au piano
UN SOIR AU CLUB
de Jean Achache
Dans la catégorie "les belles soirées auxquelles vous n'avez hélas pas assisté et tant pis pour vous", la projection, en avant-première dans le bôô cinéma, du film tiré du roman éponyme de Christian Gailly. En présence du réalisateur et d'une des actrices du film (l'exquise Maryline Canto).
Un moment fort, pour un film qui ne l'est pas moins. Un genre d'ingénieur en on ne sait pas trop quoi (Thierry Hancisse, idoine d'épaisseur et de fragilité, bref, d'humanité) en déplacement à Brest va boire un verre dans un club de jazz avant de reprendre son train de retour pour Paris, où l'attendent sa femme (Maryline Canto, donc) et son fils.
Sauf que le train en question, il ne le prendra pas. Car ce monsieur n'est pas l'ingénieur en on ne sait pas trop quoi que l'on a vu auparavant. Enfin, pas que. L'intervention ,dans le même club d'une chanteuse (Elise Caron, troublante) et d'une bouteille de vodka vont le remettre face à face avec son passé de pianiste de jazz, qu'il abandonna dix ans auparavant, pour cause d'alcoolisme et d'autres affinités.(c'est lui qui le dit). Tiré (sauvé) de là par sa femme, et abonné / adonné depuis à une vie pépère et sans vagues. Et voilà que soudain tout ça refait violemment irruption, et qu'à nouveau sa vie bascule, ou risque de, l'espace d'une nuit.
Lui à Brest, à nouveau au piano et à la vodka, accompagné (puis raccompagné) par la chanteuse en question (avec qui il nouera, bien sûr, des liens plus qu'amicaux), et sa femme là-bas, à Paris, à l'autre bout du téléphone (car ce n'est qu'ainsi qu'ils dialogueront tout au long de cette longue nuit.) La passion et la raison, le hasard et la nécessité, le formatage et l'improvisation, le thème et les variations, le voici à nouveau en déséquilibre, ou plutôt à la recherche d'un ancien équilibre... Il renoue le fil de sa passion passée, et sa femme le sent bien, que les dix ans qui viennent de passer sont soudain comme abolis, qu'à nouveau il va lui échapper.
Alors elle tente à nouveau de se rapprocher, de le protéger (Maryline Canto évoquait, à propos de son personnage, "les femmes qui veulent consoler des hommes inconsolables"), elle part dans la nuit, à sa rencontre. (Elle y sera toujours seule, et c'est vrai, comme le soulignait l'actrice, "que ce n'est pas facile de jouer juste avec un téléphone comme partenaire..."). Ces deux-là ne se rencontreront plus, ou en tout cas pas vraiment de la façon qu'elle aurait pu envisager. Au matin, les choses vont changer...
Il ne semblait pas évident à première vue, que soit restituée l'originalité et la spécificité de l'écriture de Christian Gailly (et des écrivains de chez Minuit d'une façon un peu générale) et pourtant Jean Achache s'est livré à un travail d'appropriation assez sidérant. Un roman est un roman (oui, oui, ce blog ne s'appelle pas Lieux communs pour rien...) et la transposition à l'écran est toujours problématique et cause de simplifications, de modifications, de déceptions, de trahison même parfois. Il n'en est rien ici. Le film respecte le bouquin, dont il a su capter l'esprit, l'essence, (même s'il en modifie le happy end originel) et conserve, par la simplicité et l'acuité de ses images, l'imperceptible distance ironique (et l'incontestable sens rythmique) du phrasé de Christian Gailly (comme a dit mon ami Nicolas "C'est un miracle...").
Et nous étions ce soir, tous doublement heureux, d'y avoir assisté d'abord, et d'avoir ensuite pu le partager avec le réalisateur, l'actrice, mais aussi la distributrice, chez qui on a senti palpiter la même ferveur, la même passion, la même petite musique, oui, au diapason, à l'unisson...
Le film sort le 18 novembre dans les salles, mais une semaine plus tôt en Bretagne, pour cause de services rendus...
























vue d'ensemble


