évanouissements
UN POISON VIOLENT
de Katell Quillévéré
(sortie le 04 août / Prix Jean Vigo)
Hervé m'avait passé le dvd gentiment envoyé par la maison de prod', mais je n'avais pas eu le temps de le voir... Peut-être n'en avais-je pas très envie. Mais voilà, je me trompe souvent, et là, encore une fois... Si je dis "un portrait d'adolescente", une moitié d'entre vous quitte la salle, et si j'ajoute " doublée d'une réflexion sur la foi" l'autre la quitte aussi sec (il ne reste plus, assise dans le fond, qu'une mamie, mais c'est juste parce qu'elle est sourde, ou qu'elle dort...). Mais (de foi) Katell Quillévéré en parle de façon bien plus intéressante qu'un (par exemple, au hasard...) Bruno Dumont. Il y a dans cet "ouvrage de dame", aussi immaculé et bien repassé à première vue qu'une tenue de communiante, un petit je-ne-sais-quoi de gentiment... pervers qui ne va apparaître que progressivement. Une transgression douce (jamais brutale), que ce soit,à propos des interrogations de la demoiselle vis-à-vis de sa foi, de ses relations avec son grand-père, du trouble généré par la relation naissante avec le jeune voisin, voire des sentiments de sa mère vis-à-vis du jeune prêtre rital et trop sexy de la paroisse (la dernière fois que je l'ai vu, me semble-t-il, c'était dans le rôle de Roberto Zucco... c'est dire quelle énergie sourd sous la soutane et derrière les lunettes). Mais on avance doucement, lentement, insidieusement.
Anna, sortie de l'internat pour les vacances, se pose beaucoup de questions, affronte beaucoup d'incertitudes, sans que personne puisse vraiment lui apporter de réponse(s).
La religion ? Messe du dimanche, enterrement, confirmation, confession... c'est vrai qu'on tourne beaucoup autour, qu'on y revient souvent.
Le profane et le sacré. Le béatement spirituel et le trivialement charnel. Je n'irais pas jusqu'à parler de Bataille mais bon. L'amour de Dieu est-il soluble dans le désir charnel, et vice-versa ? Le personnage de la mère (joué par une Lio d'une sobriété quasiment nonnesque) est à cet égard, plutôt intéressant. Elle est catholique pratiquante (son ex-mari était plutôt tendance athée, ce qui fait qu'Anna se retrouve un peu dans un entre-deux) et voilà qu'elle va chercher... confirmation de son désarroi près d'un jeune prêtre trop latin pour être honnête... La confession devient prétexte à un rituel troublant de prière commune, qui n'est pas sans ébranler quelques chastes certitudes ...
Il y a ainsi, plusieurs scènes fortes (ou très fortes) tout au long du film, la moindre n'étant pas celle où Anna, les larmes aux yeux, lit devant un auditoire silencieux le poème qu'on lui avait fait promettre de lire...) où chaque personnage, ou presque, va successivement infléchir la trajectoire qu'on lui pensait définitive, au contact d'un des autres personnages, et la force de la réalisatrice est de réussir à nous surprendre.
La photo du film est à l'image de la jeune Anna : lumineuse, et c'est rien de le dire. Et la grâce (au sens esthétique et non religieux) de sa mise en scène parvient à nous captiver progressivement, en grattant le vernis joliet qui au départ faisait craindre au spectateur une coquille vide, irisée en apparence mais sans réel contenu, alors qu'il n'en est rien. Le film s'incarne petit à petit, prend progressivement de la hauteur, et c'est mine de rien qu'il nous conduit exactement là où il voulait. On a soudain un point de vue sur l'ensemble qu'on n'aurait pas forcément soupçonné au départ.
Un premier film réussi, couronné (comme Anna le jour de sa confirmation) d'un prix Jean Vigo mérité.


























