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lieux communs (et autres fadaises)
24 août 2019

maison de retraite

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VOUS ÊTES JEUNES, VOUS ÊTES BEAUX
de Franchin Don

(entregent) C'est par Zabetta que j'ai eu le lien pour visionner le film (le film sort début octobre). Elle n'avait pas voulu trop m'en dire, je connaissais le nom des acteurs (Darmon Balasko Bouchitey Lavant) et je savais "qu'il était question de boxe"... Dès les premiers plans du film le ton est donné : Balasko au bord d'une route, près d'une voiture accidentée, cheveux gris, visage nu, puis c'est au tour de Darmon qui apparaît, tout autant sans apparat, en train de s'habiller pour aller à un enterrement. Le poids des ans, le visage fermé, la solitude, la tristesse.
Pourtant, au départ, dans l'inconscient collectif cinéphilique, accoler ces deux noms en tête d'un générique (et on est content qu'ils soient en tête, ils le méritent), Balasko / Darmon, on pencherait plutôt pour un truc joyeux, qui va vous dérider les zygomatiques. un truc sympathique, qui vous caresse dans le sens du poil, qui va vous faire du bien... On les aime, ces deux-là, et ce qu'ils ont représenté jusqu'ici dans le cinéma français (pour lequel les scénaristes et les directeurs de casting manquent, on le sait, cruellement d'imagination). Donc on se dit que.
Mais là non, pas du tout. Du tout. Contrepied, contre-emploi. On est aux antipodes de ce qu'on imaginait. Josiane Balasko s'était déjà aventurée sur ce terrain au moins une fois, avec l'impressionnant (et très sombre) Cette femme-là, de Guillaume Nicloux, mais il s'agissait une initiative isolée, tandis que si on pense "Gérard Darmon" on pense automatiquement "comédie" (avec quand même quelques fleurons de la spécialité : La cité de la peur, bien sur, Astérix, Le coeur des hommes...). Mais là non.
Gérard Darmon est vraiment impressionnant dans un rôle très fermé (dans un film lui-même très fermé, à la limite de l'asphyxie). Il joue un vieux bonhomme qui décide, pour se faire un peu d'argent, de prendre part à des combats de boxe clandestins entre vieux ... Rien que cette idée est (pour moi) révoltante, et la voir matérialisée dans un sous-sol avec un Denis Lavant,tout en blanc, tonitruant en maître de cérémonie cynique face à un public de parieurs qui le sont tout autant, fait froid dans le dos. La mort rôde, surplombe, enveloppe, et le désespoir aussi.
Le film est d'une tristesse infinie, tout le temps ou presque, et c'est un peu dommage que le réalisateur (Franchin Don, sur lequel on sait très peu de choses, même allocinoche reste muet à son sujet) reste quasiment tout le temps sur cette note-là.
Question démoralisation, c'est réussi, on a le moral bien bien plus bas que les chaussettes à la fin (bien avant, même).

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25 août 2019

the kids are not allright

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RÊVES DE JEUNESSE
d'Alain Raoust

(Entregent, encore). Là c'est grâce à l'ACID que j'ai eu la chance -le privilège- de pouvoir profiter du lien pour visionner ce film sorti fin juillet (j'avoue que je n'y avais pas fait très attention), qui figurait dans la sélection ACID à Cannes 2019, et que je suis extrêmement content d'avoir vu.
Un très joli film, un film sensible, un film fragile aussi. En tout cas un film précieux. Un fil (conducteur) narratif ténu mais plus solide qu'il n'en a l'air. Qui tient bon.
Autour de la touchante Salomé Richard (qui nous avait déjà touchés, justement, il y a quelques années dans le beau Baden Baden de Rachel Lang) qui joue, justement, Salomé, une jeune fille peu bavarde qui démarre un job d'été dans une déchetterie un peu paumée (le qualificatif est valable pour les deux), - on comprend qu'elle revient dans un endroit qu'elle a quitté "avant"- va se mettre en place, se jouer (se nouer) un petit théâtre de l'intime et de l'affectif, de la mémoire et du presque rien,  par le biais des différents personnages qui vont s'y produire successivement, et que le réalisateur a -heureusement- l'intelligence de ne pas cantonner chacun(e) dans "sa" scène (de bravoure). Une jeune fille un peu excessive (Jessica) -un peu agaçante aussi-, qui l'amènera à croiser deux jeunes dragueurs qui jouent aux boules (et se feront éconduire), dont un des deux qui revient un peu plus tard et s'avère connaître Salomé, un cycliste suicidaire (le toujours excellent mais trop rare aussi Jacques Bonnafé, qui va impulser une très belle et très juste scène nocturne, sans doute une de mes préférées du film), les parents du jeune homme vont être comme les barreaux successifs de l'échelle qui va permettre à Salomé de sortir de là et de passer -enfin- à autre chose... Avec, en creux, au centre de l'histoire, la figure d'un absent dont l'évocation ne cesse d'irriguer le récit.
Oui un beau film simple, touchant, qui parle (souvent à voix basse mais de façon très juste) de jeunesse, d'amour, d'illusions, de révolte, mais, finalement, d'espoir aussi.

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18 août 2019

nous nous sommes tant aimés

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NUITS MAGIQUES
de Paolo Virzi

Le plaisir de voir un film italien (et de faire d'une pierre deux coups en prospectant pour la prochaine Semaine Italienne)... Un film ritalissime qui parle de (je devrais plutôt écrire qui parle parle parle de, tellement le film se joue, rythmiquement, question dialogues, entre allegretto et prestissimo) trois personnages (une jeune fille et deux jeunes hommes), d'amour, d'amitié, de cinéma, d'argent, et même de football (un running gag qui m'a bien fait rire), dans une comédie en plus (pas toujours extrêmement fine mais ça fait partie du plaisir, Les Nouveaux Monstres, pa exemple, en leur temps, n'étaient pas non plus  des parangons de subtilité si je me souviens bien) qui, pendant plus de deux heures, va nous trimbaler sans ménagement (ça tiendrait plutôt de l'ouragan) dans les coulisses du cinéma italien, du cinéma italien dit "de l'âge d'or", sur les basques de trois jeunes apprentis-scénaristes (qui viennent de gagner les trois premiers prix d'un concours de scénarii) et donc, poussinets frais éclos dans la basse-cour de l'industrie cinématographique, tout pleins d'illusions et d'énergie, mignons à croquer, et qui font leurs "premières armes" dans ce qui ressemble bien à un panier de vieux crabes, un marigot saumâtre où crapotent de vieux crocodiles qui font claper leurs vieilles machoires devant ces jeunes proies alléchantes. Rien de nouveau sous le soleil de Cinecitta, qui dit cinéma dit sexe et fric (et magouilles). Nous en aurons donc pour nos sous.
Le film est bâti comme un long flash-back (un producteur véreux a été retrouvé mort dans sa voiture dans le Tibre, avec une photo dans sa poche, sur laquelle figurent nos trois jouvenceaux, qui vont donc  raconter leur histoire à un commissaire). Les trois sont très différents : il y a le "bon élève" sage et sérieux avec ses petites lunettes, et le chien fou, qui parle cru et semble toujours avoir les doigts dans la prise, tandis qu'entre les deux la demoiselle semble être un concentré d'inhibitions et de mal-être qu'elle combat à grands coups d'éléments psychotropes divers.
J'ai beaucoup aimé ça, même si j'avais souvent conscience de ne pas être en possession de tous les éléments et toutes les références cinéphiliques requises (le réalisateur, qui se rappelle visiblement de son propre passé de jeune scénariste, mélange le vrai et le faux, donne de vrais noms, en invente d'autres, qui en suggèrent éventuellement d'autres encore et ce jeu de cherchez le vrai trouvez le faux est plutôt plaisant...)
Le film n'est pas daté précisément (le seul élément chronologique sûr étant le tournage de La voce della luna, de Federico Fellini - soit, merci allocinoche, 1990-, mais quel idiot je fais (pardonnez-moi), avec une autre datation, bien plus probante pour les footeux : la demi-finale de coupe du monde Argentine-Italie, 1990, wikipédioche merci!) mais Paolo Virzi confère à son récit une patine, une coloration "nostalgique" dans le traitement de l'image, avec un recours fréquent à de belles ambiances sépia nocturnes.
Cinéma, ambitions, illusions (désillusions aussi, bien sûr), millions de lires, vaffanculo,  c'est incontestable, on est en terrain connu, en pleine Italie certes mais surtout Italia cinematografica, où Virzi nous fait galoper aux basques de son trio jules et jimesque italiano  (un toscan, un sicilien et une romaine) sans jamais nous laisser le temps de reprendre notre souffle ou presque (on pourrait de temps en temps être proche de l'asphyxie...) mais on peut se dire que ce sont les sourires qui en tiendraient lieu.
Contrairement à ce qu'on aurait pu croire au tout début, il ne s'agit pas d'un polar (on s'en fiche un peu de savoir qui a fait le coup), il serait plutôt question d'une chronique affectueuse (et peut-être nostalgique de la part du réalisateur) mais particulièrement épicée. Savoureuse. Comment dire ? On a le conscience que le film n'est pas parfait (il est bordélique ça c'est sûr) mais, en même du temps du plaisir (coupable ?) qu'on y prend.
Ajoutez, pour faire bonne mesure,  une musique qui évoque celle d'un Nicola Piovani de la grande époque (mais qui est l'oeuvre du réalisateur), une Ornella Mutti que je n'ai reconnue qu'au générique de fin (les actrices aussi vieillissent...), et deux plans, me semble-t-il, du Voleur de Bicyclette, et la felicità est complète...

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14 août 2019

3/4 de whisky et 1/4 de porto

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GÉNÉALOGIES D'UN CRIME
de Raul Ruiz

J'avais un ticket ciné à utiliser jusqu'au 12, et au Victor Hugo j'avais le choix entre Mizoguchi et Ruiz (l'été, c'est rétrospectives) et donc ce fut ce film de 1997 (Lion d'Argent à Berlin). Il me semble l'avoir vu à l'époque et d'y avoir (déjà!) copieusement dormi... mais là, je n'en étais plus aussi sûr. Comme de bien entendu (les séances de 13h30 sont, à cet égard, mortelles) je n'ai pas été long à somnoler (digestivement) (heureusement Dominique m'a, d'un coup léger sur mon coude, ramené à la réalité). Le film vaut, déjà, par son casting : Catherine Deneuve trône en tête de casting, avec un double rôle, suivie par Michel Piccoli, Melvil Poupaud, Andrzej Sewerin, Monique Mélinand, mais aussi -bonheur!- Bernadette Lafont, sans oublier -surprise- Patrick Modiano (si si!) et -attendrissement- un tout jeune Mathieu Amalric... Tout ce joli monde a vingt ans de moins, et ça c'est très plaisant à voir, cette jouvence  (nous aussi, ai-je pensé alors, on avait ving ans de moins...).
L'histoire est très ruizienne : mettant d'abord en scène Solange, une avocate (Catherine Deneuve, blonde) répondant aux questions d'un homme (dans un dispositif qui évoque celui de Une belle fille comme moi, où  Bernadette Lafont raconte son histoire à André Dussolier en un gigantesque flash-back), qui décide de défendre un jeune homme (Melvil Poupaud) accusé d'avoir assassiné Jeanne, une femme dont elle va lire -et vivre- l'histoire, film dans le film (Catherine Deneuve, rouquine en foulard vert, craquante). Ça a l'air assez simple comme ça mais pas vraiment (on est chez Ruiz, tout de même, aidé par Pascal Bonitzer -qui joue aussi un petit rôle- au scénario).
Et les choses vont se compliquer lorsque va entrer en jeu un genre de société secrète (très rivettienne), et l'histoire devient à double voire triple fond, mêlant les différents niveaux de narration, on ne sait plus trop où on en est, d'autant que Ruiz semble s'amuser comme un petit fou en filmant (flous de mise au point par ci, filmage d'un scène en huis-clos en se baladant derrière chacun des éléments et accessoires du décor comme si s'y dissimulait un indice caché, par là, où encore plan fixe sur un personnage assis qui devient un travelling tournant, le réalisateur expérimente et manipule, et, bon, on perd encore plus pied (surtout quand on a dormi au début) à moins qu'on soit juste en train de perdre patience devant un récit abscons et tarabiscoté.
Mais le plaisir est tel de voir jouer ces actrices/teurs qu'on se laisse aller avec eux, de l'autre côté des miroirs sans tain. Deneuve et Lafont, magnifiques, recomposent leur duo de Zig Zig (Laszlo Szabo, 1974), et c'est un grand bonheur, Piccoli est égal à lui-même : superbe, et rien que ça produit des étincelles(cinéphiliques).
Une autre curiosité du film (pour les historiens) : il est "en francs", puisqu'il y sera beaucoup question d'argent, et les personnages, d'ailleurs, y font régulièrement allusion plusieurs fois dans leurs dialogues, en énonçant des prix de produits plus ou moins fantaisistes ("Quatre-vingt-trois francs pour deux cafés ?" s'étonne ainsi  Solange/Jeanne Deneuve à une terrasse, devant un garçon de café goguenard, qui cite Mallarmé).
Un voyage dans le temps recommandé aux cinéphiles nostalgiques (ce qui est sans doute un pléonasme).

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9 août 2019

en bonne soeur

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BUÑUEL APRES L'ÂGE D'OR
de Salvador Simo

Un film d'animation recommandé par Hervé. un film d'animation quasiment documentaire, qui parle de Luis Buñuel et de la façon dont il a tourné le documentaire Terre sans pain, au Mexique, après avoir été quasiment excommunié après le barouf provoqué par l'Âge d'or... (et surtout qu'on ne lui ait alors plus permis de tourner en France un des nombreux projets de films qu'il avait alors...)
Un documentaire pédagogique, pas trop didactique, plutôt plaisant à regarder, centré autour du personnage de Don Luis, qu'on a rarement eu l'occasion de voir représenté au cinéma, un joyeux drille, un bon surréaliste, tourmenté par des cauchemars récurrents (l'aspect peut-être le plus "lourd" du film) mettant en scène son papa...
Il va pouvoir tourner un documentaire (même si ça peut paraître étonnant pour ses admirateurs qu'un "maître du surréalisme" s'attelle à réaliser, justement, un documentaire) sur une région extrêmement déshéritée (et ses habitants, qui le sont tout autant...). Le parti-pris du réalisateur est intéressant, qui traite en animation presque tout le film, sauf les "vraies" images de cinéma (celles du "vrai" film Las Hurdes, ou Terre sans pain) qui sont celles dont on voit les conditions de tournage...
J'avais eu l'occasion (la chance) de voir ce film, ainsi que la quasi-intégralité de l'oeuvre du réalisateur, à Pontarlier, lors d'un festival où les films étaient présentés -chronologiquement, par Freddy Buache, alors directeur de la Cinémathèque de Lausanne (si mes souvenirs sont justes), il y a très longtemps, et j'avais trouvé ça (le film) plutôt dur...
Le réalisateur tire ici le récit clairement du côté de la comédie, faisant de Luis B. un genre de grand gamin, aussi obsessionnel que facétieux, avec ses lubies et son sens de la provoc'.
Sympathique, attachant, mais il manque un petit quelque chose au film pour réussir à me captiver complètement...

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7 août 2019

xingxing

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SO LONG, MY SON
de Wang Xiaoshuai

Ooooh, un film chinois de 3h et quelques... Je savais bien qu'après un repas (copieux) au Royal mes capacités de concentration et de restage éveillé seraient amoindries... Ca n'a pas loupé  mais ça n'a pas duré non plus. Sauf que c'était au début, dans la phase dite "de présentation des personnages" et donc que j'ai dû louper quelques éléments primordiaux pour la comprenette de l'histoire...
Un film chinois plutôt mélancolique (réaliste, en parlant de la vie en Chine ?) qui raconte, sur une trentaine d'années, l'histoire d'une famille "normale" (du moins au temps de la politique de "l'enfant unique") : maman (Liyun), papa (Yaojun), et fiston (Xingxing), qu'on va suivre pendant un peu plus de trois heures (avec, en plus, dans le déroulement du récit des sauts temporels, allers et retours, pas franchement indiqués (pas préciséments balisés, je voulais dire), et qui obligent à être très attentif -surtout quand on a fermé l'oeil pendant les premières minutes-).
Une famille, oui, mais aussi un groupe d'amis (j'adore les films qui racontent des histoires d'amitié qui durent pendant très longtemps) (deux autres couples) plus un joker, Moli, une demoiselle qui est aussi la maîtresse de Yaojun.
Oui, un film mélancolique (de plus en plus, même, d'ailleurs) car les années qui passent n'épargne(ro)nt pas les protagonistes (affectivement, familialement, professionnellement) : décès, maladies, déchirements, licenciements, crises, séparations et autres catastrophes naturelles et diverses... Et Jia Zhang Ke, par exemple,  nous l'a déjà montré à plusieurs reprises : en Chine, ça ne rigole pas...
Les deux interprètes principaux, qu'on suivra pendant toutes ces années et qu'on verra donc vieillir (ce qui peut constituer un écueil redoutable dans ce genre d'épopée au long cours temporel : le vieillissement à coup de postiches et de fausses rides peut vraiment s'avérer rédhibitoire -je pense par exemple à la scène finale de The Hours où tout le talent de Julianne Moore ne peut contrebalancer les effets fâcheux d'un maquillage lourdinguement raté- mais rien de tel ici) on les voit vieillir justement, simplement. Dignement.) sont les clés de voûte de ce récit polyphonique familial  (et ils ont d'ailleurs été doublement primés au Festival de Berlin -ce qu'ils méritaient-), et j'ai -mais c'est normal, vous me connaissez- un faible pour le personnage masculin, qui représente un père extrêmement émouvant (une des plus belles scènes du film, pour moi, est celle , justement, entre le père et le fils, au moment où celui-ci s'apprête à quitter la maison...)  et que j'aurais tendance à rapprocher, encore une fois, de ces autres pères de famille vus dans les films de Jia Zhang Ke (des pères touchants parce qu'imparfaits, et conscients de l'être, mais pleins d'amour et/ou d'empathie, des bons pères, quoi...).
Ce qui est drôle, c'est que, à la sortie, chacun avait sa version propre, à propos de ce fameux fils évoqué dans le titre (je ne veux pas en raconter plus pour ne pas gêner votre vision du film) mais je peux dire que ça bataillait ferme devant le cinéma, et ça argumentait, et chacun défendait sa vision et son interprétation (et il a tout de même fallu que je lise une critique -de Libé me semble-t-il- pour y trouver l'élément -primordial- qui nous faisait défaut à toutes/tous pour bien comprendre les choses (il n'y a, contrairement à ce que j'avais cru d'abord, absolument rien de fantastique...)
Un sacré beau film, à revoir avec attention (et après plusieurs cafés), quand nous le programmerons dans le bôô cinéma. car il le mérite.

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3 août 2019

baron samedi

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ZOMBI CHILD
de Bertrand Bonello

Bertrand Bonello m'avait ébloui avec Nocturama, après un St Laurent qui avait un peu tempéré mon enthousiasme, et je me demandais, pour ce nouveau film, dans quel sens la courbe allait s'infléchir.
Eh bien encore une magnifique surprise, question plaisir de spectateur, qui réussit quasiment à renouveler l'exploit de Nocturama. Un filmage rigoureux, élégant, référencé, politique. Plus d'une fois pendant le film j'ai soupiré d'aise intérieurement en me disant "Qu'est-ce que ce mec-là filme bien...". Pourtant ça n'était pas joué d'avance, sur le papier : Haïti, vaudou, et zombis par ici (mythologie(s) qui me laisse(nt) d'ordinaire plutôt de glace) et jeune filles en fleur, grande école et sororité par là, disons que je me rendais au film "par honnêteté", parce que je l'avais souhaité dans la programmation et qu'il était donc normal que le le voie, mais sans enthousiasme excessif...
Oui, une semaine après Les Particules, voilà encore une -très- belle surprise de cinéma.
Car j'ai jubilé pendant tout le film. A une (toute petite) réserve près, pour la presque fin (qui est peut-être trop ceci ou pas assez cela), le film tient du sans-faute cinématographique.
Deux histoires parallèles entrelacées, deux espaces-temps disjoints, Haïti 1962, et Paris, aujourd'hui. Clairvius Narcisse, un homme victime de zombification (au terme d'un rite vaudou sur la préparation duquel s'ouvre précisément le film) a été enterré (vivant-mort) puis déterré la nuit d'après (mort-vivant), et emmené  pour être utilisé comme esclave dans les plantations de canne à sucre (le fait-divers est authentique).
Tandis qu'à Paris nous voici dans la très sélect Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, un pensionnat de jeunes filles "méritantes" (C'est un genre très codifié que celui du film d'internat : dérivent alors à la surface de la mémoire cinéphile d'autres demoiselles au pensionnat (la nuit), celles de Picnic at Hanging Rock de Peter Weir, celles de Suspiria bien sûr, ou, plus périphériquement, celles de St-Cyr, de Patricia Mazuy).
Bâtiment imposant, chemises de nuit, déambulations nocturnes, cérémonies secrètes, le cahier des charges est respecté à la lettre (moderne) par Bertrand Bonello. Dans cette école quatre jeunes filles en observent une cinquième, nouvellement arrivée, afin de décider si elle est plutôt cool ou chelou, avant de l'accepter ou pas dans leur sororité. La cinquième c'est Mélissa, justement, d'origine haïtienne,  et dont on soupçonne tout de suite qu'elle n'est pas sans rapport avec la première histoire. Histoir que le réalisateur inclut dans la seconde à la façon d'une interpolation, les séquences sont montées très cut, et on passe toujours assez simplement (brutalement) de l'une à l'autre (le montage est aussi rigoureux qu'élégant). Rien que ce pavage iconique est bluffant. La façon dont les deux récits sont intiment liés l'un à l'autre. Et on se dit qu'il faudra savoir comment se termine la première histoire, pour pouvoir alors comprendre comment a commencé la seconde...
A noter que Bonello parle de zombi (et non de zombie), se référant ainsi clairement à un "cinéma des origines" (Tourneur) plutôt que dans la relecture gore et nauséeuse (et dégueulasse, le mot est mérité) qui en a été faite par la suite (et il est drôle de constater, d'ailleurs que la scène la plus violente du film provient d'un jeu que les adotes matent sur leur téléphone).
Jusqu'au fameux climax du film, où Bonello réunit enfin les fils (électriques) de ces histoires et provoque ainsi un genre de court-jus bien volté qui secoue la narration, le scénario (et le filmage) respectent délibérément une certaine volonté de "ne pas aller vite" (et donc de laisser au spectateur la possibilité de savourer chaque élément, la nuit américaine des scènes haïtiennes, les effets sonores, le sens des détails, la musique, et les morceaux de bravoure (l'enterrement de Clairvius vue de l'intérieur, la scène délicieuse où les donzelles fredonnent en direct live avec une apparente candeur  les horreurs "viriles" écrites par Damso, ou encore la première rencontre entre Fanny et la tante de Mélissa).
Comme il l'avait fait pour Nocturama, Bertrand Bonello a concocté un casting de débutantes absolument parfait : les quatre plus une sont d'une justesse, d'une simplicité, d'une "fraîcheur" (et d'une force aussi) que n'auraient pas reniées un Rohmer ou, par exemple, le Christian Vincent de Beau fixe (1992) : des jeunes filles "modernes", avec ce que cela suppose de douceur et de détermination...
Top 10 ?

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25 juillet 2019

mérou

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LES PARTICULES
de Blaise Harrison

Oh le beau film.
Une chronique franco-suisse (en pays de Gex) sur un groupe d'adolescents. Autour d'un personnage principal (joué par l'intriguant Thomas Daloz) au phrasé un peu étrange (ouaté), raccord avec l'attitude qui va avec, Pierre-Antoine  pour les "officiels" et P-A pour les autres (les potes). Le réalisateur est aussi directeur de casting, et n'a recruté pour son film que des locaux, non professionnels. Un film hivernal, sachant tirer parti des paysages locaux (c'est là que Blaise Harrison a passé son enfance) et notamment de la présence de la neige, bref un film humide, refroidissant, certes, mais surtout un film aux images magnifiques (le mot d'élégance m'est venu à plusieurs reprises).
Des ados comme les autres, sans doute, qui prennent le bus le matin, qui se marrent entre potes, qui draguouillent les filles avec autant de pcirconspection que de maladresse, qui mangent à la cantine, qui y chahutent, qui boivent de l'alcool, fument des pétards, bouffent des champignons, bref,qui expérimentent. En séquences qui s'enchaînent avec une certaine arythmie (les grincheux diront sûrement que c'est trop lent) qui provoque, et entretient, une belle fascination. Doublée d'un montage qui souvent accentue le déséquilibre entre les séquences (longueur des plans, ralenti soudain, flou de mise au point, utilisation de la musique) créant des genres de choc thermiques esthétiques.
Ce quotidien "normal", banal, ordinaire est comme souterrainement contaminé par le LHC, l'accélérateur de particules le plus puissant du monde (merci allocinoche) construit à 100m en-dessous du sol qu'ils arpentent (et d'une certaine façon, influe (peut-être) sur le déroulement de leurs petites histoires, en faisant glisser le film progressivement vers le fantastique, avec l'irruption (plastique) parfaitement réussie de séquences lumineuses,  abstraites, scientifiques, voire carrément psychédéliques, sans qu'on puisse jamais savoir s'il s'agit des visions du réalisateur ou celles de P-A, voire celles que le récit filmique aurait pu lui-même spontanément générer... Le réalisateur ne tranche jamais, et c'est très bien (et la dernière image est absolument magnifique).
On n'est jamais tout à fait sûr de ce qu'on est en train de voir, de ce qui se joue entre ces garçons et ces fille de leur âge (alors, pour ce qui est de comprendre...) ni sur quel pied on va danser, tant le réalisateur sait tirer chaque plan vers cette bonne vieille inquiétante étrangeté Das Unheimliche, qui me ravit toujours autant  quand elle est utilisée à bon escient (et, pour rester dans le psy, on peut aussi -merci France-Cu je viens de le découvrir à l'instant sur ta page, , en cherchant unheimlich, évoquer un autre concept qui s'applique parfaitement au film, celui de "complexe du homard", à propos de l'adolescence, théorisé par Françoise Dolto, fermons la parenthèse psy...)
Blaise Harrison est un jeune réalisateur, et ce premier long-métrage de fiction (il est déjà l'auteur de plusieurs documentaires) est d'autant plus marquant qu'il a su, en partant d'un sujet "bateau" (les ados) choisir un angle d'attaque singulier, et construire ainsi un  un bel objet de cinéma, extrêmement personnel, même si on peut parfois le rapprocher, même indirectement et parfois d'assez loin, de quelques aînés (Gus van Sant ont dit certains, Donnie Darko ont dit d'autres, moi j'ai plutôt pensé à It follows, mais sans zombie vengeur, juste rien que les ados entre eux...) en tout cas un film vraiment marquant.
Il y sera beaucoup question de lumière, d'éclairage (d'illuminations ?) sous beaucoup de formes différentes, mais avec à chaque fois ou presque la même part de mystère (et toujours la photo splendide de Colin Lévêque) qui vient donner corps (et âme) à un scénario qu'on pourrait qualifier de minimaliste..
Une sacrée belle surprise estivale, merci nous d'avoir pensé à le programmer!

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23 juillet 2019

états des lieux

(là-bas et ici)

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la future chambre

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chardons bleus

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en choisissant le canapé

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Chloé resplendit

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dans la cuisine

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dans la cour (merci Manue!)

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Catherine

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Catherine coupe Catherine

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déménageuses...

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la chambre, le premier soir (flou d'émotion)

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la cuisine, le premier matin

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Blanche-Neige

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Blanche-Neige

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les roses

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dans la cuisine

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le coeur en chardon

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la pause mille-feuilles

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les roses de là-bas dans l'évier d'ici

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Alex et la grande étagère

 

22 juillet 2019

dans la camionnette

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THE REPORTS ON SARAH AND SALEEM
de Muayad Alayan

Le genre de film qui donne envie de hurler tellement le déroulement des évènements est aussi inexorable que la progression d'un rouleau-compresseur. Entre U comme Ubu et K comme Kafka. un point de départ (presque) anodin (un adultère ) va enfler, enfler enfler jusqu'à atteindre quasiment la taille d'une explosion atomique. Parce qu'il est question d'une israélienne et d'un palestinien , parce qu'il se déroule entre Jérusalem-est et Jérusalem-ouest, et parce que, aussi, il faut bien le reconnaître, les mecs sont cons (ceux de là-bas autant que  ceux d'ici, c'est une condition universelle) et la fierté virile n'a jamais été bonne conseillère...
Car  Sarah a un mari, haut-gradé dans l'armée, et Saleem a une épouse, enceinte, et chacun des deux conjoints va, à sa façon, encore complexifier le sac d'embrouilles généré, vraisemblablement, par un troisième homme, (croisé dans un bar un soir à Bethléem, où Saleem avait insisté pour emmener Sarah), qui avait draguouillé Sarah au bar alors que Saleem l'avait laissé seule quelques instantspour aller téléphoner à sa légitime épouse, et qui n'avait pas apprécié de se faire rudoyer par Saleem au retour de celui-ci, et lui avait hargneusement promis qu'il le retrouverait.
Ce qu'il a visiblement réussi à faire puisque voilà Saleem en garde à vue, puis carrément en prison, avec une avocate décidée à le sauver, tandis qu'un agent de services spéciaux fait, au contraire, tout son possible pour l'enfoncer. Mensonges, faux témoignages, rapports bidons, interrogatoires, suspicions de n'importe quoi (là-bas on est très vite enclin à parler terrorisme, secrets d'état, espionnage, trahison) à partir de détails interprétés à tort et à travers. Où les erreurs d'interprétation s'ajoutent aux erreurs d'interprétation, les réactions malencontreuses aux réactions malencontreuses, pour emberlificoter de plus en plus un fil narratif dont on se demande par quel miracle il pourrait bien se dénouer.
A la sortie, avec Catherine, nous avons supposé que le film avait été réalisé par une femme, tellement, celles-ci ont, finalement, un bien plus beau rôle, chacune dans son registre (et la scène finale, reprise sur l'affiche, est très belle) que ces abrutis de bonhommes, mais il n'en est rien, Muayad Alayan est un réalisateur, et c'est encore plus à son honneur.
Un film stressant, qui m'aura bien fait soupirer, un poil trop long peut-être, mais efficace dans son propos de tenter de concilier l'inconciliable.

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19 juillet 2019

nihilisme joyeux

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LA FEMME DE MON FRERE
de Monia Chokri

J'avais des échos plutôt enthousiastes et positifs, avec, en plus, la pression de Loulou m'écrivant qu'elle "attendait ma critique"... Et me voilà donc à 13h30 dans la salle 3 du Victor Hugo (la petite), après un bon repas au Royal, direction le Québec, enfin, le Canada, Montréal, ses habitants sympatsiques et son langage fleuri pour ce film dont tout le monde, visiblement, a du mal à se rappeler du titre (c'était rigolo d'entendre les diverses propositions des spectateurs à la caissière...).
Le film est bavard, très bavard, à tel point que parfois on a le sentiment de friser l'overdose (le running gag des choix idiots genre Préfèrerais-tu... entre le frère et la soeur). Car frère et soeur il y a : Sophia (récemment doctorée pour une thèse à propos de Gramsci) et Karim (psy me semble-t-il), dont on met un certain temps, justement, à comprendre qu'ils ne sont que frère et soeur, tant leur couple semble être fusionnel. Sophia n'a pas de job, pas d'appart, pas d'amant, et, au début du film, elle est pourtant enceinte et souhaite (une nouvelle fois) se faire avorter. C'est lors de cette consultation avec sa gynéco que Karim, qui l'a accompagnée, va tomber amoureux d'Eloise, justement, la gynéco (et blonde) en question...
Et après, hélas, je suis confus, je suis désolé, je suis contrit, je bas ma coulpe, en un mot comme en cent je me suis un peu endormi. Pendant un kriss caliss tabarnak de moment (vous savez, vous voyez une scène, puis quand vous ouvrez l'oeil pour ce que vous pensez être la suivante, vous réalisez tiens! qu'ils étaient fermés et donc que vous avez dormi), et donc je n'ai pas tout vu du film et donc je ne peux pas tout à fait le critiquer (sauf sur ce que j'ai vu quand j'avais les yeux ouverts bien sûr).
La solution étant, évidemment, que nous le programmions dans un avenir proche (fin-août début septembre) dans le bôô cinéma...

(un blanc)

en plus du temps à passé (9 jours, mais vous ne pouvez pas le savoir donc il faut bien que je le matérialise) où j'ai été très occupé à déménager ce qui fait que j'ai un peu perdu le fil (désolé Loulou) je me souviens juste que j'ai trouvé le film très (trop) dense, et que la demoiselle, Sophia, est quand même un peu agaçante (mais j'essaierai de faire mieux quand on le programmera dans le bôô cinéma, promis!).

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9 juillet 2019

mecarõs

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LE CHANT DE LA FORÊT
de João Salaviza & Renée Nader Messora

J'avoue je me sens doublement coupable : d'avoir d'abord, dans un premier temps assez copieusement dormi, puis, dans un second, de m'être un peu ennuyé. J'avoue également que le cinéma dit "ethno" ne me passionne pas vraiment. Là on y est en plein, une vraie tribu d'indiens d'Amazonie (quasiment un seul nom de famille pour tous les protagonistes au générique) où chacun joue son propre rôle, son "vrai" rôle, celui de sa vie quoi. Et où la caméra semble être une observatrice discrète. La présence de la nature est puissante, le film s'ouvrira et se refermera au chant des oiseaux. A cette vie quotidienne de chacun des habitants du village a été ajoutée une légère ligne fictionnelle : le jeune héros, Ihjãc, démarre le film auprès d'une cascade (là où il le terminera aussi, d'ailleurs) au milieu de la forêt, où il entend la voix de son père défunt qui lui conseille de penser bientôt à sa cérémonie funéraire, pour qu'il puisse quitter la terre et rejoindre le village des morts. Cérémonie qui aura lieu vers la presque fin du film (et dont je me suis dit qu'elle aurait pu, tout de même, avoir lieu un peu plus tôt...).
Bon, ne tournons pas autour du tronc pendant des siècles, je ne suis pas rentré dans le film, voilà. (Il y a, je dois le reconnaître, des scènes absolument splendides, avec des "épuisements de plans" comme je les aime, et d'autres que j'ai trouvées, hélas, un peu interminables.) Je n'étais sûrement pas dans les bonnes dispositions. Ca arrive...

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8 juillet 2019

tout s'est bien passé

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ETRE VIVANT ET LE SAVOIR
d'Alain Cavalier

Un beau titre pour un beau film. C'est moi qui l'avais souhaité dans la programmation, et donc il était normal que je m'y retrouve dès la première séance. Moins normal que j'y fusse (?) tout seul mais bon, finalement, je trouve ça plutôt agréable que d'avoir la salle rien que pour moi... Le plaisir de retrouver le filmeur Alain Cavalier, toujours avec à la main sa petite caméra, qui revient régulièrement nous donner de ses nouvelles, sous forme de journal mi-filmé, mi-parlé, mi-écrit (oui je sais ça fait trois moitiés, mais ça montre juste l'extrême richesse de ce cinema -a priori- povera et toc), récemment (2014) ce fut Cavalier Express et Le paradis (les Six Portraits XL (2018) ou l'excellentissime Pater (2011) ne relevant pas tout à fait de la même veine.)
Ce dernier opus parle, frontalement, de maladie. De cancer, et de mort. Cancer d'une amie que Cavalier visite au début du film, cancer du père d'Emmanuèle Bernheim évoquée par elle dans son livre Tout s'est bien passé, puis cancer d'Emmanuèle Berheim elle-même, qui empêchera l'adaptation en film du livre en question, envisagé par Alain Cavalier avec Emmanèle dans son propre rôle et lui dans le rôle de son père. Un film qui parle beaucoup de mort mais qui, dans le même mouvement (on pourrait parler de réflexion), parle aussi, justement, beaucoup de la vie. Tout autant.
Emmanuèle B. et Alain C. sont amis depuis très longtemps, mais continuent de se vouvoyer. Par jeu. Et le film sera donc mont(r)é comme une forme de jeu. un dialogue, un échange. Où l'on entraperçoit l'espace intime de chacun(e) des interlocuteurs. Une oeuvre riche et exigeante, à la fois simple et complexe, à mi-chemin entre la vanité et le cabinet de curiosités.
Une toupie, des barres chocolatées, une bougie, un pigeon, un christ (plusieurs, en fait), une vieille photo en noir et blanc, une perfusion, des courges butternut (beaucoup), des pages de livres, et d'autres de carnet, un escargot... Cavalier filme le réel, le quotidien, l'ordinaire (l'infra-ordinaire écrivait Perec), et c'est juste bouleversant. Il filme la vie à l'oeuvre, et la mort à l'oeuvre aussi, doucement, simplement, comme on chuchote, sans pathos. Le film parle d'un film en train de se faire, ou qui aurait pu se faire, comme le faisait Pater. Mais il parle surtout de la mort, avec une gravité douce mais indéniable. L'évidence de la mort et le fait de l'accepter. Tout se fera en off. Ce qu'on ne voit pas, et ce donc qu'on ne peut appréhender.

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6 juillet 2019

QV

Merci merci à Libé de prêcher pour ma paroisse et d'abonder dans mon sens en publiant cette jolie (floue mais quand même reconnaissable, isn't'it?) QV en une de ce Libé des photographes...

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(il y en a même une autre à l'intérieur, aussie floue, mais tout de même aussi reconnaissable)...

Libérons les quéquettes!

7 juillet 2019

be, bop et lula

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TOY STORY 4
de Josh Cooley

C'est rien de dire que la Fête du Cinéma ne provoque plus chez moi le même engouement que par le passé... Là j'ai carrément attendu le dernier jour et presque la dernière séance pour (me précipiter mollement) aller voir ce film qui me faisait de l'oeil (en plus comme les n° 1, 2, et 3 passent quasiment en boucle à la télè (comme on dit par ici), il était donc normal que je voie ce 4 (et je crois d'ailleurs que c'est le premier de la série que je vois au cinéma, rendez-vous compte!)
pPour les aficionados, on retrouve toute la bande de jouets (au moins au début) Woody le cow-boy, Buzz le cosmonaute et Bo la bergère (une femme qui en a, on le verra dans la suite du film, et judicieusement doublée par Audrey Fleurot, la seule voix que j'ai reconnue "tout seul" -je savais que l'oiseau et le lapin moches de la fête foraine étaient doublés par Jamel Debbouze et Franck Gastambide, j'étais tombé sur un reportage promo) et tous les comparses (Mr Patate, Rex le tyrannosaure, le chien à ressort, etc.) avec quelques nouveaux arrivants, plus ou moins aimables (la poupée de chiffon de Molly, qui veut jouer la maîtresse du placard)...
La première scène se déroule "neuf ans auparavant", pour nous (re)mettre dans l'ambiance et nous rafraîchir les idées, puis "le temps a passé" et voilà que tous les jouets (ou presque) ont été transmis à la jeune Molly, qui doit faire sa "pré-rentrée" à la maternelle (aux States on parle de journée de sensibilisation), journée dont elle va rapporter, dans son sac, un jouet qu'elle a fabriqué avec de la récup, nommé Fourchette (Forky pour les anglophiles) et c'est en effet, une fourchette en plastoche blanc qu'elle a customisée (à la façon maternelle, celles ceux qui sont passés par là saisiront l'allusion : cure-pipe, pâte à modeler, bâton de glace, yeux adhésifs) humanisée plutôt, et cette Fourchette va causer bien du souci à Woody dans le rôle de chaperon qu'il s'est fixé (alors que personne ne lui avait rien demandé).
Et c'est le début d'une nouvelle aventure, et on est content de voir que les scénaristes, pour ce quatrième opus, ont su broder sur le motif tout en introduisant pourtant pas mal de choses nouvelles dans le scénario (c'est vraiment très très malin). Beaucoup d'émotion(s), de sentiments (l'amitié, l'amour, la fidélité, l'abandon, la jalousie, etc.), et toujours cette intelligence dans l'écriture qui permet à chacun, quelque soit son âge, d'y trouver son compte. Sans compter -pour les plus grands- quelques clins d'oeil cinéphiles judicieux qui viennent encore en rajouter à notre plaisir de spectateur. (Par exemple, à l'entrée dans le magazin d'antiquités, ce ne sont pas les bambins de 4 ans qui pourront réaliser que la musique jouée sur le tourne-disques (d'époque), à ce moment, Midnight with the stars and you..., est celle qu'on entend tout à la fin de Shining, quand on voit la photo avec Jack Nicholson dessus, et donc je savais avec quelques secondes d'avance que quelque chose de pas bien allait arriver...). Avec des méchants plutôt réussis (une poupée à la voix douce -trop douce pour être honnête, doublée par Angèle-, et surtout -surtout- des pantins de ventriloque (ou plutôt un pantin de ventriloque dupliqué en plusieurs exemplaires) bien flippants -du genre à vous traumatiser quand vous êtes petit, non ?- ca m'a rappelé plusieurs histoires du genre (Magic, de Richard Attenborough, et le dernier sketch du film Au coeur de la nuit, bien flippant lui aussi).

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Mais, vous vous en doutez bien tout ça va bien se terminer pour tout le monde (comment pourrait-il en être autrement, hein ?) Conflit(s) résolu(s), retrouvailles, embrassades, mais aussi (eh eh) hésitations, décisions, séparations, et, sur une ultime étreinte virile (!) la boucle est bouclée (il est souvent question de départ dans chacune des histoires de Toy Story).
Donc, un sans-faute ou peu s'en faut, pour ce quatrième opus (dont la rumeur web dit qu'il avait été écrit avant le 3), puisqu'en plus (bonheur!) le réalisateur n'a pas forcé sur l'enrobage musical façon pic de glycémie qui enrobe en général les productions Disney et nous englue, tout aussi en général, nos pauvres oreilles de spectateurs adultes : ici, dans la VF c'est Charlélie Couture qui a traduit les deux (petites) chansons (courtes) qu'on entend dans le film (signées Randy Newman dans la version originale) ce qui donc ne gache rien au plaisir, bien au contraire.

Comme souvent chez Pixar / Disney, une campagne publicitaire façon rouleau-compresseur, aussi efficace que jubilatoire

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photo de groupe

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les héros

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... et les nouveaux

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des plus grands...

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... à la plus petite!

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j'ai gardé celle-ci pour la fin, qui pourrait bien ressembler à un ultime spoil...

4 juillet 2019

samedi à rencontres et racines (2)

(appareil-photo)

plus il y a de gens, plus il fait chaud, et plus on voit de JGTN*, c'est mathématique!

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en arrivant...

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sécurité

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Lombre

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premier rang

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rafraîchissement

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soif

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public (Komorebi)

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trop trop de monde là

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et là beaucoup aussi

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et là donc...

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Reco Reco réglages

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en attendant le concert

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Nasser réglages

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Nasser réglages encore

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Nasser suite

*(Jeunes Gens Torse-Nu)

16 juin 2021

CMFUBJ 65

(oups il y a eu un raté...)

, Bachar Mar Khalifé fait le beau au Studio Harcourt (c'est Téléramuche qui régale) et bon j'avais les larmes aux yeux à la fin...

Capture d’écran (2402)

*

J'avais envie d'araignée, mais je n'osais pas demander directement au boucher et j'ai juste dit "quels morceaux intéressants avez-vous ?" il a commencé à les passer en revue : faux-filet, rumsteack, araignée... et j'ai dit stop! araignée pour moi. Il m'a expliqué qu'il n'y avait qu'une seule araignée (250g) par demi-boeuf (200kg) ce qui fait qu'ils n'en avaient pas souvent...

*

rêve de cette nuit :
je me souviens tout à coup que j'ai pris une chambre dans un hôtel, que j'y ai mis mes affaires, mais que je n'y suis pas allé depuis trois, il faudrait donc que j'y passe pour régler l'addition... quand j'arrive, avec un vélo à la main, la réception est bondée (principalement des femmes) qui viennent aussi pour régler leur note, il faut donc que j'aille me placer au bout de la file d'attente, mais, déjà, il faudrait que j'arrive à trouver un coin pour poser mon vélo...

*

Marie retournait au cinéma pour la première fois et je l'ai accompagnée dans le bôô cinéma cet aprèm' pour voir (enfin) le beau film de Chloé Zhao, NOMADLAND (post suivra)

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*

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je trouve cette jeune fille jolie (Suzanne Lindon) ey je trouve aussi joli ce qu'elle dit :

"Je n’ai pas d’animaux, je n’ai pas d’amoureux, je n’ai pas d’allergie, je n’ai aucun produit de maquillage chez moi, je n’ai pas d’interphone, je ne sais pas me servir d’un tire-bouchon, je ne sais pas boire de l’alcool, je ne sais pas fumer, je ne sais pas mentir.» Quand, la dernière fois ? «J’ai menti à propos d’un garçon en répondant à des amis qu’il ne m’intéressait pas du tout. J’étais ennuyée car je n’étais pas certaine qu’il ne m’entendait pas. Il faut que je trouve un moyen de lui dire l’inverse." (fin de son portrait dans Libé)

*

"N'oubliez pas de lui river la gliture, sinon, il bourjoufle."
(Nikita Mandryka)

concmasqué

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Hommage à celui de qui je tiens le mot "bourjoufle" qui enchanta toute ma jeunesse
(Nikita Mandryka, mort le 13 juin à l'âge de 80 ans)

 

24 juin 2019

une tuerie!

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LE DAIM
de Quentin Dupieux

Premier jour, première séance : on était deux dans la salle 1 (la plus pitite du bôô cinéma). Dupieux, c'est un cinéma qu'on peut qualifier "d'à part", on a passé presque tous ses films, je les ai à peu près tous vus, mais j'avoue que je trouve ça un peu... inégal. Certains que j'ai adorés (Rubber, Realité) et d'autre moins (Wrong, Wrong cops, et même Au poste!). Ici jedois dire je serais plutôt dans le d'autres moins...
Et pourtant.
Pourtant le film est plus "sage" dans sa narration (et sa ligne directrice) que dans les autres films dupieusiens. (Bien que le pitch en soit tout à fait aussi zinzin). Un homme, donc, Georges (Jean Dujardin, excellent) achète (à prix d'or) un blouson en daim véritable, avec des franges et tout (dont pas une ne manque) et se voit en même temps  offrir un camescope par le vendeur ; il entreprend donc de filmer son histoire. D'une pierre deux coups. La montagne (on est dans la vallée d'Aspe), lui-même, et le blouson. Il dialogue d'ailleurs avec son blouson, enfin c'est lui qui parle, il fait les deux voix, comme si c'était le blouson qui lui répondait, et décide assez vite  (du coup) de devenir le seul porteur de blouson sur terre, vaste et ambitieux projet. Et donc, aussi, de faire un film il a d'ailleurs le look et la barbe de Dupieux). Et voilà qu'il rencontre une jeune fille, Denise, (Adèle Haenel, parfaite comme d'hab'), serveuse dans un bar pas très loin de l'hôtel où il s'est installé (et monteuse "en amateur"), avec qui il va sympathiser qui va entrer dans son délire et même l'épauler dans son entreprise.
Chromatiquement, le film, est déjà, "à part". Un traitement de l'image façon délavée (un étalonnage qu'on peut qualifier de Dupieusien) fait du Daim un film à la fois présent et passé (aux couleurs passées), dont on ne sait  d'ailleurs pas vraiment quand il se passe, et qui, déjà, nous projette dans un réel pas tout à fait aussi réel que le vrai réel. Et de la façon dont un homme (Georges) va progressivement s'en détacher, au fur et à mesure qu'il se constitue sa panoplie 100% daim.
On est attentif(s), on rit même de temps en temps (à deux c'est plus difficile de rire qu'à davantage, mais ça m'amusait d'entendre mon voisin glousser), mais on est un peu inquiet quand même. On est un peu inquiet. La folie de Georges (et la façon progressive qu'elle a d'envahir complètement le film, de le contaminer) est pourtant traitée "sobrement" (sans effet, surtout pour un film de Dupieux), suivant une certaine logique interne plutôt "réaliste" (dans le contexte de ce récit-là, je précise). Mais, d'une certaine façon, Le daim est, pour moi, aussi terrifiant que Tremblements, vu la veille, même si pas du tout pour les mêmes raisons (ni par les mêmes moyens). Peut-être juste par le fait  que le film traite cliniquement d'un cas de folie. oui, c'est peut-être juste la folie qui m'a fichu la trouille. Et le peu de moyens dont on discpose pour aller contre.
Mais j'ai vraiment adoré la fin. Qui ne prend pas de gants. Ni ne s'embarrasse de quelque sentimentalisme que ce soit. Bam! Et, reste, encore une fois, dans la logique du film. Oui, Quentin Dupieux a la bonne idée de ne pas s'éterniser, et ça rend la chose encore plus frappante.
"On est bien chez Dupieux, mais quelque chose de légèrement poisseux et dépressif fait de ce Daim un film un peu à part dans la filmographie du cinéaste." (Les Cahiaîs) (avec qui, tiens, je suis d'accord une fois n'est pas coutume)

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8 juin 2019

l'odeur des pauvres

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PARASITE
de Bong Joon Ho

Bon, j'avais tout mélangé. Ou compris ce qui m'arrangeait. J'ai cru qu'après The Host, avec un titre pareil, Bong Joon Ho avait (re)fait un film d'extraterrestre (ou un critique aura dû mal s'exprimer). Donc j'ai attendu pendant un certain temps le fameux monstre extra-terrestre en question. Pour des prunes (du sirop de prunes, même). En vain, car point d'E-T ici ne poindra.
(Encore que.) (hihi).
Quelle histoire !  Quel film! Je n'avais voulu lire aucune crique, mais j'avais aussi compris qu'il était question de familles, et de riches et de pauvres (ouf, sur ces points, j'avais bien compris...) Ca commence sur un plan de vieilles chaussettes qui sèchent, un entresol où s'entassent les "pauvres", le fils, la fille, la mère et le père (c'est dans cet ordre je crois qu'on les découvrira), engagés, dans la première scène à la chasse au "saint wifi", puis, on le comprendra très vite ensuite à la chasse au fric, simplement. Une famille de pauvres démerdards et (immédiatement) sympathiques.
Par l'entremise d'un copain du fils, ils vont avoir l'opportunité (le mot est ici justifié, Hervé, isn't it ?) d'entrer en contact avec une famille de composition équivalente (maman, papa, grande soeur, petit frère) mais d'un tout autre rang social (et statut financier), des gens riches, dans une splendide maison de riches, quoi, puisque s'ajoutent (se greffent) à ladite cellule familiale les gens de maison : une gouvernante, un chauffeur, et un professeur d'anglais "à domicile". C'est à ce titre que le fils va entrer, le premier, dans la maison magnifique de la famille riche, sur la recommandation de son copain étudiant (qui y exerçait la même fonction mais a dû partir à l'étranger, et a donc proposé ce rôle à son pote, le chargeant de "surveiller" la jeune fille, le temps qu'il puisse la demander en mariage lorsqu'il rentrera...) Le fils trouvant le boulot plaisant (et gratifiant) va vite trouver un stratagème pour y faire entrer sa soeur, qui va à son tour trouver un moyen de faire entrer le père, qui va faire la même chose pour la mère. Prof d'anglais, art-thérapeute, chauffeur, gouvernante, les voilà tous les quatre désormais dans la place. Qu'on retrouvera en train de se saoûler paisiblement et familialement la gueule au whisky (qu'on soupçonne hors d'âge et hors de prix) dans le gigantesque salon de la famille riche (qui est sortie pour fêter l'anniversaire du petit -et remuant- dernier.). A ce moment-là (ce qu'on pourrait nommer "fin de la première partie") je me suis demandé qu'est-ce qui allait bien pouvoir se passer, quel rebondissement, et quoi de neuf sous le soleil coréen allait bien pouvoir venir éclairer cette plaisante histoire de -effectivement- parasitage.
J'étais loin de me douter...
Jusque là on a souri, on s'es attaché, on s'est réjoui devant la mise en place de ce siphonnage familial (les gentils pauvres démerdards et les riches gentils aussi  trop pleins de morgues -et de pépettes-.)
Car c'est là que le film (re)démarre, "vraiment", pour une (autre) histoire qu'on n'avait pas du tout vu venir, pas forcément aussi réjouissante (quoique), et bam bam bam! (j'adore cette onomatopée), ne va plus s'arrêter, plus vous lâcher, plus vous laisser le temps de prendre votre respiration. Le scénario est... diabolique, et  plus une seconde de répit ne vous sera accordée, ni le temps de rêvasser ou penser à autre chose... Parasite est un film directement politique (et politiquement direct). Puissamment, aussi. (j'aurais pu ajouter quelques autres adverbes). Un film "grand public" (en tout cas, pour une Palme, et il faut encore saluer Monsieur Iñarittu pour la qualité de son palmarès Cannois 2019), mais ni bourrin ni benêt ni racoleur ni putassier, zigzaguant (de plus en plus) entre violence et (oui) tendresse. (je vous recommande tout particulièrement la scène -grandiose- dite "de l'anniversaire dans le jardin" qui en constitue en quel).que sorte l'acmé, le point d'orgue, l'apocalypse.) Je ne veux pas en dire plus, je ne voudrais pas gâcher une miette de votre plaisir de spectateur.
Un film étourdissant, éblouissant, dont on sort complètement entourné, chaviré, tourneboulé. Oui, un film politique en costume de thriller qui, comme les personnages du film, sait parfaitement tromper son monde... Un film contondant (comme les personnages du film, encore une fois), dont le spectateur lambda ne sortira pas indemne. Frappant, dans un maximum de sens (et de manières) du terme. Ca fait souvent mal, mais ça fait du bien (pour le film).
A près Memories of murder, The Host, Mother, Snowpiercer, le réalisateur coréen s'en tire une nouvelle fois (très) haut la main (et on ne peut rêver que de réussir à voir un jour Okja...) et la (suprême) récompense Cannoise obtenue est à la hauteur, non seulement de l'intelligence du film, mais tout autant du bonheur de spectateur qu'il génère.
La vie, c'est comme des vieilles chaussettes qui sèchent...

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5 juin 2019

Plátanos y plátanos*

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LA FLOR Partie 3
de Mariano Llinás

Enfin! Quand même! Pas trop tôt! J'en frétillais quasiment de joie et d'impatience, avec les copines Catherine et Marie, c'était notre troisième épisode de La flor qui s'annonçait, tandis que Dominique, elle, était venue se joindre à nous pour la première fois, en prenant le train en route (elle a une vie trépidante et très remplie).

On attaque, donc de but en blanc, avec l'histoire des espionnes, Partie 3 Episode 3, la suite, à Bruxelles, on retrouve Schneider au téléphone avec Casterman (on les connaît déjà), en français, puis deux mecs qui s'engueulent dans une voiture et qui parlent aussi en français (on les a aperçus de loin au début du même épisode), puis retour en Amérique du sud, où, là aussi, ça parle français (ce qui m'a fait craindre l'espace d'un instant qu'on ne nous ait refourgué une VF, mais non non, pour l'histoire de l'espionne 3 (celle dite "des assassins"), la voix-off est bien argentine (les voix-off d'ailleurs, la masculine et la féminine), et ouf! on se cale donc avec jubilation dans ses charentaises narratives made in argentina et on reprend ses marques dans le récit, ou on essaie, tout du moins, et  on aura ensuite l'histoire de l'espionne 4 (dite "et de Boris"), mais en tournant toujours autour du moment où nos quatre héroïnes sont sur le point de se faire exécuter par les quatre autres, dans cet aéro-club où elles se tiennent depuis le début de l'épisode, quand même. Règlement de comptes à OK Corral, ou presque.

Et pfuit! au bout d'un certain temps, et sur une image qui réunit nos quatre héroïnes chacune face caméra avec un gros flingue (et bam bam bam bam) on passe -radicalement- à autre chose. Episode 4 (au générique duquel on s'aperçoit, si on est un chouïa attentif, que la bande des quatre (actrices) va intervenir plusieurs fois dans la distribution de cet épisode-ci. Des arbres. C'est comme ça que ça commence. Des arbres qu'on voit en plan d'ensemble tandis qu'une voix-off nous les présente (mais on ne comprend pas immédiatement qu'il s'agit d'eux) comme des "vieux voisins méchants"... Cet épisode-ci, dans le descriptif fourni par le distributeur,  est censé être "une mise en abyme" du cinéma... Effectivement on se retrouve en plein milieu d'un tournage, et on y voit effectivement à l'oeuvre un metteur en scène (qui ressemble furieusement à celui de La Flor) aux prises avec ses quatre actrices principales (ressemblant furieusement à celles de La flor), à un moment critique (et paroxystique) du film qu'il a mis en chantier depuis 6 ans déjà, moment où il se demande s'il ne vaudrait pas mieux continuer en filmant des arbres plutôt que ces brujas (sorcières), auxquelles il doit justement présenter ce jour la nouvelle productrice associée, en espérant que la rencontre va bien se passer. Comme le réalisateur de La Flor (mais bon c'est un peu lui, quand même hein) il tient un journal, un carnet dans lequel on le voit régulièrement écrire "en live" (c'est toujours beau pour moi de voir quelqu'un écrire dans un film).

"Effectivement", dans le (jubilatoire) plan-séquence suivant, on ne voit plus les actrices, mais le réalisateur et sa mâle équipe en repérages (et en tournage) au milieu des arbres (mais il sera aussi pas mal question de bananes), avec une histoire qui se joue en avant-scène et une autre en arrière plan,  et j'ai trouvé ça "conceptuellement" très drôle. Puis on reste dans les arbres (des journées entières, hihi) avec plusieurs scènes arboricolement aussi plaisantes que barrées, une avec des têtes de créatures qui semblent espionner l'équipe depuis les troncs, , et une autre (que j'ai trouvée magnifique) avec un arbre à fleurs roses qu'il est difficile, sinon impossible, de filmer correctement (qui s'appelle le lapacho). Où le réalisateur invente la poudre en réalisant qu'on filme mieux un arbre avec un personnage à côté... Mais parallèlement à ce tournage dans le tournage, (et à ces considérations cinématographico-godardiennes ou je ne sais qui) la fiction fictionnante se repointe, avec une femme mystérieuse qui concocte des brouets fumants tout aussi mystérieux, un scientifique qui vient étudier un phénomène mystérieux, quelques sorcières qui prennent mystérieusement la mouche (dont une qui s'envole), une voiture qui tombe mystérieusement en panne (et qu'on retrouvera mystérieusement je ne vous dis pas où, mais vous ne pourrez pas la louper, c'est la dernière image de l'épisode, juste avant le CONTINUARA désormais de rigueur...) Que de mystères que de mystères (et on n'est visiblement pas au bout de nos peines...)

Encore une fois on est dans ce bain de cinéma comme des petits poissons joyeux et frétillants, on était de toute façon déjà conquis d'avance avant de rentrer dans la salle, et quand ça se rallume, on est comme les gosses, on voudrait déjà être à la semaine prochaine!...

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* platanes et bananes, si señor!

27 mai 2019

never talk to strangers

105
SIBYL
de Justine Triet

Et un troisième film de Cannes quasiment en temps réel dans le bôô cinéma, hop! Justine Triet, dont j'avais été impressionné par le culot du premier long, La Bataille de Solférino (avec Vincent Macaignechounet d'amour, même s'il n'y jouait pas un personnage très plaisant). Virginie Efira était déjà dans le deuxième (Victoria) où elle interprétait  déjà le rôle-titre, mais il me semble que le film ne m'avait pas entièrement convaincu (peut-être à cause de Vincent Lacoste). Et la revoilà donc -toujours aussi magnifique- (Virginie Efira), à nouveau dans le rôle-titre, aux côtés cette fois d'Adèle Exarchopoulos, de Laure Calamy, de Sandra Huller (l'actrice de Toni Erdmann) pour les dames, et, côté garçons, de Gaspard Ulliel, de Niels Schneider, de Paul Hamy, d'Arthur Harari, tous déjà aimé(e)s auparavant dans un film ou dans un autre, donc autant dire qu'on est dans de beaux draps (de très beaux draps, même).
C'est l'histoire de Sibyl une écrivaine qui est devenue psy, mais qui voudrait se remettre à écrire, et commence un roman avec l'aide -involontaire-, de Margot, une jeune fille paumée qui vient, justement, un soir à l'improviste, demander son aide, une jeune actrice, enceinte d'un acteur, avec lequel elle est en train de jouer dans un film dont la réalisatrice n'est autre que la maîtresse dudit acteur. La jeune Margot se demande si elle va garder l'enfant ou pas. Sibyl va se plonger dans son histoire et la faire devenir sienne.
Ce qui impressionne, d'abord, c'est la matière du film ("l'étoffe dont les rêves sont faits" dirait Shakespeare), la façon dont c'est fait, dont les événements les souvenirs (et les regrets aussi) sont tissés ensemble (le montage est virtuose), assemblés en une sorte de paysage mental (ce qu'on fait, ce qu'on a fait, ce qu'on voudrait faire, ce qu'on ne peut pas faire...), conçu autant comme  un trajet qu'un voyage immobile (comme le film sait louvoyer entre drame et comédie, ou, mieux, figuration et abstraction). Une tapisserie très moderne (contemporaine), et, en même temps, usant de thèmes furieusement romanesques, au service d'une narration complexe (mais, finalement, pas tant que ça) celle de l'histoire de Sibyl comme chatoyante toile de fond, dans laquelle seraient inclus (enchassés) une multitude de fragments narratifs mémoriels ou oniriques (les détails, les images qui reviennent dans la tête) en éclats de miroirs, parfois polis, parfois tranchants.
J'ai toujours eu un gros faible pour les films avec un film dans le film, et voilà donc une seconde raison pour moi de m'enticher de Sibyl (plus j'y pense, plus je me dis que le choix de ce prénom est tout sauf anodin). Le film du film s'appelle Never talk to strangers, semble être l'histoire d'une rencontre amoureuse entre un homme et une femme ("Boy meets girl" dirait Hitchcock) et semble aussi passionné/passionnel que celui qui est en train de se jouer "en vrai" entre les différents protagonistes (car le scénario, astucieux, va faire en sorte que Sibyl  se retrouve parachutée en plein tournage (qui a lieu, tiens tiens, sur l'ile-volcan de Stromboli, qui abrita déjà par le passé de somptueuses (et sulfureuses) passions cinématographiques) et va devoir endosser plusieurs rôles consécutifs.
Le film est conçu comme un triptyque (avant le film / le film / après le film) où l'épilogue ("dix mois plus tard") pourrait sembler a priori un poil casse-gueule mais permet à Justine Triet de prouver quelle réalisatrice intelligente et douée elle est.
Virginie Efira est... somptueuse, et irradie solairement le film. Elle a dit, sur allocinoche qu'elle était prête à tout jouer pour Justine Triet, et elle le montre. Et c'est bluffant. Vraiment (j'avoue avoir espéré un instant pour elle un prix d'interprétation à Cannes 2019,  que nenni, mais bon, il y a encore les César, n'est-ce pas?). Encore un sacré beau portrait de femme, en tout cas. Dont on ne ressort pas forcément indemne (attention, des fois ça coupe...)

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25 mai 2019

ablutions

103
LE JEUNE AHMED
de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Radical.
Quel autre qualificatif siérait mieux à ce film, qui nous dresse le portrait d'un personnage (le jeune Ahmed du titre, d'ailleurs chapeau pour la typographie, justement, qui pose sur deux lignes "le jeune" (8 caractères, avec le blanc) et "Ahmed" (5 caractères seulement), obligeant du coup le prénom à s'étirer / s'agrandir pour, justement se justifier  (être à la bonne taille) par rapport à la ligne du dessus -ne me dites pas que tout ça a été fait au hasard-) , d'un personnage, donc, en train de se radicaliser, qui va faire une connerie, puis une autre...
C'est drôle que "les hasards de la programmation" aient fait diffuer ce film juste après M de Yolande Zaubermann. S'il était besoin de démontrer les méfaits (les dangers) de la religion (en général) et des textes dits "sacrés" en particulier (la Torah là-bas et le Coran ici...) en voici deux exemples parfaits.
Ahmed a changé depuis quelques temps, cornaqué par un iman, justement, radical, sous des dehors bonhommes de bon épicier arabe du coin, et l'endoctrinement semble porter ses fruits. le jeune homme s'enferme dans sa doctrine, sa prière, ses ablutions, son mépris des femmes, son obsession de la pureté (de l'impureté), du péché, du paradis, des apostats, etc.
Les frérots D. filment ce jeune Ahmed comme un Rosetton : de très près, et c'est vrai qu'il peut évoquer le personnage féminin qui jadis révéla Emilie Dequenne : il est jeune, fermé (opaque), focalisé sur une seule chose (pour Rosetta c'était trouver un job, pour Ahmed ça serait plutôt réussir ce qu'il a décidé d'accomplir, d'éliminer les apostats, pour faire plaisir à Allah) avec une impressionnante (terrifiante) obstination, qui vire à l'idée fixe, à l'obsession.
Ahmed a 13 ans, un visage d'enfant, avec ses joues de chérubin, ses cheveux frisés, ses lunettes rondes, mais c'est comme si quelqu'un d'autre vivait à l'intérieur de lui, sous cette apparence enfantine, et cette possession est insupportable (comme l'est celle de tous les "fous de dieu" - C'est lui, mais en même temps ce n'est pas lui comment un gamin de cet âge peut-il en arriver là ?-) qui le poussera au-delà de ses limites (la dernière  séquence l'est vraiment, terrifiante, par la matérialisation de cette rage qui l'habite, comme une addiction, de ce jusqu'auboutisme, de cette pulsion qui ne l'auront pas quitté de tout le film, à tel point qu'on pourrait presque se demander si les derniers mots qu'il prononce sont sincères, tellement on (ne) l'aura vu (que) mentir et tromper son monde pendant tout le film. Et c'est peut-être un peu ça le problème de ce personnage, et du film, c'est qu'en fin de compte il n'évolue pas, ne bouge pas d'un pouce, quoiqu'il puisse (faire semblant de) dire ou faire, et cette attitude est (de plus en plus) dérangeante pour le spectateur, par l'impossibilité d'empathie et d'identification qu'elle génère-).
A tel point qu'à la fin je me suis surpris -horreur- à penser "C'est bien fait pour lui". Et j'en ai presqu'eu honte.

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Le journaliste de la Voix du Nord résume assez bien mon opinion : "Les Dardenne, fidèles à leur style brut, épuré, tendu, se placent avant tout à la hauteur d’un gosse immature et perdu qui devrait plutôt être travaillé par ses hormones que par ses ablutions." (via allocinoche)

18 mai 2019

chardonnay

100
THE DEAD DON'T DIE
de Jim Jarmusch

Le plaisir intact et à chaque fois retrouvé de découvrir un nouveau film de JJ. Bon là ça n'était pas gagné d'avance : je suis moyennement adepte des films de zombies, mais j'aime tellement Jimchounet que je n'ai pas hésité longtemps (j'ai tenu bon pour l'avant-première dans le bôô cinéma, à laquelle j'ai préféré LES CREVETTES PAILLETEES avec Isa) mais le jour de la sortie officielle j'étais au Victor hugo dès la première séance pour voir de quoi il retournait...
Et pour ce qui est de retourner, ça retourne... (hihihi)
Les morts-vivants c'est un genre archi-connu et archi-exploité (pour ma part je me suis arrêté à peu près à LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, de Georges Romero (cité dans le film) qui m'avait bien plus retourné que, par exemple, L'EXORCISTE vu la même semaine et qui, allez savoir pourquoi, ne m'avait pas fait plus d'effet que ça...) on sait comment ils sortent de leurs tombes dans les cimetières, ou se rassoient sur leurs lits à la morgue, on sait à quoi ils ressemblent, on sait comment ils marchent, on sait ce qu'ils aiment manger (de la chair humaine en général et ici en particulier, certains plus raffinés dans d'autres films ou séries ayant eu plutôt un faible pour la cervelle -humaine, bien entendu-) et Jim Jarmusch respecte assez scrupuleusement le cahier des charges, introduisant simplement une seule -mais plaisante- nouveauté (que je vous laisse le soin de découvrir par vous-mêmes) sur le comportement desdits undeads.
Pour répondre à tes interrogations, Marie, je dirai que le film est affreusement drôle (et c'est très juste). Et, bon, c'est vrai, il y a bien un ou deux moments où il faudra te cacher un peu les yeux (et encore). Le souci, avec les undead (pour parler comme les personnages du film), c'est que c'est exponentiel : puisque chaque humain boulotté par un mort-vivant devient à son tour un mort-vivant, et ainsi de suite. Au début du film, tout le monde est normal (pas mort, je veux dire), à la fin c'est un peu moins évident (vous vous rendrez aussi compte par vous-même, hein).
Au début on fait la connaissance des policiers de Centerville : le vieux briscard (Bill Murray), le petit jeune (Adam driver) et la petite jeune qui va avec (Chloé Sevigny), qui vont nous présenter tranquillou l'essentiel des personnages du film : un vieux fou qui vit dans les bois (Tom Waits), un fermier beauf et bas de plafond (Steve Buscemi), une dame des pompes funèbres très killbillesque (Tilda Swinton), etc. jusqu'à ce que se réveillent les deux premiers zombiechounets : ce bon vieil Iggy et sa copine Sara Driver (la copine à JJ). Tout ça nous est introduit de façon assez nonchalante et cool, bien que la situation ne le soit pas vraiment : il serait question de la fin du monde, pas moins. Dans un contexte (réaliste) de catatstrophe écologique (là il n'invente rien...)
Les amateurs de gore seront peut-être déçus (et les amateurs de jarmuscheries peut-être aussi ?), en tout cas moi ça m'a ravi. Et c'est rigolo, en plus, de trouver, vers la fin, un point commun " scénaristique" entre le cinéma de Jarmusch et celui de Bertrand Blier (je vous laisse aussi le soin de le découvrir...). J'aime les personnages, j'aime ce qu'ils disent, j'aime la façon dont ils le disent, j'aime les clins d'oeil et les références, j'aime la façon d'exterminer les morts-vivants, bref j'aime vraiment beaucoup de choses là-dedans.
C'est vrai que la distribution est somptueuse (même si certain(e)s ne font que passer ou quasi) mais elle en dit long sur la cote d'amour et de fidélité des  acteurs et les actrices pour "Jimmy" (et réciproquement)... Et ça vaut le coup pour le spectateur habitué à Jarmusch de sortir un peu de sa zone de confort (comme un zombie, justement, sortirait de sa tombe hihihi) et de venir voir de quoi il retourne...
Something weird is going on...

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l'affiche

qui m'en a rappelé une autre, d'un film vu en 1974...

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10 mai 2019

tous les garçons et les filles de mon âge...

095
COMING OUT
de Denis Parrot

C'était surtout celui-là que j'avais envie de voir...
Séance à 16h (je viens de voir Alice T. qui ne m'a pas laissé entièrement satisfait, et coucou! je retrouve Emma, qui vient voir le film avec moi).
Un sujet qui me touche, vous vous en doutez, tout particulièrement, puisque celui-ci (le coming-out) en ce qui me concerne ne s'est pas exceptionnellement bien passé... (passons). Les nouvelles technologies (en ce temps-là, Internet n'existait pas...) permettent à des jeunes gens d'un peu partout dans le monde (enfin, pas tout à fait vraiment partout) de franchir le pas et d'annoncer à leurs proches qu'ils sont gays où qu'ils sont trans... Webcam, téléphone, skype, réseaux sociaux sans doute aussi, le web est pour eux le sésame qui va permettre de les libérer, situation qui va se passer plutôt bien dans une majorité des cas (mais pas toujours).
Le film est tout simplement bouleversant (j'ai pleuré, et j'ai entendu qu'Emma aussi), par la simplicité du dispositif, mais ne se cantonne pas à un simple bout-à-bout de "Euh... maman j'ai quelque chose à te dire...", puisque le montage a su les organiser, les ranger, les mettre en valeur et en résonance (comme une boîte de petits chocolats, où chacun est identifié, l'heure, le lieu, le prénom, souvent, mais pas toujours).
Un film doux, un film juste, un film qui fait du bien, un film , tout simplement utile.

«Nous ne faisons pas notre coming out pour que les hétérosexuels le sachent, pour que les croyants le sachent, pour que ceux qui nous haïssent le sachent. Nous le faisons pour que les personnes comme nous le sachent, qu’elles ne sont pas seules.» (le film, cité "de mémoire" par le journaliste de Libé)

 

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11 mai 2019

"viande blanche"

096
LES MOISSONNEURS
d'Etienne Kallos

Je crois que c'est Zabetta qui l'avait évoqué la première, et une fois de plus c'est Pyramide qui distribue (ces gens-là ont un line-up de malades!). Nous avons déjà programmé (par le passé) deux films sud-africains, Beauty et Les initiés, traitant tous les deux, entre autres, de la difficulté d'être homosexuel (même refoulé -surtout refoulé!-) et de le vivre dans ce pays.
Les Moissonneurs met en scène Janno, un jeune homme, homosexuel refoulé donc, vivant dans une famille de fermiers afrikaners, très pieux, et partageant sa vie entre les prières et les travaux agricoles. Un grand papa barbu, une maman blonde, trois petites soeurs, et tout un chacun prie, travaille, prie, travaille, etc, s'adressant à Dieu pour un oui pour un non.
Et voilà que débarque à la ferme Pieter, un jeune garçon ("que Dieu leur a envoyé") qu'ils accueillent comme un membre de la famille, suivant le voeu de la maman de le "guérir". (Les Afrikaners ressemblent un peu aux Amish, et vivent dans un genre de bulle, un univers "préservé", coupé du monde, de la réalité, où l'omniprésence écrasante de Dieu serait censée pouvoir régler tous les problèmes.) Pieter vient de la ville, et, cette réalité, il la connaît, justement,  il l'a vécue, il en porte les stigmates (violentes crises de manque nocturnes) et va jouer les détonateurs dans la vie de Janno, lui faisant découvrir progressivement cette "vraie vie" qui va le mettre en porte-à-faux avec les vieux principes bigots qui régissent sa vie (no sex, no drugs, no rock'n'roll)...
Va se mettre en place entre les deux garçons  un jeu de pouvoir, un combat, au sein de la famille puis de la communauté. Une rivalité. Mais les tenants et les aboutissants de cet affrontement sont complexes. Et, complexe, le récit l'est aussi, et de plus en plus. Magnifiquement complexe. Esthétiquement, le film est magnifique, (on pourrait juste faire au réalisateur le léger reproche d'avoir un peu forcé sur les filtres jaunes qui idéalisent (angélisent ?) un chouïa  les scènes agricoles autant que les familiales...) et exploite avec intelligence les possibilités cinématographiques de chaque plan.
Ce qui m'a vraiment impressionné c'est la densité (la complexité) de la narration et la multiplicité des fils (!) conducteurs tendus, et l'habileté avec laquelle le réalisateur conduit son récit, mine de rien, dans une direction que je n'avais pas vraiment vu venir*... (j'ai trouvé la fin absolument magnifique, dans la façon qu'elle a de boucler la boucle, et de basculer quasiment dans le fantastique, mais de façon... ténue)
Et j'ai été très étonné de voir que les critiques étaient plutôt tiédasses (mitigées disons) pour un film que, personnellement , je trouve rempli de qualités (la palme de l'absconsitude critique vacharde, ex-aequo encore une fois entre Libeeeh : "Un pensum dévitalisé sur des gens qui n’inspirent aucune sympathie ni intêret faute d’avoir su faire partager leur terreur obsidionale d’être dépossédés de tout ce qu’ils ont spolié" et, encore une autre fois, Les Cahiaîs : "ce pur produit de la (ré)écriture festivalière et de la coproduction internationale semble multiplier les pistes narratives sans jamais en privilégier une seule, pour accoucher d’un scénario doloriste et convenu"... mais pourquoi donc sont-ils si méchants ?) et que j'ai donc envie de défendre. Moi j'ai beaucoup aimé cette histoire ntre deux garçons qui sort vraiment des sentiers battus des histoires entre deux garçons.
Et toc.

0614210

* midinet comme vous me connaissez, vous vous imaginez bien que je m'étais déjà fait un film ("mon film"), genre "les deux "frères" que tout oppose, le rat des villes et le rat des champs, ils s'affrontent au début et hop à la fin ils tombent dans les bras l'un de l'autre, c'est l'amour-mour-mour et ils se marient et ont beaucoup d'enfants.") Sauf que non, pas du tout. C'est beaucoup beaucoup plus fort (et plus malin) que ça, trouve-je.

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