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lieux communs (et autres fadaises)
29 mai 2011

spiderman

Finalement, je devrais la remercier,  l'araignée qui m'a piqué jeudi soir à l'oreille et me l'a fait devenir comme ça :

tsm3

(enfin juste une, la gauche, la droite que j'avais fine et déliée ainsi est restée. Mais bon, pas de bol quand même, parce que c'est sur l'oreille gauche que j'ai l'habitude de dormir, et là, pas question.)
Oui, donc, j'ai une oreille qui a triplé de volume. Genre Elephant man. Ca provoque l'attendrissement et la compatissance des gens. Ca fait rigoler les amis, aussi,  et finalement, ça m'a donné l'occasion de retourner chez mon médecin (dont j'ai eu le bonheur d'apprendre qu'il consultait le samedi matin...) et que en plus des médocs, je me suis fait refiler un vaccin contre le tétanos.
Première bonne nouvelle (pour Chris) je ne suis pas allergique aux antibiotiques, et n'ai donc pas fait de choc anaphylactique. Deuxième bonne nouvelle (mais peut-être était ce le hasard, et pas seulement la cortisone qu'il m'avait prescrite) mais, ce matin j'ai re-senti pendant quelques heures...
Et vous ne pouvez pas savoir le bonheur que ça m'a procuré. c'était la première fois que je sentais l'odeur de ma maison. je suis sorti, et j'ai vérifié que, comme m'avait dit christine, mes roses ne sentaient rien. (mais les blanches, si, un peu quand même.) J'étais comme un gamin, j'inspirais et j'en pleurais de joie en même temps. ca faisait tellement longtemps que ça ne s'était pas produit...
Bon là, c'est quasiment reparti, mais qui sait...
Allez, Spiderwoman, sans rancune!


grosse_noreille_petite_zoreille
(version pudique)

P1580102
(version gore)

9 février 2015

menus inconvénients d'un spectacle musical

(vieux truc)

Quand je suis arrivé à ce concert, à ma grande surprise le parking de la place du marché était plein (ce qui n'arrive que dans les grandissimes occasions) je me suis donc garé loin, et quand je suis arrivé j'ai vu que sur mon billet, effectivement, j'étais placé 4 ou 5 rangs plus loin que d'habitude...

Dans le hall du théâtre il y avait foule, effectivement, mais un très très large pourcentage de chenus (je me suis cru pendant un certain temps le plus jeune de l'assemblée, c'est dire), je me suis dit qu'il serait bon d'évoquer les termes de 4ème âge, voire, pour certains, de 5ème (je sais, je sais, j'y viendrai un jour aussi, et, là, je rigolerai moins)

je me suis assis pour regarder mon programme de plus près, et deux mots m'ont alors sauté aux yeux "chamber" and "soloists"... et effectivement, les instruments installés sur scène auguraient de la présence de 7 personnes au maximum. Pourtant, ce titre, il était déjà là quand j'ai réservé mon spectacle, seulement moi je n'avais vu que "salzbourg" et "valses de strauss", et m'attendais donc à voir sur la scène au minimum deux cent cinquante chaises et autant d'instruments, genre concert de nouvel an à Vienne. nouveau désappointement donc (heureusement le spectacle était annoncé d'une durée de 1h30 avec entracte... au cas où..., à l'extrême cas où... je pourrais toujours filer à ce moment)

arrivent, les gens, progressivement, je me lève pour en laisser passer (c'est comme ça quand on a choisi une place au bord pour pouvoir allonger ses jambes...) je ne connais personne, tiens, pendant que je suis debout, laissant passer des gens, je vois passer dans l'allée une connaissance, Martine A., elle passe à 50cm de moi, elle me regarde, je m'apprête à la saluer quand, voyant que je l'avais vue, elle détourne la tête pour m'éviter(de la saluer), tant pis, sauf que, quand elle regarde son billet, elle devient toute rouge, et fait machine arrière... pour venir s'asseoir sur le siège vide juste à côté de moi, car c'est là qu'est sa place. Ensuite, comme elle a évité mon salut, elle s'astreint à une immobilité de statuaire antique, le regard droit devant elle. Comme elle n'a pas voulu que je la salue, je ne vais pas faire un geste pour engager la conversation, et je prend donc la même pose hiératique.

le concert commence, c'est  finalement pas du tout désagréable : la musique est enjouée, les musiciens, même s'ils sont en habit, ont le sourire et font montre d'une plaisante complicité entre eux, et j'apprécie tout ça d'utant plus que me vient sans prévenir une assez douce somnolence, pas assez profonde pour que je m'endorme vraiment, mais assez cependant pour que mon esprit dérive, et laisse régulièrement affleurer quelques agréables incongruités, vous savez comme quand on est sur le point de s'endormir et que l'esprit bat la campagne... j'aimerais avoir quelque chose sous la main pour conserver les images ou les expressions qui se forment comme de bulles puis éclatent et disparaissent

voici l'entracte, les lumières se rallument et Cléopatre à ma gauche a toujours les yeux irrémédiablement vissés droit devant elle, j'en profite pour me lever (la majorité des gens reste très sage et immobile à sa place) et aller parler avec ma copine Claude qui est assise au premier rang, qui m'informe qu'elle n'est "pas très violon", et je lui confie en riant ma déconvenue initiale de ne pas avoir un orchestre complet sur scène, avec Sissi qui danse avec l'Empereur en tourbillonnant (mais elle n'est pas "très valse" non plus...)

les musiciens reviennent, je suis réveillé cette fois, et ils débutent par (c'est écrit sur le programme) "onze valses de Schoenberg", seulement, faut-il les considérer comme un seul grand morceau (et n'applaudir qu'à la fin, quand tous les musiciens relèvent leur archet ensemble) ou bien applaudir à la fin de chaque valsounette ? (elles sont en effet assez courtes) Difficle de trancher, et les applaudissements seront pour cette partie un peu aléatoires, des fois non, des fois quelques timides qui en entraînent d'autres à leur suite, et d'autres fois encore tout le monde s'y met

à la fin, beaucoup d'applaudissements, un rappel, deux rappels, et le violoniste-chef (c'est visiblement lui qui commande) nous joue la berceuse (de Mozart ?) qui est dans toutes les boîtes à musique de chambres d'enfant, et mime le geste d'aller dormir... Applaudissements nourris, encore, et Cléopatre se lève avant la fin d'iceux et part dans l'obscurité...

Cendrillon-et-son-prince_reference

9 novembre 2016

Kairouan

HEDI
de Mohamed Ben Attia

Une excellente surprise, hier soir dans le bôô cinéma, où se délocalisait, pour la cinquième année consécutive, le Festival Lumières d'Afrique.
Avec un (premier) film tunisien, proposé en avant-première (le film sortira début 2017). Hedi c'est un jeune homme, assez poupin d'aspect, commercial chez Peuge*t, doté d'une mère aussi volubile que lui est peu bavard. On apprend assez vite qu'il va bientôt se marier, qu'il s'agit d'un mariage arrangé) et qu'apparemment ça ne luit fait ni chaud ni froid. Sauf que, contrairement aux apparences (ou au peu de réactions qu'il manifeste), il n'est pas si bien que ça dans ses baskets.
Il en va prendre progressivement conscience quand, envoyé par son boss prospecter dans une ville voisine,  il y rencontre Rim, qui est danseuse dans un camp de vacances (pour allemands!). Il tombe amoureux. Ils tombent amoureux (complications de la grammaire française : ils , ici, c'est elle et lui...). Sa vie dévie. Il ne répond plus au téléphone, d'abord à celui de son patron, puis celui de sa mère! Et les choses vont encore se compliquer. Ou peut-être se simplifier...

(là, c'est très énervant, j'avais écrit une quizaine de lignes  lorsqu'une micro-coupure -couic!- a arrêté l'ordinateur, et au redémarrage, bien sûr, rien n'avait été sauvegardé... et tout avait -pfuit!- disparu...)

Bon je reprends. Tentons. A partir du moment où il se retrouve seul Hedi va imperceptiblement se relâcher (se détendre ?) se laisser aller. J'aime beaucoup la partie "balnéaire", qui m'évoquait assez lointainement un genre de Conte d'été rohmérien en Tunisie. D'autant plus que le réalisateur l'accompagne avec bienveillance, le scrute, ne le lâche pas d'une semelle (comme le faisait Rohmer avec Melvil Poupaud).  On le voit sourire, on le voit jouer, on le voit désirer, on le voit flirter, et c'est comme si se fendillait soudain -enfin ?- sa carapace. Hedi, jusque là, était comme un enfant enfermé dans un corps d'adulte, un gamin déguisé, vivant presque automatiquement une vie ordinaire décidée par sa mère, son patron, etc. Un gamin poli, sérieux, propre sur lui, lisse et cadenassé de l'extérieur jusqu'à l'inexpressivité. Et voilà qu'entre dans la tête d'Hedi une petite brise guillerette, comme si on en avait enfin entr'ouvert la fenêtre. Et lui si silencieux, si intériorisé va même réussir à s'exprimer, à vider son sac, à hurler ce qu'il a sur le coeur et dans les tripes, face à sa mère venue tenter de le récupérer manu militari pour qu'il revienne se marier et dans le "droit chemin".

il pourrait être tentant de faire le parallèle entre le parcours du personnage et l'histoire de son pays : la révolution de 2011 et les espoirs qu'elle avait suscité(s) à laquelle ferait écho la révolte d'Hedi face à sa mère, sa famille, son patron, et les autres. Une prise de conscience (à laquelle le réalisateur n'a pas pu ne pas penser) , certes, mais comme chantait Bashung "Tu voudrais qu'ça débouche sur quoi ?"

Il n'y a qu'à voir la fin, que j'ai trouvée... abrupte, et pour laquelle je pourrais mettre un petit bémol à mon enthousiasme. J'ai toujours eu un peu de mal avec les fins dites "ouvertes", quand le réalisateur laisse son personnage -et nous les spectateurs avec- en plan à un moment critique : le fera-t-il ? Ou le fera-t-y pas ? Ou bien, ou bien, et c'est alors à chacun(e) de se (re)faire son film. Mais cela montre bien aussi la lourdeur des habitudes, le poids du conditionnement, et de la difficulté à se situer "entre tradition et modernité (comme l'écriraient certains conférenciers  C*nnaissance du M*nde). Hedi sois bon, a-t-on envie de lui chanter, pour l'encourager...

Bon, le film l'est assurément, et si le réalisateur rend -peut-être inconsciemment- hommage à ses producteurs (les frérots Dardenne), encore que ce ne soit visible, à mon sens, que pour un oeil spécialement scrupuleux et tatillon,  en tout cas ça ne m'a pas dérangé. Le filmage de dos et la caméra portée ne sont pas l'apanage exclusif des susdits, non ? J'y ai en tout cas passé un excellent moment de cinéma, et je vous recommande d'aller le voir à sa sortie (j'espère qu'on le reprogrammera dans le bôô cinéma!).

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8 janvier 2015

je suis charlie

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oui ce soir Je suis Charlie
j'ai appris les choses en début d'après-midi et je n'ai pas tout de suite compris de quoi il s'agissait vraiment. Juste les mots fusillade et Charlie-Hebdo. Puis le nombre de nouvelles, de minutes en minutes, m'a fait lire plus attentivement les articles. J'ai vu les mots 12 morts et les noms de Wolinski, Tignous, Charb, Cabu.
Assassinés par deux hommes cagoulés, armés de kalachnikov et de lance-roquette. Des mecs entraînés, visiblement. Qui ont commis froidement cette boucherie au nom de la vengeance du prophète.
J'ai passé le début de soirée à regarder les infos sur les différentes chaînes, puis tenter de regarder les journaux télévisés. je dis bien tenté de. TF1 a bien fait son putassier racolage habituel (j'avais l'impression d'être dans le film Night call), l'odeur du sang, la fange nauséabonde, la gourmandise des vautours qui presque se pourlèchent les babines, l'appel à la trouille, barricadez-vous et restez-ci pour regarder, "ils" n'ont peut-être pas encore fini,France 2 a été un poil plus digne, France 3 idem, tandis que, sur Canal, De Caunes ne savait pas trop sur quel pied danser, ni quel ton adopter, tandis que, juste après, Yann Barthez a été le plus juste, passant des images d'archive concernant chacun des membres de Charlie assassinés, et répétant juste ces mots "ils ont été assassinés ce matin".
Ces mots invraisemblables.
Assassinés. Ces hommes qui faisaient partie de notre vie, qui nous accompagnaient depuis si longtemps (j'ai commencé à acheter Charlie dans les années 70), ils ne dessineront plus, ils ne me feront plus marrer chaque mercredi matin ou presque en découvrant le une de Charlie-Hebdo. Ils sont morts parce qu'ils dessinaient, parce qu'ils s'exprimaient, juste. Un stylo contre une kalachnikov. On parle d'eux, on parle des deux flics exécutés eux-aussi, mais il y a encore six autre personnes, des anonymes, des gens de l'équipe du journal, je pense, on n'en a rien dit de plus.
J'ai pleuré en voyant ces images, j'ai pleuré aussi en voyant l'ampleur des manifestations qui ont suivi. Des milliers de personnes qui se sont retrouvées, à Paris, et dans les autres grandes villes aussi, qui tenaient leur pancarte "JE SUIS CHARLIE", des bougies, en silence. Calme et dignité. Solidarité aussi, envers chacune des victimes de l'attentat, et façon de dire, nous sommes unis, unis pour faire face. La récupération politicienne faisait hélas aussi partie du lot de ces réactions. Celle du "nouveau président" de l'U*MP, notamment, m'a spécialement levé le coeur (on ne change pas les habitudes) et j'ai zappé. Mais, plus tard, j'ai même regardé un morceau du discours de Hollande.
Attentat, attentat meurtrier. Le plus meurtrier en france depuis 1960. Ce qui est paradoxal, et les aurait fait sans doute marrer, les mecs de Charlie, c'est qu'ils vont être les objets d'une journée de deuil national, que pour eux les drapeaux vont être en berne trois jour, que la quasi-totalité du monde politique va venir défiler et se prosterner devant leurs dépouilles, alors que, de leur vivant, ils (ceux de Charlie) n'auront cessé de dénoncer la connerie, religieuse, politique, de batailler, de ferrailler, de dénoncer...
Malou, tout à l'heure au téléphone, me parlait d'"orphelins". Oui, c'est ça, c'est bien ça, comme si on avait perdu quelqu'un de la famille, quelqu'un de proche, de très proche, mais ça multiplié par un, deux, trois, quatre... Des frères, des complices, des amis proches. On est choqués, perdus, sonnés.
C'est pour ça que ça fait du bien de se retrouver sur cette place, à dix-huit heures, ce jeudi soir, il fait noir, il pleut, une forêt de parapluies, on se serre comme pour se tenir chaud, on se parle, on se rapproche, oui on se réchauffe, c'est le premier rassemblement citoyen, celui à l'initiative des syndicats, et demain soir il y en aura un autre, au même endroit, à l'initiative de la municipalité et du PS (ce qui ne s'est vraiment pas fait souvent sous nos contrées!), et dimanche , ecore un autre, semble-t-il...
On se retrouve, on se parle, on écoute la brève mais touchante intervention d'un syndicaliste, et j'ai encore les larmes aux yeux, sous la pluie, à la fois par la teneur des mots qui sont prononcés, et par le fait de partager ce moment, cette ferveur...

une-charlie-hebdo

23 décembre 2014

caldavvingttrois : c'est qui est-ce?

c'est en visionnant un très mauvais nouveau futur film d'un réalisateur américain que j'avais pourtant commencé par adorer (Kevin Smith, le roi des geeks) mais vraiment très mauvais, et gerbos qui plus est (ça s'appelle Tusk) que je suis tombé sur ce jeune barbu dont la tête me disait vraiment quelque chose (je le trouvais sympathique, sans vraiment réussir à expliquer pourquoi) :

HJO

Vous dit-ce quelque chose ? Bah, il vous suffit je pense de le googler pour retrouver qui c'est, non ?

3 décembre 2014

caldavtrois : festival

j'adore l'ambiance des festivals (de musique, déjà c'est bien, mais de cinéma encore mieux) surtout si on peut y participer sur toute la durée (ou presque toute) : on a le sentiment d'être ailleurs, parfaitement ailleurs, coupé de la réalité extérieure objective celle du dehors des journaux télévisés du tiers provisionnel des factures et des courses à faire pour s'immerger délicieusement dans cet en-dedans joyeusement hédoniste (peut-on être tristement hédoniste ?) qui tient en principe sur une feuille de papier, le programme, qu'on va pendant ces jours déplier replier annoter raturer vérifier modifier, avec les jours et les heures et la liste des événements, le menu en somme qui va vous permettre de vous organiser (ou tenter de) pour composer le festin qui sera pour vous de rêve (ce dont on a envie, qui est en général ce qu'on connaît déjà) mais aussi les inattendu(e)s, (les avant-premières les amuse-bouches) qu'on va découvrir et desquels on espère toujours la divine surprise,  celle qu'on n'a pas vue venir, qui vous laisse avec un sourire béa(n)t d'autant plus que les gens avec qui vous "faites" le festival en question ont parfois fait pour cette heure-là d'autres choix, d'autres lieux, moins heureux plus heureux ça dépend des fois mais en tout cas, là, s'ils n'étaient pas là,  avec vous,  ils ont commis une sacrée bourde (d'autant plus que -parfois- le bonheur en question consistait en une séance unique ou non renouvelable ou c'était la dernière) bref on se reporte encore une fois au dépliant, on discute, on échange, on compare, le partage pendant ces quelques jours va bien souvent de pair avec la complicité, avec les autres "naufragés volontaires" embarqués avec vous sur le paquebot du festival, aux rites rassurants et répétitifs qui rythment la journée : attendre, entrer, sortir et discuter, passer aux toilettes entre les séances, manger ou pas (chacun/e a ses habitudes, des machins dans son sac ou pas) puisqu'on n'a pas forcément le temps (ni l'envie) de sacrifier une séance pour "aller manger", on aura bien le temps le soir, quand on rentre à point d'heure pour aller dormir (peu) avant de repartir le lendemain matin...

prog entrevues

14 novembre 2014

C'est Rocco mon pitbull...

QUAND VIENT LA NUIT
de Michael R. Roskam

Pour le titre désolé, ça a été plus fort que moi, rapport à une chanson d'Oldelaf qui me tourne dans la tête, mais où le pitbull s'appelle Raoul... en plus, celui du film y a une importance certaine (même si c'est juste un bébé) et donc on va dire que ça le fait... Le film, j'en avais envie surtout parce que James Gandolfini (qui dans une autre vie télévisuelle s'appela Tony Soprano) et aussi, pourquoi pas Noomi Rapace (Millenium 1) et Matthias Schoenaerts (Bullhead) mais aussi, après coup, Tom Hardy (je ne le connaissais pas avant, puisqu'il n'a joué que dans des films que je n'ai pas vus), dans le rôle principal, idéalement atone.
La bande-annonce en semblait attractive, polar nocturne, atmosphère, Brooklyn, old school, ombre tutélaire James Gray, allons-y donc, d'autant plus quand Dominique m'apprit que c'était adapté de Dennis Lehane (mais de quel roman donc, me suis-je longtemps demandé, avant d'apprendre, à la sortie, qu'il s'agissait d'une nouvelle). C'est le genre de film dit en pelures d'oignon, où , après un départ relativement simple et carré : tac tac tac un personnage deux personnages trois personnages, un bar, un bébé chien, et hop!, il va vite s'avérer que les choses ne sont pas du tout aussi simples qu'il semblerait,  et on commence à ôter les épidermes les uns après les autres, disons qu'ils s'effeuillent tout seuls au fur et à mesure qu'on en apprend de belles sur chacun , que personne n'est vraiment tout à fait celui qu'il/elle veut bien paraître, que les choses s'enveniment, que les menaces et/ou leur mise à exécution se succèdent, et qu'on en arrive à craindre, dès qu'on voit un personnage, de quel côté il va bien pouvoir s'en prendre une (ou à qui il va bien pouvoir en coller une, c'est donnant-donnant).
Une histoire d'hommes, essentiellement, qui aurait presque -je dis bien presque- pu tenir debout sans le personnage de Nadia (mais à ce compte-là, idiot que je suis, on pouvait aussi enlever le chien, non ? Et puis tous les personnages, un par un,  tant qu'on y est, non ? bon bon je retire ça.) C'est vrai qu'il est de tradition, dans les films de mauvais garçons, d'avoir une chouette pépée, à jambes interminables et à fume-cigarette langoureux, quelques grammes de rimmel, ou de carmin, dans ce monde de brutes... Là ça n'est pas tout à fait ça, (Noomichounette  joue, contrairement à ses habitudes, une demoiselle fragile et tremblante) mais ça nous ferait presque lorgner le thriller velu vers la bluette rafraîchissante, l'idylle roucoulante, la love story brooklynante. presque, je dis bien.
J'ai déjà dit que j'étais bon public, et ça s'est encore vérifié : là, il s'agissait être stressé, et  bingo! c'est bien dans cet état que j'ai vu le film : un certaine tension, les poings serrés, le souffle court (je ne suis pas seulement bon public, je suis aussi très imagé) on n'y a pas souvent l'occasion de le reprendre (son souffle)..
Cette histoire d'argent sale blanchi dans les bars, de bébé-chien tabassé, de jeune fille instable, de petit ami encore plus instable juste sorti d'hosto psy, de mafieux tchétchènes qui clouent les jambes, de hold-up foireux, de billets sanglants, on sait bien depuis le départ, que ça ne peut que mal se terminer (voire très mal ou même très très mal), mais le réalisateur parvient tout de même à nous surprendre en bouclant le tout d'une façon à laquelle on n'aurait pas forcément pensé. Et en rajoutant hop! une louche dans notre stupéfaction de spectateur. Ca finit, en plus,  d'une façon délicieusement amorale (je ne vous dis pas pour qui...) donc, le contrat est rempli. Sauf que le tout dernier plan n'était peut-être pas tout à fait indispensable, un peu comme si on avait ajouté in extremis un joli ruban autour de disons un fusil à pompe...

159059
l'affiche américaine

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... et la française
(le titre n'est pas terrible)

1 décembre 2014

caldavun : décembre

la nuit tombe tôt en décembre oui à dix-sept heures et quelques il fait déjà nuit noire tandis qu'on sort du grand magasin (on cherchait un manteau) pour aller retrouver sa voiture sur le parking obscur oui on est saisi par un genre de bruine froide et insidieuse désagréable  qui nimbe pourtant assez joliment les choses, et transfigure, les camions sur la voie express et surtout la lumière des réverbères qui fait aussitôt penser  à l'affiche de L'exorciste et à la petite musique de Mike Oldfield qui va si bien avec à ce moment-là pourtant on écoute Brainy de The National dans la voiture dont les essuie-glaces grincent désagréablement sur le pare-brise à cause de pas assez de liquide sous le caoutchouc des balais en train de râper (on aurait du les changer depuis longtemps) on roule assez paisible dans des rues plutôt vides obscures partout cette bruinasse désespérante et pour en rajouter dans le pathétique au moment où on sort de la voiture en rassemblant ses emplettes un genre de hibou hulule dans les arbres très noirs derrière chez le voisin juste une fois juste au moment où on sortait comme un signal convenu comme pour dire oui aujourd'hui c'est le premier soir de décembre pense bien à commencer ton calendrier d'avent

bleu mystérieux

22 octobre 2014

pariscope

3 polars :

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2 films en re-sortie (en copie neuve restaurée) :

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2 films avec Vivian(e) dans le titre :

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3 films dans l'infâme salle 6 du MK2 Beaubourg (celle qui est grande comme mon salon) :

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un film inclassable :

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deux films avec de la neige (un peu, beaucoup...) :

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deux films avec des mères qui "exagèrent" :

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deux FAQ(+ou-)V :
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un film en avant-première :

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(oups je l'avais oublié...)

 

 

8 juillet 2015

crisis, what crisis ?

LES MILLE ET UNE NUITS 1 (L'INQUIET)
de Miguel Gomes

On raconte que...
Une petite précision pour commencer : au départ, je ne suis pas un immense fan de Miguel Gomes. J'avais eu un peu de mal avec Ce cher mois d'août (dans le bôô cinéma) puis avec Tabou, vu en avant-première à point d'heure au défunt festival Ciné-Paris (je ne me rappelle jamais exactement son nom) et même pas revu quand nous l'avons enfin passé dans le bôô cinéma (qui, entre nous soit dit commence par endroits à ne plus être si bôô que ça mais passons). Dans le premier je n'avais vu qu'un documentaire musical et lusophone assez indolent (voire ennuyeux) -mais je me rappelle qu'Hervé avait beaucoup aimé- et je me souviens que la profusion d'échos hyper-flatteurs concernant le deuxième, Tabou (qui n'avait été jusque là projeté qu'en festival(s)) si elle m'avait incité à faire l'effort de le voir (on m'en avait donné très envie) -vu mon peu d'enthousiasme pour le film en question (les deux films en un, à vrai dire)- m'avait refroidi quant à l'éventuel arrondissement des films de M.Gomez avec les angles de ma cinéphilie...
Et voilà (re-voilà) que ding ding dong et ding et ding et dong résonnent à nouveau à toute volée (pas du tout de bois vert, donc) les dithyrambiques extases critiques et cannoises, avec, d'ailleurs, un redoutable unisson : tout le monde dit avoir a-do-ré!, à propos de ce quand même  gros film (entre 6 et 7 heures) découpé en trois films-gigognes, sortant chacun à la fin d'un mois différent et successif de l'été 2015. Prudence, donc ? j'y suis, symboliquement, allé (à Besançon) pendant la fête du cinéma (qui coûte quand même désormais 4€ par film, hein ? où donc est le temps béni des années 80 et quelques où c'était gratuit...)

Une longue et bavarde préface pour entamer ce post, avant de vraiment entrer dans le film du sujet, exactement de la même manière que Miguel Gomes avec ses Mille et une nuits, dont on voit apparaître le film assez longtemps après le début du film (mais Apichatpongounet l'a fait, ne m'abuse-je ?). Ca commence avec, en voix-off, des ouvriers de chantiers navals qui évoquent la fermeture de ceux-ci. Il est aussi question de guêpes, de nids, de la façon de les éradiquer par le feu, et, donc, de pompiers, bien évidemment. Jusqu'à ce qu'il soit fait mention de Shéhérazade, et de sa technique de récit dans l'ouvrage qui a donné son titre au film mais qui -c'est précisé dès le générique- n'en est pas du tout une adaptation.
Suspens (tempête sous un crâne) : Allais-je donc ou non me mettre aussi à ding-ding-donguer ?

cloches

... et bien oui, plutôt. (si le oui n'est pas éclatant et en bronze massif, le film n'y est pour rien, ce sont mes yeux qui sont responsables, puisque j'ai hélas un peu piqué du nez, après avoir pourtant essayé de lutter de toutes les manières possibles.) J'aime beaucoup la façon dont M. Gomes s'y prend (et ne croyez pas que c'est parce qu'un des premiers chapitres s'intitule Histoire des hommes qui bandent, non, du tout). Il est vraiment très fort : il est question de chômage, d'appauvrissement, de dette(s), d'euros, de technocrates, et voilà qu'il se saisit énergiquement de cette pâte sociale a priori pas très ragoûtante (et plutôt indigeste) et se met à la pétrir avec une violente tendresse (ou une tendre violence, ça fonctionne aussi), à l'étirer à la trancher à la rouler à la débiter à la farcir à la rôtir bref à la façonner à la va comme je te pousse, à la faire sienne, en y ajoutant des trucs perso, possiblement disparates ou apparemment inadaptés (comme si lui venait l'envie de rajouter, au hasard... des dockers, du coq au vin, des morceaux de baleine, de la poudre de je-ne-sais-pas-quoi, dans les traditionnels et portugaisissimes  pasteis de nata pour voir ensuite qu'est-ce ça goûte. Et rectifier l'assaisonnement au cas où).
C'est du cinéma, du vrai cinéma, du cinéma politique, militant, polémique, mais aussi surtout du cinéma tout court. Et au long cours. Car Miguel Gomes a la bonne idée de mettre, au générique final, le contenu des deux chapitres suivants, et tous les sous-chapitres qu'ils contiennent, avec leur minutage précis. De quoi nous donner envie. Du cinéma qui se lit, qui se feuillette (on y revient, aux petits gâteaux portugais...) qui se dévoile, qui s'épanche, qui se donne la parole, qui s'interroge et tente aussi de se répondre. Du cinéma aussi social que fantasmagorique.

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25 juin 2015

p(l)an-p(l)an

LA RESISTANCE DE L'AIR
de Fred Grivois

Mardi, 18h15, bôô cinéma, salle 10 : j'étais tout seul pour la séance. Je venais pour Reda Kateb, bien sûr, annoncé comme tireur par le synopsis et énoncé comme victime par l'affiche (pas très belle d'ailleurs). Un mélange 30 % polar 30% portrait d'un personnage et 30 % chronique d'un couple (auquel on ne croit pas tout à fait, parce qu'on en voit surtout les acteurs, comme pour Guillaume Canet et Leila Bekthi dans La belle vie), et, par le fait 10% restants d'autre chose (la scène finale, par exemple). Un film moyen, pas plus honteux que la majorité des polars en circulation, mais auquel il manque la petite étincelle de génie qui le ferait crépiter et pétarader comme un feu d'artifice du 14 juillet. Un film un peu morne, un peu éteint, un peu grisâtre (le sentiment de manquer de lumière comme on manquerait d'air). Un peu atone. Un film où l'on a le sentiment que les personnages agissent parfois un peu incongrûment mais où tout se déroule plutôt prévisiblement. Reda Kateb y est, une fois de plus superbe (il est très fort, justement, pour jouer l'atonie, l'insignifiance apparente) en mec simple et grisâtre comme vous et moi (surtout moi hihi) avec ses petites lunettes et sa petite moustache , et des accès de violence aussi rares que remarqués. Et un sourire qui illumine tout (la très très jolie scène ou Johan Heldenberg lui apprend à être acteur et à jouer "cet argent, c'est tout ce qui me reste de mon père...").
Ah oui, le père en question est joué par Tchéky Kario, impressionnant en vieillard atrabilaire  libidineux et énurétique (tout pour plaire), tandis Pascal Demolon demolonise comme il faut dans le rôle de l'entraîneur JP, et que Ludivine Sagnier (qui, enfin, finit par être adulte) est hélas un peu sous-employée par un scénar qui la met un peu à l'écart. J'aime bien le grand belge, Johan Helderberg, dont j'ai déjà parlé plus haut, même si son personnage évolue, lui aussi, de façon prévisible (sauf qu'il disparaît du film de façon assez presdigitatoire). Et reste cette (drôle de) scène finale, acmé de l'atonie, qui aurait même pu durer deux fois plus longtemps, où on se plait à jouer à "devine un peu ce qui se passe dans la tête de chacun des personnages"... Idéal pour quitter le film en douceur (ou avec énervement, ça dépendra des gens).
(Vu le sujet, j'aurais du conclure avec une fine plaisanterie à propos du film, utilisant "faire mouche" et/ou "rater sa cible", mais à quoi bon...)

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(c'est drôle comme elle hausse le sourcil, non ?)

24 juin 2015

opium pour homme

IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE
de Sergio Leone

Non seulement c'était l'été mais voilà qu'on fêtait le solstice avec un événement de taille : la projection, dans le bôô cinéma, de la version "intégrale" (4h11, tout de même, mazette!) de ce dernier volet de la trilogie dite des "Il était une fois..." de Sergio Leone. Et la salle était plus que correctement remplie (une trentaine de personnes, re-mazette!). Je ne faisais pas trop le malin, puisque je n'avais encore jamais vu aucun film de lui (et je venais, au départ, surtout en militant, par crainte d'une salle vide ou presque) et surtout que j'en appréhendais un peu non la longueur (j'ai toujours de l'attirance pour les films à la durée "hors-norme") mais la violence (oui, c'est mon côté chochoton), d'autant plus que le copié-collé de critiques (pour la prog) m'avait appris que, notamment, y figuraient deux viols, genre de scènes (scènes de genre) qui me sont particulièrement insupportables.
Le film commence très sobrement, générique en blanc sur fond noir, sans musique, puis on a droit assez vite à un premier meurtre celui d'une femme, au revolver, par plusieurs individus patibulaires, qui cherchent "quelqu'un", suivi d'une scène de tabassage aussi violente que saignante (un gros homme au visage en sang attaché à un punching-ball est martyrisé par les mêmes individus patibulaires, qui cherchent le même quelqu'un, et vont finir par obtenir une réponse : "il" est chez un Chinois.
"Il" c'est Noodles, interprété par un magnifique De Niro (celui d'il y a trente ans, déjà), allongé en train de fumer de l'opium. Ambiance très Lotus bleu, décor et départ d'une scène anthologique, qui m'a fait immédiatement penser que j'étais devant un "grand film" : avec l'accompagnement répétitif et obsédant d'une sonnerie de téléphone, le réalisateur va mettre en place la structure temporelle complexe de son histoire, (celle de Noodles et de ses quatre (puis, assez vite, trois) amis), depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, empilant et alternant alors, magistralement et sans effort pas moins de quatre strates temporelles (celle où il fume de l'opium, celle où il va chercher la valise à la consigne, celle où il va au cimetière, celle où il épie en cachette la demoiselle qui danse). (La chronologie du film, d'ailleurs, sucita, à la fin, quelques discussions sur les édifférentes époques, et, de ma part le questionnement sur le fait qu'il se termine exactement au même point temporel : dans la fumerie d'opium. pourquoi donc revenir au passé après être allé loin dans le futur, et tout aussi loin dans l'autre sens ?)
Et hop, on est happé, capturé, fasciné, et on n'en sortira pas (de cet état de sidération) pendant le plus de quatre heures que dure le film. Cette version est dite "intégrale" car y ont été intégrées 20 minutes supplémentaires retrouvées (en pas très bon état semble-t-il) dans les studios de Leone. (j'ai lu un peu sur le ouaibe l'histoire de ce film à durée très variable lors de ses sorties (et charcutages) successives (je devrais écrire "successifs" mais ça ferait trop bizarre).
Les mômes (on devrait dire "voyous" ou "mauvais garçons") du début vont grandir et devenir les gansters du milieu (du film), on suivra leur ascension en sachant, presque depuis le début, combien elle finira mal pour certains d'entre eux. Grandeur et décadence, etc.
C'est toujours Noodles ("nouilles", quand même...) qui le centre, l'épicentre de cette épopée. Celui qui a survécu, celui qui revient, celui qui cherche à comprendre qui l'a trompé, celui qui culpabilise, celui qui se souvient, celui qui regrette, celui qui tient bon... Leone est grand et De Niro est son prophète, pour parler bibliquement (et on ne serait pas si loin, finalement des Dix commandements, non ? Autant par la démesure technique cecilbdemillesque que par l'histoire racontée, d'ailleurs...) Le film est demesuré, (même si l'histoire en est, paradoxalement, assez simple, une fois que tout a été remis dans l'ordre) mais extrêmement virtuose dans sa construction (les passages d'une époque à une autre sont fascinants) et vous laisse dans votre fauteuil, aussi groggy qu'admiratif, tandis que morriconise le générique final.
De quoi me donner envie de voir, déjà, les deux autres films de cette trilogie...

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31 mai 2015

toi et tes peut-être

L'OMBRE DES FEMMES
de Philippe Garrel

J'y allais... prudemment. Les deux derniers films vus de Philippe Garrel - Les amants réguliers et La frontière de l'aube - ne m'avaient pas -euphémisme- convaincu, et j'ai comme qui dirait un contentieux avec Stanislas Mehrar (il n'y est pour rien le pauvre, mais je n'ai aimé ni La captive ni Adolphe- mais en fouillant sur le ouaibe, je vois qu'il était aussi dans La lettre, et Un monde presque paisible, ce qui compense en quelque sorte.-) et j'y allais donc, je l'avoue, surtout pour Clothilde Courau.
Bonne nouvelle : Stanislas, on est réconciliés (et Philippe, aussi!), et Clothilde, je confirme! (et quand je pense que je n'ai découvert qu'au générique de fin à qui appartenait la voix du narrateur...) Oui, le film, en noir et blanc comme les deux suscités, est très beau. Très simple et très beau. Très beau parce que très simple, et vice-versa. Un mari, sa femme. La maîtresse du mari, l'amant de la femme, et c'est à peu près tout. Et de l'amour, bien sûr. Il la trompe, et c'est par sa maîtresse qu'il apprend que sa femme aussi a un amant. Ni Labiche ni Feydeau ni portes qui claquent ni amants en caleçon et fixe-chaussettes. L'heure est moins à la rigolade. Interrogations, hésitations, flottements. Stanislas Merhar incarne un personnage tout à fait conforme à l'image qu'on a de lui : un visage plutôt fermé, des cheveux un peu en pétard, évoquant une sorte de Dutronc jeune et blond mais sans le sourire (ni les lunettes noires, que voilà donc une comparaison idiote). Il y a dans ce visage opacifié une part de chagrin silencieux (mutique) assez impressionnante, à tel point que lorsqu'on le voit sourire (vers la fin du film) ça fait presque l'effet d'une déflagration.
Clothilde Courau joue à nu (et sans filet) et elle est, une fois de plus, parfaite. Sans maquilleur, sans coiffeur, elle joue, à la fois si simple et si précise qu'on en est tout retourné. Au début, ils sont pauvres, ils vivent et travaillent ensemble (il est cinéaste, elle lui sert d'assistante) et on peut supposer qu'il y a là de la part de Garrel une part de vérité, d'autobiographie, sans que cela devienne jamais pesant. A la fin, les revoilà qui parlent à nouveau cinéma et projets. Le film se structure et s'enracine peu à peu, l'ascèse un peu froide du début laissant progressivement la place à une certaine chaleur, comme un poulet tout maigrichon qu'on verrait au fil des jours grossir et se remplumer.
Et il a cette spécificité garrelienne d'être intemporel (atemporel ?) : à part quelques menus détails (il faut être attentif), il est presque impossible de le situer précisément dans le temps. comme si Garrel évoquait sa jeunesse en la transposant aujourd'hui. Un intermonde où, en 1970 on paierait en euros. Ou un univers plus contemporain où personne n'aurait de téléphone portable (quelle merveilleuse et reposante idée). Et il a l'intelligence de faire court, de parer au plus pressé. Couple, famille, adultère, sentiments, mais aussi cinéma, documentaire, résistance... il file droit, sans s'apesantir, ni s'apitoyer, d'ailleurs.
Sans conteste, mon Garrel préféré depuis pfhhhhhh... longtemps!

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27 avril 2015

diffusable

TAXI TEHERAN
de Jafar Panahi

Un grand bonheur de cinéma. (En ces temps de Shaun le mouton, toujours pas vu d'ailleurs, je ne peux que joindre mon humble bêlement d'admiration à la cohorte -oui, plutôt, filons la métaphore, au troupeau- de ceux qui réééésonnent déjà sur l'affiche. ) Un gros, vrai, grand, bonheur de cinéma. Dont je m'approchais pourtant avec toute la prudence requise (je l'ai déjà dit 1000 fois je me méfie des unanimités dingdinguantes) mais là, pile-poil c'était le bon film à la bonne séance.
Dès la première scène, hop, c'est parti, de la jubilation pure et simple : un dispositif simplissime (une voiture, un taxi, avec une caméra qui peut pivoter sur son axe) des personnages (le chauffeur à casquette -Mister Panahi himself, "Jafarounet" pourrait sans doute dire une connaissance ficaïenne-, un passager devant, une passagère derrière), et un dialogue magnifique à propos de vol, de punition, de pendaison. Oui, il n'y a pas d'autres mot : je jubilais.
Et ça a continué, jusqu'à la fin. D'autres passagers vont se succéder, dedans (deux vieilles dames, un motard accidenté et sa femme, un vendeur de dvd piratés, la nièce du réalisateur, un ami perdu de vue) ou dehors (un étudiant en cinéma, un vendeur de cd piratés, un couple de jeunes mariés et leur photographe, un gamin...) Le film ne quittera pas la bagnole, ou ses abords  immédiats (tout ce que peut filmer, dedans ou dehors, la caméra embarquée à son bord). Ou comment, avec trois fois rien (la forme est humble) on peut réussir à parler de tout ou presque, à propos de la société iranienne actuelle : de cinéma (qu'on regarde), de lois, de violence, de vols, de répression, de religion, de superstitions, de règlementations, de cinéma encore (qu'on fait), sans oublier les roses, les poissons rouges, Woody Allen, et les cafés glacés.
Panahi a été l'assistant de Kiarostami (forcément, on pense à Ten, avec le même dispositif, mais qui était nettement moins drôle) et on peut se dire qu'il lui rend ainsi, plus ou moins, hommage, avec malice, contournant pour la troisième fois le "jugement" qui lui a interdit de tourner des films -et de sortir du pays- pendant vingt ans (purée, vingt ans!). Après avoir raconté un film dans son appartement (Ceci n'est pas un film) Il est donc descendu dans la rue (ça il a le droit!) s'est assis dans ce taxi et s'y est donc mis en scène (certains critiques tatillons lui ont reproché cette complaisance), au fil des rues de Téhéran. Et c'est, finalement, la seule chose , dans le film, dont on est sûr qu'elle est vraie : Jafar Panahi conduit un taxi à Téhéran.
Pour le reste...
C'est du vrai ? du faux ? du vrai pour de faux, du faux pour savoir le vrai ? Et bien j'avoue que cette délicieuse incertitude rajoute encore une épaisseur de bonheur au film. Un des passagers  dit à Panahi "Je sais bien que ce sont des acteurs, et que tout ça est scénarisé, hein ?" et Jafar P. répond juste avec un sourire. Ni oui ni non, débrouille-toi avec ça, et ainsi chaque spectateur. Des moments de vie, des instants, des rencontres, des passages.
En plus des événements, du "réel", il est aussi beaucoup question des différentes façon de le figurer, de le conserver (les supports et les outils caméra, téléphone portable, appareil-photo numérique). Donc de le transmettre. Et ces possibilités de représentations deviennent parfois vertigineuses (cette scène magnifique où ce qui se passe à l'extérieur est filmé par la fillette sur son téléphone - on re-voit très bien les choses sur son écran numérique-, qui est elle-même filmée en train de filmer à cet instant par la caméra installée dans la voiture.) Jolie oui très jolie mise en abyme cinématographique, le genre de choses qui me font encore plus jubiler (oui c'est la troisième fois au moins que j'utilise ce mot dans ce post, à dessein).
Et, tout à la fin, Taxi Téhéran rejoint le très fort (et éprouvant) Les manuscrits ne brûlent pas (de Mohammad Rasoulof) : comme lui, il est dépourvu de générique.
Pour cause de courage, d'intelligence,  de finesse, de lucidité, d'énergie, d'humour (toutes ces raisons sans doute considérées comme d'effroyables crimes lèse-mollahs...) Deuxième film de la journée, tout de même (après Shahada le matin) où il est à nouveau question, moins frontalement sans doute,  de religion et d'aveuglement...

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un film "ligne claire", ce que suggère finement l'affiche française

Top 10

30 avril 2015

rohmervaudage

CAPRICE
d'Emmanuel Mouret

Dans le bôô cinéma, on a déjà programmé pratiquement tous ses films, sauf, bizarrement, l'avant-dernier* (avec JoeyStarr, où il avait pris un ton plus grave), mais, Mouret, c'est comme ça qu'on l'aime, en éternel grand benêt maladroit, aussi emprunté dans ses gestes qu'embrouillé dans ses sentiments. Et des jolies filles dans chacun de ses films.  Virginie Efira et Anaïs Demoustier dans celui-ci , mais, auparavant, Judith Godrèche, Virginie Ledoyen, Frédérique Bel, Déborah François, Julie Gayet ont eu avec lui des histoires d'amour. L'amour chez Mouret n'est pas très loin de celui de chez Perceval le Gallois, par exemple. Les mots "carte du tendre", "amour courtois", "horriblement compliqué" sont tout à fait de mise. On pourrait même rajouter au cocktail un zeste de Roro Barthes pour le faire un peu plus effervescer. Comment théoriser la pratique (et donc pratiquer la théorie). Non, rien n'est jamais simple dans les histoires d'amour d'Emmanuel M. Pourrait presque l'être, mais ce serait trop facile. Et ce qui pourrait être facile le dédevient, automatiquement. Parce qu'on "pense"...
Ce qu'on aime, en tant que spectateur, c'est guetter l'apparition du grain de sable qui va immanquablement venir enrayer la machine, et, surtout, de quelle façon il va le faire. Et quelquefois c'est encore un peu plus compliqué, il y a deux grains de sable, et on hésite, on tergiverse, on suppute, lequel serait donc le plus apte à bousiller le mieux  le processus, chacun de son côté, à moins que les deux... Comme il y a une mécanique du rire, une mécanique des femmes, il y a une mécanique des films de Mouret.
Une cérébralité certaine, qui s'appuie sur des dialogues très précisément écrits, presque précieux (de précis à précieux il n'y a qu'un eux d'écart). Il y a relation amoureuse, certes, mais il y a surtout un questionnement (mille questionnements) à propos du processus en question, qu'on se pose à soi-même, qu'on pose à l'autre, et aux autres aussi. Et chacun de mettre son grain de sel (ou de sable). Un comique de geste, aussi, un comique de maladresse et de gaffe (entre Tati et Pierre Richard), et, encore plus léger, un comique galant de l'incertitude, de l'entre deux, du oui ou non...
Comme si on essayait de résumer l'amour par une formule mathématique, ou une recette de cuisine. Quels ingrédients, dans quelles proportions, quelles actions, dans quel ordre... On ne sait jamais, on n'est jamais sûr, alors on joue à "et si..." (ça pourrait être tout aussi bien le jeu du petit chimiste).
Là, Mouret est divorcé, son ex-femme est très gentille parce qu'ell est partie avec son meilleur ami et donc qu'elle culpabilise. Le voilà qui rencontre une actrice de théâtre qu'il idolâtre (Virginie Efira, blondissime, avec des chaussures dorées sublimes -tiens, voilà que je vire Bunuel...-) et se met en ménage avec elle. Bonheur total, nirvana, plénitude, sauf qu'une rousse piquante (Anaïs Demoustier) lui tourne obstinément autour, autour de son jeune couple, de son bonheur tout neuf, de sa fidélité consciencieuse... Ah et il y a aussi son directeur (Laurent Stocker)- j'ai oublié de dire qu'Emmanuel M était instit'- que sa femme vient d'abandonner et qui aimerait bien en retrouver une autre...
Les quatre danseurs sont en place pour le quadrille, et, bien sûr, la musique commence...  "Faites la révérence, tournez, échangez vos cavalières..." (je ne raconterai rien de plus) Zabetta a dit qu'elle s'y était un peu ennuyée, moi, non non, rien que le fait de voir les petites mines d'Emmanuel Mouret me titille les commissures, alors je suis prêt à être plein d'indulgence. J'ai ri, j'ai souri, j'ai même pouffé (pas trop fort, parce que dans la salle, les autres spectatrices -il n'y avait que des femmes!- se cantonnaient dans un silence recueilli. (étaient-elles, elles aussi, amoureuses d'Emmanuel M. ?)
Il me semble qu'il y a, sur tout cet apparemment volatil marivaudage, un petit quelque chose de moins souriant, un léger voile d'amertume (ou d'aigre-douceur) qui n'existait pas forcément dans les oeuvres précédentes (mais j'ai pu oublier), et je trouve plutôt plaisante cette voix-off teintée d'un zeste de tristounerie qui ouvre et clôt le film (les paroles s'envolent...).
Oui, plaisant. "Mentir, ça peut être intéressant..."

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* (On me fait remarquer (merci Philou) que ce film est passé dans le bôô cinéma, et que c'est même nous (j'ai vérifié) qui l'y avons programmé... Donc ce n'est pas parce que je n'ai pas vu un film qu'il n'a pas été programmé... J'ai eu tort, et je le reconnais publiquement)

16 mars 2015

sixième de malher

LE DERNIER COUP DE MARTEAU
d'Alix Delaporte

J'avais bien aimé son précédent Angèle et Tony, surtout sans doute pour la présence tendrement massive de Grégory Gadebois, et le joli couple qu'il finissait par y composer avec Clothilde Hesme. Et bien là, c'est drôle, la réalisatrice a repris les deux mêmes acteurs, sauf qu'ils ne finissent pas par  constituer quoi que ce soit (la rencontre a eu lieu bien avant le début du film) : il est chef d'orchestre, elle a le cancer, et, entre les deux, un jeune homme : le fils qu'ils ont eu ensemble (il y a longtemps) et qui est en passe d'être sélectionné pour intégrer un centre de formation footballistique, et qui se trouve un peu chamboulé par le "retour" de son père en ville, la maladie de sa mère, le fait de devoir annoncer son recrutement, le manque de fric pour réparer la caravane dans laquelle ils vivent, les problèmes de bilinguisme du jeune fils des voisins, la féminité surchauffante de la "grande soeur" dudit fils, bref, il doit affronter tout ça en même temps, et c'est compliqué.
Lui qui ne jurait que par le foot, les maillots avec  les noms des stars, les jongles, l'entraînement, le voilà qui va se cogner frontalement à la "grande musique", via les répétitions de la Sixième de Malher, que son père dirige, et où il va s'insinuer comme le ferait un coin têtu (buté) dans un tronc énorme (Gadebois est vraiment imposant, en quasi-ogre barbu), au mileu d'une forêt qui le dépasse et le fascine progressivement de plus en plus.
Le film est plein de trajets, ceux du gamin, en stop le plus souvent, quelquefois dans la voiture des flics, et même, à la fin, dans celle de son père, d'allées et venues (de contre-allées en déconvenues...) de trajectoires aussi, la familiale (disjointe, avec son père, avec sa mère), l'affective (être grand frère ou presque, tomber amoureux, ou presque) la professionnelle (faire des choix pour l'avenir, les assumer), l'individuelle (affronter les choses en petit taureau les poings serrés), la collective (tableau sociétal : l'argent, la maladie, l'amour, etc.), toutes pistes que la réalisatrice suit plutôt bien, mais dont la multiplicité, le foisonnement, risquerait d'égarer un peu le spectateur lambda (que j'étais, à cette séance : imaginez, pas un film depuis quinze jours!).
Le début du film, formé d'une succession de plans très elliptiques le force d'ailleurs (le spectateur lambda) à être attentif, pour reconstituer les choses (qui est qui, et où est où), après ça s'arrange un peu, et on suit les différents fils en se posant quand même de temps en temps quelques questions. Portrait d'un adolescent, à ce moment particulier où on n'est déjà plus assez petit, mais pas encore assez grand, ce moment délicat où il faut savoir regarder de tous les côtés à la fois, et gérer tout ça aussi du mieux qu'on peut (mais fallait-il charger autant la mule du récit ? était-il indispensable que la maman soit cancéreuse ? et le papa chef d'orchestre ? et le fiston futur Zidane ?)
Un film sympathique, donc, (pour ce retour au monde du cinéma après quinze jours d'arrêt), d'autant plus que la réalisatrice a le tact (et l'intelligence) d'éviter les précipices gros comme une maison qui lui tendaient les bras : ni mort de la maman sur fond de soleil couchant et de Malher aussi, ni reconstitution de la cellule familiale à la dernière seconde et youp la boum, juste une chronique compliquée et simple comme la vraie vie, même si elle risque de ne pas me laisser grand-chose au bout du compte (à part la sympathie massive que je ressens pour G.G), mais n'est -ce pas le lot de presque tous les films ?

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25 octobre 2014

escamotage d'éléphant

MAGIC IN MOONLIGHT
de Woody Allen

Le nouveau film de Woody Allen, c'est comme la Foire aux livres de Belfort : on y va une fois par an, on y entre plein d'espoir, et on en sort plus ou moins déçu... Les derniers m'ont laissé sur des sentiments variés, allant de l'ennui le plus plombant à l'enthousiasme le plus sautillant. Celui-ci ? Je l'ai trouvé... fatiguant, surtout à cause de la quantité incroyable de sous-titres qu'il fallait déchiffrer sans prendre le temps de cligner des yeux, tellement c'est un film bavard (c'est en tout cas la première fois que je ressens ça aussi fort : peut-être le couscous de midi avait-il été trop copieux ? Peut-être était-ce plutôt l'heure d'une sieste digestive ? Toujours est-il que j'ai souffert, de devoir ainsi rester tout le temps les yeux écarquillés, attentif, aux aguets, à l'affût.
Une histoire de magicien donc (vous avez dû voir déjà 50 fois la bande-annonce qui  est tout aussi bavarde), un hyper-fort magicien (hyper-fat aussi), invité par un autre pote magicien chez des gens chicos et richissimos où s'est incrustée (avec sa mère qui lui sert d'imprésario) une jeune médium (dont le fils -de la famille- s'est entiché), avec pour mission de démasquer impitoyablement ladite intriguante lors des séances psychiques et mediumniques qu'elle organise régulièrement, pour mettre en contact la maîtresse de maison avec son défunt mari, s'attirant ainsi les bonnes grâces de la dame en question (qui en pose beaucoup à son ectoplasme de mari, justement, des questions).
Sauf que, bien entendu, rien ne va aller comme prévu : on sait déjà, d'après la bande-annonce, qu'ils sont tomber dans les bras l'un de l'autre (et c'est généralement d'ailleurs comme ça que ça se passe à la fin des Woody Allen) mais, heureusement, il y manque (heureusement) deux ou trois détails, rebondissements, et demi-tours au frein à main (bon, avec une voiture de 1928, ça n'est pas bien méchant) et autres -justement- incidents mécaniques, mais bien pratiques pour la, justement, mécanique de précision (d'orfèvrerie diront certains, d'horlogerie, préciseront d'autres) qui fait tictaquer -joliment- le scénario comme une bombe à retardement de terroriste d'opérette, pour que (je finis la phrase commencée en début de paragraphe) pour que donc, le spectateur n'ait pas trop le temps de s'ennuyer, de bailler, ou de penser à ce qu'il va manger plus tard, ou boire.
Beaux personnages, belle lumière, beaux sentiments, beaux discours, un rien datés comme un hot jazz d'époque, ou un verre de sherry servi par une vieille tante (tss qu'allez-vous imaginer c'est celle du héros) en robe verte et rangs de perles assortis. Bien que très concentré pour ne manquer aucun sous-titre, je reconnais que j'ai plusieurs fois gloussé, voire éclaté de rire, on reconnaît bien là les qualités de dialoguiste de Woody Allen, et j'ai pu prendre au film un certain plaisir, même si j'étais à la fin si exténué que je n'en eus pas la force de me relever immédiatement.

 

(un blanc)

 

Mine de rien, quelques heures ont passé. je rentre du bôô cinéma (quelle surprise!) où je viens de voir "en vrai" Chaînes conjugales, de Joseph Mankiewicz. Quelle merveille! Je pourrais presque effacer tout ce que j'ai écrit ci-dessus, tant il n'y a pas photo si on compare les deux films. C'est glamour, c'est intelligent, c'est spirituel, c'est impeccablement mené.  Portrait brillant de trois femmes, parties pour la journée  en pique-nique scolaire, qui apprennent par courrier de la part d'une quatrième (en voix-off) qu'elle vient de partir avec le mari de l'une d'elles, et les voici chacune à introspecter successivement et à se demander si elle reverra le soir à la maison, en rentrant, son cher et tendre. Trois portraits, trois couples, trois façons d'envisager la vie maritale et trois états des lieux de la "guéguerre des sexes". Ici aussi, on parle beaucoup, mais sans qu'à aucun moment pourtant on ne ressente la moindre fatigue. Ça étincelle ça scintille ça effervesce ça palpite... Du grand art, de la dentelle hollywoodienne, que ce film de 1949, oscarisé en 1950 (dialogues et scénario si je me souviens bien) à côté de qui son successeur allenien (son petit-fils cinématographique en quelque sorte) paraîtrait presque vieillot et compassé. Le film est en noir et blanc, mais encore une fois c'est le Woody Allen qui semble bien pâlichon en comparaison.
Une merveille, vous dis-je, tant pour ce qui s'y dit (une critique du mariage n'est jamais pour me déplaire) que la façon dont c'est fait (les trois portraits successifs sont agencés (cadencés) comme trois facettes de la féminitude, avec une incontestable et subtile gradation à la fois dans le langoureux  le cruel et le sublime.) Carrément. Comme pour les cocktails dans le film, tout est une question de dosage entre l'alcool de la vacherie et le soda de la tendresse. Et les glaçons du glamour. Cheers!

CHAÎNES CONJUGALES
de Joseph Mankiewicz

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24 février 2014

prises de sang

ONLY LOVERS LEFT ALIVE
de Jim Jarmusch

Jim J. faisant partie de la garde rapprochée de ma cinéphilie personnelle, il importait donc que ce film fût vu le premier jour à la première séquence (déjà que je n'avais désespérément pas pu aller à la journée de prévisionnement...), surtout en ce mercredi après-midi qui dès le début m'avait semblé placé sous les meilleurs auspices...
"Oooooh Jim..." pensais-je en m'installant, comme le chantait Lou Reed sur Berlin. Je connaissais déjà l'avis de Nicolas, celui de Claude, celui d'Hervé (qui l'avaient déjà vu, eux), je n'étais donc pas vraiment inquiet, juste surtout impatient. Il y a des plaisirs, comme ça, que je suis incapable de différer.
Claude  m'avait prévenu que la scène d'ouverture était comme un vortex. Normal, pour pénétrer dans un film de vampires, il faut au préalable y avoir été invité par les hôtes du lieu. Et cette invitation prend une forme tout à fait enivrante il est vrai. Et nous voilà installés dans cette demeure pleine de bric-à-brac. Bien que le thème du vampirisme me soit assez étranger (à part au 36ème degré, genre série Z, Hammer productions et Christopher Lee, et encore...) le petit père Jarmusch se l'approprie, il le plie, le replie et le redéplie avec des virtuosités d'origamiste, et le transfigure, comme il avait pu le faire pour le western avec Dead man, ou le film de gangsters et de mafia avec Ghost Dog.
Il nous livre un objet incroyablement classieux, glamour, sans être du tout papier glacé. Plutôt feuilles de grimoire, quelque chose d'écrit de beau, de raffiné, de touchant, qui existe depuis si longtemps (au fil du temps) qui nous est transmis (et nous survivra).
Un homme, une femme, Detroit et Tanger, la musique et les livres, lui Adam et elle Eve. Boy meets girl. Ou plutôt l'a rencontrée il y a trèèèèèèèèès longtemps (leurs journées se comptent en siècles) et nos amoureux se parlent via portables ou tablettes, voyagent, en avion (départ de nuit et arrivée de nuit) dorment le jour terrés dans leurs antres et se réveillent le soir, mais pas de chauves-souris de cimetières  de gousses d'ail ni de pieu dans le coeur. Pour assurer leur subsistance ils s'approvisionnent en sang sélectionné (le O négatif semble être leur nectar préféré) auprès de médecins dûment rétribués, breuvage quasiment psychotrope qu'ils boivent dans de jolis verres et semble leur procurer une ineffable extase.
Une vie, deux vies plutôt, de vampires dandys, vaguement décadents, cultivant -lui surtout- une indicible et permanente mélancolie (il est compositeur, et souffla d'ailleurs jadis quelques airs à Schubert). Aristocratiques buveurs de sang, toujours entre deux sommes, deux départs, deux déceptions. Une fuite quasi immobile, exigeante et recluse (ils se sont coupés volontairement de ceux qu'ils surnomment les zombies -c'est à dire nous-) à mi-chemin entre la rock-star et l'anachorète.
Il ne se passe quasiment rien, question anecdote : à Detroit, un dénommé Ian (au look de métaleux gentil) aide Adam avant qu'Eve ne les rejoigne , puis ils recevront la visite de la soeur d'Eve (une petite pestouille), avant que de repartir ensemble à Tanger.
C'est nocturne, c'est baroque, c'est grandiose, ça se déguste comme nos vampires chéris sirotent leur élixir : avec respect, dans un certain cérémonial. Un objet magnifiquement hors-normes.
Oooooh Jim...

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Top 10, probablement

 

20 janvier 2014

le parquet craque

JE FAIS LE MORT
de Jean-Paul Salomé

Aïe! Ca commence mal, et ça continue encore plus mal.
(Le film a sans doute pâti de la réflection qui me fut faite, avant le début de la séance, à propos des Rencontres d'après minuit, par un spectateur (pourtant étiqueté "cinéphile") qui en avait quitté la projection au bout d'une demi-heure, remarque qui, reconnaissons-le, m'agaça un tantinet (ce qu'on appelle un euphémisme).
Et c'est ce que j'ai failli faire avec ce film là, qui, il faut le reconnaître, commence assez calamiteusement. J'ai une sympathie certaine pour François Damiens, mais là, alors, mais là... Il joue de façon agaçante un personnage extrêmement agaçant (re euphémisme), dans une intrigue policière pas pire que celles de la moyenne des téléfilms, certes, mais, en ce qui me concerne, vraiment le compte n'y était pas. On voit venir gros comme une maison la complexification de l'intrigue, au prix de rebondissements bêtas, et la résolution triomphante de ce whodunit par notre acteur énervant, avec en prime, on n'en demandait pas tant, une happy-end love-storyesque aux petits oignons.
C'est vrai que, après une mise en route poussive, lourdaude, balourde, le film s'améliore un tout petit peu (ce qui fait que je ne me suis finalement pas levé de mon siège pour quitter la salle en cours d'enquête) mais bon que tout ça sent le réchauffé télévisuel planplan... d'autant plus que l'ambiance plouco-polardo-neigeuse évoque immanquablement un Poupoupidou de bien plus plaisante mémoire. (Ah, Guillaume Gouix, ah, les pompiers de Mouthe...)
Bon c'est vrai que ça devient inconstablement moins énervant quand les relations entre l'acteur et la juge se détendent et deviennent plus plaisantes (et peut-être les personnages plus justes, aussi ?) sauf que toute la partie finale de reconstitution, et de résolution retombe dans les ornières de lourdauderie du début. (on n'en a pas grand-chose à faire, en fait...)
Bref, je fais le mort (et j'oublie)!

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2 juillet 2014

tu sais celui... les résultats!

30) LA MAMAN ET LA PUTAIN pépin1
29) ENGRENAGES hervé1
28) DJANGO UNCHAINED pépin2
27) JAURES hervé2
26) LES CHANTS DE MANDRIN catherine1
25) DANS LA BRUME catherine2
24) THE GRAND BUDAPEST HOTEL marie1
23) HOLY MOTORS pépin3
22) LES SENTIMENTS sylvain1
21) GRAND CENTRAL hervé3
20) LES RENCONTRES D'APRES MINUIT hervé4
19) BUFFET FROID pépin4
18) 9 MOIS FERME loulou1
17) JACKY AU ROYAUME DES FILLES loulou2
16) OMAR hervé5
15) GANGS OF WASSEYPUR marie2
14) HEIMAT pépin5
13) LES AMANTS PASSAGERS marie3
12) POST TENEBRAS LUX hervé6
11) TOUCH OF SIN marie4
10) JE SUIS SUPPORTER DU STANDARD sylvain2
09) CONTES DE L'ÂGE D'OR hervé7
08) IN THE MOOD FOR LOVE zvezdo1
07) 2AUTOMNES, 3HIVERS pépin6
06) QUEEN OF MONTREUIL pépin7
05) LES APACHES sylvain3
04) MAIN DANS LA MAIN zvezdo2
03) LA GRANDE VADROUILLE jahovil1
02) EXTERIEUR NUIT pépin8
01) NYMPHOMANIAC pépin9

médaille de cuivre : sylvain (3)
médaille de bronze : marie (4)
médaille d'argent : hervé (7)
médaille d'or : pépin (9    (clap clap pépin)
(tous les autres gagnent la médaille d'amûr)

 

... et si vous voulez encore un peu, voici des photos, qui n'ont pas été publiées, de films qui ont été (ou pas) publiés dans ce jeu. Il y en a 20, et il y aura un cadeau pour la première ou (le premier) à tous me les trouver. Ou bien à qui m'en trouvera le plus...
C'est notre jeu-ciné des vacances. Je relève les copies le 31 juillet. Envoyez votre liste sur ma boite mail...

vlcsnap-2014-06-17-17h20m02s249numéro 1 : 40 ans et toujours puceau

bscap0004 (2)numéro 2 : gangs of wasseypur

vlcsnap-2014-05-18-18h29m15s38numéro 3 : a touch of sin

vlcsnap-2014-06-17-17h18m30s84numéro 4 : 40 ans et toujours puceau

vlcsnap-2014-05-18-22h08m16s128numéro 5 : queen of montreuil

vlcsnap-2014-05-18-22h11m02s254numéro 6 : inferno

vlcsnap-2014-05-24-18h37m22s6numéro 7 : 9 mois ferme

vlcsnap-2014-05-24-18h40m06s93numéro 8 : holy motors

vlcsnap-2014-05-29-23h16m27s181numéro 9 : les sentiments

vlcsnap-2014-06-08-12h20m48s64numéro 10 : jacky au royaume des filles

vlcsnap-2014-06-08-13h18m23s80numéro 11 : the grand budapest hotel

vlcsnap-2014-05-29-23h03m05s103numéro 12 : grand central

vlcsnap-2014-06-08-13h22m29s169numéro 13 : the grand budapest hotel

vlcsnap-2014-05-18-18h31m11s140numéro 14 : a touch of sin

bscap0002numéro 15 : martin et léa

bscap0003 (2)numéro 16 : heimat

bscap0001numéro 17 : martin et léa

vlcsnap-2014-06-17-16h34m44s169numéro 18 : django unchained

vlcsnap-2014-06-17-17h17m06s18numéro 19 : engrenages

vlcsnap-2014-05-18-18h13m57s83numéro 20 : les mants passagers

7 septembre 2013

la chute d'un corps

UNE PLACE SUR LA TERRE
de Fabienne Godet

On y est allés un peu par hasard (on avait des places à tarif réduit, il y avait une séance à la bonne heure...) sans rien savoir du tout du film, à part son affiche. Dès le début, j'ai senti que quelque chose se passait, quelque chose de fort que faisait résonner le personnage joué par Benoit Poelvorde, celui d'un "photographe alcoolique et raté". Je redis ici encore une fois l'admiration que j'ai pour ce bonhomme, surtout lorsqu'il est, comme ici, tout en retenue, minimaliste, clos. Grandiose. Ce mec-là a un charisme invraisemblable, et offre à son personnage une profondeur d'abîme, sans qu'on sache jamais exactement ni pourquoi ni comment il en est arrivé là. Il m'a véritablement scotché (je pense que j'ai passé la première moitié du film avec les larmes aux yeux, et cette chose, dans la poitrine, qui te broie un peu le coeur, sans que tu saches si c'est plus agréable que douloureux, ou le contraire. Un certain état de grâce cinématographique qui est au-delà du plaisir "normal" que peut offrir un film "habituel".)
J'ai du être sensible au fait que le personnage est photographe, "accidenté de la vie" (on n'en saura jamais beaucoup plus), qu'il s'occupe souvent du jeune fils de la voisine (qui n'est pas là souvent, -la voisine-), qu'il découvre la jeune voisine d'en face, joueuse de piano et suicidaire occasionnaire, et que de cette rencontre va naître quelque chose qui fait l'essence du film.
Je l'ai dit, la première partie du film, est, à mon sens, éblouissante (l'ironie amère de Poelvoorde, sur des dialogues très écrits, est fort réjouissante), et on peut, peut-être, regretter ensuite que l'histoire fasse un peu du sur-place, sans parvenir vraiment à se renouveler. Surtout le (beau) personnage de Poelvoorde, qui continuera imperturbablement d'écluser des godets. (C'est mon côté fleur-bleue youp la boum qui aurait sans doute voulu que tout se terminât merveilleusement bien). La faute peut-être au personnage de la jeune fille, qui reste elle-aussi peut-être un peu trop "en-dedans" pour justifier (ou pour nous permettre de mesurer l'intensité de ce qui se joue (de ce qu'elle provoque) chez le photographe. (Mais bon, c'est comme ça aussi dans la vie, quand on flashe quand on craque pour quelqu'un la personne en question ne justifie pas forcément l'intensité des transports qu'elle provoque, et la plupart du temps sans le savoir, hihi, j'en sais quelque chose puisque c'est essentiellement comme ça que je fonctionne, et toc.)
Mais bon je suis aussi extrêmement maladroit pour tenter de retranscrire ce qui, d'abord, a relevé pour moi de l'émotion pure (et l'utilisation de la musique de Phil Glass, celle de The Hours si je ne m'abuse a contribué à me perdre encore davantage), et ce n'est pas le fait d'utiliser des mots comme "mesurer" ou "justifier qui arrangera  les choses. Juste rajouter, par ce que j'ai oublié d'en parler, des affectueux décrochages qu'apporte le jeune Mathéo, le fils de la voisine, celui qui se déguise de temps en temps en princesse...
Il y a beaucoup beaucoup de malheur (et de souffrance, pas forcément dite d'ailleurs) dans le film (comme dans la vraie vie ?), pour chacun des personnages, et dans la plupart des situations. Et chacun doit faire avec. Certains font des photos (celles du film, d'ailleurs, sont très belles), boivent un coup, d'autres jouent du piano, ou font des fouilles sous-marines... il y a également beaucoup d'autres choses qui sont tues, et c'est ce qui fait la beauté et la force de cette histoire peut-être d'mour, en tout cas de recherche (affective ou un autre qualificatif qu'on aurait du mal à préciser, mais que je n'ai pas vraiment de mal à comprendre, re-hihi)
C'est en tout cas un magnifique  portrait d'homme blessé, magnifiquement incarné, porté, habité par Benoit Poelvoorde, qui vaut à coup sur infimiment mieux, que par, exemple la critique extrêmement mesquine qu'en fit, au hasard, Téléramuche.

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2 septembre 2013

la dose

GRAND CENTRAL
de Rebecca Zlotowski

Difficile a priori de parler objectivement du film. Parce Tahar Rahim waouuuuuuuuuuuh! y est extrêmement extrêmement mimi (oooh la barbette de 3 jours...). Qu'il est flanqué en outre de Denis Ménochet (viril viril aussi) et de Olivier Gourmet, tout aussi pas rasé, impérial de justesse. Les autres s'extasient Léa Seydoux Léa Seydoux, ouais, bon, ok. c'est vrai que sans elle il n'y avait pas de film, (ou alors, pas le même film : j'imagine -délirons- un triangle amoureux Rahim/Ménochet/Gourmet, cela eut fait un peu velcro lors des embrassades... et c'était définitivement un tout autre film.) Tel que, je le trouve très bien, celui-là, ne serait-ce que pour sa façon de faire un parallèle entre sentiment amoureux (ou désir) et radioactivité...
Irradiéééééé... chantait, il ya longtemps, Jacques Higelin.
Une histoire d'amour simple, donc, entre le joli Tahar mal rasé et la blonde Léa. Sauf que c'est la future femme de son pote Denis, avec qui il s'enfile des bières. Et que tous travaillent à la centrale. Boulot de merde, mal payé, dangereux. Et vie de merde qui va avec (caravane, barbeuq', pastaga). Donc a priori pas de perspectives très riantes. Juste survivre (tenter de), car avec ce job, on n'est jamais sûr de pouvoir se projeter beaucoup dans l'avenir.
Il se dit que Rebecca Zlotowski est, dans la vie, la compagne de Jacques Audiard (hmmm ça fait le même genre d'appariement que James Cameron et Kathryn Bigelow) et c'est vrai qu'il y a des fibres communes dans les tissus de leurs films. La même fascination pour la notion de virilité (en tout cas la même façon de tourner autour, le plus près possible, à renifler l'odeur que peut bien avoir cette quintessence, toutes narines ouvertes), et tout ça ne peut que me plaire. Oui, c'est drôle, quand on y pense, dans le film de Zlotowki, mêmes les femmes sont "viriles"...
On sort du film en ayant presque ce sentiment physique de la contamination radioactive, celui que ces hommes et femmes risquent à chaque instant, en se disant qu'on est complètement impuissant face à lui, comme on l'est, finalement, face au sentiment amoureux, non ? Rideau.

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3 septembre 2013

sur les quais

GARE DU NORD
de Claire Simon

Hmmm, enfin, retour de l'amie Claire Simon. (Ah, Les bureaux de Dieu...) Il y a des réalisateurs et des réalisatrices, comme ça, pour qui j'éprouve une immense, immédiate (et pas forcément explicable) sympathie. Et je ne pouvais donc pas manquer cette avant-première, mardi soir, dans mon  Plazza Victor Hugo chéri-chéri... (où nous étions, d'ailleurs, relativement peu.)
Un jeune étudiant qui fait des sondages, une "femme mûre" avant une opération, un père qui cherche sa fille, une femme en rouge dans une période instable, voilà les quatre personnages principaux qui vont se croiser dans ce "village global", ce non-lieu ferroviaire où la fiction s'enracine (et fleurit) sur le terreau documentaire et social.
La gare comme univers autonome (et comme sujet de thèse de l'étudiant du film. (Réda Kateb, déja vu et apprécié dans un prophète et A moi seule, entre autres). Il fait plaisir aussi de retrouver Nicole Garcia, sa voix et son sourire que j'adore, et François Damiens, calme (ça fait du bien aussi), dans un rôle qui, bizarrement, se démarquerait d'abord de son personnage "réel" pour y revenir ensuite de plein fouet (et de façon pas très heureuse). La dame en rouge, enfin, c'est Mona Chokri, la jolie brunette des Amours imaginaires (ce qui pourrait plus ou moins être le sous-titre du film, d'ailleurs), dont on ne comprend pas forcément toujours le pourquoi de la présence dans la Gare.
Claire Simon nous donne à voir la naissance d'une relation affective / amoureuse entre une femme d'un certain âge et un homme beaucoup plus jeune qu'elle, et Nicole Garcia et Reda Kateb ont la force de nous y faire croire, et c'est déjà beaucoup. Dans cet  espace complexe qu'est la Gare du Nord (que je ne connais pas du tout, indéfectiblement abonné que je suis à celle dite "de l'Est"), avec ses multiples niveaux, ses escalators, ses coursives, ses encoignures et ses caméras de surveillance... la réalisatrice utilise au mieux cet espace fractionné, qui, paradoxalement rapproche les gens (il est possoble de voir à plusieurs "niveaux" mais les sépare d'autant plus (pas forcément facile de rejoindre immédiatement quelqu'un qu'on voit, et, de la même façon, plus facile de faire en sorte que l'autre ne vous voie pas ou ne puisse pas vous rejoindre).
Les gares ont toujours été des lieux pour lesquels j'avais énormément d'affection (ah, les années "Inter-rail"...), et le film de Claire Simon ne peut que confimer cette attirance...

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20 mai 2013

petite table louis xvi

La BONNE ANNEE
de Claude Lelouch

C'est dû au double fait que Pépin est passé dans l'après-midi pour prendre quelques dvd et qu'on a donc fouillé dans mon placard (et que j'y ai alors (re)trouvé le dvd en question) et d'autre part que, un peu plus tard, j'ai regardé une bonne tranche de Blow up sur arte web, où figurait notamment un "5 bonnes raisons de (re) voir La bonne année".
J'ai additionné 2+2 et j'ai donc regardé le film en question le soir même.
C'est vrai qu'il vaut la peine.
En plus des raisons enumérées dans le fameux "5 bonnes raisons..." que je vous laisse découvrir ici, il y en a au moins une supplémentaire : le générique. Un des plus surprenants et des plus malins que j'ai pu voir. Roublard, je dirais même.
Le film ? Deux pour le prix d'un, quasiment : un en noir et blanc (Lino Ventura et Françoise Fabian nous refont Un homme et une femme à leur façon, en noir et blanc) et un autre en couleurs (Ventura fait un "hold-up psychologique" dans une bijouterie), l'un étant le présent et l'autre un flash-back inclus dans le premier.
A part quelques fautes de goût criantes (une à vrai dire, principalement : Mireille Mathieu,  arghhh!), il faut reconnaître que c'est plutôt très agréablement fait. Ventura nous la joue truand au charme fou et Fabian antiquaire cultivée et irrésistible, (et Charles Gérard fait parfaitement l'appoint en jouant au con, non, en jouant le con, mais pas tant que ça au fond...)
Tout ça pour débuter l'année 1973... (huhuhu j'avais 17 ans) Une petite friandise de cinéma : le charme de Lino, la classe de Françoise, et la bonhommie de Charles.

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6 janvier 2010

tovarich

(tiens j'ai oublié de chroniquer mon dernier film de l'année!)

CONTES DE L'ÂGE D'OR
de Cristian Mungiu, Ioana Uricaru, Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu, Constantin Popescu

 

(Dans le cas d'un film à sketches roumain, avec de multiples réalisateurs, on apprécie grandement la fonction copier/coller...) J'aime bien finir l'année sur un film que j'aime, et là, c'était parfaitement réussi (bon, c'est sûr, je suis forcément partial : dès que j'entends les mots cinéma roumain prononcés à la file, je sais que ça va me plaire absolument...)
Sur un scénario de Christian Mungiu (Palme d'or à Cannes avec Quatre mois...) voici quatre "légendes urbaines", venues du temps (pas si lointain pourtant) de Ceaucescu. (D'après ce que j'ai compris, ce n'est plus tout à fait le film qui a été présenté à Cannes cette année, puisqu'on en a ôté une histoire d'amour (ou plusieurs ?) qui ressortiront séparément plus tard. Donc bye bye love et Welcome la ligne du Parti...)
Une visite officielle qui met tout un village en émoi, une chasse à l'illettrisme et l'enthousiasme qu'elle peut susciter, un cochon -marcheé noir oblige- qu'on ne sait pas comment zigouiller, et une viste présidentielle avec une sombre histoire photographique de chapeau, voilà pour pour les "légendes" en question, racontées avec cet humour typiquement ... roumain que j'adore (entre ironie et acidité) et mises en images avec ce style tout aussi typiquement roumain lui aussi, où un certain  réalisme rugueux n'hésite pas à revendiquer son manque de moyens mais l'exploite (le rentabilise) de façon magistralement optimale (oui oui, je le répète, j'adore le cinéma roumain et sa belle énergie)
J'ai souvent rigolé, et ce dès le générique sur fond de choeurs virils style Armée Rouge, tant la trame déroulée de toutes ces exigences bureaucratiques, de ces humiliations quotidiennes, de ces privations habituelles, de ces mensonges organisés, de ces absurdités tyranniques, (tiens, ça me rappelle des choses, huhuhu) est en même temps affreuse, pitoyable, honteuse, insupportable, dégueulasse, mais par là même, oui, (après coup) risible...Et on en rit sacrément bien! Plutôt que d'en pleurer, hein...


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