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lieux communs (et autres fadaises)
2 juin 2019

franco-serbe

Francuskim

 

Ce livre trouvé dans la boîte à livres du lac (d'habitude j'en dépose mais je n'en prends pas) que j'ai feuilleté et qui m'a tout de suite intéressé.
Et donné envie d'inventer une histoire (ou plutôt d'essayer de la reconstituer)
Un guide de conversation franco-serbe, avec les phrases dans les deux langues, à la seule différence que seules les phrases en français ont leur traduction phonétique en dessous (et donc que la méthode s'adresse plutôt, a priori, à des serbes voulant parler français.
Comme tous les guides de conversation, il est subdivisé en chapitres tournant chacun autour d'un thème précis.

Le nom du (ou de la) propriétaire est écrit en première page.
Là où ça commence à devenir intéressant, c'est que plusieurs chapitres (4) ont été marqués d'un post-it fluo (en guise de marque-page) :

- page 15 : EXPRESSIONS GENERALES

- page 32/33 : TAXI / L'HÔTEL

- pages 64/65 : ORIENTATION DANS LA VILLE

- pages 90/91 :  LES COMPLIMENTS / LES QUALITÉS

Là où ça devient carrément passionnant c'est qu'une feuille de carnet à spirales, pliée en deux, a été glissée dans le livre, avec dessus  le dessin d'un panneau de sonnettes comme on en voit à l'entrée des HLM, dont la sixième en partant du haut est signalée par une flèche, et porte un nom écrit à côté en capitales cyrilliques, avec en dessous la mention manuscrite 6ème bouton à partir du haut
Le thème de la page marquée par ce signet est IZLAZAK U DVOJE / RENDEZ-VOUS A DEUX. (de Vous êtes libre ce soir ? à Quel est votre signe d'horoscope ?)
Il est à noter aussi que cette page, ainsi que la suivante (RAZONODA / DIVERTISSEMENT - avec comme sous-chapitres Sortie au théâtre (de Voudriez-vous aller au théâtre ce soir ? à Le jeu des acteurs était magnifique) et Le Cinéma (de Quel film passe-t-on ce soir ? à Le film était excellent) sont toutes deux marquées par une corne dans le coin inférieur.)
La page suivante Au Concert n'a pas été cornée.
Une autre page a été cornée en bas (je viens de m'en apercevoir après coup), il s'agit de la page 76 (Les soupes / les plats de viande / La volaille), faisant partie du copieux chapitre (p 69 à 80)  U RESTORANU / AU RESTAURANT.

Un premier rendez-vous, quelque part en Serbie... Un trajet en taxi... Un immeuble... Un nom sur une sonnette...Un repas au restaurant... Une soirée au spectacle... Et alors... et alors...
A chacun d'imaginer la suite
(Le guide date de 2001)

 

9 mai 2019

échographie

094
ALICE T.
de Radu Muntean

J'ai déjà dit et répété (radoté ?) mon goût pour le cinéma roumain. J'aime son réalisme, sa crudité, son humour froid, son acuité clinique. De Radu Muntean j'ai déjà vu trois films (Boogie, Mardi après Noël, L'étage du dessous), tous chroniqués je pense sur ce blogchounet, et un quatrième (le premier, en fait) , Le papier sera bleu, que je viens de récupérer.
Le cinéma roumain, donc, on le sait déjà c'est plutôt raide. Histoires de famille, souvent. Affrontements, aussi, souvent. Ici il est question d'une demoiselle, Alice, une adolescente aux cheveux rouges (qui m'a allez savoir pourquoi fait penser à Emilie Dequenne) et de sa mère. Et d'une grossesse de la demoiselle en question, qui va constituer l'élément central du film. Où la mère force sa fille à l'avouer après lui avoir confisqué son téléphone et l'avoir obligée à faire un test (acte I), où toutes les deux vont se rapprocher en prenant rendez-vous chez la gynécologue (la maman n'a jamais pu être enceinte et a adopté Alice) et où la maman va aller défendre sa fille bec et ongles devant la principale du lycée (acte 2),  où Alice va mener tout son petit monde -toute la famille- en bateau (acte 3), avec un entracte / décadrage estival (acte 4) jusqu'à un plan final roumainissime avec juste la demoiselle et juste l'écran du moniteur de la gynécologue, un plan sans pitié qui dure comme un vrai plan final de film roumain...
Le problème avec ce film (pour moi) c'est son personnage principal, Alice, parce qu'elle est parfaitement insupportable (et donc, peu aimable) : menteuse, insolente, de mauvaise foi, agressive, etc (une vraie adote en phase je t'emmerde, quoi). Impossible, quoi qu'elle fasse, de se raccrocher à quoi que ce soit d'un peu affectif.  Et donc de pouvoir vraiment s'y intéresser (c'est un peu comme si le réalisateur, plus ou moins inconsciemment, ne lui laissait aucune chance). La façon dont elle manipule son entourage, sa famille, les enseignants, devient très vite (pour moi) plus qu'agaçante. Et que sa mère prenne son parti n'arrange pas davantage les choses.
Sans doute suis-je un affreux macho sectaire et tout,  mais je me sens beaucoup plus concerné quand c'est un bon gros papa roumain qui est au centre des débats (ça me touche plus, oui oui) je suis davantage en terrain de connaissance, et donc là je suis resté un peu à distance (ayant aussi du mal à accepter, peut-être souvenirs professionnels obligent) qu'une mère puisse prendre avec autant de mauvaise foi la défense de sa fille (inexcusable) vis-à-vis du personnel enseignant).
Mais bon c'est un film roumain et donc on suit ça tout de même avec plaisir (le plaisir indéniable que je prend à regarder les films roumains) et celui-ci est tout à fait dans le créneau, (on pourrait l'étiqueter, tangentiellement, comme une série de variations sur la couleur rouge...) et préciser que, indépendamment du personnage qu'elle joue, la jeune actrice est vraiment vraiment impressionnante. Voilà.
Peut-être suis-je juste un peu perplexe...

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2 mai 2019

qu'aurait grandi trop vite

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J'VEUX DU SOLEIL
de Gilles Perret et François Ruffin

Lundi de Pâques, suite. le bus du retour étant à 18h, il fallait donc que j'aille voir un autre film, et je n'avais -presque- pas le choix. Va donc pour les gilets jaunes et François Ruffin. Un film complètement à l'opposé du précédent (El Reino) mais, finalement, pas si éloigné. Les extrêmes finissent par se rejoindre. Tout à l'heure une fiction (quoique) sur les nantis, et voilà un documentaire (quoique...) sur les dépossédés. Ceux qui ont tout (mais qui veulent encore plus) et ceux qui n'ont rien (et demandent juste un petit peu).
Les GJ je ne sais toujours pas trop quoi en penser (et, finalement, François Ruffin aussi, ou non plus, plutôt...)
François R. se balade, dans sa vieille bagnole, de rond-point en rond-point, va à la rencontre des gens, les écoute parler, leur pose des questions, boit des bières dans leur salon, leur demande ce qu'ils lui diraient s'il était Emmanuel Macron,  essaie de plaisanter, compatit silencieusement, et devant la caméra passent des individidu(e)s touchant(e)s, émouvant(e)s, bouleversant(e)s (j'avoue que j'ai eu les larmes aux yeux plusieurs fois, notamment devant le témoignage de Barbara, handicapée, mère de deux enfants qu'elle a bien du mal à nourrir...) mais tout ça est quand même un peu brouillon (j'ai pensé aux films de Pierre Carle).
Mais que dire d'autre (ça fait quelques jours déjà que j'ai vu le film, et la plus grande partie s'en est pfouh! évaporée....) ah si que j'ai trouvé la scène finale plutôt maladroite (le type même de la fausse bonne idée) où on les sent presque, tous les deux, mal à l'aise (comme si la demoiselle se demandait "Mais qu'est-ce que je fais là ? ") et que, comment dire, ça ne fonctionne pas, quoi...)
Un film... sympathique.

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7 avril 2019

nazareth

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WAJIB
de Anne-Marie Jacir

Un film palestinien (déjà pas si courant) dû à une réalisatrice (encore moins courant) et interprété par un vrai père et un vrai fils qui jouent le rôle de père et fils de fiction (encore encore moins courant), et donc me voilà au Kursaal ce mercredi pluvieux à 16h.
Unité de temps (un jour), unité de lieu (Nazareth), unité d'action : un père et son fils distribuent les invitations pour le prochain mariage d'Amal, fille de l'un et soeur de l'autre.
L'histoire est simple, prétexte à un road-moviechounet (minuscule) entre papa et fiston dans la vieille bagnole fatiguée et les rues de Nazareth (qui, comme le faisait remarquer Dominique, ressemble à un village puisque le père semble y connaître à peu près tout le monde...). Le père est toujours resté là, le fils est parti étudier (et pratiquer) l'architecture en Italie (et non pas la médecine à New-York comme son père semble s'être amusé à le faire croire à tout le monde. Le fils revient quelques jours à l'occasion du mariage de la soeurette qui va se dérouler en hiver, à l'étonnement de tout le monde, mais on comprendra le pourquoi de ce choix : c'était la seule date possible pour que la mère (qui est partie à l'étranger depuis longtemps et y a refait sa vie, abandonnant mari et enfants à leur triste sort palestinien) puisse venir assister au mariage. mais voilà-t-y pas qu'elle a téléphoné au fils pour l'avertir qu'elle ne pourrait peut-être pas venir à ce fameux mariage, car son nouveau mari est malade... c'est le plus gros suspens du film, qui roule, assez planplan (mais de très plaisante façon), jusqu'à une antépénultième séquence, marquante, d'engueulade entre le père et le fils, celui qui est resté et celui qui est parti, celui qui a fui et celui qui supporte, une bonne vieille engueulade des familles, c'est le cas de le dire, avec ceci de particulier que le spectateur est devant cette empoignade comme l'observateur international devant les territoires occupés : on a du mal à comprendre tout ce qui se joue vraiment, qui a raison et qui a tort (et c'est très bien qu'à ce moment les choses se jouent ainsi : on comprend le père, on comprend le fils, on comprend l'attitude de chacun, on pourrait donner, justement, raison à chacun.) Et on assiste à cet affrontement, et on est content, en tant que spectateur, qu'il ait in extremis donné un enjeu dramaturgique au film.
Avec, en prime, une très jolie scène finale de cigarette crépusculaire père/fils.
Très plaisant.

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2 avril 2019

minnesota

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NOS VIES MERVEILLEUSES
de Fabienne Godet

Première de nos quatre soirées "Diversité", en présence de la réalisatrice et de sa co-scénariste / actrice principale. Avec une nouvelle fois (mais on devrait commencer à avoir l'habitude) le sentiment que nos adhérents bien-aimés (et les autres aussi) ont eu un peu de mal à se déplacer (à peine une petite trentaine de personnes) et qui me confortent dans l'idée que ça ne sert à rien de faire venir des cinéastes ici (d'une part parce qu'on n'est pas "exploitants", juste un groupe d'amateurs et cinéphiles, et d'autre part peut-être parce qu'on ne sait pas "vendre" l'événement en tant que tel et lui faire la pub qu'il mérite pour attirer les clients...).
Un film sur l'addiction, et la façon de la traiter (d'essayer de la traiter) qui m'a tout de suite fait penser à l'impressionnant  La prière de Cédric Khan et à son touchant personnage central de Thomas (interprété par Anthony Bajon que j'aurais aimé voir récompensé de quelque chose aux Cesar mais bon...).
Ici il est question de Margot (interprétée par Julie Moulier, qui était ce soir là avec nous, aux côtés de Fabienne Godet), qui arrive dans un "centre de réhabilitation" pour une cure de désintox, et qu'on va suivre, depuis le premier jour, chronologiquement, en suivant le calendrier de son "traitement". Elle est entourée d'une vingtaine d'autres hommes et femmes, de tous âges et conditions, dans la même situation qu'elle.
Le traitement passe par des quotidiens "groupes de parole" (méthode Minnesota : "l’addiction doit se considérer comme une maladie chronique qui peut être traitée par la parole et une certaine dynamique de groupe, s’inspirant en cela des douze étapes des Alcooliques et Narcotiques Anonymes, délivrées de leur discours religieux. La dynamique de groupe se transforme en dynamique de soutien, les séances confrontent chacun à ses limites, faisant émerger les lourds refoulements, sans pathos ni apitoiement."*)
Comme Margot/Julie le spectateur est soudain confronté à ce groupe et chacune de ces individualités qu'il va devoir apprendre à reconnaître. Je connaissais un ou deux noms d'acteurs : Johan Libéreau, Bruno Lochet, et je pensais qu'il y avait peut-être un mélange d'acteurs et de "vrais" toxicomanes jouant leur propre rôle... Que nenni! Je l'ai appris pendant la discussion, ce sont tous des acteurs SAUF le thérapeute qui anime les séances et est un "vrai" thérapeute. La réalisatrice a passé des mois en immersion dans des "vrais" groupes et en a retiré une masse d'histoires personnelles qu'elle a remises en forme (elle ne prenait jamais de notes pendant les réunions) pour confier à chacu(e) des acteurs/trices le "background" du personnage qu'il/elle était censé(e) jouer... Et ça fonctionne merveilleusement, tellement ça sonne juste et tellement on y croit...
On est attentif à l'évolution de Margot, à la façon dont elle se "déploie", lentement, progressivement, avec le soutien des autres, et dont elle réussira à sortir enfin de son mutisme pour réussir à exprimer l'inexprimable... Les choses ne sont pas faciles, les progrès parfois hasardeux, rien n'est jamais acquis, mais de cette communauté sort une énergie formidable, salvatrice, qui force l'admiration.
Julie Moulier est formidable, mais tous les autres le lui rendent bien.

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* extrait de la critique parue sur culturopoing.com,

24 mars 2019

scénario

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CONVOI EXCEPTIONNEL
de Bertrand Blier

J'ai fait le déplacement spécialement (bus à 1,50€, vous connaissez l'histoire) pour aller finir le PDC à Besac avec BB, même si les critiques étaient moy-moy (à tel point que j'ai cru que sur allocinoche les commentaires spectateurs avaient été trustés par une armée de trolls...
Bertrand Blier, c'est quelque chose, quand même, un monument du cinéma français (pour mémoire, Les valseuses, 1974), que j'ai quelquefois adoré (Buffet Froid, Tenue de soirée, Merci la vie), qui m'a d'autres fois déçu, et dont je réalise que je n'ai pas vu les derniers films depuis belle lurette... Et, allez savoir pourquoi, la bande-annonce de celui-ci m'a fait envie (Depardieu et, tiens, Clavier, qui pour une fois ne me paraissait pas insupportable, Bouli Lanners, Alex Lutz, des dialogues qui évoquaient l'humour froid de Buffet froid...) et donc direction le Victor Hugo à 13h30 (la caissière rentrait de congés et paraissait un peu déboussolée mais on a eu nos deux places pour 4€!)
Effectivement, ça commence très bien : rencontre entre deux mecs, un riche et un pauvre (un maigre et un gros) au milieu d'un embouteillage où le gros/pauvre pousse un caddie vide "qui contient toute sa vie", et où le maigre l'informe que, trois scènes plus tard ils doivent tuer un mec... Les deux mecs suivent le scénario, le commentent, vont effectivement chez le mec qu'ils doivent tuer (et qu'ils ne connaissent pas, et le spectateur fait la connaissance des "scénaristes" (une armada de mecs en parka sombre avec un col en fourrure) qui rédigent des pages des scénarii de la vie des deux (le gros le maigre) qu'ils leur font regulièrement transmettre par des intermédiaires (les "nouvelles scènes", qui modifient le scénar pré-existant) jusque là c'est très bien. Passe un nouveau personnage, une belle femme triste qui n'a ni nom ni pages de scénario jolie scène dite "devant la boulangerie", qui va un peu chambouler le récit.
Et puis ça part un peu en sucette (ou en roue libre). Comme si Blier voulait "refaire du Blier" (Buffet Froid 2), mais bon le coeur n'y est plus. D'autant qu'il laisse soudain en plan son histoire de scénario et de scénaristes pour repartir dans un récit plus planplan.
On est déçu, et on est triste d'être déçu. Et pourtant le film ne fait qu'une heure vingt mais bon on a quand même le temps de s'y ennuyer. Oh ce n'est pas un naufrage intégral, il y a de-ci de-là des choses à sauver mais bon on se souvient du bon vieux temps du grand Blier et on est en droit d'avoir un peu envie de pleurer.
Le début est très bien, la fin, symétrique (et qui, comme faisait remarquer Dominique, pourrait auss être le début) est bien aussi. Et entre les deux ? Circulez, rien à signaler.

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11 mars 2019

let's dance

VERS UN NOUVEAU PROTOCOLE DE CONVERSATION ?
Chorégraphie de (et avec) Georges Appaix

Ah, Georges Appaix... C'est Emma qui me l'a fait découvrir, en 1989, pour un spectacle que je n'ai pas vu (Basta!) parce que j'avais préféré aller voir ce soir-là un concert des Nits avec mon amoureux, mais dont elle m'a tellement parlé que c'est un peu comme si je l'avais vu, presque.
Et donc chaque fois qu'il passe dans le coin (Besançon, Montbéliard) on y va. Déjà, j'adore le bonhomme (mais ce n'est pas un critère objectif), mais j'adore aussi ce qu'il fait. cette approche "tangentielle" (c'est moi qui le dis) d'une danse "désinvolte" (c'est Emma qui avait trouvé ce qualificatif)
Donc ceci doit être le quatrième spectacle que je vois de Georges Appaix/ La Liseuse,  dont j'ai appris hier soir, lors de la rencontre qui a suivi le spectacle, qu'il avait nommé ces spectacles successifs en suivant les lettres de l'alphabet, que celui-ci serait suivi de What do You think ? puis de XYZ et qu'après c'en serait fini de La liseuse (soupirs de regret parcourant l'assistance), et aussi, tiens, que c'était ce soir la dernière de Vers un nouveau protocole... qui tourne depuis 2015.
Il y a des spectacles de danse grandioses, tourmentés, lacrymaux, bouleversants, poignants, de la danse qui tord les tripes et broie le coeur et fait pleurer, et, tout à l'autre bout du spectre lumineux des chorégraphies, il y a ceux de Georges Appaix, qui touchent de près au -oui j'ose le mot- au bonheur (que je pourrais ranger juste à côté de Maguy Marin, de Montalvo/Hervieu, de Zimmermann & De Perrot), la danse qui fait du bien, la danse qui virevolte, qui croustille, qui chatouille, la danse légère, joueuse, joyeuse, oui, qu'on a tant de plaisir à retrouver, à intervalles plus ou moins réguliers...
Là, ils sont trois : d'abord, un homme qui parle, une femme qui danse, (elle lui répond) puis un peu plus tard un troisième qui entre sans bruit, s'assoie, les regarde, intervient de temps en temps, en dansant, sans parler. Il fait régulièrement, depuis sapetite table, bouger les choses simplement (ah ces papiers qui tourbillonnent au souffle des ventilateurs) et les sons aussi (un peu plus complexement parfois)...
C'est une conversation à bâtons rompus (et à papiers qui volent, donc) un dialogue de sourds (mais pas toujours) et/ou muets (idem). Bref un (haut) lieu d'échange(s). Cinquante-cinq minutes d'exploration du topic, pas le temps de s'apesantir.
Alors on se régale, on est touché, étonné, on jubile... On regarde partout, on écoute aussi partout (la partie sonore est assez ébouriffante), et on sort de là avec des petites étoiles dans les yeux et un sourire grand comme ça.
Oui, le bonheur.

Vers un protocole de conversation-Georges Appaix1

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Conception et mise en scène de Georges Appaix
Chorégraphie et textes de Georges Appaix avec la participation des interprètes
Avec Mélanie Venino, Alessandro Bernardeschi et Georges Appaix
Lumière : Pierre Jacot-Descombes
Son : Eric Petit et Georges Appaix
Costumes : Michèle Paldacci
Musiques : Eric Petit, Ray Charles & Betty Carter, Vincenzo Bellini, Johann Sebastian Bach, Creedence Clearwater Revival, Oum Kalthoum, Candida & Floricelda Faez, Johannes Brahms, Alexandre Desplat, Giovana Marini, Bob Dylan.

 

30 janvier 2019

cutter

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PIG
de Mani Haghighi

Waouh! Bam bam bam! (bruits de fusils). il y avait déjà les FI (Films Improbables) et voici désormais les FHI (films Hautement Improbables). Surtout (encore plus) venant d'Iran... celui-ci fut primé au FIFIGROT (festival international du film grolandais de Toulouse) ce qui nous donne déjà un avant-goût du paramétrage de la chose.
Le cinéma iranien, d'ordinaire, ne prête pas vraiment à la rigolade. Eh bien celui-là si. Et est plutôt connu pour son sens de la retenue. Eh bien celui-là non.
Tout commence par la découverte, en plein Téhéran, d'une tête coupée dans un sac plastique. C'est celle d'un cinéaste iranien, sur le front duquel on a gravé khook (cochon, en farsi) au cutter. Hasan Kasmai, le héros du film, est lui aussi un réalisateur iranien, et ça ne va pas très fort pour lui. Non seulement il ne peut pas tourner depuis des mois à cause de la censure, mais son actrice fétiche lui annonce qu'elle l'abandonne pour aller tourner avec un autre, tandis que lui en est réduit à tourner des pubs pour insecticide sous forme de comédie musicale,et que les réseaux sociaux (auxquels il semble très attaché) ne lui font pas de cadeau.
Hasan Kasmai est un gros barbu irascible au look de Bud Spencer (la carrure, la tignasse, la barbe), un gros grincheux avec des t-shirts de groupes de hard-rock, doté d'une mère encore plus irascible que lui (et qui n'hésite pas à manier le fusil). Et le voilà qui mène l'enquête sur ce mystérieux tueur de réalisateurs iraniens célèbres (au nombre des victimes figure le propre réalisateur du film) dont ne ne retrouve que les têtes, en se demandant pourquoi lui-même n'a pas les honneurs du joueur de cutter mystérieux.
C'est drôle, c'est hénaurme, c'est grinçant, c'est un joyeux n'importe quoi (rien que pour la scène où le héros et son acolyte arrivent dans une soirée déguisés en cafards, il faut voir le film) véritablement surprenant pour tout amateur de cinéma iranien "normal". Les femmes y sont voilées, mais c'est à peu près la seule ressemblance qu'on peut retrouver. On comprend que ce film ait été primé au Groland, tant il en a bien assimilé les codes. Pig n'y va pas de main morte et part dans toutes les directions (le clip publicitaire avec la danse des cafards, les parties de tennis killer, les rêves où le héros joue de la raquette électrique) mieux, il tire dans tous les sens.Furieusement, potachement, incorrectement.
Avec une scène finale étonnante  (où l'on n'arrête pas de sursauter) mais où on serait en droit de rester un peu sur sa faim...
Délicieusement dépaysant.

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2 avril 2021

poulailler 90

(que dire ?)

* mon petit robinet

réveillé tôt ce matin par ma proprio, inquiétée à domicile par le service des eaux qui lui a signalé hier un débit d'eau (débit de lait) anormalement élevé (avec facture ad hoc) qui impliquerait donc une fuite dans un des trois logements (un au-dessus et un en-dessous du mien).
dans mon appart' a été suspecté le robinet dit "de la machine à laver", qui une fois démonté, effectivement coulotte (j'apprendrai ce mot à un des plombiers, le soir), un bol est même placé en dessous pour vérifier de combien, mais il sera discuté par les plombiers quand ils reviendront l'après-midi un goutte-à-goutte ne justifierait pas à lui tout seul la quatité d'eau récriminée)
ledit robinet devait donc être changé, et il le serait même en début d'après-midi, mais quand les plombiers arrivent, ils ne s'arrêtent pas chez moi et montent directement chez les voisins du dessus pour changer leurs toilettes (le chiotte a dit un des deux en montant), chez moi ce sera "plus tard", et en même temps s'activent dans la cour, visitent des regards, celui où on avait mis les compteurs avant, celui où on a mis les compteurs maintenant, pour essayer de déceler où peut bien être cette fuite, qui sera putativement localisée à un endroit où il aurait fallu tout casser pour y accéder, mais, malins "ils" (les plombiers et leurs patron) ont fait passer un tuyau à l'intérieur de la canalisation pour court-circuiter la fuite
il y a a donc eu pendant quelques heures un joyeux va-et-vient de plombiers, dans l'escalier, (en montant, en descendant), dans le camion garé en bas (le "magasin" comme ils l'appelaient) et dans la cour, sans que je ne puisse à aucun moment réussir à les photographier, pour garder ne serait-ce qu'un petit souvenir (j'ai vérifié quand même depuis ma fenêtre, ils étaient tous les deux équipés de pantalons spécialement étudiés, anti "plumber's crack" -hélas pour moi-)
bon, au bout d'un moment, eau coupée, pas moyen de faire un café, tournage en rond j'attendrai, pas question non plus de piquer un sieston, je suis donc parti faire un tour en ville (où j'ai à nouveau expérimenté que, oui, quand je marche, ma hanche me fait mal, mais pas que) et quand je suis revenu à dix-sept heures, ils venaient juste de terminer (chez les voisins et dans la cour)
et c'est le grand blond frisé qui est entré chez moi (j'aurais préféré l'autre, le mal rasé aux yeux noirs), précédé par ma proprio, et hop! a changé mon petit robinet qui coulottait (le mot lui a plu) en le traitant de vilain et en le remplaçant par un joli (ce qui a dû lui prendre trois minutes en tout...)
merci monsieur au revoir monsieur...

* ma petite hanche

suite à une conversation téléphonique avec Emma, le matin, j'ai fini par  appeler mon médecin (et j'ai obtenu un rendez-vous dans la demi-heure qui suivait), je lui ai expliqué mon problème de douleur récurrente à la hanche droite quand je marche dehors, qui peut aller jusqu'au genou, et aussi de douleur au mollet jusque pendant la nuit, il a écouté, m'a pris ma tension, écouté mon coeur, et m'a dit ce que je supputais suite aux conversations que j'avais eues : c'est peut-être de l'arthrose et c'est peut-être de la sciatique, et peut-être les deux...
et je repars avec un stock d'efferalgan pour un régiment complet (et j'ai appris ce que voulait dire QSP sur une ordonnance...) et une ordonnance pour aller passer une radio de la hanche...

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* ma petite mémoire

je viens d'apprendre (c'est le soir) sur twitter que Patrick Juvet est mort, à 70 ans (et je pense bien sûr au disque Paris by night, 1977, et, encore plus sûr, à Où sont les femmes ? ) Encore un truc de ma jeunesse qui s'enfuit... (Je l'ai beaucoup beaucoup beaucoup écouté...)

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"elles courent dans le néaaaaant
vers des plaisirs provisoires...."

*

 

 

10 juillet 2018

jus de raisin (des français)

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RETOUR A BOLLENE
de Saïd Hamich

J'ai attendu la Teuf du Ciné pour aller voir ce film de notre programmation (un euro de moins, hein, c'est toujours ça...) et je l'ai donc vu dans une salle inhabituellement remplie (mais ça, ça faisait plutôt plaisir).
Un film ramassé (1h15), sec, tendu, autour d'un fils, prénommé Nassim, ayant quitté sa famille pour aller travailler à Abu Dhabi, et décidant soudain de revenir les voir, (pour leur présenter sa fiancée ?), en France, à Bollène plus précisément, où il a passé son enfance, et où sont restés tous les siens.
Il revient sur des lieux qu'il a quittés (qu'il a fuis) depuis longtemps, et va devoir se confronter à son passé. Il passe voir son frère, ses soeurs, sa mère, mais refuse obstinément de rencontrer son père, avec lequel on comprend qu'il est fâché depuis un certain longtemps, sans espoir de rémission (de pardon). Nassim voit beaucoup de monde, donc, échange sur la religion, le respect du Coran, le chômage, les petits boulots, les petits trafics, la fumette, le rap, l'extrême-droite et les fascistes, les gâteaux faits maison de sa mère... C'est passionnant, jamais théorique ou systématique.
On observe, en même temps que Nassim, la situation catastrophique (pathétique) de la ville et de ses habitants.
Nassim est joué par Anas El Baz, un acteur imposant, impressionnant, à double visage pourrait-on dire, puisque le réalisateur nous le présente d'abord sous bon profil droit (son "bon" profil) avant qu'un plan suivant ne nous face découvrir son profil gauche, et de découvrir qu'il a quelque chose (peut-être un accident, qui a laissé des traces) au niveau de l'oeil et de l'arcade sourcilière, et nous le rend, du coup, encore bien plus attachant.
Le film aborde les problèmes, comme nassim, assez frontalement et poursuit vers sa destination (enfin, celle que le spectateur envisage), qu'il atteindra dans une scène qu'on aurait pu craindre climaxique (celle de la rencontre avec le père) mais qui reste, curieusement, assez dépassionnée, traitée à juste distance, au mileu d'une serre, un couteau à la main, mais juste pour cueillir des salades. Un genre de Du passé faisons table rase de notre héros. une rencontre qui ne changera finalement pas grand chose pour Nassim (ni pour son père d'ailleurs).
Et on se quittera sur cette scène magnifique (oui, qui justifie à elle-seule de voir le film) où Nassim, seul dans sa bagnole, enregistre un message téléphonique pour sa copine, qui est repartie, message où il se "déboutonne" et se laisse aller. puis l'efface et en enregistre un autre, moins touchant. Qu'il efface à son tour pour en enregistrer un troisième bien plus neutre, où il a reboutonné sa cuirasse.
Très fort.
Top 10, sans doute.

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12 juillet 2018

quarante pompes

080
VOLONTAIRE
d'Hélène Fillières

Profité de la Fête du C. pour l'aller voir. Les films sur l'armée, les bidasseries, les bourrineries, ça n'est pas d'habitude trop ma tasse de thé (même si c'est une bonne raison d'y voir, en général une collectivité testostéronée s'y ébattre, je dois le reconnaître). Et voilà qu'on découvre, dès l'affiche, que "le" (qu'on supposait) Volontaire du titre en est une, en réalité. On découvre son beau visage ses cheveux blonds et ses yeux clairs, dans une image qu'on croirait tirée d'une pub  " engagez-vous, l'armée à besoin de vous" belle comme tout, idéalisée, sur papier glacé. Puis on découvre, de la même manière, que le réalisateur en est une, qu'on connaît depuis belle lurette tant on l'adora comme actrice (le passé simple étant de rigueur puisque ça fait un certain temps qu'on n'a pas eu le plaisir de la voir, justement, en tant que telle).
Hélène Fillières cultivait une singularité en tant qu'actrice, qu'elle a conservé en changeant de casquette : non seulement elle réalise, mais elle joue aussi le rôle du commandant adjoint (féminise-t-on les titres à l'armée ?) de la base où notre jeune recrue de l'affiche a été affectée (dans la marine, on dit "marin", on ne dit pas "soldat") après s'être engagée un peu sur un coup de tête, pour "voir ce que c'était", au grand dam de ses parents (maman Balasko, actrice de théâtre, et papa Marcon, metteur en scène, perfect tous les deux) puis de son copain Philippe (Jonathan Couzinié, adoré en son temps dans un court à Clermont, que j'ai eu du mal à reconnaître je l'avoue).
ON va suivre le parcours de cette jeune Laure (Diane Rouxel, parfaite) sous les ordres du strict Commandant Rivière (Lambert Wilson, qu'on a beaucoup de plaisir à revoir ici) arc-boutée dans sa volonté d'intégrer une unité d'élite après la participation à un stage-commando dont son supérieur, justement lui refuse l'accès car pour lui c'est "réservé aux hommes".
Laure a sympathisé avec un jeune aspirant (Corentin Fila, découvert chez Téchiné et retrouvé chez Civeyrac) qui souhaite intégrer le même corps d'élite.
Bon, c'est vrai, il y a beaucoup de militairerie dans ce parcours (hiérarchie, ordres, tenues règlementaires, garde-à-vous, brimades et une-deux une-deux (j'ai mis un peu de temps à reconnaître Alex Descas dans le bourrin entraîneur, tellement juste et crédible qu'on croirait qu'il n'a fait que ça toute sa vie...), mais ce que j'ai adoré, c'est que, sous tous ces uniformes, battent des petits coeurs, et la réalisatrice est assez forte pour, justement, retranscrire les frémissements (l'affleurement) des sentiments(et leur multiplicité)  dans le conditionnement strict du kaki.
Ce n'est pas La ronde ni Le plaisir, mais presque, quasiment, tant le catalogue raisonné des affects en milieu militaire est soigneusement et affectueusement feuilleté par Hélène Fillières. Une très belle surprise, dont il faut souligner l'homogénéité et la puissance du casting, qu'on peut qualifier d'inoxydable (ce qui en ce moment, pour moi, signifie le top du top...)

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7 juillet 2018

y a une pie dans l'poirier...

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BECASSINE!
de Bruno Podalydès

Film "A" de la semaine de notre programmation (ils en ont de la chance, les films A : 31 séances hebdo pour celui-ci, et, en plus, en sortie nationale, ceci expliquant cela..). Les films de Bruno Podalydès, on les a tous vus, et quasiment tous programmés (si ce n'est pas dans le bôô, c'était dans le vieueueux cinéma) depuis Versailles Rive Gauche (1992, tout de même), ce qui représente une dizaine de longs-métrages nous ayant apporté chacun leur dose de bonheur cinématographique.
Les films de Bruno Podalydès, c'est d'abord un système (Bruno derrière et souvent devant la caméra, et Denis, le frérot souvent devant et de temps en temps, en plus, à coté  au scénar) bien rôdé, avec une tribu de comédien(ne)s qu'on a toujours grand plaisir à retrouver, (un peu comme la bande à Guédiguian), chacun(e) avec, d'une film à l'autre,  des casquettes différentes : Michel Vuillermoz, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Philippe Uchan, et, en guise de cerise sur le Podalydès cake, pour chaque opus, une invitée de marque : (Agnès Jaoui, Valérie Lemercier, Jeanne Balibar, Sandrine Kiberlain...), ici c'est la toujours bien Karin Viard qui s'y colle.
Je n'ai pas souvenir d'avoir "vraiment" lu Bécassine, pourtant je connaissais au moins Clocher-les-Bécasses (le village) et Loulotte (la fillette). pour le reste je pensais juste que Bécassine était le prototype de la nunuche, de la cruche, alors que pas vraiment (enfin, pas tout à fait exactement).
Le film démarre de plain-pied avec Bécassine enfant, plusieurs scènes s'enchaînent, avec des gags qui tombent -un peu- à plat (rétrospectivement après on se dit, c'est normal, la BD n'a que deux dimensions) et à maintes reprises j'ai été tout seul dans la salle à en rire (bon, on était six) mais par exemple les parents de Bécassine avec la tête dans le potage à la fin du repas, j'ai adoré ça... Oui, avec en plus un genre de faux-rythme moumou qui fait se tortiller sur son siège un peu le spectateur moyen (il m'a d'ailleurs semblé voir s'allumer un portable...) qui ne sait pas trop sur quel pied danser.
Puis, après ces coups de manivelle filmiques, la mécanique pétarade et démarre, et on est ravis soudain d'être ainsi transportés, et d'ailleurs on l'est de plus en plus au fil du voyage. Et c'est rudement bien. Bruno Podalydès a su trouver le ton ad hoc, et c'est très plaisant, on a un film qui épouse merveilleusement les contraintes de la bande dessinée. A la simplicité "obligatoire" des cases de la BD il a su adapter une façon de filmer parfaitement adaptée.
Les personnages ont des noms rigolos, jeux de mots, et les acteurs qui les incarnent sont traités façon délicieusement "ligne claire", et agissent en sorte, et  plus le film progresse, oui, plus on est séduits... On s'étonne, on sourit, on est ému, on tremble, on espère, on s'indigne, comme les gamins au spectacle de marionnettes : on joue le jeu, et on y prend plaisir, et c'est très bien comme ça...

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22 juin 2018

bird blows the blues

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MANHATTAN STORIES
de Dustin Guy Defa

Un film parfait pour un soir d'été (ou quasiment). Le genre de film qu'on ne peut qu'aimer : ça se passe à New-York, enfin, à Manhattan comme le titre l'indique, le temps d'une journée, et on va suivre un certain nombre de personnages, à qui il arrive un certain nombre d'histoires, dont chacune sera résolue à sa manière lorsqu'arrivera le soir, et la fin du film avec.
Très agréable, cette promenade en compagnie d'un collectionneur de disques (de jazz) à qui on annonce la découverte d'une perle rare, d'une jeune  journaliste "de terrain" qui effectue sa première journée, justement, sur le terrain, en compagnie de son collègue, propre sur lui mais grand amateur de métal, d'une adolescente blonde androgyne (et compliquée) qui sèche les cours en compagnie d'une copine, d'un jeune black poursuivi par le frère son ex-copine, dont il a publié des photos "compromettantes" sur internet, qui veut la venger, d'un horloger en train de réparer une certaine montre qui va amener la visite dans sa boutique d'un certain nombre de personnages, d'un suicide qui pourrait bien être un meurtre, bref tout une flopée de personnages très... new-yorkais.
Se consomme comme une boisson à la fois rafraîchissante et énergisante, un mélange plaisant d'arômes narratifs. Très agréable (la preuve, je n'ai pas fermé l'oeil une milli-seconde). le seul bémol (hihi c'est le cas de la dire) concerne la musique, jazzouillarde, qui ne m'a pas emballé du tout. Mais bon, tout le reste est suffisamment agréable et bien troussé pour qu'on garde néanmoins un très bon souvenir de l'ensemble. Ah, New-York New-York... On s'y croirait... (et puis c'est rare, quand même, un film dont la scène d'action la plus trépidante est une course-poursuite en vélo!)
Un film simple, un film doux, un film tendre, un film attentif (et respectueux) envers ses personnages (j'ai pensé à Amos Kollek et à son Fast food, fast women, que j'avais adoré en son temps, avec le même genre, justement, de tendresse new-yorkaise...) bref, un joli  film qui fait du bien.

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12 mars 2018

bière coréenne

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SEULE SUR LA PLAGE LA NUIT
de Hong Sangsoo

Et hop! Encore un! Après La caméra de Claire (vu en avant-première à la "Journée du Prix des Exploitants") et avant Grass (projeté à la Berlinale et sortant je ne sais quand) voici le nouvel opus de Hongchounet, avec encore sa "nouvelle muse" (dixerunt les critiques) Kim Min-Hee (qui avait d'ailleurs gagné pour ce film un prix d'interpréation à cette même Berlinale, l'an passé).
(H)on est chez Hong, donc, en territoire connu. Soju, bière, discussions, dissections des sentiments, tables de bar, éclats de rires, éclats de voix. Et sa bien-aimée, toujours aussi mimi, ("ni tout à fait la même ni tout à fait une autre", merci Paul V.). Seule sur la plage la nuit fascine autant (je parle pour moi) et surprend pourtant, même si le procédé employé (deux films pour le prix d'un) ne l'est pas pour la première fois par notre Hong SangSoo préféré.
Deux films, numérotés 1 et 2, chacun avec son générique, et le même personnage principal féminin, prénommée ici Younghee. Le premier en Allemagne, où elle attend la visite (ou pas) d'un homme le soir), dans une ville que le réalisateur s'emploie consciencieusement à ne jamais nommée) et le second en Corée (dans une ville qui n'est pas Seoul), où l'on en apprend un peu plus sur la situation professionnelle amoureuse et sociale de notre demoiselle mélancolique. Car, mélancolique, le film l'est. A plusieurs reprises et même constamment, obstinément, à la façon du ressac sur la plage qu'on verra et reverra plusieurs fois. Le deuxième film commence par un minimaliste frontal plan fixe sur l'héroïne dans une salle de cinéma, et je n'ai pas pû m'empécher au cinéma rouge et vide de Goodbye Dragon Inn, de Tsai Min Liang, même si les deux films n'ont pas gran-chose à voir, à part peut-être la tristesse. (tristesse, mélancolie, on y revient...)
Autant La caméra de Claire était solaire et léger (voire désinvolte) autant Seule sur la plage la nuit est humide et frisquet. C'est vrai qu'Hong Sang-soo raconte depuis quelques temps un peu toujours la même histoire (la sienne) : un homme, une femme, un réalisateur, un "fait-divers qui défraie la chronique", mais cette fois c'est la version -un peu désenchantée- de la jeune fille qui nous est livrée, le réalisateur n'apparaissant qu'"en creux".
En plus, ça m'a permis de découvrir le Winterreise de Schubert, et je raffole toujours autant  de ce -désormais quasiment habituel-plan final sur une jeune fille qui s'éloigne, de dos, dans une rue, et qui nous abandonne...

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22 mars 2018

dans la baignoire

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JUSQU'A LA GARDE
de Xavier Legrand

Terrifiant.
J'ai déjà dit toute l'admiration que je porte à Denis Ménochet (ah la scène de chambre avec Jean-Louis Couloch' dans Le skylab...), toute la faScination qu'il exerce par hmmm... sa présence virile. mais bon, là, j'avoue, je n'aimerais pas être marié avec lui. C'est Léa Drucker qui s'y colle, merveilleusement éteinte, en femme terrifiée. Le film débute devant la juge (une juge beaucoup moins rigolote que celle vue récemment dans Ni juge, ni soumise) et finit avec les flics. On part du quasi-documentaire, et on finit par y revenir. mais en passant par quel(s) chemin(s)! Cette première scène met en place le fonctionnement qui sera celui de chacune des scènes : il y a ce qu'on voit, ce qui se passe, ce qu"on pense voir se passer, et ce qui se passe réellemnt. Pour un premier film, Xavier Legrand témoigne d'une sacrée force (ou puissance) dans la maîtrise de son récit ou la gestion de ces personnages. Sur le ring de cette première scène, Ménochet pourrait être le bon gros gentil nounours que l'on a arbitrairement privé du droit de voir ses enfants, et Léa Drucker, monolithique, la vilaine méchante maman qui a tout fait pour l'en priver, chacun jouant sa partition -son rôle- dans le fracas de basse-cour (j'exagère à peine), le combat de gallinacées de leurs avocates respectives.
On comprend dès la scène suivante ce qui s'est joué, et qui a gagné, tandis que continue de grandir le malaise qu'on avait commencé à ressentir dès l'ouverture.
Le week-end, le klaxon de la camionnette du père qui vient prendre son fils, (il n'a visiblement pas le droit d'entrer dans la maison), le visage fermé du fiston, on sent bien que ça ne passe, justement, pas très bien, et que dans ce "jeu" personne ne fait rien, justement, pour que les choses aillent mieux.
Car rien ne va s'arranger, justement. Bien au contraire. Le réalisateur a placé ses jalons, ses cailloux blancs : audience chez la juge, repas en famille, fête d'anniversaire, trajets en voiture, un parcours "réaliste" (terre-à-terre, banal, balisé) toujours sous-tendu par une certaine dimension fantasmagorique (mythologique), jusqu'à cette dernière partie du film, dans l'appartement de la mère, qui est parfaitement terrifiante, comme je l'ai écrit tout au début (et qui est virtuosement filmée, même si elle reproduit une situation a priori pas très neuve, et qu'on pouvait d'ailleurs craindre depuis le début du film), où j'avais tellement la trouille que j'ai à un moment envisagé de sortir...
Oui c'est impeccablement (impitoyablement) réalisé. A tel point qu'on est noué sur son fauteuil de a jusqu'à z. Et que lorsque l'écran devient noir et que  défile (en silence) le générique de fin, on peut enfin reprendre sa respiration. J'ai rarement été aussi tendu pendant toute la durée d'un film. Denis Ménochet y est incontestablement pour beaucoup. Cette présence massive, monstrueuse presque, stature de grizzly, comportement d'ogre, qui font que, spectateur, on ne peut que se retrouver dans la position du Petit Poucet (le fils) ou de la femme de l'ogre, au choix.
Sans doute que je prend trop les choses à coeur.

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14 février 2018

crochon

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CRO-MAN
de Nick Park

La nouvelle création des studios Aardman (et de Nick Park) avec une variante : à la place de Wallace et Gromit (qu'on adore), nous voici face à Doug et Crochon, son fidèle animal de compagnie qui est euh... un ancêtre du sanglier, puisque Doug est un homme des cavernes et que le film se passe à l'ère préhistorique. Doug vit avec sa tribu dans une vallée paradisiaque dont des vilains plus évolués (ils en sont déjà l'âge du bronze) vont les spolier, les reléguant à la place sur des terres nulles dont personne ne veut. La clé de cette histoire, Manchester oblige (mentionné dès le premier intertitre du film), est le football, et tout va dépendre de l'issue du match qui va, justement, opposer les "Brutes" (ceux de l'âge de pierre) aux cadors de l'équipe de Bronze...
Et ça pourrait donc quasiment être un remake préhisto de Plein la gueule de Robert Aldrich (The longuest yard en vo) et de son match entre gardiens et prisonniers, ou une variation de Le football c'est la guerre continuée par d'autres moyens (un titre que j'adore -et que je trouve très juste- d'un bouquin de Pierre Bourgeade qui m'avait mis plus que mal à l'aise) tant il est question ici de lutte des classes. Je précise que je déteste le foot, ou, plus justement, que je m'y inintéresse aussi fort que je peux.
Mais ce foot là, c'est très drôle. D'autant plus que ce match est est accompagné des commentaîres benêts de deux acolytes comme en a a connu par chez nous (le film est produit pas Canal, tout à fait Thierry!). Comme, d'ailleurs l'est tout le film : les personnages (les gentils sont moches et attendrissants, les méchants sont moches et arrogants -et bêtes-), les situations (le massage du cochon restera pour moi un gran moment de rire), les animaux (le lapin malin, le canard-saure, l'oiseau qui fait office de mésangerie-express, et, bien sûr le cro-chon rouquin et malin) . C'est plein de trouvailles, de gags, on sourit, on éclate de rire, bref, on est comme des gosses.
Le film passait en vf, mais ça ne m'a pas plus gêné que ça (c'est sans doute la première fois que je voyais un film étranger en vf dans mon Victor Hugo chéri...).

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31 janvier 2018

festival téléramuche 2018

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LE GRAND MÉCHANT RENARD
ET AUTRES CONTES
de Patrick Imbert et Benjamin Renner

C'était bien, pour commencer le Festival Téléramuche, d'aller justement voir le seul film que j'avais pas encore vu : un film d'animation "jeune public" que je ne serais pas forcément allé voir autrement (malgré un avis très enthousiaste de Marie). Eh bien j'avais tort (ou plutôt j'aurais eu tort) car ça m'a enthousiasmé : il y avait longtemps que je n'avais pas ri autant (et de si bon coeur) à un film. Tout m'y a enchanté : d'abord la présentation "théâtrale" des trois histoires qui composent le film, ensuite chacune des trois histoires (celle du bébé, celle du renard, et celle du Père Noël), chacun des personnages de chacune des histoires (le trio cochon/lapin/canard pour la première, le renard, la poule, les poussins, et le loup pour la deuxième, un peu tout le monde pour la dernière).J'aime la façon dont c'est fait, le graphisme, la musique, et surtout, surtout l'humour... Un grand moment bienfaisant (pour lequel je vous recommande de rester bien jusqu'à la toute fin du générique...). Du bonheur...

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014
LOGAN LUCKY
de Steven Soderbergh

...qui a été suivi par encore du bonheur puisque j'ai enchaïné avec ce film, que j'avais l'avantage de connaître (je l'avais vu sur mon ordi, mais il fallait que je le vois "en vrai" dans le bôô cinéma... Merci Téléramuche!). J'adore la construction, la façon dont sa démarre tout doux plan-plan (quasi mou-mou) et dont ça met les gaz progressivement. un peu comme un jeu vidéo, où on changerait plusieurs fois de niveau, et où ça serait à chaque fois encore plus réussi, encore plus emballant  que le niveau précédent... Plutôt comme une fusée qui largue successivement ses éléments. C'est intelligent, c'est drôle, c'est malin, et ça réussit même à vous surprendre! (rarement la fin d'un film m'aura autant enthousiasmé!)

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015
CERTAINES FEMMES
de Kelly Reichardt

En parlant de fin enthousiasmante, justement... J'y suis retourné. Et c'est toujours aussi bien. Aussi bien filmé, aussi bien raconté, aussi bien ressenti. J'aime ces trois histoires de femmes (avec un gros faible pour la troisième, qui me semble à chaque fois miraculeuse dans sa concision et ses non-dits parfaits. prace que l'amour c'est ça aussi. Et j'ai la larme à l'oeil, bien sûr, parce que j'aurais bien pu vivre des trucs semblables, même si je ne suis pas palefrenière...) Un regard extrêmement attentif  de la réalisatrice qui scrute une petite ville du Montana...

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AMERICA
de Claus Drexel
(en avant-première)

... comme le réalisateur scrute ici une petite ville de l'Arizona et ses habitants, interviewés "sur le vif" dans un dispositif qui rappelle le grinçant/glaçant Safari d'Ulrich Seidl (où des affreux jojos témoignaient face caméra de leur amour de la chasse, de leurs gros fusils et du plaisir qu'ils éprouvaient à tuer). L'Amérique dite "profonde" : flingues, route 66, whisky, rednecks, bikers, les démocrates vs les républicains, et l'ombre menaçante du vautour nommé Donald, attendu par la plupart comme le messie. Terrifiant. Claus Drexel insère entre ces témoignages des images très belles (cadrage, lumière, composition) d'une Amérique qu'on (re)connaît aussi par les photos et dans les films (sans gens, c'est encore mieux), de la même façon qu'il avait déjà magnifié ses rencontres avec des sans-abri dans la nuit glacée parisienne de Au bord du monde, mais de façon ici beaucoup moins forte.

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6 février 2018

"état émotionnel intense"

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L'INSULTE
de Ziad Doueiri

Deuxième film de l'après-midi, immédiatement après Gaspard va au mariage. La transition est rude. A Beyrouth, un habitant (qu'on nous a présenté comme garagiste et futur papa), depuis son balcon, se prend de bec avec un contremaître en contrebas, dans la rue, qu'il vient d'arroser malencontreusement à cause d'une canalisation  "non conforme". Suite à la destruction brutale, par l'habitant, de la nouvelle canalisation posée par le contremaître, celui-ci le gratifie alors d'un "Sale con!" qui va être le point de départ du conflit -grandissant- qui va opposer les deux hommes. Toni (l'habitant) veut des excuses et Yasser (le contremaître) les lui refuse. Il se trouve aussi que le premier est un "autochtone", chrétien, tandis que l'autre est palestinien. je pensais naïvement qu'au Moyen-Orient les affrontements avaient lieu surtout entre juifs et arabes. J'avais oublié les chrétiens (je suis nul en histoire, je vous l'ai déjà maintes fois dit et répété, et encore plus en ce qui concerne cette histoire précisément, celle du Liban. Au début du film je ne comprenais vraiment rien de qui était contre qui je l'avoue).
Je trouve que le film est formidablement construit, dans sa façon d'exposer "également" les deux protagonistes (l'irascible et le taiseux) en ne les rendant pas plu sympathiques (ou antipathiques l'un que l'autre), et de conserver cette symétrie au fil du récit. J'aime aussi la façon dont les événements, dérisoires au départ, s'enclenchent irrémédiablement, et l'effet boule de neige générée (chaque action en induit une autre, plus grosse, plus violente, et le grain de sable initial (la canalisation) sera devenu à la fin une énorme chose, comme un rocher de Sysyphe (ou, plus cinématographiquement tiens, un blob, un truc énorme vorace et incontrôlable). De la querelle de voisinage on passe au procès (j'ai toujours bien aimé les films de procès, même s'il s'agit d'un genre très convenu et codifié, à l'image des effets de manche des avocats, des coups de marteau du juge, de l'habileté retorse des plaidoiries, des "Silence ou je fais évacuer la salle!"), procès où s'affrontent deux  avocats, un vieux ténor retors (roublard) pour défendre l'insulté irascible, et une jeune blondinette -sa fille- pour défendre l'insultant impulsif (les qualificatifs de chacun étant interchangeables).
Et le procès, et sa médiatisation, sont l'occasion pour le spectateur (et l'ignare géo-politicien que je suis) d'assister à un cours d'histoire libanaise récente, des horreurs qui s'y sont perpétrées, et de la façon dont, à perpétuité chacun des clans restera à la fois victime et bourreau. Le réalisateur conserve son principe d'équité et de symétrie, exposant les contradictions d'un pays tout entier, et j'aime énormément la façon dont il (re) met en scène le "oeil pour oeil dent pour dent" entre les deux hommes (insultes : un partout, coups : un partout). Et j'aime encore plus la scène finale, comme un infime espoir, l'espoir (idéaliste ?) que, comme dans plusieurs films récents, la possibilité d'une solution, d'un arrangement "à l'amiable" pourrait venir -enfin- des citoyens eux-mêmes, individuellement, et non pas des partis des milices ou des gouvernements (ou des instances religieuses).
Je le redis, c'est très fort, et on le doit aussi aux deux interprètes de ces "belligérants de la canalisation" hissés au rang de héros (des médias) nationaux : Adel Karam et Kamel El Basha.

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26 janvier 2018

chantier

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WESTERN
de Valeska Grisebach

Un film d'hommes. Un vrai film d'hommes, les vrais. Testostéroné (tabac, sueur, muscles,  gnôle - bière aussi-, armes) sans conteste. Avec des gros engins de chantier, des 4x4 et des camions pourris, des pick-up boueux, des caïds, des aspirants caïds, des mafieux locaux, des joutes viriles, des combats de oui c'est moi qui ai la plus grosse, des couteaux à cran d'arrêt, des fusils.
Un film d'homme(s), oui, réalisé par une femme (Valeska Grisebach, réalisatrice de Sehnsucht, et co-produit par une autre femme (Maren Ade, la réalisatrice de Toni Erdman). Et on les en remercie toutes les deux. Tellement c'est bien vu.
Etude comparée de spécimens d'homo bourrinus germanicus (les visiteurs) et d'homo bourrinus bulgarus (les locaux), qui ne sont finalement pas si différents que ça, et qui vont s'affronter dans un match aux règles pourtant immémoriales (mais qu'on a du mal à énoncer précisément tant elles relèvent de l'implicite et du non-dit), dans une compétition virile dont on devine  les enjeux, mais dont on a du mal à comprendre les subtilités quand on n'y joue pas (un peu le principe du cricket -quoiqu'un peu chochotte en apparence, le cricket hinhin -, non plutôt un sport de combat bien éclatant (au sens propre), bien relou, genre total fighting, mais qui se jouerait par équipes).
Donc un groupe de travailleurs allemands débarque en Bulgarie pour un chantier (destiné à on ne sait pas trop quoi, il est question d'infra-structures), s'installe à l'écart du village dans son baraquement, et se confronte à la population locale, d'abord de loin en loin (phase d'observation) puis d'un peu plus près (phase de marquage de territoire) puis d'encore plus près (phase de reniflage), jusqu'à l'encore encore plus près (phase de contact -main serrée ou poing dans la gueule c'est selon-).
Le titre Western n'est pas fortuit, il est revendiqué par la réalisatrice (car je le redis ce film couillu est un film de femme), c'est la structure même du genre qui fait l'architecture du film (les lieux les personnages et les actions) : le village, le saloon, l'arrivée des étrangers, (il y a même un vrai cheval -blanc- qui est justement au centre de l'histoire), le poker, le whisky, les outlaws, les bagarres, le duel, le cow-boy solitaire, le sachem, les papooses... (je pourrais continuer la liste).
Se rajoute au récit un élément majeur : la barrière de la langue.
Les allemands parlent allemand et les bulgares bulgare (c'est logique) et si chacun communique -souvent frustement- avec ses congénères, il a beaucoup de mal à échanger avec ceux d'en face.  Le spectateur est ici en position de force, puisqu'il est le seul qui comprenne tout ce qui se dit de part et d'autre, les protagonistes n'en saisissant que la moitié, ou plutôt l'idée principale (même si souvent à contre-sens) (je n'ose pas imaginer qu'il puisse exister une copie en vf de ce film, qui perdait alors tout son sens), le seul ou presque puisqu'il y a tout de même un ou deux bulgares qui baragouinent l'allemand (tandis que,- étonnamment ? - ça ne fonctionne pas dans l'autre sens).
Et je trouve que c'est une idée superbe de décrire (d'écrire) par le détail toute cette (non-)communication. Ces tentatives de dialogues ou chacun essaie de comprendre l'autre, souvent en vain. Il y en a un qui fait plus d'efforts que les autres, parmi le groupe des maçons germains, pour communiquer avec les bulgares, c'est Meinhard (c'est lui le lonesome cowboy), un légionnaire pas très bavard, qui va pourtant réussir le premier à s'approcher des autochtones, et à s'en faire accepter.
La deuxième bonne idée, c'est la façon dont le film est tourné et monté. on assiste, à un moment, à la construction d'un mur de pierres sèches, et c'est exactement le sentiment que donne le film. Chaque plan est un bloc narratif autonome, avec sa taille et sa position propres, on le pose là parce qu'il doit aller là, et il n'y a pas de ciment pour les jointures, on passe de l'un à l'autre, comme ça, il y a des interstices, des vides, des manques, mais c'est comme ça. On n'a pas de moellons bien calibrés bien empilés bien cimentés. Pour un édifice bien d'équerre. Non, on a affaire à une construction instable, mettant en jeu des matériaux (humains) disparates, qui s'agencent tant bien que mal entre eux, un édifice narratif dont on assiste à la mise en place progressivement, sans savoir à l'avance quelle en sera l'apparence définitive.
De la même façon, beaucoup de scènes se déroulent sans qu'on soit vraiment sûrs de la façon dont elles vont finir (et, souvent on ne le saura pas), on est souvent inquiet, la tension monte souvent, on est rarement rassuré (même si, justement le pire -ce qu'on redoute- n'arrive jamais -ou presque-).
Un film fort. (Et encore une scène finale de danse collective qui m'émeut.)



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25 janvier 2018

what is boudin ?

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NORMANDIE NUE
de Philippe Le Guay

On l'avait pourtant en sortie nationale, mais l'enthousiasme initial (après le pitch et la bande-annonce) s'est un peu émoussé, puis progressivement ratatiné (surtout quand j'ai su, soyons honnête, qu'on n'en voyait pas le bout de la queue d'une, comme on dit -je veux parler bien entendu de QV-)
Et ce samedi après-midi de temps de merde, après Coco, je me suis laissé tenté (ce sont finalement Malou, le matin, puis Gigis, à midi qui m'ont téléphoniquement décidé). Malou avait plutôt bien aimé, et Gigis beaucoup au début mais pas du tout à la fin. Je suis d'accord avec les deux.
Les habitants de Mêle-sur-Sarthe, en majorité des paysans et des éleveurs sont au bord de l'asphyxie économique (comme la majorité des paysans français, d'ailleurs) et leurs révoltes (et leurs tentatives de faire parler d'eux) n'baoutissent pas. Jusqu'à ce qu'un célèbre photographe américain, qui photographie les gens à poil in situ ne passe fortuitement par chez eux et ne s'entiche photographiquement d'un pré, dans le quel il souhaite prendre en photo tous les habitant(e)s, à poil bien entendu. Dans le village, on est moyennement chaud, mais le maire (François Cluzet -un chouïa en roue libre -de tracteur bien entendu) va faire le forcing pour décider tout le monde. Le champ en question pose déjà problème, puisqu'il est disputé immémorialement entre deux familles dont les descendants (Philippe Rebbot, un chouïa en surjeu, et Patrick d'Assumçao, un poil en sous-jeu) continuent avec obstination de s'entre-détester, et le film continue en se subdivisant en plusieurs histoires (le couple de bobos parisiens venus retrouver la vraie vie à la campagne, le jeune imprimeur- coureur cycliste déçu revenu pour liquider le magasin de photographie de son père, le boucher qui ne veut pas que sa femme (qui fut Miss Calvados) pose pour "la" photo) qui accompagnent ou contrecarrent l'intrigue principale.
Et c'est vrai que ça fonctionne plutôt bien. Jusqu'au dernier quart d'heure du film, qui vire, il faut bien le reconnaître (spécialité du Perche oblige ?) en joyeuse eau de boudin. comme si le réalisateur (ou les scénaristes -ou les producteurs ?-) avai(en)t soudain décidé que, morosité de début 2018 oblige, il fallait absolument que tout se termine bien, Et allez-donc les gros sabots, on prend toutes les lignes, et on coche les cases "youp la boum, hop! ça finit bien" les unes après les autres. C'est dommage. Ca n'apporte rien au film, et ça met juste le spectateur mu (moi, donc) un peu mal à l'aise.
Mais on sort de la salle avec une pensée émue pour tous les acteurs, et, tout autant, pour la beauté des paysages du Perche auxuqels le cinéaste, visiblement, a été sensible...
Et une salve d'honneur pour Grégory Gadebois, qui dans le rôle du boucher sanguin et bourrin, livre -une fois de plus- une interprétation de haut-vol, et toute en demi-teinte, ce qui est encore plus fort (et, tiens, j'ai repensé justement au boucher -et à sa femme- des Habitants, d'Alex Van Warmerdam, que je vous engage énergiquement à voir -ou à revoir-.

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20 janvier 2018

masque de bébé

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HAPPY BIRTHDEAD
de Christopher Landon

Précisons que celui-là je ne l'ai pas vu en salle ( dans le bôô cinéma et ailleurs en vf c'est tout). La bande-annonce m'avait hameçonné, et l'occasion a fait le larron...
Le pitch est à la fois sympathique et fainéant : fainéant parce qu'il reprend Un jour sans fin (rappelez-vous, Bill Murray en gros con coincé ad vitam aeternam dans la même journée, avec Andy Mc Dowell, qu'il revit encore et encore jusqu'à ce qu'il soit assez gentil pour mériter de passer au jour suivant) et sympathique parce qu'il s'agit ici d'une étudiante qui revit sans fin le jour de son anniversaire, à la fin duquel elle se fait à chaque fois trucider par un mystérieux tueur masqué (Scream, donc, et toute la ribambelle de film avec des tueurs-masqués-qui-trucident-des-étudiant(e)s qui ont suivi).
Comme dans Un jour sans fin, on assiste au même fonctionnement (le premier jour  tel quel / le deuxième premier jour - impression de déjà vu- / le troisième même jour -abattement- / le quatrième -incrédulité- / le cinquième -rage- etc.) la jeune fille est mignonne, la façon de renouveler à chaque fois le dégommage de la donzelle en variant la technique (mais en gardant toujours le même personnage mystérieux au masque de bébé) est plaisante, la mise en scène est plutôt soignée (certaines scènes -la première mort, par exemple- sont même très bien fichues), l'humour fait bien le joint, et on passe donc plutôt un bon moment.
La demoiselle est condamnée à trouver qui est son assassin (et à l'empêcher de la tuer) si elle veut réussir à passer enfin au lendemain.
Dommage que l'intrigue se prenne un peu les pieds dans le tapis pour le dernier tiers (où, même en étant indulgent, les invraisemblances  et/ou les grosses fistrouilles pullulent) mais bon indulgent on le reste jusqu'au bout. Jusqu'au bout d'un (bien sûr) happy-end ricainement nunuchon, où le boyfriend s'étonne que la jouvencelle -bien sûr, ils ont réussi à passer au jour suivant mais il lui a quand même fait une farce pour lui faire croire qu'elle était encore restée au jour d'avant- ne connaisse pas Un jour sans fin, tu sais, le film avec Bill Murray...
Bref, c'est pas gore, c'est pas malsain, c'est de l'horreur... bon enfant, quoi.

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l'affiche américaine

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l'affiche française -notez le changement de titre-

Happy-Death-Day

la gentille héroïne et lthe naughty killer

 

18 janvier 2018

nettoyer l'étable

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SEULE LA TERRE
de Francis Lee

Oh comme je l'aime ce film...
Revu juste après Problemski Hotel (ce qui faisait donc une soirée à deux films que j'aime) avec deux fois plus de spectateurs qu'à la séance précdente (six contre trois). Film qui fait du bien, comment dire ça autrement, parce que c'est toujours agréable de voir parler d'amour intelligemment, simplement, cinématographiquement.
Et de voir quelqu'un qu'on nous avait présenté comme hermétiquement clos (un bloc, un brutal, un bourrin) progressivement se  décongeler, se transformer, germiner, et aller jusqu'à quasiment fleurir.
Redire que les acteurs sont magnifiques, que j'achèterai le dvd, et que j'attends avec impatience le prochain film de Francis Lee.

 

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15 décembre 2017

chemin des douaniers, ou des contrebandiers ?

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LA VILLA
de Robert Guédiguian

Dans d'autres vies ils ont pu être amants, ici ils sont frères et soeur. C'est ça la magie du cinéma, en général, et du cinéma de Robert Guédiguian, en particulier. Qu'on parle de famille ou de tribu, c'est bien le même groupe d'acteurs qu'on retrouve au fil de chacun de ses films ou presque : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Gérard Darroussin (depuis Ki lo sa ?, en 1985, dont on voit d'ailleurs un -très émouvant- extrait dans le film... trente ans, ça passe, comme ça, pfouhhhh!) auxquels il ne faudrait pas oublier d'adjoindre Jacques Boudet (présent, lui, dès Rouge midi, en 1983)
Eux cce sont les piliers, la garde rapprochée, les indispensables, le noyau dur, auxquels viennent s'adjoindre, des invités de passage,  dans le cas présent, Robinson Stevenin et Anaïs Demoustier.
Ils se retrouvent, les deux frères et la soeur, dans la villa de leur père, qui vient d'avoir une attaque qui l'a laissé très diminué, pour une histoire de papiers et de succession. Un prétexte, bien sûr (gros comme une maison, justement). Elle, actrice, est partie depuis vingt ans, Gérard M. est resté sur place et a repris le restaurant de son père, tandis que Gérard D. lui, revient, mais on ne sait pas trop d'où. Il a amené avec lui sa "trop jeune fiancée" (c'est ainsi qu'il la présente), à un moment où leur relation devient un peu problématique.
Guédiguian revient à Marseille, à l'Estaque, aux souvenirs, aux rêves de jeunesse, aux idéaux, aux illusions aussi, et c'est extrêmement doux, et très mélancolique aussi. Et ensoleillé. Il y a le ciel, le soleil et la mer... Et l'amour. Un film avec beaucoup d'amour, conjugal, parental, filial, familial, inter-générationel (eh oui les personnages ont vieilli, et c'est comme s'ils accueillaient une jeune garde pour lui/leur passer le relais), bref beaucoup d'amours.
Un film qui fait du bien, comme un repas en famille bienveillant en compagnie de gens qu'on aime bien et qu'on est content de retrouver, qui fait le point aussi. (Ce que chacun raconte depuis qu'on ne s'est vu). Sur l'engagement politique (définition du terme "bourgeois"), sur le temps qui passe (est-ce que c'était vraiment mieux, avant ?), sur la mort, (bien sûr), sur le rapport aux autres (les militaires, les migrants, les touristes...) et la capacité à les accueillir (des enfants à sauver, un amour à débuter, un père à réveiller).
On est au bord de l'eau, et c'est un peu normal que dans ce contexte, Guédiguian charge peut-être un peu (trop) la barque (ce que certains critiques ont pu lui reprocher) mais trop d'amour ça n'a jamais de mal à personne, et ça n'a jamais fait chavirer non plus aucun esquif filmique...
Nous aurons en tout cas fait en leur compagnie une belle traversée, un  voyage, immobile peut-être, dont on se rappellera...

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3 janvier 2018

we need to talk about martin

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MISE A MORT DU CERF SACRÉ
de Yórgos Lánthimos

Ouh la la! (ou "Aïe aïe aïe", ou "Oh mondieumondieumondieu...") c'est un peu l'état dans lequel j'étais à la sortie du film de Yorgos Lanthimos, réalisateur dont j'ai raté les premiers (Canine et Alps) et à moitié aimé l'avant-dernier (Lobster). On y trouve le même couple-vedette que chez Sofia Coppola (c'est dire l'imagination et l'inventivité des castings hollywoodiens) : Colinchou Farrell (avec une magnifique belle grosse barbe mais hélas toujours ses nouveaux sourcils hollywoodiens apprêtés, quel dommage!) et Nicole Kidman (qu'à ma grande surprise j'ai trouvé excellente) qui jouent un couple de médécins à la vie parfaite (job, maison, famille) deux enfants mimi, Bob le benjamin (qui a des airs, oui oui de Jodie Foster young) et Kim, l'ainée, toute mimi avec ses longs cheveux romantiques. Au début tout va bien, donc, jusqu'à ce que fasse irruption dans la jolie famille  Martin, un adolescent dont Colinchou (chirurgien) a tué le père sans le faire exprès lors d'une intervention, et qui souhaite que justice soit faite, enfin, sa justice.
La mise en scène est très chiadée, -trop ont dit certains-, et, comme la musique du film, s'enfle progressivement (jusqu'à, diraient les mauvaises langues, virer à l'académisme le plus pompier et démonstratif qui soit). Comme souvent dans le bôô cinéma, elle était, la bande-son, beaucoup trop fort (je crie exprès), et comme le réalisateur a la fâcheuse manie d'en remettre une couche assez régulièrement, elle contribue, oui oui je sais c'est exprès- au malaise grandissant et à l'inconfort générés par le film, surtout les grincements de cordes bruitistes contemporains qui se surajoutent à l'action, la redoublent, la sursignifient, au lieu de simplement l'accompagner.
J'avoue que j'ai plutôt bien aimé tout le début du film, même si on sent que le réalisateur n'a pas du tout envie de rigoler et qu'il tient vraiment à nous le faire savoir. Cadrages écrasants, diction blanche des comédiens, impeccabilité des décors, tout est fait pour. Après, ça se gâte un peu, puis encore un peu plus, jusqu'à atteindre un joyeux -et révoltant- n'importe quoi, pour se clore sur une scène finale dont j'avoue ne pas comprendre le sens (mais la musique pourtant devrait m'y aider, je le sens).
J'ai donc relu les critiques, et été frappé par les noms de réalisateurs qui y revenaient : Pasolini (bon, Théorème, ok), Kubrick (pour les ambitions de mise en scène, les travellings dans les couloirs comme Danny sur son tricycle dans Shining, et l'utilisation de la musique, je pense, et peut-être aussi Nicole Kidman comme en clin d'oeil à Eyes wide shut, ok ok aussi), et notre bon vieil Haneke (il me semble avoir lu quelque part que Lanthimos était encore plus méchant avec ses personnages -et, donc, avec le spectateur- que Hanekechounet, d'ailleurs ce post a failli s'intituler Funny game, en référence à qui vous savez, justement).
Le film, qui pour moi commençait très bien je le redis, hélas se perd en route au fur et à mesure qu'il s'hypertrophie (j'ai pensé à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf) et se met à tirer un peu dans tous les sens (en tournant sur lui-même en se cachant les yeux, vous verrez, vous comprendrez mieux...) sans que ce canardage tous azimuths ne lui permette d'atteindre précisément quelque cible que ce soit (la famille et l'éducation ont toujours été des dadas pour Lanthimos, et la société bourgeoise et le capitalisme aussi...) Et le fait que la narration s'embrouille et se prenne les pieds dans le tapis du fantastique, ou de l'horreur, ou de je ne sais pas trop quoi, en rajoute encore dans la confusion...
J'ai pensé "c'est insupportable..." de plus en plus, au fur et à mesure qu'on se rapproche de la fin du film, mais j'ai continué à regarder, et je suis quand même resté, sidéré, jusque tout au bout du générique, c'est donc que, malgré tout ça, quelque chose fonctionne (C'est peut-être juste de voir Colinchou avec son bonnet, hein, me souffle en ricanant le diablotin assis sur mon épaule droite), mais l'ensemble, tel quel, est trop,  trop glacial, trop sérieux,  trop emphatique, trop démesuré, trop... mégalomane et je suis sûr que si le réalisateur dégonfle un chouïa son égo (et ses ambitions) cinématographique(s), soit en y insufflant, par exemple, juste un chouïa d'humour, (où en se dotant d'un scénario à la hauteur) ça pourrait donner quelque chose de vraiment fort. et de réellement impressionnant.

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l'affiche... plutôt réussie (et juste)

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et, tiens, juste une image, comme ça, en passant...

 

26 novembre 2017

le gang jewett

Je tiens à jour la liste des livres lus en 2017 que je publierai à la fin de l'année, mais là je fais une exception :

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pour ce grand, cet énorme plaisir de lecture (peut-être le plus mémorable de cette année). Une mort qui en vaut la peine (The Heavenly Table en version originale) est le troisième bouquin de Donald Ray Pollock, après Knockemstiff et Le Diable tout le temps, que je vais lire immédiatement dans la foulée.
Il faut, à quelques reprises, avoir le coeur bien accroché, (une scène, dans les premières pages, a failli simultanément me faire lâcher le bouquin et vomir mon petit-déjeuner...) mais l'ensemble est extraordinaire, et relève de la plus grande jubilation. A recommander, sans modération (attention, risque de gueule de bois). Blood sweat and tears, comme dit la chanson. Mais sans oublier le sourire.

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