangke, démesurée, inhumaine, un pays de fatigue et de crasse, de violence et de corruption, un pays en perpétuelle mutation, qui se construit et prolifère pour le profit de quelques-uns au détriment de beaucoup d'autres (remarquez, y a pas besoin d'aller jusqu'en Chine pour voir ce genre de fonctionnement hein... mais là c'est vraiment flagrant). Et Qiao est, une fois encore,une magnifique égérie pour cette nouvelle histoire chinoise, filmée toujours aussi superbement, avec ce lyrisme si désespérement terre-à-terre qui le caractérise. Ce n'est pas pour rien si Jia ZhangKe fait partie du peloton de tête de mes cinéastes de chevet depuis quelques années déjà.

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19 mars 2019

lapins

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LA FAVORITE
de Yórgos Lánthimos

Troisième film de la journée. Après l'onirisme chinois somptueux du Grand voyage vers la nuit et le romantisme iodé à la française de Ma vie avec James Dean, nous voici en Angleterre, à la Cour, pour un film en costumes qui m'en a délicieusement évoqué certains de Peter Greenaway (les nobles emperruqués, la musique à la Michael Nyman, ne manquait même pas le gros bonhomme tout nu... -j'adorais les films de Peter Greenaway aussi pour ça, pour les messieurs tout nus qu'on ne manquait pas d'y voir...-)
Une reine sans roi apparent (on apprendra qu'elle a perdu 17 enfants, qu'elle a successivement remplacés par des lapins) mais avec une dame de compagnie avec qui elle fricote assez joyeusement (et saphiquement aussi, s'entend). Mais la favorite du titre n'est peut-être pas la brunette en question mais une autre, une blonde, justement, nobliette déclassée mais intriguante et ambitieuse, qui va grimper un à un tous les barreaux de l'échelle sociale nobiliaire (et elle part de très bas, souillon dans les cuisines) pour arriver au sommet, dans les bras -et le lit- de la reine, à la place de la brune honnie qu'elle fera tout pour déloger...
Les décors sont fastueux, les costumes aussi, et le film est un peu à leur image, un chouïa empesé et tout aussi m'as-tu-vu. Dès qu'on a compris le manège de la blondinette (il m'a fallu recourir au générique de fin pour savoir -me rappeler- que c'était Emma Stone), le parcours est assez balisé et plutôt logique (sans surprise). Elle a démarré le film crottée, tombée dans la boue du haut d'un carosse dès son arrivée, puis aura connu le sol de la cuisine - comme Cendrillon- qu'on lui fait nettoyer à la soude sans ménagement (ce qui abîme ces jolies mains) et c'est grâce à des herbes mâchouillées ramassées dans la forêt (amusante coïncidence avec le pourtant fort éloigné Sibel) qu'elle sauvera sa peau et commencera à se rapprocher de la reine, que les plaies à ses jambes font fort souffrir...
On est entre gens de la cour, et bien sur tout le jeu est de réussir à faire le maximum de saloperies en les accompagnant d'un maximum de révérences et de courbettes, et vous vous doutez bien que le combat va être tout aussi rude que pas du tout à la loyale. Nos trois tigresses (Emma Stone la blonde, Rachel Weisz la brune, et entre les deux Olivia Colman, véritablement époustouflante -et méconnaissable- dans le rôle de la Reine, qui lui a d'ailleurs valu un Oscar...)
J'étais quand même un peu fatigué à l'issue de cette dense journée cinématographique, et j'avoue que j'ai piquouillé un peu du nez vers la fin. Parce que j'ai trouvé ça un peu longuet.
Un film plutôt "grand public" de la part d'un réalisateur qui s'est fait une spécialité de la méchanceté et/ou la cruauté filmique (avec ce que peut avoir justement d'un peu fatiguant cette volonté systématique de jouer la provoc' pour être reconnu) mais nous livre ici (par rapport à ses films précédents : Canine, Alps, The Lobster, Mise à mort du cerf sacré) quasiment un film "gentillet"... (j'exagère à peine.) Avec des aspects formalistes parfois un peu agaçants (les mots du générique et des intertitres sont systématiquement justifiés, et ça rend les choses plus difficiles à lire, tout comme le fait d'avoir recours systématiquement au grand-angle pour filmer rend souvent les choses moins faciles à regarder...) mais, sans hésitation, un film à voir (ne serait-ce que pour être ébloui par la magnificence des décors...)

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16 mars 2019

bref je me suis régalé

Vu ça ce matin sur y*utube
c'est Kyan Khojandi ("le mec de Bref") sur scène
et il a mis en ligne son spectacle Pulsions.
J'adorais la série, l'humour des situations et des dialogues
et j'ai retrouvé le même plaisir
(c'est rare que je me surprenne à applaudir tout seul devant mon ordi  à la fin d'un spectacle vu sur mon écran)
j'espère que le lien fonctionne
(sinon googlez khojandi pulsions youtubemuche ou un truc du genre)

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ps : le monsieur est annoncé à Besac, au Kursaal, le 23 janvier 2020

18 mars 2019

feu de bengale

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UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT
de Bi Gan

(un post en fragments)

Juste une petite déception en arrivant, (qui n'a rien à voir avec le film lui-même) j'apprend à la caisse du bôô cinéma que le film sera diffusé en 2D (alors que toutes les critiques encensent la fabuleuse dernière partie en 3D, où le héros rentre dans un cinéma et met des lunettes 3D pour voir un film qui raconte sa propre histoire - tiens j'avais déjà vu ça il y a bien longtemps dans Le shérif est en prison, de Mel Brooks) mais bon tant pis (enfin surtout pour les autres, puisque, en ce qui me concerne, je ne le perçois pas, ce fameux relief, alors, hein) on le verra comme ça, hein, en l'état...

Et même comme ça, en l'état, c'est une splendeur.

Un film, oui... extraordinaire. Un coup de foudre pour cette cinématographique déambulation onirique, que, même après deux visions (car j'y suis retourné le lendemain, avec Catherine) j'aurais bien du mal à raconter (j'aimerais avoir le dvd pour pouvoir le revoir, j'aimerais avoir la possibilité de le revoir en 3D, j'aimerais oui j'aimerais...)

Une  "expérience" magnifique (quoiqu'en dise le rédacteur en chef des Cahiaîs que j'aurais du coup -une nouvelle fois- bien envie de gifler...)

Un film avec une identité et des choix esthétiques forts, des fragments de narration, des endroits remarquables le temps d'une séquence, des objets, des personnages énigmatiques, parfois juste entrevus, une caméra qui vadrouille, sinueuse, des jeux sur les matières, sur ce qui s'interpose entre celui qui regarde et ce qu'il regarde (on voit souvent "à travers quelque chose") avec une musique -et un rythme- qui pourraient évoquer des lambeaux du Wong Kar Wai de In the mood for love (même si tout le reste n'a pas grand-chose à voir). Des jeux sur la matière même du film aussi, sur le(s) fil(s) du récit. Pas le domaine du "c'est", plutôt celui du "ce serait -peut-être" ou bien du "et si c'était..." (ou même "et si ça avait été ?")

Labyrinthe mental, perte de repères, chatoiements, fluorescences, instants, souvenirs, suppositions, superpositions, on voyage ici, passionnément, comme un des personnages mange une pomme : jusqu'au trognon.

Les critiques se sont extasié(e)s sur le fameux plan-séquence final en 3D de 59' (quand le héros s'assied dans le cinéma et met les fameuses lunettes), bon, hélas dans le bôô cinéma on est resté à plat, mais c'est vrai que, même en 2D, déjà  il fait son effet (de savoir qu'il a été filmé en une seule prise nous fait le regarder un peu différemment -bien plus attentivement, encore-).

L'histoire d'une (en)quête, d'une recherche, celle d'une femme, par un héros "au look de détective". Une femme, mais laquelle ? La mystérieuse jeune femme en robe verte (à cheveux longs) de la première partie a cédé la place à une non moins mystérieuse jeune femme en blouson rouge (à cheveux courts) qui , dans la seconde, joue avec le héros à attrape-moi si tu peux.

La séquence entière est une longue déambulation à travers des espaces multiples mais qu'on est bien obligé (plan-séquence oblige) de considérer comme unique : un cinéma, un tunnel, des coulisses, une salle de billard, le mur d'une prison, et des escaliers, beaucoup d'escaliers... une déambulation cotonneuse complexifiée techniquement par les divers moyens de transport empruntés (une moto, une tyrolienne), où on croise un cheval chargé de pommes, un aspirant champion de ping-pong avec un masque en crâne d'animal, une femme en colère qui pourrait être la mère du héros, un karaoké géant, une raquette qui permet de s'envoler, dans un espace tordu comme un ruban de Moebius où, lorsqu'on continuer d'avancer, on revient soudain à son point de départ. La topologie d'Un grand voyage vers la nuit est de type onirique, et c'est sans doute pour ça qu'on l'aime autant... Et je n'ai évoqué que l'espace. Parce que, si on parle du temps...

Il lui a offert une montre cassée ("ça représente l'éternité" a-t-elle remarqué) et elle lui a offert en retour un feu de bengale ("ça représente l'éphémère" a-t-il répondu.)

A la fin rien n'est résolu, mais c'est bien mieux comme ça, chacun propose ses éclairages, et ça permet d'échanger dans le couloir puis dans le hall et finalement même sur le parvis...

Un ravissement. Je suis amoureux de ce film.

Top 10

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tiens j'ai confondu les deux affiches... il y a de quoi, non ?

9 mars 2019

magnétisme

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L'AMOUR DEBOUT
de Michael Dacheux

Oh le joli film et comme j'étais content de le revoir dans le bôô cinéma (et en plus dans la salle 11 où on peut allonger son siège comme une chaise-longue), après l'avoir découvert en avant-première en novembre à Belfort (Entrevues) où il a eu le Prix "Film en cours" (et je ne sais plus trop à quoi ça correspond).
Ca parle de quoi ? Ca parle d'amour et ça parle de cinéma. Cinéma ? Celui qu'on aime, celui qu'on va voir (à la Cinémathèque) celui qu'on écrit (un des personnages a un scénario en cours), celui qu'on fait connaître à des ados dans des ateliers de pratique artistique, celui qu'on garde en mémoire et qu'on célèbre (La Maman et la Putain, Jean Eustache, Pierre Lhomme, Françoise Lebrun), celui qu'on évoque ("Boris Barnet, évidemment..."), sans oublier, bien sûr, celui, plus intime que chacun se fait (et, du même coup, fait aussi aux autres...). Et l'amour ? C'est pareil, il y en a pour tous les goûts : celui dont on aimerait qu'il ne soit pas fini, celui qui démarre sans qu'on s'en aperçoive, celui qu'on attend, celui qui prend son temps, celui  qui va, celui qui vient, filles, garçons, jeunes, vieux, connu(e)s et inconnu(e)s oui tous les goûts vous dis-je.
Elle c'est Léa, elle fait des visites culturelles guidées de quartiers parisiens, lui c'est Martin, qui est "monté" à Paris avec l'espoir de tourner son premier film. Et aussi de revoir Léa. Ils s'aimaient, ils se sont séparés, il voudrait la revoir, elle lui dit va-t'en (visiblement leur séparation l'a affectée). Martin trouve un petit boulot, un camarade (somnambule) qui l'héberge, il trouve aussi un mentor (Pascal Cervo joli comme tout en barbu, qui trouve ici une sacrée belle maturité) qui lui a mis le pied à l'étrier professionnellement et lui cherche aussi un producteur pour son futur film... Léa, elle, a un peu de mal à rebondir, elle rencontre un "vieux" (c'est elle qui le dit), un spectateur assidu de ses visites, qui vit sur une péniche et est en train de composer un "drag-requiem", mais a du mal à franchir le pas avec lui, et préfère aller se mettre au vert quelques temps chez sa mamie...
Pendant ce temps, Martin...

Un film d'une grande élégance, un film qui ne s'apesantit jamais (rien ne dure jamais plus longtemps quil ne faut), oui, un beau film, grâce un sens du montage aussi bluffant qu'efficace (et un incontestable sens du détail) qui fait pardonner les légères faiblesses de quelques-unes, question interprétation.
Le film est un genre de "Conte des quatre saisons" (oui, oui, on pense à Rohmer, à ses dialgues, à ses rencontres, à ses élans du coeur, à ses méandres affectifs), d'ailleurs il est partagé en quatre parties qui suivent les saisons (on commence en automne et on finit en été...) et se grignote comme un délicieux et aérien petit feuilleté...
Avec en fil blanc les allées et venues de nos deux tourtereaux que le mouvement du récit va faire se croiser, se retrouver plusieurs fois, dans des situations affectives jamais tout à fait les mêmes de la fin de leur histoire commune au début de l'histoire individuelle de chacun...
Le film est léger, il est précis, alerte, jamais pleurnichard (ouf!) et réussit toujours à nous intéresser, parfois même à nous étonner (certains enchaînements de scène  -hiatus, ellipse- nous amènent même à nous questionner.
C'est très émouvant de revoir Françoise Lebrun, mais c'est un grand plaisir de faire la connaissance de la jeune Adèle Csech, qui est véritablement jolie comme un coeur.
Pas la peine de courir, le film ne passe plus.

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2 mars 2019

retour aux sources

ROCK BOTTOM
de Robert Wyatt

Pour moi, sans doute un des plus beaux disques du monde, peut-être même le plus beau.
Sorti en 1974 , Grand Prix de l'Académie Charles Cros en 1975, mais je ne l'ai découvert, semble-t-il qu'un peu plus tard. (non non pas du tout je viens de fouiller dans le carton de vinyles qui me restent, et il porte une étiquette manuscrite "Vesoul / 1975" -où et quand je l'ai acheté- et la mention "I20", c'est à dire que déjà il faisait partie pour moi des 20 disques indispensables...)

Voilà donc 44 ans que ce disque m'accompagne.

Six morceaux, trente-neuf minutes et quelques, et c'est toujours le même bonheur, la même fascination.
Un disque qui ne m'a jamais quitté, que je connais quasiment par coeur, un disque que j'aurais du mal à définir, dont j'aurais du mal à dire de quel courant musical il relève, mais qui m'a toujours, et ce depuis la première écoute (j'avais 19 ans!) parfaitement correspondu (ah tiens me revient le fait que je l'écoutais en même temps que le Phaedra de Tangerine Dream, que m'avait fait découvrir, j'étais alors en terminale, Yves L., le frère de ma copine Frédérique).

Et qui continue de.

Rock Bottom, c'est le disque-frangin, l'ami, le compagnon de route, l'accompagnateur.
Le genre de disque (il n'y a pas tant que ça dans le genre) qui donne envie de se lover, de se coucher en rond, dans le tiède et le clair-obscur, et de se laisser aller à simplement être bien.
Un état indéfinissable, à mi-chemin exactement entre le bonheur et la douleur. Aussi désespérément serein que sereinement désespéré (j'ai déjà écrit ça quelque part).

On rattache souvent ce disque à la tristesse, à l'hôpital, qui a suivi la chute qui a mis Robert W. dans une petite chaise, mais ça n'a pas vraiment grand-chose à voir avec la tristesse (peut-être Sea song, le morceau d'ouverture, d'immersion, de l'album, mais non, même pas, je suis en train de l'écouter et je trouve ça... serein), non, on est ailleurs.

Exactement, totalement, parfaitement ailleurs.

Il y a, d'abord, la voix indicible de Robert Wyatt, dans un touchant éventail de tonalités et de modulations (il chante il dit il chuchote il gémit il ricane il fredonne), posée sur (fondue dans) une musique tout aussi indicible.

L'album, je le réécoute à chaque fois en entier, c'est un tout, mais chacun des six morceaux est comme un bac différent, à l'image de ceux où on trempe le papier photo pour faire apparaître puis fixer, justement, l'image, sauf que là, oui, il en faut six, six qui successivement vous font passer par des états différents, parfois contradictoires, un coup doux un coup grinçant un coup tiède un coup glaçant un coup hérissé un coup submergé.

Un disque indémodable, parce qu'il ne ressemble à rien, à rien d'autre qu'à lui-même. Intemporel.

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24 février 2019

raman et raghav

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MUMBAI MURDERS
de Anurag Kashyap

Dans la même journée que Pupille, je ne pouvais pas imaginer de voir un film plus radicalement différent. Autant le premier pourrait être qualifié de doudou, autant celui-ci mérite simplement l'étiquette de fou-furieux.
Waouh!
Par le réalisateur des très aimés Gangs of Wasseypur, un film duel, bicéphale (l'affiche française est à cet égard plutôt bien trouvée), sur la double/trouble relation qui unit un serial-killer (du genre bien allumé et bien brutal) et un flic, du genre tout aussi brutal, et, on s'en rendra compte progressivement, tout aussi allumé.
Autant l'après-midi je n'avais été que douceur tendresse et larmes, autant ce même soir je n'étais plus que tension, crispation, et, parfois, main levée pour me cacher les yeux, mais dans les deux cas avec la même jubilation cinématographique, pourtant en forme de grand écart...
Là, ça ne rigole plus.
Un film excessif, démesuré, flippant, malsain (il est interdit aux moins de 16 ans), que le spectateur reçoit comme une tornade, un tsunami, et le laisse sonné, sur le carrelage, lessivé essoré hagard à la fin du générique (qui, paradoxalement est très dansant -j'adore cette techno indienne- et donnerait presque envie de se tortiller bollywoodesquement).
On est loin de l'Inde des saris et des maharadjahs, des palais flamboyants et des marchés multicolores et joyeux (et touristiques) : ici on est la face dans la crasse la sueur les ordures les bidonvilles et les rats... Anurag Kashyap s'en donne à coeur joie (comme il l'avait déjà fait dans ses films précédents) pour nous dire "regardez, regardez bien, c'est ça l'Inde, l'Inde d'aujourd'hui, la vraie..., celle qui grouille, celle qui fait mal, celle qui pue...".
Le film est partagé en chapitres, chacun avec son titre, et nous fait suivre d'abord Ramana, le tueur en série, qu'on découvre au début du film enfermé dans une maison abandonnée (on comprendra plus tard par qui, car le film procède aussi par allées et venues temporelles), puis qu'on suit chez sa soeur (une longue scène à la tension presque insupportable), dont la petite famille -désolé je spoile- ne survivra pas au passage du killer (heureusement, chez Kashyap, les meurtres sont toujours hors-champ, les armes sont aussi impressionnantes que rustiques, marteau, démonte-pneu, barre métallique, clé à pipe, mais on ne les voit que brandies, et c'est déjà amplement suffisant je vous assure).
Parallèlement on aura fait la connaissance de Raghavan, le jeune flic (lunettes noires et cocaïne, cet homme-là ne dort jamais) qui mène l'enquête sur les crimes du serial killer (et la scène de leur première rencontre nocturne -chez un tonton dealer- est un bijou de mise en scène, qui nous fait percevoir, déjà, la perversité du lien qui les unit, et ce qu'elle peut avoir de réjouissant pour un esprit malade.).
Deux personnages, donc, bien cintrés, chacun avec sa came, a priori, le meurtre pour l'un et la cocaïne pour l'autre, mais on se rendra compte progressivement que les cloisons entre les deux ne sont pas aussi étanches (à l'image de celles du nez du flic) et que leur histoire est bien poreuse. Le tueur (interprété par Nawazuddin Siddiqui, fabuleux) s'appelle Ramanna et se prend pour Raman Raghav, un serial-killer fameux en Inde (on lui impute une quarantaine de meurtres) et le policier se nomme Raghavan, et c'est comme si Castor avait trouvé son Pollux (Ramana + Raghavan = Raman Raghav, pense le tueur), et chacun, en fin de compte, cherche l'autre, chasse l'autre (celui qui pense être le chasseur -le flic- est en réalité pisté par ce lui qu'il pense être sa proie).
On en prend plein les yeux, plein les oreilles aussi, dans cette excitante double course-poursuite, bien souvent aussi nocturne que poisseuse, jusqu'à la dernière partie, qui va réunir (enfin ?) nos deux tourtereaux revers d'une même médaille.
Anurag Kashyap n'hésite pas et il va vraiment jusqu'au bout.
Le film est très noir (comme chantait Johnny Il n'y a plus d'espoir..., et dans ce cas précis c'est tout à fait vrai) mais complètement fascinant. Il rend addict. Mêlant les codes du film d'action, du thriller, voire du fantastique mais à sauce -indienne, donc- redoutablement épicée (on a même régulièrement droit au rafraîchissement d'intermèdes musicaux -plusieur morceaux chantés- venant commenter l'action, parfois même ironiquement).
Dommage que l'effet-ficâââ ait cessé de produire, justement, son effet : la salle n'était peuplée que de quelques spectateur-e-s solitaires, j'urais été curieux d'y voir ceux qui avaient fait un triomphe à Bajirao Mastani, autre joyau indien, mais situé à l'autre extrémité du spectre lumineux (et narratif) de ce cinéma-là.

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16 février 2019

l'ami allemand

Je l'ai appris en direct, à la fin du journal de 13h, et j'ai eu les lames aux yeux.
Bruno Ganz est mort, à 78 ans.
Bruno Ganz, c'est d'abord, pour beaucoup, l'ange des Ailes du désir (Wim Wenders, 1987), celui qui devient humain par amour pour une belle trapéziste, mais pour moi, c'était d'abord, et pour toujours, Jonathan Zimmermann, l'encadreur de L'ami américain (Wim Wenders, 1977) d'après le roman de Patricia Highsmith.
J'avais tellement aimé ce film, et je l'y avais tellement aimé que j'ai continué d'aller le voir au cinéma ("le" pour Bruno Ganz bien sûr). Les années 80 lui furent fastes. Il était Bruno, le mari, dans La femme gauchère (Peter Handke,1978) , Rémy dans La provinciale (Claude Goretta, 1981), Georg dans Le faussaire (Volker Schlöndorff,1981), Paul dans Dans la ville blanche (Alain Tanner, 1982), Faber dans La main dans l'ombre (Rudolf Thome, 1983, un film rare pour lequel j'avais spécialement pris le train, car je ne pouvais le voir qu'à Paris, un genre de polar avec aussi (souvenirs un peu flous)  Dominique Laffin et Laurie Anderson!), puis Alexandre dans L'éternité et un jour (Theo Angelopoulos, 1993), là quelques années de creux pour le cinéma, et on le retrouve en Fernando dans le joli Pain, tulipes et comédie (Silvio Soldini, 2000),  puis encore quelques blancs et je l'ai retrouvé dans les années 2010, d'abord en parrain mafieux albanais (improbable mais vrai!) dans le délirant Refroidis (Hans Peter Molland, 2014), que j'adore, puis en grand-père dans Amnesia (Barbet Schroeder,2015) , jusqu'au Verge/Virgile du très récent (et malaisant) The house that Jack built (Lars Von trier, 2018).

Quarante ans et quelques de cinéma, donc, et un sacré parcours cinématographique...

Bruno Ganz c'était, aussi, et surtout, une voix, une voix magnifique qui me file des frissons chaque fois que je l'entends...

"Als das Kind Kind war,
wußte es nicht, daß es Kind war,
alles war ihm beseelt,
und alle Seelen waren eins."
(Les Ailes du désir)

 

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18 février 2019

bukowski

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MY BEAUTIFUL BOY
de Felix Von Groeningen

Ma première échappée hors-ficâââ (pendant ce dernier, pourtant), en compagnie de Catherine, pour un film que j'avais envie de voir parce que j'aime beaucoup le réalisateur (Belgica), un film qui m'a mis (très) mal à l'aise mais bon c'était sans doute le but (et le propos).
Un père (américain) qui se bat pour (essayer de) sauver son fils qui se came à mort. Tout est dit. Et c'est un peu là le problème structurel du film, le cycle je suis clean/ je rechute/ je vais en désintox / je re--suis clean / je re-rechute / je re-vais en désintox / je re-re-suis clean / jere-re-rechute etc. dont on devine assez tôt qu'il n'est pas près de s'arrêter, et dont on ne voit pas bien d'ailleurs comment il pourrait s'interrompre, à part peut-être la mort du jeune homme camé en question... Et le fait d'avoir choisi pour incarner le fiston cette gueule d'ange de Timothée Chalamet (qui nous avait tourneboulés dans Call me by your name) rend le film encore plus fort, plus émouvant, encore plus malaisé...
Felix Von groeningen est parti aux USA pour tourner ce film, et s'est peut-être un tout petit peu perdu en chemin. Dans Belgica il était question de deux frères, dans Alabama Monroe d'un couple, dans La merditude des choses d'une famille encore  (de plusieurs frères, si je me souviens bien...), ici c'est un père et son fils. Même si la mère du jeune et la nouvelle épouse du père ont aussi chacune un rôle important, c'est ce lien-là qui est l'épine dorsale du film. Et donc me touche d'autant plus. Surtout lorsqu'on a compris (assez vite) que même tout l'amour du monde ne servirait pas à grand-chose, face à la crystal meth.
Tout le monde dans le film est plus ou moins malheureux, plus ou moins fort et pendant plus ou moins longtemps, et donc, en tant que spectateur solidaire j'ai bien sûr été malheureux. Pour eux, avec eux. Mais la structure répétitive du film joue en sa défaveur, même si le réalisateur a toujours autant de nez pour habiller/habiter sa bande-son (qui est véritablement somptueuse).
Important : si vous allez le voir, il faut absolument
1) le voir en vo
2) rester jusqu'à la fin du générique...

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15 février 2019

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(dimanche presque de relâche mais c'était je crois nécessaire...)

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BAJIRAO MASTANI *****
de Sanjay Leela Bansali

plus de deux heures et demie, tout de même... une splendeur bollywoodienne qui, à la sortie, a mis comme des pépites dans les yeux de celles/ceux qui venaient de la voir, un grand spectacle (c'est le film qui a coûté le plus cher de tous les films nous a dit Bastian M.) historique (ah le biopic à l'indienne, c'est tout à fait autre chose) avec super guerrier super fort et tou-puissant, son épouse dévouée, sa maîtresse guerrière, sa mère comploteuse (un genre d'Agrippine -celle de Racine, pas celle de Brétécher-), son fils remonté contre lui et en colère contre sa maîtresse, bref du grand de chez grand spectacle, baroque, lyrique, exagéré, démesuré, avec des batailles, des intermèdes dansés, des roucoulades, des dialogues sentencieux mais que j'aurais souhaités recopier en entier, bref, du bonheur cinématographique à l'Indienne... Un seul petit bémol (mais à part Martial et moi personne ne semble s'en être rendu compte) il me semble qu'il n'était pas tout à fait au format (mais personne ne semble s'en être formalisé...) : pas assez large (c'était plus évident lors de certaines scènes, où les personnages semblaient être un chouïa étirés en hauteur (ou compressés en largeur, ce qui revient au même...) mais bon peut-être manquait-il l'objectif adapté, dans le bôô cinéma (cela s'est déjà vu par le passé...)

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6 février 2019

jarabulus

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MON CHER ENFANT
de Mohamed Ben Attia

On avait projeté dans le bôô cinéma, en 2016 et en avant-première, le premier film du monsieur, Hedi, déjà produit par les Frères Dardenne, et, coïncidence, j'avais déjà donné à mon post un titre en nom de ville (Kairouan). Et on a programmé celui-ci en catastrophe, en remplacement de A bread factory 2, qu'on devait projeter mais que finalement non, l'exploitant dont nous dépendons s'étant soudainement mis en froid avec le distributeur dudit film...)
J'avais beaucoup aimé Hedi, le portrait d'un jeune homme qui était soudain amené à faire un choix et à se sortir de la gangue de sa torpeur existencielle. Un jeune tunisien, tiens, et cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, puisque celui-ci pourrait être aussi cela. Le portrait d'un jeune homme (19 ans) qui va bientôt passer le bac et qui souffre de terribles migraines. Un jeune homme à rpopos duquel sa mère et son père se font beaucoup de souci. Vraiment beaucoup. (son papa ne le lâche pas d'une semelle, tant il éprouve pour son rejeton une sollicitude et un attachement manifestes, au grand dam, visiblement, du jeune homme homme en question).
Jusqu'à ce que, à quelques jours du bac, se produise un événement qui va bousculer de fond en comble ce qui était jusque là le portrait craché d'une famille modèle (pour reprendre un titre qui me revient comme ça et colle plutôt bien au sujet) et fait redémarrer le film dans une direction qu'on n'attendait pas vraiment.
On conserve les mêmes éléments (le père, la mère, le fils) mais dans une configuration différente, qui va à nouveau être bouleversée et re-configurée dans une dernière partie où les cartes sont redistribuées somme toute logiquement, mais dans une logique cruellement jusqu'au-boutiste (en même temps que très simple, inévitable pourrait-on dire)
Mohamed Dhrif est bouleversant jusqu'au bout (car contrairement à son titre français, Mon cher enfant, le film est bien davantage le portrait d'un père, plutôt que elui d'un fils) et la mise en scène de Mohamed ben attia, avec son sens du détail et sa proximité des personnages, rend encore plus poignant ce portrait en creux d'une famille "normale".
J'avais un peu regretté que la fin de Hedi soit vraiment trop ouverte (oui, j'ai un problème avec les fins ouvertes) et la fin de celui-ci est à peine moins abrupte. Mais le film confirme la confiance qu'on peut accorder à  ce jeune réalisateur...

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5 février 2019

coup de foudre

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BORDER
d'Ali Abbasi

En quinze jours deux réalisateurs iraniens nous auront offert deux films qui ne ressemblent pas à grand-chose de connu : Pig la semaine dernière, et Border cette semaine-ci. Border qui avait été vu à Cannes par Zabetta et Hervé, qui nous l'avaient recommandé tous les deux, mais restaient, au sujet du film, mystérieusement elliptiques, évasifs.
Hervé avait raison, c'est un film qu'il faut voir en en sachant le moins possible au préalable (dommage pour moi, qui ai dû lire au préalable un certain nombre de critiques pour choisir celle(s) qui figureraient dans notre prog papier, que, dans le lot, il y en ait eu au moins un(e) (je ne sais plus qui) qui a "vendu la mèche", d'un seul mot d'un seul (en général Téléramuche ou les Cahiaîs sont assez doués pour ça...) et je savais donc hélas plus ou moins le fin mot, justement, de l'histoire...).
L'héroïne s'appelle Tina, elle est douanière, et a un flair infaillible pour détecter les contrevenants... Un jour elle voit passer Vore, qui la déstabilise en mettant, en quelque sorte, son pouvoir en échec. C'est vrai que Tina n'est pas très jolie. C'est vrai que Vore ne l'est pas vraiment non plus. et comme dit le proverbe, qui se ressemble... Tina et Vore vont sympathiser doucement.
Voilà à peu près tout ce que je peux raconter.
C'est un film incroyable, bouleversant, tiré d'une nouvelle du monsieur qui avait aussi écrit Laisse-moi entrer, le bouquin dont a été tiré Morse, autre beau et singulier et touchant film suédois de Tomas Alfredson. Dans Morse il était question de vampires, mais pas du tout ici. On est en Suède, aujourd'hui, mais il s'agit d'autre chose.
Le récit est fait de telle façon qu'on est toujours plus ou moins en alerte, aux abois, aux aguets, et qu'on ira effectivement de surprise en surprise (je me suis caché les yeux plusieurs fois mais je suis un peu chochotte, juste quand il était question d'asticots -chose qui me répugne viscéralement-).
J'ai pensé à Corps et âme (de Ildiko Enyedi), j'ai pensé à The voices (de Marjane Satrapi), et à Elephant Man, et au Lobster de Lanthimos, (je pourrais continuer la liste...) pour l'inquiétante étrangeté qui nimbe le film, pour cette histoire d'amour d'exception que j'ai trouvée bouleversante. Entre douceur et violence. Entre caresses et grognements. Et aux différentes significations du mot border ("frontière") qui sert de titre (et de garde-fou, j'avais écrit garde-boue hihi ce qui n'était finalement pas si faux) au film.
Un film indéniablement fascinant, avec deux magnifiques performances d'actrices-teurs (Tina c'est Eva Melander et Vore Eero Milonoff, qu'on avait découvert -merci allocinoche- dans le finlandais et réjouissant Olli Mäki) et qui font vraiment tous les deux un boulot extraordinaire.
C'est ça l'amour...

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Vore et Tina

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2 février 2019

late bloomer

019
LA MULE
de Clint Eastwood

Du grand art.
Il aura quand même fallu aller jusqu'à Besac car le bôô cinéma ne le programme hélas qu'en VF, pffff...). j'avais fait un peu l'impasse sur les derniers films du Monsieur (Le 15h17 pour Paris, Sully, American Sniper, que je reniflais comme lourd(aud)ement patriotiques) mais je gardais de bons souvenirs de Jersey Boys, Au-delà, et, surtout, Gran Torino (2008, quand même!), suffisamment pour céder à l'unanimité des critiques (ce que je ne fais pourtant généralement pas) et y aller. Clataclop, juste après Continuer, c'était rigolo de filer la métaphore équine...
Pas de cheval ici, mais  un vieux pick-up hors-d'âge, à l'image de son conducteur, Earl (Clintounet, bien sûr), un horticulteur que le hors-d'âge ne semble pas avoir spécialement bonifié puisque, avec presque quatre-ving-dix ans au compteur, il continue de faire le désespoir de ses proches (proches étant pris ici au féminin puiqu'il s'agit de sa femme, de sa fille -jouée d'ailleurs par la propre fifille de Clint- et même de sa petite fille -non, elle, elle continue de le défendre et de le soutenir, mais juste jusqu'à un certain point...) Earl, au début du film, s'occupe de ce qu'il préfère : ses lys (il est horticulteur), et le film, ironiquement, se terminera sur le même personnage cultivant d'autres lys... Il est horticulteur mais il est sans le sou (internet l'a, dit-il, ruiné), et les hasards de la vie (et ceux du scénario, mais c'est tiré d'une histoire vraie nous assure-t-on) le fait entrer en contact avec des chicanos jeunes tatoués et violents (les petites mains hargneuses d'un gros bonnet de la drogue -délicieusement incarné par Andy Garcia- où chacun est près à marcher sur la tête du voisin pour s'élever un peu dans cette structure pyramidale dite "du cartel") qui le chargent d'un premier convoyage.
Et voilà Earl qui fait la mule. Il conduit prudemment, n'a jamais eu de pv, mais fait les choses à sa façon, comme il l'entend, en tête de mule qu'il est, justement. Au point de provoquer, au fil des trajets (qui sont numérotés), l'ire croissante de certains membres du cartel, en même temps que la complicité souriante d'autres (qui l'appellent par des petits noms gentils, viejito, abuelito).
Clint filme Clint dans un rôle qui lui va comme un gant (il pourrait être le frérot "comme deux gouttes d'eau" du vieux con réac mysogine et misanthrope de Gran Torino, avec dix ans de plus, et comme les choses ne s'arrangent pas en vieillissant vous imaginez...) et compose un personnage touchant, avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision qui le rendent curieusement (furieusement) sympathique.
Il y a Earl et sa famille, il y a Earl et sa nouvelle famille (les tatoués avec des gros flingues) et il y a Earl et le flic des Stups qui le pourchasse, avec qui va se mettre en place une touchante relation quasi filiale).
Et Eastwood, le réalisateur, arrive à combiner tout ça (la famille, la vieillesse, la came, la violence, les p'tites pépées, même) et dose son cocktail avec un doigté et une précision incroyables (l'humour l'action le suspense la tendresse l'émotion) lors de bifucation de scénarios qu'on n'aurait pas forcément vues venir. Entre tord-boyaux et liqueur de dame, délicieusement.
Oui, du grand art.

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version us

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version french

3 février 2019

le tiers des étoiles

020
6 PORTRAITS XL 3 : PHILIPPE BERNARD
d'Alain Cavalier

Le temps passe (trop) vite et finalement je ne pourrai en voir qu'un sur les trois présentés (mais c'est justement celui que j'avais le plus envie de voir). Des portraits XL (de 50' environ chacun), réalisés par ce cher Alain Cavalier (qui continue de tracer affablement son chemin singulier dans les marges du cinéma français), réunis deux par deux (il serait bien de savoir qui a fait le choix de ces appariements) dans trois films qui sont sortis chacun à une semaine d'intervalle.
Alain Cavalier filme Philippe (Labro) puis Bernard () et se dévoile un peu (et l'inverse aussi se vérifie : Alain dévoile Philippe et Bernard, et se filme un peu aussi) et c'est comme s'il nous tendait un fauteuil pour nous asseoir en leur compagnie, passer un peu de temps avec eux : l'un fait de la radio et l'autre du théâtre. L'un rédige des portraits pour les invités qu'il va recevoir ensuite (il fait des fiches) et le second se met en scène, tout seul, et joue un texte qu'il a lui-même écrit et mis en scène ("Motobécane"). le portrait du permier est composée de deux parties, séparées par 10 ans, le second n'est pas découpé temporellement aussi nettement. Tous les deux sont des gens que le réalisateur connaît depuis longtemps (le second a été acteur sur Le plein de super et monteur sur Libera me, c'est dire s'il est proche de l'univers de Cavalier et si la connivence entre eux est indiscutable.
Les deux portraits sont, chacun à sa façon, un exercice d'admiration de la part du réalisateur (d'ailleurs le deuxième portrait -et le film, donc, se clôt sur cette phrase chuchotée sur un rapide fondu au noir, tandis que Philippe s'apprête à entrer en scène  "Mon dieu comme j'aimerais être à sa place...") et on le remercie (Alain) de nous faire découvrir comme  ça simplement ces deux hommes en pleine "création", de très près, dans la plus proche intimité (qu'elle soit familiale ou professionnelle).
Le temps passe vite en compagnie d'Alain Cavalier, et le regret est d'autant plus vif de ne pas pouvoir voir les deux autres parties -avec l'espoir que dans un avenir assez proche paraîtra le dvd...-

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31 janvier 2019

l'entrave

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CONTINUER
de Joachim Lafosse

Kacy Mottet-Klein a, depuis Quand on a 17 ans de Téchiné, pris une belle amplitude. il joue ici le fils de Virginie Efira qui elle aussi fait montre d'une belle intensité dramatique. Une mère emmène son fils au Kazakhstan ? Kirghizistan ? (les critiques ne semblent pas avoir réussi à se mettre d'accord sur le sujet mais c'est bien, finalement le Kirghizistan dont il est question), faire une longue virée à cheval cataclop cataclop pour lui remettre un peu les idées en place (et à elle-même aussi un peu, d'ailleurs). D'après le roman de Laurent Mauvignier du même nom (dont le réalisateur a gardé les prénoms des deux personnages, Sybille et Samuel), que je n'ai pas lu mais que le film donnerait justement envie de.
Une mère et son fils, des difficultés de communication (un carnet mon cher journal pour l'une, un i-pod dans les oreilles pour l'autre) Joachim Lafosse est coutumier de l'observation de ces structures viciées façon familles je vous hais (Nue Propriété, A perdre la raison, L'économie du couple), d'habitudes filmées de très près, dans des espaces très réduits -les appartements- mais il a cette fois abattu les cloisons, pour en faire, justement, une histoire sans limites.
Les paysages sont vraiment mêêrveilleux (gare! je ressens les premiers symptômes de la fièvre habituelle aux spectateurs du Ficâââ) et donnent au récit des allures de vrai-faux western comme aurait pu en filmer Kelly Reichardt (ceci est un compliment). Si le réalisateur a élargi les espaces, il a en revanche amenuisé les dialogues, et c'est pas à pas que se (re)construit la relation entre ces deux personnages qu'au départ tout sépare. Samuel est rempli de colère (comme l'était, récemment le Thomas de La prière). Il aime les chevaux, beaucoup plus qu'il n'aime les gens (ou même lui-même). Sybille a vécu une histoire complexe qui l'a multiplement meurtrie, et semble, au début du film, avoir perdu tout espoir.
C'est la chevauchée des bannis, le galop de la dernière chance. Le film est un peu court, un peu sec. Comme si l'acuité habituelle de Joachim Lafosse se diluait un peu dans l'immensité de l'espace environnant. Mais affirme la force incontestable de ses deux interprètes (Virginie Efira et le jeune Kacy Mottet-Klein y sont vraiment extraordinaires).

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