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lieux communs (et autres fadaises)
22 décembre 2015

en boucle (en boucle en boucle en boucle)

COMMENT C'EST LOIN
d'Orelsan et Christophe Offenstein

J'ai fait les choses à l'envers, j'ai mis la charrue avant les boeufs. Comme je ne pouvais pas voir le film tout de suite, j'ai écouté le disque qui porte le même nom et en constitue la bande originale, dont j'ai kiffé immédiatement ou presque plusieurs morceaux (En boucle, Xavier, Pas n'importe quel toon) et donc en m'installant dans mon fauteuil -pas loin de tiens, deux anciens élèves-, je ronronnais presque en me disant que j'allais pouvoir entendre ces gros sons que j'aimais dans cette salle 4 du bôô cinéma (où nous étions 5 à la séance de 18h).
Bon, petite déception : si tous les morceaux qu'on entend dans le film sont sur le disque, tous les morceaux qui sont sur le disque ne sont hélas pas dans le film, et notamment (justement ? calimérons...) ceux que j'ai cités entre parenthèses plus haut. D'autant plus frustrant que, par, exemple En boucle est crédité à la fin du générique, et devait donc figurer, d'une façon ou d'une autre dans le film, or on n'y entend que la phrase de début ("j'écoute votre cassette en boucle" celle qui est samplée) et la phrase de fin ("j'me suis masturbé sur vot'son les frères"), qui sont enchaînées (mais en étant attentif, on a l'impression qu'elles sont raponcées, comme on dit par ici). Dans les boni du dvd ?

Et le film ? Bon après Blade runner ça fait grand écart radical : on passe de Los Angeles (?) dans le futur à la zone industrielle de Caen aujourd'hui. Et des dynamiques (et énervés) réplicants à deux endives -ou presque- attachant(e)s, certes, mais pas très... toniques. Le quotidien de deux potes, Orel et Gringe,(oui les deux mêmes que ceux de Casseurs Flowters puisque le film est issu de leur premier album) deux joyeux glandeurs/branleurs qui passent la journée avachis sur le même canapé, et à qui on vient un beau matin soumettre un ultimatum : ils ont une journée pour pondre un vrai morceau (et le terminer) sinon on leur coupe les vivres et ils devront se démerder.

Car ce sont des aspirants rappeurs, des apprentis-artistes, des vedettes de la zique au conditionnel. Entre glandeur et grandeur, il n'y a qu'une lettre de différence, mais que d'énergie elle représente. Dans le film, Orel et Gringe sont censés zoner depuis cinq ans sans avoir pu pondre un morceau complet, un bel oeuf qui tomberait doucement, intact, terminé, parfait. Et la journée va se passer à essayer de trouver le temps et l'énergie nécessaires pour ce faire. (Se faire quoi ? hihihi). Voilà pour le fil blanc scénaristique (un peu lâche, le fil, comme un élastique de calbute détendu...) sur lequel on va tirer chronologiquement (comme dans le disque précédent, les heures sont marquées) pour suivre le quotidien de ces deux zozos caennais.

Orel est veilleur de nuit dans un hôtel, avec un patron "pas vraiment raciste", il vit (cohabite ? squatte ?) avec Gringe dans un appart où il accueille aussi les mecs qui se présentent à l'hôtel et qu'il est obligé de refuser à cause de son patron. C'est le matin, ils se séparent, Gringe part aux putes tandis qu'Orel petit déjeune à la piémontaise arrosée au Jägermeister. Le premier va flipper quand il est surpris par la mère de sa meuf, et le second sera ramassé bourré au pied d'un arbre par son père, qui le reconduit à la maison...

Et le temps va passer, et on va rester l'oeil vissé sur ces deux lascards. On n'est pas du tout dans l'imagerie du clip de rap habituelle : grosses bagnoles, chaînes en or, bitches en maillot de bain, gros calibres. Non, ici c'est plutôt canapé rafistolé, sandwiches en triangle, zone industrielle, solderies, terrains vagues, et moyens de locomotion approximatifs. Comment c'est loin ne se la pète tellement pas que ça en devient touchant.

Le scénar est mince mais les dialogues sont customisés (et les parties musicales chromées étincelantes) et on ne peut s'empêcher d'être attendri, oui, par ce genre de film de famille (on est jeunes on zone on tchatche) que viendraient survoler les ombres tutélaires de Jay et Silent Bob (du Clerks de Kevin Smith). Ah  il y a quand même un deuxième fil blanc scénaristique (Hitchcock parleait de mcguffin), un prétexto (hihi) : pendant tout le film ou presque Gringe reçoit (et répond à) des sms d'une meuf rencontrée téléphoniquement par hasard (un faux numéro), il  s'épanche en sms de la taille d'A la recherche du temps perdu, (mais plutôt option longtemps je me suis touché de bonne heure), il pensera avoir trouvé la meuf de sa life et il s'avèrera en fin de compte qu'il s'agit de
(bah, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes)

On était parti de l'hôtel le matin, on y revient le soir. Ca m'a fait penser, la nuit à l'hôtel, à un autre film dont je n'arrive pas à me souvenir (ah si ça revient en même temps que je tape, c'est Les deux amis, de Louis Garrelchounet) mais il y avait aussi un Doillon, si je ne m'abuse, dans le même genre, Carrément à l'ouest.

Plus le temps passe et moins il en reste aux deux zigomars pour pondre leur morceau (le film serait un éloge discret de la procrastination...) et plus l'élastique filmique s'amenuise, mais c'est pas grave, on est dans le mood, contemplatif et (très) discrètement désespéré. Lucide. L'adolescence qui s'est enfuie, les amours qui vasouillent, le temps de s'engager, le constat de l'échec. Heureusement, les morceaux musicaux viennent régulièrement un peu retendre le string. D'où le terme attachant.

Comment c'est loin d'être con. Et comment c'est couillu d'être à ce point loin de la testostéronisation ambiante du rap. (Avec, finalement un SSTG plutôt plaisant. J'aime ce genre "amitié virile ouais on est bien entre potes"). Et comment c'est impatiemment que j'attends le dvd...

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11 décembre 2015

kelly

LES COW-BOYS
de Thomas Bidegain

Jean-Luc m'en avait chanté les louanges, ce qui me laissait un peu sceptique (et comme il est dit dans la bande-annonce de Mommy "Les sceptziques seront confondzus..."), Marie aussi m'en avait dit grand-bien, j'avais un peu plus confiance. J'y suis donc allé cet après-midi au Beaux-Arts.
C'est vrai que c'est vraiment bien.
Je ne savais rien du film,à part François Damiens, la titre, et, me semblait-il un certain rapport avec l'intégrisme, mais pas plus que ça. Surtout que ça commence à une convention de musique country en 1994 et que je me suis dit que j'avais dû confondre. mais pas du tout. Il s'avère que la petite famille de François Damiens va rentrer incomplète de cette joyeuse journée stetson et square dance, puisque Kelly, la fille aînée y a disparu. Enlèvement ? Fugue ? Le papa prend les choses en main, et en découvre assez rapidement de belles sur sa fille : elle sèche la piscine depuis un certain temps, elle a un petit copain, il s'appelle Ahmed, et, surtout, elle a dans sa chambre un cahier où elle s'est visiblement et studieusement exercée à apprendre l'écriture arabe. Aïe! Le papa tombe des nues mais continue à retourner ciel et terre, malgré les avertissements et les recommandations des gens plus ou moins louches qu'il est alors amené à fréquenter, dans ce jeu de piste qui l'entraîne de ville en ville à la recherche de traces éventuelles ou d'indices à propos de sa fille, (qui est devenue sa seule et unique préoccupation.)

Jusqu'à ce que...

(Bon là il faut que j'arrête de raconter précisément pour ne pas trop spoiler). Le film a recours a une ellipse (dont je l'avoue j'ai mis un tout petit peu de temps à réaliser...) pour continuer son histoire, et la poursuite de la traque de Kelly par son papa...

Jusqu'à ce que... (là il faudrait que je m'arrête de raconter tout à fait). Dire quand même que le film subit à nouveau un rebondissement (c'est le cas de le dire) inattendu (un clivage, cette fois plus spatial que temporel) où se continue la même histoire mais avec de nouveaux enjeux et/ou d'autres moyens, jusqu'à ce que se produise enfin ce qu'on attendait/espérait/supposait depuis le début, sans que ça soit finalement si démesurément larmoyant qu'on aurait pu le craindre.

Puis vient le générique de fin, qui pourrait à lui seul justifier de voir le film, puisqu'on y entend une relecture country banjoïsée de Small Town Boy (de Bronski Beat) chanté par Thomas Bidegain lui-même, (où, tiens c'était peut-être fait pour, j'ai tout à coup senti poindre et s'écouler quelques apaisantes larmichettes.) doublement intriguant, à la fois par sa relecture, et aussi peut-être par le soudain SSSSTG (sous-sous-sous-sous-texte-gay) qu'elle semblerait soudain supposer (et que, chose plutôt rare je n'aurais soupçonné à aucun moment), les paroles de la chanson ne sont pas anodines, et l'auteur a bien dû les choisir en connaissance de cause, non ?

Dire aussi que la distribution est à couvrir d'éloges (François Damiens impressionnant de rigueur -même si je le trouve parfois moins juste dans les scènes de colère-, le jeune Finnegan Oldfield tout autant, sinon plus, à complimenter, et des seconds rôles qui m'ont spécialement ravi (John C. Reilly, même si ça devient un peu banal ces derniers temps, et Jean-Louis Coulloch' dans juste deux ou trois scènes, Antoine Chappey dans pas beaucoup plus, et Djemel Barek que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé grandiosement juste -oui, je sais je sais je ne parle que des rôles masculins, c'est sans doute maladroit et partial, mais je dois bien reconnaître que les rôles féminins (la mère, la fille, l'épouse) ne sont pas autant exposés en première ligne (le réalisateur a choisi pour les interpréter des actrices peu ou pas connues).- Les Cowboys est sans conteste "un film d'hommes", même si le personnage central, le plus important, celui qui justifie tout le film, est un personnage féminin : celui de la fille (et de la soeur), et y figure en négatif, "en creux".

Les hasards de la programmation ont fait que le thème du film retentit d'une façon particulière, mais il serait sorti plus tard ou plus tôt que ça ne lui aurait rien ôté de sa force. La scène finale est magnifique d'économie et vient (trop?) parfaitement boucler la boucle (de ceinturon de cowboy) sans effusions ni dialogues superflus, tout se joue dans les regards et le silence. Et on quitte le film comme celui qui sort de la boutique, un peu furtivement et le coeur battant.

Les Cahiaîs décrochent pour le coup la palme de la critique salope (je pense que je vais finir par me désabonner)...

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28 novembre 2015

écureuil

THIS IS NOT A LOVE STORY
de Alfonso Gomez-Rejon

Figurez-vous qu'il y a seulement quuatre ou cinq jours, je n'avais encore jamais entendu parler de ce film. Puis j'ai lu un interview du réalisateur, avec dedans des choses qui m'intéressaient, voire m'appâtaient (non non, pas de QV) puis j'ai lu les appréciations sur all*ciné, et voilà que, ce matin,  j'ai la chance de pouvoir le voir (grâce à mon entregent personnel qui est somme toute bien riquiqui, enfin, de taille normale, re-enfin juste de la taille de tout-un-chacun un peu fûté qui fouine sur le ouaibe...)
All*ciné le tague "drame, comédie" et c'est assez juste, (plus que, en tout cas, l'habituel "comédie dramatique"). Les critiques sont excellentes et bien étoilées (même si n'y apparaissent pas celles des "journo de ciléma" habituels - les C, P, les I- qui ont dû boycotter l'affaire sans doute parce que le film était distribué en France par un énormissime studio et/ou qu'il venait d'être double couronné à Sundance -Jury et Public-).
C'est vrai que cela peut paraître surprenant qu'un tel film soit propulsé par un biiig studio, avec un biiiig travail de promo (les différentes affiches sont superbes, cf plus bas), affublé, en plus, d'un titre français en anglais pour remplacer le titre original, plus lapidairement juste : Me, Earl and the dying girl. Qui dit bien plus simplement les choses.

(Bon je retire tout ce que je viens de dire, j'ai regardé les chiffres du box-office et il semble que, grand studio ou pas,  le film ait été conduit à l'abattoir et ne soit sorti que dans une salle parisienne, en sortie nationale, et n'ait fait que 5 spectateurs à la première séance)

Moi, Earl, et la fille en train de mourir. Le narrateur (un ado timide qui se souhaiterait invisible et se présente comme "ayant une tête de hamster"), Earl, son pote black, et Rachel, une adolescente atteinte de leucémie. Oui, rien que ça. Une histoire d'amitié (le slogan est "un peu d'amitié n'a jamais fait mourir personne"), initiée par la mère du narrateur qui, au début du film,  supplie son fiston d'aller voir la jeune fille, qu'il ne connaît pas plus que ça. il fait donc l'effort de, mais les débuts sont très froids. On n'est donc pas dans un Love story à la sauce ado (même si le film est tiré d'un roman pour ados). On est dans un univers à la fois très réaliste et complètement fantaisiste, avec, surtout, beaucoup beaucoup beaucoup de références au(x) cinéma(s) (on sent que le réalisateur aime énormément ça) sous toutes les formes : affiches, musiques, photos,  citations, clins d'yeux, et même re-fabrication de films (à la façon de Michel Gondry dans Be kind rewind).

Greg et son pote Earl (qu'on peut, au final regretter de ne pas voir suffisamment, d'avoir été un peu squeezé) sont amis depuis la maternelle, et font tout ou presque ensemble. Notamment toute une flopée de films (qui interviendront régulièrement dans le récit) où ils détournent/retournent des classiques, des imparables, immanquables du 7ème art (et je vous recommande de bien parler anglais pour saisir toute la subtilité des titres détournés en à-peu-près phonétiques, la plupart sont à pisser de rire). L'intervention de Rachel dans leur duo va légèrement modifier la donne (au début du film, Earl ne semble considérer les meufs que comme une paire de boobs sur pattes, à la fin remarquez peut-être aussi quand même), chacun inter-agissant avec l'autre pas forcément dans la direction souhaitée. Et le film suit son cours, comme l'année scolaire, et on prend plaisir à les voir évoluer, et, comme au flipper, (ou au billard) au milieu de seconds rôles très justes (les parents, un prof d'histoire tatoué, quelques copines, deux ou trois garçons, juste la quantité indispensable.)

Avec, dans la forme même du film, des pieds-de-nez aux narrations habituelles de teen-age movies, ou college-movies, ou prom night-movies. Titres, intertitres, voix-off, animations, angles de prise de vue, le réalisateur serait très souvent dans le commentaire de ce qui est en train de se passer, avec une virtuosité certaine, trop peut-être même (certains grinchouilleux pourront penser que Alfonso Gomez-Rejon est un petit malin qui a fait un film à son image, malin, et un peu trop sûr de lui, tout à l'opposé de son personnage principal...)
Mais midinet on est, et midinet on reste... (Bien sûr que j'ai pleuré à la fin -enfin, plutôt un peu avant, d'ailleurs- et bien sûr que j'ai adoré ça.) C'est une friandise cinéphile incontestablement addictive, au goût de revenez-y (d'autres diraient d'on y est déja venus : Wes Anderson et Moonrise Kingdom par ci, Gus Van Sant et Restless par là, et pourquoi pas Michel Gondry -j'en ai déjà parlé pour Be kind rewind, mais on pourrait aussi évoquer The we and the I- et (500) jours ensemble de Marc Webb, et tiens, un chouïa de Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur, et comment s'appelait-il ce doc sur les teenage movies ? ah oui Beyond clueless de Charles Lyne... Purée j'en ai vu des films d'ado(s) cette année ! Et donc je ne peux pas ne pas nommer It follows avant de fermer cette parenthèse, même si la parenté là me semble un peu plus lointaine, quoique.)

This is not a love story fanfaronne le titre, et il a sans doute raison. Ca aurait pu aussi s'appeler This is not a teenage movie, au risque d'attirer encore moins de spectateurs. Mais c'est vraiment bien la façon dont le film se dépouille petit à petit de ses oripeaux formels parfois un peu voyants (mais c'est aussi la façon d'exister de ces ados, non ? Se forger une identité pour être "reconnu" par les autres) pour révéler sa vraie nature (qui n'est, finalement, pas si éloignée que celle dont il semblait se moquer. Comment s'appelle cette fable déjà ? Ah oui Le geai paré des plumes du paon. Sauf que le réalisateur n'a pas délibérément essayé de nous berner. Le film est aussi sincère dans les ricanements, au début, que dans la mélancolie finale.  Même la voix-off se calme. Le discours s'apaise, se calme (je n'irais pas jusqu'à s'épure mais bon). Un film qui réussit quand même à faire pleurer, mais plutôt habilement, sans tirer sur les grosses ficelles habituelles, et qui par son prosélytisme ne peut que toucher tout cinéphile qui se respecte.

(en repensant au doc que j'ai cité, il me semble que le film respecte la structure puisqu'on voit notre jeune homme avec smoking, fleur et limousine pour la prom night, qui est, normalement, le clou de ce genre d'histoires... Sauf que...)

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(en haut l'affiche originale, en dessous l'affiche... française (!),
qui, s'y on s'accorde à la lire scrupuleusement
semblerait induire un sous-sous-texte gay, mais non, non, même pas...)

*

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trois des (multiples) affiches américaines

 

 

 

25 février 2021

poulailler 54 bis

9850

Enfin! Ca y est! j'ai réussi à passer la barre fatidique des 9850!

*

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(à suivre)

*

C'est Pépin qui m'en a parlé, et du coup je n'ai pas pu attendre jusqu'à vendredi, et j'ai filé directos à l'Espace Lecl*rc, et je l'y ai trouvé qui m'attendait,

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et du coup pour faire bonne mesure, me suis aussi offert

Idees-noires

(les spécialistes l'ont dit, hein, il faut se faire du bien...)

*

et, en cherchant un site pour récupérer la couv' du livre de mon Manuchounet, suis tombé là-dessus tout à fait par hasard :

"Je ne me souviendrai plus des proches délaissés parce qu’ils ont lâché prise, exhalant la détresse, la mort, rongés par la suffisance inepte puisée dans l’alcool, la drogue et le corollaire dérangement mental. Devenus infréquentables. Leur perdition ostentatoire, on ne la supportait plus. Leur mentir par  thérapie, leur proposer un égarement de rechange, moins voyant, a fini par nous paraître aussi grotesque et vain que leur égarement propre et, qui sait, le nôtre. (Et si on n’a pas sombré soi-même, si on a pu se détourner du visage hideux, magnétique et cru du désespoir sans recours, ce fut parfois de justesse, parce que quelqu’un ou quelque chose nous a tiré par la manche au bord du gouffre.) Mais on ne peut parler de cela sans vaciller d’incertitude et d’impuissance. Sans voir le fatalisme glacé au fond de nous. Raison pour laquelle personne n’en parle. Ou parce que personne n’en a rien foutre, que tout le monde préfère se vautrer dans l’anodin. Et chialer, ensuite, aux enterrements.

Je ne me souviendrai plus de mes petits excès. De ne pas toujours m’être comporté comme le veut la vie lisse et policée. Mais de cette vie-là, comment admettre la mesquinerie et ceux qui la promeuvent et nous l’infligent ?

Je ne me souviendrai plus d’avoir dû atteindre l’âge de 57 ans pour lire ces phrases de Botho Strauss avec un profond sentiment d’affinité : « Contre la majorité, on est fréquemment obligé de soutenir le contraire de ce que l’on dit face à la minorité, c’est-à-dire la couche intellectuelle dominante. Le mot de « nation » par exemple, il faut fermement en dégoûter celui qui éructe son chauvinisme devant un verre de bière, alors qu’à d’autres, qui comptent parmi l’élite éclairée de leur peuple, on ne saurait l’opposer de manière assez obscurantiste. » (Les erreurs du copiste, 1997, traduction Colette Kowalski, Gallimard 2001).

Je ne me souviendrai plus des amis perdus. Je ne me souviendrai plus de l’inanité, souvent, du mot "ami ".

Je ne me souviendrai plus que vivre et aimer incluent le vertige de ne pouvoir, au bout du compte, sauver personne.

Je ne me souviendrai plus des femmes que j’ai aimées.

Je ne me souviendrai plus d’aucun matin d’automne.

Je ne me souviendrai plus qu’il nous fut donné de nous souvenir."

Jean-Pierre Cescosse (sur le site Diacritik, )

*

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Manue est passée  boire son café "en terrasse dans ma cuisine" du mercredi, et elle m'a offert un arum (j'adore les arums) pour remplacer mon défunt papyrus, même si ce n'est pas vraiment une plante d'intérieur (dans quelques mois, elle pourra le repalnter au grand air dans son jardin...)

*

 

 

9 février 2021

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Voilà Clermont c'est officiellement terminé, la soirée de clôture  aussi, les prix ont été décernés, rendez-vous a été pris par tout-un(e)-chacun(e) "en vrai dans les salles " pour l'édition 2022, et les heureux possesseurs du pass à 12€ ont encore une semaine pour (re)voir les films (je n'ai pas encore compris si c'était tous les films ou juste les films primés, mais en tout cas je vais en profiter...)
J'aime bien les prix décernés à Clermont, cette volonté d'en remettre le plus possible (on a le prix du jury, le prix spécial du jury, le grand prix du jury, on pourrait avoir aussi, qui sait, le petit grand prix du jury, le grand grand prix, le très grand prix, etc.)

et comme d'hab', je n'avais pas vu les films qui ont été primés (les "grands grands prix"), ni en compétition internationale (SESTRE, de Katarina Rezek, tiens un film de sororité), ni en nationale (MAT ET LES GRAVITANTES, de Pauline Penichout, -tiens un autre film de sororité..., qui a aussi raflé le Prix Etudiant et le Prix du meilleur Documentaire-) ni en Labo (enfin si celui-là je l'ai vu -j'ai vu tous les films en Labo-, mais j'y avais dormi, et même si je m'étais promis d'y revenir je ne l'avais pas fait...), bref (soyons un peu trivial mais disons les choses comme elles sont), il valait mieux ne pas avoir de couilles pour être primé à Clermont cette année, surtout par le Jury national (8 sur 12 des lauréat(e)s sont des femmes), y compris le Prix du Public attibué au délicieux GOD'S DAUGHTER DANCES, avec sa flamboyante héroine transexuelle, mais c'est, finalement, très bien comme ça (sisters de tous les pays unissez-vous), mais par exemple, était-il indispensable de primer deux fois PALMA de et avec Alexe Poukine (comme réalisatrice et comme interprète féminine) alors que, par exemple EVA VOUDRAIT de Lisa Diaz est reparti complètement bredouille ?

Des femmes, oui, mais des gays non, 2021 (à Clermont) fut une année à femmes, et pas à pédés, c'est comme ça (chacun voit midi à sa porte). Les courts avec des gays dedans ont eu juste droit, à chaque fois,  à l'infamante notule en rouge  avertissement : ce film peut contenir des scènes susceptibles de heurter la sensiblité de certains spectateurs (qui était valable aussi pour les films avec de la violence ou du sang)

Les trois films pour lesquels j'avais voté apparaissent néanmoins ça et là, FABIU dans les "mentions spéciales" du Jury International, MALABAR via un prix d'interprétation masculine, et LETTERS FROM SILIVRI avec le prix Etudiants et le Prix Festival-Connections Auvergne-Rhône-Alpes (et LES MAUVAIS GARCONS, que j'avais un moment envisagé, repart avec le Prix Téléramuche).

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Un petit menu de dimanche sympathique :

- Pain de St jacques et épinards (du restaurant La Guillaume, en dépôt-vente chez Quévy)
- Brochet de saône et écrevisses en lasagnes maraîchère (du restaurant La Guillaume, en dépôt-vente chez Quévy)
- Tarte au chocolat (de chez Azouz "champion du monde")

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une expression qui revient quoitidennement dans les bulletins-météo : "l'arrivée d'une nouvelle perturbation"...

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Un-hiver-a-Wuhan

je viens de le lire (ça se lit très vite, il est 16h et je l'avais récupéré en boutique à 11h et quelques (j'ai mangé et j'ai joué au scrabble avec Catherine  aussi, entretemps)

je l'ai acheté chez gibertuche, à prix réduit (30% de réduction), avec trois autres bouquins pour atteindre les 15€ qui génèrent le port gratuit

je l'ai tenu déjà plusieurs fois en main, en librairie, et je l'avais, à chaque fois, inexplicablement reposé

j'avais déjà acheté de la même manière son précédent (et premier) bouquin, Chroniques d'une station-service, qui m'avait en même temps séduit et agacé (séduit parce que constitué de fragments -j'adore les livres en fragments- et agacé parce que ces fragments, contrairement à ce que j'avais cru, ne racontaient qu'une seule et même histoire, donc que la fragmentation en question ne se justifiait pas forcément)

et cet Hiver à Wuhan me met un peu dans le même état duel : séduit et agacé (mais pas pour les mêmes raisons que l'autre livre)

la formule est la même : les fragments, mais, contrairement à ce que je pensais (et que voudrait faire accroire la quatrième de couv')  il ne s'agit pas uniquement d'un séjour à Wuhan au début de l'épidémie de vous savez quoi (ça n'occupe qu'une petite partie du bouquin), on y apprend que l'auteur a séjourné trois fois en Chine, pour des motifs professionnels tellement farfelus a priori qu'ils sembleraient inventés, et de ces trois séjours il a conçu un récit unique (mais pluriel) -contrairement à la Station-service, on a trois récits distincts, (dont celui des trois mois à Wuhan fin 2019 début 2020) avec un fil conducteur unique : Labruffe vs China- (à moins que ce ne soit le contraire)

et c'est d'ailleurs à la toute fin qu'il nous détaillera son modus operandi (pour écrire ce livre)

il parle de la Chine et des chinois, et ce qu'il en raconte est exactement ce qu'on préssentait / ressentait devant un film de disons Jia Zhang-Ké : c'est terrifiant (à tous les niveaux et de toutes les façons) mais tout le monde a l'air de s'y faire

le bouquin est très agréable à lire, l'auteur a le sens de la formule, dose ses effets, et tout ça est assez brillant (un signe, c'est quand j'ai envie de recopier plusieurs fois des paragraphes entiers ), avec entre les lignes juste ce qu'il faut de paranoïa, de sens aigu de l'observation, de science-fiction, de dérision, de délire même parfois, pour en faire une sorte d'objet improbable mais plaisant,

(et ce qui est agaçant, en fin de compte, c'est peut-être juste de constater que l'auteur ait autant de talent -et de facilité pour se faire éditer-)

ce qui est beau aussi, et n'est sans doute pas dû au hasard, c'est que le livre se clôt sur dix pages blanches

*

«Je pense que le problème est qu'on n'arrive plus vraiment à distinguer ce qu'est le mal et d'où il vient. Le mal aussi est devenu plus chic, plus attirant, plus charmant»,

(Lee Chang Dong)

17 avril 2015

boucher roux

IL EST DIFFICILE D'ËTRE UN DIEU
d'Alexei Guerman

D'habitude je suis assis au fond, en bord de rang, mais il y a certains films pour lesquels j'ai besoin d'être au milieu de la salle, "au croisement des diagonales", pour mieux m'y mettre en immersion (dans les derniers : Ne change pas, de Pedro Costa, Leviathan, de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor, Faust de Sokourov). Celui-là, je l'avais en ligne de mire, depuis que je l'avais raté à l'Etrange Festival (mais comme il était ensuite, bien avant sa sortie officielle, apparu -plop!- sur le web, j'avais pu en voir le début, sur mon ordi, avant de décider que cette prolifération marécageuse avait besoin d'être vue sur grand écran.) Il est programmé cette semaine dans le bôô cinéma, pour deux rikiki séances (dont une le mercredi soir, alors qu'on ne passe JAMAIS de nos films le mercredi soir) et nous étions donc 3 dans la salle au début -je pense que je devais être plus âgé que les deux autres spectateurs réunis-, mais ne fûmes plus que deux à la fin.
2h50, noir et blanc, russe sous-titré, tout pour attirer le chaland! Et le film tient effectivement ses promesses. Le "résumé" évoque  une planète comparable à la Terre, où des terriens ont été envoyés en observateurs. Une planète qui est restée coincée au Moyen-Âge. Et n'a pas l'air d'être prête d'en sortir. Les terriens observent mais n'ont pas le droit d'intervenir sur le cours des événements. On a donc la voix-off du narrateur/observateur, et ce qu'il voit (la caméra). C'est un des rares films (avec Le voyeur, de Powell) où la caméra existe en vrai pour les personnages du film, où on la regarde, où on s'approche pour la toucher, ou la sentir (c'est un film très sensoriel), où on la prend à parti, où on la provoque en agitant devant son oeil impassible (impavide) des machins divers. Face à la caméra, il y a un grand barbu qu'on va suivre sans arrêt, le Don quelque chose, qui parle aussi sans arrêt. Une sorte de seigneur qui est pris pour un dieu par la population locale -et quelle population, une sorte de cour des miracles, une galerie de trognes, sales, déformées, édentées- qui vaque à ses petites affaires moyen-âgeuses, qui grouille, qui s'affaire, qui s'agite, au milieu de la fange, de la merde, de la gouillasse...
C'est un film insensé.
C'est un film inracontable, incompréhensible (Pourrait-on raconter, ou expliquer, une fourmilière, ou une termitière, en faisant des très gros plans sur l'activité de certaines des bestioles qui l'habitent ? Pourrait-on comprendre, ou au moins appréhender une globalité sociale en n'en observant que des détails ?) Un flot d'images, et de mots (et la lecture des sous-titres en rajoute aussi à sa façon dans la difficulté d'appréhension -et de compréhension- de cet univers) perpétuel : l'écran est plein à ras-bord, toujours (on comprend que le tournage du film ait duré des lustres) pendant que le seigneur parle, ou commente, ou apostrophe, ou monologue, ou insulte, tout en faisant d'autres choses qui ne sont pas forcément raccord avec ce qu'il dit. Avec constance, obstination, la logorrhée accompagne la saturation visuelle. On est pris, captif plutôt (et il ne fait pas bon être prisonnier sur cette planète, vu la façon dont il les traitent... Noyé dans les latrines, ça vous dirait ?), il s'agit alors de tenter d'accommoder, d'être perpétuellement en alerte, les yeux et les oreilles grand ouverts (pas le nez, heureusement, le film n'est pas en odorama) pour tenter de -un peu- comprendre, de combiner les éléments disparates pour faire- un peu- sens.
C'est un film total, un film-somme, un film-univers (je parlais d'immersion au début du post et le mot est ici tout à fait justifié). Un film qui déconcerte, déstabilise, dégoûte même, (parfois, souvent) un film qui dégueule, qui chie, qui suppure, qui pue, un film de trou-du-cul-du-monde, un film organique, sphinctérien, un film d'entrailles, de sang, de merde. Métaphore physique, géographique, anatomique, mélancolique, boulimique, d'une certaine russitude (on ne peut pas ne pas penser à Stalker, d'après les mêmes Strougatski -pour le bouquin- mais avec Tarkovski derrière la caméra : même humidité, même fange, même désespoir).
Guerman a passé plus d'une dizaine d'années sur ce projet, et n'a pu vraiment en venir à bout (car il est mort. ) Et c'est sa femme et son filston qui en ont achevé le montage. (D'où la pensée que le film n'est peut-être pas que d'Alexei Guerman (qui n'a réalisé que six films mais dont aucun n'est trouvable -par des moyens "normaux"... -J'ai le bonheur d'être en position d'un exemplaire de Khroustaliov ma voiture! -enregistré sur VHS lors de son passage sur arte il ya longtemps, et numérisé ensuite, mais bon la qualité est celle de la VHS- autre film insensé en noir et blanc et en russe sous-titré, que nous avions programmé lors de nos -éphémères- "lundis des amis", dans l'ancêtre -un peu guermanien, d'ailleurs- du bôô cinéma, c'était plutôt alors le môôôche cinéma, d'ailleurs!) ou plutôt n'est pas tout à fait le film que Guerman "tout seul" aurait fait, mais au fond quelle importance ?)
Un film, donc, qui refuse le "récit" traditionnel, la narration "habituelle" : plutôt que d'aller de l'avant on a l'impression que le récit glisse latéralement, comme un travelling gigantesque, et peut-être circulaire, d'ailleurs, comme si aller de l'avant était impossible, inimaginable, proprement (!) impensable.
Un film viscéral.
Un film éprouvant.
Et aussi, un film qui, à force de coller ses yeux (et son nez) tout près, trop près, ("le nez dedans") finit pourtant par mettre le spectateur à distance. Le spectateur qui n'a pas grand chose de connu à quoi se raccrocher, qui patauge, et avance prudemment en essayant de ne pas s'en foutre partout. Rester debout, rester vivant. (rester éveillé, aussi, diront les mauvaises langues : j'avoue que j'y ai piqué du nez, et, même, dans cet état, mi-sommeil mi-éveil, le film a quelque chose d'hypnotiquement monstrueux : cette voix dont on ne comprend plus les mots (si on ferme les yeux, on n'entend que le russe) qui vous ferraille dans l'oreille sans trêve, infiniment...) Le temps n'a plus de sens. 
Un film sans précédent, comme une gigantesque boucle temporelle, une stase.
Il n'y a qu'à la fin que le réalisateur nous sort la tête du caca et des tripes et prend un peu de recul. Et modifie - enfin ?- notre regard, (et donc notre rapport au film). La caméra a pris de la distance  (elle n'est d'ailleurs à ce moment-là plus utilisée en tant que personnage, c'est juste une caméra, qui enregistre ce que font des gens). La scène où le Don, en chemise, le cul dans l'eau, explique aux autres qu'il ne reviendra pas sur terre.(J'avoue, je viens de la re-regarder sur mon ordi, et ça m'a permis de comprendre certaines choses. D'abord de mieux appréhender l'invraisemblable complexité -la virtuosité- de ces plans-séquences démesurés, où se combinent les mouvements de caméra, ceux des personnages, la profondeur de champ). A ce moment, après cette halte, cette respiration, (l'homme, toujours le cul dans l'eau, vient de s'endormir) la caméra reprend soudain son rôle initial, celui de personnage au même titre que les autres, puisque c'est à ce moment que le Don se rhabille, remet son costume de Don pour repartir... (la scène est absolument magnifique).
Puis la caméra prend -enfin- le temps, de la distance aussi, sur de splendides perspectives de neige (et de silence), qui  laissent  au spectateur le temps de respirer, de se reprendre, avant un sublime plan final où le film enfin s'apaiserait (si Le cheval de Turin virait au dark, à l'obscurité, aux ténébres, ce film-ci, au contraire, en sort, in extremis, et réussit finalement à nous tirer vers le blanc, sans que les perspectives d'avenir en soient plus joyeuses...), prendrait le temps de nous laisser le quitter, avant un austère (et démesuré) générique de fin.
C'est incontestablement le genre de film qu'il faut avoir chez soi, qu'il faut garder (et re-garder). Pour prendre le temps de. (L'arrêt sur image et le rewind sont des fonctions divines, quand il s'agit de mieux comprendre cet univers-là et de l'appréhender à sa juste mesure.)

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19 février 2015

ne vous retournez pas

IT FOLLOWS
de David Robert Mitchell

Chez Metrop*litan (le distributeur du film), ils ont un(e) attaché(e) de presse qui frise le génie -celui (ou celle) qui a su orchestrer  (mettre en place) cette unanimité de trompettes critiques louangeusisissimes (excepté, grosso modo, Pierre Muratchounet, mais c'en était presque trop prévisible) mérite vraiment des applaudissements tout aussi unanimes, et, allons-y, une standing ovation. (Je viens de vérifier, il semblerait que c'est un (attaché) et qu'il s'appelle Pascal Launay). Clap clap donc.-
Du coup c'est vrai que j'en avais très très très envie, et que j'ai profité de ma pause dominicale au FICA (le dimanche ici, c'est l'hor-reur!) pour filer jusqu'à Besac pour le voir, malgré un avis téléphonique rapide mais plutôt refroidissant de Dominique, qui l'avait vu hier. Passant outre, j'y ai donc pourtant couru.
Vous ne pouvez pas ne pas connaître le pitch (allez, peut-être que vous avez été dans le coma pendant quelques mois.... alors c'est juste pour vous au creux de l'oreille) : une bande d'ados américains, dans une petite ville américaine typique (on s'attendrait presque à voir écrit dans le coin "Haddonfield, Illinois") est la proie de "croquemitaines" qui se transmettent (ou dont on se débarasse, au choix) en faisant l'amour. (Et il n'y a que celui -ou celle- qui est contaminé qui peut voir "ce" qui le suit et le harcèle -et espère le boulotter, ou un truc du genre).
Ca commence classique : nuit d'été, quartier résidentiel, porte qui s'ouvre et nymphette en nuisette qui s'enfuit dans les rues, qu'on retrouvera au petit matin sur la plage, morte. Et ça continue dans la même ambiance : on fait ensuite connaissance de l'héroïne, celle qu'on va suivre pendant tout le film, d'abord avec un jeune homme en train de faire crac crac, puis en position moins agréable lorsqu'elle se retrouve attachée sur une chaise par le jeune homme en question  qui lui promet de ne  lui faire aucun mal, mais qui doit quand même lui expliquer le problème en détail, pour qu'elle tente d'y faire face. L'héroïne, donc, qui tente de faire face, aidée de ses copains/copines, ami(e)s d'enfance, voisin(e)s, sa bande quoi. (Comme l'a fait remarquer un critique, il n'y a pratiquement ni adultes ni enfants dans cet univers-là : que des ados, un micro-univers d'ados, avec des inquiétudes d'ados, des réactions d'ados, mais beaucoup moins stupides et clichetonnés que la majorité des ados vus au cinéma dans les films d'ados pour ados (à la différence que le réalisateur a déclaré avoir voulu -enfin- faire un film d'ados pour les adultes...)
Le film est malin, il faut le reconnaître, traçant son petit bonhomme de chemin horrifique (très légèrement horrifique, je vous rassure : ni sadisme crade ni sanguinolerie gore ni tripaille glauque à la mord-moi-le saw, le film est juste interdit aux moins de 12 ans) et tout aussi légèrement fantasmagorique, en suivant une très bonne idée de départ, mais qu'on a ensuite le droit de trouver pas forcément toujours aussi hyper-bien exploitée que ça par la suite (on a toujours l'impression que le réalisateur "en garde sous le coude", qu'il pourrait sans problèmes aller plus loin, plus fort,  mais qu'il se contente de ça, même si c'est déjà très bien, alors que ça aurait  pu être très mieux.)
C'est vrai qu'il y a des lointains petits airs d'Halloween, comme un clin d'oeil amical et complice à Papy Carpenter (le décor, les protagonistes, et, progressivement et de plus en plus au fil du film la musiquette électronique et plutôt bien foutue qui enveloppe tout ça) mais sans "le" croquemitaine, figure une indivisible et matricielle du serial-killer, (résumé-type : un méchant psychopathe extermine toute une flopée de jeunes gens de façon(s) violente(s) et horrible(s)), puisqu'on en aurait plutôt ici un certain nombre (chacun le sien) pas vraiment horribles ni spécialement défigurés. Inquiétants. Lentement inquiétants. Juste, ils marchent. (ce qui laisse aux victimes potentielles le temps de prendre un peu d'avance). On serait plus dans un patelin à la David Lynch (qui veut la peau de Laura Palmer) plutôt qu'à la Wes Craven (quoique... des ados qui rêvent... peut-être... qu'ils sont en train de rêver... hmmm where are you Freddy ?  Ne manqueraient plus que le pull rayé et la main en fer... mais manquerait alors l'humour grinçant, le sarcasme, que ne pratique pas en apparence David Robert Mitchell).
Disons, répétons, que le réalisateur est un petit futé, qui a bien assimilé ses bases et ses références, et nous concocte un univers à la fois très déjà vu et rebattu, mais pourtant éclairé plaisamment avec sa petite lampe-torche individuelle, son pinceau lumineux perso, toiletté avec sa musiquette à lui, et qu'on y prend plaisir, sans qu'on sache vraiment sur quelle étagère pouvoir le ranger par la suite. Quel est le pourcentage de "sérieux" ? Moi qui suis extrêmement bon public (je pleure quand il faut pleurer, je ris quand, etc.) là je dois dire que je n'ai -me semble-t-il- pas du tout eu peur. Ou alors presque pas. Ces zombies-là sont plutôt minimalistes, et impressionnent plus par leur obstination, leur détermination, que par les effets spéciaux ayant contribué à leur apparence. Ils sont à la fois présents et singulièrement absents, inexpressifs. ils sont juste là, on n'y peut rien, c'est inévitable, ils finissent toujours par être là, par y arriver. Et ces pauvres ados n'ont pas grand-chose à y faire, à part fuir et/ou  tenter d'avoir des rapports sexuels (que voilà un dilemne cruel pour la prude et puritaine Amérique contemporaine : le cul comme remède à la possession fantastique... fallait y penser, non ? (mais bon Pierre M. trouve ça dégueulasse).
Les Inrocks ont trouvé ça sublime (et le disent en gros sur toute la largeur de l'affiche) Mais paresseux aussi (et cajoleur) -c'est dit en petit dans l'article- . On a un peu l'impression que tous les journalistes ont peu ou prou fumé la même moquette,comme s'ils n'étaient pas allés voir un film de djeunz qui se font agresser par une entité maléfique depuis... oh au moins 30 ans! et que du coup ils se sont tous mis à ronronner d'aise en faisant quasiment sous eux de bonheur...
David Robert Mitchell a sans conteste réussi son coup, et moi, je crois qu'il faut que j'y retourne, pour savoir vraiment ce que j'en pense, et essayer de voir ce que les autres y ont vu...

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... J'ai touché l"fond l'a piscine..." (air connu)

 

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21 décembre 2014

caldavvingtetun : instantané

(rions un peu)

l'autre soir, (la nuit tombe très tôt), il me restait du temps avant la réunion, et comme la route vers le centre-ville bouchonnait douloureusement, j'ai tourné à gauche et filé sur la nationale (en plus j'avais très très très envie de faire pipi) j'ai donc roulé jusqu'au premier parking, m'y suis soulagé dans la lumière des feux arrières, et comme il me restait encore un peu de temps et que je ne pouvais pas faire demi-tour comme ça, là, de fil en aiguille, j'ai roulé jusqu'au parking suivant, qui est de l'autre côté de la route, et consiste en un assez long virage (l'ancienne route) qui a été remplacé par une trois voies beaucoup plus rectiligne, oui, le parking est désormais comme une déviation de la nationale.
Je m'y suis donc engagé (la nuit était très noire) attiré par les lumières d'un poids-lourd clignotants et lumière allumées (et le gilet fluo du conducteur, en train de pisser à l'abri derrière la portière côté conducteur). il est remonté dans son camion rapidos, a redémarré dans cette nuit bien noire, me laissant seul sur le parking. J'ai alors coupé les phares, pour voir, et l'obscurité était assez impressionnante, d'autant plus qu'on voyait, en amont et en aval du parking, les phares et/ou les feux arrière des véhicules qui passaient sur la nationale, dans les deux sens, à assez vive allure d'ailleurs (quand on est arrêté, on a l'impression que ceux qui vont vite vont plus vite).
Pour que ça soit plus joli, j'ai allumé mes veilleuses, petites loupiotes dans le parking sombre et vide, avec au loin, aux deux bouts, les lumières et les bruits un peu assourdis du trafic. Puis je les ai éteintes.
Et je me suis dit que c'était une image très juste (exacte) de ce qu'était ma vie, à ce moment précis.

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(hihihi)

ensuite j'ai redémarré, j'ai allumé les phares, j'ai repris la route, pour arriver juste à l'heure en ville pour cette fameuse réunion...

19 décembre 2014

absolution

CALVARY
de John Michael McDonagh

C'est le deuxième film du réalisateur (après L'Irlandais, avec déja dans le rôle-titre l'énorme, le magnifique, Brendan Gleeson, qui était aussi dans le film du frère du réalisateur, Bons baisers de Bruges -en compagnie de Colinchou "trop mes sourcils" Farrell-). Dans L'Irlandais, il incarnait un vieux flic asocial alcoolo et ronchon, forcé de faire équipe avec un black du FBI, dans une relecture de western à l'irlandaise aussi drôle (black) qu'épique, ici, il incarne un prêtre, un vrai prêtre à l'ancienne, en soutane, (sauf qu'il a une fille, qu'il a eu d'un précédent mariage, avant que son veuvage le pousse vers la prêtrise), un prêtre à qui un anonyme annonce, dans la scène d'ouverture confessionnale, qu'il l'exécutera le dimanche suivant, sur la plage, (on est bien sûr toujours autant en Irlande), en vertu du fait qu'il est un bon prêtre,  et qu'il semble  logique que ce soit un prêtre innocent qui paye pour la faute d'un autre (l'anonyme en question annonce qu'il a été abusé dans son enfance  par un prêtre pédophile qui depuis est mort et dont il ne pourra pas se venger).
On va suivre donc le padre (comme l'a surnommé un des personnages) pendant toute la semaine précédant le fameux dimanche on the beach, sa soutane claquant au vent de l'Irlande (toujours aussi belle et amoureusement filmée) comme la grand-voile d'une rustique, mais solide, embarcation du cru.
A la barre, Brendan Gleeson est magnifiquement splendide (à moins que l'inverse). Autant dans l'Irlandais il s'était complu à charger la mule dès l'ouverture du film, autant ici il nous livre un personnage d'une sobriété remarquable (dans tous les sens du terme au début, un peu moins par la suite). Au fil des jours qui passent et se succèdent (chacun est noté à l'écran) on le voit évoluer, rencontrer des gens,  (une femme battue, son amant black, un supérieur ecclésiastique, un collègue débutant, un flic gay, une fille dépressive...) et tenter de régler -ou d'éclaircir- les problèmes en cours qui effervescent dans le village (les autres et les siens propres), tandis qu'au fil des jours la menace initiale se précise et les actes de malversation à l'encontre du prêtre se multiplient.
On n'est pas dans Bernanos, ni  même dans Bresson ou Pialat. encore moins dans Mon curé chez les nudistes. L'angle d'attaque choisi par McDonagh n'est ni dans l'ascèse ni dans la gaudriole. peut-être juste dans le réel, le quotidien, le tout-venant. Ce prêtre est avant tout un homme, qu'on pourrait qualifier "de religion" mais tout autant "de terrain", et, dans un pays profondément religieux (avec tous les affrontements -sur le sujet- qu'on y a connus) il s'agirait quasiment d'un genre de bilan, un état des lieux, et d'une remise en cause (en question) du sentiment religieux, de ce que certains appellent foi, d'autres folie, d'autres encore foutaises...
Sauf que McDonagh, très malin, ne s'installe pas dans le cadre du document sociologique, ni du film à thèse, il nous la joue plutôt mi-thriller, mi-comédie noire, reprenant la recette du cocktail de l'Irlandais (1/3 de réel, 1/3 d'interrogation(s), 1/3 d'humour,  shakez bien le tout et servez dans un verre à Guinness - a pint-, assaisonné d'un trait d'amertume et rafraîchi aux embruns irlandais), avec un flingue -ou même deux- et ça se sirote avec grand bonheur (alterner l'humour et le noir comme la bière et le scotch dans le film.)
Ce qui est dommage, c'est que le film est passé pendant une semaine, mais avec juste une séance quotidienne, et un jour sur deux (soit... 3 séances, un régime genre bôô cinéma, non ?), ce qui s'appelle un peu quand même sabrer la carrière d'un film (L'Incomprise, la semaine précédente avait eu droit au même régime), tandis que, au hasard, tiens (!) ... Marie Heurtin jouit d'un régime projectionnel beaucoup plus... catholique (et a d'ailleurs attiré en masse, au dire du personnel, l'épiscopat diocésain (je ne sais pas si ça veut vraiment dire ce que je pense, mais j'aime la formule) local.
Qui aurait certes sans doute un peu plus grinçouillé des dents à la vision de ce Calvary pourtant pas si iconoclaste... Oui, les voies du Seigneur sont impénétrables hein (ouch!)

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à la française...

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à l'irlandaise...

Moyenne

28 octobre 2014

pariscope 4

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LE PROCES DE VIVIANE AMSALEM
de Ronit et Shlomi Elkabetz

Le troisième film de famille (et d'intérieur) des frère et soeur Elkabetz. Dans les six jours, on était dans une maison (mais n'en sortait-on pas un peu quand même ?) ici on n'est que dans un tribunal (et un peu dans sa salle d'attente), uniquement, pendant les deux heures (et les cinq ans!) que dure cette histoire. car, en Israel, quand une femme demande le divorce, il faut et il suffit que son mari daigne le lui accorder. Et ici, le mari (Simon Abkarian chéri-chéri mais là à claquer quand même) ne le veut pas. Et d'audience en audience, de plaidoiries en auditions de témoins, de tentatives de conciliation en outrages à magistrat, de nullité de procédure en bannissement du tribunal, les mois passent, et Viviane Amsalem (la belle Ronit Elkabetz) se désespère mais s'obstine, et cent fois sur le métier remet inlassablement son ouvrage...
Magnifique plaidoirie que ce film sur la "place" (la toute petite place) concédée à la femme par tous ces vieux birbes sentencieux et dogmatiques, mais pas que les juges, non, les maris aussi, et les voisins, et les collègues, toute une société mâle (et machiste) arc-boutée sur des fonctionnement séculaires et le doux ronronnement de la toute-puissance accordée à ses précieuses roubignolles. Le film est passionnant, et réussit son pari, parvenant à nous captiver et même parfois à nous surprendre. Une sacrée belle réussite donc (mais vous savez bien que, dès que ça parle hébreu j'ai déjà des frémissements de plaisir qui me parcourent l'échine...).

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WHITE BIRD
de Greg Araki

Je suis allé le revoir (je l'avais déjà vu en projecttion de presse) le jour de sa sortie, à l'IGC Les halles, et la salle était... complète! (je me demande combien il a fait de spectateurs dans le bôô cinéma hier soir pour notre "ouverture de saison"...) Je l'ai revu avec grand plaisir je dois dire. Peut-être pour essayer de mieux en voir les "coutures", ou plutôt de quelle manière Gregg Araki a su s'approprier, tout en le respectant , l'univers de Laura Kasischke, qu'on pourrait qualifier de pas forcément très proche a priori de celui de l'auteur de Mysterious skin, de Kaboom ou de The doom generation... Le trait d'union, le point commun,  en est, bien sur, les ados, les djeunz, les teen-agers. Des ados aux "hormones en ébullition", que ce soit l'héroïne (oh la scène où elle drague le flic) son boy-friend (oh la scène au bord de la piscine avec la maman de sa copine) ou les deux amis de la narratrice (oh un joli gay et une black oversized, qui ne sucent pas de la glace ni ne ménagent leurs mots ou leurs aspirations fornicatoires), dans un assez réjouissant télescopage entre une reconstitution de cette Amérique de magazine de mode de jadis et la furieuse modernité desdites bouillonnantes et adolescentes hormones. Le film est plutôt très fidèle au roman (j'ai lu celui-ci après avoir vu celui-là) dans ses grandes lignes, mais le réalisateur n'a pas pu s'empêcher d'assaisonner le récit à sa sauce, en rajoutant, notamment, une scène tout droit (toute droite ?) sortie de son imagination mais qui reste somme toute, au diapason du film. Rien n'est jamais Araki à l'homme ni sa force, ni sa faiblesse, ni son coeur et quand il croit... Et je réitère tous mes compliments à Eva Green...

 

28 juillet 2014

sparte et athènes

AU PREMIER REGARD
de Daniel Ribeiro

Oh que voilà un petit film doux pour les vacances,  une histoire simple, racontée avec ce soupçon de langueur typiquement brésilienne qui en fait tout le charme... Si j'étais de mauvaise humeur, j'aurais pu dire que ça ressemble à une histoire d'amour entre deux jeunes escargots, filmée en temps réel. (Le temps qu'ils y arrivent enfin, on aurait le temps de regarder un autre film, commencer une partie de scrabble, lire ses mails, etc. C'est comme Jeanne d'arc ou La dernière tentation..., on sait comment ça finit, forcément, alors on s'impatiente. Ou on pourrait.)
Sauf que j'ai envie de tout sauf d'être méchant, alors je parlerai d'atermoiements, de premiers émois adolescents, de regards sur la différence, de clin d'oeil aux teen-movies, de gentils (le héros, aveugle, sa copine d'enfance, et le nouvel arrivant, joliment frisotté, qui fait chavirer les coeurs et attise toutes les convoitises), contre le(s) méchant(s) (le vilain blond à cheveux gras -dans un film brésilien, forcément, ça fait tache-, mesquin, homophobe, méprisant, affreux, et tout et tout, avec toute sa bande, qui, bien sur, vont ennuyer notre  héros, le bousculer dans les toilettes, se moquer de lui, lui en faire voir de toutes les couleurs, etc.)
Mais l'amouûûûûûûûr bien évidemment sortira vainqueur de toutes ces turpitudes et ces malversations et autres manigances infâmes.  Ceux deux jeunes gens sont tous les deux gentiment pédés, même s'ils ne le savent pas encore, ils s'aiment chacun de leur côté sans oser se l'avouer, chacun craignant que l'autre ne l'aime pas, ne soit pas pédé, ne s'enfuie en hurlant s'il l'apprend, alors forcément, ça prend du temps, même si, si, si, vraiment il n'y a pas de doute pour le spectateur!, et c'est la bonne copine qui doit faire un peu le messager d'amour entre les deux tourtereaux hésitants et rosissants.
Donc, une petite douceur exotique et refraîchissante, pas trop trop alcoolisée, genre mojito ou capirinha légers, à siroter (j'allais écrire suçoter) indolemment à la paille, allongé dans son hamac, avec chapeau de paille bien évidemment, dont le seul défaut, finalement, est d'avoir été vue juste avant Boyhood, et d'en avoir donc conséquemment quand même un peu pâti...

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4 août 2014

sea of love

Wouaaaaaaaah!
(Je n'ai pas pu écrire dessus tout de suite, tellement ça m'a touché...)
Dans la liste des bonheurs de l'été, après les Eurocks, les cerises et les coquelicots, le chant des grillons, la piscine des voisins, la vacance, il faudra désormais rajouter les Nuits de Fourvière, et, plus précisément, celle du 28 juillet, où se produisaient Vincent James Mc Morrow et The National.
Ce concert (The National), je peux dire que je l'attendais, avec impatience, que je l'espérais, avec ferveur. J'avais réservé les places tout de suite (c'était le cadeau d'anniv' de Manue) et depuis je piaffais, au long de ce mois de juillet pourtant riches en bonheurs (cf un post qui suivra...) Même si les prévisions météo s'avéraient pessimistes, on est partis, vaillamment, Manue au volant de son tank, direction Lyon, moi assis à côté, avec mon nouveau copain (que j'ai apprivoisé pendant le voyage) : Tomtom !

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(Tomtom Chérichéri)

(heureusement qu'il était là pour l'arrivée à Lyon, celui-là, sinon je pense qu'on serait toujours en train de tourner pour essayer de trouver l'hôtel!)
On s'est donc installés (à l'hôtel, puisqu'on y est arrivé merveilleusement vite), on a débranché le Tomtom, on a rangé la voiture au parking, et on est partis à pied direction Fourvière. Grâce à Manue, on a découvert le funiculaire, gratuit pour les ceusses qui avaient un billet de concert (nous, donc), et on est arrivé très en avance devant le site, sans avoir pu boire le café ou la bière en terrasse qu'on escomptait.

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(dans le téléphérique funiculaire)

Et là-haut : rien!
"Je te l'avais bien dit qu'on est monté trop tôt" me répétait Manue, et elle avait raison...) On a quand même marché quelques kilomètres pour acheter 3 malheureuses bananes (qu'on n'a d'ailleurs finalement même pas mangées) et une tablette de chocolat dans un magazin de proximité -un "dépanneur"- plutôt bien achalandé d'ailleurs, et on a donc commencé à attendre -on était hyper bien placé(s) puisqu'il était hyper-tôt-.
A 19h30, ils ont ouvert les portes du site, fouillé les sacs, scanné les billets, et on a pu rentrer. Et il a enfin pu commencer à pleuvoir. Oui, oui, super timing : jusqu'au début de le première partie (21h, donc), il a plu : petite pluie, grosse pluie, gouttelettes, averse, rabasse, rigoles, on a eu droit à tout, et donc on a été assez vite bien bien trempés : Manue avait sa cape jaune, moi un k-way (ou genre de), et, comme j'étais en bermuda, j'abritais mes jambes sous sa cape, mais bientôt, inexorablement, tout ce qui dépassait a été mouillé : le bermuda, les baskets, les chaussettes, le bas de la chemise, le bas du t-shirt... Mais bon, on s'en fichait, on allait voir The National, comme je le répétais à Manue, "Rien ne pouvait m'atteindre..." mais quand même!

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Manue mouillée

Il a plu donc sans discontinuer jusqu'au début de la première partie : Vincent James mc Morrow, joli, mais frustrant. des morceaux calmes dont on sent qu'ils sont contenus, presque bridés, qui s'interrompent hélas toujours trop tôt, quand on sent que quelque chose pourrait démarrer. Et puis voilà que le monsieur en question nous dit qu'il nous fait sa dernière chanson, parce qu'après, "The National will play, and change your life..."

A 21h50, les roadies démontent VJM et installent le matos pour The National... je suis déjà sur un petit nuage. Comme dit Manue, quand ça commence " On est comme des pachas..." Bien installés, pas trop loin, on voit bien,  il ne pleut pas, tout est bien et on entend l'intro de Riders on the storm, des Doors, et les voilà (The National, bien sûr, pas les Doors!) qui s'avancent et s'installent, et le show qui démarre. Les deux paires de frangins, et Matt Berninger, un grand verre de bière à la main... Deux chansons du dernier album, d'abord, avec cette voix du chanteur qui me bouleverse toujours autant, soutenue par les guitares, la batterie, et même les cuivres, (qui ne figurent pas sur l'album). Des chansons transfigurées dans leurs version live, des reprises des albums précédents (Ada, Bloodbuzz Ohio) dont chaque démarrage me fait soupirer d'aise. j'attendais Sea of Love, la voilà en cinquième position, dans un version ultra speedée... Ils ont même poussé la délicatesse pour jouer, en onzième position, un morceau "qu'ils n'avaient pas joué sur scène depuis 2007" (dixit en français le guitariste jumeau) et... commence alors Guest Room, qui est ma chanson préfére de l'album Boxer, et pour un peu, j'en ferais dans ma culotte de joie.
Et je ne pense plus que j'ai les pieds trempés, chaussettes, baskets and co, que j'ai le cul mouillé, que j'ai envie de pisser, que je n'ai plus de bière, que je suis en train d'écraser les bananes dans mon sac que je serre sur mon ventre, que la pierre sur laquelle on est assise n'est pas très confortable et que j'ai mal au cul, et que, et que... Non non, je regarde le ciel au-dessus et il est clair (il ne tombera plus une seule goutte d'ailleurs), et je suis trop bien dans cette musique que je connais pourtant plutôt pas mal d'habitude mais qui là à chaque fois me surprend et me transporte, par la voix de Matt B. qui passe du croonement au gueulement avec la même intensité (c'est incroyable, il ne tient pas en place, il n'arrête pas d'arpenter fiévreusement la scène, de manipuler son pied de micro, de jeter dans le public les verres de bière qu'il a vidés, de jeter par terre sans ménagement la(les) bouteille(s) de blanc qu'il écluse ensuite directement au goulot (ouahhh... il ne suce pas de la glace, le gars...), par les montées en puissances absolument magnifiques,  par les belles grosses guitares, par la batterie et sa frappe hyper affûtée, bref par la splendeur de ce concert qui, oui, était certainement le concert que j'aurai le plus attendu de toute cette année (et même les années précédentes) mais qui justifiait  aaaaaamplement à ce moment-là la ferveur et l'intensité de cette attente.
Et voilà Abel, et voilà England, et pour finir avant le rappel, voilà un Fake empire de toute beauté....(Ooooooh non, pas déjà...)
Non, les revoilà. Au rappel, quatre titres dont Mister November où Matt Berninger descend soudain de scène et traverse le parterre, puis monte dans les gradins, qu'il traverse ensuite dans toute leur largeur (il est passé à même pas un mètre au-dessus de nous, et il avait l'air sacrément bien, béat et extasié, comme porté en avant par toutes ces mains qui le touchaient, le pressaient, le faisaient avancer -avec quand même deux gorilles qui supervisaient son avance-) . Puis il est redescendu, et nous aussi, sans doute, un peu avec lui, avant de clôturer définitivement le show en duo a capella avec le public, sur Vanderlyle Crybaby Geeks, une chanson de High Violet que je ne connaissais hélas pas suffisamment bien pour pouvoir la chanter avec... (Voilà, c'est bien fait pour moi, c'est pour ça qu'il faut écouter les albums soigneusement, sans rien omettre, encore et encore).
Presque ces deux heures de concert, et j'ai entendu presque tout ce que j'avais envie d'entendre, et j'avais en repartant un sourire comme le Chat du Cheshire, qui a dû rester encore suspendu, dans l'air, bien après que j'aie eu quitté ma place... Mais je crois que je n'étais pas le seul!
Avec Manue, on a décidé qu'on reviendrait l'année prochaine, et, si possible, pour deux concerts!

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(Photo Frédéric Chambert)

Je vous mets une vraie belle photo de pro
parce que moi je n'avais que mon vieux téléphone de merde
et ça donnait ça :

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... c'est pas vraiment le même concert on dirait, hein ?

9 juillet 2014

comme les yaourts

SOUS LES JUPES DES FILLES
d'Audrey Dana

Comme d'hab', sous le prétexte de la Fête du C., je me suis allé au bôô cinéma, au débotté (et en catimini), pour voir, pour 3,50€ (vous vous rappelez qu'au tout début -il y a trèèèèèès longtemps- c'était gratuit ???) ce film que j'avais envie de voir, au vu de la bande-annonce (et surtout, avouons-le, à cause de la présence, dans icelle, de mon Guigui Gouix chéri à moi) mais dont je pressentais obscurément qu'il ne valait pas les plus de 6€ du prix habituel (pas mal de critiques et plusieurs âmes charitables avaient d'ailleurs tenté de m'en dissuader...)
Allez, pour 3,50€, qu'est-ce que je risquais, hein ???
Et -hmmmm- (en sortant) je me disais que, même 3,50€, eh bien, c'était plutôt chèrement payé. Ce qui m'avait fait rire dans la bande-annonce est, grosso modo, tout ce qui m'a fait rire dans le film. Et l'argument "un film par des femmes, avec des femmes, pour les femmes" me semble extrêmement malhonnête, vu comme tout ça est racoleur, misogyne et sexiste (enfin, ce qu'en j'en dis, hein, qui suis-je pour juger d'un discours féminin ? féminin, sans aucun doute, mais féministe alors là pas du tout...) et pourrait avoir été tourné par le premier beauf (phallo) venu.
La jolie brochette d'actrices annoncée dans la fameuse bande-annonce est tout de même singulièrement -et systématiquement- mal employée. Voir notre nationale Adjani toute en plastique encore une fois dans un mauvais rôle (même si certain(e)s y ont vu un "réjouissant exercice d'autocritique") me fait mal au coeur, et les mésemplois concomitants de Sylvie Testud, Marina Hands, Laetitia Casta, Vanessa Paradis, (et je ne cite que les plus connues) en remettent encore une couche dans le broyage cardiaque.
Ca, du cinéma ? Euh... me voilà bien embarrassé.
On a une ribambelle (belle belles belles comme le jouououour...) de personnages, chacun(e) avec sa ou ses petites histoires -avec le mari, l'amant, la maîtresse, le médecin, les enfants...), plus une vague idée de machin pour les réunir tous (ou toutes, plutôt) au même endroit en même temps, et tout ça est empilé à la va-comme-je -te pousse (le montage semble parfois avoir été fait à coups de dés) et à la va-comme-je-te-filme, bien évidemment, ça va avec.
C'est lourd lourd lourd (et c'est lent, lent, lent...)
Le trash en tant que tel (le film commence avec un tampon et finit par un broute-minou) ne suffit pas pour étayer un scénario pas très intéressant, qui vire surtout à l'enfilage (!) de clichés et de lieux communs : tampon, donc, cancer du sein, limite d'âge, jouissance ou absence de, tentation lesbienne, draguouillage, cocufiage, par des stéréotypes d'executive woman, de mochasse à lunettes, de vieille qui ne veut pas assumer, de coincée, de frigide, de virago, de maîtresse soumise, etc., et  tout ça vire au catalogue de la déroute, et c'est aussi le sentiment du spectateur tout à la fin (qui a d'ailleurs commencé à trouver le temps long depuis un certain temps...)
Je le répète, il y a quelques moments très très drôles (enfin, qui m'ont fait beaucoup rire), mais bon, la somme doit faire à peine quelques minutes, et le reste est vraiment péniblement loooooooooooooooooooooong.
Bon, moi, ce que j'en dis, hein... Ca passe toujours avec hmmm séances quotidiennes dans le bôô cinéma depuis des millions de semaines, alors, je me tais et me retire dans ma tour d'ivoire de bouffon élitiste et prétentieux... Il y a un truc qui m'a certainement échappé...

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6 juin 2014

au sens biblique du terme

GOLTZIUS ET LA COMPAGNIE DU PELICAN
de Peter Greenaway

Une unique séance au Kursaal à Besac, à 21h, et je n'ai pourtant pas hésité. c'était là ou jamais (je l'ai raté deux fois lors de mon dernier séjour à Paris : la veille de mon arrivée, et, grosso modo, le lendemain de mon départ, pfffff méchant MK2 Beaubourg!). je suis un "inconditionnel" de Greenaway, j'ai vu tout ce qui est sorti, j'ai acheté le coffret, j'ai acheté des bouquins, j'ai téléchargé je me suis procuré ce qui est inédit (The Tulse Luper suitcases), bref, la vraie panoplie du fan transi de base. Et, excepté 8 femmes et demie (dont je n'ai aucun souvenir si ce n'est que je l'ai détesté) j'ai tout aimé, pour différentes (bonnes ou mauvaises) raisons...
Greenaway, d'abord, c'est (ne nous voilons pas la face) l'assurance du plaisir d'un FAQV, et vous n'êtes pas sans savoir le rapport admiratoire que j'entretiens avec la mâle anatomie et ce que les américains appellent full frontal (qui n'a rien à voir avec un quelconque sport de combat). Au départ, c'étaient plutôt des gros messieurs,mais il semblerait, au fil des années qui passent, qu'ils soient, de plus en plus, jeunes et bien découplés.
Greenaway, c'est aussi, en général, la promesse d'un film "en costumes", une anecdote aussi emberlificotée qu'improbable (avec un zeste d'"absconse" et une touche de "dérangeante"), avec une jolie musique minimalo-répétitive (ou répétivo-minimaliste : ah, Nyman, Mertens et consorts...), et un travail d'orfèvre (d'esthète) sur la mise en image(s), les cadres, les cadrages et sous-cadrages...
Il est ici question d'un imprimeur, qui, désirant acquérir une nouvelle presse, contacte un margrave (celui de Colmar, obligé statutairement de chier chaque jour en public devant des concitoyens) afin qu'il lui débloque les fonds pour acheter ladite presse, (et l'impression sur icelle d'ouvrages licencieux) et propose au dit margrave, pour le mettre in ze mood, de lui rejouer, en direct live, avec sa compagnie (celle du Pélican du titre) des saynettes de la Bible, illustrant les principes d'interdictions morales par des exemples choisis... (Adam et Eve, Salomé, etc.)
Dans la plaquette, Peter Greenaway déclare faire des "films de peintre" (et, plus récemment, d'ailleurs, des films sur les peintres), déplorant que, trop souvent, les films soient -d'abord- des "films de texte", et ne rêvant de faire que des films "d'image". Et c'est bien là que le bât blesse (mais le bas aussi, hi hi hi) : la toute première impression est auditive : Goltzius... est un film insupportablement bavard. Saoulant, presque, tellement les textes les voix et les dialogues se déroulent s'entassent, envahissent l'espace du film jusqu'à quasiment l'asphyxier. Où l'éloquence confinerait au verbiage et l'érudition à la pédanterie... (Ouch! Mais oui, c'est vrai que je me suis un peu endormouillé au début, c'est vrai que Dominique a quitté la salle au bout d'un moment en me disant "je m'ennuie, j'y vais...", et que du coup ça m'a réveillé, et c'est vrai aussi qu'au bout d'un moment j'ai regardé l'heure parce que je commençais à trouver  un peu le temps long...)
Je trouve la surenchère un peu indigeste. Trop de mots, trop de gens, trop d'agitation. Trop de bruit et de fureur, comme disait l'autre, (et sans doute pour pas assez de quéquettes). Comme si le baroque flamboyant de Greenaway (celui de Prospero's books - son plus magnifique film je crois -, de Meurtre dans un jardin anglais) s'était "institutionnalisé", érigé en système, et tournait ainsi un peu à vide... on n'a pas le loisir de s'attacher aux personnages, puisqu'ils ne sont traités qu'en insupportables marionnettes, et qu'on ne parvient plus à dissocier les différents niveaux de jeu(x) et de représentation(s).
Alors on se laisse aller, on lâche prise, et on renonce à tout comprendre, et ce peut être aussi très agréable. La musique est plaisante, composée et jouée par des nouveaux venus chez Greenaway (mais ça a incontestablement un air de famille avec ce qu'on a pu entendre dans les films précédents), et on décompte les péchés qui restent à passer...
Oui, c'est ... "très Greenaway", comme me l'avait annoncé Hervé, et je ne voudrais pas avoir l'air de tomber à mon tour dans cette mode qu'i fait qu'il est désormais de bon ton de l'abominer, pas du tout... Disons simplement que je l'ai sans doute vu dans de mauvaises conditions, que j'étais fatigué, que je n'ai pas joué le jeu, que j'étais barbouillé, que sais-je... Oui, j'ai trouvé un peu le temps long...

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4 mai 2014

tit cul d'bitch

TOM A LA FERME
de Xavier Dolan

J'ai avec Xavier Dolan des rapports un peu en dents de scie. Son premier film (J'ai tué ma mère) m'avait autant fasciné qu'exaspéré, son second (Les amours imaginaires, vu sur l'insistance de Loulou), m'avait beaucoup plus convaincu, tandis que le troisième (Lawrence, anyways) m'avait, hormis la performance de Melvil Poupaud, plutôt laissé de glace. Ce jeune homme est doué, il le sait, et il tient à le faire savoir (c'est peut-être ça qui me le rend agaçant...)
Et pourtant, j'avais très envie de voir ce Tom à la ferme, et ce fut donc le troisième film enchaîné de ce cinématographique lundi de pâques... Xavier Dolan joue le Tom en question, qui débarque à la cambrousse pour assister aux funérailles de son ex-amant. Il fait la connaissance de la mère de celui-ci (sans lui dire tout à fait toute la vérité sur la nature des liens qu'il avait avec le défunt), puis du frère du même, avec qui des rapports "conflictuels" vont immédiatement se mettre en place, et constituer d'ailleurs l'ossature de ce "film de genre", donc la musique très très hermannienne souligne le côté hitchcockien de la chose. Le frangin en question, donc, est présenté comme une brute barbue trentenaire, vivant seul avec sa mère dans la ferme en question, homophobe, violent, mais avec qui le jeune Tom va paradoxalement  nouer des liens étranges d'attraction / répulsion, d'abord au prétexte que la mère de l'amant mort ne doit pas savoir qu'il était gay, ni pourquoi est venu lui rendre un dernier hommage, un personnage de fiancée factice ayant été inventé par le frangin pour "préserver" sa môman de la découverte de la "funeste vérité" (c'est moi qui mets les guillemets).
Il est question d'emprise, de domination, de mainmise. Au départ il pourrait presque s'agir d'un jeu, "on dirait qu'on serait..." Tom se laisse plus ou moins manipuler d'assez bonne grâce, et le voilà qui enfile un bleu pour aide aux travaux de la ferme, et il y a même ensuite une scène assez troublante de tango dans un hangar vide. La relation entre les deux hommes (le blondinet urbain et le brun rural) est en dents de scie, le frangin soufflant le chaud et le froid, un coup la guerre et un coup l'armistice, mettant le spectateur dans un délicieux embarras de cul entre deux chaises (ou de chaise entre deux culs, hihihi!). tout parait biaisé, et de plus en plus, entre les trois personnages de cette rurale trinité (la mère / le fils / l'amant)
Mais tout va encore se compliquer lorsque Tom va avoir l'idée saugrenue de faire venir en chair et en os la fameuse fiancée qui figure sur la photo que le défunt duplice avait fourni au frangin bas de plafond comme "alibi" (ou "objet du délit") et que, assez rapidement,  la maman va  réaliser qu'elle ne correspond pas vraiment à ce qui en a été dit, et qu'il y a décidément quelque chose qui cloche...
Quatre personnes, donc, Tom, le frangin, la maman, et la fausse fiancée, qui vont progressivement s'empêtrer dans un rouleau de mensonges et de faux-semblants, comme si on les enveloppait de fil de fer barbelé, de plus en plus serré au fur et à mesure que le film progresse (et que la marge  d'action se réduit inexorablement).
Partir, ne pas partir ? Rester , revenir ? Tout dire ? Se taire ? les choses ne sont pas si faciles à savoir, ni les décisions à prendre. Le réalisateur se plaît à ligoter tout aussi impitoyablement le spectateur que le film ses personnages, et la musique augmente encore la tension dans laquelle la progression dramatique nous met. Et tout se tendvers un point nodal, après une scène qui -c'est drôle, j'en ai reparlé avec plusieurs personnes après qu'elles aient vu le film, et aucune n'a vu exactement la même chose, je veux parler de la scène dite "du bar et du bus"- nous met plus ou moins en porte-à-faux, en laissant le champ libre à toutes les suppositions, notamment en ce qui concerne les personnages féminins, pour nous recentrer sur une scène de crépuscule, de forêt et de poursuite qui n'est pas sans évoquer la scène finale de L'inconnu du lac...
(Oui mais, comme dit Malou, là on sait que "ça finit bien", alors que dans l'autre cas, on n'en était pas du tout sûr...).  Et on est bien obligé de reconnaître, lorsqu'on peut, enfin, reprendre sa respiration, qu'il est fichtrement doué, le bougre, dans ce quatrième film qui est probablement celui que j'ai préféré de lui (parce que, peut-être, justement, il a quitté la pose arty, mais peut-être, justement, pour en prendre une autre, genre "regardez, je peux faire tous les genres...", et que c'est, justement, toujours la même finalement, non ?) . Oui, oui, il est fort... (et son nouveau film, si je ne m'abuse, est déjà en compét à Cannes 2014!)

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18 février 2021

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"ON SE LÈVE ET ON SE TASSE C’était hier sur LCI: Roselyne Bachelot annonçait officiellement la mise en place de concerts-test à Marseille et Paris, programmés pour la deuxième quinzaine du mois de mars, sauf "situation sanitaire catastrophique". En fait, plus que de tests, la ministre de la Culture a préféré parler d’"expérimentations". Contrairement à l’essai réalisé en décembre à Barcelone par le festival Primavera (une salle remplie à moitié avec dépistage obligatoire à l’entrée), on envisage différents scénarios – avec et sans distanciation sociale, avec et sans filtrage de spectateurs pour permettre un brassage maîtrisé entre sujets sains et contaminés. L’idée n’est plus de voir si ça fonctionne (le test de Barcelone a été une réussite), mais d’aller au-delà. Vers ce fameux "modèle résilient" vanté par Roselyne Bachelot, celui qui avance et progresse tout en étant conscient qu’il n’a pas le cul sorti des ronces – la vie, en somme. La ministre, qui avait déclaré la semaine dernière que "l’hypothèse d'un été sans festivals" était «exclue», a précisé hier qu’elle était "très optimiste pour les festivals assis". Remarque qui passera comme elle peut dans un pays où le métro, les églises et les supermarchés affichent complet.

Mars 2020 avait démarré avec le "On se lève et on se casse" de Virginie Despentes, mars 2021 commencera donc avec le "On s’assied avec la possibilité de se lever" de Roselyne Bachelot. En un an, ainsi, on est passé de la société qui voulait tout retourner à celle qui, pétrifiée, ne sait plus bien où elle peut aller. De celle qui dézinguait les meubles pour se faire entendre sur des principes élémentaires à celle qui tente de se faire à cet état d’entre-deux, trois, cinq, à la fois actif, inerte, comateux, optimiste, plus ou moins déprimé, vaguement créatif, qui se shoote au monde d’après tout en essayant de trouver un moyen de ne pas se retrouver complètement à la rue, qui ne peut plus penser ses mouvements qu’en terme de pas trop loin, pas trop tard. En un an, quasi jour pour jour, à une semaine et des brouettes près, on est passé de la colère de chambre d’adolescent aux discours d’entrée en maternelle ("Je ne suis pas leur mère", a précisé hier la ministre sur LCI en parlant des artistes). Reste maintenant à savoir quelle sera la prochaine étape, horizon mars 2022. Se coucher? Définitivement?" (Libé Culture)

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En thérapie, c'est fini...

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Capture d’écran (1745)

Capture d’écran (1744)

Capture d’écran (1734)

Capture d’écran (1724)

Je me suis pris au jeu, jusqu'au bout, avec un intérêt constant, à observer de très près, comme le dit la pub, "1 psy, 5 patients, 7 sept semaines" (il ne faudrait pas oublier non plus "1 épouse et 1 superviseuse", et j'ai été passionné, jusqu'au bout, à écouter tout ce qui s'y dit (ou ne s'y dit pas), tout ce qui s'y construit (et parfois -souvent ? - s'y détruit), à entendre cette petite musique obsédante (Yuksek), à regarder ces actrices (et -teurs) magnifiques, à me sentir accroché à l'histoire (et au devenir) de chacun(e) des protagonistes, à m'être réfréné pour fractionner raisonnablement le visionnage (le rythme "par semaine" adopté par arte semble le plus raisonnable), à m'être demandé si, comme dans la précédente adaptation américaine (In treatment) il y aurait d'autres saisons (je l'espère), à avoir tout particulièrement savouré les cinq derniers épisodes, qui prennent plaisir à malmener les petites habitudes  (certitudes) chronologiques - lundi Ariane, mardi Adel, mercredi Camille, jeudi Léonora & Clément, vendredi Esther- du spectateur, à faire fi du calendrier instauré jusque là, et prennent leur temps pour dire (au revoir ? adieu ? ça dépend) à chacun des personnages...

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(il neige en Grèce)

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7 décembre 2013

ellis island

THE IMMIGRANT
de James Gray

Dans Two lovers, l'excellentissime Joaquin Phoenix était tiraillé entre deux femmes, tandis qu'ici la non moins excellente Marion Cotiilard l'est entre deux hommes, (un margoulin gominé et un magicien alcoolo), mais les circonstances ne sont pas du tout les mêmes, ni les enjeux d'ailleurs.
New-York, 1921, la Statue de la liberté vue de dos. Ambiance. Ewa arrive en bateau de Pologne avec sa soeur Magda, malade, qui sera retenue a Ellis island le temps nécessaire pour y être soignée avant d'être admise sur le territoire américain ou d'en être à nouveau expulsée.Ewa est recueillie (prise en main) par Bruno, dont on sait immédiatement qu'il est tout sauf philantrope, et elle devra assez rapidement "travailler", pour gagner l'argent qui lui servira à faire sortir sa soeur de l'hosto (et c'est beaucoup d'argent, et elle n'a pas un rond...)
Misère, orphelines, tuberculose, souteneur, prohibition, pureté flétrie, confusion des sentiments, on serait a priori en plein mélo pur jus (avec en plus la reconstitution d'époque, jupons froufroutants et corsets pour les dames et, probablement, fixe-chaussettes et moustaches cirées pour les messieurs), mais c'est oublier qu'on est chez James Gray, et que ce monsieur-là est un réalisateur indéniablement aimé (on le suit depuis le début, Little Odessa, et on n'a jamais été déçu, d'ailleurs.) Souvent question d'histoires de  famille, de rivalité(s), d'"apprentissage", de manipulations, de relations plus ou moins violentes. Ici, tout pareil. Gray dote chacun de ses personnages d'une opacité fascinante. Dès le début, on pourrait faire le malin, se dire que tout est joué, qu'on voit ça gros comme une maison, sortir les mouchoirs et basta, sauf que non. chacun/chacune est doté de l'ambiguité suffisante pour que les choses ne soient pas si simples, que les salauds ne soient pas si salauds, les putes aussi putes (ni les magiciens aussi magiciens) qu'on aurait bien pu/voulu le souhaiter.
(Joaquin est magnifique, je le répète, mais, dans le film, c'est pour le magicien -snif!- que j'ai un petit gros faible, et Marion Cotillard se tire vraiment vraiment brillamment d'un personnage que tout appelait à devenir casse-gueule...)

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5 décembre 2013

décharge turque

POLLUTING PARADISE
de Fatih Akin

Non, non, n'allez pas imaginer je ne sais pas trop quoi... (bon j'avoue que je l'ai fait un peu exprès quand même). Il s'agit d'un doc de mon Fatih Akin préféré, tourné pendant quelques années sur le lieu d'une décharge publique "sauvage" (qui est aussi un lieu où le réalisateur a passé son enfance).
Soyons honnête, c'est incontestablement moins fort (comme un turc, hihihi...) que toutes ses précédentes oeuvres de fiction. On l'y sent moins à l'aise, le Fatihchounet... Il sait montrer les lieux, la nature, les éléments déchaînés, les réactions (en chaîne) imprévisibles, mais il faut bien reconnaître que l'histoire est à la fois présentée par un "Candide" (ouh les vilains pollueurs : on commence par laisser un sac en plastique dans une plantation de thé, et on finit par déverser impunément des tonnes de merdes dans les nappes phréatiques...) et terriblement embrouillée, et ce  sans qu'on parvienne véritablement à comprendre qui est responsable, au milieu  de ces décrets, de ces contrats, de ces commissions, de ces autorisations, de ces bureaucrates, de ces gros bonhommes qui se crient dessus en se renvoyant la balle, qui sont quand même le maillon faible du film : soit ils parlent naturellement et ce qu'ils racontent n'est pas très intéressant, soient ils (sur)jouent et ça ne sonne pas très juste, ou ça sonne juste maladroit.
Un film fait visiblement avec le coeur, mais qui s'empatouille un peu les mains dans le cambouis...

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31 octobre 2013

le nouveau marronnier

UN CHÂTEAU EN ITALIE
de Valeria Bruni-Tedeschi

Je l'avoue, la dame m'intéresse, surtout depuis qu'elle a un délaissé les rôles suicidaires / bipolaires / borderline dans lesquels on l'avait cantonnée un peu à ses débuts au cinéma pour passer à la réalisation (elle joue aussi dans ses films, elle y est toujours un peu dérangée, ou à côté, avec, heureusement un éclairage qu'on pourrait qualifier de comique (allez, lâchons-nous) ou, tout du moins, souriant, qui vient agréablement adoucir l'acidité (ou l'amertume) des susdits rôles borderline). oui, j'ai toujours été intéressé par la façon de jouer de Valeria Bruni-Tedeschi.
Il y a eu Le chameau, il y a eu Les actrices, et voici Le château,et j'avoue que mon plaisir est resté quasiment intact (contrairement à certains, dans les Cahiaîs, par exemple, qui se sont livrés à un dynamitage en règle tout aussi méchant que gratuit -à mon avis-). C'est sûr, Valeria B-T raconte toujours un peu la même chose, elle parle d'elle, ou de quelqu'un qui lui ressemble drôlement, et de sa famille (ou d'une qui lui ressemble drôlement : sa mère joue son propre rôle dans chacun de ses films, et son père, son frère et sa -célèbre mais que je ne nommerai pas ici- soeur (ou demi-soeur ?) et là Cloclo pourrait conclure "oh oh ce serait le bonheu-eur". Sauf que pas vraiment.)
La famille était riche, mais elle n'a plus de pépètes et doit penser à vendre pour retrouver quelques liquidités, le frère est gentil mais il est séropositif, Valeria voudrait un enfant, mais ça ne marche pas, Louis Garrel est sympathique, mais il n'arrive pas à décider si cette relation mérite ou non qu'il s'y investisse... Bref, tout va un peu joyeusement de traviole, même pour les proches de la famille (la belle-soeur -Céline Salette-, l'ami pique-assiette  profiteur et alcoolique -Xavier Beauvois dans ce rôle est idéalement confit dans l'alcool- et même le curé (Pippo Delbono, même si on le voit à peine 2' chrono). Quant à Omar Sharif, il va très bien rassurez-vous.
Oui, il est à nouveau question d'actrice (ici c'en est une de cinéma qui ne veut plus jouer), de différence d'âge (elle fait jouer à son ex le rôle de son nouvel amoureux) de désir d'enfant (fiv et autres "branlettes dans les chambres d'hôpital") et on peut toujours y percevoir, si on le souhaite, cette délicieuse aura tchekhovienne qui faisait déjà le charme des Actrices... La maman est toujours aussi bonne actrice (et on retrouve dans son visage les yeux de Carlachounette, non ?) et la succession scénaristique en dents de scie toujours aussi plaisante (zigzags affectifs, passage du coq à l'âme narratifs, montées en pression dramatique suivies d'un brusque éclat de rire ou l'inverse...), avec en plus des musiques plaisantes (Ah, Rita Pavone sur le générique de fin), qui aident à mieux s'attendrir sur / sourire de ces pauvres gens affreusement riches mais si exquisement malheureux...

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12 octobre 2013

l'écrit et l'oral

LA VIE D'ADELE
d'Abdellatif Kechiche

Avec tout le battage qui avait précédé la sortie, je me suis dit qu'il fallait que j'y aille le premier jour à la première séance, après je risquais peut-être de changer d'avis. Mercredi, 13h45, donc, dans le bôô cinéma. Ce fut une bonne et une mauvaise chose. Une bonne parce que le film est vraiment excellent, et une mauvaise parce que
1) j'ai raté les premières secondes du film pour cause de trop de monde à la caisse et d'une seule caisse ouverte
2) le public de la salle était particulièrement désagréable et énervant : d'abord les deux vieux qui sont venus s'installer sur les deux sièges vides à côté de moi et qui commentaient la séance comme s'ils étaient dans leur salon et qui sautaient sur leurs sièges comme s'ils étaient victimes d'un exorcisme, et, surtout, surtout, les greluches (il n'y a pas d'autres mots tout en restant poli) qui se sont mises à ricanasser au cours de la première scène de sexe -puis, avec régularité et enthousiasme, à chacune des suivantes-, et par qui, visiblement, je n'étais pas le seul dans le public à être exaspéré.
Première constation : Adèle Exarchopoulos est absolument magnifique, ce que m'avait laissé entrevoir la bande-annonce. Tout (le jeu, la voix, la coiffure, la présence) est parfait et parfaitement juste. Je suis tombé sous le charme (et, le lendemain, au moment où j'écris ce post, j'ai encore son visage qui traîne dans la tête), ce mélange de candeur enfantine et de maturité assumée. Je me suis imaginé que les "chapitres 1 et 2" du sous-titre correspondaient à "avant Emma" et "après Emma", mais cela pourrait tout aussi bien être "Emma" et "post Emma" (en parlant d'Emma, Léa Seydoux est elle aussi excellente et mérite les couronnes d'éloges qui lui/leur ont été décernées, mais bon, elle, elle a déjà quelques films à son actif et pourrait donc être qualifiée de "plus pro" (donc ayant plus de facilité, ou plus l'habitude...)
Tout la "première partie" est absolument extraordinaire, filmée très prés de ces ados et adotes, en cours ou dans la cour, en situation d'"apprenants" (lisant  des textes et discutant avec le prof de français), ou plus souvent en "stabulation libre", avant les cours, après, à l'extérieur, tels qu'en eux-même et fort justement captés par le réalisateur dont on sent qu'il est extrêmement à l'aise dans cet exercice (on ne peut pas ne pas penser à L'Esquive ).
On suit donc le quotidien de cette demoiselle, en première L, ses copines (à cet âge-là on est encore grégaire, même si dans les conversations -entre filles- il est de plus en plus question de niquer (eh oui, on ne cite pas toujours Marivaux dans le texte). Adèle rencontre Thomas, au bout d'un certain temps ils "passent à l'action", laissant Adèle, comme celle-ci l'expliquera à un copain gay "insatisfaite" : "il me manque quelque chose..." Et puis il y a cette fille auc cheveux bleus qu'elle a croisée quelques temps auparavant et qui visiblement l'obsède, et puis il y a cette copine qui l'embrasse tout à coup et lui fait entrevoir autre chose. A tort ou à raison. Prise à parti par ses copines, Adèle se défend d'être lesbienne, même si Emma, rencontrée un peu plus tôt dans un bar gay, est justement venue l'attendre à la sortie des cours...
Au plaisir de la rencontre et de la découverte progressive de l'autre (les "affinités électives") va succéder la phase physique,  "sexuée" (le premier baiser, la première caresse, le premier "rapport", dans une longue scène, juste après la visite d'un musée -Emma est aux Beaux-Arts-, où le réalisateur nous donne à voir sans pudibonderie deux corps de femmes dans une  étreinte passionnée, furieuse et sonore. Embrasement, embrassements. De la peau, des courbes, des halètements, des empoignades... -ce qui provoqua l'incrédulité ou la gêne ricanante et répétitive des greluches de la salle (qui ne se manifestaient d'ailleurs qu'à ces moments-là)- tandis que moi -attention je vais passer pour un gros bourrin de pédé de base, mais bon j'assume- je me tortillais plutôt sur mon siège car les scènes entre deux femmes ne me passionnent pas (c'est même ce qui serait  le plus éloigné de moi, exclusif  dévoué que je suis pour "le corps des hommes" : au moins dans un rapport hétérosexuel de base, je peux être au minimum à moitié intéressé, tandis que là, libidinalement, rien de rien.)
Puis voilà que cette relation entre Adèle et Emma va tendre à s'officialiser (repas de famille chez les parents de l'une, puis de l'autre, soirée festive avec ami(e)s...) et s'enraciner de plus en plus. S'installer dans la durée. Les voici désormais habitant ensemble, partageant leur quotidien, qui d'institutrice, qui d'artiste-peintre, jusqu'à ce que...

Fin peut-être, du chapitre 1.

C'est vrai que dès le début, on a corrigé le discours en disant qu'il s'agissait "d'une histoire d'amour", avant tout, avant de préciser "une histoire d'amour entre deux femmes". Une histoire, qui, comme dit la chanson, fit mal, en général. une histoire simple, forte, belle, une histoire "normale". Une passion, de a jusqu'à z. La faute à personne, la faute à tout le monde, à chacune sa part de responsabilités. Et c'est vrai que cette histoire est rendue encore plus follement belle par ses deux actrices principales (qui, fait unique, furent palme d'orées en même temps que le film à Cannes), avec un petit gros faible de ma part pour la jeune Adèle E. (c'est d'ailleurs elle qui donne son titre au film, non ?). Chacune des scènes fonctionne parfaitement, dans son parti-pris de longueur, d'exhaustivité. Et j'aime cette façon de filmer au plus proche des visages et des corps, en captant le grain de peau, la respiration, les larmes, comme pour parvenir à capturer l'indicible.
Monsieur Kéchiche est très fort, quelles que soient ses méthodes de tournage, et les effets  sont bien au-delà de ceux que m'avaient produit La graine et le mulet, par exemple (que j'avais trouvé, par exemple, paradoxalement plus long que celui-ci). C'est très fort, ce discours cinématographique qui parvient à saisir avec acuité et tendresse ce moment de la vie qu'on appelle l'adolescence, et à brasser son rapport avec la découverte de l'amour, avec l'appropriation de la culture (principalement ce qui se lit, qui se dit, qui se joue et qui se vit), avec la construction d'une identité en même temps qu'une place dans le monde, dans la vie.
Croque la vie disait un vieux film de J-L Tachella, et c'est vrai que le bouche (d'Adèle) revêt dans le film une singulière importance : importance de tout ce qui s'y mange (spaghetti bolognaise, "grec", sucreries, huîtres, etc.) et boit, force de tout ce qui s'y dit (j'adore, je le redis, la voix d'Adèle Axarchopoulos), et même, au repos, cette façon enfantine et poignante -attendrissante- de dormir...
Honnêtement, la durée ne m'a pas du tout gêné (alors que j'avais trouvé la fin de La graine... furieusement interminale) et j'aurais même été prêt à découvrir quelques chapitres supplémentaires...

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30 juillet 2013

chier des lames de rasoir

PEOPLE MOUTAIN PEOPLE SEA
de Cai Shangjun

Un film brutal et sans espoir ou presque, comme l'est visiblement la Chine contemporaine, filmée ici sans complaisance ni concessions (où sont les pagodes, les kimonos et la cérémonie du thé ?) . Esthétiquement, cinématographiquement on est au niveau d'un Jia-Zhang Ke. Le film est absolument splendide. Le réalisateur magnifie la crasse qu'il montre (et qui est partout, visiblement) par un filmage de haut vol. Cadrages, lumière, composition des plans, choix des couleurs, tout est au petit poil.Et même plus que. 
Mais le fait de choisir comme personnage principal (on ne peut pas parler de "héros") un mec pas bavard et pas forcément plus sympathique que les salauds ordinaires qu'il côtoie (ou celui qu'il recherche) ne favorise pas forcément l'immersion dans le film, ni la sécheresse de la narration non plus, et je ne vous parle pas des personnages qui apparaissent soudain -plop!-, de ceux disparaissent en cours de route -plop! idem- tout aussi soudainement, des trous d'air dans le récit, voire des  interrogations multiples suscitées, notamment, par la dernière partie du film (dans la mine clandestine).
C'est un film exigeant, certes, mais parfaitement ma-gni-fi-que, je le répète.
On démarre dans une carrière avec un crime (c'est tout blanc) et on finit dans une mine (c'est tout noir) avec un autre crime. Entre les deux, Lao Tié, notre desperado qui cherche l'assassin de son frère (qui meurt dans la première scène) et le trouve (sans doute ? je suis prudent je mets un point d'interrogation), l'assassin, pas le frère, bien sûr, dans cette dernière partie aussi dantesque -stricto sensu- (une mine clandestine, des conditions de travail effroyables des mecs traités pire que des chiens, youpee vive la Chine!) que fascinante (j'ai un faible pour les scènes de mine (Ah, Terminus paradis, de Pintilié...), car qui dit mine dit salissant, et dit donc douches, et collectives qui plus est (et fraternellement viriles, en principe et par définition) et la bingo! (bon c'est plutôt bingo!) on réussit à choper une jolie QV (et chinoise, de surcroit, sans qu'on puisse vérifier si elle a l'oeil bridé, bon j'ai trop honte j'arrête là la digression) certains critiques ont évoqué Wang Bing (à l'ouest des rails) et n'ont pas tort du tout (comme celui des Inrocks, me semble-t-il, qui évoque My joy, de Losnitza, ce qui me semble assez juste). La minceur du fil narratif est (y a-t-il un verbe qui signifie "rendre grandiose" en un seul mot ? magnifier ? ce n'est pas exactement ça mais bon contentons -nous-en) magnifiée, donc, par l'ampleur de la vision documentaire, réaliste, profondément terre à terre (et même ici tout spécialement sous-terre à sous-terre) on pourrait même ici parler de profondeur.
Oui le film est profondément noir, âpre, pessimiste, démoralisant, dégueulasse, mais il l'est avec une classe tellement folle qu'on ne peut que rester et béat. Oui le film est absons et parfois incompréhensible, et il faut en accepter l'inconfort ("se" fabriquer les morceaux manquant de l'histoire si on le juge nécessaire, comme on édifierait une fragile passerelle de bambous pour s'aventurer au-dessus du vide) mais aussi être capable de ne pas tout comprendre (de petit a jusqu'à grand z), tout justifier, tout expliciter. C'est comme ça et prend ça dans ta gueule, semble dire le réalisateur, et on veut bien le croire. Moi, en tout cas, j'en redemande, de la sidération, de la perplexité, de l'émerveillement, et du coutelas, et de la lame de rasoir, et du coup de grisou, et du bras cassé, et du papier peint en journal, et de la moto-taxi, et des chinois tout noirs... (si si!)

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4 juin 2013

"dieu, mon cul!"

ROCK THE CASBAH
de Yariv Horowitz

J'aime pas les films de guerre, mais j'aime bien les films de troufions. Vous saisissez la nuance : fraternité virile, ambiance de chambrée, humour bourrin, etc. Et si, en plus, les bidasses en question parlent hébreu, alors mon bonheur est parfait (je ne sais pas pourquoi, mais j'adore entendre cette langue, même si je n'en comprends pas un traître mot.).
J'ai déjà vu maints films plaisants sur ce thème (Infiltration et Beaufort sont les deux premiers qui me viennent à l'esprit), et, même, un qui parle exactement de la même situation (les soldats qui campent sur le toit de la maison) : Le cochon de Gaza ("mais, me fait remarquer Catherine, celui-là c'était une comédie..."). Non pas que celui-ci soit un drame déchirant, j'allais écrire il n'y a pas mort d'homme, mais si, justement : dès l'arrivée dans le village palestinien où ils sont censés "assurer l'ordre et faire revenir le calme", de nos jeunes appelés (et inexpérimentés), l'un d'eux se fait occire par une machine à laver lancée d'un toit. D'où représailles et installation de nos soldats sur ledit toit. qui est celui de la maison d'une famille arabe qui n'apprécie que modérément l'expérience. Et le film se déroule ainsi, jour après jour : chaque matin, les mecs débarquent pour s'installer sur le toit, et chaque soir ils repartent dans leur campement militaire. Affrontements réguliers avec les gamins qui les narguent d'en bas (insultes, jets de pierre, voire de sacs de pisse), tensions au sein du groupe (on a les différents types de caractères proposés : le flegmatique, l'énervé, le belliqueux, le rigolard, etc.) mais aussi avec la hiérarchie, notamment le (capitaine ? commandant ? je suis nul en grades) qui vient quotidiennement à la fois prendre la température, et mettre de l'huile sur le feu.
Pour ces mecs jeunes et sans expérience, cette histoire peut s'avérer plus ou moins traumatisante (bon, on n'est pas non plus dans Full metal jacket, quand même), dans la mesure où personne ne comprend vraiment ce qui se passe, ni le sens de cette "mission", ni la violence des "réactions". Ni ce qu'il faut faire (ou ne pas faire). Comme d'hab' le spectateur occidental moyen (moi, en l'occurrence) est un peu paumé, sur qui est qui, et qui revendique quoi, et pourquoi personne ne veut Gaza, etc.
Le réalisateur sait parfaitement nous mettre dans la peau (et dans la tête) de ces jeunes branleurs en treillis, en brossant une chronique aussi réaliste qu'humaine, alternant les petits détails plus ou moins drôles, ou triviaux, avec d'autres, plus émouvants, ou angoissants, lorsque, vers la fin, les jeunes du village vont mettre le feu à la jeep, et en même temps aux poudres, déclenchant ce qui couvait depuis le début du film, un affrontement final à balles réelles, alors que tous les précédents n'étaient qu'à blanc.
Beau moment suspendu où le grand rouquin (un de ceux qui ont balancé la machine à laver), qui a couru se réfugier au milieu de ses congénères se retourne au milieu d'eux, s'avance et fixe dans les yeux le soldat qui lui fait face, avec un demi-sourire presque de provocation... mais c'est à ce moment que l'affaire, pourrait-on dire, va se régler.
Un-un. Machine à laver contre fusil. Balle (!) au centre.
La semaine finira, ils repartiront dans le bus, comme on les avait vus venir au début, croisant la troupe à pied de ceux qui viennent pour les remplacer... La vie continue, l'absurdité aussi...
Et on laisse, doucement, les lumières se rallumer.

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22 juin 2013

nomades

DERRIERE LA COLLINE
d'Emin Alper

Après Nuri Bilge Ceylan, (Il était une fois en Anatolie) qu'on ne présente plus, et Semih Kapanoglu, qu'on présente encore un peu (Yumurta, Miel), voici un nouveau venu dans la famille des réalisateurs turcs doués.
Du premier on pourrait dire qu'il tient le sens de l'espace (oh la grandiosité de ces paysages horizontaux) et du second le sens de la famille. Car il s'agit bien d'une famille réunie, le temps d'un week-end ou juste un peu plus, autour d'un patriarche, Faik, retraité à la campagne pour s'occuper de ses  terres avec l'aide de son métayer (et de toute la famille de celui-ci, femme et enfants), qui va recevoir son fils et ses deux petit-fils.
N'était la présence de l'épouse du métayer (qui intervient d'ailleurs assez tardivement dans le film), le parallèle est curieux (et tentant à faire) avec le film de Guiraudie, dernier film vu avant celui-ci. il s'agit encore une fois d'une communauté exclusivement masculine (ou quasi), au grand air, et des liens qui se tressent entre eux. Le grand-père, le fils, les petits-fils, le métayer (qui pourrait être l'oncle) et son fils. Tout pourrait être simple, idyllique, et reposant (comme dans L'inconnu du lac, la nature occupe une place importante) : sieste ou pêche au bord de la rivière, pique-nique entre hommes  (mezzé, chèvre rôtie et raki), nuit à la belle, etc. Tranquillou(s). Sauf que pas du tout : il s'avère que chacun d'eux a un problème personnel (ou une obsession) : pour le grand-père, il s'agit de nomades avec qui il est en bisbille, pour le métayer il s'agit de saules à surveiller et à protéger, pour le fils du vieux d'un célibat prolongé, et, en ce qui concerne les deux fistons, une obsession pour le fusil du grand-père pour le plus jeune (le manier, l'astiquer, le démonter, le remonter, jouer avec), et des visions récurrentes de soldats pour l'aîné, visiblement mal remis de son expérience de la guerre. (Je pourrais faire ma mauvaise langue en disant que, ouais, question sous-texte gay, hmmm... mais bon, s'agissant de la gent masculine turque, je ne pourrai jamais être complètement objectif...) En ce qui concerne Sulu, le fils du métayer, on ne saura pas grand-chose puisqu'il est quasiment mutique (et qu'il cultive le silence, comme on s'en apercevra, et doublement, par la suite).
La situation est assez inquiétante, dès les premiers plans (nous sommes témoins de choses que nous ne comprenons pas vraiment, ou que nous ne comprenons qu'après coup), l'utilisation de la caméra portée (et/ou subjective) augmente encore ce sentiment d'insécurité, (sont-ils vraiment observés, et par qui ?) et la tension (la paranoïa) ne fera qu'augmenter tout au long du film.
On apprend d'où vient la chèvre que le patriarche a tuée pour le banquet (elle appartient aux fameux nomades, que, telle l'arlésienne, on ne verra d'ailleurs jamais), mais c'est (probablement, le réalisateur prenant soin de n'être jamais parfaitement explicite) de l'intérieur du clan même que vont venir les coups (de fusil(s)) qui vont chauffer à blanc la colère du patriarche, sans qu'on ne soit jamais vraiment sûr de qui a tiré, et pourquoi.
Le scénario est extrêmement bien agencé, aux coups de fusil succèdent des silences, des non-dits ou des malentendus qui vont s'accumuler jusqu'à une fin à la fois attendue et totalement en rupture avec le reste du film (c'est le seul moment où l'on y entendra de la musique, qui va devenir d'ailleurs, juste après, celle du générique...) On regarde ces gens, on les écoute parler, on comprend leurs inquiétudes, sans forcément toujours les accepter. Il suffirait de quelques mots de la part de l'un ou de l'autre des protagonistes pour que la situation se dégonfle, que les esprits s'apaisent.
Mais, c'est bien connu, on a surtout peur de ce qu'on ne connaît pas (ou qu'on ne comprend pas). Le réalisateur a le bon goût de nous laisser en quelque sorte le bec dans l'eau (ou plutôt le nez dans les caillasses), nous laissant libre(s) d'assaisonner à notre guise cette fin assez grande ouverte.
La folie des uns fait (probablement) le malheur des autres, mais aussi un sacrément beau film (à propos duquel je n'aurais  pas les mêmes réserves qu'Hervé : si si, on peut voir ça tout simplement au premier degré (au rez-de-chaussée) sans rapporter ça minutieusement et stricto sensu à l'histoire politique d'un pays donné...).
Plaisir de se laisser balader, respiration des plans, habileté du suspense, questions en suspens, moustaches et pilosités variées... Encore un petit raki, pour la route ?

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27 février 2013

cinéparis1 (dimanche)

PASSION
de Brian de Palma

J'adore le De Palma des débuts, le violent, le sanglant, l'excessif, celui de Sisters, de Carrie, de Furie, d'Obsession, de Pulsions (tiens, tous ces films-là ont un titre d'un seul mot) celui que les critiques critiquaient & moquaient comme pompeur d'Hitchcock (ce qui n'était pas vraiment faux), et le voilà qui ensuite s'est acquis une légitimité cinématographique avec notamment des histoires de mafia qui ne m'ont pas intéressé (et que je ne suis pas allé voir...)
Celui-là m'a fait envie, sans doute à cause de la promo soigneusement organisée et du battage médiatique dont il a fait l'objet. Et quel plaisir de le voir, à 9h du mat, sur grand écran et en VO.
Point de mafia, donc, juste une boîte de pub. Un unvers où tout est faux (et falsifié) :  les gens, les sentiments, les relations, leurs représentations, tout est délicatement, délicieusement faux (et même - pourquoi pas - faussement faux).
La première moitié du film est très lisse, plastique, botoxée pourrait-on dire, qui narre les rapports de ces deux executive-women, la blonde (la supérieure, la salope) et la brune (la sous-fifre, la nunuche) mais en fin de compte elles sont trois, il y a entre les deux une rousse qui n'a pas dit son dernier mot. Vacheries, réconciliations, baisers, manipulations, tout y passe.
Enfin arrive le De Palma que j'aime, scène de meurtre en split-screen (à gauche ça danse, à droite ça couic!), et à partir de là, ça part merveilleusement en vrille, nickellement, avec filmage en biais récurrent, coups de théâtre - ou de ballet -, scènes de rêve qui s'interpénètrent, voilà que les flics (et les gardiennes de prison) se mettent à parler allemand, et que le spectateur s'égare (est égaré) dans ce dédale onirique à répétition, conçu pour dissimuler une vérité somme toute pas très compliquée finalement.
Plaisant dans sa vacherie glamour.

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20 décembre 2012

renoi chelou

RENGAINE
de Rachid Djaïdani

j'ai eu un peu de mal au début ("C'est mieux quand il filme avec les mains..." a dit Jacky en sortant), j'ai failli sortir au milieu (une scène de torture, qu'on croit être dans le film mais qui s'avère être dans le film dans le film, et qui nous fait du coup, spectateur, relativiser étrangement), et puis, à la fin, il y a ce sublime "Je vous demande pardon" qui m'a un peu broyé le coeur et coupé le souffle tellement c'était beau. (Si je faisais un top 10 des plus belles scènes de film de l'année, celle-ci y figurerait en très bonne place, sans aucun doute.)
Un film instable (oui, inévitablement, on pense à Donoma, fermons la parenthèse), chimiquement parlant, avec précipités, catalyseurs et risque d'explosion, un film d'excès et de rupture, un film de manque et de trop-plein, un film paradoxal, un film acéré, un film acide, un film pêchu, un film coup-de-boule, un film que personnellement j'ai trouvé beaucoup moins "comique" que n'ont bien voulu le dire maints critiques (on est quand même souvent un peu tendu), ce qui prête à sourire serait peut-être ce catalogue assez exhaustif de rebeus (le chômeur, le dealer, le keuf, l'artiste, le libéral, l'étriqué, le sanguin, le cool,etc.) et des différentes  causes d'exclusion (ou d'ostracisation : les rebeus, les renois, les feujs, les pédés...)
Où le manque criant de moyens est revendiqué et utilisé comme stratagème. Faire du barouf avec ce qu'on a sous la main. Insolent, incendiaire, explosif comme un cocktail molotov. Impressionnant.

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