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lieux communs (et autres fadaises)
8 février 2016

jaunes

TENEBRES, TENEBRES
de John Harvey

Lue a vec beaucoup d'émotion, cette nouvelle enquête de Charlie Resnick que l'auteur annonce comme sa dernière (non non, il ne le fait pas -encore- mourir). où Charlie R. se fait embaucher par une jeune inspectrice noire pour l'aider à résoudre une affaire vieille de 30 ans, suite à la découverte du squelette d'une femme.
C'est bien construit, chapitres courts, écriture concise d'Harvey comme on les aime, et le récit alterne deux fils narratifs : l'enquête, de nos jours, et la chronique de la grève des mineurs, dans les années 80 (et la façon dont la mère Thatcher a réussi à la faire capoter), toutes deux s'acheminant chronologiquement -et inexorablement- vers leur conclusion.
Les personnages de vieux flics sont toujours touchants, surtout si, comme ici, on les a vus vieillir, de roman en roman, enquête après enquête... On s'identifie encore mieux : Charlie Resnick est à la retraite, il pense souvent aux choses du passé, il souffre (un peu, pas trop...) il quitte la pièce au moment des pubs ciblées pour les vieux, il boit des bières appétissantes... il a des états d'âme, et c'est comme ça qu'on l'aime, notre Charliechounet...

"- Charlie Resnick, j'espère que tu ne comptais pas t'éclipser sans m'embrasser, lança Barbara qui les avait rejoints.
- Ca ne me viendrait pas à l'idée.
- Prends soin de toi, grosse bête, dit-elle en le serrant dans ses bras.
- Je ferai de mon mieux.
Il n'avait pas fait deux kilomètres qu'il avait les larmes aux yeux. Le bonheur des autres, c'était parfois une sacrée vacherie."
(p144/145)

Empathie, vous avez dit empathie ?

ténèbres ténèbres

Un roman qu'on quitte à regrets, doucement, sur la pointe des pieds, surtout après avoir lu la note finale qu'y a rajouté John Harvey...

5 février 2016

aux intersections de nombreux mystères

LE GRAND JEU
de Nicolas Pariser

Encore une histoire de politique, de manipulation, d'arcanes du pouvoir, de combines absconses, de manoeuvres politiciennes, et c'est Dussolier qui s'y colle (et très bien ma foi) en manipulateur de Melvil Poupaud (très bien en écrivain ex futur espoir), avec des références à différentes salades politicardes plus ou moins récentes et le plaisir de voir, dans une scène hélas trop courte et re-hélas unique, Nathalie Richard-chérie chérie, en femme de pouvoir dans l'ambiance feutrée d'un salon lambrissé assez élyséen.
Dussolier avait déjà ce genre de rôle dans un des Trois souvenirs de ma jeunesse de Despleschin, le mec mystérieux, à l'air sympathique mais pourtant vaguement menaçant, et n'aurait d'ailleurs pas déparé dans le Envoyée Spéciale de Jean Echenoz.
Plaisant, donc, mais, au bout d'une semaine, n'en subsiste dans ma mémoire pratiquement rien (à part que l'intrigue amoureuse ne semblait pas forcément indispensable... Et que Melvil Poupaud est beaucoup plus crédible en écrivain que, disons... Pierre Niney, par exemple, dans ce polar de l'année dernière dont je tairai charitablement le nom.)

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21 janvier 2016

ou bien...

RIGHT NOW WRONG THEN (UN JOUR AVEC, UN JOUR SANS)
de Hong Sang Soo

Au départ, c'est pour ce film-là que je venais à Besac, pour l'avant-première (le film sortira mi-février) et suite à l'article dithyrambique dans Libé qui évoquait son Léopard d'Or à Locarno 2015. Un film de deux heures, en plus, bien plus long que ses derniers (qui avaient tendance au contraire à diminuer de plus en plus.) mais dont la durée s'expliquera à la projection : il s'agit de deux films.Ou plus exactement de deux fois le même film, ou presque.

Un cinéaste venu de Seoul pour faire une conférence après la projection de son dernier film rencontre dans un temple, lors de son bref séjour, une jeune fille, qu'il invite à boire un café. La jeune fille est peintre, elle l'emmène chez elle pour lui montrer ses tableaux. ils vont ensuite dans un bar à sushis (et à soju, très important le soju dans les films d'Hong Sang Soo!) puis finir la soirée chez une amie de la jeune fille, qui tient un café. puis le monsieur raccompagne la demoiselle chez elle (il fait froid). le lendemain matin a lieu la fameuse conférence , après le film du réalisateur. Et ce sera ensuite bientôt l'heure de partir

... et regénérique de début, re-titre (mais cette fois-ci dans un ordre différent), et  le même cinéaste qui va rencontrer dans le même temple cette même jeune fille qui boit le même lait-banane. Les mêmes scènes vont s'y rejouer, dans les même lieux, mais pas tout à fait exactement de la même façon.  D'où le "ou bien..." du titre. Dans Libé, Hong Sang Soo expliquait qu'il avait d'abord tourné, monté le premier film, puis l'avait projeté aux acteurs avant de leur proposer de re-jouer la deuxième version. Et expérimenter ainsi (après la lettre aux pages mélangées de Freedom hill, les variations sur le motif de Another Country...) une nouvelle -et ludique- façon de biaiser la narration.

C'est très Hong sang sooesque, et les habitués ne seront pas dépaysés.

Le seul regret que j'ai éprouvé lors de cette projection (unique), la troisième de la journée, c'est que j'ai dû hélas lutter énergiquement -très- contre le sommeil qui me gagnait sournoisement. J'y ai presque réussi mais du coup je n'ai apprécié le film aussi totalement que j'aurais pu. Comme aurait dit Jacques L. " Ce n'était pas un sommeil hostile, c'était juste un sommeil de film qui n'a pas réussi à me captiver..." Dans le cas présent, il faut pondérer avec un "presque". Puisqu'ai résisté. Mais bon c'est vrai que j'ai trouvé ça un chouïa bavard. (presque trop bavard).

Ou bien.

Mais j'étais très heureux de voir cette jolie scène finale de jeune fille qui s'éloigne sous la neige (et qui ne figure pas dans la première version.) a revoir donc, pour vérifier si c'est vraiment si bavard ou bien si c'est moi. Ou bien.

Right Now, Wrong Then Movie Poster 8S 2015 Jae-yeong Jeong, Min-hee Kim, Yeo-jeong Yoon, Ju-bong Gi-13 900x900
l'affiche originale (il n'y en a pas encore de française!)

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21 avril 2017

anniversaire du colza

la soirée rituelle (33ème du nom), le lundi 17 avril, dit "de Pâques" :

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temps magnifique, soleil radieux, couleurs sublimes...
même à la nuit tombante c'était par-fait!

 

 

 

sauf que...

 

 

 

 

 

 

non non, pas du tout,

 

 

 

 

en vrai, c'était plutôt comme ça :

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ciel bouché, humidité, temps froid, lumière de merde...

 

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(avant / après)
(merci la touche "boost" de l'appareil-photo!)

12 janvier 2016

apocryphe

AU NOM DU FILS
de Vincent Lannoo

Semaine Belge 2.2

Celui-là c'est moi qui ai insisté un peu pour qu'on le prenne, ayant eu des échos plutôt enthousiastes de la part du peu de gens qui avaient pu le voir (la sortie française fut microscopiquemement frileuse, le distributeur ayant eu peur des représailles catho intégristes). Le film est effectivement une charge contre lesdits cathos.

Où une mère de famille catho bèce-bège (elle anime une émission de radio catho) perd successivement son mari (mort bêtement en stage commando catho anti muslims) et son jeune fils (suicidé de dépit amoureux après le départ de la maison du prêtre qui y était hébergé et a un peu abusé de lui) et devant le peu de réactions de l'église (d'abord son parrain curé - Philippe Nahon, excellent, plus vrai que nature-, puis l'évèque) décide de faire justice elle-même, s'emporte contre l'évêque et le tue un peu. Elle part en récupérant sur son bureau une liste de prêtres accusés de pédophilie et protégés par leurs supérieurs, prend le gros flingot de son mari, et s'en va à la chasse aux curetons. Et bam bam! va les dézinguer les uns après les autres.

Un réjouissant jeu de massacre que la deuxième partie du film et qui passe trop vite (la première par contre, peut sembler un peu longuette, tant elle donne l'impression de prendre son temps pour bien installer (enfoncer le clou hihi) la pieusité (c'est plus rigolo que piété) de son héroïne. Dont on a presque du mal à croire le revirement, tellement au début on la voit confite en dévotion (c'est exactement ça). La charnière se fait peut-être lors de l'enterrement de son fils, où une autre pieuse 'mais sérieusement illuminée de l'intérieur, celle-là) vient lui réciter du Ste Thérèse  de je ne sais pas quoi, dont le message est, grosso-modo, ça fait vachement du bien d'avoir mal, et c'est god qui l'a voulu.

Vincent Lannoo n'y est pas allé de main morte, et c'est tant mieux. Ca (me) fait toujours plaisir de voir dézinguer la religion (dans tous les sens) avec autant de virulence (et autant d'éclaboussures) et de jubilatoiritude (encore un que Téléramuche n'aura pas!). L'actrice principale (Astrid Whettnall)  est très bien dans ce rôle pas facile (imaginez une hybridation entre la Mme Le Quesnois de La vie est un long fleuve tranquille et la Uma Thurman de Kill Bill), j'ai déjà complimenté Philippe Nahon pour l'onctuosité de sa composition,  sans oublier, dans le rôle du Père Achille, par qui le scandale arrive (et qui nous gratifie d'une délicieuse chanson écrite par lui même, Chanter en anglais) le nounoursesque et pas rasé Achille Ridolfi, qu'on recroisera d'ailleurs le lendemain dans le Je suis à toi, de David Lambert (de même qu'on retrouve dans le rôle du fils suicidé Zacharie Chassériaud, un des Géants de Bouli Lanners)

J'avais cru comprendre que le film serait une grosse pochade très noire et azimutée dans le genre de C'est arrivé près de chez vous, mais c'est un peu différent. Il n'y a pas ici d'équivalent à la folie furieuse de Benoït Poelvorde. C'est aussi violent mais moins déjanté. L'attaque anti-religion est surtout une attaque anti-salopards et anti-cons, (et visiblement le réalisateur n'a pas inventé grand-chose, il n'a eu qu'à puiser dans les faits-divers et l'histoire récente de la Belgique.) Et le discours n'est pas si gratuitement nihiliste que ça. Si la religion est dénoncée, c'est par ses appels réitérés à la crédulité, au racisme, au mensonge, sans oublier l'omni-sollicitée générosité (croyant rime avec payant), et au bout du compte, l'addition finit par être salée. Si le doute (enfin, la croyance, la confiance, dans le doute) semble être une des bases de la doctrine, il y a des pilules bien plus amères et plus difficiles à gober (à gommer) en pratique, quand il s'agit d'évènements qui vous touchent vraiment, dans la réalité (du film).

Et Vincent Lannoo n'hésite pas à mettre le doigt dans la plaie, et regarder de près comment ça grouille, à l'enfoncer un peu pour voir si ça fait mal. Et jusqu'où. Sa proposition de nettoyage est un peu radicale, mais plutôt justifiée... Bref, ça éclabousse, mais  en vous regardant droit dans les yeux. Et même avec le sourire. Car si le film peut paraître parfois hésiter, et pâtit un peu du mélange des genres, s'il semble parfois souffrir d'un certain manque de rythme,  le système électrochoc + douche glacée s'avère plutôt tonique pour le moral du spectateur.
Et si en plus on vient vous chatouiller avec une plume (d'ange, certainement), ça mérite l'absolution, non ?

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(et je trouve l'affiche particulièrement réussie)

14 décembre 2015

un homme et une flemme

UN+UNE
de Claude Lelouch

Le titre du post n'est pas de moi, mais je n'ai pas pu m'empêcher de le replacer, il s'agissait du slogan -très bien trouvé- pour une marque de canapés que j'ai hélas oubliée depuis -c'était il y a presque 40 ans hihi-, où j'avais mis un certain temps à repérer le l excédentaire qui transformait femme en flemme.

Et là je trouve que ça s'applique divinement.
Je ne vais pas essayer de me trouver des excuses, j'ai vu la bande-annonce (les, plutôt, d'abord la courte puis la longue) et j'ai vu que ça se passait en Inde, et notamment à Bénarès, où j'étais justement au mois de février/mars, et puis Elsa Zilberstein y était plutôt mimi (est-ce que c'est la nouvelle copine de Claude ? Il me semble qu'il a pour habitude de faire tourner ses copines), Jean Dujardin y belmondait (ou y Georgescloonait, mais à la frenchouille), et il se trouvait que j'avais
- une place à tarif réduit et
- deux heures à tuer avant la représentation du Concept du visage du fils de dieu de Castellucci.
Et donc, en route! La dernière fois que j'étais allé voir un film de Lelouch, c'était Hommes Femmes mode d'emploi, avec Bernard Tapie (!) et c'était sur l'injonction (et en la présence) de Pépin. J'avais trouvé ça pas très bon...

Et bien là c'est pareil. On est bien en Inde, certes, mais on y est arrivé en executive class (pour ce qui est de Dujardin, qui joue un compositeur de musiques de films) ou bien on y est déjà, en femme de consul (Elsa Z.). Ils se rencontrent à un dîner au consulat, et piapiapia elle le soule avec des bourjoufleries spirituelles new-age auxquelles il répond en la chambrant (j'avais écrit cabrant, non pas tout de suite, ça sera pour plus tard), c'est beaucoup moins réussi que, par exemple, Françoise Fabian et Lino Ventura dans La bonne année.
Elle veut être enceinte, il a un caillot dans la tête, et donc les voilà partis tous deux vers le sud de l'Inde, ou se tient une sainte qui embrasse les gens à la chaîne et guérit tout (cette dame existe pour de vrai). Pendant que se morfondent, loin de là, les futurs/ex coinjoints respectifs, qui se rencontreront d'ailleurs -au Consulat- pile-poil la même nuit, d'ailleurs où nos tourtereaux finiront par se connaître au sens biblique du terme (et que d'ailleurs ça ne marchera pas, c'est mieux pour la suite de l'histoire).

Le film est parsemé de poteaux indicateurs énormes : le film dans le film tourné en Inde (d'après une histoire vraie -vraie dans le film- et avec les vrais acteurs de la vraie histoire dans leur propre rôle, toujours dans le film, j'entend) s'appelle Juliette et Roméo (c'est la "version moderne" d'une "histoire d'amour éternelle"), la femme du consul lit un livre gé-nial qui s'appelle un+une (et que la femme de Dujardin -ô coïncidence- lit elle aussi dans l'avion). L'histoire de film dans le film et de musique de film dans le film permet des allers et retours gé-niaux entre la vraie réalité du film et la fausse réalité du film dans le film.

Un homme et une femme donc (ceux du titre), + un homme et une femme (leurs conjoints) + un homme et une femme (ceux du film en Inde) = un homme et une femme comme d'hab' (je ne me fatigue pas trop ni avec l'histoire ni avec la façon de la raconter.) Où se justifie donc la flemme du titre, non ?

Et l'Inde ? En toile de fond, un peu obscènement stéréotypée (genre "ils sont beaux, ils n'ont rien mais ils se contentent de ça, avec leur sourire, leurs dents blanches et leurs habits multicolores, comme c'est pittoresque...") On passe bien une dizaine de minutes à Bénarès, un peu de ghâts par ici, un glouglou de Gange par là, et que je m'ablutionne, et que je crémationne, et que je philosophe à propos de la réincarnation, et on prend le train, on chatouille les pieds sales du mec assis dans le filet à bagages, bref, tout ça est assez... tristoune.

Le retour de voyage et les retrouvailles des deux couples sont croquignolettes et encore plus lelouchesques (ça vire quasiment grotesque), mais ce n'est pas fini, avec un encore plus lelouchien jeu de on se croise/on se rate/ on se voit pas/ si on se voit/ on se sépare/ sans oublier le "on se retrouve des années plus tard et allez les violons"...

(je n'avais qu'à pas y aller, hein, personne ne m'y a obligé, et, visiblement, le film a plutôt bien démarré me semble-t-il...)

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(l'affiche, plutôt sympathique et enjouée)

et, en prime l'autre affiche
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4 janvier 2016

noel à champlitte à paris en ardèche

mercredi 23
(à Paris, chez Malou, avec Dominique)

BACK HOME
de Joachim Trier

Ce n'était pas mon premier choix (il passera au festival téléramuche) mais bon pour des histoires de séance à ne pas rater ensuite, ce fut ce film-là. Les critiques sont partagées (de l'enthousiasme feud'artificiel au presque lynchage bouchepincesque) et aussi je le fus -partagé- en sortant. Du beau monde, pourtant (Huppert, Byrne, Eisenberg) et du beau filmage (trop sûr de lui, disent certains). Une histoire de famille et de deuil (Les secrets des autres bis ?) que j'irai certainement revoir (au festival Téléramuche) puisque peut-être "n'étais-je pas dans les bonnes conditions..."

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MAESTA
de Andy Guerif
Une curiosité dont Hervé m'a fait découvrir (et dont j'ignorais) l'existence. Une reconstitution filmique d'un tableau en 14 parties si je me souviens bien, racontant la passion du christ. L'écran est partagé en quatorze rectangles où, dans chacun successivement, vont passer des petits personnages qui racontent les différentes phases de cette histoire connue. Une seule scène est en gros plan, celle, pré-générique, de la crucifixion, où l'on entend crier fort les crucifiés et gémir fort les spectateurs. Le travail est surtout sonore, à l'image c'est tout de même ensuite très petit. Ce qui créée un certain décalage (comme s'i on voit s'agiter des fourmis mais qu'on les entendait parler à haute voix). Jusqu'à la fin, où tous les personnages se mettent à bouger en même temps et reconstituent le tableau à la perfection. Et clic! c'est fini.

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jeudi 24
en route (aller)

Départ de Paris à 8h30 et arrivée en ardèche en milieu/fin d'après-midi. C'est quand même très loin (beaucoup plus loin que je pensais) mais on le fait pour Malou! Voyage très "familial" : autoroute, café sur les aires, généalogie Starwars par Rebecca, le soleil dans la figure tout le temps ou presque, jusqu'à ce qu'on arrive et qu'il se mette à bruiner.

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(Je suis déjà venu dans cette maison à deux reprises, un nouvel-an dont (j'ai le souvenir d'un retour un peu tendu), et une autre fois,  où j'y avais descendu Cali et une grande bouteille de whisky.)
Douze personnes. On est les derniers à arriver. Et on peut dire que, vraiment, Malou a bien fait les choses...

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vendredi 25
samedi 26

teuf teuf

Les petits plats dans les grands. La table immense qui occupe presque tout l'espace, le poêle qui chauffe comme une locomotive, les gens qui s'activent... Une sorte d'éden festif : on mange (très très bien mais pas trop) et on joue, et on n'est pas obligé d'aller se promener (d'ailleurs il bruine pas mal et les pierres sont glissantes, j'irai donc une seule fois -le 25 au matin- et basta -et une autre quand même mais le dernier jour, sur la route au soleil, avec Malou-).
Huîtres, terrine de faisan (avec le faisan en entier reconstitué sur le plat) crevettes gambaesques, gâteau de Malou, foie gras de Céline, pintade chaponnée, légumes au four, re-huîtres, soupe des légumes au four, cassoulet, bûche au chocolat, blanc-manger, risotto de Luciana, sanglier de Jacky, sans doute j'en oublie oh la la les agapes...
On a joué aux triominos, au scrabble, à la belote, au tarot...
On s'est échangé des cadeaux (les adultes) le 25 à midi, (et tenté de deviner de qui ils nous venaient) et joué les Père Noël (pour l'unique enfant présente) auparavant.
On a cohabité avec les trois chiens : Iago, Falbala et ? (j'ai un trou, un nom anglais... ah oui, Elliott!) -qui sentaient parfois fort le chien mouillé ont dit certaines personnes- mais je n'ai rien senti hihi.

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dimanche 27
en route (retour)


Dans la même voiture mais pas les mêmes personnes. Je ne veux pas conduire (j'ai peur). Céline et Alissa assurent. (autoroute, menaces de bouchons qui ne seront jamais confirmées).
Départ 15h20 et arrivée 22h30, bravoooo les filles! (oui, je souffre d'un genre de toc relatif à la conduite...)

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lundi 28
de retour à Paris


JIA ZHANG KE, UN GARS DE FENYANG
de Walter Salles

(MK2 Beaubourg) Un film sans affiche avec le logo du distributeur iimprimé continuement dans le coin superieur droit : je comprends qu'il s'agit du film figurant sur le dernier dvd du coffret Jia Zhang Ke (que je n'achèterai sans doute pas puisque j'ai tous les films séparément ou presque). Un doc qui nous présente chronologiquement l'oeuvre du réalisateur (que j'aime énormément) qui s'avère être un assez joyeux drille à la bonne bouille toute ronde (et que c'est un pleasure de l'entendre parler de ses films...)

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NORTE
de Lav Diaz

Une unique séance parisienne à L'Archipel, lundi à 14h, pour ce film philippin de 250', inconnu au bataillon, sauf qu'il m'avait été trèèès chaleureusement recommandé par Hervé. Quelle claque! Quelle merveille! Quelle beauté! Quelle force ! Voilà  un nouveau copain sur les étagères de dvd chéris-chéris, pas loin d'Apichatpongounet... L'auteur prend son temps pour nous raconter une histoire de famille vaillante, d'usurière assassinée, d'étudiants en droit bavards, d'innocent emprisonné, d'assassin en liberté, de jeune homme perturbé, dans des images à la beauté suffocante. Lyrique, violent, grandiose. Sublime.

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AU-DELA DES MONTAGNES
de Jia Zhang Ke

Vu le soir à l'UGC Les Halles dans une salle surpeuplée (et surchauffée). Un très bon film de JZK (mais qui me touche moins que son précédent A touch of sin et qui souffre de sa proximité avec Norte). Trois volets temporels (passé présent futur), avec à chaque fois une image un peu plus grande, pour l'histoire douce-amère d'un trio amoureux, en Chine au fil des ans. Joli coup : ça commence (et ça finit) sur le Go west des Pet shop boys, qui en acquiert du coup un regain de faveur dans mon coeur (la dernière scène est vraiment très belle).

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mardi 29


STARWARS 7
de J.J Abrams

Un mauvais timing (et une lecture trop rapide de Pariscop) font que lorsque j'arrive à l'UGC, c'est le seul film que je puisse voir. j'hésite et puis finalement je me lance. 9h30, salle 2, quasi-complète. séance en vo et en 2d, perfect for me. Et je m'installe pour savourer mes 2h30 de pyrotechnie galactique. C'est le premier film de la série que je vois, mais j'ai presque réussi à tout comprendre. Plaisant, pas trop pénible pour les neurones, de l'excellent cinoche popcorn. (Mais bon j'ai quand même le sentiment de faire un grand écart cinématographique, avec, disons Norte, qui précéda, et L'étreinte du serpent, qui suivit.)

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L'ETREINTE DU SERPENT
de Ciro Guerra

Dernier film du séjour, (MK2 Beaubourg oblige), et encore une séance bondée (et surchauffée). Un peu de mal à m'y mettre au début (anthropo, ethno, etc.) et puis ça se met en place de façon plutôt intelligente : une double temporalité pour une même descente de fleuve, avec quarante ans d'écart, et plus on avance et plus on s'immerge et plus on est fasciné. Historique, politique, erratique... Un peu de Castaneda, un chouïa de Werner Herzog, un petit poil des Documents Interdits, pour un film splendidement halluciné.

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17 mai 2014

ici, là-bas, ailleurs

DSC03174(à l'hôpital, dans la chambre)

DSC03158(à l'hôpital, par la fenêtre)

DSC03125(à Vesoul, dans la cave des P.)

DSC03114(à Luxeuil, chez Pierre B.)

DSC02706(au Grand Palais, Bill V.)

DSC02537(dans le champ, Christian)

DSC02548(devant le champ, Philou)

DSC02472(dans la voiture de Nicolas, en rentrant de Pontarlier)

DSC02438(à Morteau, dans le hangar de Claude B.D)

DSC02413(à Besac, un lundi de pâques pluvieux)

10 mai 2014

angoisse(s)

 

Vendredi soir, je me suis couché tôt (22h)
Je m'endors très rapidement, et je suis réveillé en sursaut par la sonnerie du téléphone. Au radio-réveil, il est 23h45. jai horreur d'être réveillé en sursaut par la la sonnerie du téléphone, je me lève, vais dans le bureau, je décroche, rien. juste la tonalité, le correspondant a raccroché. Ca me fait un peu flipper (je repense notamment aux appels de Marcel qui m'avaient conduit à déposer une main courante...). Je retourne me coucher, mais j'ai un sentiment d'angoisse aussi diffus qu'irraisonné... j'ai peur que le téléphone sonne à nouveau. Je me recouche néanmoins, j'éteins la lumière et je tente de me rendormir. Rien à faire, mon esprit est aux aguets, j'épie les bruits, d'ailleurs au bout de peu de temps, j'entends comme un choc sourd, dehors, en bas de la maison, à l'extérieur. Je redouble d'attention et d'inquiétude. et voilà que j'entends mon portable qui sonne à son tour, dans la poche de ma chemise, dans le bureau. le sentiment d'angoisse grandit encore, surtout quand j'entends soudain sonner à la porte d'entrée... Je me relève, quasiment paniqué, mais je ne descend pas, je vais au bureau et j'ouvre la fenêtre, pour voir qui ça peut bien être (j'ai le cerveau qui carbure à fond)... je me penche et je vois en bas, devant ma porte, ma voisine d'en face, le portable allumé (j'imagine aussitôt que le pire est arrivé chez elle et qu'elle vient me chercher... Elle lève la tête, me voit, et a l'air soudain... rassurée. Elle me dit "tu nous a fichu une sacrée trouille...", et m'explique que, en fermant ses volets, elle a vu ma voiture avec le coffre grand ouvert, que cela lui a semblé bizarre, et qu'elle a craint, avec son mari, qu'il ne me soit arrivé quelque chose... je la rassure, effectivement, quand je suis allé faire les courses, tout à l'heure, je n'ai pas refermé le coffre tout de suite, parce que j'avais les deux mains prises, mais je pensais revenir le faire immédiatement dès que j'aurais posé les sacs dans la cuisine. Et j'ai oublié.
Elle s'en va, rassurée, et traverse la rue pour rentrer chez elle. je suis touché par tant de sollicitude, mais je ne me sens pas du tout en l'état pour aller me coucher. Elle aussi, elle m'a fichu une sacrée trouille, mais bon c'est vrai c'est un peu de ma faute... je vais regarder un peu la télé, je bouquine, pour que mon esprit retrouve l'état de calme minimum propice à l'endormissement.
A minuit et demie, je retourne me coucher, et je me rendors, comme un gros bébé...

 

cri-insecte

27 mai 2015

nard

11h : HISTOIRE DE JUDAS
de Rabah Ameur-Zaïmèche

On le passe dans le bôô cinéma dans 15 jours, mais je n'ai évidemment pas pu attendre. Il y a quelques cinéastes, comme ça,  avec lesquels (pour lesquels) il est impossible d'attendre. C'est très curieux : j'étais, dès le début (pourtant dans cette vieille salle moche du MK2 Beaubourg), comme en hyperventilation émotionnelle, avec les larmes qui me venaient quasiment, alors qu'il n'y avait encore à l'écran que des lettres blanches sur fond noir. Je ne suis pas croyant, pas du tout, mais, avec RAZ, je me sens prêt à devenir mystique... Un cinéma de peu (de moyens) aux effets inversement proportionnels, un cinéma de l'économie, un cinéma de la simplicité, un cinéma de la famille aussi (essayez de compter le nombre de Ameur-Zaîmèche qui figurent au générique de fin), un cinéma du partage, du don. Un cinéma essentiel, à la fois contemplatif (la durée, la lumière) et revendicatif (l'insurrection qui vient). Politique et poétique. Un cinéma avec lequel je me sens complètement en phase.
Le Judas du titre est bien celui auquel on pense (la Bible, les trente deniers, la trahison...), c'est RAZ qui l'interprète (et ce mec, c'est comme ça, je l'aime aussi fort en tant qu'acteur que réalisateur), et en profite pour (re)définir le personnage à sa façon. Judas n'est pas le traître mais le fidèle, "le" disciple, l'homme de confiance. (Il a l'air doux, comme ça, dans ses mots et dans son attitude mais on le sent tout aussi fort, résistant, le genre plie mais ne rompt pas). Et son film est pareil : simplement, doucement, sans esbrouffe, il nous remet à l'heure de ses propres pendules. Il casse (au sens propre) les écritures qui relatent les aventures du prophète (ah si J avait eu un Faceb**k et un ordi) et braque ses propres projos sur l'histoire pour nous donner son éclairage perso (et superbe, je l'ai déjà dit). Iconoclaste! postillonneront certains, blasphématoire! éructeront d'autres et j'en passe d'autres et des meilleures sous silence.
Le film commence quand Judas part dans la montagne pour récupérer Jésus qui vient de jeûner quarante jours, et le redescend sur son dos. On suit  l'histoire de Jésus (sa dernière partie), et donc, on reconnaît au passage (on se souvient de) quelques épisodes bibliques (les marchands chassés du temple, par exemple). On suit, parallèlement, les inquiétudes "politiques" des Romains et celles,  "religieuses" des grands-prêtres, (chacun craignant de perdre qui la face qui son pouvoir face à celui qu'on dit s'être proclamé roi des Juifs), tandis  qu'apparaît dans le récit un personnage dénommé Carabas (qui, je pense fait référence à Barabbas, mais me fait immanquablement penser au Chat Botté et à son fameux Marquis du même nom), une version dépenaillée de Jésus, un dissident, un soiffard, une grande gueule.
Je ne devrais peut-être pas le dire, mais Jésus, dans le film, je le trouve vraiment très mimi, -RAZ l'a fait interpréter par un réalisateur algérien, Nabil Djedouani- mais bon, les apôtres aussi. On irait bien marcher avec eux.  Encore une fois, toute cette histoire est tirée du côté de l'humain, du terrestre, du charnel, tournée dans de vraies ruines et avec des lumières d'une beauté époustouflante (intérieures ou extérieures).
J'aime cet esprit de quintessence, de "au plus près de", cette folle liberté que donne la simplicité, l'humilité, des choix. Cette façon attentive de scruter l'humanité, la proximité des êtres, la façon dont ils se touchent, simplement. Des mots, des mouvements, des actions simples. Une stylisation qui rend encore plus fort tout ce qui se joue, avec cette façon plus qu'habile d'éviter la lourdingue imagerie habituelle de ces habituelles superproductions biblico-péplumesques à milliers de figurants, d'épurer, de ne jamais appesantir le trait (rien que le fait, ça fait d'autant plus du bien,  que ce soient des arabes qui jouent des juifs, est une façon du film de délivrer son message entre les lignes, derrière les images, un parfum délicat de quand les hommes vivront d'amour...
J'aime sa façon d'aimer ses personnages, ce Jésus-ci, ce Judas-là, l'angle d'approche, le parallèle entre les deux personnages. Et le contrepoint des romains, des soldats (ceux des personnages qui sont le plus visiblement "costumés", casques, armures, contre les simples tissus dons sont revêtus les autres personnages.), les mots d'Antigone (d'Anouilh) pour résumer : "ça n'est qu'une histoire de politique..."
Me reste, tout à la fin,  une scène, sublime, où Judas vient s'allonger dans le tombeau vide, prendre la place de celui qui n'est plus là. Juste un rectangle au centre de l'écran, un simple éclairage, et renaissait alors devant moi une des vidéos de Bill Viola qui m'avait le plus impressioné -celle qui est sur l'affiche d'ailleurs-, puis les pas de celui qui marche dans les buissons, dont on finit par entrevoir le visage. Et le plaisir de retrouver pendant le générique de fin la guitare de Rodolphe Burger (Non seulement RAZ a du goût, mais il est fidèle en amitié.) C'est bouleversant, c'est magnifique.

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28 mai 2015

à la française (with english accent)

LES JARDINS DU ROI
d'Alan Rickman

J'avais décidé que non, et finalement le hasard a fait que... M'étant assis par erreur dans la salle voisine, j'ai fini par voir un des films pour lequel j'avais initialement hésité, étonné de voir un générique anglais, curieux de savoir ce qui m'allait être projeté, et prêt à quitter la salle plein d'une vertueuse indignation en cas de bouse.
J'y suis resté jusqu'au bout. Le réalisateur, Alan Rickman, (que je connais depuis longtemps comme acteur, et que je considère avec reconnaissance  pour son rôle dans Truely, madly, deeply, même s'il a joué dans bcp de merdouilles ensuite -oui oui même Harry P. je renage ça dans les merdouilles-) joue aussi dans son film, et s'y est attribué le beau rôle, celui du Roi, au réveil duquel nous assistons, en compagnie de Sa Royale Famille, sauf qu'il ne s'agit pas d'un quelconque english king, mais de nôtre cher Louis XIV à nous. Qui parle donc anglais. Ainsi que l'ensemble de la cour et des courtisans, qui ont tout de même des noms français, qu'il prononcent à l'anglaise, et que rien que ça est plaisant. Kate Winslet est jardinière, française elle-aussi (Mme de Barra), et elle va recontrer Monsieur Le Nôtre lors d'un entretien d'embauche /appel d'offres pour les futurs jardins de Versailles,(Le Nôtre qui est joué par Matthias Schoenearts (BullHead), qui, passé la surprise initiale, porte plutôt bien le cheveu long et le pourpoint brodé).
C'est très well reconstitued, (costumes, perruques, carrosses, laquais, courbettes, intrigues de Cour, jalousies, complots) et suffisamment bien fait pour qu'on trouve ça aussi pittoresque que les gravures colorées qui illustraient nos livres d'histoire à l'école primaire, et qu'on ne s'y ennuie pas... Avec en prime un Stanley Tucci délicieux en Comte (ou Marquis, je ne sais plus) bisexuel (ça n'a aucune importance dans l'intrigue, mais c'est plaisant). On savait depuis le début comment tout ça allait se terminer, et il n'était donc pas indispensable de lester le récit du pathos veuvagesque (et lourdaudement insistant) de Mme de Barra. Le jardin mené à terme, les roucoulades dans l'alcôve, la cérémonie officielle d'inauguration en grande pompe (avec en prime un discours féministe -pour l'époque- où il est question de femmes et de roses). Le roi s'amuse, et visiblement, Alan Rickman aussi, des deux côtés de la caméra.

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19 mai 2015

de bruit et de fureur

LA TÊTE HAUTE
d'Emmanuelle Bercot

Un ado tête à claques sujet à des accès de violence et ses rapports fusionnels avec sa mère immature, tiens tiens on a déjà eu ça l'année dernière, non ?,  avec Mommy de X. Dolan (que j'ai mis du temps à voir mais que j'ai vu quand même.) Là j'ai préféré y aller le plus tôt possible pour que la même chose ne se reproduise pas. Des inconvénients de la surmédiatisation. Le film d'Emmanuelle Bercot (dont j'ai adoré le Elle s'en va, même si vu très tardivement) vient d'en faire les frais. Parce qu'il faisait l'ouverture du Festiwal de Cccânnes, parce que Catherine Deneuve, parce que jeune prodige, parce que choix audacieux pour ce genre de film en ouverture parce que parce etc.
C'est quoi ce "genre de film" ? L'histoire d'un gamin de 7 à 17 ans, un gamin qui est "mal parti dans la vie" (dès la première scène), et qui va affronter successivement  les acronymes de tous les services sociaux, juridiques, pénaux, éducatifs, ou presque, grâce à l'entêtement d'une juge pour enfants maternelle et et compréhensive (Catherine Deneuve, qui a fait quelque chose à ses sourcils) et d'un éducateur aussi cabossé (là je ne pouvais pas échapper à cet épithète) qu'entêté (Benoît Magimel, les cheveux en pétard), qui veulent toujours continuer à espérer, sans fin, avec obstination, au fil des ans, et pourtant il y aurait largement de quoi baisser les bras et lâcher l'affaire. La mère immature est (un peu sur-)jouée par Sara Forestier, et le jeune homme souvent énervé par Rod Paradot, dont c'est le premier rôle et qui est effectivement phénoménal. Tout le monde l'a dit et s'en est extasié, mais c'est vrai. Vraiment vrai. Que ce soit lors de ses accès récurrents de violence (qui surviennent à un rythme quasi métronomique), lors des moments "normaux" ou ceux de calme (ou d'abandon) il est d'une justesse et d'une force qui laissent admiratif.
Un survol des différentes mesures de prévention, de suivi, et de (punition ?), centré autour d'un jeune homme très énervant (autant que très attachant). Heureusement, on ne joue pas exactement sur le même terrain que Mommy (là, en gros, la mère et le fils ne se voient que dans le bureau de la Juge ou ceux des instances socio-éducatives -ou pénitentiaires-). Mais tous les deux restent toujours en contact, tant le lien qui les unit est fort (on dirait un film écrit par un éducateur, quand même, non ?), et même "trop" fort (plus ça va et plus la réalisatrice insiste là-dessus). Je connais peu les juges pour enfants, alors je me garderai bien de juger, mais, hmmm, toute cette compassion, cet attachement, ça n'est quand même pas un peu roudoudou et chamallow ? C'est en cela que tout ça m'a quand même un peu gêné (avec en plus comme dit Marie, "un peu l'impression d'être au boulot", tellement certains de ces acronymes (AEMO, notamment) tintaient réalistement à mes oreilles.) Et que le clou est bien bien enfoncé, que le concept de "famille" ou de foyer est visiblement importantissime aux yeux de chacun (et semble rester la panacée, cf le passage de relais final qui me paraît tout de même un peu honteusement crapoteux).
Contrairement à Polisse (dont elle a co-écrit le scénario et dans lequel elle jouait) où la nécessité d'un "regard extérieur" (celui, doublement, de Maïwenn, en tant que personnage et en tant que réalisatrice) permettait justement de prendre une imperceptible distance par rapport aux choses parfois effroyables du récit ("Oui, c'est du cinéma"), Emmanuelle Bercot se focalise  ici juste sur Malony, et son environnement proche, sur cet unique (j'avais écrit inique) parcours, mais de très près, comme vu de l'intérieur. Sans filtre. Apparemment sans recul ni enjolivures ni effets de matière filmique. Brut. Les faits, les décisions de justice, les placements. Rien que. Et un gamin qui tente de s'en démerder (pas de s'en sortir ou de s'y insérer, il nous est montré à plusieurs reprises comme suffisamment intelligent et roublard pour être -un certain temps- capable de "jouer le jeu", d'être conforme à l'image qu'on attend de lui, d'être acteur -la réalisatrice le fait même s'en vanter ouvertement "je suis un bon acteur..."-) Cinéma social, humain (humaniste ?). Ok. Mais il y a quand même un contraste, un hiatus, un effet de friction, entre le parti-pris du film, ses intentions, et, par exemple, la présence -très forte- de Catherine Deneuve, le battage médiatique, la montée des marches, etc.
Pour parler franchement, ce cinéma-là n'est pas celui qui me convient. L'angle "sociétal", humanitaire, la bonne conscience, la curiosité (oh que ces pauvres sont pittoresques, diantre que ces manants ont de drôles de manières, ciel qu'ils s'expriment de blasphématoire façon) pourraient presque virer malsain, voire obscène. La composition de Sara Forestier irait d'ailleurs dans ce sens. Rosetta, le film, de la même façon, ne m'avait pas convaincu (et pourtant, elle avait, elle (le personnage), à la fois un background et un but qui justifiaient son attitude, et légitimaient la façon de la filmer. Notre Rosetton, là, est moins bien servi scénaristiquement, juste comme un instamatic mental (deux positions : soleil et nuage) et, si le personnage devient à la longue moins intéressant, le jeune acteur qui l'incarne est, je le répète, toujours passionnant.

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15 mai 2015

réminiscences

L'ASTRAGALE
de Brigitte Sy

On quitte l'Inde (comme Titli) et on revient aux adaptations littéraires (comme Journal d'une femme de chambre).
Je connaissais, bien sûr le nom d'Albertine Sarrazin, et de son roman L'astragale (on a dû en parler dans les années 70, lorsqu'en était sorti une adaptation au cinéma par Guy Casaril (Les novices) avec Marlène Jobert dans le rôle-titre (pas celui de l'os du pied, hein) ce qui vous date assez précisément un film -ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit-...) mais je ne l'avais jamais lu (et n'avais pas très envie de le lire).
Or, après avoir vu le film de Brigitte Sy, on aurait drôlement envie de pouvoir reprendre le bouquin, parce que ce qu'elle écrit, dans le film, est vraiment magnifique (pfff je n'ai aucune imagination : quand je trouve ça beau et que j'aime bien c'est "magnifique"). Dans le film il est surtout question d'amour, (de désir, d'attente, d'espoir, de déceptions, oh que ce processus (ces processi ?)-là me parle...), d'Albertine pour Julien (et réciproquement). Albertine est jouée par Leila Bekhti, tandis que son Julien d'amour l'est par Reda Kateb. Un critique les qualifie de "magnétiques", et je m'y joins (ce qui me permet d'éviter de replacer un autre "magnifique"). Si je  découvrais, me semble-t-il, la qualité du jeu de Leila Bekhti (ce qui ne veut pas dire qu'avant je la trouvais mauvaise, hein, simplement que je pensais ne l'avoir jamais vue jouer), celle de Réda Kateb venait, ecore une fois, confirmer que ce mec-là, quoi qu'il joue (un gitan énervé chez Audiard, un terroriste torturé chez  Bigelow, un kidnappeur pédophile chez  Videau, un interne bûcheur chez Lilti), m'impressionne à chaque fois tellement il y est bien. Et qu'on y croit. Et toujours en restant simplement lui-même. Sans jamais en faire trop (on pourrait même avoir le sentiment qu'il "en garde toujours sous le pied".) C'est sidérant.
Là c'est un "apache", un marlou, un petit truand dans le Paris (noir et blanc) de la fin des années 60. L'astragale s'emploie à retranscrire (à faire renaître) une époque désormais assez lointaine (le toute fin des années 50), et Brigitte Sy utilise donc à cet effet d'un  très beau noir et blanc (je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours un gros faible pour les films en n&b). Le film ne peut néanmoins être trop précisément daté, sauf dans les intertitres, -on évoque...- et c'est tant mieux qu'il évite aussi de tomber dans l'objet-d'époquisme maniaque qui peut vite devenir plombant dans ce genre d'entreprise.
Brigitte Sy joue avec habileté sur les deux tableaux : l'évocation de la France des années 50/60, mais aussi du cinéma de cette France-là. Un esprit populo parigot, un certain folklore cinématographique (rades où le loufiat vous sert  des ballons de rouge, filles de joie sur un coin de trottoir, chambres d'hôtel de passe) oui ces films où on fume à la chaîne des gitanes sans filtre, où les téléphones pèsent 50kg...). Il y  a  dans ce souci plastique une arrière-pensée de film noir mais aussi de romance, plus ou moins dramatique, un parfum de Gabin et Morgan, d'Arletty, de Piaf, de Prévert et Kosma, (et, pourquoi pas, de Bardot jeune) de Rififi à Paname (non, je viens de vérifier, ça n'est pas ça, c'est plus récent, et Gabin y est déjà vieux, mais le titre est représentatif, dans l'esprit) plutôt de Rififi chez les hommes (le mot Rififi, tiens, ça aussi ça vous date un film...).
Le milieu, Albert Simonin, les "caves", les condés, tout ce folklore, certes, mais aussi un contexte politique précis (la guerre d'Algérie) évoqué en toile de fond -en filigrane- de l'histoire d'amour (elle-même doublée d'une autre, symétrique presque, celle entre Albertine et Marie). Un film que je rangerais pas loin de Nos héros sont morts ce soir (de David Perrault, avec l'impressionnant Denis Ménochet) : même époque, même ambiance, même noir et blanc... S'il s'agissait d'un exercice de style, genre revival réalisme poétique, il est sacrément bien réussi. En "temps subjectif" (la durée supposée, celle qu'on évalue en regardant le film), je l'ai trouvé à peine un peu plus long que sa durée réelle, mais bon, s'agissant d'un film sur l'attente, ça peut se comprendre...
Le carton final (combien d'années de prison, combien d'années d'amour) n'était peut-être pas complètement indispensable, voire même la "vraie" photo ultime... mais peut-être la dernière image du film, le plan sur le visage de Réda Kateb à travers la vitre était-il  -finalement- trop ambigu ?

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24 avril 2015

impénétrable

SHAHADA
de Burhan Qurbani

(Ce post aurait pu aussi s'intituler "suppositoire", rapport à une plaisanterie sans doute de mauvais goût mais qui me réjouit depuis tant d'années et se termine par "parce que les voies du Seigneur sont impénétrables", mais qui ne rendait pas justice au film en lui conférant une notion de gaudriole avec laquelle il n'a aucun rapport, fin de l'introduction, ouch!)
Un film de 2010 dont j'avais en vain souhaité la programmation dans le bôô cinéma, et que finalement Marie m'avait offert pour mon anniversaire (dvd qui depuis m'attendait sur l'étagère, et, hier matin, voilà que c'était le moment de la rencontre... (rencontre qui a failli ne pas se faire puisque le lecteur de dvd sur mon ordi pédalait dans la choucroute -pour rester dans la gaudriole- et faisait mine de ne pas vouloir démarrer).
Un réalisateur au nom singulier, pour un film au générique tout aussi original (animé et graphique). Une histoire divisée en chapitres numérotés et titrés -bilinguement-. Trois histoires, plutôt, contrées sur trois personnages : une étudiante, un flic, et un employé aux abattoirs, chacun confronté à un problème précis (un avortement médicamenteux, un amour homosexuel, des retrouvailles problématiques) et ses conséquences (surtout dans les conflits moraux générés par ses rapports avec la religion islamique). Ce n'est pas un film sur la religion, mais, bien plus intéressant, sur les rapports que chacun entretient avec la religion, et surtout avec le Coran  que chacun des personnages appréhende à sa manière (un livre qui parle d'amour, ou qui stipule ce qui est interdit, ou qui évoque l'apocalypse, ou représente le fait d'être musulman), et, surtout sur les excès comportementaux, les aveuglements, - dans un sens comme dans l'autre- auxquels la foi peut conduire (bigotisme, frustration, illumination, souffrance).
Un dispositif choral, que le réalisateur a voulu peut-être trop resserré pour que les histoires soient imbriquées au maximum, ce qui n'était sans doute pas indispensable : la jeune fille croise à l'hôpital une infirmière qui est la femme du policier qui est intervenu aux abattoirs, sous les yeux du jeune homme dont le "copain" est harcelé par un autre jeune homme qui est le père de l'enfant que portait la jeune fille, etc.
Hormis cette réserve, on ne peut qu'être sensible à ce sacré beau portrait d'une communauté turque en Allemagne aujourd'hui, parce que centré sur les mots d'intégration, de tolérance, et de respect (avec, notamment, en plus de ceux déjà cités, un très beau personnage d'imam prêchant la tolérance -c'est le père de la jeune fille-, ce qui n'est pas si fréquent).
Un film très construit, rigoureux, sensible, actuel (il m'a semblé pouvoir y reconnaître quelques-uns des parents d'élèves auxquels j'ai pu avoir affaire en travaillant dans les "quartiers sensibles"), un film (très) injustement sous-estimé lors de sa sortie. (Il fait partie de ces "petits" (par les moyens, pas par leur impact) films qu'on a envie de, qu'on se doit de, défendre. Certains critiques y ont, heureusement, vu "un réalisateur prometteur". peut-être le sujet même du film a pu en rebuter certains. Mais rien de moralisateur dans tout ce qui est dit et montré, et c'est ce qui en fait la force.
Un beau film de nuit, de neige, d'amour (ou de dés-). De regrets souvent. Qui pour chacun des trois, finit comme ça, ni trop bien ni trop mal. Comme dans la vraie vie. Bref, à recommander.

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11 mars 2014

pas forcément

ARRETE OU JE CONTINUE
de Sophie Fillières

Fillières + Devos = allons-y le premier jour dès la première séance ! Un bien beau mercredi pour un bien goûteux film aussi (où la délicieuse couche de sucre glace de l'humour qui l'enveloppe cacherait en fait une combinaison de saveurs beaucoup plus typées (âpres, acides, amères ?) dès qu'on y porte un peu la dent).
Comme ces photographies hyper-réalistes en très gros plan dont on s'aperçoit soudain, en s'en rapprochant qu'il s'agit en réalité de  vraies peintures, qui cachent très bien leur jeu. Jeu, apparences, c'est bien la démarche mise en place par la réalisatrice, qui semble nous vendre une aimable comédie alors qu'il s'agit en réalité d'un objet beaucoup moins souriant.
Un couple : Emmanuelle Devos / Mathieu Amalric (on les a bien déjà vu chez Desplechin, par exemple, il s'agit de leur cinquième film en tant que, déclare la réalisatrice, mais pour la première fois, ils ne s'aiment plus tant que ça...), qui s'égratigne et se chamaille durant la première partie du film, des agaceries hyper-dialoguées et extrêmement bien écrites, l'univers qu'on connaît (des films précédents) et qu'on aime, l'univers donc de Sophie Fillières est bien là. Je me suis pris régulièrement à rigoler devant ce festival de vacheries semi-amicales pour de faux ou semi-agressives pour de vrai (ou le contraire), bercé quasiment par un rythme  plaisant et connu, lorsque soudain, au hasard d'une randonnée sylvestre, Emmanuelle Devos prend la tangente, et le film aussi du coup.
Pomme (c'est son prénom) fait de la résistance, et refuse de rentrer. Et la voilà qui va passer jour après jour dans les bois, avec son petit sac à dos (heureusement ils avaient prévu un pique-nique copieux), oxygénant ainsi le récit filmique, qui va connaître une curieuse expansion due à cette parenthèse chlorophyllienne, à ce poumon narratif. Ca continue d'être drôle, mais on serait à présent quasiment sur un autre terrain (de jeux, de chasse, de sport?), sans que jamais pourtant la réalisatrice n'en rajoute dans le pathos. Voilà notre Emmanuelle face à elle-même, entre l'omniprésence de la végétation et celle, plus discrète, des animaux qui la peuplent. On reste toujours sur un registre de réalisme /réalité (sensations  : l'humidité, le froid la fatigue, et de besoins : boire, se nourrir, dormir, se laver) mais avec ce regard particulier (de la réalisatrice) sur le comportement particulier (de son héroïne), qui rend le tout si attachant (j'ai toujours adoré les héroïnes de Sophie Fillières, qu'elles soient jouées par Hélène -sa soeur-, Emmanuelle, comme ici, ou Chiara, dans le précédent. Ce genre de double fictionnel -on suppose- qu'elle se crée et pour lequel elle envisage des chausse-trapes, en observant attentivement comment elle va faire pour s'en sortir, ou pas.) pendant une bonne partie du film, on va s'attacher surtout à elle, les interventions d'Amalric ne devenant qu'un contrepoint plaisant mais relativement accessoire.
"Elle s'en va" certes, mais elle revient -un peu, jolie scène de l'hôtel- puis repart encore -encore plus belle scène de la route dans le brouillard au petit matin- , trois pas en avant, trois pas en arrière, jusqu'à cette encore plus belle dernière scène, où tout un(e) chacun(e) aurait espéré, plaidé pour, mis en place la "réconciliation" qui conclue habituellement -et sans surprise- dans la majorité des cas ce genre d'escapade "chérie je pars / chéri je reviens".
Sauf qu'on est chez Sophie Fillières, et que, même si on y met les formes, et avec quelle prestance, quelle force, le fond (du problème ?) et le coeur n'y sont plus vraiment. Et l'affiche est très juste.

 

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2 janvier 2014

paris ciné

(avec du retard)

4 jours, 4 films (en ces périodes d'excès de fêtes, un peu de retenue ne fait pas de mal, non ?)

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LE COURS ETRANGE DES CHOSES
de Raphael Nadjari

Père et fils 1 : un fils va passer la journée avec son père qu'il n'a pas revu depuis très longtemps... L'Officiel classait ça en "drame", je dirais plutôt comédie dramatique, ou alors drame comique... (Non, il n'y a pas cette tension , ce "sérieux" inhérents au drame... Le fait saillant étant que le fiston glisse sur un poisson -si si!- et se retrouve à l'hôpital) Un film plaisant, délicieusement bavard (quel plaisir, en vo, je vous ai déjà dit dans quel état de bonheur me mettait cette langue), plein de détails, de petites choses, mais que j'ai déjà -hélas- presque totalement oublié. A revoir donc

 

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TEL PERE TEL FILS
de  Hirokazu Kore-eda

Père et fils 2 : les hasards de la programmation ont fait succéder cette histoire de deux familles dont les enfants ont été échangés à leur naissance par une infirmière qui voulait se venger (exactement, donc, le scénario de La vie est un long fleuve tranquille, mais pas du tout du tout le même traitement!) J'aime énormément (en 2014, je ne dirai plus "jadore" à tout bout de champ) le cinéma de Kore-eda, depuis... toujours. Histoires de famille(s), de rapports filiaux, d'amour, de mort, avec cette attention si particulière portée aux détails, aux visages, aux silences, au non-dit, à la lumière... Ce film-là m'a spécialement bouleversé (beaucoup plus que mes voisines semble-t-il, mais moins que le monsieur derrière qui, après s'être esclaffé plus ou moins à bon escient pendant quasiment tout le film, en grignotant qui plus est une jatte de popcorn, s'est soudain, à la dernière minute, mis à sangloter tout aussi sonorement et théâtralement). Magnifique, même si peut-être un tout petit peu moins subtil (plus "manichéen" ?) que ses précédents films.

 

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LA JALOUSIE
de Philippe Garrel

Père et fils 3. Décidément, les hasards de la programmation... Ce film, sorti il y a peu de temps et encensé par une grande partie de la critique, ne passait quasiment plus qu'u MK2 Hautefeuille, à la séance de 17h! Alors là, on est en plein drame familial : Garrel (Philippe) fait jouer à Garrel (Louis) une histoire arrivée à Garrel (Maurice). Le fils du réalisateur joue donc le rôle de son père, quand il a quitté sa mère, pour vivre avec une autre femme (Anna Mouglalis, magnifiquissime), qui l'a ensuite quitté à son tour. Très beau noir et blanc, un film simple, où il fait froid, un film quasiment intemporel, où, hélas Louis Garrel fait son Louis Garrel (il en devient agaçant, et c'est dommage). De très belles scènes, et pourtant, le film, qui ne fait qu'1h17 m'a semblé en durer presque'une de plus. Peut-être à revoir.

 

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A TOUCH OF SIN
de Jia Zhang-ke

Pas de père et fils ici, quoique. Jia Zhang-ke revient, et c'est encore une très belle claque (au moins une paire de claques, ou mieux, deux, puisqu'il y a, dans le film, quatre histoires.) Quatre personnages (un mineur, un motard, une hôtesse d'accueil, un jeune homme) , quatre destins, quatre révoltes, et autant d'armes. Magnifique et implacable. Je pense que Jia Zhang-Ke est le plus grand cinéaste chinois, mais également un des plus grands du cinéma mondial (oui, en 2014, mondialisons cinématographiquement).
Tout dans ce film m'enchante et me fait jubiler (même la violence qui, d'habitude me ferait plutôt me cacher les yeux) : Mise en scène, cadrages, éclairage, musique, et cette façon unique de mêler au documentaire le plus réalistement trivial (ou au réalisme le plus trivialement  documentaire ?  - ou au trivial le plus documentairement réaliste ?-) cette poésie violente, intense, ce lyrisme barbare, baroque (en 2014, je gaspillerai toujours autant d'adjectifs...).
Dès la scène d'ouverture qui vous cueille pif-paf! à froid, et vous laisse éboulé au milieu des tomates (quatre morts en moins de minutes que ça), j'étais déjà irrémédiablement conquis. Et, à la fin du film, j'ai du rester un peu assis sur mon fauteuil, ne pouvant pas me relever tout de suite, sonné que j'étais par la violence frontale du choc.
Je ne pouvais pas ne pas mettre ce film dans mon top-ciné de l'année. Grandiose! A revoir sans compter dans le Festival Téléramuche, bien évidemment...

9 décembre 2013

la maison est en carton

PAPA VIENT DIMANCHE
de Radu Jude

C'est un constat, flagrant, évident, je le clame et je le répète : je suis fou du cinéma roumain (à prononcer comme Salvador Dali dans la pub pour le choclat Lanvin). En voilà un nouvel exemple.
C'est l'histoire de Marius, un trentenaire divorcé, ou plutôt d'une journée particulière de Marius, au fil de trois appartements successifs (et de quelques extérieurs) : le sien, puis celui de ses parents, et enfin (et pour la plus grande partie du film) celui de son ex-femme, qui habite avec Sofia leur fille, mais aussi avec sa mère et son nouvel amant.
Ca démarre comme tout bon film roumain qui se respecte, caméra à l'épaule. Un monsieur qui se réveille, visiblement avec une gueule de bois carabinée : voilà notre Marius en question, dans son appart' en vrac de célibataire... On comprend que pour lui, il s'agit juste de passer chercher sa fille chez son ex-femme pour l'emmener quelques jours au bord de la mer, en profitant des quelques jours de garde qu'il lui reste... il part (en vélo) chez ses parents, avec uène énorme pieuvre en peluche sur le porte-bagage, pour récupérer les clés de la voiture de son père (pour emmener Sofia à la Mer Noire). Première halte, et, rapidement, première échauffourée, entre père et fils (ah non, c'est la deuxième du film, on a déjà entendu un couple qui s'engueulait dans le magasin où Marius s'est arrêté pour acheter du papier-cadeau.)
Enfin, le voilà parti, avec les clés de la voiture, le cadeau emballé, le vélo sur le toit, le sac à dos bouclé (il a prévu de faire du camping), et le voilà qui sonne à l'appartement. ca commence mal, son ex-femme n'est pas là, le nouveau copain ne veut pas le laisser partir avec la fillette, prétextant qu'elle est malade, et la belle-mère,( à qui il a pourtant offert une plante à 50 léi même s'il l'a négociée à 40) intervient à son tour en ce sens.
Aïe ! Le ton monte, et c'est reparti pour un tour... Et l'arrivée de l'ex-"chère et tendre" ne va pas arranger les choses. C'est comme un genre de chemin de croix laïc : Marius s'engueule pour la première fois, Marius s'engueule pour la deuxième fois, etc. on sent que c'est écrit, que c'est inéluctable, on pressent, -on craint- ce qui va se arriver... Les avertissements au public sont justifiés (j'ai rarement été tendu comme ça pendant tout un film), d'autant plus que la progression a été très intelligemment pensée (ou, du moins, mise en place), dans cet appartement dont on ne va plus sortir jusqu'à la quasi-fin du film, où va se jouer un genre de guerre civile familiale entre mari, ex-femme et nouvel amant ("pine sans domicile"... Il faudrait un petit carnet pour recueillir précieusement les tendres noms d'oiseaux que vont s'y échanger les belligérents) où la belle-maman et la petite fille seront tantôt des otages et le plus souvent des témoins.
Oui, la tension dramatique devient de plus en plus éprouvante (il y a même un moment de climax, où tous les trois sont dans la cuisine, où je me suis dit  tellement la tension était forte (le jeu des personnages, la bande-son, les mouvements d'appareil) qu'avec juste un cran de plus, on aurait été quasiment dans le grotesque, mais le réalisateur a l'intelligence de placer régulièrement des scènes d'apaisement, d'armistice en quelque sorte, qui permettent au spectateur sensible (moi, en l'occurence) de reprendre un peu sa respiration, et de desserrer les poings : la scène du chocolat, par exemple.
Plus le film avance, et plus la situtation apparait sans issue, exactement comme cet appartement, où, au bout de toutes les manoeuvres qu'il lui était possible de tenter, Marius n'a plus qu'une issue : la fuite (et quelle fuite! là non plus, le réalisateur ne nous épargne rien...) et la toute fin est comme une paradoxale respiration. (C'est rigolo, d'ailleurs, à ce moment je me suis dit "tiens, si j'avais fait le film, je couperais là, sec, hop! au noir". Et c'est exactement ce qui s'est passé alors. Crac, noir!)
Oui, le cinéma roumain est grand, et Radu Jude est un de ses prophètes...

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(le titre français n'est pas forcément très heureux... aurait-il mieux valu conserver le titre original Tous les gens de ma famille ?)

29 avril 2015

épouvantable

Ciné-Concert autour du
PROFONDO ROSSO
de Dario Argento
par le Surnatural Orchestra

(Troisième film de la journée, après Shahada et Taxi Téhéran). Là c'était une autre histoire...
Ce spectacle, c'était un des premiers que j'avais cochés sur la catalogue de la saison 14/15. Parce que je connaissais le film (pas mon préféré d'Argento mais bon) et parce que cette mise en musique, avec en plus un acteur et une danseuse, me promettait quelque chose de différent...
D'autant plus qu'il s'agissait d'un big band pour la musique, et que le film avait été remis en perspective avec son contexte politique italien contemporain (1975) : attentats, Brigades Rouges, et assassinat de Pasolini. J'étais très curieux de voir ce que tout ça allait donner. Beaucoup de scolaires dans la salle (signe que le spectacle n'avais pas été hyper-demandé par les abonnés habituels) mais qui se sont plutôt bien tenus : aucun portable allumé, c'est bon signe de l'intérêt qu'ils portaient à la chose). Deux heures plus tard je sortais, plutôt d'excellente humeur (c'était moi le plus content des quatre que nous étions).
Le Surnatural Orchestra a fait sur ce film un sacré boulot. La bande-son en a été ôtée (presque tout le temps), les sous-titres y figurent à peine de temps en temps (lorsque c'est vraiment nécessaire ou significatif), la musique vivante y est presque tout le temps aussi (souvent avec mais aussi quelquefois contre le film), et on a même droit (au moins deux fois si je me souviens bien) à des arrêts sur image (vive le numérique) clic! où on sort carrément du film pour assister (comme le visage alors présent sur l'écran) à ce qui se joue sur la scène (et même dans la salle), en vrai pour de bon. Je ne suis ni grand spécialiste ni amateur éclairé de jazz, mais ça j'aimais plutôt bien. Le spectre musical du groupe est très large, allant du simple bruitage minimaliste (oh ce tic tic tic des baguettes) à la grosse fanfare en passant par tous les cas de figures musicaux ou presque (ah les montées vraiment très angoissantes qui accompagnent certains meurtres, ah la tarentelle joyeuse qui remonte soudain toute la salle...)
Quoi qu'en disent les exégètes, le film n'est pas le "chef-d'oeuvre ultime argentoien" qu'on voudrait nous vendre. Des scènes "fortes", oui (la plupart du temps celles des meurtres) reliées plutôt mollement par un genre de comédie sentimentale tout à fait dispensable. Le Surnatural Orchestra a fait le ménage, et ainsi démontré qu'il y a des scènes entières -et même des loooongues!- dont on pouvait tout à fait se passer (ou auxquelles on pouvait faire dire tout à fait autre chose.)
Si toute la première partie (avec Macha Méril) se goupille plutôt bien, la suite part un peu en salami, les meurtres suivants sont moins... convaincants (celui dans la salle de bains est quand même très longuet), parce que d'un sadisme attentif (l'eau bouillante, les coins de meubles, le camion des éboueurs et son crochet...) trop attentif. Mais il y a aussi le plaisir de revoir David Hemmings, et le discret parfum de Blow-up qu'il apporte (le détail qu'il découvre dans la chambre en grattouillant le plâtre fait -lointainement- référence au détail photographique flou dans le film d'Antonioni...) .
La "maison hantée" est une partie assez intéressante aussi (est-ce que je ne mélangeais pas avec l'angoissant La maison aux fenêtres qui rient ?). Le faux coupable nous est ensuite servi sur un plateau gros comme une maison et le tschack! retournement final n'est pas si retournant que ça... (l'idée en sera reprise dans Vendredi 13, si je ne m'abuse) mais les miroirs sont jolis...
Non, ce qui est vraiment bien, c'est ce que le Surnatural Orchestra a fait du film, travestissant le giallo en discours politique, transmutant le "parfois n'importe quoi" d'Argento en "tout à fait autre chose". Le rapport d'autopsie qui est lu en live pendant la scène complaisamment gore du camion des éboueurs, et fait dans un premier temps ricaner les spectateurs leur cloue soudain le bec quand il s'avère que c'est celui de Pier Paolo Pasolini. Le comédien qui interviendra plusieurs fois au cours du film s'identifie plusieurs fois à lui (et même, aussi, dans une scène émouvante, donne carrément la parole à Dario Argento lui-même, qui expliquait, dans une interview, comment faire du cinéma lui avait littéralement "sauvé la vie"...) La danseuse, petite robe rouge, intervient régulièrement, souvent en bord de scène, dans la salle parfois, dialoguant corporellement avec le film (et intervenant plusieurs fois entre l'image et le spectateur) rajoutant ainsi à la fois une proximité -physique- et une distance -intellectuelle- avec ce qui se joue sur l'écran.
Et, visuellement, la scénographie joue vraiment la carte du Profondo Rosso (le titre original), les musiciens /acteur/danseuse revêtant -au sens strict- l'apparence de certaines "Brigades Rouges"...
Un spectacle qui fut longuement applaudi, et qui le méritait.

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23 juin 2013

grand écart

FRENCH CANCAN
de Jean Renoir

Un vrai éblouissement, les dix dernières minutes du film, un déluge de musique, de jupons, de froufrous, de jambes relevées, de grands écarts, encore plus après le très beau discours que fait Gabin à Françoise Arnoul, juste avant le numéro en question, afin de la décider à le faire, même si la morale "the show must go on" peut un peu prêter à sourire, par ailleurs...
Danglard (Gabin) est un entrepreneur à spectacles, un homme à shows et un homme à femmes, (il réussit d'ailleurs assez bien à conjuguer les deux). Au début du film il est avec une voluptueuse et incandescente actrice espagnole, qu'il abandonnerie au profit d'une blanchisseuse danseuse de cancan, qu'il délaissera au profit d'un jeune chanteuse (ah, La complainte de la butte... par une Cora Vaucaire que je n'ai même pas reconnue ; mais comme j'ai dit à Jacky "je l'ai connue vieille!"). Le film suit donc les aléas professionnels dudit Danglard (au début, quand on sonne, c'est l'huissier qui vient saisir) et ses multiples rebondissements (et j'avoue que ça m'a assez fait penser à un certain homme d'affaires local -d'aucun diraient margoulin- dans sa faculté à monter un nouveau projet sur les cendres d'un ancien, etc.)
Gabin est parfait dans le rôle (il n'est pas encore trop vieux), il a des yeux bleus superbes (rendons grâce au technicolor, j'ai d'ailleurs découvert là que le film était en couleurs, alors que je le croyais en noir et blanc, c'est comme ça que j'ai dû le voir à la télé quand j'étais petit), et Renoir est incontestablement un grand bonhomme de réalisateur.
Il fait ici revivre Le Montmartre "haut en couleurs" d'une "belle époque" révolue (la naissance du Moulin Rouge, quelle année ?) peignant avec tendresse et précision toute la gouaille du "petit peuple", les beaux costumes des "rupins" qui viennent "s'encanailler"... (guillemets à dessein pour cette reconstitution épatante, colorée et joyeuse).
Les couleurs sont à tomber (à ce niveau, le film m'a fait encore plus d'effet que Le fleuve), ne serait-ce que pour l'incroyable rose sur les murs des coulisse lors de l'immense scène finale. Mais Renoir, s'il parle "travail" (la création d'un spectacle n'est pas une mince affaire) sait, heureusement, aussi parler d'amour. et c'est cette "ronde" des entichements successifs de Danglard qui donne son ossature romanesque au film (ou plutôt une de ses ossatures, puisque si l'on a, à ma droite Danglard et ses trois femmes, on a, de l'autre côté du ring Nini et ses trois hommes (Danglard, donc, puis Alexandre, le Prince amoureux transi (oh que Giani Esposito était beau avec ses yeux de velours et ses cils de biche, et enfin Paulo, le jeune boulanger, le "jeune ami" de Nini, jaloux des deux autres).
Et cette histoire donc pourrait être une illustration des différentes formes d'amour (mais tous les films de Renoir -ou presque - ne le sont-ils pas ?) et ce serait déjà bien. Mais Renoir y rajoute l'historique, l'humain,  le social (à double titre, puisque, en parlant du "spectacle d'antan", il engage le tout-chantant de l'époque : Piaf, Patachou, Dassary, etc. -et je viens de comprendre pourquoi je n'ai pas reconnu Cora Vaucaire : c'est parce qu'elle n'a prêté que sa voix! wikipedia dixit!).
En tout cas, une sacrée belle leçon de cinéma. Et de vie. (Et de bonheur aussi).

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(Ouah! Pas moins de quatre affiches! Il me semble juste que la quatrième est la plus récente...)

 

 

 

28 avril 2013

trou de rat

FANTÔME
de Jo Nesbø

Enfin! La dernière enquête de Harry Hole a été traduite! J'étais tellement impatient que je l'avais acheté en précommande... Je l'ai reçu le mercredi (ou jeudi ?) je l'ai commencé illico, et l'ai emporté avec moi à Paris, où je viens de le finir ce matin...
Autant le démarrage du bouquin ne m'a pas véritablement emballé, autant la fin est de très haute volée (les deux dernières parties sont fabuleuses!) Le genre de bouquin qu'on referme à regret, qu'on quitte à reculons, sur la pointe des pieds. La construction est un peu inhabituelle puisqu'elle alterne le récit fait par un cadavre et l'enquête faite par notre Harrychounet sur l'assassinat dudit cadavre (les récits se croisant, bien sur, in extremis). Le petit problème étant que c'est Oleg, le fils de Rakel, la chérie d'Harry (voir Le bonhomme de neige) qui est suspecté, et que tout l'accuse...
Oui, c'est vrai, j'ai trouvé le début un peu laborieux (l'exposition des multiples personnages, conjuguée aux hisoires de came, de junkies, et de mafieux russes ne suscitant pas mon enthousiasme). Mais, une fois que la machine est lancée, Mamma mia! La mamie, justement, qui était dans mon compartiment, me regardait du coin de l'oeil, comme avec inquiétude, elle a du avoir peur, à un moment, que je ne me mette à le dévorer, au sens propre, tant j'étais accro! J'ai lu les 300 pages du milieu d'une traite (et dans le train) sans pouvoir décrocher.
Comme d'hab', Nesbø se plaît à égarer à dessein le lecteur (souvent en fin de chapitre) en employant un terme intentionnellement vague, ou en donnant un détail précis, celui qu'attend le lecteur, mais en omettant sciemment la précision utile et/ou nécessaire, et, à plusieurs reprises, on se fait ainsi délicieusement rouler dans la farine, parce que l'auteur l'a voulu ainsi...
Comme d'hab' aussi, on pense à un moment que la boucle est bouclée, et on se demande comment l'auteur va remplir les 100 ou 200 pages restantes, et puis non, pas du tout, on repart pour un tour sur les montagbes russes ou le grand huit de la narration Nesbøienne...
Une nouvelle étoile plutôt brillante, dans la constellation d'Harry Hole (puisqu'on est dans les métaphores cosmogonisues, il serait peut-être mieux venu de parler de trou noir, tant la tonalité d'ensemble est plutôt sombrinette et désespérée...) Reviens, Harry, on t'aime!

Fantôme

 

5 mai 2013

comme une otarie

QUEEN OF MONTREUIL
de Solveig Anspach

Je gardais du film l'émerveillement et le grand plaisir pris à le voir en avant-première mondiale l'été dernier à Paris, ainsi que la chaleur des applaudissements qui avaient accueilli toute l'équipe du film, venue le présenter à la fin. J'y suis donc retourné (et deux fois, même!). Plaisir de retrouver, intact,  l'incontestable sentiment d'euphorie que le même film génère. Les personnages de Queen of Montreuil sont tous extrêmement beaux, parce qu'ils sont tous filmés avec amour par la réalisatrice, et comme vus de l'intérieur (ou, en tout cas, de très près, quand on peut appréhender le grain de la peau et les petites lumières qui brillent dans les yeux).

Je le redis, Florence Loiret-Caille y est sublime, d'une justesse confondante, c'est bien elle la reine de ce palais des courants d'air, le coeur battant de cette arrière-cour/petit théâtre du 8, rue de la fraternité. Ce qui pourrait n'apparaître à certains (CE : critiques énervants) que comme un "genre de catalogue bizarroïde et cosmopolite" est en réalité juste un gros bloc de bonheur. Ou plutôt une accumulation de petits bonheurs individuels, qui viennent alors s'agréger en un gros, maousse costaud.

La jeune veuve qui doit faire son deuil, la poétesse islandaise qui fume et grimpe dans les grrrues pour s'extasier sur le paysage, la façon de parler de son fils (qui est comme un dictionnaire franco-islandais), le voisin nounours... sans oublier le grutier pétardeur, le voisin guitareux t'as pas cinq euros, et, la visite d'une ex (du défunt mari).

Et le jeu de Florence Loiret-Caille, là et pas là, présente et perdue, gamine mais veuve, larguée mais volontaire, toujours d'une  finesse sur le fil du rasoir, même dans ses silences, ses hoquets, ses sourires, ses regards en coin ou pas... Le voisin, joué par Eric Caruso -c'est rare qu'un personnage porte le nom de son interprète, non ? - est exactement au diapason (ah la douceur de cette voix, ah le bleu de ces yeux) dans la simplicité et la tendresse...

Une urne, un phoque, une grue, un arbre généalogique, une laverie, une robe de mariée rose à froufrous, une connection internet, deux moustaches, une arrière-cour, un aquarium, une salle de bain et quelques chambres à coucher, et Montreuil posé comme centre du monde, pile-poil entre l'Islande et la Jamaïque.

C'est exactement le film dans lequel j'aimerais habiter.

Top 10 (mais ne l'y avais-je pas déjà mis l'an dernier , hihihi?)

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12 février 2013

"les endeuillés, assis par terre..."

RUE MANDAR
de Idit Cebula

Film d'acteurs plus que d"histoire. Une bonne idée, celle de faire de Sandrine Kiberlain, Emmanuelle Devos et Richard Berry trois frères et sueurs réunis à la mort de leur mère... j'aime bien les films "d'enterrement" (même si je n'en ai pas vu des cent et des milles, me reviennent en tête Les Sept jours, Nos funérailles, Milou en mai... tous films grandement aimables). Kiberlain et Devos, je les aime aussi beaucoup toutes les deux, deux actrices pas trop fréquentes (assez rares) pour que chacune de leurs apparitions - ou presque - mérite qu'on y jette un coup d'oeil.
J'aime bien les ashkhénazes (même si je serais bien incapable de dire en quoi ils diffèrent des sépharades mais bon tiens j'ai trouvé ça, assez drôle, qui peut apporter de l'eau au moulin - à prières ? hihihi -), on en a donc ici une famille-type, réunie à la mort de sa mère, et la grande question est : faut-il vendre ou non l'appartement ? un tel dit oui, l'autre non, et le (la) troisième peut-être...
Les trois frangins frangines ont, de plus, en même temps, chacun un ou deux petits problèmes familiaux / amoureux / affectifs à régler, et la nave va...
c'est plaisant, assez souvent assez drôle, entre affectif et affectueux, bons sentiments et dialogues joliment écrits, de quoi alors faudrait-il se plaindre ? Bon, le joli barbu español, on a deviné dès la première seconde que c'est lui qui va... (bon je vous raconte pas tout quand même, et Emmanuelle Devos souffre hélas d'un personnage un peu lourdingue (et lourdement souligné) par rapport à celui, joli léger et virevoltant de Sandrine Kiberlain (qui a de très jolis cheveux) mais on lui pardonne parce que c'est Emmanuelle Devos (et qu'est-ce que je l'aime). De même, Richard Berry (qui a vieilli, mais pas si mal que ça) en fait tout de même un peu des kilos.
Mais comment pourrais-je dire du mal d'un film avec des seconds rôles aussi plaisants que Micheline Presle et Michel Jonasz (celui-ci aurait plus vieilli que celle-là... oui, je sais, je suis un peu polarisé sur le vieillissement...)
Allez-y, va, ça mange pas de pain (azyme, bien évidemment...)

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14 février 2015

chute de piano

LES JOURS VENUS...
de Romain Goupil

En entrant dans la salle je pensais "capital sympathie". Comment certains l'ont, et d'autre pas, et, surtout, combien ce n'est souvent ni justifiable ni mesurable. Juste l'avoir ou pas, c'est comme ça. Et, pour moi, Romain Goupil l'a. Totalement, inconditionnellement, indéfectiblement. Sans que je puisse réciter sa filmographie les yeux fermés en roucoulant d'aise (je me souviens juste d'Une pure coïncidence d'exquise mémoire) ni dresser la liste des éléments qui font que. La preuve (!) : je suis allé jusqu'à Besac pour voir son film (100 bornes a/r, tout de même), alors que la bande-annonce ne m'avait pas complètement convaincu (je trouvais qu'il y jouait un peu "faux"), film dont j'ai beaucoup de mal, allez savoir pourquoi, à me rappeler du titre.
Et à la sortie, j'étais joyeux comme un gamin, et j'avais juste envie de rester là et d'applaudir. Oui, comme un gamin (il faut dire que la scène finale s'y prête, et qu'il s'est tout de même gardé une cerise croquignolette sur son gâteau rouge (couleur de l'affiche).
Pour le fond (et la forme), j'ai un peu pensé au Prochain film de René Féret (autre cinéaste un peu de marge pour lequel je parlerais plutôt de "tendresse"...). Un cinéaste qui parle de lui ou de quelqu'un qui lui ressemble vraiment beaucoup, un projet de film, des amis, une famille, la vie de tous les jours, des soucis, des questions, des colères, des souvenirs... On prends du vrai, du faux, de l'inventé du fictionnel, on les détricote, on les rembobine, on les recompose, on les retresse... Une forme  un peu... informe(lle), un peu lâche, un peu vague, un genre de bout-à-bout presque désinvolte, ou Romain Goupil se filme, filme sa famille, ses amis, (les vrais) mais leur adjoint sa "banquière" (Valeria Bruni-T), sa "productrice" (Noémie Lvovsky), sa "co-listière dans l'assemblée de je-ne-sais-plus-quoi" (Marina Hands), des vraies-vraies gens et des vraies-fausses aussi, donc, tout ça parce qu'il a envie de raconter l'histoire d'un mec avec une caméra, parce qu'il a soixante ans passés (enfin, il est dans sa soixante-et-unième année) et souhaite visiblement faire une sorte de point (comme un peu ce que j'ai fait en septembre sur ce blog, genre "moi ma vie mon oeuvre que laisserai-je donc aux générations futures ?") sur sa vie, justement, sa carrière, ses projets, son engagement, ses amours, etc.
Sauf que c'est beaucoup plus léger drôle et sympathique que ce que j'ai l'air de vouloir écrire, si si!
Voilà, moi j'ai simplement trouvé ça très plaisant, très agréable, sans prise de tête, Goupil nous montre qu'il se moque de lui-même mais pas trop, sans trop se prendre au sérieux, ce qui semble provoquer de l'eczéma aux gens des Cahiaîs, entre autres. Alors qu'il n'y a visiblement pas de quoi fouetter (c'est drôle, j'avais écrit fêter) un "ex" (qu'il soit révolutionnaire, ou mao, ou trotskyste ou néo dissident de la gauche prolétarienne plus rouge que moi tu meurs ou que sais-je encore d'autre).
Ca m'a beaucoup plu, oui, voilà. Ce fatalisme rigolard, ce nombrilisme j'm'enfoutiste, cet optimisme désabusé comme qui dirait ça me touche... (je suis dans ma soixantième année !!!)

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12 septembre 2012

tu sais, celui... 86

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le voici donc republié, avec un jour de décalage, puisque le 85 a été trouvé hier soir... bizarrement (peut-être parce qu'ils sont du coup anti-datés ?) il semble qu'on ne puisse plus lire les deux commentaires de Jahovil, qui bien sur l'avait identifié! Je vous mets un lien vers le premier titre qu'il avait donné, Lonely hunter, qui a l'air d'être un joli blog! L'image y figure, en date du 26.12.11, sous le titre "blood red drama"

Ca me ferait donc deux fois plus de boulot à chaque fois! : visionner chaque film pour en extraire les photogrammes qui représentent les premiers éléments dont je me souviens à propos du dit film, puis vérifier que ces images ne figurent pas déjà sur le web, qu'elles ne sont pas "jahovilables", et la tâche devient alors aussi ardue qu'absurde : publier des imges reconnaissables inreconnaissables.
Je me suis amusé à vérifier, et la plupart des images, donc, déjà y figurent. Alors tant pis, je continue comme ça!

ps : au cas où les commentaires soient définitivement inaccessibles, le film en question est "Sayat nova" de Serge Paradjanov, que je vous recommande de voir, pour une fois, en dvd, tant la copie ciné est cracra (tout a viré rougeâtre, justement!)

1 mai 2012

farigoulette

RADIOSTARS
de Romain Lévy

Celui-là, j'avais envie de le voir depuis que j'avais vu la bande-annonce. J'ai quand même attendu l'ultime soir de programmation dans le bôô cinéma pour y aller! Bonne surprise dès le départ : tout le début ne figure pas du tout dans la bande-annonce, c'est déjà plutôt bon signe... Un film de potes, une histoire de mecs (une version 2012 du Plein de super, de Cavalier, ou une version frenchy des ... films de potes ricains à la Judd Apatow, ceux avec mon Seth Rogen à moi que j'aime) pourrait-on dire.
Un voyage en bus à travers la "france profonde" -il y a Vesoul, bien entendu-, lors d'une tournée estivale et punitive pour nos lascars, (animateurs d'une émission de radio matinale sur une station qui n'est plus number one), bus conduit par un chauffeur qui réussit le prodige de ressembler en même temps à Jacques Dutronc et à Françoise Hardy (pour un running gag qui va faire long feu : est-il lui ou est-il elle ?, pour finir d'ailleurs assez abruptement et sans donner de véritable réponse..)
Mecs en virée, chambres d'hôtels, beautés locales, vannes, clopes, bières, pieds sur la table, ambiance virile, quoi... Les dialogues fusent (il n'est pas question pour rien de standup comedy), grosses vannes assassines, gros rires aussi, grosses colères, et grosses ficelles parfois aussi, mais tout ça avance très très plaisamment, il faut le reconnaître (ne boudons pas notre plaisir). Des dialogues qui font mouche (avec des gros mots  comme dans leurs homologues ricains), des scènes qui fonctionnent, des moments de rire et aussi d'émotion (quand Alex lit au public le papier rédigé par Ben, par exemple), bref on se sent bien avec ces zozos...
Et puis, hélas, le rythme ralentit, le scénario s'alourdit, le trait grossit (le rappeur) et c'est alors qu'une scène de placement de produit très très peu discrète ("come as you are") vient encore un peu plus gâcher le plaisir, (même si j'imagine qu'elle est très dans le sens du poil du public pour lequel le film est destiné).
J'aime bien les films de potes, les films choraux, où les bons sentiments font la loi, où la chaleur de l'amitié tient lieu de ciment entre les parpaings d'un scénario parfois un peu disjoint ou branlant. Un truc positif, quoi, un feel good movie qu'on dit que ça s'appelle, maintenant... (Ca pourrait aussi être un buddy movie, ou juste un road movie, non ?)
Inutile de préciser que ça fonctionne d'autant mieux que les acteurs assurent (mention spéciale à Manu Payet et à Clovis Cornilhac, et au troisème dont le nom de famille est Attal, mais qui ressemble à un fils caché d'Eric Caravaca)

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