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lieux communs (et autres fadaises)
19 décembre 2014

caldavdixneuf : Canop'

et je ne pourrais pas terminer ce petit déballage de choses agréables sans évoquer (je pars demain à Paris) le "Chantier de la Canopée" qui m'a fourni bien des sujets de plaisir et des raisons et des motifs de photographiage au cours de cette année 2014 qui s'achève doucettement mais là je ne vais même plus parler je vais juste vous mettre des images, vous allez comprendre tout de suite...

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(no comment...)

 

16 décembre 2014

caldavseize : chaussures

l'adieu aux armes basketts

voilà ça y est les pauvres elles ont rendu l'âme il y a un petit trou au bout qui laisse passer l'air et l'eau, dommage oui elles sont mortes kaputt hors d'usage bonnes à jeter il faut désormais que je me mette autre chose aux pieds, (je suis très fidèle en chaussures, quand j'en trouve une paire qui me convient, je les mets jusqu'à ce qu'elles trépassent, en général, ou que le climat ne le permette plus, en capitaine , pour filer la métaphore "aux armes") elles furent valeureuses, pourtant, elles ont tout connu : l'école, les vacances, la retraite, elles ont fait aux moins deux fois les Eurocks, elles ont mouillé très fort à Lyon au concert de The National (je crains qu'lles ne s'en soient pas remises), elles sont allées plusieurs fois à Paris (je me souviens que je les y avais même étrennées, ce qui était une très mauvaise idée tellement elles m'avaient ampoulé, la première journée, et puis elles s'étaient "faites") et je parvenais, bonheur quotidien,  à les chausser déchausser sans défaire les lacets (oui le bonheur), juste à mon pied comme il faut pourtant ce n'étaient pas des Torsion comme Pascal Brutal, je les avais achetées en solde à intersp*rt parce que ça m'amusait les bandes fluo (à l'époque -j'avais tapé à l'épaule- il y en avait très peu) recueillons donc nous et faisons à leur mémoire une minute de silence

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(le soir , dans la cuisine)

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(le matin, sur le perron)

 

18 décembre 2014

caldavdixhuit : postcards (suite)

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(vieilles cartes / lieux et gens)

cp3

(vieilles cartes /lieux)

cp4

(événements / lieux)

cp5

(événements /faites maison)

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(vieilles cartes / nulles)

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(publicitaires)

cp9

(lieux / hommes)

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(faites maison)

cp11

(vieilles / soldats)

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(art / messieurs tout nus)

(suite) oui oui le plus difficile quand on les garde, c'est de réussir à les classer de façon un peu cohérente, (efficace, plutôt), et j'ai donc réquisitionné plusieurs boîtes à chaussures où j'ai donc mis en place un certain classement :
- les "très vieilles", qui se sous-divisent grosso modo en :
* roucoulades
* soldats
* tourisme
* divers

- les vieilles, qui se sous-divisent en :
* touristiques (cartes moches de lieux initéressants)
* humoristiques (le notion d'humour étant ici très relative et souvent redoutable)
* cuisine (souvent pourrait sous-diviser "tourisme")
* artistique
* divers

- les plus récentes, sous-divisées en
* artistiques (tout ce qui est "fait main")
* cinéma
* publicitaires
* divers

8 décembre 2014

ils sont où, les hommes ?

MANGE TES MORTS
de Jean-Charles Hue

Après une orgie parisienne cinématographique de carte illimitée suivie d'une semaine belfortaine d'empilement de séances quotidiennes, ça faisait quelque part plaisir de retourner au bôô cinéma pour voir un film "normal", dans une salle "normale" à une séance tout aussi "normale" (et pour un prix quasiment "normal" aussi).
Je savais que du réalisateur on avait déjà programmé le premier film La BM du Seigneur que je n'avais pas vu pour cause de non-étage là, mais celui-là j'en avais beaucoup plus envie. On n'était finalement que quatre à en avoir envie ce jour-là à cette séance-là (malheur aux autres, leurs morts) et "normal" ( ordinaire) le film ne l'est pas tant que ça. D'abord parce qu'il est entièrement sous-titré (comme quand, il y a longtemps, avaient été sous-titrés les premiers films québecois diffusés en France ah bon excusez-moi on me souffle dans l'oreillette que ça se pratique encore de nos jours, notamment pour les films de XavierDolanchounet  oui oui au temps pour moi), sous-titré, mais pas traduit, on vous livre les mots prononcés par les personnages, à vous de savoir ce qu'ils veulent dire (chouraver ou les schmidts, facile, on a vite compris, mais pour pouchka, michto, chpouk, bouillaver, on a besoin d'un peu plus d'entraînement) sans que jamais ça n'apparaisse comme une coquetterie folklorique voulue par le réalisateur : comme pour The tribe, on nous dit "ces gens-là s'expriment comme ça, c'est tout, débrouillez-vous pour les comprendre." (sauf que dans The tribe ça n'était même pas retranscrit.)
Il est donc question des membres de la communauté yéniche, de plusieurs membres principalement des hommes (les personnages de femmes, à part celui de la mère, sont généralement hors-champ) : des frères ou (demi-frères) qui fêtent le retour du plus grand (frangin) qui vient de purger 15 ans de prison, lors d'une nuit spécialement mouvementée, avant de fêter le baptême du plus jeune au petit matin dans un scène finale spécialement touchante.
Comme pour Party girl on est dans cet intervalle particulier de cinéma entre le documentaire, le reportage, la réalité (les acteurs sont des amateurs, jouent leur propre rôle, portent leur vrai prénom) et le scénario, la fiction, l'histoire qu'on raconte (la dramatisation, l'action, le scénario),  et l'osmose, ici (la stylisation), la porosité entre les deux univers, fonctionne extraordinairement bien.
Tout est juste. Dans la scène d'ouverture les deux jeunots font les kakous sur une mobylette à travers champs, un fusil à la main, entre exercices de virilité et chasse au lapin, puis entre en scène sur le campement (avec quelques demi-tours au frein à main) le grand-frère, se jouent les étreintes et les frictions des retrouvailles, avant que ne se mette en place la longue nuit qui est vraiment le centre du film, son coeur battant, qui va nous faire carburer sur les chapeaux de roues jusqu'à ce que le soleil finisse enfin par se lever pour que le jeune Mickael puisse enfin être baptisé. Comme pour Party girl (ou comme, plus subtilement, dans César doit mourir) on peut s'amuser à se demander jusqu'à quand c'est vrai, à chercher la couture du réel avec la fiction, quand est-ce que la vie devient cinéma, ou quand est-ce que la réalité (re)devient jeu.Avec (pour moi), en plus,  cette toujours fascinante réflexion autour de la virilité. (C'est quoi, être un homme ? Et surtout, qu'est-ce qu'on peut en révéler au cinéma ? Et, encore plus, qu'est-ce qu'en perçoit le spectateur ?)
Sauf que très très vite on n'a plus le temps ni l'envie de se poser ces questions de spectateur bien installé au cho sur son siège moelleux dans le bôô cinéma, tellement on est de plain-pied avec eux, dans cette virée nocturne somme toute assez minable a priori soudain transfigurée en épopée westernienne, en course-poursuite épique, en suspense qui noue les tripes, où chevauchent les grands thèmes de la vengeance, de la rédemption, du pardon, de devenir un homme, de le rester, grands thèmes héroïques et rebattus certes mais ici intégrés quasi humblement et viscéralement au sein d'un récit terrien, d'une humanité confondante mais transfigurée aussi, comme illuminée du dedans, faisant alors écho à ces magnifiques et presques flippantes lumières nocturnes urbaines qui nimbent cette fantastique chevauchée.

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5 décembre 2014

caldavcinq : appart

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tiens pour une fois je vais commencer par la photo... ça devrait sans doute évoquer quelque chose à une fidèle lectrice de ce blog (n'est-ce pas, Zabetta ? non , tu ne vois pas ? et si je rajoute cette photo-là ???)

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(Rideau rouge, vigne, tu as trouvé je pense...) il s'agit d'un appartement, juste d'un appartement, à Paris, duquel la bienveillance des propriétaires m'a permis de profiter quelquefois, assez régulièrement même, depuis quelques années, et dans lequel j'ai toujours autant de plaisir à revenir, un pied-à-terre intermittent, il s'agit en général plutôt de quartiers d'été, mais va savoir les choses changent, fluctuent et le mois prochain il s'agira plutôt des mêmes mais d'hiver, dans un quartier plaisant, tout près du métro Charonne, un appart petit mais tout à fait à ma taille, une quintessence d'appart où j'aime de temps en temps poser mes valises en général pour une semaine (en été, des fois deux) un abri provisoire, niché comme une cabane dans les branches, un peu en hauteur, un observatoire, stratégique, un refuge, providentiel...

2 décembre 2014

caldavdeux : la pêche

les cadeaux pour la pêche à la ligne rituelle du non moins rituel Noël à Champlitte à Paris, je n'ai encore rien trouvé ou presque c'est drôle tout de même on a inventé cette fameuse pêche à la ligne pour remplacer le rituel des cadeaux qui nous faisait nous inquiéter assez tôt pour savoir qu'est-ce donc on allait à offrir à qui, en se rappelant ce qu'on avait offert l'année précédente ou ce qu'il /elle vous avait justement offert et souvent d'une année à l'autre il y avait un effet de décalage : soit on avait l'année précédente offert un cadeau assez somptueux et qu'on n'avait en échange reçu, on en avait le sentiment, une merdouillasse, et donc l'année d'après  on avait préparé peu ou prou une crotte de lapin à offrir ou à peine mieux enfin ce genre-là et à l'ouverture des cadeaux il s'avérait qu'on avait reçu cette fois-là un truc magnifique et on se disait donc que l'année prochaine il vaudrait mieux offrir etc. et donc pour couper court à tout ça on a enfin, une année, décidé tous ensemble : pas de cadeaux! et de remplacer ce cérémonial empaqueté et, finalement, un peu convenu, par celui de la pêche à la ligne, où chacun a soigneusement empaqueté des merdouillasses (c'est revendiqué) qu'on pêche ensuite chacun à son tour en passant par la boucle du bolduc le crochet attaché au bout de la ficelle de la canne, bien sur ce qui compte c'est le plaisir de pêcher -exercice auquel je ne suis pas très habile-, et on repart en général avec un certain nombre d'autres merdouillasses que celles qu'on avait apportées, c'est l'habitude, mais là alors là cette année je suis sec sec à tel point que je vais peut-être, finalement, recycler les trucs pêchés lors des dix dernières années et dont je n'ai eu aucun usage ou presque c'est une bonne idée non ?

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4 novembre 2014

typhon

STILL THE WATER
de Naomi Kawase

J'aime le cinéma japonais. Les deux tendances du cinéma japonais : la manière douce (Kore-Eda, Miyazaki, Naruse,Ozu) et la manière "forte" (Kitano, Miike, Nakata, Kurosawa) -en regardant la page "réalisateurs japonais" sur wikiped, je m'a perçois que je n'en ai connais pas le dixième!-, et j'aime donc Naomi Kawase (pas beaucoup d'autres réalisatrices, dans cette liste!) dont nous avons passé plusieurs films déjà dans le bôô cinéma, et, celui-là, Hervé m'en avait tellement dit monts et merveilles que j'avais un peu peur d'être déçu...
(Bon, on va dire "Merci Hervé", encore une fois, avec un peu les yeux rouges et en applaudissant fort.) Même si on n'est pas toujours tout à fait d'accord (sur Bruno Dumont, notamment), grosso modo je sais qu'on peut se faire confiance, mais là, alors mais là, quel commun accord, quel ravissement ce fut!
D'abord, c'est incontestable que la mer est cinégénique (juste une caméra posée devant le rivage, et déjà ça le fait : Kiarostami l'a bien tenté, avec ses canards de Five), et celle que filme Naomi Kawase l'est encore bien plus. Le film s'ouvre sur des plans superbes de vagues assez furieuses qui se fracassent sur une jetée, et, rien que là, on est déjà ravi.
Il sera question d'un typhon (on aura l'avant, le pendant, et l'après), il sera question d'une histoire d'amour (du début d'une) entre deux adolescents, et il va aussi (surtout ?) être question de deux familles, deux structures familiales : une réunie (celle de la demoiselle, où la mère est en train de mourir du cancer) et une  dissociée (celle du jeune homme, dont le père a quitté la mère pour aller vivre à Tokyo). Sans oublier un "regard extérieur", celui de "Papy-Tortue", un vieillard magnifique, poète et sacrificateur. Au début du film, on verra le corps nu d'un noyé, que la mer a rejeté, tandis qu'à la fin on en aura deux, en train de nager idylliquement, juste après avoir fait l'amour... Et tout sera dit. Et, tout du long la mer ("toujours recommencée" comme l'écrivait je ne sais plus qui) dans tous ses états, dans toutes ses couleurs, et toutes ses lumières aussi. Comme dans le récent (et pas encore chroniqué) Des chevaux et des hommes, prennent place régulièrement dans le récit des plans de coupe suffocants de beauté. Rythme, respiration, ressac...Des haltes, des pauses. Mais pas que belles pour juste belles.
Comment dire ? J'ai retrouvé dans Still the water la quintessence de deux cinéastes que j'adore : Apichatpongounet pour la  douceur et la façon de filmer la nature, et Kore-Eda pour l'attention portée aux gens. Et le mélange des deux ne pouvait être que très doux à mon coeur (et à mes yeux).
D'autant plus que la beauté formelle de l'ensemble n'est pas vaine, ni gratuite, elle est juste au même niveau, tant le contenu est dense, et la multiplicité des pistes ouvertes stimulante. Presque trop, diront certains, et pas suffisamment fouillées répondront d'autres (oh les critiques inhumaines pondues par P*sitif et les Cahiaîs, par exemple... comment peut-on parler de regard inquisiteur (celui-la) ou d'interprétation narcissique (celui-ci à propos de ce film ? Je préfère la belle phrase de Didier Péron dans Libé : "Le film nous semble si précieux qu’on voudrait l’avoir dans la poche comme un objet porte-bonheur pour affronter sans peur les nombreux "pourquoi ?" qui attendent encore aux détours des chemins."). La vie (la vie de famille, la fin de la vie), l'amour (le début de l'amour, la fin de l'amour), le temps (être jeune être vieux), les éléments naturels (l'eau, les arbres), les sentiments (amoureux, familiaux, filiaux), les traditions (le sacrifice, les chants, les danses), on pourrait continuer comme ça un certain temps, sans que rien ne soit jamais assené ou définitif. On suggère, on chuchote, on espère, on commente...
Il faut sans doute un certain temps au film pour que le spectateur s'y enracine (mais moins longtemps qu'il en a fallu au banyan (banian) géant pour pousser), il faut en accepter la lenteur, s'y laisser descendre le long du courant, "au flux et reflux des marées" (oh qui donc a écrit ça ?) et aussi les changements de rythme et d'intensité de ces mouvements aquatiques qui scandent le récit : eau plate, déferlantes, ruissellement, trombes, gouttelettes, ressac... Humains aussi. Oui, still the water (ne manquent même pas les larmes.)

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(un petit truc rigolo : quans j'ai enregistré l'image de l'affiche avant de la mettre ici, elle est allée se ranger toute seule dans le dossier "best of 2014 2015"... Incroyable, non ?)

30 octobre 2014

pariscope 6

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A LA RECHERCHE DE VIVIAN MAIER
de John Maloof

Un doc que j'avais raté à Besac, et qu'on ne passera pas dans le bôô cinéma, DONC je suis allé à l'unique séance hebdomadaire du MK2 Beaubourg. Mauvaise pioche, c'était à la 6... Une histoire vraie comme je les adore (un mec qui achète dans une vente aux enchères un gros carton pleins de négatifs et bingo! tombe sur les photos fabuleuses et inédites d'une photographe mystérieuse qui n'a rien voulu montrer de son vivant et a tout gardé pour elle, et les photos sont -VRAIMENT- fabuleuses!) Le chanceux monsieur en question s'est donc mis au boulot, sur tous les fronts : tirage des photos, développement des négatifs , contact avec le milieu de la Photo et celui des Musées (où, au départ, tout le monde fait le sourd -l'aveugle plutôt- avec une belle unanimité) pour déterminer la "valeur" de cette photographe, dans un premier temps,puis ensuite pour tenter de mettre sur place une expo, et finalement, tournage d'un film pour raconter au monde sa belle aventure, et celle, beaucoup plus énigmatique, de la fameuse (désormais) Vivian Maier en question (s). Il a donc mené l'enquête, découvert qu'elle était nounou, et a entrepris de retrouver ceux qui la connaisaient pour qu'ils puissent lui (nous) en parler. Ce qui est drôle, au montage, c'est que les gens font l'effort de se souvenir devant la caméra, disent certains noir et d'autres blanc, se contredisant presque systématiquement, rendant ainsi encore plus complexe le personnage et patente sa volonté de ne pas être découverte (dans tous les sens du terme). Non seulement c'était une grande photographe, mais une grande obsessionnelle aussi, qui multiplia peut-être les photos comme le faisait avec les journaux, les objets, les tickets, organisant  sa vie comme une somme d'accumulations.

 

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 ROME VILLE OUVERTE
de Roberto Rossellini

Je suis allé faire la queue au Champo (ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps, mais avec cette carte merveilleuse désormais plus de soucis! A moi toutes les salles -qui m'intéresseent- ou presque -quand je suis à Paris!-) J'ai donc découvert ce poignant film de Rossellini.L'Italie, la guerre, les soldats, la résistance, la gestapo, les tortures... Anna Magnani est vraiment magnanifique, en femme du peuple qui lutte et tente de survivre au quotidien. Trois personnages principaux, dans le film : Magnani (un) est Pietra, la copine de l'ami d'un résistant, Giorgio (deux) et il y a aussi un super curé super-résistant (trois), Don Pietro. La première mourra "par accident" au milieu du film, le second presque à la fin sous la torture et le troisième tout à la fin sera exécuté. Tout ça à cause d'une traîtresse qui aime trop la drogue, les fourrures, et poser sa tête sur l'épaule d'une officière allemande... C'est à la fois très documentaire et très passionnel. C'est très triste et tout à fait magnifique pour un ignare comme moi pour tout ce qui concerne la guerre et surtout le néoréalisme. Rossellini est un grandissime, et il serait temps que je fasse un effort pour voir enfin tous ses films. Le film raconte le peuple italien au quotidien, qui galère, qui crève de faim, qui s'organise comme il peut, avec le contrepoint sur l'occupant allemand, où tout n'est que champagne, petits fours, manteaux de fourrures et bottes étincelantes. Chacun a choisi son camp, et la guerre fait rage. Plus pur longtemps, heureusement, on est en 44.

27 octobre 2014

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REFROIDIS
de Hans Peter Molland

Un dessert glacé, une gourmandise venue du grand nord : un polar norvégien, avec, normal, Stellan Skarsgård (le papy de Nymphomaniac, entre autres), mais,aussi, beaucoup plus étonnant, Bruno Ganz en parrain mafieux... slovène!. Le premier travaille sur les chasse-neiges, et apprend que son fils a été abattu "par erreur" par des trafiquants de drogue, qu'il va entreprendre d'éliminer l'un après l'autre, en remontant la filière du plus petit jusqu'au plus grand. Le titre anglais du film signifie "par ordre de disparition", et c'est scrupuleusement ce que fait le réalisateur, puisqu'à chaque mort on a droit à un avis de décès, avec l'état-civil du décédé et un croix rappelant son obédience. C'est très... nordique. C'est blanc à cause de la neige et la neige c'est très cinégénique), c'est rouge à cause des morts violentes successives (et si le papa vengeur n'est pas regardant, les autres ne sont pas en reste), et c'est noir rapport à l'humour de la chose. Humour typiquement nordique, je le répète, et le réalisateur sait, à intervalles réguliers, nous rafraîchir les zygomatiques autant que les muscles des paupières (qu'on prend plaisir à fermer de temps en temps), et nous surprend même avec un baiser passionné dans une bagnole que je n'avais pas du tout vu venir. La fin n'est peut-être pas complètement à la hauteur de ce qui a précédé, le règlement de compte final est, pourrait-on dire, sans surprise, mais bon, ça oxygène et ça ravigote une petite virée polaire et frisquette...

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SAMBA
d'Eric Toledano & Olivier Nakache
La bande-annonce me faisait envie (j'aime le regard de faon de Charlotte Gainsbourg et la dégaine touffue de Tahar Rahim) et je suis donc allé à l'avant-première du mardi soir, au MK2 Gambetta, avant d'en lire quoi que ce soit dessus. Je suis bon public, je l'ai déjà dit, et j'avais donc bien déjà les yeux humides au bout de trois minutes de film, et le sourire aux lèvres la minute d'après, certes, et puis rebelote, mais ensuite ça s'est un peu gâté. Il y a effectivement dans le film des scènes magnifiques, drôles, touchantes, jubilatoires, et tout et tout, et puis il y a aussi des choses très maladroites, lourdasses, parfois même surjouées, et entre les deux, beaucoup de trous, comme dans le gruyère. Et pourquoi donc étirer aussi interminablement cette romance entre Omar et Charlotte (2h pour parvenir à leurs fins, pour faire ce qu'on savait très bien qu'ils allaient faire depuis le début du film)? Ca crée des appels d'air dans le récit et c'est dommage. Si les deux héros sont très bien (chacun appliqué dans son registre), on ne peut que craquer pour les seconds rôles (Tahar Rahim, déjà nommé, et Izia Higelin, avec une dégaine qui rappelle Julie Depardieu à ses débuts).Mais bon, problèmes de rythme. Comme si les réalisateurs n'avaient pas réussi à choisir sur quel pied danser (la comédie, la romance, le social, le mélo) et du coup le spectateur est un peu condamné à rester assis et à garder le sac de sa copine...

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27 octobre 2014

reine du bal

LA VIE DEVANT SES YEUX
de Laura Kasischke

Je l'ai terminé en arrivant à Paris. Et (oui je sais je suis bon public) c'est peut-être celui que j'ai préféré de tous ses bouquins (mais n'est-ce pas l'effet que ça me fait à chacun de ses bouquins que je lis ?).
il y a dans ce livre un "temps zéro" (celui où il commence et où il finit, d'ailleurs) : deux adolescentes dans les toilettes d'un établissement scolaire où est en train de sévir un jeune tueur, qui rentre dans les toilettes en leur annonçant "je vais en tuer une des deux, choisissez laquelle...", et de part et d'autre de cette scène primordiale, deux flux temporels : celui d'avant, où on suit les adolescentes jusqu'à ce moment crucial, et, parallèlement, celui d'après, où on suit le quotidien d'une des deux, devenue mère de famille "idéale", (comme beaucoup d'héroïnes de Laura K.).
Mais... tout ce qui est écrit n'est pas forcément vrai (et tout ce qui est vrai n'est pas, non plus, forcément écrit).
Une écriture magnifique, comme d'hab', simple, avec des embardées métaphoriques surprenantes que j'adore, une tension qui va croissant, avec des petits détails qui s'accumulent presqu'à la périphérie de la lecture, et une montée dramatique inexorable, qui culmine dans une sortie au zoo où la mère de famille a accompagné la classe de sa fille, avant que de vous envoyer une magnifique claque finale pour boucler le récit, de celles auxquelles Laura Kasischke nous a habitués, mais qu'il faut, cette fois, peut-être relire calmement afin d'être bien sûr de comprendre ce qu'on est en train de lire...
J'avoue que je suis allé voir sur le web, où il semblait effectivement que cette fin suscitait des interrogations, et j'y ai en même temps appris l'existence d'un film qui porte le même titre, avec Uma Thurman dans le rôle de la mère de famille, et dont la fin suscitait les mêmes interrogations...

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(Le titre original Life before his eyes est peut-être plus juste que le titre français...)

26 octobre 2014

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(dans l'ordre)

LE PARADIS
d'Alain Cavalier

Probablement celui que j'avais le plus envie de voir... Dès 9h donc, lundi matin aux Halles, dans une salle assez petite mais étonnamment remplie... Une heure dix en compagnie de la voix d'Alain Cavalier (ce cinéaste singulier qui de tout temps fut plutôt cher à mon coeur ) et des images de sa petite caméra. Un petit paon est mort (que l'on aura vu vivant au tout début du film), il sera question de sa sépulture (d'abord de son absence de) au fil des saisons qui changent le paysage, repérée au pied d'un arbre par un petit bloc immobilisé par trois longs clous recourbés (que le coca n'a pas du tout dérouillés), c'est une chose très belle et très touchante, viendront s'y ajouter, au fil des soixante et quelques minutes suivantes, d'autres choses, plus ou moins petites, plus ou moins touchantes, piochées dans la boîte à trésors qu'Alain Cavalier entrouvre pour nous. Avec bienveillance. Il sera question de mythologie (Ulysse) de foi, d'extases mystiques, (la première avec une hostie, la seconde avec un rollmops), de petits bonheurs, (entre autres douceurs, peut-être douleurs), en utilisant une ménagerie minuscule d'objets simples en apparence pour évoquer des choses qui le sont peut-être moins. Le paradis d'Alain Cavalier m'a sans doute  moins fait immédiatement (et continûment) jubiler que son précédent Pater, mais m'a laissé, à la sortie, quand se rallument les lumières de la salle, comme flottant amniotiquement dans un genre de.... sérénité. Oui, paisible...

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GONE GIRL
de David Fincher

Un thriller dont on croit déjà tout savoir ou presque, au vu de la bande-annonce, justement, vue 1000 fois (au moins). Un mari trop lisse pour être honnête (Ben Affleck), une épouse disparue le jour de leur anniversaire de mariage, l'enquête, les médias qui s'en mêlent, rien de bien nouveau là-dedans, sauf que ce n'est que le début. Le roman (que son auteur a adapté à l'écran pour Fincher) s'intitulait Les apparences, et il en sera beaucoup beaucoup question, de ces apparences, justement.  Surtout que, au bout d'une heure, le réalisateur nous plante le bec dans l'eau de sa narration initiale et nous raconte une autre façon de l'histoire, tout en reprenant la même chronologie, où on découvre une autre façon de voir les choses, qu'on n'avait pas forcément vue venir. Et toc! car voilà que ne va pas tarder un autre renversement, et toc toc! Et ainsi de suite... Fincher connaît son boulot, Gillian Flyn (l'écrivaine/scénariste) aussi, et on passe donc deux heures  vingt quasiment dans un certain état de tension (il paraît qu'elle a changé la fin...). Efficace!

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25 septembre 2014

à chroniquer (en retard)

(deuxième chance) :

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LA COUR DE BABEL
de Julie Bertuccelli
Un très joli documentaire, que je n'avais pu voir, en présence de sa réalisatrice, en plus. Un an dans le cadre d'une classe d'accueil, où le nombre de nationalités représentées et de langues parlées frise l'invraisemblable. Un film vrai, fort, touchant, juste...Un très beau moment d'émotion cinématographique.

(dvd par Eric L.) :

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MOUTON
de Marianne Pistonne et Gilles Deroo
Oh que j'en avais envie (je l'avais raté de peu à Paris...) Un film en deux parties, qui a visiblement hérissé le poil de pas mal de monde. Tranché net au milieu comme le bras de son héros, le doux Mouton, qui disparaît ainsi hop! au milieu du film, tandis que ses proches "continuent leur vie"... Sidérant. ("Rugueux" dirent les critiques, et ils eurent raison.)

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QUE TA JOIE DEMEURE
de Denis Côté
J'avais adoré son Bestiaire, le voilà qui récidive, sur le monde du travail (et du rapport de chaque individu(e) à son), ça commence très bien et puis ça se démantibule à vue d'oeil, comme si le réalisateur, justement, n'avait pu choisir un point de vue, et la façon de filmer lui correspondant. Bancal, dommage.

(prévisionnement Valdahon) :

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CHANTE TON BAC D'ABORD
de David André
Un documentaire chanté (ça n'est pas si courant) sur un groupes d'ados, une bande de potes (et de potesses) l'année où ils passent leur bac (et doivent décider de leur avenir), à Boulogne-sur-mer. Série de portraits attachants, chansons inégales (mais j'ai adoeré celle du canrd qui est mort.) où le "vrai" est une nouvelle fois joué (ou pas). Enchantant.

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VIE SAUVAGE
de Cedric Kahn
D'après une histoire vraie, un père (Matthieu Kassovitz) qui vit caché avec ses deux enfants qu'il a refusé de rendre à leur mère (Céline Salette), malgré les décisions de justice, et ce pendant dix ans. Mode de vie alternatif, refus de la beaufitude, éloge de la marginalité, (les ados, au bout du compte, sont très mimi) mais on en sort pas plus emballé que ça. Trop appliqué ?

(programmation ordinaire) :

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SUNHI
de Hong Sang Soo
Un de nos réalisateurs asiatiques préférés sort encore un nouveau film (un autre serait déjà sorti depuis). Une jeune fille ("Notre" Sunhi, précise le titre original) qui à besoin d'une lettre de recommandation, et trois (prétendus ?) prétendants : le prof, son ex, et un nouveau... Comme d'hab' ça boit des hectolitres de soju, ça parle, et ça emberlificote la narration à la perfection. Ludique.

15 septembre 2014

au quatrième top, il sera exactement...

THE CLOCK
de Christian Marclay

«The Clock» (2010).
«The Clock» (2010). (Photo Christian Marclay. Courtesy White Cube. London and Paula Cooper Gallery. New York)

Yesss!
Je l'ai fait, j'y suis arrivé, j'ai réussi, j'en reviens, et j'en suis encore tout chaviré. De quoi ? de la projection en intégrale de The Clock, le film-mon(s)tre  de Christian Marclay qui dure 24 heures, (en fait c'est une "installation-vidéo"), au Centre Pompidou-Metz, et que j'ai donc visionné pendant quasiment la même durée (en principe de samedi 10h à dimanche 10h, mais en réalité pas tout à fait.) Soit vingt-quatre heures moins quelques brouettes.
J'avais déjà pris mon billet de train pour Paris au mois de juin lorsque la même chose avait été annoncée à Beaubourg, à l'occasion de la fête de la musique, mais les trains avaient été en grève (en fait, juste celui-là) et j'en avais été très malheureux, mais intégralement remboursé (rendonz à César, etc.)

Le film The Clock dure 24 heures parce qu'il retrace un jour entier (de 0h00 à 23h59), chronologiquement, avec uniquement des extraits de films (au minimum 60x24, puisque chaque minute de la journée y est représentée, et dure (exactement ?) une minute, puisque The Clock est aussi, tout le temps, les directives du réalisateur quant à ses conditions de projection sont extrêmement claires là-dessus, un film qui donne -exactement- l'heure à chaque instant, mais (j'en reviens au nombre des films) en réalité beaucoup plus puisque chaque minute (comme dit Christian Marclay, "C'est long, une minute..."), peut être composée d'un nombre variable d'extraits de films, selon la richesse de l'iconographie du moment en question. C'est toute l'histoire ou presque du 7éme art qui est conviée (noir et blanc, couleurs, polars, classique, sf, art et essai, horreur, comédies, thrillers), des acteurs et actrices connus et immédiatement reconnaissables, et pas mal aussi d'obscures et d'obscurs qui ont pourtant laissé leur trace, furtive. On y voit apparaître aussi un certain nombre de séries télé célèbres (Columbo, Mission Impossible, Mc Gyver, The avengers), chaque spectateur doit ainsi pouvoir y trouver son compte... La seule règle c'est que doit figurer à l'image une représentation de l'instrument  de mesure temporelle  avec le nombre y figurant, ou bien que le dit nombre soit prononcé dans le dialogue.

Je suis entré dans cet univers tictaquant à 10h08, et, immédiatement j'ai éprouvé cette fascination qui est au moins double, puisque, au jeu du passage du temps s'ajoute celui du  cinéma (c'était qui ? c'était quand ? c'était où ?). Je dirais même triple, avec les enchaînements. Car Christian M. ne s'est pas contenté de poser  simplement les extraits les uns au bout des autres, non, il a, en plus, effectué un véritable (et ahurissant) travail de montage pour que la succession des différents plans soit, c'est selon, percutante, bluffante, drôle, brillante, efficace, surprenante, et qu'il parvienne à chaque fois à nous surprendre et à nous donner envie de rester.
Bien évidemment, pas question d'une intrigue "cohérente" et suivie, mais les transitions fonctionnent à chaque fois, et font entrer les extraits parfaitement en résonnance. L'histoire se dévore elle-même, chaque moment successif n'existant qu'au temps de son présent, mais les relations (et les interférences) sont ingénieuses. Raccords de plan dans l'action (quelqu'un ouvre une porte, quelqu'un d'autre entre dans une pièce), dans l'espace, dans les acteurs, dans les lumières, dans les objets, en un marabout-bout de ficelle géant, sans oublier le travail incroyable effectué sur la bande-son (Christian Marclay est, à la base, un musicien), la musique, les sons, les bruits même, pour unifier encore cette énorme et hétérogène masse filmique. Aucun dialogue n'est traduit, mais ça n'est pas gênant (on n'est pas là pour comprendre, on est juste là pour ressentir, pour expérimenter, ce gigantesque voyage dans le temps).
Car c'est cela que Christian Marclay filme stricto sensu, le temps, le passage du temps, la succession immuable, inéluctable, inévitable, des secondes qui s'égrènent, des images qui s'enchaînent (et nous enchaînent aussi : le film a un effet incroyablement addictif, hypnotique, qui, au vu d'un plan, nous donne immédiatement envie de voir le suivant, puis celui d'après, et celui encore... quand on est là, il n'y aurait a priori aucune raison de s'arrêter, c'est fascinant...) tout un monde de cadrans, d'aiguilles, de sonneries de montres, de pendules, d'horloges, de réveils (une collection incroyable de "réveil-poule(s)", à toutes les époques), de bracelets-montres, de montres à goussets, et même de clepsydres et de sabliers divers (un cadran solaire aussi, si je me souviens bien ...)
Le dispositif de projection est très simple : "Le Studio", une vaste pièce sombre, un grand écran au mur, et, dans la salle des "canapés" rectangulaires (4 rangs de 3) pouvant accueillir, suivant l'affluence (et elle varia au cours des 24 heures, jusqu'à 4 personnes maximum chacun  (pas des grosses, et en se serrant : pour deux c'est par-fait!)

Le matin, on n'a été pas beaucoup, puis la fréquentation a augmenté, au fur et à mesure qu'on se rapprochait de 20h, heure à laquelle le Centre fermait ses portes (on nous l'a annoncé une demi-heure, puis un quart d'heure avant) mais où la projection continuait exceptionnellement (et un accès extérieur étant aménagé pour que les spectateurs (suivant le souhait du réalisateur, puisse entrer et sortir à leur guise, libérant ainsi des places sur les canapés (qui étaient immédiatement occupées par ceux qui attendaient au fond contre le mur).
Le public a été assez nombreux jusqu'à 23h/minuit, décroissant ensuite progressivement. Il ne restait sur le coup de 3/4h qu'un "petit noyau d'inconditionnels", les canapés n'étant plus occupés, alors, que par une personne dans la majorité des cas, deux plus rarement. Sur le coup de 3h ont débarqué un groupe de jeunes qui, je pense, sortaient de boîte, et sont resté quelques heures, assez sagement d'ailleurs.
A 7h du mat', on était encore 7 ou 8.
Quand ils ont rallumé les lumières à 9h33 (les pompiers de service étaient  venus gentiment un peu avant pour nous prévenir individuellement qu'ils allaient rallumer dans dix minutes et qu'ils feraient un strip-tease qu'on devrait alors tous sortir pour d'énigmatiques raisons (mais on aurait pu revenir à partir de 10h), on était encore 5 (dont un qui ronflait voluptueusement -et sonorement- depuis déjà quatre ou cinq heures, donc, peut-on vraiment le compter ?), on a donc retrouvé la lumière du jour, un peu hébétés, et j'ai alors pu discuter quelques instants sur le parvis avec un joli jeune homme barbu (il a engagé la conversation au moment où j'étais prêt à le faire, je vous promets) qui n'était là "que" depuis 18h (mais qui avait déjà vu un bon bout de la première partie directement à Venise, où, m'a-t-il assuré, "les sièges étaient meilleurs") et qui partageait visiblement mon enthousiasme véhément pour The Clock. On s'est séparés, il est allé récupérer son vélo, et moi je suis allé au parking, un peu inquiet de savoir ce qu'allaient me coûter, justement, 24 heures de parking (bah, 10,80€, à peine moins que ce que m'a coûté l'entrée à la projection : 12€, le total nous mettant, grosso modo l'heure de projection à un peu moins d'un euro, ce qui vaut la peine, non ?). J'avais envie de lui proposer de lui offrir un café (en tout bien tout honneur), mais va savoir pourquoi, état semi-comateux oblige sans doute, je ne l'ai pas fait... Quel idiot ! (moi)

Le problème inhérent au dispositif c'est que, de par sa nature même, il ne s'arrête jamais, et qu'il est humainement impossible de s'enquiller les 24 heures en continu sans en prerdre une miette. Dès qu'on a accepté le principe de la "non-narration", on sait que peut en manquer un bout ici, un bout là sans aucun problème pour la compréhension (mais avec toujours l'inquiétude de manquer un moment particulièrement réussi). Qu'on peut regarder un grand moment, et s'octroyer quelques minutes de pause pour les nécessités humaines.
Ainsi (Caliméro), lorsqu'à midi et quelques, le pompier m'a dit qu'on ne pourrait pas entrer dans l'immédiat, car il y avait un problème de son, et qu'il allait falloir une vingtaine de minutes pour le réparer -renseignement pris auprès d'un gens de la maison, il n'y a jamais eu la moindre défaillance technique depuis le premier jour (là, c'était l'avant-dernier)- j'ai donc pu en profiter pour aller, sans regrets puisque je ne manquais "rien", boire mon premier café et manger un bout de tarte au fromage -ce qui fut d'ailleurs  peu ou prou mon seul repas de la journée- (j'avais des fruits secs et du chocolat dans mon sac.) Heureusement donc, que cette première pause a eu lieu..., mettant en place un genre de "cadence" (deux ou trois heures de projection / une pause/ et hop on y retourne, pas forcément à la même place d'ailleurs)

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C'est vrai que 24 heures, finalement, c'est très long, quand on y est attentif, et que, comme je l'avais vagument subodoré tout au début, il aurait peut-être mieux valu en fractionner en deux fois la vision : la première fois l'"ordinaire" (de 10h a 18h, ou à 20h si c'est un samedi), et la deuxième fois, l'"intégrale", de 20h à 10h, ce qui permettait peut-être de mieux assimiler tout ça. C'eût été plus raisonnable mais bien moins fun. Mais voilà, j'ai eu cette occasion et j'en ai profité (d'autant que c'était la dernière, ça ou rien, The clock s'arrêtant le 15/09) et j'en suis très content, finalement, d'avoir réussi à mener tout ça à bien, tout comme je l'avais prévu, et ce n'était pas joué d'avance (je souffre d'un syndrome "je ne sais pas le faire /je ne suis pas capable de le faire / je ne vais pas y arriver /" assez prononcé, ne riez pas.) Le seul regret, concernant ces fameuse vingt-quatre heures, c'est que ce genre de projet un peu zinzin est encore plus agréable lorsqu'il est partagé, oui, c'est plus agréable de vivre ça ensemble, simultanément, et que là, non, tant pis, personne d'autre ne semblait disponible,  dommage mais c'est comme ça... Tic tac tic tac tic tac Une autre fois, peut-être. Plus tard.

17 septembre 2014

j'ai un poème! j'ai un poème!

L'INSTITUTRICE
de Nadav Lapid

Je ne m'attendais pas tout à fait à ça. Son premier film, Le policeman, m'avait beaucoup plu, mais le résumé succinct de celui-ci "une institutrice découvre qu'un des ses élèves, agé de 5 ans, est très doué pour la poésie" ne me faisait pas plus envie que ça. C'était compter sans l'intelligence de Nadav Lapid qui vous présente le sujet tel que, sur un plateau d'argent, impeccable, rien à dire, puis tout à coup swich swich swich effectue dessus quelques passes magiques et le transforme en tout à fait autre chose. Sans qu'on ait rien vu venir.
Il y a bien une institutrice, et un enfant (dès l'affiche, on devrait se douter de quelque chose : le cadrage, le regard de l'enfant, le fait qu'il est pieds-nus). Un enfant qui, de temps en temps entre quasiment en transe en disant "j'ai un poème! j'ai un poème!" et hop, les mots sortent de sa bouche (pas forcément des mots ni des tournures qu'un enfant de 5 ans serait supposé connaître), comme le lui explique la nounou du gamin, une aspirante-comédienne ou chanteuse. L'institutrice s'intéresse à l'enfant, de plus en plus attentivement (passant insensiblement de très à trop), il s'avère qu'elle est aussi poète-amateur (poétesse-amatrice ?), et lorsqu'à une des réunions elle lit une production du gamin en la faisant passer pour sienne (et en suscitant l'admiration du "prof"), on se dit que les choses commencent à aller de travers.
C'est bien le cas, et ça ne va pas aller du tout en s'arrangeant. L'institutrice, donc, et le gamin, le mari de l'institutrice, la nounou, puis bientôt le père du gamin et le "prof" de poésie, voilà pour les protagonistes principaux de ce jeu de société dont les coups et les permutations vont se succéder de plus en plus vite, et mettre le spectateur de plus en plus mal à l'aise, sans toutefois que rien de "gore"  soit jamais montré à l'écran.
C'est brillamment filmé, de plus en plus même, au fur et à mesure que la situation se complexifie. Le réalisateur n'en fait jamais trop, au contraire, il opèrerait plutôt par soustraction, minimisant ses rebondissements, tamisant ses effets. On accompagne cette jeune femme finalement assez mystérieuse. Elle nous prend par la main, comme le gamin, et des fois on n'a pas vraiment envie de la suivre mais on le fait quand même. Comme par fascination. Jusqu'à un final somme toute logique mais qui vous laisse sur votre fauteuil, un peu sonné, lorsque les lumières se rallument.
C'est vrai que, dès que ça parle hébreu dans un film, je suis déjà heureux a priori. Lorsque le sujet est original, encore plus ; si la mise en scène est à la hauteur, et rend le traitement vertigineux, je deviens béat, et si, en plus, sont distribuées (de façon toujours justifiée) quelques sympathiques QV, alors là j'ai du mal à trouver le qualificatif...
Top 10, (ou 18, je ne sais plus)...

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21 août 2014

sutemaru

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA
d'Isao Takahata

Hervé nous l'avait vanté. Une foi(s) de plus, il avait raison.
Non seulement l'histoire est belle, mais l'animation l'est encore plus. Un film d'animation de 2h20, il avait intérêt à nous sortir le grand jeu, pour pas qu'on trouve le temps long. Là, bingo! Tout est bien dans ce conte multiforme ( /bébé trouvé dans un bambou par un humble coupeur de bambous appelé à devenir une princesse /  enfance joyeuse et insouciante de la fillette / départ à la ville où son "père", un parvenu, fait faire son éducation pour qu'elle devienne une vraie princesse  / défilé de notables qui veulent l'épouser / épreuve imposée à chacun des prétendants de ramener un cadeau introuvable comme preuve d'amour / ratage des prétendants / recherche de l'amour vrai / explication finale... /) dont les pans de récits successifs, utilisent plusieurs styles  d'animation.
On n'est pas du tout dans la "ligne claire" du collègue Miyazaki, il s'agirait plutôt de peinture, et de touches de pinceaux. Le résultat est fascinant, que ce soit dans le rendu "bucolique" réaliste (la nature, les animaux, les végétaux) ou simplement technique, graphique (une fuite représentée quasiment en noir et blanc, avec juste une tache de rouge, en traits nerveux et fuyants).
Chacune des époques (l'enfance insouciante, la "formation" et ses contraintes, l'adolescence et ses tiraillements) est l'occasion d'un traitement particulier, par ses éléments graphiques spécifiques autant que les émotions suscitées. Pauvres et riches, nobles et parvenus, empereur et peuple, ville et campagne aujourd'hui et hier, amour et amitié, tous ces antagonismes sont utilisés pour étayer le récit de cette jolie princesse Pousse de bambou, de ses parents, de son ami d'enfance, dans un grand film majestueux dont on ne voit pas s'écouler les 140 minutes...
Bien entendu, dans le bôô cinéma, ils ont comme d'hab' rallumé les lumières avant la fin (on se demande, finalement, pourquoi ils les éteignent) mais tant pis, ça ne faisait rien, fascinés qu'on était par ce qui se passait sur l'écran, fascinés, bouche ouverte et yeux brillants, comme les enfants, à rester assis sagement, comme ça, jusuq'au bout du bout, à écouter cette jolie chanson mélancolique sur le générique final...
Oui, un film vraiment magnifique. Où on pourrait, avec justesse et sans mièvrerie, utiliser l'épithète gracieux.

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18 août 2014

cartes postales de vacance(s)

Top10 des gens à qui je vais envoyer des cartes postales de vacance(s)
(Top 10 bien obligé, puisqu'elles se vendent par 10, et que je n'en ai commandé qu'un lot)

1) celles et ceux qui m'en ont envoyé une, et donc, le méritent :
- Emma et Régis
- Pépin
- Dominique
- Catherine
- Catherine et Claude
- Phil et Fran
2) celles et ceux qui ne m'en ont pas (encore ?) envoyé, mais qui, allez donc savoir pourquoi, le méritent quand même :
- Marie
- Manue
- Hervé et Dominique
- Zabetta

…et voilà, il n'en reste déjà plus!

 

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16 août 2014

une année de papier

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Une excellente surprise, trouvée (9€, tout de même!) chez le bouquiniste de la rue d'Anvers, en fouillant dans son rayon de NRF que je pensais pourtant bien connaître... Le titre m'a plu, et le sous-titre, la dernière de couv' aussi, et je l'ai feuilleté... tiens, des notes, tiens des dates, tiens ça commence le 1er janvier, tiens ça finit le 31 décembre, tiens, il a écrit quelque chose chaque jour, et j'ai réalisé que mine de rien, je commençais à le lire...
Je l'ai reposé, à quoi bon etc. J'avais déjà un volume de théâtre de Grumberg en poche et donc. Et très vite je me suis ressaisi, je l'ai repris : ce livre, il était fait exactement pour moi (j'adore les fragments, j'adore les notes, j'adore les journaux). Et je l'ai donc acheté, et le Grumberg aussi, et le gentil bouquiniste m'a fait un rabais sur l'ensemble, puisque je prenais les deux.
Je ne connaissais pas du tout Hédi Kaddour. (Je me suis renseigné depuis). C'est un universitaire, un prof, un romancier, un poète, un "théatreux", un observateur, un critique... Et toutes ces facettes sont représentées dans ces Pierres qui montent (quelle belle image pour un titre!)
A chaque jour donc, son écrit, parfois juste quelques lignes, parfois plusieurs pages, et on avance ainsi dans l'année... Jour après jour, journalier, journaliste... Je pense (je suis sûr) que mon ami Philippe devrait adorer ça : croquis sur le vif de gens vus dans le métro, dans la rue, ou ailleurs, notes sur des écrivains ou des ouvrages pour la préparation des cours (Colette, Céline, etc.), notes de lecture(s) sur des écrivains que j'aime (Perec, Renard, Junger, Handke, beaucoup de ceux qui ont tenu un journal, ah j'oubliais, je pense qu'il est aussi traducteur), scènes de la vie professionnelle ou sociale, corrections (et variations sur les corrections), idées, il est beaucoup question de mots, d'écriture, de grammaire, de rythme et de structure, (de "prosodie"), sous forme de flashes (d'épiphanies ?) ou bien d'observations plus construites et structurées, très érudites (j'avoue que j'ai des fois zappé  dans des pleines pages sur Beckett, par exemple) mais aussi de gens, d'universitaires, d'amis, de collègues, de "rivaux", de gens connus ou inconnus (j'adore quand il a la dent dure et sans pitié contre Amélie Nothomb, ou Marc Lévy, ou...), mais aussi simplement d'instants, de fragments, de descriptions d'une photo ou d'une scène de film (ou d'une pièce de théâtre).
C'est très agréable à lire (j'avais écrit "vraiment" et je l'ai retiré,- cet homme est aussi un observateur impitoyable de l'écriture des autres (mais aussi de la sienne) et de l'écriture en général, notamment sur l'utilisation des adverbes en ment -) , et la forme "calendrier" rajoute encore du plaisir à l'exercice, en  l'ordonnant, et contrebalançant ainsi par cette stricte suite de dates (en ce moment précisément où je suis plus encore que d'habitude attentif au temps qui passe, à la succession des jours, à ce que représente un an, à tempus fugit, à trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote souviens-toi* et autres considérations sexagésimales) l'aspect peut-être un peu brouillon, épars,"désinvolte" qu'un survol de ces pages pourrait accréditer. A tort.Le calendrier comme une rambarde en quelque sorte, un garde-fou.
Et ce bonheur de lecture donne envie de lire d'autres choses de lui.

* Baudelaire, cité par Mylène Farmer, hihihi

10 août 2014

dany aime les sucettes

(On en remet une couche sur
XENIA,
revu dans le bôô cinéma..)

Peut-être juste pour le plaisir d'écrire le jeu de mots du titre ?
Non, juste pour dire encore deux ou trois choses...
Que, paradoxalement, par rapport à la première vision il m'a semblé à la fois encore un peu plus mal fichu, et encore beaucoup plus attachant (vous verriez la tête que font P*sitif ou Les Cahiaîs, petites mines et bouches pincées...). Queer, complaisant, foutraque, follasse, maladroit, sucré, nunuche, lascif, oui, oui, tout ça mais surtout, surtout attachant, touchant, troublant... (oui oui je reconnais, ca n'est pas véritablement à cause de l'intrigue, un peu lâche et molle du genou, ni à la mise en scène, un peu trop indécise, c'est plutôt dû, comment dirais-je, aux deux interprètes principaux (trois, quand même, avec le lapinou) qui sont, chacun dans leur genre, à tomber, mais, encore plus, à la réussite (à l'évidence, à la justesse) du duo qu'ils composent (comme disait je ne sais plus qui, "où le tout serait supérieur à la somme des parties").
Que, si le film n'est pas parfait, eux deux, en tout cas, le sont (sans qu'on ait, justement, l'impression qu'ils ont eu un effort à faire pour ça, tellement les personnages qu'ils composent semblent leur ressembler vraiment (peut-être que, dans la réalité, Dany est un peu moins blonde, et Ody un peu moins hétéro -on peut rêver hihi-.
Que j'avais, lors de la première vision "zappé" une autre chorégraphie (la première, en fait, avec le patronne - la patron ?- de la boîte), ce qui prouve que des fois je m'endors sans même m'en rendre compte...
Que la choré entre les frèrots bourrés, sur Rumore (de Raffaella Carra, j'ai vérifié au générique) est vraiment un grand grand moment
Que si Ody est incontestablement le plus mâle des deux, la valeur euh... n'attend pas le nombre des années, et que dans la scène AQV il apparaît clairement, même si c'est assez furtif, que le jeune Dany est... mieux équipé que son grand frère pour affronter la vie dirons-nous
Que c'est bien de partir, finalement, comme ça, sans savoir si c'était vraiment leur père ou pas ("On s'en fout", dit Ody, ce qui résume assez bien la situation à la fin)

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9 août 2014

pare-chocs

PALERME
d'Emma Dante

Le lendemain, même cinéma, même heure, mais on change de lieu, et nous voilà en Italie (le titre original donne le nom de la rue, tandis que le titre français a préféré celui de la ville). On suit d'abord deux groupes de personnes distinctes : d'un côté deux femmes qui se chamaillent dans une voiture (on apprendra bientôt qu'elles vont à un mariage et qu'elles sont "amies") et de l'autre une vieille femme qui va d'abord au cimetière, fleurir une tombe, puis à la plage pour récupérer -on l'apprendra rapidement- son mari, sa belle fille, les gamins, etc. Qui vont tous s'entasser dans une voiture pour rentrer à la maison. Sauf que. Alors qu'ils sont presque arrivés, ils empruntent une rue assez étroite, et au même moment (magie du cinéma) emprunte en sens inverse la même rue la voiture contenant les deux copines chamailleuses vues précédemment. Aïe! Les deux voitures pilent, face à face, on sort la tête par la portière, exhortations à l'italienne, on suggère de façon plus ou moins fleurie à la voiture d'en face de faire machine arrière, les conductrices s'affrontent du regard à travers leurs pare-brise respectifs, tandis que les différents passagers s'essaient à la médiation, chacun à sa façon, mais rien n'y fait. Assez vite, elles coupent toutes les deux le contact, et c'est un genre de guerre des nerfs (de lutte à mort) qui s'engage entre les deux : laquelle sera la plus forte, la plus têtue ?
Et c'est sur cet argument a priori mince que va se construire tout le reste du film. Sur ce blocage, ce choc frontal, ce duel. On est donc comme elles, immobilisés devant notre écran et dans cette rue où vont défiler toute une série de personnages, depuis la famille proche (qui vit dans la maison juste au-dessus ou presque), en passant par les voisin(e)s venu(e) prêter main-forte, ou même les simples -et accidentels- passants.
Le film va finir la journée, passer la nuit, mais la vie continue, et il faut bien manger (c'est réglé assez vite), faire pipi (ça aussi, c'est arrangé, dans une scène très "Il était une fois dans l'ouest"), dormir ("rêver peut-être dirait Shakespeare) tenir jusqu'au lendemain matin, pour le dernier acte, et se conclure par une scène absolument magnifique qui vaut à elle seule le déplacement, -comme si tout-un-chacun, après ces quatre-vingt-dix minutes ou presque d'immobilisation forcée (doublement, dans le cas du spectateur) avait soudain furieusement éprouvé le besoin de se dégourdir les jambes.-
Le film est l'adaptation du roman de la réalisatrice, et elle joue également dedans (c'est elle la conductrice de la deuxième voiture) c'est dire si visiblement le sujet lui tenait à coeur. Elle s'en sort, comme on dit "avec tous les honneurs", même si, de par son sujet même et le traitement qu'elle en fait, parfois la narration souffre de quelques trous d'air et/ou de quelques digressions  pas tout à fait indispensables (les paris, par exemple) mais par bonheur aussi nous gratifie de quelques scène délicieuses, qui ont toutes d'ailleurs à voir avec le sommeil (le jeune homme qui fait la sieste tout nu sur son lit, la vieille dame dans la chambre, les deux demoiselles dans la voiture... )
Buona notte... Sogni d'oro...

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1 août 2014

"payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté"

MAESTRO
de Lea Fazer


Oh que voilà un film parfaitement exquis.
Ex-quis, oui.
Et pas du tout juste parce que Pio Marmaï en est le héros (d'ailleurs, il n'a même pas de barbe dedans, c'est dire!). Non, c'est tout l'ensemble : le scénario (c'est d'après l'histoire -vraie- survenue à Jocelyn Quivrin, qui fut engagé sur Les amours d'Astrée et de Céladon, le dernier film d'Eric Rohmer, alors que ce n'était visiblement pas, au départ, sa tasse de thé -plutôt a priori Vin Diesel et Bruce Willis-, mais qui en fut , progressivement, puis finalement si enthousiasmé - et chamboulé- qu'il avait ensuite décidé d'en faire un film, à hommage à Eric R., mais, pas de bol, il est mort (accident de voiture) en cours d'écriture du scénario, tandis que Rohmer mourait lui aussi (accident de vieillesse) et c'est donc Léa Fazer, la co-scénariste, qui a repris l'affaire, bouclé l'écriture, et tourné le film qui en a découlé), les références et les citations, le "film dans le film" (on assiste donc au tournage en live d'Astrée et Céladon), procédé qui ne peut que plaire doublement à tout amateur cinéphile (oh oui j'ai toujours adoré les films avec un autre film dedans), les interprètes : Pio Marmaï, donc, mais aussi Michael Lonsdale dans le rôle de Cédric Rovère, Dominique Reymond dans celui de son assistante, Déborah François dans le rôle de la starlette indécise... -il faudrait citer tout le monde- , l'humour -j'ai gloussé de rire et de plaisir pendant tout le film-, la tendresse, l'humanité, le sens du détail, le journal du tournage, l'éloge de la culture (qui cultive ??? private joke hinhin), le regard à la fois amusé et admiratif, l'hommage à la fois attendri et lucide, le mélange des genres, les répliques qui font mouche... je pourrais continuer ainsi longtemps. (mais je m'interromps car il fallait bien que cesse aussi cette interminable phrase de quinze lignes...)
Un film typique de la catégorie "tendrement drôle" (ou drôlement tendre), parfait pour ensoleiller les jours où il pleuvine, et tout aussi idéalement rafraîchir les jours où il fait soleil...
Un film bonhomme, érudit et papelard comme le personnage de Lonsdale, un film rigolard trivial et chien fou comme celui de Pio Marmaï, un film humain et attentif aux autres comme celui de Dominique Reymond, un film fragile et diaphane enfin, comme Déborah François...
Oui, je me suis régalé.

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8 août 2014

cafards

LEÇONS D'HARMONIE
d'Emir Baigazin

Un film kazakh, c'est toujours la promesse d'une grosse rigolade (oui je plaisante hon hon). Celui-ci était passé au FIC*, mais je n'avais pu l'y voir, et j'ai donc profité de cette unique séance hebdomadaire à l'Eldo pour y amener Catherine et Dominique, sans absolument rien en savoir, à part que Jacky avait trouvé ça magnifique et souhaitait que nous le reprogrammassions.
Magnifique, oui, ça l'est, belles images, compositions impeccables, lumière peaufinée, oui, techniquement c'est une vraie merveille  beauté et rigueur. Mais c'est un film tout aussi dur qu'il est beau. Autant le fond de l'histoire est  âpre, dérangeant, autant le travail de mise en scène est sidérant (par un jeune réalisateur de tout juste 30 ans), et tout spécialement le soin apporté aux cadrages (somptueux, de bout en bout).
Ca commence bucolique comme un documentaire sur la vie rurale kazakh, et ça finit avec une belle scène onirique (comme on pouvait en trouver dans le très beau L'autre rive (en Géorgie, contrée tout aussi bucolique et riante, je plaisante encore hon hon) avec, entre les deux, pas mal de coups, de violence, de menaces, de vengeance...
Aslan vit avec sa grand-mère, il commence le film en égorgeant, épluchant et découpant un mouton (le documentaire que j'évoquais ), puis il va à l'école pour passer la visite médicale (il est question d'érection, à cause de la jolie infirmière, de coup de règle en fer pour y remédier, et d'un verre d'eau comme solution ultime, verre d'eau qui va occasionner une plaisanterie dégueulasse et bizuthatoire  de la part de Bolat, petit caïd du collège, contre lui, d'Aslan le taciturne, qui va, suite à cet incident, être ostracisé par ledit Bolat, toute sa bande, et le reste des élèves qu'il tient sous sa coupe.
On reste dans le documentaire, par la description des cours, mais aussi de ce racket pyramidal mis en place pour tous (les "moyens" rackettent les "petits", mais sont à leur tour dépouillés par les "grands", qui doivent eux rendre compte à des "plus grands" qui sont soumis à des "encore plus grands"... et ainsi de suite (représentation assez juste de la chaîne alimentaire "normale", mais rapportée aux humains cette fois). Car le mécanisme mis en place, celui de la violence et des réactions qu'elle provoque, ou risque de, va ensuite, comme dans une boite à musique qu'on remonte, se dérouler placidement,  implacablement. Plutôt comme une bombinette à retardement dont on assiste à la fabrication, et dont on sait qu'elle va forcément finir par exploser. Tic tic tic. Et avec les moyens du bord (car Aslan est bricoleur, un vrai petit Mc Gyverkazakh), ce qui ajoute un petit parfum rustique et do-it-yourself à ce qui aurait pu n'être qu'une banale histoire d'humiliation et de vengeance (ah, la mignonnette petite chaise électrique pour cafards...).
Il y a quelque chose de Bresson, peut-être, dans cette "stylisation", cette façon de simplifier, d'"économiser" (cf l'histoire des baskets), dans les ellipses culottées du récit (ce n'est pas le meurtre qui est intéressant, ce sont ses conséquences) et aussi dans le constat plutôt désespéré sur la nature humaine en général et kazakh en particulier. Et le sentiment de malaise est encore accentué par la dernière partie du film, nous narrant par le menu les méthodes de la police kazakh lors des interrogatoires, avec autant d'attention et d'objectivité que lors de la scène d'ouverture, avec l'abattage du mouton).
Un film, brutal, cassant, qui coupe la respiration (on a bien besoin d'au moins tout le long -et silencieux- générique de fin pour reprendre ses esprits, et c'est à ce moment, en sortant, que j'ai senti les larmes monter.)

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12 août 2014

ne pas s'opposer au mal

WINTER SLEEP
de Nuri Bilge Ceylan

Avant-première, mardi soir, donc, de la grosse Palme d'Or de mon NBC chéri-chéri, à 20h pour cause de durée hors-norme (3h15 annoncées!), en conclusion donc de cette journée ciné éclectique (Gaudi et Clément auparavant). J'y allais sereinement (les trucs de Turcs,, j'adore...). Je ne sais pas si j'avais lu auparavant quelque chose dans ce sens (pourtant il me semblait avoir pris soin de ne lire aucune critique) ou peut-être alors était-ce très en amont, mais, assez rapidement (après la première partie par moi dite "de la vitre cassée") je n'ai pu m'empêcher de penser et re à Tchekhov (mais peut-être répète-je, était-ce juste une réminiscence de quelque chose de déjà lu, et soigneusement rangé dans un tiroir de la tête), surtout vu le dispositif adopté -longuement- par Nuri Bilge Ceylan : une pièce bien au chaud (présence d'un poêle, d'une cheminée...), une ambiance douillette (volèteraient les mots datcha, moujik, samovar...), par opposition à la caillante qu'on suppose dehors, et, là, des personnes qui parlent, qui essaient de se dire des choses pas forcément faciles à dire, ni à entendre pour l'autre. Le plus souvent deux, quelquefois trois : le patron et son "homme à tout faire" (je ne peux pas écrire sous-fifre, il y a un mot plus juste ah oui c'est intendant), le frère et la soeur, l'épouse et la belle-soeur, le mari et la femme, l'hôtelier et le client, le civil et l'imam, etc.
Il est question d'argent, souvent, de sentiments presqu'aussi souvent, et de conflits, qu'ils soient moraux, affectifs, ou financiers, à régler, de dilemmes, d'interrogations, dans une succession de chapitres à coutures plus ou moins apparentes (après "la vitre brisée", il y aurait "la visite de l'imam', puis "règlements de comptes", puis "la collecte de fonds", puis etc.).
Cette succession d'histoires dont aucune n'est complètement indépendante, cette "littératuritude", cette théâtralité (la moitié du film au moins se passe en intérieur(s), comme je l'ai dit plus haut, avec des gens qui parlent) sont revendiquées par le réalisateur au générique "d'après des nouvelles de Tchekhov". Ah, ouf! il me semblait bien, tout de même!
Qui dit Tchekhov dit, bien sûr, importance des sentiments, structure affective démantibulée, regrets, hésitations, frémissements, demi-aveux, incertitude (j'ai une structure affective assez tchekhovienne me semble-t-il). Des sentiments au coeur des personnages, et des personnages au coeur d'un paysage. Cette "intériorisation" se fait avec soin,  progressivement, d'un plan très large (extérieur jour) immensité enneigée, voiture orange, zigzags, à un plan très rapproché (intérieur nuit), visages, regards, trois-quart face, respirations, grain de peau, et mots, bien sur. Formules qui font mouche."petites phrases", jolie musique aussi. Des mots qui font écho, qui se répercutent. Du geste-dehors vers la parole-dedans.
Un vieux mari riche, sa jeune et jolie femme désoeuvrée, une belle-soeur seule après avoir quitté son mari, un jeune et vigoureux instituteur, un vieil ami dévoué, un imam cauteleux, un enfant mutique, un motard épris de liberté, un intendant dévoué... Les associations possibles sont multiples, et celles choisies par le réalisateur ne sont pas toujours  celles qu'on aurait pu penser (quoique).
Quand le film se termine, on est déçu : ces trois heures quinze, finalement..., on aurait voulu que ça dure encore plus longtemps (et pourtant je me souviens, au milieu du film, lorsqu'une succession de "règlements de comptes en chambre" vient un peu, semble-t-il, ralentir -alourdir- le propos et faire clignoter mes petits yeux (il manquerait  quelques respirations bienvenues, quelques fenêtres entrouvertes dans la chambre du récit pour y amener un peu d'air) m'être dit - à ce moment- que je n'étais pas sûr d'avoir forcément envie de le revoir, ce film.
Alors que, bizarrement, une heure et demie plus tard il n'était  plus question de ça, parce que NBC avait justement (précisément), bonheur, su rebondir, sortir de l'intériorité du dialogue, et s'en aller marcher un peu dans la neige pour se rafraîchir les idées, rêver d'ailleurs devant un motard ou un cheval à peine apprivoisé, s'en jeter quelques-uns derrière la cravate, délirer entre potes, et même, si si, vomir un peu... parce que, bon, les déchirements feutrés bergmano-antonioniens ça va un moment hihi...)
Et on repart la tête pleine de cette lumière, de cette blancheur, de ce froid, de ces silences, mais aussi, finalement, de cette émotion.
Tout bénef : on a eu pour le même prix (modique, achetez des abonnements au Plazza Victor Hugo!) un défilés de Turcs pur jus (huhu), du théâtre de chambre, des nouvelles de Tchekhov, des affrontements et des réconciliations, un manuel de dressage, une attaque -plaisante- contre la religion et ses faux-semblants, plein de choses sur lesquels réfléchir à propos du couple, de la famille, de l'argent, de l'amour, avec, en plus, la magnificence des paysages anatoliens sous la neige, et celle des variations pileuses faciales des autochtones...
Le seul petit truc qui me chiffonne, c'est pourquoi avoir traduit le titre original en turc (Kış Uykusu) n'a-t-il pas été traduit tel que en français (Sommeil d'hiver) mais a gardé le titre international ? (Winter sleep, ce qui fait quand même con pour un film turc, non ?) pour économiser les affiches ? pour faire croire à tout-un-quidam que c'était ricain  je ne sais quel film de super-héros ? Mauvais calcul, inutile, en tout cas, le tout-un-quidam en question ayant déjà tourné les talons à la vu de la mention "Palme d'or", et, en plus, le 7 août (ça aussi c'est du grand marketing!), vous croyez vraiment qu'il aurait le coeur à ça ???

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(vu les différentes affiches, ils ont dû penser qu'au mois d'août on serait en short et en espadrilles, rouges et suants, écrasés de chaleur, et que toute cette froidure enneigée (neigeure enfroidée ?) ne pourrait que nous faire méga-envie...)

30 juillet 2014

photographies

BOYHOOD
de Richard Linklater

Deux heures quarante-cinq ? Vous rigolez , on n'a pas vu le temps passer...
Sauf que si,eh eh,  justement,  on n'a fait que ça, parce que c'est le sujet  du film et son matériau même, oui, on n'aura vu que ça, que ce gamin couché dans l'herbe, au début du film, à 6 ans, qui va se mettre ensuite à grandir quasiment à vue d'oeil, comme dans ces images scientifiques accélérées de fleurissement des plantes ou de n'importe quel autre processus naturel et pas forcément visible à l'oeil nu (sauf, peut-être exceptionnellement pour un observateur trèèèèèèèèèèèès patient), et ce même Mason, douze ans (et presque trois heures) plus tard, qui, majeur, quitte la chaleur du foyer dans son vieux pick-up pour voler enfin de ses propres ailes... Entre ces deux poses, on l'aura vu, précisément,  grandir, et sa soeur, et sa mère, et son père, et son beau-père, et son autre beau-père (mais pas tous en même temps),  et c'est indiscutablement ce qui rend ce film si fascinant, de les voir, tous ces personnages, vieillir, au même rythme, ce qui les rend si attachants, comme si on était un bibelot posé sur la cheminée et qu'on les observait, mine de rien, et qu'on  finissait par faire quasiment partie des meubles de la famille.
Oui, on les aura vus grandir en vrai, puisque le film s'est étiré sur douze ans, en temps "réel"), chaque année occasionnant le tournage de quelques scènes où l'on perçoit -ou pas- l'évolution de chacun, comment le temps a passé, pour lui, pour elle, pour eux, et, comme dans nos vraies vies à nous, à chacun(e), comment, finalement, subsistent dans la mémoire des temps forts (ruptures, crises, scènes, cris, colères, déménagements, séparations) mais aussi, en contrepoint (en contrepoids ?) des moments plus anecdotiques, plus tendres, plus doux, plus "creux" en apparence, comme chacun de nous en a dans sa mémoire. (Pourquoi mémorise-t-on, inexplicablement -et tout aussi définitivement- certains instants fugitifs où presque rien ne s'est passé en apparence, et pourtant qui restent imprimés, qu'on n'oubliera jamais ?).
Je l'ai déjà écrit et répété : pour moi la famille est quelque chose d'exotique, un objet de curiosité, de fiction quasiment, et donc, comme dans ce cas précis, un parfait sujet de film. D'autant plus qu'aux événements disons, inévitables de ce genre de saga (mariages, naissances, séparations, remariages, décompositions/recompositions familiales) et "générales", le réalisateur a rajouté des choses plus accidentelles, même si parfois récurrentes (la bibine, l'enseignement, les bagnoles, la photographie), plus "individualisées". Que, visiblement chaque personnage a plus ou moins apportées avec lui. Ou proposées au réalisateur. Dans les interviews, du réalisateur ou de Patricia Arquette, il apparaît que le travail d'écriture s'est, de plus en plus, effectué collectivement. Richard Linklater savait grosso modo les éléments qu'il souhaitait voir figurer dans son récit -dont il connaissait, par exemple, très précisément la fin-, mais, au fil des années, le travail scénaristique s'est semble-t-il élaboré de plus en plus collectivement, à la "famille fictive" du film correspondant une "famille réelle", composée des mêmes mebres que l'autre, mais qui avaient à chaque fois "grandi", en vrai, depuis le dernier épisode (muri, changé, évolué...) et faisaient des propositions en conséquences (ne serait-ce que  par leur physique ou  leur jeu).
Une autre chose importante (un autre choix fort) c'est que les "tranches" successivement ne soient jamais marquées nettement, ni datées, ni... tranchées explicitement. Au spectateur d'être attentif et de se faire sa propre chronologie (mais, sauf au tout début, c'est généralement assez facile), et, attentif, et je vous promets que je l'ai été ! je ne pense pas avoir manqué ne serait-ce qu'une seconde de cette histoire, tellement je trouvais ça bien.
Et à cette fameuse dernière scène (et même, et surtout, à l'avant-dernière) je peux vous dire que les larmes me sont venues aux yeux, wouf! comme ça sans que je m'y attende, tellement j'avais l'impression, magie du cinéma, que c'était mon grand fiston à moi qui fêtait son diplôme, ce gamin que j'avais quasiment vu grandir comme ça, wouf! en deux heures quarante et quelques, et devenir ce grand beau jeune homme piaffant de dix-huit ans qui n'allait pas tarder à disparaître de ma vie, après toutes ces années passées ensemble...

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22 juillet 2014

les quatre pieds blancs

L'HOMME QU'ON AIMAIT TROP
d'André Téchiné

Finalement, les films, c'est mieux de ne pas trop les attendre. (Comme dirait Snoopy, "Qui n'espère rien n'est pas déçu..."). Par exemple, ce dernier film de Téchiné que je n'avais pas trop envie de voir, de par son thème et les échos que j'en avais, j'en sors, et bien je dois dire que c'est plutôt une bonne surprise.
Je précise que téchiné et moi c'est une longue histoire d'amour cinéphile, je le suis comme on dit "depuis ses débuts" et plusieurs de ses films sont pour moi autant de pics cinématographiques : Souvenirs d'en France (est-ce que quelqu'un va enfin un jour se décider à le ressortir en dvd ?), Barocco, Les roseaux sauvages, Le lieu du crime, Hôtel des Amériques... Bon, André et moi, c'est tout de m^me une histoire de 40 ans, une amitié amoureuse, avec des hauts et des bas, comme toute liaison qui perdure... avec, il faut le reconnaître, sur les derniers films, un peu plus de bas que de haut, ou une certaine tiédeur de ma part. J'y suis allé, à chaque fois, parfois par envie et d'autres par habitude (c'est un peu pareil avec Woody Allen).
"un film de fiction basé sur des faits réels" . Mmmh, il l'avait déjà fait pour La fille du RER, et le résultat ne m'avait pas enthousiasmé. L'affaire Le Roux/Agnelet, j'en ai vaguement entendu parler, je sais qu'il y a eu trois procès, que le cadavre n'a jamais été retrouvé, et c'est tout. Je ne connaissais pas du tout l'arrière-plan financier (casino et gros sous), et j'ai donc regardé ça comme une histoire inventée, comme un film "normal", et c'est plutôt pas mal : Deneuve chamarrée en patronne de casino, Canet cintré en costume trois-pièces, et, surtout Adèle Haenel, teinte en brune (et qui a plutôt très bien grandi depuis Naissance des pieuvres) en héritière manipulable. et on retrouve même, dans le rôle du chauffeur (je lis attentivement les génériques), Mauro Conte, ce jeune et charmant rital qui jouait déjà dans Impardonnables, le précédent Téchiné... (mmmh mmh, moi, je dis ça je dis rien, hein...).
Il s'agit donc, surtout, comme souvent chez Téchiné, d'une histoire d'amour, (et même, bien sûr, d'amour malheureux), conjuguée à la tout aussi habituelle  problématique des relations familiales difficiles (ici, entre mère et fille). Oui, j'ai donc fait abstraction de la "réalité" (effets divers) pour ne m'attacher qu'au film proprement dit, à ses qualités d'écriture et de mise en image (de fort élégants mouvements de caméra au-dessus du vide, notamment, viennent ainsi, de temps en temps, aérer le récit et en accentuer le malaise.)
Guillaume Canet compose, sobrement, un personnage assez ambigument lisse (lissement ambigu ?) dont on se demande, tout compte fait, comment il peut bien provoquer de telles commotions amoureuses, face à une Adèle Haenel que j'aime toujours autant, à la fois frondeuse et fragile, méfiante et crédule, tout ça sous le regard impérial (et de plus en plus inquiet) de l'impériale Catherine (qui a tourné une sacré flopée d'excellents films avec notre ami André T.)
C'est le genre de film dont on sait a priori, et encore plus paradoxalement ici, dès le début comment ça va finir (elle disparaît, et ce n'est ici un spoiler pour personne j'espère!) et j'aurais donc bien aimé que le film s'achève sur cet énigmatique plan de jet d'eau, sur cette absence, sur cette disparition...
J'avoue que la dernière partie, genre "hmm années ont passé..." n'est, pour moi, ni la plus palpitante et la plus indispensable (je trouve toujours les maquillages de vieillissement plutôt pénibles, et, ici, Canet s'en sort presque mieux que Deneuve, en sur-vieillie à canne et perruque grise), mais, heureusement une très jolie scène de flash-back (qu'on n'attendait quasiment pas) vient parapher plutôt gracieusement l'ensemble.

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16 juillet 2014

les petits plats dans les grands.

ON A FAILLI ÊTRE AMIES
d'Anne Le Ny

Devos + Viard + Le Ny , ça faisait déjà trois bonnes raisons d'aller voir ce film. Je l'ai vu il y a déjà quelques temps, je l'ai bien aimé, mais je n'ai même pas eu/pris le temps de le chroniquer... Pourtant. Ca vaut bien mille Sous les jupes de filles... Deux portraits de femmes, une qui bosse à l'ANPE et l'autre qui, femme de restaurateur étoilé et médiatisé, voudrait soigner l'eczéma qui la prend chaque soir où il vient faire la patronne en salle. Celle-là (Viard) va tomber amoureuse du mari de celle-ci (Devos) et donc tout faire (et plus encore) pour qu'elle trouve un stage et le recyclage idoine(s), impliquant la réinsertion et la séparation d'avec le mari en question.
Les deux actrices sont au mieux, le mari (Roschdy Zem) est très bien lui-aussi, mais ce que je retiendrai surtout du film (rose aux joues) c'est un "second rôle", le collègue de Karin Viard, celui qui "ressemble à un raisin sec", et qui va d'ailleurs partir en retraite vers la fin du film. C'est un acteur délicieux que je suis, de loin en loin, au fil de ses seconds rôles, justement, et ce depuis le très touchant Nadia et les hippopotames, de Dominique Cabrera. il s'appelle Philippe Fretun et je l'adore, voilà.

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philippe fretun

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