en boucle (en boucle en boucle en boucle)
COMMENT C'EST LOIN
d'Orelsan et Christophe Offenstein
J'ai fait les choses à l'envers, j'ai mis la charrue avant les boeufs. Comme je ne pouvais pas voir le film tout de suite, j'ai écouté le disque qui porte le même nom et en constitue la bande originale, dont j'ai kiffé immédiatement ou presque plusieurs morceaux (En boucle, Xavier, Pas n'importe quel toon) et donc en m'installant dans mon fauteuil -pas loin de tiens, deux anciens élèves-, je ronronnais presque en me disant que j'allais pouvoir entendre ces gros sons que j'aimais dans cette salle 4 du bôô cinéma (où nous étions 5 à la séance de 18h).
Bon, petite déception : si tous les morceaux qu'on entend dans le film sont sur le disque, tous les morceaux qui sont sur le disque ne sont hélas pas dans le film, et notamment (justement ? calimérons...) ceux que j'ai cités entre parenthèses plus haut. D'autant plus frustrant que, par, exemple En boucle est crédité à la fin du générique, et devait donc figurer, d'une façon ou d'une autre dans le film, or on n'y entend que la phrase de début ("j'écoute votre cassette en boucle" celle qui est samplée) et la phrase de fin ("j'me suis masturbé sur vot'son les frères"), qui sont enchaînées (mais en étant attentif, on a l'impression qu'elles sont raponcées, comme on dit par ici). Dans les boni du dvd ?
Et le film ? Bon après Blade runner ça fait grand écart radical : on passe de Los Angeles (?) dans le futur à la zone industrielle de Caen aujourd'hui. Et des dynamiques (et énervés) réplicants à deux endives -ou presque- attachant(e)s, certes, mais pas très... toniques. Le quotidien de deux potes, Orel et Gringe,(oui les deux mêmes que ceux de Casseurs Flowters puisque le film est issu de leur premier album) deux joyeux glandeurs/branleurs qui passent la journée avachis sur le même canapé, et à qui on vient un beau matin soumettre un ultimatum : ils ont une journée pour pondre un vrai morceau (et le terminer) sinon on leur coupe les vivres et ils devront se démerder.
Car ce sont des aspirants rappeurs, des apprentis-artistes, des vedettes de la zique au conditionnel. Entre glandeur et grandeur, il n'y a qu'une lettre de différence, mais que d'énergie elle représente. Dans le film, Orel et Gringe sont censés zoner depuis cinq ans sans avoir pu pondre un morceau complet, un bel oeuf qui tomberait doucement, intact, terminé, parfait. Et la journée va se passer à essayer de trouver le temps et l'énergie nécessaires pour ce faire. (Se faire quoi ? hihihi). Voilà pour le fil blanc scénaristique (un peu lâche, le fil, comme un élastique de calbute détendu...) sur lequel on va tirer chronologiquement (comme dans le disque précédent, les heures sont marquées) pour suivre le quotidien de ces deux zozos caennais.
Orel est veilleur de nuit dans un hôtel, avec un patron "pas vraiment raciste", il vit (cohabite ? squatte ?) avec Gringe dans un appart où il accueille aussi les mecs qui se présentent à l'hôtel et qu'il est obligé de refuser à cause de son patron. C'est le matin, ils se séparent, Gringe part aux putes tandis qu'Orel petit déjeune à la piémontaise arrosée au Jägermeister. Le premier va flipper quand il est surpris par la mère de sa meuf, et le second sera ramassé bourré au pied d'un arbre par son père, qui le reconduit à la maison...
Et le temps va passer, et on va rester l'oeil vissé sur ces deux lascards. On n'est pas du tout dans l'imagerie du clip de rap habituelle : grosses bagnoles, chaînes en or, bitches en maillot de bain, gros calibres. Non, ici c'est plutôt canapé rafistolé, sandwiches en triangle, zone industrielle, solderies, terrains vagues, et moyens de locomotion approximatifs. Comment c'est loin ne se la pète tellement pas que ça en devient touchant.
Le scénar est mince mais les dialogues sont customisés (et les parties musicales chromées étincelantes) et on ne peut s'empêcher d'être attendri, oui, par ce genre de film de famille (on est jeunes on zone on tchatche) que viendraient survoler les ombres tutélaires de Jay et Silent Bob (du Clerks de Kevin Smith). Ah il y a quand même un deuxième fil blanc scénaristique (Hitchcock parleait de mcguffin), un prétexto (hihi) : pendant tout le film ou presque Gringe reçoit (et répond à) des sms d'une meuf rencontrée téléphoniquement par hasard (un faux numéro), il s'épanche en sms de la taille d'A la recherche du temps perdu, (mais plutôt option longtemps je me suis touché de bonne heure), il pensera avoir trouvé la meuf de sa life et il s'avèrera en fin de compte qu'il s'agit de
(bah, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes)
On était parti de l'hôtel le matin, on y revient le soir. Ca m'a fait penser, la nuit à l'hôtel, à un autre film dont je n'arrive pas à me souvenir (ah si ça revient en même temps que je tape, c'est Les deux amis, de Louis Garrelchounet) mais il y avait aussi un Doillon, si je ne m'abuse, dans le même genre, Carrément à l'ouest.
Plus le temps passe et moins il en reste aux deux zigomars pour pondre leur morceau (le film serait un éloge discret de la procrastination...) et plus l'élastique filmique s'amenuise, mais c'est pas grave, on est dans le mood, contemplatif et (très) discrètement désespéré. Lucide. L'adolescence qui s'est enfuie, les amours qui vasouillent, le temps de s'engager, le constat de l'échec. Heureusement, les morceaux musicaux viennent régulièrement un peu retendre le string. D'où le terme attachant.
Comment c'est loin d'être con. Et comment c'est couillu d'être à ce point loin de la testostéronisation ambiante du rap. (Avec, finalement un SSTG plutôt plaisant. J'aime ce genre "amitié virile ouais on est bien entre potes"). Et comment c'est impatiemment que j'attends le dvd...











































