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lieux communs (et autres fadaises)
2 août 2010

évanouissements

UN POISON VIOLENT
de Katell Quillévéré

(sortie le 04 août / Prix Jean Vigo)

Hervé m'avait passé le dvd gentiment envoyé par la maison de prod', mais je n'avais pas eu le temps de le voir... Peut-être n'en avais-je pas très envie. Mais voilà, je me trompe souvent, et là, encore une fois... Si je dis "un portrait d'adolescente", une moitié d'entre vous quitte la salle, et si j'ajoute " doublée d'une réflexion sur la foi" l'autre la quitte aussi sec (il ne reste plus, assise dans le fond, qu'une mamie, mais c'est juste  parce qu'elle est sourde, ou qu'elle dort...). Mais (de foi) Katell Quillévéré en parle de façon bien plus intéressante qu'un (par exemple, au hasard...) Bruno Dumont. Il y a dans cet "ouvrage de dame", aussi immaculé et bien repassé à première vue qu'une tenue de communiante, un petit je-ne-sais-quoi de gentiment... pervers qui ne va apparaître que progressivement. Une transgression douce (jamais brutale), que ce soit,à propos des interrogations de la demoiselle vis-à-vis de sa foi, de ses relations avec son grand-père, du trouble généré par la relation naissante avec le jeune voisin, voire des sentiments de sa mère vis-à-vis du jeune prêtre rital et trop sexy de la paroisse (la dernière fois que je l'ai vu, me semble-t-il, c'était dans le rôle de Roberto Zucco... c'est dire quelle énergie sourd sous la soutane et derrière les lunettes). Mais on avance doucement, lentement, insidieusement.
Anna, sortie de l'internat pour les vacances, se pose beaucoup de questions, affronte beaucoup d'incertitudes, sans que personne puisse vraiment lui apporter de réponse(s).
La religion ? Messe du dimanche, enterrement, confirmation, confession... c'est vrai qu'on  tourne  beaucoup autour, qu'on y revient souvent.
Le profane et le sacré. Le béatement spirituel et le trivialement charnel. Je n'irais pas jusqu'à parler de Bataille mais bon. L'amour de Dieu est-il soluble dans le désir charnel, et vice-versa ? Le personnage de la mère (joué par une Lio d'une sobriété quasiment nonnesque) est à cet égard, plutôt intéressant. Elle est catholique pratiquante (son ex-mari  était plutôt tendance athée, ce qui fait qu'Anna se retrouve un peu dans un entre-deux) et voilà qu'elle va chercher... confirmation de son désarroi près d'un jeune prêtre trop latin pour être honnête... La confession devient  prétexte à un rituel troublant de prière commune, qui n'est pas sans ébranler quelques chastes certitudes ...
Il y a ainsi, plusieurs scènes fortes (ou très fortes) tout au long du film, la moindre n'étant pas celle où Anna, les larmes aux yeux, lit devant un auditoire silencieux le poème qu'on lui avait fait promettre de lire...) où chaque personnage, ou presque, va successivement infléchir la trajectoire qu'on lui pensait définitive, au contact d'un des autres personnages, et la force de la réalisatrice est de réussir à nous surprendre.
La photo du film est à l'image de la jeune Anna : lumineuse, et c'est rien de le dire.  Et la grâce (au sens esthétique et non religieux) de sa mise en scène parvient à nous captiver progressivement, en grattant le vernis joliet qui au départ faisait craindre au spectateur une coquille vide, irisée en apparence mais sans réel contenu, alors qu'il n'en est rien. Le film  s'incarne petit à petit, prend progressivement de la hauteur, et c'est mine de rien qu'il nous conduit exactement là où il voulait. On a soudain un point de vue sur l'ensemble qu'on n'aurait pas forcément soupçonné au départ.
Un premier film réussi, couronné (comme Anna le jour de sa confirmation) d'un prix Jean Vigo mérité.

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14 juin 2010

spirit

NORD
de Rune Denstad Langlo

Un film norvégien, pas si courant, par les temps qui courent (justement). Avec un plan  d'ouverture suffisamment intriguant  et bien composé pour vous harponner dès les premières secondes. (Avis aux spectateurs du FICA -ils se reconnaîtront- amateurs avérés de paysages mêêêrveilleux, il leur est fortement recommandé de  venir ici se rincer l'oeil...)
Un nounours neurasthénique (dépression, thérapie, cachetons, alcool) ancien champion olympique, plaque tout (enfin, juste sa baraque où il a mis le feu accidentellement) pour enfourcher sa motoneige direction plein nord, là-bas où il vient d'apprendre qu'il a un fils de 4 ans...
Road-movie donc (plutôt no-road-movie, ou, encore mieux, just-snow-movie) puisque l'on va suivre Jomar (le barraqué barbituriqué) sur sa route blanche, au fil des gens qu'il rencontre (buddy-movie, donc, aussi). Succession -plus ou moins rapide, certains n'ont droit pratiquement qu'à une porte ouverte ou un coup de fusil- de gens du cru (une fillette qui s'ennuie avec sa grand-mère, un ado tourmenté, des bidasses cool, un vieillard en apparence serein...) avec qui il va partager des moments...
Les Norvégiens ne sont pas des gens extrêmement expansifs, ils disent ce qu'ils ont à dire (s'ils y arrivent), et basta.  Un ou deux verres de gnôle par-ci, un petit pétard par-là... On se sent comme pris d'une ivresse légère (...) On les écoute, et on passe ainsi l'essentiel du film avec le sourire aux lèvres, et les yeux brillants devant ces paysages enneigés plus grands que nature.
Ca fonctionne, juste à la bonne vitesse (la musique qui accompagne tout ça est très bien aussi), bref on aurait envie d'y être  aussi (le nounours poupon barbu y est sans doute pour quelque chose), les décors sont impressionnants, les personnages attachants, et, y a pas à dire, une maison en flammes sur fond de nuit polaire, c'est sacrément cinégénique!
Que demander de plus ?

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16 novembre 2010

déréférencées

ENTRE NOS MAINS
de Mariana Otero

Un documentaire très réussi. D'autant plus attachant que simple et sincère. La réalisatrice s'est attachée à l'histoire d'un groupe d'ouvrier(e)s (fabriquant des dessous féminins affriolants) qui, pour éviter les licenciements et la fermeture de l'usine, décident de se monter en scop (en coopérative). On suit toute l'aventure de a jusqu'à z, la réalisatrice n'est pas seulement un témoin invisible, mais elle existe, derrière son œilleton, dans cet espace de travail où la direction l'a autorisée à tourner (direction que d'ailleurs on ne verra jamais, même dans les scènes de "dialogue", et ne restera qu'une voix impersonnelle, comment pourrait-on mieux la catégoriser ?), puisque les ouvrières qu'elle filme la saluent, qu'elle leur pose des questions et que les demoiselles y répondent.. La caméra n'est pas seulement un dispositif, c'est aussi une personne, avec son cœur et son intellect, qui, même si elle ne prend jamais parti directement par les mots ou les faits, nous fait clairement comprendre de quel côté de la balance elle penche..
On est dans les soutien-gorges et les petites culottes, que l'on designe, découpe, assemble, façonne, empaquette, conditionne, tout en parlant directement, face caméra, de la situation, de son évolution, des inquiétudes, des espoirs et des regrets aussi. En réagissant, quoi.
On suit ainsi plusieurs personnages plus en détail, chacun(e) avec ses tics et sa personnalité, certains feront peut-être sourire d'aucuns plus que d'autres, mais nul(le) n'est jamais jugé(e) et c'est tant mieux. Elles sont toutes touchantes, ces ouvrières, Et leur détermination ferait même naître certains espoirs de révolte et de soulèvement, on pense Lip, autogestion, an 01, lutte finale, avant de se faire rappeler à l'ordre, et in extremis, qu'on est en 2010 et que Laurence Parisot,  actionnaires, délocalisations, et que la mondialisation et le capitalisme, et bien ça mondialise et ça capitalise à tout crin.
On y apprend des choses, aussi (je suis un ignare complet dans certains domaines.) Que dans le système de la coopérative  le patron n'aurait qu'une voix au chapitre, ni plus ni moins que chacun des autres participants, ce qui fait à la fois, sourire, rêver et espérer.
Et, si tout ne finit pas dans la joie, le film s'achève en comédie musicale à la Demy, où un quotidien pas forcément rose  bonbon est mis en paroles et musique, par ceux et celles qui viennent d'intervenir devant nous. C'est fragile et ça n'en est que plus beau.
Et l'on sort de cette aventure à la fois un peu optimiste et amer, en se disant qu'on n'ira pas forcément chez Cora la prochaine fois qu'on ira faire des courses...

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4 avril 2012

textiles et crevettes

SUR LA PLANCHE
de Leïla Kilani

Un film TNT. Tendu, nerveux, teigneux. Et rageur.  Qui a la franchise de nous annoncer dès les premières secondes comment tout cela finit. Mal. Et que j'étais d'autant plus curieux de voir que Malou ne l'avait pas aimé.
Premier constat : Malou, nous n'avons pas tout à fait les mêmes goûts! Moi j'ai plutôt beaucoup aimé... pour l'énergie qui sous-tend le film, pour la quasiment poésie sonore survoltée des dialogues (monologues) de Badia (qui sonnent, c'est vrai, tellement slam, tellement trop bien écrits que c'est peut-être ça qui t'a énérvée, non ?).
Portrait de quatre filles (enfin, plutôt d'une, centrale, et de trois autour), aujourd'hui, à Tanger. Boulot(s) de merde, envie de s'en sortir, rêves de richesse, petites combines, traficounets, rapports de force, et, évidemment, ça finit mal (mais on est prévenu dès les premières images...)
L'actrice principale (Soufia Issami) est formidable (mais les trois autres aussi sont très bien.) et n'est pas, c'est vrai, sans faire penser à Rosetta (même détermination, même opacité, même accompagnement de la caméra).Elle a plus de punch, elle est plus sèche, plus rêche, que ne l'était Emilie Dequenne. Car le boulot, elle l'a déjà, elle ne veut pas vraiment le garder, au contraire (les scènes dans l'usine de crevettes sont plastiquement saisissantes).
Même si on ne comprend pas tout, tout le temps, on reste vissé, sidéré, par tant de force, de noirceur, et finalement de réalisme (sans rien de misérabiliste ni de complaisant).
Avec le plaisir de retrouver en co-scénariste Abdel-Hafed Benotman, découvert il n'y a pas si longtemps (et accidentellement, en plus) avec son tres bel Eboueur sur l'échafaud, (chez Rivages), tout à fait dans le même ton.

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19 mars 2012

fentanyl

ANOTHER HAPPY DAY
de Sam Levinson

L'appréciation des films dépend aussi de avec qui on les voit. J'étais avec Marie, et je pense que si j'avais été avec Dom et Emma, je n'aurais pas réagi pareil... Je savais qu'elles n'avaient pas aimé (du tout) et je partais donc avec un a priori négatif (mais Emma m'avait dit "  peut-être à toi ça va te plaire...")
Finalement, c'est bien de ne rien attendre ou presque, on ne peut qu'être agréablement surpris! Et ce fut le cas. D'abord, précisons qu'il est malhonnête de vendre ce film comme une comédie.  il est sûr que certaines répliques au rasoir font mouche et m'ont fait rire (parfois rire), mais la tonalité d'ensemble est plutôt sombre.
Une famille américaine éclatée (la mère d'un côté, avec sa fille aînée qui se scarifie régulièrement au rasoir jetable, son cadet qui en est à sa quatrième cure de désintox, et le benjamin qui passe son temps à filmer tout ce qui passe à sa portée, et à se souvenir de nombres compliqués... et de l'autre côté son ex-mari qu'elle a fui parce qu'il la cognait et qui a refait sa vie avec une "maîtresse femme", et le fils qu'il a eu de sa première femme mais qu'elle lui a visiblement abandonné) va se décomposer / recomposer lors d'un week-end de mariage (oui oui, Festen, Mélancholia, Un mariage, j'aime bien ce genre de situation...).
Il y a énormément de malaise là-dedans, celui que ressentent les êtres en eux-mêmes (on a quand même un assez joli petit catalogue de maladies psy) et celui qu'ils provoquent dans leurs relations avec les autres. Toute la famille y passe quand il s'agit de commencer à régler les comptes, ou, tout simplement, s'expliquer, essayer simplement de dire les choses. Grands-parents, belles-soeurs, mère biologique ou pas, mère/fille, père/fille, frère/frère, ça tire de tout les côtés. et, bien évidemment, beaucoup plus de larmes que de franche rigolade au bout du compte.
Un film fort, en tout cas, et assez finaud. même si on peut -légitimement- trouver que la barque est tout de même assez chargée, et que, peut-être, du coup, beaucoup de choses ne sont finalement qu'effleurées (bon, autrement le film aurait fait quatre heures, mais je pense que ça ne m'aurait pas pesé.)

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(l'affiche est non seulement assez laide, mais plutôt menteuse...)

13 mars 2012

graine pourrie

ELENA
de Andreï Zviaguintzev

Vu en enfilade (!) du précédent le deuxième film dont j'avais vu la bande-annonce au moins 74 fois dans les diverses salles parisiennes.  Ladite bande-annonce racontait d'ailleurs à peu près tout assez précisément, Russie, image bleu glacé, violons de Phil Glass, portrait de femme, affrontements familiaux et sociaux. Amertume, malaise. Après Portrait au crépuscule, on nous confirme que la vie en Russie n'est pas spécialement youp la boum, et que cela a visiblement peu de chance de s'arranger, dans l'état des choses (et des gens).
Un film sec mais en même temps lyrique. Depuis longtemps un premier plan  n'avait pas  aussi bien exprimé la notion de durée -et donc de malaise-. Des fenêtres, un arbre, un corbeau. (immobilité, croassement). Puis un autre. A mi-chemin entre Angelopoulos et... Hitchcock, par exemple.
Portrait d'une femme qui se dédouble, d'un côté épouse d'un vieux riche russe pas très sympa (on ne sent pas leur couple véritablement ruisseler d'amour), dans leur grande maison impeccable et glacée, et de l'autre mère d'un chômeur qui vit en HLM pourrave avec femme et enfant(s) et qui passe son temps à zoner sur son canapé en attendant que sa chère maman, justement, lui ramène un peu de sous pour pouvoir aller refaire le plein de bière et de cacahuètes. entre les deux, elle prend les transports en commun.
Evidemment il lui en demande plus, et elle fait en sorte que, et ça continue en escalade mortifère et désabusée. Glacé, vous dis-je. Un thème unique (et bien choisi) de Phil Glass vient à point pour donner un genre de contrepoint répétitif (et lyrique) à ces existences fangeuses (et répétitives). Qui attend le générique de fin pour se laisser un peu aller, plus loin que les quelques premières notes qu'il aura répété pendant tout le film.
Sans concession, comme avait pu l'apparaître en son temps, disons La fille aux allumettes, de Kaurismaki. Noir. Même plan à la fin qu'au début, et il n'y a même plus d'oiseaux. un sacré porttrait de femme. Nadezhda Markina, multi -récompensée (une flopée de prix d'interprétation dans différents festivals) n'est pas tout à fait la Mère à l'enfant toute de douceur et d'amour suggérée par l'affiche (ou peut-être que si, justement...)
Intensément sombre.

 

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13 mars 2012

el cielo

HASTA LA VISTA
de Geoffrey Enthoven

Premier film de l'après-midi, à la bande-annonce vue et revue maintes fois, mais suffisamment accrocheuse pour me donner envie (c'est le but, direz-vous...) Trois mecs handicapés (un aveugle et deux paralytiques, pour faire bref) décident de partir en espagne dans un vieux bus déglingos pour ne pas mourir idiots (entendez "ils sont puceaux et ne souhaitent pas le rester ad vitam aeternam", puisqu'au moins un des trois est  promis à une mort proche. )
Le réalisateur met tout ça en place, sous la bannière de la comédie, dont on perçoit tout de même le mal-être et le désespoir sous-jacent(s), mais sans apitoiement, complaisance,  ni pathos (un peu vers la fin, tout de même, ok, mais c'était écrit dans le contrat depuis le début, d'une certaine façon...) excessifs.
L'intérêt étant, au début, l'affrontement entre les trois lascars qui font bloc contre leur chauffeur, Claude, dont ils ne s'aperçoivent qu'au moment du départ qu'il s'agit d'une femme, et même d'une maîtresse femme. Le voyage commence donc plutôt mal, nos trois zozos voulant la jouer macho et "on est assez grands pour se débrouiller tout seuls, on va pas se faire aider par une femme en plus" (le réalisateur épinglant au passage -savoureusement- le problème de la communication entre wallons et flamands.)
Road-movie en bus pourri et en fauteuil roulant, buddy-movie acerbe et vachard, feel good-movie mais avec une bonne dose d'amertume, avec des comédiens à saluer unanimement (les trois Pieds-Nickelés et leur fameuse Claude). Encore un excellent moment, décidément,  qui nous vient de Belgique.

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9 mars 2012

l'insurrection qui vient

LES CHANTS DE MANDRIN
de Rabah Ameur-Zaïmèche

Mettons les choses au point. Rabah Ameur-Zaïmèche figure parmi les plus doués des cinéastes français contemporains, je le redis et le répète, et je ne suis pas tout seul. C'est pourquoi j'étais un peu chagriné de ne pas avoir reçu son dernier film dans des conditions optimales. On a beau dire, mais les écrans du MK2 Beaubourg font quand même singulièrement riquiqui à côté de deux du bôô cinéma (même le plus grand de ceux-là est ridicule par rapport au plus petit de ceux-ci.) Grâce à Marie, je l'ai donc pu revoir en grandes pompes (et -ce qui a son importance- sans autre film adjacent.)
Encore une fois (comme pour Drive), le sentiment de ne pas avoir vu tout à fait le même film. La taille de l'écran le remet à sa juste place, et les qualités  indéniables du cadrage, de l'éclairage, des mouvements de caméra, sont enfin restituées à leur juste valeur.
Rabah Ameur-Zaïmèche fait des films à hauteur d'homme, des histoires de vrais gens, avec "sa" tribu (comme Guédiguian a la sienne) dans lesquelles il se met en scène, avec sur le visage la même paradoxale douceur que celle dont il enveloppe ses personnages et son son récit. D'aucuns critiquent ce qu'on pourrait nommer cette complaisance à se mettre ainsi en scène, à jouer des deux côtés de la caméra, personnellement, ça ne me dérange pas du tout, bien au contraire (R.A.Z est quelqu'un de plutôt agréable à regarder, et vraiment cette douceur fait du bien je le répète...)
Après une trilogie "contemporaine" (Weh wesh, Bled number one et Dernier maquis) voilà qu'il nous raconte encore peu ou prou la même histoire, précarité, révolte, solidarité, espoir, désespoir, pouvoir et contre-pouvoir, en l'habillant d'oripeaux historiques. R.A.Z fait un film en costumes, je dirais, une épure de film en costume, tant il se concentre sur l'essentiel, et ne dépense pas des millions de pépètes dans la reconstitution de la vérité historique accessoirisée et figurantée.
Les acteurs ? Jacques Nolot incarne, souverainement, un  jubilatoire marquis (le film aurait pu s'appeler Dernier marquis, pour rester dans la continuité, hihihi), qui vient rejoindre, à pied, descendu de son carrosse,  la joyeuse troupe de traînes-savates (les contrebandiers) qui gravitent autour de Belissard, leur chef-même-s'il-n'y-a-pas-de-chef (Rabah Ameur-Zaïmèche, très bien comme d'hab dans le registre de l'humanité bonhomme). Soyons franc, le niveau d'interprétation n'est pas toujours idoinement homogène (des textes parfois maladroits, des acteurs parfois moins convaincants, des scènes parfois moins justes) mais l'énergie et/ou la beauté de l'ensemble emportent le morceau. Haut la main.
Jusqu'à la scène du "marché" (où les contrebandiers convient les villageois), le film, est, pour moi, une réussite totale, parfaite. Chacun des plans, leur conception, leur enchaînement, tout est bon. Pas une faute de goût ni de rythme. On est au plus près des corps, des visages, de l'affrontement ( "tueur de flics" dès les premières minutes, marquis contre colporteur ensuite) puis pris dans une structure où l'encerclement ("tourner autour du pot") devient une figure de style et ce mouvement de caméra une écriture significative (le cheval qui tourne autour du marquis, les torches enflammées autour du même...) Menace ? Pas vraiment, il s'agirait de faire connaissance, de juger sur pièces, de s'apprivoiser. Le film juxtapose des moments vécus "au plus près".
A partir de ce moment là, où la caméra prendrait un peu de champ, et le scénar aussi, c'est comme si le récit était repris en main pour une narration peut-être plus "normalisée", et perdait alors un peu en force de suggestion ce qu'il gagne en pittoresque villageois. Et le récit va continuer d'alterner ces moments superbement plastiques (les chevaux sur fond de ciel, la construction de la barricade), et ces autres moments simplement "joués", et donc plus anecdotiques.
Le travail de R.A.Z est d'autant plus admirable et percutant qu'il oeuvre dans le signe, dans le détail, le fragment, dans la sensation, plutôt que dans la narration proprement dite.  On a un peu le sentiment que le film se laisse aller un peu dans sa dernière partie, se débraille, se détricote, joue un peu sur la redite, mais c'est peut-être  pour solliciter du spectateur une autre complicité (celle que Zvezdo appelait la connivence ?). Le message est ambigu, et le propos reste un peu flou, mais qu'importe, à l'image du superbe plan final, nocturne, lumineux, et mystérieux. Quid de l'instant présent, et quid de l'avenir ?
Top10, probablement...

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(l'affiche est vraiment superbe)

2 octobre 2011

vaporetto

IMPARDONNABLES
d'André Téchiné

Tombé amoureux illico de la canzonetta du générique (que j'ai d'ailleurs cherchée ensuite désespérément -et en vain- sur Internet : je sais juste que c'est une chanson vénitienne, mais je n'ai pas pu choper le nom au générique...). Je suis fidèle à Téchiné depuis le début (depuis Barocco, le deuxième film, à vrai dire), et j'apprécie toujours son cinéma, ce qu'il raconte et la façon dont il le fait. Ici, il a, bizzarement ?, renouvelé son casting, et tourne avec deux têtes d'affiche nouvelles, André Dussolier en écrivain en panne d'inspiration qui vient se ressourcer à Venise, et Carole Bouquet en agente immobilière qui va lui louer une maison dans laquelle elle va ensuite habiter avec lui.
Adapté d'un roman de Philippe Djian, l'histoire est dense, peut-être trop : la fille de Dussolier qui vient puis disparaît avec un jeune narco-trafiquant rital, une ancienne maîtresse de l'agente immobilière est engagée par le même Dussolier pour la filer et la retrouver, le fils de ladite détective, qui sort de prison, est engagé par le même pour filer sa femme qu'il soupçonne d'infidélité, avec laquelle il aura d'ailleurs une brève liaison... Tout ceci se met en place, interfère, et complexifie la lecture du récit, dans une Venise curieusement filmée sans le folklore habituel, ni gondoliers ni carnaval, pour faire court.
Disparitions, filatures, coups de foudre, étreintes, violence, variations sur l'amour, le début de et la fin de. Tout ça est furieusement romanesque, j'adore.  Carole Bouquet est magnifique (hmmm ses petits cheveux), dans un rôle de femme mûre et belle qui ressemble à son image "publique" : " Tu fais bander tout le monde, mais toi tu bandes pour personne..." lui confie son ex-amante) et Dussolier est tout aussi bon, même si, me semble-til il a parfois tendance à un peu surjouer -de ses yeux et de ses sourcils notamment.
Les élans du coeur, la confusion des sentiments, les souvenirs et les regrets aussi, bref, qoui, l'amour toujours l'amour, selon Téchiné (même si ici aussi -surtout ?- selon Djian). Avec pas mal de métaphores aquatiques (embarcation, traversée, moteur en panne, à la rame, etc.) Et des jumelles, pour pouvoir surveiller. (Ou avoir l'illusion de).
Ce que je garderai  de ce film ?  Sans doute l'image de la mort -aussi violente que soudaine- d'un petit chien. Eh oui!


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(l'affiche est menteuse, puisque c'est Dussolier qui se sert des jumelles)

15 septembre 2011

fumée blanche

HABEMUS PAPAM
de Nanni Moretti

Nanni Moretti, en général, j'aime plutôt bien. Un revendicateur, un gueulard, un rouge, un anti-Berlusconi... Que  demander de plus ? il fait des films brillants, cinématographiquement parlant, politiques aussi, par essence, et par là même pas forcément aimables. L'homme d'ailleurs (Moretti) ne l'est pas forcément non plus, agréable ni souriant, mais qu'importe.
Je lui dois quelques bonheurs filmiques (Journal intime, par exemple...) durables. habemus papam fait certes partie de ces bonheurs, mais je ne suis pas sûr qu'il fera partie des durablement incontestables (ou incontestblement durables, règle dite "de l'adverbe adjectivé" -ou de l'adjectif adverbé, comme on préfèrera). il rentre dans la même catégorie que Palombella rossa, La messe est finie, ou La chambre du fils.

Le pape est mort, un nouveau pape est appelé à régner doit être élu. Le (concile? conclave? synclave? symphise?) se réunit pour l'occasion. décorum, grandes pompes, froufroutis de robes rouges et frémissement de tiares, journalistes en grappes effervescentes et fidèles massés sur la place St pierre... Pour ce qui est de la figuration, Moretti n'a pas lésiné...
On fait plusieurs tours de vote, on dépouille, chacun prie pour ne pas être l'heureux élu, et plaf! le sort désigne le Cardinal Melville (Michel Piccoli) qui, hop, illico va péter les plombs (et se mettre à crier comme le pape du même nom dans le tableau de Francis Bacon).
Il ne pense pas être fait pour cette tâche, cette charge, ce fardeau, et bref, ses hésitations et tergiversations vont gripper la machine du cérémonial protocolaire bien établi, et les choses vont s'immobilisées et rester suspendues, comme dans un arrêt sur image, une situation jamais de jamais vue au Vatican.
Piccoli, bien vieilli,  est excellent dans un rôle de presque pape, certes, mais qui fait penser aussi à son personnage dans le Je rentre à la maison, de Manoel de Oliveira.

Moretti filme "de l'intérieur" toute cette histoire, depuis les fastes officiels jusqu'aux flottements très officieux (publiquement, rien ne doit transparaître) et se met lui-même en scène dans le rôle d'un psy venu pour aider le papounet dans le secret le plus absolu (confiscation du portable incluse), et qui, au chômage à cause de l'évanescence temporaire dudit pape va organiser... un tournoi de volley-ball entre les évêques (un moment délicieux du film, même si d'aucuns le trouvèrent "trop long").

Le film ainsi navigue entre le franchement drôle, le souriant, et le grinçant, voire l'amer, mais sans jamais en rajouter... Aussi attentif (attentionné)quand il s'attache à un homme seul (Piccoli, impressionnant) qu'envers une communauté entière (les évêques à l'intérieur, les journalistes dans la télé -une scène qui m'a fait hurler de rire- et les fidèles sur le parvis). Miraculeux, pourrait-on dire ?  A voir, en tout cas, ma foi...

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24 août 2011

scalpel

LA PIEL QUE HABITO
de Pedro Almodovar

Précisons d'emblée que j'ai depuis toujours un léger problème avec Pedrito : même si je vois voir chacun de ses films dès leur sortie (bien entendu uniquement en VO!), même si je prends un certain plaisir (souvent même un plaisir certain) à leur vision, j'en reviens au même constat : qu'il y manque toujours quelque chose pour que cela soit du "grand" cinéma (et j'ajoute en murmurant que, comme Quentin Tarantino par exemple, Pedro Almodovar fait partie des cinéastes surestimés). C'est du cinéma qui se dissout, qui s'évapore, dont, au bout de quelques temps, il ne reste rien, ou presque.
La sympathie qu'on pouvait avoir au début pour l'aspect trashy-provoc-movida s'est doucement émousseé/estompée au fil des ans, et ne resterait alors que quelques tics : relations familiales "complexes" (ton père est ta mère, ta soeur est ton frère, etc.) , changement(s) de sexe's), absorptions de susbtances diverses, et envie d'avoir enfin la fichue Palme d'Or à Cannes.
Et cent fois sur le métier donc il remet son ouvrage. Il a l'envie, mais il a aussi le talent. La technique, il faut le reconnaître, est irréprochable. Pedro connaît la grammaire et les codes sur le bout du petit doigt, et nous met tout ça hyper bien en place. mais, oui,  il manque quelqué chosé (pour parler français avec l'accent espagnol, et dieu sait si, à ce propos, il est doux à mes oreilles d'entendre parler cette langue si belle -je sais je ne suis pas objectif- et donc cet argument devrait me valoir une admiration sans bornes pour tous ces films, alors que non.)sans que je puisse dire précisément qué.
Là, ça commence plutôt mal à mon goût. les dix premières minutes du film sont pénibles, voire même chiantes (je me suis dit "je m'ennuie, là, si ça continue, je ne vais pas tenir deux heures, je pourrais presque envisager de sortir...") quand soudain, heureusement, le récit démarre vraiment (après ce deuxième flash-back "six ans auparavant"), la narration s'emballe, met les gaz, et empoigne vraiment le spectateur. Il faut dire que l'histoire, inspirée du roman de Thierry Jonquet Mygale, (que j'avais lu et apprécié  il y a très longtemps -même si je n'en avais plus trop de souvenirs : je me souvenais juste qu'il s'agissait de séquestration, de vengeance, et qu'il y avait un "truc" qui faisait frémir, mais je ne parvenais plus à me souvenir duquel) que l'histoire, donc, était suffisamment tordue et dans ses cordes qu'elle avait tout pour titiller notre Pedro, pour qu'à son tour il nous titillât, nous autres spectateurs..
il faut reconnaître qu'il y réussit plutôt bien. Le regard est clinique, le ton chirurgical, et cette histoire de folie(s) est presque inhabituellemnt grave, à ce point, en tout cas, chez Almo.
Glauque, malsain, venimeux, vénéneux, tous ces qualificatifs conviennent parfaitement. On ne peut pas trop déflorer l'intrigue, sous peine de gâcher le plaisir de la découverte du spectateur potentiel. Disons juste qu'il s'agit d'un docteur qui fait des expériences sur une peau de synthèse, et séquestre dans sa maison/clinique privée une mystérieuse jeune femme (à qui, il a, semble-t-il donné le visage de sa défunte épouse).  C'est noir, très noir, et c'est rien de le dire...
Il fauttout de même rendre à Georges ce qui lui appartient, et on ne peut passer sous silence (ce qu'aucun critique n'a omis de faire)  la filiation évidente (encore une histoire de famille...) du film avec Les yeux sans visage, de Georges Franju, (docteur maboul, demoiselle séquestrée, expériences, trouille...), en précisant toutefois que la comparaison entre les deux ne tournerait pas forcément à l'avantage de Pedro...
A part ça, ça fait toujours plaisir de revoir Marisa Paredes et Carmen M, les deux vestales maison (même si ça rigole nettement moins que d'hab'), et de saluer le retour -provisoire- au bercail (après tant de niaiseries américaines) de l'ami Antonio Banderas, dans un rôle plus mature et ... habité (dire qu'il y a quelques années, il se tortillait lascivement en slip sur un lit en sussurant  'follame, follame..." Les temps changent...)

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17 août 2011

le garçon aux pâquerettes

UN CHIC TYPE
de Hans Peter Moland

Le titre est juste un clin d'oeil à La fille aux allumettes, d'Aki Kaurismaki, réalisateur auquel le film m'a fait penser. Même héros mutique ou c'est tout comme, mêmes personnages assez uniformément moches, même environnement grisâtre, même "humour" très noir et très froid. L'omelette norvégienne que j'évoquais dans Happy happy, ici, on a oublié de la passer au four. Glacé dehors et glacé dedans. ça pourrait faire mal aux dents.
Si j'évoque La fille aux allumettes, c'est parce que c'est pour moi un  chef-d'oeuvre dans le genre. Une noirceur ultime, assumée, aboutie, en même pas quatre-vingt minutes. Un condensé, une épure, un prototype. Pas un plan de trop.
Le film de Moland est finalement moins pessimiste (quoique), mais le réalisateur commet peut-être l'erreur, contrairement à Kaurismaki, d'un peu trop prendre son temps.
Ici, un mec qui sort de taule après douze ans reprend contact avec la vie réelle. Un "ami" lui trouve un logement dans le sous-sol de chez sa soeur (une souillon en dimettes particulièrement revêche), du travail dans un garage miteux, entre un patron aussi chrétien que bavard et une secrétaire aux faux-airs de de Florence Loiret-Caille (elle aussi, revêche, mais pour d'autres raisons). Il reprend aussi contact avec sa femme, qui ne veut plus le voir, et son fils, qui a fait croire à sa nouvelle copine que son père est mort. Ambiance. D'autant plus que l'"ami" en question (perpétuellement flanqué d'un sous-fifre tête-à-claques) voudrait bien que, en règlement de ses dettes, notre ex-taulard aille flinguer celui qui l'a balancé...
Après une exposition placide (c'est le moins qu'on puisse dire), le film se met en route, autour de cette micro-question : tuera-t-il, tuera-t-il pas ? mais force est de reconnaître que le réalisateur sait nous intéresser à cet univers pas joli-joli, ni joyeux-joyeux. On n'est vraiment pas au pays des bisounours...
La figure centrale, c'est Stellan Skangard, qu'on a déjà vu dans pas mal de films nordiques et/ou polaires, et il faut reconnaître qu'il fait merveille ici. Sa carcasse impressionnante semble abriter un personnage plutôt doux, placide, qui se fait mener par le bout du nez (et parfois d'autre chose) par les gens autour de lui. Sauf que, quand il se réveille, il peut se montrer très convaincant (la scène avec le mari de la secrétaire).
On le voit mal barré, plus le film avance, et d'ailleurs à un moment on peut se demander comment tout ça va se terminer, mais, habilement, le réalisateur parvient à nous étonner, avec une légère bifurcation de scénario, et réussit  même à placer en toute fin un quasi incroyable petit rayon de soleil printanier... A moins que ce ne soit, encore une fois un faux-semblant ?
Nordiquement plaisant, donc.

Merci, en tout cas, à JR et à ses conseils, qui m'a ainsi permis de découvrir ce film qui n'a pas eu la chance d'arriver jusque par chez nous...)

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(l'affiche est assez laide, mais représente assez justement le film...)

9 août 2011

riz au lait

HAPPY HAPPY
de Anne Sewitski

J'ai d'ordinaire une grande tendresse pour les films "nordiques", et j'y vais à chaque fois quasiment les yeux fermés. Le genre "omelette norvégienne" où l'humour joue la douceur de la meringue qui dissimule la glace du mal-être, ça me convient tout à fait. La thématique "scandinave" (neige, glace, aurores boréales fjords et j'en passe) aussi. Je suis donc allé voir Happy happy, malgré une recommandantion mollette de Dominique qui l'avait déjà vu (j'aime bien me rendre compte moi-même). J'en suis sorti happy, mais pas vraiment happy happy.
Histoire de deux couples dont le deuxième vient emménager juste en face du premier dans un genre de trou du cul du monde enneigé, loin de tout. Ils vont sympathiser rapidos lors de soirées "jeux de société", et commencer carrément une relation adultérine entre le mari du deuxième et la femme du premier. (Il s'avèrera assez vite que, si la femme du deuxième n'est pas dupe, le mari du premier est gay, et craquerait bien d'ailleurs sur l'autre mari, d'où malaise...)
Le film est frustrant, dans la mesure où il ne va pas au bout des possibilités qu'il semble au départ se créer, et finit donc par décevoir, dans des situations répétitives où des rebondissements un peu mous.
Sympathique mais un peu raplapla.

(Et j'adore le moment où la femme du deuxième aplatit la tête de l'enfant du premier dans son assiette de riz au lait, mais c'est une longue histoire...)

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15 mai 2011

on est les versions tristes

RABBIT HOLE
de John Cameron Mitchell

Oh le beau film. Le réalisateur du furieusement, joyeusement, et plurisexuellement cul Shortbus (qui m'avait tant plu à l'époque) signe ici un opus à des kilomètres d'années-lumière du susdit. J'avoue que je me désintéressais depuis assez belle lurette de la carrière de Nicole Kidman, vu les grosses daubasses dans lesquelles elle s'obstinait à tourner (la dernière fois qu'elle m'avait "touché", c'était dans The Hours, c'est dire...). Et là, soudain, c'est... miraculeux ou quasiment. Elle est parfaite. Dans un projet qui visiblement lui tenait à coeur (elle l'a initié et même elle le produit.) : l'histoire d'un couple dont le jeune fils vient de mourir et qui  tente de "continuer".
Un film "doux", un film en retrait, en pudeur, en retenue. Replié vers l'intérieur. Le quotidien de chacun des deux, ensemble ou séparément, la famille autour (la sienne à elle), l'extérieur (les voisins, les collègues) dans ce qu'il peut avoir d'apparemment "simple"... Ce qui se passe en apparence, et ce qu'on ne voit pas, à l'intérieur.
Le partenaire de Nicole Kidman est Aaron Eckhart, et il est au moins aussi bon qu'elle, dans le rendu de ce "ça", de  cette douleur rentrée,  enfouie, installée. Avec laquelle il faut vivre, ou ce qui y ressemble, ce qui en donne  grosso modo l'apparence. Chacun des deux réagit à sa façon, elle essaye d'effacer progressivement les traces de la présence de cet enfant disparu, lui au contraire ne veut ne peut rien oublier, rien perdre. Vider la chambre ? Refaire un autre enfant ? Assister à des séances de thérapie ?
Leur quotidien comme ouaté, la réalité vaguement présente, estompée, à l'image exacte du film. Filmé comme avec respect. Toujours sur la retenue, sur la réserve. Ou presque (il est d'ailleurs significatif que les seules scènes qui détonnent sont celles des disputes en tre les époux, où, soudain, on perçoit le jeu des comédiens, -forcé ?-, alors que le reste du temps ils se contentent d'être, juste, d'être exactement idéalement, simplement justes.
Chacun tente de trouver une échappatoire. Elle se rapproche de l'adolescent qui a provoqué le drame (il est parfait lui aussi), tandis que lui fait de même avec une des participantes du groupes de thérapie auquel il se rend régulièrement.
Ils tentent, ils réapprennent.
Avec un sujet pareil (la mort d'un enfant) il y avait le risque (le danger) d'en faire des tonnes, dans le lacrymal et le sordide (pathos ou putasse). Il n'en est rien et c'est tant mieux. On a (presque) tout le temps  -je le redis- le sentiment d'une justesse quasi miraculeuse. même si le film est adapté d'une pièce à succès, même si le réalisateur n'a pas obtenu le director's cut qu'il escomptait, même si certains critiques parlent de grosses ficelles (les sots), on a juste le sentiment d'assister oui à un genre de miracle. Le réalisateur réussit à faire exister véritablement les personnages secondaires (la mère, la soeur, l'autre couple) en insérant sans accroc dans cette trame fragile et "rectiligne" des moments extérieurs bienvenus, de sourire, voire de fou-rire, quand   il ne s'agit pas de larmes carrément!
(Je suis tout de même curieux de savoir ce que John cameron Mitchell aurait véritablement fait, tant ce film-ci me semble cohérent et honnête. Peut-être dans un univers parallèle existe-t-il...)

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(version française à gauche, version américaine à droite)

4 mai 2011

le vol de sept moustiques

L'ETRANGE AFFAIRE ANGELICA
de Manoel de Oliveira

Décidément, Papy Manoel n'est jamais vraiment là où on l'attend. En général soit j'adore complètement soit je déteste vraiment à donf. Là c'est la première hypothèse qui a, comme on dit, prévalu (j'ai même lutté pour ne pas fermer l'oeil tellement ça me plaisait.)
L'histoire d'un photographe engagé pour photographier une jeune morte, et voilà que la morte se réveille et lui fait un signe amical, mais visible seulement de lui. D'où trouble. D'autant plus que ce jeune homme, amateur de photographie, s'occupe aussi de prendre des clichés des vigoureux bêcheurs lusitaniens (hmmm rien de mieux que le travail à l'ancienne...) voisins, mais ceci ne va pas le détourner de cela, et il va en concevoir comme qui dirait une obsession.
Ajoutez une logeuse affectueuse, un soeur bonne soeur, un servante pincée, un mendiant insistant, un médecin attentionné, et vous (n') aurez (qu') une petite idée de ce qui se passe. Ajoutez aussi un oiseau dans sa cage, des photos accrochées à un fil, une enveloppe froissée, des oliviers, une chanson virile...
Le film est une merveille, plastiquement parlant. Parlant de la photo, Oliveira  donne à son film la forme de son sujet. Il pratique apparemment  un cinéma du peu. Un oeil peu attentif y verrait presque quelque chose de suranné, de vieillot. Du simple (simplet ?) en apparence.
Un plan, un sujet (un objet ?), mais comme c'est un cinéma extrêmement intelligent sous des dehors simplets, il y a toujours au moins un "truc" en plus (au sens de la magie) par plan aussi. Ça serait un film à regarder quasiment à la loupe et image par image, si on voulait vraiment épuiser tous les plaisirs cachés qu'il recèle.
Un travail soigneux sur la bande-son (camions qui passent, ouvriers qui chantent) vient compléter, soutenir ou contredire ce même travail qui s'effectue à l'image.
A chaque instant il se passe quelque chose, à voir, à entendre, à deviner, à interpréter... C'est vraiment assez jouissif. L'apparente raideur de la narration dissimule mal la richesse de l'ensemble. Oui, on jubile, et on en redemande. Comment on dit "encore! " en portugais ?

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9 février 2011

l'amour c'est gai, l'amour c'est triste

ANGELE ET TONY
d'Alix Delaporte

MARDI APRES NOËL
de Radu Muntean

Vus dans cet ordre, et c'était très bien comme ça. Deux versants, en quelque sorte d'une même histoire : comment l'amour arrive et comment l'amour s'en va. En français dans le texte, et ensuite en roumain. Mon coeur de midinet se régale à ce genre de "comédies dramatiques homme/femmes mode d'emploi" (dont un des mètre-étalon pourrait être, par exemple le 5x2 de François Ozon). J'ai été ravi de les voir les deux à la file, car vus indépendamment, ils eussent chacun perdu un petit quelque chose je crois, car, comme le disent les mathématiciens et parfois les critiques, "le tout fut alors supérieur à la somme des parties"...

Angèle et Tony ont du mal à mettre leur histoire sur pied. Lui est pêcheur, elle sort de prison. Un gros nounours timide et une demoiselle comme barbelée par la vie vont tenter de s'apprivoiser. Clotilde Hesme et Grégory Gadebois sont plus que parfaits dans ce "rafistolage" affectif de leurs deux solitudes prudentes et aussi écorchées l'une que l'autre. J'avais envie de pleurer, et ça tombait bien, j'ai pleuré, et à plusieurs reprises. La jolie musique tristounette y a aidé aussi, et ça faisait du bien ainsi de s'épancher. Même si c'est un film trop beau pour être vrai...

Pendant ce temps, en Roumanie, Paul, un craquant papa roumain, marié, père d'une fillette charmante, se découvre amoureux de la dentiste de sa fille, au point de (prendre la décision de) se se séparer de sa femme, pourtant charmante elle aussi, mais, moins jeune. La caméra observe quasi cliniquement les tenants et les aboutissants de cette histoire qui s'achève / cette histoire qui commence, en d'amples plans-séquences, d'autant plus intenses et impressionnants qu'ils restent d'une sobriété exemplaire. Radu Muntean (qui me convainc et me séduit -oui comme tout un chacun, et spécialement au cinéma, j'ai besoin d'être séduit-  encore plus ici que dans son précédent Boogie) livre ici une radiographie clinique (mais, paradoxalement, extrêmement humaine et réaliste) d'un couple et de sa désagrégation.

Le film d'Alix Delaporte est peut-être de facture plus "classique" (mais ancré dans une réalité sociale toute aussi... réaliste, même si les Inrocks ont chipoté dans leur critique en trouvant que le film ne l'était pas assez -réaliste- ahlala ceux-là des fois, ils m'énervent!), et nous refait peut-être le coup des "deux si mal assortis en apparence au début qui vont quand même finir par se retrouver ensemble à la fin", mais d'une façon si foncièrement honnête qu'on ne peut qu'y être sensible (et donc attendri, touché en tout cas.) Malgré quelques maladresses de détail (notamment un long plan de Clotilde Hesme  en vélo si mal filmé qu'on finit par se demander qu'est-ce qu'elle est en train d'y faire), mais avec quelques scènes suffisamment touchantes (j'ai personnellement un faible pour la répétition de Blanche-Neige) pour qu'on ne puisse que se rendre à l'évidence : ces deux-là, qu'est-ce qu'on les aime! 

"Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour." (air connu)

Le film roumain impressionne par sa maîtrise formelle, sa sobriété, sa densité, où, à travers quelques moments "quotidiens" (officiels ou volés) : une rencontre entre amants, des achats de Noël au supermarché, un rendez-vous chez l'orthodontiste, il parvient, sans effets de manches, à mettre en évidence ce qui se construit/ce qui se détruit dans la vie de cet homme et de ces deux femmes. Impeccable, le film est véritablement tenu, jusque dans ces ultimes notes, qui nous laissent face à un couple, facticement reconstitué pour un soir (et sauvant les apparences pour le repas familial de Noël) regardant ensemble, hors-champ, des enfants qui chantent.

"S'aimer, c'est regarder dans la même direction..." (Love Story, hihi). Conneries.

Deux films parfaitement complémentaires, et finalement, tout aussi indispensables.

" Ni avec toi, ni sans toi" (huhuhu)

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(complémentaires aussi, les affiches : celle de Mardi après Noël, film qui parle de fin, prend une image du tout début, et celle d'Angèle et Tony, qui parle de début, utilise une image de la toute fin...)

22 janvier 2011

queue amovible

FANTASTIC MR FOX
de Wes Anderson

Comme l'année dernière (et chaque année d'ailleurs, ou presque) je voudrais remercier ici publiquement le Festival Téléramuche de me permettre de mourir moins idiot, en voyant des films que j'aurais plus ou moins sciemment ratés au cour de l'année. Celui-ci par exemple ; bon d'accord il n'est passé qu'en VF dans le bôô cinéma, mais, malgré le nom du réalisateur, une "adaptation de Roal Dahl en marionnettes" ne  titillait que mollement ma curiosité.
Quel idiot! (moi). Depuis que j'ai arrêté les cigarettes qui font rire, je ne me souviens pas d'être, sans l'aide d'aucun adjuvant psychotrope, sorti d'un film dans un tel état d'euphorie,  d'enthousiasme, de... légèreté, (j'aurais presque pu esquisser une petite chorégraphie à la Gene Kelly dans le hall bondé en allant aux toilettes.
Et c'est bien la première (et sans aucun doute la dernière) fois que je sors d'une salle de cinéma en étant quasiment tombé amoureux d'un opossum (et je précise que c'était avant de voir au générique de fin que ledit opossum était doublé par Bill Murray (petit aparté sans aucun rapport : qui se souvient combien Bill Murray était beau quand il était jeune ? chaque fois que je revois Tootsie, ça me frappe de la même manière, fermons l'aparté).)
Bon, clamons-le bien haut, ce film est une mer-veille! (et je pèse mes mots). Oui, un film merveilleux, dans tous les sens du terme, où les animaux se tiennent debout, portent des vêtements et parlent comme vous et moi, et ont pourtant gardé leurs spécificités d'animaux (les poils, surtout...). Ils investissent dans l'immobilier, certes, mais ils ont toujours envie de croquer les poulets et autres volatiles  (qui, eux, ne sont pas humanisés, mais juste ravalés au simple rang de marchandises et d'aliments), des trois big méchants fermiers industriels qui habitent en face,  plus exactement de les leur voler, (car le chapardage comme le creusage de tunnels, sont dans les gênes des mammifères carnivores, isnt'it?).
Le film relate la guéguerre sans merci que vont se livrer les animaux contre les humains, mais pas que.  Il y a des courses-poursuites, il y a de la pyrotechnie, il y a des retournements de situation, il y a des affrontements, mais, comme on est dans un film d'Anderson, il va être aussi question de famille, au sens plus ou moins large,  de grandir et de "faire ses preuves", de tenir ses promesses, de se sentir "différent", avec des rires, des sourires, de l'attendrissement, de la mélancolie parfois, et de tendresse souvent. Une merveille, je vous dis...

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ps : je viens de revoir le film (et j'ai toujours autant aimé) et je fais amende honorable : ce n'est pas tout Bill Murray qui double Kylie l'opossum, mais Wally Wolodarsky...

 

20 décembre 2010

on va essayer de s'en sortir

WELCOME TO THE RILEYS
de Jake Scott

(Ah, je comprends mieux à présent, pourquoi le film est produit par Ridley Scott et Tony Scott... c'est une affaire de famille!). Toujours est-il qu'hier soir, comme la pluie avait remplacé la neige (!) et que les routes étaient praticables, je suis allé au bôô cinéma... Ce film-là, je ne sais pas trop pourquoi, j'avais envie de le voir, malgré des critiques plus figue que raisin, (je crois que la présence du gros James Gandolfini au générique et sur l'affiche n'y  était pas étrangère... Ce gars-là (lapsus : j'avais tapé ce gras-là!) me fait fondre... Il a un côté maximonstre (la stature -dans sa grosse paluche, le téléphone portable a vraiment l'air d'un jouet- et les poils) et la menace potentielle, mais là, il est tout en douceur, tououout en douceur, comme un gros nounours asthénique  et confortablement rassurant.)
On a raté les premières minutes du film (décadrage, puis recadrage approximatif qui empêchait de lire les sous-titres) à cause du projectionniste de mauvaise humeur (et de mauvaise foi). C'est toujours désagréable (frustrant) de louper la porte d'entrée d'une histoire mais bon, la structure du film est suffisamment simple pour qu'on puisse néanmoins tout comprendre.
Le gros nounours a une maîtresse (serveuse dans un  bar), une femme (dépressive) et une fille (morte à 15 ans dans un accident de voiture.) Il va être bientôt encore plus triste (c'est émouvant de voir cette montagne sangloter dans son garage la nuit) et, au cours d'un voyage d'affaire, rencontrer une jeune strip-teaseuse, larguée elle -aussi (elle est agressive, mal fagotée, vulgos, dit fuck tous les deux mots, et veut absolument le baiser mais lui non), avec laquelle il va tenter une, comment dire, reconstitution virtuelle de cellule familiale, aidé en cela par l'arrivée inattendue de sa femme.
C'est un film, comme on dit, "en mineur",(avec la petite musiquette de piano mélancolique qui va avec) une histoire  simple de gens tous plutôt très tristes au début, et qui le seront peut-être un tout petit peu moins à la fin, mais en tout cas ça m'a plutôt bien plu. (Je crois que j'aime bien ces histoires simples de famille(s), ça me semble tellement... exotique!)

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14 décembre 2010

mal rasés

A BOUT PORTANT
de Fred Cavayé

Moi, je voulais juste, ce vendredi soir, me changer les idées, et tiens pourquoi pas en allant regardant la belle gueule virile de Gilles Lellouche. Je n'en demandais pas plus. En tout cas je m'attendais pas à un thriller aussi efficace, aussi tenu, qui ne vous laisse pas une minute de répit (je ne me souvenais plus que j'avais autant d'ongles disponibles à ronger.)
Un truc sec et tendu, avec Roschdy Zem en sphynx truand, et Gillounet, donc, en "personne" (c'est Roschdy qui le dit) embringué dans un truc qui le dépasse (et où il sera d'ailleurs amené à se dépasser lui-même, tellement il court, hihihi...), où (presque) tous les flics sont ripoux (Mireille Perrier ou Gérard Lanvin, à votre avis lequel des deux est le plus fieffé salopard ? je vous aide la réponse est contenu dans la question...) et où ça défouraille (j'aime bien ce verbe) dans tous les coins.
Un excellent plaisir de vendredi soir (qui confirme que la barbe de trois jours est, non seulement tendance, mais aussi, en gros plan, extrêmement photogénique. Miam!) vu dans une salle contenant au moins quatre fois plus de spectateurs que celles où je vais d'hab', où l'on me lorgna avec une pointe de curiosité à mon entrée (je réalisai plus tard que j'étais le seul à y être venu tout seul, tout autour de moi ce n'étaient que Bobonnes et Bobons (ou, en version teenage, Bobonnettes et Bobonnets!)

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9 décembre 2010

tous les petits animaux morts

PIEDS NUS SUR LES LIMACES
de Fabienne Berthaud

Agenex : C'est le moyen mnémotechnique que j'ai trouvé pendant la projection pour me rappeler les trois états par lesquels je passais et repassais successivement : agacé, énervé, exaspéré. Une histoire à propos de deux sœurs : une  blondinette qui embrasse les arbres (ça m'a rappelé un dessin de Reiser...), fabrique des porte-clés en vraie taupe crevée, et vernit en rouge les ongles des dindons (oui, bon, on peut dire autrement : elle est givrée, quoi), et sa frangine donc, toute aussi blonde mais beaucoup plus (mieux ?) formatée, limite psycho-rigide, quoi! L'intégrée vs la désintégrée, quoi...
Ludivine Sagnier (qui reconnaît elle-même qu'il serait temps que les réalisateurs réalisent, justement qu'elle a trente ans, et arrêtent de lui refiler des rôles de gamine) se sort comme elle peut d'un rôle impossible, (tellement il est chargé, comme la mule du même nom) à tel point que, juste après la scène où la sœurette fantasme l'avoir noyée dans la baignoire tellement elle est chiante (et c'est rien de le dire), j'en ai quasiment soupiré d'aise : ouf, enfin la paix! Mais ce n'est hélas qu'une fausse joie, et de bien courte durée.
C'est rare que cela se produise quand je vais voir un film, mais là, vraiment, plusieurs fois, j'ai envisagé de me lever et de quitter la salle, tant tout cela m'exaspérait, gamineries, enfantillages, minauderies, caprices, hurlements, hystérisations sororales, (mais bon, peut-être c'est juste parce que je suis un gros bourrin, incapable d'apprécier (je cite  de mémoire, Libé me semble-t-il, "un regard de femme porté sur le portrait de deux sœurs") enfin, à chaque fois, de scène énervante en scène pénible, je me suis dit "allez, reste encore un peu...". Parce qu'il faut reconnaître que tout ça n'est pas filmé avec les pieds, bien au contraire (euh, je précise que ceci est un compliment...).
Et bien m'en a pris. Car c'est vrai que le dernier quart d'heure m'a, soudain, intéressé. Bon, il y a l'intervention d'un genre de rugbyman très agréablement mal rasé, certes, mais pas que... Comme si, après une interminable exposition,  le film prenait enfin véritablement  son rythme de croisière, son intérêt. D'un réel fantasmé, on serait ainsi passé à un genre de fantasme réalisé. Où la réalité n'est plus du tout réelle, donc.
Un peu trop tard, sans doute...

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24 novembre 2010

interprètes

LES ARRIVANTS
de Claudine Bories & Patrice Chagnard

On continue avec le mois du documentaire, et voilà encore un documentaire très fort. Quelques mois dans les locaux du CAFDA (Centre d'accueil pour familles demandeuses d'asile), dans un dispositif qui pourrait évoquer l'excellentissime Les Bureaux de Dieu, et dont le contenu évoque - en vrai-  le titre du bouquin de Bourdieu qui m'est revenu en tête pendant la projection : Toute la misère du monde.
On suit ainsi quelques familles et quelques membres du personnel chargé de  les prendre en charge justement. Tamouls, Mongols, Roumains, Ethiopiens, avec qui il faut bien réussir à communiquer. D'où les interprètes du titre de ce post, précieusement indispensables, dont certains d'ailleurs ne se cantonnent pas à ce rôle de casques bleus de la communication, comme celui qui finit par expliquer à Caroline, la jeune assistante en train de péter un peu les plombs, qu'il n'a pas pu traduire à son interlocutrice des mots comme "On n'est pas un hôtel, ici...".
Un beau documentaire, oui, simple et poignant, sur les conditions ubuesquo-kafkaïennes des paperasses et des dédales administratifs à travers lesquels on promène, ces, justement, arrivants. Sur les bouts de ficelles avec lesquels tentent de se débrouiller les assistantes sociales, rouages "humains" de la grande machinerie judiciaro-sociale. Tickets de restauration, cartes orange, centres d'hébergement...
Il y a aussi un éléphant, en statue, qu'on a vu primo-arriver au petit matin, dans une camionnette, et qu'on retrouvera vers la fin du film, en plein milieu d'une fête tamoul au beau (très beau)  milieu de Paris.
Portrait juste de quelques justes, donc, qui ne que que vous promener entre les larmes de l'émotion, et le sourire de l'émotion aussi, justement.

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6 novembre 2010

aurore boréale

HOME FOR CHRISTMAS
de Bent Hamer

Vu chez moi, en avant-première, grâce à mon amie Zabetta, qui a de l'entregent dans le cinéma. Un réalisateur plutôt intéressant (La nouvelle vie de Monsieur Horten, Kitchen stories) dont je continue à suivre les traces avec un très grand plaisir.
Film choral, une nuit de Noël en Norvège... Des vies minuscules, vous, moi, ordinaires, entre joie et tristesse, espoir et déception, vérités et mensonges, bonne action et saloperie, naissance et mort, vengeance et pardon, avec un certain, osons le mot, esprit de Noël, qui ne règle pas tout comme par miracle bien sûr (heureusement) mais enrobe tout ça d'une certaine douceur un peu mélancolique...
Le couple dans tous ses états, enfin, dans chacun des âges de la vie et de l'affect (le catalogue est assez exhaustif.), avec son potentiel de bonheur, mais aussi son tombereau de désillusions. Ou pas.
Très "norvégien" (enfin, norvégien comme j'aime) la nuit, le bleu, le froid, la neige omniprésente, et cet état d'esprit nordique, si caractéristique, avec cette politesse du désespoir comme un glaçage doux-amer cristallisé sur ce que d'aucuns pourraient considérer - à tort- comme une pâtisserie traditionnelle des familles et de saison (la bûchasse avec crème au beurre, quoi, alors que pas du tout.).
Il y a bien un sapin (plusieurs, même), un Père Noël (là, on serait carrément dans une scène d'anthologie), une crèche, une messe de minuit, aussi, et une étoile qui clignote -ou pas- au-dessus du sapin, justement, mais chacun de ces passages obligés des films dit "de Noël"  est -assez habilement-  légèrement détourné, subverti...
On pense à Anderson (le suédois), sans la systématisation des sketches, on n'est pas très loin non plus de Kaurismaki, de part les thèmes traités (la solitude, surtout), et la façon dont ils le sont (l'humour à froid), avec aussi cette tiédeur de la tendresse pour le genre humain, et ses personnages en particulier, qui vous atteint une fois cassée la croûte de glace qui durcit tout en apparence.
Attachant,  touchant, émouvant, incontestablement.

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(je mets l'affiche espagnole, puisqu'il n'y en a visiblement  pas encore de française...)

3 novembre 2010

rosario, safet, et les autres...

LES RÊVES DANSANTS
de Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Vous me connaissez un peu : c'est assez rare que j'ajoute ma (petite) voix à un concert de louanges critiques : soit j'ai refusé  dès le départ d'aller voir le film en question, soit je l'ai vu dès sa sortie (ou, si possible, avant) pour pouvoir être -si c'est le cas- louangeux individuellement. Comme disait Georges "je suis celui qui passe à côté des fanfares et qui chante en sourdine un petit air fondeur..." Enfin, j'aimerais.
Le film en question, on avait voulu le passer en sortie nationale dans le bôô cinéma pour le mois du documentaire (on était alors très en amont, et on n'en avait encore guère que le titre et le résumé succinct), mais comme il y avait peu de copies, on n'a eu qu'à se brosser, et on a donc passé autre chose (tout en gardant celui-ci sous le coude, espérons, pour -on verrait bien les critiques- un avenir proche.)

Voici deux semaines qu'il passe à Besac, je n'ai pas pu le voir dès que je l'aurais voulu (je n'en avais qu'un écho très élogieux de mon amie Dominique, mais je m'en méfiais un peu vu qu'il y a quelques années elle m'avait envoyé voir Buena Vista Social Club et que je m'y étais copieusement ennuyé, si si...), et il semble bien qu'ici, comme ailleurs, le bouche-à-oreille fonctionne du feu de dieu (après le Beauvois, voici un doc en train de grimper au firmament, ce que personne ne semblait avoir prévu...) Je l'ai donc vu cet après-midi, avec mon amie Emma (qui présente des aptitudes lacrymales à peu près équivalentes aux miennes, ce qui fait que c'était bien et on a donc pu se lâcher...)

C'est magnifique. Absolument magnifique.

Des adolescents re-montent une pièce de Pina Bausch (Kontakhtof, créée en 1978), mis en scène par deux ex-danseuses de Pina Bausch, et supervisés par Pina B. herself. On les suit de A jusqu'à Z (le casting, les premières répétitions, l'évolution, les costumes, les filages, la générale, et la première, in fine, au Wuppertal Tanztheater.
Alternant, très simplement, les scènes de travail avec les interviews des jeunes danseurs, qui nous parlent de leur vie d'ado, de leur famille, de leurs origines, de la vie en général et de ce que cette expérience a pu leur apporter.
C'est d'autant plus fort que le dispositif est simple.
Car tout ça génère -vraiment- une émotion extraordinaire. (j'ai entendu aussi d'autres voisines qui se mouchaient, et, à la sortie, il y en avait, des yeux qui brillaient) Parce que Pina Bausch, d'accord (j'ai le grand regret de ne jamais avoir vu aucun de ses spectacles "en vrai", sur scène). Parce que Kontakhtof, en soi (une pièce sur la recherche de l'autre, du contact, de l'amour). Parce que les musiques utilisées (dont la plupart me font venir les larmes aux yeux). Parce que la gestuelle et les mouvement d'ensemble. Parce que les ados, justement, dont aucun n'a dansé auparavant, et qui se donnent, avec la fraîcheur, la maladresse, la spontanéité, l'authenticité, inhérentes à ce bel âge.

Entiers.

Ils sont bouleversants. Tous. (Je n'ai pas pu m'empêcher de rapprocher ça de l'expérience vécue quelques temps auparavant, de la présentation des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, de Jean-Luc Lagarce, mis en scène par Jean-Luc Clairet, avec une troupe d'enfants du cru, et de la différence d'éclairage que ça pouvait apporter à la pièce.)

Et parce que, aussi, (je termine mon énumération commencée quelques paragraphes plus haut...) de revoir ainsi le cycle de vie d'un spectacle vivant, des premiers balbutiements jusqu'à l'avant-dernier moment, ce sentiment mêlé d'enthousiasme et de trouille qui vous étreint, juste avant d'entrer en scène pour la première, et même le tout dernier (Pina  qui distribue une rose à chacun),  ça ne pouvait que (me) rappeler des choses, -oui, très émouvantes, je suis comme ça qu'y puis-je ?- comme je sais qu'immanquablement ça le fera à d'autres (n'est-ce pas, les rouges et ignorants ???) ...

Top 10

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1 octobre 2010

oukha

AMORE
de Luca Guadagnino

Je ne savais pas trop, en y  allant... Le peu que j'en avais lu me donnait (un peu) envie mais... Comme le film passait pile poil à la bonne heure, on y est allé. Et j'étais drôlement (ce n'est peut-être pas le mot juste) content de l'avoir vu, en sortant de la salle, deux heures plus tard.
Soit une famille italienne (très) friquée, réunie autour du patriarche, le jour de son anniversaire. (Après un très beau générique enneigé, noir et blanc ou presque, on n'est pas sûr mais c'est très agréable, avec les aussi joliettes circonvolutions musicales de John Adams (que j'ai d'ailleurs pris pour Phil Glass). Le vieux barbu passe la main et confie la direction de ses affaires à son fils et un de ses petits-fils. Repas de (grande) famille en grandes pompes, argenterie, petits plats dans les grands voire très grands, loufiats, robes de soirée, nappe amidonnée, rien n'y manque...
Ding dong. Arrive à la porte un beau ténébreux porteur d'un gâteau pour le fils en question, qu'il vient de battre à la course (on ne parle que de ça, à table.) Il s'appelle Antonio, il est cuisinier, il est brun et barbu, ritalissimo, et va mettre un sacré bazar dans les histoires de la famille...
Et notamment celles d'Emma, femme et  mère des deux hommes qui  viennent d'être choisis par le patriarche pour sa succession, et accessoirement d'une fille, dont elle ne va d'ailleurs pas tarder à apprendre qu'elle aime une autre femme, et non le bellâtre que son père souhaiterait la voir épouser...
Non, ne racontons pas tout, laissons au spectatore (on dit comme ça en italien ?) le plaisir de la découverte des "trois actes" successifs de cette histoire somme toute banale (Emma maîtresse de maison / Emma maîtresse d'Antonio / Emma -plus du tout-  maîtresse de la situation) mais filmée avec ampleur, panache et démesure.
Pour rester dans le champ lexical, nous parlerons de maestria.
Le film est très brillant, épicurien, sensuel, sensoriel, et la façon de filmer du réalisateur à l'avenant. Qu'il s'agisse de déguster un plat d'écrevisses ou de faire l'amour dans la campagne estivale, par les images, la musique, le montage, la construction des plans, tout concourt à en mettre plein la vue du spectateur. Une virtuosité indéniable du filmage, qui pourrait presque faire courir le risque de parfois virer un poil à l'excessif. (Certains diront qu'ici tout est trop.) Et de sombrer dans le ridicule ? Disons qu'on serait toujours sur le fil. Et que la musique de John Adams (que j'ai, personnellement, plutôt beaucoup aimé) n'aide pas vraiment le film à rester raisonnable.
Il s'agit donc d'excès, mais comme dit le proverbe, ça n'est pas forcément nuisible ni déplaisant. Au contraire. Le ton et le traitement m'ont fait penser au film de Bellochio sorti l'an dernier (et dont j'ai malheureusement oublié le titre.) Ou, peut-être, forcément que les histoires des malheurs des riches ont besoin d'être encore magnifiées par cette emphase, cette démesure. En tout cas, moi, je me suis laissé avoir, et ce d'un bout à l'autre (les deux heures du film passent comme un TGV, à toute allure et avec grand fracas, et comme on est tout au bord du quai, ça décoiffe.) Puisqu'on est dans les analogies, la situation de départ présente aussi quelques amusantes similitudes avec Le premier qui l'a dit, de Ferzan Oztepek  (la grande famille, le textile au lieu de la pasta, la passation de pouvoir, le fils chéri...) avec peut-être, justement -je prêche pour ma paroisse- une ébauche de piste de sous-texte gay, non ? (quand vous aurez vu le film, on en reparle...)
Bon, évidemment, je ne peux pas ne pas parler de Tilda Swinton, et joindre ma modeste voix au concert de louanges. Oui oui je le confirme, elle est vraiment excellente; étrange et excellente, comme d'hab'  (mais bon euh c'est vrai je l'avoue -rose aux joues- euh j'avais le regard pas mal fixé sur le jeune cuistot barbu, et ne pouvais que me féliciter des choix d'Emma (le personnage joué par Tilda), tout en l'incitant à y aller franco (ça met quand même du temps à se décanter, toute cette histoire!) pour conclure...)
La fin est survoltée, mais vaut elle aussi le déplacement (dans chacune des parties le ton et la manière de filmer auront varié) En même temps prévisible et pourtant fascinante (même la musique passe à la vitesse supérieure). Le réalisateur paraphe avec brio cette histoire que d'aucuns trouveront simple, et le dernier regard échangé entre mère et fille justifierait à lui seul le torrent d'émotions qui ne manquera pas alors de submerger le spectateur.
Et tout ça pour une soupe de poisson. Au bouillon transparent certes, mais tout de même...

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25 septembre 2010

dis-le moi au creux de l'oreille

MIEL
de Semih Kapanoglu

(tiens tiens, encore question de miel... cf post précédent)

Du même monsieur qui avait fait Yumurta (Oeuf), que j'avais beaucoup aimé, et qui fait partie de la même trilogie, (dont le dernier-quoique central- volet s'intitule MILK (pourquoi avoir traduit l'un et pas l'autre ? Mystère...). Trilogie à l'envers, car celui qui était un adulte dans Yumurta est ici un enfant dans Miel (et sera un ado dans Milk...)
En parlant des titres, justement, c'est pas souvent qu'un réalisateur peut se vanter d'avoir réussi à mettre ses trois films sur la table dans un même plan, et c'est pourtant bien le cas ici!
Un film sur l'enfance, autour d'un enfant, mais pas forcément  destiné à un jeune public. Qui risquerait de s'y ennuyer un poil et de s'y perdre un chouïa. (Comme dans Yumurta, on navigue souvent à vue entre rêve et réalité, et ce n'est pas forcément évident de rendre à chacun ce qui lui revient.) C'est très beau mais c'est très lent (Dominique m'a dit en ricanant, à la sortie, "ça n'est pas aussi lent qu'Oncle Boonmee..." mais je n'étais pas tout à fait d'accord, j'y reviendrai peut-être...) Comme Yumurta, le film commence par un rêve, qui, comme dans Yumurta concerne la mort d'un parent (ici la visualisant, là la métaphorisant) on sait donc à quoi s'attendre.

Le jeune Yusuf, qui ne peut s'empêcher de bégayer quand on lui demande de lire à l'école (alors qu'il le fait sans problème chez lui) entretient un lien très fort avec son papa Yakup (un joli papa turc, barbu, et qui est plus est avec un bonnet -allez savoir pourquoi mais j'ai toujours craqué sur les mecs avec un  bonnet...-) sympathique papa, et qui plus est apiculteur. (mais dont on sait presque tout de suite qu'il va mourir.) Un lien qu'on pourrait qualifier de complice.
Ils ont ensemble une relation chuchotée (ceci évitant à Yusuf de bégayer), et rien que ça c'est superbe à regarder. Comme le papa est apiculteur (et que visiblement, en Turquie, les ruches sont dans les arbres) on est très souvent dans la forêt (et ça aussi c'est superbe à regarder) où tous les deux y vont gaiement gambadant. Les arbres sont superbes, et superbement filmés (Apitchouneeeet...) On les voit aussi bien qu'on les entend bouger, on devient aussi attentif et émerveillé que Yusuf en train d'admirer son papa...

Le film est, le plus souvent, à hauteur d'enfant, avec les objets autour desquels se cristallisent les petits événements qui constituent une journée (le verre de lait du petit-déj', le livre de lecture, le grelot, le bateau en bois, l'enfumoir...) avec les sentiments et les sensations qu'y s'y rapportent. Car chaque enfant est véritablement une éponge à sensations, qu'on absorbe et qu'on restitue continuellement, comme on respire. Et le spectateur est d'autant plus attentif que le jeune acteur qui interprète Yusuf est vraiment extraordinaire. L'équivalent au masculin de ce qu'avait pu être Ana Torrent dans Cria cuervos (ce qui n'est pas de ma part un mince compliment, ceux qui me connaissent pourront témoigner!) Il est perpétuellement juste, touchant, frémissant, limpide, obscur, attachant, simple, évident, attendrissant, etc. On vit, d'autant plus fort, le film à travers lui.

La disparition du père n'est pas une mince affaire, (qui n'est pourtant pas ici, paradoxalement, un ressort dramatique, puisque dès les premières minutes, comme je l'ai déjà dit, on le sait.)  Elle sera pourtant, d'abord dans l'attente, dans l'espoir , plus tard sur le versant opposé, le déclenchement de "quelque chose" le passage de relais vers une autre étape de la vie du gamin. Et si  le réalisateur abandonne ainsi Yusuf en pleine nuit au milieu de la forêt (ne serait-ce pas une scène quasi équivalente qui a lieu presque à la fin de Yumurta ?) rien n'est définitivement perdu, et surtout pas l'espoir.

Et ce n'est que rétrospectivement qu'on réalise que Semih Kapanoglu nous a raconté tout ça de la façon la plus nue qui soit au cinéma (c'est à dire sans aucune musique) et l'on n'en est alors que plus admiratif. Peu de personnages (on a surtout le triangle familial que viennent "équilibrer" les scènes d'école, avec juste, vers la fin, une étonnante scène de foule. Beaucoup de gens, musique, grands espace et brume tout en haut...) Et le contrepoint perpétuel de la nature, de la forêt.
Un très beau film (qui viendrait aussi prendre sa place dans la famille des "films doux", non ?)

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