Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lieux communs (et autres fadaises)
25 octobre 2017

touché un nerf

166
MARVIN OU LA BELLE ÉDUCATION
d'Anne Fontaine

C'était notre Soirée d'ouverture de saison, et Mars distribution avait très gentiment accepté de nous confier, très en avant-première (le film sort dans un mois) le film d'Anne Fontaine -je crois me souvenir qu'on a déjà fait par le passé une soirée d'ouverture avec un autre film d'Anne Fontaine, avec Danielle Darrieux me semble-t-il- qu'Hervé avait vu (à Cannes ?) et que j'avais très envie de voir, au simple énoncé du générique : Finnegan Olfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Mouchet, Charles Berling, isabelle Huppert... Waouh!
Lointainement adapté (c'est la réalisatrice qui le dit) de Pour en finir avec Eddy Bellegueule (que je n'ai pas eu envie de lire, les histoires de garçons sensibles en milieu défavorisé ne me tentant pas plus que ça -j'ai eu la mienne merci ça m'a suffi-..) le film raconte l'histoire de Marvin Bijou, un gamin qui souffre de brimades et harcèlement(s) au collège et de pas beaucoup mieux en famille (entre indifférence et agression) parce qu'il est efféminé. Le vilain petit canard, au pays des bourrins (Jules Porier, qui l'incarne, est absolument magnifique). Anne Fontaine a l'excellente idée de ne pas respecter la chronologie  en nous présentant, dès le début, un Marvin (jeune) adulte qui se prépare à entrer en scène...
Elle a pris l'enfant du roman  et lui a fabriqué un avenir, via une série de rencontres (une principale attentive -Catherine Mouchet, divine -, un prof de théâtre impliqué -Vincent Macaigne, émouvant-,  un protecteur attentionné (Charles Berling, superbe), une actrice bienveillante -Isabelle Huppert, "dans le rôle d'"isabelle Huppert"- des portes successives qu'on ouvre ou qu'on entrouvre (ou qu'on déverrouille) pour réussir à trouver une manière de s'en sortir. De se trouver, oui, de se construire. Que marvin Bijou devienne Martin Clément.
Marvin découvre un jour, par hasard, le pouvoir qu'il a de dire, de jouer, d'exprimer "physiquement" ce qu'il vit, de mettre en scène les mots de ses proches. (une famille "haute en couleurs", des prolos, des vrais, qui pourrait évoquer, tiens, celle des Groseille dans La vie est un long fleuve tranquille : un père massif, tonitruant, chômeur -télé, pastis, clope- (saluer ici la performance sidérante de Grégory Gadebois qui l'incarne, avec une incontestable démesure réaliste -un réalisme démesuré ?- et qui  module ce personnage pittoresquement casse-gueule en réussissant à le rendre, oui, émouvant), une mère "brave", qui se définit comme "une bonne pondeuse", une  femme simple, aimante (Catherine Salée compose elle-aussi un personnage très attachant), sans chichis, et des frères et soeurs un peu plus sommairement esquissés). Marvin va prendre progressivement ses distances, en intégrant une section théâtre, puis en vivant sa vie d'étudiant théâtreux, et en "montant à Paris" avec le voeu, tenace, de monter sur scène pour faire son  one-Ma(rvi)n-show. Chose qu'on sait, dès la première image du film, qu'il a réussi à faire. Et qui rend donc plus aisé de voir la suite du film. Car la vie de Marvin/enfant n'est ni rose ni facile, il faut le reconnaître.
L'histoire, racontée "normalement", platement, aurait été sans intérêt. Ce qui est extraordinaire, c'est la manière dont c'est raconté, c'est le travail réalisé sur la chronologie, le brassage des époques des moments et des gens, qui les fait tous exister davantage, parce qu'en écho, en reflet, ou en opposition., et implique d'autant plus le spectateur. J'aime qu'il soit ainsi question d'homosexualité de cette façon, j'ai trouvé ça très très juste, surtout en ce qui concerne Marvin enfant, le rapport ambigu entre la servitude et le désir (le tortionnaire rouquin), la fascination naissante pour le corps masculin, le fait d'être catégorisé "pédé" avant même de savoir ce que c'est, la façon d'être, et c'est le moment où, à mon sens, le film est le plus fort et le plus juste. Et le jeune Jules Porier y est pour beaucoup, je le redis.
Finnegan Oldfield prend parfaitement le relais (je réalise que je ne l'ai pas encore vraiment mentionné depuis le début du post), avec peut-être un je-ne-sais-quoi de moins (c'est Pépin qui me l'a fait remarquer l'autre soir et je me dis qu'il a sans doute raison), un infime décalage dans le jeu (c'est peut-être, justement, cette part de Marvin-enfant que l'adulte a perdue ?) mais bon je chipote, c'est aussi le rôle qui veut ça (c'est vrai que je l'ai tellement aimé déjà, auparavant, que ce soit dans Nocturama, Réparer les vivants, Ni le ciel ni la terre ou Les cow-boys..).
Un beau film, de belles performances d'acteurs, de beaux moments d'émotion (ah Vincent Macaigne qui se met à pleurer...), les spectateurs semblaient contents à la sortie, oui c'était une belle soirée d'ouverture de saison

3256773

...


5 octobre 2017

olives sans gluten

158
UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR
de Claire Denis

Avec Claire Denis, c'est une longue histoire... Depuis 1988 (Chocolat), une histoire en dents de scie : des films que j'adore (35 rhums, Vendredi soir, Beau Travail) d'autres que j'aime moy moy (White Material, Trouble every day) d'autres que je n'aime pas (Les salauds, J'ai pas sommeil), d'autres encore que je n'ai pas vus (L'intrus, S'en fout la mort) et d'un dernier, en particulier, dont je me souviens juste parce qu'il m'avait beaucoup déçu (Nénette et Boni, vu à l'Eldo, à Dijon).
Claire Denis, c'est comme si elle n'était jamais tout à fait là où je l'attend, comme si elle s'arrangeait pour toujours surprendre le spectateur, le déstabiliser, lui lancer un genre d'ultimatum filmique... Eh bien là de nouveau c'est pareil. On nous annonce une "comédie romantique" tiens... , dialoguée par Christine Angot, tiens tiens...
Romantique ? Oui, c'est indiscutable, même si, justement on en discute beaucoup, énormément même. Etats d'âme, hésitations, attentes, tournages autour du pot. Comédie ? Mouais j'ai souri, oui, et quand j'ai ri c'était peut-être un peu... nerveusement ? Ri jaune devant la représentation de ces hommes veules et pusillanimes (presque tous... Il y a un ou deux "gentils" tout de même...), je me souviens de la scène avec le garçon de café, où on a envie de gifler Xavier Beauvois, mais où la bêtise de sa méchanceté fait rire. Je me disais s'il y a du Angot, il doit y avoir de l'acidité, de la violence, de la tension, peut-être camouflées sous la mince couche de sucre des convenances, des généralités, et de la socialité... et voilà que ces dialogues, je ne sais pas comment les appréhender.
Il était question que Claire Denis adapte les Fragments d'un discours amoureux, de Roro Barthes, mais ça ne s'est pas fait ("à cause des ayant-droits" pffff...). Le fait est qu'il en est beaucoup question, du discours amoureux, et que, dans la mesure où Isabelle (Binoche, binochissime...) vit plusieurs relations, avec plusieurs hommes différents, de différents types (!) (on pourrait croire que j'ai écrire deux fois de suite la même chose, mais pas du tout, "de différents types" se rapportait aux relations, mais oui c'est vrai, peut aussi se référer aux mecs en question, fermons la parenthèse lacanienne).
C'est peut-être un "film de filles" (de femmes plutôt : Denis / Binoche / Angot) et je l'ai donc vu un peu depuis l'autre rive. Je ne m'y suis pas ennuyé une seconde, précisons, (je serais même prêt à retourner le voir c'est dire) j'ai tout bien écouté (même si à la longue les dialogues peuvent parfois sembler virer au ronronnement), mais j'ai surtout regardé (admiré) la façon dont Claire Denis fait du cinéma (tel champ/contrechamp particulièrement soyeux, onctueux, tel montage cut de deux séquences particulièrement fort, telle ellipse particulièrement surprenante, bref j'ai cinématographiquement savouré.)
Ces portraits de mecs ont quand même quelque chose de très théorique, dans leur définition et leur fonctionnement (le banquier, l'acteur, le gentil, le galeriste, l'ex-mari, le confident, l'inconnu, le cinquantenaire, le voyant), ce qui pourrait faire du film un simple dispositif narratif, un processus artificiel, une étude de cas(s) qui s'intéresserait au(x) rapport(s) de classe(s) (de castes, donc), et pourtant, par la force de l'incarnation de chacun des personnages, le film fonctionne, il carbure, vit sa vie de film comme un beau portrait de femme.
Je n'étais pas sûr, à la sortie, du film que je venais de voir, ni de ce que je pouvais bien en penser... Mais, comme l'a dit très justement Emma, il y a cette scène finale avec Gros Gégé et son pendule, qui est comme la -XXL- cerise sur cette pâtisserie parisiano-bobo-et ce que vous voudrez d'autre en o, qui vient avec mi-roublardise et mi-candeur ponctuer le récit, fermer la parenthèse (ou peut-être l'ouvrir) selon qu'on la prend pour de l'argent comptant ou pas. Et qu'il finit par rayonner, ce fameux beau soleil intérieur... Et sans cette scène finale le film eut été incontestablement moins intéressant.

266725

 

12 septembre 2017

être une femme libérée tu sais c'est pas si facile...

145
UN VENT DE LIBERTÉ
de Behnam Behzadi

A Téhéran, Niloufar. Une jeune femme moderne (avec hélas l'inévitable foulard qui me finit par me faire enrager à chaque fois mais bon, surtout qu'ici elles l'ont toutes, et c'est une véritable mer de foulards, qui vous submerge, vous asphyxie...) moderne donc, sans mari ni enfant, avec un job (elle est patronne d'un atelier de couture), un appart' (elle s'occupe de sa vieille mère avec qui elle cohabite), qui de plus vient juste de retrouver un amour de jeunesse, un bel entrepreneur, ça va donc plutôt bien lorsque le film démarre, mais ça ne va pas durer.
On apprend que Téhéran (la ville) est épouvantablement polluée (certains jours les écoles sont ferméesà cause de ça) et que la mamie avient de faire une attaque parce qu'elle est sortie sans précautions et sans sa bouteille d'oxygène. Les toubibs sont formels, elle ne peut plus vivre à Téjéran et doit partir respirer le bon air de la campagne. Le frère et la soeur de Niloufar ont alors une sacrée bonne idée : c'est Niloufar qui va l'accompagner et s'occuper d'elle, dans le trou du cul du monde du nord de l'Iran où la soeurette a une ville qu'elle prête "généreusement" (pour avoir la paix, ne nous voilons pas la face)...
Ca commencer à grincer de diverses dents dans la famille lorsque, à cause des dettes de son frère, Niloufar, déjà pas franchement emballée par la main qu'on lui force, va se trouver dépossédée de son boulot, d'abord, puis, quasiment de son appartement, par son connard de frère, et, comme un malheur n'arrive jamais seul, là voilà qui découvre que son soupirant (le bel entrepreneur) lui a un peu menti, et décide donc de prendre un peu de distance avec lui et de laisser sonner son téléphone...
Niloufar doit faire face simultanément à toutes les emmerdes et elle a besoin d'une sacrée force de caractère pour résister à ce faisceau de sale coups. Mais ça tombe, bien, justement elle l'a, et quand on l'a, justement comme elle, et bien, on se bat...
Un très beau portrait de femme (forte), qui s'achemine pas à pas  jusqu'à une conclusion qu'on peut qualifier de "fin ouverte" puisque aucun(e) d'entre nous ne l'a interprété de la même façon.

241187

4 septembre 2017

chat qui se branle

140
8 RÉCITS EXPRESS D'ALAIN CAVALIER
d'Alain Cavalier

"La Petite usine à trucage" / "La Danseuse est créole" / "Chat du soir" / "Bombe à raser" / "La Fille de Brioche" / "J'attends Joël" / "Agonie d'un melon" /  "Bec d'oiseau en Plexiglas"

On continue avec Uncut et les film(age)s d'Alain Cavalier, toujours avec le même plaisir. Une petite caméra, des images, des mots qui sont posés dessus, et voilà un récit express à la Cavalier. une suite de petites formes hétéroclites (par le sujet, par la taille) mais, dans le fond, cohérentes aux titres en général explicites mais parfois énigmatiques (la danseuse est créole). Mais toujours cette même -et délicieuse- façon de voir les choses et de les montrer...

Personnellement, j'avoue avoir un faible pour "J'attends Joel", déjà vu, me semble-t-il, à Belfort (Entrevues) dans un autre programme Cavalier:

255964

qui serait la "version longue" (8 films, 1h25) de ces 8 récits express (mais seulement deux films sont en commun), mais qui, hélas, ne figure pas, pour l'instant, dans la sélection Uncut... J'attends Joël c'est une quitessence Cavalieresque : notre ami Alain attend son ami Joël, qui doit passer le prendre en voiture pour aller au village voisin regarder la retransmission de la finale de la Coupe du Monde de foot qui oppose la France à l'Italie. Il ne se souvient plus si le match débute à 20h ou à 21h, il est sans voiture, sans téléphone, et donc il attend, et Joël n'en finit pas de ne pas arriver, et donc Alain se fait des films (et en fait un pour nous, par la même occasion). Onze minutes, où Joël n'arrivera jamais, et Alain finira par partir à pied jusqu'au village... Du plaisir pour lui, et du bonheur pour nous spectateurs...

Bref, grand merci Alain Cavalier et à Uncut aussi!

29 août 2017

le (faux) sang dans la baignoire

137
120 BATTEMENTS PAR MINUTE
de Robin Campillo

En sortie nationale dans le bôô cinéma. Séance du soir, avec Catherine et Manue.
On parle beaucoup du film, on en a beaucoup parlé à Cannes, et ici du coup on est contents d'avoir un film qui fasse le buzz, même si ça ne se bouscule pas dans la salle (et que- consternation- il y a toujours des gens qui commentent et/ou ricanassent devant une scène d'amour entre mecs).
Le film est long mais ça ne se ressent pas du tout. Pourtant il s'agit (du moins la première partie) surtout de scènes d'A.G, de discussions, de prises de paroles et de claquements de doigts (pour exprimer son approbation au lieu d'applaudir). Il est question du mouvement Act Up, et de ses militants, pas tout à fait à la création du mouvement, mais quelques mois après. Les années 90,  Mitterrand, Fabius, le sang contaminé, le sida, la Gay pride, Bronski Beat... Ces militants, ils sont sur tous les fronts, et mettent en place des actions, le plus souvent spectaculaires et radicales. (et parisiennes, car il s'agit d'Act Up Paris, et je vous invite/incite à lire d'urgence ici l'intervention de Didier Lestrade, président du mouvement de 89 à 92). Silence = Death, c'est eux, l'utilisation comme logo du triangle rose la pointe relevée c'est eux aussi, et la capote  géante sur l'obélisque,vous ne pouvez pas avoir oublié ça...
La lutte pour les droits des LGBT (maintenant on doit dire LGBTQI) s'est construite sur plusieurs vagues successives : j'ai été (un peu) plus concerné par celle du FHAR (front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) dans les années 70 que par celle d'Act Up, justement (on était loin, on vivait en province, on ne savait pas vraiment ce qui se passait, on ne s'en souciait pas trop, on avait trente ans quoi...) donc il est indispensable et salutaire que Robin Campillo (qui fut acteur du mouvement) nous rafraîchisse un peu la mémoire sur tout ça : le sida, le black-out des pouvoirs publics, l'incurie du gouvernement, les saloperies des laboratoires... Et d'entendre aussi des mots comme "séropo". Non le sida n'est pas banalisé comme semblent vouloir le croire les jeunes générations, ce n'est pas une maladie anodine. Tout ça m'a ramené au très très  beau livre de Jonas Gardell N'essuie jamais de larmes sans gants, qui raconte à peu près la même histoire, (sauf que ça se passe  en Suède), et que je vous exhorte à lire (prévoyez suffisamment de temps, il est très long...)
Mais revenons au beau film de Robin Campillo. Il est brillamment construit, nous exposant d'abord les protagonistes en tant que militants, véritables acteurs d'une contestation pugnace, obstinée, en les dotant progressivement d'un background affectif, amoureux, familial, en plus du politique.
Et, comme dans N'essuie jamais de larmes..., il se focalise sur un couple, plus précisément, celui de Sean (le séropo) et de Nathan (le séroneg). Si Arnaud Valois est très bien dans le rôle de Nathan, Nahuel Perez Biscayart  (qu'on avait découvert -et adoré- ici dans le touchant Je suis à toi, projeté lors d'une Belge Semaine, dans le rôle d'une crevette-gigolo-argentin qui déboulait dans la vie tranquille d'un gros boulanger belge) est vraiment magnifique (et c'est mérité qu'il soit sur l'affiche, tant il est le coeur (corps) battant du  film...). On en oublierait presque Adèle Haenel, c'est dire (elle, je l'adore toujours autant, je le dis et je le répète), qui se tient aimablement presque sur la touche, en marge de ce qui est surtout l'histoire "des garçons".
La deuxième partie, donc, est plus grave (et encore plus forte) puisqu'elle accompagne Sean et Nathan jusqu'au bout, oui, jusqu'au bout du bout (j'ai trouvé la toute dernière scène, avant un générique de fin totalement silencieux, tout à fait sublime, et j'aimerais revoir le film pour ça. Et peut-être aussi pour essayer de comprendre le pourquoi de l'inimitié persistante entre Sean et Thibaut, le président du groupe -dans le sens Sean/Thibaut-)
Me restera aussi la vision très forte (et plastiquement parfaite) d'un fleuve rubis, et, last but not least, le grand plaisir de réécouter Small Town Boy de Bronski Beat, dans un remix d'Arnaud Rebotini, qui signe par ailleurs la musique du film. "To your soul... to your soul..."
Et se dire, comme on l'a fait avec Catherine ce midi, qu'accorder la Palme d'Or plutôt que le Grand Prix (où il succède à Xavier Dolan en 2016... Tss tss le grand prix serait-il follement gay ?) à Cannes aurait été un geste  politique autrement plus fort...

120 bpm
Sean et Nathan

184359

22 août 2017

prendre un bain (dans une baignoire)

135
TENUE DE SOIREE
de Bertrand Blier

Je l'avais vu à sa sortie (il y a trente-et-un ans, quand même!), j'avais bien aimé, mais un je-sais-putain-de-pas-quoi m'avait empêché, à l'époque, de l'adorer complètement, comme il le mérite, sans doute parce qu'à l'époque j'idéalisais encore suffisamment l'amour pour ne pas être un peu dérangé aux entournures par la vision qu'en donne Blier (vision dont je suis, à présent, tout à fait solidaire), une version amère et lucide, un état des lieux dévastateurs, un saccage salutaire. Blier dévaste, sans prendre de gants, il fonce, il va jusqu'au bout, et le film, à la manière de Buffet froid et peut-être encore mieux, nous empoigne et ne nous lâche plus (il nous tient par les couilles pourrait être un bon équivalent, car si le discours de Blier peut toujours autant être taxé de misogyne ou phallocrate, la suavité avec laquelle, par exemple, Gros Gégé fait passer les dialogues, le rend toujours aussi salutaire : cru, acide, lucide, mais tellement bon en bouche). De bout en bout.
Le film s'ouvre sur une scène d'anthologie (le monologue de Miou-Miou) et se clôt sur une autre (les trois putes au bar), tout aussi anthologique (c'est même ma préférée du film), mais c'est quasiment aussi fort tout du long, et le trio principal, Blanc, Depardieu, Miou-Miou (je les ai rangés par ordre alphabétique par ce que ne peux pas les désolidariser) est phénoménalement en état de grâce (j'ai appris qu'à l'origine, le projet s'appelait Rimmel, et que si Dewaere ne s'était pas foutu en l'air, c'est lui qui aurait joué le rôle, reconstituant ainsi le trio des Valseuses).
Je l'avais un peu oublié, ce film, et c'est l'excellent Cabadzi x Blier, au Chien à Plumes, qui me l'a remis en mémoire... Et voilà qu'en rentrant du Perche, je m'installe sur le canapé, je zappe, et qu'est-ce qui démarrait juste sur ma chaîne Ciné préférée ? Tenue de soirée, bien sûr! Quel beau hasard, quelle douce coïncidence! Je suis resté là, ravi, de a jusqu'à z, et je me suis ré-ga-lé (et j'ai joué à repérer les lignes de dialogue que Cabadzi a phagocytées).
Le film est court, et donc il va vite. Bam bam bam il galope il enchaîne il fait mouche. un couple "normal" devient ménage à trois, puis à deux plus un, puis deux moins un, etc. Blier joue avec l'arithmétique amoureuse, physique et/ou sentimentale, où tout, ou presque pourrait être monnaie d'échange, ou plutôt marchandise. Le cul et le fric. Les biffetons volent, l'amour va et vient, les sentiments ne sont pas forcément payés en retour... "L'amour physique est sans issue" a écrit Gainsbourg, qui signe d'ailleurs la musique du film (pour laquelle il faut tout de même reconnaître qu'il ne s'est pas trop foulé).
Bon, il y a toujours un petit truc qui me gêne dans le film, c'est la place (le rôle) que la femm y tient. Miou-Miou n'est pas très gâtée avec son personnage mais l'assume (l'assure) avec brio. Mais Blier reste cohérent (logique) en traitant de la même façon le personnage de Michel Blanc lorsqu'Antoine devient Antoinette (et je continue de trouver que son incarnation est magistrale). Depardieu, est, quant à lui, quasiment (idéalement) jupitérien. (Téléramuche dirait "au-delà des superlatifs"). Et quel bonheur de voir passer Jean-François Stévenin, Jean-Pierre Marielle et Caroline Sihol, Bruno Cremer, tous magnifiques eux-aussi dans leurs interventions.
De l'amour considéré comme un cambriolage. De l'effraction érigée en preuve d'affection. Du grand art.

18449318

10 août 2017

on n'est pas bien, là, à la fraîche...

CABADZI X BLIER

Grande

jpg-Cabadzi-article

Le titre du concert se lit "Cabadzi fois Blier". C'est, encore une fois, justement, grâce à Catherine qu'on a eu la chance de se retrouver là. Pour ses avant-dernières grandes vacances, lui est venu le goût d'expérimenter les festivals locaux, ou, en tout cas, pas trop loin, et j'ai eu le grand bonheur de jouer à chaque fois les accompagnateurs : Musicoul  (ça, c'est chez nous), Les Estivales (ça aussi ou presque, Les Eurocks, La guerre du son, et, cette fois, Le chien à Plumes.
On y (re) venait plus spécialement pour un concert, celui de Cabadzi, même s'il était annoncé à 1h15. On a assisté à tout, de 17h (Lisa Leblanc, on a pensé à Emma) à 23h (Las Aves, on a pensé à Manue). Il faisait  beau, on était bien, il y avait plein de jeunes gens torse-nu, à la démarche plus ou moins assurée, on a bu des bières locales (au prix quasiment de celles des Eurocks, il faudrait un peu qu'ils se calment, tous, avec le prix de la bière, dans les festivals, non ?).
A la fin de Las Aves, j'ai zappé Matt Bastard sur la grande scène parce que je voulais être sur d'être tout devant pour Cabadzi, contre la barrière, comme pour Fauve il y a deux ans. J'avais envisagé de piquer un roupillon mais j'ai finalement assisté à quasiment toute l'installation du concert à venir (en journée on voit des roadies concentrés et efficaces qui s'affairent, torse-poil, avec l'élastique du calbute qui dépasse du short, j'adôôre ça), l'installation du décor (un cube avec des parois déplaçables en fils parallèles sur lesquelles on peut projeter des choses), les réglages son, lumière, avec même les interventions des deux mecs de Cabadzi en personne, dont un notamment qui passa un long moment à peigner les fils de la structure pour qu'ils soient bien parallèles et impeccables comme il faut.

c,5,0,1380,776-cr,1380,720-q,85-714edd

Et le temps a passé, et voilà il est déjà 1h30 (je m'étonne moi-même), et ça commence...
On est idéalement installés, bien calés contre la barrière, quasiment au milieu, et c'est un sentiment jubilatoire de n'être, ainsi, qu'à quelques mètres d'eux. Ca démarre et hop tout de suite on est dedans. Quelque chose se passe, qui vous happe, vous enveloppe, vous agrippe et ne vous lâchera plus jusqu'à la fin. Cabazi x Blier, c'est bien plus qu'un concert. C'est Cabadzi qui joue, mais sur des mots de Bertrand Blier (et c'est une excellente occasion de revisiter sa filmo), avec des images des films de Blier, retravaillées façon croquis (et animées lors des projections dont j'ai parlé plus haut, sur les fils), et des voix de ses films, aussi, parfois reconnues (Depardieu) et parfois pas..., dans une scénographie millimétrée, impeccable, imparable, impitoyable pour vous harponner et vous tournebouler, un concert scénarisé, (un scéanr concertisé ?) bref une performance ahurissante* ...
Un show d'une force et d'une intensité (d'un volume sonore) sidérantes, qui enchaîne les morceaux -de bravoure- sans débander ("on bandera quand on aura envie de bander..."), je ne me souviens pas de tout, mais une mention spéciale pour un Danser (pas sûr du titre) d'une si haute volée qu'il m'en fit venir les larmes aux yeux). Au tout début du show, tellement ça tapait fort, -oui on était très près- j'avais pris mes petits bouchons, mais je les ai vite re-ôtés, pour me sentir mieux dedans, encore plus fort, encore plus profond.
Je pense que la proximité décuple les sensations quand on assiste à un concert (qui vous plaît, bien sur) et là, j'ai retrouvé l'intensité des sensations éprouvées quand on était tout près de Fauve, la même ferveur, même si ce qui se jouait sur scène était complètement différent. Il faut avoir les couilles pour oser, ainsi, faire un spectacle à deux avec juste voix, batterie, électro, et beatbox (on ne verra pas la queue d'une guitare sur scène, ce qui est assez rare pour être souligné!) Et ces deux mecs sont vraiment fabuleux : Victorien Bitaudeau (batterie, beatbox, vocaux) et Olivier Garnier (chant, claviers), et on a juste envie de leur crier "On vous aime les mecs!".
Je me suis rendu compte que je ne (re)connaissais pas si bien que ça les citations de Blier, mais ce qui fait du bien, c'est la façon dpnt les deux Cabadzi se les ont appropriées, les ont intégrées, digérées, recrachées, extégrées... Ce show a été pour moi une véritable grosse baffe, un gigantesque coup de coeur, et la rigueur de la préparation, de la scéno, ne bride à aucun moment la vigueur et l'énergie du propos, bien au contraire...
Une heure qui passe très, trop, vite, j'ai repiqué là la liste des morceaux de l'album, qui sont tous joués sur scène : Bouche /oui / grave / polaroïd / un deux trois / reste / rouge / jamais / fatiguée / bain / dansable

Et, comme pour un vrai film, il faut rester jusqu'au bout du générique (que j'ai récupéré sur le site de La Manufacture) :

Distribution
Cabadzi (Olivier Garnier et Victorien Bitaudeau)
Texte/auteur : Bertrand Blier
Musique : Cabadzi
Conception lumière et scénographie : Cyrille Dupont
Régie lumière : Noémie Crespel                
Régie sonore : Patrice Guillerme
Régie plateau : Antony Revon / Vincent Potreau
Illustrations : Adams Carvalho
Conception vidéo : Maxime Bruneel pour Eddy (animation) et Marian Landriève

Oui ce concert fut pour moi une vraie secousse, une déflagration, un absolu condensé de plaisir puisque mêlant la voix, l'électro, l'émotion, la percussion,l'énergie,  le cinéma, l'émotion encore, le cul, l'amour, la tendresse, la colère, l'émotion toujours, oui, quelque chose qui m'a vraiment submergé (et, visiblement, Catherine était à peu près dans le même état).J'étais tellement sous le choc et j'avais tellement envie d'en profiter directement (d'en jouir), de rester dedans,  que j'ai complètement oublié de filmer (je n'ai du coup que quelques secondes...).

l'album sortira fin septembre (est annoncée une édition luxueuse, avec cd, carnet, cartes postales, affiche, tote-bag, tout ça fait à la main, amoureusement, dans cet esprit artisanal qui caractérisait déjà les editions de leurs cd précédents -pour Des angles et des épines ils ont écrit 6000 mots doux à la main, chacun glissé dans un des coffrets, oui, de l'amour vous dis-je!-

* (éblouissante, incroyable, invraisemblable...)

12 juillet 2017

maman, tu glousses depuis une heure

117
MARIE-FRANCINE
de Valérie Lemercier

FDFDC aussi, mais celui-là, j'avais prémédité de le voir. A cause de, bien sûr Valérie Lemercier pour laquelle j'ai toujours un énorme faible (en plus, là spoil on en a deux pour le prix d'une) et qui a su s'entourer d'une distribution à la hauteur, pour cette histoire de Tanguy au féminin (une chercheuse qui se fait jeter par son mari, perd son emploi, va se retrouver chez ses parents à dormir sur le canapé) : Philippe Laudenbach et Hélène Vincent jouent (délicieusement) les parents, et, surtout, Patrick Timsit, le guy next door, tout simple et tout doux, qui va lui faire les yeux doux (et lui faire oublier son ex-mari indigne, Denis Podalydès). Marie-Francine et Miguel habitent chachun à nouveau chez leurs parents, mais se le cachent l'un à l'autre. L'une vend, provisoirement des cigarettes electroniques dans une boutiquette sise juste à côté du restau où officie le second.
Quand Miguel rencontre Marie-Francine... (ça a moins de gueule que Quand Harry rencontre Sally... mais les deux protagonistes sont tout aussi touchants et attachants que leurs homologues ricains voire même bien plus) ça fait un joli film, joliment bancal, où Valérie Lemercier réalisatrice bichonne Valérie Lemercier actrice (je l'ai dit et je le répète, je l'adore cette petite femme-là...) mettant en scène des "gens simples", des vrais gens, des comme vous et moi, ou presque, dans une histoire simple (qui pourrait vous arriver, presque aussi, à vous ou à moi) et en en remettant une couche de réalisme social et sentimental (deuxième degré ?) avec la bande-son, pot-pourri florilège de chansons sentimentalo-cucutes, depuis les comédies musicales américaines jusqu'à Julio Iglesias, en passant par Sylvie Vartan et Amalia Rodrigues, comme surlignant au stabilo émotionnel la comédie romantique qu'elle nous propose...
Il y a quand même quelque chose du trompe-l'oeil dans cette histoire-là : le lissage des apparences (comme si on avait photoshopé le scénario les personnages et les décors) est régulièrement éraflé par des histoires de toilettes, pipi caca, comme si la sale gamine de Valérie  continuait de pointer le bout de son nez derrière l'adulte "conforme" Lemercier.
Comme dans les films Pixar : chacun peut en prendre (et comprendre) quelque chose (pas forcément la même, d'ailleurs), mais on n'est pas certain que les choses soient aussi simples que ce que la réalisatrice a l'air de bien vouloir vous raconter. Un film attachant, très plaisant, donc, à quelque niveau qu'on le prenne. Bref, un film à l'allure sage mais dont j'aime à penser qu'il cache bien son jeu.

307001



11 avril 2017

chasse au sanglier

085
CITOYEN D'HONNEUR
de Mariano Cohn et Gastón Duprat

Un film brillantissime (le genre où je jubile d'un bout à l'autre), par le tandem de réalisateurs qui nous avaient offert le déjà drôle et grinçant L'homme d'à côté.
Un écrivain argentin nobélisé, qui a fui son village natal  40 ans plus tôt pour s'installer en Europe, se voit proposer d'y retourner quelques jours pour en être nommé "citoyen d'honneur", avec tout le florilège de cérémonies, commémorations, conférences, inaugurations, embrassades et interviews qui vont avec. Des retrouvailles "officielles" en grande pompe, donc, et en toute fausse simplicité (le personnage est quand même présenté dès le départ comme assez puant, et aime bien se la jouer "grand homme qui a su rester simple".) comme un engrenage dans lequel il accepte de mettre son doigt (manucuré, on l'imagine). Mais qui dit engrenage...
Il a fini par accepter l'invitation, et débarque donc à Salas, le fameux village. Enfin, d'abord à l'aéroport où "on" vient le chercher -en toute discrétion- pour l'y conduire, mais le "on" en question va avoir quelques problèmes mécaniques, et l'arrivée ne se fera pas du tout aussi discètement que prévu.
Le calendrier de notre homme est bien rempli, pour ces quatre jours, d'autant plus qu'il va y avoir affaire à son passé (tous ces gens qu'il laissa quarante ans auparavant, et dont on apprend qu'ils furent l'unique source d'inspiration de ses différents bouquins) il va se les (re)prendre de plein fouet, et devoir y faire face, l'un après l'autre, entre bonne figure et grise mine. La condescendance qu'il éprouve tout d'abord envers "ces ploucs" (personne ou presque ne semble trouver grâce à ses yeux) va évoluer subrepticement vers autre chose, dans un récit que les deux réalisateurs mettent en place et fragmentent avec beaucoup d'intelligence. Le film, comme son personnage principal, avance masqué, et le spectateur est tiraillé, chatouillé, forcé de modifier constamment sa mise au point, d'ajuster son regard, sa façon de voir, au récit qui louvoie et sinue. Je parlais d'engrenage, on pourrait tout aussi bien dire mécanisme, tant tout ça est diaboliquement construit. jusqu'à une très habile scène finale qui pourrait tenir de la pirouette ou du salto arrière (ça dépend de l'agilité -mentale- du spectateur) tant elle vous oblige à vous triturer rétrospectivement les méninges.
Ce citoyen d'honneur est d'autant plus attachant qu'on fonde au départ très peu d'espoir sur lui, et qu'il va évoluer au fil de l'histoire qui nous est contée (ça, il ne faudrait jamais le perdre de vue) pour tenter de nous démontrer qu'il n'est pas le fieffé salaud que d'aucuns ont pu penser.
C'est minutieusement construit, c'est drôle, c'est grinçant, et c'est réjouissant pour le spectateur de voir comment, plus le film avance et plus les choses vont de traviole (plus on s'immerge, comme notre "héros", dans la cambrousse, dans le passé, dans la paranoïa, voire dans l'épouvante) et que, finalement, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais peut-être que si.
Car il sont très forts, ces deux-là, à réussir à nous faire rire aussi intensément qu'ils peuvent nous faire flipper, ou nous surprendre, ou même nous émouvoir (le départ pour la chasse au sanglier). Un film très superlatif, en somme.
Très recommandable, donc.

513039

6 avril 2017

le flou et le net

082
LES AMANTS DE CARACAS (DESDE ALLÁ)
de Lorenzo Vigas

Un premier film, autoproduit, Lion d'Or à Venise, ça ne rigole pas. Non, en fait, ça ne rigole vraiment pas du tout. Un film qui ne va pas trop avec son titre français (sauf si on a un sens de l'humour très particulier)
Un film glaçant, dont le dernier plan finit de vous achever.
Soit Armando, un célbataire, prothésiste dentaire, qui ne rit que lorsqu'il se coince le nez dans un tiroir (c'est à dire plutôt rarement). Son seul plaisir c'est de ramener des jeunes gens à la maison (qu'il a vieillotte et cossue) et de les payer pourqu'ils lui montrent leur dos et leurs fesses, pendant qu'il les mate assis dans son fauteuil en se masturbant.
Jusqu'à ce qu'il rencontre Elder, une "petite frappe", qu'il ramène chez lui comme les autres pour faire joujou comme d'hab', jusqu'à ce que soudain ça se passe mal. Pan un coup de vase sur la tronche del viejo maricón, et le jeune se barre, non sans lui avoir auparavant piqué son porte-feuille.
Malgré le gnon reçu, et le bleu laissé, Armando en redemande, et cherche à revoir le jeune homme. Et la relation entre ces deux-là va prendre une tournure bizarre, lentement, toujours sans le moindre sourire, entre attraction et répulsion, ni avec toi / ni sans toi. Un pas de deux connu (le vieux amoureux du jeune, le riche et le pauvre, le gay et le pas gay -jusqu'à preuve du contraire-) mais dansé ici sans musique ni excès chorégraphiques (bien qu'il y ait une scène de danse, justement, où tout le monde est là, et où tout va se nouer/se dénouer) Car, pour rester dans le registre, il est clair qu'aucun de ces deux-là ne sait vraiment sur quel pied danser... L'évolution du personnage du jeune peut laisser perplexe (certainement plus les gays que les hétéros) mais la fin le fait encore plus. Je sentais venir la catastrophe, mais pas tout à fait  de cette façon-là.
Et l'on est en droit de se demander qui a le plus grugé qui... (y compris le spectateur)
Bref un film sec mais riche, dense même si (très) elliptique. Le personnage du père semble être, pour le réalisateur (il le dit dans ses interviews) une problématique récurrente (et on le perçoit bien dans le film : le père d'Armando lui pose problème, celui d'Elder aussi) et celle de la mort du père, tout autant (et à plus d'un titre).
Et j'aime beaucoup la façon dont c'est filmé (même si cette utilisation répétée des focales très courtes a pu paraître génante pour certains). Il y a ce qui est "intéressant" dans le plan (sur lequel le réal' fait le point) et tout le reste (ce qui reste flou). Il y a ce qu'on entend et qu'on ne voit pas (et, des fois, cela vaut effectivement mieux), et le principe est même étendu au récit (plusieurs questions resteront définitivement sans réponse).
Un film fort, même s'il ne fait rien pour nous être agréable (et c'est tant mieux).
Pour la petite histoire, Alfredo Castro, qui joue Armando, a joué dans pas mal de film plus ou moins indé sud-américains (le dernier étant El Club, de Pablo Larrain,  de tout aussi joyeuse mémoire...)

484843
l'affiche française, plus intéressante que le titre

et trois propositions d'affiches étrangères :

Desde-alla-7

0f0e5a6b7e494f280fe113e01e0ecec3

DesdeAlla_420x594affiche_DEFweb-534x754
la dernière -l'allemande- étant à mon sens la plus fidèle à l'esprit du film...

28 février 2017

la marseillaise

060
CHEZ NOUS
de Lucas Belvaux

On était content de l'avoir en sortie nationale. Lucas Belvaux, on l'aime bien aussi (plus ou moins c'est vrai, mais globalement oui on l'aime). Ce film-là on en a sans doute plus parlé que des autres, parce qu'il évoque un parti que je ne nommerai pas (mais que j'abomine de tout mon coeur). Il y a une blonde, fille de son père, chef d'un parti facho surnommé "Le bloc", qui refonde un parti avec un nouveau nom, pour "adoucir" un peu les préceptes de son vieux facho de père (mais c'est juste du toilettage, juste une petite couche de sucre pour enrober les mêmes vieilles idées pourraves) et qui se présente aux municipales dans un patelin acquis à sa cause, mais qui cherche une candidate pour jouer les marionnettes en tête de "sa" liste, quelqu'un du cru, une locale, connue, aimée, et la trouve en la personne d'une jeune infirmière.
On va suivre le parcours de cette jeune femme (Emilie Dequenne, impeccable), depuis le moment où un médecin "ami de la famille" (André Dussolier, parfait en crapule déguisé en notable impeccable et bon enfant) propose de lui mettre le pied à l'étrier, jusqu'aux fameuses élections municipales en question. Elle aura d'abord des hésitations, des états d'âme (son père est communiste, elle se dévoue corps et âme à son travail et à ses enfants), mais acceptera finalement de se lancer dans l'aventure, après avoir fait la connaissance de la cheffe blonde du néo-parti (oui, ça rime avec néo-nazi, tiens) et s'être immergé dans un meeting surchauffé dont l'enthousiasme des participants fait froid dans le dos.)
Elle croit bien faire. mais réalise bientôt que les apparences sont trompeuses. Surtout qu'intervient une histoire d'amour avec un mec dans lequel elle reconnaît un de ses premiers amours. le mec en question, c'est Guillaume Gouix. et c'est là que mes grands yeux devraient commencer à s'embuer de larmes car mon Guigui chéri d'amour joue (très bien) un salopard au lourd passé d'exécutant zélé de la fachosphère, mais qui n'hésite pas , avec ses potes paramilitaires bien siglés cagoulés et armés à aller ratonner un peu la nuit pour garder la forme (sous prétexte de "sécurité"...).
Les choses se compliquent encore quand la cheffe apprend que sa poulaine roucoule avec le sale (et désormais indésirable) nervi qui a bossé avec son père, et dont elle ne souhaite pas qu'on aprenne leur relation roucoulante...
La pression va continuer de monter dans ce village où le racisme se pratique désormais à visage découvert. L'affaire suivra son cours, certains plâtres seront essuyés...
Un film d'une certaine façon terrifiant, puisqu'il ne fait que décortiquer un modus operandi déjà à l'oeuvre depuis un certain temps. En sortant de la salle, je regardais chaque personne et j'avais l'impression que chacun/chacune, pouvait "en" être, derrière son joli sourire ou sa rassurante politesse... Oui, terrifiant.

341939

8 février 2017

bouchon de champagne

018

SWISS ARMY MAN
de  Daniel Kwan & Daniel Scheinert

Un film... incroyable.
J'en avais entendu parler pour la première fois à l'occasion de l'Etrange Festival de Strasbourg, et voici que le ouaibe le met à disposition, en vostfr ! Je l'ai donc regardé hier soir...
Oui, incroyable.
Pendant les 9/10èmes du film on ne verra que deux acteurs : Paul Dano (mais, si, rappelez-vous, c'était l'ado mutique de Little Miss Sunshine) et Daniel Radcliffe (mais si, rappelez-vous, c'est lui qui jouait Harry Potter!) le premier dans le rôle d'un naufragé, et le second dans le rôle... d'un mort! Ils vont devenir copains et vivre ensemble des aventures variées (dans un décor qui pourrait presque  l'être lui aussi, justement, a-varié, puisqu'en seront utilisés beaucoup d'éléments -il s'agit d'un genre de décharge sauvage au milieu d'on ne sait pas trop où, avec beaucoup de détritus et ordures diverses,  matériel de récup' pour raconter des histoires avec un génie du bricolage des deux réalisateurs qui n'aurait pas fait tache chez, par exemple, un Michel Gondry...) Le naufragé va tenter d'aider le mort à revivre (ou à réapprendre à vivre , mais comme chantait Aragon "le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard"), à moins que ce ne soit le contraire...
C'est un film très... organique : on y pète, on y recrache de l'eau, on y vomit un peu, on s'y intéresse au caca, à la branlette, à l'art de péter ou pas en société sans que cela soit jamais grossier ou vulgos ou racoleur. On y parle, aussi, beaucoup. C'est drôle, c'est cru, c'est très réjouissant.
On pourrait résumer en disant que c'est une histoire d'amitié entre deux mecs dont l'un est mort...
Et le film réussit à tenir le pari de son scénario culotté presque jusqu'au bout (était-il nécessaire qu'apparussent, en toute fin de compte, tous ces autres personnages ?). Mais c'est juste un petit bémol, c'était peut-être difficile de faire autrement. Un film qui fascine, en tout cas.
Aucune date de sortie prévue en France pour l'instant.(Tant pis pour vous)

331016

(et je ne vous préciserai pas davantage l'emploi qui est fait du bouchon de champagne qui donne son titre à ce post...)

11 avril 2018

bleu rouge bleu

049
050

TESNOTA -UNE VIE A L'ETROIT
de Kantemir Balagov

Un choc. D'un jeune cinéaste russe, un premier film beau à pleurer. Palpitant, fulgurant, intense, fiévreux, mais en même temps très simple, centré sur ses personnages que la caméra du réalisateur caresse avec tendresse. Qui sont sont tous beaux (simplement, naturellement, justement), de cette beauté qui touche parce qu'elle vient du dedans. Qui, c'est une famille russe (en fait, soyons précis, une famille juive quelque part en Russie), le père, la mère, le fils, la fille. Plus la copine du fils (ils vont bientôt se marier) et le copain de la fille (qu'elle voit en cachette parce qu'il ne fait pas partie de la même "tribu", eux sont juifs et lui est est kabarde -musulman-). Ilana, la jeune fille, est le personnage principal, qu'on voit à l'oeuvre, dès le premier plan, en salopette, les mains dans le cambouis, en train de tripatouiller dans les moteurs des bagnoles de l'atelier de son père, avec qui on la voit ensuite partager un moment, et on sent immédiatement la simplicité -encore- et la force (la douceur) des liens qui les unissent. Même chose lorsqu'on la voit ensuite avec son frère, dehors, fumant tous les deux en cachette, se chamaillant affectueusement par le mot et par le geste (il est beaucoup question de la bite du frère en question). On fait ensuite la connaissance de la mère, souveraine dans sa maison (et sa cusinie : on prépare un repas de fête) et le constat reste le même : force, justesse, simplicité, avec, toujours, un époustouflant sens du cadrage, cette façon de scruter les visages et les corps de très près, avant le plan large de la cérémonie interfamiliale des fiançailles du frérot. Plus tard, suivant un rituel visiblement bien rôdé (après s'être chargée de barres chocolatées) on verra Ilana quitter en cachette sa chambre par la fenêtre pour aller furtivement retrouver Zalim, son beau nounours kabarde, pompiste de nuit. On connaît alors tous les personnages, et l'histoire peut commencer.
L'histoire (il s'agit d'un fait-divers authentique) est simple. En rentrant à la maison, Ilana trouve sa mère effondrée : David et sa copine ont été enlevés, et une rançon demandée, dont le montant dépasse les moyens de la famille. Comment faire ? L'aide sollicitée aux autres membres de la communauté juive ne permettant pas de régler la totalité de la somme, ni la vente de l'atelier paternel,  il est envisagé (et annoncé par la mère) de marier Ilana au fils d'une autre famille, en échange d'une "dot" qui permettrait, enfin, de régler la rançon...
Et la caméra de Kantemir Balagov continue de suivre ses personnages de très près (on pourrait sans doute respirer leur odeur, leur parfum) avec autant d'attention (d'empathie). On est pourtant ici dans le même marasme socio-politique que tous les autres films russes (ou ukrainiens, oui, je sais, ouille! Hervé ne me tape pas) -Léviathan, La tribu, My Joy par exemple- oui dans le même incontestable merdier/bourbier, pourtant on ne perçoit pas tout à fait de la même façon l'habituel désespoir glaçant, même s'il est patent, car si la violence est incontestablement présente (une longue et insoutenable séquence de brutalités à la télévision) c'est surtout -paradoxalement ?- de l'amour qu'on perçoit, qu'on reçoit, dont on est témoin.
Le film de Balagov, est "tout simplement" exceptionnel, emballant son fond (humaniste) dans une forme esthétique baroquement violente (ou le contraire) qui ne pouvait que ravir presque jusqu'aux limites du raisonnable (une scène de teuf qui manque de virer au décollement de rétine tellement ça stroboscope) l'amateur de bleu et de contrastes que je suis.
Les quasiment deux heures de l'histoire d'Iliana filent à toute berzingue, charriant des émois de l'ordre de l'intime voire de l'indicible mis en images avec une folle virtuosité (qui a fait d'ailleurs renâcler certains critiques, assimilant le film à juste une esbrouffe de film de festival, les benêts) qui font que, lorsque je l'ai revu (car j'y suis retourné deux jours plus tard), à partir de la scène de l'enveloppe (une des scènes les plus fortes et les plus bouleversantes que j'ai vues depuis longtemps) je n'ai pas cessé d'être émotionnellement chamboulé et ce sans en perdre une miette.
Je crois que je n'ai jamais vu un film où les gens s'étreignent autant, l'étreinte -le hug- est une figure qui revient très souvent, elle est celle d'ailleurs qui permet de faire tenir deux personnages dans le cadre le plus resserré possible. L'extrême proximité des corps permet aussi, souvent, d'économiser les mots...
Et pour clore le chapitre j'ai été agréablement étonné  par le "je ne sais pas ce qui leur est arrivé après" lapidaire qui s'inscrit en sous-titre -tchack!- juste après la dernière scène (comme la narration, d'ailleurs, avait débuté, elle aussi, en sous-titres du discours de personne, au tout début du film, où le réalisateur se présente et nous présente son film par écrit, ouvrant la parenthèse qu'il refermera à la fin de la même façon) juste avant le générique de fin (dans lequel est remercié Sokourov, qui semble être le parrain -esthétique, on le comprend-, l'ange sur l'épaule, de ce Tesnota (la vie à l'étroit semblant un rajout du titre français) qui nous éblouit (ébleuit ?) et nous transporte.
Un top 10 indiscutable.

513645

l'affiche est très juste par rapport au film

 

10 avril 2018

le singe en veste rose et le couteau électrique

048
ABRACADABRA
de Pablo Berger

Au sortir de notre Semaine Latino, j'ai eu encore envie d'entendre parler español, et, coup de bol, sortait justement au Victor Hugo ce film, sur lequel j'avais lu la veille en diagonale une notule dont je me rappelais juste que le réalisateur avait déjà fait un film que j'aimais bien (je croyais que c'était La Isla Minima, mais pas du tout -j'ai vérifié ensuite- c'était Blanca Nieves -que je n'avais pas adoré tant que ça, et, je l'ai appris au même moment sur allocinoche, Torremolinos 73, vu aussi et d'assez triste mémoire) et que l'acteur principal jouait, là j'en étais sûr, dans, justement La Isla Minima.
Dominique m'y a gentiment accompagné, alors que je l'avais bien prévenue que je déclinais toute responsabilité, résultat, à la fin du film, tandis que je lui présentais quasiment mes excuses tant j'avais trouvé ça navrant, elle a été beaucoup plus indulgente que moi pour le coup et a dit qu'elle avait trouvé ça pas mal...
Oui, navrant. Ça a beau être (parler) español, ça ne mérite pas pour autant toutes les indulgences coupables. J'ai trouvé ça moche, mal foutu, incohérent, dispersé, et, surtout, dommage. Le pitch ? Un mari beauf, macho, amateur de foot, bas de plafond est, suite à un numéro d'hypnotisme, transformé en gentil mari et super papa, pour le plus grand plaisir de son épouse et de sa fille, sauf qu'on apprend qu'il est habité par l'esprit d'un schizophrène meurtrier (qui a pénétré dans son mental en profitant d'une faille de l'espace-temps générée par La danse des canards, si si, je n'invente rien je vous promets). Tout va bien sauf que l'envahisseur, comme tout schizophrène qui se respecte, n'est pas toujours d'humeur égale... A partir de là, le scénario va commencer à pertir en vrille, ou, plutôt, dans tous les sens : que ce soit dans le ton, le "genre" abordé, le traitement, on a le sentiment que le réalisateur ne sait plus trop sur quel pied danser, et donc il essaie un peu tout ce qui lui passe par la tête, et comme la grue dont le contrôle a soudain été perdu (par le mari lorsqu'il est en position "schizo gentil" -traduisez "un peu pédé maricon sur les bords puisqu'il fait le ménage" quelle ibère finesse), on passe nous aussi par tous les états, toutes les positions, on appuie sur tous les boutons, sans savoir quel est celui qui va faire fonctionner la machine comme il faut. Il y a des moments qui fonctionnent, oui, et d'autres pas, voire vraiment pas (certains notamment où j'avais presque honte pour le réalisateur, je pense à la scène de l'hôpital et du mourant, et du slip Superman).
Oui j'étais, comment dire, content que ça finisse, voilà.
Lo siento.

3973154

2 avril 2018

you make me feel

041
MEKTOUB MY LOVE : CANTO UNO
d'Abdellatif Kechiche

Ohlalalala... 2h55 annoncées mais j'ai eu l'impression que ça en durait au moins cinq! Je me méfiais un peu je dois dire (je trouve toujours les films de Kechiche un peu beaucoup trop longs) mais bon la bande-annonce avait l'air sympathique (c'est sans doute le Youuuu make me feeeeeel qui m'a appâté) et c'est le sms d'Isa ("un cinéday à 20h ça te dit ?") qui a comme on dit emporté le morceau.
Au début du film, le jeune Amine observe à la dérobée (à travers les persiennes) une scène de baise torride entre Ophélie et Tony. Ledit Amine, d'ailleurs, ne va faire que ça dans le film : mater (serait-il l'alter ego du réalisateur ?, son Antoine Doisnel sétois ?) Ophélie (qui, entre parenthèses surjoue cette scène de baise avec des mines d'actrice porno, mais bon)  couche "en cachette" avec Tony (elle doit épouser clément, qu'on ne verra jamais). Quand Amine finit par frapper à la porte, Tony se barre et Ophélie se rhabille, short en jean et cache-coeur pigeonnant,  et lui ouvre pour lui faire la conversation. Et nous expliquer la situation. Amine rentre à Sète pour les vacances, après une année studieuse à Paris, et retourve sa famille et ses copains/pines.
Plus tard, les mêmes, à la plage, vont faire la connaissance de Charlotte et Céline. Tony, Amine, Ophélie. Charlotte est séduite par Tony, et croit qu'Ophélie veut le lui piquer (alors qu'elle l'a déjà, mais que l'autre ne le sait pas) ce qui va être la source d'interminables discussions (euh... tu vois...elle m'a dit ça... et j'ai dit ça... et euh... tu vois...) entre les protagonistes, et Amine, qui sert surtout de confident/confesseur (et dont on se demandera jusqu'à la fin s'il a du désir, une sexualité, tellement il se place en observateur (dès la première scène du film) et détonne un peu par rapport aux autres qui ont tous l'air d'être en surchauffe et d'avoir le feu aux fesses...) En parlant de fesses, justement, on va beaucoup en voir, dans le film, et filmées avec une complaisance qui confine bien souvent à la vulgarité. Kechiche aime les gros culs, et nous le proclame avec insistance en les filmant en très gros plans lubriques (on a le sentiment que s'il pouvait mettre la caméra  encore plus près (dedans) il le ferait carrément, et c'est peut-être cette (pour moi) obscénité-là qui a fait bander à mort tous les critiques ? Cette légitimation de pouvoir baver à son aise sur ces spécimens callipyges m'agace et me dérange (bon, je reconnais, je préfère baver sur le cul des mecs oui oui c'est vrai ). Mais bon, c'est comme les dialogues  niveau roman-photo ou courrier du coeur ou série ado (et le niveau sonore de ces jacasseries), au bout d'un moment, ça lasse.
Mektoub my love est comme la nourriture de fast-food, un film extrudé : si on enlevait tout l'air qu'il contient,
1) il aurait une durée normale
2) il serait beaucoup plus digeste
Là j'avoue que, très souvent, j'ai pris mon mal en patience (je soupirais intérieurement pour ne pas gêner mes voisines) mais certaines scènes sont -véritablement- interminables : celle où tout le monde se prépare à partir en boîte notamment (et où tout le mond est déjà bourré, où j'ai failli sortir tant ça m'énervait), celle de la boîte de nuit (la plus putassière -et la plus loooongue- du film mais bon), et même celle de la mise à bas de la brebis (oui oui). Certains personnages, en plus, me posent problème (enfin plutôt la façon dont le réalisateur les traite), surtout Céline (la copine de Charlotte) dont on a du mal à comprendre  l'enthousiasme à s'asseoir sur les genoux d'un vieux cochon alcoolisé (le tonton Kamel) et se faire tripoter  à part d'être juste dépeinte en (comme dirait Blier) "reine des salopes" (c'est la seule utilité qu'elle a dans le film, la seule façon dont elle est décrite), pour faire la balance avec sa copine qui serait, par opposition l'amante courtoise qui ne rêve que d'amour pur (et qui donc est malheureuse). Les personnages dans leur grosse majorité sont brossés à gros traits (et on a un peu de mal à s'y reconnaître et les différencier, les mères, les tantes, les cousin/sines). Par contre on a le plaisir de retrouver, soudain, Hafsia Herzi dans un rôle de tantine joyeuse et libérée (et juste, ce qui n'a pas toujours été le cas...)
Mais il faut reconnaître -soyons objectif, ou tentons de l'être- que le film n'est pas dépourvu de qualités. J'aime beaucoup le montage,  la façon  dont Kéchiche passe d'une scène à l'autre, ses transitions abruptes, très séchement. Et, surtout, surtout, j'adore la dernière scène, peut-être parce qu'elle n'a pas tout à fait l'air d'appartenir au même film. Allez savoir pourquoi, m'est soudain revenue l'image de Melvil Poupaud dans Conte d'été, ou d'Amanda Langlet dans Pauline à la plage. Oui, tout à coup, in extremis, nous voilà de retour chez Tonton Rohmer (et ça fait un bien fou...)
Mais bon je vous confirme que je suis sorti du film surtout en ronchonnant, et plutôt d'abord avec ce qu'en avait pensé Zabetta (isa était moins catégorique que moi, mais, me semble-t-il, pas hyper-enthousiaste quand même), et, en rentrant  je suis donc illico allé voir sur allocinoche et là, ah la la, bien ce que je craignais : ça ding-dingue-dongue de ***** (cinq étoiles), et de pleines brouettes de dithyrambes délirantes et de superlatifs en colliers et de lauriers tressés en pleurant de joie par la quasi-unanimité des critiques qui n'en peuvent plus (et qui n'ont sans doute pas vu le même film que moi) et, tiens, pour conclure,  cette fois je serais plutôt d'accord avec Ecran large : "Les amateurs du cinéma de Kechiche apprécieront la formidable sensualité de cet opus organique, quand les autres regretteront les effets de redite d'un film trop long et stéréotypé."

 

0837726

 

 

22 décembre 2016

polarz

FLORIDA ROADKILL
de Tim Dorsey

Le second Dorsey, acheté sur ebay.  Il semblerait que ce soit le second réel chronologiquement... Dans la famille "Floride" je voudrais le fils (spirituel) de Carl Hiaasen. même lieu, même structure -complexe- où des dizaines de personnages, plutôt allumés d'ailleurs, chacun dans sa spécialité, s'agitent dans leurs histoires, séparément au début, puis de plus en plus concentriques/concentrées, et convergeant vers un épique feu d'artifice final où tout le monde se retrouve au même enddroit et interfère avec les autres, souvent  au péril de sa vie (ça dégomme pas mal chez Dorsey, et plutôt joyeusement, violemment, amoralement). Le genre de bouquin où il s'agit d'être attentif lors de la mise en route, sinon on risque de connaître quelques flottements au cours de la lecture. On retrouve donc notre Sergeounet préféré pour de nouvelles aventures. Il s'agit quand même de cinq millions de dollars dans le coffre d'une voiture dont les deux (sympathiques) conducteurs n'ont aucune idée du magot qu'ils transportent, et qui va exciter diverses et convergentes convoitises... (Auparavant il y aura quand même eu un "accident" de tronçonneuse croquignolet...) Du Dorsey pur jus, un vrai bonheur de lecture...

51bo2VqlxOL

HAMMERHEAD RANCH MOTEL
de Tim Dorsey

... à tel point qu'à l'issue du précédent, je n'ai pas pratiqué l'alternance comme d'hab (un Hiaasen / un Dorsey / un Hiaasen / un Haskell Smith, algoritme savamment élaboré en fonction du nombre de romans de chacun) et j'ai aussitôt enchaîné sur celui-ci avec gloutonnerie... qui reprend là exactement ou Florida roadkill s'était achevé. Les cinq millions de dollars dans le coffre, et une nuée de fous furieux, chacun dans son coin avec sa propre histoire au début, mais vous connaissez le truc, ça ne va pas durer et tout va se mettre à interférer et à clignoter et à crépiter et à s'embraser... Si la lecture au début est attentive (il faut intégrer qui, quoi, et pourquoi), la suite n'en sera que plus jouissive. Des trois Dorsey que j'ai lu, c'est le plus "dense", et je pense que c'est celui que j'ai préféré...

cvt_Hammerhead-Ranch-Motel_9960

STRIP-TEASE
de Carl Hiaasen

J'ai ensuite été raisonnable et suis retournée vers Carl H. Celui-là je l'ai eu un peu parès les autres, et pas en poche, parce que je ne voulais pas de l'édition J'ai Lu avec la photo de Demi Moore en couverture (car un film , du même nom, en a été tiré, et pas très bon si j'en crois les échos). Là-aussi, ça démarre fort avec beaucoup de monde. Une boîte de nuit où travaille une jeune strip-teaseuse divorcée qui se bat pour récupérer la garde de sa fille, le videur de la boîte de nuit, secrètement amoureux de la stripteaseuse, un client qui se fait défoncer le crâne à coup de bouteille de champagne par un Membre du Conseil passé par là incognito, en compagnie de son garde du corps avec son gros révolver... Une photo compromettante a été prise, qu'"on" aimerait bien récupérer. Ajoutez un flic cubain plutôt cool, un avocat plutôt véreux, un ex-mari plutôt addict, et ça ne va pas tarder à jouer Ramona... Un Hiaasen pur jus, si ce n'est qu'il est strictement urbain, et qu'on n'y verra pas, ou presque, de bayou, de mangroves, de gouverneur redevenu sauvage et de gentil flic black qui le protège... Très plaisant quand même, mais pas le meilleur.

couv60242862

DÉFONCÉ
de Mark Haskell Smith

Et là, il a fallu que je lise mon quatrième (et avant-dernier) Haskell Smith. Avec, ce que m'a confirmé Marie par la suite, le sentiment que, après le Hiaasen, ça se lisait trèèèès facilement. Haskell Smith, j'adore aussi. Une histoire à dormir de beuh : un jeune américain a fabriqué la meilleure weed du monde, a gagné la médaille à Amsterdam, et, bien sûr, tout le monde va s'entretuer pour la posséder, cette fameuse Elephant Crush, la meilleure du monde. C'est très bien écrit (le syndrome "j'ai envie de recopier des pages entières"),  c'est rythmé, bien construit. C'est un peu moins cul que d'habitude, mais tout aussi drôle, sinon plus. Léger et enivrant comme le meilleur des champagnes. A recommander pour Noël!

413dtNA6QfL

31 décembre 2016

cinétop2016

une tueuse au sabre, un cow-boy couturier, deux frangins cambrioleurs, des vieux prêtres pédophiles, un adolescent photographe, un flic célibataire très gentil qui adopte deux enfants, un frangin ressuscité à Beyrouth, un trio sur patins à glace à poil, un apostat barbu avec une jolie quéquette, des terroristes adolescents ou presque, un bagel qui se fait mettre, un pope en retard, un boxeur amoureux, une chanson de Cora Vaucaire, des doudous pédagogues, deux frères gérants de boîte de nuit dont l'un a un oeil fermé, un chauffeur de bus avec un carnet secret, deux ados qui sympathisent, une caravane, une dame qui se paye un gigolo, un copain qui va bientôt mourir du cancer, une maîtresse-nageuse, un empereur, une branlette d'étalon, un vieux flic désabusé, des courses de chiens, une famille sur un bateau, des frites belles comme tout, un vigile qui donne un coup de boule à son frère, un christ ensanglanté qui descend de sa croix, un rêve avec des nudistes, deux clochards qui se tapent la cloche dans un grand magasin la nuit, des préparatifs d'apéro particulièrement terrifiants, un stationnement gênant qui tourne au pugilat, des ricochets, un fromage d'été, l'Elysée en carton,  un élan qui enfile un rhinocéros, des cupcakes en noir et blanc, du cul de porc rôti, des personnes qui conversent face à face devant une vitre, une valise pleine de termites, un gros chien débonnaire, une source chaude en Islande, un playback troublant dans un grand escalier, un pot de moutarde au miel suicidaire, une copine serbe (croate?) qui passe son temps à vomir, une pile de magazines à découper, des fanfares, une cousine compréhensive, le poids d'un short qui fait la différence... 22, les voilà...

06208002025907371523042844568738524042485522456304500836515746347459702131177557851818747649533264006894024782347196artigo_3

 

(ze podium)

213560438207

Un film pas encore sorti (Tombé du ciel, vu à Entrevues -je fais mon malin comme les journalistes des Cahiaîs-), un "patrimoine" découvert grâce à "Play it again",  deux films qui parlent de dieu (ou de son absence), deux documentaires, trois films d'animation pas vraiment pour les kids,  quatre FAQV, quatre films américains,  sept films français ! (ce qui n'était je crois encore jamais arrivé) dont celui qui fut longtemps mon film de l'année (Nocturama), sept films de réalisateurs auparavant inconnus au bataillon. Et un des derniers films vus de l'année qui fait -en douceur- une entrée in extremis dans le classement (Paterson).

Argentine : I / Belgique : I / Brésil : II / Chili : I / Chine : I / Espagne : I / Finlande : I / France : IIIIII / Liban : I / Roumanie : I / USA : IIII / Vietnam : I

... auxquels il faudrait rajouter des éléments d'autres films : Kristen Stewart dans Personal Shopper, les deux zozos qui font du footing au Groenland, le gamin avec les yeux qui s'allument, le coucou qui sort qui tombe et qui meurt, les chorégraphies de Mr Gaga, les tentatives de suicide raté de Mr Ove,  le teckel quatre fois écrabouillé, Viggo Mortensen qui se rase la barbe, la scène de l'accident de Réparer les vivants, des gamines qui chantent Money money money, Niels Schneider teint en noir, une chenille qui fait de l'accordéon, une procession sur la plage, un salon de coiffure à Beyrouth, Nicolas Duvauchelle énervé vu à travers les vitres de son appartement (et l'électro lancinante de Chloé), un intérieur de bateau très rouge ...

6 décembre 2016

oeufs au sumac

TOMBÉ DU CIEL
de Wissam Charaf

Il y a des films, comme ça, dont on sait, dès la première image, qu'ils font "partie de la famille". Une reconnaissance immédiate, oui, une complicité évidente, qui font qu'on s'y sent tout de suite bien (la "familiarité"). Par l'image (premier plan : un homme marche dans la neige), par le son (deuxième plan -celui du générique-, un homme s'habille face à son miroir, accompagné d'une rythmique obsédante), par la composition (troisième plan, l'homme qu'on avait vu marcher dans la neige, écroulé dans la rue, est porté par quatre hommes en combinaison verte puis déposé sur le plateau arrière d'une camionnette). Tout va bien, tout concorde, fonctionne, intrigue, séduit, et ça continue, on jubile, on jubile, tout en se demandant si le film va rester aussi bien (ou continuer à nous faire autant de bien) jusqu'au bout.
Ce qui va être le cas. Ce que le réalisateur nous avait introduit comme un "film de mecs" se situe au Liban, à Beyrouth pour être précis, et nous raconte l'histoire de deux frères, (celui qui marchait dans la neige et celui qui s'habille en garde du corps). De leurs retrouvailles (celui qui marchait dans la neige réapparaît au bout d'un certain temps.) Mais ici, point de pathos, ni trop d'explications, non plus. Un humour à froid, qui m'a évoqué immédiatement celui d'Elia Suleïman, impeccable / implacable, un sens du burlesque  minimaliste (Tati tendance Bresson, pour faire court).
Un film gai (le réalisateur nous a dit, lors de la discussion consécutive, qu'on taxait souvent ses films de "films homos", et c'est vrai que la gent testostéronée en occupe bien 98% de la surface filmique habitable, sans que n'adviennent  pourtant ni bisous ni câlins ni caresses, entre nos plantigrades de (p)référence, il faudrait donc plutôt parler de film d'hommes, dans le genre Melville mais en plus ensoleillé et en beaucoup plus drôle) -mais pas gay donc- mais un film triste aussi, une certaine tristesse, un sentiment commun, souterrain, délétère, qui semble affecter la majorité des habitants  -et on les comprend bien-. Des habitants mâles je précise puisqu'on ne voit (presque) qu'eux.
(C'est peut-être aussi ça qui m'a enchanté dans le film)
Comme si le film posait la question "C'est quoi, être un homme, aujourd'hui, à Beyrouth ?" et tentait d'y répondre en observant plusieurs spécimens. A chacun sa façon de. Devenir garde du corps, tenir tête aux voisins en faisant brailler la télé, apprendre l'allemand en lisant mein k*mpf, ressasser les façons (passées) d'exterminer les envahisseurs (passés),  se faire canarder et n'avoir pas plus mal que ça, donner des coups de boule, ressusciter, faire des pompes, tirer au bazooka... Il est question d'hommes, d'individus, mais aussi, et surtout, des relations qu'ils ont entre eux, qu'elles soient familiales, de voisinage, amicales, ou de simple coexistence fortuite dans un même instant et un même lieu. Des interférences testostéronées (c'est plus fort que moi, j'adore ce mot.)
il est souvent question d'armes, et tout aussi souvent de violence, mais il s'agit le plus souvent d'une violence hors-champ, d'une méta-violence. La violence exagérée du slapstick ou du cartoon. Et la métaphore "mon engin / mon calibre" n'échappera pas à tout amateur un tant soit peu éclairé et friand de sous-sous-texte-gay (le film n'est pas du tout à QV, mais on ne le lui demandait pas. Rien que comme ça, déjà, elle est très bien, cette virilitude...).
Le film est court (moins d'une heure vingt) mais dense. Intense. Avec une très jolie pirouette finale. Et j'ai vraiment ressenti la même jubilation que celle générée par Chronique d'une disparition / Intervention divine / Le temps qu'il reste, d'Elia Suleiman (mais que devient-il, au fait ? Rien depuis 2009...)
Le film sortira en mars/avril, et je vous en remettrai une couche à ce moment-là. En attendant, je vais faire mon malin - et me faire plaisir- comme les journalistes des Cahiaîs qui glissent dans leur top 10 un film pas encore sorti...

445687

l'affiche

077711

086786

086317

et les photos
(viril, vous dis-je!)

 

26 novembre 2016

commis-voyageur (en camionnette)

LE CLIENT
d'Ashgar Farhadi

C'est vrai que j'ai un peu tardé à le voir, celui-ci. Il passait beaucoup de jours à beaucoup de séances, et à chaque fois je me disais comme la soeur d'Antigone "J'irai demain...". Farhadi, je connais  tous ses films, je pense les avoir tous vus, et je me souviens  qu'il a, en France, un distributeur qui a véritablement su mouiller le maillot (dans des campagnes de pub extrêmement bien agencées) pour le faire connaître et reconnaître désormais comme un des réalisateurs iraniens importants qui comptent dans notre pays.
C'est vrai que je ne me suis pas hâté parce que je gardais un souvenir un peu mitigé du  dernier (Le passé) que j'avais trouvé moins convaincant, plus laborieux. (J'avais vraiment beaucoup aimé ses premiers films, La fête du feu, A propos d'Elly, Une séparation)
(Tiens, il faudrait un jour écrire quelque chose sur ce qui reste des films, une fois qu'on les a vus, et la façon dont on le gère, ce souvenir, je veux dire...)
Mais ce jeudi après-midi de pleut comme vache qui pisse, ça tombait bien, il passait à la première séance, et hop! donc. Dès le début, je me suis dit que c'était filmé avec une grande intelligence, et  je sentais que ça allait me plaire grave si ça continuait comme ça jusqu'au bout. Et ce fut le cas.
Dans le bôô cinéma, on connaissait par coeur sa bande-annonce qu'on y avait beaucoup beaucoup vu. Bande-annonce très bien faite, puisqu'elle raconte une certaine histoire, qui a l'intelligence de ne pas être tout à fait celle du film. On y a effectué un savant travail de montage, à partir de beaucoup de plans, et ça raconte l'essentiel, disons, de la moitié du film. Et c'est très bien comme ça. On a droit à une part de surprise, et c'est bien.
J'aime la façon, même si elle n'est pas tout à fait nouvelle, que Farhadi a, dès le début du film, de mettre l'accent sur le théâtre. (Si j'aime les films où il y a un film dans le film, j'aime tout autant les films où il y a une pièce dans le film, et c'est le cas ici, puisque Le client est comme qui dirait enceint de la Mort d'un commis-voyageur). Théâtre en tant que lieu (la scène les éclairages les machinistes les coulisses) mais en tant que miroir aussi (ce qui se dit/se joue sur scène et ce qui arrive "en vrai" dans la vie des personnages du film).
Rana et Emad sont femme et mari dans la vie, mais jouent le même rôle sur scène (mais je ne connais pas assez la pièce d'Arthur Miller pour en étudier davantage les parallèles). Obligés de fuit leur immeuble pour cause de risque d'écroulement, il sont relogés par un ami (théâtreux) dans un appartement qui leur semble plutôt pas mal, libéré par une mystérieuse précédente locataire (qui y a pourtant entreposé tout son bazar dans une des pièces, et est censée revenir le chercher "dès qu'elle aura trouvé une autre appart"), locataire dont on apprendra assez rapidement "qu'elle voyait beauoup de monde" ou "qu'elle était de moeurs légères" (traduisez : elle se prostituait). A cause de cette mystérieuse locataire, Rana va être victime d'une agression dans la salle de bain de l'appartement, et Emad va tout faire pour retrouver le coupable...
Comme je le disais plus haut, je trouve que tout ça est extrêmement bien fait, on est tendu pendant tout le film, à la fois derrière Emad qui mène désespérément son enquête, mais tout autant de Rana qui se remet mal de l'agression qu'elle a subie, faisant vivre à leur couple une crise sérieuse, à la fois dans leur quotidien, mais, évidemment, sur la scène du théâtre où ils jouent Mort d'un commis-voyageur.
Il sera longuement question de culpabilité et de vengeance (certains critiques ont qualifié le film d'hitchcockien, on pourrait préciser que cela aurait à voir avec Soupçons et Le faux coupable, pour jouer avec les titres, en rajoutant un zeste de L'ombre d'un doute, pourquoi pas de Jeune et Innocent, et, tiens pour faire bonne mesure Complot de famille ? je ne parle bien sûr que des titres...)
La résolution de l'intrigue aura lieu en huis-clos dans un appartement vide, et toute cette longue dernière scène renvoie directement à l'aspect théâtral de l'histoire que Farhadi avait souligné dès l'ouverture du film, bouclant ainsi la boucle. Impeccable est le mot qui me vient à l'esprit dans ces cas-là, et Le client vient confirmer l'estime que je porte à son réalisateur...

492727

 

23 octobre 2016

encore des polars 3

CROCO DEAL
de Car Hiaasen

Un Hiaasen que j'ai particulièrement apprécié, même s'il n'est pas forcément le plus représentatif. Un personnage d'indien taciturne (jeune) particulièrement sympathique, réfugié sur une île avec une demoiselle énervante au début mais attachante ensuite. Une île où vont se croiser pas mal de brindezingues de tout acabits, notamment une mère de famille un peu zinzin qui a organisé une fausse excursion en canoé pour se venger d'un vendeur téléphonique qu'elle a trouvé spécialement goujat. On y verra aussi l'ex-mari de la dame, et son fils aussi. Sans oublier le fantôme d'un touriste revenant en rêve réclamer une sépulture décente... Des embarcations, des roseaux, des mangroves, des va-et-vient sur terre et en mer, des mensonges, des révélations, des combines plus ou moins foireuses, tout ça dans un décor insulaire à peine plus "exotique" que d'habitude... Un de mes Hiaasen préférés je pense.

crocodeal

LA COLLECTION
de Paul Cleave

Celui-là m'attendait depuis quelques temps, et j'ai pensé que ça serait bien de changer d'air et de style. Erreur! Après toute une série de Hiaasen et de Smith, celui-ci m'a semblé si effroyablement "sérieux" que je n'ai pas réussi à le mener jusqu'au bout... J'avais adoré son premier (Un employé modèle), puis un moins le deuxième (Un père modèle), et encore moins le troisième (Nécrologie, où grosso modo chacun passe son temps à enterrer, déterrer, ré-enterrer des cadavres...) Nous sommes toujours à Christchurch, NZ, ce trou-du-cul-du-monde où chacun(e) est soi serial killer, soit victime de serial killer, soit enquêteur sur les serial killers, parfois même appartenant à plusieurs des catégories susnommées. Avec un collectionneur de serial kilers qui a enlevé quelqu'un qu'il prend pour un sérial killer, et le séquestre dans un endroit où lui-même eut affaire à des serial killers, etc. Et une jeune fille innocente a été enlevée et séquestrée comme dans le silence des agneaux. Et comme dans le silence des agneaux, au bout d'une centaine de pages "en alternance" (un chapitre sur deux  concerne un mec juste sorti de prison - pas parce qu'il a tué un serial-killer à la fin de Nécrologie mais parce qu'il a tué une femme et sa fille sans le faire exprès-  , et l'autre l'histoire du collectionneur de serial-killers) je n'ai pas pu m'empêcher d'aller voir à la fin si elle était toujours vivante. Et j'ai lu les 100 dernières pages à reculons. Voilà, ça ne m'a pas du tout enthousiasmé. Peut-être ne pourrai-je plus lire de polar "sérieux" ?

-Cleave-Collection-8

MAUVAIS COUCHEUR
de Carl Hiaasen

Je me suis donc remis illico aux choses plus drôles... Et j'ai bien fait. Tiens, ça commence comme du Mark Haskell Smith (à moins que ce ne soit le contraire) : il est question d'un bras coupé retrouvé par des pêcheurs (du dimanche) au fond de l'eau. Ce bras appartient à un financier un peu véreux, dont la veuve vient faire constater le décès et revendiquer la succession, soupçonnée aussitôt de meurtre par la fille dudit. Et l'enquête est menée par un flic rétrogradé à la "brigade des cafards" (inspections sanitaires dans les cuisines des retaurants) parce qu'il a sodomisé avec un tuyau d'aspirateur le mari de sa maîtresse... Du Hiaasen pur jus, donc. Avec des promoteurs (comme toujours) véreux, des sorcières vaudou, des Bahaméens spoliés, des spéculateurs immobiliers, des voisins sans scrupules, et, comme trait d'union entre tous ces agités du bocal, un singe qui a tourné avec Johnny Depp mais s'avère spécialement mal embouché. Un roman dense, foisonnant, où ça court dans tous les sens, et, comme toujours, extrêmement drôle. Avec beaucoup d'humour (noir donc) et un retournement de situation que je n'avais pas du tout envisagé. Hautement recommandé.

mauvaiscouch

TRIGGERFISH TWIST
de Tim Dorsey

Celui-là a une histoire, il ne coûtait qu1€ chez Bouliniuche, mais m'a coûté, en plus, mon porte-feuille, ma carte visa et 25€. C'était le seul bouquin de Tim Dorsey que j'ai pu trouver dans tout Paris! Quelle mystérieuse confrérie les a donc tous fait soigneusement disparaître des rayons des libraires ? Ce monsieur est rangé (dérangé aussi, un peu, il faut le reconnaître) dans la clique des "joyeux drilles", cousinant avec Hiaasen et Haskell Smith. D'où mon intérêt.

(un blanc pour exprimer que le temps -de la lecture- a passé.) Je viens de le reposer, et c'est vraiment quelque chose. La scène finale, celle vers laquelle auront convergé, pendant 350 pages, les différents protagonistes du bouquin, peut être taxée de feu d'artifice et/ou  de folle furieuse (mais au sens zygomatique du terme). Si l'intrigue policière pourra sembler un peu lâche à certaines, la galerie de personnages croqués par Tim Dorsey justifie à elle seule la lecture (de ce qui, coup de bol, semble être d'après wikipédiuche le premier de la série, publiés dans le désordre qu'il ont été, dixit l'auteur- aux US d'abord et en France ensuite, donc le hasard a très bien fait les choses. Bien que, tiens j'y repense, il soit fait allusion (en note de bas de page) à un autre, Florida Roadkill, qui a donc été écrit avant, et d'ailleurs été traduit effectivement en premier...*) Avec, visiblement, un personnage récurrent de... serial-killer! (mais beaucoup plus drôle que chez Cleave), prénommé Serge. Un mec érudit, charmant, plein de bonne volonté mais un peu perturbé, et qui tue plutôt, dirons-nous... à bon escient. Le Serge en question étant flanqué de deux comparses "à la vie à la mort" : une bombasse cocaînomane et un grassouillet fumeur de pétards... C'est vraiment très drôle, férocement drôle même, et je me réjouis qu'il m'en reste donc une bonne quinzaine à lire (en comptant ceux qui n'ont pas encore été traduits...) Tout ça valait bien un portefeuille sans doute!

triggerfish

 

* Vérification faite, Florida Roadkill est bien le premier de la série, puisqu'il raconte la rencontre de serge et de Coleman (le grassouillet haschischin)... celui-ci serait donc le deuxième...

 

Peti

24 octobre 2016

madame thérouanne et le compteur à budget

LA FILLE INCONNUE
de Luc et Jean-Pierre Dardenne

(Pardon pour le titre, je n'ai pas pu m'en empêcher, mais je n'ai rien inventé, il en est vraiment question dans le film, même si très furtivement... ceux qui me suivent comprendront!). Bôô cinéma, séance de retraités, on est 9 dans la salle (et je suis le seul mec), pour ce Dardenne qu'on a en sortie nationale, et dont j'apprends par Marie à la sortie du ciné que, justement il a été remonté pour sa sortie, après le plutôt frais accueil Cannois qu'il avait reçu. Il est question de "7 minutes en moins", et d'un "nouveau film" (pour ceux qui ont vu les deux versions...)
Cette version-là me convient très bien, à une (toute) petite réserve près, la révélation du coupable à la fin du film qui ne me semble pas indispensable, ou tout du moins de ce coupable-là (et dans ces conditions-là). Jusque là, je me disais "Un Dardenne im-pec-ca-ble, mais qu'est-ce qui donc les avait ainsi chiffonnés, quelle mouche cannoise les avait donc piqués ? "  (mais, tiens, cette scène-là, précisément Téléramuche a adoré, et qualifie même de "une des scènes les plus fortes que les Dardenne aient  jamais tournée". Don't act.).
Adèle Haenel incarne un jeune médecin confronté à un problème de conscience : la mort d'une femme survenue après qu'elle ait eu refusé de lui ouvrir la porte de son cabinet, un soir, une heure après la fin de sa journée de travail. Elle culpabilise, et, pour elle tout va désormais se polariser autour de cette femme inconnue à laquelle elle voudrait, simplement, redonner une identité. Une reconnaissance.
Encore une bien belle héroïne dardennienne (j'adore Adèle Haenel, dois-je le préciser) confrontée à toute la Misère du Monde (dans le sens Bourdieuesque), grisâtre humide et froide, de pauvres gens, comme vous et moi, de petites vies, de salauds ordinaires, au fil de son investigation obsessionnelle. On est chez les Dardenne, et on a donc le plaisir de voir passer quelques habitués, la famille proche (Olivier Gourmet en fils et Jérémie Rénier en père, ça change !).
Jenny la doctoresse, dans son duffle-coat à gros carreaux, entêtée comme un petit animal (Adèle Haenel est sensationnelle de justesse), fouine, s'obstine, persiste et signe, subit quelques agressions verbales, se fait secouer à plusieurs reprises, "remettre à sa place", mais finira par découvrir le fin mot de l'histoire. En mettant son nez dans quelques affaires qui ne la regardent pas vraiment.
Mais attention, on n'est pas chez Agathie Christie, hein, on serait plutôt chez Simenon, infra-ordinaire, je le redis, petites gens, familles, petites douleurs ordinaires pour lesquelles Jenny est à chaque fois à l'écoute, et le prouve. Elle fait avec grande conscience son travail, mais l'accomode avec son idée fixe. Inlassablement.
Le scénario a tissé également une jolie trame secondaire en mineur, entre Jenny et Julien, son stagiaire qu'elle a secoué un peu, d'ailleurs, au début du film.
Un beau film, sans apprêt (aucune musique à part une petite chanson de remerciement, générique sur fond  de bruits de circulation anonymes), avec une caméra attentive et posée (ouf, on est loin de Rosetta) et des cadrages toujours aussi minutieux.

358852

18 octobre 2016

cul de porc rôti

BROOKLYN VILLAGE
d'Ira Sachs

Et de quatre!
Oui, quatrième film magnifique d'affilée ! (Après Nocturama, Jeunesse,et Rodeo) Toujours dans le bôô cinéma, et toujours pour 5€ je le rappelle... Le nouveau film d'Ira Sachs, dont on avait déjà programmé (et beaucoup aimé) le précédent Love is strange. Brooklyn village n'est pas le titre original (Little men) et aseptise hélas (ou boboïse) un peu le propos du film.
Où une famille (papa, maman, fiston) vient justement à Brooklyn pour y emménager au première étage de la maison que le grand-père leur a laissé. Ils sympathisent avec la voisine du dessous, qui tient une boutique que le grand-père lui louait à un tarif plus qu'amical. Mais la soeur du Papa aimerait bien récupérer de l'argent, et propose donc d'augmenter roborativement le loyer de la dame en question. Dame qui a un fils qui a, entretemps, très vite sympathisé avec le fils des voisins du dessus. Les voilà bras dessus-bras dessous, copains comme cochons, complices, tandis que la situation se dégrade plutôt entre leurs parents respectifs...
Une histoire de famille(s) et de vie assez simple, traitée en tout cas très simplement. Avec douceur. Oui, malgré une histoire de gros sous assez délicate, c'est un film... délicat. (j'emploie a dessein deux fois le même adjectif dans des acceptations tout à fait différentes car c'est là une des forces du film, de traiter les différentes situations pas forcément comme on aurait pensé qu'elles le seraient. De dire "Qu'est-ce qui a vraiment de l'importance ? Qu'est ce qui compte ?"). Le délicat des uns n'est pas forcément celui des autres...
Pour ce qui est des histoires de famille, le film m'a évoqué le magnifique Les secrets des autres (que j'adore), dans la bien-aimante attention qu'il porte à chacun de ses personnages. Les deux ados sont absolument parfaits (ils sont le liant affectif du film, par la simplicité et l'évidence de leurs rapports, leur complicité, la part d'enfance qu'ils portent encore, les sentiments qui les rapprochent) contrebalançant comme ils le peuvent la guerre de tranchées où s'affrontent -avec de part et d'autre une certaine maladresse et peut-être aussi mauvaise foi ?- les adultes. Ils sont légers et attendrissants (très jolies scènes de déambulations urbaines) comme une paire de Bambi(s).
J'ai pleuré à plusieurs reprises (j'ai dit en sortant à mes copines que j'avais le sentiment de vivre des émotions plus intenses dans les films que dans ma "vraie" vie), et j'avoue que j'ai désespérément souhaité que tout ça puisse finir bien, happy end, sans dommage. Mais Ira Sachs sait (a le courage de) rester "réaliste" (lucide ?), et la scène finale va juste dans ce sens...
Adieu l'enfance.
Chacun reprend (a repris) sa place...
& life goes on...

024782

14 septembre 2016

money money money

DIVINES
de Houda Benyamina

Presqu'en sortie nationale dans le bôô cinéma. et à 5€ s'il vous plait, avec la carte de membre des Amis du Cinéma. J'avoue, j'y allais... prudemment. Le syndrome "T'as du clito! " de la réalisatrice lors de la remise de la Caméra d'or à Cannes 2016, le symptôme Bande de filles, qu'on nous avait quand même en son temps énergiquement survendu (oui, je suis désolé, je préfère les garçons, je suis un horrible vieux réac je sais...), la transversale film de téci, tout ça me faisait un peu hésiter, j'avoue, et c'est ce bon vieux Pierre Murat, de Téléramuche, qui a emporté le morceau. Un film chipoté et bouchepincé par ledit PM mérite en général toute mon attention (surtout que là il fait fort : en 10 lignes hop c'est plié bâché, et surtout ainsi conclu "On peut, donc, aller voir "Divines" pour des tas de raisons : sociales, politiques, prophétiques, féministes... Mais sûrement pas cinématographiques." Arghh ça m'exaspère. Autant que les Cahiâis qui prennent deux pages pour éxécuter -il n'y a pas d'autre mot- le magnifique -et par moi chéri- NOCTURAMA, de Bonello.)
C'est drôle d'ailleurs, parce qu'il y a un indéniable lien de parenté entre les deux films, j'y reviendrai plus tard.
On était deux dans la (grande) salle à cette séance de 16h. Marie et moi. Deux comme les zigototes du film, les Laurelle et Hardie que la réalisatrice nous invite à découvrir. Et ça démarre très fort, et je suis déjà soufflé sur mon siège tellement je trouve ça bien. quoi, qu'est-ce qu'il a dit, PM, "sûrement pas cinématographique" ? Alors là, se dit-on faudrait qu'il enlève (merci Emma) ses lunettes en peau de saucisson. On n'est ni dans Bande de filles, ni dans La haine, ni dans Dheepan, ni dans Ma 6-t va cracker, non non, on est juste dans Divines.
Et on se régale à suivre ces deux copines en train de faire les 400 coups, de chercher à s'en sortir, à filouter, à se faire de la money money money inlassablement, par tous les moyens. Notamment en cherchant à se faire embaucher par la caïd locale, Rebecca, "sorte de mix entre Grace Jones, Tony Montana et Booba (avec un clito)" (là je cite les Zinrocks, qui ont aussi adoré le film). La bande-annonce est très habile, et nous fait croire qu'on va voir un film qui n'est pas vraiment celui qu'on va voir en réalité. Le dernier tiers nous en aura été soigneusement caché. c'est vrai que le film est à l'image de sa réalistarice, et de son désormais fameux speech cannois : séduisant, énergique, drôle, touchant, bavard, attendrissant, soûlant parfois, mais incontestablement sidérant. je dois dire que j'en ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux. Parce qu'il n'y a pas que la thune, il y a aussi l'amour. et c'est un magnifique danseur dont s'entiche la plus petite des deux, sorte de pitbullette qui commence par le regarder -littéralement- de haut, en cachette, avant que de... bah vous verrez bien, hein !
Je n'ai sans doute pas le recul critique ni la capacités d'analyse nécessaires pour décortiquer scrupuleusement le film, je n'en demande pas tant : quand je vais au cinéma, je veux simplement qu'un film m'embarque. Peu importe par quel(s) moyen(s) (on peut toujours y réfléchir après coup. Et c'est ce que Divines a provoqué. La personnalité de la jeune actrice qui incarne Dounia y est pour quelque chose, c'est sûr. Mais j'adore tout le climat du film, son instabilité, sa capacité de passer sans transition d'un extrême à l'autre, de s'obstiner à caracoler comme un petit taureau têtu, (frapper du pied, sortir les cornes, fumer par les naseaux, ce genre) et de ne pas lâcher le morceau, de faire de la tension un atout permanent. J'adhère, j'y crois, je suis, je participe. Même si la fascinante énergie pure de la première partie -que j'ai trouvée, cher Pm, infiniment cinématografik- se relâche un peu par la suite, ou plutôt (en gros il s'agit de la seconde partie, tout ce qui n'est pas -habilement!- montré dans la bande-annonce) freine un peu son trajet de train fou joyeusement en pétard(s) et bifurque sur l'aiguillage d'un discours (cinématographique) un peu plus "habituellement" balisé (mais nous verrouille et nous tétanise sur nos sièges, suspens, tension, voire terreurs enfantines : à un moment - la douche- j'ai même tapé sur le bras de Marie comme si j'étais à Guignol :"Attention, il est là !")
Non, le film n'est pas juste la pochade ado, effrontée et rigolarde que sous-entend la bande-annonce (et quand bien même elle ne serait que ça c'eût déjà été épatant) .Il s'agit bien d'un discours politique, et c'est tant mieux. Qui a bien su brasser et intégrer tous ces éléments -contemporains et réels- (le fric, le blingbling, la discrimination, les flics, les services sociaux, le collège, la violence, les rapports filles/garçons -et les rôles-) au sein d'un récit fictionné (oui peut-être un tout petit peu trop vers la fin...) généreux et puissant, dense et intense, et prenant de bout en bout.
Le point commun avec Nocturama (que je vous exhorte à aller voir)? Les jeunes gens, ça c'est sûr, la révolte, idem, et des éléments formels commun aux deux films, de façon troublante : un grand magasin la nuit, de la danse, et aussi des flammes qui montent, dans cette même nuit...
Allumer le feueueueu...

176893

 

6 août 2016

encore des polars

9782743625368

DELICIOUS
de Mark Haskell Smith

Toujours grâce au même blog providentiel, Actu du Noir, ici) qui m'vait déjà fait découvrir les délices de Carl Hiaasen, voici donc un petit nouveau (qui lui n'a publié que cinq romans), et dont la filiation avec ce cher Carl Hiaasen semble assez justifiée. Même structure "en étoile", avec des personnages différents (voire très différents) s'agitant tout autour d'un thème "central", qui sont déjà, au départ plutôt attachants (ah oui, le roman commence par l'épilogue, on sait qui a fait quoi (bien qu'on ne sache pas précisément quels sont les quois en question) et ça commence suffisamment fort, pour qu'on soit tout de suite harponné, alpagué, crocheté (etc., complétez avec le qualificatif de votre choix) et qu'on ait envie d'aller plus loin. Il est ici question d'Hawai, d'un jeune cuisinier (local) plein d'avenir, de son oncle et de son cousin (dans la restauration, des équipes de cinéma en résidence notamment), d'une équipe de cinéma, justement (le réalisateur et son assistante), et d'un mafioso aux dents longues qui souhaite venir s'installer sur l'île pour y gagner beaucoup de pépettes (au détriment des petits entrepreneurs locaux). Il y aura aussi des tueurs, un, puis deux et trois. les personnages sont très bien croqués, avec certains revirements plutôt surprenants mais qui rajoutent encore au plaisir.
Et comme chez Hiaasen c'est une formidable mécanique, comme chez Hiaasen c'est très drôle (drôlement noir ou noirement drôle ?). Mais, encore mieux que chez Hiaasen (enfin, pour moi), c'est très cul. Très cru. Il sera beaucoup question de bites, en des états d'émoi divers (après le FAQV, voici le PAQV : le polar à quéquette visible, merci MHS!) et en plus, ce qui n'arrive pas si souvent non plus, pas strictement hétéronormé, donc, (pour moi, encore) que du bonheur...
Pour résumer, Mark Haskell Smith, c'est bon comme du Carl Hiaasen mais en encore plus couillu (ceci dit les romans ont quand même été écrits à vingt ans d'intervalle, il faudra que j'arrive aux bouquins plus récents de Carlounet pour éventuellement réviser ce jugement...)

9782264045874

QUEUE DE POISSON
de Carl Hiaasen

Retour à Hiaasen, donc (il m'en reste encore quatre, je crois) et à la Floride, après ce détour par Hawaiï. J'essaie de les lire dans l'ordre mais c'est compliqué, il me manque les premiers. Celui-là vient après Pêche en eau trouble, me semble-t-il, et il y est beaucoup plus question d'eau que de poisson, d'ailleurs. Ca commence avec un mari qui pousse sa femme du pont d'un bateau lors d'une croisière, et pense avoir commis le crime parfait. sauf que l'épouse en question non seulement a survécu (et elle est recueillie par une vieille connaissance, Mike Stranahan -toujours aussi viril et craquant-) mais décide de se venger... Le mari est un fieffé pourri, le genre de mec sans crupules et qui aime beaucoup les dollars et entreront successivement en jeu un flic très obstiné (qui a des serpents come animaux de compagner et rêve de se faire muter dans le Montana), le patron du mari (un businessman sans scrupules ni états d'âme) la maîtresse du mari (une esthéticienne au sang chaud) et le garde du corps du mari (attribué par son patron) une montagne en salopette couverte de poils... Touillez joyeusement, et c'est parti pour cinq cent pages extrêmement plaisantes (comme d'hab', Hiaasen sait être drôle, écolo, anti-capitaliste, cynique, fleur bleue, et il arrive même à nous émouvoir, si si! avec des twists de personnages, qui vont se comporter soudain comme on n'aurait jamais cru qu'ils se comporteraient...)

257677-gf

MIAMI PARK
de Carl Hiaasen

Celui-là me disait un peu moins parce qu'il est vieux, publié chez j'ai lu et qu'il accuse un peu son âge (mais bon le papier jauni a son charme, hein...) C'est comme rentrer dans la piscine, affronter le choc thermique. Et bien là, en deux pages c'était fait : une famille en décapotable rouge de location et en route vers un parc d'attractions reçoit soudain un rat, jeté depuis leur van par une paire de malfrats. Et c'est parti ! Car il s'agit en fait d'un campagnol du manguier à langue bleue, un spéciment rarissime, volé dans un parc d'attractions (dirigé par un boss sans scrupules ni états d'âme, promoteur véreux, en délicatesse avec la mafia, genre de personnage récurrent chez Hiaasen) par un duo de bras cassés (tandem de personnages tout aussi récurrents chez Hiaasen, et toujours aussi attachants) pour le compte d'une  mamie  très riche très écolo (et au révolver très facile, style Calamity Jane). Et là, on n'a encore lu que quelques pages! Il y a aussi un journaliste pourvu d'éthique, sa copine qui bosse pour une sex-line au téléphone, une jeune fille qui joue les ratons-laveurs dans le parc d'attractions qui est au centre de l'intrigue et des préoccupations de chacun (sans oublier un chef de la sécurité un peu trop porté sur les stéroïdes et anabolisants, un dauphin un peu trop entreprenant, un tueur mafieux souffrant d'aérophagie, et, cerise sur le gâteau, notre ami Skink toujours avec son imper fluo et son bonnet de bain à fleurs...) et fera l'objet d'ailleurs d'une scène finale plutôt apocalytique... De la littérature idéale pour ces vacances à soleil et chaise-longue au bord de la piscine!

9782743612450

A BRAS RACCOURCI
de Mark Haskell Smith

S'il y a une chose que j'ai en horreur (ceux qui me connaissent le savent) c'est bien les histoires de mafia, mafieux, mafiosi, parrains et tutti quanti (parle plus bas...), et il suffit en général que le sujet soit évoqué sur la quatrième de couv' pour que le bouquin me tombe des mecsn et je pensais que c'était irrémédiable. Mais je ne connaissais pas Mark Haskell Smith. Celui-ci est, chrnonologiquement, le premier des cinq parus (tous chez Rivages). Et donc je l'ai pris après avoir reposé le Miami Park précédent. ici, tout tourne autour d'un bras, malencontreusement coupé par une porte de garage, celui d'un mafioso haut placé, bras autour duquel vont se poursuivre des mexicains (toute la hiérarchie du crime, du jefe (le big boss) à ses différents fifres et sous-fifres, un flic entêté, un employé de la morgue (celui qui devait livrer le bras au flic), sa copine, son autre copine (sachant qu'untel ou unetelle est thérapeute et donne des leçons de branlette, écrit un livre de cuisine, tombe amoureux d'une femme vue sur un tatouage, découvre le pouvoir érotique d'un flingue, veut devenir scénariste de telenovela, rencontre l'amour, veut passer le septième niveau de tétris, passe son temps à fumer des pétards, se fait tatouer contre sa volonté, j'arrête là...). Ca s'agite beaucoup, sous le soleil de Los Angeles et parfois de ses environs.Les personnages sont plaisantissimes, les événements qui les rassemblent vont du loufoque au fou-furieux en passant par le clin d'oeil ou l'inattendu. C'est superbe, c'est -encore une fois- construit comme une mécanique de précision  (tout est donc plus ou moins parti d'un bras, et tout ou presque se résoudra dans une chambre d'hôpital), c'est drôle, c'est alerte, c'est cynique, c'est même parfois fleur bleue (oui oui il y en a même des qui recontrent l'amûûûr), bref, c'est idéal... A recommander violemment, donc! (C'est un peu moins cul (un peu moins cru) que Delicious, du même -mais bon là il était plus jeune hihihi-)

Mais je vais arrêter là pour l'instant les Hiaasen et les Smith pour changer d'air avec un autre poids lourd dont je vous parlerai la prochaine fois.

29 juillet 2016

fourrière

COMME DES BÊTES
de Chris Renaud

Je suis allé avec Catherine à l'avant-première, dimanche à 16h dans le bôô cinéma, et, magiquement, c'est comme si on s'était retrouvé quelques années en arrière, tellement il y a avait de mômes dans la salle. Sauf que là on n'avait absolument pas à s'en oqp. Les parents étaient là pour ça (mais ils se sont très bien tenus).
La bande-annonce m'avait fait envie (surtout le chien qui se fait gratter par le batteur à oeufs), et donc j'ai été un peu étonné lorsque, au bout de dix minutes de film, on avait déjà vu tous les gags qui y figuraient (dans la bande-annonce)... Qu'allait-il donc se passer le reste du film ? Mais c'est des malins chez ...(D*sney ? Pix*r ? machintruc ?) ils ne spoilent pas toute l'histoire, qu'on puisse avoir un peu la surprise...
L'accroche c'est "Que font vos animaux de compagnie quand vous n'êtes pas là ?" (c'est ce que montre la bande-annonce, et qui m'avait à l'avance conquis, -ils sont malins, chez D*sney machinchose-...) Il y a donc pas mal d'animaux différents (principalement des chiens et des chats mais pas que), les trois principaux (quatre, allez) étant le petit chien qui est le narrateur, et, au début de l'histoire se voit doté d'un nouveau partenaire par sa maîtresse : un énorme chien hirsute qu'elle vient de rescaper de la fourrière (et avec qui la cohabitation ne va pas s'avérer très aisée) qui est copain avec une chatte (... très chatte), et duquel (sujet : le petit chien sympa) est amoureuse une petite chienne blanche genre Loulou de Poméranie. Deux d'entre eux vont (malencontreusement mais comme très habituellement chez D*sney) se faire choper par la fourrière, et tous les autres vont partir à leur recherche (unité d'action) à travers la ville (unité de lieu) le temps d'une journée (unité de temps)...
L'intrigue n'est pas rocambolesque mais tous les personnages sont vraiment attachants (chacun étant caractérisé au petit poil -voire à la petite plume!- et j'ai, par exemple, un faible pour le bouledogue, même s'il ne fait pas partie des rôles principaux... et le hamster, aussi.), les gags s'enchaînent (dialogues et situations, et même clins d'oeil -à Lubitsch, excusez du peu!-) ce qui fait qu'on s'y poile aussi (même siplus personne n'utilise cette expression, d'ailleurs, oui je suis obsolète). A la limite, je me suis autant régalé pendant le prologue et l'épilogue que pendant le reste du film. L'animation est minutieuse, et le résultat plutôt ébouriffant (hihihi!) Rien que ça justifie d'y aller, je trouve -les propriétaires d'animaux domestiques devraient s'y retrouver- (avec pourtant une paire de "méchants" plutôt réussis (le lapin blanc trop angélique pour être honnête, le cochon tatoué avec anneau dans le nez) et qui ne sont -finalement- pas si méchants que ça bien sûr...)
Je me suis documenté a posteriori, pour découvrir qu'il s'agit en fait du studio Illumination (ceux qui ont créé Moi moche et méchant et Les minions -dont, tiens, un court-métrage devait être projeté en première partie du film, c'est ce qui est annoncé partout, mais, dans le bôô cinéma, bernique, allez savoir pourquoi...-, j'y retournerais bien, tiens, mais en v.o, puisque c'est Louis C.K qui double Max (le héros)... On attendra le dvd, hein...

258448 391424
deux affiches mimi, à l'image du film...

 

Archives
Newsletter
Visiteurs
Depuis la création 394 470