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lieux communs (et autres fadaises)
2 juillet 2006

rédhibitoire(s)

50) Celui qui m'avait dit, en parlant de nous "P.P.L.H"
49) Celui qui avait des posters de Frédéric François dans sa chambre
48) Celui qui avait une collection de figurines en porcelaine
47) Celui qui avait des collants de femme sous son jean
46) Celui qui avait besoin d'un drap sous la housse de couette
45) Celui qui devait absolument pisser juste après avoir joui
44) Celui qui m'a "aimé" tant que j'avais de l'herbe "pour le dépanner"
43) Celui qui tenait absolument à ce que je l'insulte
42) Celui qui avait eu une encéphalite et avait donc perdu toute mémoire immédiate
41) Celui qui ne pouvait faire l'amour qu'en regardant un film porno hétéro
40) Celui qui avait un cendrier plein sur la table de nuit
39) Celui qui avait perdu ses couilles dans un accident de moto
38) Celui qui m'a dit "ça ne m'intéresse pas, je me suis juste arrêté pour me reposer", alors que c'est la troisième fois qu'il passait là!
37) Celui qui m'avait donné rendez-vous chez des potes à lui et est arrivé avec une heure de retard
36) Celui qui avait insisté pour me traîner à un match de baseball et tenait absolument à m'expliquer la moindre phase de jeu
35) Celui qui ne voulait qu'une chose et une seule : me baiser
34) Celui qui m'engueulait parce que je ne savais pas laver correctement la salade
33) Celui qui faisait en sorte que ce soit toujours moi qui prenne la bagnole pour aller le voir, et jamais le contraire (il savait très bien gémir)
32) Celui qui m'avait offert un polo rose avec un crocodile dessus
31) Celui qui avait un sexe tellement énorme qu'il n'arrivait pas à bander
30) Celui qui m'avait offert pour étrennes un flacon d'eau de toilette dont je soupçonnais qu'on venait de le lui offrir et qu'il n'en voulait pas
29) Celui qui avait mis à la poubelle les oeufs au bacon qui venaient d'être cuisinés parce qu'ils ne lui convenaient pas
28) Celui qui avait fait un scandale au restaurant parce que soi-disant la tarte était brûlée
27) Celui qui m'avait dit, dans la voiture, "tu veux bien ôter ta main de là", et, quelques années plus tard, "il y a un lit, là-haut, on peut y aller si tu veux" (mais je n'avais plus du tout envie)
26) Celui qui ne supportait pas que je fasse des miettes dans sa cuisine
25) Celui qui, taillé en armoire à glace, portait pourtant un body bleu ciel (taille XXXL ?) et une mini-jupe en jean (mais rien dessous!)
24) Celui qui me donnait l'impression qu'il allait me dévorer chaque fois qu'on s'embrassait
23) Celui qui mettait trop d'eau de cologne "Mont St Michel"
22) Celui qui m'avait pris en stop pas du tout par bonté d'âme et qui avait une idée derrière la tête
21) Celui qui m'avait dit que notre conversation était du niveau du "Café du Commerce" (je n'avais jamais entendu cette expression)
20) Celui qui m'a répondu "je ne me sens pas concerné..."
19) Celui qui me secouait comme une bouteille d'orangina
18) Celui qui m'avait refilé des morpions
17) Celui qui, après qu'on ait fait affaire, me demandait si je n'aurais pas un euro ou deux pour le dépanner, pour boire un café
16) Celui qui, sous son bleu de travail avait un combiné gaine/soutien-gorge
15) Celui qui n'avait pas répondu à mes lettres et qui, quand je l'avais revu, beaucoup plus tard, m'avait dit "tu sais, c'était pas facile..."
14) Celui qui, en me caressant, cherchait juste à me piquer mon porte-feuilles
13) Celui qui a eu une grippe exceptionnellement longue, le temps que je me lasse de l'appeler
12) Celui qui avait des dents en fer
11) Celui qui avait toujours peur d'être espionné
10) Celui qui me courait après en disant qu'il allait me casser la gueule
09) Celui qui était à poil dans son camion, portières verrouillées,  mais voulait juste être vu
08) Celui qui s'était foutu de ma gueule quand je m'étais mis à pleurer
07) Celui qui était étendu sur le ventre, à poil, avec, posés à côté de lui, une capote et du gel
06) Celui qui avait fait un détour de hmmm kilomètres dans les sous-bois pour ne pas me croiser sur le chemin
05) Celui qui avait des numéros de téléphone gribouillés sur sa taie de traversin grisâtre
04) Celui qui voulait venir me voir tous les week-ends, ce qui m'a vite oppressé
03) Celui qui m'avait laissé en plan dans cette chambre au YMCA en m'expliquant qu'il ne pourrait jamais dormir là
02) Celui qui me réveillait la nuit pour que je le fasse jouir
01) Celui qui voulait toujours que je jouisse avant lui

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2 octobre 2006

micro18

J'ai appuyé sur sa sonnette et je me suis sauvé comme un voleur.

*

Et si le cinéma était ma vie conjugale ?

*

Un monsieur très gros qui se déplaçait comme un chamallow articulé.

*

Régulièrement, pendant la projection, elle ôte discrètement son soutien-gorge et le glisse dans son sac à main.

*

L'adolescent a choisi d'acheter un fromage avec lequel on pouvait gagner un saut à l'élastique gratuit.

*

Longtemps il suit des yeux la femme en uniforme qui passe et, machinalement, se gratte les couilles comme dans les films.

*

Il avait un tatouage sur l'épaule et un petit sourire amusé.

*

"J'aimerais bien être un camion en réparation ; au moins, on s'occupe de toi!" (dossier de presse du film)

*

J'ai été réveillé en sursaut à trois heures du matin par un orage shakespearien.

*

"Tu fais tellement d'efforts pour être original que je suis obligé de faire tout ce que je peux pour avoir l'air normal..."

*

J'ai volé sans le faire  exprès un fromage de chèvre qui n'a déclenché aucune sonnerie lorsque je suis passé en caisse.

*

Le pantalon de velours beige et taché de ce jeune ouvrier-peintre portait au niveau des poches arrière deux petits accrocs carrés, ouverts comme des fenêtres allumées dans la nuit.

*

"Encore vous!" m'a dit en souriant la demoiselle qui déchire les billets dans le hall du cinéma.

*

J'ai rêvé que *** avait obtenu un triple CDD auprès de Martine T.

*

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22 août 2006

bluffant

MIAMI VICE
de Michael Mann

Moi qui n'avais plus regardé de feuilletons télévisés depuis Mannix ou Les compagnons de Jéhu, j'avoue que je m'emmêle un peu les crayons pour les séries américaines suivantes. Par exemple, pour le film qui nous intéresse, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait d'un remake de Starsky & Hutch (et je me demandais pourquoi ils avaient changé les noms des héros.) Non, je plaisante (juste un peu) mais bon...

Je n'y allais donc pas pour la nostalgie TV, juste j'aimais bien le réalisateur, Michael Mann (qui m'avait déjà fourni quelques plaisirs cinéphiliques : Le solitaire (81), Le sixième sens (86), et, dans une moindre mesure Le dernier des Mohicans (91) -mais là j'avais surtout craqué pour Madeleine Stowe!- ; et non non désolé je n'ai pas vu Collateral, à cause de Tom Cruise. Oui, je suis Cruisophobe, c'est ainsi...) et puis il y avait Colin Farrell au générique (oui oui, est-ce une faiblesse ? mais j'ai -c'est le cas de le (re) dire- un faible pour cet homme-là, surtout là, comme ça, avec la moustache, le pas-rasé, les épaules d'armoire normande, les gros sourcils, la petite queue (oui, oui, quand il réunit ses cheveux longs avec un élastique...tsss qu'alliez-vous penser là !)


Des précédents films de Michael Mann, j'avais surtout retenu le goût des ambiances nocturnes, la "polarisation" autour d'un acteur central (James Caan dans un cas, William Petersen dans l'autre), un goût certain de la musique décalée, et une non moins certaine virtuosité filmique. Eh bien là, tout pareil, tout bon! Ville, malfrats, bleu nuit, violence, zik, belle image...

Ca commence comme j'aime : pas de générique, pas de présentations, pas de préliminaires, on se trouve d'emblée précipité(s) dans une boîte de nuit, (techno, danseurs, videurs, barmen, mafiosi, putes...), où se trouvent nos deux héros (Colinou et Jamiechounet), au boulot,  en train de faire on se sait pas trop quoi, de surveiller on ne sait pas trop qui, ça a l'air très compliqué et d'ailleurs on s'en fout un peu, puisqu'on va très vite passer à autre chose. Très vite y a des gens qui meurent, des hélicoptères qui survolent, des portables qui sonnent, des grosses bagnoles qui carburent, des gros pétards qui tirent... bref, la panoplie de base, le minimum requis pour ce genre de "polar urbain contemporain", mais avec -indéniablement, et ça se sent dès le démarrage- un je ne sais quoi de plus intelligent, de plus brillant, de plus baroque, bref, de mieux fait. C'est pas du prêt-à-porter, c'est vraiment de la haute-couture. Le client en a pour ses sous.

J'aime vraiment la façon de filmer de Michael Mann. Il est très fort. Dans  la composition des plans (il ose plein de choses pas formatées les très gros plans, les compositions obliques, les changements de focale, les premiers plans flous, les cassures de rythme...), dans le rapport image/musique (parfois utilisée de façon paradoxale), dans le montage, la précision du rythme, et ce jusque dans les scènes -attendues ?- de fusillades qui ne dépareraient pas, par leur rythme, leur intensité, et leur violence furieuse, chez certain adepte du polar hong-kongais...

L'histoire ? je l'ai déjà dit, on s'en tape un peu : les truands, les agents, le FBI, la CIA, les indics, les traîtres, que sais-je encore, les agents doubles, la frontière entre flic et voyou... rien de très original là-dedans (Soyons franc ; je n'ai jamais vu (oui oui, smiley avec les joues rouges de honte) un épisode de la série et je ne peux donc pas me prononcer sur la fidélité ou non à l'esprit de ladite. encore une fois, quelle importance ? Mann s'est vraiment approprié tout ça... On ne fait que brasser les cartes d'un jeu déjà bien connu : l'amour, la mort, la dope, les keufs. Et pourtant voilà deux heures quinze béton, au terme desquelles, quand les lumières se rallument, on a le sentiment de ne pas avoir été pris pour un con (ce qui, dans ce genre de productions, se produit de plus en plus souvent)

En plus (mais ceci est très personnel) c'est un film assez hirsute, plein de poils et de cheveux -à priori donc plutôt viril-bourrin- (les coupes des deux héros, déjà, (boulaz' d'un côté et longueurs et pointes de l'autre), les divers effets de barbe en gros plan, les cheveux gramouillés du méchant-sous-chef, la barbasse du méchant-chef-chef, avec heureusement la touche hyper féminine et Gong Liesque qui vient nous la jouer sublimissiment "coz I worth it!" avec ses cheveux jolis jolis et plus ou moins apprêtés/défaits selon la torridité des scènes. (d' executive woman à woman in love) et c'est vrai qu'elle forme un couple assez chaud avec notre ami Colin F.(capillairement parlant....) Ca tombe pileux/poil, quoi!

Et le film nous lâche comme ça, après le morceau de bravoure où pan pan pan quasi tout le monde est mort, avec cette réjouissante note double d'amoralité : le flic déguisé en malfrat qui laisse échapper la jolie scélérate parce qu'il l'aimeuh, et surtout (c'est ça qui m'a chiffonné) le fait que tous les méchants sont morts (bien fait pour eux, z'avaient qu'à pas) sauf le méchant très méchant chef chef. Y a pas d'justice, mon pov'monsieur...

Prêt pour le numéro 2 ?

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24 août 2006

point de rencontre

Dans un roman :
" J'ai pénétré dans le sous-bois, attiré par la tache claire de sa chemise bleue. Il fumait, plutôt nerveusement, de dos, le bras droit appuyé contre un arbuste, en jetant des regards furtifs, pas hostiles, plutôt curieux, à chaque inspiration. J'aimais sa tête ronde avec son petit bouc, ses cuisses apparemment robustes, mais, surtout, j'étais fasciné par ses chaussures : des  chaussures de chantier, uniformément tachées de peinture, de plâtre, et dont la saleté tranchait avec le reste de sa mise, plutôt soignée. Il a éteint sa cigarette, en a rallumé une autre aussitôt, avec les mêmes coups d'oeil, qu'il lançait à présent tantôt de mon côté et tantôt de l'autre, car un nouvel arrivant s'avançait  dans les bosquets à son tour."

Dans un film :
Extérieur jour, ambiance sous-bois.
Plan d'ensemble : La caméra cadre une tache bleu clair, qu'on devine à travers un fouillis de feuilles vertes.
Bruit de pas crissant sur les aiguilles de pin.
Vision subjective (du narrateur), une main écartant un rameau pour pouvoir avancer.
Plan d'ensemble de l'homme à la chemise bleue
Zoom avant : plan moyen du même
La caméra pivote légèrement à droite pour découvrir son profil, au moment où il souffle une bouffée de fumée
Travelling vertical de haut en bas : le visage, le torse, les cuisses, puis les chaussures.
Gros plan sur les chaussures
La caméra, toujours au sol, pivote vers la gauche
Plan d'ensemble, avec, au centre, le nouvel arrivant dans le sous-bois, regard de loin face caméra

Dans un porno :
L'homme à la chemise bleue est  dans le sous-bois, en train de pisser. L'autre s'approche. Echange de regards. Suite de gros plans très brefs : les yeux, la cigarette, le sexe, les chaussures. Encore les yeux, de part et d'autre. Le nouvel arrivant regarde l'homme à la chemise bleue, il se caresse très explicitement à travers le tissu de son jean. C'est le signal, l'autre s'approche de lui, ils s'embrassent  en s'ôtant mutuellement  leurs vêtements. Le troisième arrivant les épie, caché derrière un tronc d'arbre, en se faisant du bien. Il finit par les rejoindre.

Dans une pièce de théâtre :
La scène se passe dans un sous-bois. Néanmoins le décor restera nu, à l'exception peut-être d'une chaise, côté jardin, sur laquelle serait supendue une chemise bleu clair, et au pied de laquelle serait posée une paire de chaussures de chantier, couvertes de peinture.
Quand les spectateurs entrent dans la salle, le premier personnage est déjà en scène. Il est torse-nu, face public, il fume, et regarde les spectateurs s'installer.
Le deuxième se tient aussi face public, il ne regardera son partenaire à aucun moment.
Le premier passe la chemise bleue, la boutonne, il enfile les chaussures, les lace, et va se placer en fond de scène, de dos.

Dans un opéra :
Deux gros messieurs  barbus en costumes chamarrés se font face. L'un d'entre eux a une chemise bleu ciel. Ils chantent très doucement au début. Celui qui a la chemise bleue est immobile, l'autre lui tourne autour, en le questionnant de plus en plus énergiquement. A chaque fois, celui qui a la chemise bleue ne fait que répéter la question de l'autre. Arrive un troisième gros monsieur (c'est le traître) qui attire l'homme à la chemise bleue dans les coulisses en lui offrant un sac d'or.
A la sortie du traître et de son ami, celui qui est resté seul entonne le grand air de la tristesse "Mi sento solo en el sous-bois. Nessuno me ama"

Dans la réalité :
Je suis monté dans le bois voir de quoi il retournait ;  ce mec fumait, me regardait de temps en temps, je ne sais pas ce qu'il voulait vraiment. Je suis passé d'un côté, puis de l'autre. Ses chaussures me fascinaient, des grosses pompes de chantier, j'aurais bien aimé les photographier. Un autre est arrivé, est passé de l'autre côté, nous formions un ligne dont l'homme à la chemise bleue figurait le centre et nous les extrémités. Il regardait d'un côté puis de l'autre, je me suis éloigné pour voir s'il allait me suivre. L'autre est parti quand je suis venu de son côté, j'ai cru qu'il s'en allait définitivement. L'homme à la chemise bleue restait toujours au même endroit, toujours fumant, toujours jetant des coups d'oeil. Quand je me suis approché à nouveau, j'ai vu que l'autre était revenu, qu'ils s'étaient parlés visiblement, puisqu'ils sont redescendus à la queue-leu-leu, et sont remontés chacun dans sa voiture, puis ont démarré ensemble, sans doute pour aller dans un coin plus tranquille.

Bon j'ai hésité. Je poste ? Je poste pas ? Allez, tant pis, c'est écrit, ne gaspillons pas : je poste!

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13 novembre 2005

Sophie C.

Je réponds au Questionnaire de Sophie Calle (piqué dans les Inrocks)

- Quand êtes-vous déjà mort?
En juin 1974, mais d'autres fois encore, avant et après
- Qu'est-ce qui vous fait lever le matin?
En général, l'envie de pisser!
- Que sont devenus vos rêves d'enfant?
Je ne suis plus du tout certain d'en avoir eu
- Qu'est-ce qui vous distingue des autres?
Mon prénom
- Vous manque t'il quelque chose?
Peut-être plutôt quelqu'un, mais je n'en suis pas certain
- Pensez-vous que tout le monde puisse être artiste?
Chacun à son niveau! (Je crois que chaque homme doit avoir une part d'artiste comme il a une part de féminité, idem pour chaque femme, bien sûr!)
- D'où venez-vous?
"D'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître..."
- Jugez-vous votre sort enviable?
En ce moment, oui, plutôt!
- A quoi avez-vous renoncé?
A mon odorat
- Que faites-vous de votre argent?
J'achète des trucs et des machins
- Quelle tâche ménagère vous rebute le plus?
Quasiment toutes! J'ai un tempérament de souillon
- Quels sont vos plaisirs favoris?
Ne rien faire, écouter de la musique après avoir fumé un pét', aller au cinéma, photographier les mecs sur les chantiers, recevoir du courrier, faire des agendas, manger des framboises… j'ai des plaisirs simples!
- Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire?
Une machine à enregistrer les rêves ...ah bon, ça n'existe pas ? alors euh ,un pass cinéma universel!
- Citez trois artistes que vous détestez.
Les mots "artiste" et "détester" me semblent antinomiques. Par contre je pourrais tout à fait détester quelqu'un qui se prend pour (ou se fait passer pour) un artiste. J'ai des noms…
- Que défendez-vous?
Le droit de ne rien faire, ou plutôt pour chacun de choisir ce qu'il a envie de faire
- Qu'êtes-vous capable de refuser?
Une invitation pour étaler du tout-venant (private joke), mais, en général, j'ai du mal à dire non!
- Quelle est la partie de votre corps la plus fragile ?
A priori, j'aurais répondu "les couilles",mais en y réfléchissant à deux fois, "la peau", c'est pas mal non plus!
- Qu'avez-vous été capable de faire par amour?
Des kilomètres!
- Que vous reproche t'on?
Je ne sais pas…  peut-être d'être grincheux des fois sans raison apparente ?
- A quoi vous sert l'art?
A (me) faire plaisir
- Rédigezvotre épitaphe ?
(...)
- Sous quelle forme aimeriez-vous revenir?

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... dimanche soir, dix-sept heures et quelques, il fait nuit noire... un temps à faire des questionnaires!

20 avril 2006

micro8

*

(Trop de printemps tue le printemps)

*

L'amour ne serait-il  qu'une construction mentale ?

*

Mondrian a peint des fleurs en cachette pendant toute sa vie.

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La taupe est hémophile.

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Je range mon téléphone dans ma poche supérieure gauche car j'aime la sensation du vibreur sur mon coeur.

*

Il est gros le blaireau écrasé au milieu de la route.

*

Comme beaucoup d'hommes je prends un plaisir certain à pisser dans le lavabo.

*

Les rêves, ça pourrait être le 49.3 de l'inconscient.

*

Le signe amical d'une cabine de camion allumée dans la nuit printanière.

*

Je scanne en noir et blanc des photos de Libé.

*

Le forsythia chante à tue-tête sur fond de ciel très bleu.

*

J'ai beaucoup plus de copines que de copains.

*

L'amour est plutôt un bouquet de St-Georges je trouve.

*

Il m'a paru tout de suite évident que le sonar serait ma sonnerie.

*

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9 janvier 2006

intimité (2)

(à propos de messieurs tout nus...)

Après avoir évoqué mes débuts (les jeunes années), voici donc la suite de mes émois et aventures iconographiques.
Les revues "originelles" (celles des années 70, les pionnières) avaient progressivement disparu, des magazines américains juste un peu francisés envahissant le marché, érigeant le formatage en règle absolue (jeunes, lisses, épilés, bodybuildés, insipides) les salles de cinéma porno étaient en train de disparaître , asphyxiées par la règlementation sur les films X et l'invasion de la vidéo, les bouquins de photos atteignaient des prix astronomiques, à la télé il fallait être très observateur et très patient pour surprendre une mâle anatomie dans un reportage furtif, le minitel c'était sympa question échauffement, mais c'était sans image...bref,  la disette en quelque sorte, il fallait faire quèq'chose, trouver une issue de secours.
Et l'internet fit son apparition... (tadadam!) Le ouaibe, comme je l'ai déjà dit, a très vite signifié pour moi le libre accès à toute l'imagerie pornographique mondiale. Plutôt toute l'imagerie virilement sexuée. The full frontal male nudity.( Il n'y avait que les américains pour mettre ça en mots ; ça signifie que non seulement c'est un monsieur, qu'il est tout nu, qu'on le voit de face et avec le kiki à l'air )
J'ai une âme de collectionneur, je me suis donc mis en chasse dès que j'ai pu brancher mon ordi... La première fois que je me suis connecté, je n'avais qu'une adresse où aller, un sésame unique : le site de la revue Bear, qui fut donc un peu la Bonne Marraine pour le Cendrillon du ouaibe que j'étais. De site en site, de lien en lien, je me suis rapidement constitué une bonne liste de favoris (mais je pense que bien peu ont survécu au fil des ans...)
La première constation que j'avais faite à l'époque (et qui rejoignait un peu mon émoi originel lorsque, ado, j'avais découvert qu'il existait des journaux de monsieurs tout nus) c'était le nombre absolument faramineux d'appendices males qui étaient dévoilés, dans toute leur(s) diversité(s) tant anatomique que géographique : ce besoin de montrer son kiki (et donc d'être vu) m'apparut comme une caractéristique spécifique et universelle de la gent masculine. Tant mieux pour moi!
J'ai donc affiné mes recherches, affûté mes goûts. Ce qui m'intéressait, je l'ai déjà dit, et je m'en suis rendu compte très vite, ce n'était pas la représentation photographique pornographique (assez vite fastidieuse), mais plutôt de voir des mecs à poil (tout seul ou entre potes), le genre de photos de troisième mi-temps qui figurent au mur de pas mal de club-houses de rugby (et auxquelles hélas on ne pouvait avoir accès jusque là ), ou photos de vacances de jeunes gens (l'arrivée du portable qui prend des photos aura été d'une grande aide, même si on perd ici en qualité d'image ce qu'on gagne en spontanéité), enfin de mecs en train de chahuter. 
Le ouaibe, c'est la démocratisation du kiki! ("à la portée de toutes les bourses..." hihi!)
Il y avait un site que j'aimais beaucoup dans le genre, (à la naissance duquel d'ailleurs j'ai assisté) qui s'appelait Straight Lads Polaroids et qui s'était spécialisé là-dedans. Oui, ce que je préférais, ce n'était pas de voir des homos en train de faire l'amour, mais plutôt des hétéros en train de faire les cons.
J'avais découvert un site nommé Woody's Hangout où le ouaibmestre invitait des jeunes mecs un peu bourrins de base comme j'aime (qui se revendiquaient maçons, couvreurs, mécanos...), à venir faire des petits shows quotidiens devant sa cam, seuls ou à deux (Je me souviens notamment d'un certain Bobby dont je guettais avidement les apparitions...) Ca, c'était la deuxième période, celle des cams. Ca m'émerveillait de penser que, comme ça, en claquant des doigts, on pouvait voir un mec, qui était peut-être à des milliers de kilomètres, vous offrir le spectacle de son intimité.

Les photos qui me touchent le plus, c'est celles où le sujet (de plus en plus je me suis fixé sur les "average guys" ou les "boys next door", autrement dit en français les mecs "moyens", normaux", ceux qui pourraient être votre voisin de palier, mais, euh... ça n'arrive jamais! ) est photographié dans son environnement naturel : Il y en a qui posent sur leur canapé, dans leur salle de bain, dans la cuisine, dans l'atelier, au bureau, ou même dans leur bagnole... Tout est bon, pourvu que ce soit personnel.
On est bien -d'une certaine façon- dans une figuration du réel, bien loin des décors vides et/ou chichiteux  et des photos artistiques de modèles prises (les photos!) en studio. Beurk, ça je ne peux pas. Trop vide.
J'ai besoin de ces marques d'authenticité, tel tableau très moche au mur, tel bureau encombré, tel cendrier plein, tel lit défait, telle salle de bains encombrée, bref, de ces imperfections, de ces détails attendrissants que le sujet a , peut-être involontairement, comme laissés échapper. Une façon de dire "regardez, je n'ai pas triché, me voilà, in situ, tel quel."


Une source prodigieuse de documents s'était constituée grâce aux newsgroups de yahoo. C'était un système très convivial de mise en commun d'images par courrier sur le thème qu'avait déterminé le webmestre. On s'abonnait à un groupe, et on recevait les messages (et les photos) par courrier. C'était parfois très pointu, mais,ainsi, la masse iconographique croissait quasi exponentiellement. Et un jour, yahoo, en père la vertu soudain moraliste (sous la pression des ligues catholiques et bien-pensantes ? ) a commencé à organiser le nettoyage sauvage de tout ça, tel Hercule dans les écuries d'Augias, détruisant des groupes sans préavis, dès que la dénomination pouvait avoir un petit quelque chose d'offensant, et surtout ne donnant plus la possiblité d'organiser le stockage des images. L'un après l'autre, je les ai vus disparaître, impitoyablement éradiqués, asphyxiés... Ah le bon temps était (déjà) fini...
De bon temps il sera à nouveau question à présent, puisque le seul survivant de ces groupes auquel j'ai pu rester abonné continue d'accomplir, il me semble, un travail admirable, et quasi-unique, d'archivage et de stockage de ce qu'ils appellent les "gay historical pictures", au sens large d'ailleurs, puisque il s'agit de conserver le maximum de traces, photographiques, picturales, graphiques d'une activité homoérotique historique. Représentations viriles, et ce dès l'apparition de la photographie, avec des documents aussi rares (parce que que familiaux très souvent) qu'émouvants. C'est là que je vais régulièrement me ravitailler en images noir et blanc ou sépia (comme celles que j'ai utilisées pour mon "calendrier 2006"), images qui sont, je crois, celles qui me sont devenues progressivement les plus chères.
(Plus je vieillis, et, c'est mathématique, plus je deviens nostalgique!)

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11 octobre 2005

si t'es zen , qu'haine ? (merci g.perec)

Cas de conscience... (ou d'éthique plutôt ?)
Je ne suis -par définition- pas quelqu'un de rancunier. A de rares exceptions près (une seule, à vrai dire) je ne suis pas capable de haïr quelqu'un pendant disons... plus d'une demi-heure (allez, une heure max!) Et là voilà que les circonstances m'amènent à cotoyer de nouveau quelqu'un qui me -soyons cru-  me chia dans les bottes, il y a de cela une vingtaine d'années, et envers qui par conséquent -s'il y a une chose dont j'ai horreur c'est bien ça, qu'on me chie dans les bottes- je ressens une certaine... non pas haine le mot serait excessif, disons plutôt rancoeur.Ou ressentiment.
Bon, je reconnais, c'était il ya longtemps, je ne me souviens plus exactement des faits, ni des raisons. Je me souviens juste de m'être senti trahi, floué, exploité, manipulé, roulé dans la farine, et qui plus est par un ami. Rien de pire. 
Nos chemins, comme on dit, ont alors -hrureusement ? - bifurqué, ne nous remettant en présence l'un de l'autre qu'en de rarissimes occasions. J'avais même, un peu plus tard, rédigé une lettre (que je n'ai pas envoyée et qui s'est depuis hélas perdue) ou j'expliquais en détail les raisons de notre "divorce" en amitié.

Et voilà que je rencontre cette personne, qui m'accueille très amicalement la première fois, me présentant comme un "ami de 30 ans", puis me propose la semaine suivante de déjeuner avec elle. Et j'y vais. Et on parle comme il ya vingt ans, comme des copains, des camarades, des potes, comme si rien n'avait changé (à part rides et ventre, de part et d'autre) et cette personne me donne même des conseils judicieux pour mon avenir, et je suis là assis, attentif et souriant, et j'écoute, et j'acquiesce, et dans le même temps, c'est comme si je me regardais être là, et que je me faisais les gros yeux, que je m'en voulais d'être si veule, d'oublier, de faire comme si de rien, d'absoudre en quelque sorte, je pense "tu devrais peut-être lui en parler, non ?" Percer l'abcès. Quel abcès ? Comme si de rien...
Carpette ? Je suis un gentil. Trop. Et cette rancoeur rancie, ce fait accompli auquel je me trouve confronté, je ne sais pas / plus trop quoi en faire.
Digérer ? Pardonner?
Oublier, peut-être...

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26 mai 2021

cologne

L'ETREINTE
de Ludovic Bergery

Ca fait vraiment très plaisir de retrouver Emmanuelle Béart. Depuis Les Témoins (Téchiné, 2007) je n'avais pas eu l'occasion de la voir à l'écran (sauf dans le film de Jeanne Balibar Merveilles à Montfermeil qui est une blessure encore mal cicatrisée de mon petit coeur de cinéphile - d'autant plus douloureuse que pourtant dieu sait si je l'adore, Jeanne B.-, où je l'avais trouvée un peu trop en force).
Ici elle joue Margaut, une veuve de fraîche date, qui vient de se réincrire en fac (d'allemand) et dont on comprend qu'elle aimerait redémarrer quelque chose dans sa vie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé à Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, même s'il sera plutôt question de quelques semaines, voire de quelques mois. Le film est vraiment centré sur le personnage de Margaux (et le réalisateur sur son actrice principale) qu'on ne quittera qu'à très peu d'occasions. Il est question dun nouveau départ (ce à quoi aspire Margaux), d'ailleurs le film s'ouvre sur une arrivée et se terminera, justement, par un départ. j'ai pensé aussi à Renoir, et à son Elena et les hommes, dont le film de Ludovic Bergery pourrait être une version plus hivernale et mélancolique.
Oui, Margaux et les hommes. Car c'est bien des hommes dont il est question ici. D'abord un groupe de jeunes étudiants, au milieu desquels on reconnaîtra l'autre tête d'affiche, Vincent Dedienne, qui joue, avec beaucoup de finesse,  Aurélien, plus Dedienne que nature, un jeune gay attachant à l'humour à la fois vache et tendre, qui va l'accompagner dans ses "errances" affectives et sentimentales. (En ce qui me concerne, je me suis senti Margaux pour un autre étudiant, le jeune Karl, de la bande d'Aurélien, joué par le joliment barbu Nelson Delapalme, dont allocinoche n'a hélas pas été fichu de fournir une photo convenable, sur les photos du film on ne voit QUE Emmanuelle et Vincent, mais bon fermons la parenthèse.)
L'aventure de Margaux est un véritable parcours de la combattante, et Emmanuelle Béart l'incarne magnifiquement, avec une finesse de jeu (de je aussi) remarquable. C'est juste un peu dommage que, finalement, le film se résume à une succession de cas de figures (un catalogue de types d'hommes) et en quelque sorte d'obstacles à franchir pour progresser. Il y a, d'un côté, tout au bord, l'amour courtois, adolescent, carte du Tendre, rêves de jeunes filles, soupirs, émois (le coeur), et, tout à l'autre bout, le rapport physique dans toute sa crudité son urgence, sa violence (le cul). Entre les deux ? la drague, le désir, la séduction, la rencontre. Ou comment faire pour passer d'un état à l'autre (les deux en même temps semblent a priori inconciliables.) Margaux est une femme mûre, et pourtant c'est comme si elle reprenait tout au début.
Dans les discussions avec les jeunes gens paraissent les mêmes dichotomies, et ces fragments d'un discours amoureux hivernaux et intergénérationnels sont bien vus. Même si, comme sur les photos d'allocinoche le focus est souvent fait sur Margaux au détriment parfois des partenaires (On aurait bien repris un peu plus de Dedienne...)
Mais je dois avouer que je me suis quand même pas mal reconnu (identifié) dans cet état des lieux affectif / organique, dans cette façon de procéder. Et Emmanuelle Béart aura été pour cela un objet transitionnel parfait. Parfaitement émouvante.
"Un joli film" ai-je dit à Catherine (après avoir râléune fois de plus parce que les lumières de la salle se rallumaient alors que le film n'était pas encore -techniquement- fini : le début du générique, surtout quand on voit encore des images, c'est encore le film, là-aussi les mauvaises habitudes auront été vite reprises...).

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9 mai 2021

CMFUBJ 27

l'invitation :

“Colza granuleux qui tente une percée de couleur du côté de Vy-le-Ferroux”(2/04)

“La parcelle est comme couverte d’un voile jaunâtre”
(entre Grandvelle et Chazelot 2/04)

“Pas de projecteur sur le colza en cours de fleurissement (divers états)”
(15/04)

“Dans le rythme de l’autoroute l’apparition, au loin, des parcelles éclatantes dans ces vastes campagnes comme vues d’avion”

(entre Troyes et Langres 25/04)

“Sortie reconnaissance pour anni colza par TPR et chemins dans un rayon de 10 km, commun à N. et M..

En quittant la maison, par anticipation, je vois d’immenses champs de colza partout dans les paysages que je vais traverser. 27/04)
Gloire à lui
Je vous invite à fêter le 39ème anniversaire du colza
Samedi 8 mai 2021 à midi
Au bord du champ, commune de L."

*

l'événement

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Cette année, c'était différent :
- Il faisait un grand beau temps
- ça s'est passé à midi
- nous étions sept : les cinq lecteurs habituels + deux spectateurs, amenés par les D. chez qui ils résident en ce moment
- j'ai lu, exceptionnellement, deux textes (un pour l'ouverture de la séance : la page du blog du 6 mai 2020, qui décrivait le précédent anniversaire du colza, et un pour la clôture, le chapitre Notre héros prend l'air, tiré de Petits désastres de la vie ordinaire, de Lucy Ellmann, dont j'ai déjà parlé ici) car, pour la première fois, je n'arrivais pas à me décider entre les deux. Sur la page du blog, je n'ai lu que la partie relative au colza, et sur le texte de Lucy Ellmann j'avoue l'avoir un peu caviardé, en en ôtant un paragraphe au milieu (sur les musiciens du concert), et, surtout, surtout, en supprimant carrément la dernière ligne (qui me semblait déplacée dans le contexte actuel) que j'ai remplacée par un unique mot : "sévir"

A part ça, le déroulement fut comme d'hab' : d'abord le champagne avec des grignotages pour l'apéro (j'ai été très sage et n'en ai pris qu'une demi-flûte, antibios obligent), puis les lectures, puis le repas, les desserts (crème renversée et tarte à la rhubarbe) puis le café, et, pour certain(e)s (là encore je fus raisonnable) le pousse-café (genièvre fait maison)

Assez vite mon estomac s'est manifesté (de différentes manières), j'ai commencé à me tortiller sur mon tronc d'arbre, et j'ai senti que, à sa façon, il voulait me faire payer tous ces écarts (je l'avoue, le nouvel antibio me fait monstrueusement péter) et ne m'a plus lâché, le petit salopard, jusqu'à ce qu'on finisse par lever le camp, sur ma demande insistante, et que je finisse par me précipiter aux toilettes chez moi pour m'y soulager...

*

28 juillet 2020

amandine

SEULES LES BÊTES
de Colin Niel

L'après-midi précédent, j'ai fini Joe sur la plage de Pors Theolen, le cul sur les graviers, à l'ombre du mur (en prenant de temps en temps des pauses pour contempler rêveusement les jeunes gens au loin qui jouaient dans le ressac et les embruns), pendant que les filles crapahutaient joyeusement sur le sentir côtier de port en port...
Et donc le lendemain, lorsque j'y suis retourné, il me fallait un bouquin au moins aussi fort. Celui-là, que Manue venait de choisir avec son chèque-cadeau, je ne l'avais pas lu mais j'avais vu le film, qui m'avait laissé un excellent souvenir, et donc j'ai vu là une (excellente) occasion pour comparer les deux.
Question captivage (captivation ?) du lecteur, et plaisir de lecture, dès les premières pages, je me suis réjoui en me disant que même si tout était différent (le pays, les personnages, les événements) Colin Niel était un écrivain doué, et que le bouquin avait mérité la foultitude de prix qu'il avait récoltés...
Le film (d'après ce dont je me souvenais), est resté extrêmement fidèle au bouquin, le découpage est le même (cinq parties d'environ 70 pages, donnant chacune la parole à un personnage différent, -une femme d'agriculteur qui est aussi assistante sociale, un paysan solitaire éleveur de chèvres, une jeune fille qui joue au retour à la terre, un jeune homme habitué des cyber-cafés, et un agriculteur (le mari de l'assistante sociale) qui vient boucler la boucle, (chacun-e venant à son tour donner "sa" version sur les événements liés à la disparition d'une femme, une nuit d'hiver, dont on n'a retrouvé au matin que sa voiture abandonnée sur le causse)...même si je me demande si dans le film il n'y en avait pas une supplémentaire, consacrée au personnage d'Evelyne -jouée par Valéria Bruni-Tedeschi- mais bon je ne suis plus sûr), l'histoire racontée et les rebondissements aussi (avec quelques variations mineures, ajoutées ou retranchées,  dans ce qui est raconté, pour quelques-uns des personnages).
Du coup, le livre se lit d'une traite (je l'ai lu sur deux jours) et le fait d'avoir vu le film permet de donner un visage à chacun des personnages, ce qui rend la lecture encore plus plaisante.
Dominik Möll avait juste rajouté un prologue (intriguant à souhait) qui ne figure pas dans le bouquin, mais il est par ailleurs resté très fidèle à l'esprit du roman de Niel (avec cette dernière scène que j'aime toujours autant, et que je trouve toujours aussi forte...)

seules les b

20 juillet 2020

coule and the gangue

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DIVORCE CLUB
de Michael Youn

Eh oui je l'avoue je le confesse il m'arrive de temps en temps de faire une sortie de route cinématographique, d'avoir envie d'aller voir une bonne grosse daubasse, une "comédie populaire", en général en avant-première, sans trop me donner le temps de réfléchir.
Eh bien voilà c'est fait. L'avant-dernière fois il me semble que c'était Camping, (c'est dire...) mais sans doute pêche-je par omission...
Il n'y a rien de plus triste qu'un film qui est censé être drôle et qui ne l'est pas (je n'ai pas ri une fois, j'ai souri une fois ou deux, mais dans la salle, dans l'ensemble, ça ne se gondolait pas davantage, il faut dire que pas mal étaient occupés à mastiquer du pop-corn. J'ai failli lancer "Est-ce que vous pourriez cesser de mastiquer?", mais j'ai réalisé que la formulation pouvait sembler ambiguë -je me mets au diapason du film hinhin-.
Arnaud Ducret est donc le héros de cette pantalonnade (bogosse mais fadasse, mais bon il nous laisse voir l'espace de quelques milli-secondes sa zigounette, qu'il a ma foi assez jolie, alors je lui pardonne mais bon juste pour cette fois) qui vient de se faire plaquer par sa femme (qui lui a préféré Benjamin Biolay, ici en surjeu pachydermique) et est recueilli par son pote François-Xavier Demaison (que je trouve toujours aussi troublant, surtout les yeux, oui je trouve que F-X a de beaux yeux, et que la barbe et le bonnet lui vont bien) dans sa super grande et belle maison, avec ses super grosses bagnoles, son super serviteur rebeu et gay (mention spéciale à Youssef Hajdi, que j'ai beaucoup aimé, pour l'incarnation de ce personnage, à mi-chemin entre celui de La Panthère Rose et celui de La Cage aux Folles), et tous ses invités divorcés teufeurs. Le sens de la fête, quoi (mais le titre était déjà pris...)
Et? C'est tout. Oui, enfin c'est à peu près tout. Le scénario n'a pas grand intérêt, le spectateur ayant vu la bande-annonce se demandant juste à quel moment Ben va casser la belle voiture rouge de de Patrick (ça pourrait bien être "le" moment drôle du film), bon j'ai quand même vu quelque part dans le générique, pour le scénario un acolyte du nom de Claude Zidi, écrit en petit, french gaudriole not dead. C'est... inepte, oui. Et ça l'est si parfaitement que ça établit une sorte de record.
(mais les lecteurs de allocinoche ont, si j'en crois les commentaires, beaucoup rigolé dans l'ensemble, même fou-riré pour certains... Ah bon ?)

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(je ne vais pas mettre l'affiche, hein...)

16 juillet 2020

bachi-bouzouks et antéchrist

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MALMKROG
de Cristi Puiu

N'y allons pas par quatre chemins : une énorme déception.
D'autant plus que venant d'un cinéaste que j'adore (La mort de Dante Lazarescu, Aurora, Sieranevada). Avec en plus le sentiment désagréable de ne pas avoir vu le même film que les critiques, tellement les articles sont dithyrambiques (le mot de chef-d'oeuvre revient même régulièrement).
Je l'ai déjà dit : la dialectique*, ça m'emmerde. (Mon cerveau n'est pas configuré pour ça).
(*Larousse : Méthode de raisonnement qui consiste à analyser la réalité en mettant en évidence les contradictions de celle-ci et à chercher à les dépasser. / Suite de raisonnements rigoureux destinés à emporter l'adhésion de l'interlocuteur : Une dialectique implacable.)
Le film est l'adaptation (la "mise en images") de Trois Entretiens (sur la guerre, la morale, et la religion) de Vladimir Soloviev (un grand philosophe russe) auxquels est  adjoint, wikipédioche me l'apprend, son appendice, un quatrième, en guise de coda, la Courte relation sur l'Antéchrist.

"Les Trois Entretiens, imprégnés de philosophie et de théologie, ont l'attrait d'un exercice littéraire fort élégant, très dégagé et aussi, dans le meilleur sens du mot, mondain. Ils donnent l'idée la plus exacte de l'imprévu et du charme que présentait la conversation du grand philosophe russe." (extrait de la notice de présentation de l'ouvrage sur un site marchand).
Six personnages (en quête de hauteur hihihi) qui piapiatent, donc (pour la petite histoire, Puiu en a modifié plusieurs du manuscrit original pour les accommoder à sa sauce), dans une maison ma foi plutôt cossue, pour ne pas dire luxueuse, qu'a mise à leur disposition le maître des lieux, six beaux parleurs entourés par un ballet de serviteurs, dans un dispositif très académique ... et très statique.
Comme si les personnages de Tchekhov se mettaient soudain à déclamer le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein (que je n'ai jamais lu non plus, je vous l'avoue -je vous rassure-) ou Le Discours de la Méthode. Bref, je me suis copieusement ennuyé (autre version : prodigieusement fait chier) et j'en étais attristé, pour moi, pour les personnages, pour Puiu, bref pour le monde entier... D'autant plus qu'il y a pas mal de moments, ici là-bas, ailleurs, que j'aime beaucoup dans le film : tout ceux où justement, les personnages cessent de gloser. Ces moments deviennent comme des respirations bienvenues au milieu de cette apnée dialectique (et, curieusement, j'ai omis de le préciser, en français : les personnages ont des prénoms français et s'expriment en français (même si on entend aussi, ça et là, de l'allemand et du russe me semble-t-il...), et les choses auraient sans doute été plus faciles s'ils l'avaient fait en roumain (Quoique... Le fait de ne pas avoir à lire les sous-titres nous permet aussi d'apprécier les cadrages et la mise en scène (car Cristi Puiu a fait un sacré beau travail, il faut le reconnaître, et les regrets sont encore plus profonds quand on lit la façon dont il en parle, et qui donne vraiment envie de voir le film... Arghhhh!)
Pour me changer les idées, je suis allé farfouiller sur Netflixmuche, où on peut trouver le -passionnant- Aurora, dont il dit (dans une de ses interviews) qu'il lui a, pour l'occasion, rajouté dix minutes (3h10, donc...), et j'ai commencé à le re-regarder et à me re-régaler (c'est un film que j'aime énormément...)

 

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les piapiateurs, dedans

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 les mêmes, dehors

18 décembre 2019

carwash

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BRAQUER POITIERS
de Claude Schmidt

Hé bé... (je n'en suis pas encore tout à fait revenu). Je pensais pour cette année cinématographique du moins, avoir atteint les confins du c'est bien mais c'est spécial avec le (très touchant) Bel Eté, de Pierre Creton, mais j'avoue que, là, on est encore plus loin... Si (Normandie oblige) Le Bel été pouvait être qualifié d'à l'ouest, on est ici, cette fois, à l'ouest de l'ouest (même si, géographiquement, stricto sensu, ça n'est pas vrai...). On serait même à l'extrême bord du cinéma : un pas de plus et on tombe dans le vide. "Ailleurs".
On est donc à Poitiers, en compagnie de deux hurluberlus belges, chargés par un mec en costard (Marc Barbé, toujours aussi idoinement inquiétant), de récupérer l'argent d'un propriétaire de carwash(es), il y en a plusieurs), en le séquestrant chez lui "à l'amiable" dans sa belle propriété (le monsieur en question s'appelle Wilfrid, et c'est un gentleman, poète, jardinier, châtelain... et très seul.)
Nos deux pieds nickelés tatoués et amateurs de bière font donc la connaissance de leur hôte raffiné, et ce sont deux univers qui se frottent (qui s'entrechoquent, qui se télescopent)... D'autant plus que les deux belges font rapidement rappliquer deux copines "cagoles" décidées à les aider à prendre les choses en main un peu plus sérieusement (en ce qui concerne le comptage de l'argent, notamment, et de la notion de "séquestration", aussi...). Les choses s'organisent, et évoluent encore avec l'arrivée de deux jeunots, revendeurs de shit, engagés par les deux belges à une fête locale pour surveiller Wilfrid, afin qu'ils puissent, eux, prendre du bon temps avec leurs copines...
Ceci est un canevas. Et c'est visiblement ce dont disposaient les acteurs pour donner vie à leurs personnages, dans ce qu'on devine être des improvisations devant ladite caméra posée, en plan fixe. Des fois ça fonctionne, et d'autre y a pas forcément grand-chose à dire. Il nait pourtant à la vision de ce film lo-fi, de cette narration bancale, une sensation étrange, l'émanation d'un charme qu'on peut qualifier de "rugueux" (et c'est rien de le dire).
Wilfrid s'épanche, il parle beaucoup, se dévoile, agace les uns, arguigne les autres, et finalement c'est un peu comme si c'était lui qui séquestrait, à sa façon, tout ce beau petit monde. En en faisant son auditoire captif. (Et, pour la petite histoire, dans la vraie vie, c'est Wilfrid qui a sollicité le réalisateur, mis à disposition sa demeure et sa propriété, et co-financé le film, et la réalité n'aurait donc pas grand chose à envier à la fiction...)
Braquer Poitiers est à l'origine un moyen-métrage de 58 minutes, auquel le réalisateur, (pour lui donner une durée "viable" en exploitation) a adjoint un genre de coda, (toujours à l'initiative  de Wilfrid), un petit film nommé Wilfrid. Où le Wilfrid de Braquer Poitiers invite les protagonistes du premier film chez lui, pour une grosse teuf à l'occasion de l'inauguration d'un four à pain  (pour une soirée dont il serait un peu le maître de cérémonie) . Reviennent donc les acteurs qui ont interprété les personnages, qui interviennent donc en tant que personnages. et ça fait un drôle d'effet...
C'est... émouvant (tristounet) et on se dit que, même si les films n'ont a priori rien en commun, c'est, finalement, un film qui parle très bien de la solitude, aussi fort que pouvait le faire Seules les bêtes. Mais pas du tout avec les mêmes moyens (ni les mêmes outils). Ni, évidemment, les mêmes intentions.
J'en suis resté pourtantn allezs savoir pourquoi, un peu sur mon quant-à-moi.
Un film qui m'a intrigué, titillé, mais qui ne m'a pas fasciné, voilà.

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31 août 2019

I am very photogenic

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FRANKIE
de Ira Sachs

Comme l'a résumé plus tard par mail le projectionniste-chef du bôô cinéma "ce film franco portugais, est finalement en version anglaise sous tirée en français....................." (je recopie tel que). Je suis donc allé le voir en VO à Besac, puisqu'il était annoncé en VF dans le bôô cinéma (alors que finalement  non).
La star est française (isabelle Huppert, huppertissime, dans un rôle sur mesure), le réalisateur est américain (Ira Sachs, dont on a ici programmé et aimé plusieurs films déjà, Brooklyn Village, Love is strange, et que je n'imaginais pas s'aventurer un jour hors de son pré carré new-yorkais), le décor est portugais (Sintra et ses environs), et la distribution cosmopolite (américano-franco-portugaise). Une star de cinéma (qui va bientôt mourir, on l'apprendra progressivement) a convié sa "famille" -au sens large- (son mari, son ex-mari, son fils, sa fille (enfin, celle de son mari), qui est venue avec son mari et sa fille à elle, une amie actrice américaine qui est venue avec un ami avec qui elle a bossé sur Starwars), pour un genre de réunion familiale (avec un je ne sais quoi de tchékhovien) qui va être pour le réalisateur l'occasion de faire le point sur la notion de "couple". Le film nous en présente un certain nombre : "vieux" couples (un qui a duré, l'autre pas), et jeunes couples (couple d'ados, couple de jeunes gens), couple qui commence et va peut-être durer, couple qui va mourir  au bout d'un certain temps, couple qui meurt à peine il est né, couples hétéros et gay (un,mais hors-champ, seulement évoqué) bref couples couples couples...
Avec, au centre de ces duos/duels, l'impériale Isabelle. Qui interprète Françoise Crémont (dite Frankie), une famous french actress (un personnage qu'on pourrait supposer pas très loin de celui, justement, d'Isabelle Huppert, famous french actress) qui, un peu comme chez La Fontaine
("Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins")
a, semble-t-il, une idée derrière la tête en organisant cette aimable excursion lusitanienne et familiale... Etant habituée à ce que tout le monde soit à sa disposition, il lui semble logique, à ce moment-là de sa vie, d'en prendre, justement (des dispositions). Sans que forcément les gens concernés soient toujours d'accord avec elle (ni elle avec eux, d'ailleurs)
Une très bonne idée du réalisateur est de lui avoir donné pour mari (le deuxième, celui avec qui elle est toujours) l'impressionnant -physiquement- Brendan Gleeson, un acteur irlandais précédemment par moi très apprécié dans des films assez éloignés de Frankie : que ce soit dans Bons baisers de Bruges (de Martin Mc Donagh) ou encore L'Irlandais ou Calvary de John Michael Mc Donagh (dont je suis prêt à parier qu'ils sont frères et irlandais), dans des rôles de tueur, de flic ou de prêtre, il promène  à chaque fois une présence massive et bourrue, un genre de quintessence  virile et irlandaise, qui le rend profodément attachant, tandis qu'ici il change complètement de registre en incarnant un personnage tout en retenue, dans un rôle  de mari amoureux qui souffre en silence...
Huppert est -comme d'hab'- magnifique, plus ça va et plus elle affine et épure (minimise) son non-jeu (dès la toute première scène, quand elle arrive au bord de la piscine, on est subjugué par la façon dont elle compose -incarne- son personnage en donnant le sentiment de ne rien jouer, ou presque, et c'en est sidérant). Elle est accompagné par une galerie d'acteurs et trices tout à fait au diapason : Brendan Gleeson, déjà nommé, Pascal Greggory (le premier mari), Jérémie Rénier (le fils), Vinette Robinson (la fille), Marisa Tomei (l'amie), qui lui renvoient la balle (ou se la renvoient aussi entre eux) puisque le film serait un peu une série d'échanges, (comme par permutations) souvent à deux, quelquefois à plus, où le réalisateur semble poser sa loupe sur les micro-événements qui se jouent alors. L'amour c'est gai, l'amour c'est triste, titrait Jean-Daniel Pollet que j'ai déjà ici maintes fois cité, mais j'aime cette formule qui, dans sa simplicité touche (bien sûr) à l'universalité. Surtout dans l'optique Rohmer /Allen (on pourrait rêver plus mauvais parrains) que semble avoir choisi le réalisateur.
C'est très bien joué, les paysages sont magnifiques, la lumière au petit poil, et pourtant on ne peut pas s'empêcher, rétrospectivement de trouver tout ça un peu lisse. (Alors qu'on a conscience de prendre un grand plaisir de spectateur). Formel ? A l'image de cette dernière séquence à la fin du jour où tous les personnages se retrouvent sur la plage, autour de Frankie, et où la caméra s'éloigne  pour les voir s'en aller et sortir du champ (de la narration) l'un après l'autre, jusqu'au dernier (on s'est posé la question avec Emma et on s'est mis d'accord, il semblerait que ce soit le jeune -et mimi- guide portugais). La scène alors reste vide un moment, j'ai chuchoté "Et... Coupez!", encore deux secondes, et effectivement, ça a coupé. Générique.

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27 août 2019

vague à lame

LE COUTEAU
de Jo Nesbø

C'est Marie qui m'a prévenu par sms que le nouveau Harry Hole était sorti le 14 août... (je l'ai d'ailleurs remerciée illico pour cette bonne nouvelle). Il a ensuite fallu s'armer d'une peu de patience pour que le livre arrive  dans L'Espace Culturel L*clerc (qui nous tient lieu de librairie, si si!) où j'avais justement un chèque-cadeau (joliment conséquent) à dépenser... Un peu plus d'une semaine, et il était là. Je l'ai trouvé assez laid (pourquoi sont-ils allés coller du brillant comme ça sur la couverture ? On a connu la Série Noire plus sobre... tel que, le bouquin fait cheap, blingbling et racoleur, enfin, passons...)
Comme d'hab' chez Nesbø, on a affaire à un fort volume (600 pages) et je m'y suis donc attelé avec gourmandise. Harry Hole est un héros addictif (presque un super, d'ailleurs, vu ce qu'il lui arrive à chaque fois et la façon dont il s'en sort, en général) et je ne lis d'ailleurs chez Nesbø que les bouquins où il intervient (comme Joe R.Lansdale et les aventures de Hap et Léonard, ou Jorn Riel avec les héros des Racontars Arctiques). Harry, sinon rien!
Je ne vais rien dire de l'histoire (vous aurez le plaisir de la découvrir tout seul comme des grands), seulement de la technique de l'auteur, qui prend toujours autant plaisir à nous rouler dans la farine. Encore et encore (Ca doit être un bon exercice de traduction, car ici chaque mot à son importance, surtout la façon dont Nesbø l'utilise pour nous faire croire ce qu'il veut (ou ce qu'on a envie de croire qu'il veut nous faire croire.)
Harry se réveille après une cuite carabinée et il a les mains pleines de sang. Et il ne se souvient de rien de ce qui s'est passé... Et ça ne va pas être triste (quoique). On se laisse aller dans cette lecture pleine de neige de glace de froid de sang... et de couteau(x)! On va retrouver toutes celles et ceux qui vivent et bossent aux côtés de Harry (même si pour certain(e)s j'avais parfois un peu de mal à resituer du premier coup...) avec quelques nouvelles/nouveaux venus quand même...
Mais bon, faut reconnaître que c'est très bien fait. Pour un meurtre donné vont être envisagés successivement un certain nombre de coupables éventuels, selon des pistes sur lesquelles l'auteur nous balade selon son bon vouloir, on y croit, on se dit  bon sang mais c'est bien sûr, et à chaque fois, impitoyablement, hop, il tire le tapis et nous laisse,  tourneboulé, cul par-dessus tête. (Et on aime ça).
Oui c'est vraiment très très bien goupillé (même si j'ai été moins sidéré que par, par exemple, Le bonhomme de neige -qui, c'est vrai, était mon tout premier Nesbø-). Ca démarre doucement, cool-cool, plan-plan-plan presque, et l'auteur, comme chaque fois, accélère progressivement. Avec toujours le même goût pour les fausses pistes et, surtout,  les dernières phrases de chapitre qui soudain vous retournent la situation comme un doigt de gant (et tremblez parce qu'en Norvège, comme partout ailleurs d'ailleurs, un gant a cinq doigts, et vous n'êtes donc pas au bout de vos surprises. Et des retournements.)
Comme de bien entendu, il est rigoureusement impossible pour le lecteur moyen de deviner le fin de mot de l'histoire, et qui a fait le coup (mais ça fait partie du plaisir de la lecture...). C'est comme si un magicien sortait de son chapeau un lapin qui sort ensuite  de son chapeau un autre magicien qui sort de son chapeau un autre lapin etc. Impressionnant.
Comme avec Harry Bosch en son temps (ah, Le dernier coyote... mais ça fait un bail que j'ai lâché Connelly) ça fait vraiment plaisir de retrouver un héros qu'on aime, comme un vieil ami...
A plusieurs reprises j'ai été très ému, et j'ai beaucoup aimé les dernières lignes...

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19 septembre 2019

vous n'auriez pas du rouge espagnol ?

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L'ENLEVEMENT DE MICHEL HOUELLEBECQ
de Guillaume Nicloux

On prend les mêmes...
Je n'ai pas pu résister, et après avoir fouillé sur le ouaibe pour trouver le dvd du film (qui se vendait tout de même relativement cher) j'ai préféré donner 12€ sur un site qui s'appelle Les Mutins de Pangée et qui diffuse du cinéma politique, altermondialiste, ouvrier, bref des films de lutte quoi (mes douze euros seront très bien là), pour le télécharger (et je le tiens donc à la disposition de qui(e) veut).

Les premières minutes de Thalasso, ce sont exactement les mêmes que les dernières de celui-ci, et les personnages idem (il n'y a que la jeune Fatima qu'on ne retrouvera pas dans le suivant...). Les trois brigands (Luc, Maxime, et Mathieu) sont là , sans oublier, bien sûr, Ginette et Dédé.
On suit, au début du film, un peu Michel Houellebecq tout seul (et, comme dans Thalasso, ce n'est pas forcément la partie la plus intéressante), puis le voilà menotté et la bouche scotchée, transbahuté dans une grosse caisse verte par nos trois zigotos kidnappeurs jusqu'à son lieu de résidence séquestrative, la baraque de Dédé et Ginette (les parents de Mathieu), quelque part dans le Loir-et-Cher.
Une séquestration plutôt bon enfant, un peu comme s'il était là en vacances pour une certaine durée, sauf qu'il est menotté et qu'il doit gueuler chaque fois qu'il veut du feu pour allumer sa clope, c'est à dire souvent. Chronique d'une cohabitation, entre libations et discussions (celles-ci étant fréquemment altérées par celles-là).
Et plus le film avance, plus se diffuse une étrange sympathie de la part du spectateur non seulement envers le kidnappé, mais, tout autant, envers ses kidnappeurs... Ce Houellebecq-là est peut-être juste un Houellebecq de fiction, un vrai-faux Houellebecq, mais il est foutrement attachant. Et ses ravisseurs le sont tout autant.
Un film à la va-comme-je-te-pousse (va comme-je-te-kidnappe plutôt). Un truc d'hommes. Un film à feu doux, mais un film comme le lait sur le feu,  qui, oui, parfois attache, parfois déborde, mais souvent attendrit. D'autant plus touchant qu'il a un peu l'air de s'en foutre
Sans qu'on puisse vraiment expliquer par quelle magie.
(Ce petit père Nicloux est décidément très fort).

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"Cet angle d’attaque axé sous le prisme de la comédie humaine confronte les points de vue entre plusieurs mondes, celui de Michel Houellebecq, de ses ravisseurs et de ses hôtes, abordant des sujets aussi vastes que la création artistique, la Pologne, la tabagie, la Construction Européenne, Le Corbusier, le free-fight, etc…
Pour qu’au delà de la fiction se dévoile un écrivain drôle, sensible, caustique, en proie au doute, naïf, méchant, inquiet, intelligent, amoureux. Un homme très inattendu.
Surprise finale,
L’enlèvement de Michel Houellebecq
est aussi le portrait d’un homme qui n’a jamais voulu être écrivain mais pilote automobile.” (Guillaume Nicloux)

16 juin 2019

simple comme salam...

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TEL AVIV ON FIRE
de Sameh Zoabi

Affluence quasi-insensée de têtes chenues en ce mardi après-midi pluvieux : on y était au moins 25, à cette séance dite "de retraités" (13h30) pour le dernier jour de ce film par moi tant attendu...
Un réalisateur palestinien nous parle du conflit israélo-palestinien (ne soupirez pas, ne levez pas les yeux au ciel, ne vous signez pas, ne me criez pas dessus), par le biais des relations -compliquées- entre Salam, un stagiaire palestinien (travaillant sur un soap-opera nommé Tel Aviv on fire) et Assi, un militaire israélien, responsable du check-point par lequel Salam doit passer au moins deux fois par jour...
Le sujet est toujours aussi complexe, aussi inextricable pour un observateur extérieur (surtout assis dans le fauteuil de son cinéma, bien tranquille, en France) mais la façon dont Sameh Zoabi prend les choses en main est extrêmement plaisante : il en fait une comédie, sur deux niveaux de narration (on a -chic!- un film dans le film, ou plutôt un soap-opera dans le film, avec une belle espionne, Tala, -Lubna Azabal- dont le coeur balance entre deux hommes : un palestinien, et, tiens donc, un israélien), avec, donc, des conventions et des rebondissements de soap-opera (l'amour, le sens du devoir, les roucoulades, -ah, le baiser arabe...- les épreuves, l'honneur, la maladie, le mariage comme hypothèse de fin de saison, -et de passeport pour la saison 2-) pour Tel Aviv on fire, la série qui se tourne sous nos yeux, mais tout autant ou presque (c'est malin) pour traiter Tel Aviv on fire, le film dans lequel cette série est en train d'être tournée (l'amour, l'houmous, les roucoulades, le mariage envisagé, les brimades, tout ça pour Salam) avec en prime, en triple fond, la relation entre les deux hommes (le palestinien et l'israélien)  -en point de fuite de la narration on verrait presque scintiller Quand les hommes vivront d'amour...- avec, comme toujours dans ces films que j'adore (les palestiniens et les israéliens) cette toujours trouble (et titillante) fascination homo-érotique qui me ravit, que je ne peux m'empêcher d'interpréter -et de déguster- avec gourmandise comme un SSTG (sous-sous-texte-gay).
Salam, pour avoir la paix (pour pouvoir passer) s'est fait passer pour le scénariste de Tel Aviv on fire, et ce qu'Assi lui demande la première fois qu'il l'arrête au check-point va joyeusement mettre en branle une fort réjouissante machinerie scénaristique (avoir joyeusement et réjouissante dans la même phrase à propos d'un film palestinien est quand même peu courant et vous confirme encore l'originalité du propos.) qui va donc courir ses deux lièvres fictionnels à la fois, celui du film, et celui du film dans le film, l'histoire de Salam, l'histoire de Tala, où le scénariste se sert de l'une  pour nourrir l'autre, avec en prime une savoureuse pirouette finale dont on ne peut que saluer l'intelligence (ou le sens de la dérision).
Délicieux. Et fait maison (pas en boîte, qui aurait l'idée de manger de l'houmous en boîte, je vous le demande ?)

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26 mai 2019

odeur de jasmin de pisse et de brise de soir d'été

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DOULEUR ET GLOIRE
de Pedro Almodovar

Séance en VO dans la petite salle 1 du bôô cinéma, et du coup "soirée entre copines"... Aiguillonné par une bande-annonce en VF dans ce même bôô cinéma, parfaitement épouvantable, (aussi mal doublée que ces poussiéreuses séries télé au kilomètre diffusées l'après-midi et que personne ne regarde) et par le titre aussi, qui, dans le même ordre d'idée, faisait soudain résonner pour moi le générique de Chateauvallon ("Puissance et glooooooooire..." ah Herbert Léonard...), j'avais donc décidément envie de rendre justice au film, de savoir comment sonnait le vrai.
Almodovar, je le suis et je l'aime depuis... pfouh! Femmes au bord la crise de nerfs (1989) ou, mieux (encore plus vieux, mais vu plus tard) Matador, en 1986 (où le jeune Antonio Banderas allongé en slip sur un lit sinuait en murmurant Folla me...). C'est dire si nous sommes un vieux couple cinématographique... On se retrouve régulièrement. Mais voir un film d'Almodovar en VF serait  au-dessus de mes forces. Serait pour moi un acte injustifiable, un sommet d'ineptie et de mauvais goût. Une hérésie!  Et comme d'autre part, les lointains échos cannois, portés par le sirocco et le chant des sirènes des médias, étaient plutôt louangeurs... Vamos, donc! On s'y est donc retrouvé, avec Catherine et Manue.
Premier constat : Antonio Banderas vieillit excellemment (divinement). Comme un grand cru il se bonifie en prenant de l'âge, et semblerait là au summum de sa maturité virile - même si  j'avoue l'avoir un peu délaissé lors de sa carrière américaine et ne plus l'avoir vu à l'écran depuis un bail- (Almodovar ne se choisit quand même pas n'importe qui comme alter ego, hein, de même qu'il ne choisit pas n'importe qui pour jouer sa maman de quand il est petit, hein, rien de moins que la splendide Penélope Cruz, elle aussi au mieux de sa forme...) Le début dans la piscine est magnifique : Banderas/Almodovar entre deux eaux...
C'est l'histoire d'un réalisateur espagnol gay, arrivé à un point de sa carrière où il ne tourne plus et ne peut plus envisager de ne plus tourner, qui va alors rencontrer (retrouver) son passé sous les traits d'un acteur avec qui il avait tourné un film, Sabor, (qu'on va reprendre à la Cinémathèque en copie neuve), acteur avec qui il s'était brouillé après ledit film. Il va retrouver le comédien en question, vingt ans après, celui à qui il reprochait de trop se droguer (le caballo, en español, c'est l'héroïne) et ces retrouvailles vont, irniquement, se révéler l'occasion pour le réalisateur de mettre le pied à l'étrier (du caballo, justement) et se mettre à consommer muchas drogas. (Aïe). Et partir à la dérive. (J'ai touché le fond de la piscine..., chantait Adjani il y a longtemps).
Le film procède, joliment (mais c'est une habitude chez ce cher Pedro) par sauts dans le temps, allers-retours plutôt, depuis l'enfance du réalisateur jusqu'à l'ici et maintenant. Souvenirs souvenirs. C'est, comme toujours chez Almo, un film d'amour, un film qui parle d'amour, amour des hommes bien sûr (on en verra au moins trois spécimens), amour filial (deux versions du personnages de la mère), amour tout court.
La construction en est donc plutôt complexe, mais, si le temps dérive, va et vient, flue et reflue, le spectateur n'est jamais perdu dans la chronologie. D'autant qu'on retrouve, ça et là, des éléments glanés, aussi ça et là dans la filmographie almodovarienne (les lavandières, l'école des curés, la mère et son fils, les retrouvailles) placés comme autant de tendres clins d'yeux. Almodovar se regarde en train de se regarder, et c'est extrêmement attendrissant (et puis j'adore tous ces machos qui n'arrêtent pas de se donner affectueusement du maricon (pédé) quand ils s'étreignent).
Et le plaisir d'entendre parler en espagnol en rajoute encore au plaisir tout court (enfin, pas si court que ça en fin de compte hihihi).
C'est toujours pareil entre nous (Almodovar et moi) : je vais voir chacun de ses films, j'y prends énormément de plaisir, mais, bizarrement, je ne suis jamais vraiment touché. Et Douleur et gloire m'a procuré exactement les mêmes sensations : Énormément de plaisir de spectateur (pour des raisons variées et diverses, et, vous, me connaissez, -on ne se refait pas-, notamment, vers la fin, une splendide QV -il est vraiment trop mimi cet albañil!-), une sensation bienfaisante qui perdure à la sortie de la salle mais va ensuite s'estomper et finir pfuit! par s'évanouir. Oui, j'adore mais il ne m'en reste rien (et je serais bien incapable d'expliquer pourquoi).
Tiens, c'est beau comme la brume sur les prés au petit matin.

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ps : (juste après la cérémonie de clôture de Cannes 2019) Almodovar n'a pas été primé, mais Banderas si!

30 mai 2019

bourdieu ?

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LOURDES
de Thierry Demaizière et Alban Teurlay

C'est grâce à Dominique que j'y suis allé (au début je n'en avais pas envie du tout et j'étais juste disposé à ricanasser). J'en sors et je suis sidéré.
Lourdes, je n'y suis jamais allé en vrai (Dieu m'en garde, hihihi), mais je connais déjà un peu par le cinéma, que ce soit dans le pieux car(a)mélisé (Bernadette, de Jean Delannoy), l'observation décalée (Lourdes, de Jessica Hausner),  la satire vitriolée à (gros) boulets rouges et gros sabots (Le Miraculé, de Mocky), ou encore carrément l'ailleurs, l'extrême petit bout de la lorgnette (Lourdes l'hiver de Marie-Claude Treilhou). En gros, d'un côté la religion, et de l'autre côté le commerce. Miracles, prières, grotte, cierges, eau bénite par jerrycans, médailles, messes, et vierges en plastique. Les "marchands du Temple"...
Et les pèlerins. Par trains entiers, auxquels vont s'intéresser les deux réalisateurs. A travers plusieurs personnages emblématiques  qu'on va suivre, de plus ou moins près, tout le temps de ce fameux pèlerinage. Le premier personnage, celui sur qui s'ouvre le film d'ailleurs, et qui nous en met un bon coup derrière les rotules, est celui d'un travesti "d'un certain âge" qui se prostitue au Bois de Boulogne, et vient ici, régulièrement chaque année pour le fameux pèlerinage en question.
Cette entrée en matière, déjà, nous place d'emblée à des années-lumière du cliché attendu. Lui succède aussitôt une famille (papa maman deux enfants), dont l'aîné présente un défaut de croissance et dont le plus jeune, à deux ans, souffre d'une maladie rare qui ne devrait pas lui permettre de vivre très longtemps au-delà de, justement, cet âge, tous en train de prier ensemble, car le père et l'ainé vont partir le lendemain à Lourdes pour le salut du plus jeune, qui ne peut se déplacer. Puis le cas d'un homme silencieux qui ne peut s'exprimer qu'en montrant avec son doigt, successivement, chaque lettre des mots de ce qu'il veut exprimer. Puis une adolescente au visage fermé, accompagnée de son père, qui vient comme chaque année pour mettre fin à la fois à sa maladie et au harcèlement scolaire dont elle est victime. Puis un homme atteint de la maladie de Charcot, qui nous décrit la façon inexorable dont son corps se paralyse progressivement, jusqu'à la mort inéluctable que lui a annoncé un médecin deux ans auparavant.
L'énumération des différents personnages pourrait juste évoquer un terrible catalogue à la façon de Toute la misère du monde, faire ricaner certains, et s'apitoyer d'autres. Mais la façon dont les deux réalisateurs nous les présentent, d'abord, puis les suivent (les retrouvent) tout au long du film, au fil des différents "passages obligés" (rituels) de ce pèlerinage, est simplement bouleversante, parce qu'extrêmement respectueux. A la juste distance. A chaque instant. Chacun de ces personnages souffre, à sa façon, chacun(e) est venu là pour chercher quelque chose, chacun(e) va rencontrer d'autres personnes, chacun(e) prie, et chacun, à la fin du film, prendra le même bain (en principe lustral), sur lequel d'aiileurs  se refermera le film, laissant chacun(e) face à son attente et à son discours intérieur (un principe qu'on avait travaillé au théâtre avec Pépin et qui ici fonctionne à merveille).
Je ne suis pas croyant, je suis même un athée fervent, (et c'est drôle, j'avais été prévenu, avant d'entrer, sur le parvis du bôô cinéma, par ma vieille copine Françoise L. que le film était "très catho" (encore plus drôle que cette remarque vienne d'elle car elle l'est, justement, "très catho"...)  mais j'y suis allé, pour vraiment me rendre compte. Et c'est peut-être ce point précis (tout sauf un point de détail, Lourdes, tout de même...) qui me gênait le plus aux entournures, a priori (d'ailleurs la salle, quand je suis entré, était remplie de vieux cathos, justement, pas du tout notre public habituel j'avais le sentiment de m'installer pour une petite messe solennelle) l'aspect liturgique et religieux du truc , et je me suis comporté comme j'avais pu le faire déjà en voyage, en Inde, par exemple, en écoutant les prières dans une langue que je ne connaissais pas, et j'ai fait comme si le catho était une nouvelle langue étrangère, aux côtés du yiddish, de l'araméen et du sanscrit, que je ne la comprenais pas vraiment. La scénographie et les chants d'un rituel que je ne comprenais pas. Et c'était très bien comme ça.
Thierry Demaizière et Alban Teurlay ont fait un sacré boulot, à la fois dans ce qui est filmé et ce qui est mont(r)é, et à aucun moment je n'ai décroché (je n'ai même pas fermé l'oeil, c'est dire.)
J'ai beaucoup pleuré pendant le film (et je pense que je n'étais pas le seul dans ce cas), car les deux réalisateurs ont choisi de se focaliser sur l'humain, le personnel, l'individuel. L'intime. Et que, face à la foule des malades -et des croyants-, ils ont su faire exister tout ceux qui les entourent, les religieux, certes, mais aussi les médecins, les infirmières, le accompagnants, les auxiliaires de vie, oui les faire exister d'une façon tout aussi forte (avec de la tendresse, avec de l'humour, avec de l'émotion). Avec surtout une grande simplicité, qui fait la force incontestable du film.
Rassurez-vous, je n'ai pas connu de révélation mystique ou autre illumination du genre. Athée je suis entré, et athée je suis ressorti, heureusement. Si je me suis converti, c'est juste à l'émotion intense générée par le dispositif. Un film intelligent, bien au-delà des bondieuseries omniprésentes du décor dont il traite. Jamais malveillant, jamais complaisant, jamais voyeur, jamais risible ni grotesque (alors que, grottesque, le sujet l'était, par définition...).
Une très belle réussite.        

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28 mars 2019

semaine latino 8

067
MON PERE
de Alvara Delgado-Aparicio

Un trou perdu au fin fond du Pérou. Un père forme son fils dans son atelier où il réalise des rétables.  C'est un artiste. Régulièrement ils partent en stop tous les deux pour porter leurs créations à la ville voisine, dans une boutique où les touristes viennent les acheter. La vie des gens dans cette région a l'air spécialement rude. Traditions archaïques, survivance de rites moyen-âgeux. Et, pour les hommes (et encore plus les ados) virilisme exacerbé de rigueur (avec l'homophobie qui l'accompagne, bien entendu). Jusqu'au jour où, lors d'un trajet vers la ville, le fils depuis l'arrière du pick-up surprend son père dans une activité qui le déstabilise (dans tous les sens du terme) et réagit. A partir de cet instant, les choses vont aller en se dégradant... dans la famille d'abord (le père, le fils, la mère, la grand-mère) puis avec les voisins, suivant une progression qu'on devine (et qu'on craint) êtresans espoir. Pas facile d'être gay par là-bas, surtout quand on est père... Un premier film impressionnant de maîtrise, où le réalisateur utilise fort intelligemment la forme-même du rétable pour mettre en images son propos. une réussite.

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(l'affiche est magnifique je trouve, et, comme le film, file la métaphore du rétable)

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068
NUESTRO TIEMPO
de Carlos Reygadas

Vu en avant-première à Entrevues, mais (je l'ai réalisé aujourd'hui) y beaucoup dormi. Là, je n'en ai pas manqué une miette.Reygadas a une haute opinion de lui-même en tant que réalisateur mais il a le mérite de filmer à hauteur de ses ambitions (2h58, quand même, pour une histoire simple somme toute : le mari, la femme et l'amant : le mari est propriétaire d'un ranch où sont élevés des taureaux, la femme l'assiste dans son travail et l'amant est un gringo, dresseur de chevaux sauvages). Un film démesuré entre  micro -cosme- (l'humain, le couple, le désir, les pulsions), et macro (l'espace environnant, la nature, les cycles le cosmos), hyper construit hyper pensé (et donc hyper fascinant), vertigineux aussi quand on sait que c'est le réalisateur qui joue le mari, et sa femme sa femme (une auto-fiction à la manière des Climats du très cher Nuri Bilge ceylan), que le ranch aussi est le vrai sien, et formellement sidérant (Reygadas expérimente, et ça fonctionne presque à chaque fois) un film, donc, qui laisse admiratif et rêveur (je n'avais vu à Belfort, me semble-t-il, que la parie émergée de de l'iceberg).

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069
RETOUR DE FLAMME
de Juan Vera
(avant-première, sortie le 08.05.19)
Du Mexique on passe en Argentine, avec juste quarante minutes de moins (question durée), pour un film qui, même si apparemment aux antipodes, raconte néanmoins plus ou moins la même histoire (le mari, la femme, et les autres, les amants pour elle les maîtresses pour lui), mais dans le registre de la comédie sentimentale - ou romantique- (ce qui fait du bien dans une Semaine Latino où le mot drame revient souvent quand est évoqué le genre du film) Elle, c'est Mercedes Moran (vue chez Lucrecia Martel, Walter Salles, Pablo Larrain) et lui c'est le toujours aussi charismatique et craquant Ricardo Darin, qu'on a grand plaisir à -enfin- retrouver (on l'avait adoré dans El Chino, dans Hipotesis, dans Les nouveaux sauvages, tous programmés lors de précédentes Semaines Latinos). Au début ils sont mariés (mais Darin raconte face caméra comment ils en ont venus à se séparer), puis ils se séparent, puis (le titre français vend la mèche) bien évidemment ils vont finir par réaliser qu'ils 'aiment et basta. Un film plaisant, souriant, solaire, autour d'une bande de quinqua/sexagénaires et de leurs différentes manières de vivre les notions de couple, d'amour, et de fidélité. Très agréable, mais -peut-être- juste un petit peu trop longuet (quoique). mais bon, pour les beaux yeux de Ricardo Darin...

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070
LOS SILENCIOS

de Beatriz Seigner
(avant-première, sortie le 03.04.19)

A peine dix minutes de battement, et hop! direction la Colombie, ou, plus précisément La Isla de la Fantasia, qui n'est d'ailleurs ni brésilienne, ni colombienne, ni péruvienne, un no-man's-land géographique, donc, qui a très logiquement généré cet ailleurs cinématographique, qui commence et finira d'ailleurs de la même manière : en bateau la nuit. L'héroïne accoste avec ses enfants et est accueillie par sa tante, qui l'héberge, et fait ce qu'elle peut pour l'installer dans sa nouvelle vie de déplacée (réfugiée), avec toutes les difficultés humaines et administratives que cela suppose. Car les habitants de cette île sont pauvres, et pas forcément disposés à partager le peu de moyens dont ils disposent. Le film -magnifique- démarre comme un documentaire (les acteurs sont tous des non-professionnels) et évolue subtilement dans une direction à laquelle on ne s'attendait pas forcément. Successivement prennent place des événements, apparaissent des personnages qui viennent, en douceur, égratigner le réalisme qui semblait jusque là la ligne de force du récit, jusqu'à une extraordinaire  scène finale où la réalisatrice exprime et concrétise ce qui jusque là ne faisait qu'affleurer dans l'histoire familiale de cette femme. Le fin mot de l'histoire. Bouleversant. Peut-être le film que j'urai préféré de cette Semaine latino 8 (sans doute beaucoup à cause de la pliure occasionnée par ce troublant plan-séquence final...)

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071
LA VIE COMME ELLE VIENT
de Gustavo Pizzi

Nouveau jour, nouveau pays, le Brésil cette fois, pour une comédie familiale tendre : le portrait d'une famille (maman, papa, quatre enfants -un aîné, un ado grassouillet, et deux jumeaux blondinets-) dans une maison qui leur ressemble -attachante et un peu bordélique),et voilà que l'aîné, jouer de handball, est engagé en profressionnel pour aller jouer en Allemagne. Vingt jours, il partira dans ving jours, et le film tout entier se tient dans ce délai, évoquant les états d'âme de la maman (Karine, Teles, excellente), la course d'obstacles pour les formalités administratives, les états d'âme du papa, obligé de liquider sa librairie-papèterie mais plein de projets pour rebondir, sans oublier les problèmes annexes de la soeur de l'héroïne qui a fui un mari brutal et est venue se rajouter avec son fils à la famille déjà nombreuse qui vit dans cette maison où la serrure  de la porte d'entrée est bloquée et où donc les entrées et sorties se font par la fenêtre. Un portrait de famille très attachant, car plein de vie, de petits bonheurs et de tristesses aussi, au jour le jour, à la météo aussi changeante que le moral des troupes (quand il pleut, il pleut très fort, mais le soleil -Brésil oblige- finit toujours par revenir). Emouvant, attendrissant, réconfortant.

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072
COMPAÑEROS
de Alvaro Brechner
(avant-première, sortie 27.03.19)

Juste le temps de boire une bière (oui elle est dure, la vie de cinéphile) et me voici en Uruguay. On change complètement d'univers (le choc est brutal) puique les trois personnages qu'on va suivre viennent de se faire arrêter (ce sont des Tupamaros, j'avais oublié ce mot) et vont passer le reste du film en prison. En prisons, plutôt, puisqu'ils sont régulièrement transbahutés ailleurs (camion militaire et sac sur la tête)  pendant les douze ans (le titre original du film est plus clair : La noche de 12 años) que va durer leur détention. Le film attaque frontalement et violemment (j'étais un peu inquiet en me demandant si j'alllais pouvoir supporter ça jusqu'à la fin) mais le réalisateur (dont on avait projeté le premier film, Sale temps pour les pêcheurs, 2011) sait moduler ses effets, et faire alterner les moments brutaux avec d'autres plus "légers" (on se surprend même à sourire plusieurs fois, si si), en suivant ces trois "fortes têtes" qui vont devoir aller chercher très loin dans leurs réserves mentales pour réussir à survivre à toutes les saloperies qu'on leur inflige. Le film suit la chronologie entre 1973 et 1985, nous précisant à intervalles réguliers la date et le nombre de jours d'emprisonnement des trois hommes (avec l'insertion de quelques flashes-back bienvenus), et la fin m'a tiré -oui oui ça vous étonne ?- des larmes, mais qui étaient peut-être juste de joie. Fort, très fort.

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073
SERGIO ET SERGEI
de Ernesto Daranas
(film en avant-première : sortie le 27.03.19)

Dimanche soir à Cuba, pour la dernière des avant-premières "adultes" (il y en a une cinquième, Jeune Public, que je ne pourrai pas voir), pour une aimable fantaisie, ce qui fait du bien. A Cuba en 1991, quand l'URSS se ramasse à la pelle et devient la Russie, mais où, sur place on continue comme si de rien n'était. Les seuls au courant de la "vraie" actualité sont les radio-amateurs, dont fait partie Sergio. Sergio qui entre, par hasard en contact avec Sergei, un cosmonaute russe laissé en orbite dans sa station orbitale, et que les autorités ne semblent pas se presser à venir chercher... il y a aussi un autre radio-amateur, américain cette fois, un ami de Sergio, qui intervient pour tenter de sauver Sergei, et par-dessus tout ça, les "officiels" (en kaki) qui surveillent tous ces échanges internationaux triangulaires (USA/USSR/ Cuba) en cherchant à deviner quel complot peut bien se dissimuler derrière tout ça... Mais le ton est résolument à la comédie pour ce film solaire et attachant, avec un certain nombre de personnages secondaires qui le sont tout autant (le film est raconté par la fille de Sergio). Charmant (pour la vie à Cuba dans ces années-là, je vous recommande l'excellent Avant la nuit de Reinaldo Arenas)

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074
LES HERITIERES
de Marcelo Martinessi

Et voilà, et de huit, et c'était déjà la fin. Au Paraguay cette fois, qu'on ne voit pas si souvent (je me souviens de Hamaca Paraguaya, en 2006, qui m'avait émerveillé) dans notre Semaine latino... Qui plus est avec un récit peuplé uniquement de femmes, ou presque. un beau film inattendu, où une femme d'un certain âge (et d'un certain rang social) se retrouve obligée de faire le taxi (et convoyer des vieilles bourgeasses) pour, pourrait-on dire, faire bouillir la marmite (son amie, celle avec qui elle partage une maison qui jadis fut cossue mais se vide au fur et à mesure que se revendent les choses qui se trouv(ai)ent à l'intérieur, se retrouve en prison à cause de la banque qui l'accuse de vol, alors qu'elle ne parle que de prêt). Et je m'en veux (mais je n'y suis pour rien) d'y avoir dormichouné par intermittence (le genre d'assoupissement qui vous fait croire que vous n'avez pas dormi ou presque...) et donc de ne pas pouvoir avoir tout vu de cette chronique délicate, de ce très beau portrait de femme (dans un univers de femmes) d'un certain âge, "déclassée", à qui les événements donnent soudain la possibilité de prendre les choses -et sa vie- en main (et Ana Brun, qui incarne Chela, a d'ailleurs obtenu le prix d'interprétation féminine au Festival de Berlin 2018 (où le film a aussi gagné le prix Prix Alfred Bauer (remis à un film qui "ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique") ainsi que le Prix Fipresci compétition, n'en jetez plus...). Bref à la fois une excellente surprise et (pour moi) des regrets aussi (à cause de ce fichu sommeil). Mais je le reverrai, promis...

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23 mars 2019

serendipities

064
MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN
de Xavier Dolan

What a surprise! Vu cet aprem' dernière séance en VO (ma résolution anti-PDC* aura tenu un jour, quand même!) Je savais que les critiques étaient moy-moy', que Pépin faisait un peu la tête tandis que Jean-Luc sautait en l'air d'admiration... Dans quel camp donc allais-je me ranger ?
Je précise que je ne suis pas trop Dolan. Je ne fais pas a priori partie du club des aficionados du jeune homme. Il a commencé à m'agacer dès son premier film, J'ai tué ma mère (2009, le bougre avait 20 ans!) et ça ne s'est pas toujours forcément arrangé ensuite , des hauts et des bas plutôt dirons-nous : si Laurence anyways ne m'a pas convaincu, si Mommy m'a exaspéré, je dois reconnaître que je fus beaucoup plus sensible aux Amours imaginaires (que m'avait recommandé Loulou) -pour son maniérisme-, à Tom à la ferme -pour son hitchcokisme-, ou encore (et surtout) Juste la fin du monde -pour son lagarcisme-...
Bref j'éprouve pour Xavier Nolan des sentiments... mêlés. C'est peut-être la problématique de la mère toxique (qui semble lui tenir, depuis le début, tellement à coeur) qui me fait le tenir un peu à distance.
Et des mères, à nouveau, il y en a (excusez du peu, les superbes Susan Sarandon et Natalie Portman, et on peut supposer que Jessica Chastain, dont Nolan a fini par supprimer le personnage et toutes les scènes où elle apparaissait -le film aurait alors duré plus de quatre heures aurait-il déclaré), des mères toxiques de fils uniques.
D'autant plus que le jeune cinéaste (il n'a que 30 ans) a complexifié son récit en le situant à deux époques : celle du jeune John F Donovan (sa maman est Susan) et celle du encore plus jeune Rupert (sa maman est Natalie), qui sont devenus amis épistolaires et se sont écrits pendant des années, sans jamais se rencontrer, ca le plus âgé des deux est mort avant que la chose ne puisse se faire. Un adulte qui "devient l'ami" d'un enfant... rien de malsain ni de graveleux là-dedans, même si le sujet peut paraître sensible (voire incompréhensible à certains). Cette situation "originale" est (inutilement ?) complexifiée par un montage alambiqué : elle est racontée via une interview de Rupert, devenu adulte et lui aussi acteur, par une journaliste (avec qui au départ le courant ne passe pas très bien) et donc le film ne cesse d'opérer par sauts temporels,flashes-back (et flashes-back de flashes-back) qui nécessitent pour le spectateur d'être très attentif pour ne pas perdre le fil.
J'ai beaucoup aimé le démarrage du film (j'étais ravi de cette façon qu'a Dolan d'oser filmer flou -j'adore le flou, je l'ai déjà dit et redit-), la mise en place est efficace, bouillonnante (je continue de me demander quelle place y aurait eu Jessica Chastain** : peut-être sera-t-elle réintégrée dans le director's cut ?), même si ensuite l'intérêt baisse un tantinet lorsque -décidément il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui- Dolan se met à nous refaire Mommy en version américaine (anglaise, plutôt). C'est vrai que depuis le début du film je jubilais (j'adore être surpris en bien par un film dont je n'attendais pas forcément grand-chose...) et je jubilais encore plus de me sentir jubiler (je jubilais au carré, en quelque sorte).
Non seulement j'aime la façon dont il filme, mais je suis encore plus sensible (et ça c'est vrai pour tous ses films) à l'intelligence et à la force de ses choix musicaux pour la bande-son... Ce gars-là est très doué pour trouver pile-poil la bonne musique a bon moment (Bittersweet symphony pour la fin, ça ne pouvait pas tomber mieux, du grand art!).
Peut-être que, si j'ai aimé autant, c'est parce que Xavier Dolan a -un peu- "dé-dolanisé" sa façon de filmer, et, en s'américanisant s'est un (curieusement) dépersonnalisé (aseptisé ?) mais bon, en tant que gay & midinet, je ne pouvais pas rester insensible à ce film-là...

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* Printemps Du Cinéma
** j'ai lu -je ne sais plus où qu'elle devait jouer une directrice de tabloïd persécutant l'acteur et décider à flinguer sa carrière... une méchante, quoi

3 juillet 2018

les graines, ça prend du temps...

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CORNELIUS LE MEUNIER HURLANT
de Yann Le Quellec

Séance privée à 18h dans la salle 2.
Ca commence par une chanson, un duo (en français!) entre Iggy Pop et Anaïs Demoustier! Après un joli ballet de crabes ensablés, on assiste au désensablement, justement, de Cornélius, le fameux meunier du titre, (dont on suppose qu'il vient de réchapper d'un naufrage), et qui se met illico en route, marchant obstinément en suivant les indications de l'anémomètre qu'il trimballe...
Cornélius est interprété par Bonaventure Gacon, qui "vient du cirque" (il a créé un personnage mi clown-mi ogre), et est doté d'un physique... remarquable (on a l'occasion de le voir d'abord -de loin- se doucher sous une cascade, et c'est vrai qu'il a un corps magnifique, muscles et cambrure, qu'on a l'occasion de revoir -brièvement- d'un peu plus près, lors d'une autre scène de douche, où il nous révèle une quéquette visible aussi plaisante que vigoureuse...).
Cornélius, donc, finit par arriver "au bout du monde" et décide de s'y installer pour construire un moulin, et, donc, devenir le meunier du village en contrebas. village dont on découvre le maire, Cardamome,  (Gustave Kervern), pas hostile à la proposition de Cornélius,  et sa fille, Carmen (Anaïs Demoustier), pas insensible aux charmes du même. Cornélius, muni de son titre de propriété, va donc construire son moulin, et tout irait bien dans le meilleur des contes possibles s'il n'y avait un petit hic : chaque nuit, il est pris d'une sorte de folie furieuse qui le pousse à hurler le plus vigoureusement du monde, empêchant les braves villageois de dormir, et générant donc une hostilité croissante de la populace à son égard...
Pour être atypique, le film l'est. Mélangeant allègrement le conte de Grimm, le western, la chronique paysanne, la bluette sentimentale, la comédie terrifiante. Un genre de bric-à-brac instable (au sens chimique du terme), à la fois bordélique, émouvant, maladroit, efficace, lourdaud. Des fois ça feu d'artifice, et des fois ça pschiiiitte comme un pétard mouillé. En même temps réussi et raté, alternant le "très" et l'à-peu-près", aussi fort visuellement qu'il peut être faiblard, parfois, au niveau des dialogues (mais bon, si on est dans un conte ou un western, c'est normal que le dialogues soient nunuchons).
C'est hétéroclite, c'est un joyeux foutoir, ça ne ressemble pas à grand-chose de connu, mais, c'est incontestable, on y retrouve le joyeux grain de folie de la fable originelle d'Arto Pasaalina, dont le film est l'adaptation. A-t-on déjà qualifié un film d'hirsute ? En tout cas ça pourrait tout à fait convenir à celui-là.
Et un film avec une si jolie (et vigoureuse) QV mérite absolument d'être (vigoureusement, donc) défendu!

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20 mars 2018

elle a dit "attiser" ?

035
3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE
de Martin Mc Donagh

Elle a eu l'Oscar, elle le méritait.
Frances Mc Dormand, je l'aime (et à tout jamais) depuis Fargo. Et Martin Mc Donagh, le réal, nous a déjà offert le jubilatoire Bons baisers de Bruges. Déjà deux bonnes raisons, donc. Mais on est obligé de passer ici à la vitesse supérieure, pour les superlatifs : 3 billboards est jubilatoirissime, on ne peut pas y couper. (même si je trouve que ce titre "français" est idiot, avec le nombre écrit en chiffres et le mi-anglais mi-français... Le titre original Three billboards outside Ebbing, Missouri est à la fois plus simple et plus juste...)
Il y a des films, comme ça, où on sait, dès la première image, que ça va être du pur bonheur. Oui dès que ça commence on est embarqué, ça ne vous lâchera plus. Martin Mc Donagh a l'intelligence des personnages, des situations, des dialogues, doublée de l'art de vous retourner comme une crêpe, en passant du rire aux larmes (et inversement) en quelques secondes dans un même plan.
Dans un trou-du-cul-du monde du Missouri, une mère de famille (Frances Mc Dormand, donc) dont la fille a été violée et assassinée s'émeut que, sept mois après, aucun progrès n'ait été effectué dans l'enquête menée par les flics locaux. Elle décide de le faire savoir (et de rafraîchir la mémoire) à tout le monde, en louant à l'année trois immenses panneaux publicitaires à la sortie de la ville (sur une route ou presque plus personne à part elle ne passe) sur lesquels elle apostrophe nommément le shérif (Woody Harelson, dont j'avais un peu oublié combien il était bon). Un brave gars, pourvu d'un adjoint particulièrement colérique et violent (Sam Rockwell, bluffant) et tête à claques. Chacun dans le poste de police va réagir à sa façon, mais ce simple événement -la pose des panneaux- va être l'élément déclencheur, le détonateur, d'une réaction en chaîne  quasiment atomique où chacun(e) dans ce petit bled ricain merdique, est le domino dont la chute va frapper le suivant, dont la chute va, etc. , une déflagration, une vraie onde de choc qui ne laissera personne indemne. Le récit étudie la propagation de trois lignes de failles principales, celle de l'épicentre (la mère), celle du shérif, et celle de son adjoint (le personnage qui aura peut-être le parcours le plus surprenant du film).
Et c'est du grand art. Comme dans Bons baisers de Bruges, le réalisateur a constamment recours à un humour très noir (entre ironie, sarcasme et provocation) qui fait office de lubrifiant sur des rouages ou rebondissements parfois spécialement violents. Le scénario, dans son agencement, est millimétré, c'est de la mécanique de précision, où, paradoxalement on pourrait à chaque fois deviner grosso modo ce qui va se passer mais où le réalisateur réussit néanmoins à chaque fois -tadam!- à nous surprendre, en tordant légèrement la ferraille au coeur du béton armé de son histoire, en n'étant pas exactement là où on pensait qu'il allait nous amener, en déviant l'impact.
Comme pour La forme de l'eau, je me suis régalé, totalement, d'un bout à l'autre, sans débander, pourrais-je dire en usant d'une virile métaphore, et les larmes qui sont montées plusieurs fois (chacune des trois lettres fait mouche) étaient aussi douces que les rires et sourires qui affleuraient tout aussi régulièrement.
Un univers à mi-chemin entre celui des frères Coen, et ce polar que j'avais énormément aimé l'année dernière, sorti de nulle part, Comancheria... Avec la  même acuité à la fois vacharde et attendrie que celle d'un Steven Soderbergh pour ses ploucs de Logan Lucky. Du gros bonheur cinématographique donc, à voir et à revoir.
Top 10

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l'affiche française

Three-Billboards-Affiche

et l'affiche originale

21 janvier 2018

gaydamour

LE BOUQUET
d'Henri Calet

Je viens passer une semaine en compagnie d'Adrien Gaydamour, le héros du roman (autobiographique) d'Henri Calet le bouquin n'est pas très gros (même pas 300 pages) mais je lis désormais peu à la fois (surtout le soir avant de m'endormir). Il m'a quasiment sauté dans les mains, ce bouquin, retrouvé en rangeant la bibliothèque de l'escalier (dont je ne suis pas peu fier, merci Gigis!), comme faisant appel à ma pitié, avec sa couverture un peu marquée, ses coins de bas de page cornés sur une cinquantaine de pages... Je l'ai pris sans trop y croire, et je ne l'ai plus lâché.
Me demandant au départ si je l'avais déjà lu ou non. L'auteur raconte sa captivité pendant la guerre (le livre a été écrit en 1942), sa vie de prisonnier avec ses potes de l'époque, en des chroniques  qui présentaient quelques similitudes avec les textes de captivité du très aimé de moi Georges Hyvernaud (à la différence qu'Hyvernaud était gradé, alors que notre narrateur n'est que simple troufion).
J'ai adoré ce bouquin. A cause de l'écriture de Calet, simple mais belle. Avec un accent de titi qui fleure bon la guinguette, le petit vin blanc, la casquette de Jean Gabin... Une écriture que d'aucun diraient fleurie (Calet appartint-il au mouvement des hussards littéraires ?) -il n'est pas fréquent de trouver le mot enculé , en toutes lettres, dans un livre écrit à cette époque-, une écriture riche aussi, avec régulièrement des mots sur lesquels je m'arrêtais, étaient-ce des néologismes pour l'époque (et donc des vieillologismes pour la nôtre ?), et de belles énumérations aussi (ce qui ne peut que m'émouvoir, j'adore les listes), que le réalisme, la lucidité (le désabusement ?) du narrateur venaient encore rehausser.
Calet/Gaydamour nous narre son arrestation, son emprisonnement dans un premier camp, puis un deuxième, calmement, précisément, simplement, en des chapitres en général assez courts, ce qui fait qu'on ne peut plus lâcher le bouquin (et j'étais énervé contre moi-même quand le soir en lisant je sentais mes yeux qui se fermaient et ne me permettaient même pas de lire jusqu'à la fin de la ligne...)
Humour, désenchantement, simplicité, sens du détail, richesse du lexique, naturalisme, font de bouquin une parfaite première lecture pour 2018 (et donnent envie de lire les autres bouquins de Calet, dont il me semble avoir quelques autres disséminés sur mes étagères... à suivre, donc.)

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"Il pleuvait. j'allais dans la ville, tout dépaysé dans ces rues étrangères. J'ai toujours eu du penchant pour les promenades solitaires, à Lyon ou autre part, sous la pluie, dans la froidure et surtout la nuit. Quand tout est contre moi. j'aime alors me faire pitié à moi-même. Et je me parle et je me plains. J'aime aussi aller dans un nuage de pensées confuses, comme cela, sans direction. J'ai repris mon soliloque interrompu, je le retrouvais au fond de mes poches. Je me sentais tout seul après ce grand tohu-bohu. Je reconnaissais ma misère à moi, celle d'avant. Là-bas, dans les camps, on perdait sa misère, on était pris dans la misère collective, on formait une motte de malheur, on languissait en gros, sans approfondir. Tandis que je redevenais un homme seul et travaillant le détail. Je portais ma disgrâce en breloque."
(Henri Calet, Le Bouquet, p290)

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