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lieux communs (et autres fadaises)
29 septembre 2011

duel(s)

BARRY LINDON
de Stanley Kubrick

Un gros morceau. dans tous les sens du terme. La durée, l'histoire, la musique. Je l'avais vu il y a vingt ans un soir vers minuit sur une petite télé ridicule, et j'en gardais très peu de souvenirs. Imposant, majestueux, Bluffant.
Une grande beauté plastique et cinématographique, paradoxalement (?) au service du portrait d'une crapule, encore une fois magnifiée par les choix musicaux.
Ryan O Neal, Marisa Berenson devarient bien remercier Stanley, car c'est tout de même un peu grâce à lui qu'ils resteront dans l'histoire du cinéma!
(je serais malhonnête d'en écrire davantage car figurez vous, que, fatigue oblige, j'ai surtout vu la deuxième partie, m'étant fâcheusement et par intermittences un peu endormi à la première, sans que ce soit du tout un sommeil hostile, bien au contraire ! C'était du genre "tiens je me suprends à rouvrir les yeux, ça veut dire que je les avais fermés auparavant, et oh, tiens, je sens qu'à nouveau ils se referment", où on ne peut absolument pas lutter, et j'ai donc vu tout ça saucissonné par des micro-coupures soporifiques de durées variables). Comme dans Orange mécanique, on a grosso modo une structure bipartite (l'ascension / la chute) et je suis -curieusement et heureusement- resté tout à fait éveillé pour la deuxième (tout se casse la gueule), juste après l'intermission -qui n'existe pas, en fait : les gens de 2011 ont-ils moins envie d'aller aux toilettes que dans les années 70 ?-.
Le film est parsemé de duels, le dernier, et le plus éprouvant (Kubrick joue vraiment avec nos nerfs) opposant, vers la fin du film, Barrychounet et le fils de la femme qu'il a épousée (et ruinée et rendue folle) : là, c'est vraiment du grand art. il prend son temps, dilate l'action, nous fait mariner dans notre jus jusqu'à l'issue, imprévisible.
Je me suis rendu compte que je connaissais absolument la musique par coeur (j'ai des ami(e)s qui devaient posséder le disque et le passer en boucle, il n'y a pas d'autre explication). Et qu'elle est 'achement bien.

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13 septembre 2011

monolithique

2001, ODYSSEE DE L'ESPACE
de Stanley Kubrick

Je continue donc ma rétrospective Kubrick... Celui-là, je pense que je ne l'avais jamais vu "en vrai" au cinéma. Ca devait être sur une petite télé, sans doute. Ca commence fort. On a droit à cinq minutes de musique dans le noir complet, pré-générique, et idem tout à la fin en post-générique (le Danuble bleu in extenso).
Le film est en quatre parties : la première (la préhistoire) est longuette, la deuxième (la mission lunaire) est pas mal, la troisième (la mission vers jupiter) est sans conteste la meilleure (et contient un de mes morceaux de cinéma préférés : le vidage de la mémoire du super-ordinateur HAL par le cosmonaute Dave un peu upset), et la dernière (au-delà de l'infini) aussi absconse qu'agaçante (et frimeuse).
Pour l'époque, le film devait en jeter, et ne se privait pas de le faire savoir (la musique n'est pas discrète, bien au contraire). Là, bah, je trouve que tout ça a un peu vieilli...
En subsistent l'oeil rond et rouge de HAL et sa voix...

 

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8 septembre 2011

jean banlère

LOLITA
de Stanley Kubrick

Je n'avais jamais eu vraiment envie de voir Lolita, jusque là. J'avais l'impression de tout en connaître à l'avance et que ça ne m'intéresserait pas. Eh bien, j'étais un imbécile. (si si, vous voyez bien, des fois il m'arrive de le reconnaître!)
Malgré une projection pas top top (cf post d'hier + lumières pas éteintes au début du film mais lumières rallumées un poil trop tôt avant la fin -ça devait p't'être compenser, dans l'esprit du projectionniste-) le film est captivant de bout en bout. Et on ne saurait dire si c'est plutôt à cause de l'adaptation de Nabokov de son propre bouquin où grâce à la qualité de l'interprétation - si Shelley Winters et Sue Lyon sont excellentes, James Mason et Peter Sellers sont proprement et véritablement ahurissants.
Une histoire a priori sulfureuse, surtout pour l'époque (le film est néanmoins resté interdit aux moins de 12 ans) mais traitée avec une finesse et une subtilité qu'il faut bien qualifier de magistrales, par Stanley Kubrick. De toute manière, l'essentiel se passe dans la tête du spectateur, qui met ce qu'il veut bien mettre à la suite des fondus au noir qui parsèment le film. (Que manque-t-il de nos amours ?)
A propos de James Mason (et de son personnage de Humbert Humbert) m'étaient venus en tête deux anglicismes "understatement" et "tongue in cheek", qui, après vérification dictionnairesque, se sont révélés assez justes. Le premier pouvant se traduire par euphémisme , et le second par pince-sans-rire.
Je serais, comme ça, au débotté, quasiment incapable de donner le titre d'un autre film avec James Mason, mais celui-là est  tellement extraordinaire qu'il n'en nécessitait peut-être pas d'autre... Le rôle de sa vie ?
Peter Sellers l'égale et peut-être même le surpasse (difficile de camper un  personnage plus ambigu, aux dialogues plus chausses-trapes...)
Du grand art, donc, qui plus est dans un noir et blanc très classe.
J'irai donc voir ou revoir les autres Kubrick (sur un écran géant ça a quand même plus de gueule, hein...)

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19 août 2011

un mariage / l'étoile mystérieuse

MELANCHOLIA
de Lars Von Trier

Deux titres, oui, car deux films pour le prix d'un, quasiment! Je le viens de le voir, et je dois dire que ça m'a plutôt secoué!
On commence par un préambule sublimissime, en ce qui me concerne. d'une beauté totale, absolue, et pourtant presque minimaliste : des images fixes croit-on d'abord mais qui s'animent à peine, soyeusement, péniblement : pluies d'oiseaux morts, de cendres, chutes, flammes, on sait d'ores et déjà à quoi s'en tenir... tout est dit, déjà, et il n'y a qu'à suivre le film pour y retrouver ces fragments échappés et suspendus. transfigurés.

S'ouvre alors la première moitié du diptyque, intitulée Justine, et consacrée à la première des deux soeurs (celle jouée par Kirsten Dunst) et qui, (unité de temps, unité de lieu, unité d'action) se déroulera pendant le mariage de cette dernière -enfin, juste le banquet et la fête qui suit- et, vue la quantité  d'invités et les moyens mis en oeuvre, il ne s'agit pas d'un mariage lambda... mais qui dit mariage fastueux ne dit pas forcément mariage heureux. Justine n'est pas bien dans ses petites chaussures de mariée, et on dirait qu'elle s'emploie systématiquement à faire tout capoter. Malgré un emploi du temps strictement minuté, elle n'est jamais au bon endroit au bon moment ni en train de faire la bonne chose.  Paradoxalement, cette partie pas forcément youp la boum est traitée avec une quasi-légèreté de comédie. pourtant, il y a de la souffrance, de la douleur, des reproches, des paroles blessantes échangées (Charlotte Rampling est assez terrifiante, dans le genre), des fuites, des règlements de comptes, des retours, des déchirements, des apaisements, mais comme si le réalisateur relativisait, en nous disant que, finalement, tout ça ne compte pas pour grand-chose. Comme si Lars Von Trier avait soigneusement collé son microscope tout près,  juste au-dessus, de l'agitation d'un nid de fourmis, visible mais pas forcément compréhensible, les avait observées soigneusement,  avant de tout à coup les abandonner, pour prendre de la hauteur, de l'ampleur, au-dessus d'un paysage plus global  dont elles font certes toujours partie mais où on les oublie, on ne les perçoit plus.M=

Vient alors la deuxième partie, intitulée Claire (la deuxième soeur, jouée par Charlotte Gainsbourg, qui aurait, tout autant que Kirsten Dunst mérité le prix d'interprétation à Cannes, mais bon, on ne pouvait peut-être pas lui donner deux fois de suite...) où l'on rentre dans le vif du sujet, enfin, celui que la pub autour du film nous a vendu : la planète Mélancholia fonce vers la terre, et ça va bientôt être la fin du monde. Oui ? non ? Claire craint que oui, son mari (joué par l'excellent  Kiefer Sutherland pour l'identication duquel il m'aura fallu tout de même attendre le générique de fin -glacial- ) pense que non,  leur gamin se dit que peut-être, et Justine, arrivée en piteux état dans leur maison -genre légume inerte- mais qui s'est reconstituée à vue d'oeil, sait des choses. remise d'aplomb, remise sur pied, pendant que sa soeur Claire , justement, commence à perdre pied, à sombrer dans le désarrroi, puis le désespoir, puis la panique... cette partie là est traitée "sérieusement" mais calmement. dignement, pourrait-on dire.

Nous accompagnons ces personnages jusqu'au dernier instant, inéluctable, inimaginable, et magnifique, qui génère une émotion d'autant plus violente et durable qu'elle est coupée cut et suivie d'un générique absolument et implacablement silencieux. Larmes aux yeux, alors, forcément.
Sublime, oui, forcément sublime.

(et j'aime bien l'idée, le "message" de Von Trier qui dit que, finalement, la dépression, le pessimisme, ça aide d'autant mieux à se préparer au pire...)


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9 janvier 2011

en 2010 j'ai

- changé d'ordinateur
- changé de navigateur internet
- changé de voiture
- changé de maison
- changé de cuisinière
- changé de machine à laver
- changé de télé
- changé de matelas
- changé de lieu de résidence
- changé de téléphone (fixe)
- changé de numéro de téléphone (fixe)
- changé de téléphone (portable)
- changé d'opérateur
- changé de débit

( Ouf! ça c'était pour les changements...)

en 2010 j'ai aussi voyagé en Inde pour la seconde fois, passé mon passeport à  la machine à laver (tiens, encore une chose que j'aurais du changer), joué dans "ROUGE NOIR ET IGNORANT", été un peu triste parce que c'était fini, fait grève un certain nombre de fois, et participé à autant de manifs, été secouru au bord de la route par deux anges, découvert la série des "Croque-mort", perdu plusieurs fois au tarot, réussi à me désabonner des Inrocks (mais continué à les lire grâce à Pépin qui, lui, l'était toujours), gagné un pari à propos de la Palme d'or, réalisé un gros livre-photos sur RNI, assisté à "Rencontres et racines" , et aux Eurock', aussi, découvert la déchetterie de V. (et celle de G., aussi), assisté à un ciné-concert à Roset-Fluant, avec un quatuor à cordes, déménagé, pris part aux Nuits bleues (les dernières paraît-il...),eu beaucoup de mal à trouver un livre assez beau pour utiliser un gros chèque-cadeau d'anniversaire,  passé trois jours à vider un grenier dégueulasse, acheté une armoire, mangé avec ma soeur, écrit une lettre en recommandé avec accusé de réception à des avocats espagnols, passé quelques jours à Paris au mois d'août, vu plusieurs films aux séances de 9h de l'UGC Les Halles (ah, Plan B...), pris un abonnement au Nouveau Latina, traîné au Père-Lachaise, été très touché par un singe noir aux yeux rouges, vu la vidéo de la nouvelle performance du jeune homme en t-shirt, appris que j'avais un puits dans ma cave, hérité -provisoirement- de beaucoup plus de vin que je n'en aurai jamais à moi, dans ladite cave, acheté et monté une table ordinateur (merci Jean-Fran et ses outils), acheté un sécateur et taillé mes rosiers, ouvert et fermé des volets en chêne, vu quelques FAQV, fantasmé sur les Turcs (les papas mais pas que), passé la journée à La Foire aux livres avec Marie, découvert Pierre Etaix, mangé un certain nombres de fois le mercredi-midi à l'Hermitage, acquis la plus merveilleuse des bibliothèques (merci Gigis), re-vu une expo Nicolas de Staël à Martigny, passé une journée exquise en Suisse, raté un concert que j'attendais pour cause de neige excessive, croisé "quelqu'un de bien" (?), l'ai "perdu de vue", (?), pris le train suivant parce que le mien ne pouvait pas partir, acheté un jeu de Okey, passé un délicieux "Noël à Champlitte à Paris", eu mal au coude (et j'ai toujours mal d'ailleurs), décidé de perdre 5kg, été travailler sur la route blanche avec ma voisine et sur la route très blanche en 4x4 avec siège chauffe-fesses, offert des cartes de voeux pour le nouvel an (mais n'en ai pas encore envoyé...)

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Gâteau d'anniversaire de bonne année...

8 septembre 2010

fleur de pissenlit

AIR DOLL
De Hirokazu KORE-EDA

(je suis toujours en retard)

Vu juste après Copacabana, c'est donc le vraiment dernier film des vacs. Kore-Eda (savez-vous qu'il a ajouté un trait d'union au milieu de son nom à cause d'un douanier ?) est un réalisateur que j'aime beaucoup. (Plusieurs réussites incontestables : After life, Maborosi, Still life). Ce qui fait que, je ne sais pas trop pourquoi, celui-ci m'a semblé un peu en-deça. Peut-être parce qu'un peu long, un chouïa répétitif, un zeste apathique... Le pitch (une poupée gonflable prend vie) pose une situation de départ et s'y tient un peu paresseusement, nous laissant un peu sur notre faim.
On a bien la simplicité de After life, la lumière de Maborosi, la cruauté et la tristesse affleurant de Still Life, bref on est bien en terrain connu, mais on en voudrait davantage.
Conte, métaphore, parabole, certes... mais bon.
C'est joli, et peut-être un peu vain, à l'image du personnage principal. Je m'éviterai les métaphores respiratoires (ça manque de souffle et autres ça ne manque pas d'air...) mais, incontestablement, il manque quelque chose, parfois, et quelque chose est en trop, d'autres fois.
Alors que, jusque là le cinéma de Kore-Eda avait pour moi cette perfection, juste ce qu'il faut comme il faut quand il faut. Je m'exprime mal sans doute. L'artificialité du propos au début (qui va de pair avec la démarche mécanique de la poupée vivante)  s'atténue progressivement, au fur et à mesure justement que celle-ci s'humanise. Mais le scénario patine un peu, faute de pistes supplémentaires.
C'est en même temps joli et très triste, de plus en plus d'ailleurs.
On ne m'a pas assez insufflé (de l'usage de ce verbe tout au long du film) d'enthousiasme sans doute. J'aime toujours autant le réalisateur, je lui garde toute mon estime, et j'attends le prochain.

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20 août 2010

adultérin (miné)

CE QUE JE VEUX DE PLUS
de Silvio Soldini

Pas prévu, initialement, mais il fallait que j'utilise impérativement mon dernier ticket ciné ce même soir. Y suis donc allé un peu à l'aveuglette. Je savais juste qu'il était question d'adultère. (entendu dans le hall, juste avant d'entrer). Un film italien, donc, et effectivement la description quasi clinique d'un adultère.
Enfin, surtout le "avant" et le "pendant", pour ce qui est de la suite, le réalisateur nous laisse in fine un peu le bec dans l'eau. Ce qui est bien, c'est que rien n'est magnifié, ni over-dramatisé : les protagonistes, sont dans l'ensemble, plus ou moins comme vous et moi : ni surhommes ni surfemmes, juste "ordinaires", avec des vies idem, des boulots moyens, des problèmes de fins de mois etc.
L'héroïne cherche un petit quelque chose de plus ? Elle a pourtant un mari gentil, attentionné et juste atteint d'une légère surcharge pondérale (ce qu'il compense par des dons de bricoleur), et l'amant qu'elle va croiser est un brun ténébreux ritalissime certes, avec un peu des dents comme Fernandel (j'exagère) mais un sourire adorable.
Tous deux en couple, lui  avec des enfants et elle qui hésite encore. La machinerie va donc se mettre en marche, la rencontre, les prémisses, les hésitations, le grand saut, re-les hésitations, etc, dans un déroulement tout à fait classique, (hyper-réaliste pourrait-on dire). Et, tout ce qui va de pair, les interrogations, les rencontres en catimini, le conflit entre le désir et la vie de famille les excuses, les mensonges, et (le stade suivant) les disputes, les réconciliations de surface, la culpabilité...
On est spectateur et on est incapable de prendre parti, on aurait envie de défendre tout le monde, que ce soit les amants ou les conjoints trompés. Un petit film intelligent, peut-être idéal pour faire le point sur les notions d'amour, de désir, de fidélité, de famille, et conclure que, non, jamais rien n'est simple, et que oui, il y a toujours quelqu'un qui morfle...

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6 août 2010

pas forcément par les bords

PUZZLE
de Natalia Smirnoff

Là, je rageais parce qu'il venait de passer à Besac et que je l'avais raté, mais, ô, chance, Hervé avait aussi le dvd, toujours envoyé par la même gentille maison de prod'. Et je m'y suis donc mis illico. Au début, je me disais, bon, avec Dom, on n'a pas forcément les mêmes goûts : une femme au foyer, épouse et mère, se découvre un goût pour les puzzles, bof me pensais-je. sssmais j'ai continué, par curiosité, et puis j'aimais plutôt bien comme c'était filmé, et j'avais envie de voir comment la suite que je pressentais aller se réaliser.
Car, insensiblement, le charme  agit, incontestablement, d'abord grâce à l'actrice principale, mais aussi, de façon contaminante en quelque sorte, à ceux qui l'entourent (son mari en premier chef, un gros  bourrin certes, mais un tellement gentil gros bourrin, qu'il en devient attendrissant, et  ses deux fils idem, énervants et attachants eux-aussi, et même Roberto, le nouveau partenaire es-puzzles gros bourge (qu'elle fait passer auprès des siens pour sa vieille tante invalide) finit par le devenir ...
Bref, le film est de plus en plus passionnant, même si ça ne tient pas à grand-chose, et réussit lui aussi à assembler des morceaux a priori disparates, pour reconstituer, autour de cette femme, le portrait d'une famille ordinaire, ni mieux ni pire que les autres, avec tous les petits événements qui en font le ciment quotidien, l'habitude,  les hauts les bas les décisions, les cachotteries les mensonges les retours au bercail... de tous ces personnages qui ne sont jamais tout d'une pièce, justement, et ne révèlent que progressivement leur humaine complexité.
Tous gravitant autour de ce sacré beau portrait de femme (et l'actrice, Maria Onetto,  y est pour beaucoup), qui soudain bouscule un peu le cadre riquiqui de sa vie de "femme au foyer", mère attentionnée, épouse aimante, ménagère efficace, cuisinière émérite, etc) pour faire juste un pas de côté vivre un peu "juste pour elle", sans discours politique véhément ou féminisme tonitruant, sans grands effets de manches ni roulements de tambours, juste au jour le jour, comme ça, petit à petit, à chaque jour suffit sa pièce...

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10 juin 2010

maïeutique

POLICIER, ADJECTIF
de Corneliu Porumboiu

Ce post (il faudra un jour que j'écrive un post sur le choix des titres des posts ciné) a d'abord failli s'appeler "TENNIS-FOOT", parce que ce sport viril -on joue à quatre comme en double au tennis, sauf que là ça se joue au pied et avec un ballon de foot- ne pouvait être que furieusement roumain, puis "QUE SERAIT LE DENTIFRICE SANS BROSSE A DENTS ? ", à cause d'une chanson -furieusement roumaine elle aussi- dans le film longuement évoquée et disséquée, et finalement le dernier choisi avait l'avantage d'étre précis (bien que, feignassement, j'aie omis d'en vérifier le sens exact dans le dico), court à taper, et évoquait -furieusement ? non non, très calmement-  la dernière (et étonnante ?) partie du film.
Je suis devant les films des roumains comme je suis devant les joues des iraniens : admiratif (et peut-être vaguement jaloux). Policier, adjectif (qui s'est longtemps appelé Police, adjectif, ce qui était une absurdité grammaticale) ne fait pas exception à la règle. Il est -roumainement parlant- aux enquêtes policières ce que La mort de Dante Lazarescu était aux soins hospitaliers... Un genre d'état des lieux, a priori lucidement objectif (et donc plutôt désespéré), mais dont l'apparent hyper-réalisme,  devenu pur objet esthétique par la distance imperceptiblement ironique qu'induit le regard du cinéaste, ne serait finalement qu'un élément de fascination (de sidération ?) intense  pour le spectateur.
J'avais laissé Porumboiu sur la clarinette sautillante et espiègle du générique de fin de 12h08 à l'est de Bucarest. Ici, on abandonne les aigus et on démarre dans le grave. Filatures. Un jeune policier suit un ado qui fume des pétards -et risque pour ce 7 ans de prison (ça rigole pas en Roumanie)- et en conçoit des états d'âme. Sa hiérarchie s'en agace.
Un film hivernal. un film atone, éteint, comme engourdi. Un policier méthodique, méticuleux (procédurier ?), à l'image du film. On passe de longs moments avec lui, qui fait les cent pas dans le froid aux basques de l'ado, et on les revit ensuite, précisément, sur le papier, par le rapport sur les filatures que le fliquet a consciencieusement (et à la main! ) rédigé.
Quotidien du boulot (grisâtre), quotidien du bureau (flippant), quotidien des soirées en famille (pas joyeux joyeux...) , rien qui justifie on le voit le tapage de cuisses. C'est un film où l'on attend beaucoup. Et pourtant on suit sans rechigner cette enquête banale et banalisée (ce pourrait être le L627 de la police roumaine...) Minimalisme et ironie glacée. Une enquête dérisoire, d'autant plus que l'attention qu'on lui accorde est inversement proportionnelle aux dimensions de la chose, qu'on en vient à faire un Himalaya d'une modeste et ridicule taupinière. Dura lex sed lex. Question de principe(s).
On avance à pas lent, on est attentif, parfois fatigué, comme le flic dans le film, on ressasse, on piétine, on se sent comme si on surveillait un trou. Jusqu'à une dernière partie dont le dispositif évoque celui du débat télévisé de 12h08 à l'est de Bucarest ), dans le bureau du chef-chef, qui se met à jouer sur les mots. Contrairement au tennis-foot, ça se joue à trois (dont un qui ne fait pas grand-chose), avec un dictionnaire mais sans filet,  et voilà qu'on bascule dans une quatrième dimension grammaticalo-philosophique, mais toujours très pince-sans-rire. Le supérieur, le subalterne, et le témoin.
Et j'avoue que là, juste après, me fait défaut -personnellement- une petite scène, pour faire le joint (!) avec la toute-dernière. On passe, toujours à mon (humble) sens, trop rapidement et facilement des mots aux actes. C'est comme s'il manquait un élément,  un hiatus, une fracture (celle de la prise de conscience justement) dans l'enchaînement.
Mais peut-être que non finalement.
Indécision, nom féminin etc.

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(et j'aime bien l'affiche, que je trouve aussi ironique que le film)

Ce film, qui sortait ce mercredi à Besac, ne se voit offrir qu'une unique projection quotidienne à 18h lors de cette unique semaine... Oui, comme ça, donnons leur chance aux films roumains, en leur offrant un maximum de visibilité !

9 juin 2010

hurt people hurt people

GREENBERG
de Noah Baumbach

L'anglais,  étant une langue plus économique que la notre, permet ce genre de plaisant raccourci homophonique. Étant donné qu'il est même cité deux fois dans le film, je me devais d'en faire le chapeau sur la tête de ce post.
Comme a dit Marie en sortant, "C'est comme dans la vraie vie...". Une chronique (je en suis pas sûr qu'il s'agisse vraiment d'une "comédie") douce-amère qui se construit et s'élabore, s'échafaude et s'enracine sous les yeux du spectateur avec une incontestable finesse et un sens consommé de la progression. Un film qui se fait aimer peu à peu (l'immersion n'y est pas évidente), sur les traces d'un ex musicien reconverti menuisier, venu passer quelques jours à ne rien faire dans la maison de son frère parti au Vietnam. Notre héros est dépressif, a fait un séjour en HP, et rencontre chez le frère absent l'assistante dudit frère, une blondinette sympathique, qui s'occupe entre autres du chien (car il y a un gros chien, gentil comme tout, qui s'appelle Malher). entre le menuisier et l'assistante vont se passer des choses, se créer des liens, se mettre en place une liaison cahotante et malaisée (elle "sort d'une  longue histoire" et lui n'arrête pas de penser à son ex, Beth (jouée par l'excellente Jennifer Jason Leigh, qui a également co-écrit le scénario et produit le film, c'est dire si tout cela devait lui tenir à coeur...)
Au fait, lui, c'est Ben Stiller, qu'on a pu voir dans quelques grosses machines ricaines drôlasses et toutpubliqueuses (que je n'ai pas vues). Il a des airs de Keith Richards (ou bien il s'est fait des airs de ?). elle c'est Greta Gerwig, elle est inconnue au bataillon et n'en est que plus adorable. Il y a aussi, le "meilleur ami" du menuisier, un acteur au nom compliqué qu'il me semble avoir vu chez Mike Leigh mais je peux me tromper (s'pas, Hervé ?)...
Boy mets girl... Une suite d'hésitations, de faux-départs, d'initiatives plus ou moins catastrophique, de rencontres qui tournent en eau de boudin, de mauvaise bonne volonté, d'indécision, d'engueulades injustifiées, de colères rentrées ou pas, bref, toute la panoplie de "comme la vraie vie". Et le spectateur se prend au jeu (s'identifie ? pourtant ce personnage au début n'est guère attirant...) alors que tout semblait réglé comme du papier à musique (romantique la musique, bien évidemment) et, plus le film progresse et plus ça devient intéressant.
Ce mec qui n'est pas capable d'aimer, (ou plutôt qui fait tout son possible pour ne pas de donner les moyens d'aimer (et de l'être), a des comptes à régler, avec son ex, avec son pote, avec sa "copine", (même avec le chien de son frère!) et va tenter de les régler. La deuxième partie du film, (grosso modo à partir du moment où le blondinette l'envoie bouler) devient véritablement passionnante, et construite comme un escalier fictionnel, jusqu'à une fin semi-ouverte qu'on n'attendait pas forcément (l'usage de la "comédie romantique" eut voulu que les choses plus clairement soient dites, alors que là on reste plutôt sur un "entre-deux". Comme dans la vraie vie, Marie, oui oui...) Pendant un grand moment, on s'est dit et répété "quel sale con, mais quel sale con!", et là, voilà qu'un peu on modère...

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30 mai 2010

fenêtre sur gourde

SINGULARITES D'UNE JEUNE FILLE BLONDE
de Manoel de Oliveira

"1h03..." me disais-je en y allant... qu'est ce que je risquais, hein ? Surtout que c'est tout compris, y inclus les deux génériques (sur lesquels Manoel, pas chien, a même mis des images : un contrôleur qui composte consciencieusement, au début, et un train qui roule, pour la fin...)
Et je dois avouer que j'ai trouvé ça plutôt plaisant... J'ai retrouvé là-dedans un peu de ce que j'avais aimé dans La lettre : un récit édifiant, d'un autre âge dirons-nous, courtois, moral et sentimental, "remis au goût du jour" (c'est dit au générique) et tourné tel quel. Sobrement, simplement, ascétiquement dirais-je. Des décors réduits à l'indispensable, des personnages idem. Propres et lisses comme des figurines en papier glacé découpées dans des magazines qu'on aurait animées image  par image.
La demoiselle blonde du titre est un jour aperçue à la fenêtre d'en face par un jeune homme qui travaille chez son oncle. Il en tombe amoureux, se fâche avec l'oncle qui refuse de l'héberger s'il se marie. Se retrouve à la rue, loge dans un petit cagibi, mais fort de l'acceptation de sa promise, part, sur la demande d'un ami au chapeau de paille, faire fortune quelques temps au Cap-Vert... revient riche, se fait gruger par son ami au chapeau de paille, redevient pauvre, se réconcilie avec son oncle qui finalement le re-loge, le réemploie et le prend même comme associé, Il entre dans une bijouterie avec la blonde pour lui acheter une bague, se rend compte qu'elle en a profité pour en voler une autre, se fâche tout rouge, la jette comme une malpropre en la priant de disparaître. un dernier plan sur la demoiselle désormais seule dans sa chambre, dans une attitude pitoyable et grotesque. Et fin.
Avec un indéniable sens du cadrage et de la composition, et une acuité redoutable dans l'utilisation des lieux (ouvertures et autres passages : portes, fenêtres, escaliers...) tout ça raconté en flash-back dans un train qui emporte notre héros, c'est dire le transport...
On ne peut pas s'empêcher toutefois de trouver ça très joli mais décidément un peu court. Comme s'il manquait une bobine, ou que le caméraman avait été soudain à court de pellicule. C'est vrai que tout ça est adapté d'une nouvelle, mais bon quand même...

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25 mai 2010

ce qui se joue

LE MARIAGE A TROIS
de Jacques Doillon

J'y allais vraiment à reculons, d'abord parce que ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film de Doillon, ensuite à cause de l'affiche qui est à mon sens, une des plus hideuses que le cinéma ait produit(es?) depuis longtemps. Et j'en suis sorti avec un large sourire, aussi rayonnant que le soleil de cette belle fin d'après-midi (que j'avais d'ailleurs dans les yeux.)
Première constatation : Julie Depardieu est merveilleuse (et quoi qu'en dise mon ami Hervé, je la trouve parfaite pour le rôle), pour une fois qu'on l'a -enfin- complètement et parfaitement dénunuchisée, oui, elle est parfaite.
Mais tous les autres aussi.
C'est un film sur le théâtre (fifty) et l'amour (fifty). Quasiment en temps réel, dans une villa quelque part où il fait soleil. Un auteur dramatique (Pascal Greggory) reçoit son ex-femme (Julie Depardieu), son nouvel amant (Louis Garrel), et le metteur en scène de la pièce (Louis-Do de Lencquesaing). pour parler de la dernière pièce de celui-là, où jouent ceux-ci, mais que celui-là n'arrive pas à terminer ("ça patine un peu dans le dernier quart...").Il y a aussi, au premier étage, une jeune étudiante (Agathe Bonitzer), qui vient une fois par semaine pour s'occuper du courrier de l'écrivain...
Un film très (bien) écrit, et tout   aussi bien joué. Les incertitudes du coeur, pour un genre de théâtre / cinéma amoureux (cinéma, car il y a une vraie caméra, avec des vrais mouvements dedans, et une utilisation de l'espace "cinématographique", et théâtre car suite de scènes (à deux la plupart du temps), entre cour et jardin, entrées sorties, et même portes qui claquent -et amant dans le placard, clin d'oeil-).
Auguste, l'écrivain, semble écrire sa vie autant que ses pièces. Tandis qu'Harriet elle ne semble que la jouer. L'amour aussi se joue ici, à deux, à trois, à quatre, Dans cet élégant quadrille, on échange des mots, des caresses, on quémande des baisers, on se sépare, on se retrouve, on disparaît, on réapparaît, on se déshabille, on se rhabille,... (il est juste dommage que le personnage du metteur en scène soit plutôt sacrifié et ne soit là que pour -c'est un comble pour un metteur en scène- jouer les utilités et faire de la figuration (Louis-Do de L. est pourtant excellent...) On en eut aimé plus.)
J'ai jubilé sans discontinuer pendant tout une première partie, vers le milieu je me suis posé quelques questions et l'intérêt est un tout petit peu retombé, mais, heureusement, le metteur en scène remet, dans la dernière partie, la barre aussi haut qu'elle ne l'était initialement, et j'ai donc re-jubilé.

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(mon dieu qu'elle est laide cette grosse limace...)

23 mai 2010

pois-chiche

ÂMES EN STOCK
de Sophie Barthes

"Un joli p'tit film..." ai-je dit en souriant (et en sortant, c'est d'ailleurs le mot que je voulais écrire...) à mes 3 co-spectateurs de la séance de 18h... Reposant, en quelque sorte, après les deux précédents vus.
Un acteur que j'aime bien (Paul Giammati) répète Oncle Vania. (On a vu ça déjà chez Louis Malle, mais ici c'est légèrement différent.) Voilà que l'acteur (qui joue son propre rôle) se sent en quelque sorte vampirisé par le personnage, et décide, pour s'alléger l'âme, sur les conseils de son agent, de s'en débarrasser pour une p'tite quinzaine en la mettant en dépôt chez -tout le monde sait cela- un monsieur qui extrait les âmes et les stocke dans des coffres (en français ça deviendrait un "garde-âmes").
Et c'est là, bien entendu que ses ennuis vont vraiment commmencer, car, si stockage d'âmes il y a, commerce il y a aussi, bien sûr, et si commerce, bien évidemment contrebande, et qui d'autre que les Russes pourrait s'y coller, n'est-ce pas  ? (enfonçage de portes ouvertes). On s'attache donc, parallèlement au personnage d'une jeune russe blonde et mélancolique (ah, lâme slave...) qui est en réalité une mule, (passeuse d'âmes).Elle a transporté dans le sens est-ouest celle d'une poétesse russe (que va emprunter Giamatti pour se changer les idées et va transporter en sens inverse celle dudit Giamatti en la faisant passer pour celle d'Al Pacino. et voilà, au bout d'un certain temps, c'est le bazar, voilà chacun en train de chercher son âme...
Ca a un p"tit côté agréable de "dans la tête de Paul Giamatti" Vous vous souvenez de celle de John Malkovich, non ?), c'est doux, en demi-teinte, gentiment improbable, mais, bon enfant, on joue le jeu, on y sourit, on n'a jamais vraiment peur ni on ne s'ennuie... bref, c'est plutôt charmant, oui, avec une dosette de mélancolie (ah, re-l'âme slave...)
On peut juste regretter, peut-être, que la réalisatrice n'ait pas fait preuve de plus d'inventivité pour nous montrer ce qu'elles ont à l'intérieur, ces fameuses âmes, alors que, justement, elle a su auparavant nous faire sourire en nous montrant de quoi elles ont l'air, vues de l'extérieur...

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20 mai 2010

reproduction (fidèle ?)

COPIE CONFORME
d'Abbas Kiarostami

Le Kiarostami nouveau est arrivé! Après une série d'expérimentations de plus en plus confidentielles (Si j'ai adoré Five, je n'ai vu ni Ten on Ten, ni Shirin...) le voilà à Cannes, qui plus est en compèt',  avec Juliette Binoche, dans un "vrai" film qui ne se passe même pas en Iran mais en Toscane! Peut-être de miens amis vont enfin pouvoir entr'ouvrir un oeil...
Copie conforme est un film... théorique. Un conférencier et une galeriste discutent -en quelque sorte- le bout de gras.  Un film aussi insupportable quand il parle que sublime quand il se tait. Un film qui glose, où les personnages s'écoutent un peu parler. Un film urbain, civil, et propre sur lui. Désolé (je suis un vieil aficionado), mais il me manque la vieille bagnole, les nuages de poussières, les femmes voilées, les hommes pas rasés. Mais un film avec des cadrages amoureux, avec des petits cadres dans le cadre, tableaux, fenêtres, miroirs... des ombres des reflets des transparences... Ca, c'est l'aspect "photographe" de l'ami Abbachounet, et j'avoue que j'y suis extrêmement sensible.
Une femme, donc, emmène un homme en promenade dominicale dans un village de Toscane. Ils discutent, donc., beaucoup (moi, je m'ennuie un chouïa). Ca devient beaucoup plus intéressant lorsque, dans un café, (et lors d'une très très belle scène) la patronne les prend pour un couple, et qu'il se mettent par conséquent, à agir comme un couple. (Moi, premier degré toujours, je me suis dit alors : "bon c'est effectivement un vieux couple...")  On parlait d'art, et voilà qu'on va parler d'amour. Mais qu'en est-il exactement ? Chacun pensera bien ce qu'il veut, puisque, en fin de compte, on n'en saura jamais plus. On était, disons chez Rohmer, et voilà qu'on bascule chez Raul Ruiz. Et ça prend, incontestablement de l'intérêt (même si ça cause toujours beaucoup...) L'amour, encore et toujours ? Ou bien sommes-nous ailleurs.

Ici le héros se rase un jour sur deux, l'héroïne, dévoilée, a les traits de Juliette Binoche. Ils sont les sujets d'une expérience narrative (ce qu'ils disent (avec les mots) / ce qu'ils disent (sans les mots), ou plutôt les mots dits et les effets produits...) C'est un peu embrouillé, ce que je raconte, mais, comment dire, je n'avais pas toujours  le sentiment d'être devant un "vrai" film...

D'ailleurs, que m'en reste-t-il ? Deux plans, surtout,  où chacun des personnages, tour à tour, reste seul, en gros plan, face à la caméra / à l'écran / au spectateur. Se confronte et nous affronte. Là, c'est indéniable, se passe quelque chose de fort, qui renvoie vraiment au(x) mystère(s) du cinéma.

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7 mai 2010

ensemble, les gars, ensemble!

LA REGATE
de Bernard Bellefroid

(Chronologiquement vu la veille de Eastern plays, mais chroniqué après)
Le genre de film "stressant", dans la mesure où il laisse pendant toute sa projection dans un état de tension perpétuelle, vous chope dès le début et ne vous lâche plus...
Un ado qui fait de la compétition (un sport très physique, l'aviron), son père qui le cogne régulièrement, et son entraîneur qui ne s'en rend pas compte.
Variations sur la relation duelle, qu'elle soit familiale, affective, pédagogique, sportive, compétitive, physique (avec cette très belle métaphore du couple de rameurs en train de galérer ensemble sur la mer pour rentrer à bon port)...
Un film solide, fort, porté par des comédiens à la hauteur (le jeune Joffrey Verbruggen est très impressionnant, comme l'est Thierry Hancisse dans un rôle pas facile, et ce gros doudou de Sergi Lopez pour mettre de l'huile dans les rouages grippés de cette relation tordue).
Car il y a de l'amour entre ce fils et son père. Même si.
Pendant le film, m'en sont venus à l'esprit deux autres : Douches froides (pour le personnage d'ado et la compétition) et L'un contre l'autre (pour la violence familiale.) On pourrait avoir de pires références...

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30 avril 2010

première

Il y a finalement dans la vie assez peu de situations où l'on est à même de ressentir une légitime fierté, surtout ensemble.
Hier soir en faisait partie.

Merci à Nicolas, Florence, Pascal, Isabelle, Yvain, Dominique, Fran...
Merci à Pépin,  sans doute l'âme de ce corps dont nous sommes les membres
Merci à Adèle et Johanna pour avoir encore exhaussé et nos corps et l'espace de ce lieu

Difficile de s'endormir, hier soir, après ça...
Heureusement il nous en reste deux, encore
(et pour demain -ce soir!- on attend plus de 100 personnes!)

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28 avril 2010

générale

Ce soir c'est la générale...
Après deux ans de travail, de gestation, d'élaboration, de tâtonnements, d'hésitations, de peaufinages, de cent fois sur le métier..., il semble que ce serait l'heure.
Oui le moment est arrivé, le moment tant attendu (et un peu redouté aussi), où tout va prendre vie, "vraiment", devant un public en vrai, en live, et sans filet.
Ce sentiment délicieux et insupportable d'excitation, d'impatience, et de trouille aussi. On voudrait à la fois déjà y être et ne jamais y être.
Ce à quoi on va donner vie est l'œuvre d'un groupe, d'une troupe, d'une unité qui est aussi une somme d'individualités...
On est fier, pour les autres, on aurait envie de l'être pour soi aussi.
Oui, tout ce temps de labeur, et, au bout trois (plus une) représentations. Et "Rouge noir et ignorant" repartira dans les limbes, ceux de la mémoire individuelle (et ceux des cartes des appareils-photo).
Ce que j'adore c'est qu'en ces derniers instants tout devient plus fort : la cohésion du groupe, les sensations, les sentiments, les attentions, les intentions...
Ce soir, on lance notre bouteille à la mer pour son premier voyage...

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tiens, et pour rester dans les clichés, on se sentirait un peu comme ça :

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14 avril 2010

bourekas

UNE HISTOIRE DU CINEMA ISRAELIEN
de Raphael Nadjari

Comme son nom l'indique, un genre de gourmandise...
J'ai vu l'annonce dans la plaquette à 17h.
Ca passait le soir même à Besac en deux parties de 1h45, à 18h30 et à 21h. Et seulement ce soir-là. Et entrée libre en plus!
Ni une ni deux. J'ai sauté dans la 'oiture et vroum, j'ai passé la soirée là-bas. Oui, un régal. et pour moi qui suis une quiche en histoire, j'ai appris des choses, et même commencé un peu à  en comprendre certaines...
Tout est raconté en détail

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15 juin 2018

ton phoque est délicieux, thomasine

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UNE ANNEE POLAIRE
de Samuel Collardey

Soirée de gala dans la salle 12 du bôô cinéma (qui, tiens, cherchez l'erreur, n'en compte d'ailleurs que 10), avec la venue annoncée de Samuel Collardey (pour la quatrième fois!) venu nous présenter son dernier film. Depuis son premier long-métrage (L'apprenti) -et même depuis son court-métrage à l'origine dudit long , Du soleil en hiver, on l'aime on on le suit, cet homme-là.
Déjà parce qu'il est du coin (bisontin) qu'il aime rencontrer son public et n'a jamais donc failli à cette tradition, et puis par la singularité (et la constance) de son univers cinématographique. Samuel Collardey ne fait pas (tout à fait) de la fiction, ni (complètement) du documentaire. Comme quelques autres, il tricote dans le genre "fiction documentairisée" (ou, bien sûr, documentaire fictionnarisé).
Ici, dans le cas présent, il est question d'Anders, un "vrai" instituteur danois, qui a demandé un poste dans un "vrai" village reculé groenlandais de 80 habitants de la côte ouest. Anders joue son propre rôle, il débarque à Tiniteqilaaq (le fameux village en question) et tente de faire son trou (dans la glace hihihi), de trouver sa place, de se faire accepter. On a donc un authentique instit danois en immersion, au milieu de non moins authentiques Inuits. Des gamins insupportables qui goûtent le bordel en classe, et qui ne voient pas véritablement l'intérêt pour eux d'y aller en classe. Des parents qui s'en occupent un peu, et des grands-parents beaucoup. Et le problème de la langue (danois versus inuit, habilement différencié par la couleur des sou-titres, jaune pour ceux-ci et blancs pour ceux-là . c'est rigolo d'entendre l'instit' se faire nommer "trou du cul" à son arrivée par un de ses élèves et de ne pas le comprendre, tandis que nous spectateurs, si). Qui dit inuit pense forcément eskimos, phoques, chasse au harpon, traîneau -et chiens de-, aurores boréales, immensité blanche, chasse à l'ours, icebergs, kayaks, et (forcément, quand on est un peu allé au cinéma ou simplement qu'on ait fait partie du dispositif Ecole & Cinéma) Nanouk l'esquimau et Robert Flaherty (que Samuel Collardey a d'ailleurs évoqué rapidement lors de la discussion).
Le film est magnifique (les paysages s'y prêtent, il faut le reconnaître) et toutes les scènes en extérieur nous en mettent plein les mirettes. A paysage mirifique, récit à la hauteur, et c'est là que pour moi il y a comme un léger décalage. Comme l'a fait remarquer, lors de la discussion, une spectatrice tout celà est tout de même très idyllique (et c'est exactement le mot qui m'était venu en tête pendant la projection). En me posant juste la question : est-ce que le réalisateur filmait ce que Anders faisait, ou bien est-ce qu'il a filmé surtout ce qu'il souhaitait le voir faire ? (ou ce qu'il lui disait de faire ?). Resté sur ma faim, (un chouïa à distance), avec le sentiment que plus le film avance et plus le personnage d'Anders est "sacrifié", se fond dans la masse, disparaît progressivement. C'est un peu le sentiment que j'ai éprouvé tout au long de cette histoire d'apprentissage, de transmission, et de filiation, comme les affectionne -et sait parfaitement les réaliser- Samuel Collardey.
J'ai passé un très bon moment de dépaysement, un magnifique moment de fascination glaciaire, mais pas (en ce qui me concerne) un moment inoubliable de cinéma. Voilà. En précisant que j'ai presque mauvaise conscience de pichenoter ainsi (tous les gens à la sortie autour de moi étaient hyper-enthousiastes, et le syndrome du "je suis sans doute un vieux con..." a donc repointé le bout de son nez.)
Ca m'embêtait presque de ne pas me sentir aussi hyper-enthousiaste que les autres. Quelque chose sans doute dans la manière de faire, ou de dire, qui ne me satisfait pas tout à fait (sans que je puisse vraiment mettre le doigt sur quoi...)
Tout en précisant, pour clore le chapitre que je considère que le film est "parfaitement inattaquable", et que j'applaudis encore une fois à la démarche de Samuel Collardey, à sa belle rigueur, et à ce beau sillon de cinéma qu'il creuse et qu'il retourne avec force et obstination.

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5 juin 2018

le bulldozer et la voiture

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FOXTROT
de Samuel Maoz

Celui-là j'en avais très très envie. Un film israélien, que voulez-vous, je suis incapable de résister... En plus avec le superbe Lior Ashknenazi (celui-là je l'aime depuis son premier film, Mariage tardif, en 2001, et qu'est-ce qu'il vieillit bien...), je fond. Et quand il s'avère in fine qu'on y entend le sublime Fur Alina d'Arvo Part, (qui m'évoque biens sûr Gerry, de Gus Van Sant, mais aussi, et surtout -tiens ça faisait longtemps- le jeune homme au t-shirt vert...) alors là je me liquéfie de bonheur.
Le titre du film n'est pas anodin (et l'insistance du réalisateur à faire, justement, exécuter cette danse au cours du film, non plus). Donc, globalement, on change de position, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à revenir au point de départ. Et c'est très exactement ce que fait le film (la route à travers le pare-brise qu'on voit tout au début étant le point de départ, mais aussi donc le point d'arrivée.)
Et j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça.
Le film est donc divisé en quatre blocs, le premier dans l'appartement ("les parents"), le deuxième au check-point ("le fils") le troisième à nouveau dans l'appartement, la cuisine surtout (re-les parents) et le dernier (l'épilogue) dans la voiture (re-le fils). Quatre moments d'une même danse (même si le réalisateur prend quelques libertés  avec l'enchaînement des pas et place le 4 avant le 3) tous d'une belle force et en même temps forts d'une belle différence.
L'histoire de cette famille évoque en parallèle (en filigrane) celle d'un peuple, comme le souligne le réalisateur dans une interview, et chacune des quatre parties est construite autour d'une erreur (ou d'une méprise). Chacun des segments narratifs, d'ailleurs, pourrait pratiquement être vu seul, tant il a sa thématique propre (et sa propre stylistique aussi). Dans la première, on frappe un matin à la porte d'un couple (les parents, donc), ce sont des militaires qui viennent leur annoncer que leur fils est "tombé au combat", avant que, une demi-heure (de film) plus tard, ces mêmes militaires reviennent pour leur annoncer qu'il y a eu une "épouvantable erreur" et que le Yonathan qui est mort n'est pas leur Yonathan à eux. Dont le père exige alors l'immédiat rapatriement.
D'un huis-clos poignant (comment faire face  à la mort annoncée de son enfant) on va passer sans transition à un ailleurs quasi surréaliste, un unviers qu'on croirait hallucinogène, bref un check-point de trou du cul du monde (ambiance quelque part entre Beckett et le Désert des Tartares, un genre d'absurde kafkaïen où le rire est toujours sous-tendu par une certaine angoisse...) où officient quelques jeunes recrues qu'on croirait presque avoir été oubliées là. Dont le Yonathan du couple vu précédemment. Un Yonathan pas mort du tout, dans un check-point où passent surtout les chameaux, mais de temps en temps des véhicules contenant des civils forcés de se conforter, face à la barrière baissée, à la même procédure anxiogène de vérification des papiers. Jusqu'à ce que ladite barrière se relève pour les laisser passer. Sauf que, en écho à la première partie, les jeunots eux aussi commettent une erreur. Une bévue, une boulette, une bourde, mais de taille XXL. Qui sera pourtant couverte (et recouverte, même) par leur hiérarchie. jusqu'à ce qu'un gradé vienne chercher Yonathan pour le ramener, manu militari (enfin, dans le cas présent jeepu militari) à la maison, comme l'a exigé son père. Avant la troisième partie, où l'on revient dans l'appartement des parents, mais dont je ne vous dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre plaisir... Et donc pas un mot non plus sur l'épilogue (dont on se doute un peu quand même, au vu de la scène d'ouverture et de la troisième partie...).
Un film impressionnant (j'adore entendre parler en hébreu, je ne sais pas pourquoi), formellement hyper-chiadé (tiens, pour chipoter, on pourrait presque lui reprocher ça, au réalisateur, d'être "trop sûr de ses effets", d'abuser de la virtuosité, mais bon ça serait vraiment juste pour le plaisir de jouer le vieux ronchon du Muppet, hein...), qui est aussi brillant et à l'aise dans l'univers du drame, de l'absurde, de l'affectif, bref qui tient sa note et la tient bien, et jusqu'au bout...
C'est le deuxième film du réalisateur après Lebanon, que je pensais avoir vu mais dont je ne trouve nulle place sur ce blogchounet (peut-être ai-je confondu avec Beaufort, autre film que j'adore ?) Et donc à présent la mission que je me suis fixée est bien sûr de dénicher Lebanon et de le visionner...

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12 mai 2018

j'quitte le navire, désolé, capitaine

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LES GARCONS SAUVAGES
de Bertrand Mandico

Revu dans le bôô cinéma, et, pour une fois, les conditions étaient -à peine- moins bonnes que la première fois que je l'avais vu, en avant-première, au Festival Entrevues de Belfort. La première vision m'avait laissé sur le cul, avec un sentiment mêlé de fascination et de légère nausée. Là j'étais préparé, je savais ce que j'allais (re)voir, et pourtant le sentiment mêlé est resté, le même.
C'est un film hors-norme, c'est certain, un film organique, un film hybride, un film transgenre, un film baroque (voilà quelques-uns des qualificatifs qui me sont venus pendant la projection -non non, je ne dormais pas-, mais bon on peut aussi écrire que c'est (aussi) un film confus, un film en boucle, un film étiré, un film saoulant, un film qui court après sa queue, un film épate-bourgeois... On peut.
Mais bon, ce qui est certain c'est que ça marque, tellement c'est zinzin (et inconfortable pour nos habituels petits accoudoirs de cinéphiles).

(un blanc)

reprendre la litanie : un film luxuriant, un film métamorphique, un film convulsif, un film corrosif,  un film abrasif, un film cathartique...

mais bon c'est vrai que, quand on reprend un post après l'avoir abandonné pendant une dizaine de jours, c'est comme avec le bateau du film en question, on a un peu de mal à remonter à bord... et à savoir de quel côté repartir.
Le film est comme la tempête, et passe par une succession de creux et de bosses (de pleins et de déliés, d'accélérations et de sur-places, de rebondissements et de redites) suffisante (la succession) pour qu'on puisse légitiment en sortir à mi chemin entre haut-le-coeur et haut les coeurs!.
Redire que l'ensemble du casting féminin est à louanger (celles qui incarnent, c'est quand même un secret de Polichinelle que je peux ici spoiler, les garçons sauvages du titre du fim) et qui méritent, tiens, d'être toutes nommées : Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier.. sans oublier cette chérissime Nathalie Richard, qui traverse hélas le film un peu trop au grand galop.

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26 novembre 2019

entrevues 2019.3

nous voici enfin arrivés aux fameuses "Journées Exploitants", le sacro-saint noyau dur de ce séjour à Entrevues, cinq films prévus pour la journée -je zappe comme d'hab' le repas de midi à la salle des fêtes-)

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LA FILLE AU BRACELET
de Stéphane Demoustier
Du beau linge : Rochdy Zem et Chiara Mastroianni sont les parents d'une jeune fille, Lise (Mélissa Guers, impressionnante) accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie de sept coups de couteau... Un "film de procès" (et, tiens, Anaïs Demoustier joue l'avocat général, et, re-tiens, c'est la première fois qu'elle interprète un personnage pas folichonnement sympathique...). Un film de prétoire et de plaidoiries, d'interrogatoires et de témoignages de spécialistes, de beaucoup de questions et pas forcément de réponses, bref un film solide, un beau portrait de jeune fille, un constat (celui du fossé de plus en plus grandissant entre les adultes et "les ados"), un très touchant dernier plan, bref un film qui tient ses promesses... (Sortie prévue le 5 février 2020)

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NUESTRAS MADRES
de
Guatémala. Un jeune homme est employé à reconstitue les squelettes des victimes de massacres organisés, retrouvées dans des charniers,  pour les rendre à leur famille. Et aussi à recueillir les témoignages de celles qui ont perdu un proche lors de ces mêmes exécutions sommaires. Mais ce jeune homme est aussi à la recherche de son père, à propos duquel sa mère n'a jamais été très bavarde. L'audition d'une femme lui donne un espoir, il va suivre cette piste qui lui est donnée... Un film magnifique, impressionnant, touchant. Poignant (sortie prévue le 8 avril 2020)

(pause de midi au Bistroquet avec Mimi et sa cousine, jambonneau/lentilles, avant le retour aux projections, mais nous sommes désormais dans des salles avec des "projections publiques", donc il faut anticiper et faire la queue tô si on veut être sûrs d'avoir des places...)

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TOUTES LES VIES DE KOJIN
de Diako Yazdani
Un film qui m'a laissé un peu perplexe : le réalisateur, kurde iranien, exilé à Paris depuis 2011, retourne au Kurdistan irakien pour y faire un film sur Kojin, un jeune homosexuel de 23 ans (et de ses amis). C'est très courageux d'avoir le projet de parler de l'homosexualité dans un pays où officiellement, elle n'existe pas. Mais deux choses me posent problème : le fait que le réalisateur ait choisi un personnage bien trop "emblématique" qui dans un premier temps évoque plus un trans qu'un gay, et aussi, plus gênant, que ce même réalisateur prenne à plusieurs reprises ses distances avec son sujet, "je ne suis pas comme ça" affirme-t-il (paradoxalement ?) en farsi sur une pancarte joyeusement colorée, lors d'une gay pride parisienne. un film qui a le mérite d'exister et le revendique (l'évocation des traitements réservés aux gays est proprement terrifiante) mais qui donne un peu le sentiment que le réalisateur s'est un peu fourvoyé, en parlant finalement davantage de lui (sans que pourtant toutefois toutes les choses soient dites) que de Kojin (qui est abandonné à son sort en quelques lignes à la fin du film). une sacrée sensation de malaise en tout cas. (sortie prévue le 12 février 2020)

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(on change de salle et hop! on y retourne...)

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APRES LA NUIT
de Marius Olteanu
un film roumain en compèt', forcément j'étais curieux. un film en trois parties, sur l'histoire d'un couple. Part 1 : Dana, l'histoire de la femme. Part 2 : Andrei, le mari. Si le film s'était arrêté là, ou à peine un peu plus loin, je lui aurais mis la note maximale, tellement je trouvais ça magistral. Mais il y a, c'est dommage, une part 3 : Monstres (mari et femme), qui n'en finit plus de s'étirer de sinuer et de louvoyer (et de s'apesantir), avec le -pour moi- tragique syndrome dit "des fins successives", où à la fin de chaque plan on se dit "là, ça y est, c'est fini", ou plutôt "ça serait bien que sa foit fini" mais non hélas ça dure dure dure... Dommage, j'ai vraiment adoré les deux premiers tiers, le premier -la femme et le chauffeur de taxi- très "Drôle d'endroit pour une rencontre" est juste parfait, et le second -le mari et Alex- plutôt "drôle de rencontre", drôlement et idéalement roumain (glaçant et grinçant sous ses apparences cliniques). Avec un bout en moins (le film fait presque 2h) oui vraiment  c'eût été parfait...

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(nous ne sommes pas allés voir Solo, le dernier film prévu, puisque nous savions que nous le verrions le lendemain matin "en privé"... C'est moi qui ai plus ou moins proposé le film de remplacement, parce que j'avais vu qu'y figurait au générique ma chérie-chérie Françoise Hardy...)

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UNE BALLE AU COEUR
de Jean-Daniel Pollet
Le film annonce en tête de générique Sami Frey et Françoise Hardy, et on pourrait presque parler d'escroquerie : si Sami Frey est quasiment de tous les plans, françoise hardy (alors tout jeunette) n'apparaît qu'au bout de 45 minutes (et, encore furtivement, la première fois on la voit trente secondes) et n'a droit ensuite  qu'à quelques scènes par-ci par là (alors que c'est l'autre interprète féminine du film, jenny Karezi , qui aurait mérité d'être créditée en tête de générique, mais c'eût sans doute été moins vendeur... Dans la section "chasse à l'homme", une histoire avec des tueurs à gages qui poursuivent le pauvre Sami, (nobliau dépossédé (spolié)de son vieux chaâteau par un affreux maffieux) et beaucoups de bouzoukis. Mais cher Mikis Theodorakis (qui a composé la musique) vous n'êtes pas sans savoir que trop de bouzouki tue le bouzouki... Folklorique, vous avez dit ? Allez, dansons un petit sirtaki, sirotons un petit ouzo et oublions...

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(et rentrons à l'hôtel pour la -déjà- dernière nuit de ce belfortain séjour...)

28 octobre 2015

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Une journée de prévisionnement à Gray sous le signe de l'opression (au singulier et au pluriel aussi:

 

LE BOUTON DE NACRE
de Patricio Guzman
Un doc argentin, que j'avais déjà vu à Paris en projection de presse (merci Pyramide!), pour démarrer. Un doc "plus", avec une mise en forme chiadée (comme l'était déjà Nostalgie de la lumière) où une belle et simple voix-off chilienne (celle du réalisateur) nous guide au fil de l'eau (on part d'une roche contenant une goutte d'eau fossilisée), de l'importance de l'eau dans l'histoire et la géographie de son pays, le Chili, puis nous évoque le triste destin des Patagons (ses premiers habitants, victimes de la colonisation, dont il ne reste plus qu'une poignée) pour terminer, à partir d'un bouton retrouvé au fond de l'eau,  sur d'autres victimes celles (les disparus) de l'ère Pinochet (et des méthodes employées par les militaires -scrupuleusement assistés par des civils- pour exterminer des gens et faire disparaître les traces de leurs crimes.) et on revient à l'eau, et le cercle est refermé. Un documentaire très (bien) construit malgré ses allures initiales de marabout-de-ficelle, soigné, poétique, pédagogique sans être pompeux, poignant, bref hautement recommandable.

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LE FILS DE SAUL
de Laszlo Nemes
Un homme, employé dans les SonderKommandos, est soudain mis en présence du cadavre d'un enfant, auquel il décide de donner une sépulture décente, en suivant les rites funéraires juifs. Nous sommes à Auschwitz, en 1944. A l'intérieur du camp. La caméra se focalise sur cet homme et ne le lâche plus, comme pour laisser le spectateur s'y raccrocher avec obstination, tandis que l'horreur environnante est tenue le plus possible hors-champ, et nous parvient surtout par le biais de la bande-son, totalement et insupportablement immersive. Le film a obtenu le Grand Prix à Cannes, et n'y a laissé personne indifférent (il a provoqué ici-même, ce jour, beaucoup de discussions et d'interrogations). Je suis très mal à l'aise pour écrire quand il est question de la Shoah, des nazis et des camps de concentration. Parce que c'est un sujet qui me terrifie, parce qu'il s'agit d'un univers tellement effroyable, indicible, que la question de sa représentabilité fait sens, comme l'avait évoqué Claude Lanzmann (qui a par contre tout à fait légitimé le réalisateur Laszlo Nemes, à ce même festival de Cannes).
Ce personnage, Saul Auslander, qui est le seul du film à être dénommé, on le suit dans cette recherche insensée d'un rabbin pour pouvoir enterrer son fils. Une idée fixe qui le pousse successivement dans plusieurs lieux du camp (avec toujours cette violence inimaginable dans les oreilles) des lieux et des actes, des fonctions, les vestiaires des chambres à gaz, le pelletage des cendres des fours, les massacres dans les fosses communes (ce que j'écris là me semblecomplètement obscène) à la tentative d'évasion des Sonderkommandos (qui a réellement eu lieu). Le personnage -l'acteur- semble s'être complètement refermé en lui-même, comme pour tenter de s'abstraire  de cette épouvante en descendant à l'intérieur de soi. Le fils de Saul est l'histoire d'un personnage précis (de fiction) dans un contexte historique connu. Effroyablement connu. Un univers monstrueux, inimaginablement. Le choix d'en faire le décor de cette histoire (de sa représentation) peut-il alors être discuté ?
(J'ai beaucoup de mal à en parler, je m'y suis déjà repris à plusieurs fois, et je me rends compte que je redis les mêmes choses où presque.) Un film violent, c'est sûr, dérangeant, malaisé (que Claude Lanzmann définit comme l'anti-Liste de Schindler), un film viscéral mais un film justifiable (nécessaire), même si je n'ai pas les mots pour.

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THE LOBSTER
de Yorgos Lanthimos

Dernier film de la journée (celui-là personne ne l'avait vu.). On n'en connaissait que la double affiche, le pitch intriguant, la réputation du réalisateur, et on espérait pouvoir décompresser un peu. Colin Farrell, John C. Reilly, il y avait en plus au générique quelques noms connus et suscitant l'appétence.
Comme Dominique a eu l'a gentillesse de me le préciser à la fin, il s'agit d'une dystopie, et qu'il s'agissait d'ailleurs du genre le plus utilisé dans les film dont les ados en ce moment raffolent (films dont je ne connais, bien sûr, absolument rien.) un univers, donc, pas tout à fait comme le notre, où le pouvoir en place a édicté des règles différentes. Ici, il s'agit de célibataires qui arrivent dans un hôtel, et qui ont 45 jours pour y trouver l'âme soeur, sous peine d'être transformé(s), à l'issue de cette date-butwar, en un animal (celui qu'ils ont choisi, quand même). Colinchou a choisi le homard. Les clients de l'hôtel ont aussi l'obligation d'aller chaque jour dans les bois à la chasse aux célibataires (un célibataire abattu = un jour de rab'). La première partie du film (celle qui se passe à l'hôtel) est vraiment très... plaisante (ce n'est peut-être pas le terme le plus adapté). Ensuite il advient que Colinchou s'enfuit dans les bois et entre en résistance (sous les ordres de Léa Seydoux, qui est une assez méchante chéfesse) et ça devient moins passionnant. Que ce soit à l'hôtel ou dans les bois, cette société est régie par les mêmes règles impitoyables et absurdes. On rit un peu, puis on grince des dents, et on rit nettement moins. On est aussi fasciné par cet univers maboul que par Colinchou, qui n'a joué jamais si humblement, si en-deça (magnifiquement, bien sûr, et le premier plan ou presque que lui consacre le réalisateur -quand il est filmé en plongée, assis, et que le punctum où l'oeil du spectateur est attiré n'est autre que le renflement de sa braguette- confirme l'émotion qu'il semble (ou qu'il est capable d') avoir suscité.)

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11 juin 2006

trop c trop

Trop pédé pour les hétéros
Trop hétéro pour les pédés

Trop vieux pour les jeunes
Trop jeune pour les vieux

Trop pessimiste pour les optimistes
Trop optimiste pour les pessimistes

Trop blanc pour les noirs
Trop noir pour les blancs

Trop pauvre pour les riches
Trop riche pour les pauvres

Trop provincial pour les parisiens
Trop parisien pour les provinciaux

Trop intellectuel pour les manuels
Trop manuel pour les intellectuels

Trop couche-tôt pour les lève-tard
Trop lève-tôt pour les couche-tard

Trop opéra pour les amateurs de foot
Trop foot pour les amateurs d'opéra

Trop grand bleu pour les petits rouges
Trop gros rouge pour les petits bleus

Trop solitaire pour les solidaires
Trop solidaire pour les solitaires

Trop vivant pour les presque morts
Trop mort pour les presque vivants

Trop long pour les amateurs de court
Trop court pour les amateurs de long

Trop continental pour les insulaires
Trop insulaire pour les continentaux

Trop prosateur pour les poètes
Trop poète pour les prosateurs

Trop rural pour les urbains
Trop urbain pour les ruraux

Trop mou du bulbe pour les durs de la feuille
Trop dur de la feuille pour les mous du bulbe

...

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("- Que vouliez vous qu'il fit ?
  - Qu'il mourut...")

22 décembre 2005

(mauvais ? ) coton

Retour de Besac fin d'une journée qui fut... complexe à organiser mais s'est finalement déroulée nickel jusqu'au bout comme prévu.
MAIS me voilà plein d'interrogations face à cette -aujourd'hui spécialement- constante hypersensibilité. Qui dit sensible dit bientôt douloureux, en principe, non ? Réactif à tout aujourd'hui j''étais.
Car les choses se sont précipitées (au sens chimique du terme) lorsque Bernard a prononcé cette petite phrase anodine J'ai vu marielle et pendant que je parlais avec elle, j'ai vu passer *** avec ses petits-neveux (*** c'est APP bien évidemment)
Patiner sur de la glace mince, ça fait à peu près le même effet : on croit que c'est solide, on fait le malin, et crac. Tout d'un coup ça s'est fissuré, lézardé, choc chute voilà on se casse la gueule dans l'eau noire. A pic.Désagréable.
Je pensais les choses faciles : vacances, on oublie les bozarts et ce qui y affère, ou tout du moins on range ça dans sa poche avec son mouchoir par dessus (comme on dit ici) et je réalise que non, pas du tout si facile. Voilà que la simple mention de son prénom me met dans tous mes états... Emoi d'adolescence ? ben non j'ai presque cinquante ans, merde!
Ca promet pour la suite!
Oui, je réalisais que j'en voulais un peu à B. de m'avoir dit ça, et puis d'abord pourquoi c'est lui qui l'avait vu, et pas moi, hein ? (Calimero for ever) et du coup quand on a quitté la galerie pour  traverser la ville, j'étais soudain aux aguets au beau milieu de la fououououle. Savoir qu'il était là, quelque part au beau milieu de ces empaquetés enrubannés enguirlandés emmitouflés. J'en ai bien vu trois millions.
Mais pas lui, of course. Le principe d'une rencontre de hasard, c'est d'être inattendue, non ?
Un seul être vous manque...


J'avais déjà pleuré un coup, avant, au film de Ferrara, MARY (j'essaie d'y revenir bientôt), j'ai failli lorsque (c'était sur notre route) j'ai, je ne sais pas pourquoi, pénétré dans l'arrière-arrière-cour du 114,Grande rue, il y avait de la lumière dans la petite maison tout au fond, ça m'a ramené trente ans en arrière ; c'est venu également quand on est entré dans la librairie, je me suis avancé vers le rayon livres d'art et j'avais les yeux mouillés grave ça montait d'un coup et sans savoir vraiment pourquoi, comme si cette phrase continuait de tourner et se cogner dans ma tête comme une grosse mouche noire affolée, et je ne savais pas quoi faire pour la faire sortir.
Une petite averse de l'âme ? une précipitation du solstice ? (c'est le début de l'hiver) un trop-plein émotionnel ? C'était la journée ouvrez les vannes.
Heureusement, la suite (apéro au Commerce, repas au Gourmand, puis tisane chez Claire (qui m'a gracieusement recousu tous les boutons de ma veste en velours noir chérie) a quelque peu stabilisé tout ce marasme lacrymal, asséché provisoirement les nappes phréatiques émotives. Ca ne se traduisait plus que par quelques soupirs de temps en temps (vous savez, comme quand Obélix est amoureux, on le voit tout rêveur, avec juste le mot soupir au-dessus de lui, oui c'est exactement ça...)
Allez, ça va aller, ça va , ça va!
En plus (je dois être quand même un peu maso) voilà que je me finis en écoutant le CD2 du disque Mélancolie acheté cet après-midi chez le soldeur ... le deuxième mouvement du concerto pour violon de phil glass...
allez good night folks, demain est un autre jour...

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