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lieux communs (et autres fadaises)
22 septembre 2020

anne-marie stretter!!!

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(je me souviens de Michael Lonsdale)

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je me souviens que j'avais été insupportable à la projection d'India Song, au Centre St Pierre, tellement le film m'avait agacé / je me souviens du terrible "Donnant donnant..." prononcé par Bertrand Hanes-Pearson dans Les Jeux de la Comtesse Dolingen de Gratz / Je me souviens de la voix de Michael Lonsdale disant "Robert..." dans Monsieur Klein / je me souviens que dans Le fantôme de la liberté Michael Lonsdale se fait fouetter cul-nu avec un pantalon spécialement taillé pour ça / je me souviens que dans Maestro il joue grosso-modo le rôle d'Eric Rohmer / je me souviens que Michael Lonsdale fait une apparition avec Max von Sidow dans Les premiers et les derniers de Bouli Lanners / je me souviens que je l'avais trouvé très touchant dans Des hommes et des dieux, où Xavier Beauvois changeait vraiment de style / je me souviens que je n'ai pas eu envie de voir Moonraker, ni Une sale histoire /

LES JEUX DE LA COMTESSE DOLINGEN DE GRATZ

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les hasards de la programmation font que, dans notre prochain Mois du Doc, nous avons programmé Dieu sait quoi, (qui n'est pas du tout un truc catho mais parle de Francis Ponge) de Jean-Daniel Pollet, où c'est la voix de Michael Lonsdale qu'on entend (et que, donc, je ne peux que vous recommander, à partir du mercredi 18 novembre)

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20 septembre 2020

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L'ENVOLÉE
de Eva Riley

Au début, on pense à Ken Loach bien sûr (avec un chouïa du Stephen Frears des débuts) prolos anglais, familles dysfonctionnelles, pères immatures et largués, combines pour s'en sortir, puis on pense davantage à Andrea Arnold (et son vigoureux Fishtank, portrait au cutter d'une adote révoltée), puisqu'il est ici, avant tout, question de Leigh, jeune fille en révolte, elle aussi, à qui Eva Riley, la réalisatrice,  consacre un tout aussi vigoureux portrait, dans un premier film emballant.
Au début, je l'avoue, je m'apprêtais à ronchonouiller du style "encore une kenloacherie... je vais encore m'apitoyer et sans doute pleurer un peu à la fin...". La situation de départ prête à l'amalgame : Leigh une adolescente qui pratique la gym dans une équipe où elle a été admise parce que la coach l'a à la bonne, est donc mal intégrée par rapport aux autres girls, n'a pas l'argent nécessaire pour payer son inscription à un concours prochain (50 livres) et qui, lorsqu'elle rentre à la maison pour les demander à son père (au chomedu), non seulement celui-ci est en train de s'envoyer en l'air avec une nana, mais, en plus, lui répond qu'il n'a pas un rond et ne peut rien lui donner... Leigh s'en va en claquant la porte.
Et voilà que débarque à la maison un ado, britonnissime (un blond à la peau laiteuse et à l'accent marqué) qui lui dit être son frère, et venir s'installer quelques temps à la maison parce qu'il a été viré de chez sa mère. Leigh a du mal au départ à accepter ce demi-frère, qui empiète sur son territoire, et, au début, les relations vont être tendues (elle lui a quand même piqué les 50£ nécessaires pour son inscription).
Le jeunot en question, à peine plus âgé qu'elle, traficote dans une bande où il pique des mobs pour le compte du chef... Leigh va découvrir cet univers, "pour le meilleur et pour le pire", et tenter d'y faire sa place... de la trouver aussi, entre la terre et l'air. La pesanteur et la grâce. Les certitudes et les suppositions. C'est très british, les relations entre les membres de cette famille dysfonctionnelle ne sont pas faciles, nitroglycérine, ça menace à tout moment, ça démarre au quart de tour, ça s'engueule souvent, ça part faire la gueule dans un coin, ça revient mine de rien pour se réconcilier (le papa n'est pas plus mature que ses enfants, au contraire, ce qui complique encore les choses...)
Mais l'élément central du film est bien la jeune Leigh (et la jeune actrice qui l'interprète mérite tous les éloges...) et la façon dont on va la voir  "grandir". Le moment un peu étrange et indistinct où finit l'enfance. Le contraste entre la jeune personne hérissée  contre tout (au quotidien) et la gymnaste qui livre une performance impressionnante (le Perfect 10 du titre original), la chrysalide et le papillon, tout ça, ok on a déjà vu mais c'est ici extrêmement bien mis en place et en scène... Et ça n'est pas si fréquent, cette relation qui se (dé) noue mine de rien entre frérot et soeurette...
Avant d'avoir vu le film, j'avais copié /collé pour notre prog la fin de la critique de Libé, que je trouve encore plus juste et que je me permets donc de re-citer :
"On aura beau avoir vu cent dix fois ce plan "à faire" de jeunesse sur deux roues, cheveux au vent, regards au ciel, sourire naissant ivre de vitesse et de sentir son corps collé à l’autre, il arrive qu’à la cent onzième fois, ça passe autrement qu’un cliché navrant. Grâce à ce qui advient avant, après, autour, l’Envolée se situe loin de la mignardise vériste, dans la mesure où sa cinéaste sait qu’adopter le point de vue d’une enfant, c’est savoir se cabrer, rester dure et faire front, contre l’insignifiant réel et tout ce qui nous retient d’y danser. "

 

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17 septembre 2020

la dame qui aboie

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L'INFIRMIERE
de Kôji Fukada

Un film japonais très japonais, avec les courbettes de rigueur les moshi moshi, les sumimasen et les arigato, le sens de l'honneur, de la famille, des conventions, le poids  du regard des autres, des médias, du qu'en-dira-t-on (et tout le malaise que ça peut générer...)
Une mise en route du récit plutôt dense, où le spectateur (moi en l'occurence) se doit d'être très attentif pour identifier, d'abord, puis reconnaître, les différents personnages féminins et leurs places respectives (et leurs liens) dans cette histoire (il y en avait une qui me posait problème, la "dame qui aboie" mais Emma vient juste de m'expliquer que c'était juste un problème de temporalité, et que c'est bien la même que celle à laquelle je pensais -je ne vais pas vous mâcher tout le boulot, hein non mais ho).
Ichiko est l'infirmière du titre, et sa vie va complètement basculer, à cause d'un évènement avec lequel elle n'a finalement que peu de choses à voir : l'adolescente qui a été enlevée et séquestrée se trouve être la cadette de la famille chez qui Ichiko travaille au chevet de la grand-mère, et le kidnappeur va s'avérer être le neveu d'Ichiko... Et Ichiko n'a pas pensé à informer la mère de la jeune fille enlevée, et que les médias s'emballent à cause d'une indiscrétion de la soeur aînée de la jeune fille enlevée, qui est amoureuse de l'infirmière sans que ses sentiments soient réciproques...
Et voilà comment pour un (presque) rien, une vie peut basculer et complètement se désagréger. Ouch!
Nous avons déjà programmé deux films du réalisateur (qui, aux dernières nouvelles, devrait avoir l'honneur (faire l'objet) d'une rétrospective au prochain ficââââ -sous réserve que celui-ci puisse avoir lieu, bien entendu-), Harmonium (janvier 2017) et Sayonara (mai 2017, cet homme est prolifique), qui, eux aussi étaient tout aussi empreints de cette japonitude que de cette force (tranquille) malaisante...
Un film puissant, qui vous laisse à la fin comme un arrière-goût un peu amer. Impressionnant, incontestablement, et tout autant réussi.

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8 septembre 2020

chapka

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LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L'OEUF
de Quanan Wang

Waouh! Champagne! On était 10 dans la salle 1 à la séance dite "de vieux" de 13h40 (et j'étais entre Emma, Catherine, et Marie, qui avait pris un siège de distance). Le film est mongol, et démarre avec splendeur magnificence et somptuosité, paysages horizontaux, lumière sublime (le chef-op' est français, Aymerick Pilarski), cadrages admirables, c'est somptueux (toutes les scènes en extérieur sont à tomber). J'adore toute la première moitié : un jeune flic (18 ans) a été chargé par ses supérieurs de veiller sur le cadavre d'une femme assassinée au milieu de nulle part, et c'est une bergère (à dos de chameau), seul être vivant à 100 km à la ronde qui a été chargée par les mêmes -désinvoltes- supérieurs de veiller sur lui, et va le prendre en charge pour lui éviter de mourir de froid et, accessoirement, le faire devenir un homme (pendant la même nuit il va découvrir les clopes, l'alcool, et le sexe, pensez!).
Puis le film va s'attacher aux pas de la bergère (jouée par Dulamjav Enkhtaivan, une vraie bergère mongole!) et de ce qu'est sa vie (et devenir -en ce qui me concerne- beaucoup plus documentaire et un (petit) peu moins passionnant), tandis que les copines qui m'avaient accompagné étaient, elles, ravies...
Vivre là-bas ne doit pas être facile tous les jours (on l'avait déjà réalisé il y a pas mal d'années déjà (1991) avec le splendide Urga de Mikhalkov, qui nous en donnait la version soviétique, tandis que Quanan Wang - qui avait déjà tourné en Mongolie Le Mariage de Tuya (2007) nous en donne ici sa version... chinoise). Finalement, il n'y a qu'en pleine nature qu'on est bien (et encore, la nuit parfois il y a des loups...), dès qu'on retourne à la civilisation, les choses se compliquent.
La façon dont les flics mongols est particulièrement savoureuse (et désespérante, la corruption et le jemenfoutisme règnent, mais c'est une constante des films asiatiques...).
Un film simple et juste qui parle d'amour(s) (ici ou là-bas, le modus operandi reste le même, seul le costume change... Un homme qui a "une idée derrière la tête" offrira une pomme, puis une deuxième (soyons fou, ne regardons pas à la dépense) à sa dulcinée pour parvenir à ses fins (ah la duplicité désirante des hommes...) et il y parviendra d'ailleurs...
Le jeune petit flic du début aura un peu grandi à la fin, c'est normal, et continuémmencé à apprendre un peu de la vie (un train qui part, un amour disparaît mais bon d'autres suivront, il a toute la vie devant lui...), la bergère aura un nouvel oeuf (de dinosaure), et d'autres suivront, on lui fait confiance...
Les lumières au crépuscule seront toujours aussi magnifiques, les flics aussi pourris, les vélages aussi impressionnants, bref, la vie continuera... en Mongolie comme ailleurs (et si nous avions été au ficâââ j'aurais redit en m'extasiant une dernière fois que oui, vraiment, les paysages etaient mêêêêrveilleux...)

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étrangères...

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5 septembre 2020

avec le masque

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HOTEL BY THE RIVER
de Hong Sang Soo

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EFFACER L'HISTORIQUE
de Bruno Delépine et Gustave Kervern

Ces deux-là je les re-chronique ensemble, juste pour dire, parce que je les ai (re)vus la semaine où le masque était obligatoire durant TOUTE la séance.
Autant ça m'a gêné pour le premier (le Hong Sang Soo) parce que j'avais le sentiment d'avoir du mal à respirer, et la sensation de baver légèrement du côté gauche (vous savez, comme quand vous êtes dans le train, que vous commencez à somnoler, vos yeux se ferment, et vous vous réveillez en sursaut avec un filet de bave à la commissure des lèvres, que vos voisin(e)s de siège ne peuvent pas ne pas avoir remarqué, et vous vous essuyez alors précipitamment...) et bien là c'était pareil parce que j'avais le sentiment de piquer du nez (enfin, moins que la première fois que je l'avais vu, lors de la journée de prévisionnement au ficâââ -encore merci Zabetta- mais un peu piqué quand même, pas des hannetons mais juste du nez) et c'est toujours un aussi joli noir et blanc, et deux histoires parallèles dans cet hôtel (un papa poète y retrouve ses deux fils -dont un est un réalisateur "branché, mais qui fait ce qu'il peut...", dixit une des deux copines de la deuxième histoire, venue réconforter une amie en pleine peine de coeur) qui se solderont par un décès d'un côté et des larmes de l'autre, avec auparavant beaucoup de discussions et encore plus de soju (et glou et glou), ce qu'on pourrait qualifier de film ravissant (la neige c'est forcément cinégénique, encore plus en  noir et blanc) mais dont la vision a été perturbée par ce fichu machin que l'on a désormais l'obligation de porter continuellement sur le museau (on était quatre dans la salle, au début tout le monde l'avait -j'ai zieuté- mais il me semble qu'à la fin plus vraiment...)

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Alors que pour Effacer l'historique, vu peu de jours après, nous étions beaucoup plus dans la salle (j'étais avec Catherine), la 12 où on peut mettre son siège en position chaise-longue, et, si nous l'avons gardé consciencieusement tous les deux, les attitudes de nos voisin(e)s furent diverses : ceux qui l'ont mis tout le temps, complètement, pas tout le temps,  complètement, ceux qui l'ont mis partiellement (dans le temps et/ou dans l'espace) bref chacun à sa façon... Personnellement (peut-être que le film s'y prêtait plus) je n'ai pratiquement pas été gêné (à part toujours ce sentiment de léger bavouillage du côté gauche de la bouche) peut-être parce que j'ai pris grand plaisir à le re-voir (je pense que c'est un de mes Kervern/Delépine préférés) même si, en le visionnant, et en m'y marrant beaucoup, je l'ai perçu comme beaucoup plus triste que la première fois. Très marrant, et très triste, ils sont forts les gaillards...

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22 août 2020

à quatre temps

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CELLES QUI CHANTENT
de Sergei Loznitza, Kariam Moussaoui, Julie Deliquet et Jafar Panahi

Je l'avais déjà vu "par surprise" à Besac, et l'avait beaucoup aimé, mais mon plaisir n'était pas complet parce que ma vision ne l'avait pas été non plus... Donc j'ai saisi l'occasion de remettre mon plaisir à niveau.
Et j'ai vraiment bien fait.
Quatre réalisateurs, quatre pays (des yeux d'Ukraine, d'Algérie, de France et d'Iran) quatre approches, quatre façons de faire mais un sujet central, comme le dit très justement le titre, celles qui chantent : des femmes et des voix. Celle d'une Callas très minaudante chez Loznitsa, celles de "femmes qui chantent dans les grottes" chez Moussaoui, celle de la Traviata chez deliquet, et, enfin, la cerise chantante si on peut dire, celle d'une interprète sans visage chez Panahi.
Et les quatre films sont aussi enthousiasmants, c'est tout ce qu'on peut en dire. Dans cette manière qu'ils ont, chacun(e) à sa façon, de réinventer le rapport entre celle(s) qui chante(ent) et ceux qui les écoutent, de poser la question Qu'est-ce qu'être spectateur ? (question qui en ces temps troublés se pose avec plus d'acuité encore) et d'y répondre chacun(e) avec sa propre sensiblité...
Enthousiasmants, oui (et je leur garde une place d'ores et déjà dans mon classement de fin d'année, c'est dire...)

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dans le contre-champ

8 août 2020

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TERRIBLE JUNGLE
de Hugo Benamozig et David Caviglioli

Pour résumer ? Délicieusement idiot. Mais c'est un compliment. J'ai beaucoup aimé ça. Le "film de jungle" est un genre en soi, avec ses codes (l'aventurier intrépide, le méchant fourbe, la blonde platine, la tribu mystérieuse, la forêt hostile, les bestioles impitoyables) ou plutôt a été, (car c'est un genre qui ne court plus tellement les rues à présent...) et voilà maintenant qu'est arrivé, pour lui succéder, en beaucoup mieux (à mon goût), le "film de jungle revisité". (On peut dire que c'est Antonin Peretjako qui a ouvert la voie -à la machette- avec La loi de la Jungle, en 2016 avec Vincentchounet-chounet Macaigne et Vimala Pons, tiens, déjà dans la forêt guyanaise).
Rien que la distribution (Deneuve, Dedienne, Belaïdi, Cohen) annonce la couleur, chacun(e) d'eux/elles réussissant -paradoxalement-la gageure de nous étonner (de nous réjouir) en restant fidèle à lui/elle-même, ou plutôt en essayant de le rester, au sein d'une fiction où aucune ligne ne serait droite et tous les angles obtus (à moins que ce ne soit le contraire...) : Catherine D. est une anthropologue-mère digne de Katherine Hepburn, forte en gueule, reine-mérant (deneuvisant) face à un Vincent D. en anthropologue fils qui lui tient tête (enfin, tente de) en faisant ce qu'il sait le mieux faire : du Dedienne (et c'est très bien), et en face Alice Belaïdi compose (difficile de la reconnaître, elle s'est fait la tête de Vimala Pons) une sauvageonne reine de tribu plutôt réussie  tandis que Jonathan Cohen est carrément sensationnel dans un rôle de flic un peu chochotte sentimental que la situation oblige à jouer (faire semblant de) les aventuriers, sans oublier Patrick Descamps, solide comme toujours, en crapule (moins sympathique que dans La raison du plus faible de Lucas Belvaux où je l'ai découvert) et, plus indifférenciés mais hautement recommandables, les membres de la joyeuse -et virile- équipe de gendarmes sous les ordres de Cohen, entre Chippendales et Castors juniors...
Tout ça au service d'une histoire somme toute bateau Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique Guyane  (Deneuve cherche son Elliot) mais à l'écriture aussi futée qu'azimuthée, en version décalée, cintrée, revue et visitée, qu'on pourrait croire désinvolte alors qu'elle est très écrite, un livre de la jungle dont les dialogues sont un régal (pour une fois, bon nous étions dix à la séance de 13h45, j'étais le seul à rire -enfin disons que je n'ai pas réussi à entendre les autres, qui ont été peut-être désarçonnés en croyant qu'ils allaient voir une bonne grosse merdasse comédie franchouillarde genre Div*rce Club -la blessure dans mon coeur n'est pas cicatrisée...-) et la qualité s'en maintient tout au long du film.
J'aime le nonsense et l'absurde lorsqu'ils sont employés à bon escient...  Le récit s'appuie sur des éléments -ou des péripéties - a priori attendues dans ce genre de récit, mais réussit à les tordre et à les déformer pour les conformer à sa propre non-logique. Bref, du grand art (même si deux trois choses, par-ci par-là peuvent a posteriori sembler un peu "en force" mais le film est tel qu'on est totalement enclin àles excuser, pour sauter à la liane suivante...)
Et j'en félicite les deux réalisateurs (dont j'avoue ne jamais en avoir entendu parler avant d'aller voir ce film) dont j'espère, justement, entendre à nouveau parler très bientôt.
PS : je viens d'aller voir les critiques public sur allocinoche, et comme je m'y attendais, le film est plutôt descendu (14 critiques 5 étoiles te 19 critiques 0 étoile), raison de plus, donc, de le défendre. Et j'ai regardé du coup la bande-annonce, que je n'avais pas vue, et que je trouve 'achement bien faite (et aussi drôle que le film). Chapeau ! (de brousse, bien sûr).

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6 août 2020

une change, l'autre pas

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BELOVED
de Yaron Shani

Un film imparfait, qui m'a fait ronchonner pendant mais m'a plu de plus en plus à chaque fois que j'y repensais, après.
D'après ce que j'avais compris, il s'agissait de "l'autre moitié" de l'histoire racontée dans Chained : après la version "du mari", celle "de la femme" (quoique je me demandais bien comment il allait pouvoir ficeler ça), eh bien, finalement, pas tout à fait : si on retrouve effectivement Avigail (souvent) et Rashi son mari (beaucoup plus en pointillés), on va surtout suivre l'histoire de deux soeurs, Na'ama et Yasmin, dont le père est résident à l'EHPAD où exerce Avigail, et dont l'une, au moins, sympathise avec elle, tandis que l'autre semble être en révolte permanente envers le monde entier...
Une bonne partie du film sera (aussi) consacrée à Avigail et à ses "amies" (qui étaient mentionnées à plusieurs reprises dans Chained et provoquaient d'ailleurs, on se demandait bien pourquoi,  l'ire de Rashi), dans un genre de trip communautaire peace & love que j'ai trouvé très (trop ?) "film de femmes", et qui m'a évoqué le féminisme doux de Une chante, l'autre pas, d'Agnès Varda (d'où le titre de ce post) que j'étais allé voir en salles lors de sa sortie (il y a longtemps, j'étais jeune...).
Un procédé récurrent dans le film et qui m'a gêné : le floutage régulier de certains visages (des hommes, souvent) et/ou de certaines parties du corps (dans Chained ça se produisait  pour masquer les zigounettes des jeunes gens, là à la rigueur je peux comprendre, mais ici le réalisateur en use et en abuse, sans qu'on comprenne vraiment à chaque fois pourquoi : par exemple il montre un groupe de femmes entre elles, qui s'affranchissent des conventions, et s'accordent une liberté à laquelle elles ne sont pas trop autorisées d'habitude, que ce soit par la société ou par leurs maris, et donc, par exemple, elles s'ébattent seins nus, et voilà que le réalisateur nous floute les zones litigieuses... Enfin, il faut assumer ses  choix : soit il montre soit il ne montre pas, mais s'il choisit de montrer, c'est ridicule de le faire à moitié (oui mais non...) C'est une tartufferie, pareil pour les visages des résidents de l'EHPAD (notamment le père des deux soeurs) régulièrement transformés en spectres peu ragoûtants par le floutage de leur visage, non, vraiment, je crois que c'est la première fois que je vois ça, aussi systématiquement, et ça dessert le film... (et ça m'inquiète pour le troisième, qui sort en septembre...)
Autant Chained était testostéroné autant Beloved est progestéroné (j'ai tapé dans gougueul "hormone féminine", le mot me manquait) maternel, maternant, enveloppant, (surtout dans sa période Varda ou "les amies de mes amies...") même si parfois aussi violent (une scène d'engueulade homérique entre les deux frangines), Na'ama concentrant en elle presque autant de violence que Rashi dans le premier film. (L'actrice qui l'incarne m'a fait penser à une autre, une anglaise, dans les films de Ken Loach, de Mike Leigh, dont je ne suis pas parvenu à retrouver le nom) et qui en fait le personnage le plus fort du film (Avigail passant du coup légèrement au second plan, contrairement à ce que voudrait nous faire croire l'affiche...).
Un film plus fort que ce qu'on pourrait croire, qui a le mérite en tout cas de prendre le temps d'infuser dans nos esprits... (Ce que femme veut...) et qui zappe (c'est habile) tout simplement en hors-champ ce que la conclusion du premier pouvait avoir de... définitif.

 

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5 août 2020

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MADRE
de Rodrigo Sorogoyen

Waouh! Et de trois! Uno, Que Dios nos perdone, Dos, El Reino, et Tres cette Madre-là. Le troisième film du réalisateur à frapper fort (et à produire un sacré effet!)
A une scène d'ouverture sidérante (la disparition d'un fils au téléphone), le réalisateur en fait suivre une autre, virtuose, sur la plage et dix ans après, pour nous en re-situer l'héroïne (au prix d'un travail de filmage -de construction de la scène- absolument sidérants, que l'objectif grand-angle (procédé qui m'horripilait chez Malick mais trouve ici à mes yeux, allez savoir pourquoi, une grâce singulière) accentue encore. La caméra embrasse d'abord la plage, sur laquelle elle va progressivement se rapprocher une femme qui marche le long du rivage, qu'elle va isoler, autour de laquelle elle va tourner, la saisissant au moment où elle croise un groupe d'adolescents sur le dernier desquels elle va se retourner.
Un fils retrouvé ?
Rien n'est dit de cet ordre, dans un premier temps, tandis que va se nouer entre ces deux personnages une relation particulière, que ni eux-mêmes ni ceux qui les entourent ne parviennent vraiment à comprendre. Jean et Elena, lui français, elle espagnole (ce qui donne un film hybride, les français parlant en français et les espagnols en espagnol, ce qui semble logique, mais qui, suivant les cinémas, sera dit en vf (le bôô cinéma) ou en vo (le Beaux-Arts à Besac) alors qu'il s'agit d'une seule et unique version -il aurait été inconcevable que le film ne parlât qu'en français, allez le voir vous comprendrez-), lui ado (mineur) et elle qui pourrait être sa mère, se rapprochent, se tournent autour, chacun avec ses motivations et ses envies (plus ou moins claires) et chacun avec ses propres obstacles à cette éventuelle relation, (lui a une famille -excellents Anne Consigny et Frédéric Pierrot- et elle un ami/amant -l'aussi excellent Alex Brendemühl, qui, contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, est espagnol, comme vous et moi, enfin plutôt comme moi d'ailleurs) qui vont eux-aussi avoir leur rôle à jouer dans cette histoire...
On a démarré comme un thriller, et on continue en chronique sentimentale, Le blé en herbe revisité du côté d'Hendaye (la mer, personnage à part entière y est d'ailleurs sublimement filmée) avant de devenir quasiment une étude de cas (jusqu'à quel point peut-on péter les plombs et se méprendre ?) jusqu'à un final -curieusement ? - apaisé (et un coup de téléphone qui fait se questionner chacun des spectateurs).
Je n'ai pas parlé du couple vedette (chacun intense malgré une courte filmographie) : lui, Jules Porier jouait Marvin enfant dans le film du même nom (d'Anne Fontaine), elle, Marta Nieto, jouait déjà le rôle principal dans le court-métrage Madre, du même réalisateur (2016) dignes de tous les compliments...
Un film réussi, avec plusieurs scènes anthologiques, mais peut-être un peu trop longuet (et répétitif) dans sa partie centrale... Mais j'en garderai des images de plage et de mer absolument magnifiques (ça tombe bien je suis à donf dans ma période plage et mer).

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27 juillet 2020

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JOE
de Larry Brown

Encore une sacrée belle claque, signée de l'ami Larry Brown (il ne me restait plus que deux bouquins de lui à lire, et j'ai pensé que la Bretagne, le finistère plus précisément, serait un bon endroit pour lire celui-ci... la dernière fois que j'étais venu dans la maison de Pascale, j'étais plongé dans un autre livre extraordinaire, La fenêtre panoramique, de Richard Yates, et donc j'espérais que celui de larry brown me ferait autant d'effet).
Les bouquins de Brown ont tous été publiés chez Gallimard (d'abord à La Noire puis en Folio noir) avant d'être réédités (retraduits ?) chez Gallmeister. Le cas de ce Joe-ci.
Comme souvent chez Larry Brown, d'abord une histoire d'hommes, de père(s) et de fil(s). Ici, dans le Mississipi, avec d'un côté une famille atypique de vagabonds (homeless) sans maison sans adresse sans papiers (et même sans date de naissance!) qui au début du roman élit domicile -provisoire- dans une vieille baraque abandonnée au milieu des bois, une famille dont le chef, Wade, est vraiment une saloperie de saloperie (et la suite du roman ne fera que le confirmer), imposant sa violence à tous les siens, y compris Gary, un adolescent (qui a peut-être quinze ans...) et commence à devenir un jeune adulte, avec tous les rêves et toutes les désilluions, tous les cassages de gueule et toutes les sortie de route que ça implique, et, de l'autre (côté, voir plus haut en tête de chapitre) un autre chef de famille lui-aussi pas mal déglingué dans son genre,  Joe (celui qui donne son titre au roman), un mec qui vit seul depuis que sa femme l'a quitté, un chef de chantier (il dirige une équipe de journaliers payés pour faire un travail harassant : tuer des arbres avec une seringue à poison pour déboiser une zone -avant de pouvoir la replanter en pins-), un mec porté sur la bibine (le bourbon surtout, même -et surtout- au volant, pour accompagner les bières fraîches qui attendent dans la glacière posée  dans son pick-up tout aussi cabossé et déglingué que lui) un mec qui avécu des choses violentes (et qui en vit encore), qui a déjà fait de la taule (et qui va encore en faire), un mec qui souffre mais qui gère, un mec qui, allez savoir, a peut-être envie de se racheter... bref un mec comme Larry Brown sait les façonner, auquel on ne peut que -paradoxalement ?- s'attacher (en tant que lecteur).
Wade, Gary, Joe, voilà les personnages principaux aurour desquels va se construire le roman... Et vous en dire plus serait vraiment dommage.
Un livre fort, très fort, de plus en plus fort même (Catherine et Manue pourront témoigner de l'état de fébrilité, de tension, (et de plaisir littéraire) dans lequel j'étais au fur et à mesure qu'on se rapprochait de la fin...) Comme d'habitude, régulièrement des passages entiers que j'avais envie de recopier (et que je prenais plaisir à relire) que ce soit sur les hommes ou sur la nature (ou même sur la vie en général), et donc un très grand bouquin de plus à l'actif de ce cher Larry.
Pour la petite histoire, je suis allé par-ci par-là sur mes blogs de polars préférés pour lire les critiques sur Joe, que je n'avais pas voulu lire avant, et j'ai découvert
1) que le bouquin a été adapté au cinéma, sous le même titre (mais que Joe y est incarné par Nicolas Cage, ce qui se semblerait a priori un gros contresens mais bon les critiques presse sur allocinoche ont l'air de dire le contraire... à vérifier, donc)
2) Fay, le dernier bouquin qui me reste à lire de Brown, est, sur mon blog de polar préféré, classé comme son préféré... Bonne nouvelle, donc!

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18 juillet 2020

pierre qui roule

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UN JOUR SI BLANC
de Hlynur Pálmason

Les films islandais, c'est comme les films roumains, ou les films belges : j'y vais quasiment les yeux fermés, et je suis rarement déçu. Celui-ci était initialement programmé la première semaine du conconfinement, et on lui a donc redonné sa chance.
Je l'ai vu à la séance de 18h avec Emma, et nous étions tous les deux enchantés à la sortie. Bonne pioche! Un film trés réussi, profondément original, non pas par l'histoire qu'il raconte (un flic dépressif, suite à la mort de sa femme, découvre qu'elle le trompait...) mais par la façon dont il le fait. Le premier plan met en place la scène originelle (une voiture qui file sur une route toute droite entre deux murs de brume, un jour vraiment très blanc) et la scène suivante, via un dispositif minimal, nous montre le temps qui passe... (mais serait de nature à décourager les spectateurs un peu trop... impatients -dont on se demande ce qu'ils feraient là d'ailleurs...). La narration "normale" continue ensuite, mais toujours avec, à intervalles réguliers, des séquences "autres", qui transforment ce qui aurait pu n'être qu'un polar banal en quelque chose d'encore plus (de beaucoup plus) intéressant.
Les choses ne sont pas faciles pour Ingimundur (le flic), un grand barbu renfrogné qui essaie de se maintenir à flot après la mort de son épouse, heureusement il retape patiemment une vieille baraque dans laquelle il a l'intention d'installer sa fille et sa petite fille (bon, et son gendre aussi quand même, mais parce qu'il le faut bien), il fait régulièrement la nounou pour Salka, sa petite fille, une blondinette qui ne mâche pas ses mots.Bref, il survit.
La découverte qu'Ingimundur va faire de l'existence d'une autre homme, plus jeune que lui, va le faire réagir, de mal en pis, et la tension va aller croissant au fur et à mesure que le récit progresse. Le doute, l'incrédulité, la colère, la violence, l'agression, chaque palier faisant se recroqueviller le spectateur un peu plus sur son siège...
J'ai évoqué la façon dont Pálmason raconte son histoire, la pâte filmique, remarquable, qui réussit plusieurs fois, avec des choses pourtant simples, à captiver le spectateur (dans mon esprit je nommais ça les diversions, et voilà que je découvre que le journaliste de Libé a fait la même chose*, et qu'il a aussi été fasciné par les mêmes scènes, qu'il passe en revue (et je vous renverrai donc à son article ), sauf une, que j'aime particulièrement, celle où, en partant d'une pierre, il offre à chacun des personnages déjà vus dans le film un plan fixe avec un regard-caméra, chacun comme prenant à parti le spectateur en silence -j'ai adoré ça- donc plutôt que de diversions je parlerai de contrepoints).

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* au temps pour moi : dans Libé il est question de digressions, pas de diversions...

8 juillet 2020

le doigt dans l'oeil

LITTLE ROCK
de John Brandon

Encore un livre que je referme presque à regret. J'avais déjà lu son premier roman, publié au Masque, Citrus County, que j'avais bien aimé, notamment à cause de son ton assez particulier. Il était question deux ados qui kidnappaient une jeune fille... Il sera question ici aussi de jeunes gens, Swin et Kyle, qui au début ne se connaissent pas (on les suit en parallèle, et j'avais un peu de mal à les différencier d'ailleurs) qui vont se retrouver embauchés pour bosser dans un parc régional ("officiellement"), mais surtout pour transporter régulièrement de la came, la nuit, aux ordres d'un chef mystérieux surnommé Frog, dont l'histoire (la "carrière") nous est retracée chronologiquement (et assez perecquiennement, puisque tous les chapitres qui le concernent sont écrits à la deuxième personne du singulier, comme dans Un homme qui dort), en alternance avec celle des deux jeunes gens.
Un bouquin qui démarre en trombe et en fanfare, qu'on pourrait définir comme épatant, avec des dialogues qui claquent, (j'aime quand j'ai régulièrement envie de recopier des passages, ou de corner les pages), des digressions plaisantes, au départ tout semble plutôt léger, désinvolte, acide, caustique, bien vu, ... jusqu'à ce qu'on réalise (en se rapprochant de la fin) que ce n'est pas du tout aussi drôle et léger que ça... Une narration goguenarde très plaisante à suivre, émaillée ça et là de quelques accès de violence (torture ou exécution) parfaitement épouvantables. Bref, un roman bien plus âpre que ce qu'on aurait pu penser au départ.
(Mais hélas encore un écrivain dont seuls deux livres ont été traduits en français...)

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7 juillet 2020

petite musique de nuit

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GHOST TROPIC
de Bas Devos

Toute une nuit... c'était déjà, il y a longtemps, un (beau) film nocturne et belge, signé  Chantal Akerman. Un film fiévreux et estival, dont allocinoche ne sait même plus la date de sortie, c'est dire. Un film choral, une nuit d'été en ville belge (que je reverrais bien d'ailleurs, tiens...)
Ici on est bien encore à Bruxelles, il y fait bel et bien nuit, mais c'est l'hiver. L'héroïne se prénomme Khadija, elle est femme de ménage, elle a une petite  voix (délicieuse), et la caméra la cueille à la fin de sa journée de travail, quand elle se prépare pour rentrer chez elle... Puis la suit lorsqu'elle prend le métro (et ne la lâchera d'ailleurs pratiquement plus jusqu'à la fin...)
Khadija s'est endormie, et voilà qu'elle est allée jusqu'au terminus, et c'est là qu'elle se réveille, au bout de la nuit, et la voilà bien obligée de se débrouiller pour rentrer chez elle par ses propres moyens... et le film donc l'accompagne, de rue en rue, de rencontre en rencontre (on en croise des gens la nuit dans la rue...) et on est heureux de leur emboîter le pas.
Le film, qui commence tout de même par un plan parfaitement immobile de plusieurs minutes qui pourrait en décourager certain(e)s (j'ai, à ce moment-là, pensé au mot exigeant : un film exigeant) se fait ensuite  plus aisé, plus mobile, sur les pas de Khadija, tout près d'elle, parfois la précédant et d'autres la suivant... Plus sinueux aussi, et d'autant plus attachant, entre réalisme social et presque fantastique urbain. Un conte de faits. Et une très jolie déambulation nocturne, frileuse, mélancolique juste ce qu'il faut, avec des lumières joliment chiadées, (j'ai un gros faible pour les lumières des villes la nuit dans les films), une  musiquette assez minimaliste parfaitement adaptée, à la rencontre de chaque fragment d'humanité qui y déambule (et qui croisera la route de Khadija, vieille dame très digne marchant vaillamment dans son odyssée nocturne.)
Un film poétique et humaniste dont les ingrédients restes pourtant toujours très simples (un gardien, un sdf, un chien, un jeune afghan, un groupe d'adolescents, des infirmières...) mais mis en lumière d'une certaine façon, qui contribuent chacun à sa façon à structurer le récit, enluminés façon chanson de gestes (mais qui serait juste murmurée), une comptine enfantine qui parlerait légèrement de choses graves...
Que dire d'autre ? Juste que c'est le genre de film que j'adore (et que j'aimerais voir les autres films de Bas Devos, mais ça a l'air d'être mission impossible, dommage...) Une vraie réussite.

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17 juin 2020

t-shirts de contrebande

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LOS CONTACTOS
de Camilo Restrepo

(C-EFF3)

Un (court, 1h10) long-métrage venu de Colombie. Prix du Meilleur premier film à la Berlinale 2020. Au départ (je n'avais lu aucun résumé ni quoi que ce soit d'approchant) on est un peu désorienté (pas un mot ne sera prononcé pendant les onze premières minutes). il fait très sombre, une main qui tient un révolver, un coup de feu, un gros plan sur le trou d'une balle dans une chemise blanche, enchainé avec l'orifice d'une moto dans laquelle on met de l'essence, une main qui ramasse une pierre, le bruit de l'impact, une série de plans brefs qui s'enchaînent, entre minimalisme et expressionnisme, dans ce qu'on ressent comme un polar stylisé, un récit que son dépouillement rend quasiment expérimental, dont le héros est un jeune homme barbu et chevelu (la main qui a tiré, qui a lancé la pierre, c'est lui) tout en noir, qui va soudain se mettre à parler, à nous parler, à nous raconter son histoire, (sans qu'on comprenne tout de suite vraiment le rapport avec tout ce qu'on vient de voir...)
Le film nous confirme ce que nous ont déjà dit d'autres films en provenance du même pays : wow, la Colombie, ça craint!
il y a tout un pan quasi documentaire dans le récit du jeune homme barbu et chevelu : "Comment survivre en Colombie ?". Imprimer des t-shirts de contrebande en sérigraphie, du tissu d'ameublement "typique", récupérer du cuivre dans les fils éléctriques, en faire des bobines pour la revente...
Puis l'histoire se complexifie dans la mesure ol'histoire que le jeune homme racontait (et les personnages qu'il évoquait) devient l'histoire qui nous est racontée à l'écran, on revoit des événements, on en comprend mieux certains (et d'autres pas forcément) et le récit glisse vers l'allégorique (le métaphysique) où le jeune homme en noir rencontre un autre jeune homme lui tout en balnc (joué, d'ailleurs, on l'apprend au générique) par le réalisateur) , le récit à nouveau se duplique quand ils échangent leurs vêtements (Dieu ? Diable ?) et qu'on voit à nouveau les événements du début, à nouveau sous un nouvel éclairage (on est un peu perdu) à nouveau le même flingue à crosse gravée "ceci est ma vie"...
En tout cas une expérience sensorielle plutôt forte (la preuve, on pardonne les à-peu-près techniques, surtout au niveau de la lumière (et de l'éclairage et/ou de la colorimétrie) qui restera instable pendant tout le film) . Comment dit-on Bresson en colombien ? (j'y ai pensé plusieurs fois, surtout au début, surtout au Bresson de l'Argent, mais finalement il ne serait pas très loin non plus celui du Diable probablement...)
Violence, épure, punkitude, ésotérisme, encore un film de mecs (finalement suite logique après le Jusqu'à l'os de Betbeder vu hier) dont il est intéressant de suivre le générique de fin en entier.

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14 juin 2020

re, et re, et re

(ou "belote, rebelote, et dix de der", sauf que je ne joue pas à la belote)

jeudi 11 c'était le jour de tous les re :

11h40 : Marie passe me prendre devant chez moi pour m'amener au FJT dans sa 'oiture

11h45 : on se retrouve sur la parking du FJT, avec Catherine, (qui a sa nouvelle voiture) et on va manger (elles découvrent la nouvelle organisation, suite au protocole imposé) puis boire le café (servi sur table, adieu -provisoirement ?- à "notre" chère table et au point de vue unique -incomparable- qu'elle offrait)

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13h : nous voilà chez moi avec Marie pour re-jouer au scrabble "en vrai" (après nous être lavés les mains!), on ne fait "que" 4 parties (on en gagne chacun deux, me semble-t-il)

18h : Coralie et Pépin passent pour m'emmener jusqu'à Gy, (pour y fêter l'anniversaire de Gigis), en faisant un crochet par Les Bâties pour prendre René, une averse violente à peu près au moment où on arrive nous signifie qu'on mangera à l'intérieur (Emma, Régis, Dominique et Marcello sont déjà là)... Mon premier "vrai" re-repas (à 8!), sans distance règlementaire, sans masque, sans gel, et tout est très bien comme ça (on se retrouve, c'est ça qui importe, et ça fait beaucoup de bien de rire beaucoup comme ça...-et de se sentir presque... insouciant-)

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(la violente averse)

15 juin 2020

char à voile

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JUSQU'A L'OS
de Sébastien Betbeder

(C-EFF2)
Continuons avec le festival... Un court-métrage (30') présenté hors-compète, dans la section Musique & Cinéma. A juste titre, puisque centré autour de Usé (Nicolas Belvalette) vrai musicien (que j'avais déjà repéré, notamment avec son Slow avec un flic), dont un journaliste pigiste au Courrier Picard (joué par le toujours intéressant Thomas Scimeca) est censé faire le portrait (le film démarre sur ladite interview devant des moules-frites.)
Le duo va vite sortir du sillon habituel de l'interview, (ne pas oublier qu'on est chez l'ami Betbeder, qui ne cesse de me ravir depuis le magnifique 2 automnes, 3 hivers, avec, tiens donc Vincent Macaigne), les deux hommes  (curieusement physiquement proches, c'est drôle, le même pif les mêmes cheveux raidasses déclinés en deux version, blond et brun) vont vite sympathiser et partir en crabe dans les rues d'Amiens (et l'histoire aussi, comme d'hab' chez Sébastien B., remember ses zozos en voyage au Groenland, aller, retour, et encore davantage, avec, tiens, d'ailleurs déjà le même Thomas Scimeca -déjà repéré dans le grandiose Apnée de Jean-Christophe Meurisse-). A une certaine (et attendrissante) gaucherie initiale (le film à l'allumage) va succéder une tout aussi attachante balade (dérive) faussement touristique genre "Amiens comme vous ne l'avez jamais vu"
Et comme hier dans le film de Guillaume Brac, le duo va devenir trio, suite à une abracadabrantesque histoire de cierge et de voeu (dans la cathédrale d'Amiens, justement) et hop!  voilà Jojo (Jonathan Capdevielle) qui entre à son tour en piste (et en scène).
C'est bien entendu Usé qui a fait la musique du film (et on le verra d'ailleurs en scène plusieurs fois, dont un mémorable duo avec Jonathan Capdevielle).
Un film de mec(s) d'accord, mais avec toujours, en filigrane, le beau visage de Rebecca (Alma Jodorowski), grâce à qui, d'une certaine façon, tout ça a pu arriver...
Un peu barré,  un peu punk, un peu instable, le film prouve une nouvelle fois que Sébastien excelle dans l'art de nous chatouiller et de nous grattouiller là où ça fait du bien. Orléans ? Char à voile ?  Atypique ? Excentrique ? On en redemande en tout cas...

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Jojo, Usé, Thomas

13 juin 2020

canyoning

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A L'ABORDAGE!
de Guillaume Brac

(C-EFF1)

Je ne savais pas que c'était Sophie Dulac qui organisait le Champs-Elysées Film Festival -, du 9 au 16 juin, il suffit de s'inscrire- (ce festival je le connaissais de nom, mais je ne suis pas sûr d'y avoir déjà assisté... début juin, c'était "trop tôt" quand je travaillais encore, et, ensuite, je ne suis plus allé à Paris donc c'était mort) Et voilà que cette année malgré les conditions actuelles plutôt mortifères pour le cinéma "en vrai", cette chère Sophie D. décide non seulement de le maintenir, mais de le dématérialiser, et, encore mieux, de donner la possibilité aux spectateurs de voir les films gratuitement (dans la limite des places disponibles), et , des places, il y en avait 500 pour la séance de 18h du nouveau film de Guillaume Brac (je me suis pointé à la séance à 18h30 mais j'ai quand même pu voir le film...)
Guillaume Brac, j'y suis venu grâce à Vincent Macaigne il y a une dizaine d'années (Le Naufragé (2009), Un Monde sans femmes (2011) Tonnerre (2013)) puis j'ai continué d'embarquer même sans Vincent M., tellement j'ai aimé aimé la petite musique de Guillaume Brac , et je suis allé voir le diptyque Contes de Juillet / L'île au trésor (dont le titre de ce film-ci semble une suite logique.) qu'on, d'ailleurs aussi programmés.
Je reprend donc ici ce jour mes chroniques-ciné (l'avant-dernière, n° 049, date du 29 février!), et je suis très très très content de le faire avec ce film... On est en terrain connu : filles et garçons, marivaudages estivaux, manoeuvres d'approche, confusion des sentiments, on ne manquera pas d'évoquer l'ombre tutélaire de Tonton Eric (Rohmer)... Mais Guillaume Brac fait bien mieux que du Rohmer, il fait du Guillaume Brac. Et j'aime beaucoup ça.
Trois garçons  : Félix, Chérif, et Edouard (dit "Chaton"). Félix décide de rejoindre à l'improviste Alma qui vient de partir en vacances dans le sud (et qu'il vient juste de rencontrer), il part avec son pote Chérif, et ils se font co-voiturer par Edouard, qui a emprunté la voiture de sa maman. Et nous voilà partis avec cet aimable trio, dans un climat gentiment un peu tendu au départ (fils de banlieue vs fils à maman), et voilà qu'à l'arrivée, les choses pour chacun des garçons, ne vont pas vraiment se passer comme prévu, soucis divers de mécanique automobile, et de mécanique humaine tout autant. Et donc, réparations envisageables.
Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, juste que c'est (justement!) très juste, très simple, et donc, très touchant. Dans la description, fine,  des personnages, et la mise en place des fils  (et donc des noeuds) de la trame qui va servir de base au tissage des relations "compliquées" (mais pas tant que ça) de ces  garçons et de ces filles (c'est un univers très hétéronormé mais je ne m'en formalise pas, au contraire, tellement cette mécanique cinématographique est agréable et apaisante, comme un peu de biafine sur une peau rougie, en été justement).Un film de "jeunes gens"...
Hésitations, atermoiements, tergiversations revirements (il me semble avoir déjà écrit ça quelque part) entre le camping, la rivière, et (surtout) le bar avec son karaoké fait-maison et bon enfant (une très jolie scène presque finale), mais toujours sur un mode plutôt léger. Estival. (Et c'est rohmérien de le dire, hihi). On a perdu Vincent M. mais on a gagné trois zigotos tout aussi attachants...
Merci au C-EFF, Merci à Sophie Dulac!
(sur allocinoche il est dit que le film sortira prochainement)

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Edouard, Félix et Chérif (avant le départ)

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10 juin 2020

pareil / pas pareil

18h : je sors (enfin) pour aller acheter des cerises
sur le trottoir en face vient à ma rencontre une joyeuse troupe de jeunes gens à barbiche et à casquette, et comme je le pressentais l'un d'eux m'appelle par mon prénom en me demandant si ça va, puis si je le reconnais... bien sûr, que je le reconnais, c'est Loutfi G., et voici que s'avancent, me posant la même question, Hamza C., puis Sofiane B., que j'identifie sans problème, et qu'ils me tendent tous les deux la main, et que la leur serre!  Comme d'habitude chaque fois que je croise d'anciens élèves, j'ai les larmes aux yeux, et tandis que nous repartons chacun de notre côté je me dis que je n'ai pas respecté les gestes-barrière (je me mettrai du gel chez le marchand de primeurs)

17h : je me suis mis enfin à la composition de ce bouquin-photo sur le conconfinement, tâche que j'ajournais depuis un certain temps : ce matin j'ai téléchargé quelques 200 photos, j'ai choisi un format carré qui me permet d'utiliser l'ancien outil de composition de Ph*toway (le nouveau étant, à mon goût beaucoup plus compliqué -et chiant-à utiliser), et je remplis bon an mal an 100 pages avec des images (que celles et ceux qui ont été fidèles de ce blog pendant tout ce temps ont vu passer), mais finalement presque pas de mots (pas de textes en tout cas) ni de chronologie... (à suivre)

16h : je passe chez les Soria pour déposer le bouquin de Jean Echenoz pour Philou, et j'en profite pour boire un café (en entrant cette fois dans la cuisine pour m'y asseoir, comme avant de chez avant, tandis que la dernière fois nous étions restés -prudemment et civiquement- sur la terrasse, malgré les bourrasques assez musclées -nous avions été obligés de nous mettre à l'abri sur le côté de la maison-)

14h49 : j'arrive à l'arrêt de bus pour voir les horaires de retour, (à quelle heure part le prochain, d'habitude je rentre plutôt en fin d'après-midi), et je lis, ô bonheur,  14h50, et il est 14h49 (le moteur tournait déjà), je n'ai qu'à m'installer, et le voilà qui démarre

12h30 : rendez-vous à l'Ermitage, avec Dominique et Emma, comme il y a... longtemps (je ne suis pas venu à Besac depuis plus de trois mois!) : un peu moins de tables, "palmes obligatoires" à l'entrée, comme le signale la facétieux patron, des prix très légèrement augmentés, mais des plats toujours aussi délicieux (pour moi tarte végé asperges et crudités variées, servie avec un petit consommé à la courgette, puis tarte au fromage blanc avec coulis rhubarbe/framboise pour le dessert), avec la présence enjouée d'une nouvelle serveuse (que je n'avais encore jamais vue)

11h25 : dans le bus pour Besançon (toujours à 1,50€) il faut désormais déposer ses pièces dans un gobelet que le chauffeur reverse dans sa caisse, s'asseoir sur un siège près de la fenêtre (les autres sont condamnés) et surtout porter un masque pour monter (et le garder pendant tout le trajet), mais c'est toujours aussi agréable de s'y endormir...

*

(j'adore les histoires de Jacky Durand, le jeudi, dans le supplément Tu Mitonnes! de Libé, voici la dernière, du jeudi 4 juin, puisque vous avez été bien sages...)

"Combien de fois en a-t-il rêvé de sa bolognaise à la queue de bœuf durant ses 55 nuits de confinement ? Il ne sait pas, il ne veut plus savoir. Il se donne un grand coup de torchon sur l’épaule pour vérifier qu’il est bien réveillé. Il se penche sur la grosse marmite en s’appuyant sur ses poignées et n’en finit pas de contempler le frémissement de la sauce carmin. Elle embaume la cuisine de toutes ses senteurs : le bœuf longuement mijoté, le céleri, les oignons, le romarin et le thym du jardin, l’ail nouveau qu’il a acheté samedi au marché. Il s’enivre de sa bolognaise, yeux mi-clos.

Chien fou

«Chef, vous croyez qu’on aura du monde à midi ?» Il se tourne vers son apprenti, soupire doucement. «Y a intérêt mon gars.» «Vous verrez chef, ils seront tous là», assure le marmiton en hochant vigoureusement la tête. Le gamin est revenu en cuisine comme un chien fou quand il a fallu préparer la réouverture. Il jubilait quand le chef lui a dit : «Tu sais, on va avoir du taf.» S’il lui avait donné là tout de suite un sac de 25 kilos d’oignons et un autre de patates à éplucher, l’apprenti n’aurait pas lâché son couteau jusqu’à la dernière pelure. Le chef avait dû même freiner un peu ses ardeurs quand ils étaient allés ensemble faire le plein pour remplir la chambre froide et le garde-manger.

Côtes d’agneau

A l’aller, dans la camionnette, il n’en finissait pas de jacasser. «Vous allez prendre des fraises chef, hein ? Et puis des rognons, des côtes d’agneau, de la raie, du veau, etc.» Le chef avait pilé brusquement au feu orange : «Stop. Tu m’en mets plein la tête. Maintenant, tu la mets en veilleuse.» L’apprenti avait baissé la tête, le regard hostile, en réajustant ses écouteurs. «Allez, fais pas tes yeux noirs», avait enchaîné le chef, comme il le faisait quand ça coinçait avec le môme.

Clebs

Au fond, ces deux-là forment une sacrée paire. Ils avaient commencé par se renifler comme des clebs quand un client, enseignant au collège du coin, était venu présenter le môme. Ils l’avaient envoyé jouer sur l’antique flipper à côté du bar tandis que le prof racontait une histoire que le chef avait entendue cent fois. «Echec scolaire», «décrochage», «manque de concentration», «bon fond mais turbulent». Le chef connaissait la musique par cœur depuis qu’à quatorze ans, on lui avait joué le même refrain. «Ce sera cuisine ou mécanique générale.» Va donc savoir pourquoi, il avait opté pour les fourneaux. Aujourd’hui encore, il se le demande en ne s’autorisant qu’une seule certitude : ce métier, il lui avait fallu du temps pour apprendre à l’aimer entre les coups de gueule, les coups de feu, les tauliers autistes et les seconds sadiques. Il s’était juré qu’il ne ferait jamais pareil avec les mômes en apprentissage chez lui. Comme il leur dit : «Tu sais, ici, c’est pas l’école Ferrandi ou l’Institut Bocuse. C’est pas non plus la piste aux étoiles du Michelin, mais on se respecte mutuellement.»

Tablier bleu

Quand le gamin est arrivé le premier jour, il n’a rien compris au film quand à midi et demi, le chef lui a fait enlever son tablier bleu. Sur l’instant, il a pensé qu’il était viré. Pourtant, il n’avait pas fait grand-chose le matin. Il avait surtout écouté le chef lui causer «d’ordre», de «propreté», de «régularité». Pourtant ce n’était pas l’armée parce que cet homme-là lui parlait doucement, avec tendresse même, en lui montrant ses couteaux dont certains remontaient à son apprentissage et qu’il affûtait avec soin : «Un bon cuisinier, c’est un ouvrier qui sait d’abord prendre soin de ses outils.» A midi et demi, donc, il avait pris le gamin par le bras et l’avait conduit en salle. Il l’avait installé à une petite table solitaire et lui avait présenté la carte : «Tu commandes ce que tu veux.» L’ado s’était soudain retrouvé en panique, c’était pas KFC ou McDo ici. Le chef avait capté le désarroi du môme. «Comment veux-tu devenir cuisinier si tu ne goûtes pas ce que tu fais ?» Le môme avait mangé des escargots, les paupiettes maison et une pêche Melba.

Pommes paillasson

Aujourd’hui, il sait faire la différence entre une brunoise et une julienne, un roux blanc et un roux brun, la crème fouettée et la crème chantilly. Là, il est en train de râper les bintjes pour les pommes paillasson. «T’as goûté la bolo ?» lui lance le chef. Le gamin prend l’air de celui pris en faute. «Non, j’ai oublié.» «Alors ? On a perdu les bonnes habitudes pendant le confinement ?» L’apprenti s’empresse de plonger une cuillère dans la marmite, souffle sur la sauce trop chaude et l’aspire doucement. «Fameuse chef, elle va faire revenir le monde votre bolo.» L’ancien équeute des fraises les yeux dans le vague. «Inch Allah, mon gars, inch Allah…»"

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Orne : 0
Nièvre : 0
Haute-Saône : 0
Doubs : 0
(yesss!)

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9 juin 2020

à lire

(pour les personnes qui m'ont fait remarquer que je n'avais rien publié depuis la semaine dernière, et à qui j'ai répondu que sans doute je n'avais plus vraiment, pour le moment, grand-chose à dire...)

et

deux trucs à lire sur Checknews/Libération, le premier répondant à la question "Les prévisions de Ferguson, qui ont conduit de nombreux pays à se confiner, étaient-elles fantaisistes ?" et le second à la question "Pourquoi l’étude du «Lancet» sur l’hydroxychloroquine est-elle sous le feu des critiques ?"
Deux trucs qui m'ont "interrogé"... Où il est question à chaque fois d'une étude dont les résultats prêtent à controverse, à confusion, à questionnement, et, pour résumer, sèment le doute...

des nouvelles ?

un petit esprit des murs :

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(avec rime riche, indéniablement)

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le nouveau porte-clés que je me suis offert (3€ sur priceministruche) en souvenir du BVT (bon vieux temps) du conconfinement, et qui est presque aussi gros que le porte-clés en sardine de Manue (mais qu'elle a tout de même perdu me semble-t-il)

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*

en parlanr de clé, j'évoquerai en passant (et en restant caaaalme) celle de ma twingouille, payée 255€ l'année dernière chez mon conconcessionnaire (pour rester au diapason), et que mon gros garagiste a... perdue (oui oui)... j'ai laissé la facture des réparations en suspens et j'attends des nouvelles (de sa part) et la nouvelle (de sa part aussi)... "zen, soyons zen..." (air connu)

*

il aura beaucoup été question de cerises, pour mon plus grand bonheur (c'est pour ça que j'adore la première quinzaine de juin), que ce soit sur les arbres ou dans les magasins (d'ailleurs je suis à court là et je vais aller un peu remburer)

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et c'est tout pour aujourd'hui

5 juin 2020

(re)

un mercredi riche en "re" :

- 8h : le retour de ma très chère aide ménagère, Anne-Marie (qui préfère qu'on l'appelle Marie) après trois mois d'interruption, que j'ai d'ailleurs assez vite lâchement abandonnée (mais qui, à mon retour, m'a fait remarquer gentiment qu'elle avait eu beaucoup plus de boulot que d'habitude, à cause de la poussière notamment), pour aller retrouver Manue à

- 8h40 : un petit-déjeuner en terrasse (au soleil!), deux grands crèmes et deux croissants servis par un garçon mimi comme tout dont on devinait la pilosité faciale entre les élastiques de son masque, tables à distance règlementaire, les gens prennent le soleil, se retrouvent, discutent, expriment leur plaisir d'être (à nouveau) là

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 - 11h45 : retour (tant attendu) au FJT! Peu de monde s'y est risqué (j'arrive juste après cinq joyeux travailleurs), découverte des nouvelles consignes, "on ne touche plus rien" (c'est le cuisinier qui met sur le plateau) nouveau sens de circulation (on entre toujours de la même façon mais on sort a présent par l'autre côté) , masques obligatoires pendant les déplacements, plus de pots à eau mais service au verre, plus que deux chaises (en quinquonce) par tables de quatre, et café à commander en même temps que le repas, c'est bon de se retrouver là (c'est ce que vont dire aux cuisiniers toutes les personnes quand elles arrivent) mais il va falloir s'y faire

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(bon appétit...)

*

- 13h : il fait soleil, il fait chaud, et si je rentrais par le chemin des écoliers ? allons donc juste faire un petit tour sur mon ex parking préféré, juste pour voir ce qui s'y passe... Pas mal de bahuts, mais l'ombre est rare, l'activité proche de zéro, et donc je ne m'attarde pas...

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(pas très facile de photographier en conduisant...)

*

et retour à la maison pour un peu de scrabble, (à chaque journée son lot de nouveautés!)
...Tiens, au courrier, 

télérama sortir

Téléramuche a retrouvé son supplément Sortir... (encore un "re" pour cette journé!)

*

tiens, je suis en verve :

comme au bon vieux temps :

l'esprit des murs :

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et, tiens, des marins...

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sans oublier un petit graphique qui montre que tout va de mieux en mieux...

Screenshot_2020-05-31 INFOGRAPHIES Coronavirus morts, hospitalisations, âge des malades Suivez l'évolution de l'épidémie en[

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(quant aux chiffres des décès par départements, ils n'ont plus été mis à jour depuis le 28 mai...)

 *

that's all folks!

 

31 mai 2020

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(last but not least)

avec le dernier jour du moi de mai (où les fleurs volent au vent si jolies mignonnes, où les fleurs volent au vent si mignonnement) cette série mourra de sa belle mort (sans contamination extérieure) car elle n'a plus lieu d'être  et qu'il il faut bien aller de l'avant

retour à la normale, dès demain premier juin, et donc, sans doute pas forcément à la quotidienneté (on verra bien)

*

l'occasion de dire au revoir (et merci) au Capitaine Haddock (et au perroquet...)

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"de ce temps-là"...

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J+20

28 mai 2020

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"C'est vrai que le temps passe m'a dit mon ami M..."

(-private joke-)

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l'esprit des murs
(qui prend un peu le large, c'est bien)

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ce qui s'écrit d'autre...

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(esprit des murs local...)

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(subtitle)

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(semaine)

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(from Co)

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(consignes)

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et puis c'est tout pour aujourd'hui
(je n'ai pas eu beaucoup le temps d'écrire, c'est plutôt bon signe, non ?

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J+16

27 mai 2020

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(selfie à l'ancienne, au pif (!) avec l'appareil-photo)

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(beaucoup de gens, à la télé)

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(l'orage qui vient, comme le logo de la 7)

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(Mais mais mais... vous le reconnaissez ? non, pas Nagui,  le monsieur qui a son effigie juste à côté...)

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("patientez ici")

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l'esprit des murs 1

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l'esprit des murs 2

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l'esprit des murs 3

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l'esprit des murs 4

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l'esprit des murs 5

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déconconfinement / reconconfinement

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(vies minuscules)

11h : je suis sorti avec mon masque pour aller acheter des épinards à Monop, en revenant, j'ai croisé Claude W. devant le distribanque, nous avons parlé de culture et de spectacle vivant, elle avait un chapeau très durassien, puis Zabetta juste en face qui sortait de sa grosse berline, nous avons parlé de cinéma, puis re-Claude à la boulangerie, toujours aussi durassienne, elle parlait avec la boulangère de promenades à vélo, nous avons acheté des "festives" et des bostok (connaissez-vous le bostok ? j'ai découvert ça dans cette boulangerie et j'ai trouvé ça délicieux) puis je suis rentré pour préparer mon dos de lieu noir cuit à la vapeur avec riz blanc et épinards

*
J'ai fait trois parties de scrabble avec Pépin, la première il m'a battu nettement, la deuxième de justesse, et la troisième c'est moi qui l'ai gagnée, de justesse

*

c'est incroyable : on cligne des yeux et hop! quinze jours sont passés, quinze jours de déconcon déjà (au cinéma, on aurait vu une horloge tourner à toute vitesse, où un éphéméride s'effeuillant tout aussi vite, mais non, là, on a eu juste le temps de cligner des yeux)

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27

J+16

26 mai 2020

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*
c'est drôle comme ce drôle de temps d'avant (quinze jours en mars, le mois d'avril, quinze jours en mai, tout de même) semble déjà s'être évaporé, on y était pourtant, on les a vécues ces journées, enfilées l'une après l'autres, enquillées, dûment tamponnées, attestées, autorisées, conformées, confortées, on y était pourtant, et tout ça comme d'un coup pfuit! plus rien, et pourtant rien n'est comme avant, même si tout est comme avant,
je montais au front du ouaibe chaque soir pour lire les niouzes, les lettres du front, comme un vaillant petit soldat, chaque matin idem  comme un vaillant petit moine-soldat, pour remplir, meubler, étoffer, agrémenter cette espace-ci, c'était tout ou presque ce que j'avais à faire, ce qui me restait à faire (qu'il me restait à faire ?) pour être là, être sûr d'être là, visible, "attendant qu'on me confirme que j'existais" (je m'autocite) bel et bien, dans les posts, les commentaires, les clins d'oeil, les sourires, les connivences, les mails, les questions sans réponses et parfois même sans questions (alors les réponses, pensez...), vous de l'autre côté et moi ici, chacun de son côté, nous étions chacun(e) des scrutateurs, des sentinelles des hérauts, des observateurs immobiles, empêtrés empêchés, chacun(e) dans son désert des tartatres personnel, nous montions chaque matin au sommet de la tour pour regarder au loin, mais on n'y voyait pas grand-chose,
et pour moi qui suis un homme d'habitudes, ce temps-là était -paradoxalement- presque un temps rêvé, un voyage immobile mais très organisé, de rituels et de récurrences, ces petits bouts de machins* qui donnaient la force de tenir, d'aller jusqu'au bout de chacun de ces jours pareils, de continuer d'avancer, comme un singe qui saute de branche en branche hop! hop! , même si c'était en rond et qu'on finissait toujours par revenir en fin de compte au même point, celui duquel on s'élancerait hop! hop! le jour suivant

*

(Apichatpong forever)

“– Votre cinéma tourne souvent autour du motif du sommeil, non ?
– J’ai toujours été obsédé par l’idée de dormir, par cette aptitude que nous avons : le rêve. Dès Tropical Malady (2004), cette question m’obsédait et j’envisageais de faire un film entièrement sur cette question. Mon installation Primitive (présentée à l’automne 2009 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris – ndlr) m’a permis d’aller plus loin. Une des parties de l’exposition était un film pour lequel j’avais installé des adolescents dans une maquette de vaisseau spatial et je leur avais demandé de s’endormir.
– Qu’est-ce qui vous fascine dans le sommeil ?
– Il est la réponse adéquate à un état hostile du monde. Il offre la possibilité de choisir une réalité alternative, de s’extraire de celle que la veille nous impose. Par ailleurs, tous mes films retracent un voyage. On va de la ville à la jungle (Blissfully Yours, Tropical Malady, Oncle Boonmee), de la jungle à la ville (Syndroms and a Century), on traverse des espaces. Dormir est une autre façon de voyager. Le corps est immobile, seul l’esprit parcourt des territoires. Vu de l’extérieur, un être humain qui dort ressemble à un cadavre. Et pourtant son activité cérébrale est très intense. Le sommeil joint la mort à l’une des formes les plus vives de la vie – une vie où l’esprit s’est détaché du corps. Je dirais même que le sommeil joint la vie, la mort et le sexe, si l’on prend en compte les rêves érotiques – et Cemetery of Splendour en comprend un.
– Il y a dans le film des plans récurrents de bulldozers qui creusent un sol boueux. Ce sont même eux qui ouvrent et closent le film. Quelle en est pour vous la signification ?
– C’est un bulldozer qui ne s’arrête jamais. Régulièrement, on revient sur lui et il est toujours en train de creuser. Le bulldozer est un symbole du progrès. Je l’ai filmé sur le site d’une compagnie de fibres optiques liant la Thaïlande à la Chine. Il incarne la croyance dans la technologie, le futur. Et en même temps, il creuse sur un site historique. La marche vers le progrès se fait simultanément à un progressif dévoilement des racines, une remontée vers le passé, la possible exhumation de vestiges, de squelettes… Le bulldozer est pour moi porteur de ces deux dimensions. Il creuse un tunnel dont l’embouchure s’ouvre à la fois sur le futur et le passé.”

*

au Super U j'attendais à la caisse (règlementairement distancié) derriière une dame qui pooosaiiiiit ses cououououourses très leeeeeeentement sur le tapiiiiiiis et les remettait dans son chariot tout aussiiiiii leeeeeeentement... (rester zen)

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à Chassey-les-Montbozon, un troupe de joyeux maçons dont l'un était superbement torse-nu

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(difficile de rester à 80 quand on roule vitres ouvertes avec la musique à donf)

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le duplicate, finalement c'est un peu fastidieux (on a terminé quasiment ex-aequo)

*

lorsque je me suis arrêté à la boulangerie, à 18h55, il ne restait que très peu de pain(s) mais pourtant m'y attendait le seigle/noix/noisettes que j'avais justement envie d'acheter (y lire un signe, une confirmation,  que c'était une belle journée)

*

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(un après-midi à Cuse)

*

Je venais de finir Evasion, de Benjamin Whitmer, chaudement recommandé (et déposé dans ma boîte aux lettres!) par Pépin, et j'ai tellement aimé ça que j'ai acheté illico les deux premiers romans du même, Pike et Cry father, tous deux chez Gallmeister. Je viens de terminer Cry father, et je suis encore sous le coup de la déflagration. En 65 chapitres brefs comme des estafilades, Benjamin W. nous raconte une histoire d'hommes, de père(s) et de fils(s), un plus vieux, Patterson, et un plus jeune, Junior. dans ce qu'on nomme pudiquement "l'Amérique profonde" (whiskey, cocaïne, meth, flingues, bagnoles, dealers, bikers, règlements de comptes), via ces deux spécimens, dont les trajectoires se répondent, et même se rejoignent, mais avec un sens de l'humanité aussi énorme que celui de Larry Brown... Magistral! (mais noir très noir).

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"Le pire c’est que l’écriture au ras des êtres humains de l’auteur nous les fait aimer ces deux fous furieux. Et du coup le lecteur souffre. Il comprend les raisons de leur folie et de leur désespoir, et sent bien que tout cela va mal se finir. Avec eux il enchaîne les actions destructrices, faisant systématiquement les mauvais choix, lucidement, mais sans pouvoir s’en empêcher." (Jean-Marc Laherrère / Actu du noir )

*

* (le journal de 'finement de Philou, et les échanges de mails quotidiens à propos de son envoi et sa réception, les appels téléphoniques quotidiens avec Dominique, les parties de scrabble avec Marie et Catherine P., les apéros du soir, les commentaires sur le blog, les mails/dvd de Pépin, le tiercé-Libé, tous les envois whatsapp, tous les appels téléphoniques, les abonnements de soutien à des vidéothèques en ligne, les "jours avec courrier" et les jours sans, les heures dans le jardin, les livres que j'avais du mal à lire, les ami(e)s qui passaient faire coucou, le journal de confinement de p-e barré sur y*utube, le nombre de décès dans les départements,)

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26

*

J +15

24 mai 2020

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(ça passe vachement vite, non ?)

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"DEUX PUY, DEUX MESURES

Revenons un peu sur la "distanciation". Pas sociale, mais brechtienne – cet effet d’étrangeté produit sur le spectateur, visant à rompre le pacte de croyance en ce qu’il voit. Un exemple type a été donné le 20 mai, lorsqu’à l’occasion d’un Conseil de défense réuni à l’Elysée, le chef de l’Etat a poussé en faveur de la réouverture rapide – elle sera effective le 11 juin – du Puy du F., célèbre parc à thème médiévo-zemmourien de Vendée, fondé par une bonne relation d’Emmanuel M., Philippe de V.. Voici alors que les acteurs de la culture, et en particulier les directeurs des grands festivals sommés d’annuler leurs événements jusque mi-juillet, échangèrent des regards incrédules pour savoir si, mortecouille, cela relevait ou non de l’hallucination. Aurélie F. leur a confirmé qu’ils avaient bien compris le coup de théâtre: il s’agit bien, selon l'ex-ministre de la Culture sur les réseaux sociaux, d’un "passe droit monstrueux". "On ferme le Festival d’Avignon mais cet individu d’extrême droite pourra continuer à faire l’apologie de son révisionnisme historique. Copinage relevant de la trahison la plus totale des idéaux républicains. La devise de la République, c’est liberté-égalité-fraternité."
Quelque temps avant la création de cette devise, les royalistes étaient engagés dans la sanglante guerre de Vendée. Est-ce par sympathie monarchiste qu’Emmanuel M. dépose aujourd’hui cette offrande aux pieds du Disneyland de la droite identitaire? Ou, plus prosaïquement, pour adresser un gros fuck à tous ces snobinards du théâtre public en même temps qu’une pichenette sur l’oreille de son premier ministre, Edouard P., puisque ce dernier préférait, parait-il, temporiser l’annonce? Nous voilà en tout cas propulsés, comme jadis Jean R. et Christian C. dans le blockbuster gaulois les Visiteurs, en un autre temps, dont on ne sait encore s’il correspond au "monde d’après" ou plutôt au monde de bien, bien avant – soit cette époque d’il y a plusieurs siècles où les privilèges étaient vraiment "okay". Alors que l’ensemble du secteur culturel pourrait sombrer dans une précarité border Jacquouille-la-Fripouille, on en viendrait à croire que les personnages du film de Jean-Marie P.n’inspirent plus seulement l’esthétique du parc à thème vendéen mais aussi la politique du chef de l'Etat." (LibéCulture)

*

"LE PARTI DES CHOSES ET PAPARAZZI
deux fims de Jacques Rozier sur le Mépris (visibles sur la plateforme de la Cinémathèque française)

En guise d'hommage à Michel Piccoli, la Cinémathèque française rend disponible deux courts et beaux films rares sur sa plateforme Henri, "salle virtuelle" où elle exhume chaque jour des trésors de ses collections, en accès libre jusqu'à la réouverture de ses portes. Deux films réalisés par Jacques Rozier sur le tournage italien du Mépris en mai 1963, manières de making-of grand luxe du chef-d'œuvre de Jean-Luc Godard. Le plus long plante le décor (la baie de Naples, le soleil de Capri, la villa Malaparte) par la voix de Piccoli, avant de dériver du tournage vers sa périphérie pour se fixer sur le ballet de ces étranges oiseaux du cru qui assaillent l'icône Bardot: les "paparazzi" – inventé par Fellini, le terme n'avait alors pas encore passé les Alpes et donne son titre au fringant petit film. Le second film, le Parti des choses, arpente les coulisses du Mépris et "les raisons mystérieuses du cinéma" pour dépeindre comment ses splendeurs Technicolor s'inventent au jour le jour autour de ses acteurs, et plus particulièrement de la relation entre le cinéaste et son actrice ("Brigitte Bardot n'est pas devenue Camille, mais Camille est devenue Brigitte Bardot"), aiguillé par cette intuition de Rozier, amplement vérifiée depuis: "Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose dans le cinéma au même titre que Garbo ou Dietrich, c'est peut-être dans le Mépris qu'on le trouvera." Et c'est aussi là que se donne à voir la bascule, dans un demi-siècle d'intouchable âge d'or, de trajectoire du plus grand acteur que l'on ait connu." (LibéCulture)

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(ce soir j'aurais dû être sur mon canapé devant la téloche (ça ne change pas) pour un des deux événements pluricul/multiméd cinématographiques qu'en principe je ne manque jamais : la Cérémonie de Cloture du festival de Cannes, mais bon, comme vous devez le savoir, cette année y en a pas, alors bernique (ta mère) et donc je regarderai les films de Rosier ci-dessus évoqués à la place)

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l'esprit des murs :

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(rien à voir avec ce qui précède, ni ce qui suit,  mais c'est agréable de voir des gens sourire -surtout celui du fond- juste pour le plaisir, donc)

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(Téléramuche donne la parole à d'anciens jurés qui reviennent sur leurs délibérations, celui-ci m'a particulièrement touché)

Palme d’or : Oncle Boonmee, d’Apichatpong Weerasethakul (2010)

"Ce sont douze jours où tout ce qu’on dit, et surtout ce qu’on ne dit pas, est interprété. Et comme on n’a pas le droit de parler, le moindre soupir, hochement de tête, ébauche de sourire en regardant les flots est guetté. Douze jours où on est hors sol, traités avec le plus grand des égards, mais où l’on perçoit constamment qu’il y a sans doute quelque chose de mieux, de plus intéressant ailleurs et qu’on est en train de le rater. Le Festival de Cannes fonctionne sur ce manque et le jury a beau être au centre du manège, il n’y échappe pas. Durant ces douze jours, je me suis aperçu que j’étais très mauvais à la manœuvre et que je n’étais pas le seul. On était trois à adorer un remarquable film ukrainien, My Joy, le premier film du peu connu Sergei Loznitsa et bien que trois, ce qui aurait dû constituer une force, on n’a pas été assez malins pour que le film ne reparte pas bredouille. On se questionnait : "On ne va pas demander la palme. Ça ne marchera pas. On ne peut pas demander non plus le prix du scénario, le film ne tient pas à son scénario…" On n’avait pas compris qu’il faut commencer par être maximaliste, quitte à redescendre dans ses ambitions et donner le sentiment qu’on est grand prince, qu’on fait des concessions.
(...) Dans le jury, il y avait Victor Erice qui a réalisé l’Esprit de la ruche, avec Ana Torrent avant qu’elle ne soit révélée par Cría Cuervos, et le Songe de la lumière, un film sur un homme qui regarde un cognassier fleurir dans sa cour. Pas précisément des blockbusters. J’étais très content de le rencontrer et très fier de lui dire que j’avais vu ses films, une particularité dont j’imaginais qu’elle m’était propre. Quelle prétention ! Au sein du jury, connaître l’œuvre de Victor Erice n’avait rien d’exceptionnel. Il jouissait d’un statut particulier. On baisait sa babouche pour obtenir son avis. Lui seul s’exprimait uniquement en espagnol, très lentement et assez longuement…
J’ai le souvenir d’une très grande liberté. Cette année-là, les films américains de la sélection étaient faibles. Je pensais qu’on allait être obligés de couronner l’un d’entre eux car il y avait de nombreux Américains dans le jury, dont le président lui-même. Pas du tout ! Ils n’ont pas essayé une seconde d’imposer un choix pour des raisons diplomatiques. Non seulement personne n’a jamais menacé ma petite indépendance, mais je n’ai jamais ressenti de pression liée aux enjeux financiers gigantesques.
En ce qui concerne la palme d’or attribué à Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul, je n’étais pas en état d’argumenter. Je me suis endormi pendant la projection et je n’en ai pas fait mystère. Je revois Tim Burton transporté et émerveillé par ce film."
Emmanuel Carrère, écrivain et cinéaste (Libé)

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(j'ai bien fait de ne pas m'habiller juste pour aller chercher le courrier : il n'y en avait pas.)

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 J+13

 

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