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lieux communs (et autres fadaises)
2 avril 2014

coupe-papier (semaine latino 5)

HIPOTESIS
de Hernán Goldfrid

Découvert au générique que le film s'appelait en réalité "Thèse sur un homicide" mais bon. Ricardo Darin est là, fidèle au poste, dans le rôle d'un avocat qui découvre qu'un de ses élèves (il donne des cours en fac) a peut-être commis un crime et lui a peut-être lancé un défi et joue peut-être au chat et à la souris avec lui... Un exercice de style, assez brillant (clinquant, même ?) formellement, et y mettant vraiment d'ailleurs les formes (filmage léché, musique d'ambiance, rebondissements, doutes...), et jouant finaudement avec les codes : dans ce style de film, la structure est  : 1 c'est lui/ 2 c'est pas lui/ 3 mais finalement c'est lui / 4 mais non finalement c'est pas lui/ and so on... On est attentif aux indices, on suppute, on pèse le pour et le contre, on soupçonne le menage en bateau, on se méfie des détails trop flagrants... Plus Darin progresse dans son "enquête", et plus les choses deviennent moins évidentes, chaque "signe" pouvant finalement fonctionner dans le champ du pour ou celui du contre, jusqu'au bout de l'histoire où, plaf!, le réalisateur retire l'échelle in extremis, et nous laisse accrochés au pinceau du doute... J'avais trouvé un mot pour qualifier cette situation finale, il s'est hélas depuis évaporé (je n'avais rien pour le noter). N'était-ce pas "abrupt" ? je n'en suis plus si sûr...
En tout cas, ça a bien fait jaser et discutailler à la sortie de la salle... C'est vrai ? c'est pas vrai? Eh eh...

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23 mars 2014

comme des voleurs

Si, étymologiquement, une musique peut être déconcertante, peut-être alors qu'une danse pourrait être déballetante ? ou détutuante ? sans doute un nouvel adjectif qu'il faudrait pour qualifier ce magnifique et singulier Salves (déjà, accorder deux adjectifs au masculin singulier à une titre féminin pluriel…) de et par et avec la Compagnie Maguy Marin (la chorégraphe elle-même était là, assise dans la salle, et est venue saluer à la toute  fin des rappels qui furent enthousiastes, certes, mais pas excessifs,  moins dithyrambiques, par exemple, que ceux provoqués par Kader Attou et sa compagnie Accrorap quelques semaines auparavant.)
Il semble que pas mal de spectateurs aient été désarçonnés, déstabilisés, (déçus ?), de voir un spectacle qui n'était pas de la "vraie" danse. Et pourtant…
Un plateau comme en chantier, en construction : des cloisons  grisâtres percés d'ouvertures, au travers desquelles on entrevoit des tas de planches qui vont servir à construire les éléments du décor (des "tables", principalement, de nombre, de taille, et de situations variables) où vont évoluer les huit interprètes.
Si la mise en route est "gentille", se faisant sans bruit et en pleine lumière, avec l'arrivée successive des danseurs sur le plateau (le premier sort des coulisses, les autres sont assis dans la salle), chacun suivant et repassant à l'autre (au suivant, justement) un "fil" plus ou moins (in)visible, la suite va plonger le spectateur dans une obscurité, ou semi-obscurité, percée de plus ou moins brèves trouées lumineuses permettant d'appréhender des micro-(s)cènes, des détails, des fragments, sortant brutalement de l'ombre et y retournant quasiment aussi sec.
Des gestes, des actions, des mouvements, qui vont ainsi se succéder, s'organiser, se répéter, à l'identique ou avec des variations, proposant au spectateur des lambeaux de fiction, des morceaux d'histoires, qui se jouent, se rejouent, se déjouent, noir/lumière/noir, dans une ambiance qui serait assez justement celle des rêves -ou des cauchemars-, avec cette façon qu'ont les images de l'inconscient de biaiser, de parfois s'organiser de façon récurrente, insistante, obsessionnelle, d'inquiéter sourdement en générant parfois un éclat de rire, quasiment à l'improviste ou en vous permettant de vous réveiller -clic!- quand ça devient trop pesant et que le coeur s'emballe… Répétitions ? Des tableaux qu'on trimbale, des tables qu'on met (ou qu'on essaie de mettre), des assiettes qu'on casse, des yeux qu'on cache, des gestes qu'on esquisse, d'autres qu'on esquive... Et des icônes aussi -des clichés- La liberté guidant le peuple, la statue de la liberté, une phrase de Beckett, Marianne, un ancien et honni président de la république, Elvis, bref des représentations, des signets, des citations, en rapport avec l'art, la culture, la politique, l'individu... qu'on verra, passer de mains en mains , repasser, être affichés (revendiqués ?), être accrochés, tenir, puis tomber, se casser, être ramassés...
Ca n'arrête pas de circuler dans tous les sens clic clac noir lumière noir, et j'avoue avoir pris un énorme plaisir -cérébral- à tout ce chahut très minutieusement organisé, même si , comme Emma me l'a fait ensuite remarquer fort justement, cette dégustation intellectuelle  ne s'accompagne pas d'une autre "véritable" émotion, comme pouvait en produire le spectacle de Kader Attou, pour ne citer que lui (rien que ce mec qui danse avec ses bras, au début, par exemple, et j'en avais les larmes aux yeux). non, pas ici d'émotion "douce". On est là, happés, scotchés, sidérés, malmenés plus ou moins, spectateurs. Comme pris en otage par la nuit, le bruit, séquestrés dans une boucle de cauchemar.
D'autant plus que la bande-son (cinq gros magnétos à bande sont installés sur le plateau, à intervalles réguliers) incite encore moins à la rigolade : bruitages électroniques, rumeurs, voix plus ou moins indistinctes, fracas, hachis sonore (il s'agirait plus exactement de lasagnes soniques, d'ailleurs, au vu de l'épaisseur, de la densité, de la texture sonore créée -pétrie- par Denis Mariotte)  perpétrant et entretenant  le malaise, les questions qu'on se pose,  les tentatives de rationalisation, l'effet de sidération induits par le déroulement de l'ensemble...
Et le spectacle se termine -ils ont finalement réussi à mettre la table, et celle-ci occupe toute la largeur du plateau- par une sorte de happening-défoulement (on se jette des choses dessus, on fait gicler de la peinture sur les gens et sur le décor, on se poursuit, on se frappe à coup de massue en plastique, on se colle des tartes à la crème sur la figure, qui semble dire "ah, vous en vouliez du spectacle, et bien prenez-vous ça en pleine figure!") où le son devient énorme et quasiment préjudiciable au système auditif du spectateur moyen (et tout ça se fait en pleine lumière, plus aucune coquetterie d'éclairage ou de clignotement, dans une méta-violence (parce que la fausseté de celle qui surgit sur le plateau est revendiquée, par opposition à l'autre, la "vraie" omniprésente partout et ailleurs que sur ce plateau) qui évoquerait plutôt un jeu joyeux de sales gosses qui se lâchent qu'une revendication politique ou un manifeste esthétique. Quoique.
Une libération. Une explosion. Une déflagration.

 

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20 janvier 2021

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Riri-la-Gâchette m'apprend le décès de Jacques Bral, la veille de celui de Jean-Pierre Bacri...
Jacques Bral, comme dirait téléramuche "un réalisateur un peu injustement oublié"...

et deux affiches :

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(1980)

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(1984)

Je me souviens que Pépin adorait Extérieur, nuit, quant à moi j'avais encore plus aimé Polar, surtout pour l'interprétation de Jean-François Balmer, et parce que j'étais en pleine période Manchette (Jean-Patrick)...

Je me souviens que Balmer y incarne un flic nommé Tarpon, et m'est alors illico revenue cette phrase "T'as le blues d'Hazebrouck, commissaire nasebroque", que je pensais figurer au début du roman (Tarpon apparaît dans deux romans, Que d'os et Morgue pleine, et Manchette pensait en faire un héros récurrent, mais non finalement), je feuillette les deux bouquins mais que nenni, pas d'Hazebrouck ni de commissaire nasebroque...
Je google "T'as le blues d'Hazebrouck" : rien, "commissaire nazebroque" ne donne rien non plus...

Je suis sûr
1) de l'avoir lu en Série Noire
2) qu'il s'agit d'un roman français
3) et que le flic est un héros récurrent, d'au moins deux romans... Je fouine, je cherche, je flaire, je sérendipite, je passe du temps, et j'ai alors l'idée de taper "didier daeninckx héros récurrent" et là, bingo! Sur le site de la librairie Scylla (), que je ne peux donc que vous recommander avec la plus grande énergie, je trouve enfin : l'inspecteur en question se nomme Cadin , il intervient dans cinq romans de Daeninckx, et la fameuse phrase est en réalité "J'ai le blues d'Hazebrouck commissaire Nazebroque", et c'est dans Le géant inachevé qu'elle figure. Ouf!
Mais du coup ça me donne envie de rajeunir en (re)lisant Daeninckx et Manchette... Je commande illico le volume omnibus avec les enquêtes de Cadin...

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7 mars 2014

à la renverse

WEEK-ENDS
de Anne Villacèque

J'avais trouvé la bande-annonce sympathique (Viard, Lvovsky, Gamblin)et comme Dom avait déjà vu le Anderson (que je suis donc allé voir tout seul ensuite), nous y sommes donc allés à la première séance...
je n'en connaissais rien, juste cette bande-annonce, et l'affiche, jue avant d'entrer. Promenade dominicale, cirés, bottes en caoutchouc, hum hum.
L'histoire de deux couples amis et voisins le week-end (ils ont acheté deux maisons face à face au bord de la mer ou quasi où ils viennent justement, les week-ends -on ne saura d'ailleurs rien ou presque de leur vie en semaine), où l'une des épouses (Karin Viard) va assez rapidement venir annoncer au couple de voisins (Noémie Lvovsky et Ulrich Tukur) que son mari (Jacques Gamblin) vient de la quitter pour une autre femme. Et le film va raconter, accompagné par une voix-off que j'ai cru être celle du réalisateur (mais, manque de bol, j'ai appris à la fin qu'il s'agissait d'une réalisatrice) et scandé par des très très belles images "météorologiques" (ou plutôt saisonnières) inter-chapitres du temps qui passe et du temps qui change (crépuscule, neige, brouillard etc.), le devenir de ces deux couples, et de quelques autres personnes (les enfants, la nouvelle copine, plus un jeune futur-ex-copain à la toute fin), avec un joli sens de l'observation, et surtout une façon plaisante de cataloguer, mine de rien, tous les moments de malaise(s) qui peuvent ainsi surgir, à l'intérieur d'un couple, mais aussi dans ses relations avec les autres. C'est plutôt finement observé, et tout aussi délicieusement rendu. L'interprétation y est sans doute pour beaucoup, tenue par un quatuor d'acteurs qui jouent leur partition avec conviction et un bel ensemble. Musique de chambre(s) mais pas que. On pourrait ainsi avoir deux guitares : une classique (Noémie L.), dans les harmonies folk, paisible,  et une électrique (Karin V.) à la partition plus rythmée, plus emportée parfois, avec des riffs rageurs, et des soli vengeurs. Côté hommes, Ulrich T. serait une contrebasse ou un violoncelle (un instrument dans les basses, placide, rassurant, harmonieux, tandis que Jacques G. serait parfait en saxophone (dont il est d'ailleurs supposé jouer dans le film) : décalé, mystérieux, mélancolique... Quatuor impeccable pour un film auquel d'aucuns pourraient reprocher son "classicisme", sa simplicité, mais c'est justement ça qui fait son charme, cette guirlande a priori placide de week-ends où Sophie Fillières en tant que co-scénariste a su apporter sa petite dose de venin indispensable.
Et la fin est magistrale. Une belle baffe que cette avant-dernière scène nocturne entre Gamblin et Tukur, avant une pirouette solaire et accordéonnisée Où sont tous mes amants ?

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4 mars 2014

true faith

"True Faith"

I feel so extraordinary
Something's got a hold on me
I get this feeling I'm in motion
A sudden sense of liberty
I don't care 'cause I'm not there
And I don't care if I'm here tomorrow
Again and again I've taken too much
Of the things that cost you too much
I used to think that the day would never come
I'd see delight in the shade of the morning sun
My morning sun is the drug that brings me near
To the childhood I lost, replaced by fear
I used to think that the day would never come
That my life would depend on the morning sun...

When I was a very small boy,
Very small boys talked to me
Now that we've grown up together
They're afraid of what they see
That's the price that we all pay
Our valued destiny comes to nothing
I can't tell you where we're going
I guess there was just no way of knowing
I used to think that the day would never come
I'd see delight in the shade of the morning sun
My morning sun is the drug that brings me near
To the childhood I lost, replaced by fear
I used to think that the day would never come
That my life would depend on the morning sun...

I feel so extraordinary
Something's got a hold on me
I get this feeling I'm in motion
A sudden sense of liberty
The chances are we've gone too far
You took my time and you took my money
Now I fear you've left me standing
In a world that's so demanding
I used to think that the day would never come
I'd see delight in the shade of the morning sun
My morning sun is the drug that brings me near
To the childhood I lost, replaced by fear
I used to think that the day would never come
That my life would depend on the morning sun...

j'ai enfin pensé à rechercher et recopier les paroles de cette chanson de New Orderque j'écoute depuis... oh... 30 ans, découverte via un clip de philippe decouflé je crois (des danseurs avec des costumes funny qui se donnent des baffes en rythme), visionnée à la brasserie de battant, -entre Luka de Suzanne Vega et la balade de Jim de Souchon pour situer-,  il y a ... ooooouh très longtemps...

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3 mars 2014

arête de maquereau

LE VENT SE LEVE
de Hayao Miyazaki

Passait pas beaucoup de fois en vo dans le bôô cinéma, ce fut donc à la séance de vendredi que j'y rencontrai Catherine, sans l'avoir planifié...
Le dernier Miyazaki, donc, dans tous les sens du terme. Un quasi-doc en dessins, à propos d'un ingénieur aéronautique nippon dans les années 20, et de sa bien-aimée tuberculeuse. Emotion, engins volants, maladie, nature, on retrouve tous les ingrédients qui font (ne parlons pas au passé) le charme des précédents chefs-d'oeuvre(s ? ) du maître. Et aussi beaucoups de rêves (j'adore) et de vent (idem) sans, heureusement la moindre grosse créature dégueulasse (ouf!).
Miyazaki aime beaucoup parler d'avions, et les dessiner surtout, ce n'est pas forcément mon sujet privilégié, mais laissons-lui ce plaisir, d'autant qu'il parle aussi d'amour , et que cette partie-là me touche bien plus. sans parler de l'émotion que suscite ces merveilleux paysages (arghh voilà que je parle comme un pectateur moyen d'un "certain festival"...) et surtout la sidérante façon dont le réalisateur nous les restitue (j'ai eu maintes fois envie de faire oooh et aaah).
L'histoire individuelle de Jiro, l'ingénieur, est insérée dans celle du Japon (dont Miyazaki retranscrit plusieurs épisodes importants avec son regard particulier, dotant par exemple le tremblement de terre d'un grognement de bête furieuse). On s'émeut en s'instruisant, et vice-versa. Magnifique.

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(et moins plein d'allégresse et de légèreté que pourrait le faire penser la tout aussi magnifique affiche.)

1 mars 2014

voeux

IDA
de Pawel Pawlikowski

Je suis d'ordinaire plutôt méfiant avec les "phénomènes de foule" cinématographiques, les unanimités louangeuses, les dithyrambes simultanées, surtout quand je n'ai pas encore vu le film en question (en général, passé le premier million de spectateurs, je m'abstiens...)
Nous avions envisagé (avant que certains ne le voient en prévisionnement et démarrent ding-dong! le concert laudatif) de le projeter dans le bôô cinéma, dans le cadre d'un jumelage franco-polonais, mais il est apparu hélas  impossible, pour des raisons évidentes lorsqu'on a vu le film, de le projeter  à cette occasion. Nous le ferons plus tard, et je suis donc allé le voir à Besac, dans mon Plazza Victor Hugo chéri, où le bouche-à-oreille (et la campagne de pub) remplissai(en)t à ras-bord la salle quand le film y était projeté. Mais qu'avait-il donc de si merveilleux et de si (téléramesquement) ju-bi-la-toire ?
A priori, cette histoire d'une jeune fille qui, avant de prononcer ses voeux pour devenir bonne soeur, découvre qu'elle est juive et que le reste de sa famille, juive aussi, a été exterminée par les gentils polonais, fait donc un bout de route avec sa tante alcoolo ex-procureur, haute en couleurs, n'avais pas forcément l'air si folichone que ça, tout ça en vo, en noir et blanc et en "format carré"... Ce qui donc aurait dû attirer au bas mot quatorze spectateur(e)s et basta, à l'image des autres beaux films en noir et blanc en v.o et/ou en format carré que nous projetons habituellement. Sauf que non non, le bouche-à-oreille s'est spontanément embrasé et  le compteur de spectateurs s'est mis à crépiter, en même temps que les critiques extasiées des journaux dans les (autres) journaux. Je ne sais pas exactement combien d'ajectifs existent pour dire que c'est bien, mais ils ont dû à l'heure où j'écris tous être utilisés.
Se serait-il produit le même curieux phénomène qui avait piédestalisé l'engouement de masse suscité par Le grand silence (me souviens-je bien du titre ?) un documentaire de hmmm heures sur les frères d'un couvent (trappiste ? je ne suis plus sûr). La bondieusitude susciterait-elle l'enthousiasme ? En ces temps troublés de manipulations de l'opinion (et de gens crédules) par des cathos d'extrême-droite, j'aurais tendance à être méfiant... Noyauteraient-ils aussi nos opinions cinéphiles ? Arghhh... (je suis très parano, je sais...)

Et le film, alors ?
Cinématographiquement c'est effectivement une merveille. De la très belle ouvrage. Avec un vrai travail sur les cadrages, la composition des plans (même sans être très attentif, vous ne pourrez que remarquer que neuf fois sur dix les personnages sont cadrés de façon à n'occuper qu'environ un quart de l'écran (de préférence en bas), sauf à la fin, tss tss je ne vous dis rien), le rythme du montage, la qualité de la texture de l'image... Ce qu'on retient de ce film, c'est l'incroyable... réserve ? retenue ? discrétion ? simplicité ? (j'ai du mal à trouver le terme exact), en tout cas la droiture du fil sur lequel il avance, sans efforts apparents, sans effets, jusqu'au bout. Tout au bout, parce que c'est comme ça. L'image, les images, sont constamment  somptueuses
Ida est un personnage fort, mais sa tante Wanda l'est sans doute encore plus, et l'alliance de ces deux tempéraments complètement opposés (autant l'une est jeune, paisible, introvertie, autant l'autre est alcoolo, grande gueule, femme à poigne, sans concessions) fonctionne parfaitement, dans l'équilibre (où, justement, la petite fraction de seconde, de vertige, où tout pourrait basculer) qu'elles s'apportent mutuellement. Tout ça dans une Pologne teuf-teufante des années 50/60 (le film n'est pas daté précisément, on sait juste qu'il est quelques temps après la guerre), qui titube entre l'anémie et la gueule de bois, avec l'incessant poil-à-gratter les consciences des "mauvais souvenirs" successifs. Sans que rien ne soit jamais assené (comme se répondent ces magnifiques images-échos que composent ces deux rectangles verticaux "forts" du film, l'un sombre, creusé dans la terre, où un homme est prostré, et l'autre, lumineux et clair, d'une fenêtre qu'une femme ouvre)
Et c'est là qu'on peut se souvenir (après avoir fouillé sur gougueul) que Pawel Pawlikowski a réalisé, il y a quelques années, un premier film foudroyant, Transit Palace, et qu'on aurait vraiment alors envie de le revoir...

Donc, j'accorde ma -totale- bénédiction  à ce film-là, qui parle de la Pologne, de la guerre, de l'antisémtisime, du communisme, de la culpabilité, de l'hiver, de la foi en l'avenir -ou en autre chose- sans jamais forcer le trait, mais juste avec l'intensité requise pour générer l'émotion, ce beau film si doux et si triste, tout en continuant à me demander par quels moyens il a pu produire cet effet-là. Décidément, -ouille- les voies du seigneur sont bien impénétrables...

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8 janvier 2014

rés(v)olutions

Et voilà, donc, une nouvelle année. On a fini un tour, on en recommence un autre (comme dit Béjart dans un morceau de Hugues Le Bars, "la révolution, ça veut dire tourner..."). Indiscutablement commencée (re), redémarrée, repartie, réinitialisée. 2.0. Déroulé le tapis rouge des jours. (J'ai eu tellement de mal à trouver un calendrier potable pour afficher au mur de la cuisine (celui, par exemple, où je note à l'avance les spectacles dont j'oublierai, bien entendu, certains le jour dit -ou l'heure aussi, envisageable (merci Lagarce!) -) que j'ai fini par en faire un (et Mr Phot*box a du encore une fois se frotter les mains, avec toutes les pépètes que je lui laisse), que j'ai intitulé sobrement 2014 : workers, avec une photo "au travail" pour chaque mois (vous pourrez, si vous le souhaitez, venir l'admirer dans ma cuisine...), tout ça parce que, pour moi, 2014 est une année particulière (comme l'était une certaine journée avec Sophia et Marcello...) parce que je vais en vivre une première moitié "normalement", et la seconde je ne sais pas encore exactement comment...
Yesss!Mais pour l'instant, ne vendons pas la peau du chien avant que la caravane ne soit passée... c'est un janvier "normal" (sauf qu'il fait extraordinairement, incroyablement, merveilleusement doux -"mais, disent les esprits chagrins, ça ne saurait durer, et on va fatalement le payer..."-) et chaque chose suit son cours (c'est toujours aussi affreux de se lever le mercredi matin, par exemple, mais toujours aussi délicieux d'aller manger au FJT).
Ok donc, en attendant, just wait and see.

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23 décembre 2013

mâârde

YUKON STYLE
de Sarah Berthiaume
Mise en scène de Céline Pauthe

Sur la brochure, j'avais tout de suite coché cette pièce-là (malgré la date : 20 décembre, et le risque de submersion neigesque y afférant) à cause d'un seul nom : Jean-Louis Coulloc'h, dont je suis avec grand intérêt la carrière cinématographique (L'amant de Lady Chatterley, le Skylab) et théâtrale (Le tas, Les égarés...) non seulement en raison de la qualité de son jeu d'acteur, mais de l'indéniable présence virile qu'il dégage.
Quatre personnages, au fin fond du Yukon :Garin, un homme et Yuko, une femme qui cohabitent, Kate, une jeune autostoppeuse égarée, et Dad's, le papa de l'homme. Un beau texte, et doublement, puisqu'à ce que disent les acteurs (les dialogues, émaillés de réjouissants quebécismes) se rajoutent, à intervalles réguliers, des sortes d'arrêt sur image où chacun des personnages, à son tour, vient nous conter une situation, à laquelle il assiste, ou pas forcément.
La mise en scène (et en espace) est d'une grande finesse (comment habiter un lieu unique, comment le fractionner, le subdiviser, le décloisonner, avec quasiment trois fois rien, sinon le jeu des acteurs et les belles lumières de Joël Hourbeigt.) Bon, c'est sûr, on n'est pas vraiment dans le guilleret : le froid, le métissage, l'alcool, la maladie, l'avortement, et la mort qui plane sans cesse au-dessus de chacun, comme un sale corbeau...
C'est la sobriété et la simplicité de l'ensemble qui consolident encore la force de ce qui est dit. Comme les magnifiques et minimales vidéos qui viennent régulièrement illuminer/assombrir la scène...
Une pièce magnifique. (et Jean-Louis Coulloc'h reste fidèle à sa réputation : de sa première apparition, splendide de débraillé viril (chemise ouverte sur torse nu, jogging au ras de l'aine) à la toute dernière où il titube, à poil, sur scène, il est sublime -mais je ne suis pas objectif-). Les trois autres acteurs, Dan Artus, Flore Baled, Cathy Min Jung méritent tout autant d'épithètes louangeuses...

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26 novembre 2013

"police,milice / flicaille, racaille"

UNE CHAMBRE EN VILLE
de Jacques Demy

Il y a trente ans, je n'avais pas eu l'envie (le courage ?) de le voir, malgré la présence de Dominique Sanda et les beaux yeux de Jean-François Stévenin... mais je me souviens que Pépin l'adorait, il avait même mis l'affiche chez eux... (ou bien je brode ?) enfin, toujours est-il que j'étais un peu dans mes petits souliers en allant le voir dans le bôô cinéma où nous le programmions pour trois ou quatre séances dans la cadre des "films du patrimoine"...
De Jacques Demy, j'ai vu en entier Lola, et, par fragments, Les Demoiselles, Les Parapluies, et Peau-d-Âne (ah Delphine Seyrig, la marraine, qui arrive à la fin en hélicoptère, très dea ex machina, et susurre à l'oreille de Catherine D., de sa voix ineffable "J'épouse votre père, tout est arrangé...") mais je ne connaissais de celui-ci que des images, Dominique Sanda en manteau de fourrure pâmée dans les bras de Richard Berry, ou Michel Piccoli en rouquin habillé en vert, avec un immonde collier de barbe, ou encore Stévenin en gilet de camionneur au premier rang de la manif...
Le film commence d'ailleurs là-dessus, et m'a fichu illico les larmes aux yeux : face à face, les manifestants des chantiers navals de Nantes et les flics du même métal, qui s'affrontent... en chantant (c'est divinement fait) et on va vite se rendre compte que l'on ne fait que cela, dans ce film, chanter : pour se saluer, s'affronter, se dire qu'on s'aime, ronchonner, se traiter de con, demander le loyer, annoncer qu'on est enceinte, dresser la liste des revendications, etc. Tout, tout, vous dis-je.
Danielle Darrieux y est spécialement divine, en mère de Dominique Sanda et propriétaire de Richard Berry, le bôô métallurgiste qui va vivre une torride histoire d'amour avec la fille en question, (qui est pourtant mariée avec Michel Piccoli, l'horrible rouquin, horriblement jaloux en plus). Autant dire que tout n'est pas rose, qu'on n'est pas que dans le sucré et le guimauvesque, et que les noms d'oiseaux volent bas (et fleurissent les dialogues, ou plutôt les paroles, puisqu'elles sont chantées de bout en bout.)
Jacques Demy insère sa love story naissante (il y en a, en parallèle, une finissante, avec la jeune et jolie Violette) dans un contexte social inhabituel dans le cadre d'une "comédie musicale" (quoique plus on progresse et moins ce terme de comédie paraît adapté) : la grève,  les syndicats, les manifs, et, inévitablement les CRS qui vont de pair avec.
Le film a l'intelligence de s'ouvrir et presque se fermer sur ces scènes de manifs et d'affrontements qui sont véritablement poignantes et fortes (et merveilleuses), enserrant entre ces deux parenthèses humaines le petit chassé-croisé amoureux, affectif, ou simplement sociétal, entre les différents personnages : le métallo, la fiancée délaissée, l'épouse maîtresse, et le mari jaloux, dans finalement très peu de lieux  (surtout l'appartement de Danielle Darrieux -la veuve du colonel-, un bar, une chambre d'hôtel... reconstitués/décorés avec un soin et une précision maniaques (ah, les papiers peints...) pour y mettre en valeur (y faire ressortir) des personnages tout aussi méticuleusement colorés...)
Il importe pour le spectateur (ici, moi, en l'occurrence), de se laisser aller, de lâcher prise, enfin d'accepter tout simplement que ça chante tout le temps (et c'est d'ailleurs ce qu'on a envie de faire, à la fin, en sortant de la salle...) avec nos habitudes de spectateurs de 2013 : il y a des fois, il faut bien l'avouer, ou ça friserait presque carrément le grotesque, mais où justement, grâce à la magie et à la force de Demy, on en vient juste à sourire... avant de se replonger avec délectation dans le drame qui point, qui s'annonce, et va nous rouler impitoyablement avec lui...
Chapeau! (ou plutôt Manteau!, dans le cas présent hihi)

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11 décembre 2013

"avec le ukulele, c'est l'intention qui compte..."

ATTILA MARCEL
de Sylvain Chomet

Délicieux...
Et pas seulement mon G.G (Oh oh Guillaume Gouixchounet...) mais tout le film. Les critiques ont fait la fine bouche, et les spectateurs ne s'y sont pas rués. Dommage pour les uns, tant pis pour les autres. (Il semble que, ces derniers temps,  le hasard me fasse aligner consécutivement un certain nombre de gouleyantes gourmandises cinématographiques, dans des styles très variés. Ou c'est peut-être simplement l'état d'esprit dans lequel je les ai vus ?)
Je n'ai pas vu le premier fameux film de Chomet, Les triplettes de Belleville (j'ai une attitude prudente vis à vis des films d'animation) mais j'avais beaucoup aimé son Illusionniste suivant, d'après un scénario de Tati. Beau et mélancolique. Nostalgique. Il y a un peu de ça dans cet Attila Marcel (il faut bien reconnaître que le titre n'en est pas très très vendeur) mais beaucoup d'autres choses aussi. plein de petites choses délicieuses, oui, comme un plateau de zakouskis à picorer. C'est un "vrai" film, avec des vraies images, mais il y flotte un indéniable parfum d'animation, (de stylisation), presque de bande dessinée. Des choix de cadrage au physique des personnages (de certains tout du moins, je pense par exemple aux deux vieilles soeurs toujours habillées de façon identique et agissant en synchronicité parfaite), on n'est pas loin de la ligne claire (je n'ai pas beaucoup de références en BD, je le confesse, alors je ferais mieux de me taire), les dialogues aussi, très écrits, qui pourraient comme s'inscrire dans des phylactères : c'est drôle, tendre, vachard, aigre-doux, on ne s'en lasse pas. mots de tous et de chacun(e) sauf, bien évidemment ceux de notre Paul chéri (c'est Guillaume G.) puisqu'il n'en a pas. Du tout. Ou presque (celui de la fin, tout de même). Et, redisons-le, il est vraiment bleuffant, (oui, comme la couleur de ses beaux grands yeux tristes) monsieur Gouix, dans son petit costume serré et sa chemise boutonnée jusque tout en haut du dernier bouton que ça doit l'empêcher de respirer le pôvre...
Il est muet, il joue du piano, il est accaparé par ses deux tantes et leurs vieux amis (deux autres tantes aussi, notamment, désolé je n'ai pas pu résister hihihi), et est amenépar hasard à croiser la voisine du dessus, très "olé olé" pour les autres bourgeois de l'immeuble (qu'à part les deux vieilles soeurs et le concierge, on ne verra jamais), voisine jardinière et herboriste, qui, par des tisanes magiques (hum hum) et des musiques appropriées, va l'aider à éclaircir le mystère de la disparition de ses parents...
De par mon histoire personnelle, je suis toujours touché par les films qui racontent des hsitoires de famille, et spécialement ceux qui traitent des relations père/fils, et, encore mieux, utilisent le mot "papa".
Oui, plein de choses délicieuses (pas toujours pour les mêmes raisons, ou de la même façon, c'est ça qui est agréable), et des maladresses aussi, (ou des choses qui passent moins bien, question de goût - de Gouix ? par exemple, GG est moins convaincant dans le rôle de son père, mais c'est la faute du scénar, la partie catch est plutôt faiblarde-, notamment cette dent contre les pianistes chinoises, ou ces redondances parfois un peu pataudes sur l'écologie, le bouddhisme, et autres doctrines...
Pour le dernier rôle de Bernadette Lafont, pour son duo avec Hélène Vincent, pour les apparitions du trop rare Luis Rego (coucou Malou!), pour Anne Le Ny (que j'aime auatnt comme réalisatrice que comme actrice), pour les moments qui font rire simplement et ceux qui emeuvent tout aussi simplement, les chansons et la musique (même si au début on a un peu peur...), pour les beaux yeux de Guigui, et pour aussi tout ce qui n'est pas complètement réussi mais qui attendrit et qu'on excuse,  pour la justification de l'expression "délicatement suranné" pour conclure ce billet...
Avec attendrissement.

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8 octobre 2013

théosophie

LA DANZA DE LA REALIDAD
d'Alejandro Jodorowsky

Du même réalisateur, j'ai finalement peu vu : La montagne sacrée , que j'avais adoré, ou qui plutôt m'avait fasciné, principalement sans doute parce que c'était un des premiers FAQV -avec Les 1001 nuits de Pasolini- que j'avais pu voir à l'époque, puis -et enfin-  El topo qui m'avait exaspéré à tel point que j'étais me semble-t-il sorti avant la fin.
Celui-là ne me faisait pas au départ  particulièrement envie mais je me suis laissé titiller par l'enthousiasme de certaine chronique dans Téléramuche. En plus, les horaires concordaient pile-poil.
Vamos pour La danza!
Et alors ? Bon, déjà j'ai raté les premières minutes de projection (dans le bôô cinéma, si un film de deux heures passe à la séance de 18h, même si la séance a été programmée 5' plus tôt, le film démarre tel quel sans pub ni rien) ce qui m' agacé. Ensuite, j'ai eu un peu de mal à m'immerger dans la reconstitution de ces souvenirs del Señor Alejandro. Le père grosse brute, ok, la maman qui ne s'exprime qu'en chantant ok, les estropiés en pantalon de treillis ça devenait déjà moins drôle, et les scènes où je me cachais les yeux avec la main (soit par leur violence, soit par la répugnance qu'elles provoquaient) ont commencé un peu à me fatiguer...
Je pensais -et je pense toujours- au long de la projection Que tout cela est excessif! et j'avais le sentiment -nationalité et profession oblige- d'être devant un film de Raul Ruiz mais sous crack et sous mezcal... Et que peut-être l'enthousiasme excessif du chroniqueur de Téléramachounet était dû à un fumage excessif de moquette (ou autre substance adéquate).
En même temps, j'ai une grande tendresse pour le vieux Señor, je comprends le projet, je le respecte, même si j'ai du mal, et de plus en plus au fil du film, à y adhérer. Ca gueule trop, ça saigne trop, ça dynamite trop, dans un premier temps, puis ça s'étire et se répète un peu trop dans la -trop longuette- deuxième partie, et pourtant quel lyrisme, quel enthousiasme, quelle force, dans la révolte du réalisateur, contre les tyrans (en général, et d'Amérique latine en particulier), la religion (dieu n'existe pas) le racisme, l'antisémitisme, .
Le programme est impeccable sur le fond, c'est juste la forme à laquelle je ne parviens pas, ou pas assez, à adhérer. (Cette fascination pour la monstruosité, la difformité, qui fit aussi les beaux jours et les choux gras del Señor Arrabal, dont je dois dailleurs avoir quelque part une photo qui traîne où on les voit tous les deux, à poil, en train de fumer le cigare, au temps du mouvemnt Panique).
La fin, heureusement, est tout juste sublime, peut-être justement parce que c'est un temps d'apaisement et de respiration lyrique. (fondu au blanc sur une embarcation qui s'éloigne lentement...)

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13 novembre 2013

chat roux

INSIDE LLEWYN DAVIS
de Joel & Ethan Coen

Il me semble l'avoir déjà écrit, a propos de A SERIOUS MAN : il y a dans le cinéma des Coen quelque chose d'impeccable, une qualité de facture qui force, forcément (!) l'admiration. Un peu comme s'ils filmaient sur une pellicule spéciale. Cette façon imparable qu'ils ont de s'emparer d'un personnage (un looser magnifique de préférence) et de capturer l'espace-temps qui l'entoure, l'air qu'il respire, la vie qu'il vit.
Llewyn Davis est un musico, un guitariste, un folk-singer sans domicile fixe ni perspective de vie bien définie. Il chante (joliment) par-ci par-là, grapillant quelques dollars, et son principal souci quotidien semble être de savoir où il va bien pouvoir dormir le soir (car l'hiver cette année-là semble être rude, et le pauvre n'a même plus de manteau.
Dès le début du film (qui sera d'ailleurs, par une  construction temporelle spécifique, aussi la fin), les choses sont posées : il a chanté dans un bar, s'excusant au près du patron de la cuite qu'il tenait la veille, puis se fait casser la gueule par un cow-boy dans l'arrière-cour dudit bar, avant de se réveiller dans un appartement vide, en compagnie d'un chat roux qu'il va malencontreusement laisser s'échapper au moment où il ouvre la porte pour sortir, et à la poursuite duquel il va consacrer une certaine partie du film.
Llewin Davis est un  barbu frisé mimi que les réalisateurs réussissent à nous rendre attachant à défaut d'être toujours vraiment sympathique... Ok, il galère, mais est-ce vraiment la faute à pas de chance ? mais on le suit, au long des épreuves qui s'nchaînent tout au long des nuits hivernales (ce n'est pas pour iren qu'on apprendra, tout à la fin, que le chat s'appelle Ulysse) au fil des rendez-vous plus ou moins manqués, des rencontres plus ou moins improbables, des coups plus ou moins durs, des engueulades plus ou moins justifiées aux réconciliations plus ou moins idem, et c'est du grand grand Coen & Coen (mais n'est-ce pas le sentiment que j'ai chaque fois que je sors d'un de leurs films ? Non non, il ya des fois où je sens que, même si c'est brillant, c'est tout de même mineur, tiens il faudra que je fasse bientôt une liste récapitulative).
Oui, j'ai adoré, même si -honte à moi- je me suis un tout petit peu endormi au milieu , et c'est d'ailleurs pour ça que j'y retourne cet après-midi (fin de ce post alors suivra)

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(après l'avoir revu, donc)
Quel bonheur mais quel bonheur d'y être retourné! D'abord le plaisir de revoir le film, mais aussi ce que j'en avais manqué (rien pendant un certain temps, et puis, pour le voyage à Chicago, voilà qu'il m'en manquait pas mal, ou plutôt tout ce qui se passait entre les quelques images qui m'en étaient restées, et ç'aurait été très dommage car c'est vraiment un morceau du film que j'adore, typiquement coenesque : de la belle image, des personnages presque mystérieux, en tout cas inquiétants juste ce qu'il faut, la route dans la lumière des phares, les pauses dans des stations-services, la neige, les mots ou les actes sybillins, on ne comprend pas tout, juste ce qu'il faut, mais on se laisse porter, c'est merveilleux...)
Oui, merveilleux. Tout serait prétexte à compliments : la lumière, la couleur (une gamme d'ocre de bruns de gris), le cadrage, la construction (j'adore cette fuite en avant simplement rectiligne qui nous prouve, finalement, que, même en allant tout droit, et bien, on finit -plaf!- par revenir à son point de départ (parce que la terre est ronde, cqfd), sans oublier l'essentiel : les personnages, bien entendu, en premier lieu ce looser magnifique de Llewyn D., mais tout autant l'intégralité des personnages qui l'entourent, tous traités avec la même attention curieuse, dépeints avec la même tendre vacherie. La même humanité, simplement.
Si le film peut faire sourire en surface, il n'en relève pas moins en profondeur de la même veine mélancolique (aussi violente que discrète, si je peux oser le paradoxe) que j'aime tant chez les brothers C.
Un grand grand cru.

4 octobre 2013

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BLUE JASMINE
de Woddy Allen

L'automne amène son Woody Allen rituel... Au fil des ans, avec plus ou moins de bonheur il faut bien le reconnaître. Des déconvenues, des bonnes surprises, des films bof, des vite oubliés, d'autres vraiment aimés... qu'allait-il en être de celui-là ? La bande-annonce n'en avait pas été spécialement alléchante, et pourtant voilà que les sirènes de la critique se mirent en choeur à fredonner de laudatives antiennes (mon dieu qu'est-ce qui me prend à lyriciser ainsi ? je me ressaisis, parlons normalement) , relatives surtout, à la présence, et au jeu de Cate Blanchett au sein du Blue Jasmine en question (la vache! non seulement elle est seule sur l'affiche, mais c'est elle qui donne son titre au film)
Dès la première scène, on reste coi : elle parle vraiment beaucoup (on dirait un Woody Allen au féminin), saoulant sa voisine dans l'avion puis à l'aéroport, mais, plus grave, elle parle toute seule. On apprend ainsi qu'elle va chez sa soeur "pour y passer quelques jours", et on apprend aussi très vite qu'elle était pétée de thunes avant et qu'elle a tout perdu, tandis que sa petite soeur serait plutôt du genre aimable et simple prolétarienne, et que les relations entre les deux (soeurettes) n'ont pas toujours été au beau fixe. Par une habile succession de flashes-back successifs, en même temps qu'on suit ce qui se passe au présent, on va reconstituer petit à petit  tout ce qui s'est passé auparavant, depuis l'appart sublime avec vue sur la 5ème avenue, la upper class et le shopping de luxe, jusqu'à la "dèche" actuelle (mais comme dit sa soeur "Si tu n'as plus un rond , pourquoi avoir voyagé en first class ?") pour essayer de comprendre comment elle en est arrivée là...
Dès le début, je me souviens m'être posé la question "peut-on choisir comme personnage principal -et tenir sur la durée du film - une bonne femme assez antipathique ? Car cette Jasmine-là a tout pour énerver, a priori : égoïsme, orgueil, suffisance, hypocrisie, arrogance, mépris, bref tout ce qui fait le charme et le caractère des membres de la jet-society. Ce monde que visiblement Woody connaît bien. Et auquel il oppose celui des "pauvres", enfin, les gens comme vous et moi, qui ne pensent qu'à la galipette, aux matches de base-ball et à boire des coups (en mangeant des pizzas réchauffées), mais, semble rajouter le réalisateur, regardez comment au moins eux ils savent s'amuser et ils ont le sens de la vraie vie!!!
Alors, d'accord Kate Blanchett est sublime dans la blonditude gémissante et martinisée, mais en face, Sally Hawkins en brune les pieds sur-terre ne désarme pas. Et tous les autres "pauvres" aussi d'ailleurs.
Woody Allen nous livre ici un conte cruel, autour de deux (même s'il n'y en a qu'une sur l'affiche) beaux personnages féminins (c'est drôle que toute l'expression soit au masculin...) l'une qui dégringole, ne l'accepte pas, et tente de se raccrocher aux branches, tandis que l'autre  qui fait avec ce qu'elle là, qui tient bon, et réussit à se remettre à flot (ou sur pied).
Ah, ces pauvres, finalement, quelle belle vie ils ont! Les riches, eux, resteront toujours pareils à eux-même, doués d'une incapacité fondamentale à accepter la "réalité" et à s'intégrer "simplement" (les images finales sont d'autant plus fortes qu'elles sont glaçantes et sans appel, mais certains détails, antérieurement, -je pense aux taches de transpiration visibles- avaient déjà commencé à sonner l'hallali...)

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(oh que l'affiche est trompeuse...)

 

 

23 septembre 2013

sorellina

SALVO
de Fabio Grassadonia & Antonio Piazza

Hervé m'avait prévenu, et conseillé de visionner le film en l'écoutant au casque. Effectivement. c'est un film dans lequel on entre (et duquel on sort) d'abord par les oreilles. Un prélude et une conclusion en sons plutôt qu'en images. Un travail sur le son absolument superbe (je n'avais rien vu d'aussi abouti depuis L'échelle de Jacob, c'est dire...)
Un magnifique travail sur le hors-champ, donc, puisque, souvent, c'est la bande-son qui nous précise ce qui se passe en même temps que, à côté, ailleurs. Une véritable partition qui sous-tend (soutient) l'histoire de ce tueur solitaire qui va soudain croiser une jeune fille aveugle (la soeur d'un de ceux qu'il est chargé d'éxécuter) et dont le destin va se trouver changé (il y a un Jarmusch qui raconte la même chose, non ? ah oui mais c'est bien sûr, Ghostdogchounet!). Sauf qu'ici ce sont de purs ritals, en Ritalie (des palermitains précisé-je, ayant bien retenu ma leçon) qui parlent italien avec plein de gros mots (on ne parle pas de mafia pour rien) et qu'on se laisse embarquer de bon coeur les yeux fermés (c'est le cas de le dire, puisque, avant qu'ils se rencontrent, la demoiselle est aveugle) par cette histoire aussi banale (boy meets girl) que pas banalement traitée. Il aurait du l'exécuter (la scène de la rencontre entre les deux est superbe, et les réalisateurs la font durer presque au-delà des limites du supportable), mais il l'épargne ( à cause d'un miracle, mais le sait-il ? en tout cas nous nous le voyons) et donc il la séquestre. et fait des va-et-vient entre la chambre qu'il loue chez des gens "pas chelous mais intriguants", en tout cas filmés de façon intriguante) et l'usine / l'entrepôt désaffecté où il la tient captive.
Mais son "patron" finit par s'apercevoir que le boulot n'a pas été correctement terminé et va prendre les choses en main (avec ses hommes du même nom) pour faire en sorte qu'elles le soient. Malaise et règlement de comptes à Ok Corallo.
Le récit a priori ne serait pas passionnant ni l'épaisseur de la trame romanesque remarquable s'il n'y avait cet extraordinaire travail de mise en scène qui magnifie vraiment l'ensemble  et lui confère une profondeur et un intérêt proprement cinématographiques.
Le film réussit l'exploit d'être à la fois sec et lyrique, peu aimable mais attachant, réaliste mais poétique (lyrique serait ici un poil exagéré). des réalisateurs à suivre, en tout cas, incontestablement. On pourra juste regretter que l'acteur principal delonise (ou terencestampise) un poil trop, mais ce serait plutôt un reproche à faire aux réalisateurs, le pauvre lui n'y étant pour rien,  avec sa belle gueule virile et ses yeux bleus d'acier trempé.

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20 août 2013

euh...

Quand j'avais écrit "bon anniversaire moi", il y a quelques temps (fin juin pour être plus précis) il s'agissait de mon anniversaire propre...
Aujourd'hui, c'est c'en est un autre, celui de ce blogchounet, qui, bon an mal an souffle en ce jour ses 8 bougies...
Voilà.
Tiens, je vous mets 8 images pour la peine... :
(comme chante Voulzy "les années passent les années s'entassent...")

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(de qui, de quoi, de dont, de où ? -et de quand ?-)

26 août 2013

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LE PROCHAIN FILM
de René Féret

J'y suis allé en toute innocence, sans rien en savoir du tout. (De Féret je me souvenais juste de La communion solennelle, que j'aimerais bien revoir d'ailleurs, et des contacts très amicaux que nous avions euy avec lui parce qu'il distribuait un des films que nous avions programmés(s) dans notre "semaine latino", autant dire que tout ça me mettait dans de plutôt très bonnes dispositions...). Dès le générique, j'ai commencé à soupirer d'aise et à ronronner comme un vieux matou ravi : Frédéric Pierrot  (oh que je l'aime ce monsieur), Maryline Canto (re ooh), Antoine Chappey (re reoooh), avec la participation de Grégory Gadebois (ouououh), déjà j'en frissonnais d'aise. J'avoue que je ne connaissais pas Sabrina Seyvecou, mais elle mérite aussi son oooh rétrospectif, tant elle est à la hauteur du trio précité (Gadebois n'étant là qu'une poignée de minutes), qui se qualifie par son excellence, sa simplicité, son humanité, sa justesse... hmmm un régal vous dis-je.
Mise en abyme ? Il est question d'un cinéaste nommé Gravet (comme dans Les frères gravet, du même René Féret), de ses projets "professionnels", et des membres de sa famille (sa femme, ses filles, son frère, sa belle-soeur...) avec eux aussi des projets professionnels... et des problèmes personnels. Il est réalisateur, elle est actrice, le frangin aussi, sa femme est éditrice, et tout ça est filmé très près des gens, chaleureusement, intimement. Frédéric Pierrot est au centre de tout ça, au début du film il vient présenter son dernier film dans une salle art & essai et discuter avec les spectateurs (et se prendre la tête avec le directeur de la salle en question qui anime le débat - directeur joué par Féret himself), à la fin il est sur un nouveau projet (le "prochain film" du titre), après avoir navigué entre plusieurs idées : une adaptation de la vie de Tchekhov ("en costumes, donc très cher" commente son producteur) ou bien une comédie avec son frère (alors qu'aucun des deux n'est a priori étiqueté comme spécialement rigolo... -et toutes ces considérations sur la difficulté de faire une comédie qui soit drôle résonnaient... drôlement, ensuite, pendant la projection consécutive de Tip-Top -). Le frère veut donc prouver au monde qu'il a de l'humour et peut être drôle, l'épouse, qui accepte mal le fait que son mari de réalisateur ne l'ait jamais engagée, se voit proposer au théâtre le rôle de Phèdre à jouer avec un jeune Hyppolyte tout mimi, la belle-soeur, éditrice -on ne devinera pas son métier tout de suite- traverse elle une crise personnelle dirons-nous, et toutes ces interférences et petits incidents affectifs sont comme des propositions de jeu(x) que Féret met en scène simplement, légèrement (il y a parfois carrément des échanges qui ressemblent à des improvisations - les scènes entre Chappey et Canto, notamment-) sans jamais tomber dans le pathos de la thérapie familiale.
Un film délicat, personnel, idéal à savourer en cette fin d'août... Dominique a qualifié ça de "cinéma d'un autre temps", je ne suis pas tout à fait d'accord. De la belle ouvrage, oui, le goût du travail bien fait, voilà...

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15 juin 2013

promesses

SHOKUZAI 1
CELLES QUI VOULAIENT SE SOUVENIR
de Kiyoshi Kurosawa

SHOKUZAI 2
CELLES QUI VOULAIENT OUBLIER
de Kiyoshi Kurosawa

Autant préciser tout de suite qu'il aurait sans doute mieux valu faire un seul gros film que de l'avoir ainsi tronçonné en deux : si d'aventure un candide quidam se hasardait à voir l'opus 2 sans avoir vu le 1, il risque fort de ne rien comprendre du tout, et c'est bien dommage.
Au début du 1, une fillette, Emili, est assassinée quasiment sous les yeux de quatre de ses copines. Lors de l'enquête, elles déclarent toutes subir un black-out total dû au choc et ne se souvenir de rien qui puisse permettre de faire avancer l'enquête sur le meurtrier, sans visage également pour le spectateur. La mère d'Emili leur  dit alors tout le mal q'elle pense d'elles, puis les maudit genre jusqu'à la septième génération de la septième génération, et fait alors promettre à chacune des quatre fillettes de "faire quelque chose" pour venger la mémoire de la défunte fillette, ce que nous allons donc suivre, en regardant consécutivement chacun des destins de ces quatre demoiselles "quinze ans après", deux par film.
Chacune de ces histoires peut se voir quasi-indépendamment, puisqu'elle met en scène une des filles, dans un récit (indépendant de chacun des autres) qui a souvent plus ou moins quelque chose à voir avec le fantastique, et que la mère d'Emili y intervient à chaque fois, plutôt vers la fin (la poupée française, la réunion de parents, le frère et la soeur ours, la fleuriste, sa soeur et son beau-frère) sauf que, à la suite de la dernière histoire vient bourgeonner un "épilogue", qui est en fait une cinquième histoire, qui met en scène, cette fois, la mère d'Emili, (celle qui faisait le joint entre les quatre premiers récits), et que là, bon, euh tout de même ça devient un peu longuet et un peu laborieux, surtout que le propos s'alourdit dans une surenchère de coïncidences multiples et une volonté d'explicitation laborieuse, dommage pour un récit qui avait jusque là su tenir la distance.
Les quatre récits autour de chacune des demoiselles sont bien menés, attachants, concis, avec la toujours plaisante petite note de cruauté élégante qui caractérise ce genre de récit (pour filer la métaphore littéraire, on a même, à un moment, une dénommée Ogawa qui poursuit un dénommé Murakami... simple coïncidence? en tout cas le clin d'oeil est plaisant.) La mort est présente dans chacune des histoires, qu'elle soit donnée ou reçue, la folie aussi, bien entendu (autant dire qu'on ne nage jamais en pleine rigolade...)
Les actrices sont excellentes (il semblerait qu'elles soient extrêmement connues dans leur pays d'origine, et qu'elles aient, de plus,  toutes ici accepté un rôle à contre-emploi de leur image habituelle.) Le film a été conçu pour la télévision, ce qui explique la construction en cinq parties (il y avait cinq épisodes, hihihi), et l'impossiblité de le partager en deux parties égales.
Mais, tel que, et avec ses défauts, il m'intéresse beaucoup plus par exemple que le précédent Tokyo sonata du même réalisateur.
A recommander, donc.

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5 juin 2013

est-ce que tu vois l'arc de triomphe ?

La GRANDE BOUCLE
de Laurent Tuel

Celui-là, ça faisait longtemps que j'en voyais la bande-annonce dans le bôô cinéma (avec Bouli Lanners dedans, même si c'est Clovis Cornilhac la vedette), et voilà qu'ils nous y organisent une avant-première ce dimanche à 16h, j'y suis donc allé...
Je ne m'intéresse pas du tout ni au vélo, ni aux coureurs, ni au Tour de France, mais j'avais envie de le voir. Ca tient sans doute à la personnalité de Cornilhac (il est mimi, d'ailleurs) et cette façon qu'il a d'incarner le mec simple, le monsieur tout le monde, le gars comme vous et moi.
Ici, il est amené à faire le Tour de France tout seul, accomplissant chaque étape la veille de l'étape officielle. Parce qu'il a été viré de son boulot (il bossait à Sp*rt 2000), que sa femme est partie en vacances avec son fils, parce qu'il a été dépossédé au dernier moment de son rêve (suivre, justement, le "vrai" Tour en bagnole, dans l'équipe Sp*rt 2000, justement), et parce que sa route va croiser à la fois celle d'un directeur sportif has been (Bouli Lanners, magnifique de veulerie alcoolisée) et celle d'un supporter enthousiaste (Bruno Lochet, parfait). "On serait quasiment une équipe..."
Le film a le mérite de suivre scrupuleusement ce que racontait la bande-annonce (à moins que ce ne soit l'inverse ?) et on sait quasiment tout d'avance (sauf une histoire de dopage -tiens donc , sur le Tour on se dope ? - qui intervient sur la fin), que tout finira bien (le Tour, l'arrivée sur les Champs, les retrouvailles avec sa femme chérie  - avec le fils, c'est déjà fait -, et même le baiser final, vouiii on n'y coupe pas.
Grosso modo, c'est Les bisounours font du vélo (les messages et les sous-titres ? : Rien de tel que l'effort et l'amateurisme pur et dur ; Le dopage c'est mal ; Se retrouver devant un feu de camp enfin avec son fils ado, y a pas mieux ; Les amis y a rien de tel ; Les médias sont pourri(e?)s ; Les vrais champions nn'ont pas besoin de se doper ; Rien de tel que de monter sur un vélo pour retrouver la forme ; La vérité finit toujours par triompher, etc. A vous de trouver les vôtres).
Mais, alors que tant de candeur pourrait pousser aux ricanements de hyènes, bizarrement, on s'enfonce dans son siège et on a aussi envie d'être un bisounours. Et on joue le jeu. Même si d'aucuns pourraient articuler "populiste" ou "démago".
Vive la famille, vive le sport, vive la France! (Placer là la patrouille du même nom, qui vient virevolter dans le film, et les chips du même nom, et l'huile de table du même nom, et le saucisson du même nom (oui oui, comme dans la réalité, les maillots -et le reste - sont très sponsorisés), sans oublier le Nels*n M*nf*rt du même nom aussi.
Tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes, et en plus, quand on sort, il fait vraiment soleil. On a envie d'être de bonne humeur. Et d'indulger. Donc, indulgeons. Pour Bouli, pour Clovis et pour Bruno.

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1 juin 2013

regrettable incident

LA REGLE DU JEU
de Jean Renoir

Quel bonheur de parvenir à mon âge et de réaliser qu'on a encore plein de merveilles à découvrir!
Eh oui, je n'avais jamais vu La règle du jeu, et je dois dire que je me suis régalé! Un aviateur qui vient de traverser triomphalement l'Atlantique confie à une journaliste qu'il est malheureux parce que Christine, la femme pour l'amour de laquelle il a accompli cet exploit n'a même pas daigné se déplacer pour fêter son retour. Ladite femme, est l'épouse d'un marquis dont on apprend rapidement qu'il la trompe avec une de ses amies, qui, etc. Octave (joué, et excellemment, par Renoir lui-même), l'ami de la famille du marquis, et aussi de l'aviateur, obtient du marquis qu'il invite ledit aviateur à une fête organisée en son château, avec d'autre nobliaux et leurs douairières emplumées, où tout ce joli monde va se retrouver, et jouer la comédie des sentiments, lors de la fête en question. En même temps, la même comédie des sentiments est rejouée dans l'univers ancillaire ("chez les bonniches, quoi!" comme pourrait dire en roulant des mirettes un Gabin dialogué par Audiard) entre la femme de chambre de Christine (ah Paulette Dubost) , son mari, le garde-chasse du marquis (aah Gaston Modot) et un domestique nouvellement embauché - en réalité un braconnier arrêté par le garde-chasse et grâcié par le marquis - (aaaah Marcel Dalio). Ce trio délicieux (la soubrette pimpante, le mari courroucé, le braconnier roublard) qui se joue plutôt dans les communs, viendra donc perturber l'autre sarabande, plus "mondaine", qui se joue plutôt dans les salons et autres antichambres.
La force de Renoir est de traiter les deux niveaux de l'histoire avec la même attention, en s'intéressant même davantage aux "petites gens".
C'est superbe, grandiose, jubilatoire, jouissif et autres qualificatifs.
C'est cruel et tendre, roublard et enjoué, bonhomme et amer, acide et attendri.
C'est du sacré beau cinéma.
Oui, je connaissais de Renoir surtout le nom, et de mémoire les titres de ses films (qu'à part La grande illusion je n'avais jamais vus). Voilà encore tout un pan de l'histoire du cinéma (français et mondial) qu'il me reste à escalader et à découvrir (avec, je dois le dire, une grande curiosité et un bonheur idem, anticipés).

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Du coup, je me suis commandé un coffret Renoir

29 mai 2013

sabre et goupillon

LA BELLE ENDORMIE
de Marco Bellochio

Une divine surprise : alors que le sujet ne m'intéressait que moyennement, que les moeurs des catholiques ne m'interpellent pas plus que ça, et, surtout, que le cinéma de Bellochio ne me passionne pas (ou plus... j'aimerais revoir Le saut dans le vide), eh bien, nonobstant tout ça, et contre toute attente, j'ai a-do-ré !
Peut-être, justement, parce que je n'en attendais pas grand-chose, mais, dès le début, mes capteurs sensoriels cinématographiques internes se sont mis à clignoter puis à m'envoyer furieusement des signaux de plaisir intense, qui duraient et se confirmaient au fur et à mesure que le temps passait. Un film "choral", avec plusieurs histoires qui, chacune, tournent autour de l'image récurrente d'une femme allongée. Endormie, comateuse, morte avec l'apparence de la vie (ou vivante avec l'apparence de la mort).
Autour d'elle(s), un homme politique, sa fille, catholique fervente, un jeune homme en colère, son frère, une grande actrice, son mari, et son fils, sans oublier (un peu à part) un jeune médecin. Qu'elle soit simplement endormie (la toxicomane suicidaire) ou dans le coma (toutes les autres) il est question d'attente. D'espoir aussi. Espoir du réveil, du retour à la vie. Et dieu dans tout ça ? D'où l'irruption d'une méga-manif catho quand la plus célèbre et la plus médiatisée d'entre elles, Eluana (l'histoire est "vraie") va, au bout de 17 ans, être débranchée. Les pieux d'un côté, et les mécréants de l'autre : "Laissez-la vivre" contre "Laissez-là mourir en paix...". Et, autour de ce "centre" fictionnel, un certain nombre d'histoires et de personnages (et de cas de conscience) ; comme chez Perec dans La vie mode d'emploi : "histoire du député qui voulait voter contre son parti et démissionner", "histoire de la fille qui ne voulait pas répondre à son père", "histoire de la catho qui tombe amoureuse d'un mécréant", "histoire de la grande actrice qui refuse de jouer", histoire du fils de la grande actrice jaloux de sa soeur", "histoire du médecin au chevet de la toxico", etc.
Bellochio saute de branche en branche de sa forêt narrative, et on le suit avec bonheur, sans crainte du danger ni vertige, de plus en plus solidement arrimés à la multiplication des récits et à leur progression foisonnante (à la façon des citrouilles), sans jamais être pénible ni redondante. Il y a une égalité, sinon des chances, du moins des traitements de chacune des histoires. tantôt on en a un grand morceau et puis plus rien pendant un certain temps, tantôt on a plusieurs fragments plus courts, mais plaisamment entrecroisés.
De la bande-annonce, c'est drôle, je ne me souvenais que des images concernant le médecin et la suicidaire. mais l'ensemble de la distribution est un régal : notre nationale Huppert en diva aux yeux rouges et à la sombre mantille se fond avec grâce dans cette succession de personnages malheureux, ou qui viennent de l'être, ou se préparent à l'être, comme quoi un malheur n'arrive jamais seul. Il est question d'amour, dans chacune des situations (qui naît, souvent, qui s'éteint, quelquefois), ou, plutôt , comme dirait Lacanchounet, de preuves d'amour. Et, inévitablement, de la mort qui vient batailler en silence. Et des façons de se protéger de l'un et de l'autre. Et, comme on est en Italie, tout ça est furieusement romantique et appassionato.
Mon film préféré de Bellochio à ce jour, incontestablement.

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Top 10 ?

 

2 avril 2013

*** bis (?)

(un autre)

... ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé (depuis 2005 quasi, c'est dire!) de "falling in love again" (c'est très juste, finalement, cette idée de chute, autant en français qu'en anglais... J'imagine que Roro Barthes a du gloser là-dessus dans ses Fragments...)

et me reviennent aussi sec deux phrases, de deux amies, la première de Dominique ("tout sauf tomber de nouveau amoureuse...") et l'autre de Malou, plus récemment ("mais est-ce que des fois tu tombes amoureux de quelqu'un de ton âge ?"), je pourrais même en ajouter une troisième, d'une autre amie, il ya beaucoup plus longtemps (Emma : "mais qu'est-ce que tu attends de lui ?") encore une fois parfaitement adaptée à la situation...

le jeune homme en t-shirt de 2005 frisant maintenant la trentaine (et n'ayant plus donné aucun signe de vie depuis 2011 me semble-t-il), je l'avais dans un premier temps remplacé par rien, et c'était très bien comme ça. Ouf!

et, bien que je n'ai rien fait pour, voilà que ce rien est devenu quelque chose, quelqu'un plutôt, et ce, voilà quelques semaines. Je n'en ai parlé à personne (ce n'était pas l'envie qui m'en manquait, mais, à quoi bon, finalement, hein ?) sauf, l'autre soir, sur msn, à Y. (qui passe d'ailleurs ici de temps en temps, me semble-t-il) qui me prêta une oreille attentive (oui, il n'y a guère qu'à lui que je pouvais en parler - et, pourtant, est-ce judicieux de parler d'une vélléité amoureuse à un "ex" qu'on laissa tomber quelques années auparavant ?-) et attendrie.

il me "connait un peu" et me sait midinet, apte aux épanchements lacrymaux autant qu'aux bondissements joyeux, sujet à l'amourachement (tiens, ça rime bien avec arrachement ou détachement) et finalement, (et heureusement) ne m'a donné aucun conseil, ni dans un sens ni dans l'autre, juste me suggérant que je pourrais le prendre en photo avec mon téléphone (mais ceci était surtout je pense pour pouvoir assouvir sa curiosité)

(charybde et scylla) *** était un jeune hétéro de 25 ans, celui-ci est à peu près visiblement le même en couleur, sauf qu'il jouit d'un statut particulier qui laisse penser
1) qu'il a été "cabossé" par la vie
2) qu'il ne restera peut-être pas là très longtemps

je n'ai la possibilité de le voir que deux fois par semaine, mais je ne sais pas si c'est bien (bon) pour moi : si je ne le vois pas, je serai un peu tristoune, mais si je le vois, je sais, qu'après, je serai un peu tristoune aussi...

tout ça parce que la première fois que je l'ai vu, il m'a accueilli d'un bonjour franc avec un vrai sourire, qui, rajouté à son look (la barbe, les boucles, la casquette) m'a fait me demander si je n'étais pas soudain victime d'une quelconque caméra cachée. j'essaie d'être raisonnable et de ne pas y aller à chaque fois, mais c'est plus fort que moi

bien entendu, la première fois, je n'ai pas réussi à balbutier plus que quelques mots (je me faisais penser à un poisson sorti de son bocal) tant je me sentais ravi, les fois suivantes, ce fut à peine un peu mieux.. .J'arrive à émettre d'autres sons que des "hin hin" stupides

et chaque semaine, je suis content quand je grimpe cet escalier (ému et rosissant comme un fiancé, hinhin) , et j'ouvre la porte, et je dis bonjour, et je guette les changements (tiens il est sans casquette, tiens il a coupé un peu la barbe, tiens il a l'air moins joyeux que d'habitude)

c'est à peu près complètement sans issue, je pense, mais, comme dirait Tchekhov "si je ne pose pas la question, au moins il me reste l'espoir...".

et puis, ça m'occupe, hein

les échelons de l'amour

17 mars 2013

bachar mar-khalifé

je mets son nom en titre, sinon je ne le retrouverai pas...
grâce à mon amie Emma, découvert ce jour le deuxième album de ce monsieur
que je réécoute ce soir en boucle
et au casque
et qui fait partie de la catégorie
assez rare finalement
des albums où j'aime tout
tous les morceaux
(et le piano, la voix, l'électronique, les percussions)
et la façon qu'il a de me faire venir les larmes aux yeux
«Who’s Gonna Get the Ball from Behind the Wall of the Garden Today?»
c'est comme ça qu'il s'appelle

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17 avril 2013

comment tu t'appelles

(le barbuchounet part III)

Je suis venu tard, juste avant la fermeture (oui oui, c'est moi qui décide)

croisé Catherine samedi après-midi tiens tiens qui venait faire un tour par là justement...

et oui, encore, j'ai monté l'escalier avec le coeur rosissant comme une mariée

on s'est serré la main ça va ? ça va (et toujours ce sourire ce sourire qui me chavire oui oui ce sourire là)

ce qui était rigolo c'est que traînaient sur toutes les tables des bouquins dont la couverture parlait d'amour et de machins du genre (rigoler intérieurement en imaginant qu'il avait disposé tout ça à mon intention hinhin)

et juste à la fin comme il me parlait en embrayant soudain (heureusement) le tutoiement j'ai osé lui demander son prénom

en amour faut que ça soit moi qui décide au début (c'est moi qui aime l'autre au départ, jamais le contraire) mais après je me laisse porter par l'autre (paresse, ou comment disait Renoir , "digestivisme" hihi) là il avait donc fait sa part de boulot

en repartant me demandais si le bonheur que j'avais à le voir pouvait équilibrer (compenser) la tristouillerie qui m'envahissait quand je partais et que donc je ne le voyais plus (le jeu en vaut-il la chandelle ?) si je n'y étais pas allé, comme j'en avais au départ l'intention, j'aurais été moins joyeux avant 17h, et sans doute moins tristouille ensuite (étais-je vraiment dans le film que j'ai vu ensuite ? , "Aujourd'hui", justement tiens...)

se dire qu'il n'y a rien à attendre, et donc que qui n'espère rien n'est pas déçu (Snoopy)

les voilà donc mes maîtres spirituels es-espoir : un coup Tchekhov, et un coup Snoopy...

carte-postale-soldat-polu-amoureux

 

18 mars 2013

ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites

LE GRAND RETOURNEMENT
de Gérard Mordillat

On devait avoir le réalisateur avec nous, il est pas v'nu. Dommage, et doublement, puisque la salle était pleine et qu'on a refusé du monde, dans le bôô cinéma. Le public des grands soirs, pour un film atypique (la crise des subprimes and co en alexandrins), joué dans une friche industrielle, entre banquiers, président et premier ministre et autres attaché de pouvoir. Entre Wall street (pour la phynance) et Pater (pour le côté on dirait qu'on serait) , où l'on nous explique, avec des rimes, et nous démonte les rouages de cette saloperie de capitalisme, libéralisme, grand-banditisme, et autres joyeusetés en isme. les alexandrins (et les ineffables ronds-de-jambe mielleux de François Morel, par exemple) viennent mettre un peu de baume sur nos coeurs saignés à blanc par ces spécialistes - en col blanc justement - de la saignée purgative qu'en d'autres mots et pour notre bien on nous nomme "rigueur". Et vlan! (pour nos museaux de contribuables)
C'est en même temps plutôt drôle , assez cruel, et parfaitement abominable (comme diraient ces gens "nous sommes intouchables" : tiens, c'est un alexandrin, et qui rime, de surcroît). Un film malin, qui ne dure pas plus que ce qu'il devrait durer (après, on finirait par se lasser), qui nous ferait des clins d'oeil pour qu'on tende le poing, qu'on foute tout par terre,et, tiens, qu'on leur coupe la tête  à ces maudits banquiers, (et autres politiques) et hop! au bout d'une pique!
Une seule solution, je vous dis...

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