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lieux communs (et autres fadaises)
11 juin 2012

arrière-boutique

UNE SECONDE FEMME
de Umut Dağ

Je l'ai déjà dit et répété , j'ai un faible pour les trucs de turcs... Ici, pour peu qu'on trouve "normal" le principe de base du film (: en bon père de famille, vous arrangez le mariage de votre fiston avec une juvénile beauté que vous êtes allé chercher "au pays", puis vous ramenez la famille à la maison, sauf que pour la nuit de noces le marié va se coucher tout seul, vu que la beauté juvénile, vous vous l'êtes réservée pour vous, en tant que deuxième épouse..., enfin ce n'est pas vous qui avez manigancé tout ça, c'est votre première épouse, qui s'est inquiétée de votre avenir, et de celui de la maison, des fois qu'elle casserait sa pipe, tout ça on le voit partant d'un bon sentiment, même si c'est plutôt dur à avaler), on suit sans vraiment s'étonner tout ce qui vient après, qui n'est pas d'une gaîté folle vous vous en doutez, avec remous familiaux inévitables (le père, le fils, la mère, les trois soeurs, le beau-frère, le benjamin... ça fait du  monde comme interactions) en amont et en aval de ladite situation.

Ce qui aurait pu déraper dans le mauvais mélo s'échafaude en chronique à la redoutable acuité (sociale et cinématographique), où tout un aréopage de femmes s'agitent, s'engueulent, se réconcilient, s'agressent, se rabibochent (les mâles n'ont -paradoxalement- ici pas  "voix au chapître", ou si peu, jste des faux-bourdons). C'est sous les foulards et les froufrous des jupes que se trament -se tissent- toutes les histoires, des plus touchantes au plus inhumaines -en apparence-.

Et le film nous mène par le bout du nez (enfin, pour les mâles, c'est plutôt le bout d'autre chose mais passons...) le long de ses rebondissements plus ou moins (in)attendus, vers un final qui l'est totalement, inattendu... Rupture de ton, de rythme, de forme... un rayon de lumière surnaturel qui viendrait tout apaiser, pour une happy-end aussi improbable que réjouissante (vu où on en était du conflit, la guerre nucléaire semblait une des seules issues raisonnablement envisageables, mais non).

De la belle ouvrage donc (et avec des bravos pour toutes les actrices du film...)

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10 décembre 2011

pulsions

SHAME
de Steve Mc Queen

Vu en cet après-midi froid et brouillasseux. Une dizaine de personnes dans la grande salle pour cette première séance.
(un peu plus tard)
Fin du film. Générique, on reste assis, un peu groggy. Un film malcommode, malaisé, dérangeant,  mais sans aller jusqu'à l'insoutenable comme pouvait l'être Hunger, film précédent du réalisateur (vu dans l'épouvantable salle 6 du MK2 Beaubourg, et fini complètement en larmes -Marie-Hélène aussi d'ailleurs-).
Malcommode pour moi, perso, à plus d'un titre, puisque le héros souffre d'une dépendance au sexe, virtuel ou tarifé de préférence (aïe), qu'il a une soeur avec qui la communication n'est pas facile (aïe aïe), et du mal à s'engager dans une "vraie" relation (aïe aïe aïe) affective ou dans un rapport sexuel "normal" (aïe aïe aïe aïe).
Ca démarre fort avec, notamment,  une scène de drague dans le métro à mi-chemin entre Brian de Palma et David Lynch (si, si!) mettant en scène l'impressionnant Michael Fassbender (déjà époustouflant dans Hunger) qu'on ne quittera d'ailleurs pratiquement pas  de tout le film. Un personnage fermé, parlant peu, dont on sait au début (et dont on se saura à la fin que) finalement peu de choses. Genre beau bloc de granit. De l'appartement au travail, et du travail à l'appartement. Et retour. Vie new-yorkaise "normale" de mec sans problèmes financiers, sans véritable vie privée (sans âme ?). Au début, on pense avoir pigé le truc, on se dit "tiens, il nous filme un sex addict, mais on ne verra pas de scène de sexe, tout sera en off", puis, je ne sais pas vraiment pourquoi, on pense soudain au Crash de Cronenberg, mais peut-être en version "soft" (ou désintellectualisée ? ou plutôt réactualisée ?), puis non, finalement, on est transbahuté encore ailleurs, autrement, on zigzague, on dérive  au fil des manipulations adroites et des virages attendus / inattendus effectués par le metteur en scène.
Qui fait de ce personnage pas vraiment aimable (pas vraiment vivant ?) un objet de fascination, de séduction, de manipulation, de répulsion, de révulsion, de... On pourrait en rajouter ainsi toute une litanie. Avec, pour parler de l'emballage cinématographique, un sens toujours aussi incontestablede la composition et du cadrage (peut-être un peu moins étudiés / millimétriques / tape-à-l'oeil que dans Hunger), et une utilisation de la musique systématiquement assez bluffante, à contre-sens à contretemps (à contre-rythme, a contrario ?)
Elle n'accompagne ni n'illustre, elle serait plutôt contre (je pense notamment à cette version glamour minimaliste presque "dernier soupir" de New-York New-York chantée par la soeurette) assez souvent étonnamment calme/triste/simple par exemple à des moments où on aurait pensé habituellement à quelque chose de plus martial/violent/enlevé.
Un film glaçant, peut-être un poil trop sûr de ses effets. A l'image de la séduction "professionnelle" que pratiquent, justement, les... professionnelles. Quelque chose de joli, d'appétissant, de super bien carossé en apparence, de stimulant intellectuellement a priori mais qui n'est peut-être finalement que ça, une apparence, un faux-semblant.(C'était pas le titre français d'un film de Cronenberg, justement ?) Qui finalement vous trompe (dans les multiples sens du mot). Professionnellement. Il y a tout de même là-dedans, et tout au long du film, une froideur terrible, anxiogène. Et c'est dur de s'en protéger, de se blinder comme le sont la plupart des personnages (mâles) de cette histoire.
A la sortie, oui, j'étais soudain de retour dans la "vraie vie", mais j'étais encore profondément dans le film, et ça ne faisait pas un contraste si violent après tout. Bruinasse, froid, grisaille, gens qui trognent, trottoirs luisants mouillés glissants. (Il y a dans le film deux très belles scènes de courses, en sens inverse d'ailleurs, qui m'ont beaucoup plu, comme m'avait plu celle de Denis Lavant dans Mauvais sang...) Avec dans la bouche comme un sale arrière-goût.
Un film qui marque, oui.
A digérer.

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2 novembre 2009

contorsionniste

MICMACS A TIRE-LARIGOT
de Jean-Pierre Jeunet

J'hésitais, j'avais envie et en même temps j'hésitais. Et je me suis décidé. Un dimanche soir, (quel benêt), familles, popcorn, coups de pieds dans le siège de devant (moi en l'occurrence) et conversations comme devant la télé. Voilà, j'étais là pour voir un film grand public, un film commercial, un film "facile"...
Bon, il y a une franchise Jeunet (dans les deux sens du terme ?) : la fidélité à une équipe, le fond de  commerce (bric-à-brac façon récup'), la façon de raconter une histoire, (avec digressions, coq-à-l'ânes, avatars et autres coquecigrues -ça n'est pas de moi-), le style, entre populaire (diront certains) et populiste (rétorqueront d'autres -et les pincements de nez horrifiés des Inrocks mettant dans le même sac le film de Jugnot, celui avec Dubosc et celui-ci me donnent vraiment envie de leur coller des baffes , à ces esthètes parisiens en escarpins vernis, et de déchirer mon abonnement illico-) et l'esprit de l'entreprise (certains diront fleur-bleue et d'autres franchouillard, encore une fois suivez mon regard) que je qualifierais quant à moi d'espiègle, de canaille, voire, oui,  de roublard (il y a quelque chose là dedans pour moi entre Bibi Fricotin et Les Pieds Nickelés), bref, d'enfantin (que certains traduiront naïf et d'autres infantile).
Oui on est dans une bande dessinée, ou, mieux encore, dans un de ces albums animés que mon amie Malou affectionne tout particulièrement. Il y a toujours un truc à pousser, à tirer, à faire tourner, à déplier, une surprise (une trouvaille) pour agrémenter le récit avant de passer à la page suivante. Ben là c'est pareil, et j'aime ça (en tout cas c'est comme ça que je veux le voir.) Je retrouve toujours des bribes de Foutaises (son premier court-métrage, que j'adore) et je me suis amusé, d'un bout à l'autre, j'ai apprécié tous ces personnages, toutes ces tronches (et j'ai même trouvé que - y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis- Dany Boon, oui oui,  était vraiment très bien (à l'origine, le rôle avait été écrit pour Jamel Debbouze, qui a mis les voiles au dernier moment...), dans un rôle presque muet,en demi-ton, presque en retrait, profil bas, en quelque sorte.) même si on peut regretter que certains soient  juste esquissés, mais on est dans un comic, ne l'oublions pas.
On peut se demander pourquoi le générique est en anglais, pourquoi cette volonté de donner au film une couleur dominante (ici , le jaune), est-ce que l'histoire d'amour était vraiment nécessaire, on se dit que la vision des marchands d'armes est un peu simpliste, que le slogan ("quand les petits s'attaquent aux grands" ) est accrocheur mais bon, on ne va pas chercher la petite bête , hein, (on est en famille, n'est-ce pas ?) d'autant plus qu'on  a  l'impression que les acteurs s'amusent autant que nous (Jean-Pierre Marielle, notamment, jubile et me fait jubiler). Alors, que demande le peuple ? Popcorn à volonté!

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24 août 2009

voisins

LE TEMPS QU'IL RESTE
d'Elia Suleiman

Encore une fois je redis que je suis un ignare et que je comprends pas grand chose à ce conflit, mais, même sans ça, c'est vraiment un grand plaisir que de voir ce film. Je l'ai autant (sinon plus ?) apprécié que les deux précédents. On est en territoire(s) connu(s) (Palestine/ Israel). Rien de nouveau donc, sous le soleil, ni dans les thèmes, ni dans la forme, mais c'est peut-être pour ça justement qu'on apprécie.
Pour la première fois me semble-t-il, le réalisateur quitte le "contemporain", et remonte jusqu'en 1948, pour nous retracer 4 épisodes de son passé (ou plutôt du passé de sa famille). 1948, 1970, 1980, et "de nos jours". Il parle ainsi, plus en détail, de son père et de sa mère (auxquels son film est dédié) dans les trois premières parties, au passé, sous le signe de la reconstitution, tandis que la dernière, aujourd'hui, est plutôt centrée sur lui-même (ce qui déséquilibre peut-être un peu le propos, me semble-t-il.)
Car Elia Suleiman s'est construit un personnage (comme Tati avec Monsieur Hulot) lunaire, muet, présent-absent comme disait notre metteur en scène (et ça tombe bien puisque le film est sous-titré chronique d'un absent-présent) dont le parti-pris d'inexpressivité pourrait à la longue devenir agaçant (regardez bien comme je sais ne pas sourire), tant le personnage n'est pas aimable, et nous le montre avec insistance.
Au cours du film, on voit grandir notre Eliachounet, d'abord gamin (mimi), puis ado (rable), jusqu'à être enfin lui-même,et, comme Truffaut, il a su se choisir des alter ego très vraisemblables) même s'il nous manque juste celui de la trentaine pour faire le joint. A chaque fois, (dans chaque "épisode" la même violence, la même exaspération, la même incompréhension, réciproque(s). Où il s'avère que ça laisse des traces (et que ça trace aussi la voie) d'avoir un papa résistant, engagé. Et ça pousse à être, ainsi, souvent en réaction, et ce dès l'enfance. Si les trois premières parties sont plus narratives, la dernière serait davantage méditative. Et la plus touchante, peut-être, dans ce face-à-face muet avec une mère malade.
Le cinéma de Suleiman est un cinéma de l'observation : il s'agit le plus souvent de montrer, et beaucoup plus rarement d'expliquer. C'est aussi, de par là-même, un cinéma de l'économie. Economie de parole, économie d'effets, économie d'explications. C'est aussi un cinéma de la répétition. Où l'humour naît de ces petites situations cocasses, absurdes, quotidiennes qui se reproduisent, d'un jour à l'autre, d'une année à l'autre, d'une vie à l'autre...
Le film est très composé (la majorité des cadrages, et des cadres dans les cadres, est admirable), très visuel, comme une photographie minutieusement composée et parfois à peine animée. C'est vrai que cet album de famille (puisque c'est bien  ça que Suleiman évoque) est recomposé amoureusement et hyper-réalistement (j'ai pensé parfois aux gravures de vocabulaires de mon enfance). Et laisse ainsi, finalement,  un sentiment de douceur. Et peut-être aussi d'impuissance...

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14 octobre 2009

cousu main

MERES ET FILLES
de Julie Lopes-Curval

(Message pour Manu : oui oui,  c'est vraiment un film de filles : j'étais tout seul dans la salle avec dix-neuf femmes!)
De la même réalisatrice, j'avais beaucoup aimé, il y a quelques années son "Bord de mer" (bien que je n'en aie à l'heure présente absolument aucun souvenir, à part Hélène Fillières, ah si... et une usine de retraitement des galets...) Bord de mer ici aussi il y a, et trois femmes qui s'y promènent, ayant, comme le titre l'indique,  des liens de parenté : Marina Hands (carrément sublime) est la fille de Catherine Deneuve (parfaite en mère Baltique, glaciale à point, tout juste sortie dirait-on du Conte de Noël de DesplechinDesplechin ) , dont Marie-José Croze (revisitée fifties à point elle aussi, jupe cloche et rouge baiser) est la mère, qui l'abandonna lorsqu'elle était petite, et dont Marina Hands va avoir des nouvelles, grâce à un carnet de recettes/journal intime  tombé derrière un meuble quelques cinquante ans plus tôt...
On le voit, tout ça est très agréablement romanesque. Les rapports conflictuels entre Marina et Catherine, les reproches les rancoeurs les regrets, les tentatives de (ré)conciliation qui tournent à l'aigre, le secret familial (et personnel) enfoui depuis des lustres qu'on va exhumer, les variations sur le thème de la   culpabilité, le flash-back années 50 en pointillés -qui fait furieusement écho au personnage équivalent joué par Julianne Moore dans The Hours (ah la scène du gâteau d'anniversaire...) mais en -je trouve- plus artificiel et ripoliné-  qui vient interférer de plus en plus avec le présent, et, un peu derrière les (jolis) personnages d'hommes, en sourdine, "en deçà" (le mari, le frère, l'amant, le copain d'un soir, celui du grand-père étant un peu à part). A sa façon, bien que dans un genre très différent (!) Mères et filles est, comme The Descent, un "film de femmes".
J'ai passé, je le répète, un très agréable moment, c'est vraiment du bonheur de regarder Marina Hands , dans  une interprétation toute en finesse d'une palette d'émotions extrêmement variée, de l'infime frémissement jusqu'au carrément gros fou-rire, face à ce bloc d'iceberg que nous propose la grande Catherine. (qui finira, rassurez-vous, par se fissurer un peu tout de même, et à faire sourdre une émotion plus "positive" que la colère ou le mépris...)
Mais bon, tout ça ne m'a pas véritablement bouleversé... C'est joliment fait, avec un peu trop d'application parfois peut-être (et trop d'intentions, de bonnes intentions, certes, mais  qui alourdissent le "message"). Si je dis que c'est un film de femmes pour les femmes (et par les femmes) je risque de passer pour un affreux  macho, mais bon, huhuhu,  allez tant pis j'assume, je suis un gros relou...

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31 juillet 2009

ballons

LA-HAUT
de Pete Docter

Tout comme le moyen de propulsion utilisé par le héros pour trimballer sa maison, on en ressort léger, léger, avec un sourire ravi. Oui ce film est délicieux, emballant, touchant, ravissant, au sens propre. Décidément, les studios Pixar placent à chaque fois la barre un poil plus haut! Comme dans Wall-e on pourrait  presque dire qu'il y a deux parties dans le film : la première est une merveille de douceur de sensiblité d'émotion, nous racontant en quelques minutes l'enfance la vie et les amours de Carl, (on n'aborde pas souvent frontalement le thème du veuvage ni des couples sans enfant dans le film d'animation, non ?)  qui passe donc ainsi, le temps d'un soupir -ou d'un reniflement, j'avais, au bout de dix minutes de film, la larmichette à l'oeil- de l'état de gamin à lunettes plein de rêves d'aventures ébouriffantes à celui de papy (un peu grincheux) toujours à lunettes (avec même le déambulateur et le dentier, qui s'avèreront d'ailleurs diablement utiles en cours de film) mais aux rêves d'aventures restés hélas en l'état, soigneusement consignés dans l'album "mon livre d'aventures", rédigé par sa défunte épouse. On connaît tous un peu ça, les rêves d'enfance qui jamais ne se réalisent et finissent par se ratatiner au fond d'un tiroir, non ?
Et bien, pour Carl, ça ne va pas (heureusement) se passer tout à fait comme ça : Menacé d'expropriation, puis, encore pire, de maison de retraite, il va essayer de suivre à la lettres les souhaits posthumes de sa chère Elie et faire carrément s'envoler sa maison, soutenue par des millions de ballons multicolores, direction les Chutes du Diable, en Amérique du Sud, sur les traces d'un explorateur, héros de son enfance, mystérieusement disparu il ya très longtemps à la recherche d'un non moins mystérieux oiseau...
Seulement, le vol a un passager plus ou moins indésirable (au début du moins) sous la forme d'un jeune scout rondouillard (et un peu collant il faut bien le dire), Russell, qui souhaite désespérément, grâce à Carl, obtenir le badge "aide aux personnes âgées",le seul qui lui fait défaut...
Et nous voici nous aussi embarqués dans leur aventure, d'abord volante, puis terrestre, et autant dire que le scénario a été mitonné aux petits oignons, tant ça fourmille de situations et de personnages inattendus, surprenants, attachants, ébouriffants... Un oiseau qui ne ressemble à rien (surnommé Kevin...) et qui aime le chocolat, des chiens qui parlent (dont un qui évoque un peu Rantanplan), des personnages de méchants (il en faut!)aussi inquiétants que parfois ridicules, un dirigeable gigantesque... le dosage est vraiment parfait, entre l'aventure l'émotion et l'humour avec des retournements de situation, des running gags et même des petites pointes d'humour noir tout à fait irrésistibles... avec plein de choses suggérées (plus que dites frontalement) qui résonneront différemment en chacun des spectateurs.
Et le retour sur terre final devrait normalement faire venir une larmichette aux yeux des garçons sensibles dont je suis, mais aux autres aussi.
Bref, on n'a qu'une envie, c'est d'y retourner, de refaire un petit tour, encore plus haut...

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3 février 2012

tronçonneuse, broyeur, et taille-haie

TUCKER ET DALE FIGHTENT LE MAL
d'Eli Craig

Il y a des films, comme ça, dont je ne sais rien, si ce n'est, dès que j'en vois la bande-annonce, que je vais forcément aller les voir... Un titre intriguant, du sang, une tronçonneuse, des étudiants en goguette dans les bois... on connaît la chanson, et pourtant, on sent dès le départ que ça ne sera pas tout à fait comme d'hab'.
Le film joue habilement avec les archétypes du genre : les deux supposés serial-killers bouseux sont en réalité deux braves potes voulant juste retaper la baraque au milieu des bois qu'ils viennent d'acheter, inoffensifs et même gentillet(s) surtout pour le barbu des deux, gros nigaud avec les femmes essayant de suivre les conseils de drague de son pote (le film, au départ, embraye d'ailleurs sur une piste crypto-gay assez réjouissante, qu'il abandonnera hélas assez vite...), les étudiants, par contre, sont très cons comme ils le sont habituellement dans les slashers (même s'ils en commentent les codes, comme cela a déjà pu se faire avec Scream), et vont mourir les uns après les autres de façon(s) assez délicieusement stupide(s), à la suite de méprises consécutives et multiples, de part et d'autre...
Disons tout de suite que la version française est assez calamiteuse, et désamorce un peu le potentiel du film (qui réussit plutôt pas mal à jouer à la fois sur la comédie et sur l'horreur. Il y a des scènes vraiment réussies (la tronçonneuse et les guêpes, par exemple) et d'autres moins convaincantes (les ralentissements sentimentaux, qui alourdissent quelque peu le cours du film.)
Un deuxième degré, donc, assez réjouissant. Pas impérissable, certes, mais mérite le détour (si vous aimez le genre gros rouge qui éclabousse...)

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26 septembre 2009

chausse-trapes et doubles-fonds

RIEN DE PERSONNEL
de Mathias Gokalp

Ah qu'il est agréable de se faire ainsi manipuler. On se croit embarqué dans un film d'entreprise genre Ressources humaines, Violence des échanges en milieu tempéré, voire La question humaine , toutes choses graves (et révoltantes) où il est question de gestion du personnel, mais pas du tout. Ou plutôt pas tout à fait.
Le réalisateur nous embarque en apparence pour une soirée mondaine -genre "buffet d'entreprise"- où il est question de lancer un nouveau produit, puis d'un "jeu" pour évaluer les cadres de ladite entreprise, puis finalement du rachat éventuel de cette toujours même entreprise. Et finalement, peut-être, d'autre chose encore...
La même scène sera montrée plusieurs fois (trois si mes souvenirs sont bons), et, à chaque fois, un nouvel éclairage, des éléments nouveaux, sont fournis au spectateur. Comme dans la trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant / Cavale/ Après la vie),mais de façon moins dramatique, il s'agit de la même situation, mais qu'on appréhende (et qu'on juge) de façon différente, selon les "indices" dont on dispose...
Et, bien entendu, pour le plaisir du jeu, il s'agit de bouleverser à chaque fois au maximum les certitudes, de chambouler les hypothèses, en proposant un réaménagement des pièces du puzzle selon le modèle nouveau à chaque fois proposé. Evidemment, personne n'est vraiment tout à fait ce qu'il a l'air d'être à la première, puis deuxième, puis troisième vision. On se joue de nous.
Qui est acteur ? Qui est cadre ? Qui est patron ? Qui note qui ? Qui veut quoi ? Qui trompe qui ? Qui est pris pour qui? C'est un agréable jeu de société, avec des comédiens parfaits (une mention spéciale, bien sur, mais ce n'est pas objectif, à mon Bouli Lanners d'amour à moi que j'aime, en mari - bavard- de Zabou Breitman). A la fin, on serait bien reparti pour un nouveau tour de manège, avec nouveau(x) revirement(s) de situation(s) et surprises à la clé. Mais non, clic, clic, on éteint toutes les lumières l'une après l'autre, et on range le jeu...

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D'habitude, je n'aime pas trop les films où Darroussin a une moumoute, mais bon, là, ça doit être l'exception!

8 septembre 2009

"des gros nuls comme moi..."

SOMERS TOWN
de Shane Meadows

Encore un film court (1h11!) mais, qui, je trouve, faisait vraiment bien la paire avec Adieu Gary. Une histoire d'amitié entre un ado anglais et un autre, polonais. Le british étant joué par Thomas Turgoose, déjà vu (et apprécié) dans This is England, un blondinet joufflu à la peau pâle et aux yeux d'épagneul. Touchant.
Un film "léger", un film trois fois rien, un film simple et juste, un film en noir et blanc joli (sauf une scène en couleurs à la fin, genre 16mm gonflé à gros grain) un film qui constate que l'England d'aujourd'hui c'est pas joli joli, mais sans le crier sur les toits, sans se couvrir la tête de cendres, sans s'arracher les cheveux de désespoir. Ok on est dans la mouise, on le sait, mais on va pas se laisser abattre pour ça...
Oui, entre le polonais placide et le britton ronchon,  c'est juste une histoire de potes, de chaleur humaine, entre humour et désespoir, (comment dit-on faire les quatre-cent coups en anglais ?) à qui, pourtant, comme dans Old Joy, il manquerait juste un petit je ne sais pas exactement quoi pour laisser une empreinte encore plus mémorable.

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21 juillet 2009

dourougne

LE ROI DE L'EVASION
d'Alain Guiraudie

Bon, j'avais tout de même fait 200 bornes aller/retour pour le voir celui-là (heureusement je n'étais pas tout seul) et, quand la lumière s'est rallumée, on s'est regardé je dois dire un peu interrogativement... Bon, heureusement que le film s'achève de cette façon-là sur cette scène-là, comme une quintuple cerise, qui le  couronne, le justifie, lui donne toute sa saveur, sa raison d'être... Avant, on aura eu des hauts et des bas,  des plongeons et des plats, des appels d'air, des trous noirs, des passages à vide et d'autres plus... guillerets.
Le cinéma de Guiraudie, il faut bien le reconnaître, tient un peu du rodéo, il faut parfois s'accrocher et souvent lutter pour ne pas se laisser désarçonner. Une intrigue... mince (une gamine de 16 ans tombe follement amoureuse d'un homosexuel obèse de 40, son père n'est pas d'accord, la police intervient) qui sert en quelque sorte de fil blanc, de mac guffin, de vitrine, de prétexte, et à laquelle d'ailleurs on a un peu de mal à croire (et donc à s'intéresser).
Avec en contrepoint une autre intriguette, concernant la production illicite de dourougne, une spécialité locale cultivée en douce (et en plein milieu de la forêt, une racine au goût "de pomme de terre de kiwi et de vanille", un aphrodisiaque local et rien que naturel, qui produit de sacré effets sur tous les mâles du coin. (Et les occasions ne manquent pas ! Ca, j'adore, dans les films de Guiraudie, on a l'impression que, dès que deux mecs se croisent, ils peuvent aussi facilement se rouler un patin et commencer à se tripoter que boire l'apéro  en tapant la discute...)
Tout ça fait un peu short au point de vue scénar, mais l'histoire racontée est heureusement servie par une distribution véritablement extraordinaire : Guiraudie donne l'illusion qu'il a posé sa caméra dans un village du sud-ouest et qu'il n'a fait qu'enregistrer tous ceux et celles qui passaient devant, tellement ils semblent authentiques  et confondants de naturel, alors que pas du tout du tout : c'est tout du faux, du reconstitué, du joué par des comédiens, des vrais comédiens, qui livrent (et c'est valable je le répète pour l'ensemble des acteurs) une composition que Téléramuche pourrait qualifier de jubilatoire, et qui est incontestablement le point fort du film.
Comme d'hab', c'est globalement assez déjanté (même si, cette fois-ci, on évolue dans  un univers "normal" a priori, avec des gens ordinaires, qui font des métiers normaux et portent des noms ordinaires et des vêtements normaux (quoique la demoiselle s'appelle Curly Durandot et que le gros monsieur passe la moitié du film à courir en petit slip bleu...), plutôt rigolard (même si on y parle de choses qui pourraient passer pour graves) et finalement assez tendre.
Ce cinéma-là (celui de Guiraudie) est vraiment pour moi fifty fifty : aussi attendrissant qu'énervant, aussi  abouti qu'approximatif, aussi réaliste qu'irréel, aussi militant que documentaire, aussi culotté que prude, mais, comment dire,  le positif finit par l'emporter sur le négatif (je suis ici les conseils de mon amie Dominique). Et comment pourrais-je ne pas aimer quelqu'un qui érige les amours homosexuelles comme  normalité, et surtout entre mecs "hors normes" (hors ghetto et hors catalogue, plutôt : des vieux des ventrus des débraillés des rustiques des ordinaires des charnels des... vrais, quoi, juste normaux!)
Vive l'amour! Vive les hommes! Vive les vieux, et vive Guiraudie!

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19 juillet 2009

avion en papier

BANCS PUBLICS
de Bruno Podalydès

Sentiment un peu mitigé, en sortant de ce film, qui constituait en quelque sorte ma "rentrée" ciné (l'escapade bretonne bretonnante tenant lieu si l'on peut dire de "vacance"). Surtout pour un film depuis si longtemps en chantier (ça fait tout de même plus d'un an qu'on attendait sa sortie, qui était sans cesse repoussée à une date ultérieure. Un problème au montage ?)
Le film est en trois parties ("le bureau", "le square", "le magasin de brico" plus ou moins lâchement rattachées entre elles) et m'a fait, bien que je ne l'aie pas (re)vu depuis longtemps, assez penser au Riens du tout de Cédric Klapish. Mais peut-être me trompé-je ? On suit une demoiselle pendant le générique (qui aligne plus de 80 noms !) qui se rend au travail, et aperçoit, par la fenêtre du bureau, suspendue à une fenêtre de l'immeuble en face une banderole "HOMME SEUL". Effervescence parmi les collègues (la brune désabusée et la blonde célibataire et nunuchette) puis qui va gagner tout l'étage (chef de service, collègues, patron, etc.) dans un mouvement de contamination assez sympathique. La vision de la vie de bureau est drôle, acide ce qu'il faut, et plutôt bien vue.
On retrouve la même demoiselle pendant sa pause de midi, dans un square voisin où on était arrivé en suivant un autre personnage, qui travaille dans un magasin de bricolage voisin (comme c'est Denis Podalydès, on se dit -à juste titre- qu'il doit avoir un certain rôle dans cette histoire), et on va donc se désintéresser un peu de la "première" (histoire), pour en aborder une foultitude de micro(histoires) :imaginez un peu tout ce qu'on peut croiser dans un square, de mères de de famille, d'enfants, de célibataires, de papys, de flics, de ronchons, de désabusés, de complices, de malheureux, de dragueurs, et bien, ils y sont (presque) tous, dans des saynettes de durée (et d'intérêt) variable. Comme qui dirait, tout ça se relâche un tantinet, avec des hauts et des bas, mais bon, on est toujours là, on sourit même. Pas tout le temps, mais on sourit.
Fin de la pause-repas, et on retourne au magasin de bricolage, qui, sur le même principe de pullulement des intriguettes, va nous livrer un catalogue de toute l'humanité qui couraille entre ses rayons, qu'elle soit client(e) ou employé(e) : là j'avoue que j'ai commencé à trouver ça un peu longuet (avec certaines choses même pas drôles, n'est ce pas Catherine ? n'est-ce pas Benoît ?) jusqu'à ce que soudain le réalisateur semble-t-il se resaisisse, et, retombant sur ses pattes,  nous fignole in extremis un re-tricotage de l'intrigue pour un happy-end attendrissant.
Le capital de sympathie dont jouit Bruno Podalydès devrait nous pousser à être plus indulgent envers ce récit un peu lâche (ou, justement, plus critique envers cette chose un peu fadasse ?) Toujours est-il que, voilà, on est partagé... (et bon, il faut l'avouer, un peu déçu quand même, non ?)

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2 juin 2009

(lou reed...)

"Just a perfect day,
Drink sangria in the park,
And then later, when it gets dark,
We go home.
Just a perfect day,
Feed animals in the zoo
Then later, a movie, too,
And then home.

Oh it's such a perfect day,
I'm glad I spent it with you.
Oh such a perfect day,
You just keep me hanging on,
You just keep me hanging on.

Just a perfect day,
Problems all left alone,
Weekenders on our own.
It's such fun.
Just a perfect day,
You made me forget myself.
I thought I was someone else,
Someone good.

Oh it's such a perfect day,
I'm glad I spent it with you.
Oh such a perfect day,
You just keep me hanging on,
You just keep me hanging on.

You're going to reap just what you sow…"

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29 avril 2009

seau en plastique vert

PONYO SUR LA FALAISE
de Hayao Miyasaki

C'est le premier Miyazaki que je vois "à sa sortie" (eh oui y a que les imbéciles qui changent pas d'avis!), puisque je ne connais ce monsieur que depuis une date récente ("Mon voisin Totoro", il y a deux ans, grâce à Ecole et Cinéma). C'était le premier film du séjour à Paris, au MK2 Bibliothèque, une "mise en jambes" cinématographique, en quelque sorte...
Et bien, c'était plutôt joyeusement réussi : séance du matin, pas mal de bambins en famille, pour une histoire mignonnette (La petite sirène un peu revisitée) entre un petit garçon et une petite fille (qui est d'abord un poisson, qu'il recueille dans son seau en plastique vert). Tout tourne autour de l'eau (maison sur la falaise, papa sur un bateau, tempête), avec, comme toujours, un arrière-plan mythologique que nous, pauvres occidentaux, ne percevons pas tout à fait dans sa complexité et un message écolo plutôt bienvenu. Juste un peu long me semble-t-il pour les enfants...

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10 avril 2009

canon scié

LOS BASTARDOS
d'Amat Escalante

Ohlala... Dans quelle case ranger ça ? Sous quelle étiquette ? Bourrinade métaphysique ? Polar distancié ? Documentaire saignant ? Argumentation sociale roublarde ?
Dès le début (affiche avec gros flingue agressif, générique rouge avec grosses guitares), on sait que ça va mal tourner, mal finir, qu'il ne peut pas en être autrement.
Premier plan : deux personnages, venus du fin fond du plan s'avancent vers le spectateur en temps réel. Ils vont chercher du travail, comme tous les matins. Dernier plan du film, des mecs ramassent des fraises (même progression géométrique que dans le premier plan) la caméra en suit un, plus particulièrement. C'est un des deux du début. Il pleure. FIN en gros s'inscrit sur l'écran (qui passe au vert).
L'analyse situation initiale / situation finale (c'est comme ça qu'on pratiquait l'analyse filmique il y a déjà un certain temps) pourrait induire en erreur. Ils étaient deux à chercher du travail, il y en a un qui en a trouvé, et il est triste parce que son copain pas ? Pas du tout, pas du tout. L'essentiel du film étant constitué par une "bulle" (unité de temps de lieu et d'action) qui n'a rien à voir avec le reste. Quoique.
Des mexicains clandestins qui ont franchi la frontière, qui se font exploiter par des yankees blancs blancs et arrogants pour 8$ de l'heure, qui se contentent pour vivre des miettes d'un système qui les a rejetés et les méprise, c'est normal qu'à un moment ou à un autre ça pète.
Les voilà donc introduits par effraction dans une baraque où une dame blondinette passe une soirée seulette, crackée devant la téloche (son ado mutique de fils est parti chez des potes) On suppose (et elle aussi) qu'ils sont venus là pour la tuer, seulement ça n'est pas aussi simple (sinon le film durerait un quart d'heure et basta, cabron !) On n'est pas dans un rapport cérébralo/pervers à la Haneke, c'est plus compliqué que ça. Ou beaucoup plus simple.
Avant, simplement, comme des gosses devant une vitrine fracassée, ils vont se servir et en profiter un peu. Manger, boire, un petit plongeon dans la piscine, une petite fumette, (on se prend à espérer vaguement, mais non mais non tout ça va bien se terminer, allez) jusqu'à ce que tout ça nous pète à la gueule (et c'est très exactement ce qui se passe, et même plutôt deux fois qu'une...)
Quand le film passe au vert, et que les lumières se rallument dans la salle, on reste là, un peu sonné pour le compte. K.O technique.
Décidément le cinéma mexicain arrivera à chaque fois à nous surprendre...

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1 juin 2009

under the mask

LOOKING FOR ÉRIC
de Ken Loach

Ooh Aah! Un film qui requinque, comme on dit chez nous. Qui plus est un Ken Loach, (ce qui n'était pas gagné d'avance) qui se paie le double luxe de nous faire rire et de "bien" finir... Elle est pas belle la vie ? L'histoire d'une paire d'Éric : Éric 1 le "héros" du film, postier, dépressif, suicidaire, et mal à l'aise (et c'est un euphémisme) avec ses deux fils (avec qui il vit depuis qu'il a quitté sa femme) et Éric 2 (à moins que vous ne rentriez d'un treck en Mongolie subseptentrionale, vous ne pouvez pas ne pas savoir qu'il s'agit de "ze" king himself, Éric Cantona) son idole, qui va soudain, après quelques pétards, devenir son mentor, son entraîneur, son Jiminy Cricket, son confesseur, son éminence grise (et barbue), le temps que notre Éric 1 réussisse à sortir un peu la tête hors de l'eau, pour se sortir de la merde dans laquelle s'est foutu un de ses fistons, en frayant avec un psychopathe notoire et friqué ayant pignon sur rue.
L'arrogance des riches, la solidarité des pauvres, le fossé entre les classes sociales, l'importance sociale du pub, du foot, et de la batte de base-ball, on est en terrain loachement connu. D'autant plus, que loachesquement again, intervient tout au long du film, en contrepoint de la dépression carabinée dans laquelle Éric 1 s'abîme (dans tous les sens), la joyeuse troupe de ses copains postiers, qui déploient toute leur énergie à le faire réagir, à lui changer les idées, à le faire rire, à l'aider... Et c'est pas triste!
Canto nous la joue plutôt très sobre, posant avec une jubilation retenue les aphorismes que le dialoguiste lui a préparés comme autant de cailloux blancs sur le chemin qui mène Éric 1 vers une salutaire (et saccageuse) prise de conscience. Contrairement à d'aucuns qui lisent ce blog (et avec qui j'en ai un peu parlé...), je persiste et signe : ce mec je le trouve sympa, touchant, peut-être (et heureusement ?) parce je ne le connais pas du tout footballistiquement parlant.
On n'était que 10 dans la salle (même pas de quoi constituer -heureusement!- une équipe de foot), mais, à la sortie, l'arbitrage a été unanime : Carton plein! A quand le match-retour ?

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25 juin 2009

un chien ?

LA FEMME SANS TÊTE
de Lucrecia Martel

Et de trois! Décidément, le cinéma argentin aura fait chez nous dans le bôô cinéma, un sacré triplé! Entre le bleu et énervé La sangre brota et le minimal et ensoleillé La fenêtre, voici La femme sans tête, qu'on pourrait dire à mi-chemin de l'un et de l'autre.
Un film... poreux, malléable (meuble ?) où l'image se fait contaminer (parasiter ?) par le son, le récit par l'extérieur, les personnages les uns par les autres... Si Chabrol rencontrait Cortazar... si vous voyez ce que je veux dire, avec peut-être un zeste de Lynch pour aciduler les papilles ?

Un groupe de gamins court (avec un chien) le long d'un canal / un groupe de femmes (vont chercher des gamins à l'école? ) parlent beaucoup, en tout cas / l'une d'elles, (qui vient de se faire une couleur, on ne peut pas ne pas la remarquer, elle est blonde) monte dans sa voiture, roule le long du canal vu en ouverture, et, dans un moment d'inattention, percute quelque chose / elle ne sort pas de la voiture, finit par redémarrer et rentre chez elle, comme si de rien n'était / ... à partir de ces trois scènes, l'histoire se crée.

On va suivre (tenter de) cette femme pendant tout le film (qu'elle traverse, gracieusement somnambulique -j'ai beaucoup aimé cette actrice- ) et (tenter de) comprendre autant ses réactions que celles, en chaîne, que cet accident va provoquer autour d'elle ("il ne s'est rien passé..." lui répètera son mari). Lucrecia Martel filme incontestablement bien ce "presque rien" scénaristique, en soignant ses cadrages, en peaufinant ses plans, et parvient, une fois de plus à instiller le malaise qu'on avait déjà pu ressentir face à sa Niña santa.

Il est question bien sur, de culpabilité, (ou pas) de violence (celle de l'accident, mais aussi celle des rapports sociaux ou familiaux), de reconstitution, ou plutôt de déconstitution (de la même façon que, dans Blow-up on assistait à l'apparition (au surgissement)  d'un crime hypothétique par un détail d'une photo agrandie, lici, on aiisterait plutôt à la démarche inverse, la disparition d'un meurtre -potentiel ?- par l'effacement successif de toutes les traces) et également de diversion, la réalisatrice nous laissant le choix entre différents itinéraires (avec les inévitables fausses pistes et autres voies sans issue ).Amnésique ? Ecervelée ? Inconsciente ? Les trois en même temps ?

Le spectateur est souvent (volontairement) égaré, comme perdu dans un lieu inconnu où il chercherait des panneaux indicateurs pour tenter de retrouver son chemin, et assiste à des scènes, rencontre des personnes , face auxquelles il ne peut émettre que des hypothèses. Le cinéma argentin nous démontre encore une fois le grand écart qu'il est capable de faire entre la description réaliste d'une société contemporaine et le recours à une forme très personnelle de fantastique, discret, souterrain, mais quasiment omniprésent, qui fait que tout ou presque peut (ou ne pas) arriver...

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18 mai 2009

une photo, vieille photo de ma jeunesse...

MILLENIUM
de Niels Arden Oplev

Mhhh, ça secoue! Je n'ai pas encore pu prendre le temps de lire les bouquins en question (que tout le monde autour de moi semble s'être arraché, ça doit être mon côté snob "j'ai horreur des phénomènes de foule") En tout cas j'y ai couru le premier soir, avec Marie (on s'est retrouvés dans la grande salle, celle des films dits par moi "de bourrins", et, effectivement des bourrin(et)s, il y en avait, et pas qu'un, et pas très loin de nous, mais  passons, et revenons à nos (le terme n'est pas vraiment adapté vu le contexte mais bon rien d'autre ne me vient) moutons...)
Je ne savais donc pas du tout où je mettais les pieds, j'avais juste vu le visage androgyne sur l'affiche (je savais qu'il était question d'une punkette hackeuse) et je connaissais les titres à rallonge des trois romans (d'ailleurs on comprend dans ce film-ci le titre du deuxième volume...)
J'ai donc joué le jeu, et me suis débrouillé comme un grand, pour débrouiller, justement, les entrelacs des deux (trois) intrigues parallèles qui courent tout au long du film. Au début, il faut un peu s'accrocher, entre le procès du journaliste, la disparition mystérieuse de la demoiselle il y a longtemps, le portrait de la famille plus tordue que moi tu meurs, les démêlés de la punkette avec son (hmmm...) éducateur... mais, dès qu'on commence à progresser dans la résolution de l'énigme (à base de fleurs séchées, de journal intime, de photos floues, de citations de la bible...) je dois dire que je me suis plutôt régalé.
Simplement, je n'étais absolument pas préparé (pourquoi donc personne ne m'a prévenu ?) aux scènes de violence (un peu comme dans le Tavernier, à part qu'ici il s'agit, au début, de scènes de viol -que j'ai trouvées particulièrement dures et difficilement supportables-, et à la fin d'un face-à-face avec l'horrible serial-killer qui se dissimulait derrière tout ça...)
Le personnage de Lisbeth, est, bien entendu, l'axe central, le rouage moteur de tout cet engrenage mortifère, et la jeune Noomi Rapace l'incarne à la perfection (une perfection telle que, par comparaison, les autres nous paraissent bien pâlots et fadasses, oui, même presque l'horrible serial-killer...) De l'avis de Marie, (qui avait lu le bouquin) l'esprit en est plutôt bien respecté, et de mon avis (qui ne l'ai pas lu) on passe un bon moment de cinoche. Alors...

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6 juin 2009

sait citer (s'est cité ?)

LES ETREINTES BRISEES
de Pedro Almodovar

Madre mia! (ou plutôt, le cas présent, Padre mio!) on se l'était gardé pour la fin, avec gourmandise, genre la cerise ibérique sur le gâteau du week-end, et, plouf!, on est sortis de la salle aussi déçus l'un que l'autre... Dommage dommage! Tandis que certains critiques se lacèrent les vêtements de joie, s'en pissant quasiment dessus,  et s'arrachent d'enthousiasme les derniers cheveux qui leur restent en huuuurlant à la lune le géééénie de Pedro  et la beauauauauté de la subliiiiime Pénélopé, il serait quand même temps de remettre les choses à leur niveau. Almodovar est un réalisateur sympathique, plutôt doué, qui réalise des films agréables (bien qu'hélas, en ce qui me concerne, beaucoup trop volatils) mais trop appliqués pour toucher au sublime. Et si Penelope Cruz a un bien joli minois et un popotin idem, Blanca Portillo, l'autre actrice principale du film est tout aussi intéressante, question présence et intensité dramatique...
Voilà c'est dit. Bon, on passe un bon moment, on ne s'ennuie presque pas (si il y a un moment quand même où on serait presque tenté de regarder sa montre...). Pedrochounet nous a emberlificoté un de ces scénars dont il a le secret (amours embrouillées, histoires de famille, mystères, soupçons, révélations (tiens ,il n'y a cette fois-ci pas le moindr(e) transexuel(le) pour venir un peu pimenter le gazpacho...) et l'utilise (son histoire) comme prétexte à une "mise en abyme" cinématographique. Il nous (y) parle de cinéma, "du" cinéma (un très joli générique volé, sur les "apparences"...), d'un cinéaste devenu aveugle, de son actrice principale / maîtresse, d'un producteur / mari jaloux, d'une monteuse / amoureuse en secret, d'un film "maudit" charcuté par le méchant producteur puis réhabilité, en nous y glissant d'ailleurs un "film dans le film" ("Chicas y maletas") qui ressemble furieusement à un des films qui contribua à asseoir sa notoriété chez nous : Femmes au bord de la crise de nerf.

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(c'est beaucoup plus joli en español, je trouve, mais je ne suis pas objectif...)

Pedro nous montre que non seulement il est un réalisateur de talent, mais aussi un cinéphile avéré, nous glissant de ci de là (cahin-caha ?) de multiples références et cailloux blancs cinéphiles : Audrey, Marylin, Romy, Jeanne ? (je ne me souviens plus dans quelle jaquette de dvd est cachée la copie de Chicas y maletas). Bref on est content pour lui, mais bon... l'aurait pu forcer un peu moins sur le mélo ("Ma que yé souis ton père, hijo mio..." -là, j'exagère, j'ai vu le film en VO, et ça, il faut le reconnaître -mais je ne suis pas objectif- que c'est toujours un IMMENSE plaisir que d'entendre un film hispano dans sa langue originale-) mais bon de toute façon je n'irai JAMAIS voir un Almodovar en VF-) et un peu plus sur... sur quoi, au fait ? c'est bien là le problème : que faut-il au cinéma d'Almodovar pour que ce soit un grand cinéma ? Un peu moins d'application et de consensualité (oh le vilain mot, j'espère qu'il n'existe pas...) peut-être ? Un peu plus de... densité ? (je n'arriverai pas à trouver le mot exact!)

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(je trouve que le titre est très beau, et l'affiche d'ailleurs aussi...)


14 janvier 2009

frozen

Etant un chouïa animiste (on est enfant ou on ne l'est pas), il me plait à penser que même la nature a décidé d'exprimer son mécontentement par rapport au débarquement, demain, en notre bonne ville, de Talonnette Premier, venu rendre visite à son ami notre maire (et parler de progrès...) : alors que, partout ailleurs (je parle de la chaîne météo), il était aujourd'hui question de redoux d'anticyclone, d'alizés (et quasiment, oh j'exagère à peine de palmiers et de vahinés), voilà-t-y pas que chez nous, ce ne furent, depuis ce matin, que chutes de neige et gelées matinales, brouillards givrants, et sur le coup de midi, pluie verglaçante (qui fait un joli bruit en tombant) et autres joyeusetés rigoureusement de saison et tristement habituelles en nos contrées au continental climat.
Oui, les éléments naturels manifestent, et ils ont bien raison.
Et je me prends à rêver...  Si seulement ça pouvait durer, empirer, atteindre même un paroxysme. Le verglas, c'est dangereux, on peut déraper, tomber, se casser une jambe, ou peut-être les deux, et les dents, et la r*lex, et les r*yban, et puis, et puis...
Ah... (grand soupir)

Voilà un peu à quoi ça ressemblait ce matin :

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(c'est très joli, le verglas, hein ? mais c'est vraiment très casse-gueule aussi...)

11 novembre 2008

dinde ?

En panne ?
Genre de, oui.
C'est vrai que, quand je ne vais pas au ciléma, je n'ai pas grand-chose à rapporter.
Un jour férié passé comme un dimanche (failli me recoucher à 11h30, me suis habillé in extremis...) Il fait déjà presque nuit (aaah), il a plu bien rageusement (oooh), il fait froid dehors (uuuh)... Stop n'en jetons plus la cour est pleine (de feuilles, bien sûr, et qui jonchent, bien évidemmment!)
Grâce à Christine (il y avait des promos sur les livres-photos jusqu'au 12 novembre chez P*xmania! 32 pages offertes!) je me suis lancé et, au bout de quelques heures et d'un certain nombre d'énervements divers,  j'ai, comme on dit, finalisé mon premier livre-photo, sobrement intitulé india 1 (men), ce qui m'a donné l'occasion de re-regarder ces hmmm photos que j'avais prises là-bas et de me dire que finalement, hein, ben on pouvait réussir à en faire quelque chose! Je n'ai mis que des images, aucun texte. C'est commandé et payé, et j'attends donc, à présent, l'arrivée postale de l'objet en question.
(C'est surprenant : quatre heures passées devant l'ordi à mettre en forme ce machin (je suis un peu pointilleux sur ce genre de choses...) n'ont pas du tout la même valeur que quatre heures passées, au boulot, par exemple. Comme quoi, hein, le temps c'est 'achement subjectif!)

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(c'est la photo de couv' que j'ai choisie!)

8 novembre 2008

soif

(WOMAN ON THE BEACH
de Hong SangSoo)

Je ne sais pas ce qui s'est passé, c'est rare que ça m'arrive ce genre de choses. A ce point-là, en tout cas.... J'hésitais à y aller parce que je me sentais crevé et que le film était long. Je me suis fait violence (sortir dans le froid, etc.) et j'ai quand même pris ma place.
Le film a commencé, je trouvais ça plutôt sympa (les coréens parlent beaucoup et boivent idem). Et puis, très vite, la fatigue (insidieusement) aidant, voilà que je me surprend à piquer du nez plusieurs fois... je tente de lutter mais peine perdue : j'ai ainsi des "blancs" (ou plutôt des black-out) sur des moments importants dont l'absence nuit à la compréhension (ou à l'appréciation) du film. Je finis par reprendre conscience, et c'est là que ça dérape : je n'arrive plus du tout à être "dans le film". Je ne sais pas comment m'asseoir, je gigote, je change de position, je soupire, j'ai les jambes lourdes, j'ai soif, je pense à autre chose, j'envisage de quitter la salle pour aller boire, je regarde ma montre, je rechange de position etc. Si j'avais été assis à côté de moi, je me serais levé pour aller me gifler, je pense ... (heureusement, on n'était que 5 dans cette salle de 200 places...) Bref, "j'en vois plus le bout"...
Je me dis que, en temps ordinaire, j'aurais dû beaucoup aimer ça, et voilà que ça me laisse de glace, même que quasiment ça m'agace. Syndrome dit "des fins successives" (tiens, là ça aurait pu s'arrêter... raté... et là aussi, tiens... caramba encore raté! and so on...) Pourquoi donc suis-je resté si étrangement extérieur à tout ça ? Mystère.
Restent (heureusement) quelques très beaux plans, de jolies scènes à la fin (je suis -quand même, heureusement!- resté jusqu'au bout), et beaucoup d'interrogations (Mais où donc est passé le copain de la fille ? Et comment rencontre-t-il la deuxième ? ). Sans oublier la question lancinante qui taraude l'héroïne : l'a-t-il enjambée ou pas ?  Et voilà.

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11 octobre 2008

dame la pistola

VICKY CHRISTINA BARCELONA
de Woddy Allen

J'y suis allé en me disant que la perspective d'ébats saphiques (de prémisses de, plutôt) entre Scarlett et Penelope ne m'émouvait pas plus que ça (bien au contraire), que j'allais détester, que je commencerais ce post par "Plus jamais je n'irai voir de film de W. A"...
Tout faux.
Je me suis fait rouler dans la farine, ça m'a plu. Bon, je ne suis peut-être pas complètement objectif, et le fait que ça se passe en Espagne (et que ça parle en español) n'est peut-être pas étranger à l'affaire. (Mi, chauvinista ?)
Au début, c'est vrai, je ronchonnais : mais quel besoin donc de recourir à une voix-off, hein ? Et qu'est-ce que c'est que cet amontamiento  de clichés barcelonais (Gaudi, Miro, guitare, Parc Guell...) Mais très vite, la machinerie se met en place, dont les rouages sont bien huilés : deux copines, une brune et une blonde, (une qui sait ce qu'elle veut et l'autre ce qu'elle ne veut pas), un peintre viril et mal rasé (javierchou), son ex-épouse un poco loca (penelopita), et c'est parti pour un bon tour de tournez manèges : (comment dit-on en español marivaudage rohmérien ?) je t'aime j'ai envie de coucher avec toi, je décide, je ne décide pas, je suis fidèle, je cherche, je discute, je vacille, je le dis, je ne le dis pas, je fais comme si, je fais comme ça... c'est de l'introspection épidermique et sentimentale, ensoleillée et goguenarde, avec des vrais beaux gros moments de cinéma dedans (le premier baiser entre Christina et Juan Antonio), et finalement, une apologie du ménage à trois comme facteur d'équilibre amoureux...
Oui, décidément, le soleil ibère lui a fait du bien, à Papy Woody, ça lui a réchauffé les rhumatismes et redonné de la vélocité au déambulateur (je plaisante...)
... Et j'aime beaucoup ce jeu de langues (non, non, je veux dire au sens littéral ), ce va-et-vient (tss ce n'est pas mieux...) entre l'anglais (la langue du film et de la raison) et l'español (celle du corazon et de la passion)

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20 juillet 2008

clopes

A SWEDISH LOVE STORY
de Roy Anderson

Un charmant film "préhistorique" à la fraîcheur scandinave, le premier du réalisateur du soufflant Nous les vivants, de revigorante mémoire. Préhistorique parce que 69/70, ce sont justement les années où j'avais l'âge des jeunes protagonistes du film, Per et Annica (même si j'étais beaucoup moins glamour) et que tout ça ne nous rajeunit pas, de voir ainsi des ados qui fument comme des pompiers et des adultes qui boivent comme des soiffards (ça n'a pas beaucoup changé, remarquez), et de voir des vieux téléphones, et des vieux électrophones, et des vieux magnétophones... Hmmm, presque quarante ans on se prend dans les dents! La technique a évolué, mais l"humain pas trop...
Charmant parce que les deux ados, Blondinette et Blondinet, le sont également, et qu'ils vont vivre leur première histoire d'amour, avec son cortège d'hésitations, de timidité, de premier baiser, de regards en coin, de rendez-vous le coeur battant, d'étreintes empruntées... enfin, vous vous rappelez de tout ça non ?
Ils sont attendrissants et maladroits comme des faons. Avec, en fond, les histoires d'adultes, forcément moins drôles.
Contrairement aux films récents d'Anderson, la narration reste simple, suivant un fil unique (ou quasi) avec, (déjà) enchâssées ça et là quelques pépites, absurdes, drôles, ou grinçantes, (ou les trois à la fois) qui préfigurent la patte du réalisateur. Mais, comme dans la plupart des premiers films, c'est dommage qu'il ait voulu en mettre trop. Presque deux heures, ce n'est pas raisonnable (et la soirée dite "des écrevisses" n'en finit plus de ne plus finir), et on aurait peut-être gagné à resserrer un peu tout ça...

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11 juillet 2008

temps morts

(Soirée spéciale "I speak hebrew", où je pris mon véhicule pour me rendre à la ville voisine afin de voir les deux films en question, craignant (on était mardi soir) qu'ils ne passassent plus le lendemain dans la salle où ils étaient projetés, et subodorant qu'hélas ils ne passeraient jamais dans le bôô cinéma, toutes craintes qui s'avérèrent infondées mais c'est une autre histoire...)

LES SEPT JOURS
de Ronit et Shlomi Elkabetz
Enterrement, huis-clos, cuisines et dépendances (le deuil doit être vécu ensemble dans la maison du défunt, Maurice, pendant toute une semaine) où vont être mises à jour, démontées, cristallisées, toutes les rancoeurs, toutes les colères, toutes les violences, toutes les hypocrisies... Du cinéma choral funèbre, et pourtant terriblement vivant. La famille comme on l'aime, quoi... Histoires de gros sous, de dettes, d'amour(s), de jalousies, de déceptions, entre le respect des rites stricts religieux ("interdit de rire", "on ne doit pas manger de gésiers...") et des conventions sociales, l'omniprésence de la guerre (la scène des masques à gaz) et parfois, bienvenues, des bouffées d'un humour beaucoup plus... terre à terre (la scène du dortoir, genre "qui est-ce qui ronfle ?" et "qui a pété?") venant, heureusement aérer (?) à point nommé le propos.  Distribution parfaitement aux petits oignons. Un film très écrit (et très parlé), à poser entre Nos funérailles d'Abel Ferrara et de La vie des morts, de Desplechin  sur le rayon des films dits "d'enterrement".

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VALSE AVEC BACHIR
de Ari Folman
D'un genre encore jamais vu, le documentaire d'animation, le film avait fait au temps du Festival bruisser tout Cannes d'un buzz ultrapositif qui déboucha malheureusement... sur rien. Je ne suis pas un fanatique du film d'animation (mais bon je fais des progrès et j'y viens doucement), gêné que je suis par mon goût pour l'image réelle. On commence ici par un cauchemar récurrent et angoissant (26 chiens...) et on finit par un fait réel et monstrueux : les massacres des camps de Sabra et Chatila. Entre les deux, la recherche d'un simple soldat, d'un private, à la recherche de sa mémoire effacée, en interviewant les autres privates qui étaient là-bas, avec lui, lors d'un évènement dont il a perdu toute trace mnésique. et qui va se reconstituer peu à peu. jusqu'à la cristallisation finale (comme si tout le processus de "mise à distance" graphique n'avait finalement d'autre but que d'accéder au réel.) C'est virtuosement réalisé (des brouettes et des brouettes de lauriers louangeux ont déjà été déversés, et je ne peux qu'y joindre les modestes miens.) Par rapport au film précédent, peut-être juste une autre façon de voir les choses. Mais la même langue, les mêmes voix,  les mêmes peurs, les mêmes blessures...

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2 juillet 2008

hygiène bucco-dentaire

MADE IN ITALY
de Stéphane Giusti

Il n'y a rien de plus triste qu'une comédié ratée, et celle-ci l'est, assurément. J'y allais sur les noms de Melki (n'est-ce pas, Catherine ?) et de Giusti (qui réalisa par le passé un ma foi fort joli L'homme que j'aime, où un homo réussissait à se faire aimer d'un bel hétéro maître-nageur de surcroît.) et aussi parce que je me disais qu'il ferait toujours plus frais dans le bôô cinéma que chez moi.
Là-dessus (la fraîcheur) je ne me suis pas trompé, mais pour le reste... oh lalalala! Déjà, ça commence mal. La première scène est assez calamiteuse (et on ne comprend pas trop quel rapport elle a avec le reste du film, mais bon), la suite ne s'arrange pas vraiment : ça n'est pas drôle, c'est brouillon, mal monté, sans rythme, plein de clichés (ah, les flashes-back en lumière orangée, pourqu'on ne risque pas de se tromper : attention, il faut se concentrer, Gilbert M. joue à la fois le rôle du père et celui du fils!) et la brochette d'actrices convoquées (notons au passage que Françoise Fabian (qu'on revoit avec plaisir) est très bizarrement choucroutée) n'y fait rien : ça ne fonctionne pas. Ca sous-joue, sur-joue, c'est très rarement juste en tous cas.
Pourquoi donc Gilbert Melki passe-t-il son temps à se brosser les dents ? Y aurait-il là un fantasme érotique de la part du metteur en scène, un sous-texte lubrico-gingival ? A peu près rien à sauver, donc (mais peut-être ne suis-je pas assez au fait de la culture italienne ? il faudrait qu'une meilleure spécialiste -je pense à Zabetta, d'autant plus qu'elle ne paye pas le cinéma- puisse donner son avis... Ces colonnes lui sont ouvertes!)

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