(vieux truc)
Quand je suis arrivé à ce concert, à ma grande surprise le parking de la place du marché était plein (ce qui n'arrive que dans les grandissimes occasions) je me suis donc garé loin, et quand je suis arrivé j'ai vu que sur mon billet, effectivement, j'étais placé 4 ou 5 rangs plus loin que d'habitude...
Dans le hall du théâtre il y avait foule, effectivement, mais un très très large pourcentage de chenus (je me suis cru pendant un certain temps le plus jeune de l'assemblée, c'est dire), je me suis dit qu'il serait bon d'évoquer les termes de 4ème âge, voire, pour certains, de 5ème (je sais, je sais, j'y viendrai un jour aussi, et, là, je rigolerai moins)
je me suis assis pour regarder mon programme de plus près, et deux mots m'ont alors sauté aux yeux "chamber" and "soloists"... et effectivement, les instruments installés sur scène auguraient de la présence de 7 personnes au maximum. Pourtant, ce titre, il était déjà là quand j'ai réservé mon spectacle, seulement moi je n'avais vu que "salzbourg" et "valses de strauss", et m'attendais donc à voir sur la scène au minimum deux cent cinquante chaises et autant d'instruments, genre concert de nouvel an à Vienne. nouveau désappointement donc (heureusement le spectacle était annoncé d'une durée de 1h30 avec entracte... au cas où..., à l'extrême cas où... je pourrais toujours filer à ce moment)
arrivent, les gens, progressivement, je me lève pour en laisser passer (c'est comme ça quand on a choisi une place au bord pour pouvoir allonger ses jambes...) je ne connais personne, tiens, pendant que je suis debout, laissant passer des gens, je vois passer dans l'allée une connaissance, Martine A., elle passe à 50cm de moi, elle me regarde, je m'apprête à la saluer quand, voyant que je l'avais vue, elle détourne la tête pour m'éviter(de la saluer), tant pis, sauf que, quand elle regarde son billet, elle devient toute rouge, et fait machine arrière... pour venir s'asseoir sur le siège vide juste à côté de moi, car c'est là qu'est sa place. Ensuite, comme elle a évité mon salut, elle s'astreint à une immobilité de statuaire antique, le regard droit devant elle. Comme elle n'a pas voulu que je la salue, je ne vais pas faire un geste pour engager la conversation, et je prend donc la même pose hiératique.
le concert commence, c'est finalement pas du tout désagréable : la musique est enjouée, les musiciens, même s'ils sont en habit, ont le sourire et font montre d'une plaisante complicité entre eux, et j'apprécie tout ça d'utant plus que me vient sans prévenir une assez douce somnolence, pas assez profonde pour que je m'endorme vraiment, mais assez cependant pour que mon esprit dérive, et laisse régulièrement affleurer quelques agréables incongruités, vous savez comme quand on est sur le point de s'endormir et que l'esprit bat la campagne... j'aimerais avoir quelque chose sous la main pour conserver les images ou les expressions qui se forment comme de bulles puis éclatent et disparaissent
voici l'entracte, les lumières se rallument et Cléopatre à ma gauche a toujours les yeux irrémédiablement vissés droit devant elle, j'en profite pour me lever (la majorité des gens reste très sage et immobile à sa place) et aller parler avec ma copine Claude qui est assise au premier rang, qui m'informe qu'elle n'est "pas très violon", et je lui confie en riant ma déconvenue initiale de ne pas avoir un orchestre complet sur scène, avec Sissi qui danse avec l'Empereur en tourbillonnant (mais elle n'est pas "très valse" non plus...)
les musiciens reviennent, je suis réveillé cette fois, et ils débutent par (c'est écrit sur le programme) "onze valses de Schoenberg", seulement, faut-il les considérer comme un seul grand morceau (et n'applaudir qu'à la fin, quand tous les musiciens relèvent leur archet ensemble) ou bien applaudir à la fin de chaque valsounette ? (elles sont en effet assez courtes) Difficle de trancher, et les applaudissements seront pour cette partie un peu aléatoires, des fois non, des fois quelques timides qui en entraînent d'autres à leur suite, et d'autres fois encore tout le monde s'y met
à la fin, beaucoup d'applaudissements, un rappel, deux rappels, et le violoniste-chef (c'est visiblement lui qui commande) nous joue la berceuse (de Mozart ?) qui est dans toutes les boîtes à musique de chambres d'enfant, et mime le geste d'aller dormir... Applaudissements nourris, encore, et Cléopatre se lève avant la fin d'iceux et part dans l'obscurité...
