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lieux communs (et autres fadaises)
18 août 2014

roasted almonds

LE RÔLE DE MA VIE
de Zach Braff

Chocolat/amandes/guimauve : c'était ma glace préférée chez Baskin Robins à Avignon (ah, j'étais jeune!). C'est ce que m'a rappelé la glace aux amandes grillées que demande le père, dans le film. Et c'est le nom que je pourrais bien utiliser maintenant pour appeler cette catégorie de film, les "feel good movies" : Le chocolat c'est pour le goût d'ensemble, la texture et la saveur générales, les amandes ça serait ce qui donne du corps du crunchant à cette pâte cinématographique, tandis que les guimauves seraient, comme leur nom l'indique, les moments où, par contre, ça commence un peu dégouliner, question sirop de glucose et autres hypersucreries violoneuses et collantes.
Je suis allé voir le film parce que la bande-annonce donne vraiment envie de, et en plus il y a une chanson qui m'avait (c'est fait pour ça) aussi sec accroché l'oreille (là, il faut attendre le générique de fin, c'est une chanson des Shins.) Et c'est vrai que c'est trop mignon,  bisounours grave sa race (on se dit en sortant, avec un sourire béat qui fait carrément tout le tour du visage pour se refermer derrière la tête, que ça serait drôlement bien si la vraie vie était comme ce qu'on voit dans le film mais bon on a besoin de sucre en ces temps pluvieux et fadasses... ) et qu'en cela la bande-annonce le vend bien.
Le rôle de ma vie ? La partie chocolat est vraiment agréable : onctueuse, parfumée, oui, la bonne consistance et la bonne saveur : Une histoire de famille (le héros, sa femme et ses enfants, et son frère, et son père, et le chien de son père qui pisse partout -le chien pas le père-)  plurielle, chorale, américaine, contemporaine, drôle et tendre. La partie amandes est parfaite elle aussi : les états d'âme du héros (et des autres), les répliques qui fusent, les vacheries, les dialogues acides, les scènes qui font glousser de plaisir, ou qui vous font éclater de rire, les personnages entre croquant et craquant, oui, le dosage est vraiment parfait, on en jubile.
Jusqu'à ce qu'arrive la partie guimauve, et qu'on ait l'impression que le "Monsieur Plus" a vraiment eu la main lourde,  que c'est tout le contenu du seau qui s'est renversé dans la pâte du film, la rendant petit à petit (c'est insidieux) tellement sucrée qu'elle en devient  écoeurante (la partie autour de spoiler la mort du père gâche vraiment le plaisir incontestable qu'on avait pris jusque là à cette dégustation). Le réalisateur a tellement efnconcé le bouton "bons sentiments" qu'il en est resté coincé (ou collé, avec tout ce sucre, c'est normal).
Plus ça avance et plus le film se lénifie, abandonne en chemin les saillies et les aspérités qui en faisaient la saveur, et c'est trop dommage. La grande scène à l'hôpital, avec toute la famille réunie autour du pater familias chuchotant avec des tuyaux dans le nez en devient  pénible. (Pour la petite histoire, j'ai mis un certain temps avant de retrouver qui se cachait derrière cette belle grosse barbe poivre et sel : c'est Mandy Patinkin (oh comme le temps passe, c'était, dans les années 80, dans Yentl, le beau barbu qui chavirait le coeur et les ovaires de Barbra Streisand (et les miens aussi d'ailleurs...), puis, quelques années plus tard, le fougueux Inigo Montoya, dans le toujours plaisant Princess bride...) Et bien là, il est vieux et il est malade, et c'est le père du héros et il n'en finit pas de mourir.)
Oui, j'ai vraiment adoré ça, au moins les trois premiers quarts, mais quand l'indice de glycémie émotionnelle a implosé, on est déçu,de voir le film retomber plaf! des quatre fers dans la plus fâcheuse moralité moralisatrice (après avoir été plutôt politiquement incorrect, par rapport à la religion notamment, et délicieusement insolent et rebelle) et hop, l'apologie de la famille, de l'amour, et de Dieu, et du statut de père, et hop! God bless America et hissez les couleurs!
C'est trop maladroit pour être intentionnel, il a sans doute voulu trop bien faire, et ça  fait  regretter encore plus ce qu'aurait été le film s'il avait vraiment tenu jusqu'au bout la note vraiment drôle et vraiment acide qu'il avait su mettre en place dès le début. Le glaçage final (moral) le rend juste, au bout du compte beaucoup moins comestible (comme une pâtisserie qui aurait abusé de la crème au beurre.)

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17 août 2014

roadie

MISTAKEN FOR STRANGERS
de Tom Berninger

Puisqu'il ne sort toujours pas en France, j'ai fini par l'acheter (5$, ça va!). Un documentaire réalisé par Tom Berninger, le frère de Matt Berninger, le leader du groupe THE NATIONAL, à propos de... la dernière tournée mondiale de THE NATIONAL, sur laquelle Tom avait été engagé comme roadie (fait engager par son frère Matt) occasion pour lui de tourner un film sur cette tournée, la vie d'un groupe (en tournée), et... (surtout) les relations entre frères, sujet sensible quand le votre est une "rockstar" tandis que vous, à 30 ans, vous ne fichez pas grand-chose de vos journées, ni de votre vie d'ailleurs, et que vous pensez (ou que votre frère, justement, pense) qu'il serait temps que vous fassiez enfin quelque chose, qui pourrait vous aider à avoir confiance en vous, à connaître votre quart d'heure de gloire, bref à la fois à vous légitimer et vous sentir mieux, et ce quelque chose, c'est ce film.
Tom Berninger est le jeune frère de Matt (ils ont 9 ans d'écart). Il est grassouillet, il aime le hard-rock, la bière, les pizza slices, et pense que "le rock indie est une connerie prétentieuse". A l'invitation de son frère de venir bosser sur la tournée (et d'en profiter pour voyager, en même temps), il remplit son petit sac, prend sa petite caméra, et rejoint le staff de THE NATIONAL. On est d'abord étonné de la qualité des images, et, lorsqu'on voit Tom B. à l'écran, avec sa petite caméra à la main (d'accord, au début, il se filme dans un miroir, mais après, tiens qui est-ce donc qui la tient ? -et le générique le confirmera, envoyant des thanks à toute une escouade de cameramen...-  on se dit qu'on va avoir droit à nouveau à un genre de vrai-faux documentaire, comme Le grand'tour, ou, mieux, I'm still here (quand Joaquin Phoenix décide de devenir une star du rap).
Pas tout à fait...
Dans sa première moitié, on est effectivement dans le documentaire, le reportage (même si certaines scènes semblent un poil scénarisées et interprétées), par la mise bout à bout de moments bruts plus (les coulisses, le backstage, les moments pris sur le vif, la scène, les sorties de scène) ou moins (les questions 'on de Tom) intéressants. A un moment (spoiler) Tom se fait virer de la tournée parce qu'il n'a pas assuré (il a bu trop de bières, il a oublié d'acheter du Toblerone, il a perdu la liste des invités sur laquelle figurait Werner Herzog...), et donc il part (jolie séquence, sur fond de Vanderlyle Crybaby Geeks) avec (l)armes et bagages (et la caméra aussi donc.)
Car le film continue. Mais à Cincinatti, retour chez Mom and Dad, pour une petite séance de thérapie familiale light, histoire de reprendre confiance et le cours du film. Et c'est à ce moment que les choses deviennent plus intéressantes (tordues ?) , quand le film abandonne le "reportage sur THE NATIONAL" pour s'élargir (dévier) en un "fabrication du film qui était censé au départ être un doc sur THE NATIONAL".
Le syndrome du "mec qu'on voit tenir la caméra à l'écran pour faire son film et qui ne peut donc pas s'être filmé tout seul" devient celui du "film qui est apparemment terminé puisqu'on est en train de le voir mais dont pourtant on suit toutes les étapes de l'élaboration et du montage, de la mise en forme et même de la projection" et la perspective devient assez vertigineuse.
Et c'est à ce moment que ça en devient vraiment plaisant, et même émouvant. Ce n'est pas facile de vivre dans l'ombre d'un grand frère devenu célèbre, même si c'est juste "famous like that" (geste de Matt B. écartant son pouce et son index d'à peine quelques centimètres) et ce film était pour Tom B. non seulement l'occasion d'exister (même si au départ surtout en tant que "frère de") mais aussi de parler de son frère (mieux, de parler à son frère), en nous donnant l'impression de  plusieurs points de vue en même temps : le sien, celui de la caméra, les instants vrais -ceux du filmeur- (c'est agréable de surprendre l'intimité d'un groupe en tournée, de voir que ces gens vivent quasiment comme vous et moi, qu'ils sont des vrais gens comme vous et moi, qu'ils bossent, qu'ils dorment, qu'ils boivent, qu'ils vont aux toilettes, qu'ils se brossent les dents, qu'il leur arrive d'avoir le trac, de pleurer, de se foutre en colère, qu'ils ont un appartement, qu'ils montent un lit pour héberger leur frère) et les fabriqués -ceux du scénarisateur- (plus ou moins : les questions idiotes, mais aussi les répétitions de gestes qu'il fait faire aux gens soit disant avant de les filmer alors que tout est filmé, ou celles qui sont rejouées mais dont on ne le saura qu'après -comme dit le générique de fin, "dans tout film il faut un Dark Vador"-) . Ce qu'on montre (ce qu'on veut bien montrer). Ce qu'on monte (et la façon dont on le monte). Ce qu'on a l'air de dire (et ce qu'on dit vraiment).
J'adore cette scène , tout à la fin, où Tom, assis devant son ordinateur, en train de monter son film -celui qu'on est en train de voir- est visiblement filmé par son frère, qui lui fait croire que la caméra ne tourne pas, tandis que Tom,lui, cache, avec son bras, sur son moniteur, une photo de son frère (celui qui est en train de le filmer) parce qu'il ne veut pas que l'autre (que le spectateur) puisse la voir, mais qu'il bouge quand même brièvement son bras pour qu'on puisse quand même voir ce qu'en principe il ne voulait pas  montrer, ni à à son frère (celui qui est en train de le filmer en faisant croire qu'il ne le filme pas), ni à nous. Agréablement vertigineux, non ?
Comme si Tom Berninger parvenait in extremis à nous persuader de la légitimité de son entreprise, et des applaudissements qu'elle mérite. De l'émotion, aussi. Avec quelques regrets quand même : en plus de la durée du film (1h14), celui que le thème qui semblait pourtant évident des "frères" (si le film a été fait par le frère du chanteur, le groupe THE NATIONAL est aussi composé, en plus de Matt B., de deux paires de frères, qui sont un peu passés à l'as, et il y avait peut-être là une piste qui n'a pas été suffisamment exploitée, mais, comme le dit un des jumeaux à Tom qui l'interviewe "de toutes façons, tu fais un film sur ton frère, pas sur nous. nous, tout le monde s'en fout...")

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14 août 2014

feux d'artifice en plein jour

BLACK COAL
de Diao Yinan

J'y suis allé deux fois de suite. Parce qu'à la première séance, le jeudi à 20h30, je me suis endormi comme une grosse buse (comme un gros hibou serait plus juste, non ?) après vingt minutes à peine, le genre de sommeil papillonnant qui vous fait fermer les yeux de quelques secondes à beaucoup plus longtemps, vous réveillant de temps en temps juste pour choper une image, un détail au vol, pour replonger ensuite sans rien pouvoir y faire. Très frustrant. car ce que j'ai pu en voir au début, (en clair) à la fin (idem) et au milieu (en tranchinettes, donc) m'a donné vraiment envie de voir le reste, de tout voir, de tout comprendre, tellement je trouvais ça bien.
Black coal (encore une histoire de titre : le titre "international" complet est Black coal, thin ice (Charbon noir, glace fine) alors que le titre chinois est -hasard- celui que j'avais choisi  pour ce post en sortant de la première projection, "Feux d'artifice en plein jour", vous comprendrez pourquoi à la fin du film) est un film étincelant. Comme les patins à glace dont il sera beaucoup question, il est dur, coupant, brillant. Tschak! Il progresse avec ce bruit caractéristique (les bruits, la bande-son, sont très fouillés, très présents dans le film, surtout dans le bôô cinéma où on nous AVAIT MIS LE SON A DOOONF!) et plaisant que produit le frottement du métal sur la glace, et prend de la vitesse, nous emporte, sinue, zigzague, dérape (encore un beau bruit), repart... on est fasciné.
Techniquement, c'est vraiment époustouflant, de bout en bout (je ne suis pas encore remis de cette sublime transition temporelle de 5 ans, juste en faisant sortir une voiture d'un tunnel), le réalisateur empoigne la lumière, les matières, les sons, et même les accessoires (combien de fois aura-t-il fallu retourner la scène pour que cette bouteille de bière envoyée valdinguer d'un coup de pied descende impeccablement les escaliers jusqu'en bas ?) pour nous empaqueter/enrubanner de la façon la plus bluffante cette histoire de cadavre découpé en morceaux et balancé soigneusement aux quatre coins de la province qui nous roule dans la farine dans le charbon dans la neige jusqu'au bout.
Tout ça dans une Chine qui a depuis longtemps abandonné les kimonos et les les dragons d'or, une Chine hivernale, engoncée dans le froid la grisaille et la crasse, une Chine avec des accès de violence furibarde aussi inattendus que terrassants (mais, depuis les récents Touch of sin ou People mountain, people sea on a un peu comme qui dirait l'habitude, oui, Alex, tu peux te cacher les yeux!), une Chine contemporaine où c'est dur surtout pour les pauvres (et il y en a beaucoup) , où il faut gratter un peu de tous les côtés, et se démerder pour tenter de s'en sortir, ou du moins de résister un chouïa, une Chine cinématographique, enfin, où la réalité la plus banale peut soudain devenir inquiétante (des traces de pas dans la neige, une nacelle de grande roue, un camion de charbon),  où des femmes mystérieusement belles vous font passer des billets vous priant d'arrêter de les suivre, où les flics mangent des pastèques en en foutant partout, où l'on dégomme les gens à coups de patins à glace, où on trouve des yeux (de gens) dans sa soupe censément "au boeuf", où un flic peut (re)devenir un ouvrier alcoolo, où on baise dans le froid d'une nuit d'hiver saumâtre, où une simple patinoire peut devenir aussi grandiose que La porte du Paradis...
Je ne sais pas pourquoi ce film me fascine autant.  Put-être parce que tout m'y plait. Les plans-séquences qui prennent leur temps, les quelques scènes de violence, l'économie des mots,  les personnages  plutôt opaques, mais, justement, attachants, dont on n'est jamais tout à fait sûr de comprendre ce qui..., pourquoi..., qu'est ce que... (comme disait Boby Lapointe "on dit que l'amour même sans amour c'est quand même l'amour..."), les lumières chiadées et le son encore plus, les accélérations soudaines du récit, et ses demi-tours au frein à main (sur la neige ça donne de sacrées belles glissades). Peut-être aussi parce qu'il est difficile à étiqueter : des flingues des flics un meurtre une enquête, mais ce n'est ni un polar ni un thriller. pas que. C'est... davantage. Un sacré beau personnage complexe d'ex-flic confronté à un autre sacré beau personnage de femme mystérieuse, et à un autre, encore plus mystérieux, de tueur/tué/mort/pas mort/ par amour et dans l'ombre.
Surtout un splendide objet filmique,jamais complaisant, oui,  un grand beau film incontestable, à ranger sur l'étagère (très haute) où j'ai déjà posé A touch of sin et People mountain, people sea.

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l'affiche qui a été choisie pour l'exploitation française et qui me semble un peu "menteuse", comme si elle voulait évoquer  un mélange de

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et de

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(alors que pas du tout du tout...)

27 juin 2014

franky & tommy

JERSEY BOYS
de Clint Eastwood

Alors ça... (la machoire qui tombe de surprise) ce vieux macho de Clintounet qui nous sort un truc de tafioles ! Oui oui, des mecs qui chantent, avec des voix de faussets, avec des guitares qui brillent, en ondulant du croupion! Wouaaah! Tout arrive ! Il nous adapte un musical de Broadway, pincez-moi, je rêve. Ah bon, quand même, les mecs ils -au début tout du moins- ils ne sont chanteurs qu'à mi-temps, le reste... Le reste , ils sont mafieux! Ah bon (soupir soulagé) on est pas des gonzesses, tout de même...
Le film démarre très très bien. excellemment, même. Ambiance sépia /décoloré, filles en jupes larges qui virevoltent et lévres rouge baiser, choucroutées ad hoc, et mecs qui vont avec, gomina, oeil noir, costard pour la galerie et marcel blanc avec les biscottos à l'air dans l'intimité. Wap doo wap! (je fais les coeurs). ambiance bon enfant, dialogues vachards, baffes diverses, gags délicieux (le coffre dans le coffre), ça démarre sur les chapeaux de roues (de belles grosses bagnoles ricaines, bien évidemment).
Il s'agit de l'histoire du groupe "The four seasons" et de ses membres (dont le générique de fin m'a confirmé -oh la la je confesse mon ignorance crasse- l'existence réelle) depuis leurs débuts difficles (ah, la belle jeunesse testostéronée à mèche crantée) jusqu'au sommet de la gloire. Puis la désagrégation du groupe, et même sa reformation "des années plus tard".
Et c'est un peu le problème de ces 2h08 (qui paraissent, à la longue, un peu... longuettes). Plus ça avance et plus le film oublie progressivement de rigoler, voire même de sourire (hormis le personnage perpétuellement cliché parrain mafieux de Christopher Walken) , et plus il d'enfonce dans le sirupeux, le poisseux, le sérieux (l'ultime séquence, celle avant le générique de fin, parfait, où Clintounet semble s'être réveillé, en est presque pénible ; en général les personnages vieillis -"vingt-cinq ans ont passé..."- fonctionnent difficilement, ou sont, en tout cas, et c'est le cas ici, à peine crédibles).
Oui, ça démarre fort, c'est enlevé, l'utilisation de l'adresse au spectateur est convaincante, les acteurs sont impeccables, et le SSTG (sous-sous-texte gay) suffisamment plaisant (oh oh ces deux grands gaillards qui se tournent autour et se reniflent sont vraiment plus que des amis "à la loyale", bon, à moi faut pas me la faire, hein...) pour que j'y aie été indiscutablement accroché. La reconstitution est plaisante, ça fonctionne, on claque des doigts, wap doo wap, (même si, personnellement je trouve la voix du chanteur pas forcément très agréable) et puis, insensiblement, cette belle énergie initiale se ratatine un peu, le moteur tousse, on repasse en troisième, puis en seconde, et le spectateur commence un peu à trouver le temps long (les histoires répétitives de sous, de dette, de mafia, de remboursement, de frictions d'égos, commencent un peu à tourner à vide) et le film perd progressivement tout ce qui faisait le sel de sa première partie, l'humour complice, la bravache adolescent, le clin d'oeil à American Graffiti (référence fantasmée puisque je n'ai jamais vu le film) pour virer insensiblement au biopic amidonné de moins en moins teen et de plus en plus académique...
Comme si Clintounet était en même temps là et pas là. Il assure une mise en scène impeccable, (impeccablement classique serait plus juste mais bon), il aurait pu resserrer un peu tout ça (avec une demi-heure en moins, c'eut été beaucoup plus percutant). Oui c'est ça c'est trop looooooooooooooooong, et la dernière heure (j'ai résisté à l'envie de la regarder plusieurs fois) semble se résumer à une succession de numéros musicaux plus ou moins répétitifs (mais j'imagine que les fans du groupe espéraient bien tous les standards) avec à chaque fois un peu de synopsis juste le temps de s'aérer un peu).
Mais je le dis et je le répète, la première heure est quasi parfaite... et si la dernière scène est calamituese, le générique de fin qui la suit est, je le répète aussi, quasiment grandiose. tu vois, Clintou, quand tu veux bien...

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25 juin 2014

hellène et les garçons

XENIA
de Panos H. Koutras

Zabetta me l'avait chaleureusement recommandé, et, ça tombait bien, j'avais très envie de le voir...Cette histoire de deux frangins albanais à la recherche/poursuite de leur père, par la réalisateur de L'attaque de la moussaka géante, et, surtout, de Strella, m'avait, déjà sur la papier, appâté.
On y est donc allé, avec Dominique, dès la première séance. Comme d'hab' depuis quelques temps, on s'est assis à côté de la Grosse Dame Désagréable (je vous parlerai un jour de la GDD). Mais elle n'a pas réussi à me gâcher mon plaisir.
Car plaisir il y eut, cinématographiquement. Deux frères donc, dans la Grèce d'aujourd'hui, deux frères qui, comme on dit sur le papier, deux frères que tout oppose : le blondinet de 16 ans à mèche décolorée ondulant du croupion et le frangin de 18 ans à poil dur et mâchoire carrée, celui qui geint et celui qui gueule, le pédé et l'hétéro, bref la parfaite paire "opposés et complémentaires".
Le blondinet a toujours besoin d'une sucette dans la bouche, sucre ce qu'il mange (même les spaghetti), se promène avec un lapin blanc dans son sac, minaude, pleurniche, bref, il est très gayment portraituré (presque trop, même : au début, on est un peu inquiet, en se disant que le réalisateur n'y va pas avec le dos de la cuillère -à sucre, bien évidemment-, et puis on s'habitue, la follitude devient quasiment "normale", et on n'y fait plus attention...). Le grand frère, lui (dix huit ans, tout de même) est campé avec tous les attribus de la mâlitude la plus... appétissante (hihi) : la barbe, le poil, l'oeil noir, etc. Un vrai régal d'homme, un vrai.
Le blondinet, à la mort de sa mère, part à Athènes retrouver son grand frère, et lui propose de partir à la recherche de leur père (qu'ils appellent "l'Innommable") qui les a abandonnés très jeunes, et qui serait désormais très riche, dans l'espoir de lui soutirer à la fois du fric et des nouveaux papiers (ils espèrent pouvoir récupérer la nationalité grecque).
Deux frères (dont l'un se prénomme Odysseus), une mère morte, un père salopard, on frôle quasiment le mélo lacrymal, sur le papier, surtout si on y  ajoute un lapin blanc dans un sac mais aussi, dans le même sac, un flingue, qu'on va en sortir à plusieurs reprises...
Il y a dans ce Xenia au moins trois scènes magnifiquement magnifiques : une scène nocturne de barque qui est une citation exacte et revendiquée de La nuit du chasseur (avec un petit plus qui sautille sur la rive), puis une chorégraphie, nocturne elle aussi, sur une chanson de Patty Pravo (oui, hein, d'ailleurs, on se demande comment un joli hétéro poilu et testostéroné peut  se déhancher aussi bien sur une chanson de la dame en question, hein, l'ouzo n'excuse pas tout...) et une dernière scène magnifique, qu'on pourrait qualifier de "téléphonée" , ce qui ne serait pas péjoratif puisqu'elle l'est, littéralement, mettant en scène une chanson et (encore une fois) un révolver (et, bien entendu, un téléphone !)
Le cinéma grec produit peu, mais ce qui parvient jusqu'à nous est d'appétissante facture. Surtout les films de Panos H. Koutras (pourquoi n'y a-t-il jamais de blondinet follasse avec une sucette dans les films d'Angelopoulos ?). Dans ce troisième film, il combine à merveille la follitude cheap de La moussaka... et le mélo à poil dur façon Strella, association gustative délicieuse (chaud/froid) qu'il rend encore plus goûteuse avec une petite brumisation de fantastique à intervalles réguliers.
Un film attachant, parfois mal peigné et parfois avec de la brillantine et une raie de premier communiant, parfois maladroit et parfois sublime, qui roule parfois des mécaniques et à d'autres bat des cils langoureusement, oui, un film profondément attachant (je le répète, je ne trouve pas de mot plus juste), comme le sont ses deux interprètes principaux...
A revoir prochainement, j'espère de tout coeur, dans le bôô cinéma...

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11 juin 2014

lance-balles

TRISTESSE CLUB
de Vincent Mariette

C'est plus fort que moi, il faut que j'aille voir voir TOUS les films avec Vincent Macaigne... et celui-là me faisait spécialement envie puisque
1) j'avais déjà beaucoup aimé le précédent court-métrage du réalisateur (Les lézards, avec le même Vincent...)
2) et que la bande-annonce du film avait piqué ma curiosité (Sagnier / Lafitte/ Macaigne...)
Le film démarre un peu en cahotant c'est vrai (un vrai diesel, ou bien un démarrage en troisième), un peu en équilibre instable, trop / pas assez, cul entre deux chaises narratives, et, progressivement, les choses se mettent en place, et le plaisir du spectateur aussi. Rien n'est jamais joué d'avance, et c'est bien tout ce qui fait le bonheur du spectateur du film de Vincent Mariette. La seule chose qui est sûre et certaine, c'est que ces deux-là sont frères (dans le film) , et apprennent le décès de leur père -que visiblement ils n'aimaient pas plus que ça (voire pire)- : Laurent L. joue un grand bourrin ex-champion de tennis et Vincent M. un petit patron de société internet à l'étroit dans ses chemises cintrées. La grande gueule qui la ramène -terrienne- et le petit tristos qui perd ses cheveux -lunaire-... Survient alors  -la comète- la blondinette (Ludivine S., absolument parfaite dans la candeur faussement ingénue - je bats des cils style maman de Bambi cling cling-) et déjà les certitudes se désagrègent, et les questions se ramassent à la pelle...
A partir de la scène du vol de l'essence -qui est formidablement bien écrite, jouée, dialoguée, et qui est peut-être, en ce qui me concerne, le premier moment parfaitement indiscutablement juste du film (mais c'est vrai que, pour un road-movie en bagnole rouge un peu pourrie, le carburant s'avérait un élément absolument crucial)- le film se stabilise sur ses quatre roues narratives et peut progressivement accélérer jusqu'à filer pleins gaz...
La qualité de jeu(x) des trois personnages principaux y est pour beaucoup, et les cerises sur la chantilly narrative que sont Dominique Reymond et Noémie Lvosky viennent encore ajouter à notre plaisir gourmand de spectateur. (Tiens, je suis curieux de savoir ce que Pépin,désormais si tâtillon sur l'originalité,la force, et le rythme des scenarii, va pouvoir dire sur celui-là... trouvera-t-il grâce à ses yeux ?)
Plaisant, donc, autant pour le fan de base de Vincent M. que pour celui de comédies aigres-douces...

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25 mai 2014

xanax

DEUX JOURS, UNE NUIT
de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Dans les films des Dardenne, il faut
1) Olivier Goumet et/ou Jérémie Rénier : c'est chose faite (à 5' de la fin, mais bon)
2) le plat pays qui est le leur : contrat accompli ici aussi
3) une héroïne, jouée par une actrice filmée amoureusement, et transcendée (Emilie Dequesne, Cécile de France, Déborah François) : ici, Marion Cotillard, qui est magnifiquement touchante tellement elle est juste
4) du filmage de dos, caméra à l'épaule, plus ou moins obstiné (et plus ou moins saoulant)
5) des salauds ordinaires, et des gens, plus ou moins malheureux, tout aussi ordinaires
6) un dilemne, ou un cas de conscience, ou un questionnement éthique : ici, il s'agit, le temps d'un week-end, de contacter 14 personnes avant un (re)vote, pour savoir si elles préfèrent garder leur prime de 1000€ ou éviter le licenciement d'une de leurs collègues...
7) au bout, une Palme d'or, ou un Prix du Jury, ou autre distinction honorifique lors de leur présentation au Cannes de l'année (là, on saura demain soir...)
Oui, y a que les imbéciles qui changent pas d'avis... (Là, je parle pour moi, et pas pour les protagonistes du film, quoique). Le résumé de l'anecdote, la présence de Marion Cotillard, les relents de ce cinéma dit "social" ne m'attiraient a priori pas vraiment. Mais dans "cinéma social" il y a, d'abord, "cinéma". Et force est de le leur reconnaître, cet indéniable talent de mise en scène, de mise en images, de mise en émotion, qui fait qu'en cinq minutes chrono j'étais happé, fasciné, kidnappé, béat.
Les acteurs y sont pour quelque chose, mais la réalisation aussi, je le répète. Sandra (Marion Cotillard, avec sa petite queue de cheval et son maillot rose) va faire du porte-à-porte, tout au long de ce week-end, avec des hauts et des bas (pourquoi en Belgique les sonnettes sont-elles si hautes ?) pour rencontrer un par un ses collègues de l'usine, ceux et celles qui ont déjà voté pour garder la prime, et qu'elle espère faire changer d'avis en sa faveur.
Au début, on craint le "procédé", la monotonie, la redite, mais c'est compter sans les Dardenne(s). Ils font de chaque rencontre un cas particulier, une vraie personne, avec sa peau, ses yeux, son existence, même si esquissée en quelques minutes, et j'avoue que plus d'une fois les larmes me sont montées aux yeux.
Le compte à rebours s'égrène, et l'espoir reprend. Parfois. Parfois pas. Au fil des rencontres et des heures qui passent (contrairement au titre qui est faux, ça me chiffonne, il y a bien deux nuits, puisqu'il y a aussi la nuit de dimanche à lundi). Je dois avouer que je me demandais comment, avec un sujet pareil, les réalisateurs allaient pouvoir négocier la fin de leur film sans dommage(s). Que la balance penche d'un côté ou de l'autre, ça pouvait être vraiment casse-gueule. Et ils ont l'élégance extrême, comme disait Bashung de "délaissant les grands axes, prendre la contre-allée", dans une fin à double détente, magnifique. (ou les verticales qui tranchaient l'image en deux, pendant toute la durée, du film sont enfin abandonnées, au profit d'une superbe courbe ascendante... yes, comme qui dirait,de l'espoir chez les Dardenne!)

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11 mai 2014

vingt et quelques albums dont on ne se lasse pas

des albums où tout est bon ou presque, des albums qu'on a beaucoup écouté, des albums qu'on réécoute sans se lasser, des albums qui ont compté, qui comptent, des albums qui font date, pour une raison ou pour une autre, des albums amis, accompagnateurs, des albums toujours présents...

ORANGE MECANIQUE Soundtrack (1971) /
Une colo maternelle à Bolandoz où on écoutait ça en boucle... / beethoven / un disque très joyeux, complètement détaché de la violence du film / quelque chose de plaisant et d'ensoleillé...
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CABARET Soundtrack (1972)/
"Wilkomen, bienvenue , welcome..." / beaucoup écouté, et beaucoup chanté aussi / "Im cabaret, au cabaret, to cabaret..." / un film revu dans une petite salle du Vox, un soir avant de partir à Avignon / "Money makes the world go round... / une histoire de pull entre deux mecs...
Cabaret-cd-film

ROCK BOTTOM de Robert Wyatt (1974)/
Si je ne devais garder qu'un seul disque, ce serait sans doute celui-là... / une expression sublime de la douleur et/ou de la tristesse... / un univers aquatique / la voix si singulière de Robert W... / l'es claviers, la trompette / "Alifib, alifib..."
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ROCK AROUND THE BUNKER (Serge Gainsbourg) (1975)/
le plus percutant et le plus provo des disques de Gainsbarre / un concept album sidérant pour l'époque / je l'avais en disque noir... / j'aimerais en savoir tous les textes par coeur/ j'entends des voix off / "Maquillez vos lèvres les gars avec des rouges délicats..." /réécouté à Gy il n'y a pas si longtemps...
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EINSTEIN ON THE BEACH Phil Glass (1976) /
une performance live hélas ignorée à Avignon en 76 / beaucoup plus tard, un anniversaire d'Emma, avec un disque acheté en suède (!) / "Bank robbery may be punishable with twenty years in federal prison..."
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MUSIC FOR 18 MUSICIANS Steve Reich (1978) /
"On dirait des mouches dans une boîte"... / et, beaucoup plus tard, une chorégraphie de Ann-Theresa de Kersmaeker... / une structure musicale envoutante, hypnotique
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SO (Peter Gabriel) 1985 /
un album quasiment parfait /Toute une époque / Momo.../ un concert à Lyon / le clip de Do'nt give up / la voix de Kate Bush /  "les petites chaînes"...
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POP SATORI Etienne Daho (1986) /
celui-là d'abord acheté en format "disque noir"... / toute la légèreté pop de la trentaine insouciante... / Vaux-le-Moncelot / le ravissement du début de Tombé pour la France,...
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SOLITUDE STANDING de Suzanne Vega (1987) /
Que des souvenirs agréables rattachés à ce disque / une ambiance ouatée, textes et musique / Oh hold me like a baby that would not fall asleep... / Gray, plutôt...
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IN THE DUTCH MOUTAINS de The Nits (1987) /
Momo, bien sûr... / les concerts au Montjoye / le groupe que j'ai sans doute vu le plus de fois en live / j'ai encore gardé l'affiche originale.../ "mountains... mountains..."
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RE de Rita Mitsouko (1990) /
Il fut beaucoup dansé sur ce disque... / C'est comme ça, bien évidemment / "This is not a compilation"... / Oh toutes ces belles guitares... / "don't forget the night..."
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THE BELLY OF AN ARCHITECT soundtrack (1992) /
Greenaway pour la première fois sans Nyman / Wim Mertens et Glenn Branca... / Oh les photocopies et le bidon de Brian Dennehy...
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HAPPINESS de Lisa Germano (1993) /
un univers magnifique (ah les guitares à l'envers...) / un coup de maître pas réitéré / une virée à deux à Dijon / Fnac Dijon :"celui-là, tu l'as ?" / Gy /...
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BRIGHT RED de Laurie Anderson (1994)/
Un disque longtemps attendu et beaucoup beaucoup écouté / "You know that little clock, the one on your vcr..." / "Tu l'attends trop, ton disque..." / Je déménage...
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PLAY (Moby) 1999 /
un disque que j'ai vraiment cherché un certain temps / l'occase de l'oncle Tom / un noël à Champlitte / Porcelain... / "Tell the truth you never wanted me..."
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THE LAST ROMANCE (Arab Strap) (2005)/
c'est un peu de la triche, car je n'ai écouté cet album de 2005 qu'en 2014 / redécouverte de ce duo écossais dont j'avais tous les albums, qui a hélas splitté / "explicit lyrics" / un disque qui sent la baise triste / un univers qui me convient parfaitement
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L'HORIZON (Dominique A) (2006) /
suite à un concert magnifiques aux Eurocks / je serai ta pleureuse / l'infiniment belle tristesse de Rue des marais / les Beaux-arts...

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A BRIGHTER BEAT (Malcolm Middleton) (2007) /
la suite logique d'Arab strap et un coup de foudre pour ce "géant rouquin et barbu" dont j'ai alors acheté TOUS les albums / celui-ci est le premier découvert / "We're all going to die.." sur un rythme guilleret et très speed / un état d'esprit qui me sied tout particulièrement...
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HIGH VIOLET (The National) 2010 /
"le meilleur groupe du monde" disait ce critique / la voix du chanteur qui fait dresser les poils... / les deux paires de frangins... /" I still owe money, to the money I owe..."
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A SECRET WISH (de luxe)  (Propaganda) (2011 reissue 1985) /
les années 80 / Zang Tumb Tumb records / Mabuse et compagnie / magnifique et ultracopieuse réédition
/ "just a dream, within a dream..." / quand on partait en voiture le matin de Besançon à Gray...
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LES BIEN-AIMES (Bande originale) d'Alex Beaupain (2011) /
un film que j'ai adoré, et une bande originale idem /Beaupain fait très fort, et les acteurs -interprètes aussi / Chiara Mastroianni au-delà des éloges, mais Deneuve, Garrel, Sagnier et tous les autres assurent grave/ "Mademoiselle est-elle telle..." / "J'en passerai des meilleures..." / "Jeunesse se passe et je m'y fais..."

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UN OISEAU S'EST POSE (Gérard Manset) (2014) /
ce vieux Manset qu'on connaît depuis 70 et qui a la bonne idée de ressortir un "best of" live, revisitant avec sa voix de 2014 -que j'adore- les "morceaux-phares" de son oeuvre / Lumières, echinodermes, matrice...
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3 mai 2014

histoires d'amour, de poules et de coqs

MY SWEET PEPPER LAND
de Hiner Saleem

Je ne suis pas objectif, je sais. J'adore les films d'Hiner Saleem parce qu'ils sont plein de Kurdes, et que ces gens-là me touchent et m'émeuvent... tout particulièrement. Comme dans Si tu meurs je te te tue, son film précédent, on en a ici une fratrie entière, attentive à la destinée de la plus jeune soeurette (tous les autres étant bien évidemment des mâles du type à poil dur et à oeil de velours), la divine Godshifteh Farahani (qui, déjà dans Si tu meurs je te tue, jouait la fiancée), qui veut repartir faire l'institutrice toute seule comme une grande dans un patelin du trou du cul du monde, et qui est obligée de poser à son père la question de confiance pour qu'on l'autorise à partir.
Parallèlement on a suivi l'histoire d'un autre monsieur kurde, un ancien peshmerga -j'adore ce mot- qui va atterrir (pour fuir sa maman qui veut absolument le marier, comme s'il n'avait pas droit au repos du guerrier qu'il a bien mérité) , ô coïncidence (un coup monté du cupidon kurde ?) dans le même village du trou du cul du monde comme nouveau chef de la police et garant de l'ordre. Sauf que la région est sous la "protection" d'un méchant tout puissant et qui va voir d'un mauvais oeil (de velours, tout de même, bien entendu) la venue de ce jeune plein d'illusions qui vient remettre en cause son hégémonie infectieuse et celle de sa bande de mercenaires (tous, bien entendu, à poil long et oeil de velours, mais méchants).
D'autant que les circonstances vont rapprocher -en tout bien tout honneur- dès la première nuit nos deux tourtereaux (l'institutrice et le gendarme, oui, on sent bien dès le début qu'ils sont faits pour tourterer, même si ça prendra tout le film pour -attention spoiler!- arriver à leurs fins), puisque la demoiselle va être hébergée par le gendarme pour la nuit puisqu'il n'y a pas de place au saloon à l'auberge.
(J'utilise à dessein le mot saloon puisque le réalisateur va s'amuser à reprendre scrupuleusement les codes du western - le shériff incorruptible, les bandits, le chef des bandits, l'héroïne virginale, les chevaux, les bagarres, la musique- tout au long du film. On connaissait le western-spaghetti, mais quid du western- (là j'ai un trou, quelle est donc le mets de choix des kurdes ,-...?) Bref, toujours est-il que dans le village ça va méchamment jaser : de quoi de quoi ? La belle maîtresse musicienne (elle joue d'un instrument magnifique dont j'ai oublié le nom) dans le lit du shérif à poils durs dès le premier soir et sans être mariés ? Le chef des méchants y voit l'occasion de régler son problème (ses problèmes, d'ailleurs, avec l'instit et avec le flic) en téléphonant perfidement au père de la demoiselle pour insinuer qu'elle aurait sans vergogne piétiné sa vertu, ce qui a pour effet immédiat de faire débouler au village toute la fratrie (à poils longs et à oeil de gazelle), avec l'intention de ramener la donzelle manu plus ou moins militari au bercail...
D'où altercations -et tentatives d'explications- diverses, de part et d'autre (le héros, les méchants, le chef des méchants, la demoiselle, les frangins...), embuscades, échauffourées, secouages de puces, jusqu'à ce que, heureusement
1) le bon droit triomphe du mauvais
2) l'amour triomphe de tout
Yesss! Ouf! On l'avait deviné depuis le début, mais là n'était pas le problème, on est 'achement content quand ça se concrétise (ooooh ils vont avoir beaucoup d'enfants qui auront des yeux de gazelle et sauront jouer du klong -ça n'est pas véritablement ça le nom de l'instrument mais ça n'a pas d'importance...-) et tout va donc pour le mieux dans le meilleur des Kurdistan(s)...

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24 avril 2014

I feel you

LIGNE D'EAU
de Tomasz Wasilewski

Encore un film reçu (et vu) en avant-première, grâce à la gentillesse de sa boîte de prod, Outplay pour ne pas la nommer, qui nous envoie, de par notre entregent (non non je n'ai rien dit d'autre), ces films gay (euh à présent il faut dire LGBT, je sais, mais je reconnais que c'est surtout le G qui m'intéresse...), venus d'un peu partout, que nous programmerons ensuite, ou pas (Nous l'avons fait pour Le chemin des dunes et pour Una noche, respectivement la Belgique et Cuba). Il s'agit ici de la Pologne, ce qui pourra sembler un peu plus surprenant car c'est un pays qui n'est pas spécialement renommé pour être rose comme la cage aux folles.
Pour les histoires d'amour entre garçons, je le sais, j'ai une âme de midinette, et je suis prêt à subir les conventions inhérentes au genre : habituellement, les protagonistes sont gaulés comme des dieux -c'est vrai, ça, pourquoi ne filme-t-on jamais une histoire d'amour entre mecs normaux, avec des lunettes, des cheveux gras, du bide ? oui oui ce serait certes moins vendeur, mais c'est la vie, borde! Et on me répondra alors que le cinéma n'est pas censé être une imitation de la vie, et toc!-, au début il y en a un qui n'aime pas l'autre, mais au bout d'un moment ils s'aiment, et, à la fin, ça peut finir très bien genre lune de miel ou bien au contraire c'est grave la cata, Mort à Venise, Malher, sang et larmes et désespoir...
Tomasz Wasilewski réussit à mettre en place une histoire qui est tout sauf une bluette eauderosée : le héros s'entraîne pour devenir champion de natation (ok, l'option "gaulé comme un dieu est bien cochée mais bon, il est hétéro, il vit avec sa copine, chez sa mère, dans une Pologne où "l'eau coûte cher..." et les pépettes sont rares -mais pas les occasions de s'engueuler-). Un quotidien pas forcément emballant, retracé sans fioritures en plans qui s'enchaînent sèchement, entre lesquels le spectateur doit faire fonctionner ses méninges pour identifier les césures et les enjambements. Tout n'est pas raconté scrupuleusement in extenso et c'est tant mieux.
Bien évidemment il rencontre l'autre jeune homme à une soirée, avec qui tout d'abord il ne partage qu'un joint sur le balcon... Le nageur c'est Kuba et l'autre c'est Michal. Et voilà qu'après cette soirée la vie continue, certes, entraînement/copine/cohabitation chez maman, mais il y a désormais un petit quelque chose en plus (ah j'adore ces histoires d'hétéros qui craquent, ce sont mes préféré(e)s) : Kuba réalise que euh et bien il serait peut-être bisexuel, non ? Et va explorer cette possibilité. Et les choses suivent leur cours... Avec Michal, donc, avec Sylwia,la copine, avec la maman qui s'en mêle, (vous imaginez bien qu'elles ne vont pas forcément aller en se simplifiant), et...
eh eh je vais m'arrêter de raconter là, qu'il vous reste encore le plaisir de la découverte!
Un film tenu, tendu, où le souci principal du réalisateur n'est pas de nous exposer de mâles et frénétiques copulations mais bien de retracer avec justesse une "histoire simple", inscrite dans un contexte (socio-politique) précis, dans  la réalité contemporaine d'un pays donné. La Pologne nous parle d'homosexualité et c'est une bonne nouvelle. Comme dans beaucoup d'autres pays, l'évolution des mentalités en serait une meilleure...

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25 février 2014

pas précisément quelqu'un d'aimable

MERE ET FILS
de Calin Peter Netzer

J'ai déjà dit et re- tout le bien que je pensais du cinéma roumain, ou du "nouveau cinéma roumain", (en gros, post Pintilié ou post Ceaucescu), dont nous avons, avec nos petites mains, programmé la quasi-intégralité dans le bôô cinéma. Ce réalisateur présentait la particularité d'avoir un prénom charmant (Calin) et un nom inconnu de nos services. Allons-z-'y donc, puisque c'est roumain...
Il y avait hier soir un peu de monde dans la salle, (même si deux dames l'ont quittée en cours de projection, l'une très rapidement et la seconde un peu plus tard). On pourrait dire de Mère et fils qu'il est rigoureux, comme on le dirait d'un hiver. Un froid et sec et sain. (Comme on pourrait le dire d'ailleurs d'une grande majorité des autres films roumains.) J'étais plutôt content de ma formule, trouvée pendant le film, mais je ne suis plus si sûr qu'elle convienne parfaitement. Il y manque la nuance de cette plus ou moins perceptible distance que peuvent générer l'humour ou la lucidité (voire les deux). Pour filer la métaphore hivernale, on pourrait rajouter "tonique et stimulant".
J'aime dans le cinéma roumain ce que j'aime aussi, par exemple (ce qui n'a quasiment rien à voir) , chez un Jia Zang-Khe : l'inscription d'un propos "fictionnel" dans une réalité brute et réaliste. Des histoires simples, racontées cinématographiquement. En général, on y parle beaucoup (c'est en effet ici le cas) et on s'y affronte au moins autant (ce qui est encore le cas ici). Huis-clos, face-à-face, lieux confinés, plans rapprochés.
Ici, on n'oublie jamais qu'on est au cinéma, tant la caméra portée virevolte et zigzague (parfois comme un moustique obstiné) plus ou moins gratuitement d'ailleurs parfois. Je conçois que cela puisse donner au spectateur lambda un sentiment de tangage et de roulis rendant le film encore plus inconfortable. Oui, ça fait du bien quand ça se pose.
Et Mère et fils, le titre, a l'avantage de dire l'essentiel du film. Cornelia (une bourge à manteau de fourrure) est la mère de Barbu (un trentenaire maussade). Mère possessive jusqu'à l'étouffement de ce fils unique qui cherche à prendre ses distances. Mais quand ledit fils va avoir un accident (en roulant beaucoup trop vite, il a écrasé un gamin), Cornelia va tout mettre en oeuvre pour qu'il s'en sorte sans trop de dommages, et c'est toute cette procédure (les policiers, le constat, la prise de sang, le témoin, l'affrontement avec la famille du gamin) qu'on va suivre tout au long du film, alternant les démarches diverses de Cornelia (elle a des "relations" et les fait jouer autant qu'elle peut, et ce sans états d'âme) et les affrontements successifs qu'elle a avec son fils, sa belle-fille, son mari...
C'est très "roumain" et j'adore ça. On parle beaucoup, on se gueule à la figure, on ne lésine pas sur les insultes et autres noms de volatiles divers (bien plus que ça, même, ne faut-il pas être un fils roumain pour pouvoir lâcher à ta mère "va te faire enculer.." ?). Cornelia est une maîtresse-femme, elle occupe littéralement le film, jusqu'à une scène finale (je veux parler de la toute fin, dans la voiture, de loin la plus forte parce que sans aucun mot, juste un regard, un geste, un rétroviseur, où, pour la première fois peut-être de sa vie (en tout cas, du film), où, enfin (il était temps!) le fils en question va avoir le courage de.) qui clôt le propos d'une façon (paradoxalement ?) apaisée, peut-être parce qu'enfin, justement, elle se tait.

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17 février 2014

malcolm m

En musique, comme dans la vraie vie, je connais des emballements. Des embrasements. Qui peuvent, à la longue, se révéler feux de paille(s) ou durables incendies de forêt.
Le dernier en date est ce monsieur, Malcolm Middleton, récemment découvert suite à un regain d'intérêt pour le défunt groupe écossais Arab Strap, dont j'avais acheté et écouté plusieurs albums dans les années 90 (sans en avoir gardé grand-chose, inconstant que je suis, à part le post-folk et les explicit lyrics). Et voilà que par je ne sais quel enchaînement de circonstances, je réécoute les anciens albums en question, me renseigne pour savoir s'il y en a d'autres, et achète le dernier "vrai" album, et la compilation de faces b et d'inédits qui servit d'épitaphe au groupe (et que j'ai, autre enchaînement de circonstances, acheté deux fois sans le faire exprès, et donc offert le deuxième à Régis et Emma, que je sais friands de cette musique) disque intitulé "ten years of tears", avec, en sous-titre, "happy retirement" ( je l'ai pris pour moi!)Et donc de découvrir que les deux membres d'Arab Strap, Aidan Moffat et Malcolm Middleton ont fait carrière(s) solo(s). Grosso-modo, Moffat c'est celui qui écrivait les cochonneries et les chantait parfois approximativement, et Middleton celui qui faisait les musiques. et j'ai acheté, au petit bonheur un des albums solo de Midleton, A brighter beat (le 3ème) et je dois avouer que j'en ai été sur le cul, tellement tout ça m'a semblé tellement bien d'un bout à l'autre, et surtout que ça semble rester un secret si bien gardé. J'ai donc acheté 5:14 fluoxytine seagull alcohol john nicotine (le premier) et Into the woods (le 2ème).
Je n'ai reçu que le premier (5:14) que j'écoute en boucle ce soir , car re sur le cul car re tout ça très (trop) bien : des mélodies belles à pleurer (Crappo the clown, le premier morceau, je n'ai pas eu à aller bien loin...). Pour un disque d'une sublime tristesse crapoteuse ("glad to be sad" semble être un des mots d'ordre de M.M) mais pas que.
Et surtout incroyable de constater combien un certain disque peut arriver à point nommé, juste à un certain moment, qui est exactement le moment qu'il fallait pour que le mood actuel soit exactement (parfaitement) compatible (confondable) avec celui du disque.
J'écrivais à un copain pendant que j'écoutais le disque, et j'essayais de lui expliquer que j'avais les larmes aux yeux en écoutant ce disque mais que ce n'étaient pas des larmes de tristesse, que c'était difficile à expliquer, et il n'a d'ailleurs pas eu très l'air de comprendre...

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23 janvier 2014

la dernière clope de l'humanité

SNOWPIERCER
de Bong Joon Ho

Whouaaaaaaaaaa! Moi qui adore voyager en train... Et aussi les histoires de fin du monde. A la sortie, je suis resté cinq bonnes minutes sur le parvis, un peu désorienté, tant les deux heures et quelques du film ne vous laissent pas une seconde de répit. Un réalisateur que j'aime beaucoup (The host, Memories of murder) réalise en même temps un blockbuster susceptible de plaire à la majorité, mais en même temps un film personnel, avec ses obsessions et ses questionnements personnels, passionnant de bout (la queue du train) en bout (la tête du train).
Doté d'un solide argument de science-fiction (nouvelle ère glaciaire, survivants de l'humanité entassés dans un train qui tourne sans fin autour de la terre), le film n'en reste pas moins une assez exacte métaphore de notre société, juste un tout petit peu exagérée et noircie (encore que...). A l'arrière, les pauvres sont entassés comme dans des wagons à bestiaux, sales et puants (avec des soucis de pauvres (bouffer, se foutre sur la gueule), tandis qu'à l'avant se pavanent les riches, beaux et bien lavés, musique douce, lumière d'ambiance, avec des soucis de riches : coiffeur et bar à sushis.
Jusqu'au jour où (cycliquement, c'est inévitable) la révolte gronde, trop c'est trop, et hop! en avant! les "queutards" décident de partir à l'assaut, de franchir les portes successives des voitures (le film va de la gauche vers la droite) jusqu'au mystérieux "conducteur" tout à l'avant, celui qui conduit la "machine" toute-puissante.
Bien entendu, beaucoup disparaîtront au fil de l'épopée (et on sait quasiment dès les premières images celui qui est sûr d'y arriver...). Il s'agit donc de franchir des portes blindées, d'affronter des méchants, et de changer de "niveau". Le programme a le mérite d'être clair, et il est respecté à la lettre ou presque, avec morts successives, trahisons diverses, méchants grotesques (Tilda Swinton) ou terrifiants (le tueur), rebondissements, surprises et découvertes diverses, en suivant le "gentil"  aux mâchoires serrées et à la barbe de trois jours (oui, justement, celui qui... vous m'avez compris).
Une épopée glaciaire impressionnante.

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17 janvier 2014

"je voudrais rester dans cette nuit..."

LES RENCONTRES D'APRES MINUIT
de Yann Gonzalez

Celui-là, j'y tenais tout particulièrement, parce que j'étais bien conscient que si nous on ne le programmait pas, je n'aurais eu aucune chance de le voir ailleurs (ma concordance des temps est-elle bien concordante ?). Le peu que j'en avais lu, les courts-métrages du même réalisateur que j'avais déjà vus, les photos de Nicolas Maury,le dossier dans Les Cahiaîs, la participation annoncée d'Eric Cantona (dans le rôle de "l'étalon"...), tout ça faisait que oui oui je l'attendais sacrément celui-là... Et il ne passe en plus que 3 fois dans le bôô cinéma, alors, fallait se mobiliser ! (pour la première sénce, ce soir, on était vaillamment 5...). La surprise de retrouver en tête de générique Kate Moran, que je ne connais pas plus que ça, mais que je venais de voir, l'avant-veille, pendant les quasi cinq heures de la retransmission en direct live d'Einstein on the beach, sur Mezzo... Ah les hasards de la programmation...
Il y a plusieurs façons d'entrer (oui, de pénétrer) dans un film : la voie royale, majestueuse, indiscutable, sidérante par rexemple : A touch of sin), et puis l'autre, moins évidente, plus malaisée, moins facile, moins évidente : celle de ce film, par exemple. Qui ne se rend pas immédiatement compréhensible/aimable (rayez le mot choisi). une, deux, trois scènes, ça se goupille plus ou moins (on repense que gonzalez revendique avoir piqué la scène quasi d'ouverture en moto à Robbe-Grillet -mais qui donc se souvient de Cyrielle Clair  ?-) et puis le générique aux belles lettres bleues un peu effacées, et puis la présence plus que troublante de Nicolas Maury et puis la somptueuse musique de M83 (dont un des membres est le frère du réalisateur) et me voici soudain submergé par les larmes (de joie, de plaisir, d'émotion, de volupté, comme celles qui étaient venues tout aussi spontanément dès le début des Rêves dansants), en me disant que la musique y est certainement pour beaucoup.
Un genre de ménage à trois : Ali, la femme, Mathias, l'homme et Udo, leur "bonne" (travesti(e)). Ils  attendent des invités pour une partouze, qui ne seront identifiés que par leur personnage "générique"... On frappe à la porte, c'est La Chienne qui se fait introduire céans, puis ce sera le tour successivement de l'Etalon, de l'Adolescent, de la Star, chacun se présentant aux autres, racontant une (sa) petite histoire...
Ce sont ces histoires, leur traitement, la façon dont elles sont racontées, intégrées au récit, qui donnent à ces Rencontres d'après minuit leur structure extrêmement originale, bizarre, hétérogène, à mi-chemin entre le maelstrom et le kaléidoscope (un genre de potion magique, de bouillon d'onze heures, où flotteraient des grumeaux de citations cinématographiques plus ou moins pittoresques et tarabiscotées (Ilsa, la tigresse du Goulag, Dark Vador, l'Eric Rohmer de Perceval, possiblement Jean Rollin, les Prédateurs de Tony Scott...) mais aussi de genres (cinématographiques) tout court (le cinéma  intello, le film de cul, le film dans le film, le film d'horreur, le cinéma petit-bourgeois, le film expérimental, le cinéma lyrique... j'emploie à dessein les deux termes de "film" et de "cinéma" sans vraiment être capable d'expliquer la différence, mais en sachant qu'elle existe).
Il est finalement question d'amour, de liens, de sentiments, de déchirements, beaucoup plus que de queues et de culs (ce qu'auraient pu faire croire les premières minutes,  (la "reprise de conscience" de Mathias, puis  les dialogues (la mise en bouche) de La chienne, par exemple).

(j'ai revu le film, et cette fois nous étions quatre! J'ai moins pleuré -presque plus d'ailleurs : juste quand il est question des enfants morts (au début) et d'une famille (à la fin), on a les sensibilités qu'on peut hein... - et ça m'a pourtant tout aussi remué qu'à la première vision. Il faut redire l'importance du personnage joué par Nicolas Maury (ce serait quasiment sans hésiter mon prix d'interprétation masculine de l'année), sa finesse et sa force, son rire et ses larmes, sa voix et ses silences... C'est l'axe central (l'astre central ?) autour duquel gravitent, satellites, les autres petits cosmos personnels de chacun des personnages.
Un personnage marquant, complexe, (bipolaire ?) s'affirmant  s'exprimant en tant qu'homme même si son costume (la petite robe noire, le diadème et les talons-aiguilles, qu'il porte très bien) pourrait censer prétendre le contraire.

(J'ai abandonné un temps ce post, et voilà que j'ai du mal à le terminer, peut-être comme j'ai eu du mal à quitter le film...) Un ultime regret (ou une légitime inquiétude) : la quantité de gens qui ne l'ont pas aimé, qui l'ont rejeté, qui sont passés à côté, ou qui n'ont même pas voulu essayer... Avec, en parallèle, quelques inquiétudes sur ma santé mentale ?

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5 janvier 2014

corps à corps

MES SEANCES DE LUTTE
de Jacques Doillon

"Trop de désir n'aide pas trop à combattre..." est-il dit un moment dans le film, par une des deux protagonistes (la de plus en plus bluffante Sara Forestier). je me suis répété cette phrase, en me disant au bout d'un moment qu'on pouvait parfaitement l'inverser : "Trop de combat n'aide pas trop à désirer...", à propos du film.
C'est sans doute plus un film "de filles" : mes deux voisines avaient l'air positivement ravies, l'oeil brillant et la mine enjouée, tandis que je l'étais moins, sans pouvoir vraiment expliquer pour toi. sans doute l'argument m'e na-t-il semblé un peu répétitif : Une jeune fille, à l'occasion de la mort de son père, reprend contact avec un ex (pas vraiment ex puisqu'ils ils se sont séparés sans même avoir couché ensemble), lui demande en quelque sorte des explications, et entreprend avec lui un genre de thérapie amoureuse, avec séances de combat quotidiennes, et discussions qui vont avec. L'ex, c'est James Thiérrée, tout mimi barbu joli, et le couple est joli, avec sara Forestier, couple dont l'affrontement est vraiment physique, avec baffes, coup de genou dans les couilles, tête cognée contre les plinthes, et autres joyeusetés, tout en variant chaque fois le terrain de lutte : dans le salon, sur la pelouse, dans la sciure, dans l'eau boueuse (un des plus beaux moments du film), sur le carrelage, dans l'escalier, etc.
Jolie métaphore du couple et de ses affrontements, me semble-t-il (qu'ils soient verbaux, physiques, amicaux ou agressifs, violents ou amoureux, ou les deux à la fois). Mais qui -paradoxalement - me laisse un peu froid. Peut-être à cause du systématisme du procédé, peut-être aussi (oh oh j'ai honte) parce que la dissection du couple hétérosexuel ne me passionne pas plus que ça, aussi excellents que  soient, je le répète, les deux interprètes.
J'ai adoré (et j'adore toujours) le Doillon des joutes oratoires en chambre et interminables (Ah, La vengeance d'une femme, ah Le mariage à trois, ah Carrément à l'ouest...),et  j'aime moins celui des baffes et de l'affrontement physique...
Me resteront au moins deux choses de ce film : la scène dans le ruisseau (j'en ai déjà parlé) et un extraordinaire plan de Sara forestier, nue dans la baignoire, et déconstruite comme une vision cubiste. Epoustouflante!

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15 décembre 2013

en salopette

PRINCE OF TEXAS
de David Gordon Green

Je le savais, que ce film était fait pour moi...
Deux hommes en salopette -déjà, ça, ça me plaît-, (joués par deux acteurs mimi que j'aime, Paul Rudd et Emile Hirsch), employés à refaire la signalisation  routière dans une région du Texas ravagée par des incendies, deux personnages qu'au début tout ou presque oppose (le "chef", monsieur je-sais-tout, sérieux, moustache et cheveux bien taillés, amateur de vie au grand air et de plaisirs frugaux) et le sous-fifre -l'employé- , joyeux queutard à cheveux longs chemises hawaïennes et torse velu, et en apparence plafond bas), juste qui parlent, sans forcément s'écouter (ni avoir envie de) l'un l'autre, et voilà...
On the road again... cette fois-ci le voyage se fait au rythme de la machine qui crache ses jets de peinture jaune au milieu de la route : en pointillés et à deux à l'heure. Et ce n'est vraiment que du bonheur. (Catherine l'a ressenti exactement comme moi). Quatre-vingt dix minutes environ de plaisir simple, doux, léger... Même si l'anecdote est réduite au minimum (l'un réussira-t-il à tremper le biscuit pendant le week-end, et l'autre recevra-t-il une réponse à la lettre qu'il a écrite à sa copine -qui s'avère être la soeur du premier- ? ) et les protagonistes idem : nos deux lascars, donc,  plus  -de temps à autre- un vieux routier légèrement alcoolo sur les bords, et une vieille dame plus ou moins mystérieusement nostalgique (à moins que nostalgiquement mystérieuse ?).
La situation (deux mecs, la cambrousse, les discussions) pourrait évoquer Old Joy (que j'avais aussi beaucoup aimé, tout en regrettant qu'il y manque un petit quelque chose), à la différence que, s'il y a ici encore moins d'enjeu (scénaristique), on n'a pas (du tout) ce sentiment de manque. Le film est "léger" mais il est plein. D'autant plus qu'il représenterait pour moi un genre d'illustration parfaite de ce que pourrait être une  relation "idéale" entre deux mecs, sans ambiguité (même si, mais c'est le jeu, mon radar à sous-sous-texte gay crépitait parfois comme un compteur geyser) sexuelle, au moins, dirons nous, puisqu'il se jouera tout de même quelque chose (...) au niveau affectif.
David Gordon Green (dont je ne pense n'avoir vu aucun des films précédents) a pris soin de nous emballer ce a priori tristounet et  maigrelet fil scénaristique dans une sacrément belle étoffe cinématographique, en variant les thèmes et les motifs, en abandonnant parfois carrément nos deux olibrius pour traiter l'image  (c'est drôle, j'avais tapé "l'aimage", et c'est vrai qu'on n'en est pas loin...) de façon joliment abstraite (enfin, l'abstraction qui me plaît : détails en gros plan, effets de vitesse), ou joliment différente, en tout cas. Variable. Ruptures de rythmes, ruptures de cadre, ruptures de ton.
Me semble bien que certains critiques ont ronchonné blah blah tous les tics du parfait film indé, mais bon sang ces gens ont-ils un formulaire pré-imprimé (genre constat pas à l'amiable) à la place du coeur et/ou du cerveau ? Dès qu'un film sort du balisage normatif (tiens, on y revient, à la signalisation routière) il est conspué ou méprisé ou... Le public ne s'y est pas trompé, ce gros benêt, avec ses gros sabots et ses oeillères, qui a réservé au film un accueil quasiment catastrophique... Rhalala si c'est pas malheureux, alors que justement le film produit l'effet inverse, et semble justement tout faire pour  que vous ne le soyiez pas, malheureux. Ou alors c'est que peut-être j'adore les "blah blah tics du film indé", non ?
Bon, ok, peut-être certains penseront que ça manque de femmes (là, on ne peut que constater, on ne peut pas dire le contraire) mais ça n'est pas gênant (je parle pour moi hihihi) et ça fait sacrément du bien de suivre cette ligne  sur laquelle se tient le film : juste une histoire avec deux mecs "normaux", qui font des trucs de mecs "normaux", où le plus important est surtout ce qui, ailleurs, serait le moins important : les détails, les broutilles, les pauses, les flottements, ce qu'on ne dit pas, ce qu'on imagine, les variations dans la répétition des heures des jours des tâches à accomplir, et tout ça simplement, amicalement, au (beau) milieu d'une nature qui a morflé (les incendies) mais qui reste quand même plaisamment accueillante.
Et je n'ai pas parlé de la musique, qui vient encore plus joliment enrubanner tout ça... C'est vraiment très plaisant. Oui, décidément, voilà un paquet-cadeau de cinéma idéal en ces temps somme toute grisounets de fêtes obligées, un film où la reconnaissance mutuelle et progressive serait le plus joyeux des chemins à baliser...

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12 décembre 2013

sissy

LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE
de Guillaume Galienne

Je l'avais déjà vu, en prévisionnement, à Moirans, et j'étais resté un peu sur ma faim, qualifiant juste le film de "survendu" (oui, un film plutôt sympa, mais ne méritant pas forcément la kyrielle de louaaaanges dont les médias quasi unanimes le couvraient déjà bien avant sa sortie, ainsi que l'importance (la lourdeur) de la machinerie médiatique -son emballement-).
Les circonstances ont fait que j'y suis retourné, et que je suis à nouveau face à un abîme de perplexité. Le titre est très joliment trouvé, et cette histoire de coming-out à l'envers "maman, je suis hétéro" était plutôt appétissant. guillaume galienne est un jeune homme très sympathique, et qui paye de sa personne puisque, en plus de s'interpréter jeune, il joue aussi le rôle de sa mère. Et je trouve qu'il est bien plus ahurissant de justesse et de véracité lorsqu'il joue sa maman que lorsqu'il se joue ado (le film a déjà été un spectacle, qui sert d'ailleurs d'introduction et de conclusion au récit, et, dans le peu qu'on en voit, il est aussi très juste). Il eut peut-être fallu -paradoxalement- faire jouer Guigui jeune par un autre acteur. Les scènes ou intervient Maman sont plutôt bluffantes, tandis que celles avec Guigui seul ne le sont pas forcément autant (je pense notammentà la scène massage/lavement en Autriche, qui frôle quasiment le sinistre, l'accident industriel.)
Ce qui m'a frappé le plus, c'est la voix que prend Guillaume Galienne. d'accord, pour suivre le scénar, il est important qu'il ait une voix raccord avec celle de sa mère (le gag est utilisé deux fois), ce qui fait que, pendant quasiment tout le film il prend ce genre de voix de fausset (de follasse) qui m'est devenue au fil du film de plus en plus insupportable. le seul moment (j'ai été très attentif) où il prend sa voix "normale", est celui, tout à la fin, -normal !- où il annonce à sa mère qu'il n'est pas homo et qu'il va se marier, accentuant ainsi encore plus la force de ce moment.
Il faut reconnaître à Guillaume Galienne l'intelligence d'avoir su s'entourer d'acteurs formidables (André Marcon est excellent dans le rôle du père, Françoise Fabian touchante en grand-mère, Hervé Pierre et Réda Kateb font chacun un passage remarqué, l'un en médecin-chef militaire et l'autre en rebeu gay, bref, ça assure incontestablement question acteurs, et je répète que le rôle de la mère est vraiment une prouesse d'équilibre et de justesse).
Il faut lui reconnaître aussi le talent de l'écriture, d'avoir ainsi tricoté les mots  qu'il met dans la bouche de ses personnages (facilité sans doute par le fait que le spectacle pré-existait au film), mais d'où vient alors, au final, ce sentiment d'instisfaction ? Du fait sans doute de la construction même du film, la succession des flash-backs devenant un empilement de moment disjoints, plus ou moins drôles, et plus ou moins  habilement réunis (en soulignant encore une fois que chacune des apparitions de la mère est extraordinaire...)
Il y a plein de moments acides et vachards où j'ai ri (j'étais même d'ailleurs un des seuls dans la salle à le faire - à oser le faire ?-, avec les adotes qui étaient derrière moi), quelques autres où j'ai été mal à l'aise, et d'autres aussi que j'ai adorés (Ah! l'entrevue entre Sissy et la reine-mère, par exemple, est un grand moment de follitude...)
Le film casse la baraque au box-office (Libé parlait de 3 millions de spectateurs!) mais me semble être davantage un phénomène parisien... (J'aimerais bien savoir comment il est reçu par les spectateurs lambda provinciaux.) Et le fait que Guillaume Galienne joue dans le prochain YSL de Jalil Lespert (la biographie "autorisée", puisqu'il y en aura une seconde ensuite, celle de Bonnello, qui n'est pas cautionnée) le rôle de l'amant de St-Laurent, risque encore de brouiller les pistes (ou de confimer que, comme disait Bourvil, "Quand on est artiste, faut faire tous les genres...")

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23 février 2018

deux doigts

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LA FORME DE L'EAU
de Guillermo Del Toro

Oh le joli film.
En sortie nationale dans le bôô cinéma, avec donc hmmm séances par jour, mais une seule en VO, celle de 18h, à laquelle je suis allé, en ce premier jour d'exploitation, fort étonné d'ailleurs de découvrir faisant la queue devant ladite salle un certain nombre d'ados... Des ados, à une séance en VO ? (smiley perplexe) Oui oui...
De Guillermo del Toro je n'ai vu, il y a longtemps, que Le labyrinthe de Pan (avec Sergichounet Lopez en méchant très méchant), qui ne m'avait pas plus emballé que ça, et HellBoy, (beaucoup plus dans mes cordes celui-là...), autant dire que me font défaut de vastes pans de sa cinématographie... Mais celui-là, allez savoir pourquoi, j'en ai eu soudain énormément envie, n'en connaissant pourtant que le pitch : une femme sourde tombe amoureuse d'un monstre aquatique style L'étrange créature du Lac Noir, un peu en plastoche donc, mais c'est pour ça aussi qu'on l'aime...
Dès les premières images, et jusqu'au bout, le film a pour moi fonctionné - clic clic clic- par associations et résonnances : la très belle scène aquatique initiale me renvoyant -peut-être à tort- à la  pièce immergée où plonge l'héroïne au debut d'Inferno (de Dario Argento), sauf que là c'est beaucoup plus vert et beaucoup plus doux... Et j'ai pensé aussi à un vieux roman de science-fiction lu quand j'étais ado, Verte Destinée...
Ce songe aquatique est celui d'une demoiselle, muette -mais pas sourde- (Sally Hawkins, vue dans le Blue Jasmine de Woodychounet, en frangine "nature" de Cate Blanchett) qui vit dans un appartement (et un immeuble) qui m'ont aussitôt évoqué ceux de Delicatessen (de Jean-Pierre Jeunet), tandis que cet univers évoquait plutôt pour ma voisine celui d'Amélie Poulain (du même Jeunet).
Cette jeune personne travaille, en compagnie d'une copine black qui l'a prise sous son aile, comme femme de ménage dans un Institut Océanographique, où va faire irruption, enchaîné dans un caisson mystérieux, une non moins mystérieuse créature, surveillée par un militaire déplaisant (joué par Michael Shannon, découvert chez Jeff Nichols, occupant ici le rôle du méchant vraiment très très méchant, peut-être un peu systématiquement c'est vrai) et dont s'occupe le professeur Hostetter (incarné par Michael Stuhlbarg, adoré dans A simple man des frères Coen puis dans, tiens lui aussi, Blue Jasmine de Woodychounet)... Ah et j'oubliais le voisin de la jeune fille (au fait elle s'appelle Elisa), un artiste homosexuel "d'un certain âge" (hum hum suivez mon regard), joué par le grand Richard Jenkins, lui aussi adoré dans, entre autres The Visitor, mais aussi en papa fantôme dans la chérie chérie série Six feet under). Voilà pour les références. Y rajouter qu'à l'ambiance Delicatessen du début se substitue progressivement un univers -et une façon de filmer- que je pourrais qualifier de "à la Wes Anderson", qu'ici on adore, avec toute les nuances de plaisir que cela suppose (la fantaisie, le vague à l'âme, les intuitions géniales, la minutie, les surprises etc.)  et tout ça fait qu'on ne peut qu'aimer tendrement ce film. (Autant un sacré beau film de genre qu'un genre de sacré beau film.)
D'autant plus que, comme à son habitude, en plus du récit d'aventures et de l'archétype fantastique, le réalisateur pose un touchant regard sur un certain nombre de laissés-pour-compte dans cette Amérique des années 50/60 -mais qui le sont toujours  dans celle d'aujourd'hui, et pas que l'Amérique d'ailleurs- brossant, via un inventaire des minorités, un éloge de la différence  : la créature aquatique en étant l'omega (le climax) de l'exclusion, tandis que chacun des autres personnages (ou presque) endosse sa singularité comme un costume : celle qui est muette (et qui utilise la langue des signes), celle qui est black, celui qui est gay, celles qui sont femmes de ménage, celui qui est Russe, celui qui est sans-emploi etc.,  comme un touchant catalogue de la déroute de toutes les formes d'exclusion (et donc un plaidoyer en leur faveur).
Et j'ai adoré ça, de a jusqu'à z, surtout qu'il s'agit, d'abord, finalement, d'une histoire d'amour (encore une fois, en écho(s) : si Elisa montre à la créature combien elle l'aime, Guillermo del Toro nous montre, à nous spectateurs, à la fois combien il nous aime, et combien il aime aussi le cinéma) et le réalisateur charge la barque dans un empilement gourmand à plusieurs étages : fantastique, espionnage, chronique sociale, récit d'aventures, polar, vengeance, avec beaucoup d'eau, certes, et sous toutes ses formes, multiple, à l'image de toutes les péripéties inhérentes à ces genres, attendues qu'elles sont dans la stylisation de ce genre de récit.... (Tiens,  à propos d'eau, j'évoquais dans le post précédent mon goût pour les gouttes sur les vitres, eh bien muchas gracias Guillermito, parce que, question gouttes, j'ai été comblé!).
De l'amour, de l'amour, oui, mais tout n'est pas que rose dans ce sucre candide, et ça vire parfois à l'éclaboussant, voire au brutal (et il faudra à plusieurs reprises -brièvement- détourner le regard), mais toujours dans la vision de Guillermo del Toro, avec un genre de petit sourire complice, de clin d'oeil quasiment, (c'est ce qui me faisait évoquer plus haut le cinéma de Wes Anderson) qui vous chuchote affectueusement "ne soyez pas dupe, vous savez bien, ce n'est que du cinéma...".
Et le film repartira  dans l'eau, (très doucement) tout comme il avait commencé...
Re Top 10, il me semble bien, au vu du plaisir procuré.

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19 janvier 2018

west virginia

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LOGAN LUCKY
de Steven Soderbergh

Malou (qui avait vu le film bien avant moi) m'avait annoncé que j'allais me régaler.
Elle avait raison.
Sacré bonhomme, ce Soderbergh (dont je suis la carrière depuis son premier film, Sexe mensonges et vidéo -qui fut en son temps un sujet de discorde entre Pépin et moi : il n'avait sans doute pas tout à fait tort, et moi sans doute pas tout à fait raison...- une filmographie accidentée dont je n'ai pas vu quelques blockbusters chromés et rutilants (la série des Ocean quelque chose, notamment) et dont finalement , après vérification sur allocinoche, je n'ai pas vu tant de films  que ça, mais dont la liste  constitue un drôle de collier : Kafka, L'anglais, Traffic, Solaris, Bubble, The informant...
Celui-ci, pour être franc, c'est l'affiche qui m'a donné envie de le voir (mais comme il n'était passé qu'en vf -pouah- dans le bôô cinéma j'avais décidé de prendre mon mal en patience, et bien m'en a, justement, pris) et sans doute, surtout, Adam Driver... C'est l'histoire de deux frangins de la famille Logan, dont la rumeur locale dit que leur famille est affectée par une poisse récurrente, l'un est handicapé du bras et l'autre de la jambe, qui décident de monter un super casse le jour d'une super course automobile. Une célébration super ricaine où les dollars coulent à flot. Ils ont besoin des talents d'un perceur de coffre-fort (Daniel Craig, délicieusement peroxydé et multi-tatoué) et de ses deux frangins aussi, deux rednecks pur jus (pure bière plutôt). Ils mettent sur pied un plan absolument étourdissant, qui, bien évidemment ne se passera pas tout à fait comme prévu...
Ca démarre tout doucement, paisiblement (au début j'aurais  presque été tenté de regarder ma montre), tellement Soderbergh s'intéresse à ses personnages, et puis la mécanique s'enclenche, inexorablement, pour le spectateur autant que pour les personnages, ça monte en pression, ça accélère, ça fume, ça vrombit sur les chapeaux de roues, ça étincelle, ça explose, et on jubile, à chaque instant, de plus en plus. Pyrotechnie cinématographique.
Encore plus lors de la dernière partie du film, qui est un véritable bloc de bonheur filmique, et dont je ne dirai absolument rien, sinon que j'ai a-do-ré tout ça. Question bonheur (et scénario) on est à mi-chemin entre Comancheria (pour les deux frangins qui commettent des casses) et la plupart des films des frérots Coen (c'est dire si je me suis régalé). Inconditionnellement.
La revanche des ploucs, le triomphe des petits, ça m'enchante -forcément- toujours.
Steven Soderbergh avait annoncé qu'il arrêtait le cinéma, avant de réaliser finalement ce bijou. On ne peut donc que lui souhaiter  de s'arrêter une nouvelle fois...
Et si je l'avais vu "dans les temps", c'est sûr que je l'aurais mis dans mon top10 de l'année.
A revoir au Festival Téléramuche, profitez-en!

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Et j'avoue à ma grande honte avoir découvert avec stupéfaction que Channing Tatum n'était pas, comme je le croyais, la petite fille qui avait joué dans E.T (c'est Drew Barrymore, j'ai vérifié, j'ai dû faire l'amalgame avec Tatum O Neal...) mais que c'est un mec, un beau gaillard, un beau héros ricain, massif et taiseux, qui non seulement joue un des rôles principaux dans le film (le frère de Adam Driver) mais l'a aussi produit!

21 décembre 2017

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OH LUCY!
de Atsuko Hirayanagi

Un joli film japonais, ou plutôt mi-nippon mi-américain. Une employée de bureau à l'allure tristounette (et à la vie idem) se voit un peu chamboulée lorsque sa nièce lui propose d'aller à sa place  aux cours d'anglais/américain qu'elle a payés mais auxquels elle ne peut plus assister. Le professeur est un aimable jeune américain qui emploie des méthodes inhabituelles, à base de conversation, de perruques et de hugs (très ricains, pour se saluer). Tetsuko devient donc Lucy, et prend goût aux hugs (surtout ceux de John). Mais lorsque ledit John va soudain disparaître, prenant la poudre d'escampette avec la jeune nièce, direction les Etats-Unis, Tetsuko/Lucy ne va faire ni une ni deux et partir à leur recherche, en prenant quelques jours de congés, en compagnie de sa soeur (avec qui elle n'arrête pas de se chamailler...)
Et le film part à sa suite. Comment dit-on déjà ? Ah oui, "le choc des cultures" (et "la barrière de la langue")... Deux japonaises qui parlent assez mal l'américain, des américains qui ne parlent pas trop japonais... pas trop facile de s'entendre et de se comprendre. Deux japonaises avec leurs grosses valises encombrantes qui vont d'abord retrouver John, et l'embarquer à la recherche de la nièce... Les choses se compliqueront encore  dans un motel very american où tout ce monde va s'entrecroiser lors d'une longue nuit plutôt agitée, selon une mécanique de portes qui claquent que n'aurait pas renié un Feydeau modernisé (portes de chambres et portières de voitures), où la mécanique des sentiments (contrariés ou pas) peut conduire à certains excès qu'on est susceptible de regretter au petit matin... J'aime la très plaisante (et grinçante) façon dont la mécanique se déglingue progressivement. Dont les deux univers ne sont pas forcément miscibles (comme ketchup et wasabi, pour vous donner une idée).
Avant un épilogue "back to Japan" qui boucle la boucle sentimentalo/professionnelle pour Tetsuko (qui est tout de même, il faut le reconnaître, une personnage assez singulière).
Une comédie des sentiments un peu cruelle (normal, c'est japonais) dont la "petite musique" aigre-douce est revigorante et m'a ravi...
Merci à Nour (le distributeur) de nous avoir permis (entregent...) de le découvrir avant sa sortie(le film sortira fin janvier 2018), et de pouvoir en dire tout le bien qu'on en pense...

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... même si l'affiche est trompeuse et ne fait pas honneur au film
(non ce n'est pas un film sm nippon avec bondage et fouet...)

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et celle-ci pas tout à fait non plus, me semble-t-il,
mais serait un poil plus juste...

 

16 décembre 2017

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JEUNE FEMME
de Léonor Serraille

Un film comme une mosaïque de bouts de miroirs cassés (à bords parfois coupants) où se refléterait à chaque fois la bluffante Laetitia Dosch. (Il y a quelques mois elle avait la fait la couverture des Cahiaîs pour illustrer un dossier sur Les excentriques du cinéma français, me semble-t-il). Quant à la réalisatrice, je l'avais découverte lorsqu'elle était montée sur la scène pour récipiender sa Caméra d'Or, à Cannes 2017, et où elle avait fait quasiment une déclaration d'amour à son interprète principale, Laetitia Dosch justement. C'est vrai qu'elle porte le film, mais que  le film qui la porte aussi d'une certaine façon...
Au premier plan du film Paula est en colère, de dos, devant une porte fermée (celle de son amant), tandis qu'au dernier plan elle nous regarde, face caméra, derrière une fenêtre (celle de la chambre de bonne qu'elle va quitter) qu'elle vient elle-même de fermer. Entre les deux, il s'en sera passé des choses, elle en aura rencontré des gens...
C'est un film de fragments, car c'est un film de rythme, d'énergie. un film à l'image de sa personnage, entre insolence et agressivité. Toujours sur le fil. Avec juste le minimum requis d'humilité et de baissage de museau lorsque vraiment les circonstances l'exigent, mais sinon toujours le bec en l'air et les poings en avant. Ce qui compte dans chaque situation, c'est l'effet qu'elle produit (et non pas les faits qui l'ont produite). J'adore le montage très cut, les ellipses et les sauts dans le récit, et la gymnastique à laquelle doit se soumettre alors le spectateur (se dire "ah, si elle est là, c'est qu'entre-temps -auparavant- il a dû se passer ça -et ça peut-être aussi-...").
Jeune Femme est un film instable, au sens propre, comme ces composés chimiques aléatoires qui à tout instant risquent de vous péter à la figure, et qu'il est donc recommandé de manipuler avec précaution. D'ordinaire. Mais pas ici. Car Léonor Serraille bidouille joyeusement ses éprouvettes, mélange des trucs avec des machins, agite vigoureusement, puis, sans forcément regarder l'effet produit, passe à autre autre chose, sans relâche  Et c'est repartie. Le seul petit reproche formel que je pourrais faire est que, du fait de l'omniprésence de Laetitia D., du coup ses partenaires ont parfois un peu de mal à exister, ne serait-ce que par la durée.
Alors dire que je me sens un peu partagé, dans la mesure où le film a vraiment tout pour me plaire, par sa liberté, sa structure, son énergie. Et je m'y suis pourtant un peu ennuyé. Un chouïa. Et le TR (temps ressenti) était supérieur à l'heure trente sept annoncée (ça c'est un signe). Je me souviens d'avoir pas mal joué avec les extrémités de cordon de ma capuche. Et l'horrible soupçon me vient que c'est peut-être juste parce que je suis un affreux gros pédé sectaire, et que si le titre en eût été Jeune homme, je n'aurais pas fait autant de simagrées que ça, hein, à chichiter pour ci et pour ça...
Et la musique aussi, quand même, tiens, un peu jazzeuse-machin et qui à chaque fois ou presque me faisait un peu grincer des dents (à part celle du générique de fin, impeccable) eh oui le film m'a fait penser à du free-jazz ( qui justement, aussi, m'agace très souvent les dents) mais bon on ne peut pas plaire à tout le monde hein.
Bref, incontestablement, un film de jeunesse(s).
A suivre, les filles!

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13 décembre 2017

un lévrier, beaucoup de poissons rouges, et quelques agneaux

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LA RONDE
de Max Ophuls

Je n'avais jamais vu ce film, et j'ai d'ailleurs failli le manquer (une unique séance à 13h30) et pile-poil le temps d'arriver en ville, de payer le parking et de courir jusqu'à la salle. Pile-poil. De la belle ouvrage (avec toute la plus belle lingerie d'actrices de l'époque : Simone Signoret, Danielle Darrieux, Odette Joyeux, Simone Simon, auxquelles répondaient les galants Reggiani, Gélin, Barrault, Philippe)pour un étourdissant ballet orchestré par Anton Walbrook, que j'avoue ne pas connaître. C'est adapté de Schnitzler (que je n'ai pas lu), mais la structure même (A aime B qui aime C qui aime D etc. et tournez manège...) ne déparerait chez Tchékhov (chez qui les choses eurent sans doute été moins chamarrées et effervescentes). Bref c'est magique, étourdissant, éblouissant, et ça donne envie de courir à la Cinémathèque pour (er) voir tout Ophuls. (Je ne connaissais pratiquement que le sublime Lettre d'une inconnue, d'après Zweig). Magnifique pour commencer cet après-midi de cinéma.

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UN HOMME INTEGRE
de Mohammad Rasoulof

... Qui continuait quasiment aussi sec (dix minutes de pause) avec ce film iranien que j'ai préféré à La Villa, qui commençait à la même heure. Et qui a tenu ses promesses au-delà de mes espérances. (Je connaissais déjà Mohammad rasoulof, qui a  réalisé les très forts La vie sur l'eau, Les manuscrits ne brûlent pas -de terrifiante mémoire- et Au revoir).
Un homme qui a quitté Téhéran et est venu s'installer à la campagne avec sa femme et son fils dans une ferme s'est lancé dans la pisciculture. Les débuts sont difficiles (qui dit début dit banque, emprunt,intérêts...), d'autant plus qu'il s'avère très vite qu'une "Compagnie" est intéressée par l'achat de son terrain et va tout faire pour lui pourrir la vie et le pousser à vendre.
Seulement cet homme intègre du titre, à partir du moment où il refuse de payer les pots-de-vins et pourboires divers pour graisser les successives pattes de ceux à qui il a à faire, va se heurter frontalement à un système bien mis en place. Et donc au modus operandi quotidien iranien. (" ou tu es oppresseur, ou tu es opprimé..." Et va le payer de plus en plus fort.
Le film est très intense, on y est dans un état de tension constante, aussi immergé que le héros (qu'on voit d'ailleurs, régulièrement aller se réfugier jusqu'au cou dans l'eau d'une grotte -ces séances sont magnifiques, et comme les respirations indispensables dans cette histoire étouffante- pour y siroteren cachette du vin de pastèque fait maison).
Le film tient un peu du western rural (le bon nouvellement arrivé affronte les seigneurs mafieux locaux) et rejoindrait en celà le traitement du beau My sweet Pepperland, compte tenu du rôle qu'y joue, dans chaque cas, la compagne du héros. Ici, la femme de notre héros est directrice d'école (Golshifteh Farahani était maîtresse) et elle tente d'intervenir par tous les moyens dont elle dispose, ce qui met encore plus en pétard les méchants.
Après Téhéran tabou, le film en remet sans pîtié une couche sur tout ce qui est pourri au royaume d'Iran (et c'est rien de le dire). Le film a d'ailleurs coûté à son réalisateur la confiscation de son passeport et l'interdiction de tourner. Un film fascinant, où on craint à chaque fois le pire, qui finit généralement par arriver... Magnifique, encore, pour continuer.
Top 10

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SEULE LA TERRE
de Francis Lee

J'ai dû tenir deux heures pour assister au film suivant, dont je ne connaissais encore rien la veille. (Tiens, encore un film de chez Pyramide, chapeau pour le line-up!). J'ai même failli ne pas en avoir la patience, le froid, la nuit, les décos de noyel, tout ça, mais,  après une pizza au Royal, les choses allaient nettement mieux.
En route pour l'Angleterre où Johnny, un jeune paysan, mène une vie pas très rigolote dans la ferme où en plus des travaux et des soins aux animaux il doit s'occuper de son père handicapé, avec l'aide de sa grand-mère. Une introduction quasiment documentaire, âpre, rêche, comme si Ken Loach avait adapté Petit paysan. Pour se distraire, le jeunot se bourre régulièrement la gueule le soir au pub, et assouvit -assez rudement- sa libido dans des petits coups vite faits avec des mecs croisés. Oui, il est paysan et gay (peut-être faute de mieux, ça arrive, mais ce n'est pas ici explicité). On pourrait parler de saillies, oui. Y a d'la joie, quoi.
Les relations sont un peu tendues entre le père, le fils, et même la grand-mère (ces gens-là sont des économes de la parole). Quand est annoncée l'arrivée d'un saisonnier, qui est le seul à avoir répondu à la petite annonce passée par la famille pour recruter quelqu'un pour les aider, le jeune ne voit pas ça d'un bon oeil, et les premiers contacts sont  plutôt glaciaux avec le nouvel arrivant, qui répond au joli prénom de Gheorghe (c'est roumain). Et il est mimi, le saisonnier. Et même si, au départ, Johnny lui mène la vie dure, le traite de tous les noms, ça ne va, justement, pas durer, -on le sait parce qu'on a vu l'affiche et un peu lu la plaquette- et ils vont bientôt jouer ensemble à Fais moi mal, Johnny Johnny Johnny, envoie-moi au ciel... mais eh oh attention ça ne va pas se faire comme ça, hein, chaque chose en son temps (la première scène d'affrontement entre les deux est à tomber tellement elle est belle) et un pas après l'autre.
Et bien évidemment j'ai adoré ça.
Déjà, une histoire d'amour entre mecs, ça a tout pour m'appâter, mais quand en plus elle est traitée comme ça, ça en devient céleste. Rien ici d'idyllique de roucoulant ou d'apprêté.  Parce que c'est très ancré dans le réel, dans la boue et le fumier, oui, bien planté les deux pieds dedans. Et c'est touchant de voir naître et se construire cette relation entre les deux hommes. D'autant plus que si les deux gaillards sont très justes, le reste de la distribution est aussi juste comme il faut, avec ce qu'il faut de couleur locale et de roulement des r pour que vraiment on s'y croie, avec eux, dans le West Yorkshire. Du bel amour, simple, fort. Et la (belle) façon dont un personnage (Johnny) s'ouvre progressivement aux autres.
Un premier film qui a été multi-primé en festival(s) (et qui, je viens de regarder les chiffres vient de faire le meilleur démarrage (moyenne par séance) de la semaine, avec pourtant seulement 5 copies/Paris). Magnifique, pour terminer la journée!
Top 10 again (c'est rarissime que j'en voie deux d'affilée!)

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7 décembre 2017

louis ck

Ca fait un petit moment que j'ai envie d'en parler, mais je ne sais pas bien de quel côté prendre l'affaire...
Résumons : Louis CK est un de mes rouquins préférés (j'ai déjà dit et répété tout le bien que je pensais de sa série Louie (5 saisons), de ses spectacles, et de son premier rôle au cinéma, dans un film de Woody Allen. Total respect pour l'acteur et l'humoriste.
Et voilà qu'à son tour, suite à plusieurs autres stars hollywoodiennes (hollywoodiens plutôt, y a que des mecs) il est mis en cause pour des faits de harcèlement sexuel, qu'il a reconnus d'ailleurs : il s'est masturbé, par le passé, à plusieurs reprises, face à des jeunes femmes dont il supposait qu'elles étaient consentantes mais qui ont fini par déposer plainte.
Il a publié une lettre pour s'en excuser (dont on lui a beaucoup reproché qu'elle ne contienne aucun mot d'"excuses").
Et du jour au lendemain le voilà mort, socialement et artistiquement : son agent le lâche, HBO non seulement ne produira pas la saison 6 de Louie mais a fait disparaître les cinq premières de son catalogue, et la sortie américaine (puis française) de son long-métrage, I love you Daddy,  est annulée...
Le voilà pestiféré. Comme Kevin Spacey, qui a connu le même sort (après avoir cru que faire son coming-out lui éviterait d'être poursuivi, ou détournerait l'attention des média).
Vu d'ici (donc, de loin) la violence de la réaction me semble disproportionnée, sans doute parce qu'elle touche un mec pour lequel j'avais de la sympathie. Non pas que je veuille l'excuser, ce qu'il a fait n'est pas cool.... Mais euh c'est moins grave que s'il les avait violées, non ? (Oui, je sais, c'est sans doute nul de dire ça, cette notion de "moins grave" mais bon je ne sais pas comment m'en dépêtrer...)
Pour celles et ceux qui lisent l'anglais, un point sur la question (et surtout sur la teneur de sa lettre d'excuses,).

Louis-CK

LouisC

4 décembre 2017

quand nos filles sont devenues putes et nos fils des criminels

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TAXI SOFIA
de Stephan Komandarev

J'ai repensé à Night on earth, de Jim Jarmusch, car le film est basé sur le même principe : on prend des taxis. Mais là où Jarmusch nous baladait de pays en pays, le réalisateur, ici, reste focalisé sur une seule et même ville : Sofia. Et ce qu'il nous en montre nous donne aussi peu envie d'y aller voir qu'à , disons, Bucarest ou Moscou. Le désespoir, comme l'hiver, est de rigueur. L'aventure du premier taxi du film servira de fil rouge à toutes les autres histoires (à la radio). Sur le principe aussi du Taxi Téhéran de Jafar Panahi (et du Ten de Kiarostami), vont prendre place différents passagers (tout autant que différents chauffeurs) dans cinq taxis qui nous dressent un genre d'état des lieux de la société bulgare (je ne sais pas comment on nomme les habitants de Sofia, donc je généralise). Bon, visiblement, c'est comme partout, juste en un peu plus appuyé (et donc plus douloureux) : l'arrogance et le pouvoir des nantis, la veulerie des politiques, l'argent comme unique moteur et préoccupation, les plus faibles dans la panade, etc. Noir c'est noir, mais le réalisateur a la bonne idée d'intercaler, régulièrement, plusieurs courses qui renversent un peu la vapeur, et viennent un peu adoucir (tempérer) la noirceur et le froid de l'ensemble (le taxi sur le pont, par exemple).
Un film nerveux, amer, tendu, mais aussi très attachant, qui sait contrebalancer le jusqu'auboutisme de certaines séquences par un sens de l'humanité confondant.

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25 novembre 2017

à l'eau

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STEAMBOAT BILL JR

Séance du dimanche matin, inhabituelle, nous étions trois. j'avoue que, Buster Keaton, je ne connais pas plus que ça (j'ai juste vu en ciné-concert Le mécano de la General et j'avais trouvé ça pas mal...) mais l'enthousiasme incitatif d'Hervé (qui d'ailleurs avait annoncé qu'il y serait avec ses petites filles mais qui n'y était point) a fait que je me suis bougé, pendant que mes petites patates cuiraient au four...
Et j'ai trouvé ça très bien. Une histoire de bateaux rivaux (celui du riche et celui du pauvre), ceux des pères respectivement de l'héroïne et du héros (qui bien entendu tombent amoureux au premier coup d'oeil) -et finiront bien sûr dans les bras l'un de l'autre-, une histoire de rapports familiaux (le fiston crevette un peu gandin -joué par Keaton- qui arrive de Boston avec casquette et ukulele, et fiche la honte de son mastodonte de bourrin de père.
Beaucoup beaucoup d'eau, celle sur laquelle les bateaux naviguent, et dans laquelle vont tomber successivement beaucoup de personnages, ensemble ou séparément, mais celle aussi qui vient du ciel, en pluie d'abord et en tempête ensuite (une longue scène qui justifierait, à elle seule, de voir le film, avec le célébrissime gag de la maison qui tombe sur Keaton, filmée sans trucage, on en tremble encore).
Un film, donc, entre deux eaux. Mais extrêmement réjouissant (autant que ses personnages sont mouillés), d'autant plus que j'avoue avoir pris un plaisir pervers à y glisser (j'avais écrit glousser) un sous-sous-sous- texte gay (Buster K. premier héros LGBT ?) qui n'a faire rire que moi mais en rajoutait encore à la bonne humeur ambiante. (Drôle de constater que, même à trois, on ne riait pas vraiment aux mêmes moments...). Et qui donne envie de revoir et revoir le film (et, du coup, aussi les autres de monsieur Keaton).

 

Keaton-Buster-Steamboat-Bill-Jr

Annex-Keaton-Buster-Steamboat-Bill-Jr

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