THE CLOCK
de Christian Marclay
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«The Clock» (2010). (Photo Christian Marclay. Courtesy White Cube. London and Paula Cooper Gallery. New York)
Yesss!
Je l'ai fait, j'y suis arrivé, j'ai réussi, j'en reviens, et j'en suis encore tout chaviré. De quoi ? de la projection en intégrale de The Clock, le film-mon(s)tre de Christian Marclay qui dure 24 heures, (en fait c'est une "installation-vidéo"), au Centre Pompidou-Metz, et que j'ai donc visionné pendant quasiment la même durée (en principe de samedi 10h à dimanche 10h, mais en réalité pas tout à fait.) Soit vingt-quatre heures moins quelques brouettes.
J'avais déjà pris mon billet de train pour Paris au mois de juin lorsque la même chose avait été annoncée à Beaubourg, à l'occasion de la fête de la musique, mais les trains avaient été en grève (en fait, juste celui-là) et j'en avais été très malheureux, mais intégralement remboursé (rendonz à César, etc.)
Le film The Clock dure 24 heures parce qu'il retrace un jour entier (de 0h00 à 23h59), chronologiquement, avec uniquement des extraits de films (au minimum 60x24, puisque chaque minute de la journée y est représentée, et dure (exactement ?) une minute, puisque The Clock est aussi, tout le temps, les directives du réalisateur quant à ses conditions de projection sont extrêmement claires là-dessus, un film qui donne -exactement- l'heure à chaque instant, mais (j'en reviens au nombre des films) en réalité beaucoup plus puisque chaque minute (comme dit Christian Marclay, "C'est long, une minute..."), peut être composée d'un nombre variable d'extraits de films, selon la richesse de l'iconographie du moment en question. C'est toute l'histoire ou presque du 7éme art qui est conviée (noir et blanc, couleurs, polars, classique, sf, art et essai, horreur, comédies, thrillers), des acteurs et actrices connus et immédiatement reconnaissables, et pas mal aussi d'obscures et d'obscurs qui ont pourtant laissé leur trace, furtive. On y voit apparaître aussi un certain nombre de séries télé célèbres (Columbo, Mission Impossible, Mc Gyver, The avengers), chaque spectateur doit ainsi pouvoir y trouver son compte... La seule règle c'est que doit figurer à l'image une représentation de l'instrument de mesure temporelle avec le nombre y figurant, ou bien que le dit nombre soit prononcé dans le dialogue.
Je suis entré dans cet univers tictaquant à 10h08, et, immédiatement j'ai éprouvé cette fascination qui est au moins double, puisque, au jeu du passage du temps s'ajoute celui du cinéma (c'était qui ? c'était quand ? c'était où ?). Je dirais même triple, avec les enchaînements. Car Christian M. ne s'est pas contenté de poser simplement les extraits les uns au bout des autres, non, il a, en plus, effectué un véritable (et ahurissant) travail de montage pour que la succession des différents plans soit, c'est selon, percutante, bluffante, drôle, brillante, efficace, surprenante, et qu'il parvienne à chaque fois à nous surprendre et à nous donner envie de rester.
Bien évidemment, pas question d'une intrigue "cohérente" et suivie, mais les transitions fonctionnent à chaque fois, et font entrer les extraits parfaitement en résonnance. L'histoire se dévore elle-même, chaque moment successif n'existant qu'au temps de son présent, mais les relations (et les interférences) sont ingénieuses. Raccords de plan dans l'action (quelqu'un ouvre une porte, quelqu'un d'autre entre dans une pièce), dans l'espace, dans les acteurs, dans les lumières, dans les objets, en un marabout-bout de ficelle géant, sans oublier le travail incroyable effectué sur la bande-son (Christian Marclay est, à la base, un musicien), la musique, les sons, les bruits même, pour unifier encore cette énorme et hétérogène masse filmique. Aucun dialogue n'est traduit, mais ça n'est pas gênant (on n'est pas là pour comprendre, on est juste là pour ressentir, pour expérimenter, ce gigantesque voyage dans le temps).
Car c'est cela que Christian Marclay filme stricto sensu, le temps, le passage du temps, la succession immuable, inéluctable, inévitable, des secondes qui s'égrènent, des images qui s'enchaînent (et nous enchaînent aussi : le film a un effet incroyablement addictif, hypnotique, qui, au vu d'un plan, nous donne immédiatement envie de voir le suivant, puis celui d'après, et celui encore... quand on est là, il n'y aurait a priori aucune raison de s'arrêter, c'est fascinant...) tout un monde de cadrans, d'aiguilles, de sonneries de montres, de pendules, d'horloges, de réveils (une collection incroyable de "réveil-poule(s)", à toutes les époques), de bracelets-montres, de montres à goussets, et même de clepsydres et de sabliers divers (un cadran solaire aussi, si je me souviens bien ...)
Le dispositif de projection est très simple : "Le Studio", une vaste pièce sombre, un grand écran au mur, et, dans la salle des "canapés" rectangulaires (4 rangs de 3) pouvant accueillir, suivant l'affluence (et elle varia au cours des 24 heures, jusqu'à 4 personnes maximum chacun (pas des grosses, et en se serrant : pour deux c'est par-fait!)
Le matin, on n'a été pas beaucoup, puis la fréquentation a augmenté, au fur et à mesure qu'on se rapprochait de 20h, heure à laquelle le Centre fermait ses portes (on nous l'a annoncé une demi-heure, puis un quart d'heure avant) mais où la projection continuait exceptionnellement (et un accès extérieur étant aménagé pour que les spectateurs (suivant le souhait du réalisateur, puisse entrer et sortir à leur guise, libérant ainsi des places sur les canapés (qui étaient immédiatement occupées par ceux qui attendaient au fond contre le mur).
Le public a été assez nombreux jusqu'à 23h/minuit, décroissant ensuite progressivement. Il ne restait sur le coup de 3/4h qu'un "petit noyau d'inconditionnels", les canapés n'étant plus occupés, alors, que par une personne dans la majorité des cas, deux plus rarement. Sur le coup de 3h ont débarqué un groupe de jeunes qui, je pense, sortaient de boîte, et sont resté quelques heures, assez sagement d'ailleurs.
A 7h du mat', on était encore 7 ou 8.
Quand ils ont rallumé les lumières à 9h33 (les pompiers de service étaient venus gentiment un peu avant pour nous prévenir individuellement qu'ils allaient rallumer dans dix minutes et qu'ils feraient un strip-tease qu'on devrait alors tous sortir pour d'énigmatiques raisons (mais on aurait pu revenir à partir de 10h), on était encore 5 (dont un qui ronflait voluptueusement -et sonorement- depuis déjà quatre ou cinq heures, donc, peut-on vraiment le compter ?), on a donc retrouvé la lumière du jour, un peu hébétés, et j'ai alors pu discuter quelques instants sur le parvis avec un joli jeune homme barbu (il a engagé la conversation au moment où j'étais prêt à le faire, je vous promets) qui n'était là "que" depuis 18h (mais qui avait déjà vu un bon bout de la première partie directement à Venise, où, m'a-t-il assuré, "les sièges étaient meilleurs") et qui partageait visiblement mon enthousiasme véhément pour The Clock. On s'est séparés, il est allé récupérer son vélo, et moi je suis allé au parking, un peu inquiet de savoir ce qu'allaient me coûter, justement, 24 heures de parking (bah, 10,80€, à peine moins que ce que m'a coûté l'entrée à la projection : 12€, le total nous mettant, grosso modo l'heure de projection à un peu moins d'un euro, ce qui vaut la peine, non ?). J'avais envie de lui proposer de lui offrir un café (en tout bien tout honneur), mais va savoir pourquoi, état semi-comateux oblige sans doute, je ne l'ai pas fait... Quel idiot ! (moi)
Le problème inhérent au dispositif c'est que, de par sa nature même, il ne s'arrête jamais, et qu'il est humainement impossible de s'enquiller les 24 heures en continu sans en prerdre une miette. Dès qu'on a accepté le principe de la "non-narration", on sait que peut en manquer un bout ici, un bout là sans aucun problème pour la compréhension (mais avec toujours l'inquiétude de manquer un moment particulièrement réussi). Qu'on peut regarder un grand moment, et s'octroyer quelques minutes de pause pour les nécessités humaines.
Ainsi (Caliméro), lorsqu'à midi et quelques, le pompier m'a dit qu'on ne pourrait pas entrer dans l'immédiat, car il y avait un problème de son, et qu'il allait falloir une vingtaine de minutes pour le réparer -renseignement pris auprès d'un gens de la maison, il n'y a jamais eu la moindre défaillance technique depuis le premier jour (là, c'était l'avant-dernier)- j'ai donc pu en profiter pour aller, sans regrets puisque je ne manquais "rien", boire mon premier café et manger un bout de tarte au fromage -ce qui fut d'ailleurs peu ou prou mon seul repas de la journée- (j'avais des fruits secs et du chocolat dans mon sac.) Heureusement donc, que cette première pause a eu lieu..., mettant en place un genre de "cadence" (deux ou trois heures de projection / une pause/ et hop on y retourne, pas forcément à la même place d'ailleurs)

C'est vrai que 24 heures, finalement, c'est très long, quand on y est attentif, et que, comme je l'avais vagument subodoré tout au début, il aurait peut-être mieux valu en fractionner en deux fois la vision : la première fois l'"ordinaire" (de 10h a 18h, ou à 20h si c'est un samedi), et la deuxième fois, l'"intégrale", de 20h à 10h, ce qui permettait peut-être de mieux assimiler tout ça. C'eût été plus raisonnable mais bien moins fun. Mais voilà, j'ai eu cette occasion et j'en ai profité (d'autant que c'était la dernière, ça ou rien, The clock s'arrêtant le 15/09) et j'en suis très content, finalement, d'avoir réussi à mener tout ça à bien, tout comme je l'avais prévu, et ce n'était pas joué d'avance (je souffre d'un syndrome "je ne sais pas le faire /je ne suis pas capable de le faire / je ne vais pas y arriver /" assez prononcé, ne riez pas.) Le seul regret, concernant ces fameuse vingt-quatre heures, c'est que ce genre de projet un peu zinzin est encore plus agréable lorsqu'il est partagé, oui, c'est plus agréable de vivre ça ensemble, simultanément, et que là, non, tant pis, personne d'autre ne semblait disponible, dommage mais c'est comme ça... Tic tac tic tac tic tac Une autre fois, peut-être. Plus tard.