GEBO ET L'OMBRE
de Manoel de Oliveira
Etrange sentiment, a posteriori... (hmmm oui je suis toujours in the parisian mood)
Pendant la projection, se dire que ohlala ça n'est pas un Oliveira qu'on va aimer (La lettre, Singularités d'une jeune fille blonde, L'étrange affaire Angélica...) mais plutôt un Oliveira qui va -et il sait si bien le faire aussi- nous énerver (Porto de mon enfance, Je rentre à la maison, Belle toujours...), et tous les ingrédients semblent réunis pour ce faire : un texte vieillot scrupuleusement dit par ses interprètes, des scènes à deux en général, un à droite et l'autre à gauche, assis, avec une caméra centrée et rigoureusement immobile, une intrigue pas des plus palpitantes... pendant la projection on soupire et on change de position, certains quittent la salle, on ne peut s'empêcher de trouver le temps long, mais on se dit en même temps que, tout de même, Michael Lonsdale, Claudia Cardinale, Jeanne Moreau, ça ne peut pas être vraiment un hasard de la distribution... Cette histoire de famille, de comptes (Michael L. passe son temps à faire des additions) et de contes ne peut pas n'être que ce "rez-de-chaussée" apparent de la narration, théâtre filmé, mots raplaplas, péripéties rabougries et coups de théâtre en trompe-l-oeil, ou peut-être si, justement, complètement, tellement totalement que c'est comme si le réalisateur nous faisait un clin d'oeil complice, en nous disant " je serais capable de vous faire gober quasiment n'importe quoi, n'est-il pas ?", et on sort de la salle, paradoxalement, avec un sourire amusé, le temps, bien sûr, de digérer un peu tout ça... j'aurais juré, pendant la projection, que je n'avais pas aimé, et, finalement, je n'en suis plus si sûr que ça : la preuve, je serais prêt à retourner le voir (quand il passera dans le bôô cinéma) -au moins pour comprendre la fin-, car il me semble, oui oui, que j'ai un peu piqué du nez quelques instants, juste avant la dernière scène (à laquelle je n'ai donc -évidemment- rien compris...) Ah Manoel, Manoel...

QUEEN OF MONTREUIL
de Solveig Anspach
J'y allais les yeux fermés, à la fois sur le nom de la réalisatrice, et surtout de ma côte d'amour pour Florence Loiret-Caille. J'aime bien l'univers de Solveig Anspach (celui de Haut les coeurs, et de Back soon, surtout, dont on retrouve ici d'ailleurs l'actrice principale), un univers un peu bordélique, borderline peut-être aussi, enfumé (surtout avec les cigarettes qui font rire...), légèrement loufoque, mais surtout, surtout, profondément et chaleureusement humain. Un microcosme improbable qui s'agite, des actions / réactions / interactions simples, justes, plaisantes, entre les différents protagonistes : une jeune veuve, deux islandais, un voisin nounours, un grutier poète, un tenancier de laverie, sans oublier un phoque, (dans Back soon, c'était une oie qui semait sa zone, ici, c'est un phoque, et c'est beaucoup plus encombrant...), un gardien de zoo, et, last but not least, une urne funéraire...
Florence Loiret-Caille joue la jeune veuve avec une simplicité enfantine, délicate, bouleversante, et la tribu qui l'entoure (car de tribu il s'agit bien ici -ils sont venus, ils étaient tous là, le soir de la l'avant-première, sur scène, avec leurs fausses moustaches, vous comprendrez pourquoi quand vous aurez vu le film-) est au diapason : des gens comme vous et moi, ou presque, avec des histoires (des problèmes) de gens comme vous et moi ou presque, mais si divinement mis en scène que c'en est un bonheur. On rit (normal, avec les cigarettes qui font rire), on est attendri, ému, une phrase qui fait mouche, un bisou qu'on espérait, on repart pour un éclat de rire, ou au contraire une scène tellement improbable qu'on n'aurait pas espéré l'attendre... tout ça c'est du bonheur, et, visiblement, ce qui s'est passé pendant le tournage est répercuté sur la pellicule, et, encore mieux, dans la salle et au coeur des spectateurs... juste ce qu'il faut de douceur, de fantaisie, de simplicité, de lucidité, de chaleur... Vivement 2013 ! (et Eric Caruso me semble un acteur... prometteur!)
